La langue française

Folie

Définitions du mot « folie »

Trésor de la Langue Française informatisé

FOLIE1, subst. fém.

A.−
1. Trouble du comportement et/ou de l'esprit, considéré comme l'effet d'une maladie altérant les facultés mentales du sujet. Un état cérébral touchant à la folie (Goncourt, Journal,1894, p. 702).N'était-il pas clair comme de l'eau de roche que François était devenu fou, que son suicide avait uniquement pour cause une crise de folie? (Queffélec, Recteur,1944, p. 221).Chacun jugeait l'autre « fou », fou à la lettre. C'est que peut-être certaine intensité de l'être paraît toujours folie et que nous ne semblons sains d'esprit que parce qu'un long usage nous a appris à cacher nos prétentions (Guéhenno, Jean-Jacques,1948, p. 194):
1. Pourquoi cet homme bon, simple, religieux, aurait-il tué des enfants, et les enfants qu'il semblait aimer le plus, qu'il gâtait, qu'il bourrait de friandises, pour qui il dépensait en joujoux et en bonbons la moitié de son traitement? Pour admettre cet acte, il fallait conclure à la folie! Or, Moiron semblait si raisonnable, si tranquille, si plein de raison et de bon sens, que la folie chez lui paraissait impossible à prouver. Maupass., Contes et nouv.,t. 2, Moiron, 1887, pp. 1145-1146.
2. En partic. [Le concept de folie est défini dans une approche sc. et/ou institutionnelle]
a) PSYCH., MÉD. La folie (...) n'est autre chose que le désordre ou le défaut d'accord des impressions ordinaires (Cabanis, Rapp. phys. et mor.,t. 1, 1808, p. 90).La folie sera dans le dérangement des fonctions nerveuses (C. Bernard, Princ. méd. exp.,1878, p. 289).La faiblesse d'esprit et la folie paraissent être la rançon que nous devons payer pour la civilisation industrielle, et les changements dans le mode de vie amenés par elle. D'autre part, elles font souvent partie du patrimoine héréditaire reçu par chacun (Carrel, L'Homme,1935, p. 186):
2. La psychiatrie classique (...) définit médicalement la folie comme existant à l'intérieur de la personne examinée. Cette croyance en une folie logée dans l'individu est partagée par les malades et leur famille. « La folie est entrée dans mon fils » me dit un père « il se décharge de trop avec sa masturbation; à mon avis il faudrait le châtrer, ça supprimerait la cause et ferait sortir la folie. » M. Mannoni, Le Psychiatre, son« fou », et la psychanalyse, Paris, Éd. du Seuil, 1970, p. 25.
[Suivi d'un déterm. pour former le nom d'une catégorie dans les nosographies psychiatriques]
α) [Déterm. adj. spécifiant un aspect des symptômes]
Folie furieuse. Trouble mental accompagné de manifestations de violence. (Quasi-)anton. folie douce, paisible :
3. Mais sitôt qu'il [l'effet des maladies] devient plus grave, il se manifeste par des bouleversemens sensibles à tous les yeux : c'est déjà ce qu'on appelle délire. Si le désordre est encore plus grand, c'est la manie, la folie complète, soit paisible, soit furieuse. Cabanis, Rapp. phys. et mor.,t. 1, 1808, p. 53.
Folie circulaire*, intermittente, périodique. Psychose maniaque dépressive caractérisée par une alternance de phases d'excitation et de phases dépressives (d'apr. Méd. Biol. t. 2 1971). Le psychiatre allemand Kretschmer (1921) remarqua que les malades atteints de folie circulaire différaient de ceux présentant de la démence précoce, non seulement du point de vue pathologique, mais également par leur type morphologique (Hist. sc., 1957, p. 1396).
Folie communicante, communiquée, simultanée. Délire dans lequel les idées délirantes naissent et se développent par interaction chez deux ou plusieurs sujets (d'apr. Méd. Biol. t. 2 1971).
Folie morale. ,,Déséquilibre psychique`` (d'apr. Méd. Biol. t. 2 1971). À la rigueur morale de l'obsédé s'oppose l'absence de sens éthique du pervers, dont les troubles de comportement (...) finissent par aboutir aux actes antisociaux, à la délinquance, au crime, et à la folie morale (Delay, Ét. psychol. méd.,1953, p. 149).
Folie raisonnante. ,,Délire évoluant de façon logique à l'aide principalement d'interprétations avec conservation de la lucidité et de l'intelligence`` (Méd. Biol. t. 2 1971). Cette paranoïa caractérielle acquise devient un véritable délire paranoïaque de type Serieux-Capgras, c'est-à-dire une folie raisonnante (Delay, Ét. psychol. méd.,1953p. 159).
Rem. Avec le même sens : folie lucide, folie méthodique, folie systématique. (Dict. xixeet xxes.; dict. spécialisés).
Folie chaude, érotique, mélancolique, mystique, utérine. (Dict. xixeet xxes.).
β) [Déterm. subst.] Folie du doute*, des grandeurs*, de la persécution*.
b) DR. La dernière pièce n'est pas la moins curieuse : « projet des cousins de Mademoiselle Dufour, de présenter une requête au tribunal, tendant à faire déclarer inhabile à tester, pour cause de folie, ladite demoiselle » (Gozlan, Notaire,1836, p. 102).Les aliénés ne votent pas. Ils ne sont privés de la jouissance du droit de vote que si leur folie est judiciairement constatée par l'interdiction (Vedel, Dr. constit.,1949, p. 341).
Rem. Dans ces disciplines, l'emploi du terme folie tend à disparaître à cause de son caractère ,,général et très vague`` (Lal. 1968) ou de sa connotation péj. et sous l'influence de conceptions nouvelles de la santé et de la maladie mentale. Il en est de même des différentes lexies (v. supra a α, β) définies dans les nosographies psychiatriques du xixes. et du déb. du xxes. Le terme folie est remplacé par maladie mentale, aliénation mentale ou un terme défini dans les nosographies contemp. (lexie composée des termes : psychose, délire, plus rarement, démence, ou terme formé à l'aide de l'élément de composition -phrénie).
c) Dans diverses sc. hum. contemp. Phénomènes humains rapportés à une conception de l'homme comme être inconscient. Le problème de la folie est inséparable de la question posée par l'homme sur son identité (M. Mannoni, Le Psychiatre, son« fou », et la psychanalyse, Paris, Éd. du Seuil, 1970p. 29).À deux grandes mutations du capitalisme industriel, celle de sa formation et celle de sa métamorphose présente, ont correspondu, dans le romantisme et dans l'agitation des étudiants, des phénomènes analogues; et, entre autres, la découverte ou la redécouverte de l'Imaginaire, et de la folie comme manipulation créatrice de cet Imaginaire (R. Bastide, Les Sciences de la folie,Paris, La Haye, Mouton, 1972, p. 16):
4. Ruse et nouveau triomphe de la folie : ce monde qui croit la mesurer, la justifier par la psychologie, c'est devant elle qu'il doit se justifier, puisque dans son effort et ses débats, il se mesure à la démesure d'œuvres comme celle de Nietzsche, de Van Gogh, d'Artaud. Et rien en lui, surtout pas ce qu'il peut connaître de la folie, ne l'assure que ces œuvres de folie le justifient. M. Foucault, Hist. de la folie à l'âge class.,Paris, Plon, 1961, p. 643.
B.− État psychologique passager de trouble intense ou d'exaltation, causé par une forte émotion ou un sentiment violent et qui peut (dans certains contextes) être assimilé à un accès de folie (au sens A 1 supra). Mes facultés s'altéreraient s'il fallait supporter plus longtemps l'absence, et souvent j'éprouve des mouvements de folie (Staël, Lettr. L. de Narbonne,1792, p. 59).La jeune fille, arrachée du sommet d'un rêve sublime par une invisible et féroce main, tomba, tomba de si haut qu'elle eut un instant de folie. Elle étouffa le cri d'une douleur aiguë (Miomandre, Écrit sur eau,1908, p. 135):
5. ... il la saisit par la taille, et, pris de folie, l'entraîna en courant; et il l'embrassait sur la joue, sur la tempe, sur le cou, tout en sautant d'allégresse. Ils s'abattirent, haletants, au pied d'un buisson incendié par les rayons du soleil couchant, et, avant d'avoir repris haleine, ils s'unirent, sans qu'elle comprît son exaltation. Maupass., Contes et nouv.,t. 1, Femme de Paul, 1881, p. 1224.
En partic. Folie générale, folie collective. (Quasi-) synon. frénésie, hystérie.Durtal se sentit frémir, car un vent de folie secoua la salle. L'aura de la grande hystérie suivit le sacrilège et courba les femmes (Huysmans, Là-bas,t. 2, 1891, p. 167).Ville en folie.
Vieilli. Avec folie. Il reparut sur la plate-forme supérieure, toujours l'Égyptienne dans ses bras, toujours courant avec folie, toujours criant : Asile! et la foule applaudissait (Hugo, N.-D. Paris,1832, p. 404).
P. ext., loc. adv. À la folie. Beaucoup, excessivement. Je t'aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout. (Quasi-)synon. passionnément.Elle se tourmente à la folie, la pauvre petite. Elle ne veut pas croire aux assurances que nous lui donnons (Vogüé, Morts,1899, p. 394).Le temps était à la joie. Un vent frais faisait bondir gentiment le lac. Angélo aimait à la folie la lumière du matin (Giono, Bonh. fou,1957, p. 74).
Spécialement
1. Vieilli. Amour, désir. Dans le langage populaire, amour et folie ne font souvent qu'un (Curel, Nouv. Idole,1899, II, 3, p. 207):
6. Quand nous en serons au temps des cerises, Et gai rossignol et merle moqueur Seront tous en fête. Les belles auront la folie en tête Et les amoureux du soleil au cœur. J.-B. Clémentds Les Poètes de la Commune,Paris, Seghers, 1970, p. 97.
Expressions
Douce folie. Doux égarement. L'amour douce folie épisode trop court du roman de la vie (Chênedollé, Journal,1833, p. 179).Voici le temps de rêve et de douce folie Où le cœur, que l'odeur du jour vient enivrer, Se livre au tendre ennui de toujours espérer L'éclosion soudaine et bonne de la vie (Noailles, Cœur innombr.,1901, p. 43).
Folie de son corps (vieilli). Débauche. Faire folie de son corps (Ac.). Elle jetait alors sa jeunesse aux quatre coins des ateliers, dans une telle folie de son corps, que chaque semaine elle déménageait ses trois chemises, quitte à revenir pour une nuit, si le cœur lui en disait (Zola, Œuvre,1886, p. 113).
En folie. [En parlant d'un animal] En chaleur, en rut. Faites donc taire votre chienne et, si elle est en folie, faites-la couvrir sans tarder (Aymé, Tête autres,1952, p. 129).
2. Rage folle. Il avait touché l'argent, il devait en rendre la moitié. Un instant, il chercha; puis, ne trouvant pas de retraite, dans la folie qui montait et lui battait le crâne, il se rua brusquement sur Jean (Zola, Terre,1887, p. 390).
SYNT. [Correspond à A 1 et B supra] Accès, attaque, coup de folie; être atteint, frappé, pris de folie; acte de folie; sombre folie; folie dangereuse, noire; sombrer dans, être au bord de la folie.
Rem. On relève ds la docum. a) Folie précédé de l'art. indéf. au sens de « un accès de folie ». Une folie la saisit : il la regardait, c'est sûr! Elle eut envie de courir dans ses bras (Flaub., MmeBovary, t. 2, 1857, p. 69). b) La constr. subst. + de folie (en fonction de déterm.) équivalente à subst. + de fou et/ou subst. + fou (v. fou I B 1 a). Ne regarde pas ces murs, de ces yeux de folie! (Zola, Madeleine, 1889, II, 10, p. 34).
C.−
1. [Avec, éventuellement, une valeur dépréc. de condamnation ou de rejet]
a) Conduite, comportement qui s'écarte de ce qui serait raisonnable aux regards des normes sociales (dominantes ou propres à l'idéologie du locuteur) et qui est considéré comme l'expression d'un trouble de l'esprit (au sens A 1 supra) et/ou d'un manque de sens moral, de bon sens ou de prudence. À des raisonnements concluants, il répondait par l'objection d'un enfant qui mettrait en question l'influence du soleil en été. La comtesse l'emporta. La victoire du bon sens sur la folie calma ses plaies (Balzac, Lys,1836, p. 133).La soie serait baissée, on la laisserait à cinq francs trente, prix au-dessous duquel personne ne pouvait descendre, sans folie (Zola, Bonh. dames,1883, p. 577):
7. On doit se marier, cela est prouvé; mais ce qui est devoir sous un rapport peut devenir folie, bêtise ou crime sous un autre. Il n'est pas si facile de concilier les divers principes de notre conduite. On sait que le célibat en général est un mal; mais que l'on puisse en blâmer tel ou tel particulier, c'est une question très-différente. Senancour, Obermann,t. 2, 1840, p. 204.
Expressions
Grain de folie. On dirait qu'il y a un grain de folie dans tous les autres; lui seul [Titien] est de bon sens, maître de lui, de son exécution, de sa facilité qui ne le domine jamais et dont il ne fait point parade (Delacroix, Journal,1857, p. 58).Peut-être n'existe-t-il pas d'opinion politique qui ne renferme un grain de folie (Mauriac, Bâillon dén.,1945, p. 487).
Folie douce. Déraison sans conséquence. À peine sortis des intérêts sociaux les plus directs et les plus nécessaires à leur subsistance, on les voit avec étonnement s'élancer dans ce qu'ils appellent leur philosophie; c'est une espèce de folie douce, aimable, et surtout sans fiel (Stendhal, Amour,1822, p. 162).
b) Spécialement
α) Emploi attributif. [Précédé de l'art. partitif ou sans art.] Si vivre dans les villes est folie, au moins New-York est-il une folie qui en vaut la peine (Morand, New-York,1930, p. 267).Revenir seule, mais c'est de la folie, Paule! protesta faiblement papa, aussi blanc que nous (H. Bazin, Vipère,1948, p. 127).
Vieilli. Il y a de la folie, une folie + adj. à + inf. Il y a, souffre le mot, il y a de la folie à ne voir le bonheur que dans une situation toujours rare et jamais durable (Staël, Lettres jeun.,1791, p. 437).N'y a-t-il pas une présomptueuse et hautaine folie à prétendre juger toutes les femmes? (Musset, Quenouille Barb.,1840, I, 3, p. 300).
C'est folie, une folie + adj. (à qqn) (que) de + inf. Ce serait une grande folie à moi de ne pas profiter du voyage d'Italie pour en faire un en Allemagne (Constant, Journaux,1804, p. 122).C'était folie de ma part que de vouloir atteindre au ciel (Camus, Chev. Olmedo,1957, 1rejournée, 10, p. 736).
SYNT. Taxer qqn, qqc. de folie, appeler qqc. folie, traiter qqc. de folie; c'est de la folie furieuse, de la folie pure.
β) Emploi interjectif. D. Francisca. − Eugenio travaille (...) à son ouvrage (...) et du produit qu'il en retirera... D. Maria. − Folie! mes seules boucles d'oreilles en diamans se vendront plus cher que les ouvrages qu'il pourra faire (Mérimée, Théâtre C. Gazul,1825, p. 355).Gringoire fut effrayé de son air. Il se hâta de dire : − Oh! non pas moi! Notre mariage était un vrai forismaritagium. Je suis resté dehors. Mais enfin on obtiendrait un sursis. − Folie! infamie! tais-toi! (Hugo, N.-D. Paris,1832, p. 447).
c) P. méton.
α) Acte, action contraire au bon sens, à la raison ou considéré comme tel. Faire des folies pour qqn, pour qqc. Faire quelque folie, et par là il entend sans doute un mariage d'amour (Sand, Hist. vie,t. 2, 1855, p. 34).Je me demande s'il ne serait pas temps d'en finir avec ces périlleuses folies pour rentrer simplement dans l'ordre de la raison et de la loi (Clemenceau, Vers réparation,1899, p. 239).Vous me proposez un crime, une horreur, une folie! (Cocteau, Par. terr.,1938, II, 9, p. 253):
8. Comme si, pour affirmer et pour agir, il était nécessaire d'ignorer ces besoins de tête et de cœur, source ordinaire des fautes et des folies qui rendent la vie des ardents et des passionnés énigmatique aux calculateurs et aux ambitieux. Blondel, Action,1893, p. 162.
Faire la folie de + inf. ou subst.Monsieur d'Aubrion, bon vieillard (...) avait fait la folie d'épouser une femme à la mode (Balzac, E. Grandet,1834, p. 234).C'est pourtant à la clarté de cette liberté, à laquelle je n'ai pas voulu qu'on touchât, que la folie de la guerre d'Espagne a été faite (Chateaubr., Mém.,t. 3, 1848, p. 203).
Spéc. Dépense excessive ou pour un achat condamnable. Il est complétement ruiné; des folies incroyables, des spéculations hasardées et inutiles (...) l'ont jeté dans une situation dont il lui est presque impossible de sortir (Karr, Sous tilleuls,1832, p. 284).Ce n'est pas dans les circonstances où ta mort nous a laissés qu'il convient de faire des folies et de jeter l'argent par les fenêtres (About, Roi mont.,1857, p. 225).
β) Propos, idée, projet contraire au bon sens, à la raison ou considéré comme tel. J'excepte MmeDamoreau, la plus belle des belles et même des rêvées et pour laquelle... mais je ne veux pas écrire cette folie-là (Barb. d'Aurev., Memor. 1,1837, p. 133).Il y a dans l'histoire romaine de Mommsen, ramassées en germe, toutes les folies sociologiques et les sottises historiques des épigones de maintenant (Barrès, Cahiers,t. 11, 1914-17, p. 125):
9. Honorine. − Monte dans ta chambre, va faire tes paquets, et file! Claudine. − Norine, ne dis pas des folies... Tais-toi, Norine... Tais-toi! Honorine. − C'est encore pire que Zoé! C'est la honte sur la famille! Va-t'en tout de suite, ou je te jette dehors à coups de bâton, petite cagole! Pagnol, Fanny,1932, I, 2etabl., 6, p. 93.
SYNT. [Correspond à α et β supra] Les folies de l'amour, de l'imagination, de la jeunesse, de la passion.
γ) [Construit avec un compl. prép. de spécifiant un comportement partic.; gén. déterminé par un poss.] Erreur, illusion rapportée à un désir déraisonnable. La dernière folie qui me restera probablement, ce sera de me croire poète : c'est à la critique de m'en guérir (Nerval, Filles feu,1854, p. 503):
10. Elle [la révolution] n'a sans doute qu'un mépris justifié pour la morale formelle et mystificatrice qu'elle trouve dans la société bourgeoise. Mais sa folie a été d'étendre ce mépris à toute revendication morale. Camus, Homme rév.,1951, p. 309.
Vieilli. Avoir la folie de + inf.Si j'avois encore la folie de croire au bonheur, je le chercherois dans l'habitude (Chateaubr., Génie,t. 1, 1803, p. 433).Tu as eu la grossièreté, comme on dit, la folie de préférer le sarreau de toile et la blouse au pantalon à lacets et sous-ventrières (Borel, Champavert,1833, p. 222).
d) [Construit avec un compl. prép. de désignant l'objet d'un désir]
α) Désir, goût excessif et exclusif de (quelque chose). (Quasi-)synon. manie, passion, marotte (fam.).Quelquefois une folie me prend de vaincre le temps (Valéry, Corresp.[avec Gide], 1899, p. 361).Ce qui m'irrite un peu dans ce gros livre, je dois le dire, c'est la folie des statistiques (Green, Journal,1948, p. 169).Folie des grandeurs :
11. Avec cette rage d'aventures, ce besoin d'émotions fortes, cette folie de voyages, de courses, de diable au vert, comment diantre se trouvait-il que Tartarin de Tarascon n'eût jamais quitté Tarascon? A. Daudet, Tartarin de T.,1872, p. 20.
En partic. [En parlant d'une pers.] Objet d'un désir ardent, excessif. Joseph... Je suis sa première folie. Il a vécu trente ans avec sa femme, dont il a une fille. Elle est morte l'autre année. Et voilà, tout d'un coup, cet homme grave, ce protestant qui entretient une poule (Aragon, Beaux quart.,1936, p. 310).
β) (Quasi-)synon. de fièvre.La folie de conquêtes coloniales, qui s'était emparée des Français au lendemain de leur défaite (Martin du G., Thib.,Été 14, 1936, p. 415).
Objet d'un mouvement d'opinion, d'un engouement collectif. Le journalisme sera la folie de notre temps! (Balzac, Illus.,1843, p. 599).La folie du moment est d'arriver à l'unité des peuples et de ne faire qu'un seul homme de l'espèce entière (Chateaubr., Mém.,t. 4, 1848, p. 586).
2. [Sans valeur dépréc. de condamnation ou de rejet]
a) Conduite, comportement qui, affranchi des convenances ou des normes sociales (dominantes ou propres à l'idéologie du locuteur), s'accompagne de gaieté, d'insouciance ou les entraîne. Joyeuse, aimable, bonne folie; un brin de folie. L'Égyptienne lui donna quelques petits coups de sa jolie main sur la bouche avec un enfantillage plein de folie, de grâce et de gaieté (Hugo, N.-D. Paris,1832, p. 342).Il [Don Juan] est assis seul, à sa table somptueuse, le verre à la main, ivre, charmant d'inconscience et de folie − et Dona Elvire abandonnée, trahie, bafouée par lui, vient une suprême fois le supplier de se repentir (...) et le fou lui répond : Le vin! les femmes! la jeunesse...! (Mauriac, Journal 2,1937, p. 141):
12. Dans ces maisons bourgeoises, cette joie suprême ne s'accomplit pas sans quelques énormités. Les personnages imposants sont partis; l'ivresse du mouvement, la chaleur communicative de l'air, les esprits cachés dans les boissons les plus innocentes ont amolli les callosités des vieilles femmes qui, par complaisance, entrent dans les quadrilles et se prêtent à la folie d'un moment; les hommes sont échauffés (...). Le Momus bourgeois apparaît suivi de ses farces! Les rires éclatent, chacun se livre à la plaisanterie en pensant que le lendemain le travail reprendra ses droits. Balzac, C. Birotteau,1837, p. 216.
La Folie. Personnage allégorique symbolisant la gaieté et l'extravagance. Bonnets, grelots, marotte de la Folie. Quelle est la muse de céans? Pierrot exprime que c'est la Folie. La Folie? Ah! vraiment! Votre salle est divine! Son aspect est gai comme un pinson! (Banville, Odes funamb.,1859, p. 130).
P. méton. Personne costumée en Folie. La soubrette aux bras de la Folie, dont les grelots tintaient (Zola, Page amour,1878, p. 900).
b) P. méton., au sing. ou au plur. Acte ou propos très gai, un peu extravagant. Elle aimait à nous recevoir, à entendre nos folies, à en dire, à nous faire jaser (Michelet, Mémor.,1820-22, p. 194).Je lui disais tout ce qui me traversait l'esprit, farces, folies et chansons (Mirbeau, Journal femme ch.,1900, p. 134):
13. Nous avons été (...) interrompus par une étrange folie de Cécile. − Cécile (...) s'est avisée tout à coup de saisir deux cerises accouplées par la queue et de les planter à cheval sur son nez... Feuillet, Journal femme,1878, p. 63.
Faire des folies de (qqc.).Nous avons fait dans les magasins des folies de cartables, de plumiers, de crayons de couleur (Mauriac, Asmodée,1938, IV, 7, p. 157).
c) En partic.
MUS. Danse vive et bruyante d'origine portugaise et courante en Espagne (folía). Oh! mademoiselle, la castagnette n'est pas un instrument!... c'est bon pour s'accompagner en dansant le bolero ou les folies d'Espagne (Kock, Zizine,1836, p. 150).
THÉÂTRE, vx. Sorte de vaudeville comique. Je fais mes farces, folie, mélée [sic] de couplets, par MM. Désangiers, Gentil et Brazier (...) Nouvelle éd., Paris, Barba, 1834 [1815].
P. méton. [Sert à former le nom de certains théâtres] Le directeur des Folies-dramatiques venait de faire des offres superbes (Zola, Nana,1880, p. 1323).Le spectacle des Folies fit diversion. Le docteur goûta beaucoup les vieilles chansons interprétées par Yvonne Printemps (Aragon, Beaux quart.,1936, p. 224).
D.− Spéc. [Correspond à fou I A, B 2, C, D] Caractère fou de (quelqu'un, quelque chose). Le vieux charpentier plus convaincu que jamais de ma folie, et moi réfléchissant à l'aveugle suffisance du vulgaire (Nodier, Fée Miettes,1831, p. 168).La folie des ornements et l'étrangeté des couleurs (Gautier, Tra los montes,1843, p. 207).Ces paroles du cocher achevèrent de démontrer à Rocambole la folie de ses soupçons (Ponson du Terr., Rocambole, t. 3, 1859, p. 458):
14. Il pensa à la folie des vœux éternels, à la vanité de la chasteté, de la science, de la religion, de la vertu, à l'inutilité de Dieu. Hugo, N.-D. Paris,1832, p. 406.
Rem. La docum. atteste des emplois rares. a) [Correspondant à fou I E 2] Les tramways feux verts sur l'échine Musiquent au long des portées De rails leur folie de machines (Apoll., Alcools, 1913, p. 59). b) [Avec un sens quantitatif] Une folie + subst. plur. [Il] revint éreinté, la bourse vide, émerveillé des folies de végétation qu'il avait vues (Huysmans, À rebours, 1884, p. 118).
E.− En partic. [Le concept de folie est défini dans diverses approches philos. comme ce qui est contraire aux valeurs idéales de sagesse et de raison]
1. Dans le domaine de la philos. morale.
a) Anton. de sagesse.Il y a plus de fous que de sages, et dans le sage même il y a plus de folie que de sagesse (Chamfort, Max. et pens.,1794, p. 32).Agrippa célébrait l'âne, Érasme la folie, le Bernia la peste (Sainte-Beuve, Port-Royal,t. 1, 1840, p. 285).La nature est toujours là, pourtant. Elle oppose ses ciels calmes et ses raisons à la folie des hommes (Camus, Été,1954, p. 115):
15. Le fou est remarquable par ses gestes, et le sage par ses actions. L'artiste est celui qui passe de folie à sagesse, en modelant l'objet selon son geste, ce qui fait passer ses pensées à l'existence. Corps agité, folie; corps agissant, sagesse... Alain, Propos,1925, p. 651.
b) Anton. de raison.Les choses les plus belles sont celles que souffle la folie et qu'écrit la raison. Il faut demeurer entre les deux, tout près de la folie quand on rêve, tout près de la raison quand on écrit (Gide, Journal,1894, p. 50).
2. MYSTIQUE CHRÉT. [Folie est employé pour désigner la foi, qui semble déraisonnable aux incroyants et, par renversement, le savoir et la conduite des incroyants, qui semblent déraisonnable pour celui qui a la foi] Ce qu'il [saint Paul] entend faire, c'est éliminer l'apparente sagesse grecque, qui n'est en réalité que folie, au nom de l'apparente folie chrétienne, qui, en réalité, est sagesse (Gilson, Espr. philos. médiév.,1931, p. 23).
Folie de la croix. Mystère de la crucifixion du Christ. La folie de la croix est, selon saint Paul, au cœur même de l'acte de foi. Celui-ci comporte un renoncement, une mort à la sagesse du monde, une crucifixion de l'esprit, un abandon à la sagesse de Dieu (Rom., 4, 18-21; 2 Cor. 10, 5) (Dict. de spiritualité, Paris, Beauchesne, 1964, p. 639).
P. anal. Cette perpétuelle recherche du vrai qui passe pour folle puisque tout le monde se contente d'une vague folie et traite de fous ceux qui s'approchent du vrai, on n'a qu'à vivre quelques minutes chez Picasso pour prendre contact avec elle (Cocteau, Maalesh,1949, p. 16).
REM. 1.
Folailler, verbe intrans.Je suis venu te prévenir. Irène est en train de folailler (La Varende, Am. Bonneville,1955, p. 155).
2.
Folaillerie, subst. fém.Vous semblez y mettre, chacun le sien, un grain de folaillerie (La Varende, Cœur pensif,1957, p. 101).
3.
Cache-folie, subst. masc.,vieilli. Postiche en cheveux. Il se flatte de réussir également bien dans les faux toupets et dans les bustes, dans les cache-folies et dans les bas-reliefs (Jouy, Hermite, t. 2, 1812, p. 82).
Prononc. : [fɔli]. Étymol. et Hist. Ca 1100 dire folie, oir folie (Roland, éd. J. Bédier, 496, 2714). Dér. de fol, fou1*; suff. -ie*. Bbg. Felman (S.). La Folie ds l'œuvre romanesque de Stendhal. Paris, 1971, 253 p. − Humez (P.A.). The Vocalic system of modern standard French. Ann Arbor-London, 1977, pp. 262-270. − Könneker (B.). Wesen und Wandlung der Narrenidee im Zeitalter des Humanismus. Wiesbaden, 1966, 480 p. − Lew. 1960, p. 167, 181. − Pauli 1921, p. 97. − Quem DDL t. 8. − Vrbková (V.). La Méthode ds l'ét. du ch. conceptuel de l'amour. Sborník Prací Filos. Fak. brn. Univ. 1971, t. 20, p. 26.

FOLIE2, subst. fém.

Vieilli. Riche maison de plaisance. Linderhof. C'est, au milieu des plus épaisses forêts, une galante maison de style rococo, une « folie » toute capitonnée et machinée de trucs d'opérette (Barrès, Enn. Lois,1893, p. 223).
Prononc. : [fɔli]. Étymol. et Hist. 1. 1185 La Folie toponyme (Dict. topographique de la France, Aube, cité ds Romania t. 62, p. 381); 1410 la Folie Herbelin (ibid., Eure-et-Loir, ibid.); 2. 1690 (Fur. : Il y a aussi plusieurs maisons que le public a baptisées du nom de la folie, quand quelqu'un y a fait plus de despense qu'il ne pouvoit, ou quand il a basti de quelque maniere extravagante). Prob. altération d'apr. folie1* (cf. Hubertifolia, 1077, Dict. topographique de la France, Calvados ds Romania, loc. cit.) de feuillée* qui présentait dans le domaine pic. des formes anc. en -ie (foillie, fullie, folie, v. T.-L.) : à partir du sens de « abri de feuillage; petite maison, cabane », le mot a désigné une maison de campagne, et l'étymol. pop., qui le rapprochait dep. longtemps de folie1(cf. loculus stultitiae, 1080, Dict. topogr., Eure-et-Loir, ds Romania, loc. cit.) a justifié ce terme en faisant réf. à une idée de construction dispendieuse ou extravagante (v. Ch. Nyrop, Ling. et hist. des mœurs, pp. 229-238; FEW t. 3, p. 679b et 686a note 13).
STAT. − Folie1 et 2. Fréq. abs. littér. : 5 098. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 7 569, b) 7 335; xxes. : a) 7 810, b) 6 594.
BBG. − Mawer (A.). La Folie in place-names. Romania, 1936, t. 62, pp. 378-385. − Michaëlsson (K.). Franskt La Folie − svensk Fåfängan. Namn och Bygd. Särtryck, 1937, pp. 130-173.

Wiktionnaire

Nom commun 1

folie \fɔ.li\ féminin

  1. Dérangement de l’esprit, accès de folie.
    • C’est une chose admirable que tous les grands hommes ont toujours quelque petit grain de folie mêlé à leur science. — (Molière, Médecin malgré lui, I, 5.)
    • Qu'est-ce que la folie ? c’est d’avoir des pensées incohérentes et la conduite de même. — (Voltaire, Dictionnaire philosophique Folie.)
  2. (Médecine) Lésion plus ou moins complète et ordinairement de longue durée des facultés intellectuelles et affectives, sans trouble notable dans les sensations et les mouvements volontaires, et sans désordre grave ou même apparent des fonctions nutritives et génératrices.
  3. (Par hyperbole) Absence de raison, extravagance, manque de jugement.
    • Ces écarts d’imagination ne paraissent pas invraisemblables, quand on est témoin des folies, des extravagances que ces belles Liméniennes font faire aux étrangers. — (Flora Tristan; Les Femmes de Lima, dans Revue de Paris, tome 32, 1836)
    • Chacun veut en sagesse ériger sa folie,
      Et, se laissant régler à son esprit tortu,
      De ses propres défauts se fait une vertu.
      — (Nicolas Boileau-Despréaux, Sat. IV.)
  4. Action folle, idée folle.
    • Qui fait une folie, il doit la faire entière. — (Mathurin Régnier, Satires, XI)
    • Oui, il nous a voulu faire accroire qu’il était dans la maison et que nous étions dehors ; et c’est une folie qu’il n'y a pas moyen de lui ôter de la tête. — (Molière, G. Dand. III, 12.)
    • Faire une folie et se marier par amourette, c’est épouser Mélite, qui est jeune, belle, sage, économe, qui plaît, qui vous aime, qui a moins de bien qu’Aegine qu’on vous propose. — (Jean de la Bruyère, XIV.)
  5. Gaieté vive dans laquelle on fait ou dit des choses propres à divertir.
    • Une aimable folie.
    • Céliante : Elle est folle à l’excès.
      Lisette : On plaît par la folie.
      — (Boissy, Deh. tromp. I, 1.)
    • Mon pinceau, trempé dans la lie, Sur tous les murs aurait écrit : Entrez, enfants de la folie ; Plus on est de fous, plus on rit. — (A. Gouffé, Chanson.)
  6. La Folie, personnage fictif qu’on représente sous la figure d’une femme joyeuse avec une marotte et des grelots.
    • Le résultat de la suprême cour Fut de condamner la Folie [qui d’un coup avait rendu aveugle l’Amour] à servir de guide à l’Amour. — (Jean de la Fontaine, Fabl. XII, 14.)
    • J’entends au loin l’archet de la Folie ; Ô mes amis, prolongez d’heureux jours. — (Pierre Jean de Béranger, mon Carnaval.)
  7. Joyeusetés en paroles ou en actions.
    • Elle me dit mille folies sur les plaisirs que vous avez. — (Marquise de Sévigné, 438.)
    • Vous me donnez envie de vous conter des folies, tant vous entrez bien dans celles que je vous mande. — (Marquise de Sévigné, 5 fév. 1690.)
  8. Caricature, charge plaisante.
    • On a fait une assez plaisante folie de la Hollande : c’est une comtesse âgée d’environ cent ans, elle est bien malade, elle a autour d’elle quatre médecins, ce sont les rois d’Angleterre, d’Espagne, de France et de Suède. — (Marquise de Sévigné, 150.)
    • Les jeunes gens et les femmes lisent cette folie avec avidité ; les éditions de tous les livres dans ce goût se multiplient. — (Voltaire, Lett. Damilaville, 16 oct. 1767.)
  9. Goût exclusif, passionné, idée en laquelle on se complaît.
    • Chacun a sa folie.
    • D'où vient la folie que j'ai pour ces sottises-là ? — (Marquise de Sévigné, 67.)
    • J'ai ma folie, hélas ! aussi bien que mon père. — (Jean Racine, Plaid. I, 5.)
    • C'était la folie des Égyptiens de se perdre dans une antiquité dont aucun autre peuple n'approchât. — (Charles Rollin, Historique ancien Œuvres, t. I, p. 152, dans LACURNE.)
  10. Accointance charnelle.
    • Avec quelqu'un as-tu fait la folie ? — (Jean de la Fontaine, Lunettes.)
  11. En chaleur, en parlant des animaux.
    • Cette chienne est en folie.

Nom commun 2

folie \fɔ.li\ féminin

  1. Maison de plaisance.
    • En 1661, il avait des vues sur sa belle-sœur, et il se peut qu’il ait pensé à cette « folie » pour abriter leurs amours… — (Monique de Huertas, Louise de La Vallière, éditions Pygmalion/Gérard Watelet, Paris, 1998, page 77)
    • Si le couple élégant l’avait suivie un instant encore, il aurait découvert quelque chose qui sans doute l’eût ravi. C’était, en partie sauvegardé, un jardin du XVIIIe ou même du XVIIe siècle ; en passant devant la grille de fer forgé, on apercevait entre des arbres, sur une pelouse tondue avec soin, quelque chose comme un petit château à courtes ailes, un pavillon de chasse ou une folie des temps passés. — (Robert Musil, L’Homme sans qualités, 1930-1932 ; traduction de Phillipe Jaccottet, 1956, page 14)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

FOLIE. n. f.
Trouble de la raison, dérangement de l'esprit. Folie incurable. Folie héréditaire. Un accès de folie. Par exagération, Aimer à la folie, Aimer éperdument, avec excès. Il aime cette femme à la folie. J'aime ce spectacle à la folie. On dit dans le même sens Chacun a sa folie. Les fleurs, les tableaux sont sa folie. Satisfaire toutes ses folies. Il signifie aussi Manque de jugement qui va jusqu'à l'extravagance ou Acte par lequel il se manifeste. Quelle folie de ne point songer à l'avenir! Un luxe qui va jusqu'à la folie. Je plains son aveuglement et sa folie. Il taxe cette conduite de folie. Il a fait la folie de vendre sa maison. Je regarde cela comme une folie. Je m'attends à quelque nouvelle folie de sa part. Il n'a jamais fait que des folies. Prov., Les plus courtes folies sont les meilleures. Il signifie quelquefois Gaieté excessive ou Acte par lequel elle se manifeste. Une aimable folie. Être inspiré, guidé par la folie. Après ce joyeux repas, ils se livrèrent à toutes sortes de folies. Il nous a dit mille folies. Il débite toutes les folies qui lui passent par l'esprit. Il se dit particulièrement des Excès, des écarts de conduite. Ils ont fait bien des folies dans leur jeunesse. Des folies de jeune homme. Fam., Faire folie de son corps, se dit d'une Femme qui se livre à toutes sortes de désordres. Chienne en folie, Chienne en chaleur. Par analogie,

FOLIE s'est dit autrefois d'une Petite maison de plaisance et de rendez-vous.

Littré (1872-1877)

FOLIE (fo-lie) s. f.
  • 1Dérangement de l'esprit Accès de folie. Un coin de folie. C'est une chose admirable que tous les grands hommes ont toujours quelque petit grain de folie mêlé à leur science, Molière, Méd. malgré lui, I, 5. Sa folie est nouvelle et rare assurément, Regnard, Ménechm. III, 11. Qu'est-ce que la folie ? c'est d'avoir des pensées incohérentes et la conduite de même, Voltaire, Dict. phil. Folie.

    Aimer à la folie, aimer avec le sens d'une passion qui n'a pas tout le sérieux nécessaire ; on ne dirait pas aimer son père à la folie ; on ne le dirait pas non plus d'un amant qui ressent une passion profonde. Je n'en voudrais pas, quoique je l'aime à la folie, Hamilton, Gramm. 7. Ce bon cardinal [Quirini] aime les louanges à la folie ; il ressemble en cela à Cicéron, Voltaire, Lett. Mme Denis, 9 juin 1752.

    La folie de la croix, ce qui, dans le christianisme, paraît insensé aux sages de la terre et forme pourtant le sens profond et mystérieux de la religion. Cette religion si grande en miracles, si grande en science, après avoir étalé tous ses miracles et toute sa sagesse, elle réprouve tout cela, et dit qu'elle n'a ni sagesse ni signes, mais la croix et la folie, Pascal, Pens. t. I, p. 415, édit LAHURE.

  • 2Dans le langage médical, lésion plus ou moins complète et ordinairement de longue durée des facultés intellectuelles et affectives, sans trouble notable dans les sensations et les mouvements volontaires, et sans désordre grave ou même apparent des fonctions nutritives et génératrices.

    Folie circulaire, ou mieux, folie à double forme, forme de maladie mentale caractérisée par la reproduction successive et régulière de l'état maniaque, de l'état mélancolique et d'un intervalle lucide, états dont chacun est plus ou moins prolongé.

    Folie dépressive, dégoût de la vie, tendance au suicide.

    Folie héréditaire, lucide ou morale, dite aussi folie raisonnante, folie instinctive, forme de folie avec tendance au suicide, à l'homicide, aux actes de cruauté, dans laquelle les malades ont non-seulement de longs intervalles lucides, mais encore se font remarquer par des situations mentales où il est difficile de les prendre en flagrant délit de déraisonnement.

    Folie pénitentiaire, celle qui se développe dans les pénitenciers, les asiles, les prisons, les bagnes, etc. sous l'influence de la séquestration.

  • 3 Par exagération, absence de raison, extravagance, manque de jugement. La folie nous suit dans tous les temps de la vie ; si quelqu'un paraît sage, c'est seulement parce que ses folies sont proportionnées à son âge et à sa fortune, La Rochefoucauld, Réfl. mor. n° 207. … C'est folie De compter sur dix ans de vie, La Fontaine, Fabl. VI, 19. Chacun veut en sagesse ériger sa folie, Et, se laissant régler à son esprit tortu, De ses propres défauts se fait une vertu, Boileau, Sat. IV. Auriez-vous donc la folie d'exiger de votre amant une fidélité scrupuleuse et parfaite ? - Oui, j'ai cette folie, Genlis, Veillées du château t. III, p. 461, dans POUGENS. Il [Courier] eut son grain d'ambition, son quart d'heure de folie comme un autre ; la tête aussi lui tourna ; mais cela ne dura guère, il en revint bientôt au mécompte, et corrigé pour toute sa vie, Carrel, Œuvres, t. V, p. 196.
  • 4Action folle, idée folle. Qui fait une folie, il doit la faire entière, Régnier, Sat. X. Aussi bien Annibal nommait une folie De présumer la [Rome] vaincre ailleurs qu'en Italie, Corneille, Nicom. v, 7. Oui, il nous a voulu faire accroire qu'il était dans la maison et que nous étions dehors ; et c'est une folie qu'il n'y a pas moyen de lui ôter de la tête, Molière, G. Dand. III, 12. Je la vois disposée à faire une folie, qui est de partir sans lui, Sévigné, 13. Faire une folie et se marier par amourette, c'est épouser Mélite, qui est jeune, belle, sage, économe, qui plaît, qui vous aime, qui a moins de bien qu'Aegine qu'on vous propose, La Bruyère, XIV. J'étais trop folle pour faire des folies, Rousseau, Hél. I, 7.

    Une tendre folie, une passion amoureuse. On s'est imaginé que ma mélancolie Vient moins d'une santé dès longtemps affaiblie, Que du reproche amer qu'en secret je me fais De n'être plus assez jolie Pour faire naître encor quelque tendre folie, Deshoulières, Ép. chagrine au P. la Chaise.

  • 5Gaieté vive dans laquelle on fait ou dit des choses propres à divertir. Une aimable folie. Céliante : Elle est folle à l'excès. - Lisette : On plaît par la folie, Boissy, Deh. tromp. I, 1. Mon pinceau, trempé dans la lie, Sur tous les murs aurait écrit : Entrez, enfants de la folie ; Plus on est de fous, plus on rit, A. Gouffé, Chanson. Éveillons au hasard les échos de ta vie ; Parlons-nous de bonheur, de gloire et de folie, Et que ce soit un rêve et le premier venu, Musset, Poésies nouv. la Nuit de mai.

    La Folie, personnage fictif qu'on représente sous la figure d'une femme joyeuse avec une marotte et des grelots. Le résultat de la suprême cour Fut de condamner la Folie [qui d'un coup avait rendu aveugle l'Amour] à servir de guide à l'Amour, La Fontaine, Fabl. XII, 14. J'entends au loin l'archet de la Folie ; Ô mes amis, prolongez d'heureux jours, Béranger, mon Carnaval.

  • 6Joyeusetés en paroles ou en actions. Elle me dit mille folies sur les plaisirs que vous avez, Sévigné, 438. Vous me donnez envie de vous conter des folies, tant vous entrez bien dans celles que je vous mande, Sévigné, 5 fév. 1690. Je me suis trouvé seul avec ma maîtresse ; nous avons dit mille folies, mais hélas ! nous n'en avons point fait, Richelet.

    Idées bizarres ou absurdes. Il débite toutes les folies qui lui passent par la tête.

  • 7Écart de conduite. Folies de jeunesse. J'ai bien la mine, moi, de payer plus cher vos folies, Molière, Scapin, I, 1. Quelques-uns n'ont pas même le triste avantage de répandre leurs folies plus loin que le quartier où ils habitent ; c'est le seul théâtre de leur vanité, La Bruyère, VII. Jadis ton maître a fait mainte folie Pour des minois moins friands que le tien, Béranger, Célib.
  • 8Caricature, charge plaisante. On a fait une assez plaisante folie de la Hollande : c'est une comtesse âgée d'environ cent ans, elle est bien malade, elle a autour d'elle quatre médecins, ce sont les rois d'Angleterre, d'Espagne, de France et de Suède, Sévigné, 150.

    Écrit plaisant qui a un caractère de charge, de caricature. Les jeunes gens et les femmes lisent cette folie avec avidité ; les éditions de tous les livres dans ce goût se multiplient, Voltaire, Lett. Damilaville, 16 oct. 1767.

    Au XVIe siècle, on appelait folies les épigrammes ou les contes épigrammatiques.

  • 9Goût exclusif, passionné, idée en laquelle on se complaît. Chacun a sa folie. D'où vient la folie que j'ai pour ces sottises-là ? Sévigné, 67. J'ai ma folie, hélas ! aussi bien que mon père, Racine, Plaid. I, 5. Je vous demande pardon, répondis-je ; vous m'avez mis sur ma folie [croire que les planètes sont des mondes] ; aussitôt mon imagination s'est échappée, Fontenelle, Mondes, 1er soir. C'était la folie des Égyptiens de se perdre dans une antiquité dont aucun autre peuple n'approchât, Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. I, p. 152, dans LACURNE. Maure, dit Blanca, ma folie [amour] pour toi passe toute mesure ; sois chrétien, et rien ne pourra m'empêcher d'être à toi, Chateaubriand, Dern. Abencér.
  • 10Accointance charnelle. Avec quelqu'un as-tu fait la folie ? La Fontaine, Lunettes.

    Faire folie de son corps, se dit d'une femme qui se livre.

    Il se dit aussi des animaux en chaleur. Cette chienne est en folie.

  • 11Folies d'Espagne, air qu'on dansait autrefois en Espagne avec des castagnettes du même nom ; il est à trois temps, d'un mouvement modéré et d'une mélodie simple. Il danse ces belles chaconnes, les folies d'Espagne, mais surtout les passe-pieds avec sa femme, d'une perfection, d'un agrément qui ne se peut représenter, Sévigné, 24 juillet 1689.

PROVERBES

Les plus courtes folies sont les meilleures. Il me fit voir les dangers auxquels je m'exposais, me dit que les plus courtes folies sont les meilleures…, Rousseau, Conf. IV. D'accord, mais les plus courtes folies… - Sont les mauvaises ; les plus suivies sont les meilleures ; on s'épargne le moment de la réflexion, Dancourt, Impromptu de Surène, sc. 18.

Il n'est si grande folie que de sage homme, c'est-à-dire quand les gens naturellement sages font des folies, ils les font plus grandes que les autres hommes.

HISTORIQUE

XIe s. Dous [deux] sunt percener [copropriétaires] de une erité, e est l'un enplaidé senz l'altre, e per sa folie si pert, Lois de Guill. 39. Et dist al roi : Guenes a dit folie, Ch. de Rol. XXXVI. Car vasselage par sens [avec prudence] n'est pas folie, ib. CXXIX. Empris [j'] ai greignor [plus grande] folie, Couci, III. … La folie [d'amour] Dont je m ere [étais] gardez mainte saison, ib. XXIV. Pour une qu'en [j']ai haïe ; [j'] Ai dit aux autres [dames] folie, Comme irous [irrité], Quesnes, Romancero, p. 88. Et Gilemers d'Escot dit outrage et folie, Sax. X.

XIIIe s. Je di que c'est grant folie D'essaier ne d'esprouver Ne sa fame ne s'amie, Auboins de Sezanne, Romancero, p. 126. Vers le lion [il] s'en va, ou soit sens ou folie, Berte, II. Il pourront bien savoir se il ont fait folie, ib. X. En non Dieu, dist li quens, mius vaut folie laissiée que folie maintenue, Chron. de R. 189. L'en doit faire espenoïr [payer] as fos [aux fous] lor folie, Livre de just. 84. Folie n'est pas vasselage [vaillance], Leroux de Lincy, Prov. t. I, p. 235. Si comme les aucunnes qui s'en vont por fere folie de lor cors, Beaumanoir, LVII, 3.

XVe s. Il [Robert Salle] descendit [de son cheval], dont il fit folie [il eut tort], Froissart, II, II, 114. L'empereur s'en alla sans dire adieu, à la grant honte et follye du dit duc, Commines, II, 8. Les chansons se disoient publicquement à la louange des vainqueurs et à la follye du vaincu, Commines, v, 2.

XVIe s. Les plus courtes folies sont toujours les meilleures, Marguerite de Navarre, Nouv. XX. Une follie est tost faicte, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 433.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

FOLIE, s. f. (Morale.) S’écarter de la raison, sans le savoir, parce qu’on est privé d’idées, c’est être imbécille ; s’écarter de la raison le sachant, mais à regret, parce qu’on est esclave d’une passion violente, c’est être foible : mais s’en écarter avec confiance, & dans la ferme persuasion qu’on la suit, voilà, ce me semble, ce qu’on appelle être fou. Tels sont du moins ces malheureux qu’on enferme, & qui peut-être ne different du reste des hommes, que parce que leurs folies sont d’une espece moins commune, & qu’elles n’entrent pas dans l’ordre de la société.

Mais puisque la folie n’est qu’une privation, pour en acquérir des idées plus distinctes, tâchons de connoître son contraire. Qu’est-ce que la raison ? Ce qu’on appelle ainsi, au-moins dans un sens contraire à la folie, n’est autre chose en général que la connoissance du vrai ; non de ce vrai que l’auteur de la nature a réservé pour lui seul, qu’il a mis loin de la portée de notre esprit, ou dont la connoissance exige des combinaisons multipliées ; mais de ce vrai sensible, de ce vrai qui est à la portée de tous les hommes, & qu’ils ont la faculté de connoître, parce qu’il leur est nécessaire, soit pour la conservation de leur être, soit pour leur bonheur particulier, soit pour le bien général de la société.

Le vrai est physique ou moral : le vrai physique consiste dans le juste rapport de nos sensations avec les objets physiques, ce qui arrive quand ces objets nous affectent de la même maniere que le reste des hommes : par exemple, c’est une folie que d’entendre les concerts des anges comme certains enthousiastes, ou de voir, comme dom Quichotte, des géans au lieu de moulins à vent, & l’armée d’Alifanfaron, au lieu d’un troupeau de moutons.

Le vrai moral consiste dans la justesse des rapports que nous voyons, soit entre les objets moraux, soit entre ces objets & nous. Il résulte de-là que toute erreur qui nous entraîne est folie. Ce sont donc de véritables folies que tous les travers de notre esprit, toutes les illusions de l’amour propre, & toutes nos passions, quand elles sont portées jusqu’à l’aveuglement ; car l’aveuglement est le caractere distinctif de la folie. Qu’un homme commette une action criminelle, avec connoissance de cause, c’est un scélérat ; qu’il la commette, persuadé qu’elle est juste, c’est un fou. Ce qu’on appelle dans la société dire ou faire des folies, ce n’est pas être fou, car on les donne pour ce qu’elles sont. C’est peut-être sagesse, si l’on veut faire attention à la foiblesse de notre nature. Quelque haut que nous fassions sonner les avantages de notre raison, il est aisé de voir qu’elle est pour nous un fardeau pénible, & que, pour en soulager notre ame, nous avons besoin de tems-en-tems au moins de l’apparence de la folie.

La folie paroît venir quelquefois de l’altération de l’ame qui se communique aux organes du corps, quelquefois du dérangement les organes du corps qui influe sur les opérations de l’ame ; c’est ce qu’il est fort difficile de démêler. Quelle qu’en soit la cause, les effets sont les mêmes.

Suivant la définition que j’ai donnée de la folie physique & morale, il y a mille gens dans le monde, dont les folies sont vraiment physiques, & beaucoup dans les maisons de force qui n’ont que des folies morales. N’est-ce pas, par exemple, une folie physique que celle du malade imaginaire ?

Tout excès est folie, même dans les choses loüables. L’amitié, le desintéressement, l’amour de la gloire, sont des sentimens loüables, mais la raison doit y mettre des bornes ; c’est une folie que d’y sacrifier sans nécessité sa réputation, sa fortune, & son bonheur.

Quelquefois néanmoins cet excès est vertu, quand il part d’un principe de devoir généralement reconnu. C’est qu’alors l’excès n’est pas réel ; car si le principe est tel qu’il ne soit pas permis de s’en écarter, il ne peut plus y avoir d’excès. En retournant à Carthage, Régulus fut un homme vertueux, il ne fut pas un fou.

Quelquefois aussi on regarde comme vertu un excès réel, quand il tient à un motif louable : c’est qu’alors on ne fait attention qu’au motif, & au petit nombre de gens capables de si beaux excès.

Souvent l’excès est relatif soit à l’âge, soit à l’état, soit à la fortune. Ce qui est folie dans un vieillard ne l’est pas dans un jeune homme ; ce qui est folie dans un état médiocre & avec une fortune bornée, ne l’est pas dans un rang élevé ou avec une grande fortune.

Il y a des choses où la raison ne se trouve que dans un juste milieu, les deux extrèmes sont également folie ; il y a de la folie à tout condamner comme à tout approuver, c’est un fou que le dissipateur qui donne tout à ses fantaisies, comme l’avare qui refuse tout à ses besoins ; & le sybarite plongé dans les voluptés n’est pas plus sensé que l’hypocondriaque, dont l’ame est fermée à tout sentiment de plaisir ; il n’y a de vrais biens sur la terre que la santé, la liberté, la modération des desirs, la bonne conscience. C’est donc une folie du premier ordre que de sacrifier volontairement de si grands biens.

Parmi nos folies il y en a de tristes, comme la mélancolie ; d’impétueuses, comme la colere & l’humeur ; de douloureuses, comme la vengeance qui a toûjours devant les yeux un outrage imaginaire ou réel, & l’envie, pour qui tous les succès d’autrui sont un tourment.

Il y a des fous gais ; tels sont en général les jeunes gens : tout les intéresse, parce que tout leur est inconnu ; tous leurs sentimens sont excessifs, parce que leur ame est toute neuve ; un rien les met au desespoir, mais un rien les transporte de joie ; ils manquent souvent de l’aisance & de la liberté, mais ils possedent un bien préférable à ceux-là : ils sont gais. Folie aimable, & qu’on peut appeller heureuse, puisque les plaisirs l’emportent sur les peines ; folie qui passe trop vîte, qu’on regrette dans un âge plus avancé, & dont rien ne dédommage.

Il est des folies satisfaisantes, sans être gaies ; telle est celle de beaucoup de gens à talens, sur-tout à petits talens. Ils attachent d’autant plus d’importance à leur art, que dans la réalité il en a moins. Mais cette folie flate leur amour-propre ; elle a encore pour eux un autre avantage ; ils auroient peut-être été médiocres dans leur état, elle les y rend supérieurs, elle a même quelquefois reculé les limites de l’art.

Il est enfin des folies auxquelles on seroit tenté de porter envie. De cette espece est celle d’un petit bourgeois, qui, par son travail & par son économie, s’étant acquis une aisance au-dessus de son état, en a conçu pour lui-même la plus sincere vénération. Ce sentiment éclate en lui dans son air, dans ses manieres, dans ses discours. Au milieu de ses amis il aime à faire le dénombrement de ce qu’il possede. Il leur raconte cent fois, mais avec une satisfaction toûjours nouvelle, les détails les moins intéressans de sa vie & de sa fortune. Dans l’intérieur de sa maison il ne parle que par sentences ; il se regarde comme un oracle, & est regardé comme tel par sa femme, par ses enfans, & par les gens qui le servent. Cet homme-là assûrément est fou, car ni sa petite fortune, ni le petit mérite qui la lui a procurée, ne sont dignes de l’admiration & du respect qu’ils lui inspirent ; mais cette folie ne fait tort à personne, elle amuse le philosophe qui en est spectateur ; & pour celui qui la possede, elle est un vrai thrésor, puisqu’elle fait son bonheur.

Que si quelques uns de ces fous paroissoient pour la premiere fois chez une nation qui n’eût jamais connu que la raison, il est vraissemblable qu’on les feroit enfermer. Mais parmi nous l’habitude de les voir les fait supporter ; quelques-unes de leurs folies nous sont nécessaires, d’autres nous sont utiles, presque toutes entrent dans l’ordre de la société, puisque cet ordre n’est autre chose que la combinaison des folies humaines. Que s’il en est quelques-unes qui y paroissent inutiles ou même contraires, elles sont le partage d’un si grand nombre d’individus, qu’il n’est pas possible de les en exclure. Mais elles ne changent pas de nature pour cela : chacun reconnoît pour folie celle qui n’est pas la sienne, & souvent la sienne propre, quand il la voit dans un autre.

Folie, (Medecine.) est une espece de lésion dans les fonctions animales ; cette maladie de l’esprit est si connue de tout le monde, qu’il n’est aucun des plus fameux nosographes qui ait cru devoir en donner une idée précise, une définition bien distincte ; il n’en est traité expressément nulle part. Voyez les œuvres de Sennert, de Riviere, d’Etmuller, d’Hoffman, de Boerhaave, &c.

Comme la folie consiste dans une sorte d’égarement de la raison, dans une dépravation de la faculté pensante (dont l’abolition est ce qu’on appelle démence, voyez Démence) ; dépravation qui a lieu avec différentes modifications dans le délire, dans la mélancolie, dans la manie : on a confondu la folie avec l’une ou l’autre de ces maladies, mais plus communément avec la derniere de ces trois ; parce que la folie est comme le prélude de la manie, & a essentiellement plus de rapport avec elle, qu’avec aucune autre : de maniere cependant que la folie peut avoir lieu & subsister pendant long-tems, pendant toute la vie même, sans être jamais suivie de la manie proprement dite.

L’erreur de l’entendement qui juge mal durant la veille de choses sur lesquelles tout le monde pense de la même maniere, est le genre de ces trois maladies. On donne ordinairement à ce genre le nom de délire ; quoiqu’on appelle aussi de ce nom une de ses especes, dans laquelle l’erreur dont il vient d’être fait mention, est de peu de durée, & forme un symptome de fievre, de maladie aiguë, qui, lorsqu’il porte à la fureur, est appellé phrénésie. Voyez Délire, Fievre, Phrénésie

La folie est aussi distinguée de la mélancolie, en ce que le délire dans celle-ci rend les malades inquiets, ne roule que sur un seul objet, ou sur un petit nombre d’objets le plus souvent tristes, & n’est pas universel ; au lieu qu’il a cette derniere qualité, & qu’il est sans inquiétude & sans tristesse dans la folie & dans la manie ; que dans celle-là par conséquent le malade est tranquille & s’occupe de toute sorte d’objets indifféremment avec la même extravagance, & que dans la manie le délire est accompagné d’audace, de fureur, toûjours sans fievre essentielle, ce qui distingue la manie de la phrénésie : & si la fureur dans celle-là est portée à l’extrème, on lui donne le nom de rage.

Ainsi la folie est à la manie par la modération de ses effets, ce que la rage est à la manie par l’intensité de la violence des symptomes qui la caractérisent. On est donc fondé à renvoyer à l’article Manie, tout ce qu’il y a à dire de ces trois sortes de délire sans fievre, entre lesquels on ne doit distinguer la folie, que parce qu’elle est sans violence, sans fureur, qui se trouvent toûjours plus ou moins dans les deux autres especes ; on peut voir aussi-bien des choses qui ont rapport à toutes les trois dans l’article Mélancolie. (d)

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Étymologie de « folie »

(Nom 1) De fol avec le suffixe -ie.
(Nom 2) Altération de feuille, feuillée ; à partir du sens de « abri de feuillage, cabane », le mot a désigné une maison de campagne, et l'étymologie populaire a justifié ce terme en faisant référence à une idée de construction dispendieuse ou extravagante.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Fol (voy. FOU) ; provenç. folia, follia, folhia, fulhia ; anc. esp. folia ; ital. follia. L'ancienne langue disait aussi folage et folor.

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Phonétique du mot « folie »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
folie fɔli

Évolution historique de l’usage du mot « folie »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « folie »

  • La vie n'est pas le travail : travailler sans cesse rend fou. Charles de Gaulle, Propos recueillis par André Malraux dans Les Chênes qu'on abat, Gallimard
  • Les choses les plus belles sont celles que souffle la folie et qu'écrit la raison. André Gide, Journal, Gallimard
  • Il ne me paraît pas assez intelligent pour être fou. Sacha Guitry, Une folie, Solar
  • Il y a une foule de sottises que l'homme ne fait pas par paresse et une foule de folies que la femme fait par désœuvrement. Victor Hugo, Tas de pierres, Éditions Milieu du monde
  • C'est une grande folie de vouloir être sage tout seul. François, duc de La Rochefoucauld, Maximes
  • En vieillissant on devient plus fou et plus sage. François, duc de La Rochefoucauld, Maximes
  • On trouve des moyens pour guérir de la folie, mais on n'en trouve point pour redresser un esprit de travers. François, duc de La Rochefoucauld, Maximes
  • Qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit. François, duc de La Rochefoucauld, Maximes
  • L'imagination est la folle du logis. Nicolas Malebranche, De la recherche de la vérité
  • Les hommes sont si nécessairement fous, que ce serait être fou par un autre tour de folie, de n'être pas fou. Blaise Pascal, Pensées, 414 Pensées
  • La poésie (et la politique) sont, pour une part, une façon d'utiliser au mieux la folie. Jean Paulhan, Lettre à J. Debû-Bridel
  • Est fou qui veut lutter contre les étoiles. Charles Perrault, La Chatte cendreuse
  • La raison est ce qui effraie le plus chez un fou. Anatole François Thibault, dit Anatole France, Monsieur Bergeret à Paris, Calmann-Lévy
  • Hölderlin, l'aurore l'enivre. Il s'en va par l'autre chemin. André Frénaud, Il n'y a pas de paradis, Gallimard
  • […] Un sage se distingue des autres hommes, non par moins de folie, mais par plus de raison. Émile Chartier, dit Alain, Idées, Étude sur Descartes , Flammarion
  • Un fou qui dit par hasard le vrai n'a pas la vérité. Émile Chartier, dit Alain, Propos d'un Normand, tome V , Gallimard
  • Les confidences de fous, je passerais ma vie à les provoquer. Ce sont gens d'une honnêteté scrupuleuse, et dont l'innocence n'a d'égale que la mienne. André Breton, Manifeste du surréalisme, Pauvert
  • Il y a plus de fous que de sages, et, dans le sage même, il y a plus de folie que de sagesse. Sébastien Roch Nicolas, dit Nicolas de Chamfort, Maximes et pensées
  • Les trois quarts des folies ne sont que des sottises. Sébastien Roch Nicolas, dit Nicolas de Chamfort, Maximes et pensées
  • L'extrême limite de la sagesse, voilà ce que le public baptise folie. Jean Cocteau, Le Rappel à l'ordre, Stock
  • Un fou peut parfaitement garder son âme intacte. Léon Daudet, Paris vécu, Gallimard
  • Il faut souvent donner à la sagesse l'air de la folie, afin de lui procurer ses entrées. Denis Diderot, Lettres
  • La folie, c'est la mort avec des veines chaudes. Xavier Forneret, Sans titre, par un homme noir, blanc de visage
  • De l'homme à l'homme vrai, le chemin passe par l'homme fou. Michel Foucault, Histoire de la folie à l'âge classique, Plon
  • On cherche ce qu'il dit après qu'il a parlé ; Et je lui crois, pour moi, le timbre un peu fêlé. Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, Les Femmes savantes, II, 7, Chrysale
  • Les deux voies naturelles pour entrer au cabinet des Dieux et y prévoir le cours des destinées sont la fureur* et le sommeil. Michel Eyquem de Montaigne, Essais, II, 12
  • Il faut avoir un peu de folie, qui* ne veut avoir plus de sottise. Michel Eyquem de Montaigne, Essais, III, 9
  • La plus subtile folie se fait de la plus subtile sagesse. Michel Eyquem de Montaigne, Essais, II, 12
  • Nous sommes tous obligés, pour rendre la réalité supportable, d'entretenir en nous quelques petites folies. Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, À l'ombre des jeunes filles en fleurs , Gallimard
  • Comment ne pas avoir peur devant cette absence de raison dénuée de toute folie ? Raymond Queneau, Les Temps mêlés, Gallimard
  • Le malheur a été mon dieu. Je me suis allongé dans la boue. Je me suis séché à l'air du crime. Et j'ai joué de bons tours à la folie. Arthur Rimbaud, Une saison en enfer, Jadis, si je me souviens bien
  • Le seul remède à la folie, c'est l'innocence des faits. Jacques Rivière, Correspondance, à Antonin Artaud, 25 mars 1924 , Gallimard
  • Il y a toujours du bon dans la folie humaine. Auguste, comte de Villiers de L'Isle-Adam, L'Ève future
  • La colère est une courte folie. Horace en latin Quintus Horatius Flaccus, Épîtres, I, II, 62
  • Il est parfois bon d'avoir un grain de folie. Sénèque en latin Lucius Annaeus Seneca, dit Sénèque le Philosophe, De la tranquillité de l'âme, 17
  • Il est malaisé de corriger en un jour une folie qui date de loin. Ménandre, Le Carthaginois, fg. 262 (traduction G. Guizot)
  • La sagesse ne convient pas en toute occasion ; il faut quelquefois être un peu fou avec les fous. Ménandre, Les Enchères, fg. 421 K (traduction G. Guizot)
  • Comme le chien revient à son vomissement, le sot retourne à sa folie. , Ancien Testament, Livre des Proverbes XXVI, 11
  • Si le fou persistait dans sa folie, il deviendrait sage. William Blake, The Marriage of Heaven and Hell
  • Les fous ouvrent les voies qu'empruntent ensuite les sages. Carlo Alberto Pisani Dossi, dit Carlo Dossi, Note Azzurre, 4971
  • Les grands esprits sont sûrement de proches alliés de la folie, et de minces cloisons les en séparent. John Dryden, Absalom and Achitophel, I
  • La seule sagesse à la portée des pauvres humains, c'est d'extravaguer sur leurs propres folies. Benjamin, dit Ben Jonson, The Poetasters, IV, 6
  • Bien que ce soit de la folie, voici qui ne manque pas de logique. William Shakespeare, Hamlet, II, 2, Polonius
  • Folie pour folie, prenons les plus nobles. De Gustave Flaubert / Elisa Schlesinger - 14 Janvier 1857
  • Les fous passent, La folie reste. De Sébastien Brant
  • Trop d’intelligence tourne en folie. De Proverbe kongo
  • La folie est un don de Dieu. De Jim Fergus / Mille femmes blanches
  • La jeunesse est une fraction de folie. De Proverbe arabe
  • Le cancer vient de la folie réprimée. De Norman Mailer / Un rêve américain
  • Amour, folie aimable ; ambition, sottise sérieuse. De Chamfort / Maximes et pensées, caractères et anecdotes
  • On ne peut être poète sans quelque folie. De Démocrite
  • Le génie, cette folie artistique de l’être humain. De TW
  • Le génie est un flot baigné par la folie. De Emile Augier / Maître Guérin
  • La folie est le propre de l'homme. De Blaise Cendrars / Bourlinguer
  • Aussi grotesque qu’elle eût été à travers les époques, cheminant avec peine aux côtés des avancées de la médecine, la représentation de la folie est toujours à l’image de son milieu. Le Devoir, La folie littéraire, cette arme de résistance massive | Le Devoir
  • « J’ai grandi dans ce qu’on appelle la folie, ce mal étrange dont a toujours souffert mon père », précise Vero Cratzborn, réalisatrice de « La forêt de mon père » (sortie le 8 juillet), son premier long-métrage inspiré d’une histoire familiale « compliquée ». « Ce n’est pas un copié-collé, j’ai tourné autour du pot. Je viens d’un coin de Belgique reculé, j’ai quatre frères, et mon père souffre de troubles psychiques graves. Je reviens d’une certaine guerre, j’ai des blessures intérieures », dit-elle. Factuel.info, « La forêt de mon père », à la lisière de la folie | Factuel.info

Images d'illustration du mot « folie »

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Traductions du mot « folie »

Langue Traduction
Anglais madness
Espagnol locura
Italien follia
Allemand wahnsinn
Chinois 疯狂
Arabe جنون
Portugais loucura
Russe безумие
Japonais 狂気
Basque eromena
Corse madness
Source : Google Translate API

Synonymes de « folie »

Source : synonymes de folie sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « folie »

Folie

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