La langue française

Mais

Définitions du mot « mais »

Trésor de la Langue Française informatisé

MAIS1, conj. de coordination

I. − [Mais coordonne des termes; précédé d'une prop. comportant une négation explicite qui porte sur un élément ayant la même catégorie syntaxique (ou à défaut la même fonction sém.) que celui qui suit mais. En employant mais le locuteur refuse ce qui est dit dans la prop. précédant mais et le remplace par ce qui suit]
A. − [Mais est employé pour rectifier une prédication réellement exprimée]
1. [Avec la négation ne...pas/plus/guère, etc.] Ce n'était pas chez nous, mais à Chaillot, chez ma tante (Sand,Hist. vie, t. 2, 1855, p. 169).Il ne venait pas lui demander de l'argent, mais justice pour ses administrés (Goncourt,Journal,1864, p. 111).Ce n'est pas seulement agréable, mais c'est beau, parfois, d'être offensé (Sarraute,Ère soupçon,1956, p. 27).
2. [Avec la négation non (pas/point, etc.)] Je revins, non pas réconcilié, mais dissimulé avec mon rival (Restif de La Bret.,M. Nicolas, 1796, p. 208).Et parfois tu tombais à genoux, non pour prier, mais pour appuyer ton front contre les dures petites mains glacées (Mauriac,Noeud vip.,1932, p. 139).Il avait (...) des joues non point molles, mais pareilles à la chair des bêtes frigorifiées (Duhamel,Suzanne,1941, p. 200).
3. [Avec un autre adv. négatif] Je serrais de plus en plus fort, nullement inquiet, mais intrigué par ce frénétique réveil d'un objet apparemment si calme (H. Bazin,Vipère,1948, p. 8).
B. − [Mais est employé pour rectifier une prédication que l'on ne fait qu'envisager] Il vous serait assuré, je vous le jure... M'en jurerez-vous autant; je ne dis pas avant, mais après le danger? (Scribe,Bertrand,1833, i, 6, p. 131).Quel homme, je ne dirai pas d'un certain talent, mais d'un vrai éclat, d'une grande célébrité s'annonce? (Tocqueville,Corresp. [avec Gobineau], 1858, p. 297).Serez-vous plus forte en 1862 qu'en 1861? Je vous souhaite de l'être, parce que ce serait le moyen d'avoir un peu plus (je ne dis pas de bonheur) mais de tranquillité (Flaub.,Corresp.,1862, p. 9).
[La prédication est reprise par non] J'arrivais à lui tout sourire. Je ne puis pas: il est trop laid. Je ne parle pas de sa disgrâce superficielle; non, mais d'une laideur profonde (Gide,Journal,1904, p. 139).
II. − [Mais s'emploie en tête d'un énoncé en réaction à une situation dont le locuteur refuse telle ou telle conséquence ou telle ou telle conclusion qu'on pourrait en tirer]
A. − [Coordonnant des énoncés]
1. [Sert à contester le contenu de ce qui est dit]
a) [La contestation porte sur la conclusion elle-même]
α) [L'énoncé du locuteur se présente comme appuyant une conclusion opposée à celle qu'on peut tirer de l'énoncé de l'interlocuteur (réel ou fictif)] .
Rem. Dans p, mais q, p est présenté comme un argument en faveur d'une certaine conclusion et q comme un argument plus fort en faveur de la conclusion adverse. P. ex. Le camion est très chargé, mais il roule lentement: la phrase le camion est très chargé peut donner à croire qu'il y a du danger; la seconde phrase (il roule lentement) entraîne plus fortement la conclusion contraire (il n'y a pas de danger).
[Dans le dialogue]
[Le locuteur reprend l'énoncé de l'interlocuteur (en tout ou en partie, ou au moyen d'un mot à valeur anaphorique)] «Alors, on t'a souvent embrassée?» Elle répondit avec un air de mépris souverain pour l'homme qui en pouvait douter: «Parbleu... Mais toutes les femmes ont été embrassées souvent...» (Maupass.,Contes et nouv., t. 1, Cri d'al., 1886, p. 1064).De Berville: Je crois, en tout cas, monsieur, être un homme bien élevé... Brotonneau: Oui, oui... Vous êtes bien élevé, mais malgré ça vous avez certains mérites: vous êtes exact, appliqué... (Flers, Caillavet,M. Brotonneau,1923, i, 13, p. 9).Alexis, ce n'est pas le moment de te couper les ongles de pied. − Oui, mais je troue toutes mes chaussettes (Duhamel,Suzanne,1941, p. 148).
[Le locuteur enchaîne directement sur l'énoncé de l'interlocuteur]
[L'énoncé du locuteur est de forme assertive] L'avocat devint rêveur. − «C'est drôle! Il faudrait pour cette place quelqu'un d'assez fort en droit!» − «Mais tu pourras m'aider,» reprit Frédéric (Flaub.,Éduc. sent., t. 2, 1869, p. 52).− Ce départ était projeté depuis longtemps, et je n'ai fait que l'avancer de quelques semaines. − Mais vous êtes partie... compromise (Theuriet,Mar. Gérard,1875, p. 212).Trois mille cinq cents drachmes pour une négresse! − Elle est fille de blanc. − Mais sa mère est noire (Louys,Aphrodite,1896, p. 28).
[Son énoncé est de forme exclam.] Claudin, sais-tu qu'il y a un infini matériel? − Je le sais, je le sais... − Mais c'est une découverte toute récente! (Goncourt,Journal,1860, p. 785):
1. éva, vivement: Attendez! − Quoi, vous me ferez responsable? le prince: De tout! éva: Mais, voyons... Une femme! le prince: Oui, mais quelle femme! Sardou,Rabagas,1872, I, 14, p. 45.
[Son énoncé a la forme d'une interr. totale] Voudriez-vous que la première cantatrice de San-Carlo acceptât les hommages du premier venu sans plus d'informations? Fabio: Mais l'oserai-je aborder seulement? (Nerval,Filles feu, Corilla, 1854, p. 663):
2. Il nous donnait quarante-huit heures pour réfléchir une dernière fois (...). Après quoi, insinuait-il, un ordre de Vichy pourrait bien venir qui nous obligerait à mettre les pouces. − Mais la convention de Genève? dit quelqu'un. Ambrière,Gdes vac.,1946, p. 285.
[Son énoncé a la forme d'une interr. partielle] «... Hier je ne t'ai pas parlé très gentiment d'Albertine; ce que je t'ai dit était injuste. − Mais qu'est-ce que cela peut faire?» me dit ma mère (Proust,Sodome,1922, p. 1129).
[Hors du dialogue]
[L'énoncé introd. par mais est de forme assertive] Son père (...) lui dit: − «On a entendu les témoins... J'ai déposé... Mais ce qui a été dur, ç'a été de me trouver dans la petite salle, avant l'audience, avec la mère de Greslou (...)» (Bourget,Disciple,1889, p. 233):
3. Avouez tout de même que reprendre comme ça, en plein jour, avec une créature de chair et d'os, la conversation commencée la nuit précédente avec un personnage imaginaire, un fantôme − rien − c'est plus qu'il n'en faut pour vous mettre la cervelle à l'envers, hein? Mais il y a la photo. Bernanos,Crime,1935, p. 839.
[Le locuteur est le narrateur] D'abord, de quel droit qu'vous m'tutoyez? Ensuite, il me semble que j'vous cause pas... Êtes-vous l'juteux? Non? Ben alors?... Mais le «juteux» accourait (Benjamin,Gaspard,1915, p. 127).P. ell. Oh! sois tranquille! Aucun homme ne sera assez con pour m'épouser. Ils aiment bien coucher avec moi mais après ça bonsoir (Beauvoir,Mandarins,1954, p. 201).
[Par anticipation des objections à la conclusion] Il a beaucoup, mais beaucoup plu. Il fut reçu bien, mais très bien (Ac. 1878-1935):
4. Je ne disconviens pas que, par le temps qui court, un inconnu ne soit, en effet, un oiseau rare: Toutefois... − j'ajouterai, monsieur, − interrompt, d'un ton dégagé, l'aspirant écrivain, − que je suis, oh! mais sans l'ombre de talent, d'une absence de talent... magistrale! Villiers de L'I.-A.,Contes cruels,1883, p. 47.
[L'énoncé est de forme exclam.] Vous êtes bien changé; vous étiez maigre déjà alors, mais quelle différence aujourd'hui! (Karr,Sous tilleuls,1832, p. 162).C'est ta faute! clamait la femme. Ta faute! Mais tu vas me le payer! (Van der Meersch,Invas. 14, 1935, p. 267).
[L'énoncé est de forme interr.] L'avenir est plus obscur que jamais. Tout semble impossible à tout le monde. Il faudra bien cependant que ceci se dénoue. Mais quand et comment, qui le sait? (Tocqueville,Corresp. [avec Gobineau], 1850, p. 103).La route de Saint-Valéry est toujours là, mais est-elle sûre? (Flaub.,Corresp.,1871, p. 197).J'ai beaucoup crié: vive l'armée. Et je continuerai. Mais est-ce l'armée telle qu'elle est que nous acclamons. C'est un certain idéal (Barrès,Cahiers, t. 5, 1907, p. 69).
[L'énoncé est de forme impér.] Viens quand même le plus tôt possible, mais préviens pour que je puisse déblayer mon temps (Gide,Corresp. [avec Valéry], 1898, p. 322).
β) En partic. [L'énoncé du locuteur se présente comme récusant la vérité de ce que dit l'interlocuteur ou comme exprimant son désaccord avec ce dernier] .
Rem. Dans p, mais q, q équivaut à la négation de p. P. ex. dans le dialogue: − Il est ici. − Mais il n'y a personne!
[Le locuteur récuse la vérité de ce qu'a dit l'interlocuteur] − Moi je ne pourrai pas. Je n'aurai pas la force, répéta Kate cependant. − Mais si, mais si. Ce n'est qu'une question de repos (Peyré,Matterhorn,1939, p. 93):
5. − Il paraît que c'est quelqu'un qui s'occupait de la Résistance, (...) qu'il est resté trois mois à Fresnes et puis... − ... Il a été fusillé... − Mais non idiot puisqu'il était au Honeymoon. Il vient d'être relâché. Vailland,Drôle de jeu,1945, p. 77.
[Il récuse la mise en cause possible d'une relation hypothétique] Si je n'avais pas fait revenir ces dossiers, mais... mais... je sautais (Ch. Maurras, La Politique ds l'Action française du 29 mai 1930, p. 1, col. 5 cité par Dam.-Pich. t. 5, §1740, p. 229).
[Il récuse une présupposition contenue dans l'énoncé de l'interlocuteur] − Ils sont déjà installés dans la Tour Carrée, dans la chambre d'entrée, à gauche; ils serviront de concierges à la Tour Carrée!...répondit Rouletabille. − Mais la Tour Carrée n'a pas besoin de concierges! s'écria Mrs Édith, dont l'ahurissement était sans bornes (G. Leroux,Parfum,1908, p. 51).
[Il récuse une hypothèse que lui-même formule] Quand on m'annonce une bibliothèque de culture générale, je cours aux volumes, croyant bien y trouver de beaux textes, de précieuses traductions, tout le trésor des poètes, des politiques, des moralistes, des penseurs. Mais point du tout; ce sont des hommes fort instruits, et vraisemblablement cultivés, qui me font part de leur culture (Alain,Propos,1921, p. 220).
[Le locuteur exprime son désaccord avec l'interlocuteur] Petypon: (...) Ah! bien, v'là tout! On se battra une autre fois! Il redescend. Le Général: Hein! mais pas du tout! mais tu en as de bonnes! (Feydeau,Dame Maxim's,1914, iii, 17, p. 69).
γ) [L'énoncé du locuteur se présente comme la conclusion inverse de celle que l'énoncé de l'interlocuteur appuyait]
Rem. Dans p, mais q, la phrase p est un argument en faveur d'une certaine conclusion r et q équivaut à non-r. P. ex. dans: Le camion est très chargé, mais il roule vite, le fait que le camion soit très chargé pouvait donner à penser qu'il roulerait lentement (r), alors que dans q on dit qu'il roule vite (non-r).
[Le locuteur reprend l'énoncé de l'interlocuteur] D'où à l'égard du péché même, une attitude double: haïssable, oui certes, mais peut-être indispensable aussi pour que s'opère le saut (Du Bos,Journal,1927, p. 140).− C'est leur journal, comprenez-vous, dit Robert; ils l'ont créé, ils tiennent à être les maîtres chez eux. − C'est regrettable, dit Trarieux. − Peut-être; mais personne n'y peut rien (Beauvoir,Mandarins,1954, p. 209).
[Le locuteur enchaîne directement sur l'énoncé de l'interlocuteur] − Alors, vraiment, demanda Jacques (...), tu me donneras un carnet de trois mille francs dans quinze jours? − Mais bien avant, si l'affaire est finie, répondit Monsieur de Meillan (Miomandre,Écrit sur eau,1908, p. 190).
[L'énoncé du locuteur est de forme interr.] Ce n'est pas comme électeurs que nous pesons lourd. − Et qu'est-ce qu'en dit S.? − Qu'il faut essayer. (...) − Par persuasion? − Je ne vois pas ce qu'on pourrait faire d'autre. − Mais le monsieur est abordable... de ce biais-là? (Romains,Hommes bonne vol.,1932, p. 50).
δ) [Le premier énoncé met en cause l'énonciation même du second; en énonçant le second, le locuteur outrepasse cette mise en cause] Pardonnez-moi ma curiosité, dis-je alors; mais c'est donc vous qui l'avez donné à Marguerite Gautier? (Dumas fils, Dame Camélias,1848, p. 31).Folcoche se tord toujours, inconsciente, les deux mains sur le foie. Sa respiration siffle. Dois-je le dire, mais nous respirons mieux depuis qu'elle étouffe (H.Bazin,Vipère,1948, p. 84).
b) [Le locuteur, tout en acceptant la conclusion pour laquelle l'énoncé de l'interlocuteur est argument, refuse la manière dont ce dernier y est parvenu]
α) [L'énoncé du locuteur présente un argument plus fort que l'énoncé de l'interlocuteur en faveur de la même conclusion]
[La parole de l'interlocuteur est reprise dans l'énoncé du locuteur] Tartarin, débarquant à Marseille, y était déjà illustre sans le savoir, et un télégramme enthousiaste l'avait devancé de deux heures dans sa ville natale. Mais ce qui mit le comble à la joie populaire, ce fut quand on vit un animal fantastique, couvert de poussière et de sueur, apparaître derrière le héros (A. Daudet,Tartarin de T.,1872, p. 133).
β) [L'énoncé du locuteur présente un argument différent de celui de l'interlocuteur en faveur de la même conclusion ou récuse cet argument] :
6. D'ordinaire, les hommes sont si peu capables de donner une solution à notre haut problème de méthode (concilier la complexité des sentiments et leur unité) qu'ils n'entendent même pas que l'ardeur des sens et l'amour sont des passions distinctes, fort séparables. Elles sont réunies au plus bas de la série des êtres; d'accord! mais c'est que chez les plantes et chez les pauvres animaux des premières étapes toutes les fonctions sont mal différenciées. Barrès,Jard. Bérén.,1891, p. 111.
2. [Sert à contester, non pas ce qui est dit, mais le fait de le dire, met en cause la légitimité du dire ou sa pertinence]
a) [L'énoncé du locuteur sert à contester la légitimité du dire]
[L'énoncé a la forme interr.] Et sans consulter M. de Charlus, en maître: «Voyons, Léontine, ne reste donc pas debout, assieds-toi. − Mais est-ce que je ne vous dérange pas?» (Proust,Sodome,1922, p. 1073).
[L'énoncé a la forme impér.] Il me semble qu'il serait bon de profiter de cette brise et d'appareiller avant la nuit. (...) − Tu as peut-être raison, dit-il, mais mêle-toi de ce qui te regarde. Tu es marin? (Cendrars,Bourlinguer, 1948, p. 172).
b) [L'énoncé du locuteur sert à contester la pertinence du dire, la raison, le motif ayant amené l'interlocuteur à énoncer ce qu'il dit]
α) [L'énoncé de l'interlocuteur est de forme assertive]
[L'énoncé du locuteur reprend celui de l'interlocuteur] Ah! nous sommes un grand peuple. − Mais oui, dit Aurelle, ému; vous êtes un grand peuple (Maurois,Silences Bramble,1918, p. 12).
[Le locuteur enchaîne sur l'énoncé de l'interlocuteur] Fanny, au facteur.: Vous n'avez rien pour moi? Fanny Cabanis? Le Facteur: Oh! mais je vous connais, mademoiselle! Non, je n'ai rien pour vous (Pagnol,Fanny,1932, i, 1ertabl., 10, p. 42):
7. m. brun, perplexe: Le moteur me paraît bien petit. panisse: Mais c'est bien ce qu'on vous a dit: ce n'est pas un canot à moteur: c'est un bateau à voiles avec un moteur auxiliaire. Pagnol,Fanny,1932II, 2, p. 112.
β) [L'énoncé de l'interlocuteur est de forme interr.] :
8. Les valeurs que je tirai de mon portefeuille consistaient en mes simples engagements, échelonnés à diverses échéances (...). À cette vue le petit homme recula de deux pas en arrière en jetant les billets sur son bureau: − Qu'est-ce que c'est donc que ça? me dit-il. − Mais, monsieur, ce sont les valeurs que vous m'avez demandées. Reybaud,J. Paturot,1842, p. 395.
9. Il me mit dans les mains le code militaire commenté, (...) je me laissai aller à examiner curieusement, dans le détail, les rouages de la redoutable machine. Au bout d'une demi-heure, je me détournai: − Mais dites donc, c'est effrayant! − Quoi? − Mais le rôle que vous m'offrez!... Vercel,Cap. Conan,1934, p. 94.
En partic. [Le locuteur est le narrateur] − Vous avez changé, dit-il gentiment. Autrefois vous étiez satisfaite de votre sort d'une manière presque insolente. − Pourquoi est-ce que je serais la seule à ne pas avoir changé?» dis-je. Mais lui non plus il ne lâchait pas prise :«Il m'a semblé...» (Beauvoir,Mandarins,1954, p. 192).
B. − [L'énoncé introd. par mais est mis en relation avec la situation extra-linguistique et non avec un énoncé qui le précède]
1. [Sert à contester l'attitude de l'interlocuteur]
a) [Le locuteur demande à l'interlocuteur de justifier son attitude] J'ai dit à maman que je venais chez vous... Elle m'a chargée de vous exprimer tous ses bons souvenirs!... Alors, n'est-ce pas...? Mais qu'est-ce que vous regardez comme ça?... (Feydeau,Dame Maxim's,1914, III, 14, p. 66).Comme il continuait de s'habiller, Mmede Séryeuse demanda timidement: − Mais tu comptes dîner chez les Orgel? (Radiguet,Bal,1923, p. 176).
b) [Le locuteur exige de l'interlocuteur qu'il modifie son attitude] Comment! Vous êtes là! cria Madame Boche en l'apercevant. Mais aidez-nous donc à les séparer!... Vous pouvez bien les séparer, vous! (Zola,Assommoir,1877, p. 399).Pauline voudrait rester penchée sur eux. Elle est comme toutes les mères. Je lui dis parfois: «Mais tu les embêtes, tes fils. Laisse-les donc tranquilles...» (Gide,Faux-monn.,1925, p. 1114):
10. Vous savez bien que je le ferai, avec ou sans conditions. − J'aime mieux une condition. − C'est promis. − Vous ne savez pas quoi. − Cela m'est égal, c'est promis. Tout ce que vous voudrez. − Mais écoutez d'abord, entêté! − Dites. Rolland,J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p. 1508.
c) [Le locuteur manifeste son refus de l'attitude de l'interlocuteur] Puisque ça te plaît, va la rejoindre! − «C'est ce que j'attendais! Merci! «Rosanette demeura immobile, stupéfiée par ces façons extraordinaires. Elle laissa même la porte se refermer; puis, d'un bond, elle le rattrapa dans l'antichambre, et, l'entourant de ses bras: − «Mais tu es fou! Tu es fou! C'est absurde! Je t'aime!» (Flaub.,Éduc. sent., t. 2, 1869, p. 267).− Vous vous plaisez, à Constantinople? (...) Le Bosphore est un peu monotone; mais nous autres Anglais, aimons la campagne, vous savez. Nous demeurons toute l'année à Canlidja, dans notre cottage. Oh, mais elle m'agace. «Nous autres Anglais... notre cottage...» (Farrère,Homme qui assass.,1907, p. 110).
En partic. (Ah) Non, mais... Seulement, tu t'es dit: «Voilà un homme sérieux! un savant! abusons de son ignorance!» Mongicourt: Ah! Non, mais, tu en as de bonnes! (Feydeau,Dame Maxim's,1914, I, 2, p. 6).
d) En partic. [Le locuteur refuse la situation impliquée par la continuation du discours précédent et introd. une rupture dans ce discours (changement de thème, de point de vue, etc.)] Après être revenu encore à une foule de petits détails d'exécution tous admirables (...), il s'est interrompu assez brusquement, disant: «Mais sortons, allons faire un tour» (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 394).Tous les après-midi je lis du Virgile, et je me pâme devant le style et la précision des mots. Telle est mon existence, − mais parlons de la tienne, qui va changer (Flaub.,Corresp.,1861, p. 419):
11. − Oh! dit la jeune femme (...), vous savez bien, monseigneur, que les baisers de théâtre n'engagent pas une seule fibre de la chair. Mais dites-moi, sérieusement: qu'est-ce qui pourrait m'empêcher de jouer lady Percy? Duhamel,Suzanne,1941, p. 38.
2. [Introd. ce qui n'est pas prévisible dans la situation où l'on est; indique que la situation ne permet pas de comprendre ce qui a lieu et à quoi l'énoncé introd. par mais réfère] La duchesse et Roger entrent. Madame de Céran, à part, en les voyant: Hein? Avec la duchesse. Mais que se passe-t-il donc? (Pailleron,Monde où l'on s'ennuie,1869, ii, 1, p. 84).On ne comprit pas tout de suite, on confondait les casaques. Des exclamations partaient. − Mais c'est Nana!... Allons donc, Nana! (Zola,Nana,1880, p. 1402).
En partic. [L'énoncé du locuteur s'oppose à une conclusion dont il pense que, dans la situation où l'on est, elle pourrait lui être prêtée] Je me suis entendu avec le colleur (...) afin que si quelques-uns de mes voyageurs désirent assister à l'exécution, ils soient prévenus. − Ah! mais c'est une attention tout à fait délicate, s'écria Franz (Dumas père, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 487):
12. − Tenez, mon cher monsieur, dit Nanon en apportant les oeufs, nous vous donnerons les poulets à la coque. − Oh! Des oeufs frais, dit Charles, qui, semblable aux gens habitués au luxe, ne pensait déjà plus à son perdreau. Mais c'est délicieux... Balzac,E. Grandet,1834, p. 101.
III. − Emploi subst. Objection. Il n'y a pas de mais qui tienne. La commission a trouvé des mais et des si au sujet de l'envoi de M. Durand à Cazeaux, et il n'y a pas encore de décision prise (Mérimée,Lettres Fr. Michel,1849, p. 9).− Jamais de la vie. On vous laissera pas partir. Ça se peut pas. − Mais... − Y a pas d'mais, que je réponds pendant qu'elle boucle la lourde (Barbusse,Feu,1916, p. 117).
Prononc. et Orth.: [mε] ou [me]. Homon. mai, maie, mets, maye et formes du verbe mettre. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. Adv. A. Temporel 1. 2emoitié xes. ja non... mais «jamais plus ... ne»; ca 1130 ja mais «à partir de maintenant et dans l'avenir», v. jamais; 2. a) fin xes. magis [+ imparfait du subj.]«à un moment, un jour (dans le passé)» (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 88); ca 1100 mais [+ fut.] «à l'avenir, désormais» (Roland, éd. J. Bédier, 543); b) ca 1050 mais ... ne, ne ... mais «ne plus jamais, ne plus» (St Alexis, éd. Chr. Storey, 36: Quant veit li pedre que mais n'avrat amfant; 187: ,,Certes`` dist il, ,,n'i ai mais ad ester``); 3. ca 1100 unkes mais ne [+ parfait] «jamais, jamais encore (durée indéfinie dans le passé)» (Roland, 2223); 4. 1130-40 desormais (Wace, Conception N.-D., éd. W.R. Ashford, 1302, v. aussi désormais); 5. ca 1165 hui mais, mais hui «à partir de maintenant, désormais» (Benoît de Ste-Maure, Troie, 2108 [+ fut.], 2275 [+ ind. prés.] ds T.-L.); id. ne ... hui mais [+ fut.] «ne ... plus» (id. 7943, ibid.); 6. id. toz jorz ... mais [+ fut.] «toujours (durée indéfinie)» (id., 2269, ibid.). B. Quantitatif fin xes. mais «davantage» (Passion, 498); ca 1160 ne poöir mais «ne rien y pouvoir» (Eneas, 4390 ds T.-L., s.v. poöir); ca 1165 n'en poöir mais (Benoît de Ste-Maure, op. cit., 13164, ibid.). II. Conj. A. Adversative 1. marque une opposition a) 2emoitié xes. introduit une idée contraire à celle déjà exprimée (St Léger, éd. J.Linskill, 58 apr. une phrase négative; 113 apr. une phrase positive); b) ca 1200 marque une préférence (Jean Bodel, St Nicolas, éd. A. Henry, 801: Pinchedé, hocherons as crois? − Mais a le mine, entre nous trois); c) ca 1160 marque une précision, une rectification, un renchérissement apr. une interr. dir. (Eneas, 1754 ds T.-L.); ca 1200 (Jean Bodel, op. cit., 294: Soit pour un parti: a pais faire − Pour un? Mais pour canques tu dois); 2. marque une transition ca 1050 dans un récit «et voici que ...» (St Alexis, 213); ca 1100 (Roland, 1154); 3. dans un entretien assez vif, renforce une affirmation, une interr., un doute précédemment exprimés a) ca 1135 précède le verbe d'une prop. impér. (Couronnement de Louis, éd. E. Langlois, 2120: De quei le dotez vos? Mais chevalchiez et poignez tresqu'al pont); b) 1176-84 [ms. fin xiiies.] introduit une intervention répondant à une mise en doute, un étonnement (Gautier d'Arras, Ille et Galeron, éd. A. G. Cowper, 3797, var. ms. P: Oïstes me vos ainc requerre se vostre pere ot rice tere U s'il ert besogneus d'avoir? − Mais voel je vostre pere avoir U vos amer por vostre pere?); c) 1178 introduit la réponse à une interr. précise (Renart, éd. M. Roques, 13257: ,,Avroie ge poisons assez Tant que seroie respassez De cest mal qui m'a confondu?`` Et Renart li [Ysengrin] a respondu ,,Mais tant con vos porrez mangier``). B. Restrictive 1. mais que «à l'exception de» fin xes. apr. une phrase positive (Passion, 99); ca 1050 apr. une phrase négative (St Alexis, 37); 2. ne mais que «id.» ca 1100 apr. une phrase négative (Roland, 1934); apr. une phrase positive (ibid., 217). C. Hypothétique, exprimant la supposition , la condition ca 1100 mais que + subj. «pourvu que, à condition que» (ibid., 234). D. Concessive ca 1165 mais bien + subj. «bien que, même si» (Benoît de Ste-Maure, Troie, 8621 ds T.-L.); ca 1170 mes que bien + subj. (Chrétien de Troyes, Erec, éd. M. Roques, 4684). De l'adv. lat. magis «plus, davantage» employé notamment pour exprimer le compar. (en remplacement des formes synthétiques pour les adj. en -eus, -ius, -uus; dès l'époque pré-class. pour marquer une oppos., une mise en relief de l'adj. [cf. disertus magis quam sapiens, Cic., Att., 10, 1, 4], le tour périphrastique devenant de plus en plus fréquent à basse époque sans valeur expressive particulière), d'où mais adv. quantitatif (I A), et, appliqué à une quantité de temps, adv. temporel, le plus souvent combiné à d'autres adv. de temps (I B). Du sens secondaire «plutôt», notamment dans les tours non ... sed magis, ac magis, magis autem (TLL, s.v., 68, 1 sqq.), est issu l'emploi adversatif [cf., d'abord dans la langue poétique Catulle, 68, 30: id. ... non est turpe magis miserum est; en prose dep. Salluste, Jug., 96, 2: ab nullo repetere [sc. beneficia] magis id laborare ut...] (II A), ses représentants rom. (FEW t. 6, 1, p. 31b) montrant que magis avait dès l'époque prérom. assumé les emplois de sed (oppos. forte) et de autem (oppos. faible); pour sa part, à partir du m.fr., mais empiétera de plus en plus sur ainz (employé surtout dans les antithèses dont le premier terme est négatif, pour énoncer le second sous une forme positive, Ph. Ménard, Synt. de l'a.fr., § 309, 3orem.; G. Moignet, Gramm. de l'a. fr., p. 335) qu'il finit par supplanter. L'emploi restrictif (II B) semble issu du tour compar. «pas plus ... que» [non magis ... quam], d'où «seulement; rien, si ce n'est que» [ne ... mais que; mais que], v. Lat. Gramm. t. 2, Syntax und Stilistik, p. 497, § 268 Zusatz 2. De l'emploi restrictif seraient issus l'emploi hypothétique (II C): «seulement, excepté, mis à part» d'où «sous la réserve que, à condition que, pourvu que» − et l'emploi concessif: «mis à part le fait que», d'où «sans tenir compte du fait que, bien que», v. Ph. Ménard, op. cit., §§ 263 C, 270 c, 273; v. aussi FEW, loc. cit., p. 32a et b. Fréq. abs. littér.: 317849. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 409807, b) 408310; xxes.: a) 443101, b) 516854. Bbg. Andersson (S.). L'Oppos. mais/ainz (ainçois). St. neophilol. 1965, t. 37, pp. 40-44. _ Anscombre (J.-C.), Ducrot (O.). Deux mais en fr.? Lingua. 1977, t. 43, pp. 23-40. _ Auchlin (A.). Mais heu, pis bon, etc. Cah. Ling. Fr. Genève. 1981, no2, pp. 141-160. _ Blumenthal (P.). La Synt. du message. Tübingen, 1980, pp. 113-120; p. 132, 153. _ Cadiot (A.), Chevalier (J.-C.), [et al.]. Oui mais, non mais ... Lang. fr. 1979, no42, pp. 94-101. _ Coste (D.). Sur qq. emplois de la conj. mais. Ét. Ling. appl. 1971, no2, pp. 15-27. _ Ducrot (O.). Analyses pragmatiques. Communications. 1980, no32, pp. 11-60; Les Échelles argumentatives. 1980, pp. 72-76; Les Mots du discours. Paris, 1980, pp. 93-130; Pragmatique ling. In: Le Lang. en contexte. Amsterdam, 1980, pp. 489-575. _ Ducrot (O.), Vogt (C.). De magis à mais. R. Ling. rom. 1979, no171-172, pp. 317-341. _ Ibrahim (A. H.). Coordonner pour argumenter. Semantikos. 1978, t. 2, pp.21-42. _ Kail (M.). Ét. génétique des présupposés de certains morphèmes gramm.: un ex.: mais. In: Colloque interdisciplinaire. 1978. Paris, 1980, pp. 53-62. _Mais occupe-toi d'Amélie. Par S. Bruxelles, O. Ducrot, E.Fouquier, J. Gouazé,... In: Les Mots du discours. Paris, 1980, pp. 93-130. _ Morel (M.-A.). Ét. sur les moy. gramm. et lex. propres à exprimer une concession en fr. contemp. Thèse, Paris III, 1980, 2 vol., passim. _ Plantin (Ch.). Deux mais. Semantikos. 1978, t.2, no2/3, pp.89-93.

MAIS2, adv.

Vx. Plus. Le châtelain: «Faut-il que telle putain Ce soit ma châtelaine! − Châtelaine ne suis mais,» Fit-elle (...) La dame est Bohémienne (Richepin, Bombarde, 1899, p. 60).
Loc. N'en pouvoir mais. Ne rien pouvoir à quelque chose. Je n'en puis mais (Ac.1798-1878).Je vise à mon niveau, que cela porte ou non; je n'en peux mais (Chateaubr., Corresp., t. 2, 1821, p. 150).C'était injuste, en somme, de faire payer à ce malheureux garçon qui n'en pouvait mais, les ennuis causés par un autre que lui (Gyp, Passionn., 1891, pp. 238-239).
Prononc. et Orth. V. mais1. Étymol. et Hist. V. mais1. Bbg. V. mais1.

Wiktionnaire

Nom commun

mais \mɛ\ masculin invariable

  1. Substantivement, il signifie « objection, difficulté ».
    • Il y a toujours avec lui des si et des mais.
    • MAIS — et c'est un PUTAIN DE GROS MAIS — il doit avoir, en contrepartie, un devoir de neutralité. — (La Quadrature du Net, Un tiers médiaire, 17 octobre 2018 → lire en ligne)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MAI. n. m.
Le cinquième mois de l'année. Le joli mois de mai. Nous avons eu un mai bien pluvieux. Le mois de mai est consacré au culte de la Sainte Vierge et s'appelle alors mois de Marie.

MAI se dit d'un Arbre qu'on a coupé et qu'on plante, le premier jour de mai, devant la porte de quelqu'un et spécialement d'une jeune fille, en signe d'honneur. Planter un mai.

Littré (1872-1877)

MAIS (mê ; l's se lie : mê-z un homme, mê-z aussi)
  • 1Adv. qui signifie plus, et qui, usité en ce sens dans l'ancienne langue, ne se conserve plus aujourd'hui que dans la locution suivante : pouvoir mais, avec une négation ou une interrogation, n'être pas cause de, n'être pas responsable de. Souvent nous imputons nos fautes au malheur Qui n'en peut mais, Régnier, Sat. XI. Le malheureux lion… Bat l'air qui n'en peut mais, La Fontaine, Fabl. II, 9. [Le vent] Siffle, souffle, tempête, et brise en son passage Maint toit qui n'en peut mais, fait périr maint bateau, La Fontaine, ib. VI, 3. Sacrifiant à sa mélancolie Mainte perdrix qui, las ! ne pouvait mais Des cruautés de madame Clitie, La Fontaine, Faucon. Faut-il de vos chagrins sans cesse à moi vous prendre, Et puis-je mais des soins qu'on ne va pas vous rendre ? Molière, Mis. III, 5. Enfin, après cent tours, ayant de la manière Sur ce qui n'en peut mais déchargé sa colère…, Molière, Éc. des f. IV, 6. Si mon maître est ingrat, puis-je mais de cela ? Regnard, Distr. V, 6.
  • 2Dans le sens de oui, certes, qui est une extension du sens de plus. Elle y fut reçue très bien, mais très bien, c'est-à-dire que le roi la fit mettre dans sa calèche avec les dames, Sévigné, 43. Je trouve le petit-fils fort joli, mais fort joli, Sévigné, 3 avr. 1680. Parlerai-je d'Iris ? chacun la prône et l'aime, C'est un cœur, mais un cœur… c'est l'humanité même, Gilbert, Le XVIIIe s.

    Il se dit familièrement avec oui servant de réponse, et ne fait que renforcer l'affirmation. Viendrez-vous ? - Mais oui.

  • 3Conjonc. servant à marquer opposition, restriction, différence parce que le sens fondamental de plus qui y est, met en regard deux propositions, et les lie entre elles, soit passant de la plus faible à une autre plus forte, soit par différence ou opposition. Il est riche, mais avare. D'autre sang, mais plus vil, expiera l'attentat, Th. Corneille, Essex, V, 4. J'embrasse mon rival, mais c'est pour l'étouffer, Racine, Brit. IV, 3. Vous ne faites que ce que font les autres ? mais c'est ce que l'Écriture vous défend, Massillon, Carême, Élus. Heureux, mais gouvernés, libres, mais sous des maîtres, Voltaire, Brut. III, 7. Tu nous laissas le jour, mais pour nous avilir, Voltaire, M. de Cés. I, 3. Ils ont dit que le mien serait assez beau, si… ; que celui de Denis serait assez bien ; mais… eh ! bien, si, mais ? Marmontel, Mém. III.
  • 4Il s'emploie pour rendre raison de quelque chose. Je l'ai, il est vrai, maltraité, mais j'en avais sujet.
  • 5Il peut se répéter pour donner plus de force à l'opposition. Immolez, non à moi, mais à votre couronne, Mais à votre grandeur, mais à votre personne…, Corneille, Cid, II, 9. Ce n'est point parce que ses passions le rendent contraire à Dieu, mais parce qu'elles troublent son repos, mais parce qu'elles lui causent de mortels chagrins, mais parce qu'il se voit souvent dans l'impuissance de les satisfaire…, Bourdaloue, Myst. Concept. de la Vierge, t. II, p. 14. À l'instant il s'éleva dans tout Israël un seul cri, mais éclatant, mais unanime, Rousseau, Lév. d'Éphr. ch. 3.
  • 6Mais… mais… à la fin d'une objection, se dit pour faire pressentir des objections, des restrictions qu'on ne veut pas exprimer. Les soupers du roi [de Prusse] sont délicieux ; on y parle raison, esprit, science ; la liberté y règne, il est l'âme de tout cela ; point de mauvaise humeur, point de nuage, du moins point d'orages ; ma vie est libre et occupée ; mais… mais… ; je suis en train de dire des mais, Voltaire, Lett. Mme Denis, 6 nov. 1750.
  • 7Il peut se joindre à cependant et ne fait que le renforcer. Mais cependant ce jour il épouse Andromaque, Racine, Andr. IV, 3.
  • 8Mais avec non exprime une négation sous forme d'objection. Le peuple [juif] pour qui Dieu a fait des choses si étonnantes va sans doute être le maître de l'univers ; mais non, le fruit de tant de merveilles est de souffrir la disette et la faim dans des sables arides, Voltaire, Dict. phil. Moïse.
  • 9Mais s'emploie, dans la conversation, au commencement d'une phrase, qui a quelque rapport à ce qui précède. Mais, dites-moi, que voulez-vous faire de tous ces livres ? Mais encore quel parti prenez-vous ? Mais, qu'avez-vous dit ? Mais enfin, à quoi en voulez-vous venir ?

    Il sert quelquefois de transition pour revenir à un sujet qu'on avait laissé, ou pour quitter celui dont on parlait. Mais revenons à notre propos. Mais c'est trop parler de cela.

  • 10Mais s'oppose à non-seulement, dans deux membres de phrases qui se correspondent, et exprime une addition à ce qui est signifié par non-seulement. Non-seulement il est bon, mais encore il est généreux. Non-seulement on le blâme, mais même on l'accuse.
  • 11Il s'emploie sans verbe, d'une manière exclamative, pour exprimer la surprise, le blâme. Cela est bon pour une demoiselle de St-Cyr : mais une véritable abbesse ! Maintenon, Lett. à Mme de la Viefville, 4 mars 1706.
  • 12Mais ne vous en déplaise, se dit quand on veut contredire quelqu'un.
  • 13Eh mais, se dit pour exprimer le doute, l'hésitation, la suspension. Que dit-elle ? une affaire, où je suis Intéressée !… eh mais ! à ceci je ne puis Rien comprendre…, Collin D'Harleville, Optimiste, V, 7.

    Il marque aussi l'étonnement. Eh mais ? qu'y a-t-il là-dedans ?

  • 14 S. m. Objection, difficulté. Mais… - Achevez, seigneur : ce mais que veut-il dire ? Corneille, Nicom. III, 7. Que le diable t'emporte avec tes si et tes mais ! Regnard, Retour impr. 15. Dorval : Mais…Géronte : Mais, mais, voyons votre mais, Goldoni, Bourru bienfais. II, 1.

    C'est un homme qui n'a ni si ni mais, un homme franc, qui ne cherche ni excuse ni prétexte.

    Des mais, des si, des car, se dit des objections, des difficultés qu'on oppose à une chose simple.

    Il y a un mais se dit pour signifier qu'il y a des critiques à faire.

HISTORIQUE

XIe s. N'en parlez mais, se je nel vous comant, Ch. de Rol. XI. J'i puis aler, mais n'i aurai garant, ib. XXIV. Quant ert-il [sera-t-il] mais recreanz d'ostoier [faire la guerre] ? ib. XXXIX. Bataille aurez, onque mais tel ne fut, ib. LXXX.

XIIe s. Par tantes fois [j'] ai esté assailliz Que je n'ai mais povoir de moi defendre, Couci, V. Je n'en puis mes ; car je la desir si…, ib. VIII. Jà de mon cuer n'istra [de mon cœur ne sortira] mais la semblance Dont [ma dame] me conquist à mos pleins de douçor, ib. XVI. Ainz mais n'avint en France nule si granz dolors, Sax. XXVII.

XIIIe s. Et bien m'avez fait le plus haut servise que mais nule gent feist à home, Villehardouin, LXXXVIII. Ha Diex ! verrai-je mes, fait-ele, mes amis ? Berte, XX. Or est ele mout aise, mais tost sera dolente, ib. X. [Elle] Ne pouvoit mes aler, car forment ert lassée, ib. XLVI. Moi ne chaut qu'on en fasse, mes qu'ele [pourvu qu'elle] soit tuée, ib. XVI. L'omme lay [laïque], quant il ot mesdire de la lay [loi, religion] crestienne, ne doit pas deffendre la lay crestienne, ne mais [sinon] de l'espée, Joinville, 198. Et le mestre dit : Sire, mes m'ennuie tant comme il me peut ennuier, Joinville, 197. Il a tant donné que il n'a mez que donner, Joinville, 205.

XIVe s. Vertu encline touz jours à eslire bien, et vice au contraire ; mais aucune foiz en l'operacion qui est eslue par vertu peut estre empeeschement, Oresme, Eth. 63.

XVe s. Si me fit-elle tant de bien que j'en suis tenu de prier à tousjours mais pour elle, Froissart, I, I, 15. Autant vault si je m'en tais, Car certainement je tiens Qu'il ne s'en fera jà rien ; En toute chose a ung mais, Orléans, Rondeau. C'est son parler ne moins ne mais, Villon, Grand test.

XVIe s. Sans si, sans mais, est son bruyt, gloire et fame, Marot, J. V, 259. Eureuse suys, mais que [pourvu que] ce temps me dure, Marot, J. V, 322. De quoy Numitor fut fort courroucé, mais eux ne s'en soucierent guieres, ains amasserent à l'entour d'eulx bonne trouppe d'hommes vagabonds, Amyot, Rom. 7. Cela n'est pas fait en amy, mais en sophiste, qui ne quiert que l'apparence, Amyot, Com. discerner le flatteur de l'ami, 55. Ma deliberation ne est de provocquer, ains d'appaiser, d'assaillir, mais de deffendre, Rabelais, Garg. I, 29. Voire mais, que fera il si on le presse de… ? Montaigne, I, 190. Que peut-il mais de vostre ignorance ? Montaigne, II, 48. En nul endroit, comme a chanté Virgile, La foy n'est seure, et me l'a fait sçavoir Ton jeune cœur, mais vieil pour decevoir, Ronsard, 96. Il estoit destiné par sentence des cieux, Que je devois servir, mais [bien plus] adorer vos yeux, Ronsard, 239. Ô prince, mais o Dieu, dont la celeste face…, Ronsard, 671. Mon mastin, garde bien de mordre ma mignonne, Si elle vient me voir, ains baise luy les pieds : Mais aboye de loin si de quelque personne Au milieu de nos jeux nous estions espiez, Ronsard, 744. Mais dites-moy que signifie Que les ligueurs ont double croix ? C'est qu'en la ligue on crucifie Jesus Christ encore une fois, Sat. Mén. Quatrain sur les doubles croix de Lorraine.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

MAIS. Ajoutez :
15Mais que, ancienne conjonction qui est aujourd'hui hors d'usage, et qui signifiait dès que. Vous pouvez penser comme il fera, mais qu'il soit [dès qu'il sera] doyen des cardinaux, Malherbe, Lexique, éd. L. Lalanne. L'affection avec laquelle j'embrasserai votre affaire, mais que je sache [dès que je saurai] ce que c'est, vous témoignera…, Malherbe, ib. Cette conjonction est encore très usitée dans les campagnes normandes.
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Étymologie de « mais »

Wallon, main, mâie, dans le sens de jamais ; Hainaut, mé ; provenç. mais, mai, mas, ma ; cat. may ; esp. et port. mas ; ital. ma et mai ; du lat. magis, qui signifie plus, davantage. Le patois normand conserve deux anciens emplois de mais : Il n'a mais que dire, il n'a plus rien à dire ; et mais que dans le sens de lorsque : Mais que j'aille chez vous, je vous l'apporterai.

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(Xe siècle) Du moyen français mais, de l’ancien français mais, mes (« mais, plus »), du latin magis (« plus, plutôt »).
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Phonétique du mot « mais »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
mais

Citations contenant le mot « mais »

  • Nintendo Switch : mais où est passé Bayonetta 3 ? Numerama, Nintendo Switch : mais où est passé Bayonetta 3 ?
  • Mens, mais souviens-toi. De Proverbe russe
  • Parlons peu, mais parlons bien. De Proverbe français
  • Soit généreux, mais pas dépensier. De Hazrat Ali
  • Les hommes naissent semblables mais pas égaux. De Antoine de Rivarol
  • Je me repose, mais mon coeur veille. De Salomon
  • Connais-toi, mais réserve-toi des surprises. De Jacques Deval
  • La vérité recule, mais le savant avance. De Henri Poincaré
  • Les hommes sont égaux mais non identiques. De Swani Prajnânpâd
  • Connais-toi toi-même, mais pas trop. De Alexandre Arnoux
  • Il faut gémir, mais en cadence. De Jules Renard / Journal
  • Ecrivons sans grâce, mais avec notre sang. De Jan Greshoff / Pétards
  • Le repli de ce mardi est le premier en six séances pour l'oléagineux américain. Maïs et soja avaient été portés la semaine dernière par la confirmation d'importantes commandes chinoises. Les maisons de courtage ont à cet égard encore rapporté ce mardi auprès de l'USDA l'achat par Pékin de 126.000 tonnes de soja américain et la vente de 207.880 tonnes de maïs pour livraison vers des destinations inconnues. Le Figaro.fr, Chicago: maïs et soja lestés par des chiffres sur les semis
  • FIGAROVOX/TRIBUNE - L’État a rouvert les frontières et s’empêche de prendre des mesures contraignantes aux aéroports, mais le port du masque est obligatoire dans les lieux publics. Ces mesures paradoxales mériteraient à tout le moins d’être débattues, estime le journaliste Yves Mamou. Le Figaro.fr, Port du masque obligatoire... mais frontières grandes ouvertes?
  • Dordogne : il veut éviter un chat sur la route, il termine dans le mur d'une maison France Bleu, En Vendée, des centaines de jeunes travaillent en juillet dans les champs de maïs
  • Quelle nuit ! À 5 heures 30 mardi, les Vingt-Sept ont signé leur accord vivement qualifié d’historique : pour la première fois dans cette communauté à hue et à dia où l’essentiel jusqu’alors était de profiter de la manne d’un budget et de limiter ses contributions, les États vont dégager une enveloppe de 750 milliards, non pas de subventions – ni un prêt ni un don, des sommes fléchées vers des projets –, mais de prêts et de subventions mêlées (390 milliards pour les seules subventions, le détail ici). Le tout cadenassé par des négociations de marchands de tapis, entre les contrôles par le Conseil de l’emploi des sommes allouées « à la majorité qualifiée » (au moins 55 % des États membres représentant au moins 65 % de la population de l’Union européenne) et de rabais des contributions. Dans ce cadre au moins, s’en est fini du véto figeant qui rendait l’UE ingouvernable. Que les États dits frugaux (en gros l’Europe du Nord) aient fini par comprendre – en se faisant octroyer des baisses substantielles de leurs contributions comme le Royaume-Uni à une époque – que le salut passait par la solidarité est sans doute la vraie victoire du bon sens incarné par la France, l’Allemagne – au prix, pour la chancelière, d’un véritable virage de son dogme austère – et d’une certaine manière la Belgique : non seulement l’accord « historique » a été voté à Bruxelles, mais au surplus sous l’égide du président du Conseil en exercice, le Belge Charles Michel, qui s’est empressé de tweeter « Deal ! » à 5 heures 31. EcoRéseau Business, EcoRéseau Business | Europe solidaire, bravo, mais jusqu’aux États autoritaires, véto!
  • Il aura fallu quatre jours et quatre nuits aux dirigeants européens pour tomber d'accord, à l'aube du 21 juillet, sur le plan de relance de l'économie post-coronavirus. ll sera financé par un emprunt commun de la Commission européenne pour les 27, du jamais vu dans l'histoire de l'Union. Après moult tergiversations, 750 milliards d'euros seront débloqués, dont 390 en subventions. C'est nettement moins que les 500 milliards initialement préconisés par le couple franco-allemand. Le reste de l'enveloppe sera constitué de prêts.   LExpress.fr, UE : un plan de relance historique, mais à quel prix ? - L'Express
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Traductions du mot « mais »

Langue Traduction
Anglais but
Espagnol pero
Italien ma
Allemand aber
Chinois
Arabe لكن
Portugais mas
Russe но
Japonais だが
Basque baina
Corse ma
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Synonymes de « mais »

Source : synonymes de mais sur lebonsynonyme.fr

Mais

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