La langue française

Clémence

Sommaire

  • Définitions du mot clémence
  • Étymologie de « clémence »
  • Phonétique de « clémence »
  • Évolution historique de l’usage du mot « clémence »
  • Citations contenant le mot « clémence »
  • Traductions du mot « clémence »
  • Synonymes de « clémence »
  • Antonymes de « clémence »

Définitions du mot clémence

Trésor de la Langue Française informatisé

CLÉMENCE, subst. fém.

A.− [En parlant d'une pers. qui dispose de l'autorité souveraine ou d'une certaine forme de pouvoir] Vertu suivant laquelle celui qui a autorité de punir, est enclin à pardonner au coupable ou à modérer son châtiment. La clémence infinie de Dieu; la clémence royale; user de sa clémence; la clémence du juge, d'une mère; des paroles de clémence :
1. Réveillons-nous! Réveillons-nous, dit bientôt le courageux hermite en allumant une lampe. « Nous perdons des momens précieux; intrépides chrétiens. Bravons les assauts de l'adversité; la corde au cou, la cendre sur la tête, jetons-nous aux pieds du très-haut, pour implorer sa clémence, ou pour nous soumettre à ses décrets. (...). » Chateaubriand, Génie du Christianisme,t. 2, 1803, p. 245.
SYNT. a) Syntagme nominal. La clémence du magistrat (La Martelière, Robert, chef de brigands, 1793, IV, 9, p. 49). Un comité de clémence (P. Bourget, Nos actes nous suivent, 1926, p. 106). Une politique de clémence (Mauriac, Le Bâillon dénoué, 1945, p. 486). b) Syntagme verbal. Adopter une mesure de clémence (De Gaulle, Mémoires de guerre, 1959, p. 100).
Rare. [Employé comme interj.] Clémence! (Delavigne, Louis XI,1832, V, 14, p. 222).
B.− Au fig. [En parlant du temps qu'il fait] Douceur favorable. La clémence du temps; la clémence du mois de novembre :
2. La multiplication de l'espèce humaine rencontre de graves obstacles, en partie insurmontables, soit dans une surabondance de vie végétale et microbienne, étouffant l'activité de l'homme (...); soit dans une pénurie qui, par insuffisance d'eau ou de chaleur, anémie en quelque sorte toutes les sources d'existence. Au contraire, la clémence du climat, l'abondance spontanée des moyens de nourriture sont des circonstances propices. Vidal de La Blache, Principes de géogr. hum.,1921, p. 21.
Prononc. et Orth. : [klemɑ ̃:s]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. 881 clementia « indulgence » (Eulalie ds Henry Chrestomathie, 2, 29), forme isolée; 1268 clemence (Brunet Latin, Trésor, éd. P. Chabaille, p. 611); 2. 1893 « douceur (du temps) » (A. France, Les Opinions de Monsieur Jérôme Coignard, p. 32). Empr. au lat. class. clementia « indulgence » (adopté en ce sens par les auteurs chrétiens, notamment en réf. à Dieu), « douceur » spéc. en parlant du temps. Fréq. abs. littér. : 341. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 901, b) 508; xxes. : a) 353, b) 195.

Wiktionnaire

Nom commun

clémence \kle.mɑ̃s\ féminin

  1. Vertu qui consiste à pardonner les offenses et à modérer les châtiments en parlant de ceux qui disposent de l’autorité souveraine et par extension, de toute personne ayant un certain pouvoir.
    • Des actes de clémence.
    • Implorer la clémence du juge.
    • Traiter avec clémence.
  2. Douceur, modération.
    • La clémence de la température : La douceur de la température.
    • Les Parisiens profitaient de la clémence relative de la température pour se rendre au Bois. — (Pierre Souvestre et Marcel Allain, Fantômas, L’Agent secret, 1911, Éditions Robert Laffont, Bouquins, tome 1, page 932)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

CLÉMENCE. n. f.
Vertu qui consiste à pardonner les offenses et à modérer les châtiments en parlant de ceux qui disposent de l'autorité souveraine. Clémence divine. Clémence royale. La clémence est la vertu des rois. Des actes de clémence. Trait de clémence. User de clémence. Par extension, on le dit de toute personne ayant un certain pouvoir. Implorer la clémence du juge. N'avoir de salut que dans la clémence du vainqueur. Traiter avec clémence. Fig., La clémence de la température, La douceur de la température.

Littré (1872-1877)

CLÉMENCE (klé-man-s') s. f.
  • Vertu qui, chez une personne puissante, consiste à pardonner les offenses, et à adoucir les châtiments. Un acte de clémence. La clémence est la plus belle marque Qui fasse à l'univers connaître un vrai monarque, Corneille, Cinna, IV, 4. Une aveugle clémence, Loin d'arrêter le crime, en nourrit la licence, Racine, Esth. III, 4. … Le sceptre d'or que vous tend cette main Pour vous de ma clémence est un gage certain, Racine, ib. II, 7. Que lui peut-on reprocher, sinon la clémence ? Bossuet, Reine d'Anglet. Songez que ma clémence a surpassé mes crimes, Voltaire, Alz. V, 7. … Lassant enfin les clémences célestes, Le monde à ces signes funestes Ose répondre en les bravant, Hugo, Odes, I, 11. Sans jamais écouter ni pitié ni clémence Qui te parle pour eux, Malherbe, II, 12. Coupables, approchez : De la chaîne des ans les jours de la clémence Sont enfin retranchés, Gilbert, Jug. dernier.

    Indulgence d'un père pour ses enfants. On doit toujours espérer en la clémence d'un père.

HISTORIQUE

Xe s. Par souue [sa] clementia, Eulalie.

XVIe s. Qu'ilz n'abusent de la clemence dont avons usé envers les simples, Condé, Mémoires, p. 554.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

CLÉMENCE, s. f. (Droit polit.) Favorin la définit, un acte par lequel le souverain se relâche à propos de la rigueur du Droit ; & Charron l’appelle une vertu qui fait incliner le prince à la douceur, à remettre, & relâcher la rigueur de la justice avec jugement & discrétion. Ces deux définitions renfermant les mêmes idées qu’on doit avoir de la clemence, sont également bonnes.

En effet, c’est une vertu du souverain qui l’engage à exempter entierement les coupables des peines, ou à les modérer, soit dans l’état de paix, soit dans l’état de guerre.

Dans ce dernier état, la clémence porte plus communément le nom de modération, & est une vertu fondée sur les lois de l’humanité, qui a entr’autres l’avantage d’être la plus propre à gagner les esprits. L’histoire nous en fournit quantité d’exemples, comme aussi d’actions contraires, qui ont eû des succès tout opposés.

Dans l’état de paix, la clémence consiste à exempter entierement de la peine, lorsque le bien de l’état peut le permettre, ce qui est même une des regles du Droit Romain ; ou à adoucir cette peine, s’il n’y a de très-fortes raisons au contraire, & c’est-là la seconde partie de la clémence.

Il n’est pas nécessaire de punir toûjours sans rémission les crimes d’ailleurs punissables ; il y a des cas où le souverain peut faire grace, & c’est dequoi il faut juger par le bien public, qui est le grand but des peines. Si donc il se trouve des circonstances où en faisant grace, on procure autant ou plus d’utilité qu’en punissant, le souverain doit nécessairement user de clémence. Si le crime est caché, s’il n’est connu que de très-peu de gens, s’il y a des inconvéniens à l’ébrüiter, il n’est pas toûjours nécessaire, quelquefois même il seroit dangereux de le publier, en le punissant par quelque peine. Solon n’avoit point fait de loi contre le parricide. L’utilité publique, qui est la mesure des peines, demande encore quelquefois que l’on fasse grace à cause des conjonctures, du grand nombre des coupables, des causes, des motifs qui les ont animés, des tems, des lieux, &c. car il ne faut pas exercer, au détriment de l’état, la justice qui est établie pour la conservation de la société.

S’il n’y a point de fortes & pressantes raisons au souverain de pouvoir faire grace, il doit alors pancher plûtôt à mitiger la peine (à moins que des raisons valables & justes ne s’y opposent entierement, comme quand il s’agit de crimes qui violent les droits de la nature & de la société humaine) parce que toute peine rigoureuse a quelque chose de contraire par elle-même, sinon à la justice, du moins à l’humanité. L’empereur Marc Antonin le pensoit ainsi, & y conformoit sa conduite.

La clémence est contraire à la cruauté, à la trop grande rigueur, non à la justice, de laquelle elle ne s’éloigne pas beaucoup, mais qu’elle adoucit, qu’elle tempere ; & la clémence est nécessaire à cause de l’infirmité humaine, & de la facilité de faillir, comme dit Charron.

Suivant les principes généraux qu’on vient d’établir, on peut voir quand le souverain doit punir, quand il doit mitiger la peine, & quand il doit pardonner. D’ailleurs, lorsque la clémence a des dangers, ces dangers sont très-visibles ; on la distingue aisément de cette foiblesse qui mene le prince au mépris, & à l’impuissance même de punir, comme le remarque l’illustre auteur de l’esprit des lois.

Voici ce qu’il ajoûte sur cette matiere dans cet ouvrage, liv. VI. ch. xxj.

« La clémence est la qualité distinctive des monarques. Dans la république où l’on a pour principe la vertu, elle est moins nécessaire. Dans l’état despotique où regne la crainte, elle est moins en usage, parce qu’il faut contenir les grands de l’état par des exemples de sévérité. Dans les monarchies où l’on est gouverné par l’honneur, qui souvent exige ce que la loi défend, elle est plus nécessaire. La disgrace y est équivalente à la peine ; les formalités même des jugemens y sont des punitions. C’est-là que la honte vient de tous côtés pour former des genres particuliers de peines.

» Les grands y sont si fort punis par la disgrace, par la perte souvent imaginaire de leur fortune, de leur crédit, de leurs habitudes, de leurs plaisirs, que la rigueur à leur égard est inutile ; elle ne peut servir qu’à ôter aux sujets l’amour qu’ils ont pour la personne du prince, & le respect qu’ils doivent avoir pour les places.

» On disputera peut-être aux monarques quelque branche de l’autorité, presque jamais l’autorité entiere ; & si quelquefois ils combattent pour la couronne, ils ne combattent point pour la vie.

» Ils ont tant à gagner par la clémence, elle est suivie de tant d’amour, ils en tirent tant de gloire, que c’est presque toûjours un bonheur pour eux d’avoir occasion de l’exercer, & ils le peuvent presque toûjours dans nos contrées. »

C’est une heureuse prérogative dont ils joüissent, & le caractere d’une belle ame quand ils en font usage. Cette prérogative leur est utile & honorable, sans énerver leur autorité. Je ne connois point de plus beau trait dans l’oraison de Cicéron pour Ligarius, que celui où il dit à César, pour le porter à la clémence : « Vous n’avez reçû rien de plus grand de la fortune, que le pouvoir de conserver la vie ; ni rien de meilleur de la nature, que la volonté de le faire ». Art. de M. le Chevalier de Jaucourt.

* Clémence, (Myth.) Les anciens en avoient fait une divinité ; elle tenoit une branche de laurier d’une main, & une lance de l’autre. Le pié de sa statue fut un asyle dans Athenes. On lui dédia dans Rome un temple & des autels après la mort de Jules César. Sa figure se voit sur les monnoies de Tibere & de Vitellius. Elle est-là bien mal placée.

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Étymologie de « clémence »

(881) clementia puis 1268 clemence. Du latin clementia.
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Le latin clementia, de clemens, clément

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Phonétique du mot « clémence »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
clémence klemɑ̃s

Évolution historique de l’usage du mot « clémence »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « clémence »

  • Dieu préfère toujours la clémence à justice. Robert Garnier, Les Juives
  • La clémence est l'honneur d'un prince débonnaire. Robert Garnier, Porcie
  • Vous avez fait, mon Dieu, la vie et la clémence ; Et chacun de vos pas est marqué par un don. C'est à votre regard que tout amour commence, Vous écriviez : Douleur, un ange lut : Pardon. Victor Hugo, Les Tables tournantes de Jersey
  • La clémence des princes n'est souvent qu'une politique pour gagner l'affection des peuples. François, duc de La Rochefoucauld, Maximes
  • Et le pouvoir terrestre est plus semblable à celui de Dieu quand la clémence adoucit la justice. William Shakespeare, Le Marchand de Venise, IV, 1, Portia The Merchant of Venice, IV, 1, Portia
  • La clémence honore le pouvoir. De Hazrat Ali
  • Rien ne réussit mieux à l'homme que la clémence. De Térence
  • La clémence est la vertu des rois. De Edmé Boursault / Esope à la cour
  • La clémence : une élégance des tyrans pour se faire de la publicité. De Jean Anouilh
  • La clémence vaut mieux que la justice. De Vauvenargues / Réflexions et maximes
  • Dieu préfère toujours la clémence à la justice. De Robert Garnier / Les juives
  • La clémence des rois est la plus sûre alliée. De Pierre Lebrun / Le Cid d’Andalousie
  • La clémence des princes n’est souvent qu’une politique pour gagner l’affection des peuples. De François de La Rochefoucauld / Maximes
  • La satisfaction qu'on tire de la vengeance ne dure qu'un moment : celle que nous donne la clémence est éternelle. De Henri IV
  • c'est entreprendre sur la clémence de Dieu que de punir sans nécessité. De Vauvenargues / Réflexions et maximes
  • Les sages savent ce qu'est la clémence, seuls les héros pensent à se venger. De Lao She / Quatre générations sous un même toit
  • La clémence des princes n'est souvent qu'une politesse pour gagner l'affection des peuples. De François de La Rochefoucauld / Maximes

Traductions du mot « clémence »

Langue Traduction
Anglais clemency
Espagnol clemencia
Italien clemenza
Allemand milde
Chinois 宽大
Arabe الرأفة
Portugais clemência
Russe помилование
Japonais 寛大
Basque grazi
Corse clemenza
Source : Google Translate API

Synonymes de « clémence »

Source : synonymes de clémence sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « clémence »

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