La langue française

Repos

Sommaire

  • Définitions du mot repos
  • Étymologie de « repos »
  • Phonétique de « repos »
  • Citations contenant le mot « repos »
  • Images d'illustration du mot « repos »
  • Traductions du mot « repos »
  • Synonymes de « repos »
  • Antonymes de « repos »

Définitions du mot repos

Trésor de la Langue Française informatisé

REPOS, subst. masc.

A. − Gén. au sing. [P. oppos. à mouvement] Cessation du mouvement, état d'immobilité.
1.
a) [À propos d'êtres animés, de corps matériels, de mécanismes] Petit à petit, Joseph Pasquier s'adoucit et finit par laisser tomber à leur position de repos ses épaules de boxeur (Duhamel,Suzanne, 1941, p. 201).[La défécation] réclame pour réussir une température assez basse et un repos absolu du moût (Brunerie,Industr. alim., 1949, p. 78).
b) Locutions
Au repos. En état d'immobilité, en position immobile. Anton. en mouvement.Subst. + au repos.Liquide au repos. Dans son abandon matinal, ce violon au repos ne te rappelle-t-il pas un vers fameux de Mallarmé? Insolite vaisseau d'inanité sonore (Vogüé,Morts, 1899, p. 111).Les règles qui commandent la forme de la chaussure s'inspirent de la connaissance du pied au repos et en mouvement (Macaigne,Précis hyg., 1911, p. 178).Verbe + au repos.En position immobile. La sonnerie A fonctionne jusqu'à ce qu'on laisse la clef revenir au repos (A. Leclerc,Télégr. et téléph., 1924, p. 154).Le cheval et la danseuse de pur sang ne gagnent pas à se montrer au repos (Colette,Pays. et portr., 1954, p. 157).
En repos. En état d'immobilité. Anton. en mouvement.Demeurer, rester en repos. Nous diviserons donc l'étude de la théorie de Hertz en deux parties: l'électrodynamique des corps en repos et l'électrodynamique des corps en mouvement (H. Poincaré,Électr. et opt., 1901, p. 344).Un homme vivant ne saura pas se tenir en repos à la manière d'une statue, et surtout s'il est regardé (Alain,Beaux-arts, 1920, p. 215).
2. Spécialement
a) ARMUR., vieilli. État d'une arme à feu quand le chien n'est ni abattu, ni bandé. Mettre le chien d'un fusil, d'un pistolet au repos; mettre un fusil au repos. (Dict. xixeet xxes.). Cran de repos. Organe d'une arme à feu qui la maintient dans cet état. Les fusils n'étaient plus au cran de repos, mais armés (Verne,Île myst., 1874, p. 478).
b) MÉCAN. Échappement à repos. Échappement dans lequel le rouage est immobile pendant la plus grande partie de l'oscillation du balancier. Selon l'action qu'ils [les échappements] exercent sur le mouvement, on les divise en trois grands groupes (...). Ce sont: 1. les échappements à recul, 2. les échappements à repos, 3. les échappements libres (Bassermann-Jordan,Montres, horl. et pend., 1964, p. 177).
c) PHYSIQUE
Repos absolu. État d'un corps, d'un observateur qui reste totalement immobile. Anton. repos relatif.L'observation des mouvements à l'intérieur du système solaire ne permettra pas de reconnaître si le centre des masses de ce système (...) est en repos absolu ou est animé d'un mouvement rectiligne uniforme (Danjon,Cosmogr., 1948, p. 35).
Repos relatif. État d'un corps, d'un observateur qui reste immobile par rapport à un système de référence susceptible d'être entraîné dans un mouvement d'ensemble. Quand les deux corps sont en repos absolu, X1, Y1, Z1doivent avoir la valeur déduite de la loi de Newton, et quand ils sont en repos relatif, la valeur déduite des équations 4 (H. Poincaré,Mécan. nouv., 1905, p. 71).
Masse au repos. Masse d'un corps au repos qui, d'après la théorie de la relativité, est inférieure à la masse de ce corps en mouvement. C'est bien cette relation entre énergie et impulsion qu'exige la théorie de la relativité pour un corpuscule de vitesse C, c'est-à-dire de masse au repos nulle (Hist. gén. sc., t. 3, vol. 2, 1964, p. 386).
d) PHYSIOL. État d'activité minimale des organes et des muscles. Muscle, organe au repos. Les muscles conservent à l'état de repos une certaine tonicité (Cl. Bernard, Princ. méd. exp., 1878, p. 196).Si l'hormone thyroïdienne est sécrétée en abondance, l'hypophyse se met au repos (Quillet Méd.1965, p. 488).
B. − Au sing. [P. oppos à travail, activité]
1. Fait de cesser une activité fatigante (travail, exercice physique, occupation) en adoptant une position, en prenant une autre activité propres à délasser; état agréable qui suit; temps employé à cet effet. Les uns ne peuvent trouver d'activité que dans le repos, et les autres de repos que dans le mouvement (Joubert,Pensées, t. 1, 1824, p. 164):
1. ... il le rend plus léger [son travail] en le variant avec discernement, et rafraîchit son attitude par de courts intervalles de repos, qui le soulagent sans interrompre la continuité, qui est quelquefois un devoir. Brillat-Sav.,Physiol. goût, 1825, p. 216.
[L'accent est mis sur l'acte de se reposer] Synon. délassement, détente, relâche; anton. fatigue, travail.C'est de la fatigue qu'il vous faut; ne voyez-vous pas que le repos de votre corps nourrit l'activité de votre ame; unique source de tous vos maux? (Jouy,Hermite, t. 4, 1813, p. 178).[L'accent est mis sur le résultat] Synon. bien-être, détente.J'éprouvais cet étrange sentiment de repos parfait et de bienveillance du corps qui accompagne tous les mouvements du réveil quand on ouvre les yeux à la tombée de la nuit (Bosco,Mas Théot., 1945, p. 238).[L'accent est mis sur le temps] Synon. loisir, pause.Prendre du repos. M. Littré accepte enfin (...), prend sur ses heures de repos et trouve le temps de composer une biographie d'Auguste Comte (Pasteurds Travaux, 1882, p. 426).
Expr. et loc.
Repos absolu. Repos au lit, à la chambre. S'il [l'empereur] se trouvait au contraire surpris au milieu de très grandes fatigues, il se condamnait à vingt-quatre heures de repos absolu (Las Cases,Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 226).
Repos forcé. Repos imposé par les circonstances. Après les vacances ou une période de repos forcé, le travail [du danseur] devra être repris progressivement (Bourgat,Techn. danse, 1959, p. 20).
Aire de repos. Lieu aménagé au bord d'une autoroute pour permettre aux automobilistes de se reposer, de se restaurer. Sur certaines aires de repos seront également présentées des reconstitutions de scènes (...). Ce programme d'animation gigantesque, mais à la mesure de l'espace autoroutier, comblera les cinéphiles (Le Monde loisirs, 10 mai 1986, p. xiii, col. 1).
Cure de repos. Ensemble de soins médicaux, séjour en clinique ou dans un endroit calme où une personne surmenée se repose. Cure de repos en montagne. La voie maritime restera celle du confort, des plaisirs du bord, de la cure de repos, de la trêve dans la vie fiévreuse (M. Benoist, Pettier,Transp. mar., 1961, p. 36).
Lit* de repos, maison* de repos, salle* de repos.
Au repos. Dans une position permettant la détente musculaire, avec une activité réduite propre au délassement. La fatigue s'en allait, avec des picotements, de leurs jambes et de leurs bras au repos (R. Bazin,Blé, 1907, p. 102).
Sans repos. Sans relâche, sans répit. Ils chassaient tous deux d'un bout à l'autre de l'année, sans repos, sans arrêt, sans lassitude (Maupass.,Contes et nouv., t. 2, Loup, 1882, p. 1242).Sans repos ni trêve, sans repos ni cesse, (n'avoir) ni repos ni trêve, ni repos ni cesse. Il s'attacha désormais à mes pas, résolu à ne me laisser ni repos, ni trêve (Reybaud,J. Paturot, 1842, p. 218).
SYNT. Long, court repos; repos (bien) mérité; repos au lit; repos de nuit; heure, jour, moment, mois, période, semaine de repos; ne pas avoir un instant, une minute de repos; goûter un repos bien mérité; se donner du repos; prendre du repos, un peu de repos; avoir besoin de repos; ne s'accorder, ne se laisser aucun repos; prescrire (à un malade) des jours de repos.
2. En partic. Fait d'interrompre un travail professionnel pour se reposer; temps accordé réglementairement ou légalement au cours du temps de travail. Repos annuel, férié; repos du dimanche; avoir repos tel jour; accorder, prendre un repos. Déjà les quarts étaient établis, le roulement de veille et de repos des matelots était amorcé (Peisson,Parti Liverpool, 1932, p. 37):
2. Et attendu que le dimanche, qui a passé jusqu'ici pour un jour de repos, n'est en réalité qu'un jour de fatigue, puisqu'il est consacré au plaisir... le lundi, consacré à se reposer du dimanche, sera néanmoins payé comme jour de travail... Sardou,Rabagas, 1872, II, 5, p. 64.
Repos hebdomadaire. ,,Journée de repos qui doit, obligatoirement, être accordée aux employés ou ouvriers chaque semaine`` (cida 1973). En principe, le repos hebdomadaire doit être accordé le dimanche (cida1973).
[P. allus. au récit biblique de la Création (Gen. II, 2) où Dieu se repose après le travail accompli] Le repos du septième jour. Ils se croisent les bras et ils s'installent dans la paix du dimanche. Plus de travail sur la planche. Ils méditent dans le repos du septième jour (Nizan,Chiens garde, 1932, p. 84).
Le jour du repos. Le dimanche. Il mourut en lisant son journal, un dimanche... − Le jour du repos, comme un bon ouvrier (Pesquidoux,Livre raison, 1932, p. 111).
L'âge du repos. La retraite. Les fonctionnaires sont sûrs (...) d'arriver paisiblement, de grade en grade, à l'âge du repos, et de trouver dans leur vieillesse, la pension viagère de la retraite (Baradat,Organ. préfect., 1907, p. 174).
Fam. [Le suj. désigne un ouvrier, un employé] Être de repos. Être en congé hebdomadaire. Un jour par semaine, M. Laversin était de repos. Il restait alors dans sa chambre et fumait la pipe (Duhamel,Notaire Havre, 1933, p. 177).
3. P. méton., au sing. et au plur.
a) Lieu où l'on se repose. La blanche arène, formée de petits cailloux choisis, qui sert de repos aux nymphes (Nodier,Fée Miettes, 1831, p. 149).
En partic. [En montagne] Synon. de replat.Puis, par une marche horizontale d'environ vingt mètres, toujours en taillant, suivre la base d'une paroi rocheuse verticale du Grand Dru pour gagner un petit repos rocheux (R. alpine, nov. 1902, p. 371 ds Quem. DDL t. 27).
b) Chose, spectacle qui repose. L'eau [d'un canal paisible], chargée d'images familières, sous un rideau de peupliers, guidait les regards jusqu'au repos d'un horizon de moulins et de prés (Maeterl.,Vie abeilles, 1901, p. 14).Au fig. Et les jolies scènes d'amour [dans Molière]! Courteline dirait qu'elles encombrent le théâtre de Molière: elles sont d'exquis repos (Renard,Journal, 1901, p. 637).
c) Pause au cours d'une activité suivie. Je ne pouvais lire le Petit éclaireur que ligne par ligne, et avec des repos, car la lecture était un supplice pour mes yeux (Giraudoux,Suzanne, 1921, p. 161).
d) Personne qui repose. Le repos du guerrier. La femme. Toi tu es le repos du guerrier, du guerrier lâche, de l'embusqué; Notre-Dame des Déserteurs, aie pitié de moi. Je veux dormir-mourir, et pour ça une femme c'est le meilleur système (Chr. Rochefort, Le Repos du guerrier, Paris, 1981 [1958], p. 234).
4. P. anal. État d'inactivité de la nature qui ne produit pas. Culture intensive, par la suppression du repos naturel du sol (jachère), par l'emploi des engrais (R. Lalanne,Alim. hum., 1942, p. 26).V. annuel ex. 4.
5. Vieilli, littér. Sommeil. Le dieu du repos; avoir perdu le repos; troubler le repos de qqn. Ils dorment... et le repos me fuit. Le sommeil n'ose approcher de mes paupières (La Martelière,Robert, 1793, ii, 1, p. 13).Ses paupières s'alourdirent, un demi sommeil ferma ses yeux encore humides. C'était plutôt de l'engourdissement qu'un vrai repos (Theuriet,Mariage Gérard, 1875, p. 169).
6. Spécialement
a) ARCHITECTURE
Plate-forme, large marche qui sépare les séries de marches entre deux paliers. Ce grand Hermès bouclé qui ornait une niche, au repos du grand escalier (Green,Malfaiteur, 1955, p. 117).
Partie d'un édifice orné qui présente une surface unie reposante pour la vue. Le défaut principal de la décoration architectonique de l'Empire est de ne savoir ménager les repos (Viollet-Le-Duc, Archit., 1872, p. 190).
b) ART MILIT. [Commandement militaire impliquant l'abandon de la position rigide du garde-à-vous par un relâchement des bras et un léger écartement des pieds] − Fixe!... repos!... fixe! Les hommes s'exécutaient, scandalisés. D'une voix très sûre, il continua: − Arme sur l'épaule... droite! (Benjamin,Gaspard, 1915, p. 60).P. méton. Cette position elle-même. Je quittai le garde à vous, je me mis au repos pour répondre (Vercel,Cap. Conan, 1934, p. 223).
c) BEAUX-ARTS. Surface plus unie dans une œuvre d'art, un tableau afin que l'œil ne s'y arrête pas. On y vit déborder [sur l'ordre corinthien], au IIIesiècle, cette ornementation sans mesure et sans repos qui caractérise toutes les décadences (Ch. Blanc, Gramm. arts dessin, 1876, p. 192).
d) DICTION, MUS., POÉSIE
Pause dans un discours, une lecture. Je n'ai pas besoin d'ajouter que je conserverais les repos dans le discours, et les signes de ponctuation dans l'écriture (Destutt de Tr.,Idéol. 2, 1803, p. 415).
,,Cadence suspensive dans le discours musical, généralement sur une harmonie de dominante dans la musique classique`` (Mus. 1976). [Dans un concerto de clarinette] l'orchestre exécute le tutti, qui se terminait par un repos sur l'accord de la dominante (Berlioz,Grotesques mus., 1859, p. 42).
Césure située à place fixe dans un vers. (Tout en observant le repos de l'hémistiche), moins souvent qu'André Chénier, mais avant lui, il [Roucher] use des rejets avec une certaine hardiesse (Lemaitre,Contemp., 1885, p. 85).
C. − Au sing. [P. oppos. à inquiétude, trouble]
1.
a) État de quiétude où l'on ne ressent ni trouble, ni agitation. Synon. calme, paix, quiétude, sérénité; anton. inquiétude, trouble.Repos profond, tranquille; repos de l'âme, du cœur; ôter tout repos; ne laisser aucun repos; troubler le repos (de qqn). Cet homme était peu considérable (...): son opposition n'ébranlait pas mon autorité, mais elle troublait mon repos (Reybaud,J. Paturot, 1842, p. 185):
3. élisabeth, sourdement: Toucher, tenir, posséder ce qu'on aime... Quelle paix ce doit être! Quelle évidence! Quel repos! marianne, avec douleur: Eh bien! non, Élisabeth, non! Ce n'est pas vrai: il n'existe pas de certitude, ni d'évidence, ni de repos. Mauriac,Mal Aimés, 1945, III, 2, p. 229.
P. méton. Ce qui repose. Obéir! Voilà: obéir. Et c'est un repos pour un homme (Salacrou,Terre ronde, 1938, ii, 1, p. 186).
b) Locutions
En repos. Esprit en repos. Oh! mon ami, j'étais en repos; je me résignais; la résignation m'était douce (Bernanos,Soleil Satan, 1926, p. 122).Le succès est peu de chose, auprès d'une conscience en repos (Vercors,Sil. mer, 1942, p. 53).
Laisser qqn en repos. Ne pas tourmenter quelqu'un. Après, tu me laisseras en repos? Tu ne seras plus méchant?... Tu le promets? (Bernstein,Secret, 1913, ii, 11, p. 28).
De tout repos
FIN. Qui ne comporte aucun risque ou aléa. Affaire, opération, placement, valeur de tout repos. On ne raconte pas qu'on a sa fortune en valeurs argentines de tout repos pour se trouver ruinée un beau matin par un oncle indélicat! (Bourdet,Sexe faible, 1931, iii, p. 464).
Cour. Qui ne donne pas de souci. [En parlant d'un inanimé] Sans risque. Geste, métier de tout repos. Le quartier n'est pas de tout repos non plus (Romains,Hommes bonne vol., 1932, p. 250).Le journalisme d'action n'est pas une carrière de tout repos (L. Daudet,Brév. journ., 1936, p. 160).
[En parlant d'une pers.] Tranquille. Je me retrouvai dans le camp parmi les prisonniers de tout repos (Ambrière,Gdes vac., 1946, p. 353).
2. État de paix dans une collectivité, un pays; absence de troubles politiques, de guerres. Comme désormais il faut bien qu'il m'abandonne entièrement la conduite de la politique étrangère, nous ne pouvons plus avoir de rivalité et notre union est indispensable au repos de la France (Chateaubr.,Mém., t. 3, 1848, p. 224).Tout l'univers est en repos, César a fermé le temple de Janus (Claudel,Corona Benignitatis, 1915, p. 396).
Le repos public. Perturber, troubler le repos public. Quelque légitime que soit ma prétention [reprendre un bien volé], je suis un perturbateur du repos public, si je prétends la satisfaire moi-même (A. de Broglie,Diplom. et dr. nouv., 1868, p. 224).
3. RELIG. CATH. État de plénitude, de sérénité de l'âme qui est en union avec Dieu. Cette retraite sera très paisible. Repasser tous mes souvenirs, toute ma vie devant Dieu (...) Goûter le repos avec Dieu (Dupanloup,Journal, 1851, p. 135).
En partic. Béatitude éternelle. Prier pour le repos de l'âme de qqn. C'est comme déchue que moi je dois aimer Dieu. Ainsi, j'aurai ou je n'aurai pas le repos éternel, le repos dans son amour (Jouve,Paulina, 1925, p. 186).La mort d'un chrétien, c'est une perspective radieuse! C'est la paix, la paix du repos, la paix du repos éternel. Que dis-je? C'est bien plus encore! C'est l'épanouissement de la vie (Martin du G.,Thib., Mort père, 1929, p. 1264).
4. Vieilli, littér. [À propos de la mort, des défunts] Repos de la mort. Je n'ai plus d'autre desir que celui de m'endormir dans la paix et le repos du tombeau (Crèvecœur,Voyage, t. 2, 1801, p. 371).En m'éloignant encore une fois de ce lieu d'éternel repos (...), je fis la triste observation, que, dans l'espace d'un an, la mort y avait rassemblé le plus grand géomètre, le plus grand poète (...), dont s'honorât la France (Jouy,Hermite, t. 4, 1813, p. 242).
Champ du repos. Cimetière. V. champ ex. 5.
Troubler le repos d'un mort. Porter atteinte à sa sépulture, à sa mémoire. Des ossements de bœuf semés çà et là témoignaient qu'une victime avait été immolée pour assumer les mauvaises chances qui eussent pu troubler le repos du mort (Gautier,Rom. momie, 1858, p. 177).
Prononc. et Orth.: [ʀ əpo]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1100 remanoir en repos « (en parlant d'un pays) être dans une période calme, exempte de troubles » (Roland, éd. J. Bédier, 600); b) ca 1120 (Benedeit, St Brendan, éd. I. Short et B. Merrilees, 350: L'espirit en vait en paraïs En grant repos u Deus l'at mis); 1561 repos éternel (J. Grévin, Pastorale ds Théâtre, éd. R. Pinvert, p. 225); c) ca 1160 « action de se reposer (d'une personne) » (Eneas, éd. J.-J. Salverda de Grave, 1435); 2. 1564 « période pendant laquelle une terre n'est pas cultivée » (Indice et rec. universel de tous les mots principaux des livres de la Bible, f o291 r o); 3. 1647 phys. « absence de mouvement » (Descartes, Principes, 2epart., 25, éd. Adam et Tannery, Œuvres, t. 9, p. 76); 4. a) 1668 « césure, pause indiquée par le sens » (Boileau, Art poétique, I, éd. Ch. H. Boudhors, p. 84); b) 1688 mus. « effet produit par une cadence parfaite qui termine une phrase musicale » (Miege); 5. 1812 repos! « dans l'armée, commandement indiquant la fin d'un exercice » (Mozin-Biber). Déverbal de reposer2*. Fréq. abs. littér.: 6 361. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 12 343, b) 8 764; xxes.: a) 7 124, b) 7 538. Bbg. Quem. DDL t. 21, 27.

Trésor de la Langue Française informatisé

REPOS, subst. masc.

A. − Gén. au sing. [P. oppos. à mouvement] Cessation du mouvement, état d'immobilité.
1.
a) [À propos d'êtres animés, de corps matériels, de mécanismes] Petit à petit, Joseph Pasquier s'adoucit et finit par laisser tomber à leur position de repos ses épaules de boxeur (Duhamel,Suzanne, 1941, p. 201).[La défécation] réclame pour réussir une température assez basse et un repos absolu du moût (Brunerie,Industr. alim., 1949, p. 78).
b) Locutions
Au repos. En état d'immobilité, en position immobile. Anton. en mouvement.Subst. + au repos.Liquide au repos. Dans son abandon matinal, ce violon au repos ne te rappelle-t-il pas un vers fameux de Mallarmé? Insolite vaisseau d'inanité sonore (Vogüé,Morts, 1899, p. 111).Les règles qui commandent la forme de la chaussure s'inspirent de la connaissance du pied au repos et en mouvement (Macaigne,Précis hyg., 1911, p. 178).Verbe + au repos.En position immobile. La sonnerie A fonctionne jusqu'à ce qu'on laisse la clef revenir au repos (A. Leclerc,Télégr. et téléph., 1924, p. 154).Le cheval et la danseuse de pur sang ne gagnent pas à se montrer au repos (Colette,Pays. et portr., 1954, p. 157).
En repos. En état d'immobilité. Anton. en mouvement.Demeurer, rester en repos. Nous diviserons donc l'étude de la théorie de Hertz en deux parties: l'électrodynamique des corps en repos et l'électrodynamique des corps en mouvement (H. Poincaré,Électr. et opt., 1901, p. 344).Un homme vivant ne saura pas se tenir en repos à la manière d'une statue, et surtout s'il est regardé (Alain,Beaux-arts, 1920, p. 215).
2. Spécialement
a) ARMUR., vieilli. État d'une arme à feu quand le chien n'est ni abattu, ni bandé. Mettre le chien d'un fusil, d'un pistolet au repos; mettre un fusil au repos. (Dict. xixeet xxes.). Cran de repos. Organe d'une arme à feu qui la maintient dans cet état. Les fusils n'étaient plus au cran de repos, mais armés (Verne,Île myst., 1874, p. 478).
b) MÉCAN. Échappement à repos. Échappement dans lequel le rouage est immobile pendant la plus grande partie de l'oscillation du balancier. Selon l'action qu'ils [les échappements] exercent sur le mouvement, on les divise en trois grands groupes (...). Ce sont: 1. les échappements à recul, 2. les échappements à repos, 3. les échappements libres (Bassermann-Jordan,Montres, horl. et pend., 1964, p. 177).
c) PHYSIQUE
Repos absolu. État d'un corps, d'un observateur qui reste totalement immobile. Anton. repos relatif.L'observation des mouvements à l'intérieur du système solaire ne permettra pas de reconnaître si le centre des masses de ce système (...) est en repos absolu ou est animé d'un mouvement rectiligne uniforme (Danjon,Cosmogr., 1948, p. 35).
Repos relatif. État d'un corps, d'un observateur qui reste immobile par rapport à un système de référence susceptible d'être entraîné dans un mouvement d'ensemble. Quand les deux corps sont en repos absolu, X1, Y1, Z1doivent avoir la valeur déduite de la loi de Newton, et quand ils sont en repos relatif, la valeur déduite des équations 4 (H. Poincaré,Mécan. nouv., 1905, p. 71).
Masse au repos. Masse d'un corps au repos qui, d'après la théorie de la relativité, est inférieure à la masse de ce corps en mouvement. C'est bien cette relation entre énergie et impulsion qu'exige la théorie de la relativité pour un corpuscule de vitesse C, c'est-à-dire de masse au repos nulle (Hist. gén. sc., t. 3, vol. 2, 1964, p. 386).
d) PHYSIOL. État d'activité minimale des organes et des muscles. Muscle, organe au repos. Les muscles conservent à l'état de repos une certaine tonicité (Cl. Bernard, Princ. méd. exp., 1878, p. 196).Si l'hormone thyroïdienne est sécrétée en abondance, l'hypophyse se met au repos (Quillet Méd.1965, p. 488).
B. − Au sing. [P. oppos à travail, activité]
1. Fait de cesser une activité fatigante (travail, exercice physique, occupation) en adoptant une position, en prenant une autre activité propres à délasser; état agréable qui suit; temps employé à cet effet. Les uns ne peuvent trouver d'activité que dans le repos, et les autres de repos que dans le mouvement (Joubert,Pensées, t. 1, 1824, p. 164):
1. ... il le rend plus léger [son travail] en le variant avec discernement, et rafraîchit son attitude par de courts intervalles de repos, qui le soulagent sans interrompre la continuité, qui est quelquefois un devoir. Brillat-Sav.,Physiol. goût, 1825, p. 216.
[L'accent est mis sur l'acte de se reposer] Synon. délassement, détente, relâche; anton. fatigue, travail.C'est de la fatigue qu'il vous faut; ne voyez-vous pas que le repos de votre corps nourrit l'activité de votre ame; unique source de tous vos maux? (Jouy,Hermite, t. 4, 1813, p. 178).[L'accent est mis sur le résultat] Synon. bien-être, détente.J'éprouvais cet étrange sentiment de repos parfait et de bienveillance du corps qui accompagne tous les mouvements du réveil quand on ouvre les yeux à la tombée de la nuit (Bosco,Mas Théot., 1945, p. 238).[L'accent est mis sur le temps] Synon. loisir, pause.Prendre du repos. M. Littré accepte enfin (...), prend sur ses heures de repos et trouve le temps de composer une biographie d'Auguste Comte (Pasteurds Travaux, 1882, p. 426).
Expr. et loc.
Repos absolu. Repos au lit, à la chambre. S'il [l'empereur] se trouvait au contraire surpris au milieu de très grandes fatigues, il se condamnait à vingt-quatre heures de repos absolu (Las Cases,Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 226).
Repos forcé. Repos imposé par les circonstances. Après les vacances ou une période de repos forcé, le travail [du danseur] devra être repris progressivement (Bourgat,Techn. danse, 1959, p. 20).
Aire de repos. Lieu aménagé au bord d'une autoroute pour permettre aux automobilistes de se reposer, de se restaurer. Sur certaines aires de repos seront également présentées des reconstitutions de scènes (...). Ce programme d'animation gigantesque, mais à la mesure de l'espace autoroutier, comblera les cinéphiles (Le Monde loisirs, 10 mai 1986, p. xiii, col. 1).
Cure de repos. Ensemble de soins médicaux, séjour en clinique ou dans un endroit calme où une personne surmenée se repose. Cure de repos en montagne. La voie maritime restera celle du confort, des plaisirs du bord, de la cure de repos, de la trêve dans la vie fiévreuse (M. Benoist, Pettier,Transp. mar., 1961, p. 36).
Lit* de repos, maison* de repos, salle* de repos.
Au repos. Dans une position permettant la détente musculaire, avec une activité réduite propre au délassement. La fatigue s'en allait, avec des picotements, de leurs jambes et de leurs bras au repos (R. Bazin,Blé, 1907, p. 102).
Sans repos. Sans relâche, sans répit. Ils chassaient tous deux d'un bout à l'autre de l'année, sans repos, sans arrêt, sans lassitude (Maupass.,Contes et nouv., t. 2, Loup, 1882, p. 1242).Sans repos ni trêve, sans repos ni cesse, (n'avoir) ni repos ni trêve, ni repos ni cesse. Il s'attacha désormais à mes pas, résolu à ne me laisser ni repos, ni trêve (Reybaud,J. Paturot, 1842, p. 218).
SYNT. Long, court repos; repos (bien) mérité; repos au lit; repos de nuit; heure, jour, moment, mois, période, semaine de repos; ne pas avoir un instant, une minute de repos; goûter un repos bien mérité; se donner du repos; prendre du repos, un peu de repos; avoir besoin de repos; ne s'accorder, ne se laisser aucun repos; prescrire (à un malade) des jours de repos.
2. En partic. Fait d'interrompre un travail professionnel pour se reposer; temps accordé réglementairement ou légalement au cours du temps de travail. Repos annuel, férié; repos du dimanche; avoir repos tel jour; accorder, prendre un repos. Déjà les quarts étaient établis, le roulement de veille et de repos des matelots était amorcé (Peisson,Parti Liverpool, 1932, p. 37):
2. Et attendu que le dimanche, qui a passé jusqu'ici pour un jour de repos, n'est en réalité qu'un jour de fatigue, puisqu'il est consacré au plaisir... le lundi, consacré à se reposer du dimanche, sera néanmoins payé comme jour de travail... Sardou,Rabagas, 1872, II, 5, p. 64.
Repos hebdomadaire. ,,Journée de repos qui doit, obligatoirement, être accordée aux employés ou ouvriers chaque semaine`` (cida 1973). En principe, le repos hebdomadaire doit être accordé le dimanche (cida1973).
[P. allus. au récit biblique de la Création (Gen. II, 2) où Dieu se repose après le travail accompli] Le repos du septième jour. Ils se croisent les bras et ils s'installent dans la paix du dimanche. Plus de travail sur la planche. Ils méditent dans le repos du septième jour (Nizan,Chiens garde, 1932, p. 84).
Le jour du repos. Le dimanche. Il mourut en lisant son journal, un dimanche... − Le jour du repos, comme un bon ouvrier (Pesquidoux,Livre raison, 1932, p. 111).
L'âge du repos. La retraite. Les fonctionnaires sont sûrs (...) d'arriver paisiblement, de grade en grade, à l'âge du repos, et de trouver dans leur vieillesse, la pension viagère de la retraite (Baradat,Organ. préfect., 1907, p. 174).
Fam. [Le suj. désigne un ouvrier, un employé] Être de repos. Être en congé hebdomadaire. Un jour par semaine, M. Laversin était de repos. Il restait alors dans sa chambre et fumait la pipe (Duhamel,Notaire Havre, 1933, p. 177).
3. P. méton., au sing. et au plur.
a) Lieu où l'on se repose. La blanche arène, formée de petits cailloux choisis, qui sert de repos aux nymphes (Nodier,Fée Miettes, 1831, p. 149).
En partic. [En montagne] Synon. de replat.Puis, par une marche horizontale d'environ vingt mètres, toujours en taillant, suivre la base d'une paroi rocheuse verticale du Grand Dru pour gagner un petit repos rocheux (R. alpine, nov. 1902, p. 371 ds Quem. DDL t. 27).
b) Chose, spectacle qui repose. L'eau [d'un canal paisible], chargée d'images familières, sous un rideau de peupliers, guidait les regards jusqu'au repos d'un horizon de moulins et de prés (Maeterl.,Vie abeilles, 1901, p. 14).Au fig. Et les jolies scènes d'amour [dans Molière]! Courteline dirait qu'elles encombrent le théâtre de Molière: elles sont d'exquis repos (Renard,Journal, 1901, p. 637).
c) Pause au cours d'une activité suivie. Je ne pouvais lire le Petit éclaireur que ligne par ligne, et avec des repos, car la lecture était un supplice pour mes yeux (Giraudoux,Suzanne, 1921, p. 161).
d) Personne qui repose. Le repos du guerrier. La femme. Toi tu es le repos du guerrier, du guerrier lâche, de l'embusqué; Notre-Dame des Déserteurs, aie pitié de moi. Je veux dormir-mourir, et pour ça une femme c'est le meilleur système (Chr. Rochefort, Le Repos du guerrier, Paris, 1981 [1958], p. 234).
4. P. anal. État d'inactivité de la nature qui ne produit pas. Culture intensive, par la suppression du repos naturel du sol (jachère), par l'emploi des engrais (R. Lalanne,Alim. hum., 1942, p. 26).V. annuel ex. 4.
5. Vieilli, littér. Sommeil. Le dieu du repos; avoir perdu le repos; troubler le repos de qqn. Ils dorment... et le repos me fuit. Le sommeil n'ose approcher de mes paupières (La Martelière,Robert, 1793, ii, 1, p. 13).Ses paupières s'alourdirent, un demi sommeil ferma ses yeux encore humides. C'était plutôt de l'engourdissement qu'un vrai repos (Theuriet,Mariage Gérard, 1875, p. 169).
6. Spécialement
a) ARCHITECTURE
Plate-forme, large marche qui sépare les séries de marches entre deux paliers. Ce grand Hermès bouclé qui ornait une niche, au repos du grand escalier (Green,Malfaiteur, 1955, p. 117).
Partie d'un édifice orné qui présente une surface unie reposante pour la vue. Le défaut principal de la décoration architectonique de l'Empire est de ne savoir ménager les repos (Viollet-Le-Duc, Archit., 1872, p. 190).
b) ART MILIT. [Commandement militaire impliquant l'abandon de la position rigide du garde-à-vous par un relâchement des bras et un léger écartement des pieds] − Fixe!... repos!... fixe! Les hommes s'exécutaient, scandalisés. D'une voix très sûre, il continua: − Arme sur l'épaule... droite! (Benjamin,Gaspard, 1915, p. 60).P. méton. Cette position elle-même. Je quittai le garde à vous, je me mis au repos pour répondre (Vercel,Cap. Conan, 1934, p. 223).
c) BEAUX-ARTS. Surface plus unie dans une œuvre d'art, un tableau afin que l'œil ne s'y arrête pas. On y vit déborder [sur l'ordre corinthien], au IIIesiècle, cette ornementation sans mesure et sans repos qui caractérise toutes les décadences (Ch. Blanc, Gramm. arts dessin, 1876, p. 192).
d) DICTION, MUS., POÉSIE
Pause dans un discours, une lecture. Je n'ai pas besoin d'ajouter que je conserverais les repos dans le discours, et les signes de ponctuation dans l'écriture (Destutt de Tr.,Idéol. 2, 1803, p. 415).
,,Cadence suspensive dans le discours musical, généralement sur une harmonie de dominante dans la musique classique`` (Mus. 1976). [Dans un concerto de clarinette] l'orchestre exécute le tutti, qui se terminait par un repos sur l'accord de la dominante (Berlioz,Grotesques mus., 1859, p. 42).
Césure située à place fixe dans un vers. (Tout en observant le repos de l'hémistiche), moins souvent qu'André Chénier, mais avant lui, il [Roucher] use des rejets avec une certaine hardiesse (Lemaitre,Contemp., 1885, p. 85).
C. − Au sing. [P. oppos. à inquiétude, trouble]
1.
a) État de quiétude où l'on ne ressent ni trouble, ni agitation. Synon. calme, paix, quiétude, sérénité; anton. inquiétude, trouble.Repos profond, tranquille; repos de l'âme, du cœur; ôter tout repos; ne laisser aucun repos; troubler le repos (de qqn). Cet homme était peu considérable (...): son opposition n'ébranlait pas mon autorité, mais elle troublait mon repos (Reybaud,J. Paturot, 1842, p. 185):
3. élisabeth, sourdement: Toucher, tenir, posséder ce qu'on aime... Quelle paix ce doit être! Quelle évidence! Quel repos! marianne, avec douleur: Eh bien! non, Élisabeth, non! Ce n'est pas vrai: il n'existe pas de certitude, ni d'évidence, ni de repos. Mauriac,Mal Aimés, 1945, III, 2, p. 229.
P. méton. Ce qui repose. Obéir! Voilà: obéir. Et c'est un repos pour un homme (Salacrou,Terre ronde, 1938, ii, 1, p. 186).
b) Locutions
En repos. Esprit en repos. Oh! mon ami, j'étais en repos; je me résignais; la résignation m'était douce (Bernanos,Soleil Satan, 1926, p. 122).Le succès est peu de chose, auprès d'une conscience en repos (Vercors,Sil. mer, 1942, p. 53).
Laisser qqn en repos. Ne pas tourmenter quelqu'un. Après, tu me laisseras en repos? Tu ne seras plus méchant?... Tu le promets? (Bernstein,Secret, 1913, ii, 11, p. 28).
De tout repos
FIN. Qui ne comporte aucun risque ou aléa. Affaire, opération, placement, valeur de tout repos. On ne raconte pas qu'on a sa fortune en valeurs argentines de tout repos pour se trouver ruinée un beau matin par un oncle indélicat! (Bourdet,Sexe faible, 1931, iii, p. 464).
Cour. Qui ne donne pas de souci. [En parlant d'un inanimé] Sans risque. Geste, métier de tout repos. Le quartier n'est pas de tout repos non plus (Romains,Hommes bonne vol., 1932, p. 250).Le journalisme d'action n'est pas une carrière de tout repos (L. Daudet,Brév. journ., 1936, p. 160).
[En parlant d'une pers.] Tranquille. Je me retrouvai dans le camp parmi les prisonniers de tout repos (Ambrière,Gdes vac., 1946, p. 353).
2. État de paix dans une collectivité, un pays; absence de troubles politiques, de guerres. Comme désormais il faut bien qu'il m'abandonne entièrement la conduite de la politique étrangère, nous ne pouvons plus avoir de rivalité et notre union est indispensable au repos de la France (Chateaubr.,Mém., t. 3, 1848, p. 224).Tout l'univers est en repos, César a fermé le temple de Janus (Claudel,Corona Benignitatis, 1915, p. 396).
Le repos public. Perturber, troubler le repos public. Quelque légitime que soit ma prétention [reprendre un bien volé], je suis un perturbateur du repos public, si je prétends la satisfaire moi-même (A. de Broglie,Diplom. et dr. nouv., 1868, p. 224).
3. RELIG. CATH. État de plénitude, de sérénité de l'âme qui est en union avec Dieu. Cette retraite sera très paisible. Repasser tous mes souvenirs, toute ma vie devant Dieu (...) Goûter le repos avec Dieu (Dupanloup,Journal, 1851, p. 135).
En partic. Béatitude éternelle. Prier pour le repos de l'âme de qqn. C'est comme déchue que moi je dois aimer Dieu. Ainsi, j'aurai ou je n'aurai pas le repos éternel, le repos dans son amour (Jouve,Paulina, 1925, p. 186).La mort d'un chrétien, c'est une perspective radieuse! C'est la paix, la paix du repos, la paix du repos éternel. Que dis-je? C'est bien plus encore! C'est l'épanouissement de la vie (Martin du G.,Thib., Mort père, 1929, p. 1264).
4. Vieilli, littér. [À propos de la mort, des défunts] Repos de la mort. Je n'ai plus d'autre desir que celui de m'endormir dans la paix et le repos du tombeau (Crèvecœur,Voyage, t. 2, 1801, p. 371).En m'éloignant encore une fois de ce lieu d'éternel repos (...), je fis la triste observation, que, dans l'espace d'un an, la mort y avait rassemblé le plus grand géomètre, le plus grand poète (...), dont s'honorât la France (Jouy,Hermite, t. 4, 1813, p. 242).
Champ du repos. Cimetière. V. champ ex. 5.
Troubler le repos d'un mort. Porter atteinte à sa sépulture, à sa mémoire. Des ossements de bœuf semés çà et là témoignaient qu'une victime avait été immolée pour assumer les mauvaises chances qui eussent pu troubler le repos du mort (Gautier,Rom. momie, 1858, p. 177).
Prononc. et Orth.: [ʀ əpo]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1100 remanoir en repos « (en parlant d'un pays) être dans une période calme, exempte de troubles » (Roland, éd. J. Bédier, 600); b) ca 1120 (Benedeit, St Brendan, éd. I. Short et B. Merrilees, 350: L'espirit en vait en paraïs En grant repos u Deus l'at mis); 1561 repos éternel (J. Grévin, Pastorale ds Théâtre, éd. R. Pinvert, p. 225); c) ca 1160 « action de se reposer (d'une personne) » (Eneas, éd. J.-J. Salverda de Grave, 1435); 2. 1564 « période pendant laquelle une terre n'est pas cultivée » (Indice et rec. universel de tous les mots principaux des livres de la Bible, f o291 r o); 3. 1647 phys. « absence de mouvement » (Descartes, Principes, 2epart., 25, éd. Adam et Tannery, Œuvres, t. 9, p. 76); 4. a) 1668 « césure, pause indiquée par le sens » (Boileau, Art poétique, I, éd. Ch. H. Boudhors, p. 84); b) 1688 mus. « effet produit par une cadence parfaite qui termine une phrase musicale » (Miege); 5. 1812 repos! « dans l'armée, commandement indiquant la fin d'un exercice » (Mozin-Biber). Déverbal de reposer2*. Fréq. abs. littér.: 6 361. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 12 343, b) 8 764; xxes.: a) 7 124, b) 7 538. Bbg. Quem. DDL t. 21, 27.

Wiktionnaire

Nom commun

repos \ʁə.po\ masculin

  1. Privation, cessation de mouvement, d’activité ou d’effort.
    • Cet enfant ne demeure jamais en repos. — Se tenir en repos.
  2. Cessation de travail, d’exercice, pour faire disparaître la fatigue.
    • Bien que souffrant d'une néphrite chronique avec complications cardiaques, il ne voulut pas consentir à prendre le moindre repos, […]. — (Frédéric Weisgerber, Au seuil du Maroc Moderne, Institut des Hautes Études Marocaines, Rabat : Les éditions de la porte, 1947, p. 55)
    • Cette verdure est un repos pour les yeux.
  3. (Militaire) (Par ellipse) Ordre donné pour suspendre l’exercice et permettre aux soldats de se délasser.
  4. Quiétude, tranquillité, exemption de toute peine d’esprit.
    • Je suis en repos de ce côté-là. — Il est dans un grand repos d’esprit sur cette affaire.
    • Il n’aura point de repos qu’il n’ait achevé.
    • Soyez en repos sur mes affaires, Ne vous en mêlez pas.
    • Laissez-moi, veuillez me laisser en repos, laissez-moi donc en repos, Cessez de me fatiguer de vos importunités.
  5. (Politique) Exemption de trouble, d’agitation ; tranquillité, en parlant des États.
    • Le pays est dans un repos complet, absolu. — La paix est faite, les peuples vont goûter un profond repos.
  6. Sommeil.
    • Il ne dort plus, il a perdu le repos depuis quelque temps.
    • Il dort, ne troublez pas son repos.
  7. (Par ellipse) Le repos éternel, la mort.
  8. (Au singulier) État où est une arme à feu, lorsque, le chien n’est ni abattu, ni bandé, mais maintenu par un cran spécial.
    • Mettre le chien d’un fusil au repos. — Ce fusil est au repos. — Le cran de repos.
  9. (Versification française) Césure placée à tel ou tel endroit du vers, pour marquer une pause, un arrêt.
  10. Pause que l’on fait en prononçant un discours, en déclamant, en lisant à haute voix.
    • Dans le discours prononcé, les repos de la voix tiennent lieu de points et d’alinéa.
    • Un lecteur habile sait se ménager des repos pour respirer sans effort.
  11. (Plus rare) morceau, passage d’une lecture facile, destinés à procurer une détente à l’esprit du lecteur, en parlant des ouvrages de l’esprit.
    • Cette narration agréable sert de repos, après des réflexions si graves.
  12. (Arts) Attitude des figures représentées sans mouvement ou avec peu de mouvement.
    • Les anciens dans leur statuaire adoptaient le plus souvent l’attitude en repos.
  13. (Architecture) Sorte de petit palier qui interrompt la suite des marches entre deux étages.
    • Il y a dix marches jusqu’au premier repos.
    • Les repos de cet escalier ne sont pas bien placés.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

REPOS. n. m.
Privation, cessation de mouvement. Cet enfant ne demeure jamais en repos. Se tenir en repos. Il signifie aussi Cessation de travail, d'exercice, pour faire disparaître la fatigue. Il y a longtemps que vous travaillez, donnez-vous un peu de repos, prenez un peu de repos. Il faut faire succéder le repos au travail. Dans les moments de repos. Le jour est le temps du travail, la nuit est le temps du repos. Le septième jour de la semaine était chez les Juifs un jour de repos, qu'ils appelaient Sabbat. Le dimanche, chez les chrétiens, est le jour du repos. Mettre des troupes au repos. Cette verdure est un repos pour les yeux. En termes de Commandement militaire, on dit elliptiquement : Repos! pour Suspendre l'exercice et permettre aux hommes de se délasser. Lit de repos, Sorte de lit où l'on se repose, où l'on dort le jour. Fig., Troubler le repos des morts, Les exhumer, violer leur sépulture. Il signifie aussi Parler contre la mémoire des morts, contre leur réputation. Le repos éternel, L'état où sont les âmes des bienheureux. On dit en ce sens : Prier Dieu pour le repos des âmes des morts. Champ du repos se dit, dans le style soutenu, pour Cimetière.

REPOS signifie encore Quiétude, tranquillité, exemption de toute peine d'esprit. Je suis en repos de ce côté-là. Il est dans un grand repos d'esprit sur cette affaire. Il a l'esprit en repos. Mettre sa conscience en repos. C'est une affaire, c'est un procès qui lui ôte le repos, qui trouble tout son repos. Il est dans une peine continuelle, il n'a aucun repos. Vivre en repos. Goûter un doux repos. Je n'ai trouvé, je n'ai retrouvé le repos que depuis que j'ai mis ordre à cette affaire. Mon repos en dépend. Il n'aura point de repos qu'il n'ait achevé. Il est là-dessus en plein repos, dans un parfait repos. Soyez en repos sur mes affaires, Ne vous en mêlez pas. Laissez-moi, veuillez me laisser en repos, laissez-moi donc en repos, Cessez de me fatiguer de vos importunités. De tout repos, Qui offre une entière sécurité. Des valeurs de tout repos. C'est un cheval de tout repos.

REPOS signifie, en parlant des États, Exemption de trouble, d'agitation; tranquillité. Le royaume est dans un repos complet, absolu. La paix est faite, les peuples vont goûter un profond repos. Troubler le repos public. Il signifie aussi Sommeil. Il ne dort plus, il a perdu le repos depuis quelque temps. Prendre son repos. Il dort, ne troublez pas son repos. En parlant d'Armes à feu, il se dit de l'État où elles sont, lorsque, le chien n'est ni abattu, ni bandé, mais maintenu par un cran spécial. Mettre le chien d'un fusil au repos. Ce fusil est au repos. Le cran de repos. Dans ce sens et dans ceux qui précèdent, il n'a point de pluriel. Il se dit, en termes de Versification française, de la Césure placée à tel ou tel endroit du vers, pour marquer une pause, un arrêt.

REPOS se dit aussi des Pauses que l'on fait en prononçant un discours, en déclamant, en lisant à haute voix. Dans le discours prononcé, les repos de la voix tiennent lieu de points et d'alinéa. Un lecteur habile sait se ménager des repos pour respirer sans effort. Il se dit, en parlant des Ouvrages de l'esprit, de Certains morceaux, de certains passages d'une lecture facile, destinés à procurer une détente à l'esprit du lecteur. Cette narration agréable sert de repos, après des réflexions si graves. Il se dit, en termes de Beaux-Arts, de l'Attitude des figures représentées sans mouvement ou avec peu de mouvement. Les anciens dans leur statuaire adoptaient le plus souvent l'attitude en repos. En termes d'Architecture, il désigne une Sorte de petit palier qui interrompt la suite des marches et qui est souvent formé d'une marche plus large que les autres. Il y a dix marches jusqu'au premier repos. Les repos de cet escalier ne sont pas bien placés.

Littré (1872-1877)

REPOS (re-pô ; l's se lie : un re-pô-z agréable) s. m.
  • 1Cessation de travail, d'occupation, et de ce genre de mouvement que donnent le travail, l'occupation (sens primitif d'un mot formé de pause). Le dimanche chez les chrétiens est le jour du repos. On cherche le repos en combattant quelques obstacles ; et, si on les a surmontés, le repos devient insupportable, Pascal, Pens. IV, 2, éd. HAVET. De ces deux instincts contraires [l'occupation au dehors et le désir du repos], il se forme en eux [hommes] un projet confus… qui les porte à tendre au repos par l'agitation, et à se figurer toujours que la satisfaction qu'ils n'ont point leur arrivera, si, en surmontant quelques difficultés qu'ils envisagent, ils peuvent s'ouvrir par là la porte au repos, Pascal, ib. Il ne perdit rien par sa disgrâce… et, ne pouvant servir le roi par ses actions et par ses discours, il le servit par son repos et par son silence, Fléchier, le Tellier. Donnez-vous du repos ; Vous n'avez tantôt plus que la peau sur les OS, Racine, Plaid. I, 4. Calypso… l'interrompit pour lui faire prendre quelque repos, Fénelon, Tél. IV. M. l'abbé Bignon se procura enfin ce repos qui termine si dignement la vie des grands hommes, mais dont les grands hommes ne veulent jouir, et ne jouissent en effet, qu'après mille services rendus à la patrie et au genre humain, Mairan, Éloges, l'abbé Bignon. Le repas serait le repos, et durerait autant que l'ardeur du jour, Rousseau, Ém. IV. Ma bonne fée, au seuil du pauvre barde, Oui, vous sonnez la retraite à propos ; Pour compagnon, bientôt, dans ma mansarde, J'aurai l'oubli, père et fils du repos, Béranger, Adieu chansons.

    Elliptiquement, pour : reposez-vous, en termes de commandement militaire. Repos. En place repos.

    Fig. Ces temps anciens où la foi chrétienne tressaillait d'une joie si pure lorsqu'on venait annoncer à ses pontifes austères et vénérables le repos du glaive de la persécution…, Mirabeau, Collection, t. V, p. 300.

  • 2Lieu propre à prendre du repos. On a distribué dans ce jardin différents repos. Les nombreux villages qui peuplent la vallée sont presque tous situés sur les pontes rapides de la montagne ou sur de petits repos de ces mêmes pentes, Saussure, Voy. Alpes, t. VIII, p. 33. De temps en temps on trouvait des repos, c'est-à-dire de petites esplanades remplies d'herbages et de ronces, Genlis, Mém. t. III, p. 249.

    Terme d'architecture. Palier d'escalier qui interrompt la suite des marches, qui est souvent formé d'une marche plus large que les autres, et qui sert à se reposer ou à faciliter l'entrée des cabinets entre deux étages. Escalier sans repos.

  • 3Repos de la terre, jachère.
  • 4Sommeil. Prendre son repos. Depuis l'assassinat de Duncan, Macbeth avait perdu le repos. J'aurai soin de ne pas troubler votre repos, Et de ne rien souffrir qui ne soit à propos, Molière, Tart. V, 4. Astre ami du repos, des songes, du silence, Lamartine, Harm. I, 10.

    Lit de repos, espèce de lit où l'on se repose, où l'on dort le jour. Elle était sur un lit de repos, avec une table devant elle, où il y avait plusieurs corbeilles pleines de rubans, La Fayette, Princ. de Clèves, Œuv. t. II, p. 216, dans POUGENS.

    Dans le style soutenu, champ du repos se dit quelquefois pour cimetière.

    Fig. L'état des morts dans le tombeau. Vous, madame, agréez pour notre grand héros, Que ses mânes vengés goûtent un plein repos, Corneille, Sertor. V, 8.

    Troubler le repos des morts, violer leur sépulture.

    Fig. Troubler le repos des morts, insulter à leur mémoire.

    Le repos éternel, l'état où sont les âmes des bienheureux.

    On dit en ce sens : prier Dieu pour le repos des âmes des morts.

  • 5Quiétude d'esprit, calme de l'âme. Remettez-vous l'âme en repos, Quittez ces funestes propos, Malherbe, VI, 17. Le repos d'esprit que donne à ceux qui sont innocents le témoignage de la conscience, Malherbe, XXXIIIe livre de Tite Live, à Mgr le duc de Luynes. D. Fernand : Prends du repos, ma fille, et calme tes douleurs. - Chimène : M'ordonner du repos, c'est croître mes malheurs, Corneille, Cid, II, 9. En Dieu seul est aussi le repos de sa course [de l'âme], Corneille, Imit. III, 5. Le repos ? le repos, trésor si précieux Qu'on en faisait jadis le partage des dieux, La Fontaine, Fabl. VII, 12. Rien ne donne le repos que la recherche sincère de la vérité, Pascal, Pens. XXIV, 21, édit. HAVET. Enfin, ma chère enfant, il n'y a que vous que je préfère au triste et tranquille repos dont je jouis ici, Sévigné, 562. Rien ne troublera moins le repos de ma vie, Sévigné, 73. Je n'ai point trouvé… que je le puisse quitter [l'abbé de Coulanges] dans l'âge où il est… s'il mourait dans cette absence, mes remords ne me donneraient aucun repos, Sévigné, 8 avril 1676. On a bien prévu que… tandis que les uns ne cesseraient de disputer… les autres… iraient enfin chercher un repos funeste et une entière indépendance dans l'indifférence des religions ou dans l'athéisme, Bossuet, Reine d'Anglet. Il est impossible de désirer beaucoup de choses sans perdre le repos, qui vaut mieux que tout ce que l'on désire, Bourdaloue, Pensées, t. II, p. 379. Plus content en lui-même… lorsque, dans le fond d'une sombre allée et sur un tribunal de gazon, il avait assuré le repos d'une pauvre famille, que lorsqu'il décidait des fortunes les plus éclatantes sur le premier trône de la justice, Fléchier, Lamoignon. C'est au repos d'esprit que nous aspirons tous ; Mais ce repos heureux se doit chercher en nous, Boileau, Ép. V. Hélas ! pour mon repos que ne le puis-je croire ? Racine, Bajaz. I, 3. Je ne doute pas que la vraie dévotion ne soit la source du repos, La Bruyère, XIII. Le meilleur de tous les biens, s'il y a des biens, c'est le repos, la retraite et un endroit qui soit son domaine, La Bruyère, VIII. Tous ces petits repos qu'on se procure sont bien fragiles ; l'âme n'en jouit qu'en passant, Marivaux, Marianne, 8e part. Du repos dans le crime ! ah ! qui peut s'en flatter ? Voltaire, Oreste, I, 5. La liberté est quelque chose de céleste ; mais le repos vaut encore mieux, Voltaire, Lett. d'Argental, 1er fév. 1764. Ce poids léger du temps que le travail emploie, Ce doux repos du cœur…, Lamartine, Harm. I, 5. La splendeur imposante du siècle de Louis XIV ne permettait pas ces longs repos de l'âme sur elle-même [sentiment mélancolique] ; ou du moins, si de telles impressions pouvaient naître, elles appartenaient tout entières à la religion, Villemain, Litt. franç. XVIIIe siècle, 2e part. 2e leçon.

    Mettre en repos sa conscience, en dissiper les scrupules. Ce consentement doit mettre en repos votre conscience, Bossuet, Lett. 53. Ayant mis sa conscience en repos, Hamilton, Gramm. 8.

    Mettre son âme en repos, se décharger de ses péchés par la confession.

    Être en repos, n'avoir point d'inquiétude. Va, sois en repos, rentre, et me laisse faire, Molière, Éc. des maris, II, 1. Soyez en repos sur la conduite de ceux qui sauront demander votre congé, Sévigné, 27 nov. 1673. Soyez en repos sur vos confessions passées, Bossuet, Lett. Corn. 140. On s'étonnait de me voir si en repos pendant tous les mouvements que certaines gens faisaient contre moi, Bossuet, Rem. Réponse, IX, I, 15,

    Être en repos de quelque objet, ne pas avoir d'inquiétude sur cet objet. Et moi à qui il reste tant d'autres choses à désirer… j'ai été en repos de tout, quand j'ai vu que vous aviez soin de moi, Voiture, Lett. 33. Soyez en repos de votre chère maman, qui se conserve pour vous, Sévigné, 21 août 1689. Le roi… lui dit [à Pompone] …qu'il était en repos de toutes les affaires secrètes dont il avait connaissance, Sévigné, 7 févr. 1680. J'avais l'esprit en repos de mille choses, en songeant qu'elle [Mme Deville] en aurait soin [du fils de Mme de Grignan], Sévigné, 25 déc. 1671.

    Fig. Dormir en repos sur une affaire, n'en avoir aucune inquiétude.

    Se mettre en repos, se mettre l'esprit en repos, écarter toute inquiétude. Mettez-vous en repos, Corneille, Nicom. I, 1. Mettez-vous donc l'esprit en repos, Pascal, Prov. III. Le confesseur [à l'aide de certaines décisions des casuistes] peut se mettre en repos touchant la disposition de son pénitent, Pascal, Prov. X.

    Avoir l'esprit en repos, même sens. Ma mère se porte parfaitement bien, ayez-en l'esprit en repos, Ch. Sévigné, dans SÉV. 557.

    Se tenir en repos, même sens. Tenons-nous en repos sur le tout, Pascal, Prov III.

    Soyez en repos sur mes affaires, ne vous en mêlez pas.

    Laissez-moi en repos, cessez de me fatiguer de vos importunités. Porte-lui ma réponse, et nous laisse en repos, Corneille, Hor. II, 2. Messieurs, voulez-vous bien nous laisser en repos ! Racine, Plaid. II, 10. Je vous prie de me laisser en repos, et de ne m'importuner plus de vos querelles, Montesquieu, Lett. pers. 11.

    N'avoir point de repos, n'être pas tranquille jusqu'à ce que. Et, dès qu'un mot plaisant vient luire à mon esprit, Je n'ai point de repos qu'il ne soit en écrit, Boileau, Sat. VII.

  • 6Absence de troubles, de séditions, de guerres, de persécutions. Telle est la règle qu'il [Basnage] prétend donner à tous les États protestants : l'hérétique, dit-il, y est en repos, Bossuet, Déf. des Variat. 4. Il y avait quarante-cinq ans qu'ils [les Gaulois d'Italie] demeuraient en repos ; la jeunesse qui s'était élevée durant ce temps ne songeait plus aux pertes passées, et commençait à menacer Rome, Bossuet, Hist. I, 8. Ils [les Juifs] ont remué tout l'univers contre ces disciples [de Jésus-Christ], et ne les ont laissés en repos dans aucune ville, Bossuet, ib. II, 8. Rome, fatiguée et épuisée par tant de guerres civiles, pour avoir du repos, est contrainte de renoncer à sa liberté, Bossuet, ib. III, 7. Ainsi leurs voisins n'ont jamais rien à craindre d'un tel peuple [de la Bétique], et ils ne peuvent espérer de s'en faire craindre ; c'est pourquoi ils les laissent en repos, Fénelon, Tél. VIII.
  • 7 Terme de banque. Valeur à couverture de tout repos, valeur pleinement garantie. Des signatures de toute sûreté, de tout repos, comme on dit, sont négociées à des taux inférieurs à l'escompte fixé par la banque, Béhic, Enquête sur la banque, 1867, p. 264.
  • 8État d'un corps qui n'est pas en mouvement (sens qui provient, ce qui est rare, du passage d'une acception morale à une acception physique). Je crois devoir avertir que ce qui gâte le plus la physique de M. Descartes est ce faux principe, que le repos a de la force ; car de là il a tiré des règles du mouvement qui sont fausses, Malebranche, Rech. vér. VI, 2, 9. Le repos est la privation du mouvement dans un corps considéré comme mobile, Diderot, Opin. des anc. philos. (philos. péripatéticienne).

    Terme de physique. Persistance de toutes les parties qui composent un corps dans les mêmes rapports de situation relativement à certains objets qu'on regarde comme fixes.

    Repos absolu, état d'un corps qui reste dans la même partie de l'espace ; repos relatif, fixité d'un corps relativement à des corps mobiles qui l'environnent. Un homme est en repos dans un bateau ; mais, si le bateau marche, son repos n'est que relatif au bateau, puisqu'il se meut avec lui relativement au deux rives du fleuve. Les anciens, qui croyaient la terre immobile, concevaient le repos absolu ; pour nous ce repos absolu n'existe pas.

  • 9Immobilité, tranquillité. Se tenir en repos. Cet enfant ne saurait demeurer en repos. Notre nature est dans le mouvement ; le repos entier est la mort, Pascal, Pens. XXV, 7, éd. HAVET. Elle a tous les jours la fièvre, et le repos la guérit ; il lui faut donc du repos, Sévigné, 132. La force m'abandonne, et le repos me tue, Racine, Bérén. IV, 1.

    Inaction. En attendant, tenez-vous en repos dans Jérusalem, Bossuet, Hist. II, 7. Il est vrai que le roi [Louis XIV] garde beaucoup de tranquillité, mais qu'ils [les ennemis] ne s'y trompent pas : son repos est agissant, son calme l'emporte sur toute l'inquiétude de leur vigilance, Th. Corneille, Rép. au disc. de récept. de Fontenelle.

    Poétiquement. Un effroyable cri, sorti du fond des flots, Des airs en ce moment a troublé le repos, Racine, Phèd. V, 6. Tandis que la nature et les astres sommeillent Dans un repos silencieux, Lamartine, Harm. I, 10.

    Le repos de la contredanse, l'intervalle entre les figures de la contredanse. Regardez donc, dans le repos de la contredanse, comme elle s'agite, avec quel air familier elle parle à tous ces jeunes gens, Genlis, Ad. et Th. t. I. p. 500, dans POUGENS.

  • 10Il se dit de l'immobilité de parties destinées à se mouvoir. Ces pennes dans leur repos s'étendent un peu au delà du milieu de la queue, Buffon, Ois. t. VI, p. 103.

    État d'une arme à feu, lorsque le chien n'est ni abattu ni bandé. Mettre le chien d'une arme à feu dans son repos, au repos. Ce fusil est parti au repos.

    Gond à repos, celui dont le mamelon a une base saillante, propre à recevoir l'épaisseur de la penture.

  • 11 Terme de versification française. Césure placée dans les vers décasyllabes après la quatrième syllabe, et dans les vers alexandrins après la sixième. Que toujours dans vos vers le sens coupant les mots Suspende l'hémistiche, en marque le repos, Boileau, Art p. I.

    La pause qui doit être placée dans les stances de six ou de dix vers, savoir dans celles de six après le troisième vers, et dans celles de dix après le quatrième et après le septième.

  • 12 Terme de musique. Endroit où la phrase se termine, et où le chant se repose plus ou moins parfaitement. Métastase a disposé les phrases, les repos, les nombres, et toutes les parties de l'air, comme s'il l'eût chanté lui-même, Marmontel, Œuv. t. V, 101.
  • 13Pause que l'on fait en prononçant un discours, en déclamant, en lisant à haute voix. Rien de plus contraire à l'harmonie que des repos trop fréquents, et qui ne gardent nulle proportion entre eux ; aujourd'hui pourtant c'est le style qu'on voudrait mettre à la mode, D'Olivet, Pros. franç. V, 2. Lorsqu'il avait bien saisi le sens d'un morceau, je le lui déclamais, en marquant bien l'accent, la prosodie, la cadence des vers, les repos, les demi-repos, les articulations de la phrase, Marmontel, Mém. IX.
  • 14Se dit, dans les ouvrages d'esprit, de certains passages ou morceaux, sur lesquels le lecteur peut s'arrêter et se délasser de son application à ce qui précède. Narration qui sert de repos après des considérations abstraites.
  • 15 Terme de peinture. Endroit du tableau où les détails sont plus rares, les lumières moins vives, afin que l'œil, ne s'y arrêtant pas, se fixe particulièrement sur l'action principale. Ménager des repos. Cette composition manque de repos.

    Attitudes des figures représentées sans mouvement ou avec peu de mouvement. Il y a beaucoup de repos dans cette figure. On ne sait si cette figure est en mouvement ou de repos, en repos, ou au repos.

    Par extension. Jamais, dans les comédies de Molière, les caractères annoncés ne sont dessinés en repos, Marmontel, Œuv. t. IX, p. 463.

    Terme d'architecture. Se dit des masses que l'on ne charge pas d'ornements, des parties qui restent unies, par opposition à celles qui sont travaillées. La grande fabrique des tours de Notre-Dame [à Paris], malgré la multitude infinie des petits repos qui en divisent la hauteur et aident l'œil à les mesurer…, Diderot, Salon de 1765, Œuvres, t. XIII, p. 234, dans POUGENS, au mot fabrique.

  • 16 Terme de marine. État d'un navire droit dans son assiette, qui n'est incliné ni par le vent ni par les lames.
  • 17 Terme de poêlier. Repos de chaleur, voy. RÉSERVOIR.
  • 18Repos pour battre, se dit, au trictrac, quand l'adversaire a une dame découverte dans la table de son grand jan, et qu'on l'atteint avec l'un des dés, de façon à atteindre avec l'autre jusqu'à des dames découvertes dans le petit jan.

    Coin de repos, se dit, au même jeu, de la dernière flèche du grand jan, qui fait le coin du trictrac, et où l'on ne peut se placer qu'en y mettant deux dames à la fois.

HISTORIQUE

XIe s. Terre major [la grande terre, la France] remeindreit en repos, Ch. de Rol. XLIV.

XIIe s. Se il longement estisoient [demeuroient] en pàiz et en repaus, Job, p. 489. Tuit cil qui quierent lo deventrien [intérieur] repaus, ib. 479.

XIIIe s. Repos n'est mie beatitude, porce que repos est quis por mieulx soffrir poine et travail, non pas por soi, Latini, Trésor, p. 328. Et il de son païs s'eslonge, Com cil qui le repos ne songe, Blanche et Jehan, V. 105.

XIVe s. Les Eques n'ont pas donné lonc repos aux Romains, Bercheure, f° 59, recto.

XVe s. Et estoient logés en un bois [les Escots] pour estre plus à repos, et pour plus secretement aller et venir quand ils voudroient, Froissart, I, I, 42. Et trouverent [les Gantois] le repos [berceau] où le comte avoit esté mis d'enfance, Froissart, II, II, 162. Certes, dames, dit le chevalier, il ne vit qui n'a repos, Perceforest, t. III, f° 73.

XVIe s. Comme il estoit homme sans repos, il en donna si peu à l'armée ennemie, qu'elle tourna son dessein vers lui, D'Aubigné, Hist. I, 277. Il devint tellement amoureux, qu'il en perdoit le repos et le repas, Nuits de Straparole, t. II, p. 196, dans LACURNE. Au monde n'a point de repos, Leroux de Lincy, Prov t. II, p. 232. Repos est demie vie, Leroux de Lincy, ib. p. 412.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

REPOS, s. m. (Physique.) c’est l’état d’un corps qui demeure toujours dans la même place, ou son application continuelle, ou sa contiguité avec les mêmes parties de l’espace qui l’environnent. Voyez Espace. Le repos est ou absolu ou relatif, de même que le lieu. Voyez Lieu. On définit encore le repos, l’état d’une chose sans mouvement ; ainsi le repos est ou absolu ou relatif, de même que le mouvement. Voyez Mouvement.

Newton définit le repos absolu, l’état continué d’un corps dans la même partie de l’espace absolu & immuable, & le repos relatif, l’état continué d’un corps dans une même partie de l’espace relatif ; ainsi dans un vaisseau qui fait voile, le repos relatif est l’état continué d’un corps dans le même endroit du vaisseau, & le repos vrai ou absolu est son état continué dans la même partie de l’espace absolu, dans lequel le vaisseau & tout ce qui renferme est contenu. Si la terre est réellement & absolument en repos, le corps relativement en repos dans le vaisseau sera mû réellement & absolument, & avec la même vîtesse que le vaisseau ; mais si la terre se meut, le corps dont il s’agit aura un mouvement absolu & réel, qui sera occasionné en partie par le mouvement réel de la terre dans l’espace absolu, & en partie par le mouvement relatif du vaisseau sur la mer. Enfin si le corps est aussi mu relativement dans le vaisseau, son mouvement réel sera composé en partie du mouvement réel de la terre dans l’espace immuable, en partie du mouvement relatif d’un vaisseau sur la mer, & en partie du mouvement propre du corps dans le vaisseau : ainsi si la partie de la terre où est le vaisseau se meut vers l’orient avec une vîtesse de 10010 degrés, & que le vaisseau soit porté par les vents vers l’occident avec 10 degrés, & qu’en même tems un homme marche dans le vaisseau vers l’orient avec un degré de vîtesse, cet homme sera mu réellement & absolument dans l’espace immuable vers l’orient avec 10001 degrés de vîtesse, & relativement à la terre avec neuf degrés de vîtesse vers l’occident.

On voit par conséquent qu’un corps peut être dans un repos relatif, quoiqu’il soit mu d’un mouvement commun relatif ; car les marchandises qui sont dans un vaisseau à voile ou dans une barque y reposent d’un repos relatif, & sont mues d’un mouvement relatif commun, c’est-à-dire avec le vaisseau même dont ils font comme partie.

Il se peut aussi qu’un corps paroisse mu d’un mouvement relatif propre, quoiqu’il soit cependant dans un repos absolu. Supposons qu’un vaisseau fasse voile d’orient en occident, & que le pilote jette d’occident en orient une pierre qui aille avec autant de vîtesse que le vaisseau même, mais qui prenne un chemin tout opposé ; cette pierre paroîtra à celui qui est dans le vaisseau avoir autant de vîtesse que le vaisseau, mais celui qui est sur le rivage & qui la considere verra cette même pierre, & elle est effectivement dans un repos absolu, puisqu’elle se trouve toujours dans la même portion de l’espace. Comme cette pierre est poussée d’orient en occident à l’aide du mouvement du vaisseau, & qu’elle est poussée avec la même vîtesse d’occident en orient par la force de celui qui la jette, il faut que ces deux mouvemens qui sont égaux & qui se détruisent l’un l’autre laissent de cette maniere la pierre dans un repos absolu. Musch. Ess. de Phys. p. 77.

Les Philosophes ont agité la question, si le repos est quelque chose de positif ou une simple privation. Voyez sur cela l’article Mouvement.

C’est un axiome de philosophie, que la matiere est indifférente au repos ou au mouvement ; c’est pourquoi Newton regarde comme une loi de la nature que chaque corps persevere dans son état de repos ou de mouvement uniforme, à-moins qu’il n’en soit empêché par des causes étrangeres. Voyez au mot Nature. Les Cartésiens croient que la dureté des corps consiste en ce que leurs parties sont en repos les unes auprès des autres, & ils établissent ce repos comme le grand principe de cohésion par lequel toutes les parties sont liées ensemble. Voyez Dureté. Ils ajoutent que la fluidité n’est autre chose que le mouvement intestin & perpétuel des parties. Voyez Fluidité & Cohésion. Pour éviter l’embarras que la distinction de repos absolu & repos relatif mettroient dans le discours, on suppose ordinairement lorsqu’on parle du mouvement & du repos, que c’est d’un mouvement & d’un repos absolu ; car il n’y a de mouvement réel que celui qui s’opere par une force résidente dans le corps qui se meut, & il n’y a de repos réel que la privation de cette force.

Il n’y a point dans ce sens de repos dans la nature, car toutes les parties de la matiere sont toujours en mouvement, quoique les corps qu’elles composent puissent être en repos ; ainsi, on peut dire qu’il n’y a point de repos interne.

Il n’y a point de degrés dans le repos, comme dans le mouvement ; car un corps peut se mouvoir plus ou moins vîte : mais quand il est une fois en repos, il n’y est ni plus, ni moins. Cependant le repos & le mouvement ne sont souvent que relatifs pour nous ; car les corps que nous croyons en repos, & que nous voyons comme en repos, n’y sont pas toujours.

Un corps qui est en repos ne commence jamais de lui-même à se mouvoir. Car puisque toute matiere est douée de la force passive, par laquelle elle résiste au mouvement, elle ne peut se mouvoir d’elle-même. Pour que le mouvement ait lieu, il faut donc une cause qui mette ce corps en mouvement. Ainsi, tout corps en repos resteroit éternellement en repos, si quelque cause ne le mettoit en mouvement, comme il arrive, par exemple, lorsque je retire une planche, sur laquelle une pierre est posée, ou que quelque corps en mouvement communique son mouvement à un autre corps, comme lorsqu’une bille de billard pousse une autre bille. C’est par le même principe qu’un corps en mouvement ne cesseroit jamais de se mouvoir, si quelque cause n’arrêtoit son mouvement en consumant sa force ; car la matiere résiste également au mouvement & au repos par son inertie ; d’où résulte cette loi générale. Un corps persévere dans l’état où il se trouve, soit de repos, soit de mouvement, à moins que quelque cause ne le tire de son mouvement ou de son repos. Voyez. Institut. de Physique de madame du Châtelet, §. §. 220. 229. Cet article est de M. Formey.

Repos, (Critique sacrée.) ce mot que la vulgate rend par requies, signifie cessation, relâche, soulagement, affranchissement des maux. Au jour du sabbat étoit la cessation de toute sorte de travail, requies, Exod. xxxj. 15. Lorsque le Seigneur aura terminé vos maux, Is. xiv. 3. Cum requiem dederit tibi Deus. 2°. repos se prend encore pour habitation, demeure fixe. La tribu d’Issachar, vit que le lieu de sa demeure, (requiem) étoit avantageux. 3°. Le ciel est appellé par métaphore un repos. Il reste un repos, un état de repos, σαϐϐατισμὸς, pour le peuple de Dieu ; entrons donc dans ce repos, κατάπαυσιν, dit S. Paul aux Héb. iv. 9. & 11. (D. J.)

Repos, (Mytholog.) les Romains avoient personnifié le repos, & en avoient fait une déesse, parce que quies en latin est féminin. Elle avoit deux temples à Rome, l’un hors de la porte Collatine, & l’autre sur la voie Lavicane. (D. J.)

Repos, (Poésie.) c’est la césure qui se fait dans les grands vers, à la sixieme syllabe, & dans les vers de dix à onze à la quatrieme syllabe ; on appelle cette césure repos, parce que l’oreille & la prononciation semblent s’y reposer ; c’est pourquoi le repos ne doit point tomber sur des monosyllabes où l’oreille ne s’auroit s’arrêter. Le mot repos se dit encore en poésie, de la pause qui se fait dans les stances de six ou de dix vers ; savoir, dans celles de six, après le troisieme vers ; dans celles de dix après le quatrieme, & après le septieme vers. A la fin de chaque stance ou couplet, il faut qu’il y ait un plein repos, c’est-à-dire, un sens parfait. Mourgues. (D. J.)

Repos, s. m. en Musique ; c’est le lieu où la phrase se termine, & où le chant se repose plus ou moins parfaitement. Le repos ne peut s’établir que par une cadence pleine ; si la cadence est évitée, il ne peut y avoir de repos, car il est impossible à l’oreille de se reposer sur une dissonnance. On voit par-là qu’il y a précisement autant d’espece de repos que de sorte de cadences (voyez Cadence) ; & ces différens repos produisent dans la musique l’effet de la ponctuation dans le discours.

Quelques-uns confondent mal-à-propos le repos avec les silences, quoique ces choses soient fort différentes. Voyez Silence. (S)

Repos, (Méd. Diéte.) se dit de la cessation du mouvement du corps que l’on fait en se livrant à l’exercice, au travail : c’est l’état opposé à celui de l’action qu’opere ce mouvement.

C’est, par conséquent, en ce sens, une des choses de la vie des plus nécessaires à l’économie animale ; une des six choses qu’on appelle dans les écoles non-naturelles, qui est très-utile à la santé, lorsque l’usage en est reglé, mais dont l’excès, comme le défaut, lui est très-nuisible, & influe beaucoup à y faire naître des desordres considérables. Voyez Mouvement, Exercice, Oisiveté, Hygiene, Non-naturelles (choses), Régime.

Repos, (Peint.) c’est le contraste des clairs opposés aux bruns, & alternativement des bruns opposés aux clairs. Ces masses de grands clairs & de grandes ombres s’appellent repos, parce qu’en effet elles empêchent que la vue ne se fatigue par une continuité d’objets trop pétillans ou trop obscurs.

Il y a deux manieres de produire ces repos, l’une qu’on appelle naturelle, & l’autre artificielle. La naturelle consiste à faire une étendue de clairs ou d’ombres qui suivent naturellement & comme nécessairement plusieurs figures groupées ensemble, ou des masses de corps solides ; l’artifice dépend de la distribution des couleurs que le peintre donne telles qu’il lui plaît à certaines choses, & les compose de sorte qu’elles ne fassent point de tort aux objets qui sont auprès d’elle. Une draperie, par exemple, qu’on aura faite jaune ou rouge en certains endroits, pourra être dans un autre endroit de couleur brune, & y conviendra mieux pour produire l’effet que l’on demande. Les figures jettées en trop grand nombre, représentées sous des attitudes trop vives & trop bruyantes étourdissent la vue & troublent ce repos, ce silence qui doit regner dans une belle composition.

Sit procul iste fragor, placido sed in æquore telæ
Serpat amœna quies, & docta silentia regnent.


(D. J.)

Repos d’escalier, (Charpent.) on appelle ainsi les marches plus grandes que les autres, qui servent comme de repos dans les grands perrons où il y a quelquefois des palliers de repos dans une même rampe ; ces palliers doivent avoir du-moins la largeur de deux marches. Ceux qui sont dans les retours des rampes des escaliers, doivent être aussi longs que larges. (D. J.)

Repos, Reposer, (Jardinage.) il est si nécessaire aux végétaux de se reposer, que les arbres d’eux-mêmes prennent du relâche, en ne rapportant jamais abondamment deux années de suite.

Les terres sont de même, mais on leur donne des années de jachere tous les trois ans. Voyez Jachere.

Repos, (Horlogerie.) c’est dans l’échapement dit à repos l’excès de la force motrice sur le régulateur, qui, par son mouvement acquis suspend celui de la roue de rencontre.

Sans faire l’énumération des différens échapemens à repos, je ne parlerai que de ceux appellés à cylindre pour les montres, & à ancre pour les pendules.

Dans les premieres, l’on sait que l’axe de la roue de rencontre est parallele à l’axe du régulateur, & opere les vibrations sur le cylindre, qui n’est autre chose qu’un tube creux entaillé jusqu’au centre, & sur les tranches duquel agissent alternativement les dents de la roue qui porte une espece de plan incliné rentrant au-dedans de la circonférence de la roue, & agissant sur les tranches du cylindre du dehors au-dedans, & du dedans au-dehors, en faisant décrire des arcs de levée proportionnés à l’inclinaison des plans.

Je suppose que la roue poussant de l’une de ses dents la premiere tranche du cylindre du dehors au-dedans, elle lui fait décrire l’arc de levée ; après quoi cette dent abandonne la tranche du cylindre, & tombe sur la circonférence concave. Dans cet état le balancier qui a acquis du mouvement, continue l’arc commencé, qui devient cinq à six fois plus grand, & par-là suspend entierement le mouvement propre de la roue de rencontre : mais comme il reste cependant dans un mouvement relatif, eu égard à la position circulaire que la dent parcourt dans la concavité du cylindre ; c’est ce qui fait l’un des repos de cet échapement. La vibration étant achevée, la réaction du ressort spiral ramene le balancier, & la dent parcourt à contresens le même espace circulaire, toujours par un mouvement relatif, & dans un repos absolu, jusqu’à ce que cette dent atteigne la seconde tranche du cylindre : alors reprenant son mouvement propre, elle fait décrire un arc de levée du dedans au-dehors : après quoi elle abandonne cette tranche, & la dent suivante tombe & appuie sur la circonférence convexe ; ce qui fait l’autre repos de cet échapement.

Dans cet état, le balancier continue son arc de vibration, qui devient aussi cinq à six fois plus grand ; & la dent parcourt sur la convexité un espace circulaire, comme elle l’a fait ci-devant dans la concavité.

La propriété de suspendre le mouvement de la roue de rencontre a fait croire à la plûpart des horlogers que le régulateur achevoit sa vibration avec une entiere liberté, & que par-là elle compensoit parfaitement l’inégalité de la force motrice. En l’examinant, l’on voit bien que cela n’est pas vrai : car la liberté de la vibration est gênée par le frottement de la dent sur les diametres extérieurs & intérieurs du cylindre ; c’est pourquoi dans cet échapement le régulateur est moins puissant que dans celui à recul.

Il est un autre échapement à repos appellé échapement à virgule, qui a un avantage sur celui à cylindre, surtout depuis que j’ai réduit les rayons des repos aussi courts qu’il étoit possible, & rendu par ce moyen la vibration plus libre, & par-là augmenté la puissance du régulateur. L’académie des Sciences a jugé favorablement & de l’échapement & de l’usage qu’on en a fait. Voyez Échapement.

Dans l’échapement à ancre & à repos dans les pendules, l’alternative des vibrations se fait comme dans celui à recul, avec cette différence, que pour être à repos, il faut que les dents de la roue, au lieu de tomber sur le dedans ou dehors des bras de l’ancre, qu’elle tombe sur les faces faites en portions circulaires & concentriques au centre du mouvement, pour rester en repos dessus, tandis que l’ancre décrit sa portion de cercle en achevant son oscillation.

Comme dans tous les échapemens à repos il se fait un frotement à double sens sur le repos ; il suit qu’il faut de l’huile pour en faciliter le mouvement : ainsi, le repos, bien loin de permettre l’entiere liberté de la vibration, est précisément ce qui la gêne. Article de M. Romilly.

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Étymologie de « repos »

De l’ancien français reposer.
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Substantif verbal de reposer (voy. ce mot) ; Berry, repous ; wallon, ripoi ; prov. repaus ; cat. repos ; espagn. reposo ; port. repouso ; ital. riposo. La forme wallone ripoi est singulière ; elle a son analogue dans l'ancien français repui : Pur co est France franche, par les sainz ù je fui, Que cil qui mestier unt i viegnent à refui ; Mult seit il bien venu ; ci puet aveir repui, Th. le mart. 54. Le sens paraît être retraite, demeure ; il se rattache probablement au bas-lat. repudiare, dont le radical podium avait donné pui (voy. APPUI, APPUYER).

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Phonétique du mot « repos »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
repos rœpo

Citations contenant le mot « repos »

  • Prenez un peu de repos, afin de finir plus vite. De George Herbert
  • La tendresse est le repos de la passion. De Joseph Joubert / Carnets
  • Le deuil est une convalescence. Le repos de l'être absent devient notre propre repos. Il y a de la contagion dans la mort. De Robert Baillie
  • Ainsi s'écoule toute la vie. On cherche le repos en combattant quelques obstacles ; et si on les a surmontés, le repos devient insupportable. De Blaise Pascal / Discours sur les passions de l'amour
  • Je ne désire que la tranquillité et le repos, qui sont des biens que les plus puissants Rois de la terre ne peuvent donner à ceux qui ne les savent prendre d'eux-mêmes. René Descartes, Correspondance, à Brégy, 15 janvier 1650
  • La grandeur de l'homme est qu'il peut trouver à peiner là où une fourmi se reposerait. Jean Giraudoux, Supplément au voyage de Cook, scène 4, Mr. Banks , Grasset
  • Jamais homme n'aima sans haïr son repos. Étienne Jodelle, Didon se sacrifiant
  • Le repos ? le repos, trésor si précieux Qu'on en faisait jadis le partage des dieux ! Jean de La Fontaine, Fables, L'Homme qui court après la fortune et l'Homme qui l'attend dans son lit
  • Quand on ne trouve pas son repos en soi-même, il est inutile de le chercher ailleurs. François, duc de La Rochefoucauld, Maximes
  • Le repos dans l'honneur. Cicéron en latin Marcus Tullius Cicero, Des orateurs, I, 1, 1
  • Pourquoi ne te retires-tu pas de la vie comme un convive rassasié et ne te résignes-tu pas, sot que tu es, à prendre un repos exempt de soucis ? Lucrèce en latin Titus Lucretius Carus, De natura rerum , III, 936
  • Ingres aurait, dit-on, introduit l'ordre dans le repos ; moi, je voudrais, au-delà du pathos, introduire l'ordre dans le mouvement. Paul Klee, Journal, septembre 1914 Tagebuch
  • Le pardon, quel repos ! De Victor Hugo / L'Art d'être grand-père
  • L'amour est un repos laborieux. De Ernest Hello
  • Vous trouverez en vous le repos. De Saint Thomas
  • La mort est le repos des pauvres. De Proverbe oriental
  • L'envie n'a point de repos. De Proverbe oriental
  • Trop de repos n'a jamais fait mourir personne. De Tristan Bernard
  • La goutte d'eau séparée de l'océan peut trouver un repos momentané, mais celle qui est dans l'océan ne connaît pas de repos. De Gandhi / Lettres à l'Ashram
  • Quel grand repos de n'avoir même pas de quoi avoir à se reposer ! De Fernando Pessoa / Le Gardeur de troupeaux et autres poèmes
  • Le véritable bien se trouve dans le repos de la conscience. De Sénèque
  • Une société fondée sur le travail ne rêve que de repos. De L. Langanesi
  • Le repos de l'âme consiste à ne rien espérer. De Proverbe oriental
  • Des résidents de cinq maisons de repos bruxelloises ont été contaminés par le coronavirus au cours des derniers jours, renforçant les craintes d'une importante deuxième vague de contaminations dans la capitale. L'Echo, A Bruxelles, des cas de coronavirus dans cinq maisons de repos | L'Echo
  • Les gendarmes du peloton autoroutier d’Orange en voient de toutes les couleurs... Hier, en pleine canicule, c’est une dame qui a dû être prise en charge sur l’aire de repos de Mornas-les-Adrets, dans le sens Nord-Sud. À la suite d’une dispute, le mari a fait descendre son épouse et l’a abandonnée, repartant pour leur région d’origine... Étant dans l’impossibilité de joindre le compagnon indélicat qui n’a jamais répondu au téléphone, la dame a passé la nuit à l’hôtel pour rejoindre Lille en train.   LaProvence.com, Actualités | Mornas : après une dispute, il abandonne sa femme sur l'aire de repos | La Provence
  • Mobilisés pendant les heures les plus critiques de la crise sanitaire, les soignants avaient bien besoin de repos... Pour les remercier, les gîtes de France des trois départements du Limousin ont multiplié les initiatives cet été. www.lepopulaire.fr, Du repos en Limousin pour les héros de la crise sanitaire - Limoges (87000)
  • Les personnes qui se sont arrêtées sur l’aire de repos située à la jonction de la RD 1083 et de la RD 101 qui mène à Passenans, dans le Jura, ont dû avoir une petite surprise ces derniers jours. Comme le relate Le Progrès, un radar tourelle a été déposé là. Il s’agit du radar “intelligent” de Mantry, le premier du genre installé dans le département en mars 2019. L’appareil, situé logiquement sur la RD 1083, entre Lons-le-Saunier et Poligny, a été arraché dans la nuit du vendredi 24 au samedi 25 juillet. Capital.fr, Un radar tourelle arraché laissé à l'abandon plusieurs jours sur une aire de repos - Capital.fr

Images d'illustration du mot « repos »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « repos »

Langue Traduction
Anglais rest
Espagnol descanso
Italien riposo
Allemand sich ausruhen
Chinois 休息
Arabe استراحة
Portugais descansar
Russe остальное
Japonais 残り
Basque atsedena
Corse riposa
Source : Google Translate API

Synonymes de « repos »

Source : synonymes de repos sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « repos »

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