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Résister

Définitions du mot « résister »

Trésor de la Langue Française informatisé

RÉSISTER, verbe trans. indir.

I. − [Le suj. désigne un inanimé] Faire obstacle à une action ou à une force.
A. − Ne pas céder sous l'effet d'une force.
Qqc. résiste à qqc.Béton, bois, métal qui résiste à la compression, à l'écrasement, à la pression. Il n'y a que le vieux chêne qui résiste à toutes les tempêtes (Dumas père, P. Jones, 1838, v, 2, p. 193).Une hutte primitive toute pétrie de terre, bien assise sur la terre pour résister au vent (Bachelard, Poét. espace, 1957, p. 71).
Absol. L'acier est incontestablement celui de tous les métaux qui résiste le mieux (Verne, Île myst., 1874, p. 466).
B. − Ne pas s'altérer sous l'effet d'un agent extérieur. Métal qui résiste à la corrosion de l'eau; pierre dure qui résiste à l'érosion; vase qui résiste au feu. Nos bâtiments (...) pouvaient résister aux grosses mers que nous aurions à parcourir (Voy. La Pérouse, t. 2, 1797, p. 41).[La fonte] paraît résister à la rouille beaucoup mieux que le fer (Résal, Ponts métall., t. 1, 1885, p. 492).
BOT. Le blé peut résister à des cas exceptionnels de sécheresse parce qu'il a la faculté de faire pénétrer ses racines jusqu'à une profondeur de 1 m 70 à 2 mètres (Brunhes, Géogr. hum., 1942, p. 133).Une vigne vigoureuse résiste mieux qu'une vigne faible, une vigne âgée mieux qu'une jeune vigne (Levadoux, Vigne, 1961, p. 99).
II. − [Le suj. désigne un animé ou une entité en relation avec un animé] Qqn résiste à qqc., à qqn
A. − Supporter quelque chose, tenir victorieusement contre quelque chose.
1. [Le suj. désigne le corps physique] Supporter sans dommage grave les effets d'une contingence naturelle ou d'une épreuve physique.
a) Qqn résiste à (une force naturelle).Résister à la force de l'eau, du vent. John Mangles démarra le radeau (...). Tout alla bien pendant une quinzaine de toises. Wilson résistait à la dérive (Verne, Enf. cap. Grant, t. 2, 1868, p. 249).Absol. Elle avait peur de perdre pied. Le courant la poussait, la faisait dériver, la forçait à s'incliner, à résister, à lui opposer tout son poids (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p. 340).
b) Qqn résiste à (des conditions climatiques, des privations vitales, des maladies).Résister à la chaleur, à la fatigue, au froid, au poison, au sommeil, à la souffrance, à la torture. L'organisme semble acquérir par accoutumance la faculté de résister aux maladies, comme il acquiert la faculté de résister à l'action graduée des poisons et des venins (Bretonneau, Inflamm. tissu muqueux, 1826, p. 55).Absol. Ce n'est point ma faute si le corps humain ne peut résister trois jours sans boire. Je ne me croyais pas prisonnier ainsi des fontaines (Saint-Exup., Terre hommes, 1939, p. 237).
Fam. On n'y peut plus résister. Il fait ici une si grande fumée, qu'on n'y saurait résister (Ac.1798-1878).
2. [Le suj. désigne la pers. morale, sa force d'âme] Supporter les épreuves. Résister aux catastrophes, aux chagrins, aux peines, aux vicissitudes; résister au destin, au malheur, au mauvais sort. Sa grande âme résistait à tout et contribuait même à le tromper sur son corps; mais nous pouvions le voir dépérir à vue d'œil (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 454).Tout d'un coup ma grand'mère se dressa à demi, fit un effort violent, comme quelqu'un qui défend sa vie. Françoise ne put résister à cette vue et éclata en sanglots (Proust, Guermantes 2, 1921, p. 345).
3. [Le suj. désigne un sentiment, une chose abstr.] Durer, demeurer vivace en dépit des causes d'usure et de destruction. Synon. persister.Résister à l'absence, à l'éloignement, au mensonge, à la séparation. Les calomnies mordent difficilement sur l'amitié; mais quelle amitié résisterait à une suite de rêves qui y serait contraire? (Alain, Propos, 1921, p. 332).L'œuvre fondée sur le temps résiste elle-même au temps, ayant puisé dans la durée laborieuse dont elle était le fruit de quoi durer à son tour (Jankél., Je-ne-sais-quoi, 1957, p. 152).
Ne pas résister à l'analyse, à l'examen. Être peu solide, sans force probante. Synon. ne pas tenir à...Tous ces gens savent que la calomnie ne peut pas résister à cinq minutes d'examen (Clemenceau, Vers réparation, 1899, p. 214).
Absol. J'ai donné à la lecture beaucoup d'heures que j'aurais pu donner à mes livres, mais c'était ma façon d'élever ce que j'appelle la digue et de résister (Green, Journal, 1949, p. 313):
1. ... les circonstances étaient défavorables (...)? Résister, toujours résister, et prendre son point d'appui en soi-même. C'est aussi une circonstance que le courage d'un honnête homme, et personne ne saurait prévoir ce qu'elle peut entraîner. Staël, Consid. Révol. fr., t. 1, 1817, p. 329.
B. − Répondre à quelqu'un (ou à quelque chose) en refusant explicitement ou implicitement son action, son projet; l'action qui en découle.
1. Opposer de la résistance, se défendre par les armes, par les moyens de la guerre. Résister à un agresseur, à un assaut, à une attaque, à la cavalerie, à un ennemi, à une offensive. Cyrus Smith ne pourrait évidemment pas résister à cinquante bandits, armés de toutes pièces (Verne, Île myst., 1874, p. 434):
2. À la suite de ce triomphe, il s'empara de toute l'Alsace, et il avait osé concevoir le projet de s'y maintenir et de s'en déclarer le souverain, en résistant à la fois aux armées françaises et aux forces impériales. Constant, Wallstein, 1809, notes hist., p. 198.
Absol. Résister opiniâtrement, vaillamment, victorieusement; résister jusqu'au sang, jusqu'à la mort. C'est effectivement dans l'islam que ce peuple afghan maintient sa cohésion et puise la force morale qui lui permet de résister (Le Figaro Magazine, 5 déc. 1987, p. 18, col. 1).
2. Se rebeller contre une autorité physique ou morale ressentie comme abusive. Résister à sa famille, à l'oppression, au pouvoir. Ce destin est grave, je vous l'accorde. C'est celui du Christ qu'on cloue sur la croix parce qu'il résiste à la police romaine, de sainte Jeanne qu'on brûle parce qu'elle résiste à l'Église militante (Cocteau, Poés. crit. II, 1960, p. 228):
3. ... quand MmeStevens avait décidé quelque chose, il n'y avait plus qu'à se résigner: nul ne pouvait lui résister. Elle était la forte tête de la famille; (...) elle dirigeait tout: son mari, sa fille, et ses amants... Rolland, J.-Chr., Foire, 1908, p. 783.
Absol. Volat (...) reparut aussitôt, tirant après soi la fillette: elle résistait, la tête dans son bras replié sous la menace des coups attendus (Genevoix, Raboliot, 1925, p. 91).
Résister à l'impôt. Refuser de payer tout ou partie de l'impôt. Quand le travail manque, quand le commerce est nul, le contribuable résiste à l'impôt par pénurie, épuise et dépasse les délais (Hugo, Misér., t. 1, 1862, p. 220).
,,Ce cheval résiste au cavalier. Le cavalier a de la peine à le faire obéir`` (Ac.). Ce ne fut pas sans résister, sans se cabrer, sans hennir violemment, que le cheval de Thalcave se résigna à garder le pas (Verne, Enf. cap. Grant, t. 1, 1868, p. 169).
[Pendant la Seconde Guerre Mondiale] Participer à la lutte contre les armées allemandes d'occupation. De Gaulle (...) a été le premier, à une époque où presque tous désespéraient, à proclamer qu'il fallait résister, à refuser de rendre les armes (Vailland, Drôle de jeu, 1945, p. 262).Résister à qqc.Je me souviens très bien encore que, pour résister à ce régime fasciste et policier (...) nous avions (...) créé une sorte d'Université libre, c'est-à-dire, clandestine, qui se réunissait dans l'arrière salle d'un café (L'Arc, 1979, n o75, p. 62).
C. − Repousser des avances amoureuses. Résister aux assiduités, à l'insistance de qqn. Infâme!... Que vois-je?... Adèle!... morte!... Antony: Oui, morte! Elle me résistait, je l'ai assassinée! (Dumas père, Antony, 1831, v, 4, p. 226).Elle s'était mis à l'aguicher. Est-ce qu'on peut faire autrement, seule avec un homme quand la nuit tombe? (...) Il ne résistait pas, d'ailleurs. Il était amoureux perdu (Aragon, Beaux quart., 1936, p. 429).
D. −
1. S'opposer à ce qui plaît, à ce qui attire mais qui est jugé raisonnablement ou moralement négatif ou mauvais. Résister à la facilité, au péché, au plaisir, à la séduction. Pour résister à ce que les puritains appellent « la tentation », je ne vaux rien. Je n'essaie même pas (Gide, Ainsi soit-il, 1951, p. 1193).
[P. méton.; à propos d'une pers. qui a un grand pouvoir de séduction] On ne peut lui résister. Tenez! Vous êtes un gentil garçon, je vous aime... On ne peut pas vous résister (Zola, Bonh. dames, 1883, p. 689).
2. Lutter contre un penchant naturel, un sentiment que la raison ou la morale réprouvent. Résister à la haine, à l'impatience, à ses passions; résister au désir de + inf. Nous avions été calmes, nous avions résisté à l'indignation, à la colère que vous inspirent l'insolence et l'hypocrisie! (Erckm.-Chatr., Hist. paysan, t. 1, 1870, p. 240).C'est pourquoi Platon parlait d'un élan ascensionnel (...) cet élan doit sa détente aux résistances mêmes qu'il rencontre (...) Une vie morale privée de tout ce qui lui résisterait est donc vouée à la dissolution et à l'inanition (Jankél., Traité des vertus, Paris, Bordas, t. 1, 1968, p. 17).
[À la forme nég.] Ne pas/plus résister à qqc. Céder. J'arrive aujourd'hui, ma chère Pauline, et je ne résiste pas à la tentation de t'écrire (Michelet, Journal, 1830, p. 727).Absol. Monsieur ne résiste plus! Il cède complètement à ses vices!... Monsieur se laisse emporter!... Il roule au ruisseau! (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 490).
Par antinomie. [Corresp. à résistance D] Résister à la lumière, à la vérité. Dans les interrogatoires, on nous demande si nous sommes capables de résister à la grâce, et si le Christ est mort pour tous les hommes (Montherl., Port-Royal, 1954, p. 990).
Empl. pronom. réfl. [Corresp. à supra D 2] Le vrai bonheur est de renoncer à ce que tous les hommes appellent des biens, de s'oublier, de se résister à soi-même, de poursuivre et de combattre dans ses derniers retranchements cet indestructible moi, source de toutes nos peines et de toutes nos fautes (Lamennais, Lettres Cottu, 1819, p. 56).
REM. 1.
Résistable, adj.Synon. rare, pop. de résistible (infra dér.).Pour ronfler, c'est pas vrai. C'est pas résistable (Barbusse, Feu, 1916, p. 286).
2.
Résistif, -ive, adj.,électr. ,,Se dit d'un dispositif ou d'un circuit dont la grandeur essentielle, dans les conditions données, est la résistance`` (GDEL).
3.
Résistivité, subst. fém.,électr. ,,Résistance, spécifique pour chaque corps, d'un conducteur d'un mètre de long et de 1 m2de section. Elle s'exprime en ohm x m. Elle varie avec la température`` (Sc. 1962). Anton. conductivité.
Prononc. et Orth.: [ʀeziste], (il) résiste [-zist]. Ac. 1694, 1718: resister; dep. 1740: ré-. Étymol. et Hist. A. 1. 1327 résister « faire effort contre l'emploi de la force par une autorité » (Doc. ds Arch. admin. de la ville de Reims, éd. P. Varin, t. 2, 1repart., p. 445b); ca 1350 « s'opposer par les moyens de la guerre » (Gilles li Muisis, Poésies, éd. Kervyn de Lettenhove, t. 1, p. 313); spéc. 1940 en France lors de la 2eguerre mondiale (ds Résistance: B. officiel du Comité National de Salut Public, n o1, 15 déc., p. 1); 2. ca 1350 « opposer sa volonté à une impulsion, à une volonté contraire » (Gilles li Muisis, op. cit., p. 2); 3. ca 1393 « repousser des sollicitations amoureuses » (Ménagier de Paris, éd. G. E. Brereton et J. M. Ferrier, I, chap. 3, § 97, lignes 26 et 28). B. 1. 1530 « ne pas céder à l'effet d'(une force) » ici, trans. (Contredictz de Songecreux, f o136 r ods Gdf. Compl.); 2. 1530 part. prés. adj. resistent « qui supporte sans faiblesse des épreuves » (ibid., f o52 v o, ibid.); 1539 resister (Est.). Empr. au lat.resistere « se tenir en faisant face » d'où « tenir tête » et « opposer de la résistance à quelqu'un ou quelque chose », d'abord « s'arrêter, ne pas avancer davantage », dér. de sistere « se placer, s'arrêter ». Fréq. abs. littér.: 4 432. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 7 145, b) 5 318; xxes.: a) 5 463, b) 6 614.
DÉR.
Résistible, adj.,littér. Ce à quoi, à qui on peut résister. La propriote s'efforçant de le retenir dans sa maison qu'il a résolu de fuir (...). Cette personne, heureusement résistible, suit à Paris, les cours de littérature (Bloy, Journal, 1903, p. 161). [ʀezistibl]. 1resattest. 1688 (Boss., Variat., XIV ds Littré), puis 1808 (Boiste); de résister, suff. -ible*. Cf. l'angl. resistible de même sens dep. 1643 ds NED.
BBG.Pohl (J.). Contribution à l'hist. de qq. mots. Arch. St. n. Spr. 1969, t. 205, p. 372 (s.v. résistible). − Verreault (Cl.). Les Adj. en -able en franco-québécois. Trav. de ling. québécoise .3. Québec, 1979, pp. 220-221, 225-226.

Wiktionnaire

Verbe

résister \ʁe.zis.te\ transitif indirect 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Ne pas céder, ou céder difficilement au choc, à la pression, à l’action d’un autre corps, à une force, à un effort quelconque.
    • Ces pierres factices ont beaucoup mieux résisté aux agents atmosphériques que les pierres de grès ; elles sont composées d’un mortier parfaitement dur, mêlé de cailloux concassés de la grosseur d’un œuf, et ont dû être façonnées dans des caisses de bois. — (Eugène Viollet-le-Duc, La Cité de Carcassonne, 1888)
    • Nous avons vu disparaître par ce procédé des chéloïdes prépectorales qui avaient résisté pendant des années à tous les autres traitements. — (Louis Anne Jean Brocq , Traité élémentaire de dermatologie pratique comprenant les syphilides cutanées, O. Doin, 1907, vol.2, p.762)
    • Le marbre résiste plus au ciseau que la pierre commune.
    • Une viande qui résiste au couteau.
    • Ce vieux château a jusqu’ici résisté à l’injure, aux injures du temps.
    • Vous chargez trop ce plancher, il ne pourra pas résister à un aussi grand poids.
    • La toiture a résisté à la violence du vent.
  2. (Familier) Ne pas céder à la tentation.
    • On ne pouvait rien voir de plus gracieux que cette svelte blondine, jeune, gaie, folâtre ; pas un homme qui eût résisté à ses agaceries. — (Goethe, Campagne de France, 1822 ; traduction française de Jacques Porchat, Paris : Hachette, 1889, p.2)
    • Sans rien dire, je découvris ma boîte de biscuit, et je constatai la disparition de plusieurs galettes... Mon factotum n'avait pu résister à la tentation et m'en avait volé cinq ou six. — (Camille Habert de Ginestet, Au Soudan: Excursion dans l'ouest africain, Paris : chez Delagrave, 1798, p. 168)
  3. Se défendre, opposer la force à la force.
    • Résister aux agents de la force publique.
    • Une armée à laquelle l’ennemi est hors d’état de résister.
    • Les assiégés ont résisté longtemps, ont résisté courageusement.
    • La place a résisté plus de trois mois.
    • Ce cheval résiste au cavalier.
  4. (Figuré) S’opposer aux desseins, aux volontés de quelqu’un, tenir ferme contre quelque chose de fort, de puissant.
    • Si ce que vous proposez est dans l’intérêt public, je ne résiste plus.
    • Je lui ai résisté en face.
    • Il ne faut pas résister à son maître.
    • Qui peut résister à la volonté de Dieu ?
    • Résister à la grâce.
    • Résister à la séduction, à la tentation.
    • Résister à ses passions.
  5. Bien supporter l’effort, la souffrance, la maladie, le travail, en parlant des hommes et des animaux, voire des végétaux.
    • Dernièrement, j'avais eu la maladresse de m’enrhumer en pleine chaleur. Voilà pourtant ce que c'est que de devenir vieux : on ne peut résister à rien. — (Émile Thirion, La Politique au village, p. 125, Fischbacher, 1896)
    • J'essayais, en contractant le gosier, d'absorber le moins possible d'eau et de résister à l'asphyxie en retenant le plus longtemps que je pouvais l'air dans mes poumons. Mais je ne pus tenir plus de quelques instants. — (Henri Alleg, La Question, 1957)
    • Ces espèces adventices, dont les graines sont apportées avec les semences introduites, ont pu résister à des conditions climatiques défavorables […]. — (Gustave Malcuit, Contributions à l’étude phytosociologique des Vosges méridionales saônoises : les associations végétales de la vallée de la Lanterne, thèse de doctorat, Société d’édition du Nord, 1929, p. 34)
    • Vous travaillez trop, votre santé n’y pourra résister.
  6. (En particulier) Supporter un désagrément moral.
    • La conversation avec cet homme est d’un ennui mortel, on n’y peut plus résister.
  7. Persister, bien supporter l'usure du temps.
    • Les calomnies mordent difficilement sur l'amitié; mais quelle amitié résisterait à une suite de rêves qui y serait contraire ? — (Alain, Propos, 1921, p. 332)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

RÉSISTER. v. intr.
Il se dit proprement d'un Corps qui ne cède pas, ou qui cède difficilement au choc, à la pression, à l'action d'un autre corps, à une force, à un effort quelconque. Le marbre résiste plus au ciseau que la pierre commune. Une viande qui résiste au couteau. Cette pierre résiste à la gelée. Ce vieux château a jusqu'ici résisté à l'injure, aux injures du temps. Vous chargez trop ce plancher, il ne pourra pas résister à un aussi grand poids. La toiture a résisté à la violence du vent. Il signifie aussi Se défendre, opposer la force à la force. Résister aux agents de la force publique. Une armée à laquelle l'ennemi est hors d'état de résister. Les assiégés ont résisté longtemps, ont résisté courageusement. La place a résisté plus de trois mois. Ce cheval résiste au cavalier. Il signifie figurément S'opposer aux desseins, aux volontés de quelqu'un, tenir ferme contre quelque chose de fort, de puissant. Résister fortement à quelqu'un. Si ce que vous proposez est dans l'intérêt public, je ne résiste plus. Je lui ai résisté en face. Il ne faut pas résister à son maître. Qui peut résister à la volonté de Dieu? Résister à la grâce. Résister à la séduction, à la tentation. Résister à ses passions. Il signifie aussi Bien supporter l'effort, la souffrance, le travail, et il se dit des Hommes et des animaux. Cet homme résiste à toutes les fatigues. Il est en convalescence, mais bien affaibli : s'il a une rechute, il n'y résistera pas. Vous travaillez trop, votre santé n'y pourra résister. Fam., On n'y peut plus résister se dit en parlant de Quelque incommodité qu'on ne peut décidément pas supporter. La conversation avec cet homme est d'un ennui mortel, on n'y peut plus résister.

Littré (1872-1877)

RÉSISTER (ré-zi-sté) v. n.
  • 1Ne pas céder au choc, à l'impression d'un autre corps. Une pierre qui résiste au ciseau. Une poutre qui résiste à une forte charge. Si l'on pense que plus un corps peut résister, plus il soit capable d'arrêter le mouvement, Descartes, Monde, 7. Vous avez jusqu'ici Contre leurs coups épouvantables [des tempêtes] Résisté sans courber le dos, La Fontaine, Fabl. I, 22. Les Romains introduisaient encore dans les ciments une autre substance qui les rendait capables de résister au froid et aux gelées ; c'est de l'huile, Mongez, Inst. Mém. litt. et beaux arts, t. I, p. 521.
  • 2Ne pas se laisser pénétrer. Un chapeau qui résiste à la pluie.
  • 3Opposer la force à la force, se défendre. La ville a résisté pendant plusieurs mois. Résister aux agents de la force publique. Et nous faisons courir des ruisseaux de leur sang, Avant qu'aucun résiste, ou reprenne son rang, Corneille, le Cid, IV, 3. Rome seule aujourd'hui peut résister à Rome, Corneille, Sertor. II, 1. Les Dauniens y entrèrent avec tant de vigueur, que cette jeunesse lacédémonienne, étant surprise, ne put résister, Fénelon, Tél XVI. Leurs ennemis [des Spartiates] sachant que tout ce qui résistait était passé au fil de l'épée, et qu'ils ne pardonnaient qu'aux fuyards, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. II, p. 531. dans POUGENS. [Les Troyens] Résistaient en désordre et fuyaient au hasard, Delille, Én. X.

    Ce cheval résiste au cavalier, le cavalier a de la peine à s'en faire obéir.

  • 4 Fig. S'opposer aux desseins, aux volontés ; tenir ferme contre quelque chose de puissant, de fort. Donc votre aïeul Pompée au ciel a résisté Quand il a combattu pour notre liberté, Corneille, Cinna, II, 1. Qui résiste trop tard a peine à résister [à la tentation], Et c'est au premier pas qu'il la faut arrêter, Corneille, Imit. I, 13. Je tâche à le sauver ; dieux, n'y résistez pas, Du Ryer, Scévole, II, 3. Conseils marqués par le doigt de Dieu, dont l'empreinte est si vive et si manifeste dans les événements que j'ai à traiter, qu'on ne peut résister à cette lumière, Bossuet, Reine d'Angl. Admirez cette femme forte, qui résiste aux faiblesses de son sexe dès son enfance, à l'orgueil dans sa plus grande élévation, à la douleur dans le temps de son abattement et de sa mort même, Fléchier, Duch. de Mont. Il [Dieu] résiste au superbe et punit l'homicide, Racine, Athal. II, 7. Il cherche une vertu qui lui résiste moins, Racine, Alex. I, 1. Vous résistiez, seigneur, à leur sévérité [des magistrats qui avaient prononcé une sentence de mort], Racine, Brit. IV, 3. Moi-même, résistant à mon impatience…, Racine, Baj. III, 2. M. de Villette a résisté à cette éloquence de M. Bossuet à laquelle personne ne résiste [Bossuet voulait le convertir], Maintenon, Lett. à Mme de St-Géran, 24 août 1681. Telle est la faiblesse et l'inconstance des hommes ; ils se promettent tout d'eux-mêmes, et ne résistent à rien, Fénelon, Tél. X. L'âme résiste bien plus aisément aux vives douleurs qu'à la tristesse prolongée, Rousseau, Hél. I, 25. Mon cœur, qui n'a jamais su résister aux caresses, se laissa émouvoir aux leurs, Rousseau, Conf. XI. Le respect que le parlement devait au roi [Louis XI] n'empêchait pas qu'il ne lui résistât avec beaucoup de liberté, Duclos, Œuv. t. III, p. 298.

    Résister contre, ne pas se soumettre à (locution blâmée, mais, ce semble, à tort). " Et c'est contre ce mot qu'a résisté le comte " Résister contre un mot n'est pas parler français : il eût pu dire s'obstiner sur un mot, Acad. sentim. Cid.

  • 5Il se dit, dans le langage de la galanterie, des refus des femmes. [L'ode] Vante un baiser cueilli sur les lèvres d'Iris, Qui mollement résiste, et par un doux caprice Quelquefois le refuse, afin qu'on le ravisse, Boileau, Art p. II. Quand on veut qu'un sexe résiste, on veut qu'il résiste autant qu'il faut, pour faire mieux goûter la victoire à celui qui attaque, mais non pas assez pour la remporter, Fontenelle, Dial. II, morts anc. [Homme] très médiocre dans la société, mais auquel, dit-on, nulle femme jusqu'ici n'a résisté, Genlis, Mères riv. t. I, p. 90, dans POUGENS.
  • 6Se refuser à. Aux dépens de mon sang satisfaites Chimène, Je n'y résiste point, je consens à ma peine, Corneille, Cid, II, 9. Vous les aviez menacés de leur faire signer cette constitution, quand vous pensiez qu'ils y résisteraient, Pascal, Prov. XVII. La fortune t'appelle une seconde fois ; Narcisse, voudrais-tu résister à sa voix ? Racine, Brit. II, 8. L'ange aspire à monter, et résiste à descendre, Delille, Parad. perdu, II.

    Ne pas permettre, ne pas laisser, avec un nom de chose pour sujet. J'accours tout transporté d'un amour sans égal, Dont l'ardeur résistait à se croire oubliée, Molière, Sgan. 22. La coutume y résiste ; si vous étiez en pays de droit écrit, cela se pourrait faire, Molière, Mal. imag. I, 9. Quand nous n'aurions aucune autre preuve contre cette fable [d'une loi autorisant la polygamie], le nom même d'un empereur si grave, si sérieux, si chrétien [Valentinien] y résisterait, Bossuet, Déf. Var. 1er disc. 63.

  • 7Supporter la peine, le travail, en parlant des hommes ou des animaux. Résister à la douleur. Cheval qui résiste à la fatigue. Quoique à peine à mes maux je puisse résister, J'aime mieux les souffrir que de les mériter, Corneille, Hor. I, 3. Je n'y puis résister, ce spectacle me tue, Racine, Bérén. IV, 7. Gardez qu'elle résiste à sa félicité, Voltaire, Oreste, II, 4.

    Familièrement. On n'y peut plus résister, se dit de quelque incommodité qu'on a peine à supporter. Il fait une si grande fumée, qu'on n'y saurait résister.

  • 8Il se dit des choses qui durent malgré quelque obstacle ou difficulté. Ce ciment résiste aux gelées. Je dois être fort aise que cette amitié résiste à l'absence et à la Provence, Sévigné, 28 nov. 1670.

    Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir.

HISTORIQUE

XIVe s. Une chose qui contrarie et obvie et resiste à raison, Oresme, Eth. 31.

XVe s. Il ne pouvoit mie resister contre eux, Froissart, II, II, 4. Iceux Bourguignons furent si vaillamment resistez et reboutez par les notables seigneurs, bourgeois et habitans dudit Paris, Chron. addit. à la suite de Monstrelet, f° 2, dans LACURNE.

XVIe s. Afin de resister que ledit sieur de Nemours ne sa compagnie ne peust passer par là qu'estoit son chemin constrainct pourvenir audit Bresse, Lett. de Louis XII, t. III, p. 173, dans LACURNE. Les enfans qui sont pour estre subjects au mal caduque… ne peuvent resister ny durer à ce lavement [lotion] de vin, Amyot, Lyc. 32. Le bois seul ne pouvoit pas durer ni resister aux coups, Amyot, Cam. 68. Le peuple vouloit que l'un des consuls fust esleu des maisons populaires ; à quoi le senat resistoit fort et ferme, Amyot, ib. 72. À la fin, la chose allant en longueur, sa force corporelle ne peut plus resister, ains se laissa aller et defaillit tout à coup, Amyot, Brutus, 18.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

RÉSISTER, v. act. (Gram.) c’est s’opposer à l’effet, à l’action. Rien ne résiste au tems. Résister à la tentation.

Résister à l’éperon, (Maréchal.) est un défaut du cheval ramingue. Voyez Ramingue.

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Étymologie de « résister »

Du latin resistere (« se tenir en faisant face » d'où « tenir tête » et « opposer de la résistance à quelqu'un ou quelque chose », signifiant d'abord « s'arrêter, ne pas avancer davantage »), dérivé, avec le préfixe augmentatif re- de sistere (« se placer, s'arrêter » → voir se et stare).
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Provenç. et espagn. resistir ; ital. resistere ; du lat. resistere, de re, et sistere, fréquentatif de stare (voy. STABLE). Résister a été fait, au XIVe siècle, sans consulter l'accent latin.

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Phonétique du mot « résister »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
résister resiste

Citations contenant le mot « résister »

  • Aller jusqu'au bout, ce n'est pas seulement résister, mais aussi se laisser aller. Albert Camus, Carnets, Gallimard
  • Les résistants hésitent. Les hésitants résistent. Eugène Ionesco, Notes et Contre-notes, Gallimard
  • C'est un supplice pour l'homme qu'on lui résiste. C'en est un bien plus grand pour la femme que de résister. De Etienne Rey
  • Créer, c'est résister. Résister, c'est créer. De Stéphane Hessel / Indignez-vous !
  • Gouverner, c'est résister. De Ramon Maria Narvaez
  • Combattre le mal par le bien est honorable, lui résister par le mal est funeste. De Mahomet
  • Le mot résister doit toujours se conjuguer au présent. De Lucie Aubrac
  • Il existe plusieurs façons d’être résilient, de rebondir face à une crise. On peut résister, on peut la subir et essayer de s’adapter, de changer des choses pour revenir au monde d’avant ou s’engager dans une transformation radicale de notre modèle, car il est la cause de la crise. La Gazette des Communes, Résilience : « On peut résister, subir ou s’engager dans une transformation radicale »
  • La Chine a appelé tous les pays à préserver un environnement commercial impartial, équitable, ouvert et non-discriminatoire et à résister fermement à la discrimination dans la coopération scientifique et technologique internationale en même temps qu'ils luttent contre la discrimination raciale. , La Chine appelle à résister à la discrimination dans la coopération en matière de sciences et de technologies
  • PARIS, 27 juillet (Reuters) - Les banques seront probablement en mesure de résister aux conséquences économiques de la pandémie de coronavirus malgré les tensions que subissent les actifs qu'elles émettent et les risques de défauts qui pèsent sur leurs prêts, dit-on chez Aviva Investors. Investir, GESTION-Les banques devraient résister à la crise du coronavirus-Aviva, Actualité des sociétés - Investir-Les Echos Bourse

Images d'illustration du mot « résister »

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Traductions du mot « résister »

Langue Traduction
Anglais resist
Espagnol resistirse
Italien resistere
Allemand widerstehen
Chinois
Arabe يقاوم
Portugais resistir
Russe оказывать сопротивление
Japonais 抵抗する
Basque eutsi
Corse resistere
Source : Google Translate API

Synonymes de « résister »

Source : synonymes de résister sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « résister »

Résister

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