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Or

Variantes Singulier Pluriel
Masculin or ors

Définitions de « or »

Trésor de la Langue Française informatisé

OR1, subst. masc.

I. − [L'or en tant que métal]
A. − Métal précieux, jaune brillant, mou, très dense, très malléable et très ductile, inaltérable à l'air, à l'eau et aux acides, qui se présente généralement à l'état natif sous forme de pépites ou de paillettes (symb. Au, noatomique 79):
1. Ô l'or! sang de la force implacable et moderne; L'or merveilleux, l'or effarant, l'or criminel, L'or des trônes, l'or des ghettos, l'or des autels; L'or souterrain dont les banques sont les cavernes Et qui rêve, en leurs flancs, avant de s'en aller, Sur la mer qu'il traverse ou sur la terre qu'il foule, Nourrir ou affamer, grandir ou ravaler, Le coeur myriadaire et rouge de la foule. Verhaeren,Mult. splendeur, 1906, p.111.
1. Ce métal à l'état natif. Filon, grain, paillette, pépite, poudre d'or; chercheur d'or; battre l'or, chercher, fondre, trouver de l'or. Ce pays produit un peu d'or; presque toutes les rivières y sont aurifères (Voy. La Pérouse, t.2, 1797, p.62).
Mine d'or. V. mine2II A ex. de Dabit et d'Abellio.
Ruée* vers l'or.
− Domaine des légendes, de la myth. (v. eldorado A).L'or du Rhin. L'or du Pactole et ses trésors liquides (Chénier,Épitres, 1794, p.180).Jupiter, métamorphosé en pluie d'or, donne naissance à Persée, dont l'image est placée sur le bélier céleste, appelé bélier à toison d'or (Dupuis,Orig. cultes, 1796, p.235).
Pommes d'or du jardin des Hespérides. V. Hespérides ex. de Leroux.
Poule* aux oeufs d'or. Rameau* d'or. Toison* d'or.
ALCHIM. Faire, fabriquer de l'or. Tenter de transformer en or d'autres métaux. On avait imaginé qu'elle [la chimie] devait donner le secret de faire de l'or, et celui de rendre immortel (Condorcet,Esq. tabl. hist., 1794, p.179).Faire de l'or avec du cuivre et du plomb (Barrès,Cahiers Orient, 1914, p.63).
MINÉR. Or argental. ,,Alliage naturel d'or et d'argent`` (Duval 1959). V. électrum.Or blanc. ,,Ancien nom du platine`` (Brard 1838). Or graphique. Tellurure d'or argentifère. (Dict. xixeet xxes.). Synon. sylvane.P. anal. (de couleur). Or de chat. ,,Mica jaune lamelliforme`` (Littré) que l'on a pris souvent pour de l'or.
2. Ce métal entrant dans des composés ou des solutions.
CHIM. Or fulminant. ,,Oxyde d'or ammoniacal, susceptible d'être décomposé par la chaleur ou par un frottement très vif`` (Chesn. t.2 1858) et de devenir explosif.
PHARMACOL. Or colloïdal. Solution colloïdale d'or employée en thérapeutique générale dans les maladies infectieuses (tuberculose, rhumatismes). J'ai connu le cas d'un ami très riche qui absorbait de l'or colloïdal et qui a été bien attrapé: il s'est vu transformé en bronze, El Dorado, et il se faisait de la bile! (Cendrars,Bourlinguer, 1948, p.209).
Liqueur d'or (vieilli). Eau-de-vie de Dantzig, ratafia dans lequel on a mis quelques paillettes d'or. (Dict. xixeet xxes.).
Sels d'or. ,,Médicaments anti-inflammatoires`` (Touit.-Perl. 1976). Il demandait aussi en même temps que je lui fasse des piqûres: avec des sels d'or (Céline,Voyage, 1936, p.366).
HIST. DE LA MÉD. Or potable. Dissolution de chlorure d'or que l'on prétendait très efficace pour maintenir en jeunesse. Paracelse assurait (...) qu'il avait mis au point certain élixir à base d'or potable capable d'apporter une jeunesse éternelle (Caron, Hutin,Alchimistes, 1959, p.37).
3. Ce métal allié ou non à d'autres (argent, cuivre, nickel, platine) dans des proportions variables pour lui conférer une plus grande dureté:
2. L'or fin, c'est-à-dire pur, est dit de 24 carats ou mille millièmes (...); toute adjonction d'un autre métal modifie sa couleur en le rendant plus dur. L'or blanc est de l'or à 18 carats contenant 17 % de nickel, 5 % de zinc et 2,5 % de cuivre, l'or vert contient 22,5 % d'argent, 1,5 % de nickel et 1 % de cuivre. Metta,Pierres préc., 1960, p.54.
a) [L'or du point de vue de sa pureté] Bon or; vrai or; or contrôlé, poinçonné; essayer l'or avec une pierre de touche (v. essayer ex. 4 et I A 1 a chim.). La pureté de l'or s'exprime en millièmes (or pur = 1000 millièmes) ou en carats (or pur = 24 carats) (Lesc.1973).
Or affiné ou or de coupelle. Or pur de tout mélange. V. coupelle B.
Or bas. ,,Or qui est au-dessous de 750 millièmes`` (Chesn. 1858).
Or fin. Or pur de tout mélange; en partic., or livré aux banques et à l'orfèvrerie au titre de 99,5 %. V. ex. 2.
Or pur. Or à 24 carats, au titre de 1000/1000. V. ex.2.
Or vierge ou or natif. Or qui n'a subi aucune opération métallurgique. (Ds Ac. 1835, 1878).
Or de ducat*.
Or d'essai. Or très fin qu'on emploie pour faire les essais. V. essai I A 1 a minér.
Barre, lingot d'or. Masse de métal coulée sous forme de parallélépipède. Lingots d'or enfermés dans un coffre après qu'on les a pesés avec scrupule (Mauriac,Journal 3, 1940, p.227).Or (...) entreposé sous forme de lingots de 1 kg ou de barres de 12 kg dans une banque comme garantie des billets en circulation ou des liquidités internationales (Cotta1972).
b) [L'or dans les alliages]
Or anglais. Alliage d'or, d'argent et de cuivre employé en bijouterie. (Dict. xxes.).
Or blanc. Alliage or-palladium ou or-nickel (d'apr. Duval 1959). ,,Alliage or-argent`` (Lar. Lang. fr.). V. ex. 2 supra.
Or gris. Alliage d'or, d'argent et de cuivre comportant du fer. L'alliage connu sous le nom d'or gris renferme 1/5 à 1/6 de fer, il est d'un jaune gris (Wurtz,Dict. chim., t.1, 2evol., 1870, p.1405).Épingle de cravate, tige or gris (Catal. Madelios Cadeaux, 1936).
Or jaune. Alliage d'or et d'argent. (Dict. xixeet xxes.).
Or rouge. Alliage d'or et de cuivre (Dict. xixeet xxes.).
Or vert. Alliage d'or et d'argent (d'apr. Chesn. 1858). V. ex. 2 supra.
Titre de l'or. Proportion d'or contenue dans un alliage et exprimée en parties pour mille ou en carats. Leur titre [des pièces d'or] est fixé à neuf dixièmes de fin et un dixième d'alliage (Loi du 28 mars 1803ds Doc. hist. contemp., 1803, p.113).
c) [L'or traité, préparé en vue de la dorure ou de ses autres utilisations] Or filé; feuille d'or.
Or battu, or en feuilles. ,,Or réduit en feuilles pour la dorure`` (Chesn. 1858).
Or bruni. Or rendu lisse et brillant par le brunissage. Broche en or bruni, portrait de sainte sur émail (Larbaud,Journal, 1935, p.354).
Or mat. ,,Or non poli`` (Chesn. 1858).
Or moulu. Or réduit en parcelles avec lequel on dore au feu le bronze et le cuivre (d'apr. Jossier 1881).
Or trait. Or passé à la filière (d'apr. Chesn. 1858).
Or en/de coquille. ,,Feuilles d'or broyées avec du miel (...) dont font emploi les peintres et les coloristes`` (d'apr. Chesn. 1858).
4. P. anal. Métal ou préparation qui a les apparences de l'or et ses utilisations.
Or couleur. ,,Couleur grasse et gluante dont les doreurs font usage pour appliquer les feuilles d'or battu`` (Chesn. 1858).
Or faux. V. chrysocale (employé en bijouterie).
Or mussif ou or de Judée. Bisulfure d'étain employé dans la dorure. Deux sulfures d'étain: le sulfure noir et le sulfure jaune ou l'or mussif (Gay-Lussacds Ann. chim. et phys., t.1, 1816, p.44).
Or d'Allemagne. ,,Feuille très mince de cuivre jaune`` (Chesn. 1858).
Or de Mannheim (vx). ,,Composition de cuivre et de zinc qui a l'apparence de l'or`` (Ac. 1835), utilisée en bijouterie.
5. PASSEM. Fil d'or, d'argent ou d'autre métal recouvert d'or dont on fait des broderies, des galons, des tissus précieux. Or fin, demi-fin.
a) Fil de soie recouvert d'or:
3. −Père, je n'ai pas d'or à passer. Hubert (...) alla chercher au fond du bahut un écheveau, le coupa, effila les deux bouts en égratignant l'or qui recouvrait la soie... Zola,Rêve, 1888, p.41.
b) Fil, filé, feuille de métal imitant l'or.
Or faux. ,,Filé d'or qui au lieu d'être recouvert d'une lame d'argent doré, était enveloppé d'une lame de cuivre brillant ou de laiton`` (Havard 1889).
Or clinquant, or de Paris (vx). ,,Fil de cuivre aplati en lame employé comme le fil d'or pour lamer et broder les étoffes`` (Littré).
Or tremblant (vx). ,,Feuilles d'or clinquant cousues sur des vêtements de mascarade, de manière à trembler au moindre mouvement`` (Laborde 1872).
B. − Ce métal précieux entrant dans la fabrication et la décoration de nombreux objets. Objet en or massif, en or contrôlé. [P. ell. de la prép.] Doublé, plaqué or.
1. [L'or formant un objet précieux] Anneau, bracelet, chaîne d'or, en or. Ça n'est qu'une «reconnaissance» pour une breloque et un bracelet... Mais tout ça en or massif! absolument sûr!... contrôlé! dix-huit carats! (Céline,Mort à crédit, 1936, p.499):
4. [Minos] siégeait sur un trône (...) et tenait de la main droite (...) un sceptre d'or aussi haut que lui; de l'autre, une fleur trilobée, semblable à celles de ses colliers et semblablement en or, mais plus grande. Gide,Thésée, 1946, p.1420.
[P. allus. à la Bible] Statue à la tête d'or et aux pieds d'argile. V. colosse ex. de Adam.
Veau* d'or.
SYNT. Agrafe, alliance, bague, bijou, clef, clou, collier, croix, médaille, montre, monture de lunettes, stylo à plume d'or ou en or; calice, candélabre, ciboire, ostensoir d'or ou en or; bulle, sceau d'or; aiguière, plat, vaisselle d'or; couronne d'or; casque, cuirasse, éperons d'or.
En partic. [L'objet en or ou en métal doré est signe d'un haut mérite reconnu] Décoration, palme d'or; gagner, recevoir le bol d'or, le disque d'or, une/la médaille d'or (v. médaille C 1). Les nombreuses couronnes de métal: or, argent et bronze, arrachées à l'enthousiasme populaire et conquises sur tant de rivaux par le roi de la lutte (Cladel,Ompdrailles, 1879, p.352).Il est très grand: médaille militaire et six étoiles dont quatre d'or (Vercel,Cap. Conan, 1934, p.26).
ODONTOL. Dent en or; bridge, couronne d'or ou en or. Bouche mince qui découvrait, dans ce sourire, toute une rangée de dents d'or (Bourget,Actes suivent, 1926, p.25).
2. [L'or dans la décoration] Ornement, décoration en or, en fil ou feuille d'or ou imitant l'or; filigrane d'or; lettre d'or. Tasses à filet d'or (Pourrat,Gaspard, 1925, p.31).
ARCHIT. Dômes en or du Kremlin (Verhaeren,Mult. splendeur, 1906, p.81).Il aimait à imaginer cette ville [Venise] où les maisons étaient une dentelle de pierre, où les toits étaient revêtus d'or (Maurois,Disraëli, 1927, p.16).
BEAUX-ARTS. Peinture sur fond d'or. Miniatures à fonds d'or plat ou diapré, étonnantes, des vierges de nativité, à peine pubères, mélancoliques et mutines (Huysmans,Oblat, t.2, 1903, p.95).Au plur. Décoration dorée ou peinture contenant une certaine proportion d'or. Les ors d'un tableau. Au plafond, les ors prodigués, les vitres niellées d'or et les rosaces d'or semblaient un coup de soleil (Zola, Bonh. dames, 1883, p.770).
3. [L'or dans les étoffes, la passementerie] Broderie, drap, galon d'or; robe brodée d'or. Fauteuil de velours cramoisi, à franges d'or et à bois doré (Bourges,Crépusc. dieux, 1884, p.319).Pièce tendue de soie bleu pâle à semis de fleurs d'or (Druon,Gdes fam., t.1, 1948, p.64):
5. [Les ambassadeurs siamois] ont donné à l'empereur un pantalon dont le bas est brodé avec de petits ornements en émail, or, rouge et vert, et une veste de brocart d'or souple comme du foulard, dont les dessins, or sur or, sont merveilleux (...). Ils ont un or rouge et un or blanc qui, mariés ensemble, sont d'un effet admirable. Mérimée,Lettres à une inconnue, t.2, 1861, p.165.
Défendre l'or et l'argent (vx). [P. allus. aux édits somptuaires] ,,Défendre de porter des étoffes, des dentelles, etc., tissues de fil d'argent doré`` (Ac. 1835, 1878).
Être tout cousu* d'or.
[P. allus. aux Parques qui filent la vie humaine] Jours filés d'or et de soie. Poét. et fig. Jours heureux. (Dict. xixeet xxes.). Des Parques si robustes et d'une si belle chair doivent filer des jours d'or et de soie d'une longueur indéterminée (Gautier,Guide Louvre, 1872, p.127).
SYNT. Dentelle d'or; tissu brodé, broché, lamé d'or; robe, uniforme, ornement sacerdotal brodé(e) d'or; habits chamarrés d'or; képi, livrée galonné(e) d'or.
4. [L'or dans la monnaie] Pièce d'or; doublon, écu d'or. V. louis B ex. de Duhamel.
P. méton. Monnaie d'or. Bourse d'or; poches garnies d'or, pleines d'or. De mois en mois, les gages augmentaient. On payait, dans ce temps, en argent et en or aussi bien qu'en billets (Pesquidoux,Livre raison, 1928, p.90):
6. −Veille à l'or, mets de l'or devant moi. Eugénie lui étendait les louis sur une table, et il demeurait des heures entières les yeux attachés sur les louis... Balzac,E. Grandet, 1834, p.223.
Pop., au plur. Les pièces d'or (louis). L'or, il dit même «les ors», qu'il a reçus en paiement (A. France,Lys rouge, 1894, p.86).
Pop., au fém. C'est de la bonne or que je vous donne (Cressot,Phrase et vocab. Huysmans, 1938, p.402).
FIN. Étalon monétaire reconnu par la majorité des grandes puissances au cours du xixes. Cours de l'or. L'abandon de l'or comme étalon monétaire n'empêcha pas les particuliers de continuer à spéculer sur lui, le considérant comme une valeur refuge face aux monnaies en perpétuelle dévalorisation (Gestion fin.1979):
7. Le rôle monétaire de l'or n'a cessé de croître jusqu'en 1914 et 60 % de la production d'or était utilisée pour la frappe des monnaies. Lesourd, Gérard,Hist. écon., t.2, 1966, p.339.
En compos. Étalon-or. Dans un régime d'étalon-or et même d'étalon de change-or pour les monnaies clés, chaque monnaie est définie par une certaine quantité d'or fin (Cotta1972).
Franc(-)or. Unité monétaire de la France créée par la loi du 17 germinal an XI (7 avril 1803), définie légalement par sa valeur en or et correspondant alors à 290,33 mg d'or fin.
Encaisse, réserve d'or ou, p. ell., encaisse, réserve or. Ensemble des valeurs en or (pièces, lingots, barres) entreposées dans une banque d'émission. Une émission excédentaire [de billets] se fait donc aux dépens de l'encaisse-or, à concurrence de cent pour cent (Baudhuin,Crédit et banque, 1945, p.151).Le stock d'or de la Banque de France (Cacérès,Hist. éduc. pop., 1964, p.70).
En compos. Valeur-or. Valeur en or d'une monnaie. Au fig. Les diplômes, en ce temps-là, représentaient une manière de valeur-or (Valéry,Variété IV, 1938, p.196).
C. − Ce métal, monnayé ou non, considéré sous le rapport de la richesse, de la fortune, du luxe qu'il représente. Je puis devenir riche, grand; je puis être gorgé d'or! (Borel,Champavert, 1833, p.92).On aimait l'or parce qu'il donnait le pouvoir et qu'avec le pouvoir on faisait de grandes choses. Maintenant on aime le pouvoir parce qu'il donne l'or et qu'avec cet or on en fait de petites (Montherl.,Maître Sant., 1947, ii, 1, p.630):
8. Ces trois variétés d'argentiers étaient habitués à considérer l'or bien plus en raison de leur religion que des qualités de l'or même. (...) Ils avaient pour l'or des égards rituels: toute augmentation de leur capital était pour eux une augmentation de leur dieu et de leur propre sainteté, et seul le caissier, gardant une idée juste dans les pouvoirs bas de l'or, se précipitait le samedi après-midi jouer aux courses. Giraudoux,Bella, 1926, p.28.
1. Expr. et loc.
Affaire d'or, en or (fam.). Affaire très rémunératrice ou très profitable. Le Gambrinus [une brasserie] ouvrit partout des succursales et fit des affaires d'or (Cendrars,Bourlinguer, 1948, p.234).
Faim, soif, fureur de l'or (littér.). La passion effrénée de la richesse. Quand on a ouvert son âme à des passions d'une autre espèce, comme à la soif de l'or ou des honneurs, on leur immole tout (Robesp.,Discours, Jug. Louis XVI, t.9, 1792, p.89).
Mine* d'or. V. supra I A 1.Veau* d'or. Adorer le veau* d'or.
Jeter, distribuer, semer l'or (à pleines mains). Dépenser sans compter, inconsidérément, généreusement. On l'a vu parcourir nos rues, semant l'or et les conseils, prodiguant partout les plus sublimes soins (Latouche, L'héritier,Lettres amans, 1821, p.147).
Couvrir d'or (qqn). (L')enrichir. C'est couvert d'or que vous en deviez repartir, les femmes calées sur un matelas d'obligations (Romains,Knock, 1923, i, p.7).
Marcher sur l'or (Ac. 1835, 1878). Être riche. Être gorgé d'or, nager dans l'or; avoir des monceaux d'or (Ac. 1798-1935); Être riche. L'idée que Fontan les empêchait, elle, le gamin et sa mère, de nager dans l'or, l'enrageait (Zola,Nana, 1880, p.1309).Mod. Rouler sur l'or. Être riche. J. A. roule sur l'or −mais il aime donner à entendre qu'il saurait supporter d'être riche encore bien plus (Gide,Feuillets, 1911, p.352).[Souvent à la forme négative] Tout ça ne lui permettait pas de rouler sur l'or. Il avait eu de la difficulté même à se payer une petite Peugeot de rien du tout (Aragon,Beaux quart., 1936, p.38).
Être cousu* d'or.
Acheter, vendre au poids de l'or, à prix d'or. Acheter, vendre très cher. Cheval qu'elle avoit acheté à prix d'or (Cottin,Mathilde, t.1, 1805, p.288).Il n'y aurait pas eu cet engouement pour le navire merveilleux, (...) les passagers ne se seraient pas disputé les places à prix d'or (Peisson,Parti Liverpool, 1932, p.108).
Valoir de l'or. Avoir une grande valeur, être excellent, réunir de nombreuses qualités. Synon. valoir son pesant d'or.Manuscrit (...) qui vaut de l'or (Courier,Lettres Fr. et Ital., 1810, p.825).
Promettre des monts d'or. ,,Promettre de grandes richesses`` (Ac. 1798-1935).
Faire un pont d'or à qqn. L'avantager, lui offrir une situation lucrative. Je dirai à mon mari (...) qu'il faut à l'instant te faire un pont d'or (Stendhal,Rouge et Noir, 1830, p.120).Le directeur de la Fleur du Saron, petit hebdomadaire rédigé en hébreu, lui offrait la fortune: un traitement de vingt francs par mois. S'élancerait-il sur ce pont d'or? (Tharaud,An prochain, 1924, p.192).Faire un pont d'or à l'ennemi (vieilli). ,,Lui faciliter la retraite`` (Ac. 1878, Littré).
Pour tout l'or du monde (dans une phrase négative). Pour rien au monde. Pour tout l'or du monde, je ne voudrais pas changer de maître (Musset,A. del Sarto, 1834, ii, 1, p.76).
C'est de l'or en barre. C'est quelque chose de sûr, de monnayable. Ma succession était de l'or en barre. Aussi m'aimait-on fort (Courier,Lettres Fr. et Ital., 1807, p.750).La parole de votre excellence est de l'or en barre pour moi (Stendhal,L. Leuwen, t.3, 1835, p.235).
Proverbe. Tout ce qui brille n'est pas or. Tout ce qui présente les apparences de la richesse, de la valeur n'en a pas toujours la réalité. V. briller ex. 6.
2. P. anal. (en tant que source de profit), mod.
L'or noir. Le pétrole:
9. L'émergence, en moins de cinq ans, de l'Égypte comme exportateur non négligeable de pétrole est une véritable aubaine pour ce pays (...). Pourtant, malgré une production qui pourrait atteindre 50 millions de tonnes dans trois ans, l'or noir n'aura peut-être apporté qu'un répit... Le Monde, 15 déc. 1981, p.24.
P. anal. L'or blanc. La neige exploitée pour les sports d'hiver. La face noire de l'or blanc [les avalanches] (Télérama, 26 janv. 1983, no1724, p.32).
Or vert. ,,Ressources que procurent soit l'agriculture ou la sylviculture, soit la vente de terrains agricoles pour la construction immobilière, ou la spéculation sur ces terrains`` (Gilb. 1980).
II. − P. anal. Ce qui évoque l'or.
A. − [Par sa couleur]
1. Couleur jaune, brillante et chaude qui rappelle celle de l'or. L'insecte ailé brilloit des plus vives couleurs; L'azur, le pourpre et l'or éclatoient sur ses ailes (Florian,Fables, 1792, p.93).
En partic. Lumière et reflets du soleil évoquant l'éclat de l'or. Son disque d'or et de feu [du soleil], descendant comme un incendie, derrière un vaste groupe de nuages, leur prêtait des teintes si chaudes et si animées qu'on eût pu se croire sous un ciel de la Grèce (Chênedollé,Journal, 1822, p.113).Les collines, sous l'avion, creusaient déjà leur sillage d'ombre dans l'or du soir (Saint-Exup.,Vol nuit, 1931, p.81).V. byzantin ex. 1.
Rare. Clarté de la lune. Une nuit d'or, mon Aïcha! Cette nuit-ci était d'or parce qu'il faisait clair de lune. Mais pour un vrai braco, les nuits d'or sont nombreuses en hiver (Genevoix,Raboliot, 1925, p.66).
Littér. et poét. Or des blés, des moissons, des cheveux. Mais dans l'herbe et sur la mousse pointent déjà l'améthyste des violettes, l'argent rosé des anémones et l'or des primevères (Amiel,Journal, 1866, p.219).
D'or
Jaune* d'or.
Subst. + d'or.Blés, fruit, sable d'or; lumière, nuages, rayons d'or. Le flot d'or de la jaune moisson (Hugo,Odes et ball., 1828, p.399).Le vin d'or aussi, le piquepoult (v. picpouille), mais d'or pâli tant il était chargé d'ans, qui teintait à peine le verre comme le premier rayon de jour le cristal du firmament (Pesquidoux,Livre raison, 1932, p.4).V. casque I B 2 ex. de Jouve.
Empl. en appos. avec valeur d'adj. Couleur or (Pesquidoux., Livre raison, 1928, p.221). Petit salon rouge et or (Cendrars,Bourlinguer, 1948, p.120).
Or + adj.Or mat, pâle, terni; or jaune, cuivré, roux. Jean dont chacun admirait la figure d'ange, les courtes boucles d'un or brûlé (Mauriac,Genitrix, 1923, p.333).Gros yeux à pupille allongée, dont l'iris est semé de paillettes d'or bruni (Genevoix,Raboliot, 1925, p.136).Barbe dorée, d'un or légèrement rouge (Drieu La Roch.,Rêv. bourg., 1937, p.113).
Vieil or. Un vieil or très doux:
10. ... elles [les grilles] ne connaissent pas la surcharge du goût espagnol; elles sont sobres comme la matière dont elles sont forgées. Même dorées −ce qui est rare, et de quel vieil or usé, patiné, d'armure ancienne ou de cuir cordouan! T'Serstevens,Itinér. esp., 1963, p.100.
Au plur. Les ors. Les diverses nuances de couleur que peut prendre l'or. Cette figure fière et fine, ces cheveux de deux ors mêlés (R. Bazin,Blé, 1907, p.132).Le mail de Saint-Pierre, dont les platanes perdaient sans hâte leurs feuilles, éclatait de toute la lumière des ors et des roux (Daniel-Rops,Mort, 1934, p.516).
2. Spécialement
BOT. Bouton* d'or. Verge* d'or.
HÉRALD. ,,Émail de couleur jaune ou plus rarement dorée`` (Past. Hérald. 1979), représenté en gravure par des pointillés.Et nous, Rezeau, descendant des de Tanton, nous sommes tout de même roturiers, malgré nos armoiries (de gueules au lion d'or passant) (H. Bazin,Vipère, 1948, p.143).
B. − [Par son excellence]
1. [Dans des comparaisons]
Franc comme l'or. Nature très droite, franche comme l'or (Mauriac,Th. Desqueyroux, 1927, p.191).[Vin] franc comme l'or et frais comme l'oeil (Bernanos,Dialog. Carm., 1948, 3etabl., 9, p.1634).
Juste comme l'or. Très exactement pesé, mesuré. La demie de sept heures sonnait comme ils mettaient le pied sur le seuil de la gare. C'était donc pour eux, juste comme l'or, une avance de cinq quarts d'heure (Courteline,Train 8 h 47, 1888, 2epart., 1, p.89).
Pur comme l'or. Très pur. Ma jeunesse a été pure comme l'or (Musset,Lorenzaccio, 1834, iii, 3, p.184).
2. P. métaph. et au fig. Chose merveilleuse ou parfaite. L'or de Racine (v. ferblanterie ex. de Gide). Ce qu'il me faudrait, tu vois, c'est une femelle dans le genre de celle de la voiture. Ça, mon vieux, c'est de l'or (Giono,Baumugnes, 1929, p.22).
3. Loc. adj. D'or, en or
a) [En parlant d'un inanimé] Rêve d'or; voix d'or:
11. Ta bouche aux lèvres d'or n'est pas en moi pour rire Et tes mots d'auréole ont un sens si parfait Que dans mes nuits d'années, de jeunesse et de mort J'entends vibrer ta voix dans tous les bruits du monde. Éluard,Capitale douleur, 1926, p.140.
Âge d'or. Époque mythique des premiers temps du monde où les hommes vivaient heureux dans la pureté des moeurs et l'abondance des biens naturels. Homme de l'âge d'or. ,,Homme qui rappelle cette époque`` (Ac. 1835-1935). La simplicité des cabanes, où vivoient les peuples de l'âge d'or (Chateaubr.,Génie, t.2, 1803, p.452).Il célébrait l'âge d'or dont les livres lui avaient dit qu'il était simple, vertueux et pauvre (Guéhenno,Jean-Jacques, 1948, p.148).V. âge ex. 41.
P. ext. Période de plein épanouissement d'un art, d'une civilisation. Âge d'or de la Grèce, de la littérature et des arts. V. âge ex. 42.
Bouche d'or. C'est un saint Jean bouche d'or. V. bouche ex. 75.
Coeur d'or. V. coeur II D 3 c ex. de Balzac.
Crosse d'or évêque* de bois, crosse de bois évêque* d'or.
Livre d'or. V. livre1III A 1 c.
Noces* d'or.
Nombre* d'or.
Règle d'or. Règle donc l'observation et l'application sont particulièrement profitables. Gide n'avait-il pas imprimé en caractères gras et dans le plein milieu de son livre cette règle d'or: Assumer le plus possible d'humanité (Guéhenno,Journal homme 40 ans, 1934, p.129).Style [de Sarah Bernhardt], si démodé maintenant, parce que nous avons fait de la simplicité au théâtre une règle d'or (Disque Fr., 1963, p.15).
b) [En parlant d'un animé] Personne de caractère excellent, parfait. Un ami, un caractère, un mari en or. Dès qu'assis devant l'écran plus besoin de s'occuper d'eux. Un public en or (Céline,Voyage, 1932, p.435).Ah! oui, ce qu'il était gentil, hein? et doux et pas fier. Un garçon en or, ce petit saint François (Aymé,Cléramb., 1950, iv, 2, p.199).
c) Loc. verb., pop., vulg. L'avoir en or. ,,Être né sous une bonne étoile`` (Esn. 1966).
4. Loc. adv. D'or. Dire, parler d'or. Avoir (aux yeux de son interlocuteur) un raisonnement juste, des propos pleins de bon sens. Vous parlez d'or, Hennedyck, mais qui vous l'assure, ce droit? (Van der Meersch,Invas. 14, 1935, p.133).
REM.
Orerie, subst. fém.,rare. Ornement, bijou en or. Le diacre et le sous-diacre aux dalmatiques chamarrées D'orerie et de perle à quelque Eldorado pillées (Verlaine,OEuvres compl., t.3, Dédicaces, 1890, p.77).
Prononc. et orth.: [ɔ:ʀ]. Homon. or2, or3. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. Métal précieux de couleur jaune I. Sens symboliques et métaphoriques A. Symbole des moyens matériels, de l'argent, de la richesse 1. ca 881 (Ste Eulalie, 7 ds Henry Chrestomathie, p.3: Elle [Eulalia] no'nt eskoltet les mals conselliers Qu'elle Deo raneiet ..., Ne por or ned argent ne paramenz); ca 1100 (Roland, éd. J. Bédier, 888: Pur tut l'or Deu ne volt estre cuard; 1540: Tient Durendal [Rollant], qui plus valt que fin or); ca 1135 (Couronnement de Louis, éd. Y.G. Lepage, 2102 réd. AB: Ne vos faudrons por tot l'or de cest mont); 2. fin xes. l'accent est mis sur le caractère périssable, la vanité de la richesse (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 385: Argent ne aur non i donat [Christus] Mas que son sang et soa carn [cf. la note de l'éd. renvoyant à I Pierre I, 18-19: scientes quid non corruptibilibus auro vel argento redempti estis...sed pretioso sanguine...Christi]); ca 1200 (Guiot de Provins, Bible, éd. J. Orr, 1906: Sor lou covre est biaus li ors Mais tost faut celle doräure). B. Symbole de ce qui a une valeur, un mérite, des qualités rares ca 1200 (Guiot de Provins, op. cit., 1208: N'est pas tout ors qu'en voit relure); fin xiiie[ms.] (Proverbes fr., éd. J. Morawski, 1371: N'est pas or quanque luit); 1559 (Amyot, Hommes illustres, Cicéron, XXIX ds OEuvres, éd. G. Walter, t.2, p.765: son style était un fleuve d'or coulant); 1583-84 (Brantôme, Dames galantes, 1erdiscours, éd. Paris, Garnier, 1931, p.70: M. de Dole, qui disoit et escrivoit d'or, emporta le prix); 1668 (Boileau, Satire IX ds OEuvres, éd. F. Escal, p.53: Et préférer le clinquant du Tasse à tout l'or de Virgile). C. Désigne la couleur jaune, celle de l'or 1. ca 1273 hérald. (Adenet Le Roi, Berte, éd. A. Henry, 999: Qui l'escu portoit d'or a un yon d'azur); 2. 1578 (Ronsard, Sonets et madrigals pour Astrée, VIII, 2, ds OEuvres, éd. P. Laumonier, t.17, p.187: Adieu cheveux, liens ambitieux, Dont l'or frizé me retint en service [cf. xiies. Narcissus, éd. M. Thiry-Stassin et M. Tyssens, 96: Caviaus...Qui plus luisent c'ors esmerés]). II. Désigne le métal sous ses différentes formes (pièces, bijoux, objets...) A. 1. Ca 1050 (St Alexis, éd. Chr. Storey, 526: De lur tresors prenent l'or e l'argent); ca 1100 (Roland, 185: Quatre cenz muls cargez de l'or d'Arabe); 1552 l'or de Tholose (Rabelais, Quart livre, éd. R. Marichal, XV, 100); 2. a) ca 1050 (St Alexis, 586: D'or e de gemmes fu li sarqueus parez); ca 1100 frein, esperuns, corone d'or; sele a or batue; elme a or gemet (Roland, 92, 345, 3236; 1331; 1995); 1160-74 faire une ymage de or (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, III, 96); 1174-76 melder sun or a fundre le vëel fig. allusion à l'érection du veau d'or (Guernes de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, 2183 ds T.-L.); ca 1200 (Jean Bodel, Saisnes, éd. F. Menzel et E. Stengel, 483: ...ma chartre où li seaus d'or pant); b) ca 1100 or mer, neielez (Roland, 115, 684); ca 1170 or batu, infra II B; xves. or filé (ds M. de Laborde, Notice des émaux du musée du Louvre, t.2, p.411); 1562 or blanc (Du Pinet, Pline, Lyon, C. Senneton, t.2, p.560); 3. 1174-87 (Chrétien de Troyes, Perceval, éd. F. Lecoy, 7005: ... E dras de soie a or batuz); 4. 1260 paindre de couleur a or (Étienne Boileau, Métiers, éd. R. de Lespinasse et F. Bonnardot, LXXVIII, 12); 1559 (Amyot, op. cit., Démosthène, XXVII, t.2, p.727: des paroles qu'il avait fait écrire en grosses lettres d'or dessus son écu); 5. 1563 (Palissy, Recepte vér., p.55 ds Hug.: Aucuns philosophes alchimistes disent sçavoir rendre l'or en eau par quelque dissolution:...s'ils le peuvent dissoudre, il est potable); 1566 or potable (Kerquifinen, tr. Gelli, Disc., VII, p.241, ibid.). B. L'or considéré quant à son poids, sa valeur ca 1170 (Chrétien de Troyes, Erec, éd. M. Roques, 1579: ...Plus de .IIc. mars d'or batu); ca 1200 (Renaut de Montauban, 230, 25 ds T.-L.: Cent livres de fin or; 230, 33: mil mars d'or pesés). Du lat. aurum «or; objet fait en or; monnaie d'or, or monnayé; fig.: richesse; la couleur de l'or». Fréq. abs. littér.: 14101. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 21303, b) 22982; xxes.: a) 21861, b) 16332. Bbg. Kristol (A.M.). Color. Berne, 1978, pp.334-337.

OR2, conj. de coordination

A. − [Dans le récit]
1. [Introduit, à un moment où le récit peut sembler terminé ou d'issue incertaine, le fait qui en assure la progression ou qui le réoriente] [François-Joseph] voulait d'abord savoir ce que penserait Guillaume II. Or, le Kaiser allait partir en croisière. Pas de temps à perdre pour l'atteindre (Martin du G.,Thib.,Été 14, 1936, p.95):
1. Je pensais ces pensées, je pensais seulement, mais avec force. Or, il se produisit une chose invraisemblable, une chose qui me bouleversa. Ma mère, soudain, dit à voix haute: −Mais non, mais non, mon Louis (...). Alors, ma mère me prit les mains et se mit à les caresser. Duhamel,Confess. min.,1920, p.156.
[Parfois en tête d'alinéa pour commencer une nouvelle étape du récit] Or, un matin, environ deux mois après la visite de Brulart, M. Wil fut inspecter sa sucrerie de l'Anse aux Bananiers (Sue,Atar-Gull,1831, p.22).
[En liaison avec mais, la suite annoncée par or étant alors contredite] Tout, dans son comportement, semblait dire: puisqu'il ne m'aime plus, rien ne m'importe. Or je l'aimais encore, et même je ne l'avais jamais tant aimée; mais le lui prouver ne m'était plus possible (Gide,Journal,1939, p.11).
2. En partic.
a) [Le fait nouveau introduit par or contredit ce qui précède ou ce qu'on pouvait attendre] En rentrant à la maison, Gilbert s'attendait à des injures (...). Or le dîner fut morne, mais tranquille (Arland,Ordre,1929, p.83).Cécile pâlit parfois, elle ne rougit jamais. Or, ce jour-là, je vis Cécile rougir. Une rougeur violente, d'un seul jet (Duhamel,Terre promise,1934, p.108).
b) [Le fait introduit par or explique pourquoi telle ou telle chose ne s'est pas produite et par là même réoriente le récit] Justine (...) eût tranquillement supporté l'attaque, si la hache d'armes à deux tranchants n'eût pas accroché le bonnet de la jeune paysanne. Or ce bonnet était pour elle quelque chose d'infiniment précieux (A. France,Pt Pierre,1918, p.222).
3. [Assure la reprise du récit après une digression]
Or pour (en) revenir à. Or, pour en revenir à Mmedes Laumes (bientôt après duchesse de Guermantes par la mort de son beau-père), ce fut un surcroît de malheur infligé aux Courvoisier que les théories de la jeune princesse (...) n'eussent dirigé en rien sa conduite (Proust,Guermantes 2,1921, p.451).
Or donc. Quant à mon jardin, nous continuâmes à le cultiver. «Or donc, un beau matin que je binais mes laitues (...), j'entends le galop d'un cheval, puis un grand cri (...)» (Queneau,Pierrot,1942, p.67).
4. Rare, littér. [Introduit un fait significatif qui entraîne dans le récit une pause, voire sa clôture] Paulina avait déjà connaissance du sujet de l'Ombra, elle en était émerveillée, elle naissait au sentiment de la poésie. Or c'était elle qui enfantait la poésie (Jouve,Paulina,1925, p.102).
B. − [Dans l'argumentation, le raisonnement]
1. [Présente le fait qui permet de conclure ou qui explique ce qui suit] :
2. Les cryptogames sévirent (...). Un hasard fit trouver le remède. Un garde-barrière bordelais, dont les gamins des environs pillaient les treilles, voulut en dégoûter ses voleurs, et couvrit les grappes, les aspergea d'une solution de sulfate de cuivre, pensant ainsi les rendre indigestes. Or, seules dans la contrée dévastée par les champignons, ces treilles gardèrent (...) leurs fruits. De là le traitement par la bouillie bordelaise... Pesquidoux,Livre raison,1925, pp.78-79.
[Sous forme d'interrogation rhétorique] Celui qui met de doux poisons sous la main des enfants, dira-t-il que s'ils s'empoisonnent on ne doit point l'en accuser? Or fut-il jamais de poison mieux assaisonné que celui de cette lecture? (Marmontel,Essai sur rom.,1799, p.327).
[La conclusion restant implicite] On a pu penser qu'en reconnaissant et légalisant le droit des idées nouvelles à se produire, les choses en iraient beaucoup mieux. Or c'est le contraire qui est arrivé (Renan,Avenir sc.,1890, p.359).V. infester ex. 2:
3. coulange: Écoute, tu as été héroïque (...). geneviève: J'ai fait ce que tout le monde eût fait à ma place. Or, quand tout le monde est héroïque, il n'y a plus d'héroïsme. Montherl.,Exil,1929, I, 2, p.26.
2. En partic.
a) [Ce fait est un cas particulier] Nous sommes attirés par qui nous flatte, de quelque façon que ce soit. Or François admirait le comte. Son admiration allait avant tout à l'homme capable d'être aimé d'une Mahaut (Radiguet,Bal,1923, p.89).
b) [Ce fait est un fait habituel ou un état durable expliquant ce qu'on dit ensuite]
[Fait habituel] Le député, avait, disait-on, vécu plusieurs années en ménage avec sa maîtresse avant de l'épouser. Or ma mère jugeait les moeurs selon un code rigoureux et inflexible. Instruite par cette expérience, elle désirait m'écarter de toute carrière ouverte à la brigue et soumise aux influences politiques (Lacretelle,Silbermann,1922, p.20).V. fève ex. 4:
4. Un raffinement du malheur lui avait fait découvrir, au premier rang, vide, la place qu'il avait grassement payée (...). Or, il faut voir une course des premiers rangs: on participe au drame, on est dans ses secrets... Montherl.,Bestiaires,1926, p.405.
[État durable] Leur intérêt [des individus] (...) est (...) de n'être employés qu'à ce à quoi ils sont propres. Or, les femmes sont certainement destinées aux fonctions domestiques, comme les hommes aux fonctions publiques (Destutt de Tr.,Comment. Esprit des lois,1807, p.177):
5. Au monastère d'Assise, un moine avait un accent grossier, qui puait sa Calabre. Ses compagnons se moquaient de lui. Or, il était susceptible; il en vint à ne plus ouvrir la bouche que lorsqu'il s'agissait d'annoncer un accident, un malheur, enfin quelque événement en soi assez grave pour que son accent eût chance de passer inaperçu. Paulhan,Fleurs Tarbes,1941, p.55.
3. LOG. [Introduit la mineure dans un syllogisme] D'ailleurs, l'homme ne connoît ses propres pensées que par leur expression; or, il a reçu ses premières expressions; donc il a reçu la première connoissance de ses pensées (Bonald,Législ. primit.,t.1, 1802, p.267):
6. L'exécution soulage et délivre. (...) On meurt parce qu'on est coupable. On est coupable parce qu'on est sujet de Caligula. Or, tout le monde est sujet de Caligula. Donc, tout le monde est coupable. Camus,Caligula,1944, II, 9, p.47.
4. [Introduit une question dont la réponse permet de conclure] La science a déjà assez vécu pour qu'(...) on puisse savoir si les édifices qu'elle élève résistent à l'épreuve du temps ou s'ils ne sont que des constructions éphémères. Or que voyons-nous? Au premier abord il nous semble que les théories ne durent qu'un jour et que les ruines s'accumulent sur les ruines (H. Poincaré, Valeur sc.,1905, p.268).
5. Plus rare. [Présente le fait qui justifie ce qui précède] Paul (...) lui demanda ce qu'avait dit le docteur. Peu lui importait le diagnostic. Il voulait la grosse nouvelle. Or, la nouvelle ne pouvait venir que de là (Cocteau,Enfants,1929, p.43).
Prononc. et Orth.: [ɔ:ʀ]. Homon. or1, or3. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. V. or3. Bbg. Antoine (G.). La Coordination en fr. Paris, 1962, t.2, pp.1194-1199, 1203-1204. _ Blumenthal 1980, pp.131-133; p.140.

OR3, ORE(S),(ORE, ORES) adv.

A. − Vx et littér. À cette heure, maintenant, présentement. Il fit mal; je le blâme, et le blâmai dès lors. Or écoutez ce qui en advint (Courier,Pamphlets pol.,Pétition aux deux Chambres, 1816, p.3).Ore je vous vais dire: La folâtre Amarylle, et le joyeux Tityre (Moréas,Pèlerin pass.,1891, p.88):
. −Mon fi, c'est pas possible; ça vient de naissance [le secret pour trouver l'eau], si tu l'as pas de naissance, tu peux te fouiller. C'est le ventre de la mère qui l'apprend; fallait t'y mettre à l'avance. Ores, c'est trop tard. Giono,Colline,1929, p.86.
Arch. Ores ..., ores ... Tantôt ..., tantôt ... [Les Sabines] leur firent tomber les armes des mains en appelant, dit le bon Plutarque, «ores les Sabins, ores les Romains», par les plus doux noms qui soient entre les hommes (Bern. de St-P.,Harm. nat.,1814, p.319).
[En emploi interjectif, renforcé par ça, sus, pour interpeller, pour exciter, pour convier à faire qqc.] Or sus, commençons notre ouvrage (Ac.1798-1932).Or çà! lui cria-t-on, est-ce vrai que tu prétends t'égaler à notre Phébus, toi, caricature? (Cladel,Ompdrailles,1879, p.69).V. ça2ex. 2.
B. − Loc. adv.
1. Vx et littér.
D'ores. Désormais. À vous donc la parole décisive et que je fais mienne d'ores, à charge, du reste, de réplique (Valéry,Corresp.[avec Gide], 1891, p.51).
D'ores à + compl. de temps.À partir de maintenant jusqu'à ... Je vous louerai, seigneur, d'ores à mon ultime heure (A. France,Lys rouge,1894, p.276).
D'ores en avant, d'ores et en avant. Dorénavant. Je me déclare d'ores et en avant misogyne (Gautier,Fracasse,1863, p.186).Monsieur l'abbé de Pradt (...) l'a prié [mon frère] à déjeuner avec l'état-major du duc de Raguse, dont il sera d'ores en avant, ce qui lui vaudra bien du lustre (Adam,Enf. Aust.,1902, p.173).
2. D'ores et déjà. Dès à présent, dès maintenant. Le gouvernement a pris d'ores et déjà toutes les mesures susceptibles de faire échouer ce mouvement (Camus,Révolte Asturies,1936, ii, 2, p.413).Se contenter d'un succès diplomatique d'ores et déjà éclatant (Martin du G.,Thib.,Été 14, 1936, p.431).La culture des tissus a d'ores et déjà conduit à d'importantes découvertes (J. Rostand, La Vie et ses probl.,1939, p.58).
[En tête de phrase] Quel labyrinthe! D'ores et déjà, je savais que je ne pourrais plus reconnaître le chemin de la chambre (Benoit,Atlant.,1919, p.251).[Précédé de mais] Je n'assistai point aux séances [de juillet 1913] Mais, d'ores et déjà, il paraissait que l'atmosphère du sénat était favorable (Joffre,Mém.,t.1, 1931, p.100).
Rem. La loc. adv. d'ores et déjà, prob. d'origine jur., est actuellement abondamment répandue dans la lang. du journalisme et de la radio. Cet abus est relevé par les grammairiens (v. Dupré 1972).
C. − Loc. conj., vx. Ores que. Maintenant que. Napoléon n'a nul besoin qu'on lui prête des mérites; il fut assez doué en naissant. Ores donc que, détaché de son temps, son histoire est finie et que son épopée commence, allons le voir mourir: quittons l'Europe (Chateaubr.,Mém.,t.2, 1848, p.654).
Prononc. et Orth.: [ɔ:ʀ]. Homon. or1, or2. Ac. 1694: or et ores; 1878: ores ou ors; 1935: ores. Littré, Rob.: or et vx ore, ores; Lar. Lang. fr.: or, ore, ores. Prop. Catach-Golf. Orth. Lexicogr. 1971, p.207: ores. Étymol. et Hist. I. Adv. de temps «maintenant, alors» A. Formes 1remoitié xes. ore (Jonas, éd. G. de Poerck, 173: si cum il ore sunt; 184 : ... en ceste causa potestis ore vecdeir...); 2emoitié xes. or, hor (St Léger, éd. J. Linskill, 5); fin xes. hora (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 1); 1155 répété ore ... or «tantôt ... tantôt» (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 11540); 1176 ores (Chrétien de Troyes, Cligès, éd. A. Micha, 1228); 1174-87 (Id., Perceval, éd. F. Lecoy, 7362). B. Emplois 1. a) ca 1100 introduit une prop. exclam. (Roland, éd. J. Bédier, 2944: E dist dux Naimes: ,,Or ad Carles grant ire!``); b) ca 1135 or du précède l'inf. subst. (Couronnement de Louis, éd. Y. G. Lepage, 1176: Ha! Bertran, sire, or del contralïer!; cf. G. Moignet, Gramm. de l'a. fr., p.200); 2. a) ca 1100 introduit une prop. jussive ou optative (Roland, 27: ,,Ore ne vus esmaiez!``; 424: ,,Or diet, nus l'orrum!``; 1013: ,,Or guart chascuns que granz colps i empleit...!``); b) 1176 or du précède l'inf. subst. «maintenant il s'agit de...» (Chrétien de Troyes, Cligès, 6530: Or del bien querre et del cerchier); 3. ca 1100 employé dans une prop. cond. [notion de provocation, de mépris] (Roland, 3669: S'or i ad cel qui Carle cuntredie; 3834: S'or ad parent ki m'en voeille desmentir); 4. 1176-81 employé dans une phrase interr. [instance pressante «donc» renforçant l'effet de la question] (Chrétien de Troyes, Chevalier au lion, éd. M. Roques, 2486: Comant? Seroiz vos or de çax ... Qui ...?). C. Forme la loc. conj. ore que 1. emploi temp. a) ca 1150 «maintenant que» (Thèbes, éd. G. Raynaud de Lage, 4172: Ne vous connois n'onc ne vous vi Ne meis ore que vous voi ci); 2emoitié xiiies. [ms.] «tandis que» (Chrétien de Troyes, Perceval, éd. W. Foerster, 4981, var. L: Or que eles ensi parloient); b) 1316 «lorsque» (Jean Maillart, Comte d'Anjou, éd. M. Roques, 4796), v. P. Imbs, Prop. temp. en a. fr., p.227; 2. emploi concessif 1546 «même si» [avec subj.] (Rabelais, Tiers Livre, éd. M.A.Screech, II, 70). D. Forme des loc. adv. 1. loc. interjective ca 1165 or tost! (Guillaume d'Angleterre, éd. M. Wilmotte, 2985); 1174-87 or ça! (Chrétien de Troyes, Perceval, éd. F. Lecoy, 713); 1176-81 id. (Id., Chevalier au lion, 5397); 1erquart xiiies. or sus! (Courtois d'Arras, éd. E.Faral, 7); 2. loc. temp. 1615 d'ores et desja «dès maintenant» (Harangue de Turlupin ds Variétés hist. et littér., éd. É. Fournier, t.6, p.71), v.aussi désormais, dorénavant, encore, lors. II. Adv. de l'articulation du discours, marque un point important dans l'enchaînement de la pensée, le passage d'une phrase à une autre (succession logique), cet emploi conduisant vers celui de conj. de coordination 1.1176-81 «alors, donc» (Chrétien de Troyes, Chevalier au lion, 364); 1230-35 (Mort Artu, éd. J. Frappier, 36, 30: il demeure a Escalot avec une damoisele que il ainme par amors. Or poons nos bien dire que je et vos l'avons perdu); 2. a) ca 1210 «et assurément; et, comme chacun sait» (Robert de Clari, Conquête de Constantinople, éd. Ph. Lauer, XVIII, 62: Li Grieu eurent molt grant paour des Latins qu'il virrent si aprochier d'aus (ore apele on tous chiax de le loy de Romme Latins)); b)ca 1210 «à la vérité; en réalité» (Id., op. cit., XL, 6: ... un port que on apele Bouke d'Ave qui estoit bien chent liwes en sus de Coustantinoble. Or estoit chis pors la ou Troies la grant sist); 3. 1580 introduit un nouvel élément dans la suite d'un raisonnement (Montaigne, Essais, I, XV ds OEuvres, éd. A. Thibaudet et M. Rat, p.139: Ce sont natures belles et fortes, qui se maintiennent au travers d'une mauvaise institution. Or ce n'est pas assez que notre institution ne nous gaste pas, il faut qu'elle nous change en mieux); 4. 1611 or donques (Cotgr.). Du lat. vulg. hā horā (hā ablatif fém. sing., TLL, s.v. hic, 2699, 53), altération de hac hora, prob. sous l'infl. de illa hora (illa hora iiies. Cyprien, Epist., 81, TLL, s.v. hora, 2959, 3). La chute du e final [or] s'explique par le caractère accessoire du mot; ores par adjonction de l's finale dite ,,adverbiale``.
STAT.Or2 et 3. Fréq. abs. littér.: 9577 (ore/s: 83). Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 14556, b) 15607; xxes.: a) 14758, b) 11065.

Article lié : « Or » et « hors » : quelle différence ?

Wiktionnaire

Nom commun - français

or \ɔʁ\ masculin

  1. (Chimie) (Indénombrable) Élément chimique de symbole Au de numéro atomique 79 et de masse atomique 196,96 qui fait partie des métaux de transition.
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)
  2. (Métallurgie) (Indénombrable) Métal précieux de couleur jaune, brillant, inaltérable, très ductile et malléable.
    • Pendant longtemps l’airain satisfit à toutes les exigences de la civilisation ; il servait aux arts de la paix comme à ceux de la guerre, et si quelques autres métaux comme l’or, l’argent, le plomb, le mercure, étaient déjà connus des anciens, on ne les appliquait qu'à des usages très limités. — (Edmond Nivoit, Notions élémentaires sur l’industrie dans le département des Ardennes, E. Jolly, Charleville, 1869, page 177)
    • M. Violle a trouvé pour point de fusion de l’argent et de l’or 954° et 1035°. MM. Holborn et Wienn ont donné pour les mêmes corps 968° et 1070°. — (Pierre Curie, Propriétés magnétiques des corps à diverses températures; Annales de Chimie & de Physique, 7e série, t. V, juillet 1895)
    • […] ; le système monétaire et le système du crédit reposent sur une vaine tradition de la valeur de l’or et offrent une instabilité presque fantastique. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 406 de l’édition de 1921)
    • Alors les retournant et les soupesant : « Charcot, me dit-il, y a-t-il de l’or ou de l’argent là-dedans ? » et devant ma négation, il me les rendit avec mépris. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
    • En Assyrie, en Égypte, l’intermédiarat existait, et, aussi, le prêt avec intérêt. Les paysans, manquant de blé, empruntaient des lingots d’or ou d’argent pour s’en procurer ; puis, quand il leur fallait rendre ces lingots, ils vendaient la récolte à perte, naturellement, à des trusteurs qui devinrent peu à peu maîtres du marché. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930)
  3. (Par extension) (Collectivement) Les objets et les monnaies de ce métal.
    • […] car l’or est leur dieu, et ces hommes sont toujours prêts à engager leur vie pour de l’or, aussi bien que pour des terres. — (Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820)
    • Il jetait de l'or sur une table de whist et le perdait avec indifférence. — (Gérard de Nerval, Les Filles du feu, Sylvie, 1854)
  4. (Spécialement) Dorure ; objet recouvert d’or (enluminures, décorations…).
    • Une courte fugue à la Côte d’Azur m'a permis de visiter un palais luxueux où l'on échampit actuellement les derniers ors et qui va s'ouvrir prochainement à la colonie cosmopolite. — (Bulletin médical et administratif du Dispensaire général de Lyon, 1897, p. 3)
  5. (Spécialement) (Par apposition) Il indique que le cours légal de la monnaie est indexé sur la valeur de l'or.
    • […] ; les billets en circulation de la Reichsbank seraient échangés contre des nouveaux billets libellés en mark-or, à raison d'un mark-or pour un trillion de mark-papier. — (Wilfrid Baumgartner, Le Rentenmark (15 Octobre 1923 - 11 octobre 1924), Les Presses Universitaires de France, 1925 (réimpr. 2e éd. revue), p.140)
  6. (Par extension) La couleur de ce métal.
    • Et en même temps une portière de velours violet fleurdelisé d’or se soulevant, le duc distingua dans l’ombre la reine elle-même, […]. — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, volume I, chapitre II)
    • La gamme de couleurs où elle est baignée est d’une somptuosité que l’on ne peut décrire. Depuis le rouge et l’or jusqu’au violet céleste, toutes les teintes frappent ses murailles […] — (Pierre Louÿs, La Ville plus belle que le monument, dans Archipel, 1932)
    • Puis il enclencha le foehn sur «air chaud», et il eut la surprise de voir la chevelure, raidie et foncée par l’eau, retrouver sa souplesse et son or à mesure que la soufflerie opérait. — (Jacques Chessex, L’Ogre, Éditions Grasset & Fasquelle, 1973, p. 214)
  7. (Par extension) Un objet qui a une grande valeur.
    • [Titre] La crevette, cet « or rose » dont Madagascar ne voit pas la couleur — (Edward Carver, Will Fitzgibbon, La crevette, cet « or rose » dont Madagascar ne voit pas la couleur, Le Monde. Mis en ligne le 11 octobre 2018)
  8. (Héraldique) Métal servant à décrire la couleur jaune.
    • D’or aux trois roses de gueules, qui est de Grenoble → voir illustration « écu d’or »

Note : Le pluriel ne s’utilise que dans un sens poétique : Il faut accepter le dépouillement alors que tous les ors de la vie terrestre sont à portée.

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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

OR. Conjonction
dont on se sert pour lier un discours à un autre. Or, pour revenir à ce que nous disions. Il sert aussi à lier une proposition à une autre, telle que la mineure d'un argument à la majeure. Le sage est heureux : or Socrate est sage, donc Socrate est heureux. Il s'emploie familièrement pour exhorter, pour inviter ou pour marquer le début d'un récit. Or çà, monsieur. Or sus, commençons. Or voici ce qui advint.

Littré (1872-1877)

OR (or) adv.
  • 1On a dit autrefois or, ore et ores, dans le sens de présentement. Comme ores à mes yeux vos marques apparaissent, Malherbe, I, 4. Ô débile raison, où est ores ta bride ? Régnier, Sat. IX. Si je t'aimai jadis, ores je m'en repens, Régnier, Élég. II. Or sage à mes dépens, j'esquive la bataille, Régnier, Épître II. Ores est temps de vous donner conseil, Deshoulières, Ball. à une de mes filles.

    On l'a dit aussi dans le sens de tantôt,… tantôt. Or ils parlent soldat, et ores citoyen, Régnier, Sat. X. … Faisant ore un tendon, Ore un repli, puis quelque cartilage, La Fontaine, Fais.

  • 2Aujourd'hui, conjonction qui sert à lier la mineure d'un argument à la majeure, et dont la signification est une dérivation de celle de ore, maintenant. Tous les hommes sont mortels ; or un roi est un homme ; donc un roi est mortel.

    Ores, archaïquement. Ores ce sont suppôts de sainte Église, La Fontaine, Cloch.

  • 3Or sert aussi à lier un discours à un autre. Or le plus grand dessein qui m'arrête en ces lieux, Mairet, Solim. I, 2. Or il est temps, ma sœur, de montrer qui nous sommes, Et qui peut plus sur nous, ou des dieux ou des hommes, Rotrou, Antig. III, 5. Comble-moi cette ornière ; as-tu fait ? Oui, dit l'homme. Or bien je vas t'aider, dit la voix, prends ton fouet, La Fontaine, Fabl. VI, 18. Or ai-je été prolixe sur ce cas, La Fontaine, Fér. La règle pour entendre l'Écriture est de l'entendre selon la tradition… or est-il que le motif de la récompense se trouve par toute l'Écriture, Bossuet, Quiétisme, 4e écrit, I, 24.

    Or donc se dit dans un sens analogue. Or donc, pour en revenir à ce que je disais…

    Or donc ne peut se mettre pour or servant à argumenter ; et c'est une faute de dire : Dieu est juste, vous l'offensez ; or donc il vous punira. Il faut mettre : donc il vous punira.

  • 4Or sert à exprimer l'exhortation. Or, dites-nous. Or çà, monsieur. Or sus commençons. Or, faites-en, nymphes, votre profit, La Fontaine, Court. En son hôtel il fait venir Le chanteur, et lui dit : Or çà, sire Grégoire, Que gagnez-vous par an ? La Fontaine, Fabl. VIII, 2. Or sus, nous voilà bien, Molière, Tart. II, 1.

HISTORIQUE

Xe s. Dixit ore nos [il nous dit ore], Fragm. de Valenc. p. 467. Si astreient [seraient] li Judei perdut, si cum il ore sunt, ib. p. 468.

XIe s. Et dist al rei : or ne vous esmaiez, Ch. de Rol. III. Des or [il] comence le conseil que mal prist, ib. XI.

XIIe s. Ici de Charlemaine [je] me doi ore bien taire, Sax. XXX.

XIIIe s. Et par tel convant li rendirent [la ville], qu'il les tenroit as us et as coustumes que li emperers Grieus les avoit tenus jusques à ore, Villehardouin, CXVIII. Quant Tybers et les serve voient qu'il va ainsi, Or ne demandez mie s'il furent esbaubi, Berte, LXXXIX. Seneschal, or me dites les raisons pourquoy preudomme vaut miex que beguin, Joinville, 195.

XVe s. [Quand le roi Philippe vit les Génois fuir devant les Anglais] il commanda et dit : Or tost, tuez toute cette ribaudaille, car ils nous empeschent la voie sans raison, Froissart, I, I, 287. Et là nous dist à tous le duc Jehan : Or çà nous sommes à ce que nous avons tousjours desiré, Commines, I, 11.

XVIe s. C'est ores la saison qu'on voit de toutes choses Multiplier par tout les semences encloses, Du Bellay, J. IV, 76, verso. Et, ores que le sage ne doibve donner aux passions humaines de se fourvoyer de la droicte carriere, il peult bien leur quitter…, Montaigne, I, 339. Mais, en la meslée, l'un descendoit à terre ; et combattoient ores à pied, ores à cheval, l'un aprez l'autre, Montaigne, I, 368. Et ores que le faire soit plus naturel aux Gascons que le dire, si est-ce qu'ils s'arment quelquefois autant de la langue que du bras, Montaigne, IV, 343. J'espere et crain, je me tais et supplie, Or' je suis glace et ores un feu chaud, Ronsard, 6.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

1. OR.
5Ajoutez : D'ores et déjà ou d'ors et déjà, dès maintenant. Quand les deux époux concourent au contrat, le consentement de la femme est certain, et rien ne s'opposait à ce qu'on la déclarât d'ors et déjà propriétaire de l'immeuble licité, Dissertation insérée au n° 2925 du Répertoire périodique de l'enregistrement.
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Étymologie de « or »

Provenç. ora, ara, aras, er, era, eras ; anc. cat. ara ; ital. or, ora ; du lat. hora (voy. HEURE). Le sens propre de ore, ores ou or est : à l'heure, alors, maintenant ; de là le passage est facile au sens actuel de or. Ore ou or est hora ; ores est horis.

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(Nom) (IXe siècle) Du latin aurum (« or, objet fait en or, monnaie d’or, richesse, couleur de l’or »).
(Conjonction) De l’ancien français ore, or, « maintenant », du latin hāc hōrā, « à cette heure ». Son emploi comme conjonction date du XIIe siècle.
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Phonétique du mot « or »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
or ɔr

Fréquence d'apparition du mot « or » dans le journal Le Monde

Source : Gallicagram. Créé par Benjamin Azoulay et Benoît de Courson, Gallicagram représente graphiquement l’évolution au cours du temps de la fréquence d’apparition d’un ou plusieurs syntagmes dans les corpus numérisés de Gallica et de beaucoup d’autres bibliothèques.

Évolution historique de l’usage du mot « or »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « or »

  • Les ânes préféreraient la paille à l'or.
    Héraclite, d'Éphèse — Fragment, 9 Diels (traduction Battistini)
  • L’or brille même dans la boue.
    Proverbe lituanien
  • La soif de l'or - auri sacra fames - est devenue tellement impérieuse au jour d'aujourd'hui, que beaucoup de gens n'hésitent pas, pour se procurer des sommes, à employer le meurtre, la félonie, parfois même l'indélicatesse.
    Alphonse Allais — Rose et vert pomme, Ollendorf
  • Je cherche l'or du temps.
    André Breton — Introduction au Discours sur le peu de réalité , Gallimard
  • Comment en un plomb vil l'or pur s'est-il changé ?
    Jean Racine — Athalie, III, 7, Joad
  • Et que l'or est un charme à la vertu fatal !
    Jean de Rotrou — Laure persécutée, II, 7
  • Bien que la sagesse ne puisse s'acquérir avec de l'or, elle peut encore moins s'acquérir sans lui.
    Samuel Butler — Notebooks
  • Le soleil, l'or des pauvres.
    Natalie Clifford Barney
  • L’or te donne la terre, la terre te donne l’or.
    Proverbe indien
  • L’or est le souverain des souverains.
    Antoine de Rivarol — L’esprit de Rivarol
Voir toutes les citations du mot « or » →

Traductions du mot « or »

Langue Traduction
Anglais gold
Espagnol oro
Italien oro
Allemand gold
Chinois
Arabe ذهب
Portugais ouro
Russe золото
Japonais ゴールド
Basque urrea
Corse oru
Source : Google Translate API

Combien de points fait le mot or au Scrabble ?

Nombre de points du mot or au scrabble : 2 points

Or

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