La langue française

Silence

Définitions du mot « silence »

Trésor de la Langue Française informatisé

SILENCE, subst. masc.

I. − [Le silence envisagé par rapp. au bruit] Absence de bruit, d'agitation. Silence absolu, écrasant, éternel ; un silence de mort.
A. − [Le silence en relation avec l'espace]
1. [Espace ouvert] Le silence de la campagne, des champs, des forêts. Pas un souffle de vent murmurant dans les créneaux ou entre les branches sèches des oliviers; pas un oiseau chantant ni un grillon criant dans le sillon sans herbe: un silence complet, éternel, dans la ville, sur les chemins, dans la campagne (Lamart.,Voy. Orient, t. 2, 1835, p. 42).Il n'y a rien dans le silence là autour. Plus rien: ni la terre, ni les arbres, ni les herbes, plus rien. C'est un silence de plein ciel, dans l'abandon du ciel (Giono,Gd troupeau, 1931, p. 53).
2. [Espace clos] Le silence des chambres, du cloître, de la tombe, du tombeau. Les chambres, qu'on croirait d'inanimés décors, − Apparat de silence aux étoffes inertes − Ont cependant une âme, une vie aussi certes, Une voix close aux influences du dehors Qui répand leur pensée en halos de sourdines (Rodenbach,Règne sil., 1891, p. 3).Pour fuir l'envoûtement des vieilles choses, cette pénombre et ce silence insalubres des salles du Louvre, je suis entré à la Samaritaine (Arnoux,Paris, 1939, p. 24).
B. − [Le silence en relation avec le mouvement] J'écoute: un calme formidable pèse sur ces forêts; on diroit que des silences succèdent à des silences (Chateaubr.,Voy. Amér. et Ital., t. 1, 1827, p. 73).Le monde des animaux est fait de silences et de bonds. J'aime les voir couchés, alors qu'ils reprennent contact avec la Nature (...). Leur repos est appliqué autant que notre travail (J. Grenier,Les Îles, 1959, p. 33).
C. − [La perception du silence]
1. [Le silence en soi] Travaillé très tard dans la nuit. − Je viens d'ouvrir ma fenêtre et d'écouter le silence (Barb. d'Aurev.,Memor. pour l'A... B..., 1864, p. 434).Entends ce bruit fin qui est continu, et qui est le silence. Écoute ce qu'on entend lorsque rien ne se fait entendre (Valéry,Tel quel II, 1943, p. 118).
2. [Le silence en fonction d'autres bruits, sons, etc.] Aux pays fréquentés sont les plus grands silences, aux pays fréquentés de criquets à midi (Saint-John Perse,Anabase II, 1972 [1924], p. 95).À travers la rumeur de la chevauchée se faufilaient les bruits perdus du silence nocturne, coassement de grenouilles, appel d'un oiseau, abois de chiens espacés (...) mugissement plaintif d'un taureau à l'aventure, invisible (Montherl.,Bestiaires, 1926, p. 500).
II. − [Le silence envisagé dans l'acte de communication]
A. − Fait de ne pas parler, de se taire. Silence absolu, complet, prolongé, recueilli, religieux; long, lourd, profond silence; demander, obtenir, rompre le silence. Les scheiks paraissaient jouir d'une autorité absolue, et le moindre signe de leur part rétablissait l'ordre et le silence, que le tumulte de notre arrivée avait troublés (Lamart.,Voy. Orient, t. 2, 1835, p. 88).C'était cela sa résolution, cette volonté subitement arrêtée de ne rien lui dire. Et lui, le pauvre enfant, qui n'était venu chercher cette certitude que pour avoir le droit de lui parler! Dans le moment même qu'il savait, il s'astreignait à oublier; il se condamnait au silence (G. Leroux,Parfum, 1908, p. 26).
Loc. proverbiale. La parole est d'argent, le silence est d'or. V. parole I A 2.
Faire silence. Se taire. Il ne fallait plus se rouler par terre, rire bruyamment, parler berrichon. Il fallait se tenir droite, porter des gants, faire silence ou chuchoter bien bas dans un coin avec Ursulette (Sand,Hist. vie, t. 2, 1855, p. 283).
Interj. Silence! Jupiter: Ne nie pas! Je sais tout! Pluton: Ce n'est pas vrai! Jupiter: Silence!... Quand je parle, on se tait! Pluton: Seigneur!... Jupiter: Je ne suis pas habitué à la discussion!... Devant moi tout tremble! (Crémieux,Orphée, 1858, i, 4, p. 40).
CIN., RADIO-TÉLÉV. Silence! on tourne, silence, on enregistre. (Dict. xxes.).
♦ Domaine milit.Silence dans les rangs; silence à l'appel. La Guillaumette ayant constaté que l'horloge marquait exactement neuf heures, fit la blague de rendre l'appel, le litre tenu à bout de bras, à la façon d'une chandelle: − Silence à l'appel! Manque personne, mon lieutenant! (Courteline,Train 8 h. 47, 1888, p. 97).
En silence. Sans un mot, sans faire de bruit. Synon. silencieusement.Ils firent quelques pas en silence, puis La Guillaumette, brusquement: − Voyons, c'est pas dieu possible! R'gard' voir un peu à tes profondes! (Courteline,Train 8 h. 47, 1888, p. 196).Au maréchal Pétain, qui dînait dans la même salle, j'allai en silence adresser mon salut. Il me serra la main, sans un mot (De Gaulle,Mém. guerre, 1954, p. 60).
En partic.
Un, des silences. Moment où l'on cesse de parler. À l'aspect de cette table chargée de mets, il se fit un silence général (Reybaud,J. Paturot, 1842, p. 331).− Vous l'avez vu? demande enfin l'infirme. Vous lui avez parlé? (...) − Le cœur m'a manqué, garçon, dit-il enfin, après un affreux silence (Bernanos,M. Ouine, 1943, p. 1460).
Minute de silence. Minute de silence qu'une assistance recueillie observe à la mémoire d'un (des) mort(s); l'hommage ainsi rendu. Pour permettre à l'ensemble de la population de s'associer à l'hommage national rendu au général de Gaulle, il serait souhaitable que des services religieux ou des cérémonies au monument aux morts, au cours desquels une minute de silence sera observée, soient organisés dans chaque commune à la même date à la diligence des maires (L'Est Républicain, 12 nov. 1970, p. II, col. 7-8).
B. − Fait de ne pas vouloir ou de ne pas pouvoir exprimer sa pensée, ses sentiments. Silence obstiné, prudent; un mur de silence; réserve et silence; garder le silence, se réfugier dans le silence; passer qqc. sous silence; faire le silence sur une affaire. Le ministre de l'intérieur fut en même temps prié de prendre certaines mesures de sûreté, et d'inviter les préfets à agir confidentiellement sur la presse afin d'obtenir le silence et la discrétion sur nos préparatifs militaires (Joffre,Mém., t. 1, 1931, p. 210).
P. anal. Elle ne put imposer silence à ses yeux; sans qu'elle le sût probablement, ils exprimèrent un instant la pitié la plus vive (Stendhal,Chartreuse, 1839, p. 299).Pas davantage, elle [la Centrale politique en Russie] ne réduit au silence les revendications des travailleurs, des consommateurs, des fractions politiques au sein du parti (Perroux,Écon. XXes., 1964, p. 596).
Conspiration du silence. Pacte d'honneur par lequel un ensemble de personnes s'engagent à ne pas divulguer ce qui doit être tenu secret. Ces très jeunes gens devinent que la conspiration du bruit remplace une longue conspiration du silence (Cocteau,Poés. crit. II, 1960, p. 230).
Loi du silence (en particulier dans des associations de malfaiteurs, dans des sociétés secrètes). Interdiction de donner, notamment à la police, des renseignements confi-dentiels. La loi du silence s'impose en maçonnerie aux apprentis (Faucher1981).
P. anal. Ce qui devrait être interdit au vieil écrivain, c'est de ne pas faire retraite et de ne pas prendre parti, de manquer à la fois à la loi du silence et à la loi de l'engagement, et d'ériger en système de vie le « parler pour ne rien dire » (Mauriac,Mém. intér., 1959, p. 110).
En partic.
Omission, lacune dans un texte de loi. Le silence de la loi, du code. (Dict. xxes.).
Interruption de relations épistolaires. Rompre le silence. Il se demanda ce que la duchesse de Chaulieu devait penser de son séjour au Havre, aggravé par un silence épistolaire de quatorze jours (Balzac,Modeste Mignon, 1844, p. 261):
1. Dans tant de lettres qui ne vous ont pas inspiré une réponse, dans tant de nuits passées à vous appeler en vain, (...) soyez certaine que je vous ai donné une physionomie complète de mon être secret et que la preuve est aujourd'hui faite par votre silence que j'ai parlé en vain... J. Bousquet,Trad. du sil., 1935-36, p. 251.
En silence. Sans rien exprimer. Car, aujourd'hui que dépérit l'esprit des conquêtes, tout ce qu'un caractère élevé peut apporter de grand dans le métier des armes me paraît être moins encore dans la gloire de combattre que dans l'honneur de souffrir en silence et d'accomplir avec constance des devoirs souvent odieux (Vigny,Serv. et grand. milit., 1835, p. 128).
C. − [Le silence en tant que moyen d'expr.]
1. Fait de laisser entendre sa pensée, ses sentiments, sans les exprimer formellement. Silence éloquent, glacial. Elle avait détourné la tête, elle regardait la neige de la cour, par la fenêtre, comme résolue à ne pas entendre. Lui, que ce mépris, ce silence obstiné troublaient, interrompit ses explications, pour dire: − Sais-tu que tu as encore embelli! (Zola,Débâcle, 1892, p. 526):
2. Les raisons qui jouent sur les mots ne sont jamais les raisons véritables. Et c'est pourquoi je ne leur reprocherai rien sinon de s'exprimer tout de travers. Et c'est pourquoi je me taisais devant ces mensonges, n'écoutant point le bruit des mots, dans le silence de mon amour, mais l'effort seul. Saint-Exup.,Citad., 1944, p. 621.
2. Fait d'entrer en communion, en communication intime, sans le secours de la parole. La parole transfigurée, c'est le silence. Aucune parole n'existe en elle-même; elle n'est que par son propre silence. Elle est silence, indivisiblement, à l'intérieur du moindre mot (P. Emmanuel,La Révolution parallèle, 1975, p. 270):
3. Comme la mort est le parachèvement de la vie, ce qui lui donne forme et valeur, ce qui ferme sa bouche, de même le silence est l'aboutissement suprême du langage et de la conscience. Tout ce que l'on dit ou écrit, tout ce que l'on sait, c'est pour cela, pour cela vraiment: le silence. J.-M.-G. Le Clézio, L'Extase matérielle, 1967, p. 192.
III. − Spécialement
A. − INFORMAT. ,,Nombre de réponses pertinentes manquées lors d'une recherche automatique sur une question déterminée, alors qu'elles existent dans le système`` (Mess. Télém. 1979).
B. − Domaine milit.Silence radio. Interruption de toute émission électromagnétique qui pourrait indiquer à l'ennemi sa propre position. (Dict. xxes.).
C. − MUS. ,,Signe graphique placé sur la portée pour indiquer l'absence ou l'interruption du son`` (Mus. 1976). Dans la notation moderne, à chaque valeur de note correspond un signe de silence pourvu d'un nom qui lui est propre: à la ronde correspond la pause, à la blanche la demi-pause, à la noire le soupir, à la croche le demi-soupir, à la double croche le quart de soupir, à la triple croche le huitième de soupir, à la quatruple croche le seizième de soupir. Un point placé à côté d'un silence prolonge de moitié sa durée (Mus. 1976).
Zone de silence
RADIOTECHN. Zone dans laquelle la réception d'un émetteur est difficile ou impossible. [En T.S.F. pour éviter] les « zones de silence » (...) on sait actuellement choisir (...) la longueur d'onde en fonction de l'heure et de l'espace à parcourir (J. Mercier,Radio-électr., t. 1, 1937, p. 291).
URBAN. Partie délimitée d'une agglomération qui, par décret municipal, est interdite à la circulation automobile. L'« Île Verte » de Vittel est décrétée zone de silence (Catal. Club Méditerr., été 1988, p. 126).
REM. 1.
-silence, silence-, élém. de compos.,entrant dans la constr. de subst. dans le lang. technico-publicitaire.a)
Opération-silence, subst. fém.Opération-silence dans le Marais. Protégés par une enceinte d'immeubles anciens et d'hôtels historiques en voie de restauration, 118 appartements hors du commun vont bénéficier d'un calme absolu et de vues agréables sur des jardins paysagés (L'Express, 24 mai 1976, p. 55).
b)
Silence-bloc, subst. masc.Dispositif visant à éliminer le bruit. Avec les silence-blocs qui isolent la carrosserie du chassis elle [la CX 2000 Citroën] vous permet de voyager sans bruit, même à grande vitesse ou sur mauvaise route (L'Express, 28 mars 1977, p. 128, col. 2).
2.
Silencer, silencier, verbe trans.,littér., rare. Imposer silence à, réduire au silence. Non que l'été soit maintenant moins doux qu'il était quand les hymnes mélancoliques du rossignol silenciaient la nuit! (Chateaubr.,Litt. angl., t. 1, 1836, p. 274).Aujourd'hui levé à huit heures (...) fait un article que L. B., ce moine d'Égypte châtreur, a mutilé dans ce qu'il avait d'énergique et de vrai. L'ai laissé faire, étant devenu à l'endroit du journalisme aussi impersonnel que l'on puisse l'être et ayant fourré ma volonté à silencer ma conscience de ce qui est bien (Barb. d'Aurev.,Memor. 2, 1839, p. 325).
Prononc. et Orth.: [silɑ ̃:s]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) 1121-34 « état de celui qui s'abstient de parler, fait de ne pas parler » (Philippe De Thaon, Bestiaire, 298 ds T.-L.); b) ca 1210 faire sillance « se taire » (Dolopathos, 167, ibid.); déb. xiiies. tenir silence « id. » (Alexis, 688, ibid.); 1330 passer souz silence (Girart de Roussillon, éd. E. B. Ham, 5507); ca 1500 garder (sa) silence « se taire » (L'Art et Science de bien parler et de soy taire ds Anc. Poés., X, 358); c) 1327 estre mis en silence « être condamné au silence (punition monastique) » (Du Cange, s.v. silentium); d) ca 1440 [date du ms.] un pou de silence (Le Martire Saint Estiene, 171 ds Le cycle de Mystères des Premiers Martyrs, éd. G. A. Runnalls, p. 71); 1718 silence! « faites, faisons silence » (Ac.); 2. a) fin xiies. scilence fém. « fait de ne pas exprimer sa pensée oralement » (Sermons St Bernard, éd. E. Foerster, 113, 2); b) ca 1460 le roi impose silence à ses procureurs généraux « il leur défend de poursuivre davantage l'affaire criminelle pour laquelle il a donné des lettres d'abolition (terme de chancellerie) » (Juvenal des Ursins, Charles VI, 1415 ds Littré); 1835 silence de la loi « omission d'une explication (d'un cas non prévu par la loi) » (Ac.); c) 1690 « cessation de commerce de lettres entre personnes qui étaient dans l'habitude de s'écrire » (Mmede Sévigné, Lettre à Lamoignon du 27 août, éd. Monmerqué, t. 9, p. 564); 3. a) ca 1350 silenche fém. « calme, cessation de toute sorte de bruit » (Gilles Le Muisit, Poésies, éd. Kervyn de Lettenhove, t. 2, p. 88, 23); b) 1755 « interruption dans un bruit » (Condillac, Traité des animaux, chap. 6, p. 50); c) 1743 silences « signes répondant aux diverses valeurs des notes, lesquels mis à la place de ces notes, marquent que tout le temps de leur valeur doit être passé en silence » (Rousseau, Dissertation sur la Musique Moderne, p. 8 et 12); 1771 silence « interruption du son dans une phrase musicale » (Trév.); 1778 silences (Buffon, Oiseaux, t. 5, pp. 85-86); d) 1762 « suspension que fait celui qui parle dans la déclamation » (Voltaire, Lettre d'Argental du 17 avril ds Littré). Empr. au lat.silentium « silence ». Fréq. abs. littér.: 20 058. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 21 592, b) 24 395; xxes.: a) 34 788, b) 32 885. Bbg. Konstantinović (R.). Les Silences éloquents. B. jeunes Rom. 1962, t. 6, pp. 14-17. − Lienhard (D.R.). Die Bezeichnungen für den Begriff « schweigen » in Frankreich... Biel, 1947, p. 10, 55, 58, 62, 63. _ Ljungstedt-Crona (E.). Le Mot silence ds le lang. littér. In: Congrès Internat. des Ling. 10. 1967. Bucarest, 1970, t. 3, pp. 377-381. − Quem. DDL t. 21. − Schneiders (H.-W.). Der frz. Wortschatz zur Bezeichnung von « Schall ». Genève, 1978, pp. 85-90.

Wiktionnaire

Nom commun

silence \si.lɑ̃s\ masculin

  1. Absence de bruit.
    • Si tout est silence et repos dans les savanes de l’autre côté du fleuve, tout ici, au contraire, est mouvement et murmure : […]. — (François-René de Chateaubriand, Atala, ou Les Amours de deux sauvages dans le désert)
    • Tout était calme autour de lui ; on était arrivé à cette heure mystérieuse de la nuit où la nature semble dormir, et où tous les bruits sans nom de la solitude s’éteignent pour ne laisser, suivant l’expression indienne, entendre que le silence. — (Gustave Aimard, Les Trappeurs de l’Arkansas, Éditions Amyot, Paris, 1858)
    • Et puis le silence , ce grand silence qui plane au-dessus des solitudes islandaises , et que trouble seul le sifflement du vent ou le cri des pluviers dorés. — (Jules Leclercq, La Terre de glace, Féroë, Islande, les geysers, le mont Hékla, Paris : E. Plon & Cie, 1883, page 81)
    • Aux arrêts, dans les gares, tous les bruits du dehors – la sonnerie du télégraphe, le clac-clac rythmique du graisseur, […] –, tout cela vous arrive multiplié par le silence, rendu plus net par la nuit. — (Octave Mirbeau, La Chambre close, Ernest Flammarion, Paris, 1920)
    • Pour la troisième fois, et sur un ton intolérablement agressif, il réitéra son insolente question. Un silence gros de danger suivit. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 349 de l’éd. de 1921)
    • Le silence tombait du haut du ciel comme une cascade vertigineuse, traversant de part en part la Terre, sans rencontrer la plus légère résistance. — (Jules Supervielle, Le voleur d’enfants, Gallimard, 1926, collection Folio, page 125)
    • Le cri du gravier sous ses bottines, dans le silence, la fit tressaillir. — (Pierre Louÿs, Psyché, 1927, page 136)
    • Tout à coup, deux coups de feu brisent le silence de midi. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
  2. Le fait de se taire, de ne plus faire de bruit.
    • […], la jeune fille porta un doigt à sa bouche pour lui commander le silence, et de l’autre main lui fit signe de la suivre. — (Alexandre Dumas, Othon l’archer, 1839)
    • Au moindre geste d’improbation, il nous apostrophait et nous imposait silence avec une fureur qui nous touchait sans nous convaincre ; […]. — (Anatole Claveau, Les snobs, dans Sermons laïques, Paris : Paul Ollendorff, 1898, 3e éd., page 36)
    • Soudain, il pétarada :
      — Jarnicoton ! Puisqu'on a lyrisé tous les bruits de la nature, depuis le murmure de l'ouragan jusqu'au beuglement du cricri, je vais mettre, moi, ses silences en musique. Le « silencisme », voilà la musique de l'avenir !
      — (Karol Beffa, « Bruit et musique », dans Parler, composer, jouer : Sept leçons sur la musique, éd. Le Seuil, 2017)
  3. (Par extension) Action de ne pas exprimer sa pensée, oralement ou par écrit ; fait de se taire.
    • Quoique très instruite, elle n’avoit ni les caprices, ni l’humeur qu’on attribue aux gens de lettres, qui tantôt se livrent à une loquacité importune, tantôt se renferment dans un silence méprisant. — (E.-F. Lantier, Voyages d’Anténor en Grèce et en Asie, Paris : chez Belin & chez Bernard, 2e édition revue, an VI, tome 1er, page 35)
    • Il nous semble être retourné au collège, de nouveau nous marchons en rang, nous faisons des devoirs et surtout des pensums, et l’on nous astreint au silence […] — (Jean Heimveh, Question d’Alsace, 1889)
    • Et rien en effet dans son langage, pas plus que dans ses silences ni dans son attitude, ne décela à sa bourgeoise qu’il avait les sens aux aguets et faisait bonne garde. — (Louis Pergaud, La Vengeance du père Jourgeot, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Mon passe-temps favori est la conversation coupée de silences. Les autres fournissent la conversation, moi les silences. — (Paul Guth, Le mariage du Naïf, 1957, réédition Le Livre de Poche, page 74)
    • Si Dimitri ne voulait pas épouser Phoebe, il aurait au moins dû avoir le courage de l’avouer et de rompre formellement sa promesse. Au lieu de cela, il avait opté pour le silence et l’hypocrisie, […]. — (Lucy Monroe , Pour l'honneur des Pétronides, traduit de l’anglais, dans le volume Séducteurs, éd. Harlequin, coll. Coup de Cœur, 2012)
    • Le silence est l’arme la plus puissante du mal. — (Maurice Magre, Le Sang de Toulouse, 1931)
  4. Absence de mention d’une chose, du manque de témoignage sur un sujet, sur un fait.
    • Mon manuel fait silence sur ce fait. - Le silence des journaux sur cet incident est significatif.
  5. (En particulier) (Internet) Absence d’un document pertinent dans un moteur de recherche.
    • Le moteur de recherche doit fonctionner rapidement et efficacement (en minimisant à la fois le silence — informations pertinentes auxquelles on n’a pas accès — et le bruit — informations non pertinentes auxquelles on accède. — (Jean-Marc Hardy, Gaetano Palermo, Réussir son site web en 60 fiches, 3ème édition, page 70)
  6. (Musique) Interruption du son dans une phrase musicale.
    • Ce morceau est coupé par des silences.
  7. (Par extension) Signes qui marquent cette interruption.
    • Il y a sept sortes de silences : la pause, la demi-pause, le soupir, le demi-soupir, le quart de soupir, le huitième de soupir et le seizième de soupir.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SILENCE. n. m.
Fait de ne pas parler; État de celui qui s'abstient de parler. Observer le silence. Faire silence. Imposer silence. Rompre le silence. Garder le silence sur une chose. Mon silence vous en dira plus que mes paroles. Le silence est quelquefois éloquent. Un silence prudent. Je vous demande du silence, un instant de silence. Une minute de silence. Il souffre en silence. On a acheté son silence. Un long silence. Un profond silence. Le silence règne. Il s'emploie elliptiquement, par forme d'interjection, au lieu de Faites silence, faisons silence. Silence, messieurs. On dit aussi : Du silence; un peu de silence. Fig., Imposer silence aux médisants, à la calomnie, au mensonge, etc., les réduire au silence, Faire que leurs médisances, leurs calomnies, etc., ne trouvent plus de crédit et qu'ils soient par là forcés de se taire. Fig., Imposer silence à ses passions, Les réprimer, empêcher qu'elles ne troublent l'âme, qu'elles ne l'agitent.

SILENCE se dit, par extension, du Fait de ne pas exprimer sa pensée, oralement ou par écrit. Depuis longtemps, cet écrivain garde le silence. On l'a réduit au silence. Passer une chose sous silence, N'en point parler. Passez cela sous silence. Je passe sous silence ses infidélités.

SILENCE se dit encore de l'Absence de mention d'une chose, du manque de témoignage sur un sujet, sur un fait. Les historiens font silence sur ce fait. Le silence des journaux sur cet incident est significatif. Le silence de la loi se dit pour exprimer que Le fait dont il s'agit n'est pas prévu par la loi.

SILENCE se dit encore de la Cessation de commerce de lettres entre personnes qui étaient dans l'habitude de s'écrire. Il y a longtemps que je n'ai reçu de vos nouvelles : quelle est la cause de votre silence, de ce long silence? Après avoir été longtemps sans vous écrire, je romps enfin le silence. Il désigne aussi le Calme, la cessation de toute sorte de bruit. Le silence de la nuit. Le silence des bois. Rien ne trouble le silence qui règne en ces lieux. Vivre dans la retraite et dans le silence. Faire une chose dans le silence, La faire secrètement, avec mystère. Les conjurés concertèrent dans le silence la perte du tyran.

SILENCE, en termes de Musique, se dit de l'Interruption du son dans une phrase musicale. Ce morceau est coupé par des silences. Il se dit aussi des Signes qui marquent cette interruption. Il y a sept sortes de silences : la pause, la demi-pause, le soupir, le demi-soupir, le quart de soupir, le huitième de soupir et le seizième de soupir. Observer les silences.

Littré (1872-1877)

SILENCE (si-lan-s') s. m.
  • 1Etat d'une personne qui s'abstient de parler. Il supportait beaucoup de choses qu'il n'approuvait pas [chez les prédicateurs] ; et, comme il ne refusait jamais ses louanges au mérite, il donnait volontiers son silence à ce qui ne méritait pas d'être loué, Guez de Balzac, Socrate chrét. X. Faites-lui du silence, et l'écoutez parler, Corneille, l'Illus. comique, II, 1. Notre reine… Doit rompre aux yeux de tous son silence obstiné, Corneille, Rodog. I, 1. Il y a un silence de discrétion et de repos, La Rochefoucauld, Réfl. div. p. 129. Il faut se tenir en silence autant qu'on peut, et ne s'entretenir que de Dieu, qu'on sait être la vérité, Pascal, Pens. XXIV, 37, éd. HAVET. En amour un silence vaut mieux qu'un langage ; il est bon d'être interdit ; il y a une éloquence de silence qui pénètre plus que la langue ne saurait faire, Pascal, Amour. Rappelez en votre mémoire avec quelle circonspection elle ménageait le prochain, et combien elle avait d'aversion pour les discours empoisonnés de la médisance ; elle savait de quel poids est non-seulement la moindre parole, mais le silence même des princes, Bossuet, Reine d'Anglet. La reine d'Angleterre disait que les princes devaient garder le même silence que les confesseurs, et avoir la même discrétion, Bossuet, ib. Il y a trois sortes de silence : le silence de zèle, le silence de prudence dans les conversations, et le silence de patience dans les contradictions, Bossuet, Instr. aux Ursulines sur le silence, préamb. Nous avons fait silence afin de l'écouter, Quinault, Agrippa, V, 3. … Un des campagnards, relevant sa moustache… Impose à tous silence…, Boileau, Sat. III. Sa réponse [de Néron] est dictée, et même son silence, Racine, Brit. I, 1. Pour garder jusqu'au bout un silence perfide, Racine, Bajaz. III, 4. Elle [Rome] se tait du moins ; imitez son silence, Racine, Brit. III, 8. Toute la troupe, étonnée, demeura dans le silence, Fénelon, Tél. VII. D'abord il se fit un profond silence dans toute l'armée, Fénelon, Tél. X. Bientôt règne entre nous ce doux silence qui est le plus tendre langage des amants, Montesquieu, Temple de Gnide, 5. Obéir en silence est votre seule gloire, Voltaire, Fanat. III, 6. Le silence n'est point une contradiction, Voltaire, Dict. phil. Contradictions. Je voudrais bien savoir à quoi sert le silence ; Il ne guérit de rien ; au contraire, il aigrit Les maux et les tourments du cœur et de l'esprit, Lachaussée, Gouvern. I, 1. Le peuple n'a pas sans doute le droit de murmurer ; mais sans doute aussi il a le droit de se taire, et son silence est la leçon des rois, L'Abbé de Beauvais, Or. fun. Louis X. Le silence est profond : la parole ferait un mal insupportable dans cet état de l'âme où tout est intime et intérieur, Staël, Corinne, X, 4. Un regard, un silence, un accent de sa voix… ô lyre, en disent plus que ta vaine harmonie, Lamartine, Nouv. méd. X.

    Il se dit au pluriel. J'aime assez qu'on s'explique ; Les silences de cour ont de la politique, Corneille, Pulch. V, 4.

    Elliptiquement, silence ! Chères sœurs, suspendons nos chants : Respectons ses chagrins ; elle approche, silence ! Delavigne, Paria, II, 6. Silence au camp ! la vierge est prisonnière… Silence au camp ! la vierge va périr, Delavigne, Messén. Mort de Jeanne d'Arc. Son cercueil est fermé : Dieu l'a jugé ; silence ! Lamartine, Nouv. Médit. Bonaparte.

    On dit aussi quelquefois : du silence, un peu de silence.

    Fig. Réduire au silence, ôter tout moyen de faire une réponse qui satisfasse. Qu'on me parle tant qu'on voudra de combinaisons et de chances ; que vous sert de me réduire au silence, si vous ne pouvez m'amener à la persuasion ? Rousseau, Ém. IV.

    Fig. Imposer silence aux médisances, à la calomnie, au mensonge, etc les réduire au silence, faire que les médisances, que les calomnies, que les mensonges ne trouvent plus crédit et n'osent plus se produire. Prêt d'imposer silence à ce bruit imposteur, Racine, Iphig. III, 1.

  • 2 Par analogie, il se dit du langage écrit. Le silence des journaux sur ce fait. Le silence est la plus grande persécution : jamais les saints ne se sont tus, Pascal, Pens. XXIV, 66. Le seul qui s'y fait entendre [parmi les protestants] depuis tant d'années, et à qui, par un si grand silence, tous les autres semblent laisser la défense de votre cause, c'est le ministre Jurieu, Bossuet, 1er avertissement, II. Grand roi, si jusqu'ici, par un trait de prudence, J'ai demeuré pour toi dans un humble silence, Boileau, Disc. au roi. J'imite de Conrart le silence prudent, Boileau, Épît. I. Le peu que nous venons de dire est suffisant pour engager les lecteurs éclairés à se tenir sur leurs gardes, à se défier et de la louange et du blâme, et du silence même ; car le silence a aussi sa malignité et son injustice, D'Alembert, Œuvr. t. I, p. 383.

    On dit dans un sens analogue : J'ai adressé une demande à cet administrateur, à cette administration ; mais il garde, elle garde le silence.

    Passer une chose sous silence, n'en point parler.

    Ancien terme de chancellerie et de matière criminelle. Le roi imposait silence à ses procureurs généraux, lorsqu'il leur défendait de poursuivre davantage l'affaire criminelle pour laquelle il avait donné des lettres d'abolition.

  • 3Le silence de la loi, se dit en parlant d'un cas que la loi n'a pas prévu.
  • 4Interruption dans un commerce de lettres. Je ne puis expliquer votre long silence. Après avoir été longtemps sans vous écrire, je romps enfin le silence. La même raison, monsieur, qui fait votre silence, fait aussi le mien, Sévigné, à Lamoignon, 27 août 1690.
  • 5Secret. Tout cela sera plongé, s'il plaît à Dieu, dans le silence ; c'est tout le mieux, Sévigné, 27 déc. 1688. Cet amour s'est longtemps accru dans le silence, Racine, Mithr. I, 1. Le secret et le silence sont les conditions d'un pacte entre le bienfaiteur délicat et son obligé, Diderot, Claude et Nér. II, 58. Ce qui nuirait s'il était connu, doit demeurer à jamais caché ; et la vérité dangereuse a le silence pour asile, Marmontel, Cont. mor. Amitié à l'épr. [à Venise, sous l'inquisition d'État] La mort frappe sans bruit, le sang coule en silence, Ducis, Othello, II, 7.
  • 6Oubli. Elle [cette affaire] n'est bonne qu'à jeter dans l'abîme du silence, Sévigné, 21 janv. 1689. Leur vie [des pécheurs] passe comme l'ombre ; il vient un jour fatal où périssent toutes leurs pensées ; leur mémoire fait un peu de bruit, et va se perdre dans un silence éternel, Fléchier, Mar.-Thér.
  • 7 Fig. Calme, absence de bruit. On n'oit que le silence, on ne voit rien que l'ombre, Théophile, Pyrame et Thisbé, IV, 1. Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie, Pascal, Pens. XXV, 17 bis. Ma sœur, qui peut causer votre sombre tristesse ? Le silence des bois sert à l'entretenir, Quinault, Amad. II, 2. Pour animer ma voix, J'ai besoin du silence et de l'ombre des bois, Boileau, Épît. VI. Là parmi les douceurs d'un tranquille silence, Boileau, Lutr. I. Des victimes vous-même interrogez le flanc ; Du silence des vents demandez-leur la cause, Racine, Iph. I, 2. Il semble pendant la nuit que tout soit en repos ; on s'imagine que les étoiles marchent avec plus de silence que le soleil, Fontenelle, Mondes, 1er soir. Un silence absolu porte à la tristesse ; il offre une image de la mort ; alors le secours d'une imagination riante est nécessaire, Rousseau, 5e prom. Il regarde, il écoute ; hélas ! dans l'ombre immense, Il ne voit que la nuit, n'entend que le silence, Delille, Imaginat. IV. Le silence des tombeaux s'est substitué au murmure des places publiques, Volney, Ruines, II. Le silence est profond dans cette ville [Venise], dont les rues sont des canaux ; et le bruit des rames est la seule interruption à ce silence, Staël, Corinne, XV, 7. [Durant la nuit] Un silence pieux s'étend sur la nature, Lamartine, Harm. II, 4.

    En le personnifiant. J'écoute, à demi transporté, Le bruit des ailes du Silence Qui vole dans l'obscurité, Saint-Amand, le Contempl.

  • 8 Fig. Absence d'agitation morale. Si nous imposons silence à nos sens, Bossuet, Hist. II, 6.

    Le silence des passions, le temps où elles laissent l'âme libre et calme. Il faut briser ses chaînes, s'élever par des efforts redoublés jusqu'au monde intellectuel, s'approcher peu à peu de la suprême intelligence, et en contempler la nature divine dans le silence des sens et des passions, Barthélemy, Anach. ch. 54.

    Imposer silence à ses passions, les réprimer, empêcher qu'elles ne troublent l'âme.

  • 9Interruption dans un bruit. Il n'y a point d'intervalle sensible entre les vibrations ; il n'y a point de silence entre les sons : voilà pourquoi le son paraît continu, Condillac, Traité anim. ch. 6. Les échos assoupis ne livrent au zéphire Que des soupirs mourants, de silences coupés, Lamartine, Méd. II, 2.
  • 10 Terme de musique. Chacun des moments pendant lesquels, dans le courant d'un morceau, les chanteurs ou les instruments se taisent. Ces différentes phrases [du chant du rossignol] sont entremêlées de silences, de ces silences qui, dans tout genre de mélodie, concourent si puissamment aux grands effets, Buffon, Ois. t. VIII, p. 121. Les sons et leur durée ne sont pas les seuls éléments de la musique ; le silence plus ou moins long y joue aussi un rôle fort important, Fétis, la Musique, I, 6.

    Par extension. Silences, signes répondant aux diverses valeurs des notes, lesquels, mis à la place de ces notes, marquent que tout le temps de leur valeur doit être passé en silence, Rousseau, Dict. de mus. silence.

  • 11Il se dit, dans la déclamation, des suspensions que fait celui qui parle. Il [Lekain] a quelquefois des silences trop longs ; il en faut comme en musique, mais il ne faut pas les prodiguer, Voltaire, Lett. d'Argental, 17 avr. 1762. Si Mlle Durancey entend, comme je le crois, le grand art des silences, Voltaire, ib. 11 févr. 1767.
  • 12 Terme de peinture. Se dit, par opposition à fracas, du calme ou de la simplicité qui règne dans une composition, dans le coloris et la disposition des lumières. Il y a du silence dans ce tableau.

HISTORIQUE

XIIIe s. Silence te convient avoir, Silence est signe de savoir, le Castoiement d'un père, dans le Dict. de DOCHEZ.

XIVe s. Et fut silence faite, Bercheure, f° 67, recto. Une abusion est entre vous, que, si une de vous soit mise en silence par sa culpe, elle ne devroit lire, ne chanter, ne veer le sacrement de la messe, Du Cange, silentium.

XVe s. En imposant, sur ce, silence à nostre procureur et à tous autres procureurs d'office, Juvénal Des Ursins, Charles VI, 1415. Mais non pourquant tint il au fort Sa silence jusqu'à la mort, Deschamps, Poésies mss. f° 509.

XVIe s. … D'un tel propos la silence rompit, Marot, IV, 22. Tout le monde assistant et escoutant en bonne silence…, Rabelais, Pant. II, 19. Frere Jean rumpant cestuy tant obstiné silence, Rabelais, ib. IV, 63. Ils ne vont pas souvent aux champs, d'autant qu'ils ne peuvent supporter le requoy ni le silence de la solitude, Amyot, De la curios. 13. Soit que la nuict, toute chose appaisant, Couvre la terre et guide le silence…, Desportes, Œuv. chrét. Prière.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

SILENCE. Ajoutez :
13 Terme de télégraphie. Interruption dans la transmission télégraphique. La municipalité a installé M. F…, mort actuellement ; les employés du télégraphe n'ont pas voulu l'accepter, et, vous connaissez l'expression télégraphique, ils ont fait silence ; j'étais à Oran, et, pendant une journée ou une demi-journée, je suis resté sans communications télégraphiques, Journ. offic. 22 avril 1875, p. 2913, 2e col. Des précautions avaient été prises à l'avance, en prévision d'une invasion du télégraphe ; le cas échéant, le signal silence devait être communiqué à toutes sections correspondant avec Alger, ib. 16 avril 1875, p. 2744, 1re col.

HISTORIQUE

Ajoutez : XIIe s. Li intergetteiz silences de la voiz, li Dialoge Gregoire lo pape, 1876, p. 32.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

SILENCE, s. m. terme relatif, c’est l’opposé du bruit. Tout ce qui frappe l’organe de l’ouïe, rompt le silence. On dit le silence des temples est auguste, le silence de la nuit est doux, le silence des forêts inspire une espece d’horreur, le silence de la nature est grand, le silence des cloîtres est trompeur.

Silence, (Art orat.) le silence fait le beau, le noble, le pathétique dans les pensées, parce qu’il est une image de la grandeur d’ame ; par exemple le silence d’Ajax aux enfers dans l’Odyssée, où Ulysse fait de basses soumissions à ce prince ; mais Ajax ne daigne pas y repondre. Ce silence a je ne sais quoi de plus grand que tout ce qu’il auroit pu dire. C’est ce que Virgile a fort bien imité dans le vj. livre de l’Enéide, où Didon aux enfers traite Enée de la même maniere qu’Ajax avoit fait Ulysse, aussi insensible, aussi froide qu’un rocher de Paros, elle s’éloigna sans lui répondre, & d’un air irrité s’enfonça dans le bois.

Nec magis incepto vultum sermone movetur,
Quam se dura silex aut stet Marpesia cautes,
Tandem proripuit sese, atque inimica refugit ;
Tu nemus umbriterum.

v. 470.

2°. Il est une seconde sorte de silence, qui a beaucoup de grandeur & de sublimité de sentiment en certain cas. Il consiste à ne pas daigner parler sur un sujet dont on ne pouvoit rien dire sans risquer, ou démontrer quelque apparence de bassesse d’ame, ou de faire voir une élévation capable d’irriter les autres. Le premier Scipion l’africain, obligé de comparoître devant le peuple assemblé, pour se purger du crime de péculat dont les Tribuns l’accusoient : Romains, dit-il, à pareil jour je vainquis Annibal, & soumis Carthage ; allons-en rendre graces aux Dieux. En même tems il marche vers le capitole, & tout le peuple le suit. Scipion avoit le cœur trop grand pour faire le personnage d’accusé, & il faut avouer que rien n’est plus héroïque que le procédé d’un homme, qui fier de sa vertu, dédaigne de se justifier, & ne veut point d’autre juge de sa conscience.

Dans la tragédie de Nicomede, ce prince, par les artifices d’Arfinoé sa belle-mere, est soupçonné de tremper dans une conspiration ; Prusias son pere, qui ne le souhaite pas coupable, le presse de se justifier, & lui dit :

Purge-toi d’un forfait si honteux & si bas.

l’ame de Nicome de se peint dans sa réponse vraiment sublime :

Moi, seigneur, m’en purger ! vous ne le croyez pas.

Je ne sais ce qu’on doit le plus admirer dans la réponse de Nicomede, ou de ce qu’il ne veut pas seulement se justifier, ou de ce qu’il est si sûr & si fier de son innocence, qu’il ne croit pas que son accusateur en doute.

3°. Un ambassadeur d’Abdere, après avoir longtems harangué Agis, roi de Sparte, pour des demandes injustes, finit son discours, en lui disant : seigneur, quelle réponse rapporterai-je de votre part ? Que je t’ai laisse dire tout ce que tu as voulu, & tant que tu as voulu, sans te répondre un mot. Voilà un taire-parlier bien intelligible, dit Montagne.

4°. Mais je vais offrir un exemple de silence qui est bien digne de notre respect. Un pere de l’Eglise nous donne une idée de la constance de Jesus-Christ par un fort beau trait de réponse. Pour l’entendre, il faut se rappeller une circonstance de la vie d’Epictete. Un jour, comme son maître lui donnoit de grands coups sur une jambe, Epictète lui dit froidement : si vous continuez, vous casserez cette jambe ; son maître irrité par ce sang froid, lui cassa la jambe : ne vous l’avois-je pas bien dit que vous casseriez cette jambe ? Un philosophe opposoit cette histoire aux chrétiens, en disant : votre Jesus-Christ a-t-il rien fait d’aussi beau à sa mort ? Oui, dit S. Justin, il s’est tû. (D. J.)

Silence, (Crit. sacrée.) ce mot, outre sa signification ordinaire, se prend au figuré dans l’Ecriture ; 1°. pour la patience, le repos, la tranquillité : nous les conjurons de manger leur pain, en travaillant paisiblement, in silentio, μετὰ ἡσυχίας, II. Thess. iij. 12. Ce terme 2°. désigne la retraite, la séparation du grand monde : Esther ne portoit pas ses beaux habits dans le tems de sa retraite ; in diebus silentii. 3°. Il marque la ruine, Dominus silere nos fecit, Jérem. viij. 14. c’est-à-dire le seigneur vous a ruiné. (D. J.)

Silence dieu du, (Mythol.) Ammian Marcellin dit qu’on révéroit la divinité du silence, silentii numen colitur. Les Egyptiens l’appelloient Sigation ; les Grecs, Harpocrate ; & les Romains, Angenora. On représentoit cette divinité ayant le doigt sur la bouche. (D. J.)

Silences, s. m. en Musique, sont différens signes répondans à toutes les différentes valeurs des notes ; & qui, mis à la place de ces notes, marquent que tout le tems de leur valeur doit être passé en silence.

Quoiqu’il y ait dix valeurs de notes différentes, depuis la maxime, jusqu’à la quadruple croche, il n’y a cependant que neuf caracteres différens pour les silences, parce qu’il n’y en a point qui corresponde à la valeur de la maxime ; mais pour en exprimer la durée, on double le bâton de quatre mesures, qui équivaut à la longue.

Ces divers silences sont donc, le bâton de quatre mesures, qui vaut une longue ; le bâton de deux mesures, qui vaut une breve, ou quarrée ; la pause, qui vaut une semi-breve, ou ronde ; la demi-pause, qui vaut une minime, ou blanche ; le soupir, qui vaut une noire ; le demi-soupir, qui vaut une croche ; le quart de soupir, qui vaut une double croche ; le demi-quart de soupir, qui vaut une triple croche ; & enfin, le seizieme de soupir, qui vaut une quadruple croche. Voyez dans les Pl. de Musique les figures de tous ces silences.

Il faut remarquer que le point n’a pas lieu parmi les silences, comme parmi les notes ; car, quoiqu’une noire & un soupir soient d’égale valeur, on ne pourroit pas pointer le soupir, pour exprimer la valeur d’une noire pointée ; mais il faut après le soupir écrire encore un demi-soupir ; ce qui est assez mal entendu. (S)

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Étymologie de « silence »

Du latin silentium (« silence »).
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Provenç. silenci, s. m. et silencia, s. f. espagn. silencio ; ital. silenzio ; du lat. silentium, de silere, se taire, qu'on rapproche du goth. silan, être tranquille ; comparez aussi le bas-bret. sioul, tranquille. L'ancienne langue avait le verbe siler, se taire : XIIIe siècle. [Le rossignol] S'en va et si va silant, Bibl. des chartes, 4e série, t. V, p. 323.

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Phonétique du mot « silence »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
silence silɑ̃s

Citations contenant le mot « silence »

  • Le silence irrite le diable. De Proverbe bulgare
  • Quoi de plus complet que le silence ? De Honoré de Balzac
  • Le silence est la sieste du bruit. De José Artur
  • La plus grande révélation est le silence. De Lao-Tseu
  • Le bon silence s'appelle sainteté. De Proverbe portugais
  • Le silence est la récompense du comédien. De Georges Perros
  • On répond au fou par le silence. De Hazrat Ali
  • Tant de choses ne valent pas d'être dites. Et tant de gens ne valent pas que les autres choses leur soient dites. Cela fait beaucoup de silence. Henry Millon de Montherlant, Le Maître de Santiago, II, 1, Alvaro , Gallimard
  • Rien ne rehausse l'autorité mieux que le silence, splendeur des forts et refuge des faibles […]. Charles de Gaulle, Le Fil de l'épée, Plon
  • Le silence est plus tapageur que tout. De Amélie Nothomb / Mercure
  • Je cherche le silence et la nuit pour pleurer. Pierre Corneille, Le Cid, III, 4, Chimène
  • Silence au camp ! la vierge est prisonnière. Jean-François Casimir Delavigne, Messéniennes
  • Pour que demeure le secret Nous tairons jusqu'au silence. Max-Pol Fouchet, Demeure le secret, Mercure de France
  • Rien n'est vrai, que ce qu'on ne dit pas. Jean Anouilh, Antigone, Créon , La Table Ronde
  • La parole ne représente parfois qu'une manière, plus adroite que le silence, de se taire. Simone de Beauvoir, La Force de l'âge, Gallimard
  • J'imite de Conrart le silence prudent. Nicolas Boileau dit Boileau-Despréaux, Épîtres
  • Le silence est comme l'ébauche de mille métamorphoses. Yves Bonnefoy, Rimbaud par lui-même, Le Seuil
  • Il faut aujourd'hui de l'or, beaucoup d'or, pour jouir du droit de parler ; nous ne sommes pas assez riche. Silence au pauvre. Félicité de La Mennais, Dans le dernier numéro du journal le Peuple constituant 11 juillet 1848
  • Un de ces esprits sérieux qui veulent passer pour de grands génies, à la faveur de leur silence […]. Alain René Lesage, Histoire de Gil Blas de Santillane
  • Le silence est si doux, lorsqu'il peut consoler l'amour-propre ! Julie de Lespinasse, Lettres, à M. de Guibert
  • Le silence est l'élément dans lequel se forment les grandes choses. Maurice Maeterlinck, Le Trésor des humbles, Fasquelle
  • La tombe aime tout de suite le silence. Stéphane Mallarmé, Quelques Médaillons et portraits en pied, Verlaine
  • […] Le langage réalise en brisant le silence ce que le silence voulait et n'obtenait pas. Maurice Merleau-Ponty, Le Visible et l'Invisible, Gallimard
  • Seul le silence est grand, tout le reste est faiblesse. Alfred, comte de Vigny, Les Destinées, la Mort du loup
  • La parure des femmes, femme, c'est le silence. Sophocle, Ajax, 293 (traduction Mazon)
  • Le silence des peuples est la leçon des rois. Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau,
  • Le silence est la vertu des sots. Francis Bacon baron Verulam, Apophtegms, 31
  • Le silence, a dit quelqu'un, est une vertu qui nous rend agréables à nos semblables. Samuel Butler, Erewhon, New Travels, 23
  • La parole est la menue monnaie du silence. George Meredith, L'Épreuve de Richard Feverel The Ordeal of Richard Feverel
  • On n'a pas converti un homme parce qu'on l'a réduit au silence. Christopher Morley, On Compromise
  • Le reste est silence. William Shakespeare, Hamlet, V, 2, Hamlet
  • Quelle musique, le silence ! De Jean Anouilh / Le directeur de l'Opéra
  • Le silence oblitère tout. De Paul Auster / Moon Palace
  • Musique. Art du silence. De Jean Ethier-Blais / Le Manteau de Rubén Dario
  • Qui mendie en silence, meurt de faim en silence. De Proverbe indien
  • Le silence est un aveu. De Euripide
  • Sachez écouter, et soyez sûr que le silence produit souvent le même effet que la science. Napoléon Ier, Instructions pour le prince Eugène, 7 juin 1805
  • Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie. Blaise Pascal, Pensées, 206 Pensées
  • […] L'orgueil est plein de silence […]. Charles-Louis Philippe, Lettres de Jeunesse, Lettre à Mme Kenty , Gallimard
  • Le langage ne se refuse qu'à une chose, c'est à faire aussi peu de bruit que le silence. Francis Ponge, Tome premier, Proêmes , Gallimard
  • […] Les vrais livres doivent être les enfants non du grand jour et de la causerie, mais de l'obscurité et du silence. Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, le Temps retrouvé , Gallimard
  • J'écoute, à demi transporté, Le bruit des ailes du silence Qui vole dans l'obscurité. Marc Antoine Girard, sieur de Saint-Amant, Le Contemplateur
  • Ils* rendent le bruit même agréable au silence. Marc Antoine Girard, sieur de Saint-Amant, Moïse sauvé
  • Repose-toi du son dans le silence, et, du silence, daigne revenir au son. Seul, si tu sais être seul, déverse-toi parfois jusqu'à la foule. Victor Segalen, Stèles, Plon
  • Le silence est le meilleur avocat des morts. Jules Supervielle, Shéhérazade, Gallimard
  • Le silence est comme le vent : il attise les grands malentendus et n'éteint que les petits. Elsa Triolet, Proverbes d'Elsa, Les Éditeurs français réunis
  • Le chant et le silence mon beau pays de joie […]. Tristan Tzara, Terre sur terre, Les Trois Collines, Genève
  • Patience, patience, Patience dans l'azur ! Chaque atome de silence Est la chance d'un fruit mûr ! Paul Valéry, Charmes, Palme , Gallimard
  • On étouffe les clameurs, mais comment se venger du silence ? Alfred, comte de Vigny, Cinq-Mars
  • "Tout simplement parce que l’art se doit être accessible à tous, et que mon chemin d’artiste peintre se poursuit dans la spiritualité. Associer des œuvres favorisant une réflexion intérieure et un lieu de spiritualité me paraît évident" confiait l’artiste. Le thème de cette exposition est la "Poésie du Silence". Une exposition qui se veut une rencontre. Les œuvres de Aart Elshout sont loin du figuratif, elles sont plus proches du sensitif et du méditatif, elles n’imposent pas d’images barrant et cloisonnant le voyage vers l’imaginaire. Contempler un tableau de l’artiste dans le silence, en prenant le temps, équivaut à un éblouissement oculaire, puis l’œuvre vous parle, des portes s’ouvrent, il faut se laisser remplir, laisser venir. Puis un voyage intérieur commence, selon la sensibilité de chacun, on y retrouve des formes et des messages trop longtemps enfouis. L’exposition est jalonnée de poèmes de la poétesse Dany Moreuil, spécialement écrits pour cet évènement. Ces textes sont de véritables chemins pour un voyage à la découverte de la richesse du silence. Cette exposition sera la dernière manifestation de l’association Atome qui depuis 10 ans anime la vie culturelle de l’église de Trignan. Le samedi 22 août à 18 h 30, une soirée est organisée avec la présence de Roland Pastoureaud, Cathy Labit et Régis Doumecq (de la compagnie La Patte de Lièvre) elle sera suivie d’un repas convivial sous forme d’auberge espagnole. ladepeche.fr, Mézin. Partir à la rencontre de la "Poésie et Silence - ladepeche.fr

Images d'illustration du mot « silence »

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Traductions du mot « silence »

Langue Traduction
Anglais silence
Espagnol silencio
Italien silenzio
Allemand stille
Chinois 安静
Arabe الصمت
Portugais silêncio
Russe тишина
Japonais 沈黙
Basque isiltasun
Corse silenziu
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Synonymes de « silence »

Source : synonymes de silence sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « silence »

Silence

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