Pouvoir : définition de pouvoir


Pouvoir : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

POUVOIR1, verbe trans.

I. − Empl. trans., de sens plein
A. − Être capable de faire quelque chose. Voyez pourtant ce que peut une bonne conscience! (A. Daudet,Tartarin Alpes, 1885, p.214).Minos et Médor échappaient, l'un subtil et souple, souvent perché hors d'atteinte; l'autre, indépendant et fugace. L'âne pouvait moins. Il fut dompté (Adam,Enf. Aust., 1902, p.133).
Absol. Il est évident que si nous devons nous pouvons (Cousin,Hist. philos. mod., t.1, 1846, p.352).
Proverbes. Qui peut le plus peut le moins*; si jeunesse* savait et vieillesse pouvait.
Loc. verb., littér. Ne pouvoir que... ne + subj. Ne pas pouvoir s'empêcher de, être dans l'impossibilité de ne pas:
1. Le rhétoriqueur fait sa part au langage une fois pour toutes, et se trouve ensuite libre de traiter d'amour ou de peur, d'esclavage ou de liberté. Mais le terroriste ne peut qu'il ne mêle à la peur, à l'amour, à la liberté, un continuel souci de langage et d'expression. Paulhan,Fleurs Tarbes, 1941, p.166.
[Tournure plus usuelle] Ne pas pouvoir ne pas + inf. ,,Vous ne pouvez pas ne pas avoir raison. Vous ne pouvez faire autrement que d'avoir raison`` (Dupré 1972). Anne ne pouvait pas ne pas remarquer l'intonation de mon père (Sagan,Bonjour tristesse, 1954, p.144).
N'en plus pouvoir. Être abattu, à bout de forces. Synon. pop. et fam. être sur les genoux (v. genou), sur les rotules (v. rotule), au bout du rouleau*.N'en plus pouvoir de fatigue, de chaleur. Robert se laisse tomber au pied d'un arbre: Ah! de l'eau, mes amis. Je n'en puis plus, un peu d'eau, si cela est possible (La Martelière,Robert, 1793, v, 1, p.55).
Au fig. Être excédé. Écoute, Edmond, il faut que tu saches... Je n'en peux plus de ces mensonges (Aragon,Beaux quart., 1936, p.348).
P. ext., fam. Être écroulé (de rire). N'en plus pouvoir (de rire).
Rem. Claudel emploie la forme arch. puit et avec un suj. désignant une chose: Face à l'ouragan, il me manquait encore l'horreur (...) de ce bateau pourri qui n'en puit plus (Le Figaro littéraire, 7 mars 1953 cité par Grev., 32, p.674, § 614, 12o, note ds Dupré 1972).
B. −
1. [Le suj. désigne qqn] Avoir l'autorité, la puissance de faire quelque chose. Pouvoir qqc., tout, beaucoup pour qqn, auprès de qqn; que puis-je pour votre service? Le comte pouvait tout sur l'esprit de son maître, on en eut à Parme une preuve qui frappa tous les esprits (Stendhal,Chartreuse, 1839, p.111):
2. −J'ai ma mission, moi aussi, dit-elle d'un ton farouche, et je la remplirai. Je ne permettrai pas qu'on te détourne de toi. Il ne pouvait rien contre ces grands mots... Beauvoir,Mandarins, 1954, p.257.
Loc. verb.
Y pouvoir (qqc.) (à la forme interr.). Être responsable en quelque chose. Quoi de neuf? −Tenez. Et elle lui montra le papier. −Eh bien, qu'y puis-je? (Flaub.,MmeBovary, t.2, 1857, p.137).
N'y rien* pouvoir; n'en pouvoir rien* (région., Belgique); n'en pouvoir mais (v. mais2).
2. [Le suj. désigne qqc.] Avoir une possibilité d'action. L'imagination consiste en ceci que l'homme juge des choses extérieures, de ce qu'elles sont et de ce qu'elles peuvent, d'après l'état de son propre corps (Alain,Propos, 1921, p.207).Qu'une lotion (...) provoque la repousse des cheveux n'a en soi rien d'illogique. Le client s'y attend: il suffit de créer sa confiance. Mais l'image peut davantage; elle peut créer des convictions sans fondement justifiable (Huyghe,Dialog. avec visible, 1955, p.46).
II. − Auxil. de mode, verbe modalisateur. [Suivi d'un inf., et servant à exprimer les différentes modalités du possible]
A. − [Valeurs modales exprimant le devoir ou le droit]
1. Avoir la faculté de faire quelque chose ou de produire un effet.
a) Avoir la capacité de (selon des qualités inhérentes à la personne et dans certaines conditions matérielles). Synon. être capable de, être en état* de, être en mesure* de, être susceptible* de, être à même* de, être de force* à.
α) [Le suj. désigne un animé] Faire ce qu'on peut. Étaient conviés également l'ex-ministre Carteron (qui put me donner d'assez récentes nouvelles d'Athènes) (Gide,Journal, 1943, p.178).Et quelques-uns d'entre eux [les prisonniers de la peste], comme Rambert, arrivaient même à imaginer, on le voit, qu'ils agissaient encore en hommes libres, qu'ils pouvaient encore choisir (Camus,Peste, 1947, p.1353).
Avoir la possibilité matérielle de. À la sortie du lycée, Georges et Phiphi avaient enfin pu se rejoindre (Gide,Faux-monn., 1925, p.1137).
[Avec le pron. pers. le compl. d'obj. reprenant l'inf. ou la phrase exprimée] Perpetua ne se lassa point de penser dans le secret à l'âme de son bon ange, d'agir comme elle le pouvait pour le bien de cette âme (Jouve,Paulina, 1925, p.175).
Absol. [Sans pron. de reprise] Si l'on peut, quand on peut, dès qu'on peut, comme on peut, autant qu'on peut. Ils s'arrêtèrent devant l'enclos sacré où dormaient les bêtes, couchées ou debout, les taureaux dans le fond, à la place la meilleure, les vaches par-devant, où elles pouvaient (Montherl.,Bestiaires, 1926, p.570).
[Sans pron. pers. de reprise] Il faut que je vous quitte, adieu. −Restez. −Je ne puis (A. France,Révolte anges, 1914, p.286).
[Avec pron. pers. de reprise] Il faut me faire cette promesse, mon fils. −Je ne le puis, mon père (Billy,Introïbo, 1939, p.165).
[Après un superl.] Ninon monta le plus vite qu'elle put (Boylesve,Leçon d'amour, 1902, p.137).
Proverbes. La plus belle femme* du monde ne peut donner que ce qu'elle a; il ne faut jamais remettre au lendemain* ce qui peut être fait le jour même.
[Avec un suj. indéterminé] Quant aux légendes, néant. Nous n'inventons pas de légendes. Et pourtant, explique qui pourra, nous sommes le pays du culte des morts! (Barrès,Génie Rhin, 1921, p.236).
Proverbe. Fais ce que dois, advienne que pourra. V. devoir1.
Sauve-qui-peut*.
Loc. adv. et adj. On ne peut moins*; on ne peut plus*; on ne peut mieux*.
Tant (autant) que faire se peut, se pourra. Dans la mesure du possible (d'apr. Rey-Chantr. Expr. 1979).
Ne pas/plus pouvoir sentir* (fam.), blairer* (pop.), piffer (pop., dér. s.v. pif2), encadrer* (pop.), voir en peinture* (fam.) qqn. Avoir en aversion, être agacé de.
β) [Le suj. désigne une chose] C'est étonnant, pensait-il, comme cette petite prend soin de moi; elle devine tout ce qui peut me faire plaisir (Erckm.-Chatr.,Ami Fritz, 1864, p.54).Je m'avisais un peu tard que les sciences exactes peuvent seules construire et armer les intelligences (A. France,Vie fleur, 1922, p.509).
b) [Le suj. désigne une pers., souvent en cont. exclam. ou interr.] Avoir l'audace de. Synon. oser, daigner, avoir le front* de (littér.).Ah, si tu savais ce qu'il a pu me faire souffrir! (Martin du G.,Thib., Cah. gr., 1922, p.608):
3. C'est moi qui ai tort, dit-elle; je vous en demande bien pardon. Comment ai-je pu me fâcher d'un mot qui n'était sûrement pas dit pour me faire de la peine? Krüdener,Valérie, 1803, p.22.
Absol. [En cont. exclam. ou interr.] Célestincic: Ma petite fille. Ma petite (...). Elle avait une poupée bleue. Comment, comment a-t-elle pu... Ma petite... Alarica: Le mal court (Audiberti,Mal court, 1947, iii, p.198).
2. [Le suj. désigne une pers.] Avoir le droit, la permission de.
a) [Souvent en interr.] Avoir la permission, l'autorisation de. Puis-je parler? Siegfried fait un geste affirmatif (Giraudoux,Siegfried, 1922, iv, 3, p.168).Je peux vous dire bonjour? Vous ne me détestez plus? (Beauvoir,Mandarins, 1954, p.183):
4. ... seulement après le départ du dernier enfant, balayage du préau. (Les enfants que les parents viennent chercher peuvent rester jusqu'à six heures en hiver, jusqu'à sept heures en été). Frapié,Maternelle, 1904, p.13.
b) Avoir le droit, la capacité légale de. Le mandant peut révoquer sa procuration quand bon lui semble, et contraindre, s'il y a lieu, le mandataire à lui remettre (...) l'écrit sous seing privé qui la contient (Code civil, 1804, art. 2004, p.360).
c) Être en droit de, selon la raison, la logique ou conformément à des normes particulières. La reine, avec force. Il vous serait assuré, je vous le jure... M'en jurerez-vous autant; je ne dis pas avant, mais après le danger? Rantzau: Vraiment!... Il y en a donc? La reine: Puis-je me fier à vous? (Scribe,Bertrand, 1833, i, 6, p.131).
d) Avoir le droit de, selon des normes châtiées de langage. J'aimerais bien: vaquerait. Cela ne peut-il se dire en sous-entendant: «à des soins» ou quelque chose comme ça? (Rivière,Corresp.[avec Alain-Fournier], 1907, p.284).
e) Être en droit de, conformément à la morale. Ma soeur Zoé, que vous voyez là, avait besoin pour sa santé de voyager dans le Midi. Je ne pouvais la laisser aller seule, et nous arrangeâmes un voyage en Italie afin de concilier tous les intérêts (Delécluze,Journal, 1827, p.428).
3. [En cont. partic., exprime diverses modalités]
a) [Le souhait (valeur optative, dans des phrases exclam., le verbe étant au subj.)] Synon. fasse le ciel que (v. faire1F 3 b), plût aux dieux que...! (v. plaire A 3 a).Puissé-je réussir! Chacun de nous −ah! puissiez-vous retenir ces paroles d'un vieil ami! −est tour à tour, de quelque manière, un criminel ou un saint (Bernanos,Soleil Satan, 1926, p.221):
5. La plupart (...) s'arrêtent encore sur le seuil de l'église. Puissent-ils voir dans ces pages combien je suis heureux de l'avoir franchi, et puissent quelques-uns de ces hésitants être entraînés par mon exemple et par mon acte de foi. Coppée,Bonne souffr., 1898, p.19.
b) [L'oppos. (valeur concess., en déb. de phrase, le verbe étant souvent accompagné de bien)] Avoir beau. Le wagon enragé peut bien Écraser ma tête coupable (...) Je m'en moque comme de Dieu (Baudel.,Fl. du Mal, 1857, p.189).
Pop. ou arg. [En exclam., p.iron.] Pouvoir se fouiller* (pop.), se palper* (arg.), se brosser* (arg., pop.).
c) [L'étonnement, l'impatience ou la perplexité (lié à l'intensité, en renforcement d'une phrase interr. ou exclam.)] On creusait jamais bien profond: un coup de bêche ou deux, qu'est-ce que ça peut faire? (Giono,Colline, 1929, p.172).Ce que ça peut être blond, un croissant! (Aragon,Beaux quart., 1936, p.389).
d) [Un ordre ou un reproche atténué ou une suggestion (notamment avec peut-être, bien que cet empl. avec peut-être soit rejeté par certains puristes, v. Grev. 1969, § 891)] Je n'avais point le loisir, mon départ étant précipité, de m'expliquer longuement sur la feuille volante que j'ai laissée sur la table; c'est pourquoi tu as peut-être pu t'imaginer que j'étais parti pour le Caucase (Miomandre,Écrit sur eau, 1908, p.237).Regarde les cendres sur mes tapis! Ne pourrais-tu fumer ailleurs? (Van der Meersch,Invas. 14, 1935, p.153):
6. Si vous pouviez me donner une tasse de quelque chose de chaud à boire... Ça ne va pas... Je ne sais pas ce que j'ai. Je n'ai pas pris mon petit déjeuner ce matin. Triolet,Prem. accroc, 1945, p.41.
[Dans un système hypothétique avec si] V. lettre P A 1 ex. de Saussure.
Au cond. V. littérature ex. 1.
B. − [Valeurs modales relatives au savoir et aux connaissances]
1. [Éventualité] Synon. risquer de, il est possible que.Ma mère commença à croire que Putois pouvait bien exister, et qu'elle pouvait bien n'avoir pas menti (A. France,Putois, 1904, p.76).Attention au coeur! répète le médecin chaque soir (...), le coeur peut flancher (Bernanos,M. Ouine, 1943, p.1353).
Empl. impers. Il peut se faire, arriver que + subj.Il pouvait y avoir d'autres notes du même genre, et il était inutile que Jacques les trouvât (Martin du G.,Thib., Mort père, 1929, p.1324).
Empl. pronom. impers. Il se peut que. C'est possible. Ce sont des contes, et vous-même, monsieur, vous êtes fabuleux. −Que je le sois devenu dans la suite des âges, il se peut (A. France,Jard. Épicure, 1895, p.176).
Fam. Ça se peut. C'est possible, probable. Synon. peut-être.On a tendu d'un arbre à l'autre une corde pour vous barrer le passage (...) −Ça se pourrait bien, dit le brigadier (Balzac,Tén. affaire, 1841, p.146).
2. [Approximation] La comtesse peut avoir vingt-sept ou vingt-huit ans, impossible d'être plus jolie, plus adorable (Stendhal,Chartreuse, 1839, p.86).
3. [Présentation d'une hyp., dans un ouvrage didact.]
[Seule une possibilité de choix est exprimée, l'ensemble des possibilités étant présupposé] On pourra par exemple/notamment + inf. Au XVIIesiècle Fénelon pouvait écrire que le plus grand miracle de la divinité était d'avoir pu mêler en nous la grossièreté de la matière et la spiritualité de l'âme (Warcollier,Télépathie, 1921, p.310).
[Présentation de deux hyp.] Un animal domestique peut devenir bon ou méchant, franc ou sournois, fin ou stupide, non seulement suivant les leçons que lui donne son maître, mais selon ce qu'est son maître (Rolland,J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p.1575).
[Dans un cont. d'oppos.] Contrairement à ce qu'on pouvait penser; on aurait pu croire... mais /or/en réalité... J'écoute à la radio, six fois par jour, les mêmes nouvelles que déjà j'avais lues dans le journal du matin, comme si mon attentive impatience pouvait hâter les événements (Gide,Journal, 1944, p.276).
[Dans une formule d'atténuation au sens de il est possible que] On peut établir..., on ne peut plus admettre que..., enfin on peut signaler... Je pourrais dire que ce fut une loyauté de ma part, ce conseil donné au marquis de laisser Mmede Jussat heureuse à Paris (Bourget,Disciple, 1889, p.183).
En incise. Si l'on peut dire, si je puis dire. Synon. pour ainsi dire (v. dire1).Des êtres sonores indiscutables, remplissant tout l'espace, −tout l'abîme pourrait-on dire −entre l'explicite musical et l'explicite dramatique (Schaeffer,Rech. mus. concr., 1952, p.145).
Prononc. et Orth.: [puvwa:ʀ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Conjug. Ind. prés.: je peux ou je puis (quand je suit le verbe toujours puis-je: puis-je vous aider?), tu peux, il peut, nous pouvons, vous pouvez, ils peuvent; imp.: je pouvais; passé simple: je pus, nous pûmes, vous pûtes (rare), ils purent; fut.: je pourrai; cond. prés.: je pourrais; subj. prés.: que je puisse, que nous puissions; subj. imp.: que je pusse, qu'il pût, que nous pussions; part. prés.: pouvant; part. passé: pu (sans fém.); pas d'impér. La forme puis remplace peux, à la 1repers. du sing., toujours en forme interr., souvent dans la lang. soutenue à la forme affirm., nég. Vx: il n'en puit plus (Claudel, par souci d'archaïsme, v. Grev. Orth. 1962, § 1596). Étymol. et Hist.1. 842 régissant un verbe à l'inf. «avoir la force, la possibilité de» (Serments de Strasbourg ds Henry Chrestomathie, p.1); 2. 2emoitié xes. avec valeur d'auxil., en sous-entendant le verbe exprimé dans l'autre partie de la phrase (St Léger, éd. J. Linskill, 40); 3. fin xes. au subj. pour exprimer un souhait (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 513, 515); 4. ca 1050 avec verbe à l'inf. «avoir la possibilité, l'occasion de» (Alexis, éd. Chr. Storey, 546: ki ad pechét s'en pot recorder); 5. ca 1050 «avoir sujet, avoir motif de» (ibid., 478: E! gentils hom, cum dolente puis estra!); 6. ca 1150 avec adv. (Wace, St Nicolas, éd. E. Ronsjö, 1007; al miels que il unques poeient), s'employait fréq. en a. fr. avec un adv., en partic. pour remplacer un verbe de mouvement (v. T.-L.), empl. subsistant dans les loc. adv.: n'en pouvoir mais «être à bout de forces» (dep. ca 1160, Enéas, éd. J.-J. Salverda de Grave, 4390: qui mes ne puet), on ne peut mieux (dep. ca 1485, Mystère du Viel Testament, éd. J. de Rothschild, 45436) ou adj. on ne peut plus + adj. (1768, Diderot, Salon de 1767, pp.87-88); 7. ca 1160 impers. (Enéas, 1064: molt me torne a grant contraire Que morz ne soi, se il puet faire), v. aussi peut-être. Du lat. pop. *potere, réfection du lat. class. posse d'apr. les formes à rad. en pot-: potest, potui, potens. Bbg. Anscombre (J.-Cl.). Voulez-vous dériver avec moi? Communications. 1980, no32, pp.96-100. _ Blumenthal (P.). Imperfekt und Perfekt der frz. Modalverben. Z. fr. Spr. Lit. 1976, t.86, pp.26-39. _ Bryant (W. H.). Unequivocal passé composé/imparfait contexts for falloir and pouvoir Fr. R. 1980, t.53, pp.514-524. _ Lanly (A.). Morphol. hist. des verbes fr. Paris, 1977, pp.154-157. _ Moignet (G.). Syst. de la lang. fr. Paris, 1981, p.276. _ Muller (Ch.). Les verbes les plus fréquents du fr. Fr. Monde. 1974, no103, pp.14-17. _ Perret (D.). À propos du verbe pouvoir et de certains de ses compl. Cah. Lexicol. 1973, no23, pp.35-50; Les verbes pouvoir et vouloir ds les énoncés de prop. Lang. fr. 1974, no21, pp.106-121. _ Pottier (B.). Sur la formulation des modalités en linguistique. Langages. Paris. 1976, no43, pp.39-46. _ Quem. DDL t.19. _ Roulet (E.). Modalité et illocution: pouvoir et devoir. Communications. 1980, no32, pp.216-239; Des modalités implicites intégrées en fr. contemp. Cah. F. Sauss. 1979, no33, pp.50-58. _ Schnur (M.). Das d. und das frz. System der modalen Hilfsverben. Z. rom. Philol. 1977, t.93, pp.276-293. _ Sueur (J.-P.) À propos des restrictions de sélection: les inf. devoir et pouvoir. Ling. Investig. 1977, t.1, pp.375-409; Une Analyse sém. des verbes devoir et pouvoir. Fr. Mod. 1979, t.47, pp.97-120; Quantificateurs et modalités. Langages. 1977, no48, pp.84-98. _ Todorov (Ch.). La Hiérarchie des liens ds le récit. Semiotica. 1971, t.3, no2, pp.121-139. _ Vidalenc (J.-P.). Pouvoir, can, may. Contrastes. 1981, no2, pp.55-62.

POUVOIR2, subst. masc.

I. − [Pouvoir (de qqn)]
A. − Capacité naturelle (qualités inhérentes au sujet de l'action) et possibilité matérielle (dépendant de certaines conditions) d'accomplir une action. Synon. aptitude, faculté, possibilité.Cette notion du mérite (...) nous mène à concevoir une certaine quantité du pouvoir d'être cause première que nous supposons et que nous prêtons à quelqu'un (Valéry, Variété IV,1938, p.34).V. agir ex. 35:
1. Wazemmes a l'impression qu'avec un petit effort, il pourrait exercer certains de ces pouvoirs que nous possédons si facilement en rêve. Par exemple, il pourrait quitter le sol, et s'élever en planant le long des jardins... Romains, Hommes bonne vol.,1932, p.298.
Qqc. est en mon/son... pouvoir, au pouvoir de qqn. Être dans ses possibilités, parmi les choses qu'il est en mesure d'accomplir. Il n'est pas au pouvoir d'un homme de lettres de n'être qu'un amuseur de la foule (L. Blanc, Organ. trav.,1845, p.190).Un homme (...) allant dans notre littérature aux oeuvres d'hommes s'efforçant d'apporter, autant qu'il était en leur pouvoir, des qualités semblables (Goncourt, Journal,1888, p.886).
De tout mon/son... pouvoir. De toutes mes/ses... forces. Mousquet: Cher docteur, je serais (...) un misérable si je ne vous aidais pas de tout mon pouvoir (Romains, Knock,1923, ii, 3, p.11).
SYNT. Pouvoir étendu; pouvoir d'absorption, d'adaptation, d'attraction, de concentration, d'expression, d'influence.
Absol. Notre savoir tend vers le pouvoir, et s'écarte d'une contemplation coordonnée des choses (Valéry, Variété[I], 1924, p.134).
B. − Capacité de produire un effet, possibilité d'action sur quelqu'un ou sur quelque chose. Synon. ascendant, autorité, empire, influence.Pouvoir diabolique, irrésistible, magique, magnétique, mystérieux, occulte, secret, sans bornes, sans limites; pouvoir de fascination, de séduction. Le comique, le rire, est le dernier pouvoir qui reste à un homme sur un autre (Stendhal, Journal,1805, p.231).V. abstraction ex. 9:
2. Devant l'enfant malade, les disciplines se relâchent: bien vite il en a conscience, se satisfait de cette passivité choyée où il tient en mains son entourage (...). Ce pouvoir de l'homme sur son propre corps est encore peu connu... Mounier, Traité caract.,1946, p.222.
Au plur. Pouvoirs extraordinaires, surnaturels.
OCCULT., PARAPSYCHOL. Votre article sur le pouvoir «psy» (...): Il faut préciser qu'il n'existe pas de cure psychanalytique au rythme de deux fois par semaine; il s'agit, à ce rythme, d'une psychothérapie (Le Point,31 mars 1980, p.5, col. 2).OVNI, lévitation, télépathie, secrets des pyramides aztèques, pouvoirs supra-normaux des lamas tibétains: tout ce qui fait rêver est à la mode, aujourd'hui comme hier (Le Monde dimanche,12 oct. 1980, p.xvii, col. 2).
[P. méton., en parlant d'un attribut, d'une faculté de l'homme] Le pouvoir de l'imagination, de l'esprit, des sens; le pouvoir des charmes, des yeux de qqn. Elle tourna vers lui son bel oeil velouté, plein d'une coquetterie maternelle dont il avait oublié depuis bien longtemps le féminin pouvoir (Colette, Fin Chéri,1926, p.109).Pour qui a oublié le pouvoir communicatif et le mimétisme magique d'un geste, le théâtre peut le lui réapprendre (Artaud, Théâtre et son double,1938, p.97).
C. − Droit, autorisation de faire quelque chose.
1. Faculté légale ou morale de poser certains actes. Synon. droit3.Da Silva: Et qui m'en empêchera (...) Le docteur: Moi, monsieur (...) en vertu de mon pouvoir de médecin (Dumas père, Darlington,1832, prol., 5, p.16).V. liberté ex. 3:
3. Un autre effet de ce pouvoir du juge était de faire entièrement dépendre de son appréciation jusqu'à la qualification de l'acte criminel, qui, par conséquent, était elle-même indéterminée. Durkheim, Divis. trav.,1893, p.63.
Avoir pouvoir de + inf.Je marchais (...) en proie à des passions puissantes que Dieu seul avait eu pouvoir de mater (Mauriac, Noeud vip.,1932, p.267).
2. Spécialement
a) DR., FIN. Capacité légale ou conventionnelle à agir pour le compte d'une autre personne. DR. CIVIL. ,,Prérogative permettant à une personne de gouverner une autre personne publique ou privée (mandats politiques, autorité parentale, tutelle) ou de gérer les biens d'une autre personne pour le compte de celle-ci (dirigeants de sociétés, représentation légale, judiciaire ou contractuelle)`` (Réau-Rond. 1951). PROCÉDURE CIVILE. ,,Aptitude à agir en justice au nom et pour le compte soit d'une personne morale, soit d'une personne atteinte d'incapacité d'exercice`` (Réau-Rond. 1951). Donner pouvoir à qqn. Fabrice: Une dot? Fort bien! je ne veux pas discuter sur le mot (...) Veuillez fixer le prix de votre marchandise. Annibal: Elle est un peu timide et m'a passé pouvoir (Augier, Aventur.,1848, p.255).
Au plur., rare. Lorsque vous viendrez à Paris, il faudra que nous buvions un litre ou deux, et, d'après mes observations, je vous donnerai mes pouvoirs pour un panier de Larose (Mérimée, Lettres Fr. Michel,1852, p.60).
Plein(s) pouvoir(s). Donner plein(s) pouvoir(s) à qqn. Synon. donner carte* blanche, donner blanc-seing*.Celui qui (...) affronterait dans les éclairs le dragon de l'Hospitalet... qui, quatre heures plus tard, l'ayant vaincu, déciderait en toute liberté, ayant pleins pouvoirs, le détour par la mer ou l'assaut direct des massifs d'Alcoy (Saint-Exup., Terre hommes,1939, p.146).
Fondé de pouvoir(s). V. fondé III.
b) P. méton., DR. CIVIL, souvent au plur. ,,Document signé par une personne par lequel elle donne à une autre la possibilité de la représenter juridiquement`` (Barr. 1974). Synon. procuration.Vérification des pouvoirs; signer un pouvoir. [Bois-Doré] avait déclaré aux agents de la prévôté, qui lui exhibaient leurs pouvoirs en bonne forme, que madame de Beuvre était sortie à cheval avec son fils (Sand, Beaux MM. Bois-Doré,t.2, 1857, p.211):
4. le vice-roi: Vous êtes l'envoyé du sieur Ochiali? dona prouhèze: Sa femme et son envoyé. Voici mes pouvoirs. Elle lui remet un papier qu'il passe sans le lire à un officier derrière lui. Claudel, Soulier,1944, 2epart., 9, p.1075.
Bon pour pouvoir. Formule conférant ce droit, qui se place avant la signature, dans certains actes. La signature du mandant doit être précédée des mots «Bon pour pouvoir» (Barr.1974).
c) DR. CANON. ,,Capacité et droit d'exercer une fonction dans l'Église, au titre de l'ordre, du magistère, de la juridiction`` (Foi t.1 1968). Pouvoir d'entendre les confessions. Reçois le livre des épîtres avec le pouvoir de lire dans la sainte Église pour les vivants comme pour les morts (...). J'étais sous-diacre (Billy, Introïbo,1939, p.137).
Pouvoir des clefs (théol. cath.). V. clef III A 2.
Au plur. C'est à ceux-ci [deux vicaires capitulaires] en l'absence d'évêque (...) qu'avaient été délégués les pouvoirs de la crosse (Toulet, J. fille verte,1918, p.241).Par décision de Monseigneur l'Évêque, la Juridiction «ad audiendas confessiones» est accordée aux prêtres du diocèse aussitôt après l'Ordination Sacerdotale, et «usque ad revocationem» par le moyen des Feuilles de pouvoirs (Notre Église, B. bimens. de la communauté diocésaine de Nancy et de Toul, 18 mars 1985, no5, p.176).
D. −
1. Autorité, puissance que détient une personne, moyens d'action de quelqu'un sur quelqu'un ou sur quelque chose. Pouvoir politique, économique; pouvoir paternel, patronal, politico-religieux, politico-syndical, directorial; (pol.) pouvoir de décision, de dissuasion. Ce mariage se ferait. J'en fus satisfait intérieurement; cet établissement honnête ôtait Sara du pouvoir de sa mère (Restif de La Bret., M. Nicolas,1796, p.89).Waldorf: (...) Il a en tout cas le pouvoir de nous mettre en prison, et nous sommes sur la liste (Giraudoux, Siegfried,1928, ii, 4, p.94).Le cas le plus simple est celui où la profession choisie satisfait directement une structure fondamentale de la personnalité, formée autour d'une tendance dominante ou sublimée. Certaines filiations sont évidentes: de l'autoritarisme au goût du pouvoir, de l'introversion aux vocations intellectuelles, etc. (Mounier, Traité caract.,1946, p.91).
Pouvoir intellectuel. Fictions freudiennes par Octave Mannoni (...) Comment s'en tirer, quand le pouvoir intellectuel est au bout du concept, quand le terrorisme de la théorie psychanalytique (...) monte une garde hargneuse au pied de toutes les interprétations? (Le Nouvel Observateur,10 juill. 1978, p.61, col. 2).
Avoir qqn, qqc. en son pouvoir. Avoir à sa disposition. (Dict.xixeet xxes.). En partic. Avoir qqc. en son pouvoir. Posséder (Dict.xixeet xxes.).
Être, tomber au pouvoir de qqn, en son pouvoir. Être, tomber sous la domination de quelqu'un. Toujours tu as contredit mes voeux. Puis, arrachant la morte à son lit de repos, il la presse dans ses bras (...) −Maintenant elle est en mon pouvoir! (A. France, Vie littér.,1891, p.15).Et moi j'ai cru que ce monde était à eux. Je n'ai pas compris qu'ils en étaient les choses et qu'en fait, partager leurs pensées n'avait été pour moi qu'une façon de tomber en leur pouvoir (J. Bousquet, Trad. du sil.,1936, p.151).
Femme en pouvoir de mari (vieilli). Femme qui ne peut rien faire sans l'autorisation de son mari. Les Agnès, une fois en pouvoir de mari, Sont sujettes, dit-on, à prendre de l'esprit (Augier, Homme de bien,1845, p.95).
2. En partic.
a) Puissance politique qui gouverne un État ou un groupe social, autorité à laquelle est soumis chaque citoyen. Pouvoir absolu, autocratique, souverain, suprême, oppresseur, tyrannique, faible, fort, efficace; pouvoir des rois; pouvoir divin, domestique, royal, représentatif; pouvoir établi; les avenues du pouvoir. Aussi le ministre de l'intérieur a-t-il donné à plusieurs reprises à ses préfets l'instruction formelle de s'opposer de tout leur pouvoir à ce rattachement des services de voirie locale à la voirie nationale (Chardon, Trav. publ.,1904, p.114).Au fur et à mesure que le pouvoir fédéral américain accentue son influence sur la vie de l'ensemble du pays (par exemple pour les affaires raciales ou pour l'urbanisme) ses relations avec le Congrès, et notamment avec le Sénat, se font plus fréquemment délicates (Belorgey, Gouvern. et admin. Fr.,1967, p.19).
Absol. [Parfois avec majuscule, p.ell. de politique ou exécutif] ,,Organisme ministériel, plus ou moins personnifié, à qui incombe la charge de gouverner la cité sans dépendre d'une autorité supérieure`` (Foulq. Sc. soc. 1978). Agent, dépositaire du pouvoir; bornes, limites du pouvoir; aspirer, accéder, parvenir au pouvoir; s'emparer du pouvoir; prendre, saisir, exercer, usurper le pouvoir; partage du pouvoir; abus, excès de pouvoir. Au lieu d'une noblesse héréditaire, tu as une aristocratie de fonctionnaires nommés par le pouvoir (Ménard, Rêv. païen,1876, p.175).
Pouvoir spirituel. ,,Celui de l'Église: il s'étend à tout ce qui concerne la foi et la conscience`` (Marcel 1938). Le siècle de Louis XIV offre le spectacle d'une réunion achevée du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel. Plus généralement, l'ancien régime monarchique possédait une institution spécialisée du pouvoir spirituel qui était l'Église (Nizan, Chiens garde,1932, p.179).
Pouvoir temporel, pouvoir civil. Gouvernement civil d'un État. Les conditions de la paix! Il n'y en a qu'une: c'est la supériorité définitive du pouvoir civil sur l'Église catholique (Clemenceau, 1889ds Fondateurs 3eRépubl., p.192).Le terme Anglican (...) au Moyen-Âge (...) a servi, dans son usage ecclésiastique, à affirmer vis-à-vis de l'autorité romaine les droits du pouvoir temporel (Philos., Relig., 1957, p.5-11).
Pouvoir temporel du Pape, des Papes. ,,Pouvoir qui a consisté, du viiiesiècle à 1870, dans la possession et le gouvernement des États pontificaux. Depuis 1870, il se confond avec la capacité juridique des Papes de nouer des relations officielles, au nom de l'Église catholique, avec la plupart des gouvernements`` (Foi t.1 1968); celui que le pape exerce sur l'État du Vatican. Ils réclamaient (...) le retour de l'Église à cette vie évangélique qui ne connut ni le pouvoir temporel des papes, ni les richesses des prêtres (A. France, J. d'Arc,t.2, 1908, p.124).
b) Vx. [Suivi d'un adj. qualifiant la nature, la forme] Forme de gouvernement, régime politique. Pouvoir démocratique, oligarchique, parlementaire. Ils ont voté contre le rétablissement de ce pouvoir aristocratique et usé qu'on appelait la pairie (Annuaire de la Meurthe,1850ds Doc. hist. contemp., p.196).
3. DR. et lang. usuelle. ,,Fonction juridiquement distincte de l'État, incarnée dans un organe séparé`` (Cap. 1936). Exercer un pouvoir, des pouvoirs; être investi d'un pouvoir, de pouvoirs; abus, excès de pouvoir. Des péripatéticiennes (...) parfaitement renseignées sur le pouvoir de tel ministre ou le crédit bancaire de tel diplomate (Fargue, Piéton Paris,1939, p.167).
Pleins(-)pouvoirs. V. plein I C 1 b dr.
Conférer un pouvoir, des pouvoirs à qqn. V. conférer2.
a) DR. CONSTIT.
Pouvoir exécutif. ,,Pouvoir reconnu au Chef de l'État et du gouvernement consistant à assurer l'exécution des lois et à promouvoir la politique générale du pays`` (Barr. 1974).
Pouvoir législatif. ,,Pouvoir exercé par les assemblées parlementaires et consistant à élaborer et voter les lois`` (Barr. 1974). V. législatif ex. 1.
Pouvoir judiciaire. ,,Fonction reconnue aux tribunaux de juger les contestations juridiques et de réprimer les infractions à la loi`` (Barr. 1974):
5. ... Montesquieu en gardant le nom de «puissance législative» à la première appelle la seconde simplement «puissance exécutrice», la troisième «puissance de juger». Dans le vocabulaire moderne, ces trois termes sont devenus les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Vedel, Dr. constit.,1949, p.18.
Les trois pouvoirs. La définition des trois pouvoirs donnés par Montesquieu est généralement acceptée. Mais l'argument qu'il invoqua pour leur séparation rigide peut paraître erronée aux Anglais, qui ont l'habitude d'être gouvernés par le pouvoir exécutif à travers le Parlement (Lidderdale, Parlement fr.,1954, p.13).
P. anal. Quatrième pouvoir. La presse et les médias audiovisuels. (Le) «quatrième pouvoir» qui aurait tendance à se substituer aux pouvoirs démocratiques traditionnels (législatif, exécutif et judiciaire) au point de se constituer en contre-pouvoir (Le Nouvel Observateur,28 août 1987, p.57).
Confusion des pouvoirs. V. confusion A 1 a.
Séparation des pouvoirs. Principe, exprimé par Montesquieu et reconnu dans la constitution de 1791, qui consiste à séparer les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire de telle manière qu'ils soient indépendants les uns des autres (d'apr. Jur. 1971). La séparation des pouvoirs postule l'indépendance du pouvoir judiciaire par rapport aux deux pouvoirs précédents, les tribunaux ne devant être subordonnés qu'à la Loi (Branc.Écon.1978).
Pouvoir politique. ,,Pouvoir exercé par ceux qui ont la charge des affaires publiques dans le cadre de la commune, du département, de la région, de l'État`` (Barr. 1974). Marx (...) a appliqué sa doctrine de lutte des classes jusque dans sa théorie du pouvoir politique et de l'État (Lénine, État et révol.,1933, p.462).
Pouvoir constituant. ,,Pouvoir qualifié pour établir et modifier la constitution`` (Jur. 1971). Une constitution sage doit fixer des époques où le peuple nommera des représentans, revêtus du pouvoir constituant, pour l'examiner et la revoir (Robesp., Discours,Contre veto, t.6, 1789, p.94).
Pouvoir réglementaire*.
Pouvoirs exceptionnels. ,,Pouvoirs renforcés reconnus au Président de la République par la constitution de 1958 (art. 16) en cas de circonstances particulièrement graves`` (Jur. 1981). Le Président de la République peut (...) recourir en période de crise à la mise en oeuvre de pouvoirs exceptionnels (article 16) (Belorgey, Gouvern. et admin. Fr.,1967, p.33).
Pouvoir personnel. C'est la confrontation extraordinaire −du pouvoir établi et du pouvoir personnel −qui s'établit (Valéry, Corresp.[avec Gide], 1898, p.338).
b) DR. ADMIN. Pouvoir discrétionnaire*; pouvoir hiérarchique (v. hiérarchique B).
Pouvoir disciplinaire (dr. admin., dr. comm., dr. du travail). ,,Compétence reconnue à une personne d'infliger des sanctions à d'autres personnes qui ont commis une faute professionnelle`` (Barr. 1974). 27 mai 1952. Les modifications les plus importantes sont les suivantes: I Les pouvoirs disciplinaires du Président et de l'Assemblée Nationale (Lidderdale, Parlement fr.,1954, p.292).
4.
a) Gouvernement, organes administratifs et p.méton. personnes exerçant une autorité politique au sein de ces organes. Pouvoir central (v. central I B 3 a ex. de Perroux), municipal. Les journaux du parti le plus avancé, ceux du gouvernement de Berne, ceux de M. Fazy, ceux du pouvoir cantonal de Vaud (Gobineau, Corresp.[avec Tocqueville], 1850, p.114).
Absol. [Paris] ne rêve que barricades, Défis au pouvoir, embuscades (Pommier, Paris,1866, p.32).Il avait dénoncé les abus, alerté les pouvoirs (Martin du G., Thib.,Épil., 1940, p.884).
Au plur. Pouvoirs constitués. Laisser aux pouvoirs constitués la faculté de perfectionner l'acte qui détermine leurs attributions et qui fixe leurs rapports réciproques (Constant, Princ. pol.,1815, p.111).Ici, vous développerez les idées de (...) soumission si nécessaire aux pouvoirs établis, que j'ai déjà exprimées dans mes précédents mandements (A. France, Orme,1897, p.6).
DR. ADMIN. Pouvoirs publics. ,,Ensemble des autorités dont la fonction consiste à imposer des règles et à donner des ordres aux citoyens`` (Barr. 1974). Les ressources amassées par les pouvoirs publics pour venir régulièrement, administrativement au secours des différentes misères (Tocqueville, Corresp.[avec Gobineau], 1843, p.61).
b) Au plur. Droits d'exercer certaines fonctions et prérogatives attachées à ces droits. Synon. attributions.Pouvoirs d'un ambassadeur, d'un préfet. Quand on lui reprocha sa perquisition illégale chez le colonel Picquart, il n'eut qu'une réponse: «Je n'ai pas excédé mes pouvoirs de magistrat» (Clemenceau, Vers réparation,1899, p.195).
II. − [Pouvoir (de qqc.)]
A. −
1. Faculté naturelle de produire un effet. La publicité possède un pouvoir très actif d'éducation de l'oeil (Civilis. écr.,1939, p.614).
2. Possibilité d'action, influence sur les personnes ou sur les choses. Pouvoir de l'argent, de l'or, des mots, des nombres, de la musique; pouvoir magique. Assis sur l'herbe ensoleillée, il regardait glisser la rivière. L'eau courante a, comme la musique, le doux pouvoir de transformer la tristesse en mélancolie (Maurois, Ariel,1923, p.9).
B. − Spécialement
1. ÉCONOMIE
Pouvoir d'achat. V. achat I C.
Pouvoir libératoire. ,,Pour une pièce de monnaie, montant maximal susceptible d'être accepté en paiement`` (Phél. 1975). Seules les monnaies à cours légal ont un pouvoir libératoire (Banque1963).
2. SC. [Suivi d'un adj. ou plus rarement d'un compl. déterm., désignant la nature, le siège ou le domaine d'application de l'effet produit] Propriété intrinsèque d'un corps, d'une substance, ou capacité d'un appareil à produire tel effet dans certaines conditions matérielles définies; en partic., propriété quantitative, rapport, coefficient. La résine éclatante, dont le pouvoir éclairant s'accrut encore par la rapidité de sa chute, illumina l'intérieur du puits (Verne, Île myst.,1874, p.166).Mais depuis quelque temps les paroles concernant Albertine, comme un poison évaporé, n'avaient plus leur pouvoir toxique (Proust, Fugit.,1922, p.602).
Pouvoir absorbant d'un milieu. ,,Aptitude du milieu à recevoir et à fixer l'énergie portée par un rayonnement`` (Laitier 1969). On peut (...) accroître (...) [le] pouvoir absorbant [des puits artésiens], en faisant détoner au fond (...) une charge de dynamite (Haton de La Goupillière, Exploitation mines,1905, p.233).
Pouvoir calorifique. ,,Quantité de chaleur que peut fournir 1 kg d'un combustible solide ou liquide ou 1 m3d'un combustible gazeux`` (Laitier 1969). L'énergie apportée par l'alcool au travail musculaire, à jeun, est inférieure à celle d'une substance alimentaire d'un pouvoir calorifique égal à l'alcool consommé (Macaigne, Précis hyg.,1911, p.265).
Pouvoir dispersif. ,,Coefficient affecté au milieu réfringent dont est constitué un prisme, caractérisant son aptitude à donner un spectre étalé`` (Laitier 1969).
Pouvoir d'échange. ,,Capacité d'un échangeur d'ions de céder un de ses ions, exprimée en équivalents électrochimiques`` (Méd. Biol. t.3 1972).
Pouvoir émissif. ,,Énergie rayonnée par un corps, par unité d'aire et par unité de temps`` (Méd. Biol. t.3 1972). [Avec des filaments de lampe à oxydes alcalino-terreux] le pouvoir émissif est énorme. On arrive à des courants de saturation (...) [élevés] par watt de chauffage (J. Mercier, Radio-électr.,t.1, 1937, p.134).
Pouvoir inducteur spécifique. ,,Constante caractérisant un isolant (ou diélectrique)`` (Laitier 1969). Synon. constante* diélectrique, (facteur de) permittivité*.[Les] opérations lentes à l'aide desquelles on détermine le pouvoir inducteur spécifique (H. Poincaré, Électr. et opt.,1901, p.164).
Pouvoir ionisant. ,,Aptitude d'un rayonnement à provoquer la naissance d'ions dans un milieu déterminé`` (Laitier 1969). Le pouvoir ionisant de chaque radiation changera avec la fréquence de cette dernière (M. de Broglie, Rayons X, 1922, p.118).
Pouvoir réflecteur*; pouvoir réfringent*; pouvoir de résolution*, résolutif* (synon. de pouvoir séparateur*); pouvoir rotatoire*; pouvoir séparateur*. Pouvoir tampon*.
BOT. Pouvoir germinatif. V. germinatif A.
BRASS. Pouvoir fermentaire, pouvoir ferment. ,,Dans le cas d'une culture de levure, le pouvoir fermentaire correspond au rapport «quantité de sucre consommé/quantité de levure produite»`` (Adr.-Leg. 1981). On désigne sous le nom de pouvoir ferment d'une levure le rapport S/L de la quantité S de sucre consommé à la quantité L de levure produite (Boullanger, Malt., brass.,1934, p.399).
PHYSIOL. Pouvoir de mensuration de l'oeil. ,,Faculté de l'oeil d'apprécier l'égalité ou l'inégalité de deux longueurs`` (Méd. Biol. t.3 1972).
MÉDECINE
Pouvoir infectieux. ,,Capacité plus ou moins grande d'un virus animal de provoquer une infection (...); capacité d'une particule (ou d'un type) de bactériophage de se reproduire lorsqu'elle est mise en présence de bactéries sensibles`` (Méd. Biol. t.3 1972).
Pouvoir pathogène. ,,Capacité d'un agent infectieux de causer la maladie chez un hôte réceptif`` (Méd. Biol. t.3 1972).
CHIM. Pouvoir solvant. Mesure du volume de diluant nécessaire pour produire un commencement de précipitation dans un collodion de nitrocellulose (ou autre) de concentration connue. Rapport du volume de diluant ajouté à celui du solvant (d'apr. Delorme 1962).
INDUSTR., TECHNOL.
Pouvoir colorant (d'une matière colorante). ,,Aptitude d'une substance colorée à communiquer à une peinture (ou à des préparations assimilées) ou à un mélange de substances colorées, une couleur voisine de sa couleur propre`` (Peint. 1978). [Dans la fabrication des couleurs] La première opération de précipitation conduit à une couleur pure (...) [d'un] pouvoir colorant (...) souvent très intense (Coffignier, Coul. et peint.,1924, p.63).
Pouvoir couvrant (d'une peinture ou d'un vernis). Propriété qu'a une peinture, un vernis de protéger une matière lorsqu'elle la revêt. On doit (...) rechercher spécialement le pouvoir couvrant [d'une peinture] par examen de la pellicule sur verre (Guillemin, Constr., calcul et essai avions,1929, p.36).
REM.
Contre-pouvoir, subst. masc.Le nouveau syndicat [polonais], même s'il se garde de se présenter comme un parti politique, s'est réservé le droit de se prononcer sur tous les chapitres décisifs de la vie nationale, et il se présente de ce fait comme un contre-pouvoir capable de conditionner et de contrôler le P-O-U-P (Parti ouvrier unifié polonais) (Le Nouvel Observateur,6 sept. 1980, p.32, col. 1).
Prononc. et Orth.: [puvwa:ʀ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist.1. a) 842 podir «faculté qui met quelqu'un en état de faire quelque chose» (Serments de Strasbourg ds Henry Chrestomathie, p.1); b) ca 1140 aveir poeir de + inf. (Geoffroy Gaimar, Hist. des Anglais, éd. A. Bell, 4088: Deu ... ki poeir ad de li garir); 2. ca 1150 être de grant poeir «être très puissant» (Wace, St Nicolas, éd. E. Ronsjö, 1227); 3. 1155 a mon pöeir «de mon mieux» (Id., Brut, éd. I. Arnold, 6402); 4. 1208 donner plein pouvoir (Villehardouin, Conquête Constantinople, éd. E. Faral, § 11, t.1, p.14); 5. 1remoit. xiiies. «empire que l'on exerce sur quelqu'un» (Livre des Macchabées, éd. E. Goerlich, I, 10, 70: Tu as poaier sur nos); 6. ca 1320 «propriété que possède une chose» (Ovide moralisé, éd. C. de Boer, livre IV, 2220); 7. a) ca 1485 pouvoir imperial (Mystère du Viel Testament, éd. J. de Rothschild, 35415); b) 1734 pouvoir législatif (Dubos, Hist. crit. etabl. Monarchie, p.40); c) 1768 pouvoir spirituel (de l'église d'Alexandrie) (Linguet, Hist. impart. des Jésuites, p.72). Inf. subst., v. pouvoir1.
STAT.Pouvoir1 et 2. Fréq. abs. littér.: 248547. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 382590, b) 297360; xxes.: a) 314623, b) 380774. Bbg. Dub. Pol. 1962, pp.382-383. _Peuple et pouvoir: ét. de lexicol. pol. Par J.-P. Beaujot, P. Conein, G. Gayot, M. Glatigny. Lille, 1981, 196 p._Pucheu (R.). Peut-on être cadre? Fr. Monde. 1972, no90, pp.42-43. _Quem. DDL t.11, 22, 26. _Vardar Soc. pol. 1973 [1970], pp.291-292.

Pouvoir : définition du Wiktionnaire

Verbe

pouvoir \pu.vwaʁ\ transitif 3e groupe (voir la conjugaison)

  1. Être capable de ; avoir la faculté de ; être en état de ; être en mesure de.
    • Un léger souffle l’avertissait de ces présences. Geisha le comparait à ces vagues vents coulis traversant certaines pièces bien closes sans qu’on puisse découvrir d’où ils viennent. — (Francis Carco, Brumes, Éditions Albin Michel, Paris, 1935, page 53)
    • Elles deux ne pouvaient passer pour des aristocrates ; au mieux pouvait-on les prendre pour des hoberelles d’une lointaine province. — (Gérard Hubert-Richou, Le Sceptre et le Venin, Boulogne-Billancourt : MA éditions, 2013, chap.L.)
    • Je ne peux plus me concentrer avec tout ce bruit. — Je n’en peux plus, je suis épuisée.
    • Il avoit cependant assez de goût pour sentir qu’on auroit pu choisir un meilleur juge, mais il prenoit la vanité satisfaite pour de la confiance. — (Madame de Genlis, Nouveau contes moraux et nouvelles historiques, Imprimerie de Crapelet, 1802, pages 1-47)
  2. Avoir la possibilité matérielle de faire quelque chose.
    • Je peux venir par le train de 8 h 17 ou celui de 9 h 43.
    • Nous n’y pouvons rien. (nous n’avons pas la capacité d’influer sur le cours des choses)
  3. Avoir la permission de faire quelque chose.
    • Parmi ces observations il en est que nous ne pourrons publier que lorsque les événements en cours, sans lesquels, d'ailleurs, nous n'eussions certainement pas vu l’embâcle de la Meuse, seront terminés. — (M. F. Kaisin jr, « Réflexions sur les phénomènes de chevauchement, à propos de l'embâcle de la Meuse en 1940 », dans les Annales de la Société scientifique de Bruxelles, vol. 60, 1940, page 8)
    • Tu peux fumer si tu le souhaites.
  4. Exprime une possibilité, un choix, qui s’offre à une personne.
    • Les négociants en ânes qui vivaient hors de chez eux à longueur de temps et étaient absents huit à neuf mois dans l'année ne pouvaient éviter d'avoir une maîtresse quelque part. — (Liu Zhenyun , En un mot comme en mille, traduit du chinois par Isabelle Bijon & Wang Jiann-Yuh, Éditions Gallimard, 2013, chap. 2)
    • Je peux appeler un médecin si tu ne te sens pas bien.
    • Dans cette affaire, nous pouvons tout nier en bloc, ou décider de faire amende honorable.
  5. (En particulier) (Ironique) Utilisé pour une proposition insultante, dans le but de faire taire, d’envoyer promener.
    • Ta facture ! Mais merde avec ta facture ! Tu peux te la rouler et te l’enquiller où je pense, ta facture !
  6. Exprime une éventualité, une probabilité, ou une hypothèse. On peut dire aussi : « Il se peut que … » (+ subjonctif).
    • Ne comptez pas sur lui, il peut partir du jour au lendemain.
    • À cette époque, il peut pleuvoir plusieurs fois par jours.
    • Si vous ne faites pas attention, vous pouvez vous faire très mal.
    • Ne t’impatiente pas ! Elle a pu être prise dans les embouteillages.
  7. (Interrogatif) Fait appel à la bonne volonté de l’interlocuteur.
    • - Peux-tu m’ouvrir ce bocal s’il te plait ? - Oui, je veux bien essayer.
  8. (Proverbial) Définit un souhait, un désir.
    • Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait ! Si la jeunesse avait de l’expérience et que la vieillesse eût de la force !
  9. (Transitif) S’emploie au subjonctif présent par une manière de vœu, de souhait.
    • Puissé-je ne pas en arriver là !
    • Puisse le ciel vous donner de longs jours !
    • Puissiez-vous réussir dans vos projets !
    • Puissent vos projets réussir !
    • Puisse-t-il arriver bientôt !
  10. (Intransitif) Se dit encore pour marquer la possibilité de quelque événement, de quelque dessein.
    • Un accident pourrait arriver.
    • Cela se peut faire.
    • Cela pourrait bien être.
    • Cela se peut.
    • Cela ne se peut pas.
    • Il pourrait bien en mourir.
    1. (Impersonnel) Employé soit seul, soit avec le pronom se, dans cette acception.
      • Il se peut que votre projet réussisse.
      • Il pourra venir un temps meilleur.
      • Il pourra, il pourrait arriver que… Il se pourrait que…
  11. (Transitif) Avoir l’autorité, le crédit, le moyen, la faculté, etc., de faire.
    • Vous pouvez tout sur lui, sur son esprit.
    • Si je puis quelque chose pour votre service, je m’y emploierai avec joie.
    • C’est un homme qui peut beaucoup dans l’affaire dont il s’agit.
    • Je ne puis rien en cela.
    • Il peut tout ce qu’il veut.
    • Je ne puis pas y aller.
  12. On ne peut plus, on ne peut mieux, Il n’est pas possible de faire ou d’être plus, de faire ou d’être mieux.
    • Il est on ne peut plus aimable.
    • Il s’y conduisit on ne peut mieux.
    • N’en pouvoir plus, N’en plus pouvoir, être dans un accablement causé soit par la vieillesse, soit par la maladie, soit par la fatigue, le travail, la faim, la soif, ou encore par la souffrance morale, l’inquiétude, le chagrin.
    • Je n’en puis plus.
    • Il est fatigué à n’en pouvoir plus.
    • Il est accablé de travail, il n’en peut plus.
    • Je n’en puis plus de soif, de lassitude.
    • Quand il est arrivé chez lui, il n’en pouvait plus.
    • J’ai trop souffert, je n’en puis plus.
    • Après tout ce qu’il a enduré, il n’en peut plus.
    • Ce cheval n’en peut plus.

Nom commun

pouvoir \pu.vwaʁ\ masculin

  1. Capacité à produire un effet.
    • Leur pouvoir était illimité ; ils guérissaient les malades abandonnés des médecins, rendaient fécondes les terres stériles, arrêtaient les épidémies de bestiaux, mais ils n’étaient point toujours d’humeur à ces sorcelleries bienfaisantes, et, plus volontiers, ils se servaient de leur puissance magique pour tourmenter les hommes et les bêtes. — (Octave Mirbeau, Rabalan,)
  2. Capacité à commander, à contraindre, à imposer sa volonté.
    • Dans une société primitive, celui que nous prendrions pour un chef est un porte-parole : il n’a pas de pouvoir.
  3. Capacité légale (de faire une chose) ; (par extension) mandat.
  4. (Politique) Puissance publique, autorité, droit de commander.
    • La tentation d’être un chef juste et humain est naturelle dans un homme instruit ; mais il faut savoir que le pouvoir change profondément celui qui l’exerce ; et cela ne tient pas seulement à une contagion de société ; la raison en est dans les nécessités du commandement, qui sont inflexibles. — (Alain, Souvenirs de guerre, page 235, Hartmann, 1937)
    • La faiblesse du califat permit aux gouverneurs de provinces et autres satrapes d’usurper le pouvoir et de fonder ainsi, à leur gré, des dynasties de courte ou de longue durée. — (Panayiotis Jerasimof Vatikiotis, L’Islam et l’État, 1987, traduction d’Odette Guitard, 1992)
    • Cette transformation générale de la société ne se fera pas par la prise du pouvoir d’État par une majorité de gauche ; elle suppose une myriade de luttes locales et globales. — (Jean-Paul Russier, Plutôt Proudhon que Marx, 2005)
    • Haï, Épicure le fut et le sera parce qu’il est un des héros de l’humanité. […]. Et si, à sa suite, l’ensemble de l’épicurisme fut maudit, et calomnié comme libertinage dévergondé, c’est parce qu’il guérit de la peur dont tout pouvoir, religieux ou politique, a besoin ! — (Robert Redeker, Les épicuriens, professeurs de liberté, dans Marianne du 5 au 11 février 2011, page 72-73)
  5. (Par métonymie) Les personnes mêmes qui sont investies du pouvoir, de l’autorité politique.
    • Tous les admirateurs de l’écrivain se souviennent également des difficultés inénarrables qu’il connut avec le Pouvoir algérien lorsqu’il tenta cette longue et difficile expérience de théâtre populaire en arabe algérien. — (Jacqueline Arnaud, Actualité de Kateb Yacine, L’Harmattan, 1993, page 7)
    • Le pouvoir assure en avoir fini avec l’arrogance des débuts. — (Olivier Faye, « Macron aborde avec prudence une rentrée à risques ». Le Monde n° 23205, 20 août 2019, page 8. Note : cette phrase se retrouve sur la version en ligne, dans une formulation légèrement différente (« Le pouvoir assure avoir tiré un trait sur l’arrogance des débuts, et privilégier désormais le dialogue. »), en chapeau de l’article, à la place du chapeau de la version imprimée.)
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Pouvoir : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

POUVOIR. (Je puis ou je peux, tu peux, il peut; nous pouvons, vous pouvez, ils peuvent. Je pouvais. Je pus, tu pus, il put; nous pûmes, vous pûtes, ils purent. J'ai pu. Je pourrai. Je pourrais. Que je puisse. Que je pusse. Que j'eusse pu. Pouvant.) v. intr.
Avoir la faculté, être en état de. Pouvoir marcher. Je pourrais sortir. Je ne puis vous répondre. Je ne peux pas dormir. Il n'a pu réussir dans cette affaire. Quand le pronom je doit suivre le verbe, on préfère puis à peux. Puis-je vous être utile? Sauve qui peut, Se sauve qui pourra, se tire du péril qui pourra. Le cri de sauve qui peut se fit entendre. Prov., Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait! Si la jeunesse avait de l'expérience et que la vieillesse eût de la force!

POUVOIR s'emploie au subjonctif présent par une manière de vœu, de souhait. Puisse le ciel vous donner de longs jours! Puissiez-vous réussir dans vos projets! Puissent vos projets réussir! Puisse-t-il arriver bientôt!

POUVOIR se dit encore pour marquer la possibilité de quelque événement, de quelque dessein. Un accident pourrait arriver. Cela se peut faire. Cela pourrait bien être. Cela se peut. Cela ne se peut pas. Il pourrait bien en mourir. Il s'emploie impersonnellement soit seul, soit avec le pronom Se, dans cette acception. Il se peut que votre projet réussisse. Il pourra venir un temps meilleur. Il pourra, il pourrait arriver que... Il se pourrait que... Peut-être. Voyez cette expression à son rang alphabétique.

POUVOIR s'emploie aussi transitivement et signifie Avoir l'autorité, le crédit, le moyen, la faculté, etc., de faire. Vous pouvez tout sur lui, sur son esprit. Si je puis quelque chose pour votre service, je m'y emploierai avec joie. C'est un homme qui peut beaucoup dans l'affaire dont il s'agit. Je ne puis rien en cela. Il peut tout ce qu'il veut. Je ne puis pas y aller. On ne peut plus, on ne peut mieux, Il n'est pas possible de faire ou d'être plus, de faire ou d'être mieux. Il est on ne peut plus aimable. Il s'y conduisit on ne peut mieux. N'en pouvoir plus, N'en plus pouvoir, Être dans un accablement causé soit par la vieillesse, soit par la maladie, soit par la fatigue, le travail, la faim, la soif, ou encore par la souffrance morale, l'inquiétude, le chagrin. Je n'en puis plus. Il est fatigué à n'en pouvoir plus. Il est accablé de travail, il n'en peut plus. Je n'en puis plus de soif, de lassitude. Quand il est arrivé chez lui, il n'en pouvait plus. J'ai trop souffert, je n'en puis plus. Après tout ce qu'il a enduré, il n'en peut plus. Ce cheval n'en peut plus. N'en pouvoir mais, Ne pouvoir plus ou N'y rien pouvoir. Je suis désolé de ce qui arrive : je n'en peux mais, je n'en puis mais.

Pouvoir : définition du Littré (1872-1877)

POUVOIR (pou-voir) je peux ou je puis, tu peux, il peut, nous pouvons, vous pouvez, ils peuvent ; je pouvais ; je pus, nous pûmes, vous pûtes, ils purent ; je pourrai ; je pourrais ; point d'impératif ; que je puisse, que nous puissions ; que je pusse, qu'il pût, que nous pussions ; pouvant ; pu ; quand le pronom je suit le verbe, on dit mieux puis-je que peux-je : Puis-je vous être utile ? v. n.
  • 1Avoir la faculté de, être en état de. Chimène : Va, je ne te hais point. - Rodrigue : Tu le dois. - Chimène : Je ne puis, Corneille, Cid, III, 4. Et quand je vous demande après quel est cet homme [à qui vous venez de faire tant d'amitiés], à peine pouvez-vous dire comme il se nomme, Molière, Mis. I, 1. Il faut bien… Répondre comme on peut à ses empressements, Molière, ib. I, 1. Je me vois dans l'estime autant qu'on y peut être, Fort aimé du beau sexe, et bien auprès du maître ; Je crois qu'avec cela, mon cher marquis, je croi Qu'on peut par tout pays être content de soi, Molière, ib. III, 1. Sans songer où je vais, je me sauve où je puis, Boileau, Sat. VI. Par quel gage éclatant et digne d'un grand roi Puis-je récompenser le mérite et la foi ? Racine, Esth. II, 5. Dans leur sang odieux [des Romains] j'ai pu tremper mes mains, Racine, Mithr. V, 1. L'on peut s'enrichir dans quelque art, ou dans quelque commerce que ce soit, par l'ostentation d'une certaine probité, La Bruyère, VI. Gouverne qui peut ; et, quand on est parvenu à être le maître, on gouverne comme on peut, Voltaire, Dict. phil. Gouvernement.

    Elliptiquement, après un verbe à l'impératif : qui peut, celui qui peut. Sauve qui peut ! se tire du péril qui pourra !

    On dit par une construction analogue : le fera qui pourra, c'est-à-dire celui qui pourra le faire le fera. Je ne m'ennuierai point pour ma chère moitié ; Aimera qui pourra, Gresset, le Méch. II, 1.

    On ne peut être… on ne peut faire… il est impossible d'être… de faire… On ne pouvait pas avoir été plus mal pendu que je l'avais été, Voltaire, Candide, 28.

    Au tric-trac, jan qui ne peut (voy. JAN 1).

    Je ne puis qu'y faire, je n'ai aucun moyen d'empêcher la chose dont il s'agit. Je vois bien que j'ai tort, mais je n'y puis que faire, Molière, Femm. sav. v, 1.

  • 2Ne pouvoir pas que… ne…, ou ne pouvoir que… ne… (avec le subjonctif), être dans l'impossibilité de ne pas… Je ne puis, monseigneur, qu'au milieu de mes maux je ne m'estime fort heureux, Guez de Balzac, liv. I, lett. 4. Je ne puis, cher ami, qu'avec toi je ne rie Des subtiles raisons de sa poltronnerie, Corneille, la Suiv. IV, 6. Vous ne pouvez pas que vous n'ayez raison, Molière, l'Av. I, 7. Je ne puis, ma bonne, que je ne sois en peine de vous, quand je songe…, Sévigné, 12 fév. 1672. Je ne puis que je n'admire cette modestie, Bossuet, Cornet. Je ne puis cette fois que je ne les excuse, Boileau, Sat. X.

    Ne pouvoir que ne, avec un nom de chose pour sujet, ne pouvoir point ne pas. Ce reproche vraiment ne peut qu'il ne m'étonne, Corneille, Suiv. II, 11. La nouvelle ne put qu'elle ne causât quelque mouvement dans la faculté de théologie, Auteurs déguisés, p. 63.

  • 3En parlant des choses, être capable de. Si la réputation et la vertu pouvaient dispenser de la loi commune, l'illustre Julie vivrait encore, Fléchier, Mme de Mont. Plus le prince [fils de Louis XIV] qu'il gouvernait avait de bonté et de docilité naturelle, plus il éloignait tout ce qui pouvait le corrompre, Fléchier, Duc de Mont. L'honneur seul peut flatter un esprit généreux, Racine, Esth II, 5. Rien ne peut prospérer sur des terres ingrates, Racine L. la Grâce, I. Le vrai est comme il peut, et n'a de mérite que d'être ce qu'il est, Staal, Mém. t. I, p. 55. Tu sais qu'un mot de moi peut donner le trépas, Delavigne, Mar. Faliero, I, 8.
  • 4Avoir la permission, la liberté de. Puis-je me plaindre a vous d'un retour inégal…, Corneille, Sertor. IV, 2. Cependant aujourd'hui puis-je vous demander Quels amis vous avez prêts à vous seconder ? Racine, Athal. I, 2.
  • 5Souvent il exprime le doute, la possibilité.

    Avec un nom de personne pour sujet. Non, non, ce cher objet à qui j'ai pu déplaire, Corneille, Cid, III, 1. On pouvait le prévenir, mais on ne pouvait le corrompre, Fléchier, Duc de Mont. Pourriez-vous n'être plus ce superbe Hippolyte, Implacable ennemi des amoureuses lois…, Racine, Phèdre, I, 1. Oenone, il peut quitter cet orgueil qui te blesse, Racine, Phèdre, III, 1. Il rit de cette perfidie [enlever une maîtresse à un autre], Et j'aurais pu m'en courroucer ; Mais je sais qu'il faut se passer Des bagatelles dans la vie, Voltaire, Ép. XIX. Pouvant mourir dans peu d'instants, il ne disait pas un mot qui fût religieux ni sensible, Staël, Corinne, XII, 2.

    Avec un nom de chose pour sujet. Quelque juste pourtant que puisse être sa peine, Corneille, Cid, II, 8. Sganarelle : J'ai une grande inclination pour la fille. - Marphurius : Cela peut être, Molière, Mar. forcé, 8. Le traité de Versailles qui durera ce qu'il pourra, Diderot, Salon de 1765, Œuv. t. XIII, p. 27, dans POUGENS.

    Il se dit aussi impersonnellement en ce sens. Il pourra venir un temps meilleur. Il en sera ce qu'il pourra, Molière, Mar. forcé, 8. Tout allait comme il pouvait, Bossuet, Hist. III, 5. Il ne peut y avoir de mœurs, il ne peut point y avoir de bonne éducation, partout où c'est l'argent et non le talent qui conduit aux grandes places, D'Holbach, Essai préj. dans DUMARSAIS, Œuv. t. VI, p. 79.

    Il peut être midi, c'est-à-dire il est probable qu'il est midi. Il pouvait être dix heures : je venais d'éteindre ma lampe et de me coucher, Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virg.

  • 6Se résoudre à. Et je puis dans son sein enfoncer un poignard ! Corneille, Cinna, III, 2. Et qui peut immoler sa haine à sa patrie, Lui pourrait bien aussi sacrifier sa vie, Racine, Théb. III, 6. Lui qui me fut si cher, et qui m'a pu trahir ! Racine, Andr. II, 1. Tyrans que j'ai vaincus, je pourrais vous servir ! Peuples que j'ai sauvés, je pourrais vous trahir ! Voltaire, Brutus, III, 7.
  • 7Cette salle est grande, il y peut cent personnes, il y a place pour cent personnes. On se sert de ce verbe d'une façon bien étrange, qui néanmoins est si ordinaire à la cour, qu'il est certain qu'elle est très française ; on dit en parlant d'une table ou d'un carrosse : il y peut huit personnes, pour dire il y a place pour huit personnes, ou il y peut tenir huit personnes, Vaugelas, Rem. p. 163 (éd. 1704).
  • 8Au subjonctif, il sert à exprimer un vœu, un souhait ; alors il se met en tête de la phrase, avec son sujet après lui. Puissent tous ses voisins [de Rome] ensemble conjurés Saper ses fondements encor mal assurés… Puissé-je de mes yeux y voir tomber ce foudre…, Corneille, Hor, IV, 5. Vos yeux me reverront dans Oreste mon frère ; Puisse-t-il être, hélas ! moins funeste à sa mère ! Racine, Iphig. v, 3. Puisse périr comme eux quiconque leur ressemble ! Racine, Athal. IV, 2.

    Avec un nom exprimé avant le verbe, il faut ajouter après le verbe un pronom. Les dieux de ce dessein puissent-ils le distraire ! Racine, Brit. IV, 4.

  • 9Le se peut se placer devant pouvoir, sans que pouvoir soit pour cela verbe réfléchi ; se appartient alors au verbe à l'infinitif qui suit : Il se peut faire, pour il peut se faire. Mais ce champ ne se peut tellement moissonner, Que les derniers venus n'y trouvent à glaner, La Fontaine, Fabl. III, 1. Partout où se pouvait étendre son pouvoir, l'oppression et l'injustice n'étaient pas libres, Fléchier, Duc de Mont.

    Dans ce cas, pouvoir se conjugue comme les verbes réfléchis, c'est-à-dire avec le verbe être. Je ne voulus point commencer à rejeter tout à fait aucune des opinions qui s'étaient pu glisser autrefois en ma créance sans y avoir été introduites par la raison, Deschamps, Méth. II, 5. Je m'imagine que tu ne t'es pu empêcher de rire, Perrot D'Ablancourt, Lucien, Défense du discours sur ceux qui servent les grands. Un embarras qui a continué et qui ne s'est pu débrouiller, Pascal, dans COUSIN.

  • 10 V. a. Avoir l'autorité, le crédit, le moyen, etc. Sachant ce que vous pouvez… je ne me mets plus en peine de mon intérêt, Guez de Balzac, liv. I, lett. 2. Sous lui [Louis XIV], la France a appris à se connaître.. . si les Français peuvent tout, c'est que leur rot est partout leur capitaine, Bossuet, Mar.-Thér. J'ai vengé l'univers autant que je l'ai pu, Racine, Mithr. v, 5. Vous pouvez sur Pyrrhus ce que j'ai pu sur lui [Hector], Racine, Andr. III, 4. Que peuvent contre lui [Dieu] tous les rois de la terre ? Racine, Esth. I, 3. Je lui demandai en quoi consistait l'autorité du roi, et il me répondit : il peut tout sur les peuples ; mais les lois peuvent tout sur lui, Fénelon, Tél. v. Peut-être ne ferait-on pas tout ce qu'on peut, sans l'espérance de faire plus qu'on ne pourra, Fontenelle, Dodart. Lorsqu'on ne peut, monsieur, faire ce que l'on veut, Il faudrait essayer à vouloir ce qu'on peut, Baron, Andrienne, II, 1. L'homme ne peut rien sur le produit de la création ; il ne peut rien sur les mouvements des corps célestes, sur les révolutions de ce globe qu'il habite ; il ne peut rien sur les animaux, les végétaux, les minéraux en général ; il ne peut que sur les individus, Buffon, Quadrup. t. I, p. 5. Ils raisonnent comme s'ils ne pouvaient rien ; ils agissent comme s'ils pouvaient tout, Barthélemy, Anach. ch. 71.

    Absolument. Lui seul pouvait pour soi, cédez alors qu'il tombe, Corneille, Pomp. I, 1. Adieu, madame, adieu, je n'ai pu davantage, Corneille, Héracl. III, 2.

  • 11Il se dit, en un sens analogue, des choses qui exercent une action. Ce que n'a pu jamais combat, siége, embuscade, Ce que n'a pu jamais Aragon, ni Grenade, Corneille, Cid, II, 9. Essayez sur Cinna ce que peut la clémence, Corneille, Cinna, IV, 4. La violence et la vérité ne peuvent rien l'une sur l'autre, Pascal, Prov. XI. La fortune ne pouvait rien sur elle : ni les maux qu'elle a prévus, ni ceux qui l'ont surprise, n'ont abattu son courage, Bossuet, Reine d'Anglet. Mais que peuvent pour lui vos inutiles soins ? Racine, Athal. v, 2. On ne saurait comprendre ce que peut sur les esprits une parole, un air de bonté, un regard du général, dans un jour d'action, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. IV, p. 154, dans POUGENS.
  • 12On ne peut rien de plus habile, de plus plaisant, etc. que…, c'est-à-dire on ne peut faire, on ne peut dire rien de plus… On ne peut rien de plus plaisant que ce que vous dites, Sévigné, 288. On ne peut rien de plus joli que toutes vos imaginations, Sévigné, 14 oct. 1694. On ne peut certainement rien de plus fort que ce que dit Votre Altesse Royale pour prouver la nécessité absolue, Voltaire, Lett. Pr. roy. de Pr. 23 janv. 1738. On ne peut rien de plus précis, pour prouver l'innocence naturelle de l'homme, Bernardin de Saint-Pierre, Chaum. ind. Préamb.
  • 13Les mots beaucoup, peu, plus moins, construits avec pouvoir, doivent être considérés comme les régimes directs de ce verbe, qui reste actif. Pouvant beaucoup sur l'esprit du roi comme vous pouvez, Guez de Balzac, liv. IV, lett. 18. Commençant dès lors à ne compter pour rien les miennes propres [opinions], à cause que je les voulais remettre toutes à l'examen, j'étais assuré de ne pouvoir mieux que de suivre celle des mieux sensés, Descartes, Méth. III, 2. Mais sur le grand César je puis fort peu de chose, Corneille, Pomp. IV, 2. Et l'État qu'il soutient ne pouvait moins pour lui, Voltaire, Tancr. I, 1.

    On ne peut plus, on ne peut mieux, c'est-à-dire il n'est pas possible de faire plus, de faire mieux. Vous voilà on ne peut pas mieux, ajouta-t-elle en me prenant par la main pour me faire asseoir, Marivaux, Pays. parv. part. IV. Les métaphysiciens plagiaires sont on ne peut pas plus communs, Condillac, Art de pens. I, 6.

  • 14N'en pouvoir plus, être fatigué, abattu, sans force. Donnez, je vous prie, du pain à ceux qui sont avec moi, parce qu'ils n'en peuvent plus, Sacy, Bible, Juges, VIII, 5. Enfin, n'en pouvant plus d'effort et de douleur, Il met bas son fagot, La Fontaine, Fabl. I, 16. J'ai le cœur serré à n'en pouvoir plus, quand je suis dans cette grande chambre où j'ai tant vu ma très chère et très aimable enfant, Sévigné, 182. L'empire d'Occident n'en pouvait plus, Bossuet, Hist. I, 11. Ce pauvre garçon n'en pouvait plus d'amour pour elle, Hamilton, Gramm. 10. L'horreur pour le fanatisme s'introduit dans tous les esprits éclairés… je ne suis plus bon à rien ; je suis comme ce Danois qui, étant las de tuer à la bataille d'Hochstett, disait à un Anglais : brave Anglais, va-t'en tuer le reste, car je n'en puis plus, Voltaire, Lett. Saurin, 28 févr. 1764. Candide, n'en pouvant plus [il passait par les verges], demanda en grâce qu'on voulût bien avoir la bonté de lui casser la tête, Voltaire, Cand. 2. Vous n'en pouvez plus, lui dit-il [Charles XII], mon cher Reichel ; j'ai dormi une heure, je suis frais…, Voltaire, Russie, II, 6.

    N'en pouvant plus que… avec le verbe au subjonctif, impatient de… À peine tenait-elle à terre, n'en pouvant plus qu'elle ne fût seule pour donner un libre cours à sa joie, La Fontaine, Psyché. II, p. 150.

    Il n'en peut mais, ce n'est pas sa faute (dans cette locution, mais représente le latin magis). Le malheureux lion se déchire lui-même, … Bat l'air qui n'en peut mais, La Fontaine, Fabl. II, 9. Sur la tentation ai-je quelque crédit, Et puis-je mais, chétif, si le cœur leur en dit ? Molière, Dép. am. v, 3. Faut-il de vos chagrins sans cesse à moi vous prendre, Et puis-je mais des soins qu'on ne va pas vous rendre ? Molière, Mis. III, 5.

    Tel en pâtit qui n'en peut mais, c'est-à-dire on porte la peine de ce dont on n'est point cause.

  • 15Se pouvoir, v. réfl. Être possible (mot à mot, être pu ; c'est le réfléchi de pouvoir, actif). Avez-vous donc espéré de faire l'impossible, que vous n'êtes pas satisfait d'avoir fait tout ce qui s'est pu ? Voiture, Lett. 89. Je ne sais pas si cela se peut ; mais je sais bien que cela est, Molière, Am. méd. II, 2.

    Impersonnellement. Le pauvre : [Mon occupation est] de prier le ciel tout le jour pour la prospérité des gens de bien qui me donnent quelque chose. - D. Juan : Il ne se peut donc pas que tu ne sois bien à ton aise ? Molière, D. Juan, III, 2. Il ne se peut rien de plus beau, Molière, Am. magn. III, 1. On ne saurait assez louer tout ce qu'a dit et fait Monsieur le Prince [Condé] jusqu'au dernier moment, et sa mort est, s'il se peut, plus belle que sa vie, Dangeau, I, 427, 11 déc. 1686. Se peut-il que Renaud tienne Armide asservie ? Quinault, Arm. III, 1. Il peut haïr les hommes en général, où il y a si peu de vertu ; mais il excuse les particuliers… et il s'étudie à mériter le moins qu'il se peut une pareille indulgence, La Bruyère, XI. Il se peut que la vue de toutes ces étoiles favorise la rêverie, Fontenelle, Mondes, 1er soir.

    Tout ce qui se peut, autant qu'il est possible. Les sociniens étaient ignorants, tout ce qui se peut, dans la connaissance des Pères, Bayle, Lett. à Marais, 2 oct. 1698.

  • 16L'infinitif pris substantivement. Une action que nous faisons … doit encore venir immédiatement de Dieu, qui étant, comme premier être, cause immédiate de tout être, comme premier agissant doit être cause de toute action ; tellement qu'il fait en nous l'agir même, comme il y fait le pouvoir agir, Bossuet, Libre arb. 8.

PROVERBES

Qui ne prend le bien quand il peut, ne le trouve pas quand il veut, c'est-à-dire celui qui laisse échapper une bonne occasion d'obtenir ce qu'il désire, la retrouve rarement.

Qui peut plus peut moins, celui qui peut le plus peut pour cela même le moins.

REMARQUE

On dit : je ne puis et je ne puis pas. Dans le premier exemple la négative est moins forte. Je ne puis suppose des embarras, des difficultés, des inconvénients. Je ne puis pas, exprime une impossibilité absolue.

HISTORIQUE

IXe s. In quant Deus savir et podir me dunat [me donne de savoir et de pouvoir], Serment. Si io returnar non l'int pois [si je ne puis l'en détourner], ib.

Xe s. Ne ule cose non la pouret omque pleier [fléchir], Eulalie. E repausar se podist, Fragm. de Valenc. p 468. Que lo posciomes [que nous le puissions], ib. p. 469.

XIe s. Ne poet estre altre, turnent el consirrer [à faire ce qui est dit] ; Mais la dolur ne pothent ublier, St Alexis, XXXII. Respond Rolans : j'i puis aler mult bien, Ch. de Rol. XVIII. Si come il pout [put], du pin est avalet, ib. LXXIX. Souz ciel n'a [il n'y a] gent qui plus poissent en champ [de bataille], ib. CCXVIII. Onze millie chevaliers [ils] poent estre, ib. CCXX. Il ne poet estre [il est impossible] qu'il seient desevrez, ib. CCLXXXVI.

XIIe s. [Amour] Me fait chanter de la plus debonaire Qu'on puist au mont [monde] ne vouer ne trouver, Couci, II. Diex ! car [je] le [la] peüsse tenir Un seul jour à ma volenté ! ib. III. Par nule raison dewerpir [abandonner] ceu [ce] où li primier puyent [peuvent] mettre lor mains, Saint Bernard, 521.

XIIIe s. C'est grant enfance kant li hons [l'homme] ne set refraindre son couraige ; qui plus peut, plus deit soufrir, Proverbes de Seneke le philos. Ceste gent ne puent plus paier, Villehardouin, XXXVIII. Chose que on me puist [puisse] à mal blasme atourner, Berte, III. Aliste, se je puis très bien [je] marierai, ib. VII. Ainsi [ils] l'ont devisé, Diex les puisse honnir, ib. XII. Li veneor les chiens atice, Et amoneste durement ; Et Ysengrin bien se deffent ; As denz les mort ; qu'en puet-il mès ? Ren. 1227. Il fu jugié que noz, de nostre of. fice…, poyons et devions tenir les parties emprisonées, Beaumanoir, LX, 18. Et c'est bien resons que cil qui a esté à mon conseil ou avocat en me [ma] querele, ne puist puis estre contre moi de celle meisme querele, Beaumanoir, V, 4.

XIVe s. De grises nonains à vous plaindre Nous vencns, qui passer nous vuelent, Et se painent quank'eles puelent, Jean de Condé, t. III, p. 21.

XVe s. Car bien savoit [le comte de Flandre] que il les [les Gantois] avoit si avant menés que ils n'en pouvoient plus, Froissart, II, II, 150. Si manda par des herauts au duc de Normandie son cousin, que bataille se put faire entre eux, Froissart, I, I, 118. Une bastide de gros merriens à maniere d'une recueillette, où bien pouvoient mille hommes, Froissart, II, II, 67. Et avoient fait charpenter un engin, auquel avoit trois estages, et en chascun estage pouvoient vingt arbalestriers, Froissart, II, III, 2. Et estoit l'intention [du roi de France] que [ses gens] se delivrassent de prendre Evreux, ou de l'avoir par composition au plutost que ils pouvissent, Froissart, II, II, 30. Quand ils furent tous assemblés à St-Quentin… ils regarderent quel nombre de gens ils pouvoient estre ; si trouverent qu'ils estoient bien six mille armures de fer…, Froissart, I, I, 109. Riens ne se puet comparer à Paris ; C'est la cité sur toutes couronnée, Deschamps, S. les beautés de Paris. Et laissa de ses gens dedens pour garder que ceux du chastel ne peusissent saillir, Fenin, 1415. Et pour ce que il luy sembloit que il n'en pouvoit assez faire, ne prenoit aussi comme point de repos, Bouciq. I, 16. Et jamais n'en estoit peu venir à bout, Commines, IV, 5.

XVIe s. Transportezvous vers luy… pourra estre que de luy aurez ce que pretendez, Rabelais, Pant. III, 21. Si eschapper te puis en bonne sorte, Rien ne m'escrips, mais toi mesmes apporte Cette faconde et eloquente bouche, Rabelais, Ép. à Bouchet. Peusse-je au moins d'un pinceau plus agile De ces palais les portraits façonner ! Du Bellay, J. VI, 58, verso. J'ay grande pitié de toy, veu que, n'estant point prisonniere, tu puis endurer un si meschant homme que Alexandre, Amyot, Pélop. 52. Que desormais autant en puisse il prendre à qui voudra telle chose entreprendre, Amyot, Gracques, 31. …Se pourroit-il bien faire Qu'elle pensast, parlast, ou se souvinst de moy ? Ronsard, 237. Je ne me suis peu garder d'envoyer ce porteur pour sçavoir de vos nouvelles, Marguerite de Navarre, Lett. 95. Ce desplaisir se peult signifier par larmes, les autres surpassant tout moyen de se pouvoir exprimer, Montaigne, I, 7. Il se pouvoit vanter d'estre…, Montaigne, I, 91. Ce sexe n'y est encores pu arriver, Montaigne, I, 210. Sa façon externe pouvoit n'estre pas [n'était peut-être pas] civilisée à la courtisane, Montaigne, I, 147. Autant d'hommes qu'il en pourroit en une telle espace, Montaigne, I, 247. Si aggravé de… que nature n'en pouvoit plus, Montaigne, I, 341. Contre fortune nul ne peut, Cotgrave Qui mieux ne peut à sa vieille retourne, Cotgrave

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

1. POUVOIR. - REM. Ajoutez :

2. Dans le XVIe s. et au commencement du XVIIe, on écrivait peu ce que nous écrivons pu. Régnier l'a fait rimer avec feu : Es cendres d'Alexis amour nourrit le feu Que jamais par mes pleurs éteindre je n'ai peu, Dial. Était-ce une rime pour les yeux, ou prononçait-on en effet peu ?

3. La tournure : il s'est pu faire, vieillit ; et au n° 10 je n'en cite d'exemples que pris chez des écrivains du XVIIe siècle. En voici un du XVIIIe : Quiconque s'est pu livrer aux superstitions, Voltaire, Exam. important de milord Bolingbroke, ch. XXIII. Elle n'est donc pas tombée en désuétude ; et on peut s'en servir.

4. Par un gallicisme singulier, mais reçu, on dit : il peut tant de personnes à cette table ; il peut tant de linge en cette armoire. Mais c'est une faute de dire : tant de personnes peuvent à cette table, tant de linge peut en cette armoire. Cette faute ou, si l'on veut, ce provincialisme se rencontre souvent dans la bouche des Normands.

5. Voltaire a dit : Peut-être, en vous parlant ainsi, C'est vous donner trop de louanges ; Mais il se pourrait bien aussi Que je fais trop d'honneur aux anges, Stances, III. Que je fais ou que je fasse ? cela dépend de l'intention de celui qui parle. L'indicatif est plus affirmatif que ne serait le subjonctif.

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Pouvoir : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

POUVOIR, s. m. (Droit nat. & politiq.) le consentement des hommes réunis en société, est le fondement du pouvoir. Celui qui ne s’est établi que par la force, ne peut subsister que par la force ; jamais elle ne peut conférer de titre, & les peuples conservent toujours le droit de réclamer contre elle. En établissant les sociétés, les hommes n’ont renoncé à une portion de l’indépendance dans laquelle la nature les a fait naître, que pour s’assurer les avantages qui résultent de leur soumission à une autorité légitime & raisonnable ; ils n’ont jamais prétendu se livrer sans réserve à des maîtres arbitraires, ni donner les mains à la tyrannie & à l’opression, ni conférer à d’autres le droit de les rendre malheureux.

Le but de tout gouvernement, est le bien de la société gouvernée. Pour prévenir l’anarchie, pour faire exécuter les lois, pour protéger les peuples, pour soutenir les foibles contre les entreprises des plus forts, il a fallu que chaque société établît des souverains qui fussent revêtus d’un pouvoir suffisant pour remplir tous ces objets. L’impossibilité de prévoir toutes les circonstances où la société se trouveroit, a déterminé les peuples à donner plus ou moins d’étendue au pouvoir qu’ils accordoient à ceux qu’ils chargeoient du soin de les gouverner. Plusieurs nations jalouses de leur liberté & de leurs droits, ont mis des bornes à ce pouvoir ; cependant elles ont senti qu’il étoit souvent nécessaire de ne point lui donner des limites trop étroites. C’est ainsi que les Romains, au tems de la république, nommoient un dictateur dont le pouvoir étoit aussi étendu que celui du monarque le plus absolu. Dans quelques états monarchiques le pouvoir du souverain est limité par les lois de l’état, qui lui fixent des bornes qu’il ne lui est pas permis d’enfreindre ; c’est ainsi qu’en Angleterre le pouvoir législatif réside dans le roi & dans les deux chambres du parlement. Dans d’autres pays les monarques exercent, du consentement des peuples, un pouvoir absolu, mais il est toujours subordonné aux lois fondamentales de l’état, qui font la sureté réciproque du souverain & des sujets.

Quelque illimité que soit le pouvoir dont jouissent les souverains, il ne leur permet jamais de violer les lois, d’opprimer les peuples, de fouler aux piés la raison & l’équité. Il y a un siecle que le Danemarck a fourni l’exemple inoui d’un peuple, qui par un acte authentique, a conféré un pouvoir sans bornes à son souverain. Les Danois fatigués de la tyrannie des nobles, prirent le parti de se livrer sans réserve, & pour-ainsi-dire piés & poings liés, à la merci de Fréderic III. un pareil acte ne peut être regardé que comme l’effet du desespoir. Les rois qui ont gouverné ce peuple n’ont point paru jusqu’ici s’en prévaloir ; ils ont mieux aimé regner avec les lois que d’exercer le despotisme destructeur auquel la démarche de leurs sujets sembloit les autoriser. Nunquam satis fida potentia ubi nimia.

Le cardinal de Retz, en parlant d’Henri IV. dit qu’il ne se défioit pas des lois, parce qu’il se fioit en lui-même. Les bons princes savent qu’ils ne sont dépositaires du pouvoir que pour le bonheur de l’état. Loin de vouloir l’étendre, souvent ils ont eux-mêmes cherché à y mettre des bornes, par la crainte de l’abus que pourroient en faire des successeurs moins vertueux : ea demùm tuta est potentia quæ viribus suis modum imponit. Val. Max. Les Titus, les Trajan, les Antonin ont usé du pouvoir pour le bonheur des humains : les Tibere, les Néron en ont abusé pour le malheur de l’univers. Voyez Souverains.

Pouvoir paternel, (Droit nat. & civ.) droit & jurisdiction d’un pere & d’une mere sur leurs enfans.

Quoique ce mot pouvoir paternel semble constituer tout le pouvoir sur les enfans dans la personne des peres, cependant si nous consultons la raison, nous trouverons que les meres ont un droit & un pouvoir égal à celui des peres ; car les obligations imposées aux enfans tirent semblablement leur origine de la mere comme du pere, puisqu’ils ont également concouru à les mettre au monde. Aussi les lois positives de Dieu touchant l’obéissance des enfans, joignent sans nulle distinction le pere & la mere ; tous deux ont une espece de domination & de jurisdiction sur leurs enfans, non-seulement lorsqu’ils viennent au monde, mais encore pendant leur enfance.

Le pouvoir des peres & des meres sur leurs enfans dérive de l’obligation où ils sont d’en prendre soin durant l’état imparfait de leur enfance. Ils sont obligés de les instruire, de cultiver leur esprit, de regler leurs actions, jusqu’à ce qu’ils aient atteint l’âge de raison ; mais lorsqu’ils sont parvenus à cet état qui a rendu leur pere & mere des gens libres, ils le deviennent à leur tour.

Il résulte de-là que tout le droit & tout le pouvoir des peres & meres sont fondés sur cette obligation, que Dieu & la nature ont imposée aux hommes aussi bien qu’aux autres créatures, de conserver ceux à qui ils ont donné la naissance, jusqu’à ce qu’ils soient capables de se conduire eux-mêmes. Ainsi nous naissons libres aussi-bien que raisonnables, quoique nous n’exercions pas d’abord actuellement notre raison & notre liberté ; l’âge qui amene l’une amene aussi l’autre, & par-là nous voyons comment la liberté naturelle & la sujétion aux parens peuvent subsister ensemble, & sont fondées l’une & l’autre sur le même principe.

Le pouvoir paternel n’est point arbitraire, & il appartient si peu au pere & à la mere par quelques droits particuliers de la nature, qu’ils ne l’ont qu’en qualité de gardiens, & de gouverneurs de leurs enfans ; de-sorte que lorsqu’ils les abandonnent en se dépouillant de la tendresse paternelle, ils perdent leur pouvoir sur eux, qui étoit inséparablement annexé aux soins qu’ils prenoient de les nourrir & de les élever, & qui passe tout entier au pere nourricier d’un enfant exposé, & lui appartient autant qu’appartient un semblable pouvoir au véritable pere d’un autre.

De cette maniere, le pouvoir paternel est plutôt un devoir qu’un pouvoir ; mais pour ce qui regarde le devoir d’honneur de la part des enfans, il subsiste toujours dans son entier, rien ne peut l’abolir ni le diminuer, & il appartient si inséparablement au pere & à la mere, que l’autorité du pere ne peut déposseder la mere du droit qu’elle y a, ni exempter son fils d’honorer celle qui l’a porté dans ses flancs. Cet honneur, ce respect, tout ce que les Latins appellent piété, est dû indispensablement aux peres & aux meres durant toute la vie, & dans toutes sortes d’états & de conditions, quoiqu’il soit vrai qu’un pere & une mere n’ont aucune domination proprement dite sur les actions de leurs enfans à un certain âge, ni sur leurs propres biens. Cependant il est aisé de concevoir que dans les premiers tems du monde, & dans les lieux qui n’étoient guere peuplés, des familles venant à se séparer & à occuper des terres inhabitées, un pere devenoit le prince de sa famille, le gouverneur & le maître de ses enfans, non-seulement dans le cours de leurs premieres années, mais encore après que ces enfans avoient acquis l’âge de discrétion & de maturité.

Il ne faut pas conclure de-là que le pouvoir paternel soit l’origine du gouvernement d’un seul, comme le plus conforme à la nature ; car outre que la mere partage ici la jurisdiction, si le pouvoir du pere a du rapport au gouvernement d’un seul, le pouvoir des freres après la mort du pere, ou celui des cousins-germains après la mort des freres, ont du rapport au gouvernement de plusieurs ; enfin la puissance politique comprend nécessairement l’union de plusieurs familles.

Une chose plus vraie, c’est que le gouvernement des peres & meres est fondé sur la raison ; leurs enfans sont une portion de leur sang ; ils naissent dans une famille dont le pere & la mere sont les chefs ; ils ne sont pas en état pendant leur enfance de pourvoir eux-mêmes à leurs besoins, à leur conservation, à leur éducation ; toutes ces circonstances demandent donc une juste autorité des pere & mere sur les enfans qu’ils ont mis au monde.

Cette autorité est de toutes les puissances celle dont on abuse le moins dans les pays où les mœurs font de meilleurs citoyens que les lois ; c’est la plus sacrée de toutes les magistratures, c’est la seule qui ne dépende pas des conventions, & qui les a même précédées. Dans une république, où la force n’est pas si réprimante que dans les autres gouvernemens, les lois doivent y suppléer par l’autorité paternelle. A Lacédémone, chaque pere avoit droit de corriger l’enfant d’un autre. A Rome la puissance paternelle ne se perdit qu’avec la république. Dans les monarchies où la pureté des mœurs est rare, il faut que chacun vive sous la puissance des magistrats. Dans une république, la subordination peut demander que le pere & la mere restent pendant leur vie maîtres des biens de leurs enfans, mais il en résulteroit trop d’inconvéniens dans une monarchie. En un mot il a fallu pour le bien public, que les lois civiles bornassent le pouvoir paternel ; elles ont donc établi que ce pouvoir finissoit.

1°. Par la mort du pere ou par celle de ses enfans. Ceux-ci après la mort de leur pere ne tombent pas sous la puissance de l’ayeul, mais ils restent sous l’inspection & la tutelle de leur mere : si la mere vient à mourir, ou qu’elle ne veuille pas être tutrice, les ayeux sont tenus, en qualité de tuteurs naturels, de veiller à leur éducation, & à la conservation de leurs biens.

2°. Par la proscription, lorsque l’un ou l’autre est proscrit ou déclaré ennemi de la patrie, ce qui a semblablement lieu par rapport aux déserteurs.

3°. Par l’émancipation du fils, lorsqu’il est adopté par son ayeul, ce qui est le seul cas d’émancipation qui ait lieu aujourd’hui ; c’est pourquoi le pere ne peut plus demander le prix de l’émancipation, savoir la moitié du bien du fils.

4°. Par l’exposition d’un enfant, soit qu’il ait été exposé dans un lieu public, ou près d’une église, ou dans une maison particuliere.

5°. Par l’abus de la puissance paternelle, comme lorsqu’un pere traite ses enfans tyranniquement, ou lorsqu’il les prostitue ou les engage à des actions infames.

Dans tous ces cas, le pouvoir paternel prend fin, & par conséquent tous les droits qui en découlent, quoique ceux qui sont une suite des liens du sang, subsistent dans toute leur force. Ainsi la perte de la puissance paternelle, n’empêche pas que les mariages dans un degré défendu, ne demeurent toujours prohibés, & que celui qui tue son pere ou sa mere ne soit toujours parricide. (D. J.)

Pouvoir, (Jurisprud.) est la puissance ou la faculté de faire quelque chose. Le pouvoir de prêcher, de confesser, & d’enseigner dépendent du supérieur ecclésiastique. Voyez Puissance, Confession, Leçon, Prédication, Vicaire. (A)

Pouvoir, un, s. m. (Art militaire.) titre qu’on donne aux patentes que le roi accorde aux lieutenans-généraux de ses armées ; celles des maréchaux-decamp sont des brevets, mais les patentes des lieutenans-généraux s’appellent des pouvoirs : ils ne peuvent pourtant pas servir ni commander en vertu de de ces seuls pouvoirs ; car quoiqu’ils soient donnés pour toute la vie, il leur faut cependant à chaque campagne une lettre du prince, qui s’appelle lettre de service, qui est adressée au général sous lequel ils doivent servir, sans quoi il leur seroit inutile d’aller à l’armée, car ils n’y seroient pas reconnus. (D. J.)

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Étymologie de « pouvoir »

Étymologie de pouvoir - Littré

Bourguig. pôvoi ; wallon, poleur ; provenç. et espagn. poder ; ital. potere ; d'une forme latine potēre, au lieu de posse, justifiée par le bas-latin poteret pour posset, potemus pour possumus, potebat pour poterat, etc. (voy. DIEZ, à potere). La forme wallone poleur se rapporte à puelent pour peuvent, qui s'est dit dans le Hainaut (voy. l'historique). La forme ancienne est pooir, le v est moderne et de prononciation.

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Étymologie de pouvoir - Wiktionnaire

Le latin posse est intrinsèquement un verbe composé potis sum (« je suis maître de »). De fait, à part l’infinitif posse (pour potis esse), le verbe est « presque » régulier sur la base *pot-sum → voir possum, potes, potest, possumus, potestis et possunt pour le présent, → voir potero, poteris, poterit, poterimus, poteritis et poterunt pour le futur, le participe présent potens étant régulier.
Sur cette base, les langues romanes ont régularisé l’infinitif posse en *pŏtēre, analogique des formes à radical pot- (potui, poteram, potens, etc.)
Pour l’espagnol → voir poder, puedo, podré et pudiendo.
Pour l’italien → voir potere, posso, potrò et potente.
Pour le portugais → voir poder, posso, poderei et podendo.
Pour l'occitan → voir poder (poire, pover), pòdi, podrai et podent
Pour le très ancien français, *pŏtēre donne podir, attesté dans les Serments de Strasbourg (842). En ancien français, nous avons poeir, pooir, passé très rapidement à povoir avec un v épenthétique pour éliminer l’hiatus.
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Phonétique du mot « pouvoir »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
pouvoir puvwar play_arrow

Conjugaison du verbe « pouvoir »

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Citations contenant le mot « pouvoir »

  • Le président ougandais Yoweri Museveni, au pouvoir depuis plus de trente-quatre ans, a été désigné mardi candidat à la prochaine élection présidentielle prévue début 2021 par le parti au pouvoir, le Mouvement de la résistance nationale (NRM). Le Monde.fr, En Ouganda, Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, candidat à la présidentielle de 2021
  • Il s’est assis à la place qui était celle d’Olivier Sadran la semaine dernière. Damien Comolli a gardé la sienne. Mais c’est Patrice Garande qui avait cette fois le pouvoir de convaincre. Trois quarts d’heure plus tard, l’exercice semble concluant. Pas de langue de bois pour débuter. Le nouvel entraîneur s’est engouffré dans le sillage de son président pour la la question piège de la journée : quel objectif pour ce TFC ? : "On veut monter, il faut qu’on ait l’attitude et le comportement qui va avec." a lâché d’emblée Patrice Garande. ladepeche.fr, Toulouse. TFC : Patrice Garande ou le pouvoir des mots - ladepeche.fr
  • Depuis l'été dernier, les agences de conseil en vote sont dans le viseur du gendarme boursier américain. Sous la pression des grands groupes cotés qui déplorent leur trop grande influence au moment des assemblées générales, la SEC (Securities and Exchange Commission), dirigée par Jay Clayton, nommé par Donald Trump en 2017, est partie en croisade pour limiter leur pouvoir auprès des investisseurs institutionnels. Les Echos, Le gendarme boursier américain restreint le pouvoir des agences de conseil en vote | Les Echos
  • Un pas sans précédent dans le conflit au Yémen? Les séparatistes du sud du pays ont annoncé ce mercredi renoncer à leur autonomie et se sont engagés à mettre en œuvre un accord de partage du pouvoir avec le gouvernement. Cette annonce suscite l'espoir d'une réconciliation entre ces deux camps alliés contre les rebelles Houthis. leparisien.fr, Yémen : les séparatistes du Sud acceptent de partager le pouvoir avec le gouvernement - Le Parisien
  • A la mort de celui-ci, elle est envoyée se morfondre dans un monastère. Lors d’une visite, le jeune empereur Gaozong remarque la demoiselle, décrite comme ronde et avenante. Il en fait l’une de ses favorites. En quatre ans, l’ambitieuse gravit tous les échelons du pouvoir, mettant à profit l’emprise qu’elle exerce sur le souverain. Elle obtient le titre de Zetian (« selon la volonté du ciel »), place aux leviers de l’Etat des membres du clan Wu et impulse de profonds changements. Le Monde.fr, « Sexe et pouvoir » : Wu Zetian, l’impératrice qui a scandalisé la Chine
  • Tout pouvoir est une conspiration permanente. De Honoré de Balzac / Sur Catherine de Médicis
  • Le pouvoir est l’aphrodisiaque suprême. De Henry Kissinger / The Guardian - 28 Novembre 1976
  • Le pouvoir sans abus perd le charme. De Paul Valéry / Cahier B
  • Le pouvoir ne se partage pas. De Jacques Chirac / Le mariage blanc
  • Savoir pour prévoir, afin de pouvoir. De Auguste Comte
  • Tout pouvoir sans contrôle rend fou. De Alain / Politique
  • Le pouvoir est par nature, criminel. De Marquis de Sade
  • Tout obtenir afin de pouvoir tout mépriser. De Maurice Barrès
  • La clémence honore le pouvoir. De Hazrat Ali
  • Tout pouvoir abuse. Le pouvoir absolu abuse absolument. De Anonyme / Slogan - Mai 1968
  • Un pouvoir partagé c'est un pouvoir décru. De Marie José Thériault / La cérémonie
  • Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument. De Emerich Acton
  • Tout pouvoir est violence. De Gilles Lamer / Bâtissez mon temple...
  • Tout pouvoir est triste. De Alain / Propos
  • Nous ne pouvons tous toutes choses. Virgile en latin Publius Vergilius Maro, Les Bucoliques, VIII, 63
  • Un héros, c'est celui qui fait ce qu'il peut. Romain Rolland, Jean-Christophe, l'Adolescent , Albin Michel
  • La liberté, pour l'homme, consiste à faire ce qu'il veut dans ce qu'il peut, comme sa raison consiste à ne pas vouloir tout ce qu'il peut. Antoine Rivaroli, dit le Comte de Rivarol, Discours sur l'homme intellectuel et moral
  • La vérité sera un jour la force. Savoir, c'est pouvoir est le plus beau mot qu'on ait dit. Ernest Renan, Dialogues et fragments philosophiques, III, Rêves , Lévy
  • Un monarque a souvent des lois à s'imposer ; Et qui veut pouvoir tout ne doit pas tout oser. Pierre Corneille, Tite et Bérénice, IV, 5, Tite
  • Quoi ? Vous ne pouvez pas ce que peut une femme ? Pierre Corneille, Tite et Bérénice, V, 2, Domitie à Tite

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Traductions du mot « pouvoir »

Langue Traduction
Corse putenza
Basque power
Japonais パワー
Russe мощность
Portugais poder
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Synonymes de « pouvoir »

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