La langue française

Farouche

Sommaire

  • Définitions du mot farouche
  • Étymologie de « farouche »
  • Phonétique de « farouche »
  • Évolution historique de l’usage du mot « farouche »
  • Citations contenant le mot « farouche »
  • Traductions du mot « farouche »
  • Synonymes de « farouche »
  • Antonymes de « farouche »

Définitions du mot farouche

Trésor de la Langue Française informatisé

FAROUCHE1, subst. masc.

BOT., région. (notamment Provence). Trèfle incarnat, généralement utilisé comme fourrage. Mais je passe ennuyé devant toutes ces choses... Et près des fermes bien fraîches où aboient les chiens, Sur le farouche rouge et sur le trèfle rose (Jammes, De l'angélus,1898, p. 101).
Prononc. : [faʀuʃ]. Étymol. et Hist. 1796 farouch (Encyclop. méthod. Agric. t. 4); 1804-05 farouche (Bon jardinier pour l'an XIII ds Roll. Flore t. 4, p. 137). Empr. au prov. mod. farouch (v. Roll. Flore t. 4, pp. 136-137), du cat. farratge (1792 ds Roll. loc. cit.), avec transformation en [u] de la voyelle tonique sans doute sous l'infl. de l'adj. rog, rouge en raison de la couleur des fleurs, du lat. farrago, -inis (FEW t. 3, p. 422).

FAROUCHE2, adj.

A.− [En parlant des animaux] Qui n'est pas apprivoisé; qui fuit l'approche de l'homme. Bêtes farouches; un étalon, une harde farouche. (Quasi-)synon. craintif, sauvage.Plus heureux encore les poulains échevelés qui bondissent légèrement dans ces broussailles et les chèvres farouches qui gravissent sans efforts les roches escarpées! (Sand, Lélia,1833, p. 263):
1. Là, vivent le chasseur et son aide, en silence, aux aguets, de l'aube au crépuscule. Car on ne rit point, on ne parle point, on respire à peine, la palombe étant inquiète et farouche. Pesquidoux, Chez nous,1921, p. 27.
B.− P. anal. [En parlant de pers.]
1. Qui craint ou refuse les contacts humains. (Quasi-) synon. insociable, misanthrope, renfermé, timide.Nos nouveaux voisins semblent bien farouches (Davau-Cohen1972) :
2. Il me sembla qu'en parlant de la sorte elle n'agissait pas avec moi comme elle aurait dû. Je la sentis injuste, et, par une timidité de petit garçon encore farouche et mal apprivoisé, au lieu de la ramener sur mon compte, je me crispai là, sur place, contre cette injustice. Bourget, Disciple,1889, p. 77.
En partic., fam. [En parlant d'une femme] Qui ne se laisse pas courtiser. Cette jeune fille, cette femme est bien farouche (Ac.).
[À la forme négative] Peu, pas farouche. Qui se laisse facilement approcher et séduire. D'autant plus que la chère dame n'est guère farouche, à ce qu'on raconte (Zola, Bonh. dames,1883, p. 453).De belles filles brunes, pas trop farouches, habituées à courir de village en village (Moselly, Terres lorr.,1907, p. 193).
[En parlant d'un comportement, d'un trait de caractère ou d'un sentiment] Qui dénote la crainte ou le refus des contacts humains. Un mutisme, une gravité farouche. Et pendant plusieurs jours après cet éclat, une sorte de timidité farouche lui mit un cachet sur les lèvres (Bourges, Crépusc. dieux,1884, p. 105).On travaille seul, avec une méfiance farouche. On fuit les hommes dont on a le dégoût (Genevoix, Raboliot,1925, p. 168):
3. Imaginez donc d'abord votre propre cœur tout débordé de passions tendres et farouches; ensuite de quoi transvasez cette amoureuse lave dans le cœur du dernier Brettinoro; c'est encore là le plus sûr moyen de vous former une idée quelque peu précise de mes ravissements et de mes souffrances. Milosz, Amour. initiation,1910, p. 174.
2. Qui agit avec fermeté, intransigeance, rudesse ou brutalité. (Quasi-)synon. sauvage.Tous les mois, toutes les semaines, tous les jours, le gouvernement devint plus farouche et plus sanglant (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 776).La critique s'est étonnée parfois que d'anciens amis soient devenus de si farouches adversaires (Guéhenno, Jean-Jacques,1950, p. 269):
4. ... quand il s'adossait à un sapin pour nous charmer par les accents d'une tendre musique. Les oiseaux se taisaient pour ouïr. Il ne semblait plus un farouche guerrier, sinon par les brandebourgs de son uniforme de hussard, qui collait aux plus belles formes viriles qu'on pût voir. Adam, Enf. Aust.,1902, p. 88.
[En parlant d'un comportement, d'un trait de caractère ou d'un sentiment] Qui dénote la fermeté, l'intransigeance, la rudesse ou la brutalité. Par moments passaient des chants et des clameurs farouches et l'on entendait au loin le crépitement de la fusillade (France, Pt Pierre,1918, p. 81).Elle avait répondu d'une voix si farouche qu'il la dévisagea avec curiosité (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 19):
5. J'étais au théâtre pour entendre Lucie de Lammermoor et sur la pauvre musique de Donizetti soudain j'ai senti monter en moi un de ces désirs farouches, absolus, impardonnables, comme j'en souhaitais du temps où j'étais avec Barrès et comme j'en ai si rarement ressenti. Rivière, Corresp.[avec Alain-Fournier], 1906, p. 92.
SYNT. Une expression, une mine, un regard farouche; une ardeur, une énergie, une obstination, une ténacité farouche; un égoïsme, un individualisme, un orgueil farouche.
Emploi subst. à valeur de neutre. Le correct dans le farouche; c'est un peu toute la révolution (Hugo, Quatre-vingt-treize,1874, p. 170).
C.− [En parlant des choses] Qui présente un danger, une menace; qui rebute ou effraie par sa rudesse. Mais les citoyens de Genève en conviendront, l'hiver est farouche au bord du Léman (Coppée, Bonne souffr.,1898, p. 81).Ils [André et ses amies] eurent ensemble la réapparition merveilleuse de Stamboul... d'abord les farouches remparts crénelés du Vieux Sérail, que baignait la nappe tout en argent rose de la Marmara (Loti, Désench.,1906, p. 328).Rien de vivant ne devait se glisser dans la farouche région où il était jeté (Malraux, Cond. hum.,1933, p. 184):
6. L'obscurité farouche, amassée dans les coins des murailles sans fenêtres, tombait sur les lits effrayants comme un drap noir sur une bière, tandis que déjà, par la porte ouverte, entraient les plus hardis parmi ces hommes dont elles ne devaient refuser aucun. Mille, Barnavaux,1908, p. 3.
Rem. La docum. atteste a) L'emploi subst. α) Masc. avec valeur de neutre. Il [Stéphane] le retrouvait très lointain, déjà souffreteux et cassé... d'œil clair, un perpétuel sérieux sur le visage, une tristesse dont le farouche écartait (Estaunié, Simple, 1891, p. 145). β) Masc. ou fém. désignant une pers. Cela n'empêchait pas le farouche [M. Boissonade] d'avoir de temps en temps des retours, des caprices de civilisation (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 6, 1863-69, p. 102). Une gamine de huit ans s'était, l'autre jour, coupé le doigt, un farouche à poitrail velu s'est évanoui (Vallès, J. Vingtras, Insurgé, 1885, p. 105). Et puis quelle force ne m'aurait-il pas fallu pour interrompre cette farouche au moment juste où elle « ne savait plus comment sauver l'honneur de sa famille » (Céline, Voyage, 1932, p. 325). b) Faroucherie, subst. fém. Le présent recueil avait d'abord été conçu dans un système de faroucherie et de violence à peu près illimitées (Pommier, Colères, 1844, p. II). c) Faroucheté, subst. fém. Caractère de quelqu'un de farouche. Là-dessus, elle se mit en tête de séduire sa faroucheté, et elle l'amignonna si honnêtement en paroles et en quarts d'œil qu'il en fut un peu secoué au milieu de ses ennuis (Sand, F. le Champi, 1850, p. 144).
Prononc. et Orth. : [faʀuʃ]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. Ca 1200 (Auberee, 356 ds T.-L.). Prob. altération par métathèse des voyelles de l'a. fr. fora(s)che « id. » (ca 1330 [date du ms.], Rose, éd. D. Poirion, 1459 et 3684, cf. farasche/ faraiche aux vers 1457, 3666 de l'éd. F. Lecoy), conservé dans le berrichon fourâche « mal apprivoisé », v. Tissier, du b. lat. forasticus « étranger » (vies. ds Nierm.) du lat. class. foras « dehors ».
STAT. − Farouche1 et 2. Fréq. abs. littér. : 1 937. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 813, b) 4 969; xxes. : a) 3 131, b) 2 144.
BBG. − Quem. DDL t. 2.

Wiktionnaire

Adjectif

farouche \fa.ʁuʃ\ masculin et féminin identiques

  1. Sauvage, indompté, qui s’enfuit quand on l’approche, en parlant des bêtes.
    • Animal farouche.
    • Apprivoiser une bête farouche.
    • Des renards bleus, à peine plus farouches que des chiens, nichaient alors dans le local ; j’ai exigé qu’on les épargnât. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
  2. (Par extension) Craintif, ombrageux, insociable, intraitable… en parlant des personnes.
    • La montagne, la mer, la forêt, font des hommes sauvages. Elles développent le côté farouche, mais souvent sans détruire le côté humain. — (Victor Hugo, Les Misérables, I, 2, 6 ; 1862)
    1. Craintif, peureux, ombrageux, en parlant de l’air, du regard, des manières, des sentiments, etc.
      • Air farouche.
      • Œil farouche.
      • Regard farouche.
      • Mine farouche.
      • Une vertu farouche.
      • Un farouche orgueil, un orgueil farouche.
      • Un tyran farouche.
      • Il n’a rien de farouche.
      • Ses petits cheveux filasse, frisottants, hérissés autour du front, lui donnait un aspect farouche de méduse domestique. — (Louis Pergaud, Le retour, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
  3. (En particulier) Se dit d’une jeune fille ou d’une femme qui refuse que l’on lui fasse la cour.
    • Je t’en prie ne sois pas farouche
      Quand me vient l’eau à la bouche.
      — (Serge Gainsbourg, L’Eau à la bouche, 1960)
    • Pino, tel une ombre, était de toutes les fêtes, de toutes les virées, de tous les bals en plein air préludant au troussement des filles moins farouches depuis l'invention de la pilule. — (Mireille Kuttel, La rizière, L’Âge d’Homme, 1993, page 88, 152 pages ISBN 978-2-8251-0452-1)
  4. Entêté, féroce, persistant.
    • Les Québecois sont farouches au sujet de leur francophonie.

Nom commun

farouche \fa.ʁuʃ\ masculin

  1. (Botanique) Variante de farouch.
    • III - Fourrages verts annuels tels que farouche, trèfle incarnat, vesces, seigles mélangés, avoines, maïs, etc. — (L'Industrie laitière, vol. 39, Société française, d'encouragement à l'industrie laitière, 1914, p. 411)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

FAROUCHE. adj. des deux genres
. Qui n'est point apprivoisé et s'enfuit quand on l'approche, en parlant des Bêtes. Animal farouche. Bête farouche. Apprivoiser une bête farouche. Par extension, en parlant des Personnes, il signifie Qui est craintif, ombrageux. Homme farouche. Peuples farouches. Un tyran farouche. Il n'a rien de farouche. Il se dit particulièrement d'une Jeune fille ou d'une femme qui ne souffre point qu'on lui fasse la cour. Cette jeune fille, cette femme est bien farouche. Il se dit également de l'Air, du regard, des manières, des sentiments, etc. Air farouche. Œil farouche. Regard farouche. Mine farouche. Une vertu farouche. Un farouche orgueil.

Littré (1872-1877)

FAROUCHE (fa-rou-ch') adj.
  • 1Qui n'est point apprivoisé. Les bêtes farouches.

    Fig. Ils ne songent point à donner des bornes à leurs passions ; au contraire, ils les traitent délicatement… ils nourrissent ces bêtes farouches, Bossuet, Sermons, Vêture, Mlle de Bouillon, 2.

    Terme de manége. Cheval farouche, cheval qui craint la présence de l'homme.

    Familièrement. Cet homme n'est pas farouche, se dit d'un homme qui se laisse corrompre facilement par l'intérêt. Cette femme n'est pas farouche, se dit d'une femme qui écoute facilement les propos de galanterie. En même temps que sa bouche Me disait : je ne veux pas, Ses yeux me disaient tout bas : Je ne suis pas si farouche, Mme de la Sablière, dans RICHELET.

    Fig. Il s'y rencontre même des mots si farouches pour nos vers [ne se prêtant pas à la versification], que j'ai été contraint d'avoir souvent recours à d'autres qui n'y répondent qu'imparfaitement et ne disant pas tout ce que mon auteur veut dire, Corneille, Imit. préf. édit. 1670.

  • 2Qui fuit la société. Il était farouche dans sa jeunesse.
  • 3Qui a une rudesse sauvage. Nos farouches vertueux ne veulent point de tempérament et de milieu, Guez de Balzac, De la cour, 6e disc. Eh ! a-t-on jamais vu de plus farouche esprit ? Molière, Princ. d'Él. I, 4. Souvent de tous nos maux la raison est le pire ; C'est elle qui, farouche au milieu des plaisirs, D'un remords importun vient brider nos désirs, Boileau, Sat. IV. Sans parents, sans amis et sans concitoyens, Oublié sur la terre et loin de tous les miens, Par les vagues jeté sur cette île farouche [l'Angleterre], Le doux nom de la France est souvent sur ma bouche, Chénier, Fragments.

    Substantivement. Ces mœurs austères dont vous parlez sont proprement le caractère d'un sauvage et d'un farouche, Pascal, Prov. 9.

    Il se dit de même de l'air, du regard, des manières, des sentiments, etc. La vertu n'a garde d'être austère et farouche ; elle ne détruit pas la nature, elle en corrige seulement l'imperfection, Guez de Balzac, De la cour, 2e disc. Les yeux égarés et le regard farouche, Corneille, Cinna, IV, 2. Il rentre ; chacun fuit son silence farouche, Racine, Brit. v, 8. Je le vis, son aspect n'avait rien de farouche, Racine, Iphig. II, 1. Chalcas s'est avancé, L'œil farouche, l'air sombre, et le poil hérissé, Racine, ib. v, 6. Que son farouche orgueil le rendait odieux ! Racine, Phèd. III, 1. Ses yeux creux sont pleins d'un feu âpre et farouche ; ils sont sans cesse errants de tous côtés, Fénelon, Tél. III. Son nom était Jacques Clément ; il était né dans un village de Bourgogne appelé Sorbonne, et alors âgé de vingt-quatre ans ; sa farouche piété et son esprit noir et mélancolique se laissèrent bientôt entraîner au fanatisme par les importunes clameurs des prêtres, Voltaire, Ess. guerr. civ. France.

  • 4Redoutable dans le combat. Mon armée, en silence, à leurs yeux étendue, N'offrait de tous côtés que farouches soldats, Voltaire, Henr. III.
  • 5Dur, barbare, cruel. Peuples farouches. Et cette âme farouche Qui semble me flatter après tant de mépris, Racine, Théb. III, 6. Les menaces, les cris le rendront plus farouche, Racine, Brit. III, 3. Alvarez doit ici prononcer de sa bouche L'abominable arrêt de ce conseil farouche, Voltaire, Alz. v, 4.

    Il se dit aussi des choses. Ayons une valeur qui n'ait rien de farouche, Molière, le Fest. III, 6. La nature frémit d'un devoir si farouche, Lamotte, Inès de Castro, IV, 1.

SYNONYME

FAROUCHE, SAUVAGE. Étymologiquement, le farouche est celui qui tient de la bête non apprivoisée ; le sauvage est celui qui appartient aux solitudes des forêts. Par conséquent, on est farouche par disposition de caractère et sauvage par absence de culture.

HISTORIQUE

XIIIe s. La dame ne fu pas farouche, Ren. 22176.

XIVe s. Le chien tousjours se tient au plus près de son maistre, et laisse et est estrange et farouche de tous les autres, Ménagier, I, 5. Vos peres et meres, vos seurs vous estrangeront, se vous leur estes farouche et ne leur soiez debonnaire, ib. I, 6.

XVe s. Si bien qu'enfin la belle s'esveillant, Me regardant avec un œil farouche, Basselin, XVI.

XVIe s. Le païs estoit encore fort farouche et sauvage pour les barbares et brutales meurs et façons de faire des habitans d'iceluy, Amyot, Mar. 7.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

* FAROUCHE, adj. (Gramm.) épithete que nous donnons aux animaux sauvages, pour exprimer cet excès de timidité qui les éloigne de notre présence ; qui les retient dans les antres au fond des forêts & dans les lieux deserts, & qui les arme contre nous & contr’eux-mêmes, lorsque nous en voulons à leur liberté. Le correlatif de farouche est apprivoisé. On a transporté cette épithete des animaux à l’homme, ou de l’homme aux animaux.

Farouche, (Manége.) Un cheval farouche est celui que la présence de l’homme étonne ; que son approche effraye, & qui peu sensible à ses caresses, le fuit & se dérobe à ses soins. Est-il saisi ? est-il arrêté par les liens, qui sont les marques ordinaires de sa dépendance & de sa captivité ? Il se rend inaccessible ; le plus leger attouchement le pénetre d’épouvante ; il s’en défend, soit avec les dents, soit avec les piés, jusqu’à ce que vaincu par la patience, la douceur, & l’habitude de ne recevoir que de nos mains les alimens qui peuvent le satisfaire, il s’apprivoise, nous desire, & s’attache à nous.

Tels sont en général les chevaux sauvages, nés dans les forêts ou dans les deserts ; tels sont les poulains que nous avons long-tems délaissés & abandonnés dans les paturages ; telles sont certaines races de chevaux indociles, & moins portés à la familiarité & à la domesticité, que le reste de l’espece ; tels étoient sans doute ceux des Assyriens, selon le rapport de Xénophon, ils étoient toûjours entravés ; le tems que demandoit l’action de les détacher & de les harnacher, étoit si considérable, que ces peuples, dans la crainte du desordre où les auroit jettés la moindre surprise de la part des ennemis, par l’impossibilité où ils se voyoient de les équiper avec promptitude, étoient toûjours obligés de se retrancher dans leur camp.

Il en est encore, dont une éducation mal entendue a perverti, pour ainsi dire, le caractere ; que les châtimens & la rigueur ont aliénés, & qui ayant contracté une sorte de férocité, haïssent l’homme plûtôt qu’ils ne le redoutent. Ceux-ci, qu’un semblable traitement auroit avilis, s’ils n’eussent apporté en naissant la fierté, la générosité, & le courage, que communément on observe en eux, n’en sont que plus indomptables. Il est extrèmement difficile de trouver une voie de les adoucir ; notre unique ressource est, en nous en défiant sans cesse, de les prévenir par des menaces, de leur imprimer la plus grande crainte, de les châtier & de les punir de leurs moindres excès.

Quant aux premiers, si notre attention à ne les jamais surprendre en les abordant, & à ne les aborder qu’en les flatant, & en leur offrant quelques alimens ; si des caresses repétées, si l’assiduité la plus exacte à les servir & à leur parler, ne peuvent surmonter leur timidité naturelle, & captiver leur inclination, le moyen le plus sûr d’y parvenir, est de leur supprimer d’abord, pendant l’espace de vingt-quatre heures, toute espece de nourriture, & de leur faire éprouver la faim & la soif même. En les privant ainsi d’un bien dont il leur est impossible de se passer, & de joüir sans notre secours, nous convertissons le besoin en nécessité, & nous irritons le sentiment le plus capable de remuer l’animal. Il suffit de les approcher ensuite plusieurs fois ; de leur offrir du fourage, poignée par poignée ; de le leur faire souhaiter, en éloignant d’eux la main qui en est pourvue, & en les contraignant d’étendre le cou pour le saisir : insensiblement ils céderont ; ils s’habitueront ; ils se plieront à nos volontés, & chériront en quelque façon leur esclavage.

On a mis en usage, pour les apprivoiser, la méthode pratiquée en Fauconnerie, lorsqu’on se propose de priver un oiseau nouvellement pris, & qu’on est dans le dessein de dresser au vol. On a placé le cheval farouche, de maniere que dans l’écurie son derriere étoit tourné du côté de la mangeoire. Un homme préposé pour le veiller nuit & jour, s’est constamment opposé à son sommeil ; il a été attentif à lui donner de tems en tems une poignée de foin, & à l’empêcher de se coucher, & ce moyen a parfaitement réussi. Il me semble néanmoins que le succès doit être plûtôt attribué au soin que l’on a eu d’aiguillonner son appétit par des poignées de fourrage, qu’à celui de lui dérober le dormir, & de tenter de l’abattre par la veille. Les chevaux dorment peu ; il en est qui ne se couchent jamais ; leur sommeil est rarement un assoupissement profond, dans lequel tous les muscles qui servent aux mouvemens volontaires, sont totalement flasques & affaissés ; parmi ceux qui se couchent, il en est même plusieurs qui dorment souvent debout & sur leurs piés ; & deux ou trois heures d’un leger repos suffisent à ces animaux, pour la réparation des pertes occasionnées par la veille & par le travail : or il n’est pas à présumer que de tous les besoins auxquels la vie animale est assujettie, le moins pressant soit plus propre à dominer un naturel rebelle, que celui qui suscite le plus d’impatience, & qui suggere le desir le plus ardent. Pour subjuguer les animaux, pour les amener à la société de l’homme, pour les asservir en un mot, la premiere loi que nous devons nous imposer, est de leur être agréables & utiles ; agréables par la douceur que nous sommes nécessités d’opposer d’abord à leurs fougues & à leur violence ; utiles par notre application à étudier leurs penchans, & à les servir dans les choses auxquelles ils inclinent le plus : c’est ainsi que se forme cette sorte d’engagement mutuel qui nous unit à eux, qui les unit à nous : il n’a rien d’humiliant pour celui qui, bien loin d’imaginer orgueilleusement que tout l’univers est créé pour lui, & qu’il n’est point fait pour l’univers, se persuade au contraire, qu’il n’est point réellement de servitude & d’esclavage, qui ne soit réciproque, depuis le despote le plus absolu jusqu’à l’être le plus subordonné. (e)

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Étymologie de « farouche »

Farouche représente le latin ferocem (voy. FÉROCE), représenté aussi par farasche (cuer farasche, la Rose, v. 1468), par le Berry fourâche ; par le provençal ferotgue, ferogge, et par le catalan ferotje.

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Du latin forasticus (« étranger »)[1], de là « mal apprivoisé, sauvage ».
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Phonétique du mot « farouche »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
farouche faruʃ

Évolution historique de l’usage du mot « farouche »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « farouche »

  • Les vertus farouches font les moeurs atroces. De Saint-Just / L'esprit de la révolution et de la constitution en France
  • N'est-il pas étrange de nous voir défendre plus farouchement nos erreurs que nos valeurs ? De Khalil Gibran / Le sable et l'écume
  • La timidité rend les hommes farouches, quand ils se font surtout un devoir de ne pas la surmonter. De Madame de Caylus / Souvenirs
  • Les grands esprits ont toujours rencontré une opposition farouche des esprits médiocres. De Albert Einstein
  • Seule assurément une farouche et triste superstition interdit de prendre des plaisirs. De Baruch Spinoza / Ethique
  • Le plus farouche orgueil naît surtout à l'occasion d'une impuissance. De Paul Valéry
  • La loi, l'unique loi, farouche, inexorable, Qui régit tout progrès, c'est la loi du plus fort. De Daniel Lesueur / Poésies
  • Une véritable passion se doit d'être solitaire, farouche, jalouse de toute activité sans rapport direct avec elle. De Alain Gagnon / Isle ou Salmacis avortée
  • Quand la compétition est farouche entre deux rivaux, le gagnant est celui qui a le plus grand contrôle de ses émotions. De Ardashir Vakil / Beach Boy
  • L'amour abstrait c'est le don de soi, la recherche d'un sacrifice basé, aussi paradoxal que cela puisse paraître, sur un égoïsme farouche. De Alice Parizeau / Fuir
  • Il y a une force en moi, une volonté farouche, qui me poussent vers l’espoir et la lumière. De Yves Saint Laurent / interview de Paris Match du 6 février 1992
  • Le temps de la prime jeunesse, un âge rêveur, exalté, durant lequel on poétise la femme, on divinise sa chair inaccessible, on vit dans une attente farouche du miracle amoureux. De Andreï Makine / La Musique d'une vie
  • C'est la poésie qui a adouci les hommes farouches. De Fénelon / Lettre à l'Académie
  • Si Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur à l’époque, n’avait pas hésité à se ranger dans le camp des taxis face à Uber — dès le 1er janvier 2015, le gouvernement avait interdit UberPop, mais les procédures judiciaires lui avaient offert quelques mois de sursis au service — certains poids lourds du gouvernement de Manuel Valls ne partageaient pas forcément son avis. Emmanuel Macron en tête. Convaincu de l’importance d’Uber pour stimuler la compétitivité et l’emploi en France, il avait alors défendu vigoureusement la société américaine, qui, affirmait-il, “ne devrait pas être interdite à Paris”. L'ancien ministre de l'Economie n'imaginait sans doute pas que devenu président de la République cinq ans plus tard, il offrirait un poste ministériel à Alain Griset, farouchement anti-Uber. Capital.fr, Avec Alain Griset, Uber a un farouche ennemi au gouvernement - Capital.fr
  • Faute de consensus politique, ces demandes d'exportation sont en panne. Les indépendantistes, qui dénoncent "un chantage à l'emploi", ont réaffirmé jeudi "leur opposition farouche" à ce qu'ils considèrent comme une "dilapidation du patrimoine calédonien". Capital.fr, Société Le Nickel (Eramet), 1er employeur de Nouvelle-Calédonie, risque la faillite - Capital.fr
  • A la tête du ministère irlandais des Finances depuis 2017, Paschal Donohoe, a été élu nouveau président de l'Eurogroupe, organe informel au sein duquel les 19 ministres des Finances des États membres de la zone euro examinent et décident conjointement des stratégies et politiques de la zone. L'élection du nouvel argentier européen concrétise une farouche confrontation des conservateurs avec les socialistes. Celui qui supervisera l'économie des 19 États membres de la zone euro a battu au deuxième tour la socialiste espagnole soutenue par la France et l'Allemagne, Nadia Calvinio. ilboursa.com, Le conservateur irlandais, Paschal Donohoe, prend le gouvernail de l’Eurogroupe
  • Mieux vaut rester vigilant lorsqu’on conduit aux alentours du jardin public de Saint-Omer depuis quelques semaines. À plusieurs reprises, des habitants ont signalé en ligne avoir repéré un cygne se promenant dans les boulevards voisins. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que l’animal ne semble pas farouche. La Voix du Nord, Saint-Omer : un cygne se balade en ville au milieu des voitures !

Traductions du mot « farouche »

Langue Traduction
Anglais fierce
Espagnol feroz
Italien feroce
Allemand heftig
Chinois 激烈
Arabe شرسة
Portugais feroz
Russe свирепый
Japonais 激しい
Basque baden
Corse fieru
Source : Google Translate API

Synonymes de « farouche »

Source : synonymes de farouche sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « farouche »

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