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Nier

Définitions du mot « nier »

Trésor de la Langue Française informatisé

NIER, verbe trans.

A. − Déclarer ne pas croire en l'existence de quelque chose, laquelle peut ou non être mise en doute. Le renouvellement littéraire que tu annonces, je le nie, ne voyant jusqu'à présent ni un homme nouveau, ni un livre original, ni une idée qui ne soit usée (Flaub., Corresp., 1852, p.452).Impossible d'affirmer ni de nier avec certitude l'existence de l'âme, la liberté (Martin du G., J. Barois, 1913, p.524).Ceux d'entre les Anciens qui admettent un hasard absolu, comme Aristote par exemple, sont évidemment obligés de nier le destin (Gilson, Espr. philos. médiév., 1932, p.168).
En partic. Ne pas admettre la réalité de quelque chose dont l'existence ne peut être mise en doute. Synon. récuser; anton. reconnaître.Le propriétaire est un dépositaire infidèle qui nie le dépôt commis à sa garde, et veut se faire payer les jours, mois et années de son gardiennage (Proudhon, Propriété, 1840, p.241).Tout ceci, non pas pour nier ta souffrance, mon pauvre ami, car je sais que tu souffres et que de plus endurcis que toi crèvent à la peine, mais pour me rassurer un peu, moi (Alain-Fournier, Corresp.[avec Rivière], 1906, p.140):
1. Les bases de la médecine expérimentale doivent être physiologiques. −Cette déclaration ne nie pas la médecine d'observation qui existe indépendamment de la médecine expérimentale comme histoire naturelle des maladies (de même que la chimie ne nie pas la minéralogie, qui existe indépendamment comme histoire naturelle des minéraux). Cl. Bernard, Princ. méd. exp., 1878, p.9.
Locutions
Nier l'évidence. Le surnaturel existe, qu'il soit chrétien ou non. Le nier, c'est nier l'évidence, c'est barboter dans l'auge du matérialisme, dans le bac stupide des libres-penseurs! (Huysmans, Là-bas, t.2, 1891, p.221).
Nier la réalité. Certains malades cessent de présentifier leur entourage et arrivent à nier la réalité des parents même qu'ils côtoient tous les jours (Mounier, Traité caract., 1946, p.310).
Emploi abs. Polyte (...) se taisait farouchement, n'ouvrait la bouche, contraint et forcé, que pour nier contre toute évidence (Simenon, Vac. Maigret, 1948, p.78):
2. Nier consiste donc bien toujours à présenter sous une forme tronquée un système de deux affirmations, l'une déterminée qui porte sur un certain possible, l'autre indéterminée, se rapportant à la réalité inconnue ou indifférente, qui supplante cette possibilité... Bergson, Évol. créatr., 1907, p.293.
P. ext. Entrer en contradiction avec l'existence de quelque chose ou de quelqu'un. Synon. rejeter, refuser.Notre dogme est ici d'accord avec ta loi; Car c'est nier César que de s'affirmer roi (Hugo, Fin Satan, 1885, p.869).L'assentiment au communisme, selon moi, loin de nier l'individualisation, la réclame (Gide, Journal, 1935, p.1231):
3. ... Marx pense que le travail est l'activité négatrice par excellence, celle par laquelle l'homme nie la nature, c'est-à-dire lutte contre elle, la maîtrise, la domine et la met peu à peu à son service. Lacroix, Marxisme, existent., personn., 1949, p.32.
Emploi pronom. réfl.:
4. Proudhon, avec une sorte d'ironie exaltée et victorieuse, notait à propos de cette loi de 1841 les contradictions de la propriété bourgeoise, obligée ainsi, pour son propre développement, de se nier elle-même. Jaurès, Ét. soc., 1901, p.233.
B. −
1. Ne pas reconnaître comme sien. Synon. désavouer, démentir.Il entamait une querelle, et, pour avoir raison, il niait souvent sa consigne antérieure (Balzac, Lys, 1836, p.195).Jamais, d'ailleurs, Barrès n'a nié son penchant pour le rêve, ni pour la dissolution de l'être (Mauriac, Journal 1, 1934, p.76):
5. Il convient, je crois, que vous ne parliez pas de cette lettre à tout autre qu'à M. de Staël, mais je n' ai jamais nié une seule de mes actions à une personne que j'aime et que j'estime autant que vous. Staël, Lettres div., 1794, p.588.
En partic. Nier une dette. Nier qu'on ait une dette à payer. Après des discours infinis, M. Leuwen ne put plus nier la dette (Stendhal, L. Leuwen, t.3, 1836, p.312).
THÉOL. Déclarer qu'on ne reconnaît plus Dieu ou que l'on n'admet pas son existence. Ce n'était pas moi-même, à l'état de personne, que je voulais aimer et respecter. C'était moi-même à l'état de créature humaine, c'est-à-dire d'oeuvre divine, pareille aux autres, mais ne voulant pas me laisser moralement détériorer par ceux qui niaient et raillaient leur propre divinité. Cet orgueil-là, je l'ai encore (Sand, Hist. vie, t.4, 1855, p.301).
Emploi abs.:
6. Le cas de Gide ne ressemblait à aucun autre: la plupart des chrétiens n'ont jamais dépassé la lettre du catéchisme, ils n'ont pas connu Dieu. C'est un mot qui n'a jamais rien recouvert pour eux. Ils nient, mais ne renient pas. Mauriac, Mém. intér., 1959, p.189.
2. Vieilli. Ne pas reconnaître l'appartenance de quelque chose à quelqu'un, refuser à quelqu'un de prendre en considération quelque chose. Synon. dénier.Nier qqc. à qqn. Ces nobles, à qui l'on nie leur propre nom, ou à qui on ne l'accorde que sous bénéfice d'inventaire, peuvent-ils inspirer quelque crainte? (Chateaubr., Mém., t.1, 1848, p.21).Je nie à l'État le droit de violenter, pour quelque motif que ce soit, les hommes dans leur conscience... (Martin du G., Thib., Été 14, 1936, p.539):
7. ... je vous donne absolution générale pour tous vos péchés, dont le plus grand, dit votre vieil ami, est de lui nier la belle et longue lettre qu'il vous a écrite il y a quelque temps et dont vous ne voulez pas lui tenir compte. Mmede Chateaubr., Mém. et lettres, 1847, pp.255-256.
C. − Déclarer ne pas croire en la vérité de quelque chose. Synon. contester.La témérité n'allait pas jusqu'à nier la valeur des horoscopes, ou à contester la part des mouvemens célestes dans les événemens qui agitent la terre (Ozanam, Philos. Dante, 1838, p.161).Quiconque travaille devient propriétaire: ce fait ne peut être nié dans les principes actuels de l'économie politique et du droit (Proudhon, Propriété, 1840, p.212):
8. Je demanderai aux chrétiens s'ils croient renverser les fondemens de l'histoire quand ils attaquent ces oracles prétendus, et si l'orateur romain eût cru renverser aussi les fondemens de l'histoire en niant la vérité de leurs prophéties, en supposant qu'il les eût connues? Dupuis, Orig. cultes, 1796, p.405.
En partic. Ne pas reconnaître la vérité d'une proposition ou d'un jugement dont le bien-fondé peut ou non être mis en doute. Depuis que l'avocat Grégoire avait nié que ses clients eussent des chiens, MeQuantin les avait remplacés par d'énormes molosses (Champfl., Bourgeois Molinch., 1855, p.203).Christophe jubilait. Il avait complètement oublié que, cinq minutes avant, il niait la possibilité d'un mouvement populaire (Rolland, J.-Chr., Buisson ard., 1911, p.1321):
9. ... par rapport au dieu fini des Grecs, on est mal venu à nier que l'idée d'obligation morale soit philosophique, car elle en est une suite nécessaire... Gilson, Espr. philos. médiév., 1932, p.159.
Rem. 1. Nier est gén. suivi d'une prop. sub. au subj. L'ind. peut cependant être employé pour indiquer que, selon le point de vue du locuteur, le bien-fondé de la prop. ne peut être mis en doute. Car c'est un fait que personne ne saurait nier, que Napoléon est venu librement et de bonne foi à bord du Bellérophon (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t.1, 1823, p.62). Le machiavélisme (...) nie pratiquement que l'homme est sorti des mains de Dieu, et qu'il garde en soi, malgré tout, la grandeur et la dignité d'une telle origine (Maritain, Human. intégr., 1936, p.241). 2. Lorsque la prop. est au subj., elle peut contenir un ne explétif (v. ne III) si la prop. princ. qui contient nier est à la forme négative ou interr. Qui pourrait nier que le dogme d'Adam ne soit la clé de voûte du mosaïsme? (P.Leroux, Humanité, 1840, p.956). Celui-ci, au moins, fit Prince, on ne peut nier qu'il ne soit sincère (Arland, Ordre, 1929, p.157). 3. Nier peut aussi être suivi d'un inf. Il nia avoir jamais écrit à Mlle de Jussat (Bourget, Disciple, 1889, p.37). M. le colonel Picquart a formellement nié avoir communiqué à personne, soit verbalement, soit par écrit, des documents ou renseignements ayant trait au procès Dreyfus (Clemenceau, Iniquité, 1899, p.25). L'inf. peut être précédé de la prép. de, mais le tour est vieilli ou littér. Il n'a pas nié d'avoir acheté les boeufs; mais il a dit que rien n'était convenu pour la livraison, ni sur le prix des jours de retard (Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p.134). Somme, j'ai dit, que vous-même devrez oublier de m'avoir donnée, que moi-même je dois être prêt à nier d'avoir touchée (Gide, Caves, 1914, p.754). 4. La constr. nier à qqn ou à soi-même + (ce) que est rare. Je ne vous nierai point, madame, reprit-il, ce que vous avez pénétré (Genlis, Chev. Cygne, t.3, 1795, p.26). Toi maintenant qui m'aimes, qui m'aimes tant que tu voudrais te le nier, est-ce moi que tu aimes dans moi ou un autre homme que tu as cru y trouver, et qui ne s'y rencontre pas...? (Flaub., Corresp., 1846, p.387).
D. − P. ext.
1. Ne pas reconnaître la valeur ou la validité (de quelque chose ou de quelqu'un). On aura bien encore la ressource de déclarer qu'au fond je ne suis pas sincère, que quelque chose en moi reconnaît cette vérité morale que je nie en paroles (G. Marcel, Journal, 1919, p.209).Ils regardaient comme illégitime le pouvoir des princes païens sur les peuples infidèles, et, en définitive, niaient la légitimité des pouvoirs terrestres fondés sur le droit naturel (Maritain, Primauté spirit., 1927, p.184).
[Le compl. désigne une pers.] Contester. Chaque jour, Balzac a grandi davantage. Discuté et nié par ses contemporains, il est resté debout après sa mort (Zola, Doc. littér., Sand, 1881, p.185).
2. Ne pas tenir compte de quelque chose, compter pour rien quelque chose. Quelques voies qu'il emprunte, l'homme ne peut s'en tenir à la mort, ni la regarder fixement. Tous ses efforts, tout son comportement la nient. Il vit comme si elle n'existait pas, ou du moins comme s'il en pouvait triompher (J. Vuillemin, Essai signif. mort, 1949, p.271):
10. Cette voix [du Pape] qui vient de dicter au monde catholique le parti à prendre, elle était la seule qui pût parler au milieu des tortures et des cris, la seule qui pût nier tranquillement et sans crainte la force aveugle des blindés. Camus, Actuelles I, 1944, p.67.
Prononc. et Orth.: [nje], (il) nie [ni]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) Ca 980 «renier (Dieu)» (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 194); b) ca 1160 «démentir» (Enéas, 8535 ds T.-L.); 2. ca 1180 «refuser quelque chose à quelqu'un» (Fierabras, éd. A. Kroeber et G. Servois, p.9), condamné comme n'étant ,,pas du bel usage`` ds Trév. 1704. Du lat. negare «dire non; affirmer que... ne... pas» et «refuser (quelque chose à quelqu'un)»; à l'initiale ni- l'a emporté sur la forme régulière ney- pour éviter toute confusion avec noyer* et parce qu'elle rappelait ainsi la négation ne, ni. Fréq. abs. littér.: 3643. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 4882, b) 3626; xxes.: a)5186, b) 6261.
DÉR.
Nieur, adj. et subst. masc.(Celui) qui nie par habitude ou avec obstination. Et on affirmait, on déclarait les faits indiscutables, tandis que le nieur acharné répétait: «Des blagues! des blagues! des blagues!» (Maupass., Contes et nouv., t. 2, Magnétisme, 1882, p.777).[Tartarin] en voulait (...) à ce siècle nieur, démolisseur, impie, qui ne respecte rien, ni gloire ni grandeur, coquin de sort! (A. Daudet, Tartarin Alpes, 1885, p.81). [njoe:ʀ]. 1reattest. 1563 (Ronsard, Remonstrance au peuple de France, 104 ds OEuvres, éd. P. Laumonier, t.11, p.68), une autre attest. au xvies. (v. Hug.), repris au xixes. 1882 (Maupass., loc. cit.); de nier, suff. -eur2*.
BBG.Barb. Misc. 29 1944-52, pp.429-431; p.433. _Lanly (A.). Morphol. hist. des verbes fr. Paris, 1977, pp.104-105.

Wiktionnaire

Verbe

nier \nje\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Dire qu’une chose n’est pas vraie, soutenir qu’une chose n’est pas.
    • Nier un fait.
    • C’est une vérité qu’on ne peut nier.
    • Nier cette vérité, c’est nier qu’il fasse jour en plein midi.
    • Il demeure d’accord du droit, mais il nie le fait, il le nie formellement.
    • Je ne nie pas qu’il ait fait cela.
    • Il nie que cela soit.
    • (Absolument)Il demeurait les bras croisés, immobile au milieu des gestes multipliés de mon oncle ; pour nier, sa tête tournait de gauche à droite ; elle s’inclinait pour affirmer, et cela si peu, que ses longs cheveux bougeaient à peine. — (Jules Verne, Voyage au centre de la Terre, ch. 11, 1867)
    • Ce sont vos affirmations qui provoquent et justifient mes négations. Cessez d’affirmer et je cesserai de nier. — (Sébastien Faure , Douze preuves de l'inexistence de Dieu, conférence de 1908)
  2. (En particulier) Refuser d'admettre ou de reconnaitre.
    • Il y avait de quoi désespérer ou attaquer ces misogynes qui niaient aux femmes le droit d'écrire et de défendre leurs talents selon leur propre tempérament. — (Michel Peyramaure, L'ange de la paix: Le roman d'Olympe de Gouges, éd. Robert Laffont, 2008)
    • Nier une dette ou un dépôt
  3. (Philosophie) Ne pas demeurer d’accord d’une proposition.
    • Les successeurs de Descartes nient l’efficace des causes secondes ; Descartes en partie la nie et en partie l’accorde. Il l’accorde explicitement, mais implicitement il la nie. — (Jules Simon, Introduction de : « Œuvres de Descartes », édition Charpentier à Paris, 1845)
  4. (Par extension) S’opposer à ce que l'on désapprouve.
    • La violence prolétarienne change l’aspect de tous les conflits au cours desquels on l’observe ; car elle nie la force organisée par la bourgeoisie, et prétend supprimer l’État qui en forme le noyau central. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, 1908, p. 23)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

NIER. v. tr.
Dire qu'une chose n'est pas vraie, soutenir qu'une chose n'est pas. Nier un fait. C'est une vérité qu'on ne peut nier. Nier cette vérité, c'est nier qu'il fasse jour en plein midi. Il demeure d'accord du droit, mais il nie le fait, il le nie formellement. Je ne nie pas qu'il ait fait cela. Il nie que cela soit. Absolument, Toute les fois que j'affirme, vous niez. Nier une dette, un dépôt, Soutenir qu'on n'a pas à payer cette dette, qu'on n'a pas à rendre compte de ce dépôt.

NIER signifie aussi, en termes de Philosophie, Ne pas demeurer d'accord d'une proposition. Il ne faut pas disputer contre ceux qui nient les principes. Nier une conséquence. Il a accordé la majeure et nié la mineure.

Littré (1872-1877)

NIER (ni-é), je niais, nous niions, vous niiez ; que je nie, que nous niions, que vous niiez v. a.
  • 1Dire qu'une chose n'est pas vraie ou n'est pas. Il me nia le fait, mais d'une manière qui me le fit croire, parce qu'il me conjura de ne le pas publier, Retz, Mém. t. II, liv. III, p. 245, dans POUGENS. Les sadducéens, qui nient la résurrection, le vinrent trouver, et ils lui proposèrent cette question…, Sacy, Bible, Évang. St Marc, XII, 18. Vous étiez aussi avec Jésus de Nazareth ? mais lui le nia, en disant : Je ne le connais point, et je ne sais ce que vous dites, Sacy, ib. XIV, 67. C'est une maladie naturelle à l'homme de croire qu'il possède la vérité directement ; et de là vient qu'il est toujours disposé à nier tout ce qui lui est incompréhensible, Pascal, Espr. géom. I. Souvenez-vous que nous avons vu nier dans Paris les expériences de Newton sur la lumière, et lui faire des objections plus frivoles, Voltaire, Pol. et législ. Fragm. hist. Inde. XXVI. Vous laissez les taupes, enterrées sous vos gazons, nier, si elles l'osent, l'existence du soleil, Voltaire, ib. Instr. pour le Pr. royal, II. Des avantages qui ne puissent être ni disputés ni niés ; or c'est ce qu'on trouve dans la naissance et dans la fortune, D'Alembert, Ess. sur la soc. des g. de lett. Œuvr. t. III, p. 62, dans POUGENS. Quand on nierait au christianisme ses preuves surnaturelles, il resterait de quoi prouver qu'il est le culte le plus divin et le plus pur, Chateaubriand, Génie, IV, VI, 13.

    Absolument. C'est un des abus de ce tribunal [l'inquisition], que, de deux personnes qui sont accusées du même crime, celle qui nie est condamnée à la mort, et celle qui avoue évite le supplice ; ceci est tiré des idées monastiques, Montesquieu, Esp. XXVI, 12.

    Nier Dieu, prétendre que Dieu n'existe pas. Dieu fait part, au besoin, de sa force infinie ; Qui craint de le nier, dans son âme le nie, Corneille, Poly. II, 6. Son désespoir à la mort de ses enfants, porté jusqu'à nier la Providence, Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. XI, 2e part, p. 735, dans POUGENS. Vous craignez qu'en adorant Dieu on ne redevienne bientôt superstitieux et fanatique ; mais n'est-il pas à craindre qu'en le niant on ne s'abandonne aux passions les plus atroces et aux crimes les plus affreux ? Voltaire, Dict. phil. Dieu.

  • 2Nier suivi d'un autre verbe, régit de et l'infinitif, lorsque le verbe régi se rapporte au sujet de la phrase. Il nie d'avoir rien touché, pour se mettre dans le rang des créanciers, Sévigné, 10 nov. 1675. Il a nié d'avoir prétendu deux fois dans le consistoire…, Rousseau, dans GIRAULT-DUVIVIER.

    Si le verbe régi ne se rapporte pas au sujet de la phrase, on met que et le subjonctif. Si cette vie est le champ fécond dans lequel nous devons semer pour la glorieuse immortalité… l'on ne peut nier que la longue vie ne soit souhaitable, Bossuet, Yol. de Monterby.

    On peut employer la même tournure quand les deux verbes ont le même sujet. Il nie qu'il se soit trouvé dans cette maison.

  • 3Nier un dépôt, une dette, nier qu'on ait une dette à payer, un dépôt à rendre. Doutez-vous de ma probité, monsieur ? vos cent écus ! j'aimerais mieux vous les devoir toute ma vie, que de les nier un seul instant, Beaumarchais, Barb. de Sév. III, 5.
  • 4 En termes d'argumentation, ne pas demeurer d'accord d'une proposition. Nier un principe. Il a accordé la majeure et nié la mineure. Il ne faut point imputer les conséquences à qui les nie, Bossuet, 3e avert. 2.
  • 5Refuser, ne pas accorder. Et je n'ai pu nier au tourment qui le tue Quelques moments secrets d'une si chère vue, Molière, D. Garc. III, 2. Et tâcher par des soins d'une très longue suite D'obtenir ce qu'on nie à leur peu de mérite, Molière, Mis. III, 1. Il demeure libre d'octroyer la demande ou de la nier, Pascal, Prov. VIII.
  • 6Se nier, v. réfl. Être nié. Ce sont là des choses qui se nient facilement.

REMARQUE

1. Nier employé avec une négation est suivi ordinairement de la négative ne : Je ne puis pas nier qu'il n'y ait eu des Pères de l'Église qui ont condamné la comédie ; mais on ne peut pas me nier aussi qu'il n'y en ait eu quelques-uns qui l'ont traitée un peu plus doucement, Molière, Tart. Préface. Vous ne sauriez nier qu'un homme n'apprenne bien des choses quand il voyage, Fénelon, Dial. des morts, n° 17. Je ne nie pas que je ne sois infiniment flatté…, Voltaire, Lett. Mme du Bocage, 19 sept. 1764.

2. On peut aussi supprimer ce ne : Je ne nie pas qu'il ait fait cela, Dict. de l'Académie. Je ne nie pas qu'il ait raison, Rousseau, dans GIRAULT-DUVIVIER.

3. On met également ne quand le verbe paraît sous une forme interrogative : Peut-on nier qu'il n'ait avancé cette proposition ? Mais ici aussi le ne peut se supprimer : Niez-vous qu'il en soit ainsi ?

HISTORIQUE

XIIe s. Puisqu'il le nie, sire, vez-ci mon gant, Ronc. p. 181.

XIIIe s. Li plus sage paien en furent moult dolent : Volentiers s'en r'alassent ariere en orient, Mais plus en ot de fols qui en furent noiant, Ch. d'Ant. VII, 556. Mais ce ne sui-je pas [ce n'est pas moi], sachiez, je vous le noi, Berte, cv. De ce qu'ele le noie, tous [j'] en sui trespensés, ib. CXXI. L'ostel, dit-il, tel cum veés, Prenés, jà ne vous iert neés [refusé], la Rose, 12378.

XIVe s. La pensée qui afferme ou nie, Oresme, Eth. 183. Teles vertus selon lesqueles l'ame dit verité ou en affermant ou en noiant, Oresme, ib. 173.

XVIe s. Qui est-ce qui niera que cela n'ait esté fait par esprit prophetique ? Calvin, Instit. 40. Il faut qu'il nie quant et quant, que la transgression de la loy n'est point peché, Calvin, ib. 488. Il nie qu'il n'a point esté creé apostre ne des hommes, ne par hommes, mais par Jesus-Christ, Calvin, ib. 854. Il ne nioit point qu'il n'eust Cleopatre, mais aussi ne confessoit il point qu'il la tinst pour sa femme, Amyot, Anton. 38. Il nia qu'il l'eust prise, mais il en fut trouvé saisy, Amyot, ib. 104.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

NIER, v. act. (Gramm.) c’est regarder comme faux ce qui est avancé par un autre, & lui marquer l’opposition qu’on a à son sentiment, par les expressions usitées dans la langue. Voyez Négation, Négatif, &c.

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Étymologie de « nier »

(vers 1450) Du latin negare. (980) neier.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Wallon, noiî ; provenç. negar, neguar, nejar, neyar ; espagn. et portug. negar ; ital. negare ; du lat. negare, que les étymologistes latins dérivent de nec et du radical du verbe ajo, aio, je dis ; mais à tort : car c'est le dénominatif de la négation nec, où le c s'est changé en g, comme dans neg-otium. La régularité de la conjugaison exclut la composition avec aio.

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Phonétique du mot « nier »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
nier nje

Citations contenant le mot « nier »

  • Réfléchir, c'est nier ce que l'on croit. Émile Chartier, dit Alain, Propos sur la religion, P.U.F.
  • L’ignorant aime à nier, le savant aime à croire. De Proverbe français
  • Il est toujours plus aisé de croire que de nier. De John Burroughs / La Lumière du jour
  • En politique le meilleur moyen de résoudre un problème est de nier l’énoncé. De André Frossard
  • Inutile de le nier : la femme n’est pas pareille à l’homme. De Jean-Paul Sartre
  • Si croire en Dieu peut comporter certaines obscurités, nier Dieu comporte une absurdité. De Jacques-Bénigne Bossuet
  • Il est plus facile de nier les choses que de se renseigner à leur sujet. De Mariano José de Larra
  • Une liberté qui ne s'emploie qu'à nier la liberté doit être niée. De Simone de Beauvoir
  • Tout croire est d'un imbécile, Tout nier est d'un sot. De Charles Nodier / Inès de Las Sierras
  • Attends pour nier Dieu qu'on ait bien prouvé qu'il n'existe pas ! De Alexandre Dumas, fils / Le Noël
  • On ne peut nier que la femme a distancé la guenon plus que l'homme le singe. De Jacques Deval / Afin de vivre bel et bien
  • Les faits des démons Incubes ou Succubes sont si multiples qu'on ne saurait les nier sans imprudence. De Saint Augustin / De Civitate Dei
  • En mars dernier, Square Enix ne tarissait pas d’annonces concernant la licence NieR, avec notamment un remaster, Xbox Game Pass et un jeu mobile : NieR Re[in]carnation. On en sait désormais un peu plus. Clubic.com, NieR Reincarnation s'offre un nouveau trailer cryptique et du gameplay
  • On ne peut plus le nier, la Belgique fait face à une deuxième vague d’épidémie de coronavirus. Un Conseil national de sécurité qui se tiendra ce jeudi devra prendre des décisions pour que cette vague ne reste qu’une vaguelette. Car tous les indicateurs sont au rouge. Les cas de contaminations ne cessent de remonter depuis deux semaines et les décès et hospitalisations repartent également à la hausse. , On ne peut plus le nier, la Belgique fait face à une deuxième vague d’épidémie de coronavirus!!! Les hospitalisations repartent à la hausse - Nandrin

Images d'illustration du mot « nier »

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Traductions du mot « nier »

Langue Traduction
Anglais deny
Espagnol negar
Italien negare
Allemand verweigern
Chinois 拒绝
Arabe أنكر
Portugais negar
Russe отрицать
Japonais 否定する
Basque ukatzeko
Corse nigà
Source : Google Translate API

Synonymes de « nier »

Source : synonymes de nier sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « nier »

Nier

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