La langue française

Peu

Sommaire

Définitions du mot peu

Trésor de la Langue Française informatisé

PEU, adv.

Quantificateur de l'intensité faible.
I. − Peu, quantificateur restrictif.
A. − [En fonction d'adv., associé à des mots de sens positif ou interprétés comme tels, indique l'intensité faible]
1. Peu + adj.Voilà, Madame, des paroles peu agréables que je voulais vous épargner (Stendhal, L. Leuwen,t.3, 1836, p.394).Une personne exacte et d'ailleurs peu aimable avec moi (Proust, Guermantes 2,1921, p.353).Les patates, portées à fleurir, s'étaient délayées en une purée grisâtre, peu appétissante (Guèvremont, Survenant,1945, p.156).
Rem. 1. L'adj. que modifie peu est gén. polysyllabique sauf pour ceux dont la prononc. est identique au masc. ou au fém.: peu clair, peu grave, peu net. 2. Peu + adj. n'est pas d'un usage cour. dans la lang. orale fam., qui lui préfère pas très + adj. Peu + adj. appartient à une lang. relativement châtiée.
2. Peu + adv. ou compl. circ.C'est une intolérable tyrannie (...) que le pouvoir central impose aux provinces des institutions, des hommes, des écoles, peu en harmonie avec les préjugés de ces provinces (Renan, Avenir sc.,1890, p.343).Assise en lapin, peu confortablement (Farrère, Homme qui assass.,1907, p.74):
1. Staline, dit-on, a demandé le rappel de l'ambassadeur des U.S.A. à Moscou, qui insistait trop peu discrètement sur ce point. Gide, Journal,1943, p.212.
3. Verbe + peu.C'est vrai, maman, j'ai peu dormi (Sue, Atar-Gull,1831, p.29).Une courbe ovale, qui diffère peu d'un cercle, différera encore moins d'une ellipse (Cournot, Fond. connaiss.,1851, p.60).
Rem. La différence entre peu, adv. modifiant un verbe et peu, en fonction de nom., est ténue. Dans la constr. trans. sans autre obj., il est possible d'interpréter peu comme compl. d'obj. dir. du verbe. Balcombe mira le vin, but peu et avec lenteur (Hamp, Champagne, 1909, p.176). Anne écrivait peu. Parfois dans les lettres de Mahaut à François, en marge, une ligne (Radiguet, Bal, 1923, p.142). Peu glisse ainsi de la catégorie de l'adv. à celle du nom (v. infra C).
B. − Peu de.[En fonction de prédéterminant du subst., indique une quantité ou un nombre faible]
1. Peu de + subst. sing. (non comptable et compatible avec le partitif).As-tu donc peu ou beaucoup d'amour-propre? Je crois que tu en as beaucoup (Amiel, Journal,1866, p.257).
Peu de chose. Une chose sans importance, sans conséquence, négligeable. À peu de chose près. Ce n'est pas peu de chose que vous me demandez là (Stendhal, L. Leuwen,t.3, 1836, p.162):
2. Prévot, dans les débris, a découvert une orange miraculeuse. Nous nous la partageons. J'en suis bouleversé, et cependant c'est peu de chose quand il nous faudrait vingt litres d'eau. Saint-Exup., Terre hommes,1939, p.231.
Faire peu de cas de qqn, qqc. N'accorder à quelqu'un, quelque chose qu'une importance négligeable. Un homme qui fait peu de cas de nous (Courier, Pamphlets pol.,Au réd. «Censeur», 1819, p.29).
De peu de. Qui possède une faible quantité de. Une chose de peu d'importance (Duhamel, Confess. min.,1920, p.126).
[P. allus. aux paroles de reproche que Jésus adresse aux apôtres incrédules: Gens, hommes de peu de foi (Matth. vi, 30; viii, 26 p.ex.)] Comme font les hommes de peu de foi, aux yeux desquels les choses ne se sont jamais passées telles que le rapportent les témoins (Mauriac, Journal 2,1937, p.206).
2. Peu de + subst. plur.La mort qui va les séparer n'est plus qu'une absence de peu de jours (Cottin, Mathilde,t.5, 1805, p.333):
3. Quant à Françoise, elle voyait qu'on donnait peu de médicaments à ma grand'mère. Comme, selon elle, ils ne servent qu'à vous abîmer l'estomac, elle en était heureuse, mais plus encore humiliée. Proust, Guermantes 2,1921, p.331.
Rem. 1. L'accord du verbe se fait avec le compl.: Bien peu d'hommes auraient agi autrement (Bernstein, Secret, 1913, II, 3, p.18) même si celui-ci n'est pas exprimé (v. infra C). 2. Comme dans le cas de l'adv. beaucoup, peu n'introduit un pron. pers. que s'il précède immédiatement les prép. d'entre ou parmi. Instruments électro-mécaniques. Peu d'entre eux présentent une réelle importance (Arts et litt., 1935, p.38-1).
3. [Le syntagme prép. introd. par de cède la place à un pron. (en, dont...)] Les femmes de mes amis ne me remarquaient pas particulièrement. Lorsque j'ai eu Odette, il y en a peu qui ne se soient montrées intriguées, puis irritées, puis provocantes (Simenon, Vac. Maigret,1948, p.177).
C. − [En fonction de nom.]
1. [Compl. d'un verbe ou comme attribut (peu pouvant occuper toutes les fonctions d'un syntagme nom. ou d'un pron.)]
a) [Un verbe trans. dir.] Elle avait peu mangé, point dormi (Bernanos, Crime,1935, p.868).Ayant peu à décrire dans l'humble logis, ils n'y séjournent guère (Bachelard, Poét. espace,1957, p.24).
Peu importe (v. importer I B), peu me chaut (v. chaloir B 1).
Rem. V. s.v. importer l'accord du verbe lorsque le subst. est au plur.
C'est (trop) peu dire. Les mots sont insuffisants, insuffisamment forts pour décrire quelque chose. Plus je suis près du bonheur, plus je redoute les obstacles. Ah! les obstacles, c'est peu dire! (Sénac de Meilhan, Émigré,1797, p.1562).
Ce n'est pas peu dire. Ce qui est dit est pleinement significatif. Cette idée, si naïve d'apparence, a duré, je crois, sans s'affaiblir; elle n'allait pas chez les anciens au delà des autres; elle serait donc aujourd'hui la même, et ce n'est pas peu dire (Alain, Beaux-arts,1920, p.223).
b) [Un verbe constr. avec la prép. de] Se satisfaire de peu; vivre de peu. Elle aspire à tout, et se contente de peu (Constant, Princ. pol.,1815, p.65).
S'en falloir* de peu (que...), peu s'en faut (que...). Être sur le point de. Tous les êtres viennent de peu, et peu s'en faut qu'ils ne viennent de rien (Joubert, Pensées,t.1, 1824, p.137).On peut donc photographier la nuit comme en plein jour (ou peu s'en faut), à la «lueur» de projecteurs, allumés mais camouflés par des écrans noirs spéciaux qui ne laissent passer aucune lumière visible (Prinet, Phot.,1945, p.106).Il s'en fallut de peu que je ne renonçasse à la littérature (Sartre, Mots,1964, p.179).
c) [Avec le verbe être]
C'est peu. C'est insuffisant. Quatre jours... C'est peu... (Guitry, Veilleur,1911, ii, p.17).
Ce n'est pas peu. C'est beaucoup:
4. Mais plutôt réveillant l'homme en chacun, invite-les tous à penser selon la joie et l'espérance; invoquant la guerre même, et ce qu'elle fait voir d'énergie et de puissance gouvernante en chacun; ce n'est pas peu. Alain, Propos,1921, p.251.
C'est peu de + verbe à l'inf. C'est insuffisant de. C'est peu de servir l'homme, il faut encor lui plaire (Florian, Fables,1792, p.107).C'est peu d'être poëte, il faut être savant (Richepin, Mer,1886, p.320).
C'est peu que + verbe au subj. C'est insuffisant que. C'est peu que la physique de l'homme fournisse les bases de la philosophie rationnelle, il faut qu'elle fournisse encore celles de la morale (Cabanis, Rapp. phys. et mor.,t.1, 1808, p.60).
Être de peu. Être sans importance, sans valeur. Les ressemblances de visages sont de peu, je crois, dans les ressemblances de caractères (Goncourt, Journal,1860, p.779).
2. [P. ell. du compl. prép. de + subst. (lorsque le subst. est de grande généralité)]
[Le compl. s.-ent. est au sing.]
Peu de temps. Dans, avant peu; il y a peu, sous peu, d'ici peu, d'ici à peu; peu après. J'y ai peu vécu (Gobineau, Pléiades,1874, p.85).Je l'ai peu vue, elle est allée se coucher de bonne heure (Proust, J. filles en fleurs,1918, p.476).
Peu de chose. Le maître-ouvrier sait faire de peu un ouvrage sans défaut (Blanche,Modèles,1928, p.248).Il montre par là combien peu comptent toutes les barrières qui pourraient lui être opposées (Artaud, Théâtre et son double,1938, p.35).
Peu d'argent, peu de valeur. Valoir, coûter peu.
[Le compl. s.-ent. est au plur.] Peu de gens. Si peu furent destinés à compter pour l'humanité, à vivre dans les siècles, à marcher avec leur ascendant comme avec leur ombre, et à forcer tous les regards à se baisser! (Krüdener, Valérie,1803, p.174).En effet, pour tout le monde, à vingt ans, la grande affaire c'est de vivre, mais bien peu se préoccupent de trouver le fondement philosophique de leur activité (Barrès, Homme libre,1889, p.xv).
3. Dans diverses loc.
De peu, loc. adj. Minable, sans importance. Panturle a rencontré le vent, (...) plus le vent de peu qui s'amuse à la balle, mais le beau vent, large d'épaules qui bouscule tout le pays (Giono, Regain,1930, p.100).
Homme, gens de peu. Homme, gens de peu d'importance (sur le plan social ou intellectuel). Gens de peu, qui ne payaient pas cher, mais qui payaient tous les trois mois (A. France, Pt Pierre,1918, p.109):
5. ... celui qui vaque, avec les gens de peu, sur les chantiers et sur les cales désertées par la foule, après le lancement d'une grande coque de trois ans... Saint-John Perse, Exil,1942, p.225.
Loc. adv.
À peu près. Environ, presque. Il est à peu près dix heures. J'étais seul ou à peu près (Fromentin, Dominique,1863, p.137).
De peu. De justesse, à peine. Il s'est montré convive aimable, amateur distingué, et n'a cependant outrepassé que de peu la limite du besoin (Brillat-Sav., Physiol. goût,1825, p.216).
Peu à peu. Progressivement, degré par degré. À force d'y réfléchir, je me rendis peu à peu cette idée plus familière (Fiévée, Dot Suzette,1798, p.86).
Si peu que rien. Presque rien. Peu de chose avait suffi à ce rare thaumaturge, si peu que rien, cinq ou six lignes sur une note officielle, mais sublimes à la vérité (Ambrière, Gdes vac.,1946, p.329).
(Un) tant soit peu. En très petite quantité, presque rien. Il suffit de réfléchir un tant soit peu (Villiers de L'I.-A., Contes cruels,1883, p.68).Ivresse publique tant soit peu déshonorante (Bloy, Journal,1893, p.93).
Peu ou prou*.
Peu ou point, peu ou rien. Manière solide, mais d'âme peu ou point (Baudel., Salon,1846, p.177).
Fam. [Pour refuser avec iron. et indignation une hypothèse, une proposition] Très peu pour moi! J'en voyais une [une femme enceinte], l'autre soir, qui prenait le Métro. On aurait dit qu'elle portait un panier à bouteilles sous sa jupe. Non, mais très peu pour moi, je vous prie, de ventre (Toulet, Nane,1905, p.196).
Loc. conj.
Pour peu que + verbe au subj. À la condition (si minime soit-elle) que. Pour peu que nos danseuses se perfectionnent au point de pouvoir tourner sur elles-mêmes aussi vîte et aussi long-tems que les derviches de Sainte-Sophie (Jouy, Hermite,t.4, 1813, p.362).
Si peu que ce soit. Si faible que puisse être la quantité, l'intensité. Que l'on en revienne si peu que ce soit aux sources respiratoires, plastiques, actives du langage (Artaud, Théâtre et son double,1938, p.143).
D. − [En fonction de subst.] Le, ce, mon peu (de)
1. [Corresp. à peu de + subst., avec l'idée que la faible quantité en question est insuffisante par sa petitesse]
[Suivi de de + subst. sing. (compatible avec le partitif)] Les pensées de l'homme elles-mêmes, quand elles sont vraies, ne sont-elles pas invincibles comme les axiomes, malgré le peu de soin qu'il prend de les employer à son profit? (Saint-Martin, Homme désir,1790, p.121).À l'école de théologie, ses professeurs se plaignaient de son peu d'assiduité (Stendhal, Rouge et Noir,1830, p.262).Le peu de tact qu'il devait à sa timidité lui faisait redouter de paraître ridicule en s'occupant de pareilles niaiseries (Balzac, Curé Tours,1832, p.207).
Rem. Lorsque peu, empl. comme subst. et suivi d'un compl. déterminatif, possède une valeur restrictive, c'est gén. lui qui commande l'accord du verbe: Le peu de confiance que vous m'avez témoigné m'a ôté le courage (Littré).
[Suivi de de + subst. plur.] Les quelques. Le peu de mois que Napoléon commanda l'armée de l'intérieur (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène,t.1, 1823, p.342).
2. [Corresp. à peu, nom.] Il te faut si peu! Et de ce peu, tu es assuré (Crèvecoeur, Voyage,t.2, 1801, p.106).D'autres (...) mentent à tout venant, trahissent, manquent de foi, et tiendraient à grand déshonneur d'avoir dit vrai dans un écrit de quinze ou seize pages; car tout le mal est dans ce peu (Courier, Pamphlets pol.,Pamphlet des pamphlets, 1824, p.212).
[Suivi d'une prop. rel.] Le peu que nous croyons tient au peu que nous sommes (Hugo, Voix intér.,1837, p.342).
Par antiphrase. [Pour insister, en ironisant, sur une grande quantité]
Excusez du peu! Il n'est qu'un psychologiste habile et surtout un moraliste. Rien qu'un «psychologiste»! Excusez du peu (Bremond, Hist. sent. relig.,t.4, 1920, p.437).
Merci du peu. Parce qu'il m'a porté sur son testament (...). −Pour combien? −Pour cinq cent mille! −Rien que cela, merci du peu (Dumas père, Monte-Cristo,t.2, 1846, p.3).
Rem. [Corresp. à supra I A, B, C] Peu peut être intensifié par un autre adv. (bien, assez, passablement, si, suffisamment, très, trop): Cela me paraît, je le répète, assez peu important (Destutt de Tr., Idéol. 2, 1803, p.74). Aussi, pour si peu, le chevalier sentit que la mort avait touché ses membres (Boylesve, Leçon d'amour, 1902, p.260). C'est bien peu, n'est-ce pas, messieurs, c'est bien peu (Miomandre, Écrit sur eau, 1908, p.104).
Trop peu de; si peu de; assez peu de. La Reine: C'est donc trop peu de brûler sans pudeur du plus indigne feu! (Legouvé, Mort Henri IV,1806, ii, 2, p.365).Effrayé de perdre son honnêteté pour si peu de chose, il répondit à cette idée diabolique par une idée non moins diabolique (Balzac, Cous. Pons,1847, p.170).
II. − Un peu, quantificateur positif.
A. − [En fonction d'adv., associé à des mots de valeur négative ou interprétés comme tels, indique l'intensité faible, mais déjà appréciable]
1. Un peu + adj.Elle lui jeta un sourire un peu triste, mais plein d'une franche amitié (Ponson du Terr., Rocambole,t.3, 1859, p.334).Un homme un peu brutal, un peu narquois, bougon, négligent, maussade, rongé d'obscures nostalgies (Duhamel, Suzanne,1941, p.21):
6. Monsieur votre père s'alarmait du contre-coup que cette petite escapade pouvait avoir sur votre état de santé, car vous êtes un peu délicat, un peu frêle, je crois. Proust, J. filles en fleurs,1918, p.456.
Rem. Si l'adj. a une valeur positive, il est empl. dans un cont. de virtualité: Un coeur un peu sensible voit l'artifice (Stendhal, Rouge et Noir, 1830, p.263). Il ne saurait rien avancer d'un peu sérieux sans sourire et railler tout de suite après (Lemaitre, Contemp., 1885, p.212). Et sois un peu gentil avec Dorothy, n'est-ce pas? Franchement, tu le peux, après ce que je viens de te dire! (Bourdet, Sexe faible, 1931, III, p.453).
P. iron. Très. Il jugea que par exemple celle-là était un peu raide! (Courteline, Train 8 h 47,1888, 2epart., 10, p.208).On lui a fichu une claque un peu sérieuse, à mon gigot! (G.Herbert ds Bruant1901, p.305).C'était un peu dur à avaler, n'est-ce pas, pour un homme de gauche, toute cette politique militaire de Poincaré (Aragon, Beaux quart.,1936, p.199).C'est un peu facile d'être Judith (Giraudoux, Sodome,1943, ii, 7, p.129).
2. Un peu + adv. ou compl. circ.Nous nous sommes quittés un peu brusquement, lui et moi, avant-hier soir, après une conversation pénible (Bernanos, Crime,1935, p.865).Pourquoi n'en ai-je pas parlé? Ce doit être par orgueil, et puis, aussi, un peu par maladresse (Sartre, Nausée,1938, p.24).Il parlait un peu follement, en zézayant de manière enfantine (Duhamel, Suzanne,1941, p.153):
7. Georges IV me répondit: «Écoutez, Monsieur de Chateaubriand, je vous l'avouerai: la mission de M. Decazes ne me plaisait pas; c'était agir envers moi un peu cavalièrement (...)» Chateaubr., Mém.,t.3, 1848, p.97.
[Avec un adv. d'intensité] L'inquiétude vous gagnait toujours un peu plus (Erckm.-Chatr., Hist. paysan,t.2, 1870, p.108).Gérard se tenait un peu trop sur la réserve (Theuriet, Mariage Gérard,1875, p.95).[Pour exprimer son indifférence quant à la plus ou moins grande quantité de qqc.] Un peu plus, un peu moins!
P. iron. [Le policier:] Ça commence à aller un peu mal pour lui (...). Avec son pedigree (...) il y va de la tête (Simonin, Touchez pas au grisbi,1953, p.71).
[Avec un compar.] Que lui trouvez-vous donc d'extraordinaire à ce vitrail, qui est encore un peu plus sombre que les autres? (Proust, Swann,1913, p.104).
3. Verbe + un peu.De sorte qu'au moins on vît toujours un peu flotter sa robe blanche à travers les feuilles de la forêt (Michelet, Journal,1857, p.351).Pour peu que leurs randonnées à travers la France leur eussent fait connaître un peu le pays de Combray (Proust, Fugit.,1922, p.672).
4. [En fonction d'adv. de phrase] Pop. et fam.
[Empl. seul, comme réponse en forme de défi] Plutôt. Je parie que vous avez servi [= été soldat]? −Un peu, et je m'en flatte (Raban, Marco Saint-Hilaire, Mém. forçat,t.2, 1828-29, p.158).Chaffiou: (...) Avec ça que je me priverai d'habiter ici, moi!... et de donner aussi des concerts! Rabagas, au-dessus de lui: Toi? Chaffiou: Un peu!... avec tout plein de jolies femmes en robe de soie! (Sardou, Rabagas,1872, iii, 9, p.138).
[Renforçant une affirmation] Être un peu là. Mais j'suis là. Il rit. −J'suis même un peu là, comme on dit! Je me lève aussi et lui frappe sur l'épaule. −Tu as raison, mon vieux frère (Barbusse, Feu,1916, p.177).
Un peu que + verbe.[Le collégien:] c'est congé donc! Un peu que je l'ai lâché d'un cran le bahut! (Sardou, Fam. Benoiton,1865, p.40).
P. plaisant. (pour le rapprochement des mots, pour l'assonance). Un peu mon neveu*! Vous auriez aimé une robe? −Un peu, mon neveu! (Vie paris.,1879ds Larch. Suppl. 1880, p.130).
Verbe + un peu.[Sert à mettre au défi, mais gén. par jeu, à menacer, mais sans réelle gravité] Devinez un peu qui je trouve dans la voiture? (About, Roi mont.,1857, p.280).Ah! mes coquins!... Attendez un peu! (Pailleron, Monde où l'on s'ennuie,1869, iii, 5, p.153).Répète un peu! (Zola, Nana,1880, p.1306):
8. Pour qu'on se moque du peuple, ils veulent nommer à la présidence Nadaud, un maçon, je vous demande un peu! Flaub., Éduc. sent.,t.2, 1869, p.251.
B. − Un peu de.[En fonction de prédéterminant du subst., évoque une quantité faible, mais déjà appréciable] Je voudrais bien manger, prendre un peu de lait, de café (Barrès, Cahiers,t.11, 1914, p.5).Un peu de champagne, mais pas trop sec (Proust, Guermantes 2,1921, p.408).Un peu de sueur perlait sur son front (Beauvoir, Mandarins,1954, p.215).
[Le subst. est un mot abstr.] Mon peu de courage. La jeunesse en faisait étalage devant eux comme d'amusements presque normaux; aussi la réprobation des anciens se mêlait d'un peu d'envie (Druon, Gdes fam.,t.1, 1948, p.26).
C. − [En fonction de nom.] Il faisait grand jour, il m'aborda poliment, me priant de lui prêter un peu de mon ombre, après quoi, et sans attendre ma réponse, il s'assit sans façon (Janin, Âne mort,1829, p.67).Un peu me suffira, un peu vaut mieux que rien (Chr. Wimmerds Trav. Ling. Litt. Strasbourg1974t.12 no1, p.252).
Région. Un peu de temps. Enfin, la fumée vient et, au bout d'un peu, elle est bien épaisse (Giono, Regain,1930, p.211).
Dans diverses loc.
Un peu plus* (et) + verbe à l'ind. imp. ou au cond. [Pour indiquer que qqc. est ou a été sur le point de se réaliser] Un peu plus ils étaient morts (Flaub., Bouvard,t.1, 1880, p.87).Un peu plus c'est elle qui l'eût attaqué (Colette, Sido,1929, p.95).
Pour un peu + verbe au cond. [Pour indiquer qu'il manque peu de chose pour que se réalise qqc.] Pour un peu ç'aurait pu devenir amusant (Gide, Si le grain,1924, p.423).
D. − [En fonction de subst.] Le, ce, mon peu (de)
1. [Corresp. à un peu de + subst. avec l'idée d'une quantité faible mais agissante ou utile] Missionnaires, jésuites, aumôniers, y perdent leur peu de latin (Courier, Pamphlets pol.,Au réd. «Censeur», 1820, p.43).
Rem. Lorsque peu, empl. comme subst. et suivi d'un compl. déterminatif, possède cette valeur positive, c'est gén. le compl. qui commande l'accord du verbe: Le peu de confiance que vous m'avez témoignée m'a rendu le courage (Littré).
2. [Corresp. à un peu nom.; suivi d'une prop. rel.] Avec ce revenu et le peu que je gagne elle fait très bien marcher la maison (Duhamel, Confess. min.,1920, p.21).
Rem. 1. Un peu peut être nuancé par l'adj. petit (lui-même pouvant être modifié par un adv.). Laissant voir les cailloux écrasés faire par place un petit peu de farine (Ramuz, Gde peur mont., 1926, p.76). On a pleuré un peu? Un petit peu? Un tout petit peu? (Claudel, Échange, 1954, II, p.765). 2. Un peu alterne avec quelque* peu. Pour remettre Christiane de quelque peu d'étourdissement (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p.147). Cette psychologie, d'abord quelque peu absconse (Béguin, Âme romant., 1939, p.92).
Prononc. et Orth.: [pø]. Homon. peuh! et formes du verbe pouvoir. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Adv. 1. peu (avec un verbe) a) notion de temps ca 1050 pou (Alexis, éd. Chr. Storey, 109); b) notion de quantité début xiies. poi (St Brendan, éd. E. G. R. Waters, 1224); 1559 [éd.] ne peu ne prou (Amyot, Theagènes et Chariclea, ch. 21 ds Gdf., s.v. preu3); 1600 [éd.] peu ou prou (Ol. de Serres, Théâtre d'agric., p.755); c) ca 1100 por poi que... ne (Roland, éd. J. Bédier, 2789 et 3608); 1369 tant soit po (Miracles N.D. par personnages, XXXI, 720, éd. G. Paris et U. Robert, t.5, p.180); 1549 si peu que (Est.); 2. (un) peu avec une valeur d'intensif en corrélation avec un adj. −tour attributif début xiies. un poi estre + adj. (Jeu Adam, éd. W. Noomen, 222); −juxtaposition 1504 pou + adj. (Lemaire, Temple d'Honneur, IV, 189 ds Hug.); 3. (un) peu −valeur d'adv. a) employé devant un verbe −notion de temps ca 1160 un po (Eneas, éd. J.-J. Salverda de Grave, 6025); −notion de quantité ca 1150 un bien peu (Conte de Flore et Blancheflor, éd. J.-L. Leclanche, 1086, texte propre au ms. A); 1529 (Tory, Champ Fleury, livre I, 2 vods Hug.); 1174 un poi (Guernes de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 1095); b) employé avec un adv. ou un compl. de lieu, de temps, de quantité ca 1165 un poi plus (Benoît de Ste-Maure, Troie, éd. L. Constans, 1951); ca 1165 un sol poi de (Id., ibid., 30087); ca 1170 un poi aval (Béroul, Tristan, éd. E. Muret, 3876); ca 1180 un poi devant (Marie de France, Fables, éd. K. Warnke, 45, 23); 1250 pau plus, pau mains (Chartes de Douai ds Z. rom. Philol. t.14, p.307); ca 1274 un poi avant (Adenet le Roi, Berte, éd. A. Henry, 445); 1538 un peu après (Est.); 1606 peu souvent (Nicot); 1788 peu agréablement (Fér. Crit.); c) un peu - atténuation, litote ca 1480 «donc (pour atténuer un ordre)» (Mistère du Viel Testament, éd. J. de Rothschild, 31598); 1578 un peu beaucoup (H. Estienne, Deux dialogues du nouv. langage fr. italianizé, II, p.150 ds Quem. DDL t.19); 1717 un peu «oui (avec atténuation)» (Dancourt, Prix de l'arquebuse, sc. 5 ds Littré); d) 1558 [éd.] un petit peu (Bonaventure des Périers, Nouvelles récréations et joyeux devis, V, éd. K. Kasprzyk, p.30); 1530 quelque peu (Palsgr., p.847). B. Valeur de déterminatif indéf. 1. peu + subst. - valeur numérale (animés) ca 1100 poi (Roland, 1940); (inanimés) 1119 poi (Philippe de Thaon, Comput, éd. E. Mall, 1935); - valeur quantitative ca 1140 poi (Geffrei Gaimar, Hist. des Anglais, éd. A. Bell, 6157); 2. peu de + subst. (animés) valeur numérale ca 1100 poi de (Roland, 1050); (inanimés) valeur quantitative ca 1140 poi de (Geffrei Gaimar, op. cit., 5732); ca 1225 poi de cose (Huon de Bordeaux, éd. P. Ruelle, 5912); 3. un peu de + subst. (inanimé) valeur quantitative ca 1100 un poi de (Roland, 300). C. Valeur de n. ou de nom. 1. peu empl. abs. a) désigne des hommes - fonction de suj. ca 1100 poi (ibid., 3632); b) désigne un inanimé - fonction de compl. de verbe début xiies. poi (St Brendan, 414); - fonction d'attribut ca 1165 po ([Chrétien de Troyes], Guillaume d'Angleterre, éd. M. Willmotte, 3104); - fonction de suj. 1174 poi (Guernes de Pont-Ste-Maxence, op. cit., 709); 2. un peu - fonction de suj. début xiies. un poi (St Brendan, 1331); 3. peu (de) précédé de l'art. déf. ou d'un déterm. poss. ou dém. a) ca 1170 cel poi de (Rois, éd. E. R. Curtius, p.26); 1306 ce pou de (Joinville, St Louis, éd. N. L. Corbett, § 618); b) 1559 mon peu de (sens et de littérature) (Amyot, Vies des hommes illustres, foaii vo-aiii ro); c) 1694 le peu que j'ai fait pour vous, le peu qui me reste à vivre, le peu de cas qu'on en fait (Ac.); 1798 excusez du peu (ibid.); 4. début xiies. pur un poi ne «il s'en faut de peu que» (St Brendan, 754); ca 1190 par un poi (Renart, éd. E. Martin, branche VI, 725); ca 1225 poi en faut que (Huon de Bordeaux, 1952); ca 1500 peu s'en faut (Philippe de Commynes, Mémoires, éd. J. Calmette, chap. 3, t.1, p.24); xves. [date du ms.] paul s'en faut que (La jovene puchielle de Nivielle, ms. Valenciennes, fo293a ds Gdf. Compl., s.v. pou2); 1160-74 poi et poi «petit à petit» (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, III, 8193); ca 1165 poi et petit (Benoît de Ste-Maure, Troie, 21567); xiiies. poi a poi (Isopet de Lyon, 2685 ds T.-L.); 1487 a pou pres (Vocab. lat.-fr., Loys Garbin, s.v. fere); 5. constr. prép. 1651 depuis peu (Corneille, Nicomède, I, 1); 1671 dans peu (Pomey); 1718 de peu (se contenter, vivre) (Ac.); 1718 attendre un peu (ibid.); 1787 sous peu (Fér. Crit.). D. Adj. - notion de quantité début xiies. poi (St Brendan, 1452); - notion de temps id. (ibid., 1774). Du lat. vulg. paucum, neutre adv. tiré du lat. class. paucus «peu nombreux» (empl. surtout au plur.) qui a éliminé les adv. class. parum «peu» et paulum «un peu» (cf. ital.-esp. poco, port. pouco). Paucum a donné régulièrement pou (forme empl. dans Alexis), var. po, pic. pau, devenu peu vers le mil. du xiies. soit par fermeture de ọṷ en o̱ṷ, l'accent étant devenu secondaire dans des expr. du type pou de témps (R. Haberl ds Z. rom. Philol. t.36, p.309), soit par assimilation d'aperture du 1erélém. au second (Fouché, t.2, p.309). Une autre forme poi (empl. dans Roland) est d'orig. très discutée, v. FEW t.8, p.54b-55a. Pour Hasselrot (St. neophilol. t.17, p.287), elle serait issue de pauci, nomin. masc. plur. de paucus, devenu powi (au lieu de *poydzi) p. anal. avec paucus > *powus. Cette hyp. est étayée par l'empl. fréq. de poi = pauci. À la différence de la plupart des autres lang. rom., le gallo-rom. n'emploie guère paucus que dans sa forme indéclinable. L'empl. de l'adj. lat. ne persiste pas au-delà de l'a. fr. (supra D). Dans les parlers gallo-rom. (en partic. dans l'Ouest), peu est concurrencé par l'expr. un petit att. dès 1135 en a. fr. (petit2*). La loc. pop. un petit peu résulte sans doute de la rencontre de un peu et de un petit. Fréq. abs. littér.: 94144. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 117856, b) 137892; xxes.: a) 133260, b) 145795. Bbg. Anscombre (J.-C.). Échelles argumentatives, échelles implicatives et lois de discours. Semantikos. 1978, t.2, no2/3, pp.43-44. - Blumenthal (P.). À propos de qq. applications de la not. de présupposition. Cah. Lexicol. 1973, no22, pp.51-57. - Cohen 1946, p.60. - Dauzat Ling. fr. 1946, p.29, 34, 157. - Ducrot (O.). La Description de peu et un peu. T. A. Inform. 1969, no1, pp.11-13; Dire et ne pas dire. Paris, 1972, p.62, 191, 257; Lexique et grammaire: peu et un peu. Cah. Lexicol. 1970, t.16, pp.21-52; Les Mots du discours. Paris, 1980, pp.66-69. - Martin (R.). Analyse sém. du mot peu. Lang. fr. 1969, no4, pp.75-86. - Quem. DDL t.19. - Togeby (K.). Il le faut. In: [Mél. Lombard (A.)]. Lund. 1969, p.225. - Wimmer (Chr.). Présupposé et théorie guillaumienne à propos de peu et de un peu. Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1974, t.12, no1, pp.249-279.

Wiktionnaire

Adverbe

peu \pø\ invariable

  1. Presque pas ; pas beaucoup.
    • J’ai peu mangé.
    • J’aime peu les proverbes.
  2. Presque pas ; pas très.
    • Il y a des cépages peu hâtifs qui prudemment n'ont pas « débourré » — et, chose remarquable, ce ne sont pas ceux dits « du pays » qu'on s'obstine, aveuglément, à recommander. — (Revue de viticulture, volume 19, 1903, p. 527)
    • Ce film est peu intéressant.
  3. (Avec de) Presque aucun. Pas beaucoup.
    • Peu de gens le savent.
    • Il arrivera dans peu de jours.
  4. (Par ellipse) Peu de choses.
    • [...] je l'ai suppliée de vous envoyer quelque secours. [...] Elle m'a donc répondu que peu ne vous servirait à rien, et que, dans la vie simple que vous menez, beaucoup vous embarrasserait. — (Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie, 1788)

Nom commun

peu \pø\ masculin, au singulier uniquement

  1. Petite quantité.
    • Le peu que j’ai fait pour vous ne mérite pas tant de remerciements, Le peu qui me reste à vivre.
    • Le peu de cas qu’on en fait. Son peu de mérite. Il vit du peu qu’il a.
    • Excusez mon peu de mémoire. J’attribue cela au peu de soin que vous avez eu.
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Littré (1872-1877)

PEU (peu) s. m.
  • 1Une petite quantité.

    Peu construit avec l'article défini, ou avec l'adjectif possessif, ou un pronom démonstratif. Si je t'abandonnais à ton peu de mérite, Corneille, Cinna, v, 1. Quand je dis point, je veux dire très peu ; Encor ce peu lui donnait de la peine, La Fontaine, Calendr. Vous le voyez ; sans moi vous y seriez encore ; Et vous aviez besoin de mon peu d'ellébore, Molière, Sgan. 22. Le peu de sûreté que j'ai vu pour ma vie à retourner à Naples, Molière, Avare, v, 5. Le peu du juste vaut mieux que l'abondance du pécheur, Fléchier, Serm. I, 213. Je ne croyais pas que j'eusse besoin de cet exemple pour justifier le peu de liberté que j'ai prise, Racine, Andr. Préf. Le peu qu'il avait appris d'histoire naturelle, de chimie et d'anatomie au collége de Beauvais, Mairan, Éloge de Petit.

    Excusez du peu, se dit ironiquement à celui qui se plaint qu'on ne lui donne pas assez, bien qu'on lui donne beaucoup ; il se dit aussi quelquefois pat celui même qui trouve qu'on lui donne trop.

    Excusez du peu, se dit encore quand on énonce un gros chiffre. Elle a un million de dot ! excusez du peu.

    Le peu, le petit nombre. Le peu qu'il en restait, n'osant quitter son trou, Ne trouvait à manger que le quart de son soûl, La Fontaine, Fabl. II, 2.

    Le peu, le peu de temps. Le peu que nous avons à les posséder [les choses de ce monde], Massillon, Carême, Emploi du temps.

    Le peu que je suis, le peu qu'il est, c'est-à-dire mon peu, son peu de rang, de mérite. S'il faut percer le flanc d'un prince magnanime, Qui du peu que je suis fait une telle estime…, Corneille, Cinna, III, 3. Et malgré tout le peu que le ciel m'a fait naître…, Corneille, Sertor. II, 2.

  • 2Peu, avec l'article un, une petite quantité, construit avec un substantif. Je vous recommande, ma chère enfant, un peu de repos, un peu de tranquillité, un peu de résignation aux ordres de la Providence, un peu de philosophie, Sévigné, 26 nov. 1688. Après avoir fait un peu plus de bruit les uns que les autres, Bossuet, Duch, d'Orl. Ô mort, éloigne-toi de notre pensée, et laisse-nous tromper pour un peu de temps la violence de notre douleur, Bossuet, ib. Je vois ce qui se fait, j'entends ce qui se dit ; On devine le reste avec un peu d'esprit, Picard, Entrée dans le monde, I, 7.

    Construit avec un verbe ou un autre mot. Comme j'aime beaucoup, j'espère encore un peu, Corneille, Rodog. III, 5. Je crois que j'arriverai à Grignan un peu après vous, Sévigné, 134. Mandez-moi quand vous aurez cette lettre ; elle est un peu comme celles de Cicéron, Sévigné, 418. Il m'accoste, me salue, me demande si je sais la musique ; je réponds un peu, pour faire entendre beaucoup, Rousseau, Confess. IV.

    Explétivement. Donnez-moi un peu le pot de chambre, dit la Rancune, Scarron, Rom. com. I, 6. Dites-moi un peu, messieurs, de quel côté de la forêt est le rendez-vous de la chasse, Collé, Part. de chasse de Henri IV, I, 2.

    Populairement. Un petit peu, très peu.

    Ironiquement. Un peu, se dit pour beaucoup. Vous pourriez un peu loin pousser ma patience, Seigneur…, Corneille, Pulch. I, 1. Je crains que le pendard, dans ses vœux téméraires, Un peu plus fort que jeu n'ait poussé les affaires, Molière, Éc. des f. II, 6.

    Un peu bien ou un peu beaucoup, très , trop, beaucoup trop. Je tarde un peu beaucoup pour votre impatience, Corneille, l'Illus. I, 2. C'est en votre faveur être un peu bien crédule, Corneille, Œd. I, 3. L'une [femme] encor verte, et l'autre un peu bien mûre, La Fontaine, Fabl. I, 17. Je t'ai fait cette confidence avec franchise, et cela m'est sorti un peu bien vite de la bouche, Molière, Festin, I, 1. Mais, mon oncle, il me semble que vous vous jouez un peu beaucoup de mon père, Molière, Mal. imag. III, 23.

    Un peu bien du, suivi d'un substantif, beaucoup trop de. Vous montrez cependant un peu bien du mépris, Corneille, Pomp. II, 3. C'est pour un grand monarque un peu bien du scrupule, Corneille, Œd. I, 3.

    Un peu bien du… n'est pas français, dit Voltaire. Il faut dire simplement qu'il est archaïque et peu usité.

    Un peu, se dit, dans un langage très familier, comme une affirmation dédaigneuse. Vous vous mariez, ma sœur. - Un peu, mon frère, Dancourt, Prix de l'arquebuse, sc. 5.

    Populairement, on dit, pour la rime : un peu, mon neveu.

  • 3Peu sans article, peu de chose. Dans les choses de peu si tu ne te commandes, Dis, quand te pourras-tu surmonter dans les grandes ? Corneille, Imit. I, 11. Peu, avec la crainte de Dieu, vaut mieux que de grands trésors qui ne rassasient point, Sacy, Bible, Prov. de Salom. v, 16. Vivre de peu et presque de rien, Bossuet, Hist. II, 6. C'était bien fait assurément de compter pour beaucoup la communion des fidèles ; mais ce n'était pas bien fait de compter pour si peu leur sûreté, leur liberté, leur vie, Rousseau, Lett. de la Mont. V. Peu dit beaucoup à qui sait écouter, Delille, Convers. I. Son roi va le payer [Colomb] des maux qu'il a soufferts : Des trésors, des honneurs en échange d'un monde, Un trône, ah ! c'était pou ! que reçut-il ? des fers, Delavigne, Messéniennes.

    Dans cet emploi, peu se construit avec les verbes actifs, et il en est le régime. Il boit peu. Il a peu bu.

    Être peu, être de peu de valeur, en parlant des choses. Tout votre sang est peu pour un bonheur si doux ! Corneille, Poly. IV, 3. Comme si c'était peu que mes ressentiments, Molière, Psyché, IV, 5.

    Un homme de peu, un homme de basse condition. Une femme de peu se présente à ma vue, Mairet, Soliman, I, 1. …un personnage Lourd et de peu…, La Fontaine, Mandr. Saint-Laurent était un homme de peu, sous-introducteur des ambassadeurs chez Monsieur, Saint-Simon, 1, 41.

    Familièrement. Il n'y en a pas pour peu, il y en a beaucoup.

    Populairement. Peu ou prou, ni peu ni prou ; peu ou beaucoup, ni peu ni beaucoup. Je n'en ai ni peu ni prou.

    Peu ou point, presque point ; ni peu ni point, point du tout. Il a peu ou point de santé. Je n'en ai ni peu ni point.

    Mettre peu pour son compte, mettre peu dans le commerce de la vie, contribuer faiblement au bien-être commun, ou à la conversation, ou à l'amusement.

    C'est peu de, suivi d'un substantif, signifie que la chose dont il s'agit ne suffit pas, ou qu'on ne s'y arrête pas, qu'on ne s'y borne pas. C'est trop peu de Jason que ton œil me dérobe, C'est trop peu de mon lit ; tu veux encor ma robe, Rivale insatiable…, Corneille, Médée, IV, 1. Pour ébranler mon cœur Est-ce peu de Camille ? y joignez-vous ma sœur ? Corneille, Hor. II, 6. C'est peu de quatre jours pour un tel sacrifice, Corneille, Tite et Bérén. v, 2. C'était peu de nos maux ; nous y joignons nos vices, Collin D'Harleville, Optimiste, III, 9. Encore est-ce peu du talent, ce don précieux de la nature, si le travail ne le développe…, Marmontel, Œuv. t. IX, p. 448.

    On dit quelquefois : c'est peu… que de… Pour en venir à bout, c'est trop peu que de vous, Corneille, Cid, V, 1.

    C'est peu de… avec un verbe à l'infinitif. Pauline : C'est peu de me quitter, tu veux donc me séduire ? - Polyeucte : C'est peu d'aller au ciel, je vous y veux conduire, Corneille, Poly. IV, 3. C'est peu d'être philosophe, il faut être chrétien, Maintenon, Lett. à M. d'Aubigné, 11 juill. 1684.

    C'est peu que… avec le verbe au subjonctif. C'est peu que, le front ceint d'une mitre étrangère, Ce lévite à Baal prête son ministère, Racine, Athal. I, 1.

    C'est peu fait à vous de…, c'est-à-dire vous aurez fait peu quand vous aurez… Apprenez de mon prince, ô monarques vainqueurs, Que c'est peu fait à vous de reprendre une place, Si vous ne trouvez l'art de regagner les cœurs, Corneille, Inscript. mises sous des estampes, XIV, la paix d'Alet.

  • 4Peu, peu de gens, avec le verbe au pluriel. Beaucoup par un long âge ont appris comme vous, Que le malheur succède au bonheur le plus doux ; Peu savent comme vous s'appliquer ce remède, Corneille, Hor. V, 2. J'ai permis à fort peu de lui rendre visite, Corneille, Perthar. IV, 3. Il régna dès l'enfance et régna sans jaloux, Estimé d'assez peu, mais obéi de tous, Corneille, Pulch. IV, 2. Assez de gens méprisent le bien, mais peu savent le donner, La Rochefoucauld, Maximes, 308. Mais, dit Machiavel, peu sont corrompus par peu, Montesquieu, Espr. VI, 5. Combien peu ont assez de vie pour voir toute leur gloire et toute leur influence ! La Harpe, Éloge de Voltaire.
  • 5Peu, sans article et construit avec un substantif, en petite quantité. Trop peu d'honneur pour moi suivrait cette victoire, Corneille, le Cid, II, 2. Si vous avez beaucoup de bien, donnez beaucoup ; si vous en avez peu, ayez soin de donner de ce peu, même de bon cœur, Sacy, Bible, Tobie, IV, 9. Il y a peu de familles dans le monde qui ne touchent aux plus grands princes par une extrémité et, par l'autre, au simple peuple, La Bruyère, XIV. Le tribunat sagement tempéré est le plus ferme appui d'une bonne constitution ; mais, pour peu de force qu'il ait de trop, il renverse tout, Rousseau, Contrat, IV, 5. Tout ce qui doit finir est de peu de durée, P. Lebrun, Poésies, t. I, p. 28.

    Un homme comme il y en a peu, un homme rare en son espèce. Les auteurs d'entre les modernes… un médecin comme il y en a peu, Diderot, Lett. s. la chirurgie.

    Peu de chose, une chose petite. Pour mériter ce sort, je suis trop peu de chose, Molière, Mélic. I, 5. Peu de chose nous console, parce que peu de chose nous afflige, Pascal, Pens. VI, 22 bis, éd. HAVET.

    C'est peu de chose se dit d'une personne, d'une chose dont on ne fait point de cas. Quand on l'ignore [qu'une femme est infidèle], ce n'est rien ; Quand on le sait, c'est peu de chose, La Fontaine, Coupe enchant. Je vous exhorte à jouir, autant que vous pourrez, de la vie qui est peu de chose, sans craindre la mort qui n'est rien, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 13 oct. 1759.

    C'est peu de chose que de nous, se dit pour exprimer que la condition humaine est bien précaire. ris adverbialement et construit avec un verbe, ou un adjectif, ou un adverbe, en petite quantité, Fort peu. Bien peu. Dieu les épargne si peu [les grands], qu'il ne craint point de les sacrifier à l'instruction des hommes, Bossuet, Duch. d Orl. Aussi peu capable de commettre une injustice que de la souffrir, Fléchier, Duc de Mont. J'ai honte de me voir si peu digne de vous, Racine, Mithr. III, 1. Jeunes, pleins de la première ardeur de savoir, fort unis, et, ce que nous ne comptions peut-être pas alors pour un assez grand bien, peu connus, Fontenelle, Varignon. Il est vrai que je suis un peu sourd, un peu aveugle et un peu impotent, Voltaire, Lett. d'Argental, 20 juin 1774. Peu ou point détournés de leurs travaux, Rousseau, Gouvern. de Pologne, ch. 12. Cette lettre, qui est si peu celle d'un roi, et qui n'en est pour moi que plus précieuse et plus chère…, D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 15 août 1776.

    Acheter peu, acheter à bon marché. De me nourrir de viandes saines, et de les acheter peu, La Bruyère, X.

    Peu souvent, assez rarement. Il arrive peu souvent que l'amitié qui est entre les hommes soit de longue durée.

    Le peu souvent que.., le peu de fois que… …Le peu souvent que ce bonheur arrive, Piquant notre appétit, rend sa pointe plus vive, Corneille, Veuve, I, 1, 1re édit.

    Peu… que, c'est-à-dire peu… si ce n'est. La nation moscovite peu connue que de ses plus proches voisins, Fontenelle, Czar Pierre.

  • 6Peu à peu, loc. adv. Lentement, insensiblement. Si on pouvait observer une langue dans ses progrès successifs, on verrait les règles s'établir peu à peu, Condillac, Gramm. I, 8.

    Peu à peu se dit en vers sans hiatus. Son regard peu a peu ralentit sa fierte, Desmarets, dans MALH. édit. de MÉNAGE, p. 274.

  • 7Dans peu, sous peu, loc. adv. Dans peu de temps. Il arrivera sous peu. Je reviendrai dans peu conter de point en point Mes aventures à mon frère, La Fontaine, Fabl. IX, 2. Dans peu tu te maries, Boileau, Sat. x.

    Substantivement. Mais dans peu… Ce dans peu pour eux n'est qu'une fable, Hauteroche, le Soup. mal apprêté, sc. 1.

    Il y a peu, depuis peu de temps. Il y a trop peu que je suis dans un pays où…, Sévigné, 24 juill. 1689. Il y a si peu que la Pentecôte est passée, Sévigné, 22 juin 1689. Il y avait fort peu que mon père avait fait une retraite à Saint-Lazare, Saint-Simon, 6, 78.

    Depuis peu, depuis peu de temps. Votre frère son fils, depuis peu de retour…, Corneille, Nicom. I, 1.

    Peu après, peu de temps après.

  • 8Quelque peu, un peu. Un païen qui sentait quelque peu le fagot, La Fontaine, Fabl. IV, 19. Est-il juste qu'on meure Au pied levé ? dit-il [le centenaire] : attendez quelque peu, La Fontaine, ib. VIII, 1. J'en avais fait à sa mère quelque peu d'ouverture, Molière, l'Avare, IV, 3. À vous le dé ; vous méritez la place Quelque peu mieux que messieurs tels et tels, Millevoye, Épigr. Le fauteuil académique.
  • 9Tant soit peu, très peu. Et si j'ai sur ce point Acquis tant soit peu d'habitude, La Fontaine, Fabl. XI, 4. Ne croyez pas que ces excessives et insupportables douleurs aient tant soit peu troublé sa grande âme, Bossuet, Duch. d'Orl.

    Substantivement. Un tant soit peu, très peu. Ne m'en donnez qu'un tant soit peu. Douce monnaie, un tant soit peu légère, Marquée au coin des volages amours, Millevoye, la Femme.

  • 10À peu près, à peu de chose près, presque, environ. Depuis la guerre de Troie, la Grèce fut barbare, ou à peu près, jusqu'à Solon, Condillac, Hist. anc. III, 12.

    Substantivement. Cet à peu près est admirable ! Bossuet, Variat. XII, 24. Nous ne sommes guère faits pour avoir une notion exacte des choses : l'à peu près est notre guide, Voltaire, Ess. mœurs, Rem. XIX. Vous me demandez si je suis à peu près heureux ? il n'y a en effet en ce genre que des à peu près ; mais quel est votre à peu près, madame ? Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 21 oct. 1770.

  • 11Si peu que rien, une très petite quantité. Je promets à Monsieur d'Orléans, et à ceux que vous emploierez auprès de lui, de l'immortalité selon mes forces ; c'est-à-dire si peu que rien, Scarron, Lett. Œuv. t. I, p. 166, dans POUGENS.

    Si peu que, loc. conj. avec le subjonctif, en quelque petite quantité que… Dieu sait combien cette inquisition croîtra en peu de temps, si peu qu'elle puisse prendre racine, Pascal, Prov. XIX. Si peu qu'on ait considéré les anciens monuments de l'Église, Bossuet, Hist. II, 13. Si peu qu'on excitât la vivacité de Philoctète, on lui faisait dire ce qu'il avait résolu de taire, Fénelon, Tél. XVI.

  • 12Pour peu que, loc. conj. avec le subjonctif, pour quelque petite quantité que. Et pour peu qu'on le pousse, il est prêt d'éclater, Corneille, Pomp. IV, 1. Pour peu de réflexion que vous fassiez sur la manière dont on se gouverne à la cour, Bourdaloue, Myst. Pass. de J. C. t. I, p. 177. Dans un pays où, pour peu de grandeur qu'on ait, on en a toujours plus que de bonheur, Maintenon, Lett. à Mme de St-Geran, t. II, p. 101, dans POUGENS.

PROVERBES

Paix et peu, c'est-à-dire la paix, la tranquillité avec peu de bien est préférable à beaucoup de bien sans la paix.

Peu et bon signifie qu'on se contente de peu pourvu que ce peu soit bon.

À grands seigneurs peu de paroles, c'est-à-dire il faut leur expliquer en peu de mots ce qu'on veut leur faire entendre.

REMARQUE

1. Le peu d'eau que j'ai bu ou bue : cela dépend du mot auquel on fait rapporter que ; si c'est à peu, mettez bu ; si c'est à eau, mettez bue. Mais auquel faut-il le faire rapporter ? Cela dépend entièrement de la pensée de celui qui parle. Le peu de confiance que vous m'avez témoignée m'a rendu le courage ; en cette phrase on veut dire que la confiance témoignée, quoique petite, a rendu le courage. Le peu de confiance que vous m'avez témoigné m'a ôté le courage ; en cette phrase on veut dire que peu de confiance a été témoigné. Le peu d'habitants que la guerre a laissés dans cette ville ne sont pas à craindre : ce sont les habitants laissés dont il s'agit ; mais le peu d'habitants que la guerre a laissé empêche de garder les murailles, c'est le peu laissé qui empêche.

2. Peu joint à la préposition de et suivi d'un nom au singulier régit le verbe au singulier : Peu de monde a su mon arrivée ; mais il régit le verbe au pluriel, quand il est suivi d'un substantif pluriel : Peu de paroles suffisent au sage.

3. Si peu est déterminé avec un nom au pluriel, on peut mettre le verbe au pluriel ou au singulier, suivant l'idée qu'on aura : Ce peu de mots suffira ou suffiront.

4. Il faut se garder de confondre peu et guère. Guère veut dire beaucoup ; seulement, comme il ne se construit qu'avec la négation, ainsi construit il signifie peu.

HISTORIQUE

XIe s. Ainz i ferai un poi de legerie, Ch. de Rol. XX. Donc [il] at tel duel [deuil] pour poi d'ire ne fent, ib. XXII. De nos Franceis me semble aveir mult poi, ib. LXXX.

XIIe s. Fors qu'un seul pou lui messiet, ce m'est vis : Ce que trop [elle] tient ses ieus de moi eschis [éloignés], Couci, IX. Poi aime son seigneur… Qui par fausse achoison [imputation] de lui servir se part, Sax. XI. Tuit sevent qu'il [le roi] vus ad durement honuré, Del poi ù vus trova hautement alevé, Th. le mart. 83. Et jà soit ce que la pense [pensée] ait alcune poie chose comprise de lui [Dieu], Job, p. 479.

XIIIe s. Rois, vous savez que Diex a pou d'amis, Ne onques mais n'en ot si grant mestier [besoin pour la croisade], Quesnes, Romancero, p. 101. Lors a la male vieille un poi avant passé, Berte, X. Vous en avez assez et je en ai trop po, ib. XXXII. [Il] A la chasse laissie ; à ceste heure lui fu mout pou de chasserie [la chasse lui soucia peu], ib. CXIX. Mès l'entrée ert d'estroite manche, Le col si fort li estraingnoit, à par un pou ne l'estrangloit, Ren. 7626. Que por Dieu li doint… Ou poi ou grant de sa viande, ib. 966. Sovaigne vos que li apostre N'orent pas paradix por pou, Rutebeuf, I, p. 123. Après la bataille mons. Gautier, estoit frere Guillaume de Sonnac, mestre du Temple à [avec] tout ce pou de freres qui li estoient demourez de la bataille du mardi, Joinville, 232.

XIVe s. Aucun peu different les bons et les malvais en…, Oresme, Eth. 30.

XVe s. S'il l'eust tant soit peu tenue, la ville de Meleun eust été mieulx advitaillée qu'elle ne fut, Chartier, Hist. de Charles VII. Et ne mengeoient seulement que chair de cheval ; qui est une chose peu ou neant nourrissant, Juvénal Des Ursins, Charles VI, 1420. Et division se mist entre eulx, qui a duré jusques au jourdhuy ou peu s'en fault, Commines, I, 3.

XVIe s. Elle estoit poy plus poy moins [environ] grosse comme la pile St-Mars, Rabelais, Garg. I, 16. Vray est que ce peu [la moelle] plus est delicieux que le beaucoup de toutes aultres, Rabelais, ib. I, prol. Peu de temps aprez, le bon Pantagruel tumba malade, Juvénal Des Ursins, Pant. II, 33. Certains petitz boucliers legiers, sonnans et bruyans quand on y touchoyt tant peu feust, Juvénal Des Ursins, ib. V, 39. Vray est qu'il y en avoit peu [de vin], et ne vous plaist ce que l'on dist communement : un peu et du bon, Juvénal Des Ursins, IV, anc. prol. Ainsi peu près au juge devisay, Marot, I, 260. A peu que je ne leur fay la response, que feit Virgile à un quidam Zoile, qui…, Du Bellay, J. II, 5, recto. Mais pour venger l'injure d'un empire, Si peu de sang pourroit il bien suffire ? Du Bellay, J. V, 52, verso. Ainsi de peu à peu creut l'empire romain, Du Bellay, J. VI, 59, verso. En si peu que de rien [en un instant], Du Bellay, J. VI, 62, recto. Sa fureur pour un temps cachée Sembloit quelque peu relaschée, Du Bellay, J. VII, 47, verso. J'ay des premiers de ceux du mestier dont je suis, Osé vous estrener de ce peu que je puis, Du Bellay, J. VIII, 57, verso. Pour ne perdre peu de [quelques] corps morts, Montaigne, I, 19. C'est peu de chose… ce n'est pas chose de peu, Montaigne, I, 107. Ils vous estiment de peu [ils font peu de cas de vous], Montaigne, I, 140. Il n'est rien plus gay, et, a peu que je ne die, follastre, Montaigne, I, 175. Pour peu que nostre raison se destourne de la voye trassée, Montaigne, I, 256. Mais je m'en voys un peu bien à gauche de mon theme, Montaigne, III, 117. Un homme de peu, Montaigne, IV, 53. Ceci doit suffire, pour faire conoistre que le peu s'augmente et le beaucoup s'en tretient par le moyen de la concorde, Lanoue, 53. Il les faut bien remarquer, et n'imputer pas à tous la faute de peu, Lanoue, 85. Peu de choses lui plaisent et beaucoup lui déplaisent, Lanoue, 149. … Se soucient peu ou point de la misere des affligez, Lanoue, 215. Le trop ou le peu apportent difformité, Lanoue, 261. Poco y bueno : qui est à dire peu et bon, Lanoue, 273. Vous aurez pour agreable l'affection que j'ay eu d'enrichir nostre langue, selon la foible portée de mon peu de sens et de litterature, Amyot, Épît. Ilz s'y assembloient par quinzaines en chasque sale, peu plus ou peu moins, Amyot, Lyc. 18. Brennus prit Rome peu plus de 360 ans après sa premiere fondation, Amyot, Cam. 39. Là les capitaines comploterent pour empescher à leur chef l'essai de ce logis avec son peu, en lui reprochant St-Mandé, D'Aubigné, Hist. III, 9. Si peu que tu vivras, tu vivras en moleste, Ronsard, 870. … Dites moi un peu, escoutez un peu, H. Estienne, Conform. p 79. Peu de bien, peu de souci, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 371. Peu parler, bien ouvrer, Leroux de Lincy, ib. Je pense, sans estre deceu, Que ce n'est rien, ou c'est bien peu, Am. Jamyn, Poésies, p. 151, verso, dans LACURNE.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

PEU. - REM. Ajoutez :

5. À la phrase de Corneille, rapportée au n° 3 : Pour en venir à bout c'est trop peu que de vous, ajoutez cet exemple semblable de Régnier, Dialogue : Il croit que c'est pour moi trop peu que d'un supplice.

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Étymologie de « peu »

Wallon, pô, pok ; bourg. pecho ; picard, poke à poke ; provenç. pauc ; cat. poc ; port. pouco ; esp. et ital. poco ; du lat. paucus ; comparez le goth. favs ; anc. haut-allem. fohe ; angl. few.

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De l’ancien français pou, du latin paucum. Cognat de l’italien poco, de l’espagnol poco, du portugais pouco, de l'occitan pauc.
Ce mot dénote une supplétion car son étymologie est distincte de celle de moins.
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Phonétique du mot « peu »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
peu

Citations contenant le mot « peu »

  • Malheur à ceux qui se contentent de peu. Henri Michaux, Ecuador, Gallimard
  • Une règle d'or : faire peu de choses. Henry Millon de Montherlant, Carnets, Gallimard
  • L'homme ne peut aboutir qu'à des à peu près. Jules Supervielle, Boire à la source, Gallimard
  • Celui à qui on pardonne peu, aime peu. De Saint Luc
  • Le monde estime peu celui qui paie peu. De Luigi Settembrini / Le Ricordanze
  • Savoir un peu plus et vivre un peu moins. De Baltasar Gracian y Morales / Oraculo manual
  • Nous sommes peu à penser trop, trop à penser peu. De Françoise Sagan
  • Tous les yeux regardent, peu observent, très peu voient. De Albert Sanchez Pinol / La peau froide
  • Qui sait peu, ignore aussi très peu. De Roger-Pol Droit / Si je n'avais plus qu'une heure à vivre
  • Parlons peu, mais parlons bien. De Proverbe français
  • Etre vrai, peu le peuvent ! De Friedrich Nietzsche
  • Mieux vaut peu que rien. De Libanios
  • Grand parleur est peu consulté. De Proverbe
  • Un peu de vice vaccine. De Roger Gouze / Les miroirs parallèles
  • Trop est pire que peu. De Proverbe japonais
  • C'est grâce à 92 millions d'euros d'économies (environ 60 % de la baisse des revenus) qu'il peut limiter la baisse de son résultat opérationnel courant à 43 % sur un an, soit 84 millions. La marge opérationnelle tombe de 20,7 % au 30 juin 2019, à 15,1 %, un niveau qui a toutefois encore de quoi faire rêver de nombreux médias. Les Echos, M6 : la chute de la publicité un peu moins lourde que prévu | Les Echos
  • « Quand êtes-vous arrivé à Clermont ?J'y suis depuis hier (lundi). Je me suis entraîné ce mardi après-midi, j'ai fait la séance de musculation avec les autres joueurs. Je me suis présenté devant tout le monde ce matin, c'était un peu stressant, il y avait plein de nouvelles têtes. Après, j'étais un peu soulagé. L'Équipe, Tavite Veredamu (Clermont) : « Un peu stressant » - Rugby - Top 14 - ASM - L'Équipe
  • Les cinémas ne font pas le plein. Un peu plus d'un mois après la réouverture des salles obscures (le 22 juin), le cinéma n'a pas retrouvé ses spectateurs. En Drôme Ardèche, certains établissements affichent trois quarts d'entrées en moins par rapport à un mois de juillet normal.  France Bleu, Un peu plus d'un mois après la réouverture, les cinémas peinent à renouer avec leurs spectateurs
  • Thierry Laurey (entraîneur de Strasbourg, après la victoire en amical contre Montpellier 2-1) : « On ne s'attendait pas à ce que ce soit intense physiquement, en fin de stage. On a eu du mal à entrer dans le match. Ensuite, peut-être parce que Montpellier a baissé un peu le pied, on a repris le contrôle du jeu, l'égalisation était méritée. On a été un peu plus homogènes qu'eux sur l'ensemble. Le résultat est secondaire. On a des choses à corriger sur le positionnement, mais c'était plutôt bien. Je trouve que l'on est un peu plus maître du jeu que l'an passé, on sent qu'il y a un peu plus de maîtrise. On arrive à faire des séquences intéressantes. (Sur le potentiel offensif de Montpellier) Delort-Laborde-Mavididi, ce sont des joueurs de talent, et quand tu as Ferri-Savanier-Mollet au milieu en plus, c'est une équipe au potentiel très très intéressant. Mavididi vient d'arriver, je ne sais pas s'ils vont toujours jouer dans ce système-là qui est nouveau (le 4-3-3), mais ils ont le matériel pour faire très mal cette saison. » L'Équipe, Thierry Laurey (Strasbourg) : « Je trouve que l'on est un peu plus maître du jeu que l'an passé » - Foot - Amical - Strasbourg - L'Équipe
  • Petite déception avec la confiance des consommateurs qui rechute vers 92,6 contre 98,3 en juin (chiffre révisé par le Conference Board): le consensus tablait sur une légère dégradation vers 96.Rappel: le baromètre du Conference Board a inscrit ses 2 extrêmes à 2 mois de distance : 85.7 fin mars après un plus haut de 20 ans à 132.6 en février.La Fed publiera bien son communiqué demain soir, au terme de deux jours de réunion de son comité de politique monétaire (FOMC) et son président, Jerome Powell, s'exprimera dans la foulée lors d'une conférence de presse: le repli du Dollar prend de telles proportions (il se raffermit un peu vers 1,1715/E contre 1,1750 la veille) que le patron de la FED pourrait adopter un ton moins accommodant afin de lui permettre de remonter un peu face aux principales devises de réserve. , CAC40: rebondit un peu dans le sillage du $, LVMH cède -4% - EasyBourse
  • Et d’ajouter sur le potentiel de l’AS Audincourt en R1 : « Sincèrement, je manque de repères. On dit que le niveau s’est peut-être affaibli avec le passage à trois groupes. Je n’en suis pas encore absolument convaincu. Avec les réserves qui ont toujours deux facettes, avec trois équipes bourguignonnes que je ne connais pas, avec des équipes qui semblent ambitieuses, on va songer dans un premier temps au maintien, on est promu, c’est logique. On verra après. Et par exemple, je ne pense pas que ce soit une bonne chose d’affronter une réserve d’entrée de jeu (ASMB 2) parce qu’il y a beaucoup de joueurs qui veulent se montrer pour évoluer plus haut et qui ont souvent profité de la préparation de l’équipe A ». , Sport franc-comtois | Audincourt revient un peu dans l’inconnu…
  • Quelques jours après l'annonce des secrétaires d'Etat, Emmanuel Macron a dévoilé la photo officielle du nouveau gouvernement. Un cliché un peu particulier... Closermag.fr, Emmanuel Macron dévoile la photo officielle (un peu spéciale) de son nouveau gouvernement - Closer
  • Doncic passe proche, mais évite de peu la caméra. Les dégâts n’auraient pas été sérieux, mais sa main gauche aurait pu souffrir. Luka a le bon réflexe et peu éviter la « robo cam » au dernier moment. Parlons Basket, NBA - Quand Luka Doncic évite de peu de se faire mal à cause... d'une caméra !
  • Certains parlent donc de « crottes de nombril » parmi les nombreux qualificatifs de ces bouloches se logeant au creux de ce petit orifice. Mais contrairement aux autres crottes abordées dans cette série, celles que l’on peut parfois retrouver dans le nombril ne sont pas des crottes à proprement parler. , C'est un peu cracra : Mais au fait, les crottes de nombril sont-elles de vraies crottes ?
  • Léo Lombardozzi : C’est surtout une question de travail. Et d’affinités, selon les formats : tournoi, le cash game ou expresso. Il n’y a pas de licence pour te certifier : «joueur professionnel». Tu l’es quand cela paie ton loyer et ta bouffe. C’est pas comme au foot, une histoire de statut entre le monde amateur en National et la Ligue 2 professionnelle. Au poker, tu as des mecs qui vont se prétendre pros, alors qu’ils gagnent moins que d’autres qui ne revendiquent aucun statut. Tout est une question de considération. Maintenant que je suis sponsorisé par Winamax, aux yeux du grand public, je suis professionnel. Mais des joueurs sponsorisés dans le monde il y en a très peu, une trentaine. Sportune, Léo Lombardozzi : "Je suis un peu le Villas-Boas du poker"

Images d'illustration du mot « peu »

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Traductions du mot « peu »

Langue Traduction
Anglais little
Espagnol pequeño
Italien poco
Allemand wenig
Chinois
Arabe قليل
Portugais pequeno
Russe маленький
Japonais 少し
Basque gutxi
Corse pocu
Source : Google Translate API

Synonymes de « peu »

Source : synonymes de peu sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « peu »

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