La langue française

Renfermé

Sommaire

Définitions du mot renfermé

Trésor de la Langue Française informatisé

RENFERMÉ, -ÉE, part. passé et adj.

I. − Part. passé de renfermer*.
II. − Adjectif
A. −
1. Enfermé étroitement, tenu dans un espace restreint.
[En parlant d'un animé] Vieilli. Un fou renfermé; vivre renfermé. Le ministre, qui n'avait pas su à qui il avait affaire, demeura si bien renfermé dans son appartement, quand il l'eut aperçu par une fenêtre, qu'il ne voulut jamais ouvrir, quoique je fusse plus d'une demi-heure à sa porte à heurter (Bremond, Hist. sent. relig., t. 3, 1921, p. 11).
Au fig. Vie renfermée. Vie sans contact extérieur. J'ai eu, il y a quelques jours, des accès de découragement et de mélancolie; c'était la suite d'une vie trop renfermée, trop uniforme (J.-J. Ampère, Corresp., 1830, p. 13).
[En parlant d'un inanimé] Voulez-vous une omelette aux pommes de terre? Le jambon est renfermé: il n'y a que le patron qui le coupe (Sartre, Nausée, 1938, p. 85).
2. Au fig. Caché, tenu secret, qui n'est pas exprimé. Douleur, passion renfermée. Et si brusquement complice était le secret renfermé de cette crypte close que Vanessa (...) fit en trébuchant sur les galets quelques pas incertains comme pour fuir (Gracq, Syrtes, 1951, p. 159).
B. − [En parlant d'une pers., de sa manière d'être] Qui n'exprime pas ses sentiments, qui ne s'extériorise pas. Visage renfermé; caractère, nature renfermé(e). Il m'a d'abord dit qu'on me dépeignait comme étant d'un caractère taciturne et renfermé et il voulut savoir ce que j'en pensais. J'ai répondu: « C'est que je n'ai jamais grand'chose à dire. Alors je me tais » (Camus, Étranger, 1942, p. 1171).Empl. subst. Personne taciturne et peu communicative. Il faudra que je demande à Le Sidaner ce qu'il pense de Poussin, me dit l'avocat. C'est un renfermé, un silencieux, mais je saurai bien lui tirer les vers du nez (Proust, Sodome, 1922, p. 812).
C. −
1. Malodorant par manque d'air. Atmosphère, chaleur renfermée; odeur rance et renfermée. Il y a ici une odeur masculine!... − Que dis-tu ami? Ce n'est rien, l'air renfermé de la nuit peut-être! Je vais ouvrir les croisées (Borel, Champavert, 1833, p. 164).
2. Empl. subst. masc. Mauvaise odeur d'un lieu peu ou pas assez aéré, d'une chose peu aérée. [Le dé de ma mère] était chaud; il exhalait une mince odeur de sueur et de renfermé (Duhamel, Confess. min., 1920, p. 120).
Sentir le renfermé. L'ouverture de la fenêtre (...) suffisait à donner à cette chambre un peu d'air, ce qui l'empêchait de trop sentir le renfermé et le malade (Malègue, Augustin, t. 2, 1933, p. 291).P. métaph. Je tiens Madame Bovary pour un pur chef-d'œuvre d'ironie et de pitié et qui, par extraordinaire, ne sent pas le renfermé (L. Daudet, Idées esthét., 1939, p. 12).
Prononc. et Orth.: [ʀ ɑ ̃fε ʀme]. Att. ds Ac. dep. 1718. Fréq. abs. littér.: 880. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 2 895, b) 865; xxes.: a) 579, b) 459. Bbg. Quem. DDL t. 19.

Wiktionnaire

Nom commun

renfermé \ʁɑ.fɛʁ.me\ masculin au singulier uniquement

  1. Odeur spéciale qu’ont contracté certaines choses pour avoir été trop longtemps renfermées.
    • Des racines coupées et des feuilles de betteraves, bouillant dans une marmite sur le feu, mêlaient leur parfum âcre à l’odeur de renfermé qui semblait stagner dans les encoignures. — (Louis Pergaud, La Vengeance du père Jourgeot, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • C’est pourquoi la meilleure part de notre mémoire est hors de nous, dans un souffle pluvieux, dans l’odeur de renfermé d’une chambre ou dans l’odeur d’une première flambée, partout où nous retrouvons de nous-même ce que notre intelligence, n’en ayant pas l’emploi, avait dédaigné, la dernière réserve du passé, la meilleure, celle qui, quand toutes nos larmes semblent taries, sait nous faire pleurer encore. — (Marcel Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, in À la recherche du temps perdu, t. II, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1988, p. 4)
    • (Figuré)Nous laissons beaucoup trop les Alsaciens « cuire dans leur jus », nous les abandonnons trop à l’horizon confiné de ce couloir d’entre Vosges et Rhin où la fermentation d’un particularisme fanatique finit par exhaler une agressive odeur de renfermé. — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)

Forme de verbe

renfermé \ʁɑ̃.fɛʁ.me\

  1. Participe passé masculin singulier de renfermer.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

RENFERMER. v. tr.
Enfermer de nouveau. Ce prisonnier s'était échappé, on l'a repris et on l'a renfermé. Il signifie aussi Enfermer étroitement. Il se renferma dans sa maison. Fig., Il s'est renfermé dans son mutisme. Se renfermer en soi-même, Se recueillir, afin de penser avec plus d'attention aux choses dont on est occupé.

RENFERMER signifie aussi, tant au propre qu'au figuré, Comprendre, contenir. Cette région renferme plusieurs villages. Le genre renferme les espèces. Ce livre renferme nombre d'erreurs. Cette phrase renferme un sens profond. Un corps mal fait peut renfermer une belle âme. Il signifie encore, figurément, Restreindre, réduire dans de certaines bornes. L'exercice de ce droit fut renfermé dans certaines limites. Cet auteur s'est renfermé dans son sujet et ne s'est pas permis le moindre écart. Le commerce, au lieu de s'étendre, se renfermait tous les jours dans un cercle plus étroit. En termes de Manège, Renfermer un cheval, Le bien tenir dans la main et dans les jambes. Le participe passé

RENFERMÉ s'emploie comme nom masculin. Cela sent le renfermé se dit des Choses qui ont contracté une odeur spéciale pour avoir été trop longtemps renfermées. On dit de même : Une odeur de renfermé, en parlant d'un Appartement, d'une chambre où l'on n'a pas ouvert les fenêtres depuis un certain temps.

Littré (1872-1877)

RENFERMÉ (ran-fèr-mé, mée) part. passé de renfermer
  • 1Enfermé de nouveau. Repris après une évasion, et renfermé.
  • 2Enfermé, emprisonné. Un fou renfermé dans un établissement d'aliénés. Il peut venir des malheurs du ciel et de dessous terre : un éclat de foudre peut ruiner les matériaux ; un vent renfermé peut faire sauter le travail en l'air, Guez de Balzac, De la cour, 4e disc.

    Substantivement. Cela sent le renfermé, se dit des choses qui sentent mauvais pour avoir été longtemps renfermées.

    Odeur de renfermé, odeur d'une chambre qui n'a pas été ouverte depuis longtemps.

  • 3 Fig. Il se dit des sentiments, des idées, des passions que l'on enferme dans le cœur. Je craignais mon amour vainement renfermé ; Enfin j'aurais voulu n'avoir jamais aimé, Racine, Brit. III, 7.

    Il se dit des personnes. Renfermée en moi-même, mes inquiétudes n'en étaient que plus vives, Graffigny, Lett. péruv. IV.

    Absolument. Un homme renfermé, un homme qui ne communique pas ses impressions, ses sentiments. M. de Montalais est incompréhensible… on ne le connaît pas, il est renfermé, Mme Riccoboni, Comtesse de Sancerre, lett. 52.

  • 4Contenu, compris. Comme la religion et le gouvernement politique sont les deux points sur lesquels roulent les choses humaines, voir ce qui regarde ces choses, renfermé dans un abrégé, et en découvrir par ce moyen tout l'ordre et toute la suite…, Bossuet, Hist. Dessein général. Ces admirables vertus me semblent renfermées dans l'idée du souverain, La Bruyère, X. La devise de l'homme vertueux est renfermée dans ces deux mots, donner et pardonner, D'Alembert, Éloges, l'ab. de St-P.
  • 5Restreint, réduit. Le débat renfermé dans de sages limites. J'apprendrai plus de vos nouvelles lundi ; car votre dernière [lettre] est toute renfermée à celles de Versailles, Sévigné, 12 août 1685.

    Il se dit, en un sens analogue, des personnes. Parmi ces sages pensées et renfermé dans un doux commerce avec ses amis aussi modestes que lui, il goûtait un véritable repos, Bossuet, le Tellier. Renfermé dans les soins de son saint ministère… On le voit dans son temple et jamais à la cour, Voltaire, Sémiram. I, 1.

    Substantivement. Le renfermé, l'habitude de vivre dans une société restreinte et exclusive. Leur dévotion [de M. du Maine et de Mme de Maintenon], leur renfermé continuel le rassurait [le roi] sur eux, Saint-Simon, 363, 35.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Étymologie de « renfermé »

Du participe passé de renfermer.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « renfermé »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
renfermé rɑ̃fɛrme

Citations contenant le mot « renfermé »

  • L’homme renfermé a de mauvaises moeurs. De Proverbe kongo
  • Chacun de nous a son passé renfermé en lui comme les pages d'un vieux livre qu'il connaît par coeur, mais dont ses amis pourront seulement lire le titre. De Virginia Woolf

Images d'illustration du mot « renfermé »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « renfermé »

Langue Traduction
Anglais withdrawn
Espagnol retirado
Italien ritirato
Allemand zurückgezogen
Chinois 取消
Arabe سحبت
Portugais retirado
Russe отозваны
Japonais 引きこもった
Basque kendu
Corse ritirata
Source : Google Translate API

Synonymes de « renfermé »

Source : synonymes de renfermé sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « renfermé »

Partager