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Science

Sommaire

  • Définitions du mot science
  • Étymologie de « science »
  • Phonétique de « science »
  • Citations contenant le mot « science »
  • Images d'illustration du mot « science »
  • Traductions du mot « science »
  • Synonymes de « science »
  • Antonymes de « science »

Définitions du mot science

Trésor de la Langue Française informatisé

SCIENCE, subst. fém.

I. − Littér. ou vieilli, au sing. Somme de connaissances qu'un individu possède ou peut acquérir par l'étude, la réflexion ou l'expérience.
A. − Connaissance approfondie des choses dans ce qu'elles sont. Synon. savoir2.
1. [Cette connaissance n'est pas directement rapportée à un individu particulier]
a) Courant
α) [Sans spécification ni évocation dir. du domaine ou de l'objet] En politique, chacun prend parti selon sa passion et son intérêt (...); il n'y a point de science, il n'y a pas même un commencement de certitude. Aussi l'ignorance générale produit-elle la tyrannie générale (Proudhon,Propriété,1840, p. 199).J'ai vu de jeunes pianistes, et qui savent pourtant ce que c'est qu'apprendre, venir en foule à des cours du soir, tant il est agréable de s'emplir de science comme une cruche s'emplit d'eau (Alain, Propos, 1921, p. 241).Verbe + avec science.Les grands dîners (...) où l'on parlait de mangeaille, avec science et volupté; car il n'y avait là que des connaisseurs (Rolland,J.-Chr., Antoinette, 1908, p. 835).« Qu'est-ce qui se vend, qu'est-ce qui ne se vend pas? » Énigme que M. Robert Ganzo (...) débrouille devant vous avec science et brio (Fargue,Piéton Paris,1939, p. 81).
Puits* de science.
Expérience passe science (proverbe). L'expérience est supérieure à la connaissance abstraite. (Besch. 1845, Lar. 19e-20e).
[Avec caractérisation de nature ou de degré] Science infinie, inépuisable; demi-science, fausse science; science de fraîche date, de pacotille. Un père (...) en qui il voyait une grande science accompagnée d'un raisonnement fort net et fort puissant (Bremond,Hist. sent. relig., t. 4, 1920, p. 344).Montherlant fait penser à ces grimauds frais émoulus du collège, encore tout farcis d'une science purement livresque et mal digérée (Paulhan,Fleurs Tarbes,1941, p. 203).
Gaie science. V. gai I B 2.
[En fonction de déterm. ou de compl. adv.] Quand je l'invitais à dîner à Balbec, il commandait le repas avec une science raffinée (Proust,Sodome,1922, p. 1083).Grande revue trimestrielle d'une science élevée et de haute érudition (Civilis. écr.,1939, p. 34-7).
Savoir de science certaine. Avoir sur quelque chose des informations sûres que l'on ne peut mettre en doute. Je n'aurais absolument pas pu décrire les délices ineffables dont je savais, de science certaine, qu'une âme d'élite est inondée par les aveux mutuels d'un amour vertueux (Gobineau,Pléiades,1874, p. 34).Je sais, de science certaine, quelles erreurs sont pour nous séduire dans la recherche de la génération des œuvres (Valéry,Variété IV,1938, p. 98).P. anal. (de formulation). Tuer des cochons, n'importe quel îlien, à la rigueur, l'eût fait, mais ils savaient comme cela, d'une science de légende, qu'on ne sabote pas ces animaux (Queffélec,Recteur,1944, p. 102).
β) [Avec spécification du domaine ou de l'objet de connaissance] Si la science du présent leur manque, une opinion respectable (...) leur attribue la connaissance de l'avenir (Ozanam,Philos. Dante,1838, p. 155).Étaler, à l'heure de la fin, tout un fonds de malice qui avait dormi durant la vie, toute une science de mots grossiers qu'on avait cachée (Loti,Pêch. Isl.,1886, p. 206).
γ) [Avec caractérisation par référence à une catégorie de pers. possédant une telle connaissance]
Science de + subst.Si les vérités cruelles, les fâcheuses découvertes, les secrets de la société, qui composent la science d'un homme du monde parvenu à l'âge de quarante ans, avaient été connues de ce même homme à l'âge de vingt (Chamfort,Max. et pens.,1794, p. 30).C'est l'effet d'une science de garçon de bains ou de commis voyageur pour les tricots, de croire qu'un prophète est nécessairement, exclusivement, un voyant des choses futures (Bloy,Journal,1900, p. 34).
Science + adj.L'Ève future de Villiers. Trop de science humaine et trop peu de science divine (Bloy,Journal,1894, p. 116):
1. Les anciens savaient qu'Arcturus, qu'on nomme aussi le Bouvier, paraît le soir au temps des labours printaniers, et disparaît quand la saison froide et pluvieuse s'avance. Cette science paysanne s'efface. Le laboureur lit le journal. Alain,Propos,1910, p. 82.
b) THÉOL. CHRÉT.
[Avec caractérisation]
Science infuse*.
Science de vision. ,,Connaissance que Dieu possède (...) par laquelle il voit ce qui existe et se fait effectivement`` (Foi t. 1 1968). Science de simple intelligence. Connaissance ,,par laquelle Dieu connaît les possibles (êtres, actes, jugements des hommes, etc.)`` (Foi t. 1 1968). Science moyenne. ,,Connaissance que Dieu aurait des libres déterminations de ses créatures, en fonction desquelles il leur donnerait ou non une grâce efficace`` (Bouyer 1963). Descartes admet la science moyenne (Théol. cath.t. 4, 11920, p. 1248).
[En fonction de déterm.]
Arbre de la science (du bien et du mal). Arbre du paradis terrestre dont Dieu avait défendu à Adam et Ève de cueillir les fruits. Une loi est prescrite à l'homme, qu'il ne peut observer que par obéissance pure, car elle semble un décret arbitraire du créateur: ne pas manger du fruit de l'arbre de la science (Weill,Judaïsme,1931, p. 108):
2. Cette mort que Dieu avait annoncée à Adam, comme sa peine inévitable, s'il mangeait du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal, est le résultat naturel de la connaissance. Les bêtes n'ont point de connaissance: aussi peut-on dire qu'elles ne connaissent pas la mort; car la mort n'existe que par la connaissance, elle est un fruit de la connaissance. P. Leroux, Humanité,1840, p. 542.
Don de science. ,,Sens divin des choses humaines, des motifs humains, qui est un don du Saint-Esprit`` (Foi t. 1 1968).
c) MAR. Ligne de science. ,,Ligne courbe que l'on trace sur la carène d'un navire, pour marquer la limite supérieure du doublage en cuivre de la carène de ce navire`` (Bonn.-Paris 1859).
2. [Cette connaissance est directement rapportée à un individu particulier]
a) [Sans spécification ni évocation dir. du domaine ou de l'objet] Vos façons étant comminatoires, j'aurais refusé d'obtempérer, n'eût été votre ami, que sa science met mieux à même que vous d'apprécier la valeur des révélations que je vais vous faire (Benoit,Atlant.,1919, p. 136).Une question de droit canon? Gabriel Le Bras intervenait, avec sa science vivante et allègre (L. Febvre, Bloch et Strasbourg, [1947] ds Combats, 1953, p. 399).
b) [Avec spécification du domaine ou de l'objet de connaissance] M. Brunetière a l'esprit naturellement philosophique. Sa grande science des livres et de l'histoire, en lui permettant des comparaisons perpétuelles, a développé en lui cet esprit (Lemaitre,Contemp.,1885, p. 218).Il est curieux de voir que tous ceux qui impriment, en Comté, au XVIesiècle, paraissent avoir la coquetterie de donner quelques marques de leur science du français (L. Febvre, La Nationalité, [1926], ds Combats, 1953, p. 193).
c) [Avec caractérisation par recours à une catégorie de pers. possédant cette connaissance] Nous avions Lucien Loisy auprès de nous qui ne s'y trompait pas (...) et qui nous ouvrait avec gentillesse les trésors de sa science paysanne (Ambrière,Gdes vac.,1946, p. 367).
B. − Connaissance approfondie des règles et des techniques propres à une activité; p. méton. adresse, habileté dans la pratique, compétence qui résulte de cette connaissance. Synon. savoir-faire.
1. [Cette connaissance n'est pas directement rapportée à un individu particulier]
a) [Sans spécification ni évocation dir. du domaine] L'instrumentation est d'un art raffiné; mais tant de science n'alourdit point l'ouvrage (Dumesnil,Hist. théâtre lyr.,1953, p. 207):
3. ... la porcelaine est remplacée en Europe par une céramique formée d'un mélange de divers éléments; on la nommera porcelaine tendre parce que, contrairement à la porcelaine chinoise, elle se raye au couteau. Sa fabrication exige une science et une virtuosité bien supérieures. G. Fontaine, Céram. fr.,1965, p. 90.
Verbe + avec science/avec une science + déterm.Un Omer astucieux rongeait l'os de veau avec science afin de détacher le vernis de graisse sublimée par la cuisson et collée en suc croustillant le long de la côtelette (Adam,Enf. Aust.,1902, p. 8).La puissante volonté de Beethoven élit, étreint et maîtrise la forme de la fugue, avec une science presque diabolique (Rolland,Beethoven, t. 1, 1937, p. 290).
Patience passe science (proverbe). La patience donne plus de résultats que l'habileté et la connaissance. (Ds Rey-Chantr. Expr. 1980, s.v. patience).
b) [Avec spécification du domaine]
Science de + subst. désignant une activité ou son résultat.L'admirable chose que le « métier », le « sens artiste », la science des procédés du style, l'adresse à arranger les mots, l'art de la composition! (Lemaitre,Contemp.,1885, p. 91).Ils se reposent comme des paysans qu'ils sont pour la plupart (...) dans une détente totale des muscles, avec cette science de l'appui qui réussit à faire supporter au sol, à la chaise, à la table, le poids total du corps (Vercel,Cap. Conan,1934, p. 47).
[L'activité est rapportée à un individu particulier] Le snob ne se risque pas à discourir; son grand art (...) est de composer et parer son silence; toute la science de son jeu est de ne point s'expliquer, de s'en tenir à une attitude, à une expression, à un geste, tout au plus à quelque adjectif (Gaultier,Bovarysme,1902, p. 88).Ce boxeur (...) qui corrige méthodiquement sa technique, ses réactions, ses réflexes, ses reparties, son doublé fulgurant, renouvelle la science de son coup de poing (Cendrars,Bourlinguer,1948, p. 186).
[En fonction de déterm.] Metz a apporté un dessin d'un esprit, d'une furie, d'une science de dessin, d'un mouvement ou d'un heurt de lignes stupéfiants (Goncourt,Journal,1860, p. 772).
Science de + inf., rare.Il est tout simple que j'aie acquis la science de lire, sur les traits d'un visage et dans les attitudes, les sentiments qui déterminent les actes d'un homme (Villiers de L'I.-A.,Contes cruels,1883, p. 322).Cet art d'éluder les propos graves, les confessions, les aveux, cette science de vivre heureux et avec grâce (Mauriac,Nœud vip.,1932, p. 70).
c) [Avec caractérisation par recours à une catégorie d'agent] Vitruve: « On n'apprécie aujourd'hui qu'une seule chose: l'éclat des couleurs. La science du peintre n'y a plus de part » (Huyghe,Dialog. avec visible,1955, p. 206).
2. [Cette connaissance est directement rapportée à un individu particulier]
a) [Sans spécification ni évocation dir. du domaine] Les temples djaïns de l'Inde moyenne (...) expriment encore, il est vrai, malgré la science trop minutieuse de leurs décorateurs, une foi vivante (Faure,Hist. art,1912, p. 172).Ces coiffures majestueuses et audacieuses nous prouvent le talent, la science de nos académiciens de la coiffure (Stéphane,Art coiff. fém.,1932, p. 132).
b) [Avec spécification du domaine]
Science de + subst. désignant une activité ou son résultat.Il est vrai que ma profonde science de l'escrime m'assure des chances, et que mon épée est presque infaillible (Gautier,Fracasse,1863, p. 471).Il fait entrer la couleur dans la pâte, l'incorpore au glacis des silicates vitrifiés, y projette (...) ses chères campagnes engraissées où fleurit sa science des ciels, des vents et des cultures (Faure,Hist. art,1912p. 197).
Science + adj. évoquant un domaine.Quant aux effets de ton enseignement dans les siècles à venir, je les vois par ma science prophétique (L. Ménard,Rêv. païen,1876, p. 55).La colonne aurélienne est moins riche en représentations urbaines (...). Elle oppose (...) à la science architecturale des Romains les pauvres bourgades sarmates avec leurs cabanes rondes couvertes de paille (P. Lavedan, Urban.,1926, p. 183).
c) [Avec caractérisation par recours à une catégorie d'agent] [Gilliatt] était pilote né (...). Sa rare science de matelot éclata singulièrement un jour qu'il y eut à Guernesey une de ces sortes de joutes marines (Hugo,Travaill. mer,1866, p. 76).Il se confine bientôt dans des séries de motifs et de sujets identiques (...), ne se souciant plus que d'orner ces prétextes de toute sa sensibilité et de sa science de coloriste (Arts et litt.,1935, p. 84-8).
II. − Ensemble structuré de connaissances qui se rapportent à des faits obéissant à des lois objectives (ou considérés comme tels) et dont la mise au point exige systématisation et méthode.
A. − Au sing. [Avec art. déf. (ou sans art.), sans déterm. spécifiant ou suggérant un domaine ou une catégorie de faits]
1. Ensemble de toutes les connaissances humaines systématisées. En résumé, le but de la science est partout identique: connaître les conditions matérielles des phénomènes (Cl. Bernard, Introd. ét. méd. exp.,1865, p. 106).La science, en somme, est une construction qui tend à l'impersonnalité, mais chacun des actes de ses constructeurs est l'acte d'une personnalité (Valéry,Entret. avec F. Lefèvre,1926, p. 133):
4. Ainsi fait-il de la croyance que « tout est explicable, même l'inexpliqué », la condition même de la science: « Pour la science, dit-il, une explication surnaturelle n'est ni vraie, ni fausse, ce n'est pas une explication (...) » Massis,Jugements,1923, p. 81.
(Faire qqc.) pour la science. En faveur de la science. Quand il est là, elle ne le quitte pas d'un instant, elle boit ses paroles. Et tout cela pour la science, alors? Allons donc! Ce n'est pas la science qu'elle aime, c'est le savant! (Pailleron,Monde où l'on s'ennuie,1869, i, 7, p. 29).
[En rapport ou p. oppos. avec d'autres systèmes de pensée ou d'action] Science et art, science et technique. La morale et la science ont leurs domaines propres qui se touchent mais ne se pénètrent pas (H. Poincaré, Valeur sc.,1905, p. 3).L'abus des moyens merveilleux d'agir et de sentir que la science a créés et l'industrie multipliés (Valéry,Variété IV,1938, p. 151).
[Avec déterm. renvoyant à une époque, une région, un groupe humain] Science ancienne, contemporaine, de demain, du temps de, moderne; science européenne, française, occidentale, d'outre-Rhin; science bénédictine, islamique, officielle. C'est le côté pratique de la science américaine, son sens du concret et de l'efficace qui l'ont inclinée à se tourner vers les aspects psychiques des phénomènes sociaux (Hist. sc.,1957, p. 1523):
5. Il y a, bien sûr, science bourgeoise et science prolétarienne, tant pis pour ceux qui rient; en biologie, le conservateur a tendance à être fixiste, le « front populaire » évolutionniste, les radicaux demeurant dans la pure tradition darwinienne, les socialistes réformistes séduits par le lamarkisme et le dialecticien communiste fatalement attiré par les Weismann, de Vries, Giard... Vailland,Drôle de jeu,1945, p. 18.
[Avec adj. poss. renvoyant indirectement à un groupe humain] Ça et là notre science moderne même donne l'impression d'approcher d'un tournant (Doeblin,Pages imm. Confusius,1947, p. 39).Nous examinons le champ de leurs études [des Grecs], l'objet et les buts de leur science (Gds cour. pensée math.,1948, p. 230).
[Avec déterm. évoquant une méthode ou une visée spécifique] Ensemble des connaissances humaines systématisées relevant de telle méthode ou de telle visée spécifique. Science expérimentale, matérialiste, pure; science d'observation. Aussi la science positive, loin d'interdire le doute, l'approuve-t-elle et veut-elle lui répondre (Flammarion,Astron. pop.,1880, p. 110).Symptômes surtout ces formes rationnelles, issues de la science appliquée (Faure,Hist. art,1921, p. 246).
[En fonction de déterm.]
[Avec art. déf.] Avenir, découverte, méthode de la science; prince de la science. Voir l'unique rejeton de la famille entrer dans la glorieuse carrière de la science (Toepffer,Nouv. genev.,1839, p. 196).Le témoignage des plus grands maîtres de la science et de la pensée d'aujourd'hui (Affiche Action fr.,1908ds Doc. hist. contemp., p. 68).
SYNT. Amour, avancement, branche, but, champ, conquête, développement, diffusion, domaine, état, évolution, exigences, idéal, limites, marche, progrès de la science; aventurier de la science.
Le monde de la science. Le domaine de la science. Il y a loin du monde de la sensation brute au monde de la science (Ruyer,Esq. philos. struct.,1930, p. 290).Usuel. L'ensemble des personnes travaillant dans ce domaine. Un comité de l'énergie atomique, composé de personnalités du monde de la science et de la technique et de hauts fonctionnaires (Goldschmidt,Avent. atom.,1962, p. 75).
[Sans art.] Amateur de science; objet de science. Je m'en tiens aux revues générales qui publient éventuellement des articles de science, de politique ou de philosophie, mais dont la substance ordinaire est de nature littéraire (Civilis. écr.,1939, p. 32-3).À 17 ans elle [Sophie Kovalewski] partage la soif de science de toute la jeunesse intelligente russe de l'époque (Gds cour. pensée math.,1948, p. 263).
Homme de science. Celui qui travaille dans un domaine de la science. Synon. savant, scientifique.Les conditions et le résultat quotidien du travail de l'homme de science façonnent (...) son esprit à n'attribuer une idée de progrès qu'à une idée d'invention (Pasteurds Travaux,1882, p. 428).Femme de science (rare). Est-ce donc à dire, comme semble le conclure Maurice d'Ocagne dans ses Études sur les Femmes de Science et sur les Mathématiciennes, que la femme soit généralement dépourvue d'esprit inventif et de génie créateur? (Gds cour. pensée math.,1948, p. 258).
2. P. méton. Ensemble des personnes qui s'occupent de science. La science a déclaré récemment que les cheveux étaient une substance morte (Balzac,C. Birotteau,1837, p. 180):
6. L'attention que de nombreux savants accordent maintenant aux phénomènes parapsychologiques (...) confirme ce point de vue. La méfiance de la science à l'égard de la métapsychique (...) constitue, en tout cas, un appel à la prudence qui doit nous mettre en garde contre la crédulité... Amadou,Parapsychol.,1954, p. 27.
B. − Au sing. ou au plur. Ensemble de connaissances systématisées se rapportant à un même domaine.
1. [Sans déterm. spécifiant directement un domaine, une catégorie de faits]
a) [Avec art. indéf. (ou dém., indéf.) et avec ou sans déterm. ou avec art. déf. et déterm.] Classification des sciences. Il y a des sciences bonnes, dont l'existence est nécessaire à la société et la culture inutile aux esprits (Joubert,Pensées, t. 1, 1824, p. 456).Toute science peut être considérée sous deux angles différents, qui se recouvrent d'ailleurs partiellement et qui présentent d'étroites connexions: la science faite (ou codification du savoir), la science qui se fait (ou prolongement du savoir) (Gds cour. pensée math.,1948, p. 350).
[Avec déterm. renvoyant à une époque] La chimie est née d'hier: il y a cent ans à peine qu'elle a pris la forme d'une science moderne (Berthelot,Orig. alchim.,1885, p. 1).
[Avec déterm. évoquant une méthode, une visée spécifique] Science abstraite, appliquée, cartésienne, déductive, expérimentale, positive, pure; science de classification, de déduction, de raisonnement, de spéculation, de synthèse. Les sciences d'observation directe qui partent régulièrement de faits particuliers et travaillent méthodiquement à les condenser en faits généraux (Langlois, Seignobos,Introd. ét. hist.,1898, p. 183).La psychologie cesse d'être une science descriptive pour devenir explicative (Hist. sc.,1957, p. 1655).
Science exacte (souvent au plur.). Science qui repose sur le calcul. Ceux des citoyens dont les études antérieures auroient été dirigées vers la géométrie, ou vers les autres sciences exactes (Monge,Géom. descr.,1799, p. 3).Les caractéristiques et l'état de l'édition spécialisée dans les principales branches des sciences exactes et des sciences humaines (Civilis. écr.,1939, p. 14-13).
[Avec déterm. évoquant un rapport avec une/ d'autre(s) science(s)] Science autonome, satellite; sciences couplées. Une des sciences annexes de la photographie, appelée la sensitométrie, permet d'exprimer numériquement les différentes propriétés des émulsions photographiques (Arts et litt.,1935, p. 30-13).Je ne vois à retenir comme science auxiliaire [de l'histoire] que la partie de la philologie qui concerne la critique des textes (Marrou,Connaiss. hist.,1954, p. 112).
[Avec art. déf. et compl. déterminatif (ou adj. poss.) renvoyant à une pers. et évoquant indirectement un domaine]
[Renvoyant à un/des individu(s) particulier(s)] Il sentit qu'il se remettrait avec plaisir à la science de Gall et de Lavater (G. Leroux, Parfum,1908, p. 62).Sur ce point la science de Cuvier paraît en retard sur celle de Buffon (Hist. gén. sc.,t. 3, vol. 1, 1961, p. 510).
[Renvoyant à une catégorie d'agents] Science des chimistes, du paléographe; sciences de l'ingénieur. La Science et la vie (1913), qui paraît tous les mois, est plus particulièrement consacrée à la science de l'ingénieur (Civilis. écr., 1939, p. 32-16). Les cybernéticiens considèrent que leur science englobe dans une même synthèse explicative la machine nerveuse et la machine artificielle (Hist. gén. sc.,t. 3, vol. 2, 1964, p. 661).
b) Au plur. [Avec art. déf. et sans déterm.] Ensemble des sciences fondées essentiellement sur le calcul et l'observation. Académie, faculté des sciences; doctorat ès sciences; philosophie des sciences; diplômé en sciences; enseigner les sciences. Les sciences l'intéressent; il apprend la géométrie et (...) suit avec enthousiasme les premières grandes découvertes médicales (Gds cour. pensée math.,1948, p. 104).L'histoire des sciences pourrait expliquer pourquoi ces conventions d'usage de la droite ont fait de cette dernière l'image d'une multitude d'êtres de la nature (Couffignal,Mach. penser,1964, p. 62).
[P. oppos. à d'autres activités intellectuelles] Les humanités et les sciences. Ils avoient (...) mis à part ceux qui annonçoient du génie, afin de les initier dans les sciences et les lettres (Chateaubr.,Génie, t. 2, 1803, p. 440).Seule la création de facultés distinctes pour les sciences et pour les lettres était originale. Il était prévu pour l'ensemble du territoire (...) douze [facultés] de droit et vingt-sept de sciences et de lettres (Encyclop. éduc.,1960, p. 19).
P. méton. Personnes qui travaillent dans ce domaine, en partic. les enseignants. Derrière lui, se tient l'état-major des professeurs en toge de cérémonie: les sciences ont l'hermine orange; les humanités, l'hermine blanche (A. Daudet, Pt Chose,1868, p. 97).
2. [Avec déterm. spécifiant ou évoquant nettement le domaine ou la catégorie de faits]
a) [Avec déterm. adj.] Science anatomique; sciences mathématiques, philosophiques. Les sciences physico-chimiques plus simples que les sciences biologiques se dégagèrent [d'entraves philosophiques] les premières et depuis longtemps elles sont entièrement entrées dans la voie expérimentale (Cl. Bernard, Princ. méd. exp.,1878, p. 190).Cela n'empêche pas que Schubert n'ait puisé, dans la science historique, encore très aléatoire, de son époque, une idée extraordinairement vivante de l'essence du mythe (Béguin,Âme romant.,1939, p. 113).
SYNT. Science alchimique, anthropologique, astronomique, bibliographique, chimique, ethnographique, financière, juridique, médicale, paléographique, psychologique; sciences agronomiques, commerciales, économiques, géographiques, minéralogiques, philologiques, physiques.
Sciences humaines. Sciences qui ont pour objet d'étude l'homme et ses comportements. La criminologie est moins connue que les autres sciences humaines, car elle est enseignée dans les facultés de droit et non dans les facultés de lettres, comme le sont toutes les autres sciences humaines modernes (David,Cybern.,1965, p. 109).Une dernière étape à franchir qui a été, au fond, l'œuvre du gestaltisme et qui constitue ce que Lewin a appelé la révolution copernicienne des sciences humaines (Traité sociol.,1967, p. 71).
Sciences morales. Sciences qui ont pour objet d'étude l'aspect moral et social de l'homme. On oppose les sciences morales aux sciences physiques (Lévi-Bruhl,Mor. et sc. mœurs,1903, p. 101).
Sciences naturelles. V. naturel.Sciences occultes. V. occulte.Sciences politiques. V. politique1.
b) [Avec déterm. subst. introduit par de] Science des astres, du comportement; science des cristaux, de l'hérédité, des institutions, des mœurs, des nombres, des phénomènes électriques; sciences de la matière. [L'économie politique] paraît (...) plutôt une science de faits, et pour ainsi dire empirique, qu'une véritable théorie (Condorcet,Esq. tabl. hist.,1794, p. 58).Descripteur de quelques espèces disparues de mammifères, c'est lui qui donna à la science des fossiles son nom de paléontologie (Hist. gén. sc.,t. 3, vol. 1, 1961, p. 514).
Sciences de l'homme (et de la société). Synon. de sciences humaines.Sciences de la nature. Synon. de sciences naturelles.
[Le compl. est un adj. subst.] Science de l'animé/l'inanimé, du paranormal. L'idée étrangement séduisante d'une « science du beau », qui (...) nous ferait discerner à coup sûr ce qu'il faut aimer, ce qu'il faut haïr (Valéry,Variété IV,1938, p. 239).Pour notre auteur, l'histoire se définit une science du particulier (L. Febvre, L'Histoire historisante, [1947] ds Combats, 1953, p. 115).
[Avec de d'identification] Science de l'alchimie, de l'ethnographie, de l'informatique, de la papyrologie. Bien que la science de la physiologie soit une science difficile à pratiquer, et qu'elle demande des connaissances spéciales (Tscheuschner,Prévis. temps,1919, p. 3).Nous allons commencer par quelques notions très simples et aussi très nettes (...) de sociologie juridique, avec des notions très simples où la science de la sociologie est aujourd'hui capable de nous donner beaucoup de renseignements (Scelle,Fédéralisme eur.,1952, p. 2).
3. Science chrétienne (trad. de l'angl. christian science). Doctrine selon laquelle la maladie, comme le mal moral, peut être combattue par des moyens spirituels; p. méton. secte religieuse défendant cette doctrine. [Mary Baker Eddy] allait léguer le résultat des recherches spirituelles auxquelles l'avait amenée sa guérison, et fonder l'église du Christ, scientiste, établie aujourd'hui (1956) dans quarante-cinq pays, ainsi que la très importante société d'édition de la science chrétienne (Philos., Relig., 1957, p. 44-13).Le traitement médical et la science chrétienne se mélangent mal (Philos., Relig., 1957p. 44-14).
REM. 1.
Scientologie, subst. fém.Église de scientologie. Secte fondée aux États-Unis par L.R. Hubbard, qui ,,propose à ses adeptes de dépasser le stade ordinaire de la conscience de soi`` et ,,recourt, pour ce faire, à toute une théorie explicative du monde et de l'homme et à des techniques prétendument psychanalytiques pour améliorer l'aptitude de ses croyants à traiter avec leurs semblables`` (Encyclop. univ. Suppl. t. 2 1980, p. 1295). Cette affaire est un des épisodes du différend qui oppose l'ex-Église de scientologie à Interpol (Le Monde,22 mai 1981, p. 27).
2.
Scientologue, subst. masc.Adepte de l'Église de scientologie. La commission de l'informatique et des libertés au secours des scientologues (Le Monde,22 mai 1981, p. 27).
Prononc. et Orth.: [sjɑ ̃:s]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. [Ca 1100 science « aptitude, habileté acquise dans un domaine, une activité particulière » (Roland, éd. J. Bédier, 3003; sens incertain, Segre lit escïence et rattache ce mot à essïent dans estre de tel essïent que..., cf. éd. C. Segre, 1971, p. 534)]; 1269-78 (Jean de Meun, Rose, éd. F. Lecoy, 11409); 2. a) 1119 escience « savoir, connaissance compréhensive acquise par l'étude et la réflexion » (Philippe de Thaon, Comput, éd. E. Mall, 228); b) 1174-76 « le savoir humain (opposé ici aux préoccupations religieuses) » (Guernes de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 2512); c) 1532 « le savoir (en tant qu'il est différent du sens moral) » science sans conscience n'est que ruyne de l'âme (Rabelais, Pantagruel, VIII, éd. V.-L. Saulnier, p. 47); d) 1672 la science « le savoir de l'humanité dans sa recherche de la vérité ou de la compréhension de l'univers, par opposition au savoir d'un individu » (Molière, Femmes savantes, IV, 3); e) 1751 la vraie science (D'Alembert, Discours préliminaire, Encyclop., t. 1, p. XXXV); 1842 la science pure « la science pour elle-même, sans autre but que le savoir » (Sainte-Beuve, Port-Royal, t. 2, p. 163); 1860 la science pure « la science fondée sur des principes rationnels et la stricte observation des faits » (Flaub., Corresp., p. 399); 3. a) 1remoit. xiies. « la connaissance divine, celle que Dieu peut donner » (Psautier Oxford, éd. Fr. Michel, CXVIII, 66); fin xves. (Jean Molinet, Faictz et dictz, éd. N. Dupire, t. 2, p. 460: infuse en may don de grace et science); 1456 don de science (Antoine de La Sale, Jehan de Saintré, éd. J. Misrahi et Ch. A. Knudson, p. 39); d'où b) 1646 science infuse « savoir inné, connaissances qui sont un don sans avoir besoin d'être apprises » (Du Lorens, Satires, X, p. 171); 4. a) ca 1268 « ensemble, système de connaissances dans un domaine » sing. et plur. (Brunet Latin, Trésor, éd. F. J. Carmody, p. 19, I, III, l. 1, I, II, l. 18); 1370 science politique, science speculative, science pratique, sciences mathématiques, science naturele (Oresme, Trad. des Ethiques d'Aristote, éd. A. D. Menut, p. 130; p. 105, note 11; p. 331, note 8; p. 505, note 4); 1580 sciences humaines (Montaigne, Essais, II, XII, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 559); b) 1559 les sciences « le savoir, l'ensemble des sciences » (Du Bellay, Deffence et Illustration, I, X, éd. H. Chamard, p. 68, 1, 131); c) 1751 « ensemble, système de connaissances dans un domaine fondé sur des principes et des lois établis selon la rigueur des mathématiques et l'observation des faits » (D'Alembert, op. cit., p. VI); spéc. d) 1751 sciences exactes (Ch.-P. Duclos, Considérations sur les mœurs, p. 247); 1787 science expérimentale (L.-S. Mercier, Tabl. Paris, t. 5, p. 228); 1803 les sciences appelées positives (Chateaubr., Génie, t. 2, p. 45); 1832 les sciences expérimentales (Say, Écon. pol., p. 15); 5. 1269-78 « connaissance claire et exacte de quelque chose » (Jean de Meun, Rose, éd. F. Lecoy, 6831); 1291 de certene science « d'une façon tout à fait sûre » (Chartes de Rethel ds Runk., p. 11); 1654 savoir de science certaine (Guez de Balzac, Les Entretiens, éd. 1657, p. 320). Empr. au lat.scientia, -ae « connaissance, savoir, connaissances théoriques ». Fréq. abs. littér.: 13 555. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 19 210, b) 22 402; xxes.: a) 23 055, b) 15 383. Bbg. Koenig (D.). Sen/Sens et Savoir et leurs synon. ds qq. rom. courtois du 12eet du début du 13es. Bern-Frankfurt, 1973, p. 128, 171, 201. − Quem. DDL t. 11, 23. − Ricken (U.). Gelehrter und Wissenschaft im Frz. Berlin, 1961, pp. 51-84; p. 111; Zur Entwicklung des frz Intellektualwortschatzes. Wissenschaftlichen Z. der Martin-Luther-Universität. Halle, 1963, t. 12, pp. 995-997. − Zumthor (P.). Note sur les ch. sém. ds le vocab. des idées. Néophilologus. 1955, t. 39, pp. 181-182.

Wiktionnaire

Nom commun

science \sjɑ̃s\ féminin

  1. Activité visant à connaître et expliquer le monde matériel hors de toute hypothèse religieuse.
    • J’ai la passion de la philosophie et de la science qui vont cherchant l’inconnu du cœur de l’homme et le pourquoi des lois de la vie. — (Octave Mirbeau, Contes cruels : La Chanson de Carmen (1882))
    • Parce que l’astronomie parvenait à calculer les tables de la lune, on a cru que le but de toute science était de prévoir avec exactitude l’avenir; […]. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, chap. IV, La grève prolétarienne, 1908, p. 190)
    • La science, c'est l'art de tenter de comprendre le monde. Là où la politique est l'obéissance aux lois, là où la religion est la soumission à la volonté du grand géant barbu imaginaire et invisible qui surveille tout, la science cherche sans a priori et pose de nouvelles questions. — (Bernard Werber, Demain les chats, Albin Michel, « Le Livre de poche », 2016, pp. 159-160)
  2. Ensemble des connaissances acquises par l’étude ou la pratique.
    • Il a beaucoup de science.
    • Il a un grand fonds de science.
    • Cet homme est un puits de science.
  3. Organisation de connaissances spécialisées par des moyens méthodiques et fondés sur l'expérience ou le raisonnement par l'établissement de principes (théories, lois, etc.).
    • La chimie agricole est une science appelée à rendre d’immenses services aux cultivateurs. Elle a pour objet l’étude des terrains; […]. — (Pierre Joigneaux, La chimie du cultivateur, page 1, 1850)
    • Enfin ne craignons pas de substituer à la science cabalistique ancienne, l’explication du monde par l’observation des phénomènes de la nature. — (Jean Déhès, Essai sur l’amélioration des races chevalines de la France, École impériale vétérinaire de Toulouse, Thèse de médecine vétérinaire, 1868)
    • […], mais comme j’écris ici un traité il est nécessaire que je mette le lecteur au courant des principes de la science phytosociologique. — (Henri Gaussen, Géographie des Plantes, Armand Colin, 1933, p.122)
    • […] il faut inculquer à l’ouvrier un minimum préventif de doctrines antisocialistes, et, en un mot, organiser en face de la croisade vulgarisatrice de la science révolutionnaire, la croisade vulgarisatrice de la science chrétienne. — (Firmin Van den Bosch, À coté de sa mission sociale, la jeunesse catholique a une mission littéraire, dans La Belgique artistique et littéraire: une anthologie de langue française 1848-1914, page 582, Éditions Complexe, 1997)
    • Pavlov ne s’est pas borné à abdiquer simplement la psychologie en tant que science. Il voyait naître en lui le sentiment d’hostilité irréconciliable envers cette « alliée de la physiologie » qui n’a pas fait ses preuves. — (E. Asratian, I. Pavlov : sa vie et son œuvre, page 78, Éditions en langues étrangères, Moscou, 1953)
    • L’astrologie judiciaire était alors en vogue. La haute raison du président de L’Alouette condamnait cette science frivole et chimérique. Il écrivit pour la discréditer et en démontrer le vide et la nullité. — (Abbé Prégnon, Histoire du pays et de la ville de Sedan : depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, Charleville : Auguste Pouillard, 1856, vol. 3, p. 351)

Nom commun

science \Prononciation ?\ féminin

  1. Savoir, connaissance.
    • La fontaine et li puis
      De trestoute science
      — (L’ABC Nostre Dame, ms. 837 de la BnF, f. 171r.)
      La fontaine et le puits
      De toute connaissance
  2. (Ancien français tardif) Science (études scientifiques)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

SCIENCE. n. f.
Connaissance exacte qu'on a de quelque chose. Je sais cela de science certaine. Cela passe ma science. La science du bien et du mal. Il signifie particulièrement Système de connaissances rationnelles ou expérimentales sur un objet déterminé. Les sciences naturelles. Les sciences exactes. Les sciences physiques. Les sciences morales et politiques. Les sciences occultes. Les sciences expérimentales. Les sciences d'observation. La science des nombres. Les sciences. Se livrer à l'étude des sciences. Posséder une science à fond. Cultiver une science. Les sciences, les lettres et les arts. L'Académie des Sciences. Le progrès des sciences. L'état des sciences. La classification des sciences. Il se dit absolument et au singulier de l'Ensemble des connaissances acquises par l'étude. Il a beaucoup de science. Il a un grand fonds de science. Il se pique de science. Cet homme est un puits de science. La science infuse, Celle qui est surnaturelle, qui vient de Dieu par inspiration. Les scolastiques prétendaient qu'Adam avait la science infuse. Fam., Il croit avoir la science infuse se dit, par raillerie, d'un Homme qui se croit savant sans avoir étudié.

SCIENCE désigne aussi la Connaissance de certaines choses qui servent à la conduite de la vie ou à celle des affaires. La science du monde. La science du gouvernement, de l'administration.

Littré (1872-1877)

SCIENCE (si-an-s') s. f.
  • 1Connaissance qu'on a de quelque chose. Selon divers besoins il est une science D'étendre les liens de notre conscience, Molière, Tart. IV, 5. La science des choses extérieures ne me consolera pas de l'ignorance de la morale au temps d'affliction ; mais la science de mœurs me consolera toujours de l'ignorance de choses extérieures, Pascal, Pens. VI, 41, édit HAVET. Il n'y a que la science des choses, c'est-à-dire celle qui a pour but de satisfaire notre esprit par la connaissance du vrai, qui puisse avoir quelque solidité, Nicole, Ess. de mor. traité I, ch. 7. Fatal présent du ciel, science malheureuse, Qu'aux mortels curieux vous êtes dangereuse ! Plût aux cruels destins, qui pour moi sont ouverts, Que d'un voile éternel mes yeux fussent couverts ! Voltaire, Œdipe, III, 4.

    Savoir quelque chose de science certaine, d'une certaine science, le savoir d'une façon tout à fait sûre. Mme de Guémené me dit qu'elle savait de science certaine que le cardinal croyait que j'en avais été l'auteur [des barricades], Retz, II, 147. Je sais de science certaine que jamais Louis XIV ne fit une réponse si peu convenable [j'ai toujours été maître chez moi, quelquefois chez les autres ; ne m'en faites pas souvenir], Voltaire, Louis XIV, 24.

    Parler de quelque chose de science certaine, en parler comme parfaitement informé. Ce qu'elle vous en dit est assurément vrai ; Je puis vous en parler de science certaine, Boursault, Fabl. d'Ésope, I, 3.

    De notre certaine science, pleine puissance et autorité royale, ancienne formule des édits et déclarations du roi.

    L'arbre de la science du bien et du mal, l'arbre du paradis terrestre dont Dieu avait interdit les fruits à Adam.

  • 2Ensemble, système de connaissances sur une matière. Toutes les sciences qui sont soumises à l'expérience et au raisonnement, doivent être augmentées pour devenir parfaites ; les anciens les ont trouvées seulement ébauchées, et nous les laisserons à ceux qui viendront après nous en un état plus accompli que nous ne les avons reçues, Pascal, Fragm. d'un traité du vide. De là vient que, par une prérogative particulière, non-seulement chacun des hommes s'avance de jour en jour dans les sciences, mais que tous les hommes ensemble y font un continuel progrès à mesure que l'univers vieillit, parce que la même chose arrive dans la succession des hommes que dans les âges différents d'un particulier, Pascal, ib. Nous voyons que toutes les sciences sont infinies en l'étendue de leurs recherches, Pascal, Pens. I, I, éd. HAVET. J'avais passé longtemps dans l'étude des sciences abstraites… quand j'ai commencé l'étude de l'homme, j'ai vu que ces sciences abstraites ne lui sont pas propres, et que je m'égarais plus de ma condition en y pénétrant que les autres en les ignorant, Pascal, ib. VI, 23. Les sciences ont deux extrémités qui se touchent : la première est la pure ignorance naturelle où se trouvent tous les hommes en naissant ; l'autre extrémité est celle où arrivent les grandes âmes, qui, ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir, trouvent qu'ils ne savent rien, et se rencontrent en cette même ignorance d'où ils étaient partis, Pascal, ib. III, 18. La science est ou des mots, ou des faits, ou des choses, Nicole, Ess. de mor. 1er traité, ch. 6. Les sciences ne viennent-elles pas aux savants, comme les richesses viennent à la plupart des gens riches ? n'est-ce pas par voie de succession ? vous héritez des anciens, vous autres hommes doctes, ainsi que nous de nos pères, Fontenelle, Dial. 2, Morts mod. L'Ingénu faisait des progrès rapides dans les sciences, et surtout dans la science de l'homme, Voltaire, l'Ingénu, 14. C'était une ancienne tradition passée de l'Égypte en Grèce, qu'un dieu ennemi du repos des hommes était l'inventeur des sciences, Rousseau, Disc. rétabl. des sciences. Une science bien traitée n'est qu'une langue bien faite, Condillac, Œuvr. t. XXIII, p. 7. Il n'y a plus qu'un bouleversement général du globe qui puisse éteindre les sciences, les arts, et ensevelir les noms des hommes célèbres qui les ont cultivés, Diderot, Lett. à Falconet, janv. 1866. Les sciences sont une espèce de grand édifice auquel plusieurs personnes travaillent de concert ; les uns, à la sueur de leur corps, tirent la pierre de la carrière, d'autres la traînent avec effort jusqu'au pied du bâtiment, d'autres l'élèvent à force de bras et de machines ; mais celui qui la met en œuvre et en place a le mérite de la construction, D'Alembert, Élém. de philos. ch. 21. Si l'on ne doit dater l'origine d'une science que du temps où la méthode d'y découvrir la vérité a été développée, Condorcet, Bucquet. Ceux qui contribuent par leurs découvertes aux progrès des sciences, et ceux qui les font respecter en les rendant utiles, ont également droit à l'estime des hommes et doivent nous être également chers, Condorcet, Montigni. Les sciences, sans bornes comme la nature, s'accroissent à l'infini par les travaux des générations successives, Laplace, Exp. V, 5. Moins par sa nature une science renferme de faits, plus tôt elle arrive à la perfection, Destutt-Tracy, Instit. Mém. sc. mor. et pol. t. I, p. 391. Il n'est de véritable science que celle qui n'est point fondée sur l'autorité ; car la science n'est point une croyance, mais une expérience, Cambacérès, Instit. Mém. sc. mor. et pol. t. III, p. 12. C'est une belle application des sciences exactes que d'avoir su déterminer les dimensions de ce globe que nous habitons, et d'avoir fait de sa grandeur le type invariable d'une mesure universelle, Biot, Instit. Mém. sc. t. III, p. LXXIV. La science d'une chose est l'ensemble des lois de cette chose, Duhamel, Méthodes dans les sc. de raisonnement, 1re part. p. 29.

    Science de raisonnement, science dans laquelle les vérités pourront être obtenues par le seul raisonnement, en partant de données admises, d'axiomes, de principes primitifs.

  • 3Savoir qu'on acquiert par la lecture et par la méditation. Et, c'est mon sentiment qu'en faits, comme en propos, La science est sujette à faire de grands sots, Molière, Femmes sav. IV, 3. Nous voulons montrer à de certains esprits, Dont l'orgueilleux savoir nous traite avec mépris, Que de science aussi les femmes sont meublées, Molière, ib. III, 2. Quiconque est riche est tout… Il a, sans rien savoir, la science en partage, Boileau, Sat. VIII. Si la science et la sagesse se trouvent unies en un même sujet, je ne m'informe plus du sexe, j'admire, La Bruyère, III. Mes amis, une fausse science fait des athées ; une vraie science prosterne l'homme devant la Divinité, Voltaire, Dial. XXIV, 10.

    Demi-science, science imparfaite, superficielle, bornée. Nous achevons le Tasse avec plaisir ; nous y trouvons des beautés qu'on ne voit point, quand on n'a qu'une demi-science, Sévigné, 67.

    Le zèle et la science, voy. ZÈLE.

  • 4 Terme de théologie. Science de simple intelligence, faculté par laquelle Dieu se connaît lui-même.

    Science de vision, celle qui fait connaître toutes les choses à l'être suprême.

    Science moyenne, celle par laquelle Dieu apprécie les conséquences de telle ou telle cause.

    La science infuse, celle qui vient de Dieu par inspiration, ou qu'on nous suppose donnée par la nature.

    Familièrement. Il croit avoir la science infuse, se dit d'un homme qui se croit savant sans avoir étudié.

  • 5Connaissance de certaines choses utiles à la conduite de la vie, à celle des affaires. Vouloir ce que Dieu veut est la seule science Qui nous met en repos, Malherbe, VI, 18. La science des saints, selon le sentiment de tous les Pères, n'est rien autre chose que la science du salut, Bourdaloue, Fête des saints, Myst. t. II, p. 445. Si dans les droits du roi sa funeste science [d'un financier] Par deux ou trois avis n'eût ravagé la France, Boileau, Sat. I. Cette défiance Est toujours d'un grand cœur la dernière science, Racine, Brit. I, 4. J'ai vu Burrhus, Sénèque, aigrissant vos soupçons, De l'infidélité vous tracer les leçons, Ravis d'être vaincus dans leur propre science, Racine, Brit IV, 2. Faut-il apprendre à feindre ? Quelle science, hélas ! Voltaire, Alz. I, 4.
  • 6Science du monde. J'entends ici par la science du monde, l'art de se conduire avec les hommes pour tirer de leur commerce le plus grand avantage possible, sans s'écarter néanmoins des obligations que le monde impose à leur égard, D'Alembert, Mélanges, etc. t. V, § 6.
  • 7La science du cœur, la connaissance des sentiments. Jusqu'à quel point ils [les romans de notre siècle] ont poussé la science du cœur, Fontenelle, Réfl. poét. 12.

    Dans un sens analogue. Cet incomparable morceau [Moi jalouse ! - Phèdre de Racine] offre une gradation de sentiments, une science de la tristesse, des angoisses et des transports de l'âme que les anciens n'ont jamais connue, Chateaubriand, Génie, II, III, 3. Si l'on suivait les détails [de la mort de Clarisse Harlowe], si nous pouvions avoir ici la patience d'un lecteur solitaire, quelle science prodigieuse de douleur n'apercevrions-nous pas dans toutes les nuances par lesquelles le poëte a gradué le désespoir de ses personnages ! Villemain, Litt. franç. XVIIIe siècle, 1re leçon.

  • 8 Terme de beaux-arts. Se dit de tout ce qui peut se réduire en règles ou en préceptes.
  • 9 Terme de marine. Ligne de science, ligne qui marque la limite supérieure du doublage en cuivre de la carène.
  • 10Toute-science, voy. TOUTE-SCIENCE, à son rang.

SYNONYME

SCIENCE, ART Au point de vue philosophique, ce qui distingue l'art de la science, c'est que la science ne s'occupe que de ce qui est vrai, sans aucun souci de ce qui peut être utile ; et que l'art s'occupe seulement de ce qui peut être utile et appliqué. L'agriculture est un art qui s'appuie sur diverses sciences : l'histoire naturelle, la géologie, la chimie. À un autre point de vue, la science consiste surtout dans la théorie, l'abstraction ; et l'art, dans l'application, la pratique. La rhétorique est la science qui traite de l'art qu'on appelle l'éloquence.

HISTORIQUE

XIe s. Puis sunt muntez [à cheval] e il unt grant science [de guerre], Ch. de Rol. CCXIV.

XIIe s. Tote escience [ils] orent à main, Benoit de Sainte-Maure, I, V. 473. Quant um devra l'iglise selunc Deu conseiller, Science et genterise en covient esluigner, Th. le mart. 62.

XIIIe s. L'en doit requerre trois choses en celui qui est esleuz, c'est à savoir dreit aage, honesté de bones mors, escience convenable, Liv. de jost. 30.

XVe s. Adonc respondirent plusieurs cardinaux et tous d'une science [unanimement] : Pere sainct, le cardinal d'Amiens parle bien, Froissart, Liv. IV, p. 308, dans LACURNE.

XVIe s. Sçavoir de certaine science que…, Montaigne, I, 203. Une consolation en la perte de nos amis, c'est la science de n'avoir rien oublié à leur dire, Montaigne, II, 83. Il rendit fidelement l'argent commis à sa seule science, Montaigne, III, 14. Je ne traicte d'aulcune science que de l'inscience, Montaigne, IV, 221. Nos ancestres disoyent : diligence passe science ; mais aucuns aujourd'hui disent : patience passe science, H. Estienne, Précell. 165. Science sans fruit ne vaut gueres, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 148. Grand science est folie, si bon sens ne la guide, Leroux de Lincy, ib. p. 303. Une science requiert tout son homme, Cotgrave Mais le vice n'a point pour mere la science, Et la vertu n'est point fille de l'ignorance, D'Aubigné, Tragiques, Princes.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

SCIENCE. Ajoutez :
11Science abstraite, science considérée indépendamment de ses applications, dans le langage de la philosophie positive, qui en compte six : la mathématique, l'astronomie, la physique, la chimie, la biologie et la sociologie (COMTE, Système de philosophie positive).

On dit quelquefois en ce sens science pure. J'ai tort de dire science pure, car il n'y a pas une science pure et une science appliquée : il y a la science et les applications de la science, Paul Bert, Journ. offic. 14 janv. 1873, p. 248, 3e col.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

SCIENCE, s. f. (Logiq. & Métaphys.) science, en terme de philosophie, signifie la connoissance claire & certaine de quelque chose, fondée ou sur des principes évidens par eux-mêmes, ou sur des démonstrations.

Le mot science pris dans le sens qu’on vient de dire est opposé à doute ; & l’opinion tient le milieu entre les deux.

Les sceptiques nient qu’il soit possible d’avoir la science sur rien, c’est-à-dire qu’il y ait rien sur quoi on puisse arriver à un degré de connoissance capable de produire une conviction entiere.

La science se partage en quatre branches, qui sont l’intelligence, la sagesse, la prudence & l’art.

L’intelligence consiste dans la perception intuitive du rapport de convenance ou de disconvenance qui se trouve entre deux idées ; telle est la science de Dieu, telle est la connoissance que nous avons des premiers principes.

La sagesse s’éleve toujours aux vues générales, & ne considere dans les êtres que les rapports qu’ils ont les uns avec les autres, pour en tirer des conclusions universelles. Les êtres spirituels sont aussi de son ressort.

La prudence s’applique à former les mœurs à l’honnêteté, conformément à des regles éternelles & immuables. On l’appelle dans les écoles, habitus verâ cum ratione activus.

L’art donne des regles sûres & immanquables pour bien raisonner. On le définit dans les écoles, habitus verâ cum ratione effectivus.

Sciences, (Connoissances humaines.) je dirai peu de chose des sciences, non pas qu’elles ne fassent la partie la plus importante de l’Encyclopédie, mais parce qu’on a exposé profondément leur origine, leur nature, leurs progrès, leur enchaînement dans la belle préface de cet ouvrage.

Il est certain que les sciences sont l’ouvrage des plus grands génies. C’est par elles que l’immensité de la nature nous est dévoilée ; ce sont elles qui nous ont appris les devoirs de l’humanité, & qui ont arraché notre ame des ténebres pour leur faire voir, comme dit Montaigne, toutes choses hautes & basses, premieres, dernieres & moyennes ; ce sont elles enfin qui nous font passer un âge malheureux sans déplaisir & sans ennui. « Illustre Memmius, celui-là fut un dieu qui trouva l’art de vivre auquel on donne le nom de sagesse ».

Telle est aujourd’hui la variété & l’étendue des sciences, qu’il est nécessaire pour en profiter agréablement, d’être en même tems homme de lettres. D’ailleurs les principes des sciences seroient rebutans, si les belles lettres ne leur prêtoient des charmes. Les vérités deviennent plus sensibles par la netteté du style, par les images riantes, & par les tours ingénieux sous lesquels on les présente à l’esprit.

Mais si les belles-lettres prêtent de l’agrément aux sciences, les sciences de leur côté sont nécessaires pour la perfection des belles-lettres. Quelque soin qu’on prît de polir l’esprit d’une nation, si les connoissances sublimes n’y avoient accès, les lettres condamnées à une éternelle enfance, ne feroient que bégayer. Pour les rendre florissantes, il est nécessaire que l’esprit philosophique, & par conséquent les sciences qui le produisent, se trouvent, sinon dans l’homme de lettres lui-même, du-moins dans le corps de la nation, & qu’elles y donnent le ton aux ouvrages de littérature.

Socrate qui mérita le titre de pere de la philosophie, cultivoit aussi l’éloquence & la poésie. Xénophon son disciple sut allier dans sa personne l’orateur, l’historien & le savant, avec l’homme d’état, l’homme de guerre, & l’homme du monde. Au seul nom de Platon toute l’élévation des sciences, & toute l’aménité des lettres se présentent à l’esprit. Aristote, ce génie universel, porta la lumiere dans tous les genres de littérature, & dans toutes les parties des sciences. Alexandre lui écrivoit, qu’il aimeroit beaucoup mieux être comme lui au-dessus des autres hommes par l’étendue de ses lumieres, que par celle du pouvoir dont Dieu l’avoit comblé. Eratosthène traita dans des volumes immenses, presque tout ce qui est du ressort de l’esprit humain, la grammaire, la poésie, la critique, la chronologie, l’histoire, la mythologie, les antiquités, la philosophie, la géométrie, l’astronomie, la géographie, l’agriculture, l’architecture, & la musique.

Lucrece employa les muses latines à chanter des matieres philosophiques. Varron, le plus savant des Romains, partageoit son loisir entre la philosophie, l’histoire, l’étude des antiquités, les recherches de la grammaire & les délassemens de la poésie. Brutus étoit philosophe, orateur, & possédoit à fond la jurisprudence. Cicéron qui porta jusqu’au prodige l’union de l’éloquence & de la philosophie, déclaroit que s’il avoit un rang parmi les orateurs de son tems, il en étoit plus redevable aux promenades du portique, qu’aux écoles des rhéteurs. Combien d’autres exemples ne pourrai-je pas tirer des siecles reculés ? On ne pensoit point alors que les sciences fussent incompatibles dans une même personne, avec une érudition fleurie, avec l’étude de la politique, avec le génie de la guerre ou du barreau. On jugeoit plutôt que la multitude des talens étoit nécessaire pour la perfection de chaque talent particulier, & cette opinion étoit vérifiée par le succès.

Le même tems qui vit périr Rome, vit périr les sciences. Elles furent presque oubliées pendant douze siecles, & durant ce long intervalle, l’Europe demeura plongée dans l’esclavage & la stupidité. La superstition, née de l’ignorance, la reproduisit nécessairement, tout tendit à éloigner le retour de la raison & du goût. Aussi fallut-il au genre humain pour sortir de la barbarie, une de ces révolutions qui font prendre à la terre une face nouvelle. L’empire grec étant détruit, sa ruine fit refleurir en Europe le peu de connoissances qui restoient encore au monde. Enfin par l’invention de l’Imprimerie, la protection des Médicis, de Jules II. & de Léon X. les Muses revinrent de leur long évanouissement, & recommencerent à cultiver leurs lauriers flétris. De dessous les ruines de Rome, se releva son ancien génie, qui secouant la poussiere, montra de nouveau sa tête respectable. La scuplture & les beaux-arts ses aimables sœurs ressusciterent, & les blocs de marbre reprirent une nouvelle vie. Les temples réédifiés, Raphaël peignit, & Vida, sur le front duquel croît le laurier du poëte & le lierre du critique, écrivit avec gloire. Nous devons tout à l’Italie ; c’est d’elle que nous avons reçu les sciences & les beaux-arts, qui depuis ont fructifié presque dans l’Europe entiere.

L’étude des langues & de l’histoire abandonnée par nécessité dans les siecles de ténebres, sut la premiere à laquelle on se livra. L’impression ayant rendu communs les ouvrages des Grecs & des Romains, on dévora tout ce qu’ils nous avoient laissé dans chaque genre ; on les traduisit, on les commenta, & par une espece de reconnoissance, on se mit à les adorer, sans connoître assez leur véritable mérite ; mais bien-tôt l’admiration se montra plus éclairée, & l’on sentit qu’on pouvoit transporter dans les langues vulgaires les beautés des anciens auteurs ; enfin on tâcha de les imiter, & de penser d’après soi. Alors on vit éclôre, presque en même tems, tous les chefs-d’œuvres du dernier siecle, en éloquence, en histoire, en poésie, & dans les différens genres de littérature.

Mais tandis que les arts & les belles-lettres étoient en honneur, il s’en falloit beaucoup que la philosophie triomphât, tant la scholastique nuisoit à l’avancement de ses progrès. De plus, quelques théologiens puissans craignirent, ou parurent craindre les coups qu’une aveugle philosophie pouvoit porter au christianisme, comme si une religion divine avoit à redouter une attaque aussi foible. Ajoutons qu’un tribunal odieux, établi dans le midi de l’Europe, y forçoit les Muses au silence. Heureusement que la raison bannie du Latium par des armes impies, franchit ses anciennes bornes, & se réfugia dans des climats plus tempérés : « c’est-là qu’elle éclaira de beaux génies qui préparerent de loin, dans l’ombre du silence, la lumiere dont le monde devoit être éclairé par degrés insensibles.

L’immortel Bacon examina les divers objets de toutes les sciences naturelles, & justifia la nécessité de la physique expérimentale, à laquelle on ne pensoit point encore. Ennemi des systèmes, il sut borner la philosophie à la science des choses utiles, & recommanda par-tout l’étude de la nature. Au célebre chancelier d’Angleterre, succeda l’illustre Descartes, qui s’égara sans doute en théorie, mais qui acquit une grande gloire par l’application qu’il fit de l’algebre à la géométrie. Newton parut enfin, bannit de la physique les hypothèses vagues, découvrit la force qui retient les planetes dans leurs orbites, calcula la cause de leurs mouvemens, dévoila la vraie théorie du monde ; & créateur d’une optique toute nouvelle, il fit connoître la lumiere aux hommes en la décomposant. Lock créa la métaphysique à-peu-près comme Newton avoit créé la physique. Il réduisit cette science à ce qu’elle doit être en effet, la physique expérimentale de l’ame. Ses principes aussi simples que des axiomes, sont les mêmes pour les philosophes & pour le peuple ». Disc. prelim. de l’Encyclopédie.

Plusieurs autres savans ont infiniment contribué par leurs travaux, au progrès des sciences, & ont pour ainsi-dire levé un coin du voile qui nous cachoit la vérité. De ce nombre sont Leibnitz, qui suivant l’opinion de l’Allemagne, partage avec Newton l’invention du calcul différenciel ; « Galilée à qui la géographie doit tant de choses utiles ; Harvey que la découverte de la circulation du sang rend immortel ; Huyghens, qui par des ouvrages pleins de force & de génie, a bien mérité de la physique ; Pascal, auteur d’un morceau sur la cycloïde, qu’on doit regarder comme un prodige de sagacité, d’un traité de l’équilibre des liqueur & de la pesanteur de l’air, qui nous a ouvert une science nouvelle ; Boyle, le pere de la physique expérimentale, plusieurs autres enfin, parmi lesquels je ne dois pas oublier Boerhaave, le reformateur de la médecine ». On sait aussi tout ce que le droit naturel, la morale & la politique doivent à Grotius, Puffendorf, Thomasius, & autres écrivains célebres.

Voilà quel étoit l’état des sciences au commencement de ce siecle. Portées rapidement du premier essor à leur faîte, elles ont dégénéré avec la même promptitude, comme si elles étoient des plantes étrangeres à la nature, qui doivent sécher sur pié, & disparoître dans le sein de l’oubli, tandis que les arts méchaniques, enracinés pour ainsi-dire dans les besoins de l’homme, ont un esprit de vie qui les soutient contre les ravages du tems.

Les sciences offrent aux yeux une belle avenue, mais fort courte, & qui finit par un désert aride. Comme parmi nous leur midi s’est trouvé fort près de leur levant, leur couchant n’est pas éloigné de leur midi. On vit à Rome la même révolution ; soixante ans après le regne d’Auguste, Quintilien écrivoit déjà sur la chûte de l’éloquence, & Longin qui fleurissoit sous Galien, fit un chapitre sur les causes de la décadence de l’esprit. Cependant les récompenses des beaux-arts n’étoient point tombées chez les Romains. Semblablement nos académies subsistent toujours, mais elles ont dans leur institution des vices qui les ruinent. Ici l’inégalité des rangs est fixée par des statuts du prince ; lorsqu’on n’y devroit connoître d’autre supériorité que celle du génie. Là se rend un tribut perpétuel d’éloges fastidieux, honteux langage de la servitude ! Souvent dans ces mêmes académies, la récompense du mérite est enlevée par les menées de l’intrigue ou de l’hypocrisie. La cupidité, la vanité, la jalousie, la cabale, se sont encore emparés de nos sociétés littéraires, plus que la noble ambition de s’y distinguer par ses talens ; la sagacité a dégénéré en suffisance, l’amour du beau, en amour du faux bel esprit : in deterius quotidiè data res est.

D’ailleurs ce n’est point au centre du luxe que les sciences établissent toujours leur domicile ; s’il en étoit ainsi, les connoîtroit on glorieusement aux bords des lieux où le Rhein vient le perdre, dans le voisinage des îles Orcades, & de celui du mont Adule ? Il ne faut pas pour être savant, arroser l’ame comme nous faisons, de quelques idées superficielles ; il la faut teindre de connoissances qui ne s’acquierent que par les veilles & les travaux.

Ajoutons que la noblesse du royaume, plongée dans la mollesse & l’oisiveté, a trouvé que l’ignorance étoit un état paisible, & elle n’a pas manqué d’en acréditer merveilleusement le parti. Aristote, Platon, Solon, Périclès, Démocrite, Hippocrate, Scipion, Cicéron, Hortensius, Lucullus, César, Pline, & tant d’autres grecs & romains, ne se croyoient pas en droit, parce qu’ils étoient de grands seigneurs, de négliger les sciences, & de vivre dans une glorieuse stupidité. Tout au contraire, ils firent cet honneur à leur rang & à leur fortune, de ne les employer qu’à acquérir des lumieres ; ils savoient bien que les gens éclairés conduisent par-tout les aveugles. Mais une nation qui dominée par l’exemple, fait gloire de préférer la légereté & les agrémens frivoles, au mérite que l’étude & les occupations sérieuses peuvent donner à l’esprit ; une telle nation, dis-je, doit tomber dans la barbarie. Aussi faut-il croire que dans cette nation, l’amour des sciences n’étoit sous Louis XIV. qu’une nouvelle mode ; du moins leur culture a passé comme une mode. Quelqu’autre Louis, dans la révolution des tems, pourra la faire naître, & la changer en un goût durable ; car c’est au génie éclairé des monarques, & à leurs mains bienfaisantes, qu’il appartient de fonder aux sciences des temples, qui attirent sans cesse la vénération de l’univers. Heureux les princes qui sauront ainsi mériter de l’humanité ! (Le chevalier de Jaucourt.)

Science en Dieu, (Théolog.) c’est l’attribut par lequel il connoît toutes choses, de quelque nature qu’elles soient. Dieu a une science parfaite & infinie ; il connoit tout ce qu’il y a de possible, tout ce qu’il y a de réel, tout ce qu’il y a de futur, soit absolu, soit conditionnel.

Quoique la science de Dieu considérée en elle-même soit un acte très simple, & comme un coup-d’œil net & juste par lequel tout est présent devant lui, cependant les divers objets qu’elle embrasse, ont fait distinguer aux Théologiens trois sortes de sciences en Dieu ; savoir, la science de simple intelligence, la science de vision, & une troisieme que quelques-uns appellent science moyenne.

La science de simple intelligence est celle par laquelle Dieu voit les choses purement possibles qui n’existent, ni n’existeront jamais. C’est l’attribut par lequel Dieu a la représentation simultanée & adéquate de tous les possibles. Pour le concevoir, autant que nous en sommes capables, il faut faire attention 1°. au nombre immense des possibles, 2°. à ce qu’emporte leur représentation distincte.

1°. Quant au nombre immense des possibles, l’univers étant l’enchaînure de toutes les choses tant simultanées que successives, pour arriver par la contemplation de la nature à une sorte de détermination du nombre des possibles, il faut faire attention tant aux choses qui coexistent ensemble dans cet univers, qu’à celles qui s’y succedent les unes aux autres. Il faut de plus remarquer que l’univers est composé de grands corps qu’on peut appeller totaux, & de moindres que nous nommerons partiaux. Le nombre des grands corps de l’univers assez limité tant qu’on n’a pu les observer qu’à la simple vue, s’est prodigieusement augmenté depuis l’invention des télescopes. M. Wolf a fait là-dessus un calcul fort propre à donner l’idée de l’immensité des corps célestes. Voici sur quoi il le fonde. Le p. Riccioli donne à la constellation d’Orion près de cinq cens degrés en quarré d’espace dans le ciel. Or Galilée a observé cinq cens étoiles dans un espace de quatre degrés ; ainsi sur le même pié on pourra supposer dans Orion entier 62500 étoiles. La circonférence du cercle est de 360 degrés, & son diametre de 115 : ce qui donne, suivant les théoremes d’Archimede, pour la surface entiere de la sphere, 41400 degrés en quarré. En prenant donc pour hypothese que la surface de la sphere du monde est également remplie d’étoiles, le nombre des fixes iroit à 5175000 ; & quoique l’arrangement des systèmes planétaires autour des fixes ne soit pas le même, on peut pourtant supposer que chaque étoile fixe placée comme soleil au centre, peut éclairer & échauffer quinze planetes : ce qui fera monter le nombre des corps totaux du monde à 77625000. Il n’y a rien dans les suppositions précédentes qui ne soit admissible. Si au télescope divers espaces paroissent moins remplis que les quatre degrés d’Orion sur lesquels on a calculé, il y en a d’autres où ces étoiles fourmillent en beaucoup plus grande abondance, comme la voie lactée & les étoiles nébuleuses. Si du nombre des grands corps du monde nous passons aux dimensions de l’espace qu’ils doivent occuper, la somme en sera bien plus prodigieuse encore. Suivant les observations de M. Cassini, la distance moyenne de la terre au soleil est de 22000 demi-diametres terrestres, ou de 18920000 milles d’Allemagne. Cette distance étant à celle de Saturne comme 2 à 19, cela donne 179740000 milles de plus à cause de la proportion du diametre de la terre qui est de 1720 milles d’Allemagne au diametre de l’anneau de Saturne, laquelle proportion est comme 1 à 45. Le diametre de cet anneau est de 77400 milles d’Allemagne : ce qui donne, suivant les calculs de Cassini, pour distance du dernier satellite au centre de Saturne, 812700 milles d’Allemagne. En ajoutant cette distance à celle de Saturne au soleil, vous avez le demi-diametre du système planétaire auquel la terre appartient, lequel étant doublé, il en résulte le diametre entier de 36115400 milles. Cela iroit encore beaucoup plus loin, si l’on reçoit la détermination de la parallaxe du soleil, telle qu’elle a été donnée par M. de la Hire. Il est incontestable que Saturne est séparé par un fort grand espace des étoiles fixes de la premiere grandeur ; & quoique les systèmes planétaires puissent différer entr’eux par rapport à l’étendue, il n’y a pourtant point d’inconvéniens à les supposer égaux. En multipliant donc le cube du diametre du système planétaire, par le nombre des étoiles fixes ci-dessus indiqué, le nombre qui en provient, exprime le cube du diametre de la sphere qui comprend tous les systèmes que nous pouvons découvrir probablement par la voie des télescopes ordinaires. Mais pour diminuer les difficultés de cette multiplication, en resserrant les nombres, prenons le diametre du système planétaire en diametres terrestres qui, suivant les hypotheses précédentes, seront 209904, leur cube qui fait 92483305005195264 multiplié par 5175000, donne pour cube du diametre qui égale toute l’étendue de la sphere observable, 478601103401885491-200000 diametres terrestres, dont chacun est de 5088448000 milles cubiques. Quelle ne doit donc pas être l’étendue de l’intelligence divine, qui comprend l’univers formé de l’assemblage immense de tous ces systèmes ? Mais que sera-ce, si nous y joignons l’idée de tous les mondes possibles, de toutes les combinaisons qui peuvent résulter des choses qui entrent dans la composition de l’univers & de tant d’autres choses que la puissance divine pourroit effectuer ? Ici se présentent des abymes impénétrables pour nous : ici cessent tous les calculs. Que si de l’ordre physique on passe à l’ordre moral, & qu’on veuille examiner toutes les choses possibles que Dieu voit clairement, le philosophe, ainsi que le chrétien, n’est-il pas obligé de s’écrier plein d’admiration & de respect : domine, quis similis tibi ?

On est encore plus effrayé si l’on passe à la considération de ce qu’emporte la représentation distincte de tous les possibles dans l’entendement divin. Reprenons encore pour un moment la voie du calcul. On peut comparer l’étendue des entendemens aux grandeurs des espaces, & suivant cette idée, un entendement qui saisiroit distinctement toute notre terre, seroit à celui qui comprendroit avec la même distinction le système planétaire entier, comme 1 à 92483305005195264. Mais quelle sera la proportion de l’entendement humain à celui qui comprendroit distinctement le globe terrestre ? Pour en juger, prenons l’œil, le plus propre de nos organes aux perceptions distinctes. Un bon œil qui n’est ni miope, ni presbyte, voit distinctement ce qui est compris dans l’espace de huit pouces. L’optique enseigne que ce que l’œil saisit d’un seul coup, est compris dans la circonférence d’un angle droit, & que le diametre d’un objet vu sous cet angle droit, est double de la distance. En égalant donc la force visuelle à la force perceptive, on aura pour mesure de l’étendue de l’entendement humain, le cube d’un diametre de seize pouces, c’est-à-dire, 4096 pouces cubiques. Le diametre de la terre mesuré par M. Cassini, a été trouvé de 39391077 piés ou 472692924 pouces. Ainsi le diametre de la sphere qui mesure la capacité de l’entendement humain, sera comme 1 à 29543308, & par conséquent l’entendement humain est à celui qui saisit distinctement la terre entiere d’un coup d’œil, comme 1 à 257856074311206674112. L’entendement de ce dernier à celui qui comprend tout le système, est en raison sous-millionieme : donc & pour derniere conclusion, l’entendement humain est par rapport à celui qui comprend tout le système planétaire Nous ne pousserons pas plus loin ces observations. Ce ne sont là que les bords de l’intelligence divine ; qui pourroit en sonder la profondeur ? Cet article est tiré des papiers de M. Formey, historiographe & secrétaire de l’académie royale de Prusse.

La science de vision est celle par laquelle Dieu voit tout ce qui a existé, existe ou existera dans le tems : ce qui emporte la connoissance de toutes les pensées & de toutes les actions des hommes, présentes, passées & à venir, aussi bien que du cours de la nature, & des mouvemens qui sont arrivés, qui arrivent ou qui arriveront dans l’univers : tout cela connu dans la derniere précision, & toujours présent aux yeux de Dieu. On peut juger par ce qu’on vient de lire sur la science de simple intelligence, de ce que c’est que l’entendement humain le plus éclairé sur le présent & le passé ; car pour l’avenir il est impénétrable à ses yeux, & Dieu seul s’en est réservé la connoissance qu’il communique aux hommes, quand il lui plait.

On demande dans les écoles si cette science de vision est la cause des choses qui arrivent, & quelques théologiens tiennent pour l’affirmative ; mais ils confondent la science de Dieu avec sa volonté. Le plus grand nombre reconnoit que la science divine est seulement cause directive, mais non pas efficiente, des choses qui arrivent ou qui doivent arriver, parce que selon l’axiome reçu, les choses ne sont pas futures, parce que Dieu les prévoit, mais Dieu les prévoit, parce qu’elles sont futures.

Mais comme les choses futures sont ou futures absolument, ou futures conditionnellement, & qu’entre ces dernieres il en est qui arriveront certainement, parce que la condition dont elles dépendent, sera posée, & d’autres qui n’arriveront pas, parce que la condition dont elles dépendent, ne sera pas posée : quelques théologiens ont distingué en Dieu une troisieme espece de science qu’ils nomment la science des conditionnels, scientia conditionatorum.

Ils définissent cette science des conditionnels, la connoissance que Dieu a des choses considérées du côté de leur essence, de leur nature ou de leur existence réelle, mais sous une certaine supposition, laquelle entraîne une condition, qui cependant ne sera jamais accomplie.

Ainsi, disent-ils, lorsque David fuyant la persécution de Saül, demanda à Dieu si les habitans de Ceila, ville où il s’étoit retiré, le livreroient à ses ennemis, Dieu qui savoit ce qui arriveroit à David, au cas qu’il continuât de rester à Ceïla, lui répondit : ils vous livreront, tradent. Ce que Dieu savoit, ajoutent-ils, par la science des conditionnels.

Le p. Daniel remarque que les vérités qui font l’objet de la science des conditionnels, sont fort différentes de celles que la science de simple intelligence ou celle de vision, ont pour objet ; que c’est une troisieme classe d’idées mitoyenne entre les choses purement possibles, & les choses qui existent ou existeront absolument. Mais les Thomistes & les Augustiniens leur répondent que de deux choses l’une : ou les conditionnels sont futurs sous une condition qui doit être remplie, & qui le sera effectivement, & en ce cas ils rentrent dans la classe des futurs absolus : ou ils sont futurs sous une condition qui ne sera jamais remplie, & alors il faut les ranger dans le nombre des choses purement possibles.

Au reste ces derniers ne refusent pas d’admettre cette science des conditionnels, comme une opinion philosophique, mais ils la combattent fortement considérée comme opinion théologique, c’est-à-dire, comme nécessaire pour éclaircir les questions de la prédestination, de la réprobation & de la grace.

La science des conditionnels considérée sous ce rapport, est appellée dans les écoles science moyenne, scientia media. Les Molinistes qui l’ont imaginée, la définissent : la connoissance des conditionnels par laquelle Dieu voit ce que la créature libre fera, ou ne fera pas de bien ou de mal conditionnellement, c’est-à-dire, si dans telles ou telles circonstances Dieu lui accorde telle ou telle grace. Ils la supposent antérieure à tout decret absolu & efficace en Dieu, & qu’elle dirige Dieu dans la formation de ses decrets. Cette opinion a ses défenseurs & ses adversaires, dont on peut voir les raisons pour & contre dans tous les théologiens modernes ; & il est libre de la soutenir dans les écoles, quelques efforts qu’on ait fait pour la noircir & pour la décrier. Voyez Augustiniens, Thomistes, Molinistes, &c.

Science secrete, (Hist. de l’Egl.) c’est selon Clément d’Alexandrie, la doctrine particuliere qui ne devoit être communiquée qu’aux parfaits, trop sublime & trop excellente pour le vulgaire, parce qu’elle est au-dessus de lui. Il paroît que ce pere de l’Eglise est un des premiers qui ait tâché d’introduire la discipline de la science secrete chez les chrétiens ; car avant lui, personne ne l’imagina ; mais Clément s’écarta de l’usage reçu, & se fit des principes à part, semblables à ceux des payens, qui cachoient leurs mysteres, & qui enveloppoient la science d’énigmes. Leur exemple l’entraîna, & on le voit aisément par ce mot de Pindare qu’il rapporte lui même pour étayer son opinion : n’exposez point les anciennes doctrines en présence de tout le monde ; la voie du silence est la plus sûre.

D’ailleurs, c’étoit une ancienne coutume des sages, de voiler la sagesse, & de ne la communiquer que par des emblèmes, par des figures énigmatiques, & par des sentences obscures. Les Egyptiens le faisoient ; Pythagore l’avoit fait à leur exemple. Hipparque ayant osé décrier les dogmes de Pythagore, & les expliquer dans un livre exprès, on le chassa de l’école, & on lui éleva un tombeau, comme s’il eût été mort. Il y avoit des ouvrages d’Epicure qu’on tenoit secrets ; il y en avoit de Zenon, & d’autres philosophes. Ainsi Clément d’Alexandrie se persuada sans peine, qu’il y avoit aussi des doctrines secretes qu’il ne falloit communiquer que de vive voix de chrétien à chrétien, digne de les recevoir.

Cependant il ne faut pas s’imaginer, que ces doctrines secretes, que S. Clément ne permet de communiquer qu’aux parfaits, soient des vérités de la foi, ou des vérités essentielles, puisqu’on les prêchoit à tout le monde ; mais ce qu’il nomme doctrines secretes, sont les explications mystiques des lois, des cerémonies, en général de celles qui avoient été instituées dans le vieux Testament, ou ce qui avoit été dit mystiquement par les prophetes. C’étoit là la science secrete, dont il ne falloit parler qu’aux initiés. C’étoit là la tradition que J. C. avoit enseignée a ses disciples, la sagesse mystérieuse. Ce que S. Clément avoit permis de divulguer & d’enseigner à tous ; c’est ce que S. Paul appelle le lait, c’est-à-dire la doctrine des cathéchumenes, la foi, l’espérance, la charité ; mais ce qui, selon lui, ne devoit point être divulgué ; c’est ce que l’apôtre appelle viande solide, c’est-à-dire la connoissance des secrets, ou la compréhension de l’essence divine. Voilà, continue t-il, cette science secrete dont J. C. fit part à ses disciples depuis sa résurrection.

Quoi qu’il en soit de toutes les idées de Clément d’Alexandrie sur la science secrete, il est constant que les chrétiens n’ont jamais caché leurs mysteres aux infideles. S. Paul n’avoit point cette pratique ; elle ne fut point d’usage du tems de Tertullien, de Minucius Felix, & de Justin martyr ; ce dernier déclare qu’il seroit bien fâché qu’on l’accusât de rien dissimuler par malice, ou par affectation ; mais Clément d’Alexandrie se fraya une nouvelle route, & l’applanit si bien par son crédit & par son érudition, qu’il trouva des sectateurs, & S. Chrysostome lui-même tout homme sensé qu’il étoit. On peut voir la dissertation de Casaubon sur le silence mystérieux, exercit. XII. n° 43. (D. J.)

Sciences, jeux instructifs pour apprendre les, (Litter.) C’est ainsi qu’on a nommé divers jeux de cartes, & même de dez, imaginés pour apprendre aux enfans & aux jeunes gens, non-seulement les sciences qui ne demandent que des yeux & de la mémoire, telles que l’histoire, la géographie, la chronologie, le blason, la fable ; mais ce qu’il y a de plus singulier, les sciences mêmes qui demandent le plus de raisonnement & d’application, telles que la logique & le droit.

Le premier qui ait cherché la méthode d’apprendre les sciences par des figures, & à rendre utile pour l’esprit le jeu de cartes, est un cordelier allemand, nommé Thomas Mürner, né à Strasbourg. Ce religieux enseignant au commencement du xvj siecle la philosophie en Suisse, s’apperçut que les jeunes gens étoient rebutés des écrits d’un Espagnol, qu’on leur donnoit pour apprendre les termes de la dialectique. Il en fit une nouvelle par images & par figures, en forme de jeu de cartes, afin que le plaisir engageant les jeunes gens à cette espece de jeu, leur facilitât la peine d’une étude épineuse. Il réussit si bien, qu’on le soupçonna de magie, par les progrès extraordinaires que faisoient ses écoliers ; & pour justifier sa conduite, il produisit son invention aux docteurs de l’université, qui non-seulement l’approuverent, mais l’administrerent comme quelque chose de divin.

Ce jeu de cartes de Mürner, dit le P. Menestrier, contient cinquante deux cartes, dont les signes qui les distiguent, sont des grelots, des écrevisses, des poissons, des scorpions, des chats, des serpens, des pigeons, des cœurs, des bonnets fourrés, des soleils, des étoiles, des croissans de lune, des couronnes, des écussons, &c.

Un pareil assemblage de figures si bisarres & si diverses, tenoit en quelque façon du grimoire, & devoit dans un tems d’ignorance, contribuer autant à faire accuser leur compilateur de magie, que les prétendus progrès de ses disciples ; je dis prétendus, car s’ils ont eû quelque chose de réel, on ne peut guere mieux les expliquer que, parce que Charles II, roi d’Angleterre, disoit d’un de ses aumôniers, bonhomme, mais grosse bête, qui n’avoit pas laissé que de convertir en peu de tems une partie de son troupeau, « c’est que la bêtise du curé étoit faite pour ses paroissiens ».

Quoi qu’il en soit, c’est à l’imitation du P. Mürner que l’on a inventé depuis tous les autres livres & jeux qui ont été faits en Europe, pour apprendre les sciences aux jeunes gens. Le lecteur sera peut-être bien aise de trouver ici les titres de quelques-uns de ces livres, qui ne sont pas aujourd’hui communs, & qui ont été fort recherchés par les curieux.

Jeux de cartes pour la grammaire & les belles-lettres. 1°. Le jeu des lettres, ou de l’alphabet, inventé il y a près de deux mille ans, & renouvellé en faveur de la naissance de Mgr. le duc de Bretagne, par Alexandre Fleuriau, prêtre ; c’est une grande feuille ouverte, sur laquelle est empreinte une gravure représentant un cercle presque entier, où sont écrites de suite les 24 lettres de l’alphabet, & sur laquelle on jette 4 dés, sur les 24 faces desquelles sont aussi gravées les mêmes 23 lettres, ce que, dit l’auteur, accoutume les enfans à se les imprimer dans la mémoire, tant par la figure, que pour le nom.

2°. Le jeu royal de la langue latine, avec la facilité & l’élégance des langues latine & françoise, par Gabriel de Froigny. Lyon, chez la veuve Coral 1676, in-8°. Ce Gabriel de Froigny, étoit un cordelier défroqué, établi à Geneve, où il embrassa le calvinisme, sans mener cependant une vie fort réguliere. Il se donna pour être l’auteur du voyage de la terre australe, imprimé sous le nom de Jacques Sadeur ; mais il mentoit selon toute apparence, car il y a dans cette relation certaines choses ménagées trop finement, pour que ce cordelier ait été capable de la délicatesse qui s’y trouve.

3°. Chartæ lusoriæ, cum quatuor illustrium poëtarum, nempè Plauti, Horatii, Ovidii, & Senecæ, sententiis. Parisiis, apud Wechel.

Pour la logique. 4°. Ars raciocinandi lepida, multarum imaginum festivitate contexta, totius logices fundamenta complectens, in chartiludium redacta, à patre Guischet, ordinis minorum. Salmurii, Harnault 1650, in-4°. Ce pourroit bien être ici le livre de Mürner, imprimé d’abord à Strasbourg en 1509 in-4°. & reproduit ici sous un nouveau titre.

Pour les mathématiques & la médecine. 5°. Ludus mathematicus, per E. W. ubi scachi, tabulæ cuidam mathematicæ aptati, quasvis propositiones arithmeticas & geometricas resolvunt. Anglicè. Londini 1654, in-12.

6°. Claudii Buxerii Rythmomachia : seu pythagoricus numerorum ludus, qui & philosophorum ludus dicitur. Parisiis, apud Guill. Cavallat 1556, in-8°.

7°. Le très-excellent & ancien jeu pythagorique, dit Rythmomachie, fort propre & très-utile à récréation des esprits vertueux, pour obtenir vraie & prompte habitude en tout nombre & proportion, par Claude de Boissiere. Paris 1556, in-8°. Ce dernier livre n’est vraissemblablement que la traduction du précédent.

8°. Guidonis Falconis melpomaxia, sive ludus geometricus. Lugduni, in-40.

9°. Liber Ouranomachia, seu astrologorum ludus, in abaco rotundo, cùm calculis, ubi duo ordines planetarum pro mundi imperio certant, in-4°.

10°. Francisci Monantholii ludus jatro-mathematicus, musis factus, ad averruncandos tres hostes, πόλεμον, λιμὸν & λοιμόν. Parisiis 1597, in-8°.

Pour la Géographie, l’Histoire & le Blason. 11. Matth. Kirchofferi orbis lusus, id est, lusus geographicus, pars I. Grascii 1659, in-4°.

12. Joannis Prætorii, J. H. Sinfriden, und Franc. Nigrini, Europæisch geographische spiel-carte, Nuremberg 1678, in-12.

13. Le jeu du monde, ou l’intelligence de ce qu’il y a de plus curieux dans le monde, par le sieur Jeaugeon, Paris, Amable-Auroy, in-12.

« On joue ce jeu sur une table de 18 piés de long, où est représentée une mappemonde avec les lieux les plus remarquables, tant par leur situation, que par les faits notables qui s’y sont passés ; ce qui peut être de quelque utilité pour se donner une légere teinture de la géographie & de l’histoire ».

14. Jeu de cartes du blason, contenant les armes des princes des principales parties de l’Europe, par le P. Claude-François Menestrier. Lyon, Amaulry 1592, in-8°.

Pour la Politique & la Morale. 15. Jacobi de Cessolis, seu Cessulis, ordinis prædicatorum, liber de moribus hominum, officiisque principum, ac populorum, argumento sumpto ex ludo schaccorum. Medio ani 1479, in-fol. Il y a des traductions de cet ouvrage dans presque toutes les langues. La premiere qu’on vit en françois, fut imprimée à Paris en 1504, in-4°. L’angloise parut à Londres en 1480, in-fol. La version hollandoise à Gonda, en 1479, in-fol.

Pour la Théologie. 16. Le livre du roi Modus, qui, sous les termes de la chasse des bêtes de toute espece, moralise sur lesdites bêtes, les dix commandemens de la loi, les sept péchés mortels, &c. & parle de Dieu le pere, qui envoya à son fils la cause de ratio & de sathan ; & de Dieu le fils, qui jugea contre sathan ; du S. Esprit, qui détermina les ames au monde, & la chair à satan ; de la bataille des vices & des vertus ; du roi d’orgueil, qui fit défier le roi Modus ; du songe de pestilence, &c. C’est un manuscrit qui se trouve dans quelques bibliotheques, car l’ouvrage imprimé ne concerne que la chasse.

17. Une espece de jeu d’oie, imaginé par un jésuite, pour apprendre aux enfans les élémens du Christianisme, & dont on peut voir la description dans le voyage d’un missionnaire de la compagnie de Jésus en Turquie, &c. pag. 204. & dans le journal littéraire, tom. XV. pag. 463. Les Apôtres ne se sont jamais avisés d’un si merveilleux expédient ; mais les Jansénistes ont fait un pareil livre sur la constitution Unigenitus, intitulé, Essai d’un nouveau conte de ma mere l’oie, avec les enluminures. Paris 1722, in 8°.

18. Le combat de Maladvise avec sa dame, par Amours, sur les jeux de paume, cartes, dez & tablier ; montrant comme tels jeux, joint celui des femmes, font aller l’homme à l’hôpital, avec plusieurs rondeaux & dixains, présentés au puits de risée. Lyon 1547, in-16.

Autres jeux d’amusement. 1°. Le plaisant jeu du dodécaëdron de fortune, non moins recréatif que subtil & ingénieux, composé par maître Jean de Mehun, du tems du roi Charles-le-Quint, imprimé à Paris par Jean Longis, en 1560 in-4°. & à Lyon par Fr. Didier, en 1577 in-8°. On y jouoit avec un dé à douze faces, d’où lui venoit le nom de dodécaëdron ; & sur chacune de ces faces, étoit un nombre qui renvoyoit à une réponse en vers, sur quelque question agréable, plaisante ou badine.

2°. Le passe-tems de la fortune des dés, inventé par Laurens l’Esprit, italien, translaté en françois, & imprimé à Paris chez Guil. le Noir, 1559 ; & à Lyon chez Ben. Rigaud, en 1583, in-4°.

3°. Le passe-tems de la fortune des dés, d’une autre bien plus gaillarde invention, que n’est celle de Laurens l’Esprit ; car pour trouver sa fortune, il ne met qu’un seul renvoi à l’empereur, au roi d’Arragon, &c. Ici chacun répond à un distique françois, sur la demande de la chose qu’on veut savoir. A Paris chez Nic. Buffet, in-16.

4°. Jeu de l’adventure & devis facétieux des hommes & des femmes, auquel par élection de feuillets, se rencontre un propos pour faire rire la compagnie, le tout par quatrains ; imprimé à Paris & à Lyon, in 32.

5°. La pratique curieuse, ou les oracles des Sibylles, avec le sort des humains, tirée des mystères du S. de Combiers ; imprimée à Paris chez Michel Brunet, en 1693, in-12. « Ce sont cinq imitations du livre de Jean de Mehun ; mais la derniere est la plus ingénieuse & la plus agréable ; chacune de ses réponses formant un quatrain accommodé au goût & aux maximes du tems présent. On y joue avec deux dés, ou simplement en proposant un nombre, depuis 1 jusqu’à 12».

6°. Giardino di Pensieri, overo le ingeniose sorti, composte da Francesco Marcolini da Forli, imprimé à Venise en 1550, in-fol. avec quantité de figures gravées en bois. Ce dernier jeu se joue avec des cartes.

En 1660, M. de Brianville fit un pareil jeu de cartes pour le blason ; mais comme il avoit composé ce jeu des armoiries des princes du Nord, de l’Italie, de l’Espagne & de la France, la rencontre des armoiries de quelques princes, sous les titres de valets & as, lui fit des affaires ; les planches furent saisies par le magistrat, & l’auteur fut obligé de changer ces titres en ceux de princes & de chevaliers. C’étoit-là sans doute une étrange petitesse ; car outre que le mot de valet signifioit autrefois un haut officier chez les souverains, les habillemens & les armes des valets de cartes, n’indiquent point de la canaille ; aussi vont-ils immédiatement après les rois & les reines. Leurs noms même Hector, Ogier le Danois & la Hire, sont de beaux noms. Quant aux as, comme ils sont les plus hauts points, & même supérieurs aux rois, dames & valets, dans la plupart des jeux de cartes, il n’y avoit pas plus de sujet de s’en scandaliser.

Enfin M. Desmarets de l’académie françoise, fit pour l’instruction de la jeunesse, le jeu des rois de France, des dames renommées, des métamorphoses & de la géographie.

Au reste, tous les titres de livres qu’on vient de transcrire, sont tirés de l’ouvrage de Thomas Hyde, de ludis orientalibus ; de la bibliotheca scriptorum de ludis, par Beyer ; & du dictionnaire historique de Prosper Marchand.

La nouveauté donna d’abord du cours à tous les livres de jeux, accommodés aux sciences ; mais depuis qu’on a trouvé de bonnes méthodes pour étudier l’histoire, la chronologie, la géographie, la fable & le blason, on les a préférées à ces frivoles inventions, dont les jeunes gens tirent peu d’utilité, & dont ils se servent d’ordinaire pour perdre leur tems. On a remarqué que lorsqu’on veut ensuite les instruire sérieusement, ils croient toujours jouer, & sont incapables de donner de l’attention à tout ce qui n’est pas jeu.

D’ailleurs, on ne sauroit apprendre que peu de choses par la méthode des jeux, d’autant qu’une carte ne porte qu’un nom, & que le jeu entier n’admet qu’une courte nomenclature. Erasme a porté un jugement fort judicieux de tous ces prétendus jeux instructifs, pour l’étude des sciences, & qu’on nommoit ars notoria de son tems : Ego, dit-il, aliam artem notoriam scientiarum non novi, quam curam, amorem & assiduitatem. (Le chevalier de Jaucourt.)

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Étymologie de « science »

Du moyen français, de l’ancien français science, escience, du latin scientia (« connaissance »), lui-même du verbe scire (« savoir »).
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Du latin scientia (« connaissance »), lui-même du verbe scire (« savoir »).
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Provenç. sciensa ; espagn. ciencia ; ital. scienza ; du lat. scientia, qui vient de sciens, part. présent de scire, savoir ; rad. sanscrit, ki, savoir, k(y, remarquer, l'un et l'autre, de chid, pour skid, fendre ; le sens de transition à l'idée intellectuelle est discerner.

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Phonétique du mot « science »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
science sjɑ̃s

Citations contenant le mot « science »

  • La physiologie, l'analyse des idées et la morale, ne sont que les trois branches d'une seule et même science, qui peut s'appeler, à juste titre, la science de l'homme. Georges Cabanis, Rapports du physique et du moral de l'homme
  • […] les sciences historiques, petites sciences conjecturales, qui se défont sans cesse après s'être faites […]. Ernest Renan, Souvenirs d'enfance et de jeunesse, IV, le Séminaire d'Issy , Lévy
  • Il faut n'appeler Science que l'ensemble des recettes qui réussissent toujours. Tout le reste est littérature. Paul Valéry, Moralités, Gallimard
  • De là ce cri du plus grand des médecins* : la vie est courte, longue est la science. Sénèque en latin Lucius Annaeus Seneca, dit Sénèque le Philosophe, De la brièveté de la vie, 1
  • Le commencement de toutes les sciences, c'est l'étonnement de ce que les choses sont ce qu'elles sont. Aristote, Métaphysique, I, 2 (traduction J. Tricot)
  • Une théorie de la science ne peut être que théorie de l'unité de la science. Jean Cavaillès, Sur la logique et la théorie de la science, P.U.F.
  • La politique n'est pas une science exacte. Otto, prince von Bismarck ou, plus précisément, von Bismarck-Schönhausen,
  • On ne connaît pas complètement une science tant qu'on n'en sait pas l'histoire. Auguste Comte, Cours de philosophie positive
  • À chaque époque, [la science] voudrait dévorer une vérité qui la gêne. Joseph Arthur, comte de Gobineau, Essai sur l'inégalité des races humaines
  • La statistique est la première des sciences inexactes. Jules Huot de GoncourtEdmond Huot de Goncourt, Journal, Fasquelle
  • Mais le vice n'a point pour mère la science, Et la vertu n'est pas fille de l'ignorance. Théodore Agrippa d'Aubigné, Les Tragiques
  • […] Ô trop vaine science, qui ne pourrait donner à l'amour guérison ! Jean Antoine de Baïf, Les Amours de Francine
  • L'art est fait pour troubler. La science rassure. Georges Braque, Le Jour et la Nuit, Gallimard
  • Les sciences sont des fouilles faites dans Dieu. Victor Hugo, Fragments
  • Le but de la science est de prévoir et non, comme on l'a dit souvent, de comprendre. Pierre Lecomte du Noüy, L'Homme et sa destinée, La Colombe
  • La science est comme une maladie, - une maladie qui progresse en transformant le monde et en le dévorant aussi. Georges Duhamel, Les Maîtres, Mercure de France
  • De toutes les sciences humaines, la science de l'homme est la plus digne de l'homme. Nicolas Malebranche, De la recherche de la vérité
  • Ce n'est pas dans la science qu'est le bonheur, mais dans l'acquisition de la science. Edgar Allan Poe, Tales of the Grotesque and Arabesque, The Power of Words
  • La science est du savoir organisé. Herbert Spencer, Education, 2
  • Si la science un jour règne seule, les hommes crédules n'auront plus que des crédulités scientifiques. Anatole François Thibault, dit Anatole France, La Vie littéraire, Calmann-Lévy
  • [L'histoire] n'est pas un art. Elle est une science pure. Numa Denis Fustel de Coulanges, La Monarchie française
  • Je voudrais aussi qu'on fût soigneux de lui* choisir un conducteur** qui eût plutôt la tête bien faite que bien pleine, et qu'on y requît tous les deux, mais plus les mœurs et l'entendement que la science. Michel Eyquem de Montaigne, Essais, I, 26Essais Henri Estienne dans son Apologie pour Hérodote
  • La science consiste à oublier ce qu'on croit savoir, et la sagesse à ne pas s'en soucier. Charles Nodier, Léviathan le Long
  • La science n'a pas de patrie. Louis Pasteur, Discours d'inauguration de l'Institut Pasteur, 14 novembre 1888
  • Il ne peut pas y avoir de morale scientifique ; mais il ne peut pas non plus y avoir de science immorale. Henri Poincaré, Dernières Pensées, Flammarion
  • La liberté est pour la Science ce que l'air est pour l'animal. Henri Poincaré, Dernières Pensées, Flammarion
  • Une accumulation de faits n'est pas plus une science qu'un tas de pierres n'est une maison. Henri Poincaré, La Science et l'hypothèse, Flammarion
  • Parce que, selon le sage Salomon, sapience* n'entre point en âme malivole** et science sans conscience n'est que ruine de l'âme. François Rabelais, Pantagruel, 8
  • Le grand œuvre s'accomplira par la science, non par la démocratie. Ernest Renan, Dialogues et fragments philosophiques, III, Rêves , Lévy
  • Nous ne savons rien. Le seul espoir de savoir, c'est de savoir tous ensemble, c'est de fondre toutes les classes dans le savoir et la science. Lev [en français Léon] Nikolaïevitch, comte Tolstoï, Carnet, 28 mars 1861
  • Parce que la science nous balance sa science, science sans conscience égale science de l’inconscience. De MC Solaar / La Concubine de l’hémoglobine
  • Patience passe science. De Proverbe
  • La science - toute science - est sans conscience ni limites. De André Comte-Sponville / Impromptus
  • Toute science vient de Dieu. De Origène / Homélie sur les nombres
  • Peut-on penser la science ? Une science de la science est-elle possible ? De Antoine Spire / Le Monde de l'éducation - Juillet - Août 2001
  • Il y a moins de l'ignorance à la Science que de la fausse science à la vraie science. De Ernest Psichari
  • Je suis objecteur de science-con. De Roland Bacri
  • Pas de patience, pas de science. De Jean-Pierre Jarroux
  • L'astrologie ? La science désastre. De Jacques Dutronc
  • Vaincre les ténèbres par la science. De Proverbe belge
  • Toute science crée une nouvelle ignorance. De Henri Michaux / Plume, postface
  • La science n’a pas de patrie. De Louis Pasteur / Discours d’inauguration de l’Institut Pasteur
  • La vérité est une science enfantine. De Georges Schéhadé / Monsieur Bob'le
  • Selon de récentes découvertes en neurosciences, les rêves serviraient de terrain d'entrainement, afin de nous préparer à faire face aux difficultés et aux situations angoissantes qui nous attendent ! Science-et-vie.com, À quoi servent les rêves ? - Science & Vie
  • En 1930, à Lens, ouvraient les Grands Bureaux, version XXL. Au milieu d’un magnifique parc, ils abritaient l’administration centrale de la compagnie minière et en imposaient dans le paysage. Aujourd’hui, ce lieu qui accueille les 1 300 étudiants en sciences, n’a rien perdu de sa superbe. La Voix du Nord, Lens : de la direction des mines aux étudiants en science
  • Le reste de l’année se présente comme une lente et ardue cohabitation avec le virus en attendant qu’un vaccin ou un traitement antiviral nous permette enfin de retrouver notre vie d’avant. Et pour bien des gens, « la science » semble avancer à pas de tortue, parce que pendant que nous attendons impatiemment qu’elle nous rattrape dans le moment présent, l’économie mondiale dégringole et la santé mentale de plusieurs s’effrite peu à peu. L’actualité, La science en temps réel | L’actualité
  • Il est un peu tôt pour tirer des conclusions, nous manquons encore de recul. Beaucoup de commentaires ont souligné les conséquences négatives, non sans quelques malentendus. Je voudrais pour ma part pointer une conséquence positive de cette mise en lumière intense du travail de la recherche, en l'occurrence biomédicale : ce fut, je crois, une belle occasion de créer un rapport plus intime avec la science. Je m'explique. Nous avons plutôt l'habitude d'un rapport froid et filtré avec la science, que tout un tas de mécanismes institutionnels (de communication, de publication, d'évaluation, etc.) éloignent du citoyen. Ceci correspondant d'ailleurs à une certaine représentation de la recherche scientifique : se tenant à l'écart des controverses publiques, dans sa tour d'ivoire. Avec cette crise, cette représentation a été un peu battue en brèche, et c'est heureux. Les Echos, Coronavirus:« La conflictualité est le moteur de la science » | Les Echos

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Traductions du mot « science »

Langue Traduction
Anglais science
Espagnol ciencias
Italien scienza
Allemand wissenschaft
Chinois 科学
Arabe علم
Portugais ciência
Russe наука
Japonais 理科
Basque zientzia
Corse scienza
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Synonymes de « science »

Source : synonymes de science sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « science »

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