La langue française

Espace

Sommaire

  • Définitions du mot espace
  • Étymologie de « espace »
  • Phonétique de « espace »
  • Citations contenant le mot « espace »
  • Traductions du mot « espace »
  • Synonymes de « espace »
  • Antonymes de « espace »

Définitions du mot espace

Trésor de la Langue Française informatisé

ESPACE1, subst. masc.

A.− PHILOS., SC. Milieu idéal indéfini, dans lequel se situe l'ensemble de nos perceptions et qui contient tous les objets existants ou concevables (concept philosophique dont l'origine et le contenu varient suivant les doctrines et les auteurs). La théorie de l'espace; espace axiologique; l'espace et le temps, l'espace et la durée. Il y a deux formes pures de l'intuition sensible, à savoir, l'espace et le temps (Cousin, Philos. Kant,1857, p. 70).En ce sens, la conception kantienne de l'espace diffère moins qu'on ne se l'imagine de la croyance populaire (Bergson, Essai donn. imm.,1889, p. 79).L'espace ne saurait être une forme (Sartre, Être et Néant,1943, p. 233):
1. L'espace est un corps imaginaire comme le temps un mouvement fictif. Dire : « dans l'espace », « l'espace est empli de », − c'est définir un corps. Valéry, Tel quel II,1943, p. 293.
[En tant qu'objet de la géom., des math.] Ensemble mathématique formel comprenant des objets satisfaisant à des lois spécifiques. Géométrie dans l'espace (Ac.1932).Dans un espace courbe, on ne peut pas tirer de ligne droite (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 489).C'est Riemann qui (...) le premier, chercha à dégager la notion d'espace topologique (Bourbaki, Hist. math.,1960, p. 146):
2. ... peut-on imaginer l'espace non-euclidien? Cela veut dire : pouvons-nous imaginer un monde où il y aurait des objets naturels remarquables affectant à peu près la forme des droites non-euclidiennes, (...) à cette question il faut répondre oui. Poincaré, Valeur sc.,1905, p. 63.
SYNT. Les dimensions de l'espace; espace à trois, à n dimensions; espace physique; espace cubique, métrique, vectoriel; espaces homogènes, isotropes, normés; espace euclidien, riemannien.
[Dans le cadre de la théorie de la relativité] Le temps est la quatrième dimension de l'espace (Alain, Propos,1927, p. 736).La théorie de la relativité nous a appris que le temps était inséparable de l'espace (Cartan, Parallélisme abs.,1932, p. 14).
3. ... le déterminisme (...) implique simplement que les choses sont liées dans le temps aussi bien que dans l'espace, que le temps est indissolublement lié à l'espace. Ruyer, Esq. philos. struct.,1930, p. 285.
− Dans le domaine de la psychol.Espace tactile, visuel. Portion de l'étendue couverte par le toucher, par la vue. En général, il faut voir de haut en bas, embrasser un grand espace pour sentir le beau, le grand, l'infini (Maine de Biran, Journal,1816, p. 175):
4. J'ai cherché (...) à former avec nos sensations visuelles un continu physique équivalent à l'espace; (...) il est permis de dire que « l'espace visuel » a trois dimensions. (...) ce n'est pas sur l'espace visuel, mais sur l'espace moteur qu'il faut faire porter notre effort. Poincaré, Valeur sc.,1905p. 99.
Rem. On rencontre ds la docum. l'expr., au fig., perdu dans l'espace et dans le temps « complètement abandonné, complètement perdu ». Lorsque l'heure de la fermeture arrive, je me retrouve sur le trottoir, perdu dans l'espace et dans le temps (Morand, New-York, 1930, p. 256).
B.− Distance déterminée; surface.
1. [L'espace considéré princ. dans une seule dimension] (Quasi-)synon. écart, intervalle.
a) Distance comprise entre un point et un autre, entre un lieu, un objet et un autre.
α) Usuel. Au fond, à droite, dans l'espace compris entre la porte du vestibule et celle du salon, un petit bureau (Martin du G., Taciturne,1932, III, p. 1314).La plus grande beauté d'une ville n'est pas dans les édifices, elle est dans l'espace libre entre les édifices (Duhamel, Combat ombres,1939, p. 77).Se retenant au mur, (...) elle parvint à franchir ce grand espace entre sa chambre et la cuisine (Roy, Bonheur occas.,1945, p. 444):
5. ... il est facile de se diriger à New-York par latitude et longitude, comme en mer (...). L'espace, toujours identique, compris entre deux rues, se nomme un bloc. Morand, New-York,1930,p. 112.
Rem. On rencontre ds la docum. l'emploi un espace de suivi d'un compl. désignant la nature de l'étendue. Le jeune homme (...) jeta la boucle de diamants (...) au pêcheur (...) celui-ci (...) se hâta de mettre un large espace de mer entre le bienfaiteur et le bienfait (Hugo, Han d'Isl., 1823, p. 37).
Abs. La distance, l'éloignement :
6. Qu'un critique étranger nous juge, il y a beaucoup de chances pour qu'il tombe juste. Il nous connaît mieux que nos compatriotes qui s'écrasent le nez sur nous. L'espace joue là le rôle du temps. Cocteau, Diff. d'être,1947, p. 23.
Parcourir des espaces. Parcourir des distances. J'employais les heures d'après-midi à parcourir à pied de grands espaces (Sainte-Beuve, Volupté,t. 2, 1834, p. 172).L'accroissement infiniment petit de l'espace parcouru est proportionnel en chaque instant à la vitesse acquise (Cournot, Fond. connaiss.,1851, p. 308).
Locutions
D'espace en espace. De distance en distance, de place en place. Le flanc de la montagne miroitait imperceptiblement. On apercevait d'espace en espace quelques cavités où l'eau avait séjourné (About, Roi mont.,1857, p. 213).Larges bandes qui, d'espace en espace, cerclaient le corps (Gautier, Rom. momie,1858, p. 185).
L'espace de. Sur la distance de. L'espace d'un kilomètre. Pierre racontait (...) qu'après avoir passé la première et la deuxième garde (...) l'ange l'accompagna encore l'espace d'une rue (Renan, Apôtres,1866, p. 249).
β) Spécialement
− Domaine du journ.Espace d'annonces. Emplacement réservé au passage des annonces. V. annonceur ex. 2.
IMPR., TYPOGR. Intervalle séparant des mots, discontinuité qui coupe une ligne. Les caractères [des Contes de Perrault] sont ceux du XVIIesiècle (...) il y a de l'espace et un espace égal entre les mots, l'air y circule à travers avec une sorte d'aisance (Sainte-Beuve, Nouv. lundis,t. 1, 1863-69, p. 297).
Rem. V. espace2.
− Domaine artistique
PEINTURE :
7. [Puvis de Chavannes crée] délibérément, sur un dessin exact, simplifié, uniquement soucieux des silhouettes et des espaces entre les figures, une coloration conventionnelle, calculée d'après le lieu auquel l'œuvre est destinée. Mauclair, De Watteau à Whistler,1905, p. 207.
MUS. Ces espaces insignifiants que le musicien est forcé de placer entre les parties intéressantes de son ouvrage, pour conduire d'un motif à l'autre ou les faire valoir! (Delacroix, Journal,1853, p. 17).Entre le ténor et le soprano, voix non-contiguës, on peut mettre, quelquefois, des espaces plus grands que l'octave; la dixième, par exemple (E. Durand, Traité harm.,s.d., p. 31).
b) P. anal. Laps de temps.
α) Absolument
Vx. À ce discours, la tourterelle En se moquant s'éloigna d'elle. Sans se revoir elles furent dix ans. Après ce long espace, un beau jour de printemps, Dans la même forêt elles se rencontrèrent (Florian, Fables,1792, p. 185).
Littér. Moments d'une vie :
8. ... une méticuleuse collection d'instants privilégiés que le romancier choisira au plus secret de son passé. D'immenses espaces morts sont ainsi rejetés de la vie parce qu'ils n'ont rien laissé dans le souvenir. Camus, Homme rév.,1951, p. 329.
β) (Dans, en l') espace de + compl.Un court, un long espace de temps. Car il ne pensait pas que ces demeures eussent été construites, en un si petit espace de temps, par des moyens naturels (France, Clio,1900, p. 78).
[Le compl. désigne une mesure de temps] L'espace d'une seconde, de quelques jours, d'un an, d'un demi-siècle; dans le court espace d'une nuit. Ils se regardèrent l'espace d'une minute, silencieux et immobiles tous deux (Ponson du Terr., Rocambole,t. 1, 1859, p. 53).Le combat pour le Matterhorn avait pourtant duré près de trois quarts de siècle, l'espace de trois générations (Peyré, Matterhorn,1939, p. 36):
9. ... on pourrait tirer une formule qui fonderait la réalité du « siècle » et qui s'exprimerait à peu près ainsi : le siècle, unité de durée vivante, se définit comme l'espace de temps couvert par la réalité sociale de l'homme normal. Thibaudet, Réflex. littér.,1936, p. 123.
P. anal. [Le compl. désigne un fait, une action envisagée dans sa durée] :
10. ... [Paul et Cécilie] traversèrent de grands espaces en l'espace d'un baiser... Paul appuya sa paume sur le visage de Cécilie dont la tête et les pensées reposaient sur son épaule. L. de Vilmorin, Lettre ds taxi,1958, p. 170.
L'espace d'un éclair. La durée d'un éclair, un très bref moment. J'eus, l'espace d'un éclair, le sentiment confus que je devais me tromper (Duhamel, Terre promise,1934, p. 61).
c) Au fig., littér. Écart, distance existant entre des notions, des sentiments, des personnes. L'espace mis entre elle et la bourgeoisie (Balzac, Illus. perdues,1843, p. 53).Il y a beaucoup d'espace entre le désir, les plaisirs de vanité que donne la familiarité avec une femme, et l'amour (Nizan, Conspir.,1938, p. 129).
2. [L'espace considéré princ. dans deux dimensions]
a) Étendue, surface déterminée. Dans un espace de trois mètres carrés. (Quasi-)synon. endroit, place; superficie, surface.L'espace occupé par les ruines de la ville moderne est immense (Lamart., Voy. Orient,t. 2, 1835, p. 192).Un espace libre a pu être aménagé au bas du perron (Martin du G., J. Barois,1913, p. 400):
11. Pour ce qui est de la petitesse des gènes, Muller a fait pertinemment remarquer que, si l'on pouvait rassembler tous les gènes appelés à déterminer les caractères héréditaires de la prochaine génération humaine, ils occuperaient l'espace d'un comprimé d'aspirine. J. Rostand, La Vie et ses probl.,1939, p. 30.
b) En partic.
α) Surface déterminée, à l'intérieur d'une habitation, ou surface découverte, élément du paysage.
[À l'intérieur d'une habitation] Tout le long de l'un des côtés étroits de la salle, un espace libre, de trois mètres de large, était réservé (Malraux, Cond. hum.,1933, p. 401).De hauts paravents de laque divisaient les deux salons d'attente en petits espaces où l'on isolait les clients (Martin du G., Thib.,Été 14, 1936, p. 122).
[Élément du paysage] Espaces découverts, plantés. Nous sommes arrivés sur le premier grand plateau de la Brie. Ce sont d'immenses espaces de blés verts (Alain-Fournier, Corresp.[avec Rivière], 1908, p. 350).Il reste un espace marécageux que nous traversons à dos d'homme (Gide, Voy. Congo,1927, p. 839).
Espaces verts. Surfaces réservées aux arbres, à la verdure, dans l'urbanisme moderne. Les axes préférentiels (...) ont été tracés en fonction des larges espaces verts à maintenir (Belorgey, Gouvern. et admin. Fr.,1967, p. 420).
β) [Avec l'idée dominante de place dont on dispose] Place. On commence à vouloir de petits tableaux, faute d'espace pour en placer de grands (Balzac, Illus. perdues,1843, p. 119).Cette ville féodale (...) Bâtie dans une plaine, (...) disposait d'un grand espace (T'Serstevens, Itinér. esp.,1963, p. 320).
Au fig. Je ne veux rien poursuivre sous le couvercle d'un cercueil; quand la mort a appliqué sa main sur le visage d'un homme, il ne reste plus d'espace à l'insulte (Chateaubr., Ét. ou Disc. hist.,t. 1, 1831, p. XC).
Espace vital. Surface dont ont besoin en moyenne les individus d'une espèce pour leur développement. Six pièces (...) Y avait de l'espace vital (Le Breton, Rififi,1953, p. 71).L'urbanisme se propose de créer un compromis acceptable entre l'espace vital de l'individu et celui de la collectivité (Gds ensembles habit.,1963, p. 6).Étendue de territoire qu'un pays revendique pour des raisons démographiques ou économiques. Notre espace vital reste très vaste, puisque nous sommes, de tous nos voisins européens, le pays du plus faible coefficient d'occupation au kilomètre carré (Fonteneau, Conseil munic.,1965, p. 7).
P. ext. Ensemble constitué par la personne et par son environnement à un moment donné (d'apr. Piéron 1963).
c) Spéc., ANAT. [En parlant de certaines régions, de certains éléments du corps] Espaces intercostaux, interdigitaux, interosseux; espace intervertébral; espace lymphatique. L'espace membraneux est (...) très-large dans quelques espèces (Cuvier, Anat. comp.,t. 2, 1805, p. 83).
C.− [L'espace considéré dans ses trois dimensions] Volume déterminé.
1. L'atmosphère, l'air environnant.
a) [En tant que le lieu de phénomènes sonores] La nuit était silencieuse et l'on entendait les moindres bruits qui résonnaient dans l'espace (Ponson du Terr., Rocambole,t. 2, 1859, p. 130).Une voix d'homme retentit enfin, à travers l'épaisseur de l'espace nocturne (Duhamel, Passion J. Pasquier,1945, p. 74):
12. Mais Antoine avait relevé la tête : un nouveau bruit venait de se faire entendre. Un bruit d'une tout autre espèce, un bruit cette fois très violent et tout à fait inattendu, un bruit qui venait du fond de l'espace. Ramuz, Derborence,1934, p. 18.
Emplir l'espace de. Maman, penchée sur le balcon, emplissait l'espace d'appels dramatiques (Duhamel, Le Notaire Havre,1933, p. 80).
[En tant que le lieu de phénomènes météorologiques] La tempête était déchaînée dans l'espace et battait l'air de son vol éclatant (Dumas père, Monte-Cristo,t. 1, 1846, p. 255).
b) Milieu libre, naturel, où l'individu peut se développer, s'épanouir. Espace infini. Au dehors, par les fenêtres, l'air va, le ciel rit. Il y a des arbres, de la liberté, de l'espace (Goncourt, Journal,1862, p. 1148).On entendait derrière la porte cette impatience piétinante des écoliers qui vont sortir, avides d'espace et d'air (A. Daudet, Nabab,1877, p. 154).Ici, que d'espace, que d'air (Saint-Exup., Courr. Sud,1928, p. 65):
13. Le soleil, l'espace me donnaient le vertige. Je me laissais rouler sur la pente de la clairière en criant; je riais sans cause. Ces transports me libéraient d'un excès de bonheur. Green, Autre sommeil,1931, p. 37.
P. anal. Ensemble de relations déterminant un domaine donné en matière sociale, économique. Espace social, monétaire. Le même temps connut l'entrée retentissante, dans l'espace politique, de la finance et de la publicité combinées (Valéry, Variété II,1929, p. 111).La nation est un espace économique où les facteurs de la production sont mobiles (Perroux, Écon. XXes.,1964, p. 277).
Rem. On rencontre ds la docum. l'emploi de espace avec le sens d'« atmosphère favorable à l'exubérance, à la volubilité ». Cet excès même de parole (...) [de Duclos] qui détonnait dans la société et dans les salons, eût trouvé son milieu assez naturel et tout son espace dans la vie des Assemblées (Sainte-Beuve, Caus. lundi, t. 9, 1851-62, p. 259).
Loc. Avoir de l'espace. De la place. Vous me rejoignez... disons place de l'Hôtel-de-Ville, sur le terre-plein central. (...) C'est beaucoup moins suspect que l'angle d'une rue. Et on a de l'espace (Romains, Hommes bonne vol.,1932, p. 252).
Au fig. Champ ouvert à l'imagination. Échapper ainsi à l'écrasante pression de la matière pour se jouer dans les fluides espaces de la pensée (Proust, Prisonn.,1922, p. 56):
14. [Ma mère] m'entretenait souvent de mon avenir, m'expliquait diverses professions, leurs avantages, leurs « aléas », découvrant à mon esprit des espaces un peu obscurs, d'aspect un peu rude... Lacretelle, Silbermann,1922, p. 17.
Espaces imaginaires. Rêves, utopies. Sa raison, ballottée dans les espaces imaginaires, ne tenait plus qu'à ce fil (Hugo, N.-D. Paris,1832, p. 113).Bientôt son âme fut dans les espaces imaginaires (Stendhal, L. Leuwen, t. 1, 1836, p. 36).
2. Le ciel. L'immensité de l'espace. Le soleil passe dans l'espace, éclatant et froid... jetant sur la création gelée des rayons qui n'échauffent rien (Maupass., Bel-Ami,1885, p. 164).
Au plur., littér., poét. Levez-vous vîte, orages desirés, qui devez emporter René dans les espaces d'une autre vie! (Chateaubr., Génie,t. 1, 1803, p. 435).Dans les profondeurs des cieux où tu te voiles, Dans ces espaces bleus, dans ces sentiers d'étoiles (Lamart., Jocelyn,1836, p. 688).La foudre hurlant à travers les espaces (Verlaine, Prem. vers,1858-66, p. 8).
Spéc., AVIAT. Espace aérien. Partie de l'atmosphère dévolue à une nation qui en contrôle la circulation aérienne.
P. anal. L'étendue des mers. Pendant quelques minutes, le lord regarda l'immensité des flots, cherchant peut-être d'un dernier regard quelque navire perdu dans l'espace (Verne, Enf. cap. Grant,t. 3, 1868, p. 13).La mer nous manque, la mer, qui est en somme le grand espace ouvert, le grand champ libre sur lequel nous nous sommes accoutumés à courir (Loti, Mon frère Yves,1883, p. 190).
Rem. On rencontre ds la docum. l'emploi d'espace avec le sens de a) Vague. Mêmes regards perdus dans l'espace (France, Vie fleur, 1922, p. 314); b) Vide. Et soudain Bastien poussa un cri terrible et se trouva lancé dans l'espace (Ponson du Terr., Rocambole, t. 1, 1859, p. 656).
3. Univers extérieur à l'atmosphère terrestre. Espace cosmique, interstellaire; espaces interplanétaires; la conquête de l'espace; vaisseau de l'espace (v. amplification ex. 4.). Les expériences de Fresnel forçaient tous les savants à admettre que la lumière est due aux vibrations d'un fluide très subtil, remplissant les espaces interplanétaires (Poincaré, Théorie Maxwell,1899, p. 13).
Au fig. [En parlant de milieux abstr., évoqués par des œuvres littér.] Le poème faustien, celle des œuvres de Goethe qui évoque les plus profonds abîmes intérieurs et qui embrasse les plus vastes espaces cosmiques (Béguin, Âme romant.,1939, p. 160).
4. Spéc., au fig., LITT., PEINT., THÉÂTRE. Univers (abstrait) créé, représenté ou utilisé par une œuvre d'art. Espace pictural, théâtral. Sur le thème du Petit Poucet (...) nous venons d'assister à des transpositions de grandeur qui donnent une double vie aux espaces poétiques (Bachelard, Poét. espace,1957, p. 157).Loin d'être un vacuum, l'espace lamartinien semble être occupé par une matière quintessenciée (Poulet, Métam. cercle,1961, p. 190):
15. L'espace scénique est alors restauré dans sa dignité première, rendu à sa liberté, à ses vraies dimensions, à sa fonction. Délivré de sa rigide enveloppe, l'espace n'est plus momie inerte, mais substance vivante, élastique. Serrière, T.N.P.,1959, p. 72.
Rem. On rencontre ds la docum. a) un emploi poét. de espace au fém. Et toi, douce espace, Où sont les steppes de tes seins, que j'y rêvasse? (Laforgue, Complaintes, 1885, p. 178). b) Espace-temps, subst. masc. Dans la théorie de la relativité, concept résultant de la fusion du concept d'espace géométrique à trois dimensions avec le concept de temps. Il n'en demeure pas moins que l'idée de l'entité binaire matière-énergie, espace-temps, masse-vitesse, etc. est, elle, parfaitement nette (Benda, Fr. byz., 1945, p. 19).
Prononc. et Orth. : [εspas] ou [εspa:s]. Cette dernière forme ds Passy 1914, Barbeau-Rodhe 1930, Dub., Warn. 1968 (à titre de var.); v. aussi Rouss.-Lacl. 1927, Grammont Prononc. 1958, Fouché Prononc. 1959. Remonte à la prononc. scolaire du lat. médiéval (cf. G. Straka in La Classe de fr., 9, 1958, 361). Buben 1935 constate l'hésitation. Enq. : /espas, (D)/. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1160-74 « laps de temps, durée » (Wace, Chron. ascendante des ducs de Normandie, éd. A. J. Holden, I, 1). B. 1. Ca 1200 « étendue, dimension (d'un lieu) » (Dialogue Grégoire, 39, 19 ds T.-L. : lo spaze del cortil); 2. 1314 « intervalle, distance entre deux points, largeur » (H. de Mondeville, Chirurgie, § 722, 734 et 1352); 3. a) mil. xvies. « étendue des airs » le grand espace du ciel (Du Bellay, Œuvres, éd. H. Chamard, III, 18 ds IGLF); b) 1662 au sing. ou au plur. « étendue infinie de l'univers, cosmos » (Pascal, Pensées, éd. L. Lafuma, § 113 et 201); 4. 1647 sc. « étendue, milieu dans lesquels ont lieu les phénomènes observés ou les abstractions faisant l'objet d'une étude » (Descartes, Principes de la Philosophie, II, 10 ds Rob.). Empr. au lat. class. spatium « champ de course, arène, étendue, durée ». Fréq. abs. littér. : 8 012. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 10 185, b) 7 081; xxes. : a) 11 365, b) 14 749. Bbg. Colomb. 1952/53, pp. 295-296. − Eggs (E.). Möglichkeiten und Grenzen einer wissenschaftlichen Semantik. Bern-Frankfurt, 1971. − Matoré (G.). L'Espace hum. L'expr. de l'espace ds la vie, la pensée et l'art contemp., Paris, 1962, passim.Matoré (G.). Le Vocab. contemp. et l'espace. R. des sc. hum. 1960, no97, pp. 105-124. − Schmidt (H.). Fr. vivant. Rech. lexicol. Praxis. 1970, t. 17, p. 188. − Valeton (D.). Lexicol. L'espace et le temps. Paris, 1973, 61 p.

ESPACE2, subst. fém.

Domaine de la typogr.Petite lame de métal qu'on emploie pour séparer les mots. P. méton. Blanc qui résulte de l'emploi de cette lame. Nous nous exercions à manier les objets et les mots, à connaître les caractères (...) à saisir, selon les besoins, « l'espace fine » ou « l'espace forte » (Duhamel, Désert Bièvres,1937, p. 118).
Prononc. et Orth. Cf. espace1. Étymol. et Hist. 1680 (Rich.). De espace1* au sens de « intervalle, distance entre deux points » qui, en a. fr. et m. fr., était indifféremment subst. masc. ou fém., la spécialisation de l'emploi au fém. pour le terme de typogr. étant notée dep. Rich. 1680.

Wiktionnaire

Nom commun 1

espace \ɛs.pas\ masculin

  1. Étendue indéfinie.
    • Cet animal s'oriente dans l’espace par écholocation : il émet des sons de très haute fréquence et utilise l’écho renvoyé par les obstacles ou les proies pour les localiser. — (Olivier Raurich, Science, méditation et pleine conscience, Chêne-Bourg : Jouvence Éditions, 2017)
    • Le temps et l’espace. — L’espace et la durée.
  2. Étendue limitée et ordinairement superficielle.
    • L’Ardenne est presque entièrement couverte de bois, sauf dans quelques vallées étroites et quelques espaces situés près des villages et laissés à l’agriculture. — (Edmond Nivoit, Notions élémentaires sur l’industrie dans le département des Ardennes, E. Jolly, Charleville, 1869, page 158)
    • Cependant, au cours de nos travaux, l’espace libre se rétrécit, comme la peau de chagrin de Balzac, avec une déconcertante rapidité. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
    • Il n’y a pas assez d’espace.
    • D’espace en espace.
    • On distingue la géométrie plane et la géométrie dans l’espace.
    • Mesurer l’espace.
  3. Endroit.
    • Grand espace.
    • Long espace.
    • Espace vide, rempli.
  4. (Spécialement) (avec complément de nom ou apposition) Zone plus ou moins grande et plus ou moins définie d'un ensemble, désignée par l'usage qu'on en fait.
    • Exprimée en pictogrammes jaune canari, la signalétique du hall d'accueil vous oriente vers des espaces de travail, vers des espaces de réunion, vers des espaces fumeurs, vers des espaces cafétéria. — (Philippe Delaroche, Caïn et Abel avaient un frère, Éditions de l'Olivier / Le Seuil, 2000, pp. 116-127)
  5. (Astronomie) Étendue qui embrasse l’univers, vide interplanétaire, intersidéral et intergalactique.
    • Dans l’espace, de graves dangers nous guettent, parmi lesquels : micrométéorites, radiations cosmiques mortelles et vieillissement accéléré en apesanteur. — (Louis Dubé, Tourisme interstellaire envahissant, dans Le Québec sceptique, n°70, p.33, automne 2009)
    • Les corps célestes roulent dans l’espace.
    • La conquête de l’espace est un grand défi auquel l’humanité doit faire face.
  6. Lieu créés par l’imagination hors du monde réel, pour y placer des chimères.
    • Espaces imaginaires : Espaces qui n’existent pas et conçus en dehors de la sphère du monde.
    • Voyager, se perdre dans les espaces imaginaires.
  7. Étendue du temps.
    • Un grand espace de temps.
    • Dans l’espace de six mois, d’un an.
  8. (Musique) Intervalle blanc qui se trouve dans la portée.

Nom commun 2

espace \ɛs.pas\ féminin

  1. (Typographie) Petite pièce de fonte, plus basse que la lettre, qui sert à séparer les mots l’un de l’autre.
    • Mettre une espace entre deux mots.
    • Une espace fine.
    • Une forte espace.
    • À quoi ça sert, de se casser autant la tête pour éviter une anacoluthe et s’assurer qu’un participe présent a le bon référent et mettre une espace insécable où il le faut et s’entêter à dire une espace quand on parle de typographie? — (Thomas Ouellet-St-Pierre, « Laisser une trace », Blogue Edgar, 15 novembre 2017)
  2. (Par métonymie) Un blanc séparant deux mots[1][2][3].
    • En plus de l’espace normale entre deux mots, la plus connue est l’espace insécable qui permet à deux mots de ne jamais être coupés, séparés en fin de ligne. — (Yannick Celmat, Adobe InDesign CS3 pour PC/MAC, Éditions ENI, 2008)
    • Pour obtenir, dans un document mis en forme par LATEX, une espace entre deux mots, il suffit naturellement de saisir un espace dans le fichier source au moyen de la barre d’espace du clavier […] — (Denis Bitouzé, Jean-Côme Charpentier, LaTeX, l’essentiel, éditeur Pearson Education France, 2010)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ESPACE. n. m.
Dans l'acception abstraite, Étendue indéfinie. Le temps et l'espace. L'espace et la durée. Mesurer l'espace. Dans les applications usuelles, Étendue limitée et ordinairement superficielle. Grand espace. Long espace. Espace vide, rempli. Ce bois occupe l'espace d'une lieue, d'un hectare. Laisser de l'espace. Ménager l'espace. Il n'y a pas assez d'espace. D'espace en espace. On distingue la géométrie plane et la géométrie dans l'espace. Il se dit quelquefois absolument, tant au singulier qu'au pluriel, de l'Étendue qui embrasse l'univers. Les corps célestes roulent dans l'espace. Parcourir l'espace, les espaces. Espace céleste. Les espaces célestes. Espaces imaginaires, Espaces qui n'existent pas et conçus en dehors de la sphère du monde. Il se dit, dans le langage ordinaire, d'Espaces créés par l'imagination hors du monde réel, pour y placer des chimères. Voyager, se perdre dans les espaces imaginaires. On dit figurément Se perdre dans les espaces. Il se dit encore de l'Étendue du temps. Un grand espace de temps. Dans l'espace de six mois, d'un an. En termes de Musique, il désigne l'Intervalle blanc qui se trouve dans la portée. En termes de Typographie, il désigne des Petites pièces de fonte, plus basses que la lettre, qui ne marquent point sur le papier, et qui servent à séparer les mots l'un de l'autre. Dans ce sens il est féminin. Mettre une espace entre deux mots. Une espace fine. Une forte espace.

Littré (1872-1877)

ESPACE (è-spa-s') s. m.
  • 1Certaine étendue superficielle. Un grand espace. Un petit espace. Ménager l'espace. Il fallait entre vous mettre un plus grand espace, Racine, Théb. v, 2. Les espaces parcourus sont entre eux comme les produits du temps par la vitesse, c'est ce qu'on exprime encore en disant qu'ils sont en raison composée du temps par la vitesse, Condillac, Art de rais. II, 3. Je regardais au loin ; j'interrogeais l'espace ; De tes pas vers mes pas je rappelais la trace, Ducis, Abuf. IV, 8.
  • 2Étendue indéfinie. L'espace est l'ordre des choses coexistantes, Leibnitz. Le compas d'Uranie a mesuré l'espace ; Ô temps, être inconnu que l'âme seule embrasse…, Thomas, Ode, Temps. Où s'arrête l'espace à nos yeux étendu ? Delille, Parad. perdu, VII. [Aussi] Trop serré dans l'espace et dans l'immensité, Promène-t-il partout sa vague inquiétude, Ducis, Abufar, I, 3. Ainsi chaque sens a son champ qui lui est propre, le champ de la musique est le temps, celui de la peinture est l'espace, Rousseau, Essai sur l'origine des langues, ch 16. Nous n'essayerons pas de définir la notion de l'espace : c'est une de ces idées qu'il suffit d'énoncer pour que l'esprit la conçoive clairement ; ainsi, en disant que l'espace est le lieu qui contient les corps, le réceptacle universel, comme l'ont appelé les scolastiques nous n'avons nullement la prétention d'en donner une idée plus exacte que celle qui est dans tous les esprits, Dict. des sc. philos. Espace.

    Il se dit au pluriel dans le même sens. Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie, Pascal, Pens. art. XXV, 17, édit. HAVET. Iris fend les espaces immenses des airs, Fénelon, Tél. XVI.

    Espace céleste, ou, simplement, espace, le ciel. Des signes destructeurs ont parcouru l'espace, Delavigne, Paria, IV, 7.

    L'espace absolu, l'immensité dans laquelle se meuvent tous les corps de l'univers.

    Espaces imaginaires, espaces qui n'existent pas, locution tirée de la philosophie ancienne qui, au delà de la sphère du monde, n'admettait ni aucun corps ni aucun espace. Un monde que je ferai naître dans les espaces imaginaires, Descartes, Monde, 6.

    Familièrement. Se promener ou voyager dans les espaces imaginaires, se créer des visions, des idées chimériques. Bientôt je me crois transporté Aux espaces imaginaires D'une excentrique volupté, Desmarets, Visionnaires, III, 4.

    Se perdre dans les espaces, divaguer. Quand elle moralisait, elle se perdait un peu dans les espaces, Rousseau, Conf. III.

    Regard perdu dans l'espace, regard vague, qui ne se fixe sur aucun objet.

  • 3Étendue de temps. Le fer qui les tua leur donna cette grâce, Que, si de faire bien ils n'eurent pas l'espace, Ils n'eurent pas le temps de faire mal aussi, Malherbe, I, 4. Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, L'espace d'un matin, Malherbe, VI, 18. Et comme la douleur un assez long espace M'a fait sans remuer demeurer sur la place, Molière, École des f. v, 2. Quoi ! votre ambition serait-elle bornée à régner tour à tour l'espace d'une année ? Racine, Théb. IV, 3. Ce petit conciliabule [de M. du Maine, Villeroy et d'Effiat] dura quelque espace, pendant lequel M. le duc vint me parler, Saint-Simon, 513, 43. L'espace entre la fin de la première guerre punique et le commencement de la seconde fut de vingt-quatre ans, Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. I, p. 381, dans POUGENS. Après Cécrops régnèrent, pendant l'espace d'environ 565 ans, dix-sept princes dont Codrus fut le dernier, Barthélemy, Anach. Introduction, part. I.
  • 4 Terme de musique. Intervalle blanc des lignes de la portée.
  • 5 Terme de métallurgie. Espace nuisible, partie du soufflet d'où l'air ne peut être chassé.
  • 6 S. f. Terme d'imprimerie. Petite pièce de fonte qui sert à séparer les mots. Il y a des espaces petites, fortes, minces, moyennes, pour donner au compositeur la facilité de justifier.

REMARQUE

Espace a été anciennement fait quelque fois du féminin ; c'est pour cela qu'il a gardé ce genre dans l'imprimerie.

HISTORIQUE

XIIe s. Haï ! deables, fel tiranz, Molt te peines en tote guise De metre nos en ton servise ; Jamais de mei, se j'ai espace [temps], N'auras bailie, en nule place, Grégoire le Grand, p. 81.

XIIIe s. Pour avoir plus d'espace [de temps] de leur chose arreer, Berte, XVII. Et en ceste espasse de tans li rois Jehans envoya à Rome, Chr. de Rains, p. 157. Par l'espace de six ans que je fu en sa compaignie, Joinville, 191.

XIVe s. C'est une mesme voye ou espace, mais les deux manieres de aller au courir sont contraires, Oresme, Eth. v.

XVe s. Quand on l'eut regardé une espace, on l'osta de là, et fut pendu à un arbre, Froissart, II, II, 198. Et se pourmenerent eulx deux ung espace de temps, Commines, I, 13.

XVIe s. Nul n'estoit fait sous-diacre, qu'il n'eust esté esprouvé par longue espace de temps, Calvin, Instit. 864. Prenant leur visée grande espace au dessus de la bute, Montaigne, IV, 151. Le petit espace de la place, Amyot, Eumène, 22. Il employa cette espace à la leçture des bons livres, D'Aubigné, Hist. I, 47.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

ESPACE, subst. m. (Métaphys.) la question sur la nature de l’espace, est une des plus fameuses qui ayent partagé les Philosophes anciens & modernes ; aussi est-elle, selon plusieurs d’entr’eux, une des plus essentielles, par l’influence qu’elle a sur les plus importantes vérités de Métaphysique.

Les Philosophes en ont donné des définitions fort différentes, & même tout opposées. Les uns disent que l’espace n’est rien sans les corps, ni même rien de réel en lui-même ; que c’est une abstraction de l’esprit, un être idéal, que ce n’est que l’ordre des choses entant qu’elles coexistent, & qu’il n’y a point d’espace sans corps. D’autres au contraire soûtiennent que l’espace est un être absolu, réel, & distingué des corps qui y sont placés ; que c’est une étendue impalpable, pénetrable, non solide, le vase universel qui reçoit les corps qu’on y place ; en un mot une espece de fluide immatériel & étendu à l’infini, dans lequel les corps nagent.

Le sentiment d’un espace distingué de la matiere a été autrefois soûtenu par Epicure, Démocrite, & Leucippe, qui regardoient l’espace comme un être incorporel, impalpable, ni actif ni passif. Gassendi a renouvelleé de nos jours cette opinion, & le célebre Loke dans son livre de l’entendement humain, ne distingue l’espace pur des corps qui le remplissent, que par la pénétrabilité.

Keill, dans son introduction à la véritable physique, & tous les disciples de Loke, ont soutenu la même opinion ; Keill a même donné des théorèmes, par lesquels il prétend prouver que toute la matière est parsemée de petits espaces ou interstices absolument vuides, & qu’il y a dans les corps beaucoup plus de vuide que de matière solide.

L’autorité de M. Newton a fait embrasser l’opinion du vuide absolu à plusieurs mathématiciens. Ce grand homme croyoit, au rapport de M. Loke, qu’on pouvoit expliquer la création de la matière, en supposant que Dieu auroit rendu plusieurs parties de l’espace impénétrables : on voit dans le scholium generale, qui est à la fin des principes de M. Newton, qu’il croyoit que l’espace étoit l’immensité de Dieu ; il l’appelle, dans son optique le sensorium de Dieu, c’est-à-dire, ce par le moyen de quoi Dieu est présent à toutes choses.

M. Clarke s’est donné beaucoup de peine pour soutenir le sentiment de M. Newton, & le sien propre sur l’espace absolu, contre M. Leibnitz qui prétendoit que l’espace n’était que l’ordre des choses coexistantes. Donnons le précis des preuves dont les défenseurs de ces deux opinions se servent, & des objections qu’ils se font réciproquement.

Les partisans de l’espace absolu & réel appuient d’abord leur idée de tous les secours que l’imagination lui prête. Vous avez beau, disent-ils, anéantir toute matière & tout corps, vous concevez que la place que cette matière & ces corps occupoient subsiste encore, qu’on y pourroit remettre les mêmes choses, & qu’elle a les mêmes dimensions & propriétés. Transportez-vous aux bornes de la matière, vous concevrez au-delà un espace infini, dans lequel l’univers pourroit changer sans cesse de place. L’espace occupé par un corps, n’est pas l’étendue de ce corps ; mais le corps étendu existe dans cet espace, qui en est absolument indépendant ; car l’espace n’est point une affection d’un ou de plusieurs corps, ou d’un être borné, & il ne passe point d’un sujet à un autre. Les espaces bornés ne sont point des propriétés des substances bornées, ils ne sont que des parties de l’espace infini, dans lequel les substances bornées existent. Ensuite ces mêmes philosophes font sentir la difficulté qu’il y auroit pour les corps, de se mouvoir dans le plein absolu, contre lequel ils font trois objections principales : la première prise de l’impossibilité du mouvement dans le plein ; la seconde, de la différente pesanteur des corps ; & la troisième, de la résistance par laquelle les corps qui se meuvent dans le plein, doivent perdre leur mouvement en très-peu de temps : mais l’examen de ces difficultés appartient à d’autres articles (Voyez Plein, Vuide). Le reste des défenses & attaques dont se servent ceux qui maintiennent l’espace absolu, se trouve exposé dans le passage suivant ; il est tiré de la cinquième réplique de M. Clarke à M. Leibnitz ; le savant Anglois paroît y avoir fait ses derniers efforts sous ses étendards. « Voici, dit M. Clarke, voici ce me semble la principale raison de la confusion & des contradictions que l’on trouve dans ce que la plûpart des philosophes ont avancé sur la nature de l’espace. Les hommes sont naturellement portés, faute d’attention, à négliger une distinction très-nécessaire, & sans laquelle on ne peut raisonner clairement ; je veux dire qu’ils n’ont pas soin de distinguer, quoiqu’ils le dûssent toujours faire, entre les termes abstraits et concrets, comme sont l’immensité et l’immense. Ils négligent aussi de faire une distinction entre les idées & les choses, comme sont l’idée de l’immensité que nous avons dans notre esprit, & l’immensité réelle qui existe actuellement hors de nous. Je crois que toutes les notions qu’on a eues touchant la nature de l’espace, ou que l’on peut s’en former, se réduisent à celle-ci : l’espace est un pur néant, ou il n’est qu’une simple idée, ou une simple relation d’une chose à une autre, ou bien il est la matière de quelqu’autre substance, ou la propriété d’une substance.

» Il est évident que l’espace n’est pas un pur néant ; car le néant n’a ni quantité, ni dimensions, ni aucune propriété. Ce principe est le premier fondement de toute sorte de science, & il faut voir la différence qu’il y a entre ce qui existe et ce qui n’existe pas.

» Il est aussi évident que l’espace n’est pas une pure idée ; car il n’est pas possible de se former une idée de l’espace qui aille au-delà du fini, & cependant la raison nous enseigne que c’est une contradiction que l’espace lui-même ne soit pas actuellement infini.

» Il n’est pas moins certain que l’espace n’est pas une simple relation d’une chose à une autre, qui résulte de leur situation ou de l’ordre qu’elles ont entre elles, puisque l’espace est une quantité, ce qu’on ne peut pas dire des relations, telles que la situation & l’ordre. J’ajoûte que si le monde matériel est ou peut être borné, il faut nécessairement qu’il y ait un espace actuel ou possible au-delà de l’univers.

» Il est aussi très-évident que l’espace n’est aucune sorte de substance, puisque l’espace infini est l’immensité & non pas l’immense ; au lieu qu’une substance infinie est l’immense et non pas l’immensité ; comme la durée n’est pas une substance, parce qu’une durée infinie est l’éternité & non un être éternel ; mais une substance dont la durée est infinie, est un être éternel & non pas l’éternité.

» Il s’ensuit donc nécessairement de ce qu’on vient de dire, que l’espace est une propriété de la même maniere que la durée. L’immensité est une propriété de l’être immense, comme l’éternité de l’être éternel.

» Dieu n’existe point dans l’espace ni dans le tems, mais son existence est la cause de l’espace & du tems..... qui sont des suites nécessaires de son existence, & non des êtres distincts de lui dans lesquels il existe. » Voyez Tems, Eternité.

L’espace, disent au contraire les Leibnitiens, est quelque chose de purement relatif, comme le tems : c’est un ordre de co-existens, comme le tems est un ordre de successions ; car si l’espace étoit une propriété ou un attribut, il devroit être la propriété de quelque substance. Mais l’espace vuide borné que l’on suppose entre deux corps, de quelle substance sera-t-il la propriété ou l’affection ? dira-t-on que l’espace infini est l’immensité ? alors l’espace fini sera l’opposé de l’immensité, c’est-à-dire la mensurabilité ou l’étendue bornée ; or l’étendue doit être l’affection d’un étendu ; mais si cet espace est vuide, il sera un attribut sans sujet. C’est pourquoi en faisant de l’espace une propriété, on tombe dans le sentiment qui en fait un ordre de choses, & non pas quelque chose d’absolu. Si l’espace est une réalité absolue, bien loin d’être une propriété opposée à la substance, il sera plus subsistant que les substances. Dieu ne le saurait détruire, ni même changer en rien. Il est non-seulement immense dans le tout, mais encore immuable & éternel en chaque partie. Il y aura une infinité de choses éternelles hors de Dieu. Suivant cette hypothèse, tous les attributs de Dieu conviennent à l’espace ; car cet espace, s’il étoit possible, seroit réellement infini, immuable, incréé, nécessaire, incorporel, présent par-tout. C’est en partant de cette supposition, que Raphson a voulu démontrer géométriquement que l’espace est un attribut de Dieu, & qu’il exprime son essence infinie et illimitée.

De toutes les démonstrations contre la réalité de l’espace, celle que l’on fait valoir le plus est celle-ci : si l’espace étoit un être absolu, il y auroit quelque chose dont il seroit impossible qu’il y eût une raison suffisante. Ecoutons M. Leibnitz lui-même dans son troisieme écrit contre M. Clarke : « L’espace est quelque chose d’absolument uniforme, & sans les choses qui y sont placées, un point de l’espace ne differe absolument en rien d’un autre point de l’espace. Or il suit de cela (supposé que l’espace soit quelqu’autre chose en lui-même que l’ordre des corps entr’eux) qu’il est impossible qu’il y ait une raison pourquoi Dieu, gardant les mêmes situations des corps entr’eux, ait place les corps dans l’espace ainsi & non pas autrement, & pourquoi tout n’a pas été pris à rebours, par exemple, par un échange de l’orient et de l’occident. Mais si l’espace n’est autre chose que cet ordre ou rapport, & n’est rien du tout sans les corps que la possibilité d’en mettre ; ces deux états, l’un tel qu’il est, l’autre pris à rebours, ne différeroient point entr’eux. Leur différence ne se trouve donc que dans la supposition chimérique de la réalité de l’espace en lui-même ; mais dans la vérité, l’un seroit précisément la même chose que l’autre, comme ils sont absolument indiscernables, &c. ».

M. Clarke répondit à ce raisonnement, que la simple volonté de Dieu étoit la raison suffisante de la place de l’univers dans l’espace, & qu’il n’y en avoit point d’autre. On sent bien que les Leibnitiens ne se payerent pas de cette raison, ce qui au fond ne prouve rien contr’elle.

Voici, selon les Leibnitiens, comment nous venons à nous former l’idée de l’espace ; cet examen peut servir, selon eux, à découvrir la source des illusions que l’on s’est faites sur la nature de l’espace.

Nous sentons que lorsque nous considérons deux choses comme différentes, & que nous les distinguons l’une de l’autre, nous les plaçons dans notre esprit l’une hors de l’autre ; ainsi nous voyons comme hors de nous tout ce que nous regardons comme différent de nous ; les exemples s’en présentent en foule. Si nous nous représentons dans notre imagination un édifice que nous n’aurons jamais vu, nous nous le représentons comme hors de nous, quoique nous sachions bien que l’idée que nous en avons existe en nous, & qu’il n’y a peut-être rien d’existant de cet édifice hors de notre idée ; mais nous nous le représentons comme hors de nous, parce que nous savons qu’il est différent de nous ; de même, si nous nous représentons idéalement deux hommes, ou que nous répétions dans notre esprit la représentation du même homme deux fois, nous les plaçons l’un hors de l’autre, parce que nous ne pouvons forcer notre esprit à imaginer qu’ils sont un & deux en même temps.

Il suit de là que nous ne pouvons nous représenter plusieurs choses différentes comme faisant un, sans qu’il en résulte une notion attachée à cette diversité & à cette union des choses ; & cette notion nous la nommons étendue ; ainsi nous donnons de l’étendue à une ligne, entant que nous faisons attention à plusieurs parties diverses que nous voyons comme existant les unes hors des autres, qui sont unies ensemble, & qui font par cette raison un seul tout.

Il est si vrai que la diversité & l’union font naître en nous l’idée de l’étendue, que quelques philosophes ont voulu faire passer notre ame pour quelque chose d’étendu, parce qu’ils y remarquoient plusieurs facultés différentes, qui cependant constituent un seul sujet, en quoi ils se trompoient : c’est abuser de la notion de l’étendue, que de regarder les attributs & les modes d’un être comme des êtres séparés, existans les uns hors des autres ; car ces attributs & ces modes sont inséparables de l’être qu’ils modifient.

Pour peu que l’on fasse attention à cette notion de l’étendue, on s’apperçoit que les parties de l’étendue, considérées par abstraction, & sans faire attention ni à leurs limites ni à leurs figures, ne doivent avoir aucune différence interne ; elles doivent être similaires, & ne différer que par le nombre : car puisque pour former l’idée de l’étendue on ne considère que la pluralité des choses & leur union, d’où nait leur existence l’une hors de l’autre, & que l’on exclut toute autre détermination, toutes les parties étant les mêmes quant à la pluralité & à l’union, l’on peut substituer l’une à la place de l’autre, sans détruire ces deux déterminations de la pluralité & de l’union, auxquelles seules on fait attention ; & par conséquent deux parties quelconques d’étendue ne peuvent différer qu’en tant qu’elles sont deux, & non pas une. Ainsi toute l’étendue doit être conçue comme étant uniforme, similaire, & n’ayant point de détermination interne qui en distingue les parties les unes des autres, puisque étant posées comme l’on voudra, il en résultera toujours le même être ; & c’est de là que nous vient l’idée de l’espace absolu que l’on regarde comme similaire & indiscernable. Cette notion de l’étendue est encore celle du corps géométrique ; car que l’on divise une ligne, comme & en autant de parties que l’on voudra, il en résultera toujours la même ligne en rassemblant ses parties, quelque transposition que l’on fasse entr’elles : il en est de même des surfaces & des corps géométriques.

Lorsque nous nous sommes ainsi formés dans notre imagination un être de la diversité de l’existence de plusieurs choses & de leur union, l’étendue, qui est cet être imaginaire, nous paroît distincte du tout réel dont nous l’avons séparée par abstraction, & nous nous figurons qu’elle peut subsister par elle-même, parce que nous n’avons point besoin, pour la concevoir, des autres déterminations que les êtres, que l’on ne considère qu’en tant qu’ils sont divers & unis, peuvent renfermer ; car notre esprit appercevant à part les déterminations qui constituent cet être idéal que nous nommons étendue, & concevant ensuite les autres qualités que nous en avons séparées mentalement, & qui ne font plus partie de l’idée que nous avons de cet être, il nous semble que nous portons toutes ces choses dans cet être idéal, que nous les y logeons, & que l’étendue les reçoit & les contient comme un vase reçoit la liqueur qu’on y verse. Ainsi entant que nous considérons la possibilité qu’il y a que plusieurs choses différentes puissent exister ensemble dans cet être abstrait que nous nommons étendue, nous nous formons la notion de l’espace, qui n’est en effet que celle de l’étendue, jointe à la possibilité de rendre aux êtres coexistans & unis, dont elle est formée, les déterminations dont on les avoit d’abord dépouillés par abstraction. On a donc raison, ajoutent les Leibnitiens de définir l’espace l’ordre des coexistans, c’est-à-dire, la ressemblance dans la manière de coexister des êtres ; car l’idée de l’espace naît de ce que l’on ne fait uniquement attention qu’à leur manière d’exister l’un hors de l’autre, & que l’on se représente que cette coexistence de plusieurs êtres produit un certain ordre ou ressemblance dans leur manière d’exister ; ensorte qu’un de ces êtres étant pris pour le premier, un autre devient le second, un autre le troisième, &c.

On voit bien que cet être idéal d’étendue, que nous nous formons de la pluralité & de l’union de tous ces êtres, doit nous paroître une substance ; car entant que nous nous figurons plusieurs choses existantes ensemble, & dépouillées de toutes déterminations internes, cet être nous paroît durable ; & en tant qu’il est possible, par un acte de l’entendement, de rendre à ces êtres les déterminations dont nous les avons dépouillées par abstraction, il semble à l’imagination que nous y transportons quelque chose qui n’y étoit pas, & alors cet être nous paroît modifiable.

Il est donc certain, continuent les sectateurs de Leibnitz, qu’il n’y a d’espace qu’entant qu’il y a des choses réelles & coexistantes ; & sans ces choses il n’y auroit point d’espace. Cependant l’espace n’est pas les choses mêmes ; c’est un être qui en a été formé par abstraction, qui ne subsiste point hors des choses, mais qui n’est pourtant pas la même chose que les sujets dont on a fait cette abstraction ; car ces sujets renferment une infinité de choses qu’on a négligées en formant la notion de l’espace.

L’espace est aux êtres réels comme les nombres aux choses nombrées, lesquelles choses deviennent semblables & forment chacune une unité à l’égard du nombre, parce qu’on fait abstraction des déterminations internes de ces choses, & qu’on ne les considère qu’entant qu’elles peuvent faire une multitude, c’est-à-dire, plusieurs unités ; car, sans une multitude réelle des choses qu’on compte, il n’y auroit point de nombres réels & existans, mais seulement des nombres possibles : ainsi de même qu’il n’y a pas plus d’unités réelles qu’il n’y a de choses actuellement existantes, il n’y a pas non plus d’autres parties actuelles de l’espace que celles que les choses étendues actuellement existantes désignent ; & l’on ne peut admettre des parties dans l’espace actuel, qu’en tant qu’il existe des êtres réels qui coexistent les uns avec les autres. Ceux donc, ajoutent nos Leibnitiens, qui ont voulu appliquer à l’espace actuel les démonstrations qu’ils avoient déduites de l’espace imaginaire, ne pouvoient manquer de s’engager dans des labyrinthes d’erreur dont ils ne sauroient trouver l’issue.

Telles sont les deux opinions contraires sur la nature de l’espace ; elles ont l’une & l’autre des partisans distingués parmi les Philosophes. Je finirai cet article par une remarque judicieuse d’un grand physicien, c’est M. Musschembroek, qui s’exprime ainsi. « A quoi bon toutes ces disputes sur la possibilité ou l’impossibilité de l’espace ? car il pourroit arriver qu’il seroit seulement possible, & qu’il ne se trouveroit nulle part dans le monde, & alors toutes ces difficultés ne deviendroient-elles pas inutiles ? Il en est de même à l’égard de tout ce que les Philosophes disent touchant la possibilité : plusieurs d’entr’eux perdent ici bien du temps, prétendant que la Philosophie est une science qui doit traiter de la possibilité : certainement cette science seroit alors fort inutile & assujettie à bien des erreurs. En effet, quel avantage me reviendroit-il d’employer mon temps à la recherche de tout ce qui est possible dans le monde, tandis que je négligerois de chercher ce qui est véritable ? d’ailleurs notre esprit est trop borné pour que nous puissions jamais connoître ce qui est possible ou ce qui ne l’est pas ; parce que nous connoissons si peu de choses, que nous ne prévoyons pas les contrariétés qui pourroient s’en suivre de ce que nous croirions être possible. »

Cet article est tiré des papiers de M. Formey, qui l’a composé en partie sur le recueil des Lettres de Clarke, Leibnitz, Newton, Amsterd., 1740, & sur les inst. de Physique de madame du Châtelet. Nous ne prendrons point de parti sur la question de l’espace ; on peut voir, par tout ce qui a été dit au mot Élémens Des Sciences, combien cette question obscure est inutile à la Géométrie & à la Physique. Voyez Tems, Étendue, Mouvement, Lieu, Vuide, Corps, &c.

Espace, en Géométrie, signifie l’aire d’une figure renfermée & bornée par les lignes droites ou courbes qui terminent cette figure.

L’espace parabolique est celui qui est renfermé par la parabole : de même l’espace elliptique, l’espace conchoïdal, l’espace cissoïdal sont ceux qui sont renfermés par l’ellipse, par la conchoïde, par la cissoïde, &c. Voyez ces mots ; voyez aussi Quadrature. Sur la nature de l’espace, tel que la Géométrie le considère, voyez l’article Étendue.

Espace, en Méchanique, est la ligne droite ou courbe que l’on conçoit qu’un point mobile décrit dans son mouvement. (O)

Espace, (Droit civil.) étendue indéfinie de lieu, en longueur, largeur, hauteur & profondeur.

On met au rang des immeubles l’espace, qui de sa nature est entièrement immobile. On peut le diviser en commun & particulier.

Le premier est celui des lieux publics, comme des places, des marchés, des temples, des théâtres, des grands chemins, &c. l’autre est celui qui est perpendiculaire au sol d’une possession particuliere, par des lignes tirées tant du centre de la terre vers sa surface, que de la surface vers le ciel.

La possession de cet espace, aussi loin qu’on peut y atteindre de dessus terre, est absolument nécessaire pour la possession du sol ; & par conséquent l’air qu’il renferme toûjours, quoique sujet à changer continuellement, doit aussi être regardé comme appartenant au propriétaire, par rapport aux droits qu’il a d’empêcher qu’aucun autre ne s’en serve ou n’y mette rien qui l’en prive, sans son consentement : cependant, en vertu de la loi de l’humanité, il est tenu de ne refuser à personne un usage innocent de cet espace rempli d’air, & de ne rien exiger pour un tel service.

Chacun a aussi le droit naturel d’élever un bâtiment sur son sol, aussi haut qu’il le veut ; il peut encore creuser dans son sol aussi bas qu’il le juge à propos, quoique les loix civiles de certains pays adjugent au fisc ce qui se trouve dans les terres d’un particulier à une profondeur plus grande que celle où peut pénétrer le soc de la charrue.

Il faut au reste observer les lignes perpendiculaires tirées de la surface du sol, tant en haut qu’en bas : ainsi comme mon voisin ne sauroit légitimement élever un bâtiment qui, par quelque endroit, réponde directement à mon sol, quoiqu’il n’y soit pas appuyé, & qu’il porte sur des poutres prolongées en ligne horizontale ; de même je ne puis pas, à mon tour, faire une pyramide dont les côtés & les fondemens s’étendent au-delà de mon espace, à moins qu’il n’y ait à cet égard quelque convention entre mon voisin & moi ; c’est à quoi, pour le bien public, les loix s’opposent : ces loix sont fort sages en général, & les hommes toujours insatiables & fort injustes en particulier. Article de M. le chevalier De Jaucourt.

Espace, en Musique, est cet intervalle qui se trouve entre une ligne & celle qui la suit immédiatement, en montant ou en descendant. Il y a quatre espaces entre les cinq lignes de la portée. Voyez Portée.

Guy Arétin ne posa d’abord des notes que sur les lignes ; mais ensuite, pour éviter la multiplication des lignes & ménager mieux la place, on en mit aussi dans les espaces. Voyez Lignes. (S)

Espace. On appelle ainsi, dans l’usage de l’Imprimerie, ce qui sert à séparer dans la composition les mots les uns des autres : ce sont de petits morceaux de fonte de l’épaisseur du corps du caractère pour lequel ils sont fondus, & qui, étant plus bas que la lettre, forment le vuide qui paroît dans l’impression entre chaque mot. Les espaces sont de différentes épaisseurs ; il y en a de fortes, de minces & de moyennes, pour donner au compositeur la faculté de justifier. Voyez Justifier.

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Étymologie de « espace »

Du latin spatium (« stade, champ de course, arène, étendue, durée »).
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Provenç. espaci, espazi ; espagn. espacio ; ital. spazio ; du latin spatium.

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Phonétique du mot « espace »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
espace ɛspas

Citations contenant le mot « espace »

  • L'espace est un corps imaginaire comme le temps un mouvement fictif. De Paul Valéry
  • Demain, apprendre l’espace en ville sera aussi utile que d’apprendre à conduire. De Wernher von Braun
  • Ariane 5, le lanceur européen au décollage depuis la base de Kourou en Guyane (AFP PHOTO/ ESA/CNES/Arianespace) LExpress.fr, Conquête de l'espace : "Des astronautes européens iront marcher sur la Lune" - L'Express
  • Quand l'humanité a-t-elle commencé à photographier depuis l'espace ? Tout a commencé en 1946, avec une image historique de notre planète. Numerama, Voici la première photo prise dans l’espace, en 1946
  • L'espace est la stature de Dieu. Joseph Joubert, Carnets
  • L'espace à soi pareil qu'il s'accroisse ou se nie […]. Stéphane Mallarmé, Poésies, Plusieurs Sonnets, I
  • Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie. Blaise Pascal, Pensées, 206 Pensées
  • L'espace, c'est la liberté de l'esprit. Georges Poulet, La Distance intérieure, Joubert , Plon
  • L'amour, c'est l'espace et le temps rendus sensibles au cœur. Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, la Prisonnière , Gallimard
  • Le Peintre seul et ceux qui savent voir ont accès dans l'espace magique. Victor Segalen, Peintures, Plon
  • L'espace efface le bruit. De Victor Hugo
  • La mer est un espace de rigueur et de liberté. De Victor Hugo
  • L'espace, c'est le luxe absolu. De Bertrand Lavier
  • La jeunesse veut l'espace ; la vieillesse, le temps. De Jean Nohain
  • Moins vous me donnerez d’espace, plus j’en aurai. De Björk / Alarm call
  • L’écriture est le seul espace de liberté absolue. De Nicolas Fargues / Les Inrockuptibles - 22 janvier 2008
  • Aussi vaste que l'espace qu'embrasse notre regard est cet espace à l'intérieur de nous. De Anonyme / Rig Veda
  • C'est un fait de pure expérience qu'il n'y a pas d'espace sans temps ni de temps sans espace. De Daisetz Téitaro Suzuki
  • Je vis dans un espace maximum alors qu’en ville on se bat pour un mètre carré qui définit l’espace. De Nicolas Hulot / Etats d’âme
  • L'espace est l'ordre des choses qui coexistent. De Leibniz
  • Le rythme est dans le temps ce que la symétrie est dans l'espace. De Eugène d'Eichtal
  • Le temps n'est que l'activité de l'espace. De Elsa Triolet / Le Grand jamais
  • Virgin Orbit, fondée par Richard Branson, visa à faire voler de petits satellites dans l'espace à l'aide d'un Boeing 747 modifié appelé "Cosmic Girl". Mais lors du premier lancement d'essai orbital de la société aérospatiale en mai, une brèche dans une conduite de carburant a provoqué l'arrêt prématuré du moteur de la fusée. Business Insider France, L'espace en 2021 : les grandes missions vers Mars, éclipses, vols d'astronautes et lancements de fusées à surveiller cette année
  • La colonisation de l’espace n’est pas encore pour demain, mais ça avance quand même plutôt bien quand on voit les efforts actuellement fournis par les pays et des compagnies spatiales. Fredzone, Une guerre dans l'espace serait catastrophique
  • Si l'être humain souhaite, un jour, voyager suffisamment longtemps dans l'espace pour se rendre sur Mars, il devra être capable de concevoir sa propre nourriture au cours du périple. De la faire pousser, par exemple ! Pour cela, il est nécessaire de savoir comment les plantes réagissent à leur environnement durant un vol spatial. Et dans cette quête, rien de mieux que la Station spatiale internationale (ISS). Futura, Brève | Les plantes poussent-elles différemment dans l'espace ?
  • Ce même bâtiment pourrait bientôt héberger un espace de "co-working, espace de travail partagé ayant pour vocation d’accueillir des travailleurs indépendants, des autoentrepreneurs et des télétravailleurs. ladepeche.fr, Saint-Pierre-de-Clairac. Commerce rural rouvert et espace de travail partagé en vue - ladepeche.fr

Traductions du mot « espace »

Langue Traduction
Anglais space
Espagnol espacio
Italien spazio
Allemand raum
Chinois 空间
Arabe الفراغ
Portugais espaço
Russe пространство
Japonais スペース
Basque espazioa
Corse spaziu
Source : Google Translate API

Synonymes de « espace »

Source : synonymes de espace sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « espace »

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