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Jamais

Définitions de « jamais »

Trésor de la Langue Française informatisé

JAMAIS, adv.

I. − [Jamais n'est pas en corrélation avec une particule négative] À un moment quelconque, à quelque moment que ce soit.
A. − [Dans une prop. hypothétique introd. par si] Si vous venez jamais me voir, je vous montrerai mes bibelots. C'est un homme consciencieux, s'il en fut jamais (Ac.1935).Je croyais (...) que le ciel était une voûte qui allait en s'abaissant vers l'horizon, de sorte que je pensais que, si je parvenais jamais jusque là, je serais obligé de marcher courbé (Bern. de St-P., Harm. nat.,1814, p. 288).Si nous passions jamais une semaine ensemble, nous ne pourrions plus nous séparer (J. Bousquet, Trad. du silence,1936, p. 215):
1. M. de Cambremer déclara (...) que cela pourrait être commode d'être en bons termes avec un médecin si on avait jamais quelqu'un de malade. Proust, Sodome,1922, p. 1089.
Si jamais. Au cas où. Mes parents me défendaient de répondre aux avances de cette dame et me menaçaient de leur plus noir ressentiment si jamais je franchissais le seuil de l'appartement turc (France, Pt Pierre,1918, p. 117).
B. − [Dans une prop. à la forme interr.]
1. [L'interr. est une interr. de phrase] Qu'on dise encore que je ne suis pas femme de ménage, avez-vous jamais vu une ménagère plus affairée que moi? (Theuriet, Mar. Gérard,1875, p. 100).Mais est-ce qu'on aurait jamais cru qu'il ferait tout ce long chemin (Ramuz, Gde peur mont.,1926, p. 220):
2. Louis, j'ai peur que tu ne mettes trop de sentiment dans cette affaire. louis : Olga, j'ai peur que tu n'en mettes beaucoup trop, toi aussi. olga : M'as-tu jamais vu céder aux sentiments? Sartre, Mains sales,1948, 1ertabl., 3, p. 28.
[Jamais se trouve dans la complétive d'un verbe à la forme interr.] Celle qui fut à mon frère, croyez-vous qu'elle soit jamais pour moi autre chose qu'une sœur? (Claudel, Père humil.,1920, IV, 2, p. 559).
P. ell. Sait-on jamais? [S'emploie pour indiquer que ce qu'on exprime sous la forme d'une supposition peut se réaliser soudainement] « Écoute », dit-il; sa voix, qui muait, prit une sonorité basse, solennelle : « Je pense à l'avenir. Sait-on jamais? Nous pouvons être séparés l'un de l'autre (...) » (Martin du G., Thib., Cah. gr., 1922, p. 650).Il se consola de cette adhésion de second ordre lorsqu'il eut reçu des coups dans la bagarre de la rue Damrémont : il disait qu'il aurait pu mourir, sait-on jamais? (Nizan, Conspir.,1938, p. 113).
2. [L'interr. est une interr. partielle] Ô Vierge! Bienheureuse Vierge! Quel sort fut jamais plus beau que le tien? (Cottin, Mathilde, t. 2, 1805, p. 352).Certes, c'est un assemblage disparate que celui de ces deux hommes, Cornebille et le chevalier; l'un si laid, l'autre si gracieux!... Qui jamais eût songé à les réunir? (Boylesve, Leçon d'amour,1902, p. 200):
3. la gouvernante : D'accord, monsieur. D'accord, si vous êtes le roi. Mais si vous n'êtes pas le roi et que je fasse tant que vous ouvrir, comment pourrez-vous jamais me pardonner ma légèreté... Audiberti, Mal court,1947, I, p. 139.
3. [Dans une interr. indir.] Il ne désespérait plus, comme au soir de la panique de Châtillon, anxieux de savoir si l'armée française retrouverait jamais la virilité de se battre (Zola, Débâcle,1892, p. 570).Qui te voit dévêtue de tes voiles du nord, pure, brûlante et nue, se demande comment il a jamais pu vivre sans te posséder, et sait qu'il ne pourra plus jamais vivre sans te désirer (Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p. 1444).
C. − [Dans une prop. consécutive du type assez... pour, trop... pour] Tu as trop fait partie de ma vie pendant lontemps, pour qu'il y ait jamais de ma part oubli ni froideur! (Flaub., Corresp.,1864, p. 137).Nombre de grains ne servent à rien, foulés aux pieds des bêtes, enfouis trop profond pour poindre jamais (Pesquidoux, Livre raison,1928, p. 4):
4. ... vous croyez que vous, vous seriez malheureuse avec moi? − Oh! Malheureuse? Mon ami, non. Je vous estime et je vous admire trop, pour être jamais malheureuse avec vous... Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912p. 1457.
D. − [Dans une prop. compar.]
1. [La compar. est une prop. attributive] Cette situation est plus claire que jamais elle ne fut (Nizan, Chiens garde,1932, p. 78).
Rem. Dans cette constr. ne n'a qu'une valeur explétive.
P. ell. Cela est moins vrai que jamais. Elle m'est plus chère que jamais (Ac.1835-1935).M. Messimy estima qu'il était plus nécessaire que jamais de n'avoir aucun incident de frontière (Joffre, Mém., t. 1, 1931, p. 230).L'enseignement des écoles est plus que jamais dérisoire : on forme des compositeurs comme on forme des ingénieurs (Schaeffer, Rech. mus. concr.,1952, p. 136).
2. [La compar. est une prop. à verbe trans. ou intrans.] P. ell. Il court plus vite que jamais. Sans doute elle attendait une explication : moins que jamais je me sentais en disposition de la lui donner, et je me tus (Fromentin, Dominique,1863, p. 83).− Toujours le retour à la terre? s'enquit Elvire. − Plus que jamais! affirma Marat (Vailland, Drôle de jeu,1945, p. 199).
E. − [Dans une prop. liée à un subst. désignant, sous l'effet du superl., une qualité à un degré absolu (par rapport à un ensemble de référence)] C'est ce qu'on pourra jamais dire de plus fort, de mieux (Ac.1935).Le prologue est fini, et je puis promettre au lecteur (...) que le rideau ne se relèvera que sur la plus étonnante, la plus compliquée et la plus splendide vision qu'ait jamais allumée sur la neige du papier le fragile outil du littérateur (Baudel., Paradis artif.,1860, p. 409).Il a l'air en pleine forme et ses derniers articles sont parmi les meilleurs qu'il ait jamais écrits (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 176).
F. − [Dans une prop. rel.]
1. [Le référent de l'antécédent est repéré comme unique (par rapport à un ensemble de référence)] Quand Duroc fut tué, quelque part vers Dresde je crois, Napoléon dit adieu à son seul ami : « Le seul homme, dit-il, que j'aie jamais cru » (Alain, Propos,1921, p. 215).Saloméâ la seule fille de couleur qui fût jamais admise comme cliente au bar du palace à Rio (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 53):
5. Bernard dit soudain à Catherine : − Ma rose d'automne... Elle se souleva sur un coude et se mit à rire : − C'est le premier mot d'amant que j'aie jamais entendu de toi, dit-elle. Nizan, Conspir.,1938, p. 165.
2. [Le référent de l'antécédent est décrit comme universel (par le quantificateur tout)] On y trouve (...) le sentiment, le son fondamental d'une dépendance latente (...) entre toutes les pensées qu'elle contient ou pourrait jamais contenir (Valéry, Variété III,1936, p. 140).
3. En partic. V. infra H 3.
G. − [Dans une prop. régie par un vocable dont le sens contient une idée de négation ou de restriction]
1. [La prop. est régie par un verbe]
[Avec une idée de doute] J'ignore si elle avait eu jamais un nom comme tout le monde, un nom de famille (Mille, Barnavaux,1908, p. 1).Les Américains recommencent en Italie les mêmes erreurs qu'en Tunisie. À faire douter que l'expérience apprenne jamais grand-chose à personne (Gide, Journal,1944, p. 266).
[Avec une idée d'interdiction] Elle a l'intention de rompre vos relations. − Elle l'a fait. − Elle l'a fait? − Elle m'a défendu ce soir de reparaître jamais chez elle (Gobineau, Pléiades,1874, p. 75).Il avait manqué sa vie par la faute de son mauvais caractère, qui l'empêchait de jamais s'entendre longtemps avec ses matadors (Montherl., Bestiaires,1926, p. 438).
[Avec une idée de renoncement] − Oui! murmurait Pencroff. C'était un homme celui-là, et un vrai! − C'était... dit Harbert. Est-ce que tu désespères de le revoir jamais? (Verne, Île myst.,1874, p. 36).Mais faut-il donc renoncer à voir jamais la médecine scientifique fondée sur la physiologie (...)? (Cl. Bernard, Princ. méd. exp.,1878, p. 298).
[Avec une idée de non réalisation] Garde-toi de jamais réfléchir sur ta vertu (Saint-Martin, Homme désir,1790, p. 185).Parbleu! Tu vas dire partout que tu m'entretiens, que tu laves, que tu raccommodes. Eh bien! Ça m'embête, là! (...). Elle le supplia, se défendit de s'être jamais plainte (Zola, Assommoir,1877, p. 385).
2. [La prop. est régie par un adj.] Avec de tels moyens, il est impossible de jamais procéder avec pleine assurance (Destutt de Tr., Idéol. 2,1803, p. 291).Leur regard était (...) le plus souvent sec, ardent, et comme incapable de s'attendrir jamais (Martin du G., Thib., Cah. gr., 1922, p. 630):
6. J'ai parcouru tous les royaumes de l'Europe (...) et je n'ai rien vu (...) qu'on puisse comparer à cette réunion d'artistes célèbres. Le modèle en est perdu, même pour la France, et il est bien douteux qu'il s'y reproduise jamais. Jouy, Hermite, t. 4, 1813, p. 218.
H. − [Dans une prop. (gén.) complétive régie par un verbe (ou un adj.) à la forme négative]
1. [Dans une complétive régie par un verbe] Il y avait des rôtis de 22 perdreaux. Mon oncle ne se souvient pas que jamais on en ait découpé un (Goncourt, Journal,1864, p. 62).Je n'ai point sujet de craindre que Buonaparte rétablisse jamais ses affaires (Adam, Enf. Aust.,1902, p. 174).Le législateur avait manifesté qu'il n'envisageait pas qu'on pût jamais profiter de la détresse d'un parlement (De Gaulle, Mém. guerre,1954, p. 315):
7. Si nous ne voulions pas reconnaître cet enracinement des grandeurs et des distances, nous serions renvoyés d'un objet repère à un autre sans comprendre comment il peut jamais y avoir pour nous des grandeurs ou des distances. Merleau-Ponty, Phénoménol. perception,1945, p. 308.
2. [Dans une complétive régie par un adj.] Il n'est pas vrai que la propriété puisse jamais être en opposition avec la subsistance des hommes (Robesp., Discours, Subsist., t. 9, 1792, p. 112).Il était peu probable, en effet, que la faible orpheline échappât jamais au pouvoir de la femme audacieuse et lucide qui avait forcé sa solitude (Bernanos, Crime,1935, p. 870).
3. En partic. [Dans une prop. rel. dont l'antécédent à sens générique est nié] Catherine n'était pourtant pas une femme qu'un garçon comme Bernard aurait cru pouvoir jamais aimer (Nizan, Conspir.,1938, p. 129).
I. − [Dans un syntagme prép.]
1. À (tout) jamais. Dans tout le temps à venir sans qu'il y ait interruption ou fin. Synon. pour toujours.La mort les a réunis à jamais. Je serai à vous à tout jamais (Ac.1878-1935).Les lois de Kepler ont à jamais détruit la simplicité de la doctrine astronomique des Anciens (Renouvier, Essais crit. gén., 3eessai, 1864, p. 89).Un matin d'octobre, mes diplômes celés à tout jamais au fond d'une malle, je pris le tablier bleu et le balai (Frapié, Maternelle,1904, p. 6):
8. Depuis, j'ai eu le temps d'assembler les cartes, les compas, et de fixer à tout jamais l'endroit où, pour la première fois, j'ai compris la beauté des yeux de Tanit-Zerga. Benoit, Atlant.,1919, p. 298.
2. Pour jamais (vx). Pour tout le temps à venir. Synon. pour toujours.Adieu pour jamais (Ac.). L'agitation que j'éprouvais, l'affreuse idée de la quitter peut-être pour jamais, aliénait ma raison : j'ai dû l'effrayer (Krüdener, Valérie,1803, p. 180).Alors il dit : « Madame, voici la clef de tous mes biens, je pars pour jamais » (Jacob, Cornet dés,1923, p. 110).
II. − [Jamais est en corrélation avec une particule de négation] À aucun moment, en aucune occasion. Anton. toujours.
A. − [En corrélation avec sans]
1. [Jamais suit le verbe conjugué ou l'auxiliaire aux temps composés] Moi j'ai appris que le frère avait fui le château de ses parents sans qu'on puisse jamais le retrouver, et la jeune fille s'est mariée (Alain-Fournier, Meaulnes,1913, p. 207).Tous les ans, une ferme brûlait sur leur territoire sans qu'on eût jamais arrêté le coupable! (Queffélec, Recteur,1944, p. 79).
2. [Jamais suit le verbe à l'inf.] Littér. Les regards de Raboliot s'en allaient à travers la campagne, ici, puis là, sans flâner jamais (Genevoix, Raboliot,1925, p. 70).Celui qui choisit de vivre à l'hôtel est d'abord un client (...) et la loi, l'impératif est de se mettre à sa disposition sans manifester jamais d'étonnement, demanderait-il quelques grammes de radium ou un éléphant (Fargue, Piéton Paris,1939, p. 194):
9. Depuis vingt mois que les Allemands agitaient à nos yeux toutes sortes d'épouvantails, sans effrayer jamais que les pusillanimes et sans passer le moins du monde à une action un peu sérieuse, nous avions fini par devenir sceptiques. Ambrière, Gdes vac.,1946, p. 286.
3. [Jamais précède le verbe à l'inf.] Perspicace pour les petites choses, myope pour les grandes dont il ne découvrait que des parties, sans jamais saisir l'ensemble (Gobineau, Pléiades,1874, p. 16).
P. ell. du verbe. MmeCharrigaud se penchait à droite, se penchait à gauche, et souriait, sans jamais une parole, d'un sourire si éternellement immobile qu'il semblait peint sur ses lèvres (Mirbeau, Journal femme ch.,1900, p. 200).
B. − [En corrélation avec ne + autre mot négatif]
1. [Dans une prop. contenant la négation restrictive ne... que] Jamais ils ne descendaient que dans les meilleures auberges ou dans les hôtels les mieux famés (Vidocq, Mém., t. 4, 1828-29, p. 341).À bien aller au fond des choses, faut convenir que je ne vous ai jamais donné que du tourment (Bernanos, M. Ouine,1943, p. 1457).
2. [Dans une prop. contenant ne... plus] À aucun moment à partir du moment considéré.
a) Ne... plus jamais. Qu'il est beau! Olivier, qui croyait ne plus jamais rougir, rougit (Gide, Faux-monn.,1925, p. 1141).
b) Ne... jamais plus. Mais plus douloureuse était en lui la pensée que ce charme fût défait, cette inspiration foudroyante qu'il ne retrouverait peut-être jamais plus (Montherl., Bestiaires,1926, p. 563).
c) Jamais plus... ne. Partie! Partie pour la France! Jamais plus il ne devait compter revoir Juliette (Van der Meersch, Invas. 14,1935, p. 247).
Emploi subst. Confie-toi au vent qui se lève. Sonne l'heure du jamais plus (J. Bousquet, Trad. du silence,1935-36, p. 149).
d) Rare Jamais ne plus . Si tu pouvais savoir comme je désirais te quitter! Jamais, jamais ne plus te revoir! Il le fallait (Claudel, Échange,1954, III, p. 781).
C. − [En corrélation avec la particule de négation ne]
1. [Dans un syntagme verbal]
a) [Jamais suit le verbe conjugué] Je n'en ai jamais entendu parler (Ac.). Lorsque les représentants du peuple ne peuvent jamais participer au pouvoir, il est à craindre qu'ils ne le regardent comme leur ennemi naturel (Constant, Princ. pol.,1815, p. 66).S'il se refuse à être le fils de Larsan, ne consentira-t-il jamais à être le mien? (G. Leroux, Myst. ch. jaune,1907, p. 90).Le danger ne lui était jamais apparu si proche (Radiguet, Bal,1923, p. 164):
10. Je suis pure, je n'ai pas d'autre amoureux qu'Hémon, mon fiancé, je te le jure. Je peux même te jurer si tu veux, que je n'aurai jamais d'autres amoureux... Anouilh, Antig.,1946, p. 142.
Expr. On ne sait jamais. [Signale qu'il faut prendre en compte sérieusement une éventualité qui est formulée] Comme je craignais qu'elle ne me faussât compagnie, − on ne sait jamais ce qui peut arriver (...) − je demeurai là, toute la soirée, à l'attendre (Maupass., Contes et nouv., t. 2, Ermite, 1886, p. 1056).Pourquoi as-tu invité Anne? Et pourquoi a-t-elle accepté? − Pour voir ton vieux père, peut-être. On ne sait jamais (Sagan, Bonjour tristesse,1954, p. 20).
b) [Jamais précède le verbe à l'inf.] Je jure de ne jamais révéler ce dont j'ai été témoin (Lautréam., Chants Maldoror,1869, p. 249).Je quitte Stamboul et la Turquie, pour n'y jamais revenir (Farrère, Homme qui assass.,1907, p. 348).
2. [En antéposition ou en postposition hors du syntagme verbal]
a) [Jamais précède le syntagme nom. suj. ou le pron. suj.] Tell, on assure que tu es maître dans l'art de tirer de l'arbalète, et que jamais ta flèche n'a manqué d'atteindre au but (Staël, Allemagne, t. 3, 1810, p. 11).Il faut être juste : jamais on n'a vécu plus à l'aise que de 1830 à 1848 (Renan, Avenir sc.,1890, p. 423).Il se mit à rouler des yeux, injectés de sang comme ceux d'un vieil animal horrifié qui jamais auparavant n'aurait encore été battu (Céline, Voyage,1932, p. 193):
11. Depuis dix ans qu'il était à Rio de Janeiro jamais Kéroual n'avait raté l'arrivée ou le départ d'un bateau de France. Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 43.
Jamais encore. En aucun temps jusqu'au moment considéré. Jamais encore Jean n'avait embrassé Henriette (Zola, Débâcle,1892, p. 566).
b) [Jamais suit immédiatement le syntagme suj.] L'ambition de reproduire le réel se contentera-t-elle donc d'en recueillir les écorces mortes (...) dans sa course que rien jamais n'arrête? (Huyghe, Dialog. avec visible,1955, p. 149).
c) [Jamais est détaché en fin de prop.] Tu iras lui dire de ma part à ton doublard que je l'emmerde et qu'il ne refoute plus les pieds ici! Jamais! (Nizan, Conspir.,1938, p. 84).
Rem. Ce tour donne à l'affirmation un caractère plus expressif.
D. − Rare. [La particule de négation est non pas] P. ell. Ne reste debout que la notion de vérité individuelle, − vérité obtenue par une opération en plusieurs temps, sécrétée d'abord, non pas jamais par l'esprit seul, mais par tout l'être (Du Bos, Journal,1924, p. 28).
E. − Emploi subst. Ah! dans ces mornes séjours Les Jamais sont les Toujours! (Verlaine, Œuvres compl., t. 2, Parall., 1889, p. 154).
III. − [P. ell. des (éléments contenant les) particules de négation] À aucun moment. Anton. toujours.
A. − [P. ell. de la particule ne] Pop. Elle n'est pas bonne mon eau? De l'eau de colline que t'en trouveras jamais la pareille (Giono, Colline,1929, p. 86).Didace (...) l'interrompit soudain, sa grosse voix bourrue comme voilée de mélancolie : − Ouais, mais c'est jamais la même eau qui repasse (Guèvremont, Survenant,1945, p. 166):
12. Jean, qu'alle me dit, j' vas te faire ma confession. Je te la dois. Écoute, Jean. Je t'ai jamais trompé, jamais. Ni avant ni après le mariage, jamais. M'sieu le curé est là pour l' dire, li qui connaît mon âme. Maupass., Contes et nouv., t. 2, Fermier, 1886, p. 659.
B. − [P. ell. d'un cont. qu'explicite la constr. syntaxique]
1. [Jamais se trouve dans la seconde prop. d'une phrase coordonnée] Et cherchant sans cesse l'esprit de ce qui est, et jamais la règle de ce qui doit être, il trouva la raison des lois les plus contradictoires (Bonald, Législ. primit., t. 1, 1802, p. 91).Je n'agis donc que par contrainte et jamais par goût (Amiel, Journal,1866, p. 252).Le protonotaire, la gouvernante avaient pu nous paraître durs, quelquefois. Mais injustes, jamais (H. Bazin, Vipère,1948, p. 60).
En partic. [Dans une oppos. non marquée morphologiquement] Carlos : (...) Des esclaves, voilà ce qu'ils font avé nous! Toujours à la disposition, jamais de liberté, jamais de respect, jamais d'affection! (Bourdet, Sexe faible,1931, III, p. 433).Wurtz, camarade Magnin, ça ne va pas : toujours au parti, jamais au travail (Malraux, Espoir,1937, p. 496):
13. ... le métier de commerçant n'est pas si rose que ça... (...). Faut être à la disposition de tous, rendre des services, écouter les cancans. Sans ça, le client vous lâche. Jamais tranquilles, toujours à la merci d'un homme saoul. Dabit, Hôtel Nord,1929, p. 29.
Adv. temporel + ou jamais.[S'emploie gén. pour sommer qqn de faire qqc. sans délai] On lui demanda de toutes parts (...) s'il se trouvait, oui ou non, en état de continuer la mazourke? − Encore un instant... − Tout de suite ou jamais! (Cladel, Ompdrailles,1879, p. 298).Malheureux, une fois parti, vous ne reviendrez plus, ou vous ne reviendrez que lèvres cousues. Parlez maintenant! Maintenant ou jamais! La vérité n'a qu'un temps (Bernanos, Crime,1935, p. 818).
Loc. C'est le moment ou jamais. C'est le moment le plus propice (pour entreprendre quelque chose). Cette affaire vaudra de l'or, dit enfin Santini. C'est le moment ou jamais d'y entrer. Il faudra quelques travaux, un peu de frime dans le décor et après... passez la monnaie (L. Durand, Le Caïd, s. d., p. 532 ds Rey-Chantr. Expr. 1979).
2. [Dans une reprise] J'suis sûre que j'sais moins d'choses que j'en savais avant d'y aller... − Ce que tu dis est absurde... tu n'as jamais travaillé... jamais rien fait (Gyp, Souv. pte fille,1928, p. 208).
3. [Jamais se trouve dans une réponse] Avez-vous été à Rome? Jamais (Ac.). Truguelin : il me semble cependant... que vous pourriez... Dufour : La contraindre? Jamais. Je sais trop que la violence n'est propre qu'à vous faire haïr (Guilbert de Pixér., Coelina,1801, I, 8, p. 15).Tu vas aller retrouver M. de Berville et vous ferez la paix. Voilà. Thérèse : Oh! Ça, jamais! Jamais! J'aime mieux tout! (Flers, Caillavet, M. Brotonneau,1923, II, 4, p. 15):
14. Je demandai, cependant, tandis que nous l'attendions : − Vous ne l'avez naturellement jamais revu, depuis la nuit du 26? − Jamais. Vercel, Cap. Conan,1934, p. 161.
C. − [P. ell. d'une prop. rel.] Le désir (...) de faire plus qu'on est, plus qu'on ne peut a sa manifestation de plus en plus visible dans l'accès du désir jamais satisfait (Michelet, Journal,1856, p. 307):
15. ... dès que M. Thibault, remuant ses lèvres gonflées, eut, avec une ferveur jamais connue, balbutié quelques phrases (...) le prêtre (...) leva la main et murmura les paroles qui effacent... Martin du G., Thib., Mort père, 1929, p. 1266.
D. − [En prop. nominale] Chez lui, jamais une idée désintéressée, une spéculation pure (France, Vie fleur,1922, p. 342).Ce jour-là, cette douceur était ineffable. Jamais lumière plus limpide sur la terre d'Armagnac (Pesquidoux, Livre raison,1928, p. 236).Le cœur était bon, l'œil excellent, l'oreille parfaite; point de fatigue au réveil, et jamais d'insomnies (Jouve, Scène capit.,1935, p. 134):
16. Je pars à l'instant pour Augsbourg. − J'ai fait mettre bas les armes ici à 33 000 hommes. − J'ai de 60 à 70 000 prisonniers, plus de 90 drapeaux, et de 200 pièces de canon. Jamais catastrophe pareille dans les annales militaires! Napoléon Ier, Lettres Joséph.,1805, p. 98.
E. − Loc., fam.
Jamais de la vie. Absolument jamais, en aucun cas. Panisse : Ô Félix! La torpille t'a pété dans la main! Pan!... Mais non, ce n'est pas vrai, Félix! Escartefigue, inquiet : Vous l'avez entendu dire, monsieur Brun? M. Brun : Mais jamais de la vie! Et je suis bien sûr que ce n'est pas vrai! (Pagnol, Fanny,1932, I, 1ertabl., 9, p. 31).
Jamais de jamais. Absolument jamais. − Ce n'est pas à monsieur l'abbé Poiré que vous vous confesserez, c'est au révérend père Jaxel... − Au père Jaxel!... Jamais de jamais! (Gyp, Souv. pte fille,1928, p. 296).
Au grand jamais. À aucun moment. Au grand jamais je n'irai là. Au grand jamais je ne ferai cela (Ac.).Jamais, au grand jamais, il ne se serait attendu à être torturé par un bourreau (Lautréam., Chants Maldoror,1869, p. 242):
17. Je suis tombé plus de mille fois chez Adèle, à n'importe quelle heure du jour; du diable, si, au grand jamais, elle a mis plus de six secondes à venir ouvrir la porte! Courteline, Boubouroche,1893, I, 3, p. 44.
IV. − Rare. [Dans un sens pleinement négatif, sans corrélation avec ne et sans ell.] Mieux vaut (...) + mot temporel que jamais.Mieux vaut tard que jamais; mieux vaut maintenant que jamais. Le premier mendiant : La charité, homme, la charité, grand'mère! Le deuxième mendiant : Mieux vaut la faire tôt que jamais! (Camus, État de siège,1948, 1repart., p. 198).
Rem. gén. Aux temps composés jamais se place entre l'auxil. et le part. passé.
REM.
Jamais-dit (vu, entendu, etc.), subst. masc. sing.Ce qui n'a jamais été dit (vu, entendu, etc.). L'une de ces formes spéciales les plus curieuses est constituée par le sentiment de jamais-vu et d'étrange (Janet, Obsess. et psychasth.,1903, p. 283).Corneille et Boileau ne poursuivent (à les entendre) que l'exceptionnel, le jamais-dit, l'étonnant (Paulhan, Fleurs Tarbes,1941, p. 164).Il m'arrive d'être entouré de musiciens n'aimant plus la musique. Le préjugé du jamais entendu les énerve (Schaeffer, Rech. mus. concr.,1952, p. 179).
Prononc. et Orth. : [ʒamε]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Exprime une négation par rapport au temps 1. a) 2emoitié xes. ja non... mais, ja mais ne verbe au fut. « plus jamais » négation pour l'avenir de la réalisation d'un fait qui s'est déjà produit dans le passé (St Léger, éd. J. Linskill, 168 : Ja non podra mais Deu laudier); mil. xies. (Alexis, éd. Chr. Storey, 5 : Ja mais n'iert [li secles] tel cum fut as anceissurs); b) ca 1100 ne...ja mais « ne jamais » négation pour l'avenir de la réalisation d'un fait, mais sans opposition au passé (Roland, éd. J. Bédier, 1721 : Ne jerreiez ja mais entre sa brace [Olivier à Roland en parlant d'Aude]); 2. ca 1280 verbe au prétérit; négation d'un fait en référence au passé (Girart d'Amiens, Escanor, 90 ds T.-L. t. 5, col. 865). B. Sens positif 1. ca 1130 marque une action à venir considérée à partir du moment où l'on parle « à partir de maintenant et dans l'avenir » (Li ver del Juise, 335 ds T.-L.); 2. ca 1160 marque une éventualité dans le temps; en référence à l'avenir « un jour dans le futur » (Eneas, 335, ibid.); 3etiers xiiies. a jamais « pour toujours » (Adam de La Halle, Chansons, XXIV, éd. E. de Coussemaker, p. 95); 3. ca 1276 en référence au passé « un jour dans le passé » (Id., Robin et Marion, éd. E. Langlois, 632). Comp. de l'a. fr. ja et de l'a. fr. mais adv. « plus » (v. et mais; v. aussi désormais). Fréq. abs. littér. : 71 645 Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 98 556, b) 94 706; xxes. : a) 98 683, b) 110 510. Bbg. Gaatone (D.) Ét. descriptive du syst. de la négation en fr. contemp. Genève, 1971, pp. 135-146. - Martin (R.). Le Mot rien et ses concurrents en fr. Paris, 1966, pp. 21, 26, 44, 55, 68, 76, 78, 200. - Offroy (G.). Contribution à l'ét. de la synt. québécoise d'après la lang. des journaux. Québec, 1975, p. 263. - Spitzer (L.). Rem. sur personne, aucun, rien, jamais. Fr. mod. 1938, t. 6, pp. 51-55. - Taylor (A.). Loc. for never. Rom. Philol. 1948-49, t. 2, pp. 103-132. - Vikner (C.). Les Auxil. négatifs : fonction et position. R. rom. 1978, t. 13, no1, pp. 88-109.

Wiktionnaire

Interjection - français

jamais \ʒa.mɛ\ invariable

  1. Indique un refus, une opposition catégorique.
  2. Indique une absence totale dans la durée.

Adverbe - français

jamais \ʒa.mɛ\ invariable

  1. (Littéraire) (Au sens affirmatif) En un temps quelconque, futur ou hypothétique.
    • Quant à ce dernier, nous ne comptions guère le rejoindre jamais, bien que j’eusse une lueur d’espérance que le capitaine Robson ferait un effort pour nous délivrer. — (Dillon, Voyage dans la mer du sud, Revue des Deux Mondes, tome 1, 1830)
    • […] la jeune comtesse avait déclaré qu’elle préférait entrer dans un couvent plutôt que d’être jamais la femme du comte de Ravenstein. — (Alexandre Dumas, Othon l’archer, 1839)
    • Vous avez sauvé la vie de ma nièce, lui dit le général avec effusion, comment m’acquitterai-je jamais envers vous ? — (Gustave Aimard, Les Trappeurs de l’Arkansas, 1858)
    • « Au revoir, mam’zelle ; si vous voulez jamais avoir de mes nouvelles, demandez Gras Double, tout le monde vous répondra. » — (Hector Malot, En famille, 1893)
    • Le monde entier prenait part aux hostilités, sans pouvoir envisager la possibilité d’une paix prochaine, sans même l’espoir de recouvrer jamais la paix. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 392 de l’édition de 1921)
    • Si les barbares s'emparent jamais de l'empire du monde, ils seront forcés d'adopter certaines de nos méthodes ; ils finiront pas nous ressembler. — (Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien, Folio (Gallimard), 1974, page 314)
    • Et il descendit de sa chaire, plus rouge et plus excité que jamais, les yeux lançant des éclairs et brandissant vers la nef un poing terrible et vengeur. — (Louis Pergaud, Le Sermon difficile, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Depuis le matin, il giboulait. Le ciel et la terre avaient une même couleur de boue et les pins de la forêt bavaroise étaient plus noirs que jamais. — (Dominique Varenne, Christa, Editions de la Table Ronde, 1971, part. 1, chapitre 1)
    • Carmen est morte, l’innocente et plaintive Carmen. Mais la chanson est plus vivante que jamais, plus impitoyable que jamais, plus torturante que jamais. — (Octave Mirbeau, Contes cruels : La Chanson de Carmen (1882))
  2. (Vieilli) Toujours.
    • […] j’irais y ensevelir pour jamais mon existence ; inconnu de l’univers, que j’aurais oublié […] — (Lettre d’Évariste Parny à son frère, septembre 1773)
    • Jamais « l’Ami du Peuple » ne s’est élevé contre des hommes privés ; jamais il n’a attaqué que des hommes publics, […] les mandataires du peuple qui oublient leurs devoirs pour trahir leurs commettants. — (Jean-Paul Marat, L’Ami du peuple n°102 du 19 janvier 1790)
    • Là, tous ces amis, qui avaient été si étroitement attachés les uns aux autres par le danger commun, allaient se séparer pour jamais, peut-être ! — (Jules Verne, Le Pays des fourrures, J. Hetzel et Cie, Paris, 1873)
    • Kurt, aussi rose que jamais, était, lui aussi, sur son séant, à un mètre de Bert […] — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 255 de l’édition de 1921)
  3. En nul temps. — Note d’usage : Se rencontre combiné avec la particule négative ne (sauf, en réponse, dans le feu d'une conversation, où son omission est de règle).
    • Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple et dont l’exécution n’aura point d’imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature, et cet homme, ce sera moi. — (Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, 1782-1789, Livre I)
    • Le sacro-saint règlement et l’esprit de corps furent ainsi respectés, mais Blosseville et son équipage ne revinrent jamais. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
    • Jamais Président n’avait été inauguré dans des circonstances aussi dramatiques. — (André Maurois, Chantiers américains, 1933)
    • Un campement à la bordure d’une forêt, et éclairé par quelques bougies, donne d’étranges apparences ; je crus voir une falaise et des cavernes ; je revis ce lieu plus d’une fois ; jamais je n’y pus reconnaître ma première impression […] — (Alain, Souvenirs de guerre, Hartmann, 1937, page 16)
    • Elle s’était repliée sur elle-même, l’air agressif.
      J’avais vu la même expression, dans une maternité, sur le visage d’une jeune femme qui venait d’accoucher après beaucoup de souffrances. Son mari arriva et esquissa un geste de tendresse. Elle se recula contre le mur où était accoté son lit et jeta sur l’homme un regard de rancune. « Jamais plus », gronda-t-elle.
      — (Roger Vailland, 325.000 francs, 1954, réédition Le Livre de Poche, page 143)
    • Mais voyons la lettre ; (Il lit) : « Monsieur, comme je ne puis jamais être à vous ...» Jamais! il ne faut jamais dire jamais. Qui est-ce qui peut répondre-de l'avenir? — Vous me l'aviez dit, mon oncle. — Jamais! je voulais dire à présent, mais nous ne pouvons jamais dire jamais pour l'avenir. — (Oeuvres de F.-B. Hoffman, François-Benoît Hoffman, 1831 → lire en ligne)
    • Le lendemain où M. de Serre, alors garde-des-sceaux, avait fait retentir les échos de la Chambre élective du terrible mot jamais ! on donnait au Gymnase une représentation de cet opéra. A la scène xn, Géronte, consulté par sa pupille sur le contenu de la lettre qu'il l'a chargée d'écrire à son amant, y blâme cette phrase : Monsieur, comme je ne puis jamais être à vous; et ajoute : jamais! il ne faut jamais dire jamais; qui est-ce qui peut répondre de l'avenir? — (Oeuvres de F.-B. Hoffman, François-Benoît Hoffman, 1831 → lire en ligne)
    • Jamais menelaus avec Vous ne coucherait — (La bible des poètes : les Métamorphoses d'Ovide moralisées par Thomas Walleys. Traduction Collard Mansion, 1493)
    • Car il m'a fait plus de bien et de courtoisie que homme du monde Jamais ne pourrait oublier les bienfaits — (La bible des poètes : les Métamorphoses d'Ovide moralisées par Thomas Walleys. Traduction Collard Mansion, 1493)
    • Jamais ogier le danois ne frappa chevalier qu'il ne fut armé de tous poings — (Ogier le Danoss, duc de Dannemark, qui fut l'ung des pairs de France, lequel avec l'ayde du roy Charlemagne chassa les payens hors de Rome et remît le pape en son siège . Et conquît troys terribles geans sarrazins en champ de bataille... Et fut couronne roy d'angleterre et roy d'acre, et conquît Jerusalem et Babylone et plusieurs autres vaillances fît ledit Ogier, 1495)
    • jamais beuf fa tête cornue ne mettrait en jouc de charrue — (Le Romman de la Rose nouvellement imprimé à Paris, Guillaume de Lorris, 150?)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

JAMAIS. adv. de temps
. En aucun temps, au sens affirmatif, en un temps quelconque. Elle m'est plus chère que jamais. Cet homme n'a jamais commis rien de criminel. C'est ce qu'on pourra jamais dire de plus fort, de mieux. Si vous venez jamais me voir, je vous montrerai mes bibelots. C'est un homme consciencieux, s'il en fut jamais. Il se rencontre le plus souvent avec la particule négative ne. On n'a jamais rien vu de pareil. Je n'en ai jamais entendu parler. Ne me parlez jamais de cela. Avec ellipse de ne. Avez-vous été à Rome? Jamais. Son style est élégant, jamais recherché. À jamais, loc. adv., Pour toujours, dans tout le temps à venir. Dieu soit béni à jamais. La mort les a réunis à jamais. On dit dans le même sens À tout jamais. Je serai à vous à tout jamais. Pour jamais, Pour toujours. Adieu pour jamais. Au grand jamais, avec une négation, En aucun temps. Au grand jamais je n'irai là. Au grand jamais je ne ferai cela. Ce tour est familier.

Littré (1872-1877)

JAMAIS (ja-mê ; l's se lie : jamê-z on n'a vu…) adv. de temps
  • 1En un temps quelconque. Elle m'est plus chère que jamais. Porte en d'autres climats ton insolent courroux… Et tout ce qui jamais a fait Jason coupable, Corneille, Médée, II, 2. Y a-t-il homme de trente ans qui paraisse plus frais et plus vigoureux que vous me voyez ? n'ai-je pas tous les mouvements de mon corps aussi bons que jamais ? Molière, Mar. forcé, 2. Comme si j'étais femme à violer la foi que j'ai donnée à un mari et m'éloigner jamais de la vertu que mes parents m'ont enseignée ! Molière, G. Dand. II, 10. Son beau-frère qui est janséniste s'il y en eut jamais, Pascal, Prov. I. Vit-on jamais en deux hommes [Condé et Turenne] les mêmes vertus avec des caractères si différents, pour ne pas dire si contraires ? Bossuet, Louis de Bourbon. Parmi les difficultés que ses intérêts [du prince de Condé] apportaient au traité des Pyrénées, écoutez quels furent ses ordres, et voyez si jamais un particulier traita si noblement ses intérêts, Bossuet, Louis de Bourbon. Si jamais l'on peut dire que la voie du chrétien est étroite, c'est, messieurs, durant les persécutions, Bossuet, Reine d'Anglet. S'il y eut jamais une conjoncture où il fallut montrer de la prudence, ce fut lorsque…, Bossuet, Le Tellier. Si jamais il parut un homme extraordinaire…, c'est dans ces rapides moments d'où dépendent les victoires, Bossuet, Louis de Bourbon. T'ai-je jamais caché mon cœur et mes désirs ? Racine, Andr. I, 1. Toutes les sectes qui ont jamais paru sur la terre, Massillon, Carême, Pard. des off. Ah ! quel cœur sait jamais s'il est juste ou coupable ? Voltaire, Fanat. IV, 4.
  • 2Avec la négation, en nul temps. Jamais contre un tyran entreprise conçue Ne permit d'espérer une si belle issue, Corneille, Cinna, I, 3. De pareilles erreurs Ne produisent jamais que d'illustres malheurs, La Fontaine, Fabl. X, 10. Jamais juste n'attendit la grâce de Dieu avec une plus ferme confiance ; jamais pécheur ne demanda un pardon plus humble, ni ne s'en crut plus indigne, Bossuet, le Tellier. Jamais les vanités de la terre n'ont été si clairement découvertes ni si hautement confondues, Bossuet, Duch. d'Orl. Grande reine, je satisfais à vos plus tendres désirs quand je célèbre ce monarque [Charles 1er] ; et ce cœur qui n'a jamais vécu que pour lui, se réveille, tout poudre qu'il est…, Bossuet, Reine d'Anglet. Anne la magnanime, la pieuse, que nous ne nommerons jamais sans regret, Bossuet, ib. Jamais on ne vaincra les Romains que dans Rome, Racine, Mithr. III, 1. Jamais la société n'a été plus aimable et plus remplie de sentiments d'honneur, jamais les belles lettres n'ont plus influé sur les mœurs, Voltaire, Facéties, Au révérend père Jean de Beauvais, note b.

    Sans… jamais (sans est dans cet emploi une sorte de négation). Celui-là [Turenne] d'un air plus froid, sans jamais rien avoir de lent, Bossuet, Louis de Bourbon.

    Ne… comme jamais, pour ainsi dire en aucun temps. Les ministres n'osaient approcher de Monseigneur, qui aussi ne se commettait comme jamais à ne leur rien demander, Saint-Simon, 294, 7. On dit plus souvent : presque jamais.

  • 3Jamais, même sans négation, par ellipse d'une négation impliquée dans ce qui précède, en nul temps. C'est le cas ou jamais. Avez-vous été à Rome ? jamais. Vous avez toujours été orateur et jamais philosophe, Fénelon, Dial. des morts, 33. Croyez donc votre cœur et jamais votre esprit, Destouches, Phil. mar. II, 2. Le mot jamais, ou toujours, me paraît bien hasardé avec tout public français, Mirabeau, Lettre à M. de Comps, 1789 (citée dans les Mémoires de Mirabeau, par M. LUCAS MONTIGNY)

    Dans ces constructions, l'ellipse est facilement fournie par le sens du membre de phrase qui précède.

    Enfin l'ellipse s'étend jusqu'à des cas où rien dans ce qui précède ne fournit l'idée d'une négation, et où la pensée seule de celui qui parle imprime au mot jamais le sens négatif. Ces jeûnes sévères et presque jamais interrompus, Massillon, Panég. St Benoît. Les grands toujours loués et jamais instruits, Massillon, Panég. St Louis. Mme de St-Vallery était une femme grande à qui la douceur et une vertu jamais démentie tenaient lieu de tout le reste, Saint-Simon, 4, 63. Il avait fait à la France mille promesses, jamais suivies de résultat, Thiers, Histoire du Cons. IX.

    Comme jamais par lui-même n'est pas négatif, et exige la négation ne devant le verbe, cette tournure, certainement incorrecte, est condamnée par plusieurs grammairiens ; mais elle a pour elle l'usage ; et, si on en use, on ne méconnaîtra pas le défaut qui y est inhérent.

  • 4À jamais, dans tout le temps à venir. La mort les a réunis à jamais. Depuis trois mois je n'ai pas un moment à moi ; mon cœur sera à jamais à vous, Voltaire, Lett. d'Argental, juin 1753.

    À tout jamais, même sens. Puissent à tout jamais les plaines Élysées Verser en vos gosiers le nectar gracieux ! Garnier, Porcie, II.

  • 5Pour jamais, pour toujours. Je souhaite de vous dire adieu pour jamais, Sévigné, 376. La mort qui… égale pour jamais toutes les conditions différentes, Bossuet, Gornay. Pour jamais ! ah seigneur ! songez-vous en vous-même Combien ce mot cruel est affreux quand on aime ? Racine, Bérén. IV, 5.

    Pour tout jamais, même sens. Adieu donc pour deux jours - Adieu pour tout jamais, Corneille, Sertor. III, 4.

  • 6Au grand jamais, avec une négation, en nul temps. Jamais, au grand jamais je ne ferai cela. Au grand jamais je n'y vais toute seule, Genlis, Théâtre d'éduc. la March. de modes, sc.2.
  • 7Jamais plus avec la négation, de la vie. Jamais plus je ne me rembarquerai. À condition que je n'entende jamais plus parler de lui.

    PROVERBE

    La semaine des trois jeudis, trois jours après jamais, se dit pour signifier que quelque chose ne se fera jamais. On dit aussi : Je ferai cela en mil huit cent jamais.

REMARQUE

1. Jamais peut occuper différentes places dans la phrase : Jamais je ne le verrai, je ne le verrai jamais ; jamais je ne l'ai vu, je ne l'ai jamais vu.

2. Jamais construit avec une préposition, avec un adjectif, joue le rôle d'un substantif ; ce qu'il doit à mais qui est l'équivalent de plus.

HISTORIQUE

XIe s. [Il] N'aurat talent [désir] que jamais vous guerreit, Ch. de Rol. XLII.

XIIe s. Il ne feront jamais guerre recommencier, Sax. IV. Que, se jamais contre lui [elle] [je] me defent, Couci, V. Li fel est tuz dis fel, ne jamais n'iert [sera] senez, Th. le mart. 31.

XIIIe s. Car tos jors li [au Seigneur] benoïrai [bénira] Li secle qui jamai durrai [durera], Psaumes en vers, dans Liber psalm. p. 274. Dieux morut une fois, mès jà mès ne morra, Or face desormès chascuns ce qu'il vorra [voudra], J. de Meung, Test. 159.

XVe s. La derniere parole qu'il prononça jamais en devisant en santé…, Commines, VIII, 18.

XVIe s. Ains que [avant que] l'artillerie tirast jamais dix coups…, Marot, J. V, 120. Car j'ai le cœur aussi bon que jamais, Marot, J. V, 233. Mon cœur avez, et le vostre retien à tout jamais, Marot, J. V, 248. Puis temps perdu n'est recouvré jamais, Marot, J. V, 258. Plus que jamais, non obstant ton refus, Je t'aimerai, Marot, J. V, 270. Persuadant aux jeunes gens d'abandonner leur païs. lorsque l'ennemy, qui toujours avoit esté victorieux, et non jamais vaincu, estoit à leurs portes, Amyot, Fab. 51. Ces jeux se celebreront annuellement au jour de son trespas, à toujours et à jamais, Amyot, Timol. 53. Marius à son de trompe offrit publiquement la liberté aux serfs et esclaves qui voudroient prendre les armes pour luy, mais il n'y en eut jamais que trois qui se presentassent, Amyot, Marius, 73. À tout jamais, Montaigne, I, 13. On reçoit ces advis comme adressez au peuple, non jamais à soy, Montaigne, I, 116. Elle y perd son aiguillon et sa force pour jamais, Montaigne, II, 45. St Nicolas, à ceste fois, et jamais plus, Rabelais, Pant. IV, 19. Et sur ce mot, je vous dis adieu, et c'est pour jamais ! Marguerite de Navarre, Nouv. X. Qu'il lui feroit une telle peur que jamais il luy en souviendroit, Marguerite de Navarre, ib. LIII. Et n'y fut jamais tué que deux pionniers, Carloix, VII, 12. Jamais, au grand jamais, on ne verra changer…, Desportes, Diane, II, 65.

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Étymologie de « jamais »

, et mais dans le sens de plus ; comme qui dirait : jà plus. Bourg. jaimoi ; nivern. jaimas ; provenç. jamais ; cat. jamay ; espagn. jamas ; portug. jámais ; ital. giammai.

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(XIe siècle) De l’ancien français ja mais (« pas déjà »). Voir (comme dans déjà) et mais que.
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Phonétique du mot « jamais »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
jamais ʒamɛ

Fréquence d'apparition du mot « jamais » dans le journal Le Monde

Source : Gallicagram. Créé par Benjamin Azoulay et Benoît de Courson, Gallicagram représente graphiquement l’évolution au cours du temps de la fréquence d’apparition d’un ou plusieurs syntagmes dans les corpus numérisés de Gallica et de beaucoup d’autres bibliothèques.

Évolution historique de l’usage du mot « jamais »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « jamais »

  • J’ai fait un voyage sur le plus beau bateau qui ait jamais été construit ; particularité étrange, à bord de ce transatlantique, passagers et hommes d’équipage étaient à cheval !Le capitaine, cavalier émérite, montait un pur-sang de courses, il portait un costume de chasse et sonnait du cor pour diriger la manœuvre, quant à moi, ayant horreur de l’équitation, j’avais pu obtenir de passer mes journées sur le cheval de bois de la salle de gymnastique. Nous débarquâmes sur une terre nouvelle où les chevaux étaient inconnus ; les indigènes prirent pour un animal à deux têtes les passagers montés de notre navire, ils n’osèrent s’en approcher en proie à la terreur ; moi seul, reconnu semblable à ces êtres primitifs, je fus fait prisonnier par eux. C’est de la prison ou l’on m’enferma que j’écrivis les lignes qui vont suivre. Cette prison était une île absolument déserte le jour, mais la nuit, les habitants d’une grande ville continentale ou le mariage et l’union libre étaient également défendus, s’y donnaient rendez-vous pour faire d’amour, j’ai pù ainsi rapporter de mon exil la plus splendide collection de peignes de femmes qui soit au monde, depuis le triste celluloïd jusqu’à l’écaille la plus transparente, couverte de pierres précieuses. J’ai offert cette collection à l’un de mes oncles, conchyliologiste distingué, chez lequel elle fait pendant à une vitrine de coquillages indiens.
    Francis Picabia — Jésus-Christ Rastaquouère
  • Facilité, dis-je, me voilà ramené droit à Eluard. En effet, des mots de cette ardente langue française, qui jamais ne fut aussi femme que lorsque c’était lui qui la couchait sur le papier, il en est peu qui lui appartiennent autant que celui-là sous la forme de l’adjectif dérivé.
    André Pieyre de Mandiargues — Préface de Capitale de la douleur
  • Toujours et jamais, c'est aussi long l'un que l'autre.
    Elsa Triolet — Proverbes d'Elsa, Les Éditeurs français réunis
  • Car, on avait bien vu dernièrement un lieutenant de louveterie (il était venu avec l’ingénieur des mines de La Mûre et un chocolatier de Grenoble, soi-disant pour une battue aux sangliers qui s’était transformée finalement en partie de miroir aux alouettes suivie d’un dîner de garçon) mais on n’avait jamais vu de commandant.
    Jean Giono — Un roi sans divertissement
  • Va-t’en, lui disais-je, gueule de flic, gueule de vache, va-t’en je déteste les larbins de l’ordre et les hannetons de l’espérance. Va-t’en mauvais gris-gris, punaise de moinillon. Puis je me tournais vers des paradis pour lui et les siens perdus, plus calme que la face d’une femme qui ment, et là, bercé par les effluves d’une pensée jamais lasse je nourrissais le vent, je délaçais les montres et j’entendais monter de l’autre côté du désastre, un fleuve de tourterelles et de trèfles de la savane que je porte toujours dans mes profondeurs à hauteur inverse du vingtième étage des maisons les plus insolentes et par précaution contre la force putréfiante des ambiances crépusculaires, arpentée nuit et jour d’un sacré soleil vénérien.
    Aimé Césaire — Cahier d’un retour au pays natal
  • Au bout du petit matin, une autre petite maison qui sent très mauvais dans une rue très étroite, une maison minuscule qui abrite en ses entrailles de bois pourri des dizaines de rats et la turbulence de mes six frères et sœurs, une petite maison cruelle dont l’intransigeance affole nos fins de mois et mon père fantasque grignoté d’une seule misère, je n’ai jamais su laquelle, qu’une imprévisible sorcellerie assoupit en mélancolique tendresse ou exalte en hautes flammes de colère; et ma mère dont les jambes pour notre faim inlassable pédalent, pédalent de jour, de nuit, je suis même réveillé la nuit par ces jambes inlassables qui pédalent la nuit et la morsure âpre dans la chair molle de la nuit d’une Singer que ma mère pédale, pédale pour notre faim et de jour et de nuit.
    Aimé Césaire — Cahier d’un retour au pays natal
  • Je ne me suis même jamais senti tellement vivant et tellement batailleur qu’en ce moment. Il se peut que ma situation soit redressée et même devienne brillante avant l’automne ; mais la vie m’a appris à ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.
    Roger Vailland — Lettres à sa famille
  • Voilà. Ces personnages vont vous jouer l’histoire d’Antigone. Antigone, c’est la petite maigre qui est assise là-bas, et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. Elle pense qu’elle va être Antigone tout à l’heure, qu’elle va surgir soudain de la maigre jeune fille noiraude et renfermée que personne ne prenait au sérieux dans la famille et se dresser seule en face du monde, seule en face de Créon, son oncle, qui est le roi. Elle pense qu’elle va mourir, qu’elle est jeune et qu’elle aussi, elle aurait bien aimé vivre. Mais il n’y a rien à faire. Elle s’appelle Antigone et il va falloir qu’elle joue son rôle jusqu’au bout… Et, depuis que ce rideau s’est levé, elle sent qu’elle s’éloigne à une vitesse vertigineuse de sa sœur Ismène, qui bavarde et rit avec un jeune homme, de nous tous, qui sommes là bien tranquilles à la regarder, de nous qui n’avons pas à mourir ce soir.Le jeune homme avec qui parle la blonde, la belle, l’heureuse Ismène, c’est Hémon, le fils de Créon. Il est le fiancé d’Antigone. Tout le portait vers Ismène : son goût de la danse et des jeux, son goût du bonheur et de la réussite, sa sensualité aussi, car Ismène est bien plus belle qu’Antigone ; et puis un soir, un soir de bal où il n’avait dansé qu’avec Ismène, un soir où Ismène avait été éblouissante dans sa nouvelle robe, il a été trouver Antigone qui rêvait dans un coin, comme en ce moment, ses bras entourant ses genoux, et il lui a demandé d’être sa femme. Personne n’a jamais compris pourquoi. Antigone a levé sans étonnement ses yeux graves sur lui et elle lui a dit « oui » avec un petit sourire triste… L’orchestre attaquait une nouvelle danse, Ismène riait aux éclats, là-bas, au milieu des autres garçons, et voilà, maintenant, lui, il allait être le mari d’Antigone. Il ne savait pas qu’il ne devait jamais exister de mari d’Antigone sur cette terre et que ce titre princier lui donnait seulement le droit de mourir.Cet homme robuste, aux cheveux blancs, qui médite là, près de son page, c’est Créon. C’est le roi. Il a des rides, il est fatigué. Il joue au jeu difficile de conduire les hommes. Avant, du temps d’Œdipe, quand il n’était que le premier personnage de la cour, il aimait la musique, les belles reliures, les longues flâneries chez les petits antiquaires de Thèbes. Mais Œdipe et ses fils sont morts. Il a laissé ses livres, ses objets, il a retroussé ses manches, et il a pris leur place.Quelquefois, le soir, il est fatigué, et il se demande s’il n’est pas vain de conduire les hommes. Si cela n’est pas un office sordide qu’on doit laisser à d’autres, plus frustes… Et puis, au matin, des problèmes précis se posent, qu’il faut résoudre, et il se lève, tranquille, comme un ouvrier au seuil de sa journée.La vieille dame qui tricote, à côté de la nourrice qui a élevé les deux petites, c’est Eurydice, la femme de Créon. Elle tricotera pendant toute la tragédie jusqu’à ce que son tour vienne de se lever et de mourir. Elle est bonne, digne, aimante. Elle ne lui est d’aucun secours. Créon est seul. Seul avec son petit page qui est trop petit et qui ne peut rien non plus pour lui.Ce garçon pâle, là-bas, au fond, qui rêve adossé au mur, solitaire, c’est le Messager. C’est lui qui viendra annoncer la mort d’Hémon tout à l’heure. C’est pour cela qu’il n’a pas envie de bavarder ni de se mêler aux autres. Il sait déjà…Enfin les trois hommes rougeauds qui jouent aux cartes, leurs chapeaux sur la nuque, ce sont les gardes. Ce ne sont pas de mauvais bougres, ils ont des femmes, des enfants, et des petits ennuis comme tout le monde, mais ils vous empoigneront les accusés le plus tranquillement du monde tout à l’heure. Ils sentent l’ail, le cuir et le vin rouge et ils sont dépourvus de toute imagination. Ce sont les auxiliaires toujours innocents et toujours satisfaits d’eux-mêmes, de la justice. Pour le moment, jusqu’à ce qu’un nouveau chef de Thèbes dûment mandaté leur ordonne de l’arrêter à son tour, ce sont les auxiliaires de la justice de Créon.Et maintenant que vous les connaissez tous, ils vont pouvoir vous jouer leur histoire. Elle commence au moment où les deux fils d’Œdipe, Étéocle et Polynice, qui devaient régner sur Thèbes un an chacun à tour de rôle, se sont battus et entre-tués sous les murs de la ville, Étéocle l’aîné, au terme de la première année de pouvoir, ayant refusé de céder la place à son frère. Sept grands princes étrangers que Polynice avait gagnés à sa cause ont été défaits devant les sept portes de Thèbes. Maintenant la ville est sauvée, les deux frères ennemis sont morts et Créon, le roi, a ordonné qu’à Étéocle, le bon frère, il serait fait d’imposantes funérailles, mais que Polynice, le vaurien, le révolté, le voyou, serait laissé sans pleurs et sans sépulture, la proie des corbeaux et des chacals… Quiconque osera lui rendre les devoirs funèbres sera impitoyablement puni de mort.Pendant que le Prologue parlait, les personnages sont sortis un à un. Le Prologue disparaît aussi. L’éclairage s’est modifié sur la scène. C’est maintenant une aube grise et livide dans une maison qui dort. Antigone entr’ouvre la porte et rentre de l’extérieur sur la pointe de ses pieds nus, ses souliers à la main. Elle reste un instant immobile à écouter. La nourrice surgit.
    Jean Anouilh —  Antigone
  • Mieux vaut tard que jamais.
    Libanios
  • Les rieurs ne régneront jamais.
    Ernest Renan
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Traductions du mot « jamais »

Langue Traduction
Anglais never
Espagnol nunca
Italien mai
Allemand noch nie
Chinois 决不
Arabe أبدا
Portugais nunca
Russe никогда
Japonais 決して
Basque inoiz ez
Corse mai
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Synonymes de « jamais »

Source : synonymes de jamais sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « jamais »

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Nombre de points du mot jamais au scrabble : 15 points

Jamais

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