Croire : définition de croire


Croire : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

CROIRE, verbe trans.

I.− Emploi trans. dir.
A.− Croire + compl.
1. [Le compl. est un subst.]
a) [Le subst. désigne une pers.]
Croire qqn.Attacher une valeur de vérité, ajouter foi à ce que dit une personne; tenir quelqu'un pour sincère, pour véridique; estimer vraies ses paroles. Si nous devions croire Jean-Jacques (Guéhenno, Jean-Jacques,1948, p. 161):
1. Alors, Pauline (...) lui raconta que le caissier [manchot] appuyait l'instrument [le cor] contre un mur; et il la crut parfaitement, en trouvant ça très ingénieux. Zola, Au Bonheur des dames,1883, p. 523.
Je vous/te crois; j'te crois (fam.). Je considère que ce que vous dites/tu dis est vrai. Bernard Grandin répondit avec un accent badin de conviction sincère : − Je te crois qu'elle est belle! (Maupass., Contes et nouv.,t. 1, Inutile beauté, 1890, p. 1155).
Croyez-moi, crois-moi. Pour confirmer ce que l'on dit et inviter l'interlocuteur à se ranger à son avis. Et croyez-moi, ne louez pas tant les femmes d'ici car elles ne vous louent guère (Anouilh, Répét.,1950, II, p. 52).
Croire + subst. + attribut du compl. : croire qqn + qualité.Prêter à quelqu'un une qualité. J'ai fait ce que j'ai pu pour qu'il me croie une garce, et, même, pour être, pour de bon, méchante (Audiberti, Mal court,1947, III, p. 180).Pauvre Simon, qu'elle avait cru poète! (Druon, Gdes fam.,t. 1, 1948, p. 182).
b) [Le subst. désigne une chose] Croire qqc.Le tenir pour véritable. J'ai de la peine à croire cela (Ac.1835, 1878).Dieu vous l'avait donnée, Dieu vous l'a reprise (...). − Je n'aurais jamais cru ça de lui (A. France, P. Nozière,1899, p. 148).
Faire croire qqc. à qqn.Persuader quelqu'un d'une chose (gén. inexacte ou fausse). Qui a pu vous faire croire une pareille sottise? (Dumas père, Monte-Cristo, t. 2, 1846, p. 89).On peut leur [aux intelligences médiocres] faire croire des choses différentes (Mounier, Traité caract.,1946, p. 621).
Expressions
Croire quelque chose comme l'Évangile/comme parole d'Évangile/comme article de foi. Croire quelque chose très fermement comme étant très sûr.
Croire tout comme article de foi. Être très crédule.
Rem. Attesté ds Ac. 1835-1932 ainsi que ds Besch. 1845, Littré, Guérin 1892.
Croyez cela et buvez de l'eau/ croyez cela et tenez-vous les pieds chauds. Ceci est absurde et vous ne pouvez le croire sans violer les lois de la raison et du sens commun.
Rem. Attesté ds Lar. 19e-20eainsi que ds Besch. 1845, Littré et Rob. pour la 1reexpression.
J'aime mieux le croire que d'y aller voir. En parlant de quelque chose dont on doute mais que l'on préfère croire plutôt que de le vérifier.
Rem. Attesté ds la plupart des dict. gén. du xixes. dont Ac. 1835, 1878, ainsi que ds Lar. 20eet Quillet 1965.
Si vous ne le croyez pas, allez y voir. En parlant à quelqu'un qui doute de ce qu'on lui affirme.
Rem. Attesté ds la plupart des dict. gén. du xixes. dont Ac. 1835, 1878, ainsi que ds Lar. 20e.
Croire + subst. + attribut du compl.Être persuadé de, que. Lénine croyait cette tendance inévitable (Camus, Homme rév.,1951, p. 286).
c) En croire (en explétif).Croire sur un sujet déterminé.
En croire qqn.Ajouter foi à ce que dit quelqu'un à propos d'une question et en raison de la personne; s'en rapporter à quelqu'un. Ce quelque chose, à en croire Valéry, serait essentiellement humain (Schaeffer, Rech. mus. concr.,1952, p. 159).Ces monstres qu'éveille, si l'on en croit Goya, le sommeil de la raison (Huyghe, Dialog. avec visible,1955, p. 332):
2. Son origine [de la cathédrale de Tolède] se perd dans la nuit des temps, et, s'il faut en croire les auteurs indigènes, elle remonterait jusqu'à l'apôtre Santiago... Gautier, Tra los montes,Voyage en Espagne, 1843, p. 146.
Croyez-m'en, si vous m'en croyez. Pour inviter quelqu'un à se ranger à un avis. Si vous m'en croyez, mon enfant, vous n'en ferez rien (Audiberti, Mal court,1947, I, p. 145).
À l'en croire. Locution exprimant le doute; si l'on s'en rapporte à.
En croire qqc.S'en rapporter à quelque chose. Lucky, son hibou, son dernier compagnon, si je dois en croire les journaux (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 188).Si j'en crois l'histoire (Claudel, Raviss. Scapin,1952, p. 1342).
Ne pas en croire ses yeux/ses oreilles. Ne pas se fier à ce qu'ont vu les yeux, ou entendu les oreilles, tant c'est étonnant et difficile à croire. Il obtint son effet de surprise. Nous avions peine à en croire nos oreilles, et il nous fallut une bonne minute pour réaliser cette extravagante aubaine (Ambrière, Gdes vac.,1946, p. 283).
En partic., emploi pronom. S'en croire.Avoir une haute opinion de soi-même, de son mérite, de sa valeur. S'en croire beaucoup. C'est un caractère difficile : elle s'en croit. Il y a sa mère aussi, qui se pousse du col (Sartre, Mort ds âme,1949, p. 78).Elle est fière. Je dirais même qu'elle s'en croit un peu (Aymé, Cléramb.,1950, IV, 7, p. 226).
2. [Le compl. est une prop.]
a) Croire + prop. complétive : croire que.Penser que, sans certitude absolue; considérer comme probable :
3. − Je crois que vous deviendrez aveugle, dit Ricarda. − Je le sais, dit Pujolhac. Vous dites « je crois », moi, je dis « je suis sûr ». Abellio, Heureux les pacifiques,1946, p. 212.
Rem. Selon la règle commune aux verbes déclaratifs, lorsque croire est affirmatif, on admet la certitude, la possibilité de ce qui va suivre et le verbe de la sub. est à l'ind. (cf. supra ex. 3); lorsque croire est négatif ou interr., on considère le fait comme douteux, même impossible, et le verbe de la sub. est au subj., à l'ind. fut. ou au cond. Vous croyez qu'elle accepterait? demanda-t-il (Druon, Gdes fam., t. 1, 1948, p. 143). (cf. également infra ex. 4).
Faire croire que.Une maladresse de Chloé lui fait croire que Caracalla soupçonne la vérité (Vailland, Drôle de jeu,1945, p. 217).Elle voudrait me faire croire qu'elle est pucelle (Sartre, Mort ds âme,1949, p. 150).
Expressions
Croire que c'est arrivé. Prendre quelque chose au sérieux; s'imaginer que tout se déroulera selon les prévisions faites. Il a la drôle de tête de l'homme qui croit que c'est arrivé mais qui ne sait pas au juste comment ça va se terminer (Prévert, Paroles,1946, p. 147).
Ne croyez pas. Précaution oratoire employée pour introduire une phrase et l'atténuer :
4. L'insulte est la monnaie courante, quelques très grands metteurs en scène vont jusqu'à la gifle. Et ne croyez pas que cela soit gratuit. Cela se sent toujours, après, quand on écoute la pièce, si le maître a été vraiment viril. Anouilh, La Répétition,1950, II, p. 50.
Ne croyez-vous pas que? Pour atténuer une question. Ne croyez-vous pas que Monsieur l'a terrorisée en entrant? (Bernanos, Dialog. Carm.,1948, 3etabl., 10, p. 1639).
Il faut croire que. Il est vraisemblable que. Il faut croire que la tunique allemande leur seyait peu, puisqu'ils furent soupçonnés (Ambrière, Gdes vac.,1946, p. 236).
b) Croire + inf.
Croire + inf. + compl.Avoir l'impression ou admettre que quelque chose est certain. Werbrust et Gigonnet ont cru me faire une farce (...) je vais bien rire ce soir à leurs dépens (Balzac, Gobseck,1830, p. 410).Je crois voir, la nuit, sous les meubles, un chat qui me regarde (A. France, Hist. comique,1903, p. 2).
Croire + inf. + inf. (pouvoir ou un autre verbe).Avec valeur d'auxiliaire et constituant une manière d'atténuer une affirmation. Je crois devoir vous dire très simplement que je souhaite pour la France et pour vous, mon Général, que vous sachiez et puissiez échapper au désastre (De Gaulle, Mém. guerre,1954, p. 269):
5. ... je n'étais pas seule à être exaspérée par cette habitude qu'a prise Robert de toujours dire qu'il a « cru devoir faire » tout ce que, simplement, il a fait parce qu'il en avait envie, ou bien, plus souvent encore, parce qu'il lui paraissait opportun d'agir ainsi. Ces derniers temps, il perfectionne; il dit : « J'ai cru de mon devoir de... » comme s'il n'agissait plus que mû par de hautes considérations morales. Gide, L'École des femmes,1929, p. 1280.
3. [Le compl. est un adj.] Croire + adj. + de + inf.Croire nécessaire de, croire utile de. Juger, estimer le bien-fondé d'une action, d'un acte, exprimé par l'infinitif. Pour plus de sûreté, elle avait cru bon de quitter Annecy (Guéhenno, Jean-Jacques,1948, p. 67).
B.− Absolument
1. Accepter des vérités certaines comme vérité par adhésion de l'esprit, mais également par acte de volonté. Croire, c'est considérer comme vraie une certaine connaissance; c'est juger qu'elle est conforme à ce qui est (Jouffroy, Mél. philos.,1833, p. 164):
6. [James Knight à Wilfred] − (...) on peut croire d'une certaine manière, je ne sais comment, avec la tête, sans doute. Et puis on peut avoir jusque dans la moelle des os la certitude que ce qu'on croit est vrai. Ça, c'est le don de Dieu. Green, Chaque homme dans sa nuit,1960, p. 236.
2. Spéc. Avoir la foi religieuse :
7. Dans la solitude, j'avais entendu la voix du Seigneur (...). Dès lors, le doute fut chassé de mon cœur; je crus et je priai! Dumas père, Paul Jones,1838, IV, 3, p. 184.
3. Par affaiblissement
Je crois (en prop. incise). À mon avis, dans mon opinion, autant que je sache. « Quand tout le monde a tort, tout le monde a raison », dit (je crois) Mirabeau (Green, Journal,1950, p. 359).
Tu crois? Vous croyez? Formule polie indiquant le scepticisme devant une affirmation :
8. ... Hamlet, Othello, Antoine et Cléopâtre. Il est indispensable que tu les connaisses au moins de cette manière-là. − Tu crois? − Mais oui. Green, Moïra,1950, p. 189.
Je crois bien. Cela ne m'étonne pas.
II.− Emploi pronom.
A.− Se croire + compl.Imaginer quelque chose comme réel; s'imaginer être...
1. Se croire + attribut
a) [L'attribut est un adj.] Cet homme se croit habile (Ac.1798-1932).Il n'y a que des dupes qui puissent se croire utiles à leurs semblables (Balzac, Gobseck,1830, p. 390).Vous vous croyez admirable, alors que votre attitude a quelque chose d'assez vil (Montherl., Celles qu'on prend,1950, II, 4, p. 804).
b) [L'attribut est un subst.] :
9. Ils [les hommes] se croient architectes, maçons, gendarmes, prêtres, tisseurs de lin, ils se croient pour leurs intérêts ou leur bonheur et ils ne sentent pas leur amour, de même que ne sent point son amour celui qui vaque dans la maison tout absorbé par les difficultés du jour. Saint-Exupéry, Citadelle,1944, p. 813.
Pop. et fam. Se croire le premier moutardier du pape. Se donner de l'importance et être persuadé qu'on en a beaucoup.
2. Se croire + compl.Je vous ferai mes compliments bien sincères sur l'ordonnance de cette fête (...). On se croirait vraiment à Versailles (Dumas père, Les Demoiselles de Saint-Cyr,1843, III, 7, p. 154).
B.− Absol., péj. et fam. Avoir une haute opinion de soi-même; être rempli de vanité, de présomption, d'orgueil (cf. ex. 9).
III.− Emploi trans. indir.
A.− [Le compl. est précédé de à] Croire + à + subst.Être persuadé de quelque chose par adhésion de l'esprit, de manière rationnelle, mais aussi avec confiance.
1. [Le subst. désigne une pers.] Croire à qqn.
a) Être persuadé de l'existence réelle de quelqu'un. Croire à Dieu, au diable. Il m'a même dit qu'il avait cru au diable avant de croire à Dieu (Gide, Journal,1914, p. 491).Certains ont cru aux anges, aux démons, aux génies (Saint-Exup., Citad.,1944, p. 878):
10. − Et puis quand il va s'apercevoir que je me suis fichue de lui, dit Sylvaine, ça va être terrible! − Oh! il a cru au gosse; il croira bien à une fausse couche. Druon, Les Grandes familles,t. 2, 1948, p. 135.
Croire au Père Noël (cf. Sartre, Mort ds âme,1949, p. 53 et 254).Être très naïf; se faire beaucoup d'illusions.
b) Croire à une catégorie de personnes, y ajouter foi; s'y fier. Croire aux astrologues, aux médecins (Ac.1798-1932).Ce qui lui manquait [à Manette] pour l'aimer [Coriolis], c'était d'y croire, d'avoir foi en lui (Goncourt, M. Salomon,1867, p. 217).Ne te fie pas à la jeunesse, crois aux vieillards (A. France, Vie littér.,1890, p. 357):
11. Ce groupe met à sa tête un homme que j'estime comme particulier, auquel je ne crois pas comme homme politique... Sand, Correspondance,t. 3, 1812-76, p. 211.
2. [Le subst. désigne une chose] Croire à qqc.
a) Penser que quelque chose a une existence réelle. Croire à l'âme, à l'immortalité. Vous m'avez dit, mon Dieu, de croire à l'enfer (Teilhard de Ch., Milieu divin,1955, p. 189):
12. Les plus grands esprits sont toujours des esprits sceptiques. Ils croient cependant à quelque chose : ils croient à tout ce qui peut les rendre plus grands. C'est le cas, par exemple, de Napoléon, qui croyait à son étoile, c'est-à-dire à soi-même. Or, ne pas croire aux croyances communes, c'est évidemment croire à soi, et souvent à soi seul... Valéry, Variété III,1936, p. 220.
Croire à qqc. dur comme fer. Y croire fermement, sans en démordre. Il [Leconte de Lisle] a cru dur comme fer à une Grèce qui n'a jamais existé que dans le cerveau de son ami [Louis Ménard] (Barrès, Voy. Sparte,1906, p. 4).
b) Avoir confiance en quelque chose. Croire à l'avenir, à la révolution. Ah, messieurs! croyez à l'Assemblée de vos représentants (Le Moniteur,1789, p. 347).[Ils] ont cru aux dés (Saint-Exup., Citad.,1944, p. 569):
13. Car il [Brichot] avait cette curiosité, cette superstition de la vie, qui unie à un certain scepticisme relatif à l'objet de leurs études, donne dans n'importe quelle profession, à certains hommes intelligents, médecins qui ne croient pas à la médecine, professeurs de lycée qui ne croient pas au thème latin, la réputation d'esprits larges, brillants, et même supérieurs. Proust, Du côté de chez Swann,1913, p. 251.
14. ... vous êtes capable de mourir pour une idée, c'est visible à l'œil nu. Eh bien, moi, j'en ai assez des gens qui meurent pour une idée. Je ne crois pas à l'héroïsme, je sais que c'est facile et j'ai appris que c'était meurtrier. Ce qui m'intéresse, c'est qu'on vive et qu'on meure de ce qu'on aime. Camus, La Peste,1947, p. 1349.
Veuillez croire à ..., je vous prie de croire à... (mes amitiés, mes sentiments). Formule épistolaire de politesse. [Je] vous prie de croire, mon Général, à mes sentiments profondément et fidèlement dévoués (De Gaulle, Mém. guerre,1956, p. 571).
c) Penser qu'il peut s'agir de quelque chose; penser que quelque chose est probable. On ne peut rien dire encore (...). Je croirais à une fièvre cérébrale. L'excitation nerveuse est très intense (A. France, P. Nozière,1899, p. 24):
15. On peut l'avoir poussée, certes, mais sans lui donner de coups, sans qu'elle se défende... − On ne l'a pas poussée. − Vous croyez donc à l'accident? Simenon, Les Vacances de Maigret,1948, p. 62.
C'est à n'y pas croire (cf. Gracq, Syrtes, 1951, p. 338). C'est inouï; ceci est si peu vraisemblable qu'il semble difficile à croire.
B.− [Le compl. est précédé de en] Croire + en + subst.Apporter une adhésion totale mais personnelle, en y attachant une valeur éthique qui porte l'individu à se comporter en conséquence avec confiance et amour.
1. [Le subst. désigne une pers.] Croire en qqn.Avoir confiance en lui. Pour aimer la gloire, il faut faire grand cas des hommes; il faut croire en eux (Valéry, Tel quel I,1941, p. 34).Vous avez perdu confiance, vous ne croyez plus en moi, on ne croit plus en moi, c'est ce qui me tue (Bernanos, Mauv. rêve,1948, p. 939):
16. La Ville-aux-Fayes croyait d'ailleurs en son Maire. La capacité de Gaubertin n'était pas moins prônée que sa probité, que son obligeance; il appartenait à ses parents, à ses administrés tout entier, mais à charge de revanche. Balzac, Les Paysans,1844-50, p. 176.
Croire en Dieu. Croire à son existence et avoir beaucoup d'amour et de confiance en Lui; avoir la foi :
17. À peine quelque préjugé est-il détruit par le tems, qu'on le voit remplacé par d'autres. Qu'y avons-nous gagné? Nous ne croyons plus en Dieu; mais nous croyons au diable : nous nous moquons des martyrs, et nous révérons les magiciens; nous rions des mystères, et nous redoutons les prestiges; nous jouons les esprits forts, et nous sommes des illuminés. Marat, Les Pamphlets,Les Charlatans modernes, 1791, p. 258.
Croire en soi. Être confiant en soi-même, en sa valeur, en son mérite, en ses possibilités. Mais seraient-elles [les circonstances actuelles] un obstacle insurmontable si vraiment je croyais en moi avec la foi, avec l'illusion, de jadis? (Martin du G., Souv. autobiogr.,1943, p. CXXI).
2. [Le subst. désigne une chose] Croire en qqc.Avoir confiance en quelque chose :
18. ... le temps pendant lequel tu auras cru en quelque fausse nouvelle t'aura grandement déterminé, car elle sera travail de graine et croissance de branches. Et ensuite, même si te voilà détrompé, tu seras autrement devenu. Saint-Exupéry, Citadelle,1944, p. 855.
Rem. Noter également la forme croire dans, contraction de croire en le ou, devant un nom plur., croire en les.
En faire croire. Abuser de la crédulité.
C.− Croire + de (cf. I A 3 croire nécessaire de, croire bon de).Croire de son devoir de. S'imaginer qu'on a le devoir de. Il croyait de son devoir d'accompagner l'annonce d'un petit commentaire particulier (Ambrière, Gdes vac.,1946, p. 282).
Rem. On rencontre dans la philos. un emploi subst. de l'inf. du verbe au sens de « fait de croire ». Je suis venu, disait-il [Kant], supprimer le « savoir » pour y substituer le « croire », ce qui ne signifiait pas détruire la science, mais la situer (Lacroix, Marxisme, existent., personn., 1949, p. 96; cf. également Du Bos, Journal, 1926, p. 88).
Prononc. et Orth. : [kʀwɑ:ʀ] ou [kʀwa:ʀ]; (je) crois [kʀwɑ] ou [kʀwa]; (nous) croy(i)ons [kʀwɑ(a)jɔ ̃]; (vous) croy(i)ez [kʀwɑ(a)je]; cru [kʀy]. [ɑ] post. ds Fér. 1768, Fér. Crit. t. 1 1787, Fél. 1851 et Passy 1914; cf. aussi ds Rouss.-Lacl. 1927, p. 130, Grammont Prononc. 1958, p. 28, et G. Straka, Syst. des voyelles du fr. mod., Strasbourg, Inst. de Phonét., 1950, p. 20, pour lequel ,,[ɑ] dans le groupe [wɑ] est devenu postérieur sous l'influence de l'r vélaire précédent``. [a] ant. ds Land, 1834, Nod. 1844, Littré, DG, Dub., Pt Lar. 1968 et Lar. Lang. fr.; [ɑ] ou [a] ds Pt Rob. et ds Warn. 1968. À l'époque de Fér. Crit. t. 1 1787 si l'on prononce [kʀwɑ(a):ʀ] dans le lang. soutenu, il y a encore hésitation entre la prononc. mod. et la prononc. [kʀ ε:ʀ] (creire ou craire) qui est la prononc. de la diphtongue oi par le peuple de Paris dep. env. 1300 surtout apr. consonne + r. Besch. 1845 transcrit [kʀwε:ʀ] qui est l'avant-dernier stade d'évolution de la diphtongue oi. Pour l'évolution de cette diphtongue cf. aboyer et Bourc.-Bourc. 1967, § 54 Hist. Grammont Prononc. 1958, p. 90, souligne qu'il n'y a aucune différence dans la prononc. entre croyions et croyons, croyiez et croyez, et qu'introduire une différence en doublant yod serait tout à fait artificiel et pédant. Le verbe est admis ds Ac. 1694-1932. Homon. : formes du verbe croître (noter l'accent circonflexe qui permet de distinguer les 2 verbes crois et croîs), croix et formes du verbe croire. Étymol. et Hist. A. « Croire à l'existence de qqn, de qqc. » 1. relig. a) 2emoitié du xes. credre in Deu (St Léger, éd. J. Linskill, 186); ca 1100 creire en Deu (Roland, éd. J. Bédier, 1473); b) fin xes. credre [Dieu, etc.] (Passion, éd. D'A. S. Avalle, 456), qualifié de ,,vieux`` dep. Lar. encyclop.; c) 1remoitié xiies. creire a Deu (Psautier Cambridge, éd. Fr. Michel, LXXVII, 8); d) 1remoitié xiies. creire intrans. (ibid., CXV, 1); 2. en gén. av. 1662 croire à (l'innocence de qqn, etc.) (Pascal, Pensées ds Œuvres, éd. L. Brunschvicg, t. 14, p. 343). B. « Admettre quelque chose pour vrai, ajouter foi aux paroles de qqn » 1. a) 2emoitié xes. credre [qqc.] (St Léger, 188); b) ca 1440 croire intrans. (L'Amant rendu cordelier, éd. A. de Montaiglon, p. 11, 207); d'où 1622 subst. masc. (F. Garasse, La Recherche des « Recherches », p. 806 ds La Curne); 2. a) fin xes. credre [à qqn] « ajouter foi à ses paroles » (Passion, 438) − 1787, Fér. Crit. t. 1; b) mil. xies. en croire [qqn] (Alexis, éd. Chr. Storey, 205); xiies. en croire ses yeux (Chrétien de Troyes, Chanson II, 34 ds Perceval, éd. Hilka, p. 803); c) ca 1100 creire [qqn] (Roland, 1728); 3. a) ca 1160 croire « penser, être d'avis que » (Enéas, éd. J. J. Salverda de Grave, 1054); b) ca 1211 croire qqn + attribut (Guillaume Le Clerc, Bestiaire, éd. R. Reinsch, 1334), attest. isolée; de nouv. av. 1625 (H. d'Urfé ds Guérin); c) ca 1600 croire qqn dans un lieu, dans une situation (A. d'Aubigné, Confession cath. du sieur de Sancy ds Œuvres complètes, éd. E. Réaume, t. 2, p. 281). C. « Faire confiance à qqn, à qqc. », ca 1100 creire [qqn] (Roland, 3406); xiies. croire un conseil, etc. (Gd mal fit Adam, I, 8 ds T.-L.); ca 1181 croire [en qqc., en qqn] (Chr. de Troyes, Perceval, éd. F. Lecoy, 8526) − 1512, P. Gringore, Jeu du prince des sots ds Œuvres complètes, éd. A. de Montaiglon, t. 1, p. 258; de nouv. av. 1847 (Fr. Soulié ds Lar. 19e); 1539 croire a la parolle [de qqn] (Est.); av. 1662 croire aux astrologues, aux médecins, etc. « croire à leur pouvoir » (Pascal ds Lar. 19e); 1665 croire à un remède « croire en son efficacité » (Molière, Dom Juan, III, 1 ds Théâtre complet, éd. R. Jouanny, t. 1, p. 743). Du lat. class. credere, proprement « confier en prêt » d'où, au fig., « se fier, avoir confiance », « admettre pour vrai (ce que dit qqn) »; sens relig. développé en lat. chrétien. Fréq. abs. littér. : 78 833. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 116 246, b) 110 528; xxes. : a) 103 369, b) 114 688. Bbg. Arickx (I.). Les Orthoépistes sur la sellette. Trav. Ling. Gand. 1972, no3, p. 124. − Cohen 1946, pp. 33-34. − Gottsch. Redens. 1930, passim.Goug. Mots t. 1 1962, pp. 257-260. − Lefèvre (J.). Loc. fr. et gastr. Vie Lang. 1972, p. 579. − Rog. 1965, p. 103, 179. − Sørensen (F.). À propos de la règle de formation d'obj. R. rom. 1975, t. 10, no1, pp. 158-173. − Thomas (J.). Croire tenir Dieu par les pieds. Z. rom. Philol. 1958, t. 74, pp. 413-423.

Croire : définition du Wiktionnaire

Verbe

croire \kʁwaʁ\ transitif 3e groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se croire)

  1. Tenir pour véritable.
    • Je crois que les disputes théologiques sont à la fois la farce la plus ridicule et le fléau le plus affreux de la terre, immédiatement après la guerre, la peste, la famine et la vérole. — (Abbé de Saint-Pierre, cité par Voltaire, Dictionnaire philosophique ; article Credo)
    • — J’hallucine, dit Colette. [—]. Quand je raconterai ça aux copines, elles ne voudront jamais me croire.
      — Portenawaque, estima Coline en son obscur langage.
      — (Bernard Suisse, Motus et babouches cousues, Éditions Le Manuscrit, 2005, p. 147)
  2. (En particulier) (Absolument) (Religion) Avoir la foi et recevoir avec soumission d’esprit tout ce que la religion enseigne.
    • Je vis une foule prodigieuse de morts qui disaient : "J'ai cru, j'ai cru" ; mais sur leur front il était écrit : "J'ai fait" ; et ils étaient condamnés. — (Voltaire, Dictionnaire philosophique ; article Dogmes.)
    • Le Christianisme romain tend alors à n'être qu'un formalisme rituel, pour lequel l'idéal du fidèle devient le bon paroissien qui pratique et qui croit sans discussion. — (Louis Rougier, Histoire d'une faillite philosophique: la Scolastique, 1925, éd. 1966)
    • Ai-je cru vraiment, à cette époque ? Il me semble que j’ai marché dans la chose de la sainte religion, comme dans les images d’Épinal, ou dans mes bouquins de contes de fées à tranches dorées. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 247)
    • En sixième, quand on a fait la mythologie grecque, je me suis dit que c’était normal que les gouers, ils croyaient que Jésus était le fils de Dieu parce que leurs ancêtres, ils croyaient bien qu’Héraclès était le fils de Zeus. — (Houda Rouane, Pieds-blancs, Éditions Philippe Rey, 2006, p. 128)
    • Vivre comme un dieu exige que l’on cesse de croire aux dieux. Ainsi, la leçon des épicuriens est que la philosophie change les hommes en dieux en leur enseignant qu’il n'y a pas sur cette terre d’autres dieux qu’eux-mêmes dès lors qu’ils auront cessé de croire et vainement d’espérer. — (Robert Redeker, Les épicuriens, professeurs de liberté, dans Marianne du 5 au 11 février 2011, page 72-73)
  3. Tenir pour sincère ou véridique.
    • Mais jamais, à aucune époque, on n’a cru à tant de billevesées, de bourdes, de mensonges, de sottises, d’absurdités qu’aujourd’hui. — (John Ruskin, Notes du chapitre I de La Bible d’Amiens, traduction par Marcel Proust, Mercure de France, 1904, p. 142)
  4. S’en rapporter à quelqu’un, à quelque chose.
    • A l'en croire, c’était lui qui dansait, qui levait la jambe, qui se dandinait, tellement il se donnait de mal pour communiquer à ces merveilleuses mais stupides créatures un peu du feu sacré dont il les prétendait dépourvues. — (Francis Carco, L’Homme de minuit, Éditions Albin Michel, Paris, 1938)
    • Si vous m’en croyez, vous ne ferez pas cela.
  5. Tenir pour vraisemblable, réel ou possible.
    • Pour un peu, on aurait cru être sur le plancher des vaches. Un seul coup d'œil par-dessus la rambarde remettait les pendules à l'heure. Il y avait déjà deux jours que le bateau filait vers le grand Nord, à la vitesse maintenue de vingt nœuds. — (Jean Lhassa, Dernières nouvelles d'ailleurs, Éditions Publibook, 2009, page 209)
    • Aucune trace d’effraction, rien de forcé, pas d’empreintes digitales ni d'ADN étranger au personnel. Rien ! À croire que les types ont opéré en scaphandre. — (Jérémie Lebrunet, Alice et le Crédit solidaire, Éditions Destination Futur, 2013, partie 2)
  6. Penser, estimer, s'imaginer, présumer.
    • Il était entièrement vêtu de casimir noir, ainsi qu’il convient à un notaire. Mais comme on se trouvait au plus fort de l’été, M. Bernard avait cru pouvoir égayer sa tenue sévère d’une ombrelle d’alpaga blanc. — (Octave Mirbeau, « La Mort du chien » dans Lettres de ma chaumière, 1886)
    • Parce que l’astronomie parvenait à calculer les tables de la lune, on a cru que le but de toute science était de prévoir avec exactitude l’avenir; […]. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Chap.IV, La grève prolétarienne, 1908, p.190)
    • Une heure auparavant, j’avais cru que Mauricette serait l’héroïne de mon aventure... Sa mère m’enflammait dix fois davantage. — (Pierre Louÿs, Trois filles de leur mère, René Bonnel, Paris, 1926, chapitre II)
    • Recule vite, cherche le dur, le sec, ou tu es perdu. Tu croiras t’échapper en avançant […]. Tu t’enfonces davantage […]. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • Les feuilles éparses autour des crottes m'incitèrent à croire qu'il avait même pris le soin de se torcher l’oignon. — (Jean Delou, Le safari sanglant, Éditions du Scorpion, 1961, page 99)
  7. (Populaire) Croire naïvement, être trop optimiste.
    • Tu pensais qu'il allait t'écouter ? T'as cru ou quoi ?
    • Nan mais le mec il a trop cru que j'allais le laisser copier sur moi...

croire \kʁwaʁ\ intransitif

  1. Ajouter foi à quelqu’un ou à quelque chose ; s’y fier.
    • A moins, peut-être, que l’écroulement de leur rêve ne vînt à les ramener l’une vers l'autre. Mais elles croyaient toutes deux à leur but, les désabusées et les meurtries; elles y croyaient avec la même ferveur, la même volonté. — (Béatrix Rodès, Les errantes, Édition Revue Helvétique, 1902, p. 210)
    • Qu'un musulman croie la viande de porc immangeable, l’alcool imbuvable, la chevelure d'une femme obscène par définition, blasphématoire la représentation du visage d'un prophète qui fut un homme, libre à lui. — (Michel Onfray, La philosophie féroce, II : Traces de feux furieux, éditions Galilée, 2006, p. 114)
    • Il proteste de son innocence, mais je n’y crois pas.
    • J’avais à voir un ami à Angers ; bon et brave jeune homme à la tête ardente et au cœur pur, qui a encore des années à croire à tout, puis qui finira comme les autres, mais seulement plus tard que les autres, par ne plus croire à rien. — (Alexandre Dumas, La Vendée après le 29 juillet, La Revue des Deux Mondes T.1, 1831)
  2. Avoir confiance en quelqu’un, en ses talents, en sa parole.

se croire (Pronominal)

  1. S'imaginer.
    • Des landes, des rocs stériles, çà et là une bande de pâturage aromatique et dru, quelques champs pierreux, partout des oliviers : on se croirait dans notre Provence. — (Hippolyte Taine, Voyage en Italie, vol.2, 1866)
  2. (Familier) Être vaniteux.
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)

Nom commun

croire \kʁwaʁ\

  1. (Didactique) (Philosophie) Phénomène par lequel l’individu ou une collectivité a tendance à croire à quelque chose de l’ordre du spirituel.
    • N'assiste-t-on pas, durant les années 1960, comme le croit le philosophe Marcel Gauchet, à une « révolution du croire »? Les attentes spirituelles disparaissent-elles ou sont-elles investies ailleurs? — (Éric Bédard, Recours aux sources, Montréal, Boréal, 2011, p. 143)
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Croire : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

CROIRE. (Je crois ; nous croyons. Je croyais ; nous croyions. Je crus. Je croirai. Crois. Que je croie ; que nous croyions. Que je crusse. Croyant. Cru.) v. tr.
Tenir pour véritable. J'ai de la peine à croire tout ce qu'il dit. Vous ne me ferez jamais croire cela. Il croit cette histoire, ce conte. Ne croyez rien de tout ce qu'il vous dit. C'est un homme défiant, il ne croit que ce qu'il voit. Cela est aisé à croire. Il le croit bonnement. Permettez-moi de n'en rien croire. Vous en croirez ce qu'il vous plaira. Absolument, Croire légèrement. Croire sans preuve. Il ne faut pas être si facile à croire. Il signifie particulièrement, en matière de Religion, Avoir la foi et recevoir avec soumission d'esprit tout ce que l'Église enseigne. Je crois fermement qu'il existe un Dieu. Croire les mystères, les articles du symbole. Croire l'Évangile. On dit dans le même sens Croire en Dieu, en JÉSUS-CHRIST. Croire à la Sainte Vierge, au Saint-Esprit. Absolument, À la première prédication des Apôtres, beaucoup de Juifs crurent. Cet impie ne croit point. Fam., Croire une chose comme l'Évangile, comme article de foi, La croire fermement. Croire tout comme article de toi, Être fort crédule. Suivi d'un complément direct, nom de personne, il signifie Tenir pour sincère, véridique. Croyez-vous cet homme-là? Je vous crois. C'est un menteur avéré, on le ne croit plus, il ne peut plus se faire croire. Il ne croit point les médecins. En croire quelqu'un, en croire quelque chose, S'en rapporter à quelqu'un, à quelque chose. Je vous en croirai sur parole. Il aura beau dire, il n'en sera pas cru. Si vous m'en croyez, vous ne ferez pas cela. À l'en croire, s'il faut l'en croire, tout est perdu. J'en crois à peine mes yeux. En croirez-vous cette lettre? Si j'en croyais mon courage. S'il faut en croire les apparences. On dit aussi S'il avait voulu m'en croire, il ne serait pas aujourd'hui dans l'embarras. On dit également S'en croire, Obéir à un sentiment intime. Si je m'en croyais, je ne le verrais plus. Croire à quelqu'un, à quelque chose, Ajouter foi à quelqu'un, à quelque chose, s'y fier. Croire aux astrologues, aux voyants. Croire au rapport, au témoignage de quelqu'un. On ne croit plus à ses promesses, à ce qu'il dit. En parlant des Personnes, on dit aussi Croire quelqu'un, mais avec une certaine différence dans le sens. Croire un médecin, c'est Suivre ses avis, ses prescriptions. Croire aux médecins, c'est Avoir foi dans leur puissance de guérir. Croire en quelqu'un, Avoir confiance en lui, en ses talents, en sa parole. Croire à quelque chose signifie aussi Tenir pour vraisemblable, réel ou possible. Il proteste de son innocence, mais je n'y crois pas. Croire aux revenants, aux esprits, aux sorciers, à la magie. Il signifie encore simplement Penser, estimer, s'imaginer, présumer. À ce que je crois. Vous ferez bien, je crois, de ne plus fréquenter cet homme-là. Je crois cet homme capable de tout. Je l'avais toujours cru sage. Le croyez-vous homme d'honneur? On me croyait son père. Elle n'est pas aussi jeune que je l'avais cru. Qui aurait jamais cru cela? Que va-t-on croire de moi? Je crois tout de lui. Cet homme se croit habile. Il se crut obligé de répondre. Il se croyait au moment de réussir.

Croire : définition du Littré (1872-1877)

CROIRE (kroi-r' ; en 1703, la prononciation indiquée est crere, sur le théâtre on disait je croa et non pas je cres ; plusieurs prononcent crere, dit Chifflet, Gramm. p. 201 ; je crais, dit Vaugelas ; la prononciation longtemps incertaine, comme on voit, est maintenant fixée), je crois, nous croyons, vous croyez, ils croient ; je croyais, nous croyions ; je crus, nous crûmes ; je croirai ; je croirais ; crois, croyons, croyez ; que je croie, que nous croyions, que vous croyiez, qu'ils croient ; que je crusse ; croyant ; cru, crue v. a.

Résumé

  • 1° Être persuadé qu'une chose est vraie, réelle
  • 2° ajouter foi à, obéir à, suivre l'avis
  • 3° en croire
  • 4° penser, présumer, s'imaginer
  • 5° s'en rapporter à, compter sur
  • 6° v. n. ajouter foi
  • 7° avoir la foi
  • 8° croire à, avoir confiance en
  • 9° croire à, être persuadé de l'existence de…
  • 10° croire en, être persuadé de l'existence de…
  • 11° se croire, avoir certaine opinion de soi ; être cru.
  • 1 V. a. Être persuadé qu'une chose est vraie, est réelle. Un Turc, un hérétique qui ne croit ni ciel, ni saint, ni Dieu, ni loup-garou, Molière, D. Juan, I, 1. Mais encore faut-il croire quelque chose dans le monde ; qu'est-ce que vous croyez ? Molière, ib. III, 1. La promptitude à croire le mal sans l'avoir assez examiné est un effet de l'orgueil et de la paresse, La Rochefoucauld, Max. 267. Incrédules les plus crédules, ils croient les miracles de Vespasien pour ne pas croire ceux de Moïse, Pascal, Pens. Part. II, art. 17. Vous ne pouviez plus mal choisir que d'accuser le Port-Royal de ne pas croire l'Eucharistie, Pascal, Prov. 16. Il ne croit donc pas le sacrifice de la messe, Pascal, ib. Le pape entreprend donc sur nos libertés dans cette bulle où il veut nous obliger de croire ses décisions, Pascal, ib. 19. Quand les pères ont condamné Eutychès, parce qu'il ne croyait qu'une nature en Jésus-Christ, a-t-il dit que non et qu'il en croyait deux ? Pascal, Lett. de Nicole au P. Annat. En montrant la vérité, on la fait croire, Pascal, dans COUSIN. C'est un aveuglement de vivre mal en croyant Dieu, Pascal, ib. Que dirai-je de ceux qui croyaient la transmigration des âmes ? Bossuet, Hist. II, 6. Tels sont les prodiges qu'il faut croire quand on ne veut pas croire les miracles du Tout-puissant ? Bossuet, ib. II, 13. Au troisième jour il ressuscite, il paraît aux siens qui l'avaient abandonné et qui s'obstinaient à ne pas croire sa résurrection, Bossuet, ib. II, 6. Ces hommes délicats qui ne croient pas la vérité de Jésus-Christ et de la parole, Fléchier, Serm. I, 69. Les uns croient la Providence, les autres la nient, Fénelon, Pyrrh. Ce qu'il croyait il le voyait, au lieu que les autres croient ce qu'ils voient, Fontenelle, Carré. Le gouverneur ne savait que croire des dieux, il était obsédé d'Épicuriens, Fontenelle, Oracles, ch. 14. Il a recours au Dieu de ses pères ; il redoute ses jugements qu'il faisait semblant de ne pas croire, Massillon, Car. Doutes sur la relig. Nous nous laissons mollement entraîner au cours fatal que nous emporte sur le préjugé général que nous ne croyons rien, Massillon, ib. Vous tremblez sur un avenir que vous vous étiez vanté de ne pas croire, Massillon, ib. Vérit. de la relig. Ceux de Formose croient une espèce d'enfer, Montesquieu, Espr. XXIV, 11. Ces auteurs, me repartit-il, n'ont pas cherché dans l'Écriture ce qu'il faut croire, mais ce qu'ils croient eux-mêmes, Montesquieu, Lett. pers. 134. Si quelque chose justifie ceux qui croient une fatalité à laquelle rien ne peut se soustraire…, Voltaire, Louis XIV, 25. Vous croyez tous les maux que votre âme redoute, Voltaire, Mérope, I, 2. Si ces philosophes croient l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme, Rousseau, Hél. III, 18.

    Croire une chose comme l'Évangile, comme un article de foi, la croire fermement.

    Croire tout comme article de foi, être extrêmement crédule.

    Familièrement. J'aime mieux le croire que d'y aller voir, se dit de choses qu'on dédaigne de vérifier, ou qu'on n'a pas le temps ou le moyen de vérifier.

    Si vous ne le croyez pas, allez-y voir, se dit à une personne qui doute.

    Terme de pratique. Croire un titre, le recevoir pour preuve.

    Faire croire une chose, la persuader. Nous serions coupables de faire croire une fausseté. Je fis croire et je crus ma victoire certaine, Racine, Andr. I, 1.

    Se faire croire, obtenir créance. Ce voyageur raconte de telles choses, qu'il a beaucoup de peine à se faire croire. Ô bienheureux soupirs, favorables moments, Où l'un et l'autre cœur, plein de doux sentiments, Aime et le dit et se fait croire ! La Fontaine, Daphné, III, 4.

    Se faire croire une chose, se la persuader à soi-même. L'homme est ainsi fait qu'à force de lui dire qu'il est un sot, il le croit ; et, à force de se le dire à soi-même, on se le fait croire, Pascal, Pensées, art. XXIV, 38, éd. Lahure, 1860.

  • 2Ajouter foi à, obéir à, suivre l'avis. Croyez-vous cet homme-là ? Il ne croit pas les médecins. Je vous crois. Croyez-moi, ne faites point cela. Il croit cette âme basse et se montre sans foi ; Mais, s'il croyait la sienne, il agirait en roi, Corneille, Pomp. II, 1. Ah ! ah ! qui des deux croire ? Ce discours au premier est fort contradictoire, Molière, l'Étour. I, 4. Les sages le prévirent ; mais les sages sont-ils crus en ces temps d'emportement, et ne se rit-on pas de leurs prophéties ? Bossuet, Reine d'Anglet. Un honnête homme qui dit oui et non mérite d'être cru ; son caractère jure pour lui, donne créance à ses paroles et lui attire toute sorte de confiance, La Bruyère, V. Non, ou vous me croirez, ou bien de ce malheur Ma mort m'épargnera la vue et la douleur, Racine, Brit. IV, 3. Oui, monsieur, je vous crois, comme mon propre père, Racine, Plaid. I, 7. Qui l'aurait crue [la maréchale de Clérambault], on eût fait son repas sans quitter les cartes, Saint-Simon, 104, 116. Souffle sur ton amour, ami, si tu me crois, Chénier, 159.

    Par extension. J'ai failli, je l'avoue, et mon cœur imprudent A trop cru les transports d'un désir trop ardent, Corneille, Nic. II, 2. Et croire la pitié qui me pourrait surprendre, Rotrou, Bélis. IV, 8. Et de mille remords son esprit combattu Croit tantôt son amour et tantôt sa vertu, Racine, Andr. V, 2.

    S. m. Le croire, l'action d'ajouter foi. Jamais on ne toucha mieux le naturel de la croyance en matières de choses humaines que quand on a dit que le croire est une courtoisie ; car, comme c'est une courtoisie de croire à un homme d'honneur, aussi est-ce une incivilité bien rustique de démentir de braves et fidèles écrivains, Garasse, Rech. des recherches, p. 806, dans LACURNE.

  • 3En croire, locution dans laquelle en, signifiant proprement sur cela, est devenu explétif. Ne vous alarmez pas, elle ne m'en croit pas, Corneille, Perthar. I, 4. Je n'en serai point cru à mon serment, et l'on dira que je rêve, Molière, Georg. Dand. II, 8. Les enfants n'en veulent plus croire leurs grands-pères, Bossuet, Hist. II, 2. De cette sorte, saint Jean-Baptiste, qu'on jugea digne d'être le Christ, n'en fut pas cru quand il montra le Christ véritable, Bossuet, ib. II, 10. On aimera mieux qu'un faussaire soit prophète qu'Isaïe, ou que Jérémie, ou que Daniel ; ou bien chaque siècle aura porté un faussaire heureux que tout le peuple en aura cru, Bossuet, ib. II, 13. M'en croirez-vous ? Lassé de ses trompeurs attraits, Au lieu de l'enlever, fuyez-la pour jamais, Racine, Andr. III, 1. Ah ! fallait-il en croire une amante insensée ? Ne devais-tu pas lire au fond de ma pensée ? Racine, ib. V, 3. Quelle faiblesse à moi d'en croire un furieux ? Racine, Mithr. III, 4. Je m'en fie à Burrhus ; j'en crois même son maître, Racine, Brit V, 1. Là, si vous m'en croyez, d'un amour éternel Nous irons confirmer le serment solennel, Racine, Phèd V, 1. Ah ! si vous m'en croyez, ne m'interrogez pas, Voltaire, Œdipe, III, 4. J'obéis sans rien craindre et j'en crois les oracles, Voltaire, Sémiram. V, 4.

    À l'en croire, s'il faut l'en croire, locutions qui expriment le doute. À l'en croire, tout est perdu.

    Par extension. En croirez-vous cette lettre ? S'il en croit votre ardeur, je suis sûr du trépas ; Mais peut-être, madame, il ne l'en croira pas, Corneille, Sertor. V, 4. Et vous n'en croirez pas toute cette colère, Corneille, Toison, IV, 3. En crois-tu mes soupirs ? en croiras-tu mes larmes ? Corneille, Héracl. V, 3. J'en ai cru le hasard, Rotrou, Bélis. II, 10. Si j'en crois leurs alarmes, Racine, Andr. I, 4. Que n'en croyais-je alors ma tendresse alarmée ? Racine, Iphig. I, 1. Que si j'en crois ma gloire, il y faut renoncer, Racine, ib. II, 7. En croirez-vous toujours un farouche scrupule ? Racine, Phèd. I, 1. Je connais mal peut-être une loi si nouvelle, Mais j'en crois ma vertu qui parle aussi haut qu'elle, Voltaire, Alz. III 5. Et j'en croyais trop tôt un déplaisir mortel, Voltaire, Zaïre, IV, 7. Ciel ! que vois-je ! en croirai-je ma vue ? Voltaire, Triumv. II, 4. N'en croyez pas, madame, un orgueil téméraire, Voltaire, Mérope, I, 3.

    En faire croire, dire des mensonges, tromper la crédulité. À qui vous veut ouïr, vous en faites bien croire, Corneille, Ment. I, 6. Il en ferait bien croire à des esprits mal faits, Quinault, la Comédie sans comédie, II, 5.

  • 4Penser, présumer, s'imaginer. Que va-t-on croire de moi ? Vous ne sauriez croire combien cela me contrarie. Il a cru bien faire. Je vous pardonne d'avoir cru sur la foi du P. Bauny qu'Aristote ait été de ce sentiment, Pascal, Prov. 4. Si on leur fait entendre que vous croyez pouvoir faire votre salut en calomniant vos ennemis, Pascal, Prov. 15. Je ne crois pas que j'en pusse sortir, si on y recevait de vos nouvelles, Sévigné, 164. Mais c'est un jeune fou qui se croit tout permis Et qui pour un bon mot va perdre vingt amis, Boileau, Sat. IX. Un homme ne veut point croire qu'il soit orgueilleux, ni lâche, ni paresseux, il veut croire qu'il a raison, Bossuet, Connais. I, 16. Elle croyait servir l'État, elle croyait assurer au roi des serviteurs en conservant à Dieu des fidèles, Bossuet, Reine d'Anglet. Assiége-t-il quelque place, il invente tous les jours de nouveaux moyens d'en avancer la conquête ; on croit qu'il expose les troupes ; il les ménage en abrégeant le temps des périls par la vigueur des attaques, Bossuet, Louis de Bourbon. Augustin crut que la pénitence n'avait rien qui déshonorât le sacerdoce, Fléchier, Panég. I, p. 260. Vous croyez qu'un amant vienne vous insulter ? Il vous rapporte un cœur qu'il n'a pu vous ôter, Racine, Andr. II, 1. Mais cependant, seigneur, que faut-il que je croie D'un bruit qui me surprend et me comble de joie ? Racine, Iphig. I, 2. Que croira-t-on de vous, à voir ce que vous faites ? Racine, Andr. III, 1. Les grands ne comptent le reste des hommes pour rien et ne croient être nés que pour eux-mêmes, Massillon, Pet. carême, Obstacl. Jésus-Christ souffre à notre place et les grands croient que tout doit souffrir pour eux, Massillon, ib. À voir le climat affreux de la Moscovie, on ne croirait jamais que ce fût une peine d'en être exilé, Montesquieu, Lett. pers. 50. Il en est de l'esprit et du goût comme de la philosophie ; rien n'est plus rare que d'en avoir, plus impossible que d'en acquérir, et plus commun que de s'en croire beaucoup, D'Alembert, Essai sur la société des gens de lettres, Œuvres, t. III, p. 44, dans POUGENS. Trop croire de, avoir une trop haute opinion de. Rome a trop cru de moi, Corneille, Hor. II, 1. Et j'y pouvais un jour, sans trop croire de moi, Prétendre, en les servant, un honorable emploi, Molière, l'Étour. V, 3.

    Je crois, à ce que je crois, employés comme incise, c'est-à-dire d'après mon opinion, selon mon sentiment Vous ferez bien, je crois, de ne plus fréquenter cet homme-là. Il avait, à ce que je crois, étudié la question la matinée.

    Je crois bien, signifie en certaines circonstances déterminées par le contexte : cela n'est pas étonnant. Il n'aime plus cette personne, je crois bien, elle n'est plus la même, Pascal, P. div. 38.

    Regarder comme. On le crut fou. Il ne faut presque rien pour être cru fier, incivil, méprisant, désobligeant ; il faut encore moins pour être estimé tout le contraire, La Bruyère, V.

    Croire quelque chose à quelqu'un, croire qu'il possède cette chose. Je lui crois beaucoup d'habileté Je croyais à cet homme plus de droiture qu'il n'en a.

  • 5S'en rapporter à, compter sur. Je croirais ses conseils et je verrais Pyrrhus, Racine, Andr. III, 5. J'ai prononcé sa grâce et je crois sa promesse, Racine, Baj. III, 5. Je fus sourde à la brigue et crus la renommée, Racine, Brit. IV, 2. Un malheureux sans nom, si l'on croit l'apparence, Voltaire, Mérope, II, 1.
  • 6 V. n. Ajouter foi. Je crois sur sa parole, et lui dois tout crédit, Corneille, Sertor. II, 4. Juste retour, monsieur, des choses d'ici-bas ; Vous ne vouliez pas croire, et l'on ne vous croit pas, Molière, Tart. V, 3.

    Être porté à se soumettre aux autorités supérieures, célestes. L'esprit croit naturellement, et la volonté aime naturellement, de sorte que, faute de vrais objets, il faut qu'ils s'attachent aux faux, Pascal, Pensées, part. I, art. 10. Qu'il croie par raison ou par erreur, Bossuet, Hist. II, 13. Du monde des humains inexplicable histoire ! Partout c'est le besoin d'adorer et de croire, Delille, Imagin. VIII.

  • 7Avoir la foi. À la première prédication des apôtres, beaucoup crurent. Je vois, je sais, je crois, je suis désabusée, Corneille, Poly. V, 5. Il y a trois moyens de croire : la raison, la coutume, l'inspiration, Pascal, Pensées, art. XXIV, 43, éd. Lahure, 1860. Le miracle qu'elle attendait est arrivé ; elle croit, elle qui jugeait la foi impossible, Bossuet, Anne de Gonz.
  • 8Croire à, avoir confiance en, ajouter foi à. Il [Attila] croyait fort aux devins, et c'était peut-être tout ce qu'il croyait, Corneille, Attila, Préf. Quoi ! vous ne croyez pas au séné, ni à la casse, ni au vin émétique ? - Et pourquoi veux-tu que j'y croie ? Molière, le Fest. III, 1. Allez, ne croyez point à monsieur votre père, Molière, Tart. II, 2. Direz-vous qu'ils la reçoivent [cette constitution] extérieurement, mais que dans leur âme ils n'y croient pas ? Pascal, Lett. de Nic. au P. Annat. Ô ciel ! qu'on doit peu croire Aux dehors imposants des humaines vertus ! Gresset, Édouard III, II, 6.
  • 9Croire à, être persuadé de l'existence de, de la vérité de. Il proteste de son innocence ; mais je n'y crois pas. Comment n'eussent-ils pas cru aux oracles ? ils croyaient bien aux songes, Fontenelle, Oracl. I, 8. Le mot célèbre de Fontenelle à un prince qui lui disait qu'il croyait peu à la vertu : monseigneur, il y a d'honnêtes gens, mais ils ne viennent pas vous chercher, Condorcet, Maurepas. Ainsi de nouvelles erreurs entretiennent dans des erreurs anciennes ; et on croit à toutes avec d'autant plus de confiance, qu'on croit à un plus grand nombre, Condillac, Hist. anc. III, 3. Je crois à la victoire et non pas à la paix, Luce de Lancival, Hector, V, 4. Je ne crois plus aux Dieux, je crois aux fils ingrats, Delavigne, Paria, III, 4. Il est dit : croyez à l'Église ; mais il n'est pas dit : croyez aux miracles, à cause que le dernier est naturel et non pas le premier ; l'un avait besoin de précepte, non pas l'autre, Pascal, Pensées, art. XXXIII, 8, éd. Lahure, 1860.
  • 10Croire en, être persuadé de l'existence de. Croire en Dieu. Attend pour croire en Dieu que la fièvre le presse, Boileau, Sat.I.

    Croire en soi, avoir une idée exagérée de son mérite.

  • 11Se croire, v. réfl. Avoir certaine opinion de soi. Cet homme se croit habile. Pour être plus qu'un roi, tu te crois quelque chose, Corneille, Cinna, III, 4. Il n'y a que deux sortes d'hommes : les uns justes qui se croient pécheurs, les autres pécheurs qui se croient justes, Pascal, Pensées, art. XXV, 72, éd. Lahure, 1860.

    Penser quelque chose au sujet de soi. Il se croyait au moment de réussir. Je me croirais haï d'être aimé faiblement, Voltaire, Zaïre, I, 2.

    Avoir confiance en soi. Tout est illustre en eux quand ils daignent se croire, Corneille, Pomp. II, 1. Écoutez tout le monde, croyez peu de gens, gardez-vous bien de vous croire trop vous-même, Fénelon, Tél. XXIV.

    Être cru. Ce qui se dit souvent finit par se croire.

    S'en croire, obéir au sentiment qu'on a. Mais, si je m'en croyais, je ne le verrais pas, Racine, Andr. II, 1.

    S'en croire beaucoup, s'en croire beaucoup trop, avoir en ses forces ou son mérite une confiance exagérée.

    PROVERBE

    Croyez cela et buvez de l'eau, c'est-à-dire buvez de l'eau pour mieux digérer de pareils contes.

REMARQUE

1. Croire, suivi de que, dans une phrase affirmative, veut l'indicatif : Je crois que cela est. Mais autrefois il n'en était pas ainsi ; et le sens dubitatif qui est naturellement attaché à croire faisait qu'on mettait volontiers le subjonctif : La plus belle des deux je crois que ce soit l'autre, Corneille, le Ment. I, 4. Je croyais bien qu'on fût damné pour n'avoir pas de bonnes pensées, mais…, Pascal, Prov. 4. Vous croyez donc qu'il faille avoir Beaucoup de peine à Rome en fait que d'aventures ? La Fontaine, Cand. Elle croyait que le petit Noirmoutier dût être aveugle, Sévigné, 6. Je croyais que tout fût perdu, Sévigné, 114. Je croyais que vous n'eussiez point fait réponse au cardinal, Sévigné, 128. Il croyait que ce dût être le 15e de ce mois, Sévigné, 324. Malgré ce rejet actuel du subjonctif, on l'admettra sans peine dans une phrase telle que celle-ci : Nous nous demandons sans cesse ce qu'on croit que nous soyons, Massillon, Myst. Incarn.

2. Croire suivi de que, dans une phrase négative ou interrogative, veut le subjonctif : Je ne crois pas qu'il vienne. Croyez-vous qu'il le fasse ? Avez-vous cru qu'il partît si tôt ? Je ne croyais pas qu'il payât. Croyez-vous encore qu'il ait de l'habileté, après toutes les sottises qu'il a faites ?

3. Croire, dans une phrase interrogative, suivi de que, peut être suivi du futur de l'indicatif ou du conditionnel : Croyez-vous qu'il payera ses dettes ? Aviez-vous cru qu'il payerait ses dettes ? Les grammairiens se sont efforcés d'établir une différence de sens entre ces constructions et celles où l'on met le subjonctif ; croyez-vous qu'il paye ? aviez-vous cru qu'il payât ? mais toutes les différences paraissent arbitraires.

4. Croire se construit avec un verbe à l'infinitif sans préposition intermédiaire ; on n'imitera donc pas les exemples suivants : Ils [les évêques de Beauvais et Beaufort] crurent d'en venir facilement à bout, La Rochefoucauld, Mém. 9. Mais enfin croyez-vous de vivre toujours ? Rousseau, Ém. V.

5. On a dit en croire à : Vous n'en avez cru ni à ma parole ni à l'expérience, Bossuet, cité dans le Dict. de BESCHERELLE. Il est mort ; cependant si j'en crois à mes yeux…, Créb. Électre, IV, 1. Cet homme, car déjà j'en crois à ma fureur, Bernis, Religion, I, 233. Cette locution n'est pas incorrecte en soi, puisqu'on dit activement en croire ; mais elle est peu usitée.

SYNONYME

1. CROIRE QUELQUE CHOSE, CROIRE à QUELQUE CHOSE ; CROIRE QUELQU'UN, CROIRE à QUELQU'UN. Croire quelque chose, c'est l'estimer véritable : Je crois ce que vous me dites. Croire à quelque chose, c'est y ajouter foi, y avoir confiance, s'y fier : Je ne crois pas à l'efficacité de ce remède. Croire quelqu'un, c'est ajouter foi à ce qu'il dit : Il ne faut pas croire les menteurs. Croire à quelqu'un, c'est croire à son existence : Croire aux sorciers, c'est croire qu'il y en a ; Croire les sorciers, c'est croire ce qu'ils disent.

2. FAIRE CROIRE, FAIRE ACCROIRE., Faire croire, c'est persuader à autrui une chose que l'on croit vraie ou que l'on croit fausse. Faire accroire, c'est persuader à autrui une chose que l'on sait fausse. Aussi faire croire peut se dire des choses comme des personnes : Ce nuage de poussière me fit croire qu'une troupe de cavaliers venait ; mais faire accroire ne peut se dire que des personnes.

HISTORIQUE

XIe s. Il dit au rei : jà mar crerez Marsile, Ch. de Rol. XI. Iert i sis nies [son neveu y sera] li quens Rolans, ce crei [je crois], ib. XLII. Mort sont li conte, se est qui mei en creit, ib. XLII. Del rei paien, sire, por ver [pour vrai] creez, ib. LIII. [Il] Ne creit en Deu le fil sainte Marie, ib. CXII. Respont li dus : sire, je vous en crei, ib. CCLII. Li reis creit Deu, faire veut son service, ib. CCLXVIII. Creire [elle] veut Deu, chrestientet demande, ib. CCXCII.

XIIe s. Ostages bien creüz [en qui on puisse se fier], Ronc. p. 12. Se ne creez mes dits, ib. p. 22. Creez [croyez] mon los [conseil], ib. p. 27. Si voirement come nous le creon, ib. p. 48. Las ! se jel pert, de ce sui bien creanz, Jamais n'ert jor que n'en soie dolans, ib. p. 86. Et si [il] cresra sainte crestienté, ib. p. 117. Dame, cil dex en cui [nous] somes creant, ib. p. 121. [Dame] qui croit faus druz [amant] menteor, Couci, I. Je sai moult bien qu'ele croit les felons, ib. XII. Conseil [il] aura creü moult fol et enfantif, Sax. XXIV.

XIIIe s. Biaus sire, nous avons vos lettres veües, qui nous dient que nous vos creons de tout ce que vos dirés, Villehardouin, LXVI. Et vos feistes mout mal quant vos les creütes, Villehardouin, CXXIII. Les lettres disoient que autant les creüt-on comme lor seigneurs, Villehardouin, X. Bien fait qui se porvoit En croire ce qu'il doit, Ce dit li vilains, Proverbes du comte de Bret. Ms. de St-Germ. f° 114, dans LACURNE. Çà est li bons vins de Soissons ; Sor l'erbe vert et sor les jons Fait bon boivre à henap [coupes] d'argent ; Caiens [céans] croit l'en [l'on fait crédit] toute la gent ; Caiens boivent et fol et saige, Cortois D'Artois, Ms. de St-Germ. f° 83, dans LACURNE. Se croire me voulez, bien serez assenée [dirigée], Berte, XLVI. Constance, dist Symons, je croi que elle ait faim, ib. XLIX. Sachiez, vous en avez mauvais conseil creü, ib. LI. Un certain messager qui bien faisoit à croire [en qui on se pouvait fier] Pour bien faire message, n'estoit pas com le loire, ib. LXVI. Je croi qu'ele soit morte, ib. XCV. Ains croi [je] que sans point de demore, Son hommage [tu] li renoiasses, Ne jamès par amor n'amasses, la Rose, 4264. Amors, qui te fait en li croire, Te tolt ton sens et ta memoire, Et de ton cuer les iex avugle, ib. 6929. Et trouva que le Vieil de la Montagne ne creoit pas en Mahommet, ainçois creoit en la loy de Haali, qui fu oncles de Mahommet, Joinville, 260. Il a maint preuhomme chevalier en la terre des Crestiens et des Sarrazins, qui onques ne crurent Dieu ne sa mere, Joinville, 275. Le saint roi se esforça de tout son pooir, par ses paroles, de moi faire croire en la loi crestienne, Joinville, 197. Ertaut de Nogent fu le bourgois du monde que le conte creoit le plus, Joinville, 205. Moult de ses gens li loerent [conseillèrent] que il attendist tant que ses gens feussent revenus, parce que il ne li estoit pas demouré que la tierce partie de ses gens ; et il ne les en voult onques croire, Joinville, 214.

XIVe s. Et il s'en croient au jugement de ceulz qui sont bons et sages, Oresme, Eth. 243. Qui croit paroles doucereuses souvent les trouve venimeuses, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 387. Vous parlez saigement ; Se ne croy vo conseil, jammais Diex ne m'ament [m'amende] ; Car de boin conseil croire, vienent li bien souvent, Baud. de Seb. VIII, 460.

XVe s. Il estoit moult aimé et cru en la ville, Froissart, I, I, 190. Puis que nature s'entremit D'entailler si digne figure, Il est à croire qu'elle y mit De ses biens à comble mesure, Chartier, Excusation de maître Alain. Et le roy, croyant ces choses, s'en alla audit pais de Normandie, J. de Troyes, Chron. 1475. Et pour ce à vous bien confesser me doy De croire [prêter] ainsi, dont j'ai grant repentance, Quant on n'a pas renvoyé devers moy Un prest que fis…, Deschamps, Poésies mss. f° 343, dans LACURNE. Suppliant au roy ne vouloir legierement croire contre luy et son filz, Commines, I, 1. Le bruyt d'artillerie faisoit croire de tous les deux costez quelque grande entreprinse, Commines, I, 11. Quant le roy eut ce ouy, il dit à Tanor : Tanor, ne me croyez jamais, se celluy qui là a parlé n'est Salphar de Liban, Perceforest, t. VI, f° 107. Le roy y estoit en personne, qui à ce siege ne croyoit personne [ne s'en rapportait à personne], ib. t. V, f° 101. Il ne fut pas maistre pour lors ne cru de faire son vouloir, Louis XI, Nouv. I.

XVIe s. Il appert par les livres des anciens Peres que cela estoit receu sans difficulté, de dire croire l'Eglise, et non pas en l'Eglise, Calvin, Instit. 811. Ils l'envoyarent vivre en la forest de Biere ; je croy qu'elle n'y soit plus maintenant, Rabelais, Gar. I, 21. Messieurs, je croy que vous soyez faict mal, pardonnez le nous, Rabelais, Pant. II, 25. Je croy en Dieu le pere tout-puissant… Je croy la saincte et catholicque Eglise Estre des sainctz et des fideles une Vraye union, entre eux en tout commune… Finalement croi la vie eternelle, Marot, IV, 342. Je croy que, avant que recepvez ceste reponse, vous aurez du roy ce que avés demandé, Marguerite de Navarre, L. 50. Je vous supplie le croire de ce que je l'ay prié vous dire, Marguerite de Navarre, ib. 49. S'il en faut croire du Bellay, Montaigne, I, 25. Je ne croy pas que ces mouvements se feissent avecques discours [réflexion], Montaigne, I, 50. Si ce sont medecins, je les crois en ce qu'ils disent de…, Montaigne, I, 58. Je crois de la medecine tout le pis ou le mieulx qu'on vouldra, Montaigne, I, 130. Ils croyent les ames immortelles, et les mauldites estre logées du costé de l'occident, Montaigne, I, 238. Les grands esprits font un aultre genre de biencroyants, Montaigne, I, 389. Au moins se trouveroit-il une chose qui se croiroit par les hommes d'un consentement universel, Montaigne, II, 319. Il ne fault pas croire à chascun, dict le precepte, Montaigne, II, 331. Du mont souvent armée devalla, Croyant pour vray qu'en la campaigne il soit : Puis ne trouvant personne, s'en alla, Et croit qu'il est monté par autre voye, La Boétie, 487. Je n'en diray pas davantage, sinon que je me fay croire qu'elle en viendroit à bout en huit jours, Lanoue, 437. Et, pour cela, il s'en faisoit croire, et parloit. d'une braveté grande, Despériers, Contes, XLII. Ses amis allerent enhortans le peuple assistant de croire à ce qu'il avoit dit, Amyot, Solon, 11. Les Megariens le creurent facilement, Amyot, ib. 12. Ne croire point aux dieux, Amyot, Péric. 60. Il leur feit à croire que Alexandre s'estoit, en dormant, apparu à luy, Amyot, Eum. 25. Plusieurs croient que le poëte et l'historien soient d'un mesme mestier ; mais ils se trompent beaucoup, Ronsard, 514. Legier croire [croire légèrement] fait decevoir ; Il faut congnoistre avant que aymer, l'Amant rendu Cordelier, p. 514, dans LACURNE. Ne croire à Dieu que sur bons gages, Cotgrave Fol ne croit jusques à tant qu'il reçoit, Cotgrave Pour neant demande conseil qui ne le veut croire, Cotgrave Qui sempres croit et asne meine, son corps ne sera jà sans peine, Cotgrave

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

CROIRE. - REM.

6. Racine a dit : Vous croyez qu'un amant vienne vous insulter, Andr. II, 1. Laharpe trouve là une faute évidente qu'il faut corriger en lisant : croyez-vous ? On ne peut être de l'avis de Laharpe ; les exemples cités à la Remarque 1 rendent sa correction tout à fait inutile.

7. Croyez-moi que, reconnaissez avec moi. Croyez-moi qu'Alcidon n'en sait guère en amour, Corneille, Veuve, III, 4. Si tes feux en son cœur produisaient même effet, Crois-moi que ton bonheur serait bientôt parfait, Corneille, Mélite, I, 2. Cela [à propos de paroles flatteuses du roi sur les Grignan] fut charmant, et l'on doit être comblé ; mais croyez-moi que les temps changent, Sévigné, 28 févr. 1680.

8. Je l'ai cru s'éteindre, a été dit pour : J'ai cru qu'il s'éteignait. Hélas ! qu'il était grand quand je l'ai cru s'éteindre, Votre amour, et qu'à tort ma flamme osait s'en plaindre ! Corneille, Androm. Lexique, éd. Marty-Laveaux.

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Croire : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

* CROIRE, v. act. & neut. (Métaphysique.) c’est être persuadé de la vérité d’un fait ou d’une proposition, ou parce qu’on ne s’est pas donné la peine de l’examen, ou parce qu’on a mal examiné, ou parce qu’on a bien examiné. Il n’y a guere que le dernier cas dans lequel l’assentiment puisse être ferme & satisfaisant. Il est aussi rare que difficile d’être content de soi, lorsqu’on n’a fait aucun usage de sa raison, ou lorsque l’usage qu’on en a fait est mauvais. Celui qui croit, sans avoir aucune raison de croire, eût-il rencontré la vérité, se sent toûjours coupable d’avoir négligé la prérogative la plus importante de sa nature, & il n’est pas possible qu’il imagine qu’un heureux hasard pallie l’irrégularité de sa conduite. Celui qui se trompe, après avoir employé les facultés de son ame dans toute leur étendue, se rend à lui-même le témoignage d’avoir rempli son devoir de créature raisonnable ; & il seroit aussi condamnable de croire sans examen, qu’il le seroit de ne pas croire une vérité évidente ou clairement prouvée. On aura donc bien reglé son assentiment, & on l’aura placé comme on doit, lorsqu’en quelque cas & sur quelque matiere que ce soit, on aura écouté la voix de sa conscience & de sa raison. Si on eût agi autrement, on eût péché contre ses propres lumieres, & abusé de facultés qui ne nous été données pour aucune autre fin, que pour suivre la plus grande évidence & la plus grande probabilité : on ne peut contester ces principes, sans détruire la raison & jetter l’homme dans des perplexités fâcheuses. V. Crédulité, Foi.

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Étymologie de « croire »

Étymologie de croire - Littré

Saintong. crére ; wallon, creure ; Berry, creire ; provenç. creire ; espagn. creer ; portug. crer ; ital. credere ; du latin credere.

ÉTYMOLOGIE

Ajoutez : M. Darmesteter, Mém. de la Soc. de linguistique, t. III, p. 52, a décomposé le verbe credo, en do, je donne, et çrad, cœur (le même que kard, voy. CŒUR) : je donne mon cœur, ma foi ; sanscr. çraddadhāmi.

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Étymologie de croire - Wiktionnaire

Du moyen français croire, de l’ancien français creire, croire, du latin crēdĕre (« confier en prêt ; avoir confiance »), le sens religieux s’est développé pendant l’ère chrétienne.
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Phonétique du mot « croire »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
croire krwar play_arrow

Conjugaison du verbe « croire »

→ Voir les tables de conjugaisons du verbe croire

Évolution historique de l’usage du mot « croire »

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Citations contenant le mot « croire »

  • La relance éco : à Péronne, la Ressourcerie veut croire en des jours meilleurs France Bleu, "La relance éco" : à Péronne, la Ressourcerie veut croire en des jours meilleurs
  • Qui peut croire que nous pourrions recommencer à vivre dans un monde qui a envoyé des hommes sur la Lune mais ne sait pas produire des masques pour se protéger ? Ce serait ridicule. JeuneAfrique.com, [Tribune] Coronavirus : croire que rien ne va changer, voilà l’illusion  – Jeune Afrique
  • La réalité que l’on voit est la vérité que l’on nous donne à voir. Entre l’image perçue, l’image transmise et l’image reçue il y a le mouvement biomécanique de l’information. Le mouvement biomécanique de l’informations découvre, compare et transforme en temps continu les images de départ. Les images de départ des étoiles que l’on voit dans le ciel, elles ont disparu il y a déjà bien des années-lumière. A l’arrivée les images perçues ne sont, délai de transfert oblige, pas la réalité. D’où la nécessité de prévoir. Voir avant. Les consommateurs d’information s’en fichent de la vérité, ce qui compte à leurs yeux c’est ce qu’ils croient, qu’ils veulent croire. L’anticipation est l’avenir de l’information. Cruelle réalité, nous sommes en retard. , Voir, ne pas voir. Croire, ne pas croire | Agefi.com
  • Benoît Payan, élu maire du 2e secteur dimanche 28 juin, veut croire que la candidate divers gauche "n'ira pas, qu'elle ne peut pas aller avec la droite". Le Printemps marseillais a besoin du soutien de la sénatrice ex PS, pour avoir la majorité absolue au conseil municipal. Franceinfo, Municipales à Marseille : "Qui peut croire que Samia Ghali va offrir sur le tapis vert une victoire à la droite qu'elle combat depuis 25 ans ?", lance un élu du Printemps marseillais
  • croire-aux-fauves-nastassja-martin , Croire aux fauves de Nastassja Martin
  • L’ouvrage de Pascal Engel arrive à point nommé pour nous aider à y voir plus clair dans le chaos ambiant. Non qu’il traite de l’ensemble des questions ainsi soulevées, car son objet n’est ni sociologique, ni directement politique. Il s’agit d’un ouvrage de philosophe sur une question de morale, cruciale pour nos temps agités : l’éthique intellectuelle. Que devons-nous croire et quel jugement devons-nous porter sur les manquements, si nombreux, aux normes de formation des croyances justifiées ? Telle est la question posée. , Que devons-nous croire ? - Nonfiction.fr le portail des livres et des idées
  • L’amour fait songer, vivre et croire. De Victor Hugo / Les Contemplations
  • Cesse de croire et instruis-toi. De André Gide / Les Nouvelles Nourritures
  • Le comble du pessimisme : croire à Dieu. De Georges Perros / Papiers collés
  • Un état bien dangereux : croire comprendre. De Paul Valéry
  • Penser, c'est inventer sans croire. De Alain / Propos
  • Comment croire en ceux qui doutent ? De Christian Chabanis
  • Les actes font croire aux paroles. De Térence
  • Gouverner, c’est faire croire. De Nicolas Machiavel
  • Croire et ne pas croire est également périlleux. De Proverbe français
  • Agir, c’est croire. De Romain Rolland / L’Ame enchantée
  • Croire ce doit, être vouloir croire. De Jean Simard / Mon fils pourtant heureux
  • Pour croire il faut vouloir croire. De Silvio Pellico / Devoirs des hommes
  • Nous sommes lents à croire ce qui fait mal à croire. Ovide en latin Publius Ovidius Naso, Les Héroïdes, II, 9
  • Les hommes croient ce qu'ils désirent. Caius Julius Caesar, en français Jules César, La Guerre civile, III, 18, 6
  • L'intérêt que j'ai à croire une chose n'est pas une preuve de l'existence de cette chose. François Marie Arouet, dit Voltaire, Lettres philosophiques, XXV
  • C'est sagement fait que d'écouter tout le monde, et de ne croire entièrement ceux qui nous approchent, ni sur leurs ennemis, hors le bien qu'ils sont contraints d'y reconnaître, ni sur leurs amis, hors le mal qu'ils tâchent d'y excuser. Louis XIV, Mémoires
  • Toute vérité n'est pas bonne à croire. Pierre Augustin Caron de Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, IV, 1
  • Le mensonge n'est pas haïssable en lui-même, mais parce qu'on finit par y croire. Marcel Arland, La Route obscure, Gallimard
  • Réfléchir, c'est nier ce que l'on croit. Émile Chartier, dit Alain, Propos sur la religion, P.U.F.
  • Ce qui est aisé à croire ne vaut pas la peine de croire. Émile Chartier, dit Alain, Minerve ou De la sagesse, Gallimard

Traductions du mot « croire »

Langue Traduction
Corse crede
Basque uste
Japonais 信じる
Russe верить
Portugais acreditam
Arabe يصدق
Chinois 相信
Allemand glauben
Italien credere
Espagnol creer
Anglais believe
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Synonymes de « croire »

Source : synonymes de croire sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « croire »


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