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Penser

Définitions du mot « penser »

Trésor de la Langue Française informatisé

PENSER1, verbe

I. − Empl. intrans.
A. − HIST. DE LA PHILOS. Exercer son esprit; mettre en oeuvre sa conscience. Le mot pensée (...) comprend dans son acception toutes les facultés de l'entendement et toutes celles de la volonté. Car penser, c'est sentir, donner son attention, comparer, juger, réfléchir, imaginer, raisonner, désirer, avoir des passions, espérer, craindre (Condillac, La Log. ou les premiers développemens de l'art de penser, 1789, p.74):
1. ... sentir des sensations, sentir des souvenirs, sentir des rapports, et sentir des desirs, c'est toujours sentir. Quoique je ne vous l'aie pas encore démontré, je vous ai annoncé que ces quatre facultés composaient notre faculté de penser tout entière... Destutt de Tr., Idéol. 1, 1801, p.79.
[P. allus. à l'argument développé par Descartes dans le Discours de la Méthode puis dans les Méditations métaphysiques] [Descartes] produisit une grande sensation en appelant de toutes les vérités reçues à l'examen de la réflexion; on admira ces axiomes: Je pense, donc j'existe; donc j'ai un créateur (Staël, Allemagne, t.4, 1810, p.59).Par la pensée nous prenons conscience de l'être, mais inversement il faut déjà exister pour penser (Jankél., Je-ne-sais-quoi, 1957, p.60).[Empl. lexicalisé à la 1repers. du sing.] Le je pense. Trad. de cogito. Le «je pense» n'est pas un donné, il n'est pas une forme, il est un acte (G. Marcel, Journal, 1914, p.37).
B. − PHILOS., lang. cour.
1. Former des idées; concevoir par l'esprit, par l'intelligence. Être lent à penser. Nous ne pouvons parler sans penser, c'est-à-dire sans attacher une idée à nos paroles (Bonald, Essai analyt., 1800, p.224).Penser c'est, comme agir ou sentir, réagir au milieu (Lacroix, Marxisme, existent., personn., 1949, p.103):
2. ... malgré leur fusion dans l'absolu, le moi et le non-moi se posent séparément et contradictoirement dans la nature, et nous avons des êtres qui pensent, en même temps que d'autres qui ne pensent pas. Proudhon, Syst. contrad. écon., t.1, 1846, p.14.
Penser dans/en une langue. Former ses idées en utilisant les signes, les structures d'une langue particulière. Nous pensons en une langue, et, quand nous avons suffisamment l'habitude d'un code, il nous arrive de penser en mots codés qui deviennent pour nous et les quelques personnes connaissant également le code un langage particulier (Jolley, Trait. inform., 1968, p.90).
Vieilli. Machine à penser (log., informat.). Appareil analogue aux machines à calculer et qui tire les conséquences logiques des données qui lui sont fournies préalablement. Les machines à penser, ou les machines à comportement mécaniquement finalisé, semblent confirmer l'utopie philosophique de l'homme pur, comme «être raisonnable» et non plus «animal raisonnable» (Ruyer, Cybern., 1954, p.32).
2. Combiner, organiser des concepts, des idées, leur donner un sens; p.ext. exercer son sens critique, son jugement, élaborer des systèmes intellectuels, des théories. L'Empereur, à dix-huit et vingt ans, était des plus instruits, pensant fortement, et de la logique la plus serrée (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t.1, 1823, p.85).Picasso ne pense pas. Il est l'anti-intellectuel type, alors qu'on le charge d'intellectualisme. Il ne pense pas, ou plutôt, il pense en actes (Cocteau, Poés. crit. I, 1959, p.264):
3. Rester indifférent devant l'univers est chose impossible pour l'homme. Dès qu'il pense, il cherche, il se pose des problèmes et les résout; il lui faut un système sur le monde, sur lui-même, sur la cause première, sur son origine, sur sa fin. Renan, Avenir sc., 1890, p.18.
Maître à penser. V. maître1II C 2.
[P. allus. à La Bruyère (Caractères I, 1): Depuis qu'il y a des hommes et qui pensent] Si depuis 2 000 ans qu'il y a des hommes et qui pensent, il a toujours existé des poètes, des chroniqueurs, des conteurs, des romanciers pour donner aux hommes de la distraction et du rêve au milieu de leurs préoccupations, ces poètes, ces chroniqueurs, ces conteurs et ces romanciers n'ont jamais trouvé dans l'usage de leur talent une juste rémunération de leur travail (Arts et litt., 1936, p.84-1).
Penser sur + subst.Exercer son jugement, faire une construction logique, élaborer une théorie à propos d'un sujet déterminé. Tout de suite il [Malebranche] eut son système en philosophie, une manière générale de penser sur Dieu, sur le monde, sur la nature (Massis, Jugements, 1923, p.38).Le droit du journaliste à penser sur la chose publique (Morienval, Créateurs gde presse, 1934, p.58):
4. ... si l'on commence à penser sur la chaleur ou seulement sur les pressions, sans y être préparé par la considération des rapports plus simples, on risque de former des singes pensants; et l'on n'en voit que trop. Alain, Propos, 1921, p.322.
C. − Avoir une opinion. Vous avez peut-être raison de penser ainsi, mais vous n'avez pas raison de soutenir votre opinion contre un vieillard (Joubert, Pensées, t.1, 1824, p.223).Nous pensons l'un comme l'autre sur mon père, qui n'est plus l'homme que nous avons connu (Barb. d'Aurev., Memor. pour l'A... B..., 1864, p.415).La passion sans contre-poids de la justice rend l'homme injuste pour ceux qui ne pensent pas comme lui (Faure, Hist. art, 1909, p.115).
Loc. et expr.
Penser par soi-même. Avoir une opinion personnelle. Les esprits cultivés qui se piquent de penser par eux-mêmes (Arts et litt., 1936, p.42-5).
Bien/mal penser (souvent p.iron.). Avoir en matière de politique ou de religion, des opinions conformes ou non à celles du moment. Il prêta le serment et même fut grand-vicaire constitutionnel, homme qui s'est assis dans la chaire empestée; il a contre lui toute sa robe. Tout ce qui pense bien le tient dûment battu, et applaudit au maire (Courier, Pamphlets pol., Gazette du village, 1823, p.184).
Façon/manière de penser. Manière de voir, de juger. [Les] plus vieilles façons de penser et de sentir dont chacun de nous hérite au jour de sa naissance (L. Febvre, Face au vent, [1946] ds Combats, 1953, p.39).Les chefs-d'oeuvre du passé nous montrent que chaque génération eut sa manière de penser, ses conceptions, son esthétique (Le Corbusier, Charte Ath., 1957, p.87).Opinion. De l'un à l'autre les mots passaient, et chacun amplifiait, déformait, disait sa façon de penser et ses remarques (Peisson, Parti Liverpool, 1932, p.74).Fam. Dire (à qqn) sa façon de penser. Donner franchement son opinion; être sans nuance, sans détour dans son expression. J'avais envie de te voir aussi, mais pas seulement pour le plaisir, dit-il avec un demi-sourire. Plutôt pour te dire ma façon de penser: c'est dégueulasse d'avoir passé cet article sur Dubreuilh, le mois dernier (Beauvoir, Mandarins, 1954, p.285).
D. − Synon. de réfléchir.M. des Lourdines se laissait emporter, sans penser, mort de fatigue (Châteaubriant, Lourdines, 1911, p.113).Relaxez-vous. Ne pensez plus (Aymé, Mouche, 1957, p.37):
5. Ils ne veulent absolument pas que la vie soit une chose triste: alors, tu comprends, ils pensent le moins possible; ils jouent. Martin du G., Thib., Mort père, 1929, p.1320.
Locutions
Penser tout haut. V. haut1II C 2 a.
[Le suj. désigne une chose, un événement, une attitude] Donner à penser. Faire réfléchir. Toutes ces remarques vous excitent l'esprit et vous donnent à penser (L. Febvre, La Nationalité, [1926] ds Combats, 1953, p.191).Donner lieu à des suppositions, des soupçons, des inquiétudes. Onze heures sonnaient dans le clair de lune; Même d'Artiailh ouvrait la porte, sans tousser ni frapper, et désespérait de surprendre les jeunes gens dans une attitude qui donnât à penser (Mauriac, Baiser Lépreux, 1922, p.167).
II. − Empl. trans. dir.
A. − Penser qqn/qqc.
1. Synon. de concevoir.
a) [P. oppos. à percevoir, sentir] Surtout dans le domaine de la réflexion, de la connaissance sc. et philos.Saisir par la pensée; former, construire l'idée d'un être ou d'une chose. Naturellement, je ne pouvais pas clairement penser ma mort, mais je la voyais partout, sur les choses, dans la façon dont les choses avaient reculé et se tenaient à distance, discrètement, comme des gens qui parlent bas au chevet d'un mourant (Sartre, Mur, 1939, p.28).La distance, comme toutes les autres relations spatiales, n'existe que pour un sujet qui en fasse la synthèse et qui la pense (Merleau-Ponty, Phénoménol. perception, 1945, p.295).V. intellectuel C 1 ex. de Joubert:
6. Le mouvement n'est perçu que par un jugement qui lie plusieurs images, dessinant de l'une à l'autre une trajectoire continue. Mais si vous pensez une position seulement, vous pensez l'immobile, comme le fameux Zénon d'Élée se plaisait à dire autrefois; la flèche, à chaque instant, disait-il, est où elle est, donc elle ne se meut point. Alain, Beaux-arts, 1920, p.279.
Empl. pronom. réfl. Faites maintenant surgir la réflexion: cette conviction [vécue] s'évanouira; l'homme va se percevoir et se penser comme un point dans l'immensité de l'univers (Bergson, Deux sources, 1932, p.186).
Part. passé en empl. subst. masc. sing. à valeur de neutre. Ce qui est ou peut être pensé. Éviter avec soin la confusion [dans ma pensée] (...) entre les fictions et les vrais actes psychiques, entre le vu, le pensé, le raisonné, le senti (Valéry, Lettres à qq.-uns, 1945, p.106).
En partic. Rapporter par l'esprit (un fait, un événement) à une conception, à une attitude déjà connue. Qu'ils s'en doutent ou non, ils [les Africains, les Asiatiques qui veulent réhabiliter leur culture] réinterprètent les traits culturels anciens à travers une mentalité qui est devenue occidentale; ils pensent l'Afrique ou l'Asie en «Européens» (Traité sociol., 1968, p.329).
P. ext.
Créer par la pensée. Nous pensons des formes, elles deviennent vivantes sur le papier ou sur la toile sans avoir aucun rapport avec les formes de la vie (Cocteau, Crit. indir., 1932, p.120).
Prendre conscience (de). Dans le cours qu'il [Victor Upshaw] donne trois fois par semaine dans un théâtre parisien, il jette ses nouveaux élèves dans le rythme comme on met un enfant à l'eau pour lui apprendre à nager. Il dit: «Si vous savez marcher, vous saurez danser.» Il s'attache surtout à leur faire comprendre la musique, à penser le rythme (L'Express, 30 janv.-5 févr. 1967, p.69, col. 2).Empl. pronom. réfl. [Avec attribut de l'obj.] Faire sienne une qualité. Certes, ils [les Juifs] rêvent de s'intégrer à la nation mais en tant que juifs, qui donc oserait le leur reprocher? On les a contraints de se penser juifs, on les a amenés à prendre conscience de leur solidarité avec les autres juifs (Sartre, Réflex. quest. juive, 1946, p.188).
Former l'image d'un être ou d'une chose. Ne me regardez pas et pensez-moi simplement d'après le son de ma voix, mon rayonnement, ma syntaxe, mon inimitable façon de prendre haleine et de renifler (Arnoux, Écoute, 1923, p.108).
b) [Corrél. de faire, exécuter]
α) Penser un sujet, un projet, une activité, une oeuvre. Y réfléchir profondément, s'en donner une représentation rationnelle. Les hommes politiques n'ont pas su penser cette guerre. Elle a débordé tous les cerveaux, celui de Briand, celui de Lloyd George (Barrès, Cahiers, t.11, 1918, p.365):
7. Son métier, jusqu'à présent, il l'a fait d'instinct, il l'a construit à l'aide de successives mais incomplètes vérifications. Maintenant il le pense... Vialar, Fusil, 1960, p.148.
Au passif. À qui ferez-vous croire que le hasard préside à vos entreprises nocturnes? Elles sont trop parfaites pour qu'elles ne soient pas solidement pensées (Giono, Angelo, 1958, p.196).
β) En partic., cour.
[S'agissant d'un ouvrage de l'esprit, d'une oeuvre d'art] Fréq. part. passé en empl. adj. Qui est bien construit, harmonieux, solide. C'est un livre [Les Caractères de La Bruyère] fait d'après nature, un des plus pensés qui existent et des plus fortement écrits (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t.1, 1861, p.122).Tout, dans cette remarquable composition [les Sabines de David], est pensé, étudié, cherché et poussé à la limite de perfection dont l'artiste était capable (Gautier, Guide Louvre, 1872, p.8):
8. Le Banquet des Phaeaciens [de Max Bruch], avec le chant des Rhapsodes accompagné par les harpes, les plaintes d'Ulysse soupirant après sa patrie, est plein de charme; les choeurs y sonnent magnifiquement et l'impression qui s'en dégage est celle que doit donner toute musique bien pensée et bien écrite. Saint-Saëns, Portr. et souv., 1909, p.195.
[S'agissant d'équipements, d'urbanisme] Concevoir selon un plan précis; organiser dans le détail. Avoriaz est à 30 minutes seulement de Genève: les responsables de son établissement l'ont «pensée» comme une station internationale, en la rattachant au complexe Morzine-Les Gets-Châtel (Elle, 17 févr. 1966, p.76, col. 3).Transports, santé, délinquance, égouts, pollution, tout ce qui implique un minimum de prévision renvoie à la même conclusion: Sáo Paulo a poussé mais n'a pas été pensée (Libération, 14 mars 1985, p.26, col. 1).
2. [Le compl. d'obj. est le plus souvent un pron. neutre] Avoir pour jugement, pour opinion, pour conviction, pour avis.
a) [Sans compl. d'obj. indir. déterminé] Comment avez-vous pu seulement aborder l'idée que nous vous permettrions de vivre autre part qu'au milieu de nous? Que penserait le monde? (Sandeau, Mllede La Seiglière, 1848, p.140).On pense ce qu'on pense et on laisse dire (Valéry, Corresp.[avec Gide], 1899, p.357):
9. La politique, c'est un art, c'est d'être le plus malin. S'ils [les députés] le sont, on les garde. Moi je ne juge pas leurs raisons. C'est des gens qui vous disent ceci quand ils pensent cela, alors à quoi bon les entendre. Barrès, Cahiers, t.5, 1907, p.246.
[Avec attribut de l'obj.] Synon. de estimer, considérer (que).Élodie (...) songea tout de suite à rattraper son ami (...) elle pensa meilleur de lui donner un rendez-vous sentimental et romanesque (A. France, Dieux ont soif, 1912, p.48).Jamais je ne m'engage dans une entreprise si je la pense vouée à l'échec (Beauvoir, Mandarins, 1954, p.210).
Empl. pronom. réfl. Tu te penses plus raisonnable que tout le monde (Claudel, Échange, 1954, ii, p.757).Ceux qui, de bonne foi, se croient capables de corriger parce qu'ils «aiment lire» et se pensent «soigneux et attentifs» (Gouriou, Mémento typogr., 1961, p.xii).
Loc. et expr.
[En incise] À ce que je pense. Selon mon opinion, à mon avis. M. Dubois me témoignait une bienveillance d'autant plus précieuse qu'elle venait d'un vieillard qui n'aimait pas les jeunes gens. Je la gagnai, à ce que je pense, en l'écoutant avec attention (A. France, Vie fleur, 1922, p.339).
Dire ce qu'on pense. Donner son opinion. Dans cette enquête solennelle où l'Académie m'invite, j'ai plus que le droit de dire la vérité, j'ai le droit de dire ce que je pense (Proudhon, Syst. contrad. écon., t.1, 1846, p.32).Fam. Dire quelque chose avec franchise, sans détour. Je suis fâché, c'est mon opinion; je suis un ancien, un franc marin, et je dis ce que je pense (Sue, Atar-Gull, 1831, p.20).Moi, je dis toujours ce que je pense: eh bien, je suis déçu par le commencement de ma croisade (Salacrou, Terre ronde, 1938, ii, 1, p.174).[Par recoupement de infra II A 4] Dire ce qu'on a dans l'esprit, dans la tête. Un homme qui dit tout ce qu'il pense et comme il le pense est aussi inconcevable dans une ville qu'un homme allant nu (A. France, Mannequin, 1897, p.223).
Dire tout haut ce que les autres pensent tout bas. Nous n'avons d'autre mérite que de dire tout haut ce que la foule pense tout bas (Déclaration des anarchistes, 1883ds Doc. hist. contemp., p.46).
[À la forme nég.] Il n'en pense pas un (traître) mot (de ce qu'il dit). Ce n'est pas sa conviction, son opinion; il n'est pas sincère. Je te connais. Tu as mauvaise tête, mais, en cas de mobilisation, nous marcherons tous deux, et ce que tu chantais là, tu n'en penses pas un mot! (R. Bazin, Blé, 1907, p.23).Georges! Vous ne pensez pas ce que vous dites. Vous ne le pensez pas (Cocteau, Parents, 1938, ii, 9, p.252).
(Ne rien dire mais) n'en penser pas moins. Avoir, bien qu'on ne l'exprime pas, une opinion bien établie et souvent défavorable sur un sujet. Car enfin si je ne parle pas aussi facilement que lui, je n'en pense pas moins, et mes idées sont plus justes que les siennes (Crèvecoeur, Voyage, t.2, 1801, p.6).
b) [Avec compl. d'obj. indir. déterminé]
α) [S'agissant d'une pers. ou d'une chose; avec compl. prép.de] Souvent je ne sais que penser de ce que j'éprouve (Sénac de Meilhan, Émigré, 1797, p.1717).Qu'est-ce que les autres allaient penser de lui? (Genevoix, Raboliot, 1925, p.156).
Loc. Penser du bien (du mal) de qqn ou de qqc. Avoir de lui ou de cela (en avoir) une bonne (une mauvaise) opinion. Je désire, me dit-il, vous introduire au collège et faire entendre au proviseur le bien que je pense de vous (Fromentin, Dominique, 1863, p.63).
β) [S'agissant de choses, notamment abstr.; avec compl. prép.sur] C'était le droit exclusif des théologiens de toutes les sectes de nous prescrire ce que nous devions penser sur ce point; et nul ne pouvait ni n'osait pénétrer dans leur empire (Destutt de Tr., Idéol. 2, 1803, p.7).C'étaient des choses dont on ne devait pas causer tout haut, personne n'avait besoin de savoir ce qu'ils pensaient là-dessus (Zola, Terre, 1887, p.81).
P. euphém., fam. [S'agissant d'une pers.] Je ne peux pas lui dire tout ce qu'on pense sur lui (Rob.).
3.
a) Synon. de croire, supposer, (s')imaginer.J'avais eu seul l'idée de cette excursion. J'avais eu toutes les difficultés que tu penses pour en faire agréer en haut lieu le principe (Benoit, Atlant., 1919, p.54).Contrairement à ce que l'on pourrait penser, l'héraldique, science des symboles héréditaires, est une science moderne (L'Hist. et ses méth., 1961, p.740).V. être12esection I B 3 a ex. de Simenon:
10. Il y a moins loin que l'on ne pense de l'impassibilité stoïque à l'abnégation de l'insensé sous le froc, à la démence du faquir qui mérite la béatitude du vingtième ciel, en fixant la lumière bleue... Senancour, Rêveries, 1799, p.132.
[Dans la lang. parlée, p.ell. de ne le] Il faudra vous réconcilier avec MlleCéleste, dit-il avec un sourire complice. Je vous y aiderai. Les vieilles gens sont plus faciles à séduire qu'on pense (Bernanos, Crime, 1935, p.759).
[Avec attribut de l'obj.] Synon. de penser que (infra II B 1 a β).Nous ne nous sommes point autrement inquiétées de son absence, le pensant à quelques pas de la charrette (Gautier, Fracasse, 1863, p.144).Je crois bien que cette dame, me pensant endormi déjà, s'était comportée comme si elle eût été seule (Larbaud, Journal, 1934, p.315).
Empl. pronom. réfl. [Avec attribut du suj.] Avoir l'impression de. Il se pensa devenu fou (Maupass., Bel-Ami, 1885, p.107):
11. Aujourd'hui, quand je m'assieds devant ces panneaux que je considère chaque fois avec tendresse et mélancolie, je me pense revenu à ces jours anciens où je ne connaissais personne à la brasserie. Fargue, Piéton Paris, 1939, p.160.
b) [En incise]
[Sert à annoncer des propos rapportés] Les nuages, pense-t-on, tendent à se dissiper, quand les rayons de la lune les frappent (Flammarion, Astron. pop., 1880, p.219).
[Sert à renforcer ou à légitimer une affirmation] M. de Sacy a jadis refusé de se marier, à cause de trois enfants naturels qu'il avait et qu'il a gardés, je pense (Goncourt, Journal, 1860, p.730).J'acceptai avec joie, vous le pensez bien, la séduisante proposition (Coppée, Bonne souffr., 1898, p.82).Elle a tout sacrifié à ce joli gamin qui se moque d'elle, comme tu penses (A. France, Pt bonh., 1898, vii, p.525).Il n'y a pas de véritable éducation, pensons-nous, si l'on ne s'efforce à la fois de cultiver l'être humain et de le préparer à la vie (Hist. instit. et doctr. pédag., 1923, p.363).
c) Fam. [À la forme exclam.; dans un propos rapporté au style dir., sert à renforcer ou constitue une affirm.] Tu penses! Synon. de tu parles, en effet, évidemment, bien sûr!Ta femme à toi ça l'a retournée d'te voir partir? −Tu penses... (Benjamin, Gaspard, 1915, p.14).Ah, celui-là!... −Vous le connaissez? −Je pense bien. La petite brute! (Vercel, Cap.Conan, 1934, p.130).
[Avec invers. du suj., exprime ou constitue une dénégation] Penses-tu! pensez-vous! Synon. de mais non, pas du tout, certainement pas, sûrement pas.Souffert! Pensez voir! Il a tombé d'un coup comme ça... V'lan! (Benjamin, op.cit., p.156).On aurait dit une petite bête qui grattait. Même qu'au premier coup d'oeil, avec l'air chaud qui tremblait, le camarade dit: «Mais non. C'est une bête.» «Penses-tu, je lui dis. C'est trop fin pour une bête. C'est une fille» (Anouilh, Antig., 1946, p.172).
d) Fam. [À la forme interr.; dans un propos rapporté au style dir., sert à exprimer le scepticisme devant une affirm.] Pensez-vous? Synon. plus usité Tu crois? Vous croyez? (v. croire I B 3):
12. ... Ah! oui, de jolis parents j'ai là! Ils ne me reverront jamais. −Jamais? s'écria-t-il, ne dis pas de bêtises, Mouchette (...). On ne laisse pas les filles courir à travers champs, comme un perdreau de la Saint-Jean. Le premier garde venu te rapportera dans sa gibecière. −Pensez-vous? dit-elle. J'ai de l'argent. Qu'est-ce qui m'empêche de prendre demain le train de Paris, par exemple? Ma tante Eglé habite Montrouge −une belle maison, avec une épicerie. Je travaillerai. Je serai très heureuse... Bernanos, Soleil Satan, 1926, p.77.
4. [Le compl. d'obj. est le plus souvent un pron. neutre] Synon. de avoir dans l'idée, dans l'esprit, dans la tête.Il peut en faire une martyre ou une femme heureuse, se dit-elle à elle-même en pensant ce que pensent toutes les mères lors du mariage de leurs filles (Balzac, Cous. Bette, 1846, p.228).«Rassurez-vous, Madame: je n'aimais pas mon père.» Aussitôt, il se mordit les lèvres. D'avoir pensé cela le bouleversait plus encore que de l'avoir dit (Martin du G., Thib., Mort père, 1929, p.1314).
[Dans un propos rapporté au style dir.; avec ell. du suj.] Empl. exclam., fam. Pensez! Pensez-donc! J'ai ma chambre au Quartier Latin (...) Au Quartier Latin! pense un peu! (A. Daudet, Pt Chose, 1868, p.121).Quand elle entendait les gens la plaindre, elle excusait vite Coupeau. Pensez donc! Il avait tant souffert (Zola, Assommoir, 1877, p.490):
13. Tant qu'il souffle [le vent], ces diables de sapins font un bruit! Pensez: le bois pousse comme il veut, c'est plein de branches mortes, une vraie forêt vierge. Bernanos, Crime, 1935, p.747.
P. euphém., fam. [Pour désigner qqc. que l'on ne veut pas nommer] Il a marché dans ce que je pense (Rob.).Le cochon qui a fait une chose pareille, vois-tu, je lui arracherais les yeux et aussi ce que je pense (Simenon, Vac. Maigret1948, p.99).Lorsque la morale s'émousse, il est temps de revenir à la saine politique des coups de pied où je pense (L'Est Républicain, 15 juin 1985, p.10, col. 6).
[En incise, avec invers. du suj.] Ah! Mon Dieu, que vais-je devenir! pensait-elle en enfonçant sa tête brune dans l'oreiller (Theuriet, Mariage Gérard, 1875, p.198).Il est dur, pensait-il, d'être un juge (Saint-Exup., Vol nuit, 1931, p.90).
[Sert à introduire un discours dir.] Synon. se dire.J'ai rougi d'embarras; et puis j'ai pensé: «Ah! Si vous étiez mon Amélie!» Mais soudain je me suis reproché ma pensée comme un crime, et c'en était bien un (Krüdener, Valérie, 1803, p.26):
14. Il rit en montrant les dents, et je pense en moi-même: «Cause toujours: l'hiver prochain, je serai à Paris, et tu ne m'y rencontreras guère!» Colette, Cl. école, 1900, p.312.
[Suivi d'un subst. sans art.; corrél. de dire; p.ell. de la prép. à] Lorsqu'on pense à la condition des sexes dans la société, pour les femmes on pense plutôt malheur, pour les hommes on pense plutôt embêtements (Montherl., J. filles, 1936, p.1007).On a trop tendance devant un goitre banal à penser maladie grave, hyperthyroïdie de Basedow actuelle ou à venir (Quillet Méd.1965, p.474).
B. − [Le compl. est une prop.]
1. [Prop. complét. ou à valeur de complét.]
a) Penser que.[Suivi de l'ind. si la princ. est positive, de l'ind. ou du subj. si la princ. est nég., interr. ou si penser figure dans une hypothétique]
α) Synon. de être d'avis (que), juger, estimer, considérer (que).Nous pensons qu'il faut leur chercher [à nos enfants] les plus grands exemples de vertu dans tous les pays (Bern. de St-P., Harm. nat., 1814, p.318).A. Comte ne pense pas que leur méthode [de V. Cousin et de ses disciples] puisse être féconde (Hist. de la sc., 1957, p.1647).
[P. méton. du déterminé] Comme sa rédaction [d'un article] présentait une certaine ambiguïté, le Conseil d'État a pensé qu'il y avait lieu de définir le point de départ et la durée des publications (Code pêche fluv., 1875, p.70).
β) Synon. de croire, supposer (que) ou de avoir le sentiment, l'impression (que).Si vous pensez que cela soit utile, je le prendrai [un ouvrage] à la Bibliothèque Royale (Gobineau, Corresp.[avec Tocqueville], 1843, p.66).J'ai toujours pensé que tu me tuerais (Mérimée, Carmen, 1847, p.69).Je ne pense pas que ce petit ait jamais été puni (Gide, Journal, 1943, p.175):
15. Soldat avant tout, il m'accompagnait parce que c'était l'ordre, et je pense qu'il eût tiré sur moi sans hésiter si j'avais fait mine de m'échapper... Ambrière, Gdes vac., 1946, p.320.
Tournure impers., rare. Il est d'ailleurs à penser que, dans les délais nécessaires à une telle évolution, l'URSS, fortune faite et pressée par une Chine devenue dangereuse, rejoindrait sans discordances gênantes la famille occidentale (Beaufre, Dissuasion et strat., 1964, p.180).
[Dans un propos rapporté au style dir.]
Ne pensez-vous pas, ne penses-tu pas (que) ou fam. vous ne pensez pas, tu ne penses pas (que). [Précaution oratoire empl. pour atténuer une question] Georgette avait hâte d'inaugurer avec Edmond une tout à fait nouvelle vie. À cette époque-là, il a eu plusieurs fois l'occasion de lui dire: «Maintenant que ça marche bien, tu ne penses pas que tu devrais aller à la mairie pour faire supprimer l'allocation des gosses?» (Romains, Hommes bonne vol., 1938, p.252).
Fam. [Sert à renforcer une affirm., la conviction d'une certitude] Vous pensez bien que les gens qui payent huit francs pour une consultation n'aiment pas trop qu'on leur indique un remède de quatre sous (Romains, Knock, 1923, ii, 1, p.7).Vous pensez bien qu'il ne m'a pas épousée pour ça (Sartre, Mains sales, 1948, 5etabl., 1, p.177).
Empl. exclam. [Pour exprimer une dénégation] −Alors, ils y sont restés là-haut, les deux sans-guides? Bon pour toi, la marmotte! Tu iras les descendre à minuit, ça te fera les bras... −Penses-tu que j'irai! (Peyré, Matterhorn, 1939, p.206).
γ) Former dans son esprit l'idée ou l'image d'une réalité absente. Synon. penser à (infra IV A 2), prendre conscience*, avoir l'idée*, se rendre compte*, se dire* (que).Que notre famille est réduite, et je tremble en pensant que le cercle peut encore se rétrécir! (E. de Guérin, Journal, 1839, p.296).Edmond parlait ainsi (...) surtout pour conjurer l'image de Carlotta. Il venait de penser qu'il ne la reverrait jamais plus (Aragon, Beaux quart., 1936, p.281):
16. Devant son fourneau, elle pense que voilà son père et sa mère très vieux, et qu'ils vont bientôt mourir, que son fils sera soldat l'année prochaine, et elle se demande s'il ne sera pas trop malheureux. Renard, Journal, 1901, p.647.
Souvent en empl. exclam., fam. [Dans un propos rapporté au style dir.] Quand je pense que; pensez (donc) que. Et quand je pense que mon père l'a décoré et fait comte et que le lendemain ce vilain n'a pas eu honte de porter la main sur lui (Jarry, Ubu, 1895, ii, 5, p.51).Panisse: Oou! Non, non! Je veux dire que comparé à une voilure, c'est si petit un billet de mille francs, monsieur Brun! Plié en quatre, c'est rien du tout! Pensez que pour ce petit bout de papier, je vous fais tout ça! Réellement, c'est un cadeau entre amis (Pagnol, Fanny, 1932, ii, 2, p.114).
b) Penser combien, comme, si
α) Synon. de s'imaginer, se représenter, se faire une idée.Un autre jour, qu'on la persécutait pour sortir, Sara, qui craignait que je ne voulusse pas l'accompagner, passa un billet sous ma porte: (...) L'on veut absolument que ta femme sorte, cher bon ami! Je te laisse à penser comme elle va s'amuser! (Restif de La Bret., M. Nicolas, 1796, p.86):
17. On pense si cela leur fit de la peine d'être forcés d'obéir à cet animal; mais comme ils auraient risqué leur tête en lui résistant, ils descendirent tout de suite. Erckm.-Chatr., Hist. paysan, t.2, 1870, p.231.
β) Souvent en empl. exclam., fam. [Dans un propos rapporté au style dir.]
Imaginer. Ne le retenez pas trop longtemps, je vous en supplie, Élisabeth! Vous pensez si maman et moi nous sommes impatientes! (Mauriac, Mal Aimés, 1945, i, 2, p.165):
18. Mon fils, ai-je dit avec une inflexion tendre et grave, il ne faut pas t'abandonner ainsi à ces rêves qui préparent à l'amour et ôtent la force de le combattre. Pense combien il se passera de temps avant que tu puisses te permettre d'aimer, de choisir une compagne... Krüdener, Valérie, 1803, p.260.
[Exprime une dénégation] Voyons, mon petit pote, fais pas l'idiot. Je te dis qu'on nous a prévenus: il va y avoir du baroud un de ces jours. Alors tu penses comme on va te laisser entrer ici sans regarder tes poches (Sartre, Mains sales, 1948, 3etabl., 2, p.87).
2. [L'inf. compl. équivaut à une prop. dont le suj. est le même que celui de la prop.princ.]
a) Avoir pour conviction, estimer. Qui de nous ne pense Valoir ceux que le rang, les talents, la naissance, Élevent au-dessus de nous? (Florian, Fables, 1792, p.45).Il pense avoir des droits sur toi (Pagnol, Fanny, 1932, ii, 8, p.153).
b) Avoir le sentiment, l'impression (de). Synon. croire.L'homme se remit à parler, avec cette volubilité des solitaires qui pensent avoir enfin rencontré une oreille bienveillante (Duhamel, Confess. min., 1920, p.135):
19. La légèreté entraîne ces imaginations trop promptes qui toujours vont au delà des bornes logiques, concluent avant d'avoir raisonné, volent d'une conclusion à l'autre, nient ou affirment sans distinction, et pensent être subtiles parce qu'elles sont superficielles. Ozanam, Philos. Dante, 1838, p.105.
En partic. Synon. de s'attendre à, espérer.Je retournai guetter encore, attendre en vain, pensant toujours voir la porte s'ouvrir et surgir enfin la haute silhouette d'Augustin (Alain-Fournier, Meaulnes, 1913, p.297).Il eut un choc. Ah, il n'avait pas pensé le revoir! (Montherl., Bestiaires, 1926, p.564).
c) Vieilli. [À un temps passé, sert à exprimer qu'un fait a été très près de se produire] Synon. faillir, manquer (de).Je ressemble à un homme, qui, mesurant des yeux l'abyme où il a pensé tomber, est plus effrayé qu'au moment du danger (Sénac de Meilhan, Émigré, 1797, p.1654):
20. À l'époque, une famille distinguée se devait de compter au moins un enfant délicat. J'étais le bon sujet puisque j'avais pensé mourir à ma naissance. Sartre, Mots, 1964, p.71.
Vx. [L'agent est une chose] Vous êtes deux qui m'engagez à faire encore des pétitions. À votre aise vous en parlez, et vous n'irez pas en prison pour les avoir lues. Mais moi, voyez ce qu'a pensé me coûter la dernière (Courier, Pamphlets pol., Réponses aux anon., 2, 1822, p.154).Le matin, à peine éveillée, elle [Catherine II] (...) étudiait au saut du lit; elle y prit même une pleurésie qui pensa l'emporter (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t.2, 1862, p.182).
d) Synon. de avoir l'intention/en vue de, avoir dans l'idée (de), compter, vouloir (faire qqc.).Si mes défaillances ne sont pas trop fortes et trop nombreuses, je pense avoir fini au jour de l'An (Flaub., Corresp., 1861, p.441).Il avait pensé se faire aimer et c'était lui qui était tombé amoureux (Larbaud, F. Marquez, 1911, p.118):
21. Un garde-barrière bordelais, dont les gamins pillaient les treilles, voulut en dégoûter ses voleurs, et couvrit les grappes, les aspergea d'une solution de sulfate de cuivre, pensant ainsi les rendre indigestes. Pesquidoux, Livre raison, 1925, p.79.
Par amphibologie [Pour atténuer une affirm.] Synon. de vouloir, croire.Elle se retira l'air vexé, en disant qu'elle avait pensé faire plaisir à Madame (Zola, Nana, 1880, p.1352).
III. − Empl. pronom., pop. ou région. [Sert le plus souvent à introduire un propos rapporté au style dir.] Synon. de penser (supra II A 4), se dire, s'imaginer.Il en a pour son compte, me suis-je pensé, voilà qui est bon ([L'Héritier],Suppl. Mém. Vidocq, t.1,1830,p.313).Il fallait se tenir à quatre pour ne pas taper dessus [sur les Prussiens] (...) Heureusement que l'enfant marchait près de moi, et chaque fois que la main me démangeait trop, je me pensais en le regardant: «Chaud là, Bélisaire!... Prenons garde qu'il n'arrive pas malheur au moutard» (A. Daudet, Contes lundi, 1873, p.84).Quand tu es venu me chercher à Peyruis et que tu m'as dit qu'elle avait un petit, je me suis pensé: elle te racontera tout elle-même parce qu'elle est franche (Giono, Baumugnes, 1929, p.178).
IV. − Empl. trans. indir.
A. − Penser à
1. Appliquer son esprit à un objet abstrait ou concret, présent ou non. Synon. réfléchir, songer (à), se concentrer (sur).Il se consumait à tenter de composer le temps et le moment: tourment de tous les artistes qui pensent profondément à leur art (Valéry, Variété III, 1936, p.15).J'ai beaucoup pensé à tes récriminations. Ma conviction est que tu as rêvé (Salacrou, Terre ronde, 1938, ii, 1, p.176):
22. Pourquoi me laisser dominer par tant de petites choses misérables, pour lesquelles j'éprouve au fond le mépris le plus absolu, quand j'y pense sérieusement? Maine de Biran, Journal, 1816, p.128.
Loc. et expr.
Penser à ce qu'on dit. Faire attention à ce qu'on dit, peser ses propos. MmeBremontier, agréable jeune femme, nous a très bien récité sa petite conférence, avec des hésitations, des fautes, et un air de ne jamais penser à ce qu'elle disait qui mérite toute notre affectueuse indulgence (Renard, Journal, 1904, p.880).
Penser à ce qu'on fait. Le faire en s'appliquant, avec toute son attention. C'était un grand garçon grandissant encore, tout pâle et dégingandé, avec de longs bras et de grandes jambes et qui quelquefois avait l'air de ne pas penser à ce qu'il faisait (Vigny, Serv. et grand. milit., 1835, p.89).
Ne penser à rien. Avoir l'esprit complètement libre. Je rentre tranquillement, sans penser à rien, ne songeant qu'à me garer des chocs et des mouvements brusques (Miomandre, Écrit eau, 1908, p.226).Ne (plus) penser à rien. Ne plus pouvoir se concentrer sur quoi que ce soit. Il semblait complètement repris par le travail de la pêche, par le train monotone des choses réelles et présentes, comme ne pensant plus à rien (Loti, Pêch. Isl., 1886, p.180).Fam. Ne (jamais) penser à rien. N'avoir aucune idée, aucun projet. Vous m'agacez un peu, votre père et vous. «Vous ne pensez jamais à rien... Vous n'êtes pas bons à grand-chose... Vous ne savez pas...» Vous vous plaisez ainsi? (Sagan, Bonjour tristesse, 1954, p.158).
(Faire qqc.) sans y penser. Le faire sans en être conscient, sans s'en rendre compte. Synon. machinalement.D'instinct, sans y penser, il se baisa le pouce, pour conjurer le mauvais sort (Montherl., Bestiaires, 1926, p.533).Il avait dit ça sans y penser, il n'avait pas pu faire autrement, il ne savait pas qu'il allait le dire (Aragon, Beaux quart., 1936, p.303).
2.
a) Se représenter mentalement un être ou une chose, par l'imagination, par la mémoire, le souvenir. Synon. s'imaginer, se rappeler, se souvenir, évoquer.Ici, je vivais en pensant à vous; ici, je regardais cette persienne, j'attendais des heures entières le moment fortuné où je verrais cette main l'ouvrir (Stendhal, Rouge et Noir, 1830, p.427).Qu'est-ce exactement que penser à un être? C'est concentrer son attention sur un certain système d'images cristallisant soit autour d'une image privilégiée, soit autour d'un nom (G. Marcel, Journal, 1919, p.170).Si je pense à ma jeunesse, je revis les instants émus qui la tenaient parfois en suspens (J. Bousquet, Trad. du sil., 1936, p.173).V. agacer ex. 18:
23. Ainsi dans la forêt où mon esprit s'exile Un vieux Souvenir sonne à plein souffle du cor! Je pense aux matelots oubliés dans une île, Aux captifs, aux vaincus!... à bien d'autres encor! Baudel., Fl. du Mal, 1860, p.152.
b) En partic.
[Le compl. d'obj. indir. désigne une pers.]
Avoir sans cesse présente à l'esprit l'image de la personne dont on est épris. Je comprends ce que tu veux dire: il y a, que tu penses toujours à lui et que par délicatesse, tu tiens à m'avertir et à me le répéter (Pagnol, Fanny, 1932, ii, 6, p.131).
[Notamment dans la correspondance] Avoir une pensée pour quelqu'un, se souvenir de lui. Écrivez-moi, et pensez à votre vieux fidèle qui est bien triste, et qui vous chérit (Flaub., Corresp., 1872, p.30).[Formule épistolaire pour conclure une lettre] Du courage, mon ami. Je pense bien à toi. Jacques (Rivière, Corresp.[avec Alain-Fournier], 1907, p.292).
[Le compl. d'obj. indir. désigne une pers. ou une chose] Faire dans son esprit, la liaison, le rapprochement entre des êtres, des choses, des événements. J'ai cherché quel roman de l'autre siècle cela me rappelait. J'ai pensé à Chateaubriand, à cause du style (Alain-Fournier, Corresp.[avec Rivière], 1907, p.177).
Fréq. tour factitif. Faire penser à. Synon. rappeler, évoquer.Le jour s'était levé tout à fait. Le chant d'un coq me fit penser à la trahison de saint Pierre (Billy, Introïbo, 1939, p.133).La description du disparu ne vous fait pas penser à quelqu'un? (Guèvremont, Survenant, 1945, p.280):
24. Qu'on imagine une très grande femme, pâle et d'une invraisemblable maigreur, avec des traits étonnamment heurtés, un nez immense, des yeux profonds et lumineux et un menton de galoche. Elle faisait penser à la fois à Don Quichotte, à Henri IV et à Pierrot. Gyp, Souv. pte fille, 1928, p.82.
3.
a) [Le compl. d'obj. indir. désigne une pers.] Se préoccuper, s'inquiéter d'elle, lui témoigner de l'intérêt. Il ne pense jamais aux autres, pas même à ses enfants (Mauriac, Noeud vip., 1932, p.147).Tu ne pourrais pas t'arrêter, juste pour respirer un peu? Pense à José, qu'est-ce qu'il deviendrait sans toi (Triolet, Prem. accroc, 1945, p.71):
25. ... il est toujours à m'appeler: «Lucie, donne-moi un mouchoir. Lucie donne-moi de la tisane, donne-moi ci, donne-moi ça.» Il pense qu'à lui comme tous les malades... Dabit, Hôtel Nord, 1929, p.125.
b) [Le compl. d'obj. indir. désigne une chose] Synon. de faire attention (à), se soucier, se préoccuper (de).Lesable n'écoutait pas, n'entendait pas, ne pensant plus qu'à sa santé, à son existence menacée (Maupass., Contes et nouv., t.1, Hérit., 1884, p.513).Et le pavillon alors? T'as pensé aux traites? (Céline, Mort à crédit, 1936, p.544):
26. La hotte sur le dos pendant toute la froide saison il [le vigneron] remontera les terres entraînées jusqu'au pied des pentes par les pluies, et portera le fumier à ses vignes, car il faut déjà penser aux vendanges de l'année prochaine! Menon, Lecotté, Vill. Fr., 2, 1954, p.84.
Loc. et expr.
Penser à l'avenir, à demain, au lendemain. Être prévoyant. [La petite bourgeoise qui] raisonne sur tout, a peur de tout, calcule tout et pense toujours à l'avenir (Balzac, C. Birotteau, 1837, p.42).
Avoir (bien) autre chose à penser (souvent fam.). Avoir à penser à bien d'autres choses. Qui donc, dans ces temps de malheurs publics, se préoccupe de savoir s'il est profitable aux arts que l'Institut soit ou ne soit pas le maître de l'enseignement et de l'existence des artistes? On a bien autre chose à faire et à penser (Viollet-Le-Duc, Archit., 1872, p.400).Avoir trop de choses à penser. Deux couverts étaient mis dans la salle à manger. Mademoiselle avait envoyé M. Chasle déjeuner chez lui. Quant à elle, Dieu bon! Elle avait «trop de choses à penser» pour pouvoir se mettre à table (Martin du G., Thib., Mort père, 1929, p.1274).
Ne penser qu'à ça (fam.). Ne penser qu'à l'amour. Le Bois, le soir. Des fiacres de gens qui ne pensent qu'à ça (Renard, Journal, 1902, p.769).
c) [Avec compl. inf.] Synon. de avoir pour (unique) souci (de), s'occuper, prévoir (de).Tu es un gros égoïste, un homme qui ne pense qu'à boire et à manger (Erckm.-Chatr., Ami Fritz, 1864, p.6):
27. De l'autre côté de ces murs, il y a des types qui pensent nuit et jour à me descendre; et comme, moi, je ne pense pas tout le temps à me garder, ils finiront sûrement par m'avoir. Sartre, Mains sales, 1948, 4etabl., 3, p.139.
[Le suj. désigne une doctrine écon.] Le protectionnisme cherche à accroître le nombre des emplois, tandis que le libéralisme pense surtout à élever le niveau d'existence (Hist. sc., 1957, p.1604).
4. Avoir, mettre, se mettre dans l'esprit.
a)
α) Avoir présent à l'esprit (une idée, une image, un sentiment, un projet). Teissier, tout en ramassant ses papiers: Ignorance, incapacité, emportement, voilà les femmes! À quoi pense celle-là, je me le demande! (Becque, Corbeaux, 1882, ii, 3, p.111).Il rangea ses papiers et décampa, marcha au hasard. Oui, il n'avait pas pensé à cela, qu'elle attendait quelqu'un. C'était pourtant simple, mais il n'y avait pas pensé (Montherl., Célibataires, 1934, p.850):
28. Le philosophe, le physicien, le mécanicien, l'astronome, le biologiste et l'homme de la rue, en parlant du temps, ne pensent sans doute pas à la même chose. Decaux, Mesure temps, 1959, p.5.
Loc. et expr.
(Sans) penser à mal. (Sans) avoir de mauvaises intentions. Cette fille farouche et pure qui, sans penser à mal, offrait de l'argent à un homme (Guèvremont, Survenant, 1945, p.169).
Penser à autre chose. Ne pas suivre une conversation; être distrait. Synon. être ailleurs.Oui, dit la jeune fille, l'oeil fixe, pensant à autre chose (Duranty, Malh. H. Gérard, 1860, p.316).
C'est comme l'oeuf de Colomb, il fallait y penser. V. oeuf I C 4.
[Dans un propos rapporté au style dir.]
Empl. exclam., fam. [Exprime une vive dénégation face à un projet, une idée que l'on juge absurde, irréalisable] Tu n'y penses pas! Vous n'y pensez pas! Synon. vous êtes fou! vous n'êtes pas sérieux!Dêmo! Mais tu n'y penses pas, mon ami, c'et une fille des rues. On l'a pour une datte (Louys, Aphrodite, 1896, p.129).Maman, vous n'y pensez pas!... On ne peut pas la confier à un gamin comme Archambault! (Gyp, Souv. pte fille, 1928, p.241).
N'y pensez plus. Oubliez cela. Elle m'aimait, celle-là! J'ai eu tort de ne pas saisir ce bonheur... Bah! N'y pensons plus! (Flaub., Éduc. sent., t.2, 1869, p.274).
À quoi penses-tu? À quoi pensez-vous? [S'adresse gén. à une pers. qui a l'air pensive, soucieuse, préoccupée]. À quoi penses-tu, Gilbert? Le cafard? −Non, souvenirs... (Dorgelès, Croix de bois, 1919, p.113).
β) En partic.
[S'agissant gén. de l'organ. pratique de qqc.] Synon. prévoir.
Penser à tout. Ne rien laisser au hasard. Ne lui donne jamais de mou [à un vautour], parce que cet aliment, faisant éponge sur l'estomac, le ferait éclater sans le nourrir. Achète-lui du foie, de la rate et du déchet de côtelettes... Tu vois que je pense à tout (Miomandre, Écrit sur eau, 1908, p.242).
Penser à qqn (pour un poste). Considérer qu'une personne correspond au profil d'un emploi; lui réserver cet emploi. J'avais pensé à Olivier pour la direction d'une revue (Gide, Faux-monn., 1925, p.1194).
Penser à une carrière. Envisager une carrière, un métier déterminé(e). [Ta mère] n'est pas riche, elle ne t'offrira pas le luxe de deux ou trois années d'études supplémentaires (...). Tu n'as jamais pensé à l'administration? (Nizan, Conspir., 1938, p.236).
γ) [Avec compl. inf.] Ces êtres qu'on connaît si bien, ces êtres familiers et lointains, insaisissables, qui ont subitement un grain de peau, une plantation de cheveux, des ongles, une forme d'oreille, tous ces détails qu'on ne pense pas à imaginer (Triolet, Prem. accroc, 1945, p.61).Je compris que jamais elle ne penserait à me questionner, à me délivrer parce que l'idée ne l'effleurerait pas et qu'elle estimait que cela ne se faisait pas (Sagan, Bonjour tristesse, 1954, p.88).
b) Garder en mémoire. Synon. se rappeler.Le matin, par exemple, elle rappelle à son mari qu'il doit rapporter à midi un litre de pétrole et un litre d'huile. Isabelle est priée de penser au sucre, au café (Romains, Hommes bonne vol., 1932, p.61).
[Dans un propos rapporté au style dir.]
[En incise; sert à présenter une remarque, une réflexion sans rapport apparent avec le sujet de la conversation; sert à rappeler qqc. à qqn] Pendant que j'y pense... Ah/mais/tiens j'y pense... Dis-moi pendant que j'y pense, me dit Robert, mon oncle Charlus a quelque chose à te dire. Je lui ai promis que je t'enverrais chez lui demain soir (Proust, Guermantes 2, 1921, p.412).Il est parti depuis une heure et ne tardera pas à rentrer. Attendez-le... Mais, j'y pense... et votre examen? (Gide, Faux-monn., 1925, p.1213).
Tour factitif. Faire penser qqn à qqc. ou à faire qqc.Ne te tourmente pas. Il sera toujours temps de réparer ça. Fais-m'y penser cet hiver (Romains, op.cit., p.287).−Vous n'avez pas faim? −Si. Maintenant que vous m'y faites penser, j'ai grand faim, dis-je (Beauvoir, Mandarins, 1954, p.306).
[Avec compl. inf.] Penser à demander à Riesener mon étude d'arbres sur papier (Delacroix, Journal, 1854, p.207).
B. − Penser de + inf.Synon. de avoir l'idée (v. ce mot I A 3 b), envisager (de).Lorsque je vis que mon mari faisait son préparatif pour s'en aller, il me fut impossible de penser seulement de vivre sans lui (Nerval, Filles feu, Angélique, 1854, p.554).Son esprit comme son oreille sont devenus sensibles à des impressions que l'auteur n'avait jamais pensé de produire (Valéry, Variété[I], 1924, p.96).Vers neuf heures et demie, par gentillesse, je pense de lui téléphoner pour lui dire un petit bonjour (Bourdet, Sexe faible, 1931, iii, p.417).
REM. 1.
Pensailler, verbe intrans.,hapax, péj. Réfléchir sans efficacité. V. mangeailler ex. de Balzac, rem. s.v. mangeaille.
2.
Pensoir, subst. masc.,fam., le plus souvent p.iron. Lieu, pièce où l'on se retire pour penser, pour réfléchir. Les autres [parmi les Français moyens] (...) affectent une épouvante horrifiée devant les spectres maçonniques, dont ils projettent la silhouette sur les murs de leur pensoir (L'OEuvre, 18 févr. 1941).Il ne reçut point de pension. Il s'évertua une dernière fois, à sa manière, sans bouger de sa retraite et de son pensoir (Guéhenno, Jean-Jacques, 1948, p.121).
Prononc. et Orth.: [pɑ ̃se], (il) pense [pɑ ̃:s]. Homon. panser, (la) panse. Att. ds Ac. dep.1694. Étymol. et Hist.1. a) Fin xes. «réfléchir, concentrer son esprit sur quelque chose» (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 55); b) fin xes. «estimer, imaginer» (ibid., 339); c) ca 1220 penser qqc. «avoir dans l'esprit (quelque chose)» (Barlaam et Josaphat, éd. C. Appel, 5623); d) 1534 penser come enfant (J. Lefèvre d'Etaples, trad. Bible, I Cor. 13, 11); 2. fin xies. soi penser qqc. «songer à» (Roland, éd. J. Bédier, 355); 3. a) déb. xiies. pensez de (+ verbe) «périphrase équivalent à l'impératif de l'infinitif substantivé» (Benedeit, St Brendan, éd. E. G. R. Waters, 398); b) ca 1160 penser d'aucun «évoquer mentalement quelqu'un, se le représenter par la mémoire ou l'imagination» (Eneas, éd. J.-J. Salverda de Grave, 1223); ca 1165 penser à aucun «attacher sa pensée à quelqu'un qu'on aime» (Troie, 17621 ds T.-L.); c) 1160-74 penser de (+ inf.) «se mettre à, tâcher de» (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, III, 10814); ca 1165 penser de (+ inf.) «id.» (Troie, 10078 ds T.-L.); d) ca 1200 penser à «songer à, se souvenir de, réfléchir à» (Poème moral, 161a, ibid.); ca 1274 penser à (qqc.) «avoir dans l'esprit» (Adenet Le Roi, Berte, éd. A. Henry, 2723); 1306 penser à «ne pas oublier» (Joinville, éd. N. L. Corbett, § 419); e) 1306 penser à faire qqc. «avoir l'intention de» (ibid., § 612); f) 1636 penser à «pourvoir à» (Monet); 1762 penser à tout pour qqn (Rousseau, Émile, II ds OEuvres, éd. B. Gagnebin et M. Raymond, t.4, p.360); 4. a) 1155 penser que «être d'avis que» (Wace, Brut, éd. I. Arnold, 263); b) ca 1160 penser «être absorbé par un souci, par des pensées accablantes» (Éneas, éd. citée, 2221); c) ca 1160 penser «concevoir un projet» (ibid., 1692); d) ca 1165 penser (+ inf.) «croire» (Troie, 29997 ds T.-L.); e) ca 1170 mal penser d'aucun «avoir mauvaise opinion de, concevoir un soupçon» (Beroul, Tristan, éd. E. Muret4, 110); 1863 penser du bien de qqn (Fromentin, loc. cit.); f) ca 1200 penser (+ inf.) «avoir l'intention de» (Hist. Joseph, 299 ds T.-L.); g) 1377 n'en penser pas mains (Gace de La Buigne, Roman des deduis, éd. Å. Blomqvist, 144); h) ca 1393 penser à mal «avoir une mauvaise intention» (Ménagier, éd. G. E. Brereton et J. M. Ferrier, I, VI, p.78); xves. penser mal «songer à faire du mal» (Isopet III de Paris, éd. J. Bastin, t.2, p.401); i) 1798 penser tout haut (Ac., s.v. haut); j) 1823 bien penser «avoir en politique des opinions conformes aux principes convenus» (Courier, loc. cit.); k) 1935 pensez-vous? «expression ironique et familière pour dire qu'on ne croit pas que les paroles de l'interlocuteur soient à prendre au sérieux» (Ac.). Forme sav. issue du lat. pensare «peser, apprécier, évaluer» et, prob., à basse époque, «penser», fréquent. de pendere «peser, réfléchir». V. aussi panser et peser. Pour l'évolution de la concurrence entre les verbes exprimant l'idée de penser, v. en partic. A. Greive, Rêver, songer, penser im Französischen Synchronie, Diachronie und Geistesgeschichte ds Rom. Forsch. t.85, pp.486-500. Fréq. abs. littér. Penser, v. penser2. Pensé: 4464. Fréq. rel. littér. Penser, v. penser2. Pensé: xixes.: a) 5342, b) 4501; xxes.: a) 5555, b) 8674.
DÉR.
Pensement, subst. masc.,vx. Action de penser de quelque chose; résultat de cette action. Mais jusqu'à ces temps derniers, ce pensement avait été son plaisir et sa consolation (Sand, Fr. le Champi, 1848, p.232).Le pauvre homme suivit les archers en gros pensement et souci, car sa femme était sur l'heure d'accoucher (Tharaud, Chron. frères enn., 1929, p.22). [pɑ ̃smɑ ̃]. 1reattest. 1188 (Florimont, 8397, 8450, etc. ds T.-L.); de penser1, suff. -ment1*.
BBG.Berlin (M.I.). Rech. sur l'évolution de la concurrence entre les verbes exprimant l'idée de penser: du 11eau 16es. In: Mém. de l'Inst. Herzen .Leningrad. 1958, t.127, pp.5-98. _Brademann (K.). Die Bezeichnung für den Begriff des «Erinnerns» im Alt.- und Mittelfrz. Tübingen, 1979, pp.293-296. _Darm. Vie 1932, p.53, 66, 110. _Gohin 1903, p.236 (s.v. pensé). _Ieremia (E.). Essai d'analyse sémique. B. de la Société roum. de ling. rom. 1974, t.10, pp.23-35. _Ioppich-Hagemann (U.). Frz. songer und soigner, soin, besoin. Rom. Forsch. 1978, t.90, pp.35-36, 44-45. _Lavis (G.). La Concurrence entre penser, cuidier, croire chez Chrétien de Troyes. In: [Mél. Delbouille (M.)]. Marche rom. 1973, nospéc., pp.147-168; Rem. sur les valeurs syntactico-sém. des verbes anc. fr. penser, cuidier, croire suivis d'un inf. ou d'un subst. obj. dir. CONGRÈS INTERNAT. DE LING. ET PHILOL. ROM. 14. 1974. Naples, 1977, t.4, pp.467-487. _Mihailescu-Urechia (V.), Urechia (A.). Phénomènes inconnus de la lang. Orbis. 1971, t.20, p.11, 14, 15. _Morrissey (R.). Vers un topos littér. Mod. Philol. 1980, t.77, pp.261-290. _Penser, classer. Le Genre hum. 1981, no2, 128 p. _Quem. DDL t.4, 17, 20. _Shirt (D.I.). Les Verba cogitandi ds les constr. interr. en anc. fr. R. Ling. rom. 1975, t.39, pp.351-380. _Sckommodau (H.). Das Frühe neufrz. Wort- und Begriffsfeld des Denkens. Z. fr. Spr. Lit. 1978, t.88, pp.313-325. _Sutherland (D.R.). The Love mediation in courtly lit.In: [Mél. Ewert (A.)]. Oxford, 1961, pp.186-192.

PENSER2, subst. masc.

A. − Au sing.
1.
a) Faculté de penser. Synon. pensée1(v. ce mot I B).Au delà du penser, du sentir et de l'agir il y a l'être qui pense, qui sent et qui veut; et c'est jusqu'à lui qu'il faut remonter pour comprendre ses multiples réactions, intellectuelles ou sensibles (Lacroix, Marxisme, existent., personn., 1949, p.103):
1. Quelle image du monde M. France a-t-il donc tirée de la curiosité qui le poussa vers toutes les formes du penser humain, et d'où vient qu'il se sente si mal parmi les hommes? Massis, Jugements, 1923, p.154.
b) Synon. vieilli ou région. de esprit, imagination, mémoire.Votre génie est grand, Ami; votre penser Monte, comme Élisée, au char vivant d'Élie (Sainte-Beuve, Consol., 1830, p.294).Allons! se dit-il (...) Madeleine Blanchet est là dans ton penser pour te dire: Garde-toi d'être oublieux, et songe à ce que j'ai fait pour toi (Sand, Fr. le Champi, 1848, p.117).
2. Action de penser à quelque chose; résultat de cette action. Synon. idée, pensée.Le temps m'appelle: il faut finir ces vers À ce penser défaillit mon courage (Chateaubr., Mél. et poés., Adieux, 1828, p.323):
2. Au seul penser d'affronter en chaire un public aussi raffiné que le nôtre, il a paru si malheureux que je n'ose le contraindre, et continue de mettre à la torture ma pauvre gorge. Bernanos, Soleil Satan, 1926, p.120.
B. − Au sing. et au plur.
1. [Le plus souvent avec déterminatif de qualité] Manière de penser propre à une personne ou à un groupe de personnes. Le Dante reçut de la nature une manière de penser profonde; Pétrarque un penser agréable; Bojaldo et l'Arioste une tête à imagination; le Tasse un penser plein de noblesse (Stendhal, Haydn, Mozart et Métastase, 1817, p.296).Ce penser silencieux qui refroidit l'homme et surcharge sa faiblesse (Senancour, Obermann, t.2, 1840, p.217).Notre pays, comme obnubilé par les pensers anatomiques, a trop longtemps méconnu cette orientation nouvelle qui prenait essor en Amérique, en Allemagne, en Russie (Ce que la Fr. a apporté à la méd., 1946, p.159).
2. Lang. littér. et poét. Représentation mentale. Synon. idée, pensée1(v. ce mot III B).Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques (Chénier, Invention, 1794, p.18).Un penser d'amour et de haine Pourtant vous hante et vous fatigue (Verlaine, OEuvres compl., t.3, Dédic., 1890, p.174).[Les arbres du bois de la Cambre] portaient aux vastes pensers (L. Daudet, Rech. beau, 1932, p.66):
3. ... les syllabes qui se liaient sur les murs de cet atelier, cherchant un sens, s'attachaient à toutes les bribes de langues anciennes ou modernes qui me restaient de mes études, pour brûler en pensers bizarres. Butor, Passage Milan, 1954, p.115.
Loc., au plur. (Être) tout entier à ses pensers. V. pensée1III B 2 a.Il s'asseyait contre un arbre, les coudes sur les genoux et le front dans les mains, tout entier à ses pensers, à ses souvenirs (Sainte-Beuve, Vie et pens. J. Delorme, 1829, p.7).
Prononc. et Orth.: [pɑ ̃se]. Homon. panser. Att. ds Ac. dep.1694. Étymol. et Hist. 1remoit. xiies. «pensée» (Lapidaires anglo-norm., éd. P. Studer et J. Evans, I, 346, p.41). Empl. subst. de penser1*.
STAT.Penser1 et 2. Fréq. abs. littér.: 43390 (pensers: 141). Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 46021, b) 50369; xxes.: a) 58014, b) 83397. Bbg. Darm. Vie 1932, p.194.

Wiktionnaire

Verbe

penser \pɑ̃.se\ intransitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Exercer l’activité de l’esprit ; accomplir quelque opération de l’intelligence ; concevoir ; imaginer ; réfléchir.
    • Je suis incapable de rassembler deux idées ; votre vue m’a ébloui. Je ne pense plus, j’admire. — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, volume I, chapitre IV)
    • Vous n’êtes pas venu ici pour penser, mais pour faire les gestes qu’on vous commandera d’exécuter… Nous n’avons pas besoin d’imaginatifs dans notre usine. C’est de chimpanzés dont nous avons besoin… — (Louis-Ferdinand Céline [Louis Ferdinand Destouches], Voyage au bout de la nuit, Denoël et Steele, Paris, 1932)
    • Ma tâche vise davantage à leur enseigner comment penser et non que penser. J’espère ainsi que lorsqu’ils auront appris à penser, mes élèves pourront réfléchir par eux-mêmes plutôt que de laisser les autres le faire à leur place. — (David E. Walker, La pauvreté de la foi, dans Le Québec sceptique, n°21, p.32, hiver 1992)
  2. Croire.
    • Il ne dit rien qu’il ne pense.
    • Dites librement ce que vous pensez.
    • J’espère qu’il ne pense pas ce qu’il dit.
    • Que pensez-vous de cet homme ?
    • C’est un homme qui pense toujours mal des autres.
    • Je ne pense de cette affaire ni bien ni mal.
    • La chose n’est pas si facile qu’on le pense.
    • Il pense être plus habile que les autres.
    • Il ne pensait pas être observé.
    • Vous n’en êtes pas où vous pensez.
    • Je pensais qu’il était de vos amis.
    • Je ne pensais pas que vous vous méprendriez sur le sens de mes paroles.
    • Je pense comme vous.
    • Je pensai que j'avais été trop aimable ou familière avec Adam Johnson et je rédigeai un texte froid et distant: [...]. — (Amélie Nothomb, Stupeur et tremblements, Éditions Albin Michel S.A., 1999, p. 11)
  3. Estimer.
    • Il y a, je pense, dix kilomètres de chez vous chez moi.
    • J’irai vous voir demain, je pense.
    • Pensez-vous ? c’est-à-dire Vous ne dites pas sérieusement ce que vous dites, vous ne le croyez pas véritablement.
  4. Avoir une opinion.
    • Cette feuille ne craignait pas de dire ce qu'elle pensait, même aux personnages les plus hauts placés. Dans le n° 29 du 30 juin 1793, elle jugeait vertement le général Alexandre Beauharnais , qui venait d'être nommé ministre de la Guerre. — (Fernand Mitton, La Presse française, vol.2 : sous la Révolution, le Consulat, l'Empire, Paris : chez Guy Le Prat, 1945, page 172)
    • Bien penser, mal penser, avoir en morale, en religion, en politique, des opinions conformes à la vérité ou à ce qu’on croit la vérité.
    • Façon de penser, opinion, jugement sur quelque chose.
    • Voilà ma façon de penser.
    • Faites- moi connaître votre façon de penser.
    • Il a sur tout cela une façon de penser singulière.
  5. Avoir des tendances intellectuelles, des préférences d’esprit et de goût.
    • Penser finement, noblement, singulièrement, hardiment.
    • Penser avec justesse.
    • Penser juste.
  6. Avoir dans l’esprit.
    • C’est un homme qui ne dit jamais ce qu’il pense.
    • Il pense beaucoup de choses qu’il ne dit pas.
    • penser tout haut
  7. Avoir présent à l’esprit ; avoir le cœur occupé de.
    • À quoi pensez-vous ?
    • Pensez à moi.
    • Il ne pense qu’à celle qu’il aime.
  8. Se souvenir.
    • Mais ne nous voilons pas la face : Rebaudengo était une fripouille et, si je pense à tout ce que j'ai fait après, j'ai l'impression de n'avoir fait des fripouilleries qu'à des fripouilles. — (Umberto Eco, Le cimetière de Prague, traduit de l'italien par Jean-Noël Schifano, éd. Grasset, 2011, chap. 6)
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)
  9. Prévoir et pourvoir.
    • Le mal vient sans qu’on y pense.
    • Il nous a reçus admirablement, il a pensé à tout.
  10. Vouloir, former un dessein, avoir une intention.
    • À quoi pensez-vous de vous conduire ainsi ?
    • Je suis trop de vos amis pour avoir pensé à vous nuire.
    • Je pensais à aller vous voir hier ou
    • Je pensais aller vous voir.
    • Que pensez-vous faire ?
    • Penser à mal, Avoir quelque mauvaise intention.
    • Faire ou dire une chose sans penser à mal.
  11. Être sur le point de ; faillir.
    • J’ai pensé mourir.
    • Note : Cette acception n’est évidemment légitime que si le sujet du verbe penser est un être pensant, en situation d’avoir pensé que l’action ou l’état indiqué par le verbe-complément a été sur le point de se produire. Si ce n’est pas le cas, c’est un emploi barbare, mais courant autrefois :
    • Le lendemain pensa nous être funeste. — (Marquise Donnissan de Larochejaquelein, Mémoires, chapitre II ; Éditions L.-G. Michaud, Paris, quatrième édition, 1817, page 33)

Nom commun

penser \pɑ̃.se\ masculin

  1. (Vieilli) Opération consciente de la pensée ; pensée.
    • Mais à d’autres pensers il me faut recourir :
      Il n’est plus temps d’aimer alors qu’il faut mourir.
      — (Pierre Corneille, Héraclius, acte Ier, scène 4)
    • L’évocation de votre bouche me trouble au point qu’elle interrompt mes pensers et sais à peine ce que j’écris. — (Guillaume Apollinaire, lettre à Madeleine Pagès du 25 août 1915)
    • Se pourrait-il que lui, prêtre, pasteur d’âmes, s’oubliât à proférer des paroles imprudentes, des mots qui pourraient choquer ces oreilles innocentes, éveiller des pensers mauvais, […]. — (Louis Pergaud, Le Sermon difficile, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PENSER. v. intr.
Exercer l'activité de l'esprit, accomplir quelque opération de l'intelligence, concevoir, imaginer, réfléchir. " Je pense, donc je suis ", a dit Descartes. Absolument, Penser est le privilège de la nature humaine. C'est un homme qui pense beaucoup. Il ne dit rien sans y avoir pensé. Pensez-y mûrement. Il a fait cela sans y penser. Laissez-moi le temps, j'y penserai.

PENSER signifie, transitivement, Croire. Il ne dit rien qu'il ne pense. Dites librement ce que vous pensez. J'espère qu'il ne pense pas ce qu'il dit. Que pensez-vous de cet homme? C'est un homme qui pense toujours mal des autres. On pense sur lui bien des choses fâcheuses. Je dis les choses comme je les pense. Je pense cela comme vous. Je sais ce que je dois en penser; je sais ou je ne sais pas qu'en penser. Je ne pense de lui que du bien. Je ne pense de cette affaire ni bien ni mal. La chose n'est pas si facile qu'on le pense. Il pense être plus habile que les autres. Il ne pensait pas être observé. Vous n'en êtes pas où vous pensez. Je pensais qu'il était de vos amis. Je ne pensais pas que vous vous méprendriez sur le sens de mes paroles. Absolument, Je pense comme vous. Il y a, je pense, dix kilomètres de chez vous chez moi. J'irai vous voir demain, je pense. Ironiquement et familièrement, Pensez-vous? c'est-à-dire Vous ne dites pas sérieusement ce que vous dites, vous ne le croyez pas véritablement. À ce que je pense, Voilà ma façon de penser, voilà mon opinion. Prov., Honni soit qui mal y pense, Il ne faut pas interpréter en mal ce qui peut être innocent.

PENSER, dans le sens d'Avoir une opinion, s'emploie couramment avec un adverbe qualificatif. Bien penser, mal penser, Avoir en morale, en religion, en politique, des opinions conformes à la vérité ou à ce qu'on croit la vérité. Façon de penser, Opinion, jugement sur quelque chose. Voilà ma façon de penser. Faites-moi connaître votre façon de penser. Il a sur tout cela une façon de penser singulière.

PENSER signifie aussi Avoir des tendances intellectuelles, des préférences d'esprit et de goût. Penser finement, noblement, singulièrement, hardiment. Penser avec justesse. Penser juste. Il se dit encore transitivement pour Avoir dans l'esprit. C'est un homme qui ne dit jamais ce qu'il pense. Il pense beaucoup de choses qu'il ne dit pas. Penser tout haut, Faire connaître avec franchise, sans détour, sans réserve, ce qu'on a dans l'esprit.

PENSER, intransitif, signifie Avoir présent à l'esprit, avoir le cœur occupé de. À quoi pensez-vous? Pensez à moi. Il ne pense qu'à celle qu'il aime. Il signifie également Se souvenir. Je voulais vous apporter ce livre, je n'y ai plus pensé. Soyez sûr que je penserai à vous. Il signifie encore Prévoir et pourvoir. Le mal vient sans qu'on y pense. Il nous a reçus admirablement, il a pensé à tout.

PENSER a aussi le sens de Vouloir, de former un dessein, d'avoir une intention. À quoi pensez-vous de vous conduire ainsi? Je suis trop de vos amis pour avoir pensé à vous nuire. Je pensais à aller vous voir hier ou Je pensais aller vous voir. Que pensez-vous faire? Penser à mal, Avoir quelque mauvaise intention. Faire ou dire une chose sans penser à mal.

PENSER signifie encore Être sur le point de, faillir. J'ai pensé mourir. Le participe passé s'emploie adjectivement et signifie Qui est imaginé, conçu. Chose bien pensée. Cela n'est pas trop mal pensé. Ouvrage bien pensé, Ouvrage bien conçu, dont les idées sont justes et ordonnées convenablement. Cet ouvrage est aussi bien pensé que bien écrit.

Littré (1872-1877)

PENSER (pan-sé) v. a.
  • 1Trouver en réfléchissant, imaginer, combiner (ce qui est le sens le plus voisin du latin pensare, peser, méditer). J'ai pensé une chose qui vous tirera d'affaire. Entendre vos raisons, qui se rapportent fort à celles qu'on a déjà pensées, Sévigné, 17 mai 1680. Ne puis-je pas penser après eux [Horace et Boileau] une chose vraie, et que d'autres encore penseront après moi ? La Bruyère, I. Celui qui taille des colonnes, ou qui élève un côté d'un bâtiment, n'est qu'un maçon ; mais celui qui a pensé tout l'édifice, et qui en a toutes les proportions dans sa tête, est le seul architecte, Fénelon, Télémaque, XXII.

    S'imaginer. Pensez la joie qu'auront nos femmes, Vaugelas, Q. C. 301. Quant au surplus, je le laisse à penser, La Fontaine, Rich. Je laisse à penser la vie Que firent ces deux amis, La Fontaine, Fabl. I, 9. Des circonstances que vous n'aviez pas même pensées, Massillon, Carême, Pardon des offenses.

  • 2Avoir dans l'esprit. Enfin, que ne pense-t-on point quand on pense toujours, avec beaucoup de silence et de loisir ? Sévigné, 11 mai 1680. La liberté qu'on se donne de penser tout ce qu'on veut [en fait de religion], fait qu'on croit respirer un air nouveau, Bossuet, Anne de Gonz. Ils croiraient s'abaisser dans leurs vers monstrueux, S'ils pensaient ce qu'un autre a pu penser comme eux, Boileau, Art p. I. Combien tout ce qu'on dit est loin de ce qu'on pense ! Racine, Brit. v, 1. Il est beau d'écrire ce qu'on pense ; c'est le privilége de l'homme ; dans toute notre Italie on n'écrit que ce qu'on ne pense pas ; ceux qui habitent la patrie des Césars et des Antonins n'osent avoir une idée sans la permission d'un jacobin, Voltaire, Cand. 25. On ne dit pas tout ce qu'on pense, et on ne crie pas tout ce qu'on dit, Delavigne, D. Juan, III, 7.
  • 3Dans le style philosophique. Penser une chose, en faire une pensée, une idée. Je pense les choses telles qu'elles sont, et elles se trouvent conformes à ma pensée, car elles sont comme je les pense, Bossuet, Connaiss. IV, 8. Les âmes des hommes que l'Eternel créa par sa seconde idée après avoir pensé les anges, Chateaubriand, Natch. liv. IV.

    Dans un style élevé et hardi, penser des pensées, entretenir certaines pensées. Nous savons qu'elle [la reine régente] a toujours imité Dieu, dont elle porte sur le front le caractère ; elle a toujours pensé des pensées de paix, Bossuet, 1er sermon, Démons, 3.

  • 4Croire, juger. Je pense mes raisons meilleures que les vôtres. Je ne sais qu'en penser. Il est difficile d'en penser du bien. Je n'en pense ni bien ni mal. Car, soit que je vous pense ingrate ou secourable, Régnier, Élég. I. Nous apprendrons ce que nous devons penser de nos afflictions, Massillon, Avent, Afflict. Que pensez-vous qu'il m'en a coûté pour le mettre dans l'état où il est ? Rousseau, Hél. IV, 11.

    Ne pas savoir que penser d'une personne, d'une chose, ne pas pouvoir s'en former une opinion. Il y en a un assez grand nombre qui ne savent qu'en penser et qui décideraient volontiers la question à croix ou pile, Diderot, Pens. phil. 22.

    À ce que je pense, suivant mon idée.

  • 5 V. n. Exercer son esprit en combinant des idées. …Les Anglais pensent profondément ; Leur esprit, en cela, suit leur tempérament ; Creusant dans les sujets et forts d'expériences, Ils étendent partout l'empire des sciences, La Fontaine, Fabl. XII, 23. Ils [les compilateurs] ne pensent point : ils disent ce que les auteurs ont pensé, La Bruyère, I. Quiconque a le loisir de penser, ne voit rien de mieux à faire que d'être vertueux, Fontenelle, Homberg. C'est par cette lâche habitude de n'oser penser par eux-mêmes, et de puiser leurs idées dans les débris des temps où l'on ne pensait pas, que dans la ville des plaisirs [Paris] il était encore des mœurs atroces, Voltaire, Princ. de Babyl. 10. Citer la pensée des vieux auteurs qui ont dit le pour et le contre, ce n'est pas penser, Voltaire, Dial. XXIV, 1er entretien. Quiconque pense fait penser, Voltaire, Frag. sur l'hist. XXIX. Penser et laisser penser, c'est la consolation de nos faibles esprits dans cette courte vie, Voltaire, Dict. phil. âme. Il me choisit pour l'aider à penser ; Trois mois entiers ensemble nous pensâmes, Lûmes beaucoup et rien n'imaginâmes, Voltaire, le Pauvre diable. L'esprit une fois en effervescence y reste toujours, et quiconque a pensé, pensera toute sa vie, Rousseau, Lett. à Mlle D. M. Corresp. t. I, p. 122, dans POUGENS. L'homme pense, et dès lors il est maître des êtres qui ne pensent pas, Buffon, Anim. domest. Un homme qui pense ne se contente pas de recueillir des faits ; il cherche à les lier entre eux, Sennebier, Art. d'observ. dans POUGENS. Sans penser, écrivant d'après d'autres qui pensent, Chénier, l'Invention.
  • 6Former en son esprit des pensées, des idées. Je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi qui le pensais fusse quelque chose ; et, remarquant que cette vérité : je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée, que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n'étaient pas capables de l'ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir sans scrupule pour le premier principe de la philosophie que je cherchais, Descartes, Méth. IV, 1. Il disait que nous ne pouvions avoir d'idées que de ce qui avait passé par nos sens ; mon fils disait que nous pensions indépendamment de nos sens : par exemple, nous pensons que nous pensons, Sévigné, 25 sept. 1680. La difficulté consiste moins à deviner comment la matière pourrait penser, qu'à deviner comment une substance quelconque pense, Voltaire, Dict. phil. âme. Ils ont pensé avant de chercher comment on pense ; il fallait même qu'il s'écoulât des siècles pour faire soupçonner que la pensée peut être assujettie à des lois ; et aujourd'hui le plus grand nombre pense encore sans former de pareils soupçons, Condillac, Log. obj. de cet ouv. Donner son attention, se ressouvenir, imaginer, comparer, juger, réfléchir, sont des manières de penser qui appartiennent à l'entendement, Condillac, Tr. anim. II, 10.

    Penser finement, noblement, avoir des pensées fines, nobles.

    Penser subtilement, avoir des pensées subtiles. [De deux écrivains qui ont blâmé Montaigne] l'un ne pensait pas assez pour goûter un auteur qui pense beaucoup ; l'autre pense trop subtilement pour s'accommoder des pensées qui sont naturelles, La Bruyère, I.

  • 7Croire, juger. Le plus âne des trois n'est pas celui qu'on pense, La Fontaine, Fabl. III, 1. Le péril est pressant plus que vous ne pensez, Racine, Mithr. I, 5.

    Vous n'en êtes pas où vous pensez, c'est-à-dire vous vous mécomptez grandement. Je le ferai connaître, Et vous montrerai bien… Qu'on n'est pas où l'on pense en me faisant injure, Molière, Tart. IV, 7.

  • 8Avoir telle ou telle opinion, manière de voir. Nos caractères se ressemblent, il pense comme moi, Marivaux, l'Épreuve, SC. 8. Si César et Pompée avaient pensé comme Caton, d'autres auraient pensé comme firent César et Pompée, Montesquieu, Rom. 11. Arbitre des humains, daigne veiller sur eux [mes enfants] ; Qu'ils pensent comme moi, mais qu'ils soient plus heureux, Voltaire, Mahomet, IV, 4.

    Liberté de penser, la liberté de professer les opinions que l'on croit bonnes.

    Façon de penser, opinion, jugement.

    Familièrement. Dire à quelqu'un sa façon de penser, lui exprimer sans ménagement ce qu'on pense, lui faire des reproches, des remontrances.

    Penser tout haut, faire connaître sans réticence ce qu'on a dans l'esprit, ne pas se gêner pour exprimer son opinion.

    Penser bien, mal de, avoir bonne, mauvaise opinion de. Penser trop bien de soi, fait tomber tous les jours En des égarements étranges, Deshoulières, Réflexions diverses. L'homme, de sa nature, pense hautement et superbement de lui-même, et ne pense ainsi que de lui-même, La Bruyère, XI. Tous mes malheurs me viennent d'avoir trop bien pensé des hommes, Rousseau, Lett. à M. Gingins de M. Corresp. t. I, p. 14, dans POUGENS.

    Bien penser, mal penser, avoir en religion, en morale, en politique des sentiments conformes ou contraires aux véritables principes. Travaillons à bien penser ; voilà le principe de la morale, Pascal, Pens. I, 6, éd. HAVET.

    Particulièrement. Penser bien, avoir des opinions réputées orthodoxes ou favorables à l'ordre établi ; penser mal, avoir des opinions contraires.

  • 9Réfléchir. Franchement, des plaisirs, des biens de cette sorte Ne sont pas, quand on pense, une chaîne bien forte, Gresset, le Méch. II, 3.

    Il y a beaucoup à penser, c'est une affaire qui exige attention, précaution. Comme il y a beaucoup à penser, je pense beaucoup aussi, et par malheur bien inutilement, Sévigné, 22 sept. 1687.

    Donner à penser, faire réfléchir, faire rentrer en soi-même. Cette petite chapelle… qui a soixante-trois toises de longueur, donne bien à penser à notre chapitre, qui croyait être un des plus beaux de France, Sévigné, 14 oct. 1694.

  • 10Raisonner. Il faut chercher seulement à penser et à parler juste, La Bruyère, I. Dans la première partie de cet ouvrage, nous avons expliqué la génération des idées ; dans la seconde, nous avons fait voir comment on doit conduire son esprit : c'est tout ce que renferme l'art de penser, Condillac, Art de pens. II, 7.
  • 11Penser suivi, sans préposition, d'un verbe à l'infinitif, avoir une idée, une opinion dans l'esprit. Pardonnez-moi, grands dieux, si je me suis trompée, Quand j'ai pensé chérir un neveu de Pompée, Corneille, Cinna, III, 4. Nous pensions partir aujourd'hui, ma chère fille, mais ce ne sera que demain, Sévigné, 644. Il poursuit son dessein parricide ; Mais il pense proscrire un prince sans appui, Racine, Baj. IV, 3.

    S'imaginer. Et je pense avoir même entendu quelques voix Nous crier qu'on apprît à dédaigner les rois, Corneille, Suréna, v, 5. Qui pensera demeurer neutre…, Pascal, Pens. VIII, 1, éd. HAVET. Pensent-ils [les libertins, les esprits forts] avoir mieux vu les difficultés à cause qu'ils y succombent, et que les autres qui les ont vues les ont méprisées ? Bossuet, Anne de Gonz. Un discours trop sincère aisément nous outrage : Chacun dans ce miroir pense voir son visage, Boileau, Sat. VII. On pense voir des fruits, des fleurs fraîches écloses, Et boire le nectar dans un bouquet de roses, Delille, Trois règ. IV.

    Espérer, se flatter. Armons-nous de courage, et nous ferons trembler Ceux dont les lâchetés pensent nous accabler, Corneille, Nicom. I, 1. Verville retourna souper avec le seigneur du bourg, vieil homme son parent, et dont il pensait hériter, Scarron, Rom. com. II, 12. Comme un enfant penses-tu me traiter ? La Fontaine, Rich. Il pense voir en pleurs dissiper cet orage, Racine, Andr. V, 1.

    En ce sens il se construit aussi avec que. Qui eût pu seulement penser que les années eussent dû manquer à une jeunesse qui semblait si vive ? Bossuet, Duchesse d'Orléans. Pensant qu'au moins le vin dût réparer le reste, Boileau, Sat. III. Pensons que, comme nous soupirons présentement pour la florissante jeunesse qui n'est plus… la caducité suivra, qui nous fera regretter l'âge viril…, La Bruyère, XI.

  • 12Penser suivi de à, avec un substantif ou un verbe, réfléchir à, songer à, se souvenir de. Et sans penser aux biens où le vulgaire pense, Régnier, Sat. v. Par un prompt sacrifice expiez tous vos crimes ; Et surtout pensez bien au choix de vos victimes, Corneille, Pomp. III, 11. Quand nous voulons penser à Dieu, n'y a-t-il rien qui nous détourne, nous tente de penser ailleurs ? Pascal, Pens. XXIV, 55. On me mande qu'il quitte tout pour penser à sa santé, Sévigné, 557. Un voyage tranquille devient tout à coup une expédition redoutable à ses ennemis [de Louis XIV] ; Gand tombe avant qu'on pense à le munir, Bossuet, Mar.-Thér. Ce remède si simple et auquel il eût été si naturel de ne pas penser, produisit une parfaite et prompte guérison, presque miraculeuse, Fontenelle, Chirac. À quoi voulez-vous qu'il [l'enfant] pense, quand vous pensez à tout pour lui ? Rousseau, Ém. II. Puisque je ne puis oublier cet infortuné, j'aime mieux en causer avec toi que d'y penser toute seule, Rousseau, Hél. IV, 1. Que vous dirais-je ? je restai respirant à peine, tout mon corps froid comme marbre… Dieu ! quand j'y pense encore ! Courier, Lettr. 1er nov. 1807.

    Sans y penser, naturellement, sans effort. Elle ravit sans y penser : que fait-elle lorsqu'elle y pense ? La Fontaine, Lett. XX.

    Pensez à moi, voy. MYOSOTIS.

    On a dit penser de. Pensez de vous résoudre à soulager ma peine, Malherbe, V, 29. Si j'étais en lieu… de vous donner des conseils, je vous donnerais celui de ne pas penser présentement d'aller à Grignan, Sévigné, 22 déc. 1675.

    Voiture a dit penser en. Le reste du temps je l'employai à penser en madame votre mère et vous, Voiture, Lett. 128.

    Avoir en vue, avoir dessein. Caliste, où pensez-vous ? qu'avez-vous entrepris ? Malherbe, V, 13. Ils croient être convertis, dès qu'ils pensent à se convertir, Pascal, Pens. div. 170, édit. FAUGÈRE. M. Colbert, qui ne pense qu'à ses finances, et presque jamais à la religion, Maintenon, Lett. à Mme de St-Géran, 24 août 1681. Un homme de cœur pense à remplir ses devoirs, à peu près comme le couvreur pense à couvrir : ni l'un ni l'autre ne cherchent à exposer leur vie, ni ne sont détournés par le péril, La Bruyère, II. L'astronome pense aux astres, le physicien pense à la nature, et le philosophe pense à soi, Fontenelle, Dial. 4, Morts anc.

    Penser à mal, avoir quelque mauvaise intention.

    Faire ou dire une chose sans penser à mal, la faire, la dire sans mauvaise intention.

    Ne pas se risquer à. Et s'il était ici, peut-être en sa présence Vous penseriez deux fois à lui faire une offense, Corneille, Nicom. I, 2.

    Prendre garde. Vous avez des ennemis, pensez à vous.

    Aspirer. Et moi, par un bonheur où je n'osais penser…, Racine, Théb. IV, 3.

    Penser à une personne, s'en occuper en idée d'amour, de mariage. Comment, avec un extérieur si peu fait pour plaire, pouvait-il penser à ma sœur ? Genlis, Théâtre d'éducation, la Bonne mère, III, 2.

  • 13Être sur le point de, en parlant des personnes et des choses. Ce chien, voyant sa proie en l'eau représentée, La quitta pour l'image, et pensa se noyer, La Fontaine, Fabl. VI, 17. Mon tailleur m'a envoyé des bas de soie que j'ai pensé ne mettre jamais, Molière, Bourg. gent. I, 2. Ma fille a pensé être mariée ; cela s'est rompu, je ne sais pourquoi, Sévigné, à Bussy, 6 juin 1668. Mme de Vins est encore ici, les autres à Pompone ; leur hôtel de Paris a pensé brûler, Sévigné, 5 janv. 1680. Madame la Dauphine ne put tenir plus longtemps les éclats de rire [à une scène plaisante]… la majesté du roi en pensa être ébranlée, Sévigné, 3 janv. 1689. Ce fut là [auprès de Turenne mort] où M. de Lorges, M. de Roye… pensèrent mourir de douleur, Sévigné, 28 août 1675. [Luther] dans la première jeunesse, effrayé d'un coup de tonnerre dont il avait pensé périr, Bossuet, Var. v, 1. C'était à elle [la princesse Sophie] à qui elle [Madame] écrivait ces lettres si étranges que le roi vit et qui la pensèrent perdre à la mort de Monsieur, Saint-Simon, 357, 215.

    Impersonnellement. M. Bianchini ne manqua pas de sentir toute la joie d'un antiquaire et de se livrer à sa curiosité ; il pensa lui en coûter la vie ; il allait tomber de quarante pieds de haut dans ces ruines, Fontenelle, Bianchini. Il pensa bien y avoir en Orient à peu près la même révolution qui arriva, il y a environ deux siècles, en Occident, Montesquieu, Rom. 22.

    Au sens d'être sur le point, penser se construit sans préposition, avec le verbe à l'infinitif ; Mme de Sévigné a péché contre cet usage : Nous y vîmes… un chat qui voulut arracher les deux yeux de Mme de la Fayette, et pensa bien d'en passer son envie, Sévigné, 15 mai 1671.

  • 14Se penser, v. réfl. Croire de soi, sur son compte. Qu'ils sachent que toutes les autres choses dont ils se pensent peut-être plus assurés, comme d'avoir un corps, sont moins certaines [que la notion de Dieu], Descartes, Méth. IV, 7. Je ne me pensais pas si fort dans sa mémoire, Corneille, la Veuve, v, 3. Des enfants qui se pensent libres, lorsqu'échappés de la maison paternelle, ils courent sans savoir où ils vont, Bossuet, Sermons, Vêture d'une bernardine, 1.

    Être pensé. Cela se pensait en secret.

PROVERBES

Honni soit qui mal y pense, il ne faut pas interpréter en mal ce qui peut être innocent.

Il est comme le perroquet de M. de Vendôme, s'il ne dit mot, il n'en pense pas plus, se dit de celui qui ne dit rien parce qu'il n'a rien à dire.

En sens contraire, il ne dit mot, mais il n'en pense pas moins, c'est-à-dire il ne dit rien, mais il garde sa façon de penser. Soit ; mais ne disant mot, je n'en pense pas moins, Molière, Tart. II, 2.

HISTORIQUE

XIe s. [Il] Baisse son chef, si comence à penser, Ch. de Rol. IX. Li quens Rolans nel se deüst penser [n'aurait pas dû avoir cette pensée], ib. XXVI.

XIIe s. Mais à dame de valor Doit on penser nuit et jor, Couci, I. Mais fol desir fait souvent cuer penser En si haut lieu, qu'il n'i peut avenir, ib. x. …Je vous pri et demand Que vous pensez [pensiez] de moi guerredonner ; Je penserai de bien servir avant, ib. XII. Que plus [je] ne doi à fin d'amours penser, ib. XX. Entour lui [il] voit ses homes panser et embroncher, Sax. XVI. Par Deu ! seignor, fait-il, moult pensa grant folage, Qui à Charle loa tel conseil et tel rage, ib. XXVI.

XIIIe s. Car j'ai assez autre chose à penser, Quesnes, Romancero, p. 100. Mais li vilains le dist piecha [depuis longtemps] en reprouver, Que moult a grant discorde entre faire et penser, Leroux de Lincy, Prov. t. II, 494. Et Berte le reçoit, qui mal n'i a pensé, Berte, xv. Ce est chose passée [résolue], jà n'i convient penser, ib. CXII. Penst chascun [que chacun pense] de garder son cors, Ren. 14768. Chascuns pense du cors, et de l'ame n'a cure ; Or sachiés que li mondes est en grant aventure, Rutebeuf, 233. Quant les Templiers virent ce, il se penserent que il seroient honniz se il lessoient le conte d'Artois aler devant eulz, Joinville, 224.

XIVe s. Elle, ne pensant à mal, gecte le papier ou feu, Ménagier, I, 6.

XVe s. Il envoya messire Godemar à Tournay pour là aviser des besognes, et penser que la cité fust bien pourveue, Froissart, I, II, 3. Ces paroles et autres que le comte de Nevers remontra au roi et aux hauts barons leur donnerent moult à penser, Froissart, III, IV, 60. Trop mauvais y fait, quand j'y pense, Chevauchier par leur païs, Deschamps, Virelai contre le pays de Flandres. Tantost l'ung dira, le roi est contre nous, et puis pensera de se fortifier et de se accointer de ses ennemys, Commines, VI, 13.

XVIe s. Afin que nous ne pensissions que le salaire se doive mesurer selon les merites, Calvin, Instit. 649. Afin que les Juifs ne pensassent une telle grace appartenir seulement aux gentils, Calvin, ib. 773. Si les sciences ne nous apprennent ny à bien penser ny à bien faire…, Montaigne, I, 149. Il vint le tuer lorsqu'on ne pensoit plus en lui, D'Aubigné, Hist. II, 105. Or sus venez, pensers, pensons encor en elle, Ronsard, 286. Trop penser fait resver, Leroux de Lincy, Prov. t. Il, p. 429. Ce sont les sots et maladvisés qui disent : je n'y pensois pas, Charron, Sagesse, p. 329, dans LACURNE. Ils ne disent mot, mais ils n'en pensent pas moins, H. Estienne, Apol. d'Hérod. p. 584, dans LACURNE. Mal pense qui ne repense, Cotgrave Il est bientost deceu qui mal ne pense, Cotgrave Le loup sçait bien que male beste pense, Cotgrave Mettez fol à part soy, il pensera, Cotgrave

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

1. PENSER. Ajoutez : - REM.

1. On lit dans Mme de Sévigné : Un beau matin nos états donnèrent des gratifications pour cent mille écus ; un bas Breton me dit qu'il pensait que les états allassent mourir, de les voir ainsi faire leur testament, 13 sept 1671. On dirait plutôt aujourd'hui allaient. Allassent indique davantage le doute.

2. Ailleurs Mme de Sévigné écrit à Mme de Grignan, qui était en Provence : Je n'eusse jamais cru que le beurre dût être compté dans l'agrément de vos repas ; je pensais que vous fussiez en Bretagne, 25 juillet 1689. Ici le subjonctif est indispensable ; car la phrase veut dire : j'aurais pensé que vous étiez en Bretagne.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

PENSER, SONGER, RÊVER, (Gramm. & Synon.) voyez l’article Pensée. On pense tranquillement & avec ordre pour connoître son objet ; on songe avec plus d’inquiétude & sans suite pour parvenir à ce qu’on souhaite ; on rêve d’une maniere abstraite & profonde pour s’occuper agréablement. Le poëte dramatique pense à l’arrangement de sa piece. L’homme, embarrassé d’affaires, songe aux expédiens pour en sortir. L’amant solitaire rêve à ses amours. Girard. (D. J.)

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Étymologie de « penser »

(Verbe) Du moyen français penser, de l’ancien français penser, panser du latin pensare (« peser, soupeser »). Le mot est un doublet de peser.
(Nom commun) Substantivation du verbe.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Génev. penses-tu de sortir dimanche ? se penser, croire, imaginer : je m'étais bien pensé qu'il pleuvrait ; provenç. pensar, pessar ; espagn. et portug. pensar, pesar ; ital. pensare, pesare ; du lat. pensare, proprement peser, puis examiner, apprécier, fréquentatif de penderĕ, suspendre au bout de son bras, soupeser, peser.

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Phonétique du mot « penser »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
penser pɑ̃se

Citations contenant le mot « penser »

  • Il y a une forte raison de ne pas dire au premier arrivant ce qui vient à l'esprit, c'est qu'on ne le pense point. Émile Chartier, dit Alain, Éléments de philosophie, Gallimard
  • Il n'est pas difficile d'avoir une idée. Le difficile, c'est de les avoir toutes. Émile Chartier, dit Alain, Propos, Gallimard
  • Il n'y a qu'une méthode pour inventer, qui est d'imiter. Il n'y a qu'une méthode pour bien penser, qui est de continuer quelque pensée ancienne et éprouvée. Émile Chartier, dit Alain, Propos sur l'éducation, P.U.F.
  • Rien n'est plus dangereux qu'une idée, quand on n'a qu'une idée. Émile Chartier, dit Alain, Propos sur la religion, P.U.F.
  • Il faut vivre comme on pense, sinon tôt ou tard on finit par penser comme on a vécu. Paul Bourget, Le Démon de midi, Plon
  • Il y a toujours du courage à dire ce que tout le monde pense. Georges Duhamel, Le Combat contre les ombres, Mercure de France
  • À mesure qu'on s'avance dans la vie, on s'aperçoit que le courage le plus rare est celui de penser. Anatole François Thibault, dit Anatole France, La Vie littéraire, Calmann-Lévy
  • Ce qui probablement fausse tout dans la vie c'est qu'on est convaincu qu'on dit la vérité parce qu'on dit ce qu'on pense. Sacha Guitry, Toutes Réflexions faites, Éditions de l'Élan
  • Penser sincèrement, même si c'est contre tous, c'est encore pour tous. Romain Rolland, Clérambault, Albin Michel
  • Car c'est la même chose qu'on peut penser et qui peut être. Parménide, d'Élée, De la nature, fg. 5 Diels (traduction J. Zafiropulo)
  • Ce qu'un homme pense de lui-même, voilà ce qui règle ou plutôt indique son destin. Henry David Thoreau, Walden, Economy
  • Quiconque pense fait penser. De Voltaire / Fragments sur l'histoire
  • Trop penser fait rêver. De Proverbe français
  • Penser ne suffit pas : il faut penser à quelque chose. De Jules Renard / Journal
  • Nous sommes peu à penser trop, trop à penser peu. De Françoise Sagan
  • Penser international, penser futur, penser avant les autres. Et agir de même. De Robert Maxwell
  • Ecrire, c'est penser contre soi. De Alain Bosquet / Penser contre soi
  • On ne saurait penser à tout. De Proverbe français
  • Pour inventer, il faut penser à côté. De P. Souriau
  • Inventer, c’est penser à côté. De Albert Einstein
  • Une lesbienne jouit sans penser à mâle. De Georges Elgozy
  • L'imagination exige de penser. De J. Gagnon / Forêt
  • L’Humanité, avec sa plateforme numérique l’Humanité.fr, prend l’initiative de solliciter des contributions pour repenser le monde et inventer des alternatives, avec l’ambition d’être utile à chacune et à chacun. Cette démarche sera prolongée par la publication d’un hors-série à la fin de l’été et l’organisation de grands débats publics. Aujourd’hui : « Animaux et humains », par Pierre Serna, historien et auteur. L'Humanité, Penser un monde nouveau. Animaux et humains, par Pierre Serna | L'Humanité
  • Ça coûte rien d'y penser mais faut pas exagérer. Lyonmag.com, Karim Benzema avoue penser “tout le temps” au Ballon d’Or
  • L’Humanité, avec sa plateforme numérique l’Humanité.fr, prend l’initiative de solliciter des contributions pour repenser le monde et inventer des alternatives, avec l’ambition d’être utile à chacune et à chacun. Cette démarche sera prolongée par la publication d’un hors-série à la fin de l’été et l’organisation de grands débats publics. Aujourd’hui : « Les salariés peuvent gérer leurs entreprises », par Sylvie Mayer, coanimatrice de la commission nationale Économie sociale et solidaire du PCF. L'Humanité, Penser un monde nouveau. Les salariés peuvent gérer leurs entreprises, par Sylvie Mayer | L'Humanité

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Traductions du mot « penser »

Langue Traduction
Anglais think
Espagnol pensar
Italien pensare
Allemand denken
Chinois 认为
Arabe يفكر
Portugais pensar
Russe считать
Japonais 思う
Basque uste
Corse pensu
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Synonymes de « penser »

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Antonymes de « penser »

Penser

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