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Effort

Définitions du mot « effort »

Trésor de la Langue Française informatisé

EFFORT, subst. masc.

I.− [L'effort est celui d'un être vivant] Mise en œuvre de toutes les capacités d'un être vivant pour vaincre une résistance ou surmonter une difficulté. Selon M. de Biran, le type du sentiment de la volonté est dans le sentiment de l'effort (Cousin, Hist. philos. XVIIIes., 1829, p. 178).
A.− [En parlant de capacités physiques] Effort musculaire; entraînement à l'effort. Un grand cheval peut exercer un effort moyen d'une centaine de kilogrammes (Haton de La Goupillière, Exploitation mines,1905, p. 750).Elle est cassée à angle droit, et souffre longtemps avant de pouvoir se redresser. Se reposant entre chaque effort, elle enfile ses bas, son jupon (Martin du G.Vieille France,1933, p. 1053).
Fam. Synon. de hernie.Attraper, se donner un effort.
Au fig. :
1. ... cet homme [Duclos] qui dîna en ville jusqu'à la fin, et qui pérorait du matin au soir, avait enroué sa voix et donné comme un effort à son esprit, il lui fallait à tout prix du montant naturel ou factice. Sainte-Beuve, Causeries du lundi,t. 9, 1851-62, p. 214.
ART. VÉTÉR. L'effort de boulet. Entorse de l'articulation du boulet. Il [le colonel] apprenait aussi que Jupiter [un cheval] avait un effort de boulet (Gyp, Mariage civil,1892, p. 103).Effort de tendon. Tuméfaction du tendon ou de la bride carpienne. Effort de genou, de couronne, d'épaule, de hanche.
B.− [En parlant de capacités intellectuelles] Un effort de compréhension, d'imagination, d'intelligence, de mémoire, de réflexion :
2. Et moi, de plus en plus, à peu près une demi-douzaine de fois par jour, je suis plongé par tel événement de la vie dans tout un monde de réflexions que j'aperçois prêt à s'ouvrir à l'effort d'attention le plus léger, et que je n'ai jamais le temps de suivre. Du Bos, Journal,1927, p. 290.
Rem. Effort peut prendre une nuance péj. dans des ex. du type : un travail qui sent ou trahit l'effort. Ces premières pages de M. Thiers sont d'un heureux augure... elles n'ont pas d'efforts, et elles ont de la portée (Sainte-Beuve, Portr. contemp., t. 4, 1846-69, p. 66). Je ne veux plus que l'effort se fasse sentir (Verlaine, Corresp., t. 1, 1873, p. 103).
C.− [En parlant de capacités morales] Glorifier l'effort :
3. La Prusse, j'en conviens, avait besoin d'un effort de vertu pour oublier ce qu'elle avait souffert, elle, son roi et sa reine. Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe,t. 2, 1848, p. 527.
Rem. 1. L'examen des syntagmes où effort est associé à un adj. fait apparaître en premier lieu l'amplitude de l'effort (grand, immense, suprême, moindre, petit) ensuite sa situation dans le temps de l'action ou sa durée (premier, dernier, long), son efficacité ou son impuissance (vain) et enfin justifie les classements des divers domaines que nous avons retenus dans la présentation de notre article à savoir que l'effort est a) humain, b) musculaire ou physique, c) intellectuel, d) moral. 2. L'effort peut être celui d'un groupe, d'une communauté, d'un peuple, d'une nation, etc. L'effort militaire d'un pays. Quelle que soit la suite réservée à ces nouvelles négociations, l'heure est venue pour la France d'orienter elle-même son effort militaire (De Gaulle, Mém. guerre, 1959, p. 333).
D.− Expr. Faire + effort
1. [Effort sans déterminant]
Faire effort sur soi-même. S'obliger à faire une chose bien qu'on éprouve à cela une forte répugnance (cf. prendre sur soi) :
4. ... si quelques gens ne se plaisent pas à Versailles, qu'ils fassent effort sur eux-mêmes qu'ils se détachent du colifichet pour se hausser à l'idée de l'ordre et de la raison. Barrès, Mes cahiers,t. 10, 1913, p. 128.
Faire effort pour. S'efforcer de. En entendant ces paroles, M. Bergeret fit effort pour contenir sa joie (France, Mannequin,1897, p. 350).
2. [Effort + déterminant]
Faire un petit effort. Faire plus qu'il n'était prévu. Fam. (en matière d'argent, de dépenses) :
5. Deuxième créancier. − C'est dur! c'est dur! encore de l'argent! encore de l'argent! encore de l'argent! mais il vaut mieux faire un petit effort que de perdre tout. Claudel, Le Livre de Christophe Colomb,1929, p. 1153.
Faire un dernier effort. Faire une ultime tentative en vue du but recherché :
6. Le sergent fit un dernier effort pour rentrer dans ses songes heureux, pour refuser notre univers de dynamite, d'épuisement et de nuit glacée; mais trop tard. Quelque chose s'imposait qui venait du dehors. Saint-Exupéry, Terre des hommes,1939, p. 248.
Loc. adv. Sans effort. Facilement. Écrire sans effort. Avec effort. Difficilement.
II.− P. anal. [L'effort est produit par une chose] Manifestation d'une force. Efforts du vent, de la tempête, des eaux. Ce massif boisé marque sur ce point de la presqu'île [la Hague] le dernier effort de la végétation normande (Feuillet, de Trécœur,1872, p. 84):
7. ... un bruit singulier, comme le claquement de toile d'une voile en pleine mer, l'effort d'un cordage qui crie en se tendant, a passé dans l'air au-dessus de moi. C'était un ballon... A. Daudet, Robert Helmont,1874, p. 146.
PHYS. et MÉCAN. Effort de traction, de compression*, de flexion*, de torsion*, de cisaillement*.
Spéc. [En parlant d'une locomotive] Effort de traction. Charge que peut tirer une locomotive dans un plan horizontal :
8. Le travail produit par une locomotive est égal à l'effort de traction multiplié par la vitesse. Bricka, Cours de ch. de fer,t. 2, 1894, p. 520.
Rem. On rencontre ds la docum. le région. efforce, subst. fém. Le toit n'était guère bien couvert, et le four était moitié égrôlé par l'efforce de la gelée (Sand, Le Champi, 1850, p. 120).
Prononc. et Orth. : [efɔ ̃:ʀ]. Transcrit avec [ε] ouvert à l'initiale, sous l'influence des lettres redoublées ds Littré, Barbeau-Rodhe 1930 et, à titre de var. ds Warn. 1968. Enq. : /efoʀ/. Le mot est admis ds Ac. 1694-1932. Homon. éphore. Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1100 « activité d'un être qui emploie ses forces dans un but » (Roland, éd. J. Bédier, 1197 [ici, loc. a esforz « à toute force »]); b) 1547 p. ext. « action, force produite par quelque chose » (Melin de Sainct-Gelays, Œuvres, éd. P. Blanchemain, t. 1, p. 64 : le temps et ses efforts); 2. a) 1559 « effet, résultat d'un effort » (O. de Magny, Odes, II, 171 : Il sentoit pour vous les effortz De l'amour et de sa puyssance); b) 1678 « douleur, lésion due à un effort musculaire excessif » (G. Guillet, Les Arts de l'homme d'épée, 1repartie). Déverbal de (s')efforcer*. Fréq. abs. littér. : 13 502. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 14 840, b) 13 130; xxes. : a) 20 059, b) 25 662. Bbg. Couture (B.). Vocab. de l'industr. du bât. Banque Mots. 1974, no8, p. 191. − Darm. Vie 1932, p. 49.

Wiktionnaire

Nom commun

effort \e.fɔʁ\ ou \ɛ.fɔʁ\ masculin

  1. Action de s’efforcer.
    • Il pâlit un peu, puis, tentant un effort désespéré, réussit à dégager un pied, tandis que l’autre restait prisonnier de la glu mouvante et fétide des profondeurs. — (Louis Pergaud, Un sauvetage, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Cet ouvrage vous demandera beaucoup d’efforts. Les ennemis ont fait un grand effort pour emporter la place. Arriver à un résultat sans effort.
  2. (En particulier) Action énergique d’une force physique ou intellectuelle.
    • La Girafe, excitée à fuir, se presse, s’emporte, et est bientôt hors de vue ; mais elle ne soutient point longtemps cet effort, qu’elle ressent comme une fatigue […] — (Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, Quelques Considérations sur la Girafe, 1827)
    • Il avait saisi l’arbre à pleins bras […] À chaque effort, il se haussait d’une demi-coudée. — (Alphonse de Châteaubriant, Monsieur des Lourdines, chap. 1, 1910)
    • En les apercevant, Bert s’aplatit sur le sol, rampa jusqu’à un creux propice et demeura étendu là à contempler leurs efforts. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 357 de l’éd. de 1921)
    • Nous volions depuis vingt-six heures et demie. Malgré les soucis et les préoccupations et les efforts successifs, nous étions l’un et l’autre d’attaque. — (Dieudonné Costes & Maurice Bellonte, Paris-New-York, 1930)
    • En pleine mer, des bâtiments sombrèrent, ou, désemparés par la tempête, n’échappèrent au naufrage que par des efforts inouïs. — (Frédéric Zurcher et Élie-Philippe Margollé, Les Naufrages célèbres, chap. 19, Hachette, Paris, 1873, 3e édition, 1877, p. 185)
  3. (Par extension) Résultat produit par cet effort.
    • Cette œuvre est un bel effort.
  4. (En particulier) Pression exercée par un corps, en parlant des choses.
    • Lorsque le tenon joue dans la mortaise, l'assemblage se trouve promptement détruit par les efforts auxquels il est nécessairement soumis. — (De la charpente: comprenant les assemblages, les poutres armées, […], et la manière d'exécuter ces ouvrages, Bruxelles : au bureau de la Bibliothèque rurale, 1852, p. 8)
    • […] dans la nuit, les pauvres arbres, sous l’effort du vent plus colère, gémissent et craquent. — (Octave Mirbeau, Lettres de ma chaumière : La Tête coupée, A. Laurent, 1886)
    • Le gréement dormant en fil d’acier galvanisé, peut supporter un effort de dix tonnes sans se rompre. — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil ; tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
    • (Figuré) Supporter tout l’effort de la guerre.
  5. (Par extension) Hernie ou contraction douloureuse de quelque muscle.
    • Se donner un effort en soulevant un fardeau. Ce cheval a un effort.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

EFFORT. n. m.
Action de s'efforcer. Cet ouvrage vous demandera beaucoup d'efforts. Les ennemis ont fait un grand effort pour emporter la place. Arriver à un résultat sans effort. Faire effort, faire tout son effort. Un effort stérile, impuissant. Il fut découragé par l'inutilité de ses efforts. Fig., Effort d'imagination. Effort de mémoire. Effort de vertu. Cette maison de commerce a fait un grand effort de publicité. Je ferai un effort pour vous venir en aide. Cette banque, malgré un puissant effort financier, a dû fermer ses bureaux. Il se dit, par extension, du Résultat produit par cet effort. Cette œuvre est un bel effort. Faire un effort sur soi-même, Se déterminer à faire quelque chose, malgré l'extrême répugnance qu'on éprouve. En parlant des Choses, il signifie particulièrement Pression exercée par un corps. Cet arbre n'a pu résister à l'effort du vent. L'effort de l'eau a rompu la digue. Tout corps est soumis à un effort de traction, de compression, de tension. L'effort des arches d'un pont sur les culées. Fig., Supporter tout l'effort de la guerre. Il se dit, par extension, d'une Hernie ou d'une Contraction douloureuse de quelque muscle. Se donner un effort en soulevant un fardeau. Ce cheval a un effort.

Littré (1872-1877)

EFFORT (è-for ; le t ne se lie pas : un è-for inattendu ; au plur. l's ne se lie pas : des è-for inattendus ; cependant quelques-uns la lient : des è-for-z inattendus) s. m.
  • 1Contraction musculaire qui a pour objet, soit de résister à une puissance, soit de vaincre une résistance. Faire effort pour soulever un fardeau. Sur l'ais qui le soutient auprès d'un Avicenne, Deux des plus forts mortels l'ébranleraient à peine ; Le chanoine pourtant l'enlève sans effort, Boileau, Lutrin, V.

    Les efforts de l'accouchement, les efforts que fait la femme pour aider à la contraction de la matrice.

  • 2Action de force physique. On te croirait toujours abattu sans effort, Corneille, Cid, II, 2. Et quand son assassin tombe sous notre effort, Corneille, Cinna, I, 1. Tourne ailleurs les efforts de tes bras triomphants, Corneille, Hor. I, 1. Le ciel mène à Lesbos l'impitoyable Achille ; Tout cède, tout ressent ses funestes efforts, Racine, Iphig. II, 1. Hélas ! je me consume en impuissants efforts, Racine, ib. V, 4. Il faut faire tous ses efforts pour repousser la mort, Fénelon, Tél. VI.
  • 3 Fig. Action énergique des forces morales. Faire tous ses efforts pour arriver à ses fins. Effort de mémoire, d'esprit, de vertu. Faire ses efforts pour mériter une récompense. C'est une œuvre où nature a fait tous ses efforts, Malherbe, V, 12. L'effort fait plus que le mérite, Régnier, Contre un amoureux. Mais plus l'effort est grand, plus la gloire en est grande, Corneille, Polyeucte, IV, 5. Mais Grimoald puni vous coûterait des larmes ; à cet objet sanglant l'effort de la pitié Reprendrait tous les droits d'une vieille amitié, Corneille, Perth. II, 1. Je verrai par l'effort de votre obéissance Où doit aller celui de ma reconnaissance, Corneille, ib. Tu vis comme il y fit des efforts superflus, Corneille, Rodog. II, 2. J'ai fait pour le fléchir un inutile effort, Corneille, Héracl. II, 2. Depuis cinquante ans que le Cid tient sa place sur nos théâtres, l'histoire ni l'effort de l'imagination n'y ont rien fait voir qui en ait effacé l'éclat, Corneille, Ex. du Cid. Cette tragédie a encore plus d'effort d'invention que celle de Rodogune, Corneille, Ex. d'Héracl. La plupart des hommes, pour arriver à leurs fins, sont plus capables d'un grand effort que d'une longue persévérance, La Bruyère, XI. Tous les premiers forfaits coûtent quelques efforts, Racine, Théb. III, 6. Votre âme… croit qu'en moi la haine est un effort d'amour, Racine, Andr. II, 2. Tu sais par quels efforts il tenta sa vertu, Racine, Mithr. I, 1. Au premier bruit de ce funeste accident, toutes les villes de Judée furent émues, des ruisseaux de larmes coulèrent des yeux de tous leurs habitants ; ils furent quelque temps saisis, muets, immobiles ; un effort de douleur rompant enfin ce long et morne silence, d'une voix entrecoupée de sanglots, ils s'écrièrent…, Fléchier, Turenne. Quoi donc ? un cœur si fier, si plein de fermeté, Par l'effort de l'amour peut être surmonté ! Quinault, Astrate, II, 3. Télémaque fit ses derniers efforts pour les en empêcher, Fénelon, Tél. XX. Ce n'est point par effort qu'on aime ; L'amour est jaloux de ses droits, Tout reconnaît sa loi suprême, Lui seul ne connaît point de lois, Rousseau J.-B. Cant. VII, Circé. Quel effort douloureux s'est-il donc imposé ? Delavigne, Paria, II, 2. Les soldats y attachaient encore plus de prix [à la propreté de leur uniforme] à cause de la difficulté, pour étonner, et parce que l'homme s'enorgueillit de tout ce qui est effort, Ségur, Hist. de Nap. VIII, 11.

    Faire effort sur soi-même, se déterminer à une chose malgré une vive répugnance. Pour moi, pour toi, pour lui, fais-toi ce peu d'effort, Corneille, Héracl. V, 3. Je ne vous blâme point d'avoir eu mes faiblesses ; Mais faites même effort sur ces lâches tendresses, Corneille, Attila, III, 4. Quels efforts à moi-même il a fallu me faire ! Corneille, Polyeuc. V, 3. Faites-vous un effort pour lui servir d'appui, Corneille, ib. IV, 5. Fais-toi quelque effort, Molière, Am. magnif. 3e interm. Past. 2. Malgré tous les efforts que je pourrais me faire, Racine, Mithr. II, 1. Faisons cet effort sur notre douleur, Bossuet, Louis de Bourbon.

    Familièrement. Il a fait un effort, il a consenti à donner une forte dot pour marier sa fille. Mais, Frosine, as-tu entretenu la mère touchant le bien qu'elle peut donner à sa fille ? lui as-tu dit qu'il fallait qu'elle s'aidât un peu, qu'elle fît quelque effort ? Molière, l'Av. II, 6.

    En général, faire un effort, se résigner à quelque chose qui coûte, qui répugne.

    Faire l'effort de, prendre la peine de. Elle a fait l'effort de venir voir ce joli appartement, Sévigné, 392.

    Ironiquement. Il a fait l'effort de me rendre ma visite

    Coup d'effort, coup d'audace, entreprise hardie. Mes vaisseaux à la rade, assez proches du port, N'ont que trop de soldats pour faire un coup d'effort, Corneille, Médée, II, 5. Sans moi ton insolence allait être punie ; à ma seule prière on ne t'a que bannie ; C'est rendre la pareille à tes grands coups d'effort : Tu m'as sauvé la vie, et j'empêche ta mort, Corneille, ib. III, 3.

    Un heureux effort de la plume, production à laquelle on consacre avec succès toutes ses forces et tout son talent. Si je souhaite quelque durée pour cet heureux effort de ma plume, ce n'est point pour apprendre mon nom à la postérité, mais seulement pour laisser des marques éternelles de ce que je vous dois, Corneille, le Cid à Mme de Combalet.

    Il se dit aussi, en ce sens des autres beaux-arts. Le renard en louant l'effort de la sculpture, La Fontaine, Fabl. IV, 14.

    En mauvaise part. C'est un effort de démence dans un gouvernement d'avilir la plus grande partie de la nation, Voltaire, Mœurs, 98.

  • 4Il se dit aussi des choses qui exercent une action comparée à un effort musculaire. L'effort de l'eau rompit la digue… Mon front, au Caucase pareil,… Brave l'effort de la tempête, La Fontaine, Fabl. I, 22. Et des vains ornements l'effort ambitieux, La Fontaine, ib. V, 1.

    L'effort de la guerre, ce que la guerre a de plus puissant et de plus effectif. Vous trouverez étrange que ces gens que vous tenez si sages et qui ont particulièrement cet avantage sur nous de bien garder ce qu'ils ont gagné, aient laissé reprendre une place sur laquelle on pouvait juger que tomberait tout l'effort de cette guerre, Voiture, Lett. 74.

  • 5Dans le langage didactique, toute action en vue d'un résultat.
  • 6Effet. Soit que son or pour lui fît un si prompt effort, Corneille, Théodore, IV, 4. Le fer ne produit point de si puissants efforts, Racine, Brit. V, 5.
  • 7Il se dit des actions armées des peuples ou des partis entre eux. Les Gaulois font un dernier effort pour leur liberté, Bossuet, Hist. I, 8. L'effort qu'il venait de faire pour atteindre Moscou avait usé tous ses moyens de guerre, Ségur, Hist. de Nap. VIII, 7.
  • 8Dans le langage vulgaire, nom donné à une douleur vive survenue dans un muscle à l'occasion d'une violente contraction de ses fibres.

    Tiraillement douloureux éprouvé dans la région lombaire en soulevant un fardeau trop pesant.

    Hernie. Il s'est donné un effort.

HISTORIQUE

XIe s. N'assemblereit Charles si granz esforz [troupes], Ch. de Rol. XLIV. Dist Oliviers : Paien ont grant esforz, ib. LXXXI. Son cheval [il] broche, laisse courre à esforz, ib. XCI.

XIIe s. De ses beaus ieuz [elle] me vint sans desfiance [sans défi] Ferir au cuer, que n'i ot autre esfort, Couci, XVI. Li plusieur ont d'amors chanté Par esfort et desloiaument ; Mais de ce [ma dame] m'en doit savoir gré Qu'onques [je] n'en chantai faintement, ib. p. 120. Joram li reis de Israel od tut sun esforz out assegied Ramoth Galaath sur Asael le rei de Syrie, Rois, 376.

XIIIe s. Et cil vienent à grant esfort, Qui le poisson vendre menoient, Ren. 3960.

XIVe s. Premierement il convient de partir soy et traire loing et resister à plus grant effort au vice qui est plus contraire à la vertu que l'en quert, Oresme, Eth. 54. Car il [un roi] estoit de si grant iestre [être], Et si redoutés et si fors, Et si grans estoit ses esforz [son armée], Jean de Condé, p. 149.

XVe s. Après cette ordonnance, le roi Philippe, qui fortement desiroit à trouver les Anglois et eux combattre, se partit d'Amiens à tout [avec] son effort, et chevaucha vers Airaines, Froissart, I, I, 278. Elle veut faire son effort De tout son povoir de m'aidier, Et pour ce lui plaist m'envoyer Cette nef plaine de plaisance, Orléans, Ball. 28. Tout homme armé doit estre, par effort, Crueulx avant, piteux après victoire, Deschamps, Poésies mss. f° 109, dans LACURNE. Le roy avoit mis tout son effort en son avant garde, où pouvoit avoir trois cens cinquante hommes d'armes et trois mille Suisses, qui estoit l'esperance de l'ost, Commines, VIII, 6.

XVIe s. Faisant quelque effort en saultant, Montaigne, I, 92. Les efforts de nostre conception sont loing au dessoubs de leur merite, Montaigne, I, 265. Tout l'effort de ces hommes d'armes consiste en leur lance, Amyot, Lucull. 53. Foible suis pour te conquester Un chasteau de si grand effort, Marot, II, 240. Fossez profonds et murs de grans efforts N'environnoient encor villes ne forts, Marot, IV, 16. … Et se tenir coy sans rien entreprendre, ny faire effort [violence] à aucun des habitans, Sat. Mén. p. 134.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

EFFORT, s. m. (Méchan.) terme fréquemment usité parmi les Philosophes & les Mathématiciens, pour désigner la force avec laquelle un corps en mouvement tend à produire un effet, soit qu’il le produise réellement, soit que quelque obstacle l’empêche de le produire.

On dit en ce sens qu’un corps qui se meut suivant une courbe, fait effort à chaque instant pour s’échapper par la tangente ; qu’un coin qu’on pousse dans une piece de bois fait effort pour la fendre, &c.

L’effort paroît être, suivant quelques auteurs, par rapport au mouvement, ce que le point est par rapport à la ligne ; au moins ont-ils cela de commun tous les deux, que comme le point est le commencement de la ligne ou le terme par où elle commence, l’effort est aussi, selon ces auteurs, le commencement de tout mouvement : mais cette derniere idée ne peut s’appliquer tout au plus qu’aux efforts qui tendent à produire une vîtesse infiniment petite dans un instant, comme l’effort de la pesanteur, celui de la force centrifuge, &c. Si l’on veut entendre par le mot effort toute tendance au mouvement, ce qui est bien plus exact & plus naturel, alors la mesure de l’effort sera la quantité de mouvement qu’il produit ou qu’il produiroit si un obstacle ne l’en empêchoit, ou, ce qui est la même chose, le produit de la masse par la vîtesse actuelle du corps ou par sa vîtesse virtuelle, c’est-à-dire par la vîtesse qu’il auroit sans la résistance de l’obstacle. Voyez Force, Action, Percussion, Pesanteur, &c. (O)

Effort, (Medecine.) ce terme est employé dans la physique du corps humain, pour signifier les mouvemens extraordinaires de la nature, tendant à opérer des effets utiles pour le bien de l’économie animale ; ou à procurer des changemens avantageux, en surmontant, en écartant les résistances qui empêchent l’ordre dans l’exercice des fonctions lésées ; en expulsant ou en corrigeant les causes morbifiques, par la coction & les crises qui la suivent.

C’est sur ce principe, fondé sur l’histoire des maladies exactement recueillie pendant plusieurs siecles, « que la nature a la faculté de faire, & fait réellement des efforts salutaires dans le cours des maladies ; & que les mouvemens en quoi consistent ces efforts, s’operent avec un certain ordre, tant que la puissance qui les produit, conserve la faculté d’agir », in quantùm superest natura sana in corpore ægro. C’est sur ce principe, dis-je, que la plûpart des anciens & des plus célebres medecins d’entre les modernes, qui en ont été convaincus par leurs propres observations, ont établi leur méthode de traiter les maladies. Ils ont subordonné les secours de l’art aux indications que fournit la nature, c’est-à-dire qu’ils ont borné ces secours à seconder les efforts qu’elle employe pour détruire les causes des maladies. Ils ont distingué soigneusement parmi les phénomenes qui ne subsistent constamment que dans le cas de lésion de fonctions, ceux qui ne sont que des efforts salutaires auxquels la cause morbifique donne lieu, mais qu’elle ne produit pas, d’avec les symptomes, qui sont des effets immédiats de cette cause, qui sont par conséquent toûjours nuisibles, qu’il est aussi toûjours nécessaire de faire cesser. Ils ont laissé agir la nature, dans tous les cas où elle a & où elle employe des moyens suffisans pour combattre efficacement les causes morbifiques, par les différens efforts qu’elle fait. Ils n’ont fait que suppléer à son défaut, par les secours propres à lever les obstacles qui rendent ses efforts inutiles ; ils ont secondé, aidé, excité ceux qu’elle peut faire avec avantage, lorsqu’elle a cependant besoin d’être renforcée, d’être réveillée ; ensorte que les effets de l’art ne sont jamais qu’une imitation de la méthode que suit la nature lorsqu’elle se suffit à elle-même, ainsi qu’il arrive dans la guérison d’une infinité de maladies, qu’elle opere sans aucun secours : méthode que le medecin doit connoître avant toutes choses.

La fievre, les spasmes, les convulsions, sont les trois especes de mouvemens extraordinaires auxquels on peut rapporter ceux qui forment les différens efforts que la nature employe pour détruire les diverses causes morbifiques. Ces trois sortes de mouvemens ne doivent cependant être regardés, & ne sont en effet qu’une augmentation, une intensité plus ou moins considérables, diversement combinées, des mouvemens systaltique, tonique, & musculaire, qui sont les agens nécessaires de la vie saine, & de sa conservation ; d’où il suit que par une admirable disposition de la Providence, ce qui paroît un desordre dans l’économie animale, est très-souvent un effet des moyens employés par la nature pour réparer ce desordre.

En effet, la cause de la maladie étant établie, c’est-à-dire la matiere morbifique qui cause la fievre, par exemple, étant formée dans le corps, il est plus nécessaire, par la disposition de la machine, que les efforts de la nature, c’est-à-dire les mouvemens extraordinaires des organes de la circulation du sang, à laquelle cette cause morbifique est opposée ; que ces efforts, dis-je, soient employés, qu’il n’est nécessaire que les alimens étant portés dans l’estomac, il s’excite dans cet organe des mouvemens propres à en procurer la digestion : ensorte que lorsqu’on arrête, qu’on empêche de quelque maniere que ce soit les efforts fébriles, avant que la coction de la matiere morbifique soit faite, on cause un desordre plus réel que n’étoit la fievre elle-même ; & on peut dire de ce desordre qu’il est plus grand dans les secondes voies, que ne seroit dans les premieres celui que l’on y causeroit en suspendant l’ouvrage de la digestion par quelque moyen que ce puisse être.

Tout se passe en mouvemens digestifs dans toutes les parties du corps humain. La chylification, la sanguification, les secrétions & excrétions, sont autant de différentes digestions. Tant que rien ne s’oppose à ces mouvemens & à leurs effets naturels, ils sont modérés, & conformes aux regles de la santé. Dès que ces mouvemens trouvent de la résistance, qui tend à les diminuer ou à les faire cesser, au détriment de l’économie animale, la puissance motrice, par une plus grande dépense de forces, augmente ces mouvemens, les rend plus considérables que dans l’état de santé, à proportion des obstacles à vaincre : dès-lors ce sont des efforts, conamina. Ainsi, comme toutes les différentes digestions (dénomination sous laquelle on peut comprendre, comme il vient d’être dit, toutes les préparations des humeurs animales dans l’état naturel), sont les effets de ces mouvemens ordinaires, de même toutes les différentes coctions (les élaborations, les maturations) des humeurs morbifiques, sont le résultat des mouvemens extraordinaires des efforts, que ces coctions produisent. Tous les efforts de la nature dans les maladies, tendent à opérer des coctions. Voyez Nature, Puissance motrice, Economie animale, Mouvement animal, (Systaltique, Tonique, Musculaire), & Fievre, Spasme, Coction, Crise. (d)

Effort ou Résistance, en Hydraulique, c’est la violence que fait l’eau pour passer dans les endroits trop resserrés des brides, des robinets, soûpapes, coudes, jarrets, fourches ; ce qui occasionne beaucoup de frotemens. (K)

Effort, (Voix.) défaut qui est dans le Chant, le contraire de l’aisance. On le fait par une contraction violente de la glote : l’air poussé hors des poumons s’élance dans le même tems, & le son alors semble changer de nature ; il perd la douceur dont il étoit susceptible, acquiert une dureté fatigante pour l’auditeur, défigure les traits du chanteur, le rend vacillant sur le ton, & souvent l’en écarte.

C’est de tous les défauts qu’on peut contracter dans le chant le plus dangereux, & celui dont on revient le moins dès qu’on l’a une fois contracté. Il ne faut pas même dissimuler que c’est celui vers lequel on a plus de motifs de pencher dans notre chant dramatique ; tels sont les cris au théatre de la comédie françoise.

Le volume, les grandes voix sont à-peu-près tout ce qu’applaudit la multitude ; elle est surprise par un grand son, comme elle est ébranlée par un cri. Les acteurs médiocres crient pour lui plaire, les chanteurs communs forcent leurs voix pour le surprendre.

On reviendra tôt ou tard, en France, de l’erreur des grandes voix ; mais il faut attendre que le chant du théatre ait pris les accroissemens dont il est susceptible. Dès qu’il cessera d’être lourd, il faudra bien qu’on croye qu’il n’y a de vraies voix que celles qui sont legeres. Voyez Récitatif, Legereté. (B)

Effort, (Manége, Maréchallerie.) terme usité parmi nous, & par lequel nous désignons non-seulement le mouvement forcé d’une articulation quelconque, mais l’indisposition qui en résulte, & qui consiste dans une extension violente de quelques-uns des muscles, des tendons & des ligamens de l’article affecté. Cette dénomination qui devroit par conséquent s’étendre à ce que nous entendons par entorse, est néanmoins restrainte aux seuls cas où les reins, les hanches, les jarrets, reçoivent une pareille atteinte ; car ceux qui concernent l’épaule & le bras s’expriment par les mots d’écart, d’entr’ouverture. Voyez Ecart.

Les efforts de reins doivent donc être envisagés comme une extension plus ou moins considerable des ligamens qui servent d’attache aux dernieres vertebres dorsales & aux vertebres lombaires, accompagnée d’une forte contraction de quelques muscles du dos & des muscles des lombes.

Les causes de cette maladie sont toûjours externes ; ainsi une chûte, des fardeaux trop pesans, un effort fait par l’animal, soit en voulant sortir d’un mauvais pas, soit en glissant, soit en sautant dans le manége, & y étant retenu & attaqué à contre-tems, soit en se relevant dans l’écurie même, peuvent l’occasionner.

Les signes auxquels on la reconnoît, se tirent des mouvemens & de la démarche de l’animal. L’effort n’est-il pas violent ? le cheval ressent une peine infinie & une vive douleur en reculant ; sa croupe est bernée, elle chancelle, elle balance quand il trote : mais le mal est-il tel que l’extension ait été extrème ? bien loin qu’il soit libre de reculer, il peut à peine faire quelques pas en avant ; & pour peu qu’on veuille l’y contraindre, son derriere qu’il traîne, fléchit & se montre sans cesse prêt à tomber.

On n’est pas toûjours assûré de remédier radicalement à cette maladie. Les chevaux s’en ressentent long-tems, & même tant qu’ils existent, d’autant plus que dans l’animal qui travaille, le derriere est infiniment plus occupé que le devant. On ne peut donc se flater constamment d’en opérer la guérison entiere, à moins que l’espece du mal soit d’une si petite conséquence, qu’on puisse le regarder comme un simple & leger détour dans les reins.

Ce n’est qu’à l’ignorance des maréchaux que l’on peut rapporter l’idée des efforts des hanches. Lorsque je vois des hommes qui depuis des siecles entiers se laissent conduire par des ouvriers assez téméraires pour vouloir reparer les desordres d’une machine, dont ils ne connoissent ni l’organisation, ni la structure, je ne puis m’empêcher de douter si réellement la pensée n’est pas moins l’apanage de l’humanité que la foiblesse & l’aveuglement. Les hanches sont incontestablement formées par les os des îles ; or les os des îles ou les os innommés sont composés de trois os de chaque côté, c’est-à-dire de l’ileum, de l’ischion, & du pubis. Ces os, exactement distincts dans le poulain, sont tellement unis dans le cheval, qu’ils ne peuvent point se séparer. De plus ils sont joints supérieurement à l’os sacrum appellé par quelques hypostéologistes méprisables l’os de la cariole : celui-ci en forme le milieu, & leur sert comme de clé. Cette jonction est si intime & si étroite, au moyen de nombre de ligamens, & spécialement d’un cartilage intermédiaire, qu’il est de toute impossibilité qu’ils puissent être disjoints ; elle étoit même si nécessaire, que le moindre dérangement auroit notablement nui aux visceres contenus dans le bassin, & qui importent essentiellement à la vie ; rien n’est conséquemment plus absurde que la supposition d’une extension violente & forcée dans cette partie : elle n’a été imaginée que parce que l’on a confondu & que l’on confond encore la cuisse & les hanches. Si l’on avoit observé que le fémur est supérieurement articulé avec ces mêmes os innomminés, on auroit sans doute compris que cette articulation seule est susceptible d’extension ; & dès-lors l’effort auroit été considéré non dans les hanches, mais dans la cuisse.

Il sera causé par une chûte, un écart qui le plus communément se fait en-dehors. Les ligamens capsulaires qui entourent l’article, & qui d’une part sont attachés à la circonférence de la cavité cotiloïde destinée à loger la tête du fémur, & de l’autre à la circonférence du cou de ce même os, ainsi que le ligament rond caché dans l’articulation même, qui d’un côté a son attache à la tête du fémur, & de l’autre part au fond de cette cavité cotiloïde, auront été dans le moment de l’écart (je veux dire dans le tems où l’os s’est extrèmement éloigné de sa situation ordinaire) plus ou moins tiraillés & plus ou moins distendus, selon le plus ou le moins de violence & de promptitude de ce mouvement contre nature. Les muscles mêmes qui les entourent, & qui assujettissent le fémur, tels que le psoas, l’iliaque, le pectiné, le triceps, les obturateurs, les jumeaux, pourront en avoir souffert : il y aura peut-être encore rupture de plusieurs vaisseaux sanguins, de plusieurs fibres, soit musculaires, soit ligamenteuses, & conséquemment perte de ressort & de mouvement dans les unes & dans les autres : ce qui, joint à une douleur plus ou moins vive, symptomes affectés à ces accidens, rend cette maladie très-fâcheuse.

Dans cet état l’animal boite plus ou moins bas ; il semble baisser la hanche en cheminant, & traîne toute la partie lésée. Quelques personnes examinent s’il tourne la croupe en trotant ; mais ce signe est équivoque dans cette circonstance, & n’est univoque que dans celle des efforts de reins.

Celui du jarret ne peut naître que d’une flexion ou d’une extension forcée ; car il s’agit ici d’une articulation par charniere, & conséquemment cette partie n’est capable que de ces deux mouvemens. Les ligamens antérieurs ou postérieurs, le ligament capsulaire & les différens tendons auxquels elle livre un passage, & qui s’y arrêtent, pourront avoir été distendus ; & nous ajoûterons, en ce cas, à toutes les autres causes des efforts dont nous avons parlé, celle qui résulte de la contrainte dans laquelle on n’assujettit que trop souvent les chevaux, dans le travail ou autrement, à l’effet de les ferrer.

L’enflure, la douleur, la claudication, l’action de traîner la jambe, de s’y appuyer foiblement, la chaleur de la partie, sont les symptomes les plus ordinaires de l’affection dont il s’agit.

Souvent aussi la corde tendineuse qui répond au jarret, & qui est connue par tous les maréchaux sous le nom de gros nerf, essuie elle seule un effort. Il faut m’expliquer plus clairement. Le muscle sublime où le perforé s’attache supérieurement au fémur entre les deux condyles au-dessous des jumeaux. Il se termine bien-tôt en un tendon assez fort qui se porte en-dessus, & passe sur le tendon de ces mêmes jumeaux pour gagner la tête ou la pointe du jarret. Là il s’élargit & forme une espece de poulie, qui dans les mouvemens de cette partie, glisse sur cette pointe. Ce que les maréchaux & une multitude de prétendus savans qui nous accablent, appellent gros nerf, est donc une partie composée des tendons dépendans des jumeaux & du sublime : ils forment une espece de corde qui peut être comparée au tendon d’Achille, & qui sera susceptible d’effort toutes les fois qu’il arrivera à ces muscles une contraction assez violente pour produire une rupture ou une forte distension dans les fibres musculaires & tendineuses. Ces accident aura lieu, par exemple, lorsque les mouvemens de l’animal seront d’une véhémence extrème, lorsqu’il éparera avec trop de force, comme aussi dans une falcade précipitée, dans un tems où le cheval, trop assis, sera prêt à s’aculer : dans toutes ces actions également forcées, les fibres portées au-delà de leur état naturel, perdront leur ressort & leur jeu, les filamens nerveux seront tiraillés ; delà l’engorgement & la douleur, engorgement attendu le relachement des parties, douleur ensuite du tiraillement des nerfs, & conséquemment difficulté & quelquefois impuissance dans le mouvement ; ce qui se manifeste encore par l’inspection de la jambe ou du canon qui demeure comme suspendu, & qui ne peut se mouvoir lorsque le cheval range sa croupe.

Les efforts du grasset ne trompent que trop fréquemment ; ils ont souvent été confondus avec les efforts de la cuisse. Ils arrivent plus rarement, & les suites en sont moins funestes que dans d’autres articulations plus serrées & dont les ligamens sont plus nombreux. Ils ne peuvent être occasionnés que par un mouvement particulier & extraordinaire. La rotule, en effet, n’est point articulée avec les os qu’elle recouvre, c’est-à-dire, avec le fémur & avec le tibia ; elle roule, elle glisse, elle est vacillante, & n’est nullement assujettie que par les tendons des muscles extenseurs de la jambe dans lesquels elle est contenue & comme enchâssée ; de sorte que selon leur contraction & selon que ces tendons l’entraînent & la déterminent, elle change aisément de situation & ne peut faire souffrir aucune distension à ces parties : or dans le cas de l’effort dont nous parlons, la rotule ne doit point être envisagée, l’extension violente est seulement dans les fibres des ligamens ou capsulaires ou latéraux, ou dans les fibres mêmes des muscles & des tendons extenseurs : ainsi en rendant à ces fibres & leur ton & leur jeu, l’animal sera bientôt remis. Ce mal s’annonce toujours par le peu de mouvement que l’on observe dans cette partie lorsque le cheval chemine, par la contrainte dans laquelle il est de la porter en-dehors, & par l’obligation où sont les parties inférieures à celle-ci de traîner & de rester en arriere.

En général dans le traitement des efforts, on doit se proposer de ramener les parties lésées à leur ton ; de prévenir l’engorgement des liqueurs dans les tuyaux qui auront souffert de l’extension, de le dissiper, s’il y en a, en facilitant la résolution de l’humeur, & de calmer enfin l’inflammation & la douleur. Les répercussifs sont convenables dès qu’ils sont appliqués sur le champ ; mais ils fixeroient l’humeur & ne pourroient qu’augmenter la douleur & le gonflement, si on les employoit dans le progrès du mal : quant à la saignée elle ne doit jamais être oubliée, & l’on doit ménager prudemment l’usage des émolliens & des résolutifs.

Un simple détour dans les reins peut être guéri par l’eau froide, par de legeres frictions faites avec l’esprit-de-vin, ou l’eau-de-vie & le savon ; mais un véritable effort demande que la saignée soit plus ou moins repétée, & des résolutifs plus forts ; ainsi on frote la partie malade avec l’essence de térébenthine, & l’on charge les reins d’un ciroine, pour me servir des termes de l’art, lequel sera composé de poix blanche, cire neuve, & térébenthine en gomme, parties égales. Souvent la fievre accompagne l’effort : c’est au maréchal à décider sur la multiplication des saignées ; il administrera trois fois par jour des lavemens émolliens, tiendra l’animal au son & à l’eau blanche, lui donnera peu de fourrage, & il terminera la cure par les résolutifs aromatiques, tels que l’origan, le pouliot, la sauge, le romarin, le thim, &c. qu’il fera bouillir dans du gros vin, & dont il lavera le siége du mal plusieurs fois dans la journée, observant alors de faire promener au petit pas de tems en tems l’animal ; & selon les accidens qui auront accompagné celui-ci, on purgera l’animal une fois seulement.

L’effort peut avoir été negligé & mal-traité ; de plus, lorsqu’il a été violent, il est rare que les chevaux n’en ressentent toûjours une impression ; mais les boues & les douches des eaux minérales d’Aix y remédieroient entierement. Voyez Eau envisagée par rapport à ses usages relativement au cheval.

L’effort de la cuisse exige les mêmes soins & les mêmes remedes que celui dont nous venons de prescrire le traitement ; & le ciroine sera appliqué sur l’articulation du fémur avec l’os des hanches, que les maréchaux appellent savamment la noix. Ils y appliquent le feu, ils pratiquent des orties. Voyez Feu, Orties.

L’effort du grasset cede souvent à une saignée, aux résolutifs spiritueux, aromatiques ; & dans le cas où la maladie seroit opiniâtre, on pourroit se conduire par les vûes que nous avons suggérées en parlant des autres.

Celui du jarret mérite beaucoup plus d’attention ; car quelque legers que soient les défauts de cette partie, ils sont toûjours considérables. Un cheval n’est & ne peut être agréable qu’autant que le poids de son corps est contrebalancé sur son derriere, & que ce même derriere supporte une partie du poids de devant & la plus grande charge ; de plus, le mouvement progressif de l’animal n’est opéré que par la voie de la percussion, & la machine entiere ne peut être mûe & portée en avant qu’autant que les parties de l’arriere-main l’y déterminent ; or tout ce qui tendra à les affoiblir & à diminuer la force & le jeu du jarret, qui d’ailleurs & en conséquence de sa structure, est toûjours plus vivement & plus fortement occupé, ne sauroit être envisagé comme un accident médiocre.

Les bains d’eau de riviere lorsqu’on est à portée d’y conduire le cheval sur le champ, & d’autres répercussifs, ne sont pas ici moins nécessaires. On doit saigner pareillement : mais soit que le tendon dont j’ai parlé, soit principalement affecté, soit que l’extension ait eu sur-tout lieu dans les ligamens antérieurs ou postérieurs, dans le ligament capsulaire, &c. il faut scrupuleusement considérer l’état actuel de la partie. Si la douleur & la chaleur sont très-vives, si le gonflement est considérable, s’il est accompagné de dureté, les résolutifs seroient alors plus nuisibles que salutaires. On aura donc d’abord recours aux émolliens, qui relacheront & amolliront les solides & augmenteront la fluidité des liqueurs. Ces médicamens peuvent être employés de plusieurs manieres, ou en bains, ou en cataplasme, ou en onguent. Faites bouillir mauve, pariétaire, althæa, bouillon-blanc, mercuriale, & c. dans suffisante quantité d’eau commune, & bassinez fréquemment la jambe & la partie affligée avec la décoction de ces plantes. Leur application en substance sera plus efficace ; prenez donc leurs feuilles bouillies & réduites en pulpe, fixez-les sur le mal par un bandage convenable, & arrosez de tems en tems l’appareil avec cette même décoction, ou ce qui est encore plus simple, frotez toute la partie avec l’onguent d’althæa. L’inflammation, la douleur étant moindres, & le gonflement ramolli, mêlez les résolutifs aux émolliens ; ajoûtez à la décoction de l’esprit-de-vin, de l’essence de térébenthine d’abord en petite quantité, & ensuite plus abondamment ; faites bouillir avec les plantes relachantes quelques herbes aromatiques ; unissez à l’althæa la térébenthine en gomme ; fortifiez ainsi peu-à-peu les émolliens, & excluez-les enfin pour ne vous servir que des remedes capables d’opérer la résolution. Je pourrois indiquer encore d’autres moyens, mais ceux-ci suffiront lorsque le traitement sera conduit savamment & avec prudence. Ce n’est pas dans l’abondance des recettes que consiste le savoir, mais dans la connoissance du tems précis & de l’ordre dans lequel les médicamens doivent être appliqués. (e)

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Étymologie de « effort »

(c. 1100) En ancien français esfort. Déverbal de efforcer[1].
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Voy. EFFORCER ; provenç. esfort ; catal. esfors ; espagn. esfuerzo ; port. esforço ; ital. sforzo.

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Phonétique du mot « effort »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
effort efɔr

Évolution historique de l’usage du mot « effort »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « effort »

  • Tandis que le gouvernement compte sur le rebond de la croissance dès l'an prochain pour réduire la dette et exclut par exemple toute hausse d'impôts, la Cour juge indispensable un «effort de redressement», notamment sur les dépenses publiques, dans son rapport annuel sur la situation et les perspectives des finances publiques. leparisien.fr, La Cour des comptes appelle à un effort «dans la durée» pour maîtriser la dette publique - Le Parisien
  • Je suis un contemplateur fervent de l'effort d'autrui. Paul, dit Tristan Bernard, Contes, Répliques et Bons Mots, Livre-Club du Libraire
  • Il n'y a pas d'efforts inutiles, Sisyphe se faisait les muscles. Roger Caillois, Circonstancielles, Gallimard
  • La victoire aime l'effort. Catulle en latin Caius Valerius Catullus, Poésies, 62
  • Maintenez vivante en vous la faculté de l'effort en la soumettant chaque jour à un petit exercice sans profit. William James, Principles of Psychology, X
  • La poésie, c'est comme le radium ; pour en obtenir un gramme, il faut des années d'effort. Vladimir Vladimirovitch Maïakovski, Entretien sur la poésie avec un inspecteur des finances
  • Le mot infini, comme les mots Dieu, esprit et quelques autres expressions, dont les équivalents existent dans toutes les langues, est non pas l'expression d'une idée, mais l'expression d'un effort vers cette idée. Edgar Allan Poe, Eureka
  • La gloire est un effort constant. De Jules Renard / Journal 1887-1892
  • Lorsqu'on fait un effort, on s'aime. De Jean-Marie Poupart / Ruches
  • L'effort librement consenti rend libre. De Louis Nucera / Ils s'aimaient
  • Le sportif intelligent évite l'effort inutile. De Anonyme
  • La seule grandeur authentique, celle de l'effort. De Gilbert Choquette / La Flamme et la forge
  • Chacun vaut ce que valent les objectifs de son effort. De Marc-Aurèle / Pensées pour moi-même...
  • C'est dans l'effort que l'on trouve la satisfaction et non dans la réussite. Un plein effort est une pleine victoire. De Gandhi / Lettres à l'Ashram
  • Gagner n’est pas tout, mais l’effort qu’il faut fournir l’est. De Zig Ziglar
  • Nous sommes si peu capables d’effort pour comprendre les autres. De Jules Renard / Journal - 11 juillet 1892
  • Quel est le souverain remède contre la faiblesse ? L'effort. De Andrée Maillet / Les Remparts de Québec
  • Ce que l'on apprend par l'effort reste toujours ancré plus longtemps. De Luc Lecompte / Le Dentier d'Enée
  • Le plus grand effort de la passion est de l'emporter sur l'intérêt. De Jean de La Bruyère
  • Proportionner la jouissance à l'effort et l'assouvissement au besoin. De Victor Hugo / Les Misérables
  • Durant le confinement, le CFA Delépine, spécialisé dans l’électricité à Paris, a mis en place des moyens, notamment numériques, pour continuer à promouvoir la qualité de ses formations auprès des jeunes. Cet effort a permis de maintenir un effectif de candidats permettant d’envisager une rentrée scolaire conforme à la normale. Logiquement, c’est du côté des entreprises que les intentions de recrutement sont très incertaines. Malgré la relation forte du CFA avec les entreprises d’accueil, l’absence de visibilité sur les prochains mois constitue, de manière compréhensible, un frein majeur pour s’engager. L’arrivée mi-juin d’un plan de relance de l’apprentissage était attendu. Il comprend des mesures d’une portée significative et qui sont de nature à sécuriser les recrutements de 2020 pour les entreprises. En voici les principales. Filière 3e, Un plan pour ne pas relâcher l’effort de formation des jeunes
  • Les gouvernements du monde entier sont invités à redoubler d'effort et à agir sans tarder pour soigner les millions de personnes laissées de côté. Tel est le message de l'Onusida, livré lors de sa conférence internationale, tenue le 06 juillet 2020 par vidéoconférence. , Rapport Vih/Sida 2020 : Les Gouvernements invités à redoubler d'effort et à traiter rapidement les patients - Linfodrome
  • Quid du futur ? Malgré la crise, on maintient notre effort d'investissement avec un rythme de production d'environ 300 logements par an. Une cadence qui mobilise environ 4,5 millions d'euros de fonds propres chaque année. Et en 2020, nous allons injecter 1,97 million d'euros dans la réhabilitation de 384 logements, soit près de 8,5 % de notre patrimoine. Nous nous développons également sur des communes carencées comme Lançon-Provence où nous venons de réaliser deux opérations de 122 logements sociaux, à Gréasque où nous avons gagné des consultations auprès de l'Etablissement public foncier régional, ainsi qu'à Coudoux. Ou encore, Rousset où nous avons livré en février dernier un ensemble de 68 logements locatifs sociaux en production propre sur l'ancien stade à proximité du centre-bourg. Enfin, nous sommes engagés dans la préparation du projet de renouvellement urbain de la résidence Prévert à Vitrolles. Au cœur de cette opération inscrite dans un Quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV), il y a un ensemble de 111 logements construit au début des années 1980. C'est une barre avec deux ailettes reliées entre elles caractéristique de l'architecture brutaliste en vogue à l'époque. Les appartements sont assez bien conçus, mais sur le plan fonctionnel, le quartier connaît de nombreuses difficultés. Il faudra démolir… et rebâtir ailleurs, puisque nous sommes en QPV. Avec les partenaires du projet (Action Logement, Ville, Métropole, Caisse des dépôts…), nous sommes en train d'élaborer le dossier afin de signer une convention avec l'Agence nationale pour la rénovation urbaine d'ici la fin de l'année. TPBM Semaine Provence, Sandrine Bordin : « Malgré la crise, on maintient notre effort d'investissement »
  • Comme la France produit plutôt des produits peu différenciants, elle ne peut augmenter fortement ses prix de vente. Du coup, une partie du poids de la fiscalité est reportée sur les salariés. Plus la fiscalité est lourde, plus il y a de modération salariale, voire des pertes d'emploi. Le coût des impôts peut aussi être répercuté sur les épargnants-actionnaires, qui comparent le rendement après impôts. Les entreprises sont alors contraintes de faire plus d'efforts pour compenser le poids de la fiscalité française. Lorsque la fiscalité est trop élevée et que les coûts de l'entreprise se révèlent trop importants, elles peuvent être amenées à se délocaliser ou disparaitre. C'est ainsi qu'on a découvert douloureusement pendant la crise que nombre de produits de première nécessité n'étaient plus fabriqués en France. Penser qu'on pourra rapatrier les productions sans toucher aux impôts de production qui représentent 3,2 % du PIB en France, contre 1,6 % dans l'UE et 0,4 % en Allemagne, est une vue de l'esprit. La Tribune, Oxfam, encore un effort pour mieux comprendre les entreprises

Images d'illustration du mot « effort »

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Traductions du mot « effort »

Langue Traduction
Anglais effort
Espagnol esfuerzo
Italien sforzo
Allemand anstrengung
Chinois 努力
Arabe مجهود
Portugais esforço
Russe усилие
Japonais 努力
Basque esfortzua
Corse sforzu
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Synonymes de « effort »

Source : synonymes de effort sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « effort »

Effort

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