Denier : définition de denier


Denier : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

DENIER, subst. masc.

A.− HISTOIRE
1. [Dans la Rome antique] Monnaie d'argent qui valait originellement dix as, et dont la valeur a varié au cours des années. Les trente deniers de Judas :
1. Quant à Monsieur S***, ce serait faire œuvre pie Et trop d'honneur A ce brigand de la littérature Qui vendrait Dieu Trente deniers... Verlaine, Œuvres complètes,t. 3, Invectives, 1896, p. 343.
2. [Dans l'Europe occidentale et en France jusqu'au xixes.] Monnaie valant un douzième du sou. Denier d'argent, de cuivre, d'or, de plomb; denier parisis, tournois. Termes en assoc. fréq. liard, livre, maille, sou, écu. Bientôt, à travers tout l'Occident, il y eut autant de deniers divers en circulation qu'il y avait de grands fiefs pourvus de la haute justice (H. Pirenne, Hist. écon. et soc. du Moyen-Âge,Paris, P.U.F., 1969, p. 95):
2. La compagnie des mines de Montsou était créée (...). Pour la répartition on avait divisé, d'après l'étalon de la monnaie du temps, la propriété totale en vingt-quatre sous, dont chacun se subdivisait en douze deniers. Zola, Germinal,1885, p. 1197.
B.− P. méton. ou litote
1. Vx ou vieilli. Somme d'argent indéterminée à la disposition d'une personne ou d'une collectivité. Au sing. Somme d'argent faisant partie d'un patrimoine privé ou collectif. Synon. Bien, capital, dot, héritage.Et, sournois, je ferais des trous à son panier Sous l'énorme tas d'or qu'il nomme son denier (Hugo, Art d'être gd-père,1877, p. 138):
3. ... il dotera sa fille d'un million et demi, et elle en aura trois après sa mort. Ah! c'est un joli denier, et si tu n'étais pas si bête! Sand, Monsieur Sylvestre,1866, p. 57.
Au plur. [Surtout employé dans des expr. avec un déterminatif ou un compl. prép. de exprimant la possession] Payer, entretenir de ses deniers; verser sur ses propres deniers. Les frais d'impression étant assez élevés, nos camarades comprendront que nous désirons les couvrir de nos propres deniers (Ambrière, Gdes vac.,1946, p. 116).
2. Somme versée volontairement comme obole ou contribution. Denier du culte (versé au clergé local), denier de Saint-Pierre (destiné au pape). Les visites du curé venant toucher le denier du culte et le denier de Saint-Pierre pour la propagation de la foi (Bazin, Vipère,1948, p. 27).
Vieilli. Denier à Dieu. Arrhes ou pourboire versé en signe d'accord dans certaines transactions :
4. Elle [la locataire] marchait avec peine, poussant devant elle un ventre de femme enceinte (...) Un ventre de fille pas mariée, qu'elle avait apporté on ne savait d'où, car elle était toute plate en donnant le denier à Dieu! Oh! Sans cela, certes, jamais on ne lui aurait loué. Zola, Pot-Bouille,1882, p. 254.
Au sing. (dans des loc. négatives)
Ne pas avoir un denier. Cet homme eut assez de courage pour prendre notre tuilerie à bail sans avoir un denier vaillant (Balzac, Méd. camp.,1833, p. 108).Ne pas accepter ou demander un denier. Je n'ai jamais demandé un denier à personne pour mes soins (Balzac, Méd. camp.,1833p. 61).
Ne pas donner un denier. Elle peut mourir dans les horreurs de la faim et de la soif (...) je ne donnerais pas un denier pour l'empêcher de souffrir (...) (Balzac, Double fam.,1830, p. 303).
C.− Emplois techn.
1. FINANCES
a) Vx, loc. Au denier (suivi d'un nom de nombre). L'intérêt d'un prêt ou d'un placement. Placer, prêter au denier deux, au denier douze, au denier vingt. L'intendant-des-intendants, après un long salut, reprit : « prêté à Tigillas, jusqu'à la fin de la saison, deux kikar au denier trois, intérêt maritime... » (Flaub., Salammbô,1863, p. 142).
b) Employé au plur. Sommes inscrites au budget d'un organisme public.
Les deniers de la France, de l'État; les deniers publics :
5. Une fois la règle des deux centimes mise hors de débat, le contrôleur n'était pas prêt à transiger sur la qualité ni sur les tarifs. Ainsi qu'il aimait à le dire, « il défendait âprement les deniers de l'État ». Romains, Les Hommes de bonne volonté,1938, p. 177.
2. MÉTROLOGIE
a) Unité servant au titrage de l'argent et de certains métaux précieux.
Denier de fin, d'aloi. Quantité d'argent fin contenu dans un lingot que l'on suppose être divisé en douze parties. Argent à onze deniers. On évaluait la bonté de l'argent par deniers, et celle de l'or par carats (Ac.1878).
b) Poids de 0,05 g utilisé dans le commerce de la soie; unité utilisée pour le titrage des fils de soie, rayonne ou nylon, le nombre de deniers correspondant au poids en grammes de neuf mille mètres de fil. Leurs gambilles longues gaînées quinze deniers (Simonin, Touchez pas au grisbi,1953, p. 17).
Prononc. et Orth. : [dənje]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. Fin xes. dener « monnaie romaine » (Passion du Christ, éd. D'Arco S. Avalle, 85); 2. ca 1100 dener « monnaie française » (Chanson de Roland, éd. J. Bédier, 1262); 3. a) ca 1175 Li deniers saint Piere (G. de Pont-Sainte-Maxence, Vie de Saint-Thomas, éd. E. Walberg, 2666); b) ca 1283 denier Dieu « contribution qui se payait sur tous les marchés et engagements » (Ph. de Beaumanoir, Coutumes de Beauvoisis, éd. Beugnot, chap. 34, § 60); 1648 denier à Dieu « arrhes versées pour un marché, une location » (Scarron, Virgile travesti, I ds Littré); c) 1689 denier de la veuve [cf. Luc XXI, 1-4] (Mmede Sévigné, Lettres, à Mmede Grignan, III, 331, éd. Gérard-Gailly ds Quem. Fichier); d) [1906 denier du culte (Lar. d'apr. Lar. Lang. fr.)]; 1922 (Statuts synodaux de Grenoble ds Naz, s.v. denier du culte); 4. ca 1168 plur. « argent » (Chr. de Troyes, Erec, éd. M. Roques, 1840); 5. a) 1256 « ancienne mesure de poids » (A. de Sienne, Le Régime du corps, éd. L. Landouzy et R. Pépin, p. 72, 25); b) 1870 « mesure du poids des fils de soie » (Lar. 19e); 6. 1349 « taux de l'intérêt d'une somme » (G. de Machaut, Jugement du roi de Navarre, éd. E. Hoepffner, 413 : pour un denier vint). Du lat. class. denarius « denier, pièce d'argent qui, à l'origine, valait dix as; poids d'une drachme attique ». Fréq. abs. littér. : 437. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 191, b) 404; xxes. : a) 586, b) 272. Bbg. Blanchet (A.). Le denier et l'obole d'or redevances médiév. In : [Mél. Brunel (C.)]. Paris, 1955, pp. 147-151. − Dauzat (A.). L'Attraction paron. ds le fr. pop. contemp. Archivum Romanicum. 1937, t. 21, pp. 203-204; Ling fr. 1946, p. 256. − Gottsch. Redens. 1930, p. 218, 334. − Lecoy (F.). Notes de lexicogr. fr. Romania. 1948-49, t. 70, pp. 332-354. − Lew. 1960, p. 79. − Quem. Fichier. − Rog. 1965, p. 132.

Denier : définition du Wiktionnaire

Nom commun

denier \də.nje\ masculin

  1. (Numismatique) Monnaie romaine d’argent qui, jusqu’à l’an 536 de Rome, valait dix as et plus tard seize.
    • Laissez-moi vous raconter mes aventures, — des aventures rares, précieuses comme les autographes de Goliath le Philistin, — je ne dis pas comme les deniers de Judas Iscariote, j’en ai tant vu dans les églises de Russie et de Galicie que je commence à croire qu’il n’a pas déjà fait une si mauvaise affaire… — (Chevalier Léopold de Sacher-Masoch, Don Juan de Kolomea dans les « Contes Galiciens », traduction anonyme de 1874)
  2. (Histoire) Ancienne monnaie française de cuivre, qui valait la douzième partie d’un sou tournois ou le tiers d’un liard.
    • Le denier du onzième siècle, était d’argent, et l’argent était alors rare. — (Alexander Hermand, Histoire monétaire de la province d'Artois et des seigneuries qui en dépendaient, Saint-Omer : Chanvin fils, 1843, page 103)
    • Gabelle des boulangers. — Ladite gabelle consiste en ce que tous les boulangers qui vendent pains cuits en la ville doivent 2 deniers par resal de farine; les déforains, 1 gr. 8 den. par chacune charrette, et 4 den. de chacune charpagnée ou hottée. — (Les archives de Nancy ou documents inédits relatifs à l'histoire de cette ville, publiées par Henri Lepage, vol.3, Nancy, Lucien Wiener, 1865, page 56)
  3. (Par extension) Argent.
    • Voyez-vous, monsieur le Curé, vous êtes trop benoît : plus on demande, plus on reçoit. Vous devriez commander une provision de cierges de tout calibre qu’on allumerait devant le tabernacle ou la statue du Saint. Les deniers de l’Église en tireraient bénéfice et ce ne serait pas un mal. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • Il me prendra jusqu’à mes derniers deniers.
    • Toute ma vie, j’ai toujours refusé de payer le moindre denier aux impôts. — (Jean-Pierre Alaux, Une dernière nuit avec Jimmy, Calmann-Lévy, 2010, p. 14)
    • La ville fantôme paie le prix de son orgueil capitaliste aux mains de dirigeants absolutistes voire féodaux. Par l’accumulation des richesses et des inégalités vis-à-vis des travailleurs d’Asie venus gagner des deniers mais perdre leur vie sur les rives de la péninsule arabique, ils ont transformé ce petit port de pêche en mégalopole moderne faite d’infrastructures à l’occidentale. — (Baptiste Peyron, Thomas Moreau et Pierre Maugein l'Open World : notre manifeste pour reconstruire l'espace dans le jeu vidéo, sur ragemag.fr, le 16 novembre 2013)
  4. (Par extension) (Désuet) Pourcentage d’intérêt.
    • Cette expression denier servait encore autrefois à fixer le taux de l’intérêt de l’argent, ainsi l’on disait le denier huit, le denier dix, le denier vingt, le denier cent; ce qui signifiait que, pour réaliser un denier d’intérêt il fallait en livrer à l’emprunteur huit, dix, vingt, cent. — (William Duckett, Dictionnaire de la conversation et de la lecture, 1860)
    • La plupart augmentent leur fortune en thésaurisant ; quelques-uns, en bien petit nombre, s’aventurent à prêter au denier trente. — (Eugène Sue, Les Mystères de Paris, 1842-1843)
  5. (Jeux) (Cartes à jouer) Une des quatre enseignes, ou couleurs, du jeu de cartes traditionnel espagnol.
  6. (Métrologie) Ancienne unité de mesure du poids.
    • Un denier valait 1,275 grammes.
  7. (Métrologie) Unité servant au titrage de l’argent ou d’autres métaux précieux ; elle correspond à la quantité d’argent fin contenu dans un lingot supposé divisé en douze parties.
    • Une once égale 24 deniers.
  8. (Métrologie) (Textile) Ancienne unité de mesure du titrage des fils continus caractérisant leur finesse : il vaut 1/9 g/km.
    • L’unité de numérotage de la soie artificielle (de Chardonnet), est le denier qui correspond à un poids de 0 gr. 0531 pour une longueur de fil de 476 mètres […]. Les crins et laines artificielles se numérotent en deniers et en yards. — (D. de Prat, Nouveau manuel complet de filature; 1re partie : Fibres animales & minérales, Encyclopédie Roret, 1914)

Nom commun

denier \Prononciation ?\ masculin

  1. Denier (pièce de monnaie de France).
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Denier : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

DENIER. n. m.
Monnaie romaine d'argent qui, jusqu'à l'an 536 de Rome, valut dix as et plus tard seize, environ 80 centimes de notre monnaie. Judas vendit JÉSUS-CHRIST pour trente deniers. Il s'est dit également d'une Ancienne monnaie française de cuivre, qui valait la douzième partie d'un sou tournois ou le tiers d'un liard. Denier à Dieu, Somme qu'on donne en guise d'arrhes pour un marché verbal ou pour une location de maison ou d'appartement. Le denier de Saint-Pierre, Tribut que l'Angleterre payait autrefois au pape, et qui n'avait été d'abord que d'un denier par maison. Il se dit aujourd'hui des Contributions volontaires recueillies parmi les catholiques pour subvenir aux besoins du Saint-Siège. Denier du culte, en France, Contribution volontaire versée par les fidèles d'une Église pour les besoins du culte. Il se dit aussi de Toute espèce de numéraire, de toute somme d'or ou d'argent; et alors on l'emploie surtout au pluriel. Il sera payé sur les premiers deniers de cette recette. Les deniers publics. Il a acheté cela de ses deniers, de ses propres deniers, à beaux deniers comptants.

Denier : définition du Littré (1872-1877)

DENIER (de-nié ; l'r ne se lie jamais ; au pluriel, l's se lie : des de-nié-z argentés) s. m.
  • 1Monnaie romaine d'argent, qui d'abord valut dix as et plus tard seize. Jusqu'à la fin de la République, le denier fut fixé au poids de 84 à la livre ; ce qui représente, en poids, 3 gr. 85, et en valeur, 0 fr. 82 c. Il vend pour trente deniers celui qui devait être la rédemption du monde, Bourdaloue, Myst. Passion de J. C. t. I, p. 262.
  • 2Ancienne monnaie française d'argent. Le denier était la deux-cent-quarantième partie d'une livre d'argent, Voltaire, Mœurs, 19.

    Il y avait aussi des deniers d'or. Ne pas donner une chose pour denier d'or, l'estimer très haut.

    Sorte de monnaie de cuivre, ayant cours pour la douzième partie d'un sou, et dite aussi denier tournois, denier de prix ou de cours. Vingt pistoles rapportent par année dix-huit livres six sous huit deniers, à ne les placer qu'au denier douze, Molière, l'Av. I, 5.

    Le denier, depuis longtemps démonétisé, est devenu une simple monnaie de compte.

    Rendre compte à livres, sous et deniers, rendre un compte avec la dernière exactitude.

    Net comme un denier, très propre, sans doute à cause d'un denier récemment frappé, qui est net et brillant ; car, autrement, la circulation ternit bien vite les monnaies de cuivre. Claire comme un bassin, nette comme un denier, Régnier, Sat. X. C'est la parfaite Deiopée, Un vrai visage de poupée ; Au reste, on ne peut le nier, Elle est nette comme un denier, Scarron, Virg. trav. I.

    Fig. Un débiteur dont il faut exiger jusqu'au dernier denier, Massillon, Carême, Élus. … chacun repousse Jeanne qui n'a pas un denier, Béranger, Jeanne la Rousse. Plus d'un pauvre vient implorer Le denier que je puis répandre, Béranger, Juif errant.

    Poétiquement, le funèbre denier, la petite pièce de monnaie que, suivant la mythologie, il fallait donner à Caron pour passer le fleuve des enfers. Une larme… c'est là ce funèbre denier, Ce tribut qu'à la mort tout mortel doit payer, Lamartine, Harold, 49.

    Le denier de la veuve, l'aumône faite par le pauvre. Voilà d'étranges présents ; c'est le denier de la veuve, Sévigné, 511. Cette locution est fondée sur l'Évang. de saint Luc, XXI, 1 et 2 : Et comme Jésus regardait, il vit des riches qui mettaient leurs dons au tronc ; il vit aussi une pauvre veuve qui y mettait deux petites pièces de monnaie.

    Denier de la veuve, se dit aussi d'une chétive somme qui fait toute la ressource d'une personne. À l'égard du contrôleur général, que Dieu absolve, il me fait aussi perdre à moi environ cinq à six cents livres, et c'est le denier de la veuve, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 26 oct. 1770.

  • 3Denier fort, ou fort denier, ce qu'il faut ajouter à la fraction qui excède une somme pour avoir la valeur de la plus petite monnaie au-dessus de la fraction. Le fort denier de trois francs quatre centimes est un centime [ce qui fait un sou]. Le fort denier est pour le marchand.
  • 4Denier de St Pierre, tribut qui se payait à Rome le jour de la fête de St Pierre aux Liens, et, aujourd'hui, argent recueilli parmi les catholiques pour subvenir aux besoins du pape. Nom d'un ancien droit que l'Angleterre payait au pape et qui fut établi en 740 par le roi Ina.
  • 5Denier à Dieu, contribution qui, dans l'origine, se payant sur tous les marchés et engagements, devait être employée à quelque acte de piété.

    Aujourd'hui, arrhes pour une location, pour un marché. Deux cents francs un garçon, sans le denier à Dieu, sabots, blouse et chapeau pour la première année, Courier, II, 278. Le propriétaire du lieu, Ayant eu le denier à Dieu, Crut la [Didon] tromper et ne lui vendre Qu'autant de lieu que peut comprendre La peau d'un bœuf, tant grand fût-il, Scarron, Virg. trav. I.

    Deniers d'entrée, argent donné en sus d'un marché, et qui, à la différence des arrhes et du denier à Dieu, est remis après la convention.

  • 6Une somme d'argent indéterminée. Il fit une grande levée de deniers sur les peuples, Vaugelas, Q. C. liv. IV, dans RICHELET. Il n'est que d'être libre et en deniers comptants, Régnier, Épît. II. Quatre ou cinq mille écus est un denier considérable et qui vaut bien la peine qu'un homme manque à sa parole, Molière, Pourc. III, 9. Le pouvoir de faire justice acheté à deniers comptants, La Bruyère, Disc. s. Théophr.

    En termes de jurisprudence. Deniers dotaux, pupillaires. Deniers clairs et liquides, deniers qui se trouvent en nature dans une succession. Deniers à découvert, deniers qu'on exhibe en offrant le payement.

    Les deniers publics, les fonds appartenant à l'État, à une ville. Un comptable de deniers publics. Je crois voir en ceci l'image d'une ville Où l'on met les deniers à la merci des gens ; Échevins, prévôts des marchands, Tout fait sa main…, La Fontaine, Fabl. VIII, 7. À peine étiez-vous hors de l'enfance que vous conseillâtes à votre oncle Périclès d'engager la guerre pour éviter de rendre compte des deniers publics, Fénelon, Dial. des morts anc. 16.

    Tirer un grand denier, un bon denier de quelque chose, en tirer une grande somme d'argent. Phrase peu usitée présentement.

    J'y mettrais bien mon denier, se dit d'une chose dont on ferait volontiers l'acquisition si elle était à vendre.

    Fig. Vendre quelqu'un à beaux deniers comptants, le trahir pour de l'argent, par intérêt. Votre procureur s'entendra avec votre partie et vous vendra à beaux deniers comptants, Molière, Scapin, II, 8.

    Cette locution signifie aussi être plus fin, plus habile qu'un autre. Il le vendrait à beaux deniers comptants, il est plus adroit que lui, il obtiendrait sur lui tous les avantages qu'il voudrait.

    Terme d'ancienne pratique. Faire bons les deniers, garantir la somme.

  • 7La partie d'un capital ou revenu qui est prélevée au profit de quelqu'un. Le dixième denier de toute prise était dû à l'amiral, c'est-à-dire un denier sur dix, autrement dit le dixième ; le quinzième denier est un quinzième, et ainsi de suite. Cette locution n'est plus usitée.

    Centième denier, nom du droit de la paulette quand il fut réduit au centième du prix des offices.

  • 8Intérêt d'une somme, d'un capital. Le denier cinq, dix, vingt, l'intérêt valant le cinquième, le dixième, le vingtième du capital, c'est-à-dire 20, 10, 5 pour cent. L'argent à tout denier se prêta sans usure, Boileau, Sat. XI. Je commence par m'écrier sur le denier six ; je n'en avais point entendu parler depuis l'emprunt que fait le fils de l'avare dans la comédie de Molière ; je crois que vous avez voulu dire six et quart, qui est un denier dont j'ai entendu parler en Provence, qui va, ce me semble, au denier seize ; mais le denier six est si usuraire que je ne crois pas qu'un notaire en voulût faire un contrat ; c'est pour 10000 francs, 1666 livres 13 sous, Sévigné, 605. L'avis de M. le contrôleur général serait de placer votre argent sur la ville au denier dix-huit, Maintenon, Lett. à M. d'Aubigné, 1er mars 1684. Cent francs au denier cinq, combien font-ils ? - Vingt livres, Boileau, 8. Les rentes qui étaient au denier dix tombèrent au denier vingt, Montesquieu, Esp. XXII, 6. Voulez-vous prendre, au denier quatorze, cinq mille francs qu'un honnête serrurier de ma connaissance a amassés par son travail et par ses épargnes ? Lesage, Turcaret, III, 9.

    Le denier de l'ordonnance, le denier du roi, synonyme de ce qu'on nomme aujourd'hui taux légal, c'est-à-dire le taux légal auquel s'estiment les intérêts adjugés, le placement à rente d'une somme, etc.

    Denier fort, intérêt excédant le taux ordinaire.

    Vendre une chose au denier vingt, au denier trente, au denier quarante, etc. la vendre pour un prix établi sur la supputation que cette chose rapportera le 20e, le 30e, le 40e de la valeur. Il a acheté Barbesieux au denier seize, Sév.

    On dit dans un sens analogue estimer au denier trente, au denier quarante.

    Toutes ces locutions tombent en désuétude ; elles sont remplacées par celles-ci : 5 pour 100, 3 et demi pour 100, 2 et demi pour 100, etc.

  • 9Désignation d'une certaine part qu'on avait dans une affaire (perte ou gain), c'est-à-dire la 240e part (le denier étant la 240e partie de la livre). Deux deniers équivalent à un 120e, trois deniers à un 80e, et ainsi de suite. Il avait deux deniers dans la ferme.

    Sens vieilli.

  • 10 Terme de monnayage. Denier de poids ou, absolument, denier, le tiers du gros ou la 24e partie de l'once et la 192e du marc, ce qui revient à la 785e partie du kilogramme. Le marc contient 8 onces ; l'once, 8 gros ; le gros, 3 deniers ; le denier, 24 grains ; ainsi il y a au marc 8 onces, 64 gros, 192 deniers et 4608 grains, Édit sur les monnaies, t. VI, f° 164, aux archives des finances.

    Denier de fin, ou, simplement, denier, chacune des parties de fin contenues dans une quantité quelconque d'argent que l'on suppose partagée en douze parties égales. L'argent pur est dit de l'argent à douze deniers. On évalue la bonté de l'argent par deniers, et celle de l'or par carats. Les bossettes de son mors sont d'or à vingt-trois carats ; ses fers sont d'argent à onze deniers, Voltaire, Zadig, 3.

    Denier de fin ou de loi, le degré de pureté de l'argent.

    Denier de boîte, pièce d'or et d'argent que les gardes doivent prendre quand ils font la délivrance, et qui se conservent dans une boîte pour servir de règle dans la suite à la cour des monnaies.

    Deniers de monnayage, toutes sortes d'espèces d'or, d'argent ou de cuivre qui ont reçu la dernière façon.

PROVERBES

Il n'y a point d'huis qui ne lui doive denier, se dit d'un valet musard qui s'arrête souvent en chemin.

Cette chose vaut mieux denier qu'elle ne valait maille, se dit d'une chose qui, payée plus cher, vaut mieux qu'elle ne valait payée moins cher, c'est-à-dire d'une chose qui a été améliorée.

HISTORIQUE

XIe s. E quatre deners al ceper [geôlier], Lois de Guill. 4. Pris l'en ad or et aveir et deners, Ch. de Rol. LXXXVIII. Sis bons escus un dener ne lui vaut, ib. XI.

XIIe s. N'i perdra Charles [ce] qui vaille un seul diner, Ronc. p. 34. Et si ont en nos terres pris les quatre deniers, Sax. XVI. Or volt que il li rende ses acuntes pleniers De quanqu'ot en baillie, quant fu ses chanceliers, De trente mile livres de sterlins en deniers, Th. le mart. 43. Tut saisi, en sa main, e terres e mustiers, E vif aveir e mort, blé, rentes e deniers, ib. 64. E li deniers Saint Piere fu dunkes retenuz : Si fu al eschekier e portez e renduz, ib. 66. Là fors le prinrent li felon losengier, Et nos auvec, par Dieu le droiturier, Si somes povre que n'avommes denier, Raoul de C. 276.

XIIIe s. S'il i a nulle beste qui comence à feblir, metez les costages [dépenses] pur lui sauver ; car om dit : Beneit soit li dener qui sauve la libre [la livre], Économie rurale, Bibl. des Chartes, 4e série, t. II, p. 368. Si ne se purent à celle fois acorder, por ce qu'il lor sembla qu'il n'avoient mie encore deniers assez, Villehardouin, VIII. Et que de mes deniers chascun d'eus [je] rachetai, Berte, VII. Il est acordé et ordené que nul mestres foulons ne preigne denrées d'ores avant, queles que eles soient, bones ou mauveses, pour leur salaires des dras parer, fors deniers ses [secs, argent comptant], sanz nule fraude, Liv. des mét. 400. Et vont disant que povres sont, Et les grasses pitances ont, Et les grans deniers en tresor, la Rose, 8147. Se vous l'avez felon trouvé ; Il iert [sera] autres au derrenier ; Ge le congnois cum ung denier, ib. 3146. Et li denier qui en vienent sont au segneur, Beaumanoir, 43. Donques, pot on veir que, se denier de rente sont deu à certain jour, ou blés ou aveines, ou ce qui est deu de terme passé…, Beaumanoir, XXIII, 9. Noz entendons que marciés est fes si tost comme il est creantés à tenir par l'acort des parties, entre gens qui poent fere marciés, ou si tost que denier Dieu en est donés, Beaumanoir, XXXIV, 60. Ertaut de Nogent fu li bourgeois du monde que le conte creoit le plus, et fu si riche que il fist le chastel de Nogent l'Ertaut de ses deniers, Joinville, 205. Ne faire marchié ne bailler denier à Dé, Du Cange, junctura.

XIVe s. Nulz ne faisoit les chans arer, Les blez soier, les vignes faire, Qui en donnast [quand on en donnerait] triple salaire, Non certes pour un denier vint ; Tant estoient mort [dans la peste noire]…, Machaut, p. 75.

XVe s. J'ai loué à mes deniers celle nef pour faire sur ce voyage ma volonté, Froissart, II, II, 220. Parmi ses deniers payans [par le moyen de], Froissart, I, I, 264. Je ne donrai de vos franchises trois deniers, Froissart, II, II, 53. Un gros bourgeois qui compte ses deniers par default d'autre besongne, Chartier, Quadriloge invectif. Ne blasmez, pour ce, mon mestier ; Je gagne denier à denier ; C'est loings du tresor de Venise, Orléans, Rondeau. Qui du marchié le denier à Dieu prent, Il n'y peut plus mectre rabat ne creue, Orléans, ib. Tout marché d'amour, quoy qu'il monte, Se parfait sans deniers à Dieu, Coquillart, p. 37. Ce fut pour le denier à Dieu ; Et encore si j'eusse dit, La main sur le pot, par ce dit, Mon denier me fust demouré, Patelin, V. 392. Et ne perdirent pas ung denier vaillant, mais payoit chascun son escot comme s'il eust esté en Flandres, Commines, I, 5. Receu et nourry six ans, ayant deniers de luy pour son vivre, Commines, I, 12. Elle est [la duché de Normandie] de grant estime, et se y leve de grans deniers, Commines, I, 13. Le denier oublié ou mesconté, grace ne gré, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 126.

XVIe s. Deniers refusez ne se passent pas, Gabriel Meurier, dans LEROUX DE LINCY, t. II, p. 125. Denier sur denier bastit la maison, ID. ib. Il employe bien ses quatre deniers [il mange bien à proportion de ce qu'il paye], ID. ib. p. 126.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

DENIER. Ajoutez :
11Évaluation du poids des fils de soie. Filer en neuf, en dix deniers, Journ. offic. 24 juill. 1872, p. 5048, 1re col.
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Denier : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

DENIER. s. m. (Hist. anc.) étoit autrefois le sou romain ; il équivaloit à 10 sous de France.

Les Romains se sont servis pendant long-tems de monnoie d’airain qu’ils appelloient as au lieu d’æs, ou libra ou pondo, parce que cette monnoie pesoit une livre. Ce fut l’an de Rome 485 que l’on commença à battre de la monnoie d’argent. La premiere qui parut, fut le denier, denarius, qui étoit marqué de la lettre X. parce qu’il valoit dix as ; il étoit divisé en deux quinaires marqués d’un V. & ces deux quinaires se divisoient en deux sesterces marqués de de ces trois lettres, LLS. que les copistes ont changées en celles-ci, HS. Voyez Sesterce.

Ce denier fut nommé consulaire, à la différence de celui qu’on frappa sous les empereurs, & qui fut surnommé imperial. Le denier consulaire pesoit une dragme juste, ou la septieme partie d’une once, & valoit environ sept sous trois liards monnoie d’Angleterre. Le denier impérial n’étoit que la huitieme partie d’une once, & valoit à-peu-près six sous & demi d’Angleterre.

M. de Tillemont remarque que le denarius suffisoit par jour pour entretenir comme il faut une personne, & il présume que le denier romain équivaloit à la piece de douze sols de notre monnoie, ou aux onze sous d’Angleterre ; mais cette évaluation est contestée : M. Rollin, après plusieurs autres, évalue le denier romain à dix sous monnoie de France.

Le denier consulaire portoit pour empreinte d’un côté une tête ailée de Rome, & de l’autre un charriot à deux ou quatre chevaux, ce qui faisoit que les deniers étoient appellés bigati & quadrigati. Dans la suite on mit sur le revers Castor & Pollux, & quelquefois une victoire sur un char à deux ou quatre chevaux. Voyez Monnoie, Sou, &c.

Il y a eu en France sous la premiere race de nos rois, des deniers d’argent de même figure que les sous, mais souvent sans aucune empreinte de tête. Le denier n’est maintenant d’aucun usage, comme monnoie, dans le commerce ; mais dans le calcul il fait la douzieme partie d’un sou tournois.

Denarius est employé chez les Anglois dans leurs livres de droit, pour leur penny, ou sou : denarius Angliæ qui nominatur sterlingus, rotundus, sine tonsura, ponderabit 32 grana frumenti in medio spicæ ; & 20 denarii faciunt unciam, & 12 unciæ facient libram. Stat. edit. 1. de mensuris. Voyez Mesure & Livre. Chambers. (G)

Denier est aussi le nom d’un ancienne monnoie, qui selon les tems étoit fabriquée d’or, d’argent, ou de cuivre, & dont la valeur a aussi varié. Du tems de Charlemagne, & encore pendant deux siecles après le denier étoit la cent vingt-quatrieme partie d’une livre pondérale d’argent composée de douze onces ; ce qui a depuis reçû diverses diminutions. Dans les derniers tems les deniers ont été fabriqués de cuivre. Un denier fait la moitié d’un double, & la douzieme partie d’un sou. Il y a encore quelques provinces où les deniers ont cours. A l’égard des doubles, ils sont décriés, & ne valent plus qu’un denier. (A)

Denier signifie encore une valeur numéraire qui est la douzieme partie d’un sou. Le denier a lui-même ses parties ; il se divise en deux oboles, l’obole en deux pites, & la pite en deux semi-pites ; de sorte qu’un denier vaut deux oboles, ou quatre pites, ou huit semi-pites. On ne distingue plus guere ces portions du denier que par rapport aux censives. Il y a des terres qui sont chargées envers certains seigneurs d’un denier, obole, pite & demi de cens par arpent ; on additionne en ce cas ces deniers, oboles, & pites, & l’on en forme des sous. (A)

Denier se prend aussi pour argent en général, en quelque espece ou monnoie que ce soit, comme quand on dit qu’une somme est payable en deniers & non en billets, ni en grains ou autres especes. (A)

Denier signifie quelquefois le taux qu’il n’est pas permis d’excéder pour les rentes & intérêts, comme quand on dit le denier huit, dix, douze, seize, dix-huit, vingt, vingt-cinq, trente, quarante, cinquante, cent. Voyez Arrérages, Constitution de rentes, Rentes, Usure. (A)

Denier-à-Dieu, est une piece de monnoie que celui qui achete ou loue quelque chose donne au vendeur ou propriétaire, pour preuve de l’engagement qu’il a contracté avec lui verbalement.

On appelle cette piece denier-à-Dieu, apparemment parce qu’autrefois on ne donnoit qu’un denier, & que cette piece est destinée à faire quelqu’aumône, supposé qu’elle demeure au vendeur ou propriétaire.

Il est d’usage en fait de locations verbales, que celui qui est convenu de prendre à loyer peut retirer son denier-à-Dieu dans les vingt-quatre heures, au moyen de quoi la convention est comme non avenue : au bout des vingt-quatre heures il n’est plus recevable à retirer le denier-à-Dieu, & la convention tient.

Ce denier-à-Dieu a quelque rapport avec les arrhes ; mais celles-ci sont un à compte sur le prix, au lieu que le denier-à-Dieu, qui est ordinairement quelque piece de monnoie d’une valeur modique, ne s’impute point sur le prix.

Denier-à-Dieu étoit aussi une piece de monnoie de billon que les marchands billonneurs mettoient à part dans une boîte ; on employoit ces deniers aux réparations des ponts & chaussées, & à faire certaines aumônes : mais comme on engageoit souvent le roi à faire des dons de ces deniers, il fut défendu par une déclaration du 13 Octobre 1346 d’y avoir égard. (A)

Deniers ameublis, sont ceux que la femme met en communauté ; à la différence des deniers stipulés propres, qui n’y entrent point. Hors ce cas on ne parle point des deniers ameublis ; car les deniers sont meubles de leur nature. (A)

Denier, (centieme) voyez Centieme.

Denier Cesar ; c’est un droit qui se perçoit dans la châtellenie de Lille sur chaque chef de famille, à raison de trois deniers par année. Sa dénomination prouve assez qu’il est purement royal : mais il n’est pas facile d’en fixer l’origine ; tout ce que l’on peut conjecturer de plus vraissemblable, est que ce droit nous représente le cens personnel, qui suivant l’auteur de l’esprit des lois, liv. XXX. ch. xv. étoit anciennement une espece de capitation à laquelle les serfs seuls étoient assujettis. Et en effet le denier César ne se paye que par les habitans de la campagne qui ont succédé aux colons, dont les noms étoient inscrits dans le registre du cens. On dira peut-être que sous ce point de vûe le denier César pourroit être seigneurial, puisque les seigneurs avoient droit de lever le cens sur leurs serfs ; ce qui a fait dire à Loyseau, en son traité du déguerpiss. liv. I. chap. jv. que nous avons fort abusé en France du mot cens, qui chez les Romains n’a jamais été employé que pour exprimer une redevance dûe au fisc seul : redevance personnelle dans les premiers tems de la république, & proportionnée à la fortune de chaque citoyen d’après l’estimation faite par les censeurs, & ensuite imposée sur les héritages pour être la marque de la seigneurie universelle du fisc sur les terres des particuliers. Mais nous avons à répondre que dans le fait le droit dont il s’agit appartient au souverain seul ; & que d’ailleurs ayant été imposé sur ses vassaux & à son profit, il a très-bien pû arriver que l’on ait cherché à en conserver la preuve en la désignant par un terme exprès, pour ôter aux seigneurs particuliers tout prétexte de se l’approprier, & cela précisément à cause de l’extension donnée à la signification du mot cens.

Au surplus, le denier César étant une redevance purement personnelle, ne doit pas être confondu avec l’espier, qui est un autre droit royal assigné spécialement sur les terres de la Flandre. Voyez Espier.

On trouve quelquefois le terme de denier Cesar employé pour désigner le tonlieu, qui est bien différent du droit qui fait l’objet de cet article. Voyez Tonlieu. Article de M. Lamotte Conflant, avocat au parlement.

Deniers clairs : on se sert de cette expression pour désigner les sommes les plus liquides ; on dit qu’une somme est à prendre sur les plus clairs deniers qui rentreront. (A)

Deniers communs, sont ceux qui appartiennent à plusieurs personnes, & notamment ceux des villes, colléges, ou communautés. Voy. Octroi.(A)

Deniers comptans, sont ceux que l’on paye actuellement, à la différence des sommes que l’on promet payer dans un certain tems. (A)

Deniers à découvert, sont ceux que l’on offre réellement, & dont on fait exhibition en offrant le payement. Voyez Offres réelles. (A)

Denier dix, est un taux de rentes ou d’intérêts. Voyez Rentes. (A)

Denier, (dixieme) voyez ci-après Dixieme.

Deniers dotaux, sont les sommes que la femme se constitue en dot. Voyez Dot. (A)

Deniers d’entrée, sont ceux qu’un nouveau propriétaire a payé pour avoir la possession d’un héritage. Cela se dit principalement lorsque le contrat n’a point la forme d’une vente, & que néanmoins il y a eu quelque somme payée pour y parvenir, soit à titre de pot-de-vin, épingles, ou autrement.

On appelle aussi quelquefois deniers d’entrée, ceux qu’un fermier paye d’avance en entrant dans une ferme. (A)

Denier fort, est un taux qui excede le taux ordinaire ; des rentes & intérêts par exemple, le taux de l’ordonnance étant présentement au denier vingt, quand on veut estimer quelque chose au denier fort, on l’estime au denier trente ou quarante. Les terres seigneuriales s’estiment au denier fort, c’est-à-dire qu’on ne les compte pas à raison du denier vingt sur le pié du revenu, mais au denier fort ; c’est-à-dire qu’une terre qui produit mille livres par an sera estimée vingt-cinq ou trente mille livres, plus ou moins, à cause des droits honorifiques qui y sont attachés. Voyez Estimation. (A)

Denier, (fort) signifie les modiques fractions qui excedent une somme, par exemple vingt livres dix sous deux deniers, les deux deniers qui ne peuvent se payer sont ce qu’on appelle le fort denier. On dit communément que le fort denier est pour le marchand, c’est-à-dire que s’il reste un denier à rendre à l’acheteur, le marchand le garde ; si au contraire il est dû deux deniers au marchand, le débiteur est obligé de lui payer un liard qui vaut trois deniers, parce que dans les pays où les deniers n’ont pas cours, on ne peut pas payer deux deniers seulement. (A)

Deniers francs ou francs Deniers, sont une somme exempte de toute déduction. Quand on vend francs deniers, dans la coutume de Meaux, c’est à l’acquéreur à payer les lods & ventes, sans quoi ce seroit au vendeur. (A)

Denier, (huitieme) voyez Huitieme.

Deniers immobilisés, sont ceux que l’on répute immeubles par fiction. Voyez ci-après Deniers stipulés propres. (A)

Denier mançais, c’est une piece de monnoie de la valeur d’un denier, telle qu’en faisoit autrefois fabriquer l’évêque du Mans. (A)

Deniers oisifs, sont ceux dont on ne fait point d’emploi, & qui ne produisent point d’intérêts. (A)

Deniers d’octroi, voyez Octroi.

Deniers parisis, c’est un denier & le quart d’un denier en-sus. Voyez Parisis.

Deniers patrimoniaux, sont ceux qui appartiennent aux villes & communautés, autrement que par octroi du prince. Voyez Octroi. (A)

Deniers propres ou stipulés propres, sont ceux que l’on exclud de la communauté de biens. Voyez Propres fictifs. (A)

Deniers publics, sont ceux qui appartiennent soit au Roi ou à des provinces, villes & communautés d’habitans. (A)

Deniers pupillaires, sont les sommes d’argent qui appartiennent à des pupilles. On comprend aussi ordinairement sous ce nom ceux qui appartiennent à des mineurs.

Le tuteur ne doit point laisser les deniers pupillaires oisifs ; il doit en faire emploi au bout de six mois dès qu’il a entre ses mains une somme suffisante, autrement il en doit personnellement les intérêts. (A)

Denier, (quart) voyez au mot Quart.

Denier, (quint) voyez Quint.

Deniers réalisés, sont ceux dont on a fait emploi en fonds. On entend aussi quelquefois par-là ceux qui ont été offerts réellement & à découvert. (A)

Denier (rente au) huit, dix, douze, &c. Voyez Rente.

Deniers royaux ou du Roi, sont tous ceux qui appartiennent au Roi, provenant soit de ses domaines ou des impositions qu’il leve sur ses sujets.

Ces sortes de deniers sont privilégiés ; le Roi passe avant tous les autres créanciers. Voyez Hypotheque du Roi, Privilége, Taille, & Comptables.

Ceux qui ont le maniement des deniers royaux, en cas qu’ils les divertissent, sont punis de mort lorsqu’il s’agit d’une somme de 3000 livres & au-dessus, & de telle peine afflictive que les juges arbitrent lorsqu’il s’agit d’une somme moindre de 3000 livres, suivant la déclaration du 5 Mai 1690, conforme aux anciennes ordonnances. (A)

Denier de S. Pierre, ou Taxe du Denier de S. Pierre, étoit une redevance consistante en un denier sur chaque maison, qui se payoit annuellement au pape par forme d’offrande ou d’aumône.

Ce droit fut établi en Angleterre en 740, par Offa roi de Mercie, & par Ina roi de Westsex. Une partie de cette taxe étoit employée à l’entretien d’une église de Rome nommé l’école des écoles.

Un roi danois d’Angleterre nommé Edelvof ou Etheluffe, s’y soûmit en 852, & augmenta cette taxe. Grégoire VII. prit de-là occasion de demander à Guillaume le Conquérant qu’il lui fît hommage de l’Angleterre. Cette prestation qui se payoit pour chaque maison revenoit à environ trois livres de notre monnoie. Elle cessa d’être payée lorsque Henri VIII. se déclara chef de l’église Anglicanne.

Le denier de S. Pierre se payoit aussi dans plusieurs autres royaumes, comme en Pologne & en Boheme. (A)

Deniers stipulés propres, voyez ci-dev. Deniers propres.

Deniers tournois, étoient autrefois les deniers que l’archevêque de Tours faisoit frapper à son coin : ces deniers valoient un quart moins que les deniers parisis qui étoient frappés à Paris. Aujourd’hui toutes les sommes se comptent par livres, sous, & deniers tournois, suivant l’ordonnance de 1667. (A)

Deniers viennois, étoient ceux que le dauphin de Viennois faisoit frapper à son coin : il en est parlé dans plusieurs terriers de la province de Dauphiné & autres provinces voisines. Présentement ce n’est plus qu’une valeur numéraire. Le denier viennois est le double du denier tournois. (A)

Denier, (Comm.) ce terme pris pour argent en général, a plusieurs significations dans le Commerce. C’est quelquefois le pié sur lequel on est entré dans une entreprise de Commerce. Ainsi l’on dit ce négociant a six deniers dans un tel armement, pour faire entendre qu’il y a pris part pour un quarantieme, à proportion de quoi il doit partager le gain ou supporter la perte.

Denier se dit aussi d’un certain pié sur lequel on est obligé de payer une grosse somme. Des armateurs doivent payer à l’amiral le dixieme denier de toutes les prises qu’ils font, c’est-à-dire la dixieme partie de la somme à quoi elles se montent.

Denier S. André, est un droit qui se leve en quelques bureaux du Languedoc & des provinces voisines, depuis le passage de Roquemaure en Vivarès, jusqu’au port de Cassande inclusivement.

Denier de poids, est la vingt-quatrieme partie d’une once, & la cent quatre-vingt-douzieme partie d’un marc ou d’une demi-livre de Paris. Le denier pese vingt-quatre grains, & trois deniers font un gros. Le denier en Medecine est appellé scrupule. Voyez Scrupule. Voyez le dictionn. du Comm.

On appelle gagne-deniers les crocheteurs, portefaix, &c. qui gagnent leur vie à porter des marchandises & d’autres fardeaux. (G)

Denier de boîte, à la Monnoie, est la piece d’or ou d’argent, ou de billon, que l’on met dans la boîte d’essai. Voyez Essai.

Denier courant, (à la Monnoie.) se dit des especes qui sont actuellement de cours dans le Commerce, comme à présent 1754.

Or, Le double-louis de quarante-huit livres.
Le louis de vingt-quatre livres.
Le demi-louis de douze livres.
Argent, Le gros écu de six livres.
L’écu de trois livres.
La piece d’une livre quatre sous.
La piece de douze sous.
La piece de six sous.
Billon, Sou neuf de deux sous.
Sou vieux d’un sou six deniers.
Sou neuf de douze deniers.
Cuivre, Sou law de douze deniers.
Billon, Demi-sou vieux de neuf deniers.
Cuivre, Le deux liards de six deniers.
Le liard de trois deniers.

Denier de fin, à la Monnoie, est le titre de l’argent, ainsi que le carat est le titre de l’or. Voyez l’article Carat & Titre.

Denier de monnoyage, à la Monnoie, est le montant d’une fabrication des monnoies, soit or, argent, billon, cuivre, sur lequel on prononce la délivrance. Voyez Délivrance.

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Étymologie de « denier »

Étymologie de denier - Littré

Bourguig. denei ; wallon, denidié, denigé, denier à Dieu ; provenç. dener, denier, dinier ; catal. diner ; espagn. dinero ; portug. dinheiro ; ital. denaro ; du latin denarius, de deni, dix (voy. DÉNAIRE), parce que le denier valait à l'origine dix as.

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Étymologie de denier - Wiktionnaire

Du latin denarius.
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Étymologie de denier - Wiktionnaire

(XIIe siècle)[1] Du latin denarius (sens identique) dont est aussi issu « dinar ».
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Phonétique du mot « denier »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
denier dœnje play_arrow

Conjugaison du verbe « denier »

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Évolution historique de l’usage du mot « denier »

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Citations contenant le mot « denier »

  • Après deux tours disputés sur les parcours de Moliets et Hossegor, le denier jour du Training Tournament Landes Solidarité prend ses quartiers sur l'exigeant tracé de Seignosse. Avec des cartes de 65 (-5) et 63 (-9) enregistrées respectivement à Hossegor et Moliets, Grégory Havret mène pour le moment le tournoi. Le triple vainqueur sur le Tour devance Julien Brun (-11) et Antoine Rozner (-10). L'Équipe, TTLS : le dernier tour en direct - Golf - Pro - L'Équipe
  • Dimanche denier, lors du second tour des élections municipales, un seul siège était en jeu à Lillemer. Stéphanie Régnier a battu Agnès Philippe, qui était la tête de liste de l’équipe aujourd’hui majoritaire au conseil municipal. , David Jullien, nouveau maire de Lillemer | Le Pays Malouin
  • Parmi les points à l’ordre du jour du denier conseil municipal, qui se tenait jeudi 25 juin dans la salle du Pontrais, les élus avaient à se prononcer sur une demande de subvention exceptionnelle pour venir en aide à l’association de gestion du restaurant scolaire Les P’tites fourchettes. , Le Gâvre. Une subvention exceptionnelle pour la cantine - Redon.maville.com
  • Les difficultés financières sont d'autant plus fortes que la crise sanitaire a frappé l'Eglise en pleine période de Carême, au moment de la campagne des deniers. Cent cinquante prêtres en Haute-Garonne, dont 40 à temps plein sont directement concernés par cette relance du denier du culte. ladepeche.fr, Coronavirus : le diocèse de Haute-Garonne relance le denier du culte pour tenter de compenser ses pertes - ladepeche.fr
  • Une femme qui voterait les lois, discuterait le budget, administrerait les deniers publics, ne pourrait être autre chose qu'un homme. De Charles Nodier / L'Europe littéraire
  • Jésus fut vendu pour trente deniers, Aujourd’hui Judas par les foules est adulé. De MC Solaar / Quand le soleil devient froid
  • Les deniers publics sont comme l'eau bénite ; chacun y puise. De Proverbe italien

Traductions du mot « denier »

Langue Traduction
Corse denier
Basque denier
Japonais 否定する人
Russe денье
Portugais negador
Arabe منكر
Chinois 旦尼尔
Allemand denier
Italien denari
Espagnol negacionista
Anglais denier
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Synonymes de « denier »

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Antonymes de « denier »



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