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Grain

Sommaire

  • Définitions du mot grain
  • Étymologie de « grain »
  • Phonétique de « grain »
  • Citations contenant le mot « grain »
  • Images d'illustration du mot « grain »
  • Traductions du mot « grain »
  • Synonymes de « grain »
  • Antonymes de « grain »

Définitions du mot grain

Trésor de la Langue Française informatisé

GRAIN, subst. masc.

I. − Fruit et semence de certains végétaux.
A. − Fruit comestible contenu dans les épis des céréales et constituant également sa semence. Grain de mil. Le laboureur, en semant un grain de blé, en fait germer vingt autres (Say, Écon. pol.,1832, p. 60).Il leur donnait [aux fourmis] pêle-mêle des grains de diverses espèces, froment, orge, seigle, qu'elles employaient dans leurs constructions (Michelet, Insecte,1857, p. 388).V. granivore ex.
Absol. Le grain; les grains. Les céréales. Commerce, marchand de grains. Dès que les grains sont coupés et les fruits détachés, quoique non enlevés, ils sont meubles (Code civil,1804, art. 520, p. 95).Ils se plaisaient à traverser la rotonde de la Halle au blé (...). Ils aimaient (...) la rue de Viarmes, (...) où grouille à quatre heures la bourse aux grains (Zola, Ventre Paris,1873, p. 27) :
1. ... La valeur d'une même quantité de blé a dû être à peu près la même chez les Anciens, dans le Moyen Âge, et de notre temps. Mais comme l'abondance des récoltes a toujours prodigieusement varié d'une année à l'autre, qu'il y a eu des famines dans un temps, et que les grains ont été donnés à vil prix dans un autre, il ne faut évaluer le grain que sur sa valeur moyenne, toutes les fois qu'on la prend pour base d'un calcul quelconque. Say, Écon. pol.,1832p. 285.
Poulet de grain. Petit poulet que l'on nourrit exclusivement de grain. Un hérisson bouilli est tendre et savoureux autant qu'un poulet de grain (Genevoix, Raboliot,1925, p. 289).
,,Gros grains`` (Ac. 1835-1932). ,,Le froment, le méteil et le seigle`` (Ac. 1835-1932).
Menus grains. Les céréales qu'on sème en mars (avoine, mil, orge). (Ds Ac. 1798-1878).
Expr. et proverbes
Jeter le grain. Tu veux qu'ils s'aiment? Ne leur jette point le grain du pouvoir à partager. Mais que l'un serve l'autre. Et que l'autre serve l'empire (Saint-Exup., Citad.,1944, p. 563).
Être dans le grain (pop., vx). Être dans une situation florissante; être en voie de faire fortune. Il est intéressé dans telle entreprise, le voilà dans le grain. (Ac. 1835, 1878).
[P. allus. à l'Évangile (Jean, XII, 24) : Si le grain de blé tombé en terre ne meurt, il reste seul; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit] Gide lui-même, (...) n'a écrit Si le grain ne meurt que pour la confession pédérastique (Du Bos, Journal,1928, p. 61).
[P. allus. à l'Évangile (Matthieu, XIII, 24-30), parabole du bon grain et de l'ivraie, les bons par rapport aux méchants, le bien par rapport au mal] [Jésus] disoit aux siens : laissez croître ensemble jusqu'à la moisson le bon et le mauvais grain : le père de famille en fera la séparation sur l'aire (Lamennais, Paroles croyant,1834, p. 206).
[P. allus. à Leibnitz, la paille des mots, le grain des choses et aussi plus simplement la paille et le grain : l'essentiel par opposition aux détails] Point de journal ni de gazette qui n'invite son lecteur, une fois la semaine, à séparer la « paille des mots » d'avec « le grain des choses » (Paulhan, Fleurs Tarbes,1941, p. 62).Chez nous, les gens ne laissent pas le grain de la médisance dans la paille de l'oubli (La Varende, Troisième jour,1947, p. 182).Il était allé tout droit et tout seul au grain des choses et avait laissé la paille des mots (Guéhenno, Jean-Jacques,1948, p. 140).V. grange ex. 2.
B. − P. ext.
1. Fruit et semence des légumineuses. Ce genre produit les grains légumineux et présente des espèces très nombreuses (Bern. de St-P., Harm. nat.,1814, p. 53) :
2. Car on le sème [le maïs] grain par grain, à la main, en marchant, dans des sillons creusés à soixante-dix centimètres d'écartement, côte à côte avec un grain de haricot, et en les laissant tomber un par un à chaque pas. Pesquidoux, Chez nous,1921, p. 190.
2. Fruit de certaines plantes ou d'arbrisseaux; petit fruit à pépins appartenant à un ensemble, à une grappe. Grain de genièvre, de poivre, de raisin. Égrapper des grains de cassis (Goncourt, Journal,1860, p. 773) :
3. ... devant une baie de soleil, les raisins sont pendus à des ficelles; chaque grain médite et mûrit, rumine en secret la lumière; il élabore un sucre parfumé. Gide, Nourr. terr.,1897, p. 213.
3. Expr. et proverbes
(Subst. +) en grain.Qui n'est plus dans sa cosse; qui se présente sous sa forme originelle de grain; qui n'est pas encore moulu, écrasé, réduit en poudre. N'allez pas surtout éternuer à cause du poivre en grain (Duhamel, Jard. bêtes sauv.,1934, p. 124).
[P. allus. à l'Évangile, Marc, XI, 23] :
4. À ce signe merveilleux de l'amour divin, Élisabeth reconnut la puissance et l'éternelle véracité de Celui qui avait dit à ses disciples : si vous aviez seulement de la foi comme un grain [it. ds le texte] de sénevé, vous diriez à ce mûrier : Déracine-toi, et va te planter au milieu de la mer, et il vous obéirait. Montalembert, Ste Élisabeth,1836, p. 258.
[P. allus. à la parabole de l'Évangile (Matthieu, XIII, 31-32; Luc, XIII, 18-19; Marc, IV, 30-32) dans laquelle le royaume de Dieu est comparé au grain de sénevé, le plus petit de tous les grains, qui après avoir été mis en terre devient le plus grand de tous les arbres dans lequel peuvent nicher les oiseaux] :
5. ... il existe un Grain prodigieux, rien qu'un seul grain, le plus petit de tous, dit l'Évangile, qui est la similitude impénétrable du Royaume des Cieux, et la mesure infiniment exacte de la foi. (...) cette semence est un grain vulgaire de sénevé. Vulgaire, mais non pas quelconque, puisque la Parabole n'en désigne qu'Un qui doit devenir le colosse excessivement unique où s'abriteront tous les oiseaux. Bloy, Journal,1900, p. 19.
[P. allus. à la fable de La Fontaine, I, 20, Le Coq et la perle : le moindre grain de mil serait mieux mon affaire] V. affaire ex. 56.
C. − [P. anal de forme ou de quantité]
1. Corps petit, de forme ronde ou allongée. Grain de chapelet, de plomb. [Emma] s'habilla, mit sa robe noire avec sa capote à grains de jais (Flaub., Mme Bovary, t. 2, 1857, p. 154).Je te donnerai Du musc et des grains d'ambre (Moréas, Cantil.,1886, p. 155).
6. De sa poche, elle tira son chapelet, le fit couler au creux de sa jupe, et se mit à le dévider grain par grain. Un avé, un autre avé, un autre... Pourrat, Gaspard,1931, p. 216.
Grain de verre. Synon. vieilli de verroterie.Les Indiens exigeaient un grain de verre pour chaque plante que M. de La Martinière ramassait (Voy. La Pérouse,t. 3, 1797, p. 235).On va chez des sauvages troquer des grains de verre et autres bagatelles contre de la poudre d'or, de l'ivoire, des fourrures, et autres choses précieuses (Destutt de Tr., Comment. sur Esprit des lois,1807, p. 343).
,,En pharmacie, préparations qui ne diffèrent des pastilles que par leur forme globuleuse`` (Littré-Robin 1865). Grains de Vals. On emploie (...) avec avantage des petites pilules dans lesquelles on fait entrer l'opium et le camphre dans des proportions convenables, et souvent nous prescrivons avec le plus grand succès nos grains calmants, composés par parties égales d'extrait résineux d'opium, de camphre et d'encens, préparés selon l'art (Journ. de méd. et de chir. pratiques,1841, XII, 316 ds Quem. DDL t. 8).
Au fig., vieilli. Catholique à gros grains. ,,Un catholique qui se permet beaucoup de choses défendues par sa religion`` (Ac. 1798-1878).
2. Partie infime de quelque chose; très petite quantité de quelque chose.
a) Grain de (+ subst. désignant quelque chose de concret).Parcelle de quelque chose; très petite quantité d'un tas, d'un amas; particule d'un corps, si petite qu'on n'en distingue pas la forme. Grains de pollen, de sable. Elle s'était levée (...) enlevant du doigt les grains de poussière qu'elle apercevait sur l'acajou luisant de l'armoire à glace (Zola, Ventre Paris,1873, p. 756).[L'atome] est constitué d'un nuage de grains d'électricité négative ou électrons, gravitant autour d'un noyau central (Goldschmidt, Avent. atom.,1962, p. 15) :
7. ... Je voyais cinq ou six gros grains de poudre sur une de ses joues, lesquels étaient entrés bien loin dans la peau, et qu'il m'expliqua provenir d'un coup de fusil qu'un Russe lui avait lâché presque sous le nez. Erckm.-Chatr., Conscrit 1813,1864, p. 60.
Grains d'or. ,,Morceaux d'or très purs qui se trouvent dans les rivières, ou sur la surface de la terre`` (Ac. 1798-1932). Nos naturalistes n'ont trouvé (...) ni pyrites, ni morceaux de mine roulés, ni grains d'or disséminés dans le sable, rien enfin qui annonce un pays où il y ait des métaux (Voy. La Pérouse,t. 3, 1797, p. 106).
Grain de poudre. Drap de laine dont l'aspect évoque des grains de poudre disséminés sur sa surface. Les grains de poudre dans toutes les nuances, ensuite les traditionnels cachemires (Mallarmé, Dern. mode,1874, p. 781).
[P. allus. à Pascal, Pensées, II, 176, éd. Brunschvicg, p. 410] Tout le monde connaît la célèbre phrase de Pascal sur le grain de sable qui changea les destinées de l'univers en arrêtant la fortune de Cromwell (Maupass., Contes et nouv., t. 2, Page hist. inéd., 1880, p. 1207).P. métaph. La vie d'un homme n'était qu'une goutte d'eau dans la mer, un grain de sable dans le désert, et ne valait pas la peine d'être comptée. (Lamart., Voy. en Orient, t. 1, 1835, p. 391).
Mettre un grain de sel sur (ou sous) la queue d'un oiseau (d'un moineau, etc.). [En parlant d'une chose impossible à réaliser] Que peuvent contre un tel homme policiers ou gendarmes? (...) autant mettre un grain de sel sous la queue d'un marteau-pêcheur! (Bernanos, M. Ouine,1943, p. 1429).
Au fig.
Grain de sel. [P. réf. au sel qui donne saveur aux mets] Pointe d'esprit que l'on met dans le langage. Il n'y a pas le moindre grain de sel dans cet ouvrage (Ac.1798-1932).Je ne cherche pas (...) à m'assaisonner d'un grain de sel, d'originalité truquée, d'une pointe de piment (Arnoux, Écoute,1923, p. 109) :
8. Une soubrette est à vrai dire le grain de sel (...) et le piment des comédies. Sa gaieté étincelante illumine la scène; elle ravive les endroits languissants, et force le rire qui ne veut point se décider... Gautier, Fracasse,1863, p. 188.
(Mettre, mêler, ajouter) son grain de sel (fam.). Donner son avis sur une chose; se mêler à une conversation sans y être invité. Son rôle dans la maison (...) consistait à compliquer les choses, en voulant y fourrer son grain de sel, pour montrer qu'il était le patron (Montherl., Célibataires,1934, p. 794).
Grain d'encens. Synon. vieilli de louange, flatterie.Si M. d'Argout avait été importé aux finances, j'aurais peut-être un grain d'encens à lui offrir; mais je le crois déplacé singulièrement dans sa moitié de ministère (Balzac, Œuvres div., t. 2, 1831, p. 138).Si l'on avait le malheur d'allumer en sa présence le plus faible grain d'encens sur l'autel de l'art, elle l'éteignait d'un revers de main (Feuillet, Rom. homme pauvre,1858, p. 200).
b) Grain de + subst. désignant qqc. d'abstr.Petite quantité, non mesurable, de quelque chose. Un faux amour de gloire, un grain d'ambition m'avoit seul égarée (Laya, Ami loix,1793, V, p. 118).Sa figure révèle l'imagination et l'énergie, avec un grain de tendance au fantasque (Nerval, Filles feu, Angélique, 1854, p. 523).
Avoir un grain (de folie) (dans la tête). Être un peu fou. De grâce, ne faites jamais d'allusion indirecte, et de moi seul comprise, à ce grain de folie (Stendhal, L. Leuwen, t. 2, 1835, p. 409).Il n'avait plus sa raison; il avait un grain, il folichonnait (Perec, La Disparition, Paris, Denoël, 1969, p. 36).
c) MÉTROL. (Ancien) petit poids représentant un soixante-douzième d'un gros et équivalant, dans le système décimal, à 0,05 gr. Le grain équivaut à cinq centigrammes et trois milligrammes (Ac.1878, 1932).Pour trouver la valeur d'une perle, on multiplie le carré de son poids par le prix de base du grain ou du carat (Metta, Pierres préc.,1960, p. 120) :
8. Les poids dont on s'est servi jusqu'à l'introduction du système métrique en France, c'est-à-dire, les onces, gros, grains, avaient l'avantage de présenter des quantités pondérantes, fixes depuis plusieurs siècles, et applicables à toutes les marchandises; ... Say, Écon. pol.,1832, p. 293.
Ne pas peser un grain. [En parlant d'une pers.] Être svelte. (Ds Littré, DG, Guérin 1892). [En parlant de qqc.] Être de peu de valeur, de peu d'importance. Mais l'existence d'Amélie est parfaitement favorable à mon désir d'être marié pour le monde et pourtant libre de mes projets. Elle n'a pas une idée et ne pèsera jamais un grain dans mes résolutions ni dans ma vie (Constant, Journaux,1803, p. 43).
Ne ... grain (vx). Synon. de ne ... goutte. Renforce la négation. (Dict. xixeet xxes.).
d) MINÉR. ,,Fragment de matériau ayant habituellement une dimension de quelques millimètres (jusqu'à 15 mm environ ou beaucoup plus dans le cas du charbon)`` (Minéral. 1972; ds Lar. encyclop., Lar. Lang. fr., Lexis 1975).
3. Irrégularité d'une surface qui n'est pas complètement lisse.
a) Petite aspérité apparaissant à la surface de l'étoffe, du cuir. Il examina, jusque dans les grains du papier, la caricature du Charivari (Flaub., Éduc. sent., t. 1, 1869, p. 134).
Grain de beauté. Petite tache noire ou brune, légèrement en relief, apparaissant sur la peau dont elle rehausse l'éclat en faisant ressortir sa blancheur. Juste au coin de la bouche Cydalise autrefois possédait une mouche! Ah! ce grain de beauté, quel appel au baiser! (Lorrain, Griseries,1887, p. 76).
Grains de petite vérole. ,,Pustules et marques de la petite vérole`` (Ac. 1878). La carrure de tête de la race lorraine se retrouvait dans ses pommettes larges, fortes, accusées, semées d'une volée de grains de petite vérole (Goncourt, G. Lacerteux,1864, p. 52).
b) Qualité générale que présente une surface qui n'est pas absolument lisse. Ce maroquin est d'un beau grain (Ac.1798-1932).Ses joues aux contours polis, d'un grain aussi doux que celui de l'albâtre oriental (Gautier, Rom. momie,1858, p. 204).Il eut, sous les lèvres, le grain de ses épaules lisses, la fraîche élasticité de son buste, la pulpe vivante de sa bouche (Martin du G., Devenir,1909, p. 118) :
10. ... le grain des murs scintillait aux lueurs des lanternes, comme des micas d'acier, pétillaient comme des points de sucre. Huysmans, Là-bas, t. 1, 1891, p. 180.
c) Structure apparente d'une matière solide; ensemble des parties formant la masse d'une matière solide, telle qu'on la distingue à l'œil. Le grain de l'ardoise (Littré). Modèles, qu'il avoit fondus avec un potin nouvellement découvert dans ces montagnes, dont le grain, après deux fusions, acquiert la finesse et presque la couleur de l'étain (Crèvecœur, Voyage, t. 1, 1801, p. 283).L'ingénieur observa ce granit noir. Il n'y vit pas une strate, pas une faille. La masse était compacte et d'un grain extrêmement serré (Verne, Île myst.,1874, p. 164) :
11. [Les pierres] (...) dont la cassure présente des aspérités et des points brillants se travaillent plus difficilement que celles dont la cassure est lisse et le grain uniforme. Les pierres qui ont le grain fin et la texture uniforme produisent un son plein quand on les frappe, tandis que celles qui renferment des poches ou des fentes intérieures rendent un son très sourd. Bourde, Trav. publ.,1928, p. 93.
P. anal. Une femme vigoureuse le remue [le sirop] en rond, sans discontinuer, avec un bâton de cèdre, jusqu'à ce qu'il ait pris le grain du sucre (Chateaubr., Voy. Amér. et Ital.,1827, t. 1, p. 175).La courbe qui suspend à l'épaule ton sein Emprunte aux purs coteaux nocturnes leur dessin. Ta peau ferme a le grain du marbre et de la rose (Ch. Guérin, Cœur solit.,1904, p. 77).
Au fig. À gros grain. Une apologétique populaire à gros grain (Malègue, Augustin, t. 1, 1933, p. 95).Amable se mit à ricaner : − Tu dois en être un beau charpentier à gros grain. Où c'est que t'as tant appris ton métier? C'est-il sur les routes? (Guèvremont, Survenant,1945, p. 84) :
12. Vieux ou jeunes, ils étaient tous du même grain, et leurs mains (...) portaient le cal du piolet, du rocher, de la corde, les stigmates de leur métier : la charge d'âmes à assurer vers les sommets. Peyré, Matterhorn,1939, p. 16.
Spécialement
BOUCH. ,,Taille des faisceaux constituant la viande`` (Lexis 1975); (ds Rob. et Lar. encyclop.).
TEXT. Gros-grain*.
II.
A. − MAR. Coup de vent fort, survenant brusquement, de peu de durée, et qui peut être accompagné de pluie, grêle ou neige. Le 26, le temps resta fort embrumé; les vents varièrent par grains du nord-est au sud-est (Voy. La Pérouse,t. 2, 1797, p. 236) :
13. Comme nous étions au milieu de l'étang, il est survenu un grain assez violent! Le vent soufflait grand frais, la vague brisait avec force : la voile était fortement tendue. La barque n'a pas du tout penché, il faudrait une bourrasque terrible pour la faire chavirer ou sombrer. Chênedollé, Journal,1832, p. 145.
Grain noir. Celui qui est annoncé par l'apparition rapide d'un gros nuage noir. [L'ouragan] se précipitait en hurlant sur ma calèche, comme un grain noir sur la voile d'un vaisseau (Chateaubr., Mém., t. 4, 1848, p. 327).
Grain blanc. Celui qui se produit sans présence de nuage et qui est prévisible seulement par le moutonnement de la mer. (Dict. xixeet xxes.).
Veille au grain. Ordre donné de se disposer à manœuvrer à l'approche d'un grain. (Ds Littré, DG, Rob., Lar. Lang. fr.).
Au fig., fam. Veiller au grain. Surveiller ses intérêts; parer à une éventualité menaçante ou dangereuse; se méfier de quelque chose. Ça va se décider très prochainement. Vous absent, qui veillera au grain? (Flaub., Corresp.,1879, p. 164).« Si je ne veillais au grain, le premier venu te roulerait... » Mais elle ne marchait plus devant lui en écartant les branches. Il ne pressentit aucun péril (Mauriac, Génitrix,1923, p. 392).
Être chargé par un grain. Le recevoir avec trop de voiles dehors. Je fus chargé, sous cette île, d'un grain qui me força de porter vers les îles Kao et Toofoa (Voy. La Pérouse,t. 3, 1797, p. 249).
B. − P. ext., cour. Averse soudaine, de courte durée, souvent accompagnée de vent. [Ils] faisaient des conjectures sur la grande pluie menaçante, disant : − Ce n'est qu'un grain; entrons boire, tandis que ça passera (Loti, Pêch. Isl.,1886, p. 129).Le coup de fouet d'un grain fit résonner les tôles, cingla soudain la passerelle et nous aveugla (Gracq, Syrtes,1951, p. 235) :
14. ... un grain furieux l'assaillit. Aucune maison en vue, partout la côte nue que l'averse criblait de flèches d'eau. La mer houleuse roulait ses écumes; et les gros nuages sombres accouraient de l'horizon avec des redoublements de pluie. Le vent sifflait, soufflait, couchait les jeunes récoltes,... Maupass., Contes et nouv., t. 2, Saut, 1882, p. 11.
REM. 1.
Granification, subst. fém.,rare. Fait de devenir grain. Mais la granification, la germination et la floraison de nos idées est peu de chose (Balzac, Séraphita,1835, p. 219).
2.
Grénelis, subst. masc.Grénelis de chapelet (rare). Fait d'égréner un chapelet, d'en passer les grains un à un. Ah! les pauvres petits châles noirs, les misérables bonnets à ruches, les tristes pèlerines et le dolent grénelis des chapelets qu'elles égouttaient dans l'ombre! (Huysmans, En route, t. 1, 1895, p. 149).
Prononc. et Orth. : [gʀ ε ̃]. Ds Ac. dep. 1694. Cf. égrener. Étymol. et Hist. I. 1. a) Ca 1160 grain de blé (Enéas, 362 ds T.-L.); ca 1225 p. ext. grein de reisin (Péan Gatineau, St Martin, 2133, ibid.); b) ca 1245 « semence (ici au fig. : origine) » (Ph. Mousket, Chron., 786, ibid.); 1538 au propre (Est.); 2. ca 1170 « ce qui constitue la texture d'un corps solide » (Rois, éd. E. R. Curtius, III, p. 122, 17); ca 1188 « aspérité (ici sur la peau, prob. grain de beauté) » (Partonopeu de Blois, éd. J. Gildea, 4884 variantes; v. aussi note vol. II, p. 52); 3. ca 1200 « objet de forme arrondie » (Aye d'Avignon, 75 ds T.-L.); 1660 grain d'orge « orgelet » (Oudin Fr.-Esp.); 4. ca 1200 dans une phrase négative « très petite quantité » (Aliscans, éd. Wienbeck, Hartnacke, Rasch, 5707 : Onque n'i ot un seul grain de forment); xiiies. (ici d'eau) (Chevalier au Barisel, éd. F. Lecoy, 453 : Por le mor beu, chou que sera? Fait-il, n'en i enterra grains); 5. 1640 grain de folie (Oudin, Curiositez); 1663 grain de sel fig. (Molière, Critique de l'école des femmes, scène 3). II. 1552 « orage » (Rabelais, Quart Livre, éd. R. Marichal, XVIII, 21); 1831 mar. veiller au grain, veiller le grain (Will., s. v. grain, veiller); 1834 lang. commune (Balzac, E. Grandet, p. 136 [ici transposition à la récolte céréalière]). I du lat. granum « grain, graine ». II prob. de I p. réf. aux grêlons qui accompagnent souvent un orage violent et subit. Fréq. abs. littér. : 2 729. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 3 692, b) 4 143; xxes. : a) 3 837, b) 3 926.
DÉR.
Grainasse, grenasse, subst. fém.,marine Petit grain de pluie ou de vent peu violent. Les vents régnants pendant cette époque sont les brises fraîches et régulières de n.n.e. variables au n.n.o., souvent même du n.e. au n.o. Il est bien rare alors que le temps devienne pluvieux; à peine trois ou quatre grainasses obscurcissent-elles par saison la sérénité du ciel [sur la côte de Sénégambie] (E. Bouët-Villaumez, Description nautique des côtes de l'Afrique occidentale ds Annales maritimes et coloniales, t. 91 bis, 1845, p. 17).[gʀ ε-], [gʀanas] 1reattest. 1803 (Boiste); de grain « bourrasque inopinée »; suff. -asse*.
BBG. Chautard (É). La Vie étrange de l'arg. Paris, 1931, p. 356. - Dauzat ling. fr. 1946, p. 50. - Interphotothèque. Paris 1973, p. 11. - Quem. DDL t. 2, 8, 16. - Rothwell (W.) Medical and botanical terminology... Z. fr. Spr. Lit. 1976, t. 86, p. 244. - Sain. Arg. 1972 [1907] pp. 60-61, 91; Sources t. 3 1972 [1930] p. 207. - Walt. 1885, p. 101.

Wiktionnaire

Nom commun

grain \ɡʁɛ̃\ masculin

  1. Fruit et semence des céréales contenu dans l’épi.
    • Chez l’orge vêtue, la lemme et la paléole adhèrent au grain lors du battage, tandis que chez l’orge nue, le grain s'en libère. — (Ressources végétales de l'Afrique tropicale, vol.1 : Céréales et légumes secs, édition scientifique par Martin Brink & ‎Getachew Melese Belay, traduction par M. Chauvet & J. S. Siesmonsa, Fondation PROTA/Backhuys Publishers/CTA, Wagenningen (Pays-Bas), 2006, p. 94)
    1. Il se dit souvent absolument surtout au pluriel.
      • La récolte, le commerce des grains.
    2. Ce qu’on sème pour la reproduction des céréales.
      • Gros grains, froment, méteil et seigle.
      • Menus grains, orge, avoine, mil, vesce, etc.
      • Poulets de grain, petits poulets qu’on nourrit de grain.
      • Quand un animal a mangé trop de grain , par exemple s’il a pu entrer dans un grenier à grain, le grain qu‘il a consommé se transforme en acide dans son rumen. Cet acide rend l’animal malade et l’empêche de digérer sa nourriture correctement… — (Bill Forse, Christian Meyer, et al., Que faire sans vétérinaire ?, Cirad / CTA / Kathala, 2002, page 387)
  2. (Par analogie) Fruit de certaines plantes et de certains arbrisseaux.
    • Grain de raisin, de grenade, de poivre, de café, etc.
    • […]; on cultive aussi un peu de sarrasin, ou “blé noir” qui sert au chauffage dans un pays privé de bois, et dont les grains sont donnés en nourriture à la volaille. — (Edmond Nivoit, Notions élémentaires sur l’industrie dans le département des Ardennes, E. Jolly, Charleville, 1869, page 100)
  3. (La Réunion) (Par analogie) Sous les tropiques, désigne les légumes secs (haricots rouges ou blancs, lentilles…).
    • Le zembrocal est une préparation de riz cuit avec des grains et de la viande fumée. — (Blog.)
  4. (Par analogie) Petit objet de la taille d’une graine.
    • Un grain de sable suffirait à bloquer le mécanisme.
  5. (Par analogie) Chose faite à peu près en forme de grain.
    • Héloïse dit et redit son chapelet. Les grains cliquettent de minute en minute et sans relâche, le chuchotement rapide des oraisons s’allonge. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • (Figuré) et (Familier) Un catholique à gros grains. Voyez « catholique ».
  6. (Figuré) Très petite quantité de quelque chose.
    • […] : ces grains de lumière, que Einstein appelait « quanta de lumière », nous les appelons aujourd’hui « photons ». — (Louis de Broglie, La Physique quantique restera-t-elle indéterministe ?, Séance de l’Académie des Sciences du 25 avril 1953)
    • N’avoir pas un grain de bon sens, un grain de jugement, etc., En être tout à fait dépourvu.
    • Elle a un petit grain de coquetterie, elle a un peu de coquetterie.
    • Avoir un grain de folie dans la tête, ou Avoir un grain, être un peu fou.
    • Voilà un Bucquoy né dans l’Artois qui fait la guerre en Bohême ; - sa figure révèle l’imagination et l’énergie avec un grain de tendance au fantasque. — (Gérard de Nerval, Les Filles du feu, Angélique, 1854)
  7. (Métrologie) (Vieilli) Poids qui était le soixante-douzième d’un gros.
    • Cette pièce d’or est légère d’un grain.
    • Le grain équivaut à cinq centigrammes et trois milligrammes.
  8. (Bijouterie) Unité de mesure de poids valant cinq centigrammes soit le quart d’un carat.
  9. (Par analogie) Petites aspérités présentes à la surface de certaines étoffes, de certains cuirs, de certaines peaux.
    • Le grain de sa peau est d’une finesse incroyable.
    • Ce maroquin est d’un beau grain.
  10. (Par extension) La texture visuelle ou au toucher d'un cuir, d'un bois, d'un papier.
  11. (Physique) Petit élément homogène ou monocristallin dans un matériau non amorphe. Parties ténues et serrées entre elles qui forment la masse des pierres, des métaux, etc., et que l’on aperçoit à l’endroit où ils sont cassés ou coupés.
    • Le marbre des guéridons portait aux angles des cassures où il apparaissait plus blanc, d’un grain serré, friable. — (Francis Carco, Messieurs les vrais de vrai, Les Éditions de France, Paris, 1927)
    • La taille des grains est déterminante pour la dureté des aciers.
  12. (Par extension) Plus petit détail visible d’un tirage photographique, d’une impression et qui définit la qualité de sa résolution.
    • Le grain de cette photographie est particulièrement grossier.
  13. (Météorologie) (Marine) Vent violent et de peu de durée qui s’élève soudainement et qui est généralement accompagné de précipitations.
    • A 7h.1/2 l’udomètre contenait 26 millimètres d’eau donnée presqu’en totalité par ce grain car il n’y avait eu la veille que quelques grenasses qui n’avaient presque pas donné d’eau. — (Auguste-Nicolas Vaillant, Voyage autour du monde ; exécuté pendant les années 1836 et 1837 , vol. 3, part. 1, p. 215, Ministère de la marine et des colonies, France, 1840)
    • Quelques jours après, le brick perdit son grand mât et son gouvernail pendant un grain. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 419 de l’éd. de 1921)
    • La mer est dure et houleuse, le remorquage pénible. A midi, la remorque casse et le motor yacht me quitte fort vite en me saluant, car il désire rentrer avant l’arrivée du grain. — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil, tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
    • Le baromètre, disait-il, venait de descendre d’un bon degré. Il fallait s’attendre à un grain, ce qui ferait bien l’affaire de M. Méliset, car chacun sait que le poisson mouve beaucoup et donne aisément dans les nasses, pendant l’orage. — (Hervé Bazin, Qui j’ose aimer, Grasset, 1956. p. 87)
    • Un grain tombe sur sa mature — (Le corsaire le Grand Coureur, chant traditionnel)
  14. (Cartographie) Élément graphique de très faible surface et de contour irrégulier[1].
  15. (Cartographie) Aspect d’une image résultant de son fractionnement en petits éléments irréguliers[1].
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

GRAIN. n. m.
Le fruit des céréales contenu dans l'épi. Le grain de ces blés est gros, est plein, est pesant, est menu. Ce blé est mal battu, il y a encore beaucoup de grain dans la paille. Il se dit souvent absolument surtout au pluriel. La récolte des grains. Le commerce des grains. L'exportation des grains. L'importation des grains étrangers. Il se dit aussi de Ce qu'on sème pour la reproduction des céréales. Grain sélectionné. Gros grains, Le froment, le méteil et le seigle. Menus grains, L'orge, l'avoine, le mil, la vesce, etc. Poulets de grain, Les petits poulets qu'on nourrit de grain. Fig. et fam., Veiller au grain. Veiller à la conservation de quelque chose. Cette maîtresse de maison est admirable pour veiller au grain. Fig., Le bon grain, le mauvais grain, Les semences du bien et du mal qui peuvent lever dans les esprits. Semer le bon grain. Le bon grain finit toujours par lever. Il se dit, par analogie, du Fruit de certaines plantes et de certains arbrisseaux. Grain de raisin. Grain de grenade. Grain de poivre. Grain de moutarde. Grain de café. Café en grain. Il se dit, par analogie, de Certaines choses faites à peu près en forme de grains. Grain de chapelet. Les grains d'un collier d'ambre. Un grain d'encens. Fig. et fam., Un catholique à gros grains. Voyez CATHOLIQUE. Il se dit également des Petites parties de certains amas ou monceaux. Grain de sable, de sel, de poudre à canon. Grains d'or, Morceaux d'or très purs qui se trouvent dans les rivières ou sur la surface de la terre. Grain de sel signifie figurément Pointe, trait d'esprit qui assaisonne ce qu'on dit ou ce qu'on écrit. Il n'y a pas un grain de sel dans cet ouvrage. Il se dit figurément d'une Très petite quantité de quelque chose. N'avoir pas un grain de bon sens, un grain de jugement, etc., En être tout à fait dépourvu. Elle a un petit grain de coquetterie, Un peu de coquetterie. Chacun a son petit grain d'amour-propre. Avoir un grain de folie dans la tête, ou quelquefois absolument Avoir un grain, Être un peu fou. Il se disait encore d'un Petit poids qui était la soixante-douzième partie d'un gros. Cela pèse tant de grains. Cette pièce d'or est légère d'un grain, de deux grains. Quelquefois il ne faut qu'un grain pour faire trébucher la balance. Le grain équivaut à cinq centigrammes et trois milligrammes. Il se dit aussi des Petites aspérités qui couvrent la surface de certaines étoffes, de certains cuirs, etc. De la soie d'un beau grain. Ce maroquin est d'un beau grain. Il se dit également des Parties ténues et serrées entre elles qui forment la masse des pierres, des métaux, etc., et que l'on aperçoit à l'endroit où ils sont cassés ou coupés. Ce marbre est d'un grain plus fort que l'autre. L'acier a le grain plus fin, plus serré que le fer. Toile, linge grain d'orge, de grain d'orge, à grain d'orge, Toile semée de points ressemblant à des grains d'orge. Service de linge de grain d'orge, à grain d'orge. On dit aussi Futaine, broderie à grain d'orge. Grain de beauté, Petit signe de couleur plus ou moins foncée qui fait ressortir la blancheur de la peau. Elle a un grain de beauté sur la joue, sur les épaules. Grain se dit spécialement, en termes de Marine, d'un Certain tourbillon qui se forme tout à coup et qui, à proportion de sa violence, fatigue plus ou moins le navire. Nous avons essuyé plusieurs grains. Par extension, il se dit d'une Averse soudaine et de peu de durée. Nous allons avoir un grain. Ce grain sera bientôt passé. Il se dit, par extension aussi, du Nuage qui annonce le tourbillon. Voilà un grain bien noir.

Littré (1872-1877)

GRAIN (grin ; l'n ne se lie pas : du grin excellent ; au pluriel, l's se lie : des grin-z excellents) s. m.
  • 1Le fruit et la semence des céréales. Le grain de ces froments est fort gros. En hommes plus qu'en grains la campagne est fertile, Rotrou, Bélis. I, 1. Je la crois fine [une perle], dit-il, Mais le moindre grain de mil Ferait bien mieux mon affaire, La Fontaine, Fabl I, 20. Comme il se trouve quelquefois un grain de froment parmi l'ivraie, Anti-menagiana, p. 13. D'un seul grain venaient quelquefois près de quatre cents épis, comme on le voit dans les lettres écrites sur ce sujet à Auguste et à Néron par ceux qui gouvernaient l'Afrique en leur nom, Rollin, Hist. anc. t. x. p. 434, dans POUGENS.

    Fig. Cette matière a été traitée si savamment par tant de grands génies, qu'il n'y a plus de grains à ramasser après leurs moissons, Voltaire, Dict. phil. Vision.

    Absolument. Les grains récoltés. L'importation, l'exportation des grains. Dans un État où le ministère ne comprendra pas que la meilleure et la seule administration du commerce des grains est de ne s'en point mêler, Duclos, Voy. Ital. Œuvres, t. VII, p. 130, dans LACURNE. Il a osé plaider la cause de la liberté du commerce des grains, parce qu'il la croyait liée à la sûreté des subsistances, à la prospérité de l'agriculture, Condorcet, Duhamel. Une famine s'annonçait en France [en 1812] ; bientôt la crainte universelle accrut le mal par les précautions qu'elle suggéra ; l'avarice, toujours prête à saisir toutes les voies de la fortune, s'empara des grains, encore à vil prix, et attendit que la famine les lui redemandât au poids de l'or, Ségur, Hist. de Nap. II, 5. Dantzick renfermait tant de grains, qu'elle seule eût pu nourrir l'armée, Ségur, ib. IV, 3.

    Gros grains, le froment, le méteil et le seigle.

    Menus grains, ceux qui servent à la nourriture des animaux, tels que l'orge, l'avoine, les vesces et les pois, qui ne se sèment qu'au mois de mars, au lieu que les blés se sèment en automne.

    Grains ronds, les pois de brebis, les vesces et autres semences fourragères.

    Grain sur bord, manière de mesurer les grains. La mesure de ladite halle est grain sur bord, Arrêt du Conseil d'État, 10 avril 1783.

    Poulets de grain, poulets qu'on élève au printemps et qu'on nourrit de grain.

    Fig. Il est dans le grain, il est en passe de faire fortune.

    En un autre sens, être dans le grain, être commodément, à son aise. Mais, pour ce qu'étant là, je n'étais dans le grain, Régnier, Sat. x.

  • 2 Par extension, fruit grenu ou semence grenue de certaines plantes. Un grain de moutarde, de genièvre, etc. Des grains de raisin.
  • 3Petit grain, nom donné aux fruits de l'oranger tombés avant maturité.

    Petit grain, se dit aussi de l'huile retirée, par la distillation, de ces petites oranges

  • 4Petite partie qui est comparée à un grain de céréales. Un grain de sel, de poudre à canon. Cromwell allait ravager toute la chrétienté… sans un petit grain de sable qui se mit dans son uretère, Pascal, Pensées, art. III, 7, édit. HAVET. Il y avait autrefois un grain de sable qui se lamentait d'être un atome ignoré dans les déserts ; au bout de quelques années il devint diamant, et il est à présent le plus bel ornement de la couronne du roi des Indes, Voltaire, Zadig, 16.

    Fig. Il n'y a pas un grain de sel dans cet ouvrage, c'est-à-dire on n'y trouve pas le moindre esprit, il est insipide. Pour moi, je vous avoue que je n'ai pas trouvé le moindre grain de sel dans tout cela, Molière, Crit. sc. 3.

    Populairement. Je te mangerais avec un grain de sel, c'est-à-dire je suis plus fort que toi, je te rosserais.

    Un grain d'encens, une petite portion d'encens ; fig. un peu de louange, de flatterie. Qu'il est difficile qu'on ne confonde la vertu avec la fortune, et qu'on ne jette, sans y penser, quelque grain de l'encens que l'on doit à Dieu, sur le monde qui n'est qu'une idole ! Fléchier, Marie-Thér.

    Cire en grain, cire qui, à force d'être remuée sur les toiles, se réduit en grains de la grosseur d'une fève médiocre.

    Terme de pathologie. Grains de tabac, petits calculs qu'on trouve dans la prostate.

  • 5Il se dit de certaines choses faites en forme de grain. Les grains d'un collier d'ambre. Grains de chapelet. Sait du nom de Jésus toutes les indulgences, Que valent chapelets, grains bénits enfilés, Régnier, Sal. XII. Les habitants [les Espagnols] marchaient gravement avec des grains enfilés et un poignard à leur ceinture, Voltaire, Princ. de Babyl. 11.

    Catholique à gros grain, catholique qui se permet beaucoup de choses défendues par la religion ; locution qui vient probablement de celui qui, expédiant son chapelet, n'en dit que les gros grains.

    Par extension. J'enragerai de voir, avant que de mourir, Qu'une prude à gros grain, une fausse inhumaine…, Montreuil, autre Madrigal.

  • 6Grains d'or, morceaux d'or très purs qu'on trouve dans les rivières ou à la surface de la terre et qu'on nomme ainsi, quel qu'en soit le volume. Celui [commerce] que l'empire [de Chine] a ouvert avec les habitants de la petite Bucharie se réduit à leur donner du thé, du tabac, des draps en échange des grains d'or qu'ils trouvent dans leurs torrents et leurs rivières, Raynal, Hist. phil. v, 24.

    Anciennement, grain de fin, petite mesure de la pureté de l'argent ; cette pureté s'évaluait autrefois en douzièmes qu'on appelait deniers, et chaque denier se divisait en 24 grains. De l'argent à 9 deniers 12 grains de fin était, selon notre manière de compter actuelle, à 79, 166.

    Grain de fin se disait aussi de l'or (voy. FIN 2, au n° 1).

  • 7 Terme de pharmacie. Nom donné quelquefois à des préparations qui ne diffèrent des pastilles que par leur forme globuleuse.
  • 8Verroteries bleues, ou jaunes, ou blanches, ou rayées. Enfiler des grains. Broder avec des grains. Faire un collier de grains. Vendre des grains aux nègres.
  • 9 Fig. Très petite quantité. Ai-je un grain de ce métal qui procure toutes choses ? La Bruyère, XII. Si j'avais quelque grain d'orgueil, De Frédéric un seul coup d'œil Me rendrait de la modestie, Voltaire, Roi de Prusse, 109. Avec un grain de caprice tu seras la plus agaçante maîtresse, Beaumarchais, Mar. de Figaro, v, 7. En lui le plus petit grain d'humeur était comme un levain qui fermentait bien vite, et dont l'aigreur se communiquait à toute la masse de ses pensées, Marmontel, Mém. VIII. Mme de Montulé avait dans l'esprit et dans le caractère ce grain d'honnête coquetterie qui, mêlé avec la décence, donne aux agréments d'une femme plus de vivacité, de brillant et d'attrait, Marmontel, ib. VII. Il [Courier] eut son grain d'ambition, son quart d'heure de folie comme un autre, A. Carrel, Œuv. t. v, p. 196.

    Avoir un grain de folie dans la tête, ou, absolument, avoir un grain, être un peu fou. C'est une chose admirable que tous les grands hommes ont toujours du caprice, quelque petit grain de folie mêlé à leur science, Molière, Méd. malgré lui, I, 5. Tant un grain de folie produit d'effets miraculeux dans une âme forte et profondément blessée ! Voltaire, Princ. Babyl. 8.

    Grain sert quelquefois de complément à la négation ne, dans un style plaisant ou marotique. Ce fut mal raisonné : Ce cierge ne savait grain de philosophie, La Fontaine, Fabl. IX, 12. Que si dans cinquante ans, sans être grain malade, Force vous est pourtant à la parfin Sur lit gésir en piteuse parade, Chaulieu, Épît. de M. d'Hamilton.

  • 10Petit poids, qui était la soixante-douzième partie d'un gros, ou la vingt-quatrième d'un scrupule, ou gramme 0,0532. Nous ne nous prisons pas, tout petits que nous sommes, D'un grain moins que les éléphants, La Fontaine, Fabl. VIII, 15.

    Fig. Ne pas peser un grain, être svelte, allègre. Il m'a juré qu'il ne pèse pas un grain ; car il a tout dit [à confesse], Sévigné, 378.

    Il est léger de deux grains, s'est dit jadis, par plaisanterie, d'un castrat.

    Fig. Ne pas peser un grain, être de peu de valeur, d'importance. Tout cela ne pèse pas un grain, Sévigné, 321. Les louanges qu'il [Voltaire] y donnait à mon ouvrage me consolèrent pleinement de ce que j'appelais l'injustice de l'Académie, dont le jugement ne pesait pas, disais-je, un grain dans la balance contre un suffrage tel que celui de Voltaire, Marmontel, Mém. X.

  • 11Petites aspérités qui couvrent la surface de certaines étoffes, de certains cuirs, de certains fruits, etc. Ce basin, ce maroquin est d'un beau grain. On a beau nous dire que ces montagnes de deux mille toises de hauteur ne sont rien par rapport à la terre qui a trois mille lieues de diamètre ; que c'est un grain de la peau d'une orange sur la rondeur de ce fruit, que ce n'est pas un pied sur trois mille, Voltaire, Jenni, 9.

    Terme de gravure. Effet que produisent les tailles diversement croisées entre elles. Ces tailles forment un mauvais grain.

  • 12Parties serrées entre elles qui forment la masse des pierres, des métaux. Le grain de l'ardoise. L'acier a le grain plus fin et plus serré que le fer. Les fers sans nerf et à gros grains devraient être proscrits, Buffon, Hist. min. t. VII, p. 83.
  • 13Pustules et marques de petite vérole. Grains de petite vérole. La princesse n'a que vingt grains de petite vérole, Maintenon, Lett. à M. d'Aubigné, 6 fév. 1675.

    Grain de beauté, petite tache noire qui, se rencontrant sur la peau humaine, rehausse l'agrément de la physionomie, quand elle est sur les joues d'une personne blanche et jolie.

  • 14Grains de lèpre, certains grains qui sont à la gorge des pourceaux ladres.
  • 15Grain en cuivre, en acier, petite pièce de métal dont la forme approche de celle d'un grain d'orge. Un pivot en acier fondu qui tourne sur un grain en cuivre.

    Mettre un grain à un canon, remplir d'un métal nouveau la lumière qui s'est trop agrandie.

  • 16 Terme de construction. Grain d'orge, petit morceau de bois en forme de prisme que l'on enfonce dans les vides et les fentes d'une pièce de bois. Assemblage à grain d'orge, se dit de deux pièces de bois dont l'une est taillée en angle aigu, l'autre en angle rentrant, de manière à s'emboîter exactement.

    Grain d'orge, outil de menuisier, de serrurier, etc.

    Grain d'orge, petite cavité pratiquée entre des moulures de menuiserie pour les dégager.

    Terme de chirurgie. Grain d'orge, voy. ORGELET.

  • 17 Terme de serrurier. Petits bouts de fer ou menues ferrailles que l'on mêle avec le plomb pour faire de forts scellements. Cube de cuivre ou d'acier qui sert à adoucir le frottement d'un tourillon.
  • 18La ligne, ou 12e partie du pouce, a été dite grain d'orge, parce qu'elle est à peu près de la largeur de ce grain.
  • 19Grain d'orge, ou toile, linge grain d'orge, de grain d'orge, à grain d'orge, toile, linge semé de points ressemblant à des grains d'orge. Grain d'orge, grain d'anis ou peau de poule, silésie dit grains fleuris, Tableau annexé aux lett. pat. 12 juillet 1790.

    On dit aussi futaine, broderie à grain d'orge.

  • 20Gros grain, étoffe de soie très forte que l'on fabrique à Lyon.
  • 21Grain de Zélim, poivre long de l'Inde.

    Grain de mûre, clavaire ponctuée (champignon).

    Grain d'avoine, grain d'orge, etc. nom de diverses coquilles.

  • 22Pluie subite accompagnée de bourrasque. Il y a quatre mois de sécheresse absolue à Cayenne, au lieu que, dans l'intérieur du pays, la saison sèche ne dure que trois mois, et encore y pleut-il tous les jours par un orage assez violent qu'on appelle le grain de midi, Buffon, 7e ép. nat. t. XII, p. 347.

    Terme de marine. Grain de vent, ou, simplement, grain, changement subit dans l'atmosphère accompagné de violents coups de vent.

    Nuages qui annoncent le grain. Grain noir. Grain blanc. Les grains les plus redoutés sont les grains blancs, surtout dans les parages de l'équateur.

    Veille au grain, sorte d'avertissement nautique (qui se disait autrefois : pare au grain) donné dans les temps où les grains sont menaçants.

    Fig. Veiller au grain, veiller à ses intérêts.

  • 23Tout grain, sorte de vin de Bourgogne.

PROVERBES

Chaque grain a sa paille.

De mauvais grain, jamais bon pain. Grain à grain la poule emplit son ventre, Lesage, Guzm. d'Alfar. III, 5.

HISTORIQUE

XIIe s. Li reis cumandad que l'um preist pierres grandes et de gentil grein e de bonne quarriere, Rois, p. 245.

XIIIe s. …un front large, blanc et plain ; N'i avoit ne fronce ne grain, Partonop. v. 4868. Mès de religion, sans faille, G'en pren le grain et laiz la paille, la Rose, 11256. Mesure de toz grains si est par toute le [la] comté que il a el mui douze mines, Beaumanoir, XXVI, 7.

XIVe s. Lequel suppliant print deux ou trois grains [morceaux] d'acier et un fer à cheval, Du Cange, granum.

XVe s. …Les vaillans… Mors et occis en la bataille ; Le bon grain perit, et la paille Demoura en vent sur la terre, Deschamps, Miroir de mariage, p. 131. Le lieu n'est grain [point du tout] honneste, il y fait trop puant, Louis XI, Nouv. LXXXVIII.

XVIe s. Le pilot, prevoyant un tyrannicque grain [orage] et fortunal noveau, commanda tout estre à l'herte, Rabelais, Pant. IV, 18. Nous adjoustons plusieurs sortes de mots, des quels nous nous servons quand nous noions [nions] quelque chose, comme pas de passus, poinct de punctum, grain de granum, R. Estienne, Gramm. fr. p. 126, dans LACURNE. Il y a encore une autre jurisdiction, nommés les doyens et jurez de la maison aux grains, qui font observer et mettre à execution les plants du prince et les ordonnances de polices, faites et statuées par le bailly et la loy sur le fait du commerce des grains, Nouv. coust. génér. t. I, p. 1108. De tout grain en necessité pain, Leroux de Lincy, Prov. t. I, p. 75. Comme celuy qui disoit : en nostre cave on n'y voit goutte, en nostre grenier on n'y voit grain, H. Estienne, Apol. d'Hérod. t. II, p. 179, dans RAYNOUARD, Lexique.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

GRAIN. Ajoutez :
24 Terme d'artillerie. Grain de lumière, masse de métal moins fusible en général que celui dont est faite une bouche à feu, qui est vissée dans son épaisseur, et dans laquelle est percée la lumière. La seule réparation qu'ils [des canons] aient exigée a été le remplacement du grain de lumière, Journ. offic. 20 mars 1873, p. 1948, 3e col.
25Grain courant d'avarie, nom que l'on donne, dans le commerce des grains, à un examen sommaire, qui consiste en ceci : on prend dans la main une poignée du grain, et on l'examine ; si ce simple examen n'indique pas d'avarie, la marchandise est jugée saine. Il leur a transmis l'échantillon [de blé] à lui offert par L…, qui présentait une marchandise sèche ne comprenant que peu de grains détériorés, n'ayant ni grain courant d'avarie ni surcharge, Arrêt du 22 juillet 1872, cour d'appel de Rouen, 1re chambre, dans Gaz. des Trib. 27 oct. 1872, p. 1053, 2e col.
26Grain du Levant, sorte de chagrin. Chèvres chagrinées, grains du Levant, peausserie en tous genres, Alm. Didot-Bottin, 1871-72, p. 1202, 3e col.
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Encyclopédie, 1re édition (1751)

* GRAIN, (Gramm.) il s’est dit d’abord des petits corps ou fruits que les arbres & les plantes produisent ; qui leur servent de semences, ou qui les contiennent. Ainsi on dit un grain de raisin, un grain de blé, d’orge, d’avoine, de seigle. On a étendu cette dénomination à d’autres petits corps, à des fragmens, à des configurations ; & on a dit un grain d’or pour une petite portion d’or : la molécule differe du grain, en ce qu’elle est plus petite ; il faut plusieurs molécules réunies pour faire un grain. On a dit le grain de l’acier, pour ces inégalités qui offrent à la fracture d’un morceau d’acier l’image d’une crystallisation réguliere, sur-tout si le refroidissement n’a pas été subit ; car le refroidissement précipité gâte cette apparence, de même que l’évaporation hâtée altere la régularité des crystaux : un grain de chapelet, pour un petit corps rond de verre, d’ivoire, de bois, ou d’autre matiere, percé de part en part d’un trou qui sert à l’enfiler avec un certain nombre d’autres, à l’aide desquels celui qui s’en sert sait le compte exact des pater & des ave qu’il récite : les grains, pour la collection générale des fromentacés qui servent à la nourriture de l’homme & des animaux ; les gros grains sont ceux qui servent à la nourriture de l’homme ; les menus, ceux qui servent à la nourriture des animaux : un grain de métal, pour un petit globule rond de métal qu’on obtient dans la réduction d’une petite portion de mine ou de chaux métallique, & qu’on trouve à la pointe d’une des matieres qui ont servi de flux ou de fondant : un grain de vérole, pour une pustule considérée séparément ; il se dit & de la pustule & de la tache qu’elle laisse communément. Grain a encore d’autres acceptions ; c’est un poids, une monnoie, &c. Voyez les articles suivans, mais sur-tout l’article Grains (Economie politiq.), où ce terme est considéré selon son objet le plus important.

Grains, (Economie polit.) Les principaux objets du Commerce en France, sont les grains, les vins & eaux de-vie, le sel, les chanvres & les lins, les laines, & les autres produits que fournissent les bestiaux : les manufactures des toiles & des étoffes communes peuvent augmenter beaucoup la valeur des chanvres, des lins, & des laines, & procurer la subsistance à beaucoup d’hommes qui seroient occupés à des travaux si avantageux. Mais on apperçoit aujourd’hui que la production & le commerce de la plûpart de ces denrées sont presque anéantis en France. Depuis long-tems les manufactures de luxe ont séduit la nation ; nous n’avons ni la soie ni les laines convenables pour fabriquer les belles étoffes & les draps fins ; nous nous sommes livrés à une industrie qui nous étoit étrangere ; & on y a employé une multitude d’hommes, dans le tems que le royaume se dépeuploit & que les campagnes devenoient desertes. On a fait baisser le prix de nos blés, afin que la fabrication & la main-d’œuvre fussent moins cheres que chez l’étranger : les hommes & les richesses se sont accumulés dans les villes ; l’Agriculture, la plus féconde & la plus noble partie de notre commerce, la source des revenus du royaume, n’a pas été envisagée comme le fond primitif de nos richesses ; elle n’a paru intéresser que le fermier & le paysan : on a borné leurs travaux à la subsistance de la nation, qui par l’achat des denrées paye les dépenses de la culture ; & on a crû que c’étoit un commerce ou un trafic établi sur l’industrie, qui devoit apporter l’or & l’argent dans le royaume. On a défendu de planter des vignes ; on a recommandé la culture des mûriers ; on a arrêté le débit des productions de l’Agriculture & diminué le revenu des terres, pour favoriser des manufactures préjudiciables à notre propre commerce.

La France peut produire abondamment toutes les matieres de premier besoin ; elle ne peut acheter de l’étranger que des marchandises de luxe : le trafic mutuel entre les nations est nécessaire pour entretenir le Commerce. Mais nous nous sommes principalement attachés à la fabrication & au commerce des denrées que nous pouvions tirer de l’étranger ; & par un commerce de concurrence trop recherché, nous avons voulu nuire à nos voisins, & les priver du profit qu’ils retireroient de nous par la vente de leurs marchandises.

Par cette politique nous avons éteint entre eux & nous un commerce réciproque qui étoit pleinement à notre avantage ; ils ont interdit chez eux l’entrée de nos denrées, & nous achetons d’eux par contrebande & fort cher les matieres que nous employons dans nos manufactures. Pour gagner quelques millions à fabriquer & à vendre de belles étoffes, nous avons perdu des milliards sur le produit de nos terres ; & la nation parée de tissus d’or & d’argent, a crû joüir d’un commerce florissant.

Ces manufactures nous ont plongés dans un luxe desordonné qui s’est un peu étendu parmi les autres nations, & qui a excité leur émulation : nous les avons peut-être surpassées par notre industrie ; mais cet avantage a été principalement soûtenu par notre propre consommation.

La consommation qui se fait par les sujets est la source des revenus du souverain ; & la vente du superflu à l’étranger augmente les richesses des sujets. La prospérité de l’état dépend du concours de ces deux avantages : mais la consommation entretenue par le luxe est trop bornée ; elle ne peut se soûtenir que par l’opulence ; les hommes peu favorisés de la fortune ne peuvent s’y livrer qu’à leur préjudice & au desavantage de l’état.

Le ministere plus éclairé sait que la consommation qui peut procurer de grands revenus au souverain, & qui fait le bonheur de ses sujets, est cette consommation générale qui satisfait aux besoins de la vie. Il n’y a que l’indigence qui puisse nous réduire à boire de l’eau, à manger de mauvais pain, & à nous couvrir de haillons ; tous les hommes tendent par leurs travaux à se procurer de bons alimens & de bons vêtemens : on ne peut trop favoriser leurs efforts ; car ce sont les revenus du royaume, les gains & les dépenses du peuple qui font la richesse du souverain.

Le détail dans lequel nous allons entrer sur les revenus que peuvent procurer d’abondantes récoltes de grains, & sur la liberté dans le commerce de cette denrée, prouvera suffisamment combien la production des matieres de premier besoin, leur débit & leur consommation intéressent tous les différens états du royaume, & fera juger de ce que l’on doit aujourd’hui attendre des vûes du gouvernement sur le rétablissement de l’Agriculture.

Nous avons déjà examiné l’état de l’Agriculture en France, les deux sortes de culture qui y sont en usage, la grande culture ou celle qui se fait avec les chevaux, & la petite culture ou celle qui se fait avec les bœufs, la différence des produits que donnent ces deux sortes de culture, les causes de la dégradation de notre agriculture, & les moyens de la rétablir. Voyez Fermiers, (Economie politiq.)

Nous avons vû que l’on cultive environ 36 millions d’arpens de terre, & que nos récoltes nous donnent, année commune, à-peu-près 45 millions de septiers de blé ; savoir 11 millions produits par la grande culture, & 34 millions par la petite culture [1]. Nous allons examiner le revenu que 45 millions de septiers de blé peuvent procurer au Roi, conformément aux deux sortes de culture qui les produisent : nous examinerons aussi ce qu’on en retire pour la dixme, pour le loyer des terres, & pour le gain du cultivateur ; nous comparerons ensuite ces revenus avec ceux que produiroit le rétablissement parfait de notre agriculture, l’exportation étant permise ; car sans cette condition, nos récoltes qui ne sont destinées qu’à la consommation du royaume, ne peuvent pas augmenter, parce que si elles étoient plus abondantes, elles feroient tomber le blé en non-valeur ; les cultivateurs ne pourroient pas en soûtenir la culture, les terres ne produiroient rien au Roi ni aux propriétaires. Il faudroit donc éviter l’abondance du blé dans un royaume où l’on n’en devroit recueillir que pour la subsistance de la nation. Mais dans ce cas, les disettes sont inévitables, parce que quand la récolte donne du blé pour trois ou quatre mois de plus que la consommation de l’année, il est à si bas prix que ce superflu ruine le laboureur, & néanmoins il ne suffit pas pour la consommation de l’année suivante, s’il survient une mauvaise récolte : ainsi il n’y a que la facilité du débit à bon prix, qui puisse maintenir l’abondance & le profit.

Etat de la grande culture des grains. La grande culture est actuellement bornée environ à six millions d’arpens de terre, qui comprennent principalement les provinces de Normandie, de la Beauce, de l’Isle-de-France, de la Picardie, de la Flandre françoise, du Hainault, & peu d’autres. Un arpent de bonne terre bien traité par la grande culture, peut produire 8 septiers & davantage, mesure de Paris, qui est 240 livres pesant ; mais toutes les terres traitées par cette culture, ne sont pas également fertiles ; car cette culture est plûtôt pratiquée par un reste d’usage conservé dans certaines provinces, qu’à raison de la qualité des terres. D’ailleurs une grande partie de ces terres est tenue par de pauvres fermiers hors d’état de les bien cultiver : c’est pourquoi nous n’avons évalué du fort au foible le produit de chaque arpent de terre qu’à cinq septiers, semence prélevée. Nous fixons l’arpent à 100 perches, & la perche à 22 piés [2].

Les six millions d’arpens de terre traités par cette culture entretiennent tous les ans une sole de deux millions d’arpens ensemencés en blé ; une sole de deux millions d’arpens ensemencés en avoine & autres grains de Mars ; & une sole de deux millions d’arpens qui sont en jacheres, & que l’on prépare à apporter du blé l’année suivante.

Pour déterminer avec plus d’exactitude le prix commun du blé dans l’état actuel de la grande culture en France, lorsque l’exportation est défendue, il faut faire attention aux variations des produits des récoltes & des prix du blé, selon que les années sont plus ou moins favorables à nos moissons.


ANNÉES No image.svg Septiers No image.svg Prix No image.svg Total No image.svg Frais No image.svg Reste
par arpent. du septier. par arpent. par arpent. par arpent.

Abondante 7 liv. 10 liv. 70 liv. 60 liv. [3] 10 liv.
Bonne 6 12 72 12
Moyenne 5 15 75 15
Foible 4 20 80 20
Mauvaise [4] 30 90 30
——— ——— ——— ———
Total pour les cinq années [5] 25 87 387 87


Les 87 liv. total des cinq années, frais déduits, divisées en cinq années, donnent par arpent 17 liv. 8 s. de produit net.


Ajoûtez à ces 17 liv. 8 s.
Les frais montant à 60

Cela donnera par chaque arpent au total 77 liv. 8 s.

Les cinq années donnent 25 septiers, ce qui fait cinq septiers année commune. Ainsi pour savoir le prix commun de chaque septier, il faut diviser le total ci-dessus par 5, ce qui établira le prix commun de chaque septier de blé à 15 liv. 9 s.

Chaque arpent produit encore la dixme, qui d’abord a été prélevée sur la totalité de la récolte, & qui n’est point entrée dans ce calcul. Elle est ordinairement le treizieme en-dedans de toute la récolte ou le douzieme en-dehors. Ainsi, pour avoir le produit en entier de chaque arpent, il faut ajoûter à 77 liv. 8 s. le produit de la dixme, qui se prend sur le total de la récolte, semence comprise. La semence évaluée en argent est 10 liv. 6 s. qui avec 77 liv. 8 s. font 87 liv. 14 s. dont pris en-dehors pour la dixme, est 7 livres. Ainsi avec la dixme le produit total, semence déduite, est 84 liv. 16 s.

Ces 84 liv. 16 s. se partagent ainsi :

Pour la dixme 7 liv. 84 liv. 8 s.
Pour les frais 60
Pour le produit net 17 liv. 8 s.

La culture de chaque arpent qui produit la récolte en blé, est de deux années. Ainsi le fermier paye deux années de fermage sur les 17 liv. 8 s. du produit net de cette récolte ; il doit aussi payer la taille sur cette même somme, & y trouver un gain pour subsister.

Elle doit donc être distribuée à-peu-près ainsi :

Pour le propriétaire ou 10 7 7 17 8
Pour la taille ou 3 9 6
Pour le fermier ou 3 9 6 [6]
60 liv. de frais, & 13 liv. 18 s. 6 den. pour le propriétaire & pour la taille, font 73 liv. 18 s. 6 d. pour un arpent de blé, qui portant année commune cinq septiers, chaque septier coûte au fermier 14 15 8
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Les années abondantes, l’arpent portant sept septiers, à 10 liv. le septier, le fermier perd par septier 0 11 2 
Ou par arpent 3 18 6
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Les bonnes années, l’arpent portant six septiers à 12 l. le fermier perd par septier 0 6 5
Ou par arpent 1 18 6
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S’il paye plus de taille qu’il n’est marqué ici, & s’il paye par arpent pour chaque année de fermage plus de 5 liv. 5 s. ses pertes sont plus considérables, à-moins que ce ne soit des terres très-bonnes [7] qui le dédommagent par le produit. Ainsi le fermier a intérêt qu’il n’y ait pas beaucoup de blé ; car il ne gagne un peu que dans les mauvaises années : je dis un peu, parce qu’il a peu à vendre, & que la consommation qui se fait chez lui à haut prix, augmente beaucoup sa dépense. Les prix des différentes années réduits aux prix communs de 15 liv. 9 s. le fermier gagne, année commune, 14 s. par septier ou 3 liv. 10 s. par arpent.

La sole de deux millions d’arpens en blé donne en total, à cinq septiers de blé par arpent, & la dixme y étant ajoûtée, 10, 944, 416 septiers, dont la valeur en argent est 169, 907, 795 liv.

De cette somme totale de 169, 907, 795 liv. il y a :

Pour la taille 7,000,000 35,000,000
Pour les propriétaires 21,000,000
Pour les fermiers 7,000,000
Pour la dixme 14,907,795 134,907,795
Pour les frais 120,000,000
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Produit total 169,907,795
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Il y a aussi par la grande culture deux millions d’arpens ensemencés chaque année en avoine, ou autres grains de Mars. Nous les supposerons tous ensemencés en avoine, pour éviter des détails inutiles qui nous rameneroient à-peu-près au même produit, tous ces grains étant à-peu-près de la même valeur, étant vrai aussi que l’avoine forme effectivement la plus grande partie de ce genre de récolte. On estime qu’un arpent donne, dixme prélevée, deux septiers d’avoine double mesure du septier de blé. Le septier est évalué 9 liv. Il faut retrancher un sixieme des deux septiers pour la semence ; reste pour le produit de l’arpent 15 liv. ou un septier & . Ajoûtez la dixme, le produit total est 16 livres 10 s. dont il y a :

Pour le fermage d’une année 5 5 10  
Pour la taille 2  
Pour le fermier 2 15
Pour les frais [8] 5   6 10
Pour la dixme 1 10
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Produit total       16 10
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Les deux millions d’arpens en avoine donnent, y compris la dixme, & soustraction faite de la semence, 3, 675,000 septiers, qui valent en argent 33, 330, 333 liv. 7 s. dont il y a :

Pour les propriétaires 10,500,000 20,000,000
Pour la taille 4,000,000
Pour les fermiers 5,500,000
Pour la dixme 3,000,000 13,000,000
Pour les frais 10,000,000
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Produit total 33,000,000
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Total des produits de la récolte du blé & de celle de l’avoine, traités par la grande culture.

Pour les propriétaires blé 21,000,000 31,500,000 55,000,000
avoine 10,500,000
Pour la taille blé 7,000,000 11,000,000
avoine 4,500,000
Pour les fermiers blé 7,000,000 11,500,000
avoine 5,500,000
Pour la dixme blé 14,900,000 18,000,000 148,000,000
avoine 3,100,000
Pour les frais blé 120,000,000 130,000,000
avoine 10,000,000
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Produit total 203,000,000 liv.
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Etat de la petite culture des grains. Nous avons observé à l’article Fermiers, déjà cité, que dans les provinces où l’on manque de laboureurs assez riches pour cultiver les terres avec des chevaux, les propriétaires ou les fermiers qui font valoir les terres sont obligés de les faire cultiver par des paysans auxquels ils fournissent des bœufs pour les labourer. Nous avons vû que les frais qu’exige cette culture, ne sont pas moins considérables que ceux de la culture qui se fait avec les chevaux ; mais qu’au défaut de l’argent qui manque dans ces provinces, c’est la terre elle-même qui subvient aux frais. On laisse des terres en friche pour la pâture des bœufs de labour, on les nourrit pendant l’hyver avec les foins que produisent les prairies ; & au lieu de payer des gages à ceux qui labourent, on leur cede la moitié du produit que fournit la récolte.

Ainsi, excepté l’achat des bœufs, c’est la terre elle-même qui avance tous les frais de la culture, mais d’une maniere fort onéreuse au propriétaire, & encore plus à l’état ; car les terres qui restent incultes pour le pâturage des bœufs, privent le propriétaire & l’état du produit que l’on en tireroit par la culture. Les bœufs dispersés dans ces pâturages ne fournissent point de fumier ; les propriétaires confient peu de troupeaux à ces métayers ou paysans chargés de la culture de la terre, ce qui diminue extrèmement le produit des laines en France. Mais ce défaut de troupeaux prive les terres de fumier ; & faute d’engrais, elles ne produisent que de petites récoltes, qui ne sont évaluées dans les bonnes années qu’au grain cinq, c’est-à-dire au quintuple de la semence, ou environ trois septiers par arpent, ce qu’on regarde comme un bon produit. Aussi les terres abandonnées à cette culture ingrate sont-elles peu recherchées ; un arpent de terre qui se vend 30 ou 40 liv. dans ces pays-là, vaudroit 2 ou 300 liv. dans des provinces bien cultivées. Ces terres produisent à peine l’intérêt du prix de leur acquisition, sur-tout aux propriétaires absens : si on déduit des revenus d’une terre assujettie à cette petite culture, ce que produiroient les biens occupés pour la nourriture des bœufs ; si on en retranche les intérêts au denier dix des avances pour l’achat des bœufs de labour, qui diminuent de valeur après un nombre d’années de service, on voit qu’effectivement le propre revenu des terres cultivées est au plus du fort au foible de 20 ou 30 sous par arpent. Ainsi, malgré la confusion des produits & les dépenses de cette sorte de culture, le bas prix de l’acquisition de ces terres s’est établi sur des estimations exactes vérifiées par l’intérêt des acquéreurs & des vendeurs.

Voici l’état d’une terre qui produit, année commune, pour la part du propriétaire environ 3000 liv. en blé, semence prélevée, presque tout en froment ; les terres sont bonnes, & portent environ le grain cinq. Il y en a 400 arpens en culture, dont 200 arpens forment la sole de la récolte de chaque année ; & cette récolte est partagée par moitié entre les métayers & le propriétaire. Ces terres sont cultivées par dix charrues tirées chacune par quatre gros bœufs ; les quarante bœufs valent environ 8000 liv. dont l’intérêt mis au denier dix, à cause des risques & de la perte sur la vente de ces bœufs, quand ils sont vieux & maigres, est 800 liv. Les prés produisent 130 charrois de foin qui sont consommés par les bœufs : de plus il y a cent arpens de friches pour leur pâturage ; ainsi il faut rapporter le produit des 3000 liv. en blé pour la part du propriétaire.

À l’intérêt du prix des bœufs 800 1050 liv.
À l’intérêt de 1000 liv. de blé choisi pour le premier fonds de la semence avancée par le propriétaire 50
À 200 liv. de frais particuliers faits par le propriétaire, sans compter les réparations & les appointemens d’un régisseur 200
À 130 charrois de foin, le charroi à 10 liv. 1300 1950 liv.
À 100 arpens de pâtureaux à 15 sous l’arpent 75
Reste pour le produit des 400 arpens de terres cultivées 575
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Total 3000 liv.
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Ainsi ces quatre cents arpens de bonnes terres ne donnent pas par arpent 1 l. 10 s. de revenu [9] : mais dans le cas dont il sera parlé ci-après, chaque arpent seroit affermé 10 liv. les 400 arpens rapporteroient au propriétaire 4000 liv. au lieu de 575. Aussi ne devra-t-on pas être étonné de la perte énorme qu’on appercevra dans les revenus des terres du royaume.

Les terres médiocres sont d’un si petit revenu, que selon M. Dupré de Saint-Maur (essai sur les monn.), celles de Sologne & du Berry au centre du royaume, ne sont guere loüées que sur le pié de 15 sols l’arpent, les prés, les terres, & les friches ensemble ; encore faut-il faire une avance considérable de bestiaux qu’on donne aux fermiers, sans retirer que le capital à la fin du bail. « Une grande partie de la Champagne, de la Bretagne, du Maine, du Poitou, des environs de Bayonne, &c. dit le même auteur, ne produisent guerre davantage ». [10]. Le Languedoc est plus cultivé & plus fertile ; mais ces avantages sont peu profitables, parce que le blé qui est souvent retenu dans la province, est sans débit ; & il y a si peu de commerce, que dans plusieurs endroits de cette province, comme dans beaucoup d’autres pays, les ventes & les achats ne s’y font que par troc ou l’échange des denrées mêmes.

Les petites moissons que l’on recueille, & qui la plûpart étant en seigle [11] fournissent peu de fourrages, contribuent peu à la nourriture des bestiaux, & on n’en peut nourrir que par le moyen des paturages ou des terres qu’on laisse en friche : c’est pourquoi on ne les épargne pas. D’ailleurs les métayers, toûjours fort pauvres, employent le plus qu’ils peuvent les bœufs que le propriétaire leur fournit, à faire des charrois à leur profit pour gagner quelque argent, & les propriétaires sont obligés de tolérer cet abus pour se conserver leurs métayers : ceux-ci, qui trouvent plus de profit à faire des charrois qu’à cultiver, négligent beaucoup la culture des terres. Lorsque ces métayers laissent des terres en friche pendant long-tems, & qu’elles se couvrent d’épines & de buissons, elles restent toûjours dans cet état, parce qu’elles coûteroient beaucoup plus que leur valeur à esserter & défricher.

Dans ces provinces, les paysans & manouvriers n’y sont point occupés comme dans les pays de grande culture, par des riches fermiers qui les employent aux travaux de l’agriculture & au gouvernement des bestiaux ; les métayers trop pauvres leur procurent peu de travail. Ces paysans se nourrissent de mauvais pain fait de menus grains qu’ils cultivent eux-mêmes, qui coûtent peu de culture, & qui ne sont d’aucun profit pour l’état.

Le blé a peu de débit faute de consommation dans ces pays ; car lorsque les grandes villes sont suffisamment fournies par les provinces voisines, le blé ne se vend pas dans celles qui en sont éloignées ; on est forcé de le donner à fort bas prix, ou de le garder pour attendre des tems plus favorables pour le débit : cette non valeur ordinaire des blés en fait encore négliger davantage la culture ; la part de la récolte qui est pour le métayer, devient à peine suffisante pour la nourriture de sa famille ; & quand la récolte est mauvaise, il est lui-même dans la disette : il faut alors que le propriétaire y supplée. C’est pourquoi les récoltes qu’on obtient par cette culture ne sont presque d’aucune ressource dans les années de disette, parce que dans les mauvaises années elles suffisent à peine pour la subsistance du propriétaire & du colon. Ainsi la cherté du blé dans les mauvaises années ne dédommage point de la non-valeur de cette denrée dans les bonnes années ; il n’y a que quelques propriétaires aisés qui peuvent attendre les tems favorables pour la vente du blé de leur récolte, qui puissent en profiter.

Il faut donc, à l’égard de cette culture, n’envisager la valeur du blé que conformément au prix ordinaire des bonnes années ; mais le peu de débit qu’il y a alors dans les provinces éloignées de la capitale, tient le blé à fort bas prix : ainsi nous ne devons l’évaluer qu’à 12 liv. le septier, froment & seigle, dans les provinces où les terres sont traitées par la petite culture. C’est en effet dans ces provinces, que le prix du blé ne peut soûtenir les frais pécuniaires de la grande culture ; qu’on ne cultive les terres qu’aux dépens des terres mêmes, & qu’on en tire le produit que l’on peut en les faisant valoir avec le moins de dépenses qu’il est possible.

Ce n’est pas parce qu’on laboure avec des bœufs, que l’on tire un si petit produit des terres ; on pourroit par ce genre de culture, en faisant les dépenses nécessaires, tirer des terres à-peu-près autant de produit que par la culture qui se fait avec les chevaux : mais ces dépenses ne pourroient être faites que par les propriétaires ; ce qu’ils ne feront pas tant que le commerce du blé ne sera pas libre, & que les non-valeurs de cette denrée ne leur laisseront appercevoir qu’une perte certaine.

On estime qu’il y a environ trente millions d’arpens de terres traitées par la petite culture ; chaque arpent du fort au foible produisant, année commune, le grain quatre, ou trente-deux boisseaux non compris la dixme ; de ces trente-deux boisseaux il faut en retrancher huit pour la semence. Il reste deux septiers qui se partagent par moitié entre le propriétaire & le métayer. Celui-ci est chargé de la taille & de quelques frais inévitables.

Trente millions d’arpens de terres traitées par la petite culture, sont divisés en deux soles qui produisent du blé alternativement. Il y a quinze millions d’arpens qui portent du blé tous les ans, excepté quelques arpens que chaque métayer reserve pour ensemencer en grains de Mars : car il n’y a point par cette culture de sole particuliere pour ces grains. Nous ne distinguerons point dans les quinze millions d’arpens, la petite récolte des graines de Mars, de celle du ble ; l’objet n’est pas assez considérable pour entrer dans ce détail. D’ailleurs la récolte de chaque arpent de blé est si foible, que ces deux sortes de recoltes different peu l’une de l’autre pour le produit.

Chaque arpent de blé donnant du fort au foible quatre pour un, ou deux septiers, semence prélevée, & non compris la dixme ; le septier à 12 liv. année commune, froment & seigle, le produit en argent pour les deux septiers est 24
Ajoûtez un en-dehors qui a été enlevé pour la dixme prise sur toute la récolte, semence comprise 2 13
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Total 26 13
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Les 24 liv. ou les deux septiers se distribuent ainsi :

Au propriétaire pour les intérêts de ses avances, pour quelques autres frais, pour le dédommagement des fonds occupés pour la nourriture des bœufs de labour 9 12
Pour lui tenir lieu de deux années de fermage, à 1 l. 10 s. par chaque année 3
Au métayer pour ses frais, son entretien, & sa subsistance 10 12
Pour le payement de sa taille 1
Pour ses risques & profits 1

Le produit total de 26 liv. 13 s. par chaque arpent se partage donc ainsi :

Pour le fermage de deux années 3 5
Pour la taille 1
Pour le métayer 1
Pour la dixme 2 13 21 13
Pour les frais 19
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Produit total 26 13
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La récolte en blé des 15 millions d’arpens traites par la petite culture, donne, la dixme comprise & la semence prélevée, 33,150,000 septiers, qui valent en argent 397,802,040 liv. dont il y a :

Pour la taille 15,000,000 75,000,000
Pour les propriétaires 45,000,000
Pour les métayers 15,000,000
Pour la dixme 37,802,040 322,802,040
Pour les frais 285,000,000
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Produit total 397,802,040
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Total des produits de la grande & de la petite culture réunis.
Pour les propriétaires gr. culture 31,500,000 76,500,000 130,500,000
pet. cult. 45,000,000
Pour la taille gr. culture 11,000,000 26,000,000
pet. cult. 15,000,000
Pour les fermiers gr. culture 12,500,000 27,500,000
pet. cult. 15,000,000
Pour la dixme gr. culture 18,000,000 50,000,000 465,000,000
pet. cult. 32,000,000
Pour les frais gr. culture 130,000,000 415,000,000
pet. cult. 285,000,000
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Produit total des récoltes actuelles en grain 595,500,000 liv.
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État d’une bonne culture des grains. La gêne dans le commerce des grains, le défaut d’exportation, la dépopulation, le manque de richesses dans les campagnes, l’imposition indéterminée des subsides, la levée des milices, l’excès des corvées, ont réduit nos récoltes à ce petit produit. Autrefois avec un tiers plus d’habitans qui augmentoient la consommation, notre culture fournissoit à l’étranger une grande quantité de grains ; les Anglois se plaignoient en 1621, de ce que les François apportoient chez eux des quantités de blé si considérables & à si bas prix, que la nation n’en pouvoit soûtenir la concurrence dans ses marchés [12] ; il se vendoit alors en France 18 l. de notre monnoie actuelle : c’étoit un bas prix dans ce siecle. Il falloit donc que nos récoltes produisissent dans ces tems-là au-moins 70 millions de septiers de blé ; elles en produisent aujourd’hui environ 45 millions : un tiers d’hommes de plus en consommoit 20 millions au-delà de notre consommation actuelle, & le royaume en fournissoit encore abondamment à l’étranger ; cette abondance étoit une heureuse suite du gouvernement économique de M. de Sully. Ce grand ministre ne desiroit, pour procurer des revenus au roi & à la nation, & pour soutenir les forces de l’état, que des laboureurs, des vignerons, & des bergers.

Le rétablissement de notre culture suppose aussi l’accroissement de la population ; les progrès de l’un & de l’autre doivent aller ensemble ; le prix des grains doit surpasser les frais de culture : ainsi il faut que la consommation intérieure & la vente à l’étranger, entretiennent un profit certain sur le prix des grains. La vente à l’étranger facilite le débit, ranime la culture, & augmente le revenu des terres ; l’accroissement des revenus procure de plus grandes dépenses qui favorisent la population, parce que l’augmentation des dépenses procure des gains à un plus grand nombre d’hommes. L’accroissement de la population étend la consommation ; la consommation soûtient le prix des denrées qui se multiplient par la culture à-proportion des besoins des hommes, c’est-à-dire à-proportion que la population augmente. Le principe de tous ces progrès est donc l’exportation des denrées du crû ; parce que la vente à l’étranger augmente les revenus ; que l’accroissement des revenus augmente la population ; que l’accroissement de la population augmente la consommation ; qu’une plus grande consommation augmente de plus en plus la culture, les revenus des terres & la population ; car l’augmentation des revenus augmente la population, & la population augmente les revenus.

Mais tous ces accroissemens ne peuvent commencer que par l’augmentation des revenus ; voilà le point essentiel & le plus ignoré ou du-moins le plus négligé en France : on n’y a pas même reconnu dans l’emploi des hommes, la différence du produit des travaux qui ne rendent que le prix de la main-d’œuvre, d’avec celui des travaux qui payent la main-d’œuvre & qui procurent des revenus. Dans cette inattention on a préféré l’industrie à l’Agriculture, & le commerce des ouvrages de fabrication au commerce des denrées du crû : on a même soûtenu des manufactures & un commerce de luxe au préjudice de la culture des terres.

Cependant il est évident que le gouvernement n’a point d’autres moyens pour faire fleurir le Commerce, & pour soûtenir & étendre l’industrie, que de veiller à l’accroissement des revenus ; car ce sont les revenus qui appellent les marchands & les artisans, & qui payent leurs travaux. Il faut donc cultiver le pié de l’arbre, & ne pas borner nos soins à gouverner les branches ; laissons-les s’arranger & s’étendre en liberté, mais ne négligeons pas la terre qui fournit les sucs nécessaires à leur végétation & à leur accroissement. M. Colbert tout occupé des manufactures, a crû cependant qu’il falloit diminuer la taille, & faite des avances aux cultivateurs, pour relever l’Agriculture qui dépérissoit ; ce qu’il n’a pû concilier avec les besoins de l’état : mais il ne parle pas des moyens essentiels, qui consistent à assujettir la taille à une imposition reglée & à établir invariablement la liberté du commerce des grains : l’Agriculture fut négligée ; les guerres qui étoient continuelles, la milice qui dévastoit les campagnes, diminuerent les revenus du royaume ; les traitans, par des secours perfides, devinrent les suppôts de l’état ; la prévoyance du ministre s’étoit bornée à cette malheureuse ressource, dont les effets ont été si funestes à la France [13].

La culture du blé est fort chere ; nous avons beaucoup plus de terres qu’il ne nous en faut pour cette culture ; il faudroit la borner aux bonnes terres, dont le produit surpasseroit de beaucoup les frais d’une bonne culture. Trente millions d’arpens de bonnes terres formeroient chaque année une sole de 10 millions d’arpens qui porteroient du blé : de bonnes terres bien cultivées, produiroient au-moins, année commune, six septiers par arpent, semence prélevée : ainsi la sole de dix millions d’arpens donneroit, la dixme comprise, au-moins 65 millions de septiers de blé. [14] La consommation intérieure venant à augmenter, & la liberté du commerce du blé étant pleinement rétablie, le prix de chaque septier de blé, année commune, peut être évalué à 18 liv. un peu plus ou moins, cela importe peu ; mais à 18 liv. le produit seroit de 108 liv. non compris la dixme.

Pour déterminer plus sûrement le prix commun du blé, l’exportation étant permise, il faut faire attention aux variations des produits des récoltes & des prix du blé selon ces produits. On peut juger de l’état de ces variations dans le cas de l’exportation, en se reglant sur celles qui arrivent en Angleterre, où elles ne s’étendent depuis nombre d’années, qu’environ depuis 18 jusqu’à 22 liv. Il est facile de comprendre pourquoi ces variations y sont si peu considérables : l’Agriculture a fait de très-grands progrès dans ce royaume ; les récoltes, quelque foibles qu’elles y soient, sont toûjours plus que suffisantes pour la subsistance des habitans. Si notre agriculture étoit en bon état, nous recueillerions dans une mauvaise année à-peu-près autant de blé que nous en fournit aujourd’hui une bonne récolte : ainsi on ne pourroit, sans des accidens extraordinaires, éprouver la disette dans un royaume où les moindres récoltes jointes à ce qui resteroit nécessairement des bonnes années, seroient toûjours au-dessus des besoins des habitans. On peut en juger par l’exposition que nous allons donner des variations des récoltes que produit une bonne culture selon la diversité des années. On y remarquera qu’une mauvaise récolte de 10 millions d’arpens donne 40 millions de septiers de blé sans la récolte d’une même quantité d’arpens ensemencés en grains de Mars.


ANNÉES No image.svg Septiers No image.svg Prix No image.svg Total No image.svg Frais No image.svg Reste
du septier. par arpent. par arpent.

Abondante  8 liv. 16 liv. [15] 128 liv.  62 liv.
Bonne  7 17 119 66 liv.  53
Moyenne  6 18 108  42
Foible  5 19 95  29
Mauvaise  4 20 80  14 [16]
——— ——— ———
Total 30 90 Total 200


Les 200 liv. du total, frais déduits, divisés par cinq années, donnent pour année commune, ci 40
Ajoûtez les frais 66

Total 106

Les 106 liv. divisées par six septiers, donnent pour prix commun du septier 17 13 4 [17]
Au produit de six septiers, dont la valeur est 106
Ajoûtez pour la dixme 1/12 en-dehors pris sur tout le produit & sur la semence à prélever 10

Le produit total de l’arpent est 116

Dont il y auroit de produit net 40 l. distribuées ainsi :

Pour le fermage de deux années ou 20 liv. 40
Pour la taille ou 10 [18]
Pour le fermier ou 10
La dixme 10 76
Les frais 66

Produit total de l’arpent 116


66 liv. de frais, & 30 liv. pour la taille & le fermage, font 96 liv. par arpent : le produit étant six septiers, le septier coûteroit, année commune, au fermier 16 liv. Dans une année abondante, à huit septiers par arpent, le septier lui coûte 12 livres ; étant vendu 16 liv. il gagne 4 liv. Dans une mauvaise année, à quatre septiers par arpent, le septier lui coûte 24 liv. étant vendu 20 liv. il perd 4 liv. Les années bonnes & mauvaises, réduites à une année commune, il gagne par septier 1 liv. 13 s. ou environ 10 liv. par arpent.

La récolte en blé de dix millions d’arpens donne, année commune, la dixme comprise levée sur toute la récolte, le fonds de la semence compris, 65,555,500 de septiers, semence prélevée, qui valent en argent 1,159,500,000 liv. dont il y a :

Pour les propriétaires 200,000,000 400,000,000
Pour la taille 100,000,000
Pour les fermiers 100,000,000
Pour la dixme 99,500,000 759,500,000
Pour les frais 660,000,000

Produit total 1,159,500,000

Il y auroit de même une sole de dix millions d’arpens qui produiroit des grains de Mars, & dont chaque arpent de bonne terre & bien cultivée produiroit, année commune, au-moins deux septiers, semence prélevée & la dixme non comprise ; le septier évalué un peu au-dessous des du prix du blé, vaudroit environ 10 liv.

L’arpent produiroit 20 21 17
Et la dixme qui est le
en-dehors ou
1 17

Les 21 liv. 17 s. se distribuent ainsi :

Pour une année de fermage au propriétaire 10 15
Pour la taille 2 10
Pour le fermier 2 10
Pour la dixme 1 17 6 17
Pour les frais 5

Produit total 21 17


Les dix millions d’arpens en avoine donneroient, la dixme comprise 21,944,441 septiers, qui valent en argent 218,500,000 liv. dont il y a :


Pour les propriétaires 100,000,000 150,000,000
Pour la taille 25,000,000
Pour les fermiers 25,000,000
Pour la dixme 18,500,000 68,666,660
Pour les frais 50,000,000

Produit total 218,500,000

Les produits de la récolte des dix millions d’arpens en blé & de la récolte des dix millions d’arpens en grains de Mars réunis produiroient :

La récolte avec la dixme, frais déduits en blé 499,500,000 668,000,000 liv.
en avoine 168,500,000
Les frais en blé 660,000,000 710,000,000liv.
en avoine 50,000,000

Produit total 1,378,000,000 liv.

Dont il y a :
Pour les propriétaires en blé 200,000,000 300,000,000 550,000,000
en avoine 100,000,000
Pour la taille en blé 250,000,000 125,000,000
en avoine 100,000,000
Pour les fermiers en blé 100,000,000 125,000,000
en avoine 25,000,000
Pour la dixme en blé 99,500,000 118,000,000 828,000,000
en avoine 18,500,000
Pour les frais en blé 660,000,000 710,000,000
en avoine 50,000,000

Produit total 1,378,000,000 liv.


Il y a, outre les trente millions dont on vient d’apprétier le produit, trente autres millions d’arpens de terres cultivables de moindre valeur que les terres précédentes, qui peuvent être employées à différentes productions ; les meilleures à la culture des chanvres, des lins, des légumes, des seigles, des orges, des prairies artificielles des menus grains ; les autres selon leurs différentes qualités peuvent être plantés en bois, en vignes, en mûriers, en arbres à cidre, en noyers, chataigniers, ou ensemencés en blé noir, en faux seigle, en pommes de terre, en navets, en grosses raves, & en d’autres productions pour la nourriture des bestiaux. Il seroit difficile d’apprétier les différens produits de ces trente millions d’arpens ; mais comme ils n’exigent pas pour la plûpart de grands frais pour la culture, on peut, sans s’exposer à une grande erreur, les évaluer du fort au foible pour la distribution des revenus environ à un tiers du produit des trente autres millions d’arpens, dont il y auroit

Pour les propriétaires 100,000,000 180,000,000
Pour la taille 40,000,000
Pour les fermiers 40,000,000
Pour la dixme 37,000,000 257,000,000
Pour les frais 220,000,000

Produit total 437,000,000


Récapitulation des différens produits de la bonne culture réunis. Les soixante millions d’arpens de terres cultivables en France donneroient :
Pour les propriétaires bonne terre 300,000,000 400,000,000 730,000,000
terre méd. 100,000,000
Pour la taille bonne terre 125,000,000 165,000,000
terre méd. 40,000,000
Pour les fermiers bonne terre 125,000,000 165,000,000
terre méd. 40,000,000
Pour la dixme bonne terre 118,000,000 155,000,000 1,085,000,000
terre méd. 37,000,000
Pour les frais bonne terre 710,000,000 930,000,000[19]
terre méd. 220,000,000

Produit, frais déduits, reste 885,000,000 liv.
Produit total 1,815,000,000 liv.


Comparaison des produits de la culture actuelle du royaume avec ceux de la bonne culture.
Culture actuelle Bonne culture Différence
Pour les propriétaires 76,500,000 400,000,000 324,000,000 plus de
Pour la taille 27,000,000 165,000,000 [20] 138,000,000 plus de
Pour les fermiers 27,500,000 165,000,000 137,500,000 plus de
Pour la dixme 50,000,000 155,000,000 105,000,000 plus de
Pour les frais 415,000,000 920,000,000 [21] 515,000,000 plus de




Produit, frais déduits, 178,000,000 885,000,000 707,000,000 près de
Produit total 595,500,000 1,815,000,000 [22] 1,220,000,000 plus de





Observations sur les avantages de la culture des grains. Les frais de la culture restent dans le royaume, & le produit total est tout entier pour l’état. Les bestiaux égalent au-moins la moitié de la richesse annuelle des récoltes ; ainsi le produit de ces deux parties de l’Agriculture seroient environ de trois milliarts : celui des vignes est de plus de cinq cents millions, & pourroit être beaucoup augmenté, si la population s’accroissoit dans le royaume, & si le commerce des vins & eaux-de-vie étoit moins gêné [23]. Les produits de l’Agriculture seroient au moins de quatre milliarts, sans y comprendre les produits des chanvres, des bois, de la pêche, &c. Nous ne parlons pas non plus des revenus des maisons, des rentes, du sel, des mines, ni des produits des Arts & Métiers, de la Navigation, &c. qui augmenteroient à-proportion que les revenus & la population s’accroîtroient ; mais le principe de tous ces avantages est dans l’Agriculture, qui fournit les matieres de premier besoin, qui donne des revenus au roi & aux propriétaires, des dixmes au clergé, des profits aux cultivateurs. Ce sont ces premieres richesses, toûjours renouvellées, qui soûtiennent tous les autres états du royaume, qui donnent de l’activité à toutes les autres professions, qui font fleurir le Commerce, qui favorisent la population, qui animent l’industrie, qui entretiennent la prospérité de la nation. Mais il s’en faut beaucoup que la France joüisse de tous ces milliarts de revenus que nous avons entre-vû qu’elle pourroit tirer d’elle-même. On n’estime guere qu’à deux milliarts la consommation ou la dépense annuelle de la nation. Or la dépense est à-peu-près égale aux revenus, confondus avec les frais de la main-d’œuvre, qui procurent la subsistance aux ouvriers de tous genres, & qui sont presque tous payés par les productions de la terre ; car, à la reserve de la pêche & du sel, les profits de la navigation ne peuvent être eux-mêmes fort considérables, que par le commerce des denrées de notre cru. On regarde continuellement l’Agriculture & le Commerce comme les deux ressources de nos richesses ; le Commerce, ainsi que la main-d’œuvre, n’est qu’une branche de l’Agriculture : mais la main-d’œuvre est beaucoup plus étendue & beaucoup plus considérable que le Commerce. Ces deux états ne subsistent que par l’Agriculture. C’est l’Agriculture qui fournit la matiere de la main-d’œuvre & du Commerce, & qui paye l’une & l’autre : mais ces deux branches restituent leurs gains à l’Agriculture, qui renouvelle les richesses, qui se dépensent & se consomment chaque année. En effet, sans les produits de nos terres, sans les revenus & les dépenses des propriétaires & des cultivateurs, d’où naîtroit le profit du Commerce & le salaire de la main-d’œuvre ? La distinction du Commerce d’avec l’Agriculture, est une abstraction qui ne présente qu’une idée imparfaite, & qui séduit des auteurs qui écrivent sur cette matiere, même ceux qui en ont la direction, & qui rapportent au commerce productif le commerce intérieur qui ne produit rien, qui sert la nation, & qui est payé par la nation.

On ne peut trop admirer la supériorité des vûes de M. de Sully : ce grand ministre avoit saisi les vrais principes du gouvernement économique du royaume, en établissant les richesses du roi, la puissance de l’état, le bonheur du peuple, sur les revenus des terres, c’est-à-dire sur l’Agriculture & sur le commerce extérieur de ses productions ; il disoit que sans l’exportation des blés, les sujets seroient bientôt sans argent & le souverain sans revenus. Les prétendus avantages des manufactures de toute espece ne l’avoient pas séduit ; il ne protegeoit que celles des étoffes de laine, parce qu’il avoit reconnu que l’abondance des récoltes dépendoit du débit des laines, qui favorise la multiplication des troupeaux nécessaires pour fertiliser les terres.

Les bonnes récoltes produisent beaucoup de fourrages pour la nourriture des bestiaux ; les trente millions d’arpens de terres médiocres seroient en partie destinés aussi à cet usage. L’auteur des Prairies artificielles décide très-judicieusement qu’il faut à-peu-près la même quantité d’arpens de prairies artificielles qu’il y a de terre ensemencée en blé chaque année. Ainsi pour trente millions d’arpens, il faudroit dix millions d’arpens de prairies artificielles pour nourrir des bestiaux qui procureroient assez de fumier pour fournir un bon engrais aux terres qui chaque année doivent être ensemencées en blé. Cette pratique est bien entendue ; car si on se procure par l’engrais de la terre un septier de blé de plus par chaque arpent, on double à-peu-près le profit. Un arpent de blé qui porte cinq septiers à 15 liv. le septier, donne, tous frais déduits, 20 liv. de revenu ; mais un septier de plus doubleroit presque lui seul le revenu d’un arpent ; car si un arpent donne six septiers, le revenu est 35 liv. & s’il en portoit sept, le revenu seroit 50 liv. ou de revenu de plus que dans le premier cas : le revenu n’est pas simplement à raison du produit, mais à raison du produit & des frais. Or l’augmentation des frais est en bestiaux qui ont aussi leur produit ; ainsi les profits d’une culture imparfaite ne sont pas comparables à ceux d’une bonne culture.

Ainsi on voit que la fortune du fermier en état de faire les frais d’une bonne culture, dépend du produit d’un septier ou deux de plus par arpent de terre ; & quoiqu’il en partage la valeur pour la taille & pour le fermage, son gain en est beaucoup plus considérable, & la meilleure portion est toûjours pour lui ; car il recueille des fourrages à-proportion avec lesquels il nourrit des bestiaux qui augmentent son profit.

Il ne peut obtenir cet avantage que par le moyen des bestiaux ; mais il gagneroit beaucoup aussi sur le produit de ces mêmes bestiaux. Il est vrai qu’un fermier borné à l’emploi d’une charrue, ne peut prétendre à un gain considérable ; il n’y a que ceux qui sont assez riches pour se former de plus grands établissemens, qui puissent retirer un bon profit, & mettre par les dépenses qu’ils peuvent faire, les terres dans la meilleure valeur.

Celui qui n’occupe qu’une charrue, tire sur ce petit emploi tous les frais nécessaires pour la subsistance & l’entretien de sa famille ; il faut même qu’il fasse plus de dépense à proportion pour les différens objets de son entreprise : n’ayant qu’une charrue il ne petit avoir, par exemple, qu’un petit troupeau de moutons, qui ne lui coûte pas moins pour le berger, que ce que coûteroit un plus grand troupeau qui produiroit un plus grand profit. Un petit emploi & un grand emploi exigent donc, à bien des égards, des dépenses qui ne sont pas de part & d’autre dans la même proportion avec le gain. Ainsi les riches laboureurs qui occupent plusieurs charrues, cultivent beaucoup plus avantageusement pour eux & pour l’état, que ceux qui sont bornés à une seule charrue ; car il y a épargne d’hommes, moins de dépense, & un plus grand produit : or les frais & les travaux des hommes ne sont profitables à l’état, qu’autant que leurs produits renouvellent & augmentent les richesses de la nation. Les terres ne doivent pas nourrir seulement ceux qui les cultivent, elles doivent fournir à l’état la plus grande partie des subsides, produire des dixmes au clergé, des revenus aux propriétaires, des profits aux fermiers, des gains à ceux qu’ils employent à la culture. Les revenus du roi, du clergé, des propriétaires, les gains du fermier & de ceux qu’il employe, tournent en dépenses, qui se distribuent à tous les autres états & à toutes les autres professions. Un auteur [24] a reconnu ces vérités fondamentales lorsqu’il dit : « que l’assemblage de plusieurs riches propriétaires de terres qui résident dans un même lieu, suffit pour former ce qu’on appelle une ville, où les marchands, les fabriquans, les artisans, les ouvriers, les domestiques se rassemblent, à proportion des revenus que les propriétaires y dépensent : auquel cas la grandeur d’une ville est naturellement proportionnée au nombre des propriétaires des terres, ou plûtôt au produit des terres qui leur appartiennent. Une ville capitale se forme de la même maniere qu’une ville de province ; avec cette différence que les gros propriétaires de tout l’état résident dans la capitale ».

Les terres cultivées en détail par de petits fermiers, exigent plus d’hommes & de dépenses, & les profits sont beaucoup plus bornés. Or les hommes & les dépenses ne doivent pas être prodigués à des travaux qui seroient plus profitables à l’état, s’ils étoient exécutés avec moins d’hommes & moins de frais. Ce mauvais emploi des hommes pour la culture des terres seroit préjudiciable, même dans un royaume fort peuplé ; car plus il est peuplé, plus il est nécessaire de tirer un grand produit de la terre : mais il seroit encore plus desavantageux dans un royaume qui ne seroit pas assez peuplé ; car alors il faudroit être plus attentif à distribuer les hommes aux travaux les plus nécessaires & les plus profitables à la nation. Les avantages de l’Agriculture dépendent donc beaucoup de la réunion des terres en grosses-fermes, mises dans la meilleure valeur par de riches fermiers.

La culture qui ne s’exécute que par le travail des hommes, est celle de la vigne ; elle pourroit occuper un plus grand nombre d’hommes en France, si on favorisoit la vente des vins, & si la population augmentoit. Cette culture & le commerce des vins & des eaux-de-vie sont trop gênés ; c’est cependant un objet qui ne mérite pas moins d’attention que la culture des grains.

Nous n’envisageons pas ici le riche fermier comme un ouvrier qui laboure lui-même la terre ; c’est un entrepreneur qui gouverne & qui fait valoir son entreprise par son intelligence & par ses richesses. L’agriculture conduite par de riches cultivateurs est une profession très-honnête & très-lucrative, reservée à des hommes libres en état de faire les avances des frais considérables qu’exige la culture de la terre, & qui occupe les paysans & leur procure toûjours un gain convenable & assûré. Voilà, selon l’idée de M. de Sully, les vrais fermiers ou les vrais financiers qu’on doit établir & soûtenir dans un royaume qui possede un grand territoire ; car c’est de leurs richesses que doit naître la subsistance de la nation, l’aisance publique, les revenus du souverain, ceux des propriétaires, du clergé, une grande dépense distribuée à toutes les professions, une nombreuse population, la force & la prospérité de l’état.

Ce sont les grands revenus qui procurent les grandes dépenses, ce sont les grandes dépenses qui augmentent la population, parce qu’elles étendent le commerce & les travaux, & qu’elles procurent des gains à un grand nombre d’hommes. Ceux qui n’envisagent les avantages d’une grande population que pour entretenir de grandes armées, jugent mal de la force d’un état. Les militaires n’estiment les hommes qu’autant qu’ils sont propres à faire des soldats ; mais l’homme d’état regrette les hommes destinés à la guerre, comme un propriétaire regrette la terre employée à former le fossé qui est nécessaire pour conserver le champ. Les grandes armées l’épuisent ; une grande population & de grandes richesses le rendent redoutable. Les avantages les plus essentiels qui résultent d’une grande population, sont les productions & la consommation, qui augmentent ou font mouvoir les richesses pécuniaires du royaume. Plus une nation qui a un bon territoire & un commerce facile, est peuplée, plus elle est riche ; & plus elle est riche, plus elle est puissante. Il n’y a peut-être pas moins aujourd’hui de richesses pécuniaires dans le royaume, que dans le siecle passé : mais pour juger de l’état de ces richesses, il ne faut pas les considérer simplement par rapport à leur quantité, mais aussi par rapport à leur circulation relative à la quantité, au débit & au bon prix des productions du royaume. Cent septiers de blé à 20 liv. le septier, sont primitivement une richesse pécuniaire quatre fois aussi grande que 50 septiers à 10 livres le septier : ainsi la quantité des richesses existe aussi réellement dans la valeur des productions, que dans les especes d’or & d’argent, sur-tout quand le commerce avec l’étranger assûre le prix & le débit de ces productions.

Les revenus sont le produit des terres & des hommes. Sans le travail des hommes, les terres n’ont aucune valeur. Les biens primitifs d’un grand état sont les hommes, les terres & les bestiaux. Sans les produits de l’agriculture, une nation ne peut avoir d’autre ressource que la fabrication & le commerce de trafic ; mais l’une & l’autre ne peuvent se soûtenir que par les richesses de l’étranger : d’ailleurs de telles ressources sont fort bornées & peu assûrées, & elles ne peuvent suffire qu’à de petits états.

Observations sur la taille levée sur la culture des grains. On ne doit imposer les fermiers à la taille qu’avec beaucoup de retenue sur le profit des bestiaux, parce que ce sont les bestiaux qui sont produire les terres : mais sans étendre la taille sur cette partie ; elle pourroit par l’accroissement des revenus monter à une imposition égale à la moitié du prix du fermage : ainsi en se conformant aux revenus des propriétaires des terres qui seroient de quatre cents millions, la taille ainsi augmentée & bornée-là pour toute imposition sur les fermages, produiroit environ 200 millions, & cela non compris celle qui est imposée sur les rentiers & propriétaires taillables, sur les maisons, sur les vignes, sur les bois taillables, sur le fermage particulier des prés, sur les voituriers, sur les marchands, sur les paysans, sur les artisans, manouvriers, &c.

Sur les 200 millions de taille que produiroit la culture des grains, il faut en retrancher environ pour l’exemption des nobles & privilégiés, qui font valoir par eux-mêmes la quantité de terres permise par les ordonnances, ainsi il resteroit 190 millions ; mais il faut ajoûter la taille des fermiers des dixmes, qui étant réunies à ces 190 millions, formeroit au moins pour la total de la taille 200 millions.[25]

La proportion de la taille avec le loyer des terres, est la regle la plus sûre pour l’imposition sur les fermiers, & pour les garantir des inconvéniens de l’imposition arbitraire ; le propriétaire & le fermier connoissent chacun leur objet, & leurs intérêts reciproques fixeroient au juste les droits du roi.[26]

Il seroit bien à desirer qu’on pût trouver une regle aussi sûre pour l’imposition des métayers. Mais si la culture se rétablissoit, le nombre des fermiers augmenteroit de plus en plus, celui des métayers diminueroit à proportion : or une des conditions essentielles pour le rétablissement de la culture & l’augmentation des fermiers, est de reformer les abus de la taille arbitraire, & d’assûrer aux cultivateurs les fonds qu’ils avancent pour la culture des terres. On doit sur-tout s’attacher à garantir les fermiers, comme étant les plus utiles à l’état, des dangers de cette imposition. Aussi éprouve-t-on que les desordres de la taille sont moins destructifs dans les villes taillables que dans les campagnes ; parce que les campagnes produisent les revenus, & que ce qui détruit les revenus détruit le royaume. L’état des habitans des villes est établi sur les revenus, & les villes ne sont peuplées qu’à proportion des revenus des provinces. Il est donc essentiel d’assujettir dans les campagnes l’imposition de la taille à une regle sure & invariable, afin de multiplier les riches fermiers, & de diminuer de plus en plus le nombre des colons indigens, qui ne cultivent la terre qu’au desavantage de l’état.

Cependant on doit appercevoir que dans l’état actuel de la grande & de la petite culture, il est difficile de se conformer d’abord à ces regles ; c’est pourquoi nous avons pour la sûreté de l’imposition proposé d’autres moyens à l’article Fermier : mais dans la suite le produit du blé ou le loyer des terres fourniroient la regle la plus simple & la plus convenable pour l’imposition proportionnelle de la taille sur les cultivateurs. Dans l’état présent de l’agriculture, un arpent de terre traité par la grande culture produisant 74 livres, ne peut donner qu’environ du produit total du prix du blé pour la taille. Un arpent traité par la petite culture produisant 24 liv. donne pour la taille . Un arpent qui seroit traité par la bonne culture, les autres conditions posées, produisant 1061. donneroit pour la taille environ  ; ainsi par la seule différence des cultures, un arpent de terre de même valeur produiroit ici pour la taille 10 liv. là il produit 3 liv. 10 s. ailleurs il ne produit qu’une livre. On ne peut donc établir pour la taille aucune taxe fixe sur les terres dont le produit est si susceptible de variations par ces différentes cultures ; on ne peut pas non plus imposer la taille proportionnellement au produit total de la recolte, sans avoir égard aux frais & à la différence de la quantité de semence, relativement au profit, selon les différentes cultures : ainsi ceux qui ont propose une dixme pour la taille [27], & ceux qui ont proposé une taille réelle sur les terres, n’ont pas examiné les irrégularités qui naissent des différens genres de culture, & les variations qui en résultent. Il est vrai que dans les pays d’états on établit communément la taxe sur les terres, parce que ces pays étant bornés à des provinces particulieres où la culture peut être à-peu près uniforme, on peut regler l’imposition à-peu-près sur la valeur des terres, & à la différente quantité de semence, relativement au produit des terres de différente valeur ; mais on ne peut pas suivre cette regle généralement pour toutes les autres provinces du royaume. On ne peut donc dans l’état actuel établir une taille proportionnelle, qu’en se réglant sur la somme imposée préalablement sur chaque paroisse, selon l’état de l’agriculture de la province ; & cette taille imposée seroit repartie, comme il est dit à l’article Fermier, proportionnellement aux effets visibles d’agriculture, déclarés tous les ans exactement par chaque particulier. On pourroit même, quand les revenus se réduisent au produit des grains, éviter ces déclarations ; & lorsque la bonne culture y seroit entierement établie, on pourroit simplifier la forme par une imposition proportionnelle aux loyers des terres. Le laboureur, en améliorant sa culture & en augmentant ses dépenses, s’attendroit, il est vrai, à payer plus de taille, mais il seroit assûré qu’il gagneroit plus aussi, & qu’il ne seroit plus exposé à une imposition ruineuse, si la taille n’augmentoit que proportionnellement à l’accroissement de son gain.

Ainsi on pourroit dès-à-présent imposer la taille proportionnelle aux baux, dans les pays ou les terres sont cultivées par des fermiers. Il ne seroit peut-être pas impossible de trouver aussi une regle à-peu-près semblable, pour les pays où les propriétaires font cultiver par des métayers ; on sait à-peu-près le produit de chaque métairie ; les frais étant déduits, on connoîtroit le revenu du propriétaire ; on y proportionneroit la taille, ayant égard à ne pas enlever le revenu même du propriétaire, mais à établir l’imposition sur la portion du métayer, proportionnellement au revenu net du maître. S’il se trouvoit dans cette imposition proportionnelle quelques irrégularités préjudiciables aux métayers, elles pourroient se réparer par les arrangemens entre ces métayers & les propriétaires : ainsi ces inconvéniens inséparables des regles générales se réduiroient à peu de chose, étant supportés par le propriétaire & le métayer. Il me paroît donc possible d’établir dès aujourd’hui pour la grande & pour la petite culture, des regles fixes & générales pour l’imposition proportionnelle de la taille.

Nous avons vû par le calcul des produits de la grande culture actuelle, que la taille imposée à une somme convenable, se trouve être à-peu-près égale à un tiers du revenu des propriétaires. Dans cette culture les terres étant presque toutes affermées, il est facile de déterminer l’imposition proportionnellement aux revenus fixés par les baux.

Mais il n’en est pas de même des terres traitées par la petite culture, qui sont rarement affermées ; car on ne peut connoître les revenus des propriétaires que par les produits. Nous avons vû par les calculs de ces produits, que dans la petite culture la taille se trouvoit aussi à-peu-près à l’égal du tiers des revenus des propriétaires ; mais ces revenus qui d’ailleurs sont tous indécis, peuvent être envisagés sous un autre aspect que celui sous lequel nous les avons considérés dans ces calculs : ainsi il faut les examiner sous cet autre aspect, afin d’éviter la confusion qui pourroit naître des différentes manieres de considérer les revenus des propriétaires qui sont cultiver par des métayers, & qui avancent des frais pécuniaires, & employent une grande portion des biens fonds de chaque métairie pour la nourriture des bœufs de labour. Nous avons exposé ci-devant pour donner un exemple particulier de cette culture, l’état d’une terre qui peut rendre au propriétaire, année commune, pour 3000 livres de blé, semence prélevée. On voit le détail des différens frais compris dans les 3000 livres ; savoir 1050 liv. pour les avances pécuniaires, qui reduisent les 3000 livres à 1950 livres.

Il y a 1375 livres de revenus de prairies & friches pour la nourriture des bœufs ; ainsi les terres qui portent les moissons ne contribuent à cette somme de 1950 livres que pour 575 livres, parce que le revenu des prairies & friches fait partie de ce même revenu de 1950 livres. Si la taille étoit à l’égal du tiers de ces 1950 livres, elle monteroit à 650 livres, qui payées par cinq métayers par portion égale, feroient pour chacun 13. livres.

Ces métayers ont ensemble la moitié du grain, c’est-à-dire pour 3000 livres : ainsi la part pour chacun est 600 liv. Si chaque fermier, à raison du tiers de 1950 liv. payoit 131 liv. de taille, il ne lui resteroit pour ses frais particuliers, pour sa subsistance & l’entretien de sa famille, que 479 liv. 16 sous.

D’ailleurs nous avons averti dans le détail de l’exemple que nous rappellons ici, que le fonds de la terre est d’un bon produit, relativement à la culture faite avec les bœufs, & qu’il est d’environ un quart plus fort que les produits ordinaires de cette culture : ainsi dans le dernier cas où les frais sont les mêmes, le revenu du propriétaire ne seroit que de 1450 livres, & la part de chaque métayer 453 liv. Si la taille étoit à l’égal du tiers du revenu du propriétaire, elle monteroit à 497 livres ; ce qui seroit pour la taxe de chaque métayer 102 livres : il ne lui resteroit de son produit que 348 livres, qui ne pourroient pas suffire à ses dépenses ; il faudroit que la moitié pour le moins de la taille des cinq métayers, retombât sur le propriétaire qui est chargé des grandes dépenses de la culture, & a un revenu incertain.

Ainsi selon cette maniere d’envisager les revenus casuels des propriétaires qui partagent avec des métayers, si on imposoit la taille à l’égal du tiers de ces revenus, les propriétaires payeroient pour la taille au-moins un tiers de plus sur leurs terres, que les propriétaires dont les terres sont affermées, & dont le revenu est déterminé par le fermage sans incertitude & sans soin ; car par rapport à ceux-ci, la taille qui seroit égale au tiers de leur revenu, est en-dehors de ce même revenu, qui est reglé & assûré par le bail ; au lieu que si la taille suivoit la même proportion dans l’autre cas, la moitié au-moins retomberoit sur le revenu indécis des propriétaires. Or la culture avec des métayers est fort ingrate & fort difficile à régir pour les propriétaires, surtout pour ceux qui ne résident pas dans leurs terres, & qui payent des régisseurs ; elle se trouveroit trop surchargée par la taille, si elle étoit imposée dans la même proportion que dans la grande culture.

Mais la proportion seroit juste à l’égard de l’une & de l’autre, si la taille étoit à l’égal du tiers ou de la moitié des revenus des propriétaires dans la grande & dans la petite culture, où les terres sont affermées, & où les propriétaires ont un revenu décidé par le fermage : elle seroit juste aussi, si elle étoit environ égale au quart du revenu casuel du propriétaire qui fait valoir par le moyen de métayers, ce quart feroit à-peu-près le sixieme de la part du métayer.

Ainsi en connoissant à-peu-près le produit ordinaire d’une métairie, la taille proportionnelle & fixe seroit convenablement & facilement réglée pendant le bail du métayer, au sixieme ou au cinquieme de la moitié de ce produit qui revient au métayer.

Il y a des cas où les terres sont si bonnes, que le métayer n’a pour sa part que le tiers du produit de la métairie : dans ces cas mêmes le tiers lui est aussi avantageux que la moitié du produit d’une métairie dont les terres seroient moins bonnes : ainsi la taille établie sur le même pié dans ce cas-là, ne seroit pas d’un moindre produit que dans les autres, mais elle seroit foible proportionnellement au revenu du propriétaire qui auroit pour sa part les deux tiers de la récolte ; elle pourroit alors être mise à l’égal du tiers du revenu : ainsi en taxant les métayers dans les cas où la récolte se partage par moitié, au sixieme ou au cinquieme de leur part du produit des grains de la métairie, on auroit une regle générale & bien simple pour établir une taille proportionnelle, qui augmenteroit au profit du roi à mesure que l’agriculture feroit du progrès par la liberté du commerce des grains, & par la sûreté d’une imposition déterminée.

Cette imposition reglée sur les baux dans la grande culture, se trouveroit être à-peu-près le double de celle de la petite culture ; parce que les produits de l’une sont bien plus considérables que les produits de l’autre.

Je ne sais pas si, relativement à l’état actuel de la taille, les taxes que je suppose rempliroient l’objet ; mais il seroit facile de s’y conformer, en suivant les proportions convenables. Voyez Impôt.

Si ces regles étoient constamment & exactement observées, si le commerce des grains étoit libre, si la milice épargnoit les enfans des fermiers, si les corvées étoient abolies [28], grand nombre de propriétaires taillables refugiés dans les villes sans occupation, retourneroient dans les campagnes faire valoir paisiblement leurs biens, & participer aux profits de l’agriculture. C’est par ces habitans aisés qui quitteroient les villes avec sûreté, que la campagne se repeupleroit de cultivateurs en état de rétablir la culture des terres. Ils payeroient la taille comme les fermiers, sur les profits de la culture, proportionnellement aux revenus qu’ils retireroient de leurs terres, comme si elles étoient affermées ; & comme propriétaires taillables, ils payeroient de plus pour la taille de leur bien même, le dixieme du revenu qu’ils retireroient du fermage de leurs terres, s’ils ne les cultivoient pas eux-mêmes. L’intérêt fait chercher les établissemens honnêtes & lucratifs. Il n’y en a point où le gain soit plus certain & plus irréprochable que dans l’agriculture, si elle étoit protégée : ainsi elle seroit bien-tôt rétablie par des hommes en état d’y porter les richesses qu’elle exige. Il seroit même très-convenable pour favoriser la noblesse & l’agriculture, de permettre aux gentilshommes qui font valoir leurs biens, d’augmenter leur emploi en affermant des terres, & en payant l’imposition à raison du prix du fermage ; ils trouveroient un plus grand profit, & contribueroient beaucoup aux progrès de l’agriculture. Cette occupation est plus analogue à leur condition, que l’état de marchands débitans dans les villes, qu’on voudroit qui leur fût accordé. Ce surcroît de marchands dans les villes seroit même fort préjudiciable à l’agriculture, qui est beaucoup plus intéressante pour l’état que le trafic en détail, qui occupera toûjours un assez grand nombre d’hommes.

L’état du riche laboureur seroit considéré & protégé ; la grande agriculture seroit en vigueur dans tout le royaume ; la culture qui se fait avec les bœufs disparoîtroit presqu’entierement, parce que le profit procureroit par-tout aux propriétaires de riches fermiers en état de faire les frais d’une bonne culture ; si la petite culture se conservoit encore dans quelques pays où elle paroîtroit préférable à la grande culture, elle pourroit elle-même prendre une meilleure forme par l’attrait d’un gain qui dédommageroit amplement les propriétaires des avances qu’ils feroient : le métayer alors pourroit payer sur sa part de la récolte la même taille que le fermier ; car si un métayer avoit pour sa part 18 ou 20 boisseaux de blé par arpent de plus qu’il n’en recueille par la petite culture ordinaire, il trouveroit en payant quatre ou cinq fois plus de taille, beaucoup plus de profit qu’il n’en retire aujourd’hui. L’état de la récolte du métayer pourroit donc fournir aussi une regle sûre pour l’imposition d’une taille proportionnelle.

Voilà donc au-moins des regles simples, faciles & sûres pour garantir les laboureurs de la taxe arbitraire, pour ne pas abolir les revenus de l’état par une imposition destructive, pour ranimer la culture des terres & rétablir les forces du royaume.

L’imposition proportionnelle des autres habitans de la campagne, peut être fondée aussi sur des profits ou sur des gains connus ; mais l’objet étant beaucoup moins important, il suffit d’y apporter plus de ménagement que d’exactitude ; car l’erreur seroit de peu de conséquence pour les revenus du roi, & un effet beaucoup plus avantageux qui en résulteroit, seroit de favoriser la population.

La taille dans les villes ne peut se rapporter aux mêmes regles : c’est à ces villes elles-mêmes à en proposer qui leur conviennent. Je ne parlerai pas de la petite maxime de politique que l’on attribue au gouvernement, qui, dit-on, regarde l’imposition arbitraire comme un moyen assûré pour tenir les sujets dans la soûmission : cette conduite absurde ne peut pas être imputée à de grands ministres, qui en connoissent tous les inconvéniens & tout le ridicule. Les sujets taillables sont des hommes d’une très médiocre fortune, qui ont plus besoin d’être encouragés que d’être humiliés ; ils sont assujettis souverainement à la puissance royale & aux lois ; s’ils ont quelque bien, ils n’en sont que plus dépendans, que plus susceptibles de crainte & de punition. L’arrogance rustique qu’on leur reproche est une forme de leur état, qui est fort indifférente au gouvernement ; elle se borne à résister à ceux qui sont à-peu-près de leur espece, qui sont encore plus arrogans, & qui veulent dominer. Cette petite imperfection ne dérange point l’ordre ; au contraire elle repousse le mépris que le petit bourgeois affecte pour l’état le plus recommandable & le plus essentiel. Quel avantage donc prétendroit-on retirer de l’imposition arbitraire de la taille, pour réprimer des hommes que le ministere a intérêt de protéger ? seroit-ce pour les exposer à l’injustice de quelques particuliers qui ne pourroient que leur nuire au préjudice du bien de l’état ?

Observations sur l’exportation des grains. L’exportation des grains, qui est une autre condition essentielle au rétablissement de l’agriculture, ne contribueroit pas à augmenter le prix des grains. On peut en juger par le prix modique qu’en retirent nos voisins qui en vendent aux étrangers ; mais elle empêcheroit les non-valeurs du blé. Ce seul effet, comme nous l’avons remarqué p. 819. éviteroit à l’agriculture plus de 150 millions de perte. Ce n’est pas l’objet de la vente en lui-même qui nous enrichiroit ; car il seroit fort borné, faute d’acheteurs. Voyez Fermier, p. 533. VI. vol. En effet, notre exportation pourroit à peine s’étendre à deux millions de septiers.

Je ne répondrai pas à ceux qui craignent que l’exportation n’occasionne des disettes[29] ; puisque son effet est au contraire d’assurer l’abondance, & que l’on a démontré que les moissons des mauvaises années surpasseroient celles que nous recueillons actuellement dans les années ordinaires : ainsi je ne parlerai pas non plus des projets chimériques de ceux qui proposent des établissemens de greniers publics pour prévenir les famines, ni des inconvéniens, ni des abus inséparables de pareilles précautions. Qu’on refléchisse seulement un peu sur ce que dit à cet égard un auteur anglois[30].

« Laissons aux autres nations l’inquiétude sur les moyens d’éviter la famine ; voyons-les éprouver la faim au milieu des projets qu’elles forment pour s’en garantir : nous avons trouvé par un moyen bien simple, le secret de joüir tranquillement & avec abondance du premier bien nécessaire à la vie ; plus heureux que nos peres, nous n’éprouvons point ces excessives & subites différences dans le prix des blés, toûjours causées plûtôt par crainte que par la réalité de la disette . . . . En place de vastes & nombreux greniers de ressource & de prévoyance, nous avons de vastes plaines ensemencées.

« Tant que l’Angleterre n’a songé à cultiver que pour sa propre subsistance, elle s’est trouvée souvent au-dessous de ses besoins, obligée d’acheter des blés étrangers : mais depuis qu’elle s’en est fait un objet de commerce, sa culture a tellement augmenté, qu’une bonne récolte peut la nourrir cinq ans ; & elle est en état maintenant de porter les blés aux nations qui en manquent.

« Si l’on parcourt quelques-unes des provinces de la France, on trouve que non-seulement plusieurs de ses terres restent en friche, qui pourroient produire des blés ou nourrir des bestiaux, mais que les terres cultivées ne rendent pas à beaucoup près à proportion de leur bonté ; parce que le laboureur manque de moyen pour les mettre en valeur.

Ce n’est pas sans une joie sensible que j’ai remarqué dans le gouvernement de France un vice dont les conséquences sont si étendues, & j’en ai félicité ma patrie ; mais je n’ai pû m’empêcher de sentir en même tems combien formidable seroit devenue cette puissance, si elle eût profité des avantages que ses possessions & ses hommes lui offroient ». O sua si bona norint ![31]

Il n’y a donc que les nations où la culture est bornée à leur propre subsistance, qui doivent redouter les famines. Il semble au contraire que dans le cas d’un commerce libre des grains, on pourroit craindre un effet tout opposé. L’abondance des productions que procureroit en France l’agriculture portée à un haut degré, ne pourroit-elle pas les faire tomber en non-valeur ? On peut s’épargner cette inquiétude ; la position de ce royaume, ses ports, ses rivieres qui le traversent de toutes parts, réunissent tous les avantages pour le commerce ; tout favorise le transport & le débit de ses denrées. Les succès de l’agriculture y rétabliroient la population & l’aisance ; la consommation de toute espece de productions premieres ou fabriquées, qui augmenteroit avec le nombre de ses habitans, ne laisseroit que le petit superflu qu’on pourroit vendre à l’étranger. Il est vrai qu’on pourroit redouter la fertilité des colonies de l’Amérique & l’accroissement de l’agriculture dans ce nouveau monde, mais la qualité des grains en France est si supérieure à celle des grains qui naissent dans ces pays-là, & même dans les autres, que nous ne devons pas craindre l’égalité de concurrence ; ils donnent moins de farine, & elle est moins bonne ; celle des colonies qui passe les mers, se déprave facilement, & ne peut se conserver que fort peu de tems ; celle qu’on exporte de France est préférée, parce qu’elle est plus profitable, qu’elle fait de meilleur pain, & qu’on peut la garder long-tems. Ainsi nos blés & nos farines seront toûjours mieux vendus à l’étranger. Mais une autre raison qui doit tranquilliser, c’est que l’agriculture ne peut pas augmenter dans les colonies, sans que la population & la consommation des grains n’y augmente à proportion ; ainsi leur superflu n’y augmentera pas en raison de l’accroissement de l’agriculture.

Le défaut de débit & la non-valeur de nos denrées qui ruinent nos provinces, ne sont que l’effet de la misere du peuple & des empêchemens qu’on oppose au commerce de nos productions. On voit tranquillement dans plusieurs provinces les denrées sans débit & sans valeur ; on attribue ces desavantages à l’absence des riches, qui ont abandonné les provinces pour se retirer à la cour & dans les grandes villes ; on souhaiteroit seulement que les évêques, les gouverneurs des provinces, & tous ceux qui par leur état devroient y résider, y consommassent effectivement leurs revenus ; mais ces idées sont trop bornées ; ne voit-on pas que ce ne seroit pas augmenter la consommation dans le royaume, que ce ne seroit que la transporter des endroits où elle se fait avec profusion, dans d’autres où elle se seroit avec économie ? Ainsi cet expédient, loin d’augmenter la consommation dans le royaume, la diminueroit encore. Il faut procurer par-tout le débit par l’exportation & la consommation intérieure, qui avec la vente à l’étranger soûtient le prix des denrées. Mais on ne peut attendre ces avantages que du commerce général des grains, de la population, & de l’aisance des habitans qui procureroient toûjours un débit & une consommation nécessaire pour soûtenir le prix des denrées.

Pour mieux comprendre les avantages du commerce des grains avec l’étranger, il est nécessaire de faire quelques observations fondamentales sur le commerce en général, & principalement sur le commerce des marchandises de main-d’œuvre, & sur le commerce des denrées du crû ; car pour le commerce de trafic qui ne consiste qu’à acheter pour revendre, ce n’est que l’emploi de quelques petits états qui n’ont pas d’autres ressources que celle d’être marchands. Et cette sorte de commerce avec les étrangers ne mérite aucune attention dans un grand royaume ; ainsi nous nous bornerons à comparer les avantages des deux autres genres de commerce, pour connoître celui qui nous intéresse le plus.

Maximes de Gouvernement économique.

I. Les travaux d’industrie ne multiplient pas les richesses. Les travaux de l’agriculture dédommagent des frais, payent la main-d’œuvre de la culture, procurent des gains aux laboureurs : & de plus ils produisent les revenus des biens-fonds. Ceux qui achetent les ouvrages d’industrie, payent les frais, la main-d’œuvre, & le gain des marchands ; mais ces ouvrages ne produisent aucun revenu au-delà.

Ainsi toutes les dépenses d’ouvrages d’industrie ne se tirent que du revenu des biens-fonds ; car les travaux qui ne produisent point de revenus ne peuvent exister que par les richesses de ceux qui les payent.

Comparez le gain des ouvriers qui fabriquent les ouvrages d’industrie, à celui des ouvriers que le laboureur employe à la culture de la terre, vous trouverez que le gain de part & d’autre se borne à la subsistance de ces ouvriers ; que ce gain n’est pas une augmentation de richesses ; & que la valeur des ouvrages d’industrie est proportionnée à la valeur même de la subsistance que les ouvriers & les marchands consomment. Ainsi l’artisan détruit autant en subsistance, qu’il produit par son travail.

Il n’y a donc pas multiplication de richesses dans la production des ouvrages d’industrie, puisque la valeur de ces ouvrages n’augmente que du prix de la subsistance que les ouvriers consomment. Les grosses fortunes de marchands ne doivent point être vûes autrement ; elles sont les effets de grandes entreprises de commerce, qui réunissent ensemble des gains semblables à ceux des petits marchands ; de même que les entreprises de grands travaux forment de grandes fortunes par les petits profits que l’on retire du travail d’un grand nombre d’ouvriers. Tous ces entrepreneurs ne font des fortunes que parce que d’autres font des dépenses. Ainsi il n’y a pas d’accroissement de richesses.

C’est la source de la subsistance des hommes, qui est le principe des richesses. C’est l’industrie qui les prépare pour l’usage des hommes. Les propriétaires, pour en joüir, payent les travaux d’industrie ; & par-là leurs revenus deviennent communs à tous les hommes.

Les hommes se multiplient donc à proportion des revenus des biens fonds. Les uns font naître ces richesses par la culture ; les autres les préparent pour la joüissance ; ceux qui en joüissent payent les uns & les autres.

Il faut donc des biens-fonds, des hommes & des richesses pour avoir des richesses & des hommes. Ainsi un état qui ne seroit peuplé que de marchands & d’artisans, ne pourroit subsister que par les revenus des biens-fonds des étrangers.

II. Les travaux d’industrie contribuent à la population & à l’accroissement des richesses. Si une nation gagne avec l’étranger par sa main-d’œuvre un million sur les marchandises fabriquées chez elle, & si elle vend aussi à l’étranger pour un million de denrées de son crû, l’un & l’autre de ces produits sont également pour elle un surcroît de richesses, & lui sont également avantageux, pourvû qu’elle ait plus d’hommes que le revenu du sol du royaume n’en peut entretenir ; car alors une partie de ces hommes ne peuvent subsister que par des marchandises de main-d’œuvre qu’elle vend à l’étranger.

Dans ce cas une nation tire du sol & des hommes tout le produit qu’elle en peut tirer ; mais elle gagne beaucoup plus sur la vente d’un million de marchandises de son crû, que sur la vente d’un million de marchandises de main-d’œuvre, parce qu’elle ne gagne sur celles-ci que le prix du travail de l’artisan, & qu’elle gagne sur les autres le prix du travail de la culture & le prix des matieres produites par le sol. Ainsi dans l’égalité des sommes tirées de la vente de ces différentes marchandises, le commerce du crû est toûjours par proportion beaucoup plus avantageux.

III. Les travaux d’industrie qui occupent les hommes au préjudice de la culture des biens-fonds, nuisent à la population & à l’accroissement des richesses. Si une nation qui vend à l’étranger pour un million de marchandises de main-d’œuvre, & pour un million de marchandises de son crû, n’a pas assez d’hommes occupés à faire valoir les biens-fonds, elle perd beaucoup sur l’emploi des hommes attachés à la fabrication des marchandises de main-d’œuvre qu’elle vend à l’étranger ; parce que les hommes ne peuvent alors se livrer à ce travail, qu’au préjudice du revenu du sol, & que le produit du travail des hommes qui cultivent la terre, peut être le double & le triple de celui de la fabrication des marchandises de main-d’œuvre.

IV. Les richesses des cultivateurs font naître les richesses de la culture. Le produit du travail de la culture peut être nul ou presque nul pour l’état, quand le cultivateur ne peut pas faire les frais d’une bonne culture. Un homme pauvre qui ne tire de la terre par son travail que des denrées de peu de valeur, comme des pommes de terre, du blé noir, des châtaignes, &c. qui s’en nourrit, qui n’achete rien & ne vend rien, ne travaille que pour lui seul : il vit dans la misere ; lui, & la terre qu’il cultive, ne rapportent rien à l’état.

Tel est l’effet de l’indigence dans les provinces où il n’y a pas de laboureurs en état d’employer les paysans, & où ces paysans trop pauvres ne peuvent se procurer par eux-mêmes que de mauvais alimens & de mauvais vêtemens.

Ainsi l’emploi des hommes à la culture peut être infructueux dans un royaume ou ils n’ont pas les richesses nécessaires pour préparer la terre à porter de riches moissons. Mais les revenus des biens-fonds sont toûjours assûrés dans un royaume bien peuplé de riches laboureurs.

V. Les travaux de l’industrie contribuent à l’augmentation des revenus des biens-fonds, & les revenus des biens-fonds soutiennent les travaux d’industrie. Une nation qui, par la fertilité de son sol, & par la difficulté des transports, auroit annuellement une surabondance de denrées qu’elle ne pourroit vendre à ses voisins, & qui pourroit leur vendre des marchandises de main-d’œuvre faciles à transporter, auroit intérêt d’attirer chez elle beaucoup de fabriquans & d’artisans qui consommeroient les denrées du pays, qui vendroient leurs ouvrages à l’étranger, & qui augmenteroient les richesses de la nation par leurs gains & par leur consommation.

Mais alors cet arrangement n’est pas facile ; parce que les fabriquans & artisans ne se rassemblent dans un pays qu’à proportion des revenus actuels de la nation ; c’est-à-dire à proportion qu’il y a des propriétaires ou des marchands qui peuvent acheter leurs ouvrages à-peu-près aussi cher qu’ils les vendroient ailleurs, & qui leur en procureroient le débit à mesure qu’ils les fabriqueroient ; ce qui n’est guere possible chez une nation qui n’a pas elle-même le débit de ses denrées, & où la non-valeur de ces mêmes denrées ne produit pas actuellement assez de revenu pour établir des manufactures & des travaux de main-d’œuvre.

Un tel projet ne peut s’exécuter que fort lentement. Plusieurs nations qui l’ont tenté ont même éprouvé l’impossibilité d’y réussir.

C’est le seul cas cependant ou le gouvernement pourroit s’occuper utilement des progrès de l’industrie dans un royaume fertile.

Car lorsque le commerce du crû est facile & libre, les travaux de main-d’œuvre sont toûjours assûrés infailliblement par les revenus des biens-fonds.

VI. Une nation qui a un grand commerce de denrées de son crû, peut toûjours entretenir, du-moins pour elle, un grand commerce de marchandises de main-d’œuvre. Car elle peut toûjours payer à proportion des revenus de ses biens-fonds les ouvriers qui fabriquent les ouvrages de main d’œuvre, dont elle a besoin.

Ainsi le commerce d’ouvrages d’industrie appartient aussi sûrement à cette nation, que le commerce des denrées de son crû.

VII. Une nation qui a peu de commerce de denrées de son crû, & qui est réduite pour subsister à un commerce d’industrie, est dans un état précaire & incertain. Car son commerce peut lui être enlevé par d’autres nations rivales qui se livreroient avec plus de succès à ce même commerce.

D’ailleurs cette nation est toûjours tributaire & dépendante de celles qui lui vendent les matieres de premier besoin. Elle est réduite à une économie rigoureuse, parce qu’elle n’a point de revenu à dépenser ; & qu’elle ne peut étendre & soûtenir son trafic, son industrie & sa navigation, que par l’épargne ; au lieu que celles qui ont des biens-fonds, augmentent leurs revenus par leur consommation.

VIII. Un grand commerce intérieur de marchandises de main-d’œuvre ne peut subsister que par les revenus des biens-fonds. Il faut examiner dans un royaume la proportion du commerce extérieur & du commerce intérieur d’ouvrages d’industrie ; car si le commerce intérieur de marchandises de main-d’œuvre étoit, par exemple, de trois millions, & le commerce extérieur d’un million, les trois quarts de tout ce commerce de marchandises de main-d’œuvre seroient payées par les revenus des biens-fonds de la nation, puisque l’étranger n’en payeroit qu’un quart.

Dans ce cas, les revenus des biens-fonds seroient la principale richesse du royaume. Alors le principal objet du gouvernement seroit de veiller à l’entretien & à l’accroissement des revenus des biens-fonds.

Les moyens consistent dans la liberté du commerce & dans la conservation des richesses des cultivateurs. Sans ces conditions, les revenus, la population, & les produits de l’industrie s’anéantissent.

L’agriculture produit deux sortes de richesses : savoir le produit annuel des revenus des propriétaires, & la restitution des frais de la culture.

Les revenus doivent être dépensés pour être distribues annuellement à tous les citoyens, & pour subvenir aux subsides de l’état.

Les richesses employées aux frais de la culture, doivent être reservées aux cultivateurs, & être exemptes de toutes impositions ; car si on les enleve, on détruit l’agriculture, on supprime les gains des habitans de la campagne, & on arrête la source des revenus de l’état.

IX. Une nation qui a un grand territoire, & qui fait baisser le prix des denrées de son crû pour favoriser la fabrication des ouvrages de main-d’œuvre, se détruit de toutes parts. Car si le cultivateur n’est pas dédommagé des grands frais que la culture exige, & s’il ne gagne pas, l’agriculture périt ; la nation perd les revenus de ses biens-fonds ; les travaux des ouvrages de main-d’œuvre diminuent, parce que ces travaux ne peuvent plus être payés par les propriétaires des biens-fonds ; le pays se dépeuple par la misere & par la desertion des fabriquans, artisans, manouvriers & paysans, qui ne peuvent subsister qu’à proportion des gains que leur procurent les revenus de la nation.

Alors les forces du royaume se détruisent ; les richesses s’anéantissent, les impositions surchargent les peuples, & les revenus du souverain diminuent.

Ainsi une conduite aussi mal entendue suffiroit seule pour ruiner un état.

X. Les avantages du commerce extérieur ne consistent pas dans l’accroissement des richesses pécuniaires. Le surcroît de richesses que procure le commerce extérieur d’une nation, peut n’être pas un surcroît de richesses pécuniaires, parce que le commerce extérieur peut se faire avec l’étranger par échange d’autres marchandises qui se consomment par cette nation. Mais ce n’est pas moins pour cette même nation une richesse dont elle joüit, & qu’elle pourroit par économie convertir en richesses pécuniaires pour d’autres usages.

D’ailleurs les denrées envisagées comme marchandises, sont tout ensemble richesses pécuniaires & richesses réelles. Un laboureur qui vend son blé à un marchand, est payé en argent ; il paye avec cet argent le propriétaire, la taille, ses domestiques, ses ouvriers, & achete les marchandises dont il a besoin. Le marchand qui vend le blé à l’étranger, & qui achete de lui une autre marchandise, ou qui commerce avec lui par échange, revend à son retour la marchandise qu’il a rapportée, & avec l’argent qu’il reçoit, il rachete du blé. Le blé envisagé comme marchandise, est donc une richesse pécuniaire pour les vendeurs, & une richesse réelle pour les acheteurs.

Ainsi les denrées qui peuvent se vendre, doivent toûjours être regardées indifféremment dans un état comme richesses pécuniaires & comme richesses réelles, dont les sujets peuvent user comme il leur convient.

Les richesses d’une nation ne se reglent pas par la masse des richesses pécuniaires. Celles-ci peuvent augmenter ou diminuer sans qu’on s’en apperçoive ; car elles sont toûjours effectives dans un état par leur quantité, ou par la célérité de leur circulation, à raison de l’abondance & de la valeur des denrées. L’Espagne qui joüit des thrésors du Pérou, est toûjours épuisée par ses besoins. L’Angleterre soûtient son opulence par ses richesses réelles ; le papier qui y représente l’argent a une valeur assûrée par le commerce & par les revenus des biens de la nation.

Ce n’est donc pas le plus ou le moins de richesses pécuniaires qui décide des richesses d’un état ; & les défenses de sortir de l’argent d’un royaume au préjudice d’un commerce profitable, ne peuvent être fondées que sur quelque préjugé desavantageux.

Il faut pour le soûtien d’un état de véritables richesses, c’est-à-dire des richesses toûjours renaissantes, toûjours recherchées & toûjours payées, pour en avoir la joüissance, pour se procurer des commodités, & pour satisfaire aux besoins de la vie.

XI. On ne peut connoître par l’état de la balance du commerce entre diverses nations, l’avantage du commerce & l’état des richesses de chaque nation. Car des nations peuvent être plus riches en hommes & en biens-fonds que les autres ; & celles-ci peuvent avoir moins de commerce intérieur, faire moins de consommation, & avoir plus de commerce extérieur que celles-là.

D’ailleurs quelques-unes de ces nations peuvent avoir plus de commerce de trafic que les autres. Le commerce qui leur rend le prix de l’achat des marchandises qu’elles revendent, forme un plus gros objet dans la balance, sans que le fond de ce commerce leur soit aussi avantageux que celui d’un moindre commerce des autres nations, qui vendent à l’étranger leurs propres productions.

Le commerce des marchandises de main-d’œuvre en impose aussi, parce qu’on confond dans le produit le prix des matieres premieres, qui doit être distingué de celui du travail de fabrication.

XII. C’est par le commerce intérieur & par le commerce extérieur, & sur-tout par l’état du commerce intérieur, qu’on peut juger de la richesse d’une nation. Car si elle fait une grande consommation de ses denrées à haut prix, ses richesses seront proportionnées à l’abondance & au prix des denrées qu’elle consomme ; parce que ces mêmes denrées sont réellement des richesses en raison de leur abondance & de leur cherté ; & elles peuvent par la vente qu’on en pourroit faire, être susceptibles de tout autre emploi dans les besoins extraordinaires. Il suffit d’en avoir le fonds en richesses réelles.

XIII. Une nation ne doit point envier le commerce de ses voisins quand elle tire de son sol, de ses hommes, & de sa navigation, le meilleur produit possible. Car elle ne pourroit rien entreprendre par mauvaise intention contre le commerce de ses voisins, sans déranger son état, & sans se nuire à elle-même ; sur-tout dans le commerce réciproque qu’elle a établi avec eux.

Ainsi les nations commerçantes rivales, & même ennemies, doivent être plus attentives à maintenir ou à étendre, s’il est possible, leur propre commerce, qu’à chercher à nuire directement à celui des autres. Elles doivent même le favoriser, parce que le commerce réciproque des nations se soûtient mutuellement par les richesses des vendeurs & des acheteurs.

XIV. Dans le commerce réciproque, les nations qui vendent les marchandises les plus nécessaires ou les plus utiles, ont l’avantage sur celles qui vendent les marchandises de luxe. Une nation qui est assûrée par ses biens-fonds d’un commerce de denrées de son crû, & par conséquent aussi d’un commerce intérieur de marchandises de main-d’œuvre, est indépendante des autres nations. Elle ne commerce avec celles-ci que pour entretenir, faciliter, & étendre son commerce extérieur ; & elle doit, autant qu’il est possible, pour conserver son indépendance & son avantage dans le commerce réciproque, ne tirer d’elles que des marchandises de luxe, & leur vendre des marchandises nécessaires aux besoins de la vie.

Elles croiront que par la valeur réelle de ces différentes marchandises, ce commerce réciproque leur est plus favorable. Mais l’avantage est toûjours pour la nation qui vend les marchandises les plus utiles & les plus nécessaires.

Car alors son commerce est établi sur le besoin des autres ; elle ne leur vend que son superflu, & ses achats ne portent que sur son opulence. Ceux-là ont plus d’intérêt de lui vendre, qu’elle n’a besoin d’acheter ; & elle peut plus facilement se retrancher sur le luxe, que les autres ne peuvent épargner sur le nécessaire.

Il faut même remarquer que les états qui se livrent aux manufactures de luxe, éprouvent des vicissitudes fâcheuses. Car lorsque les tems sont malheureux, le commerce de luxe languit, & les ouvriers se trouvent sans pain & sans emploi.

La France pourroit, le commerce étant libre, produire abondamment les denrées de premier besoin, qui pourroient suffire a une grande consommation & à un grand commerce extérieur, & qui pourroient soûtenir dans le royaume un grand commerce d’ouvrages de main-d’œuvre.

Mais l’état de sa population ne lui permet pas d’employer beaucoup d’hommes aux ouvrages de luxe ; & elle a même intérêt pour faciliter le commerce extérieur des marchandises de son crû, d’entretenir par l’achat des marchandises de luxe, un commerce réciproque avec l’étranger.

D’ailleurs elle ne doit pas prétendre pleinement à un commerce général. Elle doit en sacrifier quelques branches les moins importantes à l’avantage des autres parties qui lui sont les plus profitables, & qui augmenteroient & assureroient les revenus des biens-fonds du royaume.

Cependant tout commerce doit être libre, parce qu’il est de l’intérêt des marchands de s’attacher aux branches de commerce extérieur les plus sûres & les plus profitables.

Il suffit au gouvernement de veiller à l’accroissement des revenus des biens du royaume, de ne point gêner l’industrie, de laisser aux citoyens la facilité & le choix des dépenses.

De ranimer l’agriculture par l’activité du commerce dans les provinces où les denrées sont tombées en non-valeur.

De supprimer les prohibitions & les empêchemens préjudiciables au commerce intérieur & au commerce réciproque extérieur.

D’abolir ou de modérer les droits excessifs de riviere & de péage, qui détruisent les revenus des provinces éloignées, où les denrées ne peuvent être commerçables que par de longs transports ; ceux à qui ces droits appartiennent, seront suffisamment dédommagés par leur part de l’accroissement général des revenus des biens du royaume.

Il n’est pas moins nécessaire d’éteindre les priviléges surpris par des provinces, par des villes, par des communautés, pour leurs avantages particuliers.

Il est important aussi de faciliter par-tout les communications & les transports des marchandises par les réparations des chemins & la navigation des rivieres[32].

Il est encore essentiel de ne pas assujettir le commerce des denrées des provinces à des défenses & à des permissions passageres & arbitraires, qui ruinent les campagnes sous le prétexte captieux d’assûrer l’abondance dans les villes. Les villes subsistent par les dépenses des propriétaires qui les habitent ; ainsi en détruisant les revenus des biens-fonds, ce n’est ni favoriser les villes, ni procurer le bien de l’état.

Le gouvernement des revenus de la nation ne doit pas être abandonné à la discrétion ou à l’autorité de l’administration subalterne & particuliere.

On ne doit point borner l’exportation des grains à des provinces particulieres, parce qu’elles s’épuisent avant que les autres provinces puissent les regarnir ; & les habitans peuvent être exposés pendant quelques mois à une disette que l’on attribue avec raison à l’exportation.

Mais quand la liberté d’exporter est générale, la levée des grains n’est pas sensible ; parce que les marchands tirent de toutes les parties du royaume, & sur-tout des provinces où les grains sont à bas prix.

Alors il n’y a plus de provinces où les denrées soient en non-valeur. L’agriculture se ranime partout à proportion du débit.

Les progrès du commerce & de l’agriculture marchent ensemble ; & l’exportation n’enleve jamais qu’un superflu qui n’existeroit pas sans elle, & qui entretient toûjours l’abondance & augmente les revenus du royaume.

Cet accroissement de revenus augmente la population & la consommation, parce que les dépenses augmentent & procurent des gains qui attirent les hommes.

Par ces progrès un royaume peut parvenir en peu de tems à un haut degré de force & de prospérité. Ainsi par des moyens bien simples, un souverain peut faire dans ses propres états des conquêtes bien plus avantageuses que celles qu’il entreprendroit sur ses voisins. Les progrès sont rapides ; sous Henri IV. le royaume épuisé, chargé de dettes, devint bientôt un pays d’abondance & de richesses. Voyez Impôt.

Observations sur la nécessité des richesses pour la culture des grains. Il ne faut jamais oublier que cet état de prospérité auquel nous pouvons prétendre, seroit bien moins le fruit des travaux du laboureur, que le produit des richesses qu’il pourroit employer à la culture des terres. Ce sont les fumiers qui procurent de riches moissons ; ce sont les bestiaux qui produisent les fumiers ; c’est l’argent qui donne les bestiaux, & qui fournit les hommes pour les gouverner. On a vû par les détails précédens, que les frais de trente millions d’arpens de terre traités par la petite culture, ne sont que de 285 millions ; & que ceux que l’on feroit pour 30 millions d’arpens bien traités par la grande culture, seroient de 710 millions ; mais dans le premier cas le produit n’est que de 390 millions : & dans le second il seroit de 1,378,000 000. De plus grands frais produiroient encore de plus grands profits ; la dépense & les hommes qu’exige de plus la bonne culture pour l’achat & le gouvernement des bestiaux, procurent de leur côté un produit qui n’est guere moins considérable que celui des récoltes.

La mauvaise culture exige cependant beaucoup de travail ; mais le cultivateur ne pouvant faire les dépenses nécessaires, ses travaux sont infructueux ; il succombe : & les bourgeois imbécilles attribuent ses mauvais succès à la paresse. Ils croyent sans doute qu’il suffit de labourer, de tourmenter la terre pour la forcer à porter de bonnes récoltes ; on s’applaudit lorsqu’on dit à un homme pauvre qui n’est pas occupé, va labourer la terre. Ce sont les chevaux, les bœufs, & non les hommes, qui doivent labourer la terre. Ce sont les troupeaux qui doivent la fertiliser ; sans ces secours elle récompense peu les travaux des cultivateurs. Ne sait-on pas d’ailleurs qu’elle ne fait point les avances, qu’elle fait au contraire attendre long-tems la moisson ? Quel pourroit donc être le sort de cet homme indigent à qui l’on dit va labourer la terre ? Peut-il cultiver pour son propre compte ? trouvera-t-il de l’ouvrage chez les fermiers s’ils sont pauvres ? Ceux-ci dans l’impuissance de faire les frais d’une bonne culture, hors d’état de payer le salaire des domestiques & des ouvriers, ne peuvent occuper les paysans. La terre sans engrais & presqu’inculte ne peut que laisser languir les uns & les autres dans la misere.

Il faut encore observer que tous les habitans du royaume doivent profiter des avantages de la bonne culture, pour qu’elle puisse se soûtenir & produire de grands revenus au souverain. C’est en augmentant les revenus des propriétaires & les profits des fermiers, qu’elle procure des gains à tous les autres états, & qu’elle entretient une consommation & des dépenses qui la soûtiennent elle-même. Mais si les impositions du souverain sont établies sur le cultivateur même, si elles enlevent ses profits, la culture dépérit, les revenus des propriétaires diminuent ; d’où résulte une épargne inévitable qui influe sur les stipendiés, les marchands, les ouvriers, les domestiques : le système général des dépenses, des travaux, des gains, & de la consommation, est dérangé ; l’état s’affoiblit ; l’imposition devient de plus en plus destructive. Un royaume ne peut donc être florissant & formidable que par les productions qui se renouvellent ou qui renaissent continuellement de la richesse même d’un peuple nombreux & actif, dont l’industrie est soûtenue & animée par le gouvernement.

On s’est imaginé que le trouble que peut causer le gouvernement dans la fortune des particuliers, est indifférent à l’état ; parce que, dit-on, si les uns deviennent riches aux dépens des autres, la richesse existe également dans le royaume. Cette idée est fausse & absurde ; car les richesses d’un état ne se soûtiennent pas par elles-mêmes, elles ne se conservent & s’augmentent qu’autant qu’elles se renouvellent par leur emploi dirigé avec intelligence. Si le cultivateur est ruiné par le financier, les revenus du royaume sont anéantis, le commerce & l’industrie languissent ; l’ouvrier manque de travail ; le souverain, les propriétaires, le clergé, sont privés des revenus ; les dépenses & les gains sont abolis ; les richesses renfermées dans les coffres du financier, sont infructueuses, ou si elles sont placées à intérêt, elles surchargent l’état. Il faut donc que le gouvernement soit très-attentif à conserver à toutes les professions productrices, les richesses qui leur sont nécessaires pour la production & l’accroissement des richesses du royaume.

Observations sur la population soûtenue par la culture des grains. Enfin on doit reconnoître que les productions de la terre ne sont point des richesses par elles-mêmes ; qu’elles ne sont des richesses qu’autant qu’elles sont nécessaires aux hommes, & qu’autant qu’elles sont commerçables : elles ne sont donc des richesses qu’à proportion de leur consommation & de la quantité des hommes qui en ont besoin. Chaque homme qui vit en société n’étend pas son travail à tous ses besoins ; mais par la vente de ce que produit son travail, il se procure ce qui lui manque. Ainsi tout devient commerçable, tout devient richesse par un trafic mutuel entre les hommes. Si le nombre des hommes diminue d’un tiers dans un état, les richesses doivent y diminuer des deux tiers, parce que la dépense & le produit de chaque homme forment une double richesse dans la société. Il y avoit environ 24 millions d’hommes dans le royaume il y a cent ans : après des guerres presque continuelles pendant quarante ans, & après la révocation de l’édit de Nantes, il s’en est trouvé encore par le dénombrement de 1700, dix-neuf millions cinq cents mille ; mais la guerre ruineuse de la succession à la couronne d’Espagne, la diminution des revenus du royaume, causée par la gêne du Commerce & par les impositions arbitraires, la misere des campagnes, la desertion hors du royaume, l’affluence de domestiques que la pauvreté & la milice obligent de se retirer dans les grandes villes où la débauche leur tient lieu de mariage ; les desordres du luxe, dont on se dédommage malheureusement par une économie sur la propagation ; toutes ces causes n’autorisent que trop l’opinion de ceux qui réduisent aujourd’hui le nombre d’hommes du royaume à seize millions ; & il y en a un grand nombre à la campagne réduits à se procurer leur nourriture par la culture du blé noir ou d’autres grains de vil prix ; ainsi ils sont aussi peu utiles à l’état par leur travail que par leur consommation. Le paysan n’est utile dans la campagne qu’autant qu’il produit & qu’il gagne par son travail, & qu’autant que sa consommation en bons alimens & en bons vêtemens contribue à soûtenir le prix des denrées & le revenu des biens, à augmenter & à faire gagner les fabriquans & les artisans, qui tous peuvent payer au roi des subsides à proportion des produits & des gains.

Ainsi on doit appercevoir que si la misere augmentoit, ou que si le royaume perdoit encore quelques millions d’hommes, les richesses actuelles y diminueroient excessivement, & d’autres nations tireroient un double avantage de ce desastre : mais si la population se réduisoit à moitié de ce qu’elle doit être, c’est-à-dire de ce qu’elle étoit il y a cent ans, le royaume seroit dévasté ; il n’y auroit que quelques villes ou quelques provinces commerçantes qui seroient habitées, le reste du royaume seroit inculte ; les biens ne produiroient plus de revenus ; les terres seroient par-tout surabondantes & abandonnées à qui voudroit en joüir, sans payer ni connoître de propriétaires.

Les terres, je le répete, ne sont des richesses que parce que leurs productions sont nécessaires pour satisfaire aux besoins des hommes, & que ce sont ces besoins eux-mêmes qui établissent les richesses : ainsi plus il y a d’hommes dans un royaume dont le territoire est fort étendu & fertile, plus il y a de richesses. C’est la culture animée par le besoin des hommes, qui en est la source la plus féconde, & le principal soutien de la population ; elle fournit les matieres nécessaires à nos besoins, & procure des revenus au souverain & aux propriétaires. La population s’accroît beaucoup plus par les revenus & par les dépenses que par la propagation de la nation même.

Observations sur le prix des grains. Les revenus multiplient les dépenses, & les dépenses attirent les hommes qui cherchent le gain ; les étrangers quittent leur patrie pour venir participer à l’aisance d’une nation opulente, & leur affluence augmente encore ses richesses, en soûtenant par la consommation le bon prix des productions de l’agriculture, & en provoquant par le bon prix l’abondance de ces productions : car non-seulement le bon prix favorise les progrès de l’agriculture, mais c’est dans le bon prix même que consistent les richesses qu’elle procure. La valeur d’un septier de blé considéré comme richesse, ne consiste que dans son prix : ainsi plus le blé, le vin, les laines, les bestiaux, sont chers & abondans, plus il y a de richesse dans l’état. La non-valeur avec l’abondance n’est point richesse. La cherté avec pénurie est misere. L’abondance avec cherté est opulence. J’entends une cherté & une abondance permanentes ; car une cherté passagere ne procureroit pas une distribution générale de richesses à toute la nation, elle n’augmenteroit pas les revenus des propriétaires ni les revenus du Roi ; elle ne seroit avantageuse qu’à quelques particuliers qui auroient alors des denrées à vendre à haut prix.

Les denrées ne peuvent donc être des richesses pour toute nation, que par l’abondance & par le bon prix entretenu constamment par une bonne culture, par une grande consommation, & par un commerce extérieur : on doit même reconnoître que relativement à toute une nation, l’abondance & un bon prix qui a cours chez l’étranger, est grande richesse pour cette nation, sur-tout si cette richesse consiste dans les productions de l’agriculture ; car c’est une richesse en propriété bornée dans chaque royaume au territoire qui peut la produire : ainsi elle est toûjours par son abondance & par sa cherté à l’avantage de la nation qui en a le plus & qui en vend aux autres : car plus un royaume peut se procurer de richesses en argent, plus il est puissant, & plus les facultés des particuliers sont étendues, parce que l’argent est la seule richesse qui puisse se prêter à tous les usages, & décider de la force des nations relativement les unes aux autres.

Les nations sont pauvres par-tout où les productions du pays les plus nécessaires à la vie, sont à bas prix ; ces productions sont les biens les plus précieux & les plus commerçables, elles ne peuvent tomber en non-valeur que par le défaut de population & de commerce extérieur. Dans ces cas, la source des richesses pécuniaires se perd dans des pays privés des avantages du Commerce, où les hommes réduits rigoureusement aux biens nécessaires pour exister, ne peuvent se procurer ceux qu’il leur faut pour satisfaire aux autres besoins de la vie & à la sûreté de leur patrie : telles sont nos provinces où les denrées sont à vil prix, ces pays d’abondance & de pauvreté, où un travail forcé & une épargne outrée ne sont pas même des ressources pour se procurer de l’argent. Quand les denrées sont cheres, & quand les revenus & les gains augmentent à proportion, on peut par des arrangemens économiques, diversifier les dépenses, payer des dettes, faire des acquisitions, établir des enfans, &c. C’est dans la possibilité de ces arrangemens que consiste l’aisance qui résulte du bon prix des denrées. C’est pourquoi les villes & les provinces d’un royaume où les denrées sont cheres, sont plus habitées que celles ou toutes les denrées sont à trop bas prix, parce que ce bas prix éteint les revenus, retranche les dépenses, détruit le Commerce, supprime les gains de toutes les autres professions, les travaux & les salaires des artisans & manouvriers : de plus il anéantit les revenus du Roi, parce que la plus grande partie du Commerce pour la consommation se fait par échange de denrées, & ne contribue point à la circulation de l’argent ; ce qui ne procure point de droits au roi sur la consommation des subsistances de ces provinces, & très-peu sur les revenus des biens.

Quand le Commerce est libre, la cherté des denrées a nécessairement ses bornes fixées par les prix mêmes des denrées des autres nations qui étendent leur commerce par-tout. Il n’en est pas de même de la non-valeur ou de la cherté des denrées causées par le défaut de liberté du Commerce ; elles se succedent tour à tour & irrégulierement, elles sont l’une & l’autre fort desavantageuses, & dépendent presque toûjours d’un vice du gouvernement.

Le bon prix ordinaire du blé qui procure de si grands revenus à l’état, n’est point préjudiciable au bas peuple. Un homme consomme trois septiers de blé : si à cause du bon prix il achetoit chaque septier quatre livres plus cher, ce prix augmenteroit au plus sa dépense d’un sou par jour, son salaire augmenteroit aussi à proportion, & cette augmentation seroit peu de chose pour ceux qui la payeroient, en comparaison des richesses qui résulteroient du bon prix du blé. Ainsi les avantages du bon prix du blé ne sont point détruits par l’augmentation du salaire des ouvriers ; car alors il s’en faut beaucoup que cette augmentation approche de celle du profit des fermiers, de celle des revenus des propriétaires, de celle du produit des dixmes, & de celle des revenus du roi. Il est aisé d’appercevoir aussi que ces avantages n’auroient pas augmenté d’un vingtieme, peut-être pas même d’un quarantieme de plus le prix de la main-d’œuvre des manufactures, qui ont déterminé imprudemment à défendre l’exportation de nos blés, & qui ont causé à l’état une perte immense. C’est d’ailleurs un grand inconvénient que d’accoûtumer le même peuple à acheter le blé à trop bas prix ; il en devient moins laborieux, il se nourrit de pain à peu de frais, & devient paresseux & arrogant ; les laboureurs trouvent difficilement des ouvriers & des domestiques ; aussi sont-ils fort mal servis dans les années abondantes. Il est important que le petit peuple gagne davantage, & qu’il soit pressé par le besoin de gagner. Dans le siecle passé où le blé se vendoit beaucoup plus cher, le peuple y étoit accoûtumé, il gagnoit à proportion, il devoit être plus laborieux & plus à son aise.

Ainsi nous n’entendons pas ici par le mot de cherté, un prix qui puisse jamais être excessif, mais seulement un prix commun entre nous & l’étranger ; car dans la supposition de la liberté du commerce extérieur, le prix sera toûjours réglé par la concurrence du commerce des denrées des nations voisines.

Ceux qui n’envisagent pas dans toute son étendue la distribution des richesses d’un état, peuvent objecter que la cherté n’est avantageuse que pour les vendeurs, & qu’elle appauvrit ceux qui achetent ; qu’ainsi elle diminue les richesses des uns autant qu’elle augmente celles des autres. La cherté, selon ces idées, ne peut donc pas être dans aucun cas une augmentation de richesses dans l’état.

Mais la cherté & l’abondance des productions de l’Agriculture n’augmentent-elles pas les profits des cultivateurs, les revenus du roi, des propriétaires, & des bénéficiers qui joüissent des dixmes ? ces richesses elles-mêmes n’augmentent-elles pas aussi les dépenses & les gains ? le manouvrier, l’artisan, le manufacturier, &c. ne font-ils pas payer leur tems & leurs ouvrages à proportion de ce que leur coûte leur subsistance ? Plus il y a de revenus dans un état, plus le Commerce, les manufactures, les Arts, les Métiers, & les autres professions deviennent nécessaires & lucratives.

Mais cette prospérité ne peut subsister que par le bon prix de nos denrées : car lorsque le gouvernement arrête le débit des productions de la terre, & lorsqu’il en fait baisser les prix, il s’oppose à l’abondance, & diminue les richesses de la nation à proportion qu’il fait tomber les prix des denrées qui se convertissent en argent.

Cet état de bon prix & d’abondance a subsisté dans le royaume tant que nos grains ont été un objet de Commerce, que la culture des terres a été protégée, & que la population a été nombreuse ; mais la gêne dans le commerce des blés, la forme de l’imposition des subsides, le mauvais emploi des hommes & des richesses aux manufactures de luxe, les guerres continuelles, & d’autres causes de dépopulation & d’indigence, ont détruit ces avantages ; & l’état perd annuellement plus des trois quarts du produit qu’il retiroit il y a un siecle, de la culture des grains, sans y comprendre les autres pertes qui résultent nécessairement de cette énorme dégradation de l’Agriculture & de la population. Art. de M. Quesnay le fils.

Pour ne point rendre cet article trop long, nous renvoyons à Nielle ce qui concerne les maladies des grains.

Grains de Paradis, ou grand Cardamome. Voyez Cardamome.

Grain de fin, (Chimie. Métall.) petit bouton de fin qu’on retire du plomb, de la litharge, ou du verre de plomb, &c. qui doivent servir à coupeller l’argent : on l’appelle encore le témoin & le grain de plomb ; derniere expression qui répond à l’idiome allemand qui exprime la même idée.

Si l’on met du plomb marchand seul sur une coupelle, & qu’on l’y traite comme si l’on affinoit de l’argent, on trouve pour l’ordinaire à la fin de l’opération un petit point blanc, qui est le fin que contenoit ce plomb : mais cette quantité, pour si petite qu’elle soit, se trouve avec le culot qui est formé par le coupellement de l’argent avec le plomb, & l’augmente de poids : il faut donc trouver un moyen de l’en défalquer dans la pesée du bouton de fin ; sans quoi on tomberoit dans l’erreur. Pour cela, on scorifie à part la même quantité de plomb qu’on a employée pour l’essai, & on le coupelle pour en avoir le témoin. On met ce témoin dans le plateau des poids avec lesquels on pese le culot ; & par ce moyen en ne comptant que les poids, on soustrait celui du témoin du bouton de fin qui a reçû du plomb la même quantité d’argent étranger à la mine essayée.

C’est ainsi qu’on se dispense des embarras du calcul & des erreurs qu’il peut entraîner. On peut être sûr que le bouton de fin a reçû la même accrétion de poids, puisque le plomb & sa quantité sont les mêmes ; il y a pourtant certaines précautions à prendre pour garder cette exactitude : il faut grenailler à la fois une certaine quantité de plomb, & mêler le résultat avec un crible, parce que l’argent ne se distribue pas uniformément dans toute la masse du plomb. Voyez Lotissage. On a pour l’ordinaire autant de témoins qu’on employe de quantités différentes de grenaille, & la chose parle d’elle-même ; si l’on en fait de nouvelle, il faut recommencer sur nouveaux frais : ainsi il en faut faire beaucoup à-la-fois ; car le plomb de la même miniere ne contient pas la même quantité d’argent. Les produits d’une mine changent tous les jours ; & d’ailleurs l’argent n’est pas répandu uniformément dans le même gâteau de plomb, comme nous l’avons déjà insinué, & comme nous le détaillerons plus particulierement à l’article Lotissage. C’est aussi par la même raison que ceux qui au lieu de grenailler leur plomb d’essai le réduisent en lamines qu’ils coupent de la grandeur que prescrit ce poids, & dont ils enveloppent l’essai, sont sujets à tomber dans l’erreur.

Mais il ne suffit pas de s’être assûré de la quantité d’argent que contient le plomb, il faut aussi examiner sous ce même point de vûe tout ce qui sert aux essais & qui peut être soupçonné d’en augmenter le bouton ; la litharge, le verre de plomb, le cuivre & le fer, &c. il faut avoir le grain de plomb de tous ces corps. Il est vrai que la plûpart du tems l’erreur qui en pourroit résulter ne seroit pas considérable ; mais elle le deviendroit si elle étoit répétée, c’est à-dire si elle étoit une somme de celles qui pourroient venir de plusieurs causes à-la-fois.

S’il se trouve de l’argent dans le plomb, le bismuth (car celui-ci sert aussi à coupeller) la litharge, &c. c’est qu’il n’y est pas en assez grande quantité pour défrayer des dépenses de l’affinage. D’ailleurs il y a des auteurs qui prétendent que si l’on coupelle de nouveau le plomb qui a été bu par la coupelle, on y trouve toûjours de l’argent : ainsi il ne peut y avoir de plomb sans argent, quoiqu’on dise qu’il s’en trouve. Voyez Cramer, Plomb, Fourneau, à la section des fourneaux de fusion ; Mine perpétuelle de Bécher, Essai, Affinage & Raffinage de l’Argent, & Grenailler.

Grain de Plomb, (Chimie. Métallurg.) Voyez Grain de fin.

Grain, (Physique.) on appelle de ce nom tous les coups de vent orageux qui sont accompagnés de pluie, de tonnerre, & d’éclairs, & l’on se sert du terme de grain-sec pour désigner ceux qui sont sans pluie. Voyez Ouragan. Hist. natur. du Sénégal, par M. Adanson.

Grain, (Art milit.) dans l’artillerie est une opération dont on se sert pour corriger le défaut des lumieres des pieces de canon & mortiers qui se sont trop élargies.

Ce grain n’est autre chose que de nouveau métal que l’on fait couler dans la lumiere pour la boucher entierement. Pour que ce nouveau métal s’unisse plus facilemement avec l’ancien, on fait chauffer la piece très-fortement, pour lui donner à-peu-près le même degré de chaleur que le métal fondu que l’on y coule : quand ce métal est refroidi, on perce une nouvelle lumiere à la piece ; pour que le nouveau métal ne coule pas dans l’ame du canon par la lumiere, on y introduit du sable bien refoulé jusque vers les anses.

Comme il est assez difficile que le nouveau métal dont on remplit la lumiere s’unisse parfaitement avec l’ancien, le chevalier de Saint-Julien propose, dans son livre de la forge de Vulcain, d’élargir la lumiere de deux pouces jusqu’à l’ame du canon, comme à l’ordinaire ; de faire ensuite autour de cette ouverture, à trois ou quatre pouces de distance, quatre trous en quatre endroits différens, disposés de maniere qu’ils aillent se rencontrer obliquement vers le milieu de l’épaisseur de la lumiere ; il faut que ces trous ayent au moins chacun un pouce de diametre. Il faut après cela prendre un instrument de bois àpeu-près comme un refouloir, qui soit exactement du calibre de la piece ; sur la tête de cette espece de refouloir ; il faut faire une entaille d’un demi-pouce de profondeur, coupée également suivant sa circonférence, ensorte que le fond de cette entaille donne une superficie convexe, parallele à celle de sa partie supérieure. On doit garnir l’entaille d’une ligne ou deux d’épaisseur, en lui donnant toûjours la forme convexe ; après cela, il faut faire fondre cinq ou six cents livres de métal, bien chauffer le canon, & introduire dedans le refouloir dont nous venons de parler ; son entaille doit répondre au trou de la lumiere. Le canon étant ensuite placé de maniere que le trou de la lumiere se trouve bien perpendiculaire à l’horison, il faut faire couler le métal dans tous les trous que l’on a percés, & après les en avoir remplis, & laissé refroidir le tout, la lumiere se trouvera exactement bouchée & en état de résister à tout l’effort de la poudre dont le canon sera chargé dans la suite ; c’est ce que cette construction rend évident. Il est question après cela de retirer le refouloir ; pour le faire plus facilement, on a la précaution de le construire de deux pieces, & en tirant celle de dessous, l’autre se détache aisément. On perce ensuite une nouvelle lumiere, avec un instrument appellé foret ; & c’est la raison pour laquelle on dit indifféremment, dans l’usage ordinaire, percer ou forer une lumiere. Voyez Canon. (Q)

Grain, (Poids.) c’est la soixante-douzieme partie d’une dragme en France. Il y en a conséquemment 24 en un denier ; 28 en un sterling ; 14 en une maille ; 7 en un felin.

En Allemagne la dragme n’a que soixante grains. Cette dragme & ces grains sont différens de ceux de France Les grains d’Angleterre & de Hollande le sont aussi, &c. Voyez la section du poids de proportion à l’article Poids fictif.

Le carat de diamans en France pese quatre grains réels. Celui de l’or est un poids imaginaire. Voyez Carat & Poids fictif.

Le poids de semelle pour l’argent est de trente-six grains réels. Celui pour l’or est de six grains, aussi réels en France. Voyez Poids fictif.

Pour les matieres précieuses, le grain réel se divise en , en , en , &c. & il est toûjours constamment de même poids ; mais le grain imaginaire, ou qui est une division d’un poids représentant, a une valeur proportionnée à ce poids. Voyez Poids fictif.

La lentille des Romains, cens, pesoit un grain ; leur æreole, æreolus, le cholcus des Grecs pesoit deux grains. La silique des Romains, le cération des Grecs, le kirac des Arabes, 4 grains. Le danich des Arabes, huit grains. L’obole des Romains, l’onolosat des Arabes, 12 grains. La dragme des Romains, 72 grains.

En Pharmacie, le grain est ordinairement le plus petit poids. Ce n’est pas qu’on ne prenne des médicamens composés, où une drogue simple n’entre que pour un demi grain, un tiers, un quart, &c. de grain ; mais ces fractions ne sont pas séparées de la masse totale, & se pesent en commun. Cependant il arrive quelquefois qu’une drogue simple est ordonnée à la quantité d’un demi-grain ; & pour lors il faut avoir un poids particulier, pour n’être pas obligé de partager la pesée d’un grain. Ces poids sont faits d’une petite lame de laiton, assez étendue pour porter l’empreinte de sa valeur ; & il faut convenir que ces sortes de poids sont plus justes que ceux qui leur ont donné leur nom. Je veux parler des grains d’orge qui ont servi d’abord à diviser notre denier, ou le scrupule de la Medecine en 24 parties. Il est vrai qu’on avoit la précaution de les prendre médiocrement gros ; mais la masse n’est pas dans tous en même proportion avec le volume. D’ailleurs ces sortes de poids étoient sujets aux vicissitudes du sec & de l’humide, qui devoient y apporter des changemens considérables, sans compter qu’ils étoient rongés des insectes qui les diminuoient tout-d’un-coup d’un demi-grain, & conséquemment le médicament pesé : ensorte qu’on devoit être exposé à des inexactitudes continuelles. Dans les formules, le grain a pour caractere ses deux premieres lettres. Ainsi, prenez de tartre stibié gr. ij. signifie qu’on en prenne deux grains.

Grain, en terme de Raffineur, est proprement le sucre coagulé qui forme ces sels luisans & semblables par leur grosseur aux grains de sable. On appelle encore de ce nom dans les raffineries, des sirops que la chaleur fait candir & attacher au fond du pot. Voyez Pot.

Grain d’Orge, (Medecine.) maladie fréquente dans les cochons qu’on engraisse, & qui consiste en quantité de petites pelotes dures de la grosseur d’un grain d’orge, répandues sur toute la membrane cellulaire ; ces grains ont leur siége dans les bulbes des poils, qui sont de vrais follicules adipeux, où l’injection d’eau & même de matiere céracée, pénetre aisément par les arteres. (D. J.)

Grain d’Orge, outil dont se servent les Tourneurs ; il paroît être composé des biseaux droit & gauche. Voyez nos Planches du tour, où il est représenté vû par-dessous.

Grain de Vent, (Marine.) se dit d’un nuage, d’un tourbillon en forme d’orage, qui ne fait que passer, mais qui donne du vent ou de la pluie, & souvent les deux ensemble : lorsqu’on l’apperçoit de loin, on se prépare, & l’on se tient aux drisses & aux écoutes pour les larguer s’il est nécessaire, ou faire d’autres manœuvres selon le besoin. Il y a des grains si forts & si subits, qu’ils causent bien du desordre dans les voiles & les manœuvres. On dit un grain pesant, lorsque le vent en est très-fort. (Z)

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Étymologie de « grain »

Du latin granum (« grain »). Utilisé à partir de 1552 dans le sens de « tempête, vent », peut-être à cause des grêlons, des giboulées qui peuvent l’accompagner.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Provenç. gran, gra ; espagn. et ital. grano ; portug. grão ; du latin granum. On rapproche granum du goth. kaurn, all. Korn, angl. corn, grain, et l'on rattache l'un et l'autre au radical sanscrit gar, disperser, de sorte que granum serait la chose qui s'éparpille. Il n'est pas absolument sûr que grain, au sens d'orage, soit le même mot que grain de blé ; cependant on peut concevoir que cet orage ait été appelé un grain, à cause des grains de grêle et des gouttes de pluie qu'il verse ; les étymologies qu'on en a données ne s'appuient sur rien de positif : angl. rain, pluie, ou, d'après Jal, le hollandais gram, furieux, colère.

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Phonétique du mot « grain »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
grain grɛ̃

Citations contenant le mot « grain »

  • Même le rire ironique exige un léger grain de discrétion. De Bruno Samson / L'Amer noir
  • Un grain de sagesse achève un fou parfait. De John Donne / Trente poèmes
  • Semez le grain ! Vous êtes le semeur et le grain, Et le semeur se sème lui-même. De La Bible / Dialogues avec l'ange
  • Poule qui becquette grain à grain mange tout de même à sa faim. De Alexandre Ostrovski / Une Place lucrative
  • Il y a plus de paille que de grain. De Proverbe français
  • Il faut séparer le bon grain de l’ivraie. De Proverbe français
  • Un grain de poussière ne souille pas une fleur. De Rabindranàth Tagore / A quatre voix
  • Cromwell allait ravager toute la chrétienté ; la famille royale était perdue, et la sienne à jamais puissante, sans un petit grain de sable qui se mit dans son uretère. Blaise Pascal, Pensées, 176 Pensées
  • Si le grain de froment ne se pourrit en terre, Il ne saurait porter ni feuille ni bon fruit : De la corruption la naissance se suit, Et comme deux anneaux l'un en l'autre s'enserre. Pierre de Ronsard, Épitaphes, À lui-même
  • Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul ; s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. Qui aime sa vie la perd ; et qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle. , Évangile selon saint Jean, XII, 24-25 André Gide : Si le grain ne meurt
  • Grain à grain, la poule emplit son gosier. De Proverbe espagnol
  • Veille toujours au grain, sans attendre demain. De Proverbe français
  • Un grain de gaieté assaisonne tout. De Baltasar Gracian y Morales / Oraculo Manual
  • Tout comme l'avenir, ce n'est pas tout à la fois, mais grain par grain que l'on goûte le passé. De Marcel Proust / A la recherche du temps perdu
  • On ne trouve guère un grand esprit qui n'ait un grain de folie. De Sénèque
  • Il est parfois bon d'avoir un grain de folie. De Sénèque
  • Il n’y a point de génie sans un grain de folie. De Aristote / Poétique
  • La buvette de la Pointe du Grain est ouverte tous les jours de météo clémente. Dès 11h du lundi au samedi et dès 10h le dimanche matin. www.lapointedugrain.ch Le Temps, La Pointe du Grain, des vignobles aux galets - Le Temps
  • ll faut le voir veiller au grain, l'oreille attentive et le geste précis. Dans son antre rempli de sacs de café, Éric Duchossoy fait presque corps avec une machine de plusieurs tonnes, qui lui impose son rythme. C'est presque un ballet, une parade fusionnelle. Elle et lui portent justement le même nom : torréfacteurs. "Quand le grain sort de la machine, la plus belle fille du monde pourrait passer, je ne la remarquerais pas, explique le propriétaire de la Maison ­Verlet, à Paris (1er). Pierre Verlet avait ­l'habitude de dire qu'il entendait son café chanter, et en effet on guette le premier “crac”, le son du grain qui se dilate sous l'effet de la chaleur." lejdd.fr, Café : les nouveaux maîtres du grain
  • La pandémie nous maintient à l’écart des musées et des œuvres. De leur absence ne demeure que l’image imprimée dans les livres et sur les cartes postales, à laquelle s’attache un endroit, un voyage. Aujourd’hui, notre journaliste se souvient de deux toiles peintes en 1886 et réunies au musée des Jacobins de Morlaix. La ravissante marine “Un grain” atteste combien le jeune Claude Monet, auteur de “Pluie à Belle-Île”, admirait son mentor et aîné, Eugène Boudin. Télérama, L’art en format carte postale : à Morlaix, “Un grain” d’Eugène Boudin et “Pluie à Belle-Île” de Claude Monet
  • Il s'agit de repérer une tâche ou un grain de beauté présentant l’une des caractéristiques suivantes : Asymétrie, bords irréguliers, couleur non homogène, diamètre en augmentation, ou évoluant rapidement. www.pourquoidocteur.fr, Cancer de la peau : comment reconnaître un grain de beauté suspect?
  • 😂😂😂😂 Gros fou rire de "Grain de riz" et "Makrout, graine de semoule"... Comme cela fait du bien de se détendre ! Au... leparisien.fr, «Grain de riz, il est extra» : pour Isabelle Balkany, ce surnom n’est pas raciste - Le Parisien
  • ??Gros fou rire de "Grain de riz" et "Makrout, graine de semoule"... Comme cela fait du bien de se détendre !… https://t.co/W7OFU4eTrc L'Obs, « Grain de riz » : et si cet homme était mon père ?
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  • Dans les parcelles où les semis d’automne n’ont pas pu être réalisés, faute de conditions favorables, le maïs grain a une carte à jouer. Terre-net, Alternatives aux cultures d'hiver non semées : le maïs grain
  • Selon un sondage publié sur Terre-net du 7 au 14 avril 2020, 59 % des agriculteurs attendent la date du 15 avril pour attaquer leurs semis de maïs grain cette campagne. Terre-net, Sondage sur les dates de semis du maïs grain en France
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  • Sans décor ni costumes, Marie-Magdeleine passe de l'un à l'autre avec une fluidité étonnante. Elle les connaît par cœur, ses anciens élèves, et leur dédie un bel hommage, un superbe hymne à la vie. On s'attache à ces écorchés soudés comme à ceux du roman « Ensemble c'est tout », d'Anna Gavalda. Des galères à surmonter, unis. En plantant ce Grain de folie, Marie-Magdeleine récolte un grain de génie. leparisien.fr, Théâtre : « Grain » de folie, grain de génie - Le Parisien
  • Dès le début du confinement et constatant le manque cruel de matériel médical pour les professionnels de santé, l’association Le grain (*) s’est mobilisée avec l’association Agora. Elle est parvenue à fournir des visières de protection réutilisables au centre hospitalier de Thuir, ainsi qu’aux Ehpad (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) de Thuir et d’Ille-sur-Têt. Alain Rière (trésorier) et Lucien Civil (président) expliquent : "Dans notre département de nombreux professionnels de santé, mais aussi d’autres secteurs d’activité, sont à la recherche de matériels de protection, tels que masques, surblouses, charlottes, etc. Le constat est clair : ces produits sont difficiles à trouver et il faut un budget conséquent (l’estimation se situe autour de 10 000 euros). lindependant.fr, Coronavirus - P.-O. - Thuir : l’association Le grain fournit des visières aux professionnels de santé - lindependant.fr
  • Cela peut aussi les aider à se refréner, à ne pas passer à l’acte. Un appel de l’extérieur peut arrêter un processus de violence. Nous avons l’ambition d’être le petit grain qui peut enrayer l’engrenage de la maltraitance, faire dérailler la machine de la violence. midilibre.fr, Confinement : "Le grain de sable qui peut enrayer l’engrenage de la maltraitance" de l'enfant - midilibre.fr
  • Vents porteurs pour les moulins : les minoteries de la Vienne, grandes et petites, ont du grain à moudre et du pain sur la planche. « Nous ne connaissons pas la crise, affirme Éric Haudicquert, directeur du moulin de Châtellerault propriété d'un poids lourd du secteur, Soufflet (1). Nous ne sommes pas du tout impacté. Tout le personnel sur site est sur le pont (15 à 16 personnes au quotidien sur un total de 22 salariés). Depuis plusieurs années, nous sommes passés à une production 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. On est toujours au taquet. » Centre Presse, Centre Presse : Les minoteries de la Vienne ont du grain à moudre et du pain sur
  • Les 40 mères en race Blonde d’Aquitaine de l’élevage de Jean-Yves André reçoivent après vêlage 1,5 kg de maïs grain éclaté par jour en complément de luzerne et de foin. « Le maïs broyé complète très bien la luzerne », observe Florian André, salarié de l’exploitation familiale située à Pleudaniel (22). Ce maïs, stocké en boudin, est aussi distribué aux génisses, les mâles vendus en broutards en reçoivent à volonté. Sur les 15 ha de maïs que compte l’exploitation, 7 ha sont ensilés, 2,5 ha sont moissonnés pour être broyés et conservés en boudin. Le reste de la sole maïs est vendu. Journal Paysan Breton, Le boudin met à l'abri le maïs grain éclaté | Journal Paysan Breton
  • Depuis quelques années, la cuma du Plain, située sur le littoral calvadosien, constate le développement de la culture de maïs en grain. L’une des raisons est le changement climatique. Elle adapte donc son matériel à cette tendance. Rencontre avec son président. Entraid' : le média des cuma et du matériel agricole, maïs en grain, développement dans le Calvados - Entraid
  • Les résultats des variétés de maïs grain expérimentées dans le réseau de post-inscription (1) en 2019 sont disponibles par région et par groupe de précocité, ainsi que par niveau de rendement des essais pour les listes qui le justifient. Ils seront prochainement complétés par une analyse pluriannuelle des performances moyennes des variétés étudiées de 2017 à 2019 et par des listes de variétés recommandées par Arvalis. Terre-net, Résultats d'essais 2019 des variétés de maïs grain
  • Une nouvelle année riche en inscriptions avec 48 variétés sur la liste A du catalogue officiel en 2019. En ajoutant les variétés phares et celles issues du catalogue européen, l'offre sera, de nouveau, diversifiée pour les semis de maïs 2020. Pour vous accompagner dans vos choix, les rédactions de Terre-net et de Web-agri vous proposent un tour d'horizon des principales variétés de maïs grain et de maïs fourrage à votre disposition. Terre-net, Panorama des variétés de maïs grain et fourrage #semis 2020
  • Vendanges, cueillettes ou moissons : les récoltes restent un moment fort de l’année agricole, surtout quand s’y ajoute l’incertitude de la météo…  Sur le bord de la route, Franck Adenys, producteur laitier à Guern (56), suit attentivement la moissonneuse quadrillant l’une des deux parcelles qu’il a plantées en blé noir au printemps dernier. À la mi-octobre, après une semaine de pluie, le soleil signe son grand retour et, fort heureusement, l’ETA avec qui il travaille a pu  mettre à sa disposition une machine… Ce soir, il pourra donc livrer son grain dans un des sites de stockage agréés par Blé Noir Tradition Bretagne (BNTB), association qu’il préside depuis bientôt trois ans. Aujourd’hui, le producteur attend aussi une visite : celle d’Émeline Pocard, l’une des deux salariées permanentes de l’association. Journal Paysan Breton, Blé noir tradition Bretagne, l’association veille au grain | Journal Paysan Breton
  • Agritel organisait ce vendredi 31 janvier la quatrième édition du Paris Grain Day durant laquelle les principaux éléments fondamentaux du marché ont été passés en revue. Plusieurs experts internationaux sont intervenus tout au long de la journée. Ils ont commencé par une analyse de la macroéconomie et du Weather market, avant de décortiquer le marché des grains et des oléagineux. Pour finir la journée, une conférence sur la psychologie des marchés. Terre-net, Le Paris Grain Day Consensus 2020 affiche une tendance haussière
  • Voici l’histoire d’un petit grain de sable, niché tout au creux d’une immense dune. Un jour de grand vent, il emprunte un courant d’air qui l’emporte pour un fabuleux voyage. Il traversera des déserts, des océans avant de rencontrer un étrange marchand et sa machine infernale, dont l’insatiable appétit menace de faire disparaître tout le sable de la planète. A l’accompagnement musical, un contrebassiste et un joueur de saz (instrument turc), pendant que la dessinatrice sur sable laisse l’histoire se dérouler au fil de ses créations. Un voyage musical sur la liberté. Petite République.com, Saint-Gaudens : Spectacle “Le Grain de Sable” | Petite République.com
  • Arvalis a étoffé en 2019 le réseau de screening des variétés de maïs grain en agriculture biologique (AB) dans le sud de la France, en collaboration avec des agriculteurs, coopératives, négoces, chambres d'agriculture et établissements de semences. Retrouvez les résultats des variétés expérimentées en tronc commun entre les essais et quelques principes de base du choix des variétés en AB. Terre-net, Réseau d'essais : performance 2019 des variétés de maïs grain bio
  • Sur le visage, le dos, les bras, les jambes, les pieds… Les grains de beauté peuvent se localiser partout sur le corps. Ces taches pigmentées sont considérées comme des atouts de séduction. Pourtant, ils suscitent la peur à cause de certaines idées reçues. On démêle le vrai du faux avec une dermatologue. Femme Actuelle, 7 idées reçues sur les grains de beauté : Femme Actuelle Le MAG
  • « Nous avons constaté des écarts d’ingestion, ainsi qu’une augmentation de 6 % de lait produit à l’hectare », note Pascal Le Cœur, responsable de la station expérimentale de Trévarez (29). Sur cette ferme finistérienne, un essai mené en partenariat avec le semencier Pioneer a comparé un maïs ensilage de variété classique à un maïs de la marque m3, dont la caractéristique principale est de produire un grain denté très farineux. Journal Paysan Breton, Maïs : Le grain denté farineux produit plus de lait à l’hectare | Journal Paysan Breton
  • Aujourd’hui, Grain de Malice a réduit son endettement de 45 M€ en 2014 à moins de 20 M€ en 2018, emploie 527 salariés et réalise un chiffre d’affaires de plus de 95 M€. Elle développe une stratégie multicanale via le e-commerce, qui enregistre de bonnes performances, et le renforcement de la proximité avec ses clientes sur les réseaux sociaux (#graindemalice). Les Echos Solutions Business, PRIX ULYSSE 2020 : rencontre avec GRAIN DE MALICE
  • Parce que le Covid-19 est un grain de sable qui s’est coincé dans les rouages d’un système déjà bien rongé par la pauvreté et la précarité, infecté par la financiarisation de l’économie et la destruction de la planète, rouillé par l’absence de valorisation de ceux qui font tourner le pays et le réaniment en permanence. Les Echos, Opinion | Covid-19 : un grain de sable dans un engrenage déjà malade | Les Echos

Images d'illustration du mot « grain »

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Traductions du mot « grain »

Langue Traduction
Anglais grain
Espagnol grano
Italien grano
Allemand korn
Chinois 粮食
Arabe الحبوب
Portugais grão
Russe зерно
Japonais
Basque pikor
Corse granu
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Synonymes de « grain »

Source : synonymes de grain sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « grain »

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