La langue française

Rabattre

Sommaire

  • Définitions du mot rabattre
  • Étymologie de « rabattre »
  • Phonétique de « rabattre »
  • Citations contenant le mot « rabattre »
  • Images d'illustration du mot « rabattre »
  • Traductions du mot « rabattre »
  • Synonymes de « rabattre »
  • Antonymes de « rabattre »

Définitions du mot rabattre

Trésor de la Langue Française informatisé

RABATTRE, verbe trans.

A. − Ramener à un niveau plus bas en abaissant.
1. [Gén. avec une idée de force ou de vivacité] Ramener quelque chose vers le bas; faire redescendre, retomber ce qui s'élevait, montait. Synon. abaisser; anton. relever, soulever.Rabattre une balle; rabattre son capuchon, son jupon; vent qui rabat la pluie. Don Carlos (...) rabat son chapeau sur ses yeux (Hugo,Hernani, 1830, i, 2, p. 17).La table était éclairée par un lustre de bronze lourd et compliqué, dont le dôme rabattait la lumière sur la nappe (Chardonne,Dest. sent., I, 1934, p. 59).
Empl. pronom. Être ramené ou se diriger vers le bas, généralement d'un mouvement brusque, vif. Brumes qui se rabattent. La fumée qui se rabattait pesamment le long des cheminées (Janin,Âne mort, 1829, p. 185).Une jambe s'élève, puis se rabat, produisant le contact des cuisses (Bourgat,Techn. danse, 1959, p. 114).
ESCR. Rabattre le fer (de l'adversaire), rabattre un coup. ,,Parer le coup en rabaissant le fer adverse`` (Petiot 1982). On lui porta un coup d'épée, et il le rabattit (Ac.1798-1878).
Au fig., fam. et vx. Rabattre les coups. Calmer des gens qui se querellent, détourner d'un danger, d'une menace. Il entra comme ils se querellaient, et il rabattit bien des coups (Ac.).
2. [Gén. avec une idée d'abaissement; le compl. désigne une chose qui s'articule, se plie, etc.]
a)
α) Refermer. Anton. ouvrir.
Abaisser, rabaisser ce qui se replie. Anton. relever.Rabattre le capot d'une voiture. Résolument il rabattit le couvercle [du cercueil] et enfonça un clou (Péladan,Vice supr., 1884, p. 315).Elle alla rabattre le couvercle de l'harmonium (Guèvremont,Survenant, 1945, p. 264).
[Sans idée d'abaissement] Déjà il l'avait rejointe, elle n'eut pas le temps de rabattre sa porte (Zola,Joie de vivre, 1884, p. 1071).
β) Ramener, appliquer une chose sur l'autre (par pliage). Synon. replier.Rabattre un col; rabattre une feuille sur une autre; rabattre les parties d'un dépliant. Le chirurgien essuie ses outils, lave ses mains, rabat les manches de son habit (Murger,Scène vie jeun., 1851, p. 171).
b) Empl. pronom. Être ou pouvoir être abaissé, appliqué sur autre chose, replié. Col, couvercle, portière, visière qui se rabat. Les murailles blanches, sur lesquelles se rabattaient les persiennes grises des fenêtres (Zola,M. Férat, 1868, p. 94).Lorsqu'une navette n'a plus de fil (...), le métier s'arrête, la foule se rabat mettant les navettes en liberté (Thiébaut,Fabric. tissus, 1961, p. 163).
c) Spécialement
COUT. Rabattre une couture. Faire un rempli à l'étoffe laissée au-dessus d'une couture et l'assujettir par un point de côté. Oh! tu sais, grand-mère, je ne peux pas encore très bien les rabattre, les coutures, mais je les fais déjà joliment droites (Zola,Travail, t. 2, 1901, p. 214).MAR. On rabat les coutures d'une voile, en faisant simple, la deuxième couture, qui, avec la première, forme ainsi une couture plate (Bonn.-Paris1859).
MATH. (géom.). ,,Faire exécuter à une figure plane, un mouvement de rotation autour d'un axe situé dans un plan de projection, pour l'amener dans ce plan de projection`` (Noël 1968).
TECHNOL. Rabattre une ligne. ,,Dans l'établissement des bois de charpente, rabattre une ligne signifie tracer, à sa rencontre avec les faces de côté ou les bouts du morceau sur lequel elle est tracée, des traits d'aplomb situés dans le plan de cette ligne et au moyen desquels on peut la rembarrer sur la face du dessous`` (Chabat 1881).
3. Mettre de niveau, aplatir ce qui dépasse, ce qui se relève. Synon. aplanir.
a) AGRIC., TRAV. PUBL. Aplanir, rendre la surface unie. Rabattre les sillons, la terre. Moi-même autrefois j'ai rabattu la motte sur le sillon que mon père avait tracé (Claudel,Annonce, 1912, i, 3, p. 157).On est également obligé d'enlever l'herbe qui pousse à leur surface [des accotements] et de rabattre les ornières et les traces de pas qui se produisent sur l'accotement (Bourde,Trav. publ., 1929, p. 172).
Rabattre l'avoine, le gazon. ,,Faire passer le rouleau sur les avoines déjà levées, pour aplanir la terre`` (Ac.). Synon. rouler.
b) MARBRERIE. ,,Frotter le marbre avec de la terre pulvérisée pour en faire disparaître les inégalités; dégrossir un parement de marbre en le frottant avec un rabot`` (Noël 1968). V. rabat B 2 ex. de Jossier 1881.
c) MÉTALL. Rabattre un fer. ,,Action de le parer, c'est-à-dire d'effacer à petits coups de marteau toutes les inégalités que les grands coups ont pu laisser sur la pièce`` (Havard 1890).
4. Au fig. [Le compl. est un terme abstr.] Rabattre qqc. (de qqn).Ramener à un degré moindre. Synon. diminuer, rabaisser, réduire; anton. enfler, exalter, grandir, rehausser, stimuler.Rabattre l'amour-propre, la fierté, les prétentions de qqn. Il était temps de rabattre l'orgueil du dauphin et de ses partisans (Barante,Hist. ducs Bourg., t. 4, 1821-24, p. 431).La joie, une joie mystérieuse, lui allégeait le sang. La jugeant sans raison, il essayait de la rabattre (Pourrat,Gaspard, 1931, p. 150).
Loc. fam. Rabattre le caquet* à qqn/de qqn. Rabattre la crête à qqn. V. crête I A 1.
B. − Ramener à un niveau plus bas en retranchant; diminuer la quantité, l'importance, le niveau de quelque chose.
1. Spécialement
a) ARBORIC., HORTIC. ,,Supprimer une partie d'un végétal pour diminuer sa taille et provoquer le développement de pousses nouvelles`` (Fleurist. 1978). On ne rabat pas la vigne, on la recèpe (Bén.-Vaesk.Jard.1981).
b) ARTS DÉCOR., PEINT., TEINT. Corriger une couleur trop vive en la ternissant autant qu'il convient par addition d'une autre couleur. L'article 22 du Règlement des Teinturiers porte que les verts doivent être alunés (...) et ensuite rabattus avec le verdet et le bois d'Inde. Suivant l'article 24 de ce même règlement, les olives et verts doux devaient être rabattus avec du bois d'Inde et de la couperose (Havard1890).
P. ext., lang. cour. Atténuer. Ma parole! Mais elle s'enfarine, elle se teint! Le grand crime que (...) d'employer cette lotion qui (...) rabat un peu la couleur de vos cheveux! (H. Bazin,Qui j'ose aimer, 1956, p. 128).
c) COMM. Consentir ou exiger un rabais sur le prix convenu ou demandé. Synon. décompter, déduire, défalquer, diminuer, retrancher; anton. ajouter, augmenter, majorer.Rabattre une certaine somme; rabattre un pourcentage sur le prix marqué; rabattre de moitié le prix de qqc. Si M. Goulden avait su que je la voulais [la petite montre], il m'en aurait fait cadeau lui-même; mais je ne m'en serais pas seulement laissé rabattre un liard (Erckm.-Chatr.,Conscrit 1813, 1864, p. 11).
Empl. abs. En rabattre. Le fermage d'une terre une fois élevé à sa plus haute puissance, le propriétaire n'en rabat jamais (Proudhon,Propriété, 1840, p. 263).
P. ext., lang. cour. Diminuer. Quel âge croyez-vous que j'aie? La confusion de Simon était grande. Il pensa: « Cinquante-cinq, au moins », rabattit dix ans d'un grand coup en craignant que sa flagornerie ne fût trop visible (Druon,Gdes fam., t. 1, 1948, p. 65).
2. Au fig.
a) Littér. [Le compl. est un terme abstr.] Rabattre de qqc.Diminuer en abandonnant une partie; ne pas conserver au même degré. Synon. abdiquer, se départir; anton. conserver, maintenir.Rabattre de sa gravité, de ses louanges, de sa présomption, de ses rêves. [Les Esprits] ont bien rabattu de leur férocité, de leur capacité sanguinaire d'autrefois (Arnoux,Double chance, 1958, p. 135):
1. − Rabattre, toujours rabattre de ses idées les plus modestes, de ses ambitions les plus frugales, de son idéal le plus humble, se borner toujours plus, se contenter de toujours moins, se résigner au terre à terre, au petit trantran quotidien, se réduire, se diminuer sans fin et sans terme... Amiel,Journal, 1866, p. 280.
Elliptiquement. En rabattre. Abandonner une partie de ses prétentions, se montrer moins exigeant, plus modeste. Synon. fam. mettre de l'eau* dans son vin.La côte restait à neuf milles, distance médiocre qu'un canot armé de bons avirons eût franchie en trois heures. Mais, avec le radeau, il fallait en rabattre (Verne,Enf. cap. Grant, t. 3, 1868, p. 69).Comme si, dans la vie, on n'était pas forcé d'en rabattre... c'est-à-dire qu'on se voit forcé de ramener son idéal à portée de prise. Mais toi, tu as toujours été une chimérique (Gide,École femmes, 1929, p. 1306).V. raccourcir I B ex. de Gide.
b) DR. ,,On dit Rabattre un défaut, lorsque le Juge à l'Audience révoque le défaut qu'il avait donné contre une des parties, faute d'avoir comparu. Il se présenta à l'Audience, et fit rabattre le défaut qui avait été obtenu contre lui`` (Ac. 1798-1878).
C. − Faire aller, ramener vers une direction, un endroit, un lieu.
1. Ramener vivement ou par la force dans une direction, un lieu. Rabattre son armée, ses troupes, son unité sur/vers.
CHASSE, VÉN. Obliger des animaux, en battant le terrain, à se porter dans une direction donnée, vers des tireurs postés (généralement en ligne) ou vers des pièges. Synon. faire une traque.Le renne domestique joue chez eux [les indigènes] le rôle du cheval chez l'Indien des prairies ou du chien pour l'Esquimau: il permet de rabattre le gibier sur une vaste zone (Lowie,Anthropol. cult., trad. par E. Métraux, 1936, p. 64):
2. Je vais aller faire une battue pour vous rabattre l'oiseau vers vos filets. − Non pas, reprit Vallombreuse, j'irai moi-même; comme tu l'as dit, la poursuite seule m'amuse et je suivrais jusqu'au bout du monde la plus chétive bête de poil ou de plume, de remise en remise jusqu'à tomber mort de fatigue. Gautier,Fracasse, 1863, p. 198.
P. métaph. V. forlancer ex. de Huysmans.
P. anal. Les soldats rabattaient les paysans comme du gibier sur la principale route suivie par le général (Balzac, Œuvres div., t. 2, 1832, p. 498).
Fam. ou arg. Ramener; racoler. Rabattre les clients. Mon travail consiste tout bonnement à rabattre la clientèle (Aymé,Mouche, 1957, p. 210).
2. Empl. intrans.
a) Abandonner soudain la direction que l'on suivait pour en prendre une autre. Synon. se détourner, obliquer, tourner.Quand vous serez en tel lieu, vous rabattrez à main droite. Il faut rabattre par un tel endroit (Ac.).Monseigneur de Sérisy (...) est peut-être au château, ajouta-t-elle pour se débarrasser du régisseur qui (...) rabattit sur le château (Balzac,Début vie, 1842, p. 406).La victoire était possible (...) il n'y avait qu'à jeter les réserves dans la brèche, rabattre à droite et on tournait Tahure (Maurois,Dialog. commandement, 1924, p. 28).
b) Arg. Revenir. Synon. rappliquer.Aller plus loin [que Melun] (...): c'était peut-être me compromettre; je rabattis aussitôt sur Paris (Vidocq,Mém., t. 2, 1828-29, p. 209).Tu penses pas que Riton va maintenant rabattre dans le secteur (Simonin,Touchez pas au grisbi, 1953, p. 17).
3. Empl. pronom.
a) Revenir brusquement à un endroit. Les perdrix se sont rabattues dans une pièce de blé (Ac.).Cette patrouille allemande (...) ne s'était pas rabattue sur le petit bois d'où elle était sortie (Cendrars,Main coupée, 1946, p. 47).
b) Changer brusquement de direction. Synon. bifurquer, se détourner.Il se rabattit vers le sud, évita Delle (...) et pénétra dans le pays du Doubs (Cendrars,Or, 1925, p. 19).
AUTOMOB. Revenir sur sa droite après avoir dépassé une voiture par la gauche et inversement dans les pays de conduite à gauche. Se rabattre trop vite. Cette voiture s'est trop rapidement rabattue sur sa droite (...) après le dépassement d'un autre véhicule (Dupré1972).
FOOTB., RUGBY. Changer brusquement de direction en se portant de côté ou en arrière. Se rabattre et shooter:
3. Rarement ils [les ailiers n os7 et 11] se rabattent pour tirer. Dewaquez, qui fut un des premiers à pratiquer le rabattement et le tir au but, fut considéré comme un joueur non classique. J. Mercier,Footb., 1966, p. 61.
c) CHASSE, VÉN. [Le suj. désigne un chien de chasse] ,,Trouver une voie chaude et en donner connaissance par ses cris, que son maître (ou le garde, ou le piqueur, ou le valet de chiens) qui les connaît bien, interprète facilement`` (Burn. 1970).
d) Au fig.
Se rabattre (de qqc.) à qqc. (vieilli), se rabattre sur qqc.En venir, faute de mieux, à quelque chose de moins ambitieux, adopter un pis-aller. Se rabattre sur les bas-morceaux. On croyait d'abord que cet état [des abeilles] était une monarchie, qu'il avait un roi. Point du tout; ce roi est une femelle. Alors, on s'est rabattu à dire: cette femelle est une reine (Michelet,Insecte, 1857, p. 330).Les riverains du Tigre et de l'Euphrate se rabattirent, faute de bois, sur les roseaux qui couvrent les rives (P. Rousseau,Hist. transp., 1961, p. 29).
Se rabattre sur qqc.Aborder un nouveau sujet de conversation, faute d'intérêt. Se rabattre sur un sujet de prédilection. Après avoir parlé quelque temps de choses indifférentes, il se rabattit sur la politique (Ac.1798-1935).
Se rabattre sur qqn.Recourir à une personne à défaut de celle qu'on eût préférée. Lasse de perdre son temps, elle se rabattit sur Berthier, qui, dès ce premier instant, ne vécut plus que pour elle (Las Cases,Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 893).Il erra dans le port sans trouver de femme qui fût tout à fait à son goût et il se rabattit enfin, dans un bar pauvre et sinistre, sur une fille qui n'avait pour elle que de très beaux yeux gris (Green,Chaque homme, 1960, p. 179).
Rem. On relève souvent la loc. fig., fam. et vieillie rabattre les oreilles pour rebattre les oreilles (v. oreille I B 1 b) et rabattre, dans ce sens: Malgré toutes les plaisanteries qu'on rabat sur le mariage, disait M., je ne vois pas ce qu'on peut dire contre un homme de soixante ans qui épouse une femme de cinquante-cinq (Chamfort, Caract. et anecd., 1794, p. 141). Elle me rabattait les oreilles, le jour et la nuit, d'arguments dont j'avoue que quelques-uns me troublaient (Mauriac, Nœud vip., 1932, p. 302).
Prononc. et Orth.: [ʀabatʀ], (il) rabat [-ba]. Ac. 1694: rabbattre; dep. 1718: rabattre. Étymol. et Hist. I. Verbe trans. A. 1. 1170 « renverser à terre, abattre de nouveau » (Wace, Rou, 8815, éd. A. J. Holden); fig. 1450 rabatre orgueil « réprimer, rabaisser » (Jean Chartier, Chroniq. de Charles VII, ch. CLII, Ballade ds Gdf. Compl.); xves. rabattre le caquet (v. caquet); 2. 1450 rabatre son cop « le détourner en abaissant le fer de son ennemi » (Arch. Nord B 1684, fol. 144 ds IGLF); fig. 1579 rabattre les coups (H. Estienne, La Précellence, 40, ibid.); 3. 1480 « rabaisser, faire descendre » (Mystère Viel Testament, 2488, ibid.: c'est ce qui la fumée rabat); d'où a) α) 1688 rabattre les avoines (Rich. t. 2); β) 1771 rabattre la terre (Trév.); γ) 1798 rabattre les ornières, les sillons « les remplir de la terre qui s'est élevée au bord » (Ac.); b) 1765 métall. (Encyclop.); c) id. « abaisser les côtés d'une pièce d'orfèvrerie quand ils sont trop marqués » (ibid.); d) 1842 rabattre le marbre (Ac. Compl.); 4. 1669 « aplatir (une couture) en la pressant » (Widerhold Fr.-all.); 1718 rabattre les coutures (Le Roux, p. 437); 5. 1622 « corriger une couleur trop vive » (René François, Merveilles de Nature, 313 ds IGLF). B. 1. a) Ca 1225 « faire quelque réduction sur un prix » (Gautier de Coinci, Miracles de Nostre Dame, éd. V. F. Koenig, II, ch. 9, D 60, 2924); b) 1291 « rabattre quelque chose de, diminuer » (Runk., p. 154); 1688 en rabattre de moitié (Rich. t. 2); c) 1erquart. xves. fig. « abandonner une partie de ses prétentions » (Alain Chartier, Débat des Deux Fortunes d'Amours, 714, éd. J. C. Laidlaw); 2. 1771 rabattre un arbre (Trév.); 1835 rabattre une branche (Ac.). C. 1. 1560-74 rabattre des voyes « donner connaissance de la voie du gibier au piqueur (en parlant d'un chien) » (Charles ix, De la chasse du cerf, p. 93 cité par G. Tilander, Mél. d'étymol. cynégétique, Lund, 1958, p. 254); 2. 1834 « faire aller vivement sur un lieu » (Musset, Lorenzaccio, III, 7, p. 206). II. Verbe réfl. 1. 1480 « se rabaisser, descendre » (Mystère Viel Testament, 2480 ds IGLF); 2. a) 1560-74 terme de chasse (Charles ix, op. cit., p. 82 cité par G. Tilander, op. cit., p. 253); b) 1671 « se détourner de son chemin pour en prendre un autre » (Pomey); 3. 1669 se rabattre sur un sujet « changer tout d'un coup de propos » (Widelhold Fr.-all.). Dér. de abattre*; préf. ra-*. Fréq. abs. littér.: 718. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 627, b) 1 317; xxes.: a) 1 081, b) 1 161.
DÉR. 1.
Rabattable, adj.[En parlant d'une chose qui s'articule, se plie, etc.] a) Qui peut s'ouvrir ou se fermer; qui peut s'abaisser ou se relever. Synon. ouvrable, refermable.Capot rabattable. Entre l'intérieur et la plage arrière, entre l'ombre et le soleil, le passage est facile, la porte est large, abritée par une capote rabattable: c'est pensé vacances, plus que coup de chien (Le Nouvel Observateur, 20 janv. 1969, p. 27, col. 1).b) Qui peut être appliqué sur autre chose (par pliage). Synon. repliable.Col rabattable. Ayant décroché du mur la table rabattable, la mère taillait pour la soupe la viande salée (Peyré,Matterhorn, 1939, p. 31). [ʀabatabl]. 1reattest. 1892 (Croneau, Constr. nav. guerre, t. 2, p. 151); de rabattre, suff. -able*.
2.
Rabattoir, subst. masc.,technol. a) ,,Outil qu'on emploie pour rabattre les bords d'une pièce d'ouvrage quelconque`` (Ac. Compl. 1842). b) En partic. ,,Outil dont on se sert pour tailler les ardoises`` (Ac. Compl. 1842). [ʀabatwa:ʀ]. 1resattest. a) 1504 rabathvoir « volant qui garnit le haut des rideaux du lit » (Exéc. testam. Marie de Methes, Arch. Tournai ds Gdf.), b) 1803 « outil pour détacher les ardoises du bloc » (Boiste), c) 1832 « outil pour rabattre les bords d'une pièce d'ouvrage » (Raymond); de rabattre, suff. -oir*.
BBG.Gohin 1903, p. 374.

Trésor de la Langue Française informatisé

RABATTRE, verbe trans.

A. − Ramener à un niveau plus bas en abaissant.
1. [Gén. avec une idée de force ou de vivacité] Ramener quelque chose vers le bas; faire redescendre, retomber ce qui s'élevait, montait. Synon. abaisser; anton. relever, soulever.Rabattre une balle; rabattre son capuchon, son jupon; vent qui rabat la pluie. Don Carlos (...) rabat son chapeau sur ses yeux (Hugo,Hernani, 1830, i, 2, p. 17).La table était éclairée par un lustre de bronze lourd et compliqué, dont le dôme rabattait la lumière sur la nappe (Chardonne,Dest. sent., I, 1934, p. 59).
Empl. pronom. Être ramené ou se diriger vers le bas, généralement d'un mouvement brusque, vif. Brumes qui se rabattent. La fumée qui se rabattait pesamment le long des cheminées (Janin,Âne mort, 1829, p. 185).Une jambe s'élève, puis se rabat, produisant le contact des cuisses (Bourgat,Techn. danse, 1959, p. 114).
ESCR. Rabattre le fer (de l'adversaire), rabattre un coup. ,,Parer le coup en rabaissant le fer adverse`` (Petiot 1982). On lui porta un coup d'épée, et il le rabattit (Ac.1798-1878).
Au fig., fam. et vx. Rabattre les coups. Calmer des gens qui se querellent, détourner d'un danger, d'une menace. Il entra comme ils se querellaient, et il rabattit bien des coups (Ac.).
2. [Gén. avec une idée d'abaissement; le compl. désigne une chose qui s'articule, se plie, etc.]
a)
α) Refermer. Anton. ouvrir.
Abaisser, rabaisser ce qui se replie. Anton. relever.Rabattre le capot d'une voiture. Résolument il rabattit le couvercle [du cercueil] et enfonça un clou (Péladan,Vice supr., 1884, p. 315).Elle alla rabattre le couvercle de l'harmonium (Guèvremont,Survenant, 1945, p. 264).
[Sans idée d'abaissement] Déjà il l'avait rejointe, elle n'eut pas le temps de rabattre sa porte (Zola,Joie de vivre, 1884, p. 1071).
β) Ramener, appliquer une chose sur l'autre (par pliage). Synon. replier.Rabattre un col; rabattre une feuille sur une autre; rabattre les parties d'un dépliant. Le chirurgien essuie ses outils, lave ses mains, rabat les manches de son habit (Murger,Scène vie jeun., 1851, p. 171).
b) Empl. pronom. Être ou pouvoir être abaissé, appliqué sur autre chose, replié. Col, couvercle, portière, visière qui se rabat. Les murailles blanches, sur lesquelles se rabattaient les persiennes grises des fenêtres (Zola,M. Férat, 1868, p. 94).Lorsqu'une navette n'a plus de fil (...), le métier s'arrête, la foule se rabat mettant les navettes en liberté (Thiébaut,Fabric. tissus, 1961, p. 163).
c) Spécialement
COUT. Rabattre une couture. Faire un rempli à l'étoffe laissée au-dessus d'une couture et l'assujettir par un point de côté. Oh! tu sais, grand-mère, je ne peux pas encore très bien les rabattre, les coutures, mais je les fais déjà joliment droites (Zola,Travail, t. 2, 1901, p. 214).MAR. On rabat les coutures d'une voile, en faisant simple, la deuxième couture, qui, avec la première, forme ainsi une couture plate (Bonn.-Paris1859).
MATH. (géom.). ,,Faire exécuter à une figure plane, un mouvement de rotation autour d'un axe situé dans un plan de projection, pour l'amener dans ce plan de projection`` (Noël 1968).
TECHNOL. Rabattre une ligne. ,,Dans l'établissement des bois de charpente, rabattre une ligne signifie tracer, à sa rencontre avec les faces de côté ou les bouts du morceau sur lequel elle est tracée, des traits d'aplomb situés dans le plan de cette ligne et au moyen desquels on peut la rembarrer sur la face du dessous`` (Chabat 1881).
3. Mettre de niveau, aplatir ce qui dépasse, ce qui se relève. Synon. aplanir.
a) AGRIC., TRAV. PUBL. Aplanir, rendre la surface unie. Rabattre les sillons, la terre. Moi-même autrefois j'ai rabattu la motte sur le sillon que mon père avait tracé (Claudel,Annonce, 1912, i, 3, p. 157).On est également obligé d'enlever l'herbe qui pousse à leur surface [des accotements] et de rabattre les ornières et les traces de pas qui se produisent sur l'accotement (Bourde,Trav. publ., 1929, p. 172).
Rabattre l'avoine, le gazon. ,,Faire passer le rouleau sur les avoines déjà levées, pour aplanir la terre`` (Ac.). Synon. rouler.
b) MARBRERIE. ,,Frotter le marbre avec de la terre pulvérisée pour en faire disparaître les inégalités; dégrossir un parement de marbre en le frottant avec un rabot`` (Noël 1968). V. rabat B 2 ex. de Jossier 1881.
c) MÉTALL. Rabattre un fer. ,,Action de le parer, c'est-à-dire d'effacer à petits coups de marteau toutes les inégalités que les grands coups ont pu laisser sur la pièce`` (Havard 1890).
4. Au fig. [Le compl. est un terme abstr.] Rabattre qqc. (de qqn).Ramener à un degré moindre. Synon. diminuer, rabaisser, réduire; anton. enfler, exalter, grandir, rehausser, stimuler.Rabattre l'amour-propre, la fierté, les prétentions de qqn. Il était temps de rabattre l'orgueil du dauphin et de ses partisans (Barante,Hist. ducs Bourg., t. 4, 1821-24, p. 431).La joie, une joie mystérieuse, lui allégeait le sang. La jugeant sans raison, il essayait de la rabattre (Pourrat,Gaspard, 1931, p. 150).
Loc. fam. Rabattre le caquet* à qqn/de qqn. Rabattre la crête à qqn. V. crête I A 1.
B. − Ramener à un niveau plus bas en retranchant; diminuer la quantité, l'importance, le niveau de quelque chose.
1. Spécialement
a) ARBORIC., HORTIC. ,,Supprimer une partie d'un végétal pour diminuer sa taille et provoquer le développement de pousses nouvelles`` (Fleurist. 1978). On ne rabat pas la vigne, on la recèpe (Bén.-Vaesk.Jard.1981).
b) ARTS DÉCOR., PEINT., TEINT. Corriger une couleur trop vive en la ternissant autant qu'il convient par addition d'une autre couleur. L'article 22 du Règlement des Teinturiers porte que les verts doivent être alunés (...) et ensuite rabattus avec le verdet et le bois d'Inde. Suivant l'article 24 de ce même règlement, les olives et verts doux devaient être rabattus avec du bois d'Inde et de la couperose (Havard1890).
P. ext., lang. cour. Atténuer. Ma parole! Mais elle s'enfarine, elle se teint! Le grand crime que (...) d'employer cette lotion qui (...) rabat un peu la couleur de vos cheveux! (H. Bazin,Qui j'ose aimer, 1956, p. 128).
c) COMM. Consentir ou exiger un rabais sur le prix convenu ou demandé. Synon. décompter, déduire, défalquer, diminuer, retrancher; anton. ajouter, augmenter, majorer.Rabattre une certaine somme; rabattre un pourcentage sur le prix marqué; rabattre de moitié le prix de qqc. Si M. Goulden avait su que je la voulais [la petite montre], il m'en aurait fait cadeau lui-même; mais je ne m'en serais pas seulement laissé rabattre un liard (Erckm.-Chatr.,Conscrit 1813, 1864, p. 11).
Empl. abs. En rabattre. Le fermage d'une terre une fois élevé à sa plus haute puissance, le propriétaire n'en rabat jamais (Proudhon,Propriété, 1840, p. 263).
P. ext., lang. cour. Diminuer. Quel âge croyez-vous que j'aie? La confusion de Simon était grande. Il pensa: « Cinquante-cinq, au moins », rabattit dix ans d'un grand coup en craignant que sa flagornerie ne fût trop visible (Druon,Gdes fam., t. 1, 1948, p. 65).
2. Au fig.
a) Littér. [Le compl. est un terme abstr.] Rabattre de qqc.Diminuer en abandonnant une partie; ne pas conserver au même degré. Synon. abdiquer, se départir; anton. conserver, maintenir.Rabattre de sa gravité, de ses louanges, de sa présomption, de ses rêves. [Les Esprits] ont bien rabattu de leur férocité, de leur capacité sanguinaire d'autrefois (Arnoux,Double chance, 1958, p. 135):
1. − Rabattre, toujours rabattre de ses idées les plus modestes, de ses ambitions les plus frugales, de son idéal le plus humble, se borner toujours plus, se contenter de toujours moins, se résigner au terre à terre, au petit trantran quotidien, se réduire, se diminuer sans fin et sans terme... Amiel,Journal, 1866, p. 280.
Elliptiquement. En rabattre. Abandonner une partie de ses prétentions, se montrer moins exigeant, plus modeste. Synon. fam. mettre de l'eau* dans son vin.La côte restait à neuf milles, distance médiocre qu'un canot armé de bons avirons eût franchie en trois heures. Mais, avec le radeau, il fallait en rabattre (Verne,Enf. cap. Grant, t. 3, 1868, p. 69).Comme si, dans la vie, on n'était pas forcé d'en rabattre... c'est-à-dire qu'on se voit forcé de ramener son idéal à portée de prise. Mais toi, tu as toujours été une chimérique (Gide,École femmes, 1929, p. 1306).V. raccourcir I B ex. de Gide.
b) DR. ,,On dit Rabattre un défaut, lorsque le Juge à l'Audience révoque le défaut qu'il avait donné contre une des parties, faute d'avoir comparu. Il se présenta à l'Audience, et fit rabattre le défaut qui avait été obtenu contre lui`` (Ac. 1798-1878).
C. − Faire aller, ramener vers une direction, un endroit, un lieu.
1. Ramener vivement ou par la force dans une direction, un lieu. Rabattre son armée, ses troupes, son unité sur/vers.
CHASSE, VÉN. Obliger des animaux, en battant le terrain, à se porter dans une direction donnée, vers des tireurs postés (généralement en ligne) ou vers des pièges. Synon. faire une traque.Le renne domestique joue chez eux [les indigènes] le rôle du cheval chez l'Indien des prairies ou du chien pour l'Esquimau: il permet de rabattre le gibier sur une vaste zone (Lowie,Anthropol. cult., trad. par E. Métraux, 1936, p. 64):
2. Je vais aller faire une battue pour vous rabattre l'oiseau vers vos filets. − Non pas, reprit Vallombreuse, j'irai moi-même; comme tu l'as dit, la poursuite seule m'amuse et je suivrais jusqu'au bout du monde la plus chétive bête de poil ou de plume, de remise en remise jusqu'à tomber mort de fatigue. Gautier,Fracasse, 1863, p. 198.
P. métaph. V. forlancer ex. de Huysmans.
P. anal. Les soldats rabattaient les paysans comme du gibier sur la principale route suivie par le général (Balzac, Œuvres div., t. 2, 1832, p. 498).
Fam. ou arg. Ramener; racoler. Rabattre les clients. Mon travail consiste tout bonnement à rabattre la clientèle (Aymé,Mouche, 1957, p. 210).
2. Empl. intrans.
a) Abandonner soudain la direction que l'on suivait pour en prendre une autre. Synon. se détourner, obliquer, tourner.Quand vous serez en tel lieu, vous rabattrez à main droite. Il faut rabattre par un tel endroit (Ac.).Monseigneur de Sérisy (...) est peut-être au château, ajouta-t-elle pour se débarrasser du régisseur qui (...) rabattit sur le château (Balzac,Début vie, 1842, p. 406).La victoire était possible (...) il n'y avait qu'à jeter les réserves dans la brèche, rabattre à droite et on tournait Tahure (Maurois,Dialog. commandement, 1924, p. 28).
b) Arg. Revenir. Synon. rappliquer.Aller plus loin [que Melun] (...): c'était peut-être me compromettre; je rabattis aussitôt sur Paris (Vidocq,Mém., t. 2, 1828-29, p. 209).Tu penses pas que Riton va maintenant rabattre dans le secteur (Simonin,Touchez pas au grisbi, 1953, p. 17).
3. Empl. pronom.
a) Revenir brusquement à un endroit. Les perdrix se sont rabattues dans une pièce de blé (Ac.).Cette patrouille allemande (...) ne s'était pas rabattue sur le petit bois d'où elle était sortie (Cendrars,Main coupée, 1946, p. 47).
b) Changer brusquement de direction. Synon. bifurquer, se détourner.Il se rabattit vers le sud, évita Delle (...) et pénétra dans le pays du Doubs (Cendrars,Or, 1925, p. 19).
AUTOMOB. Revenir sur sa droite après avoir dépassé une voiture par la gauche et inversement dans les pays de conduite à gauche. Se rabattre trop vite. Cette voiture s'est trop rapidement rabattue sur sa droite (...) après le dépassement d'un autre véhicule (Dupré1972).
FOOTB., RUGBY. Changer brusquement de direction en se portant de côté ou en arrière. Se rabattre et shooter:
3. Rarement ils [les ailiers n os7 et 11] se rabattent pour tirer. Dewaquez, qui fut un des premiers à pratiquer le rabattement et le tir au but, fut considéré comme un joueur non classique. J. Mercier,Footb., 1966, p. 61.
c) CHASSE, VÉN. [Le suj. désigne un chien de chasse] ,,Trouver une voie chaude et en donner connaissance par ses cris, que son maître (ou le garde, ou le piqueur, ou le valet de chiens) qui les connaît bien, interprète facilement`` (Burn. 1970).
d) Au fig.
Se rabattre (de qqc.) à qqc. (vieilli), se rabattre sur qqc.En venir, faute de mieux, à quelque chose de moins ambitieux, adopter un pis-aller. Se rabattre sur les bas-morceaux. On croyait d'abord que cet état [des abeilles] était une monarchie, qu'il avait un roi. Point du tout; ce roi est une femelle. Alors, on s'est rabattu à dire: cette femelle est une reine (Michelet,Insecte, 1857, p. 330).Les riverains du Tigre et de l'Euphrate se rabattirent, faute de bois, sur les roseaux qui couvrent les rives (P. Rousseau,Hist. transp., 1961, p. 29).
Se rabattre sur qqc.Aborder un nouveau sujet de conversation, faute d'intérêt. Se rabattre sur un sujet de prédilection. Après avoir parlé quelque temps de choses indifférentes, il se rabattit sur la politique (Ac.1798-1935).
Se rabattre sur qqn.Recourir à une personne à défaut de celle qu'on eût préférée. Lasse de perdre son temps, elle se rabattit sur Berthier, qui, dès ce premier instant, ne vécut plus que pour elle (Las Cases,Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 893).Il erra dans le port sans trouver de femme qui fût tout à fait à son goût et il se rabattit enfin, dans un bar pauvre et sinistre, sur une fille qui n'avait pour elle que de très beaux yeux gris (Green,Chaque homme, 1960, p. 179).
Rem. On relève souvent la loc. fig., fam. et vieillie rabattre les oreilles pour rebattre les oreilles (v. oreille I B 1 b) et rabattre, dans ce sens: Malgré toutes les plaisanteries qu'on rabat sur le mariage, disait M., je ne vois pas ce qu'on peut dire contre un homme de soixante ans qui épouse une femme de cinquante-cinq (Chamfort, Caract. et anecd., 1794, p. 141). Elle me rabattait les oreilles, le jour et la nuit, d'arguments dont j'avoue que quelques-uns me troublaient (Mauriac, Nœud vip., 1932, p. 302).
Prononc. et Orth.: [ʀabatʀ], (il) rabat [-ba]. Ac. 1694: rabbattre; dep. 1718: rabattre. Étymol. et Hist. I. Verbe trans. A. 1. 1170 « renverser à terre, abattre de nouveau » (Wace, Rou, 8815, éd. A. J. Holden); fig. 1450 rabatre orgueil « réprimer, rabaisser » (Jean Chartier, Chroniq. de Charles VII, ch. CLII, Ballade ds Gdf. Compl.); xves. rabattre le caquet (v. caquet); 2. 1450 rabatre son cop « le détourner en abaissant le fer de son ennemi » (Arch. Nord B 1684, fol. 144 ds IGLF); fig. 1579 rabattre les coups (H. Estienne, La Précellence, 40, ibid.); 3. 1480 « rabaisser, faire descendre » (Mystère Viel Testament, 2488, ibid.: c'est ce qui la fumée rabat); d'où a) α) 1688 rabattre les avoines (Rich. t. 2); β) 1771 rabattre la terre (Trév.); γ) 1798 rabattre les ornières, les sillons « les remplir de la terre qui s'est élevée au bord » (Ac.); b) 1765 métall. (Encyclop.); c) id. « abaisser les côtés d'une pièce d'orfèvrerie quand ils sont trop marqués » (ibid.); d) 1842 rabattre le marbre (Ac. Compl.); 4. 1669 « aplatir (une couture) en la pressant » (Widerhold Fr.-all.); 1718 rabattre les coutures (Le Roux, p. 437); 5. 1622 « corriger une couleur trop vive » (René François, Merveilles de Nature, 313 ds IGLF). B. 1. a) Ca 1225 « faire quelque réduction sur un prix » (Gautier de Coinci, Miracles de Nostre Dame, éd. V. F. Koenig, II, ch. 9, D 60, 2924); b) 1291 « rabattre quelque chose de, diminuer » (Runk., p. 154); 1688 en rabattre de moitié (Rich. t. 2); c) 1erquart. xves. fig. « abandonner une partie de ses prétentions » (Alain Chartier, Débat des Deux Fortunes d'Amours, 714, éd. J. C. Laidlaw); 2. 1771 rabattre un arbre (Trév.); 1835 rabattre une branche (Ac.). C. 1. 1560-74 rabattre des voyes « donner connaissance de la voie du gibier au piqueur (en parlant d'un chien) » (Charles ix, De la chasse du cerf, p. 93 cité par G. Tilander, Mél. d'étymol. cynégétique, Lund, 1958, p. 254); 2. 1834 « faire aller vivement sur un lieu » (Musset, Lorenzaccio, III, 7, p. 206). II. Verbe réfl. 1. 1480 « se rabaisser, descendre » (Mystère Viel Testament, 2480 ds IGLF); 2. a) 1560-74 terme de chasse (Charles ix, op. cit., p. 82 cité par G. Tilander, op. cit., p. 253); b) 1671 « se détourner de son chemin pour en prendre un autre » (Pomey); 3. 1669 se rabattre sur un sujet « changer tout d'un coup de propos » (Widelhold Fr.-all.). Dér. de abattre*; préf. ra-*. Fréq. abs. littér.: 718. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 627, b) 1 317; xxes.: a) 1 081, b) 1 161.
DÉR. 1.
Rabattable, adj.[En parlant d'une chose qui s'articule, se plie, etc.] a) Qui peut s'ouvrir ou se fermer; qui peut s'abaisser ou se relever. Synon. ouvrable, refermable.Capot rabattable. Entre l'intérieur et la plage arrière, entre l'ombre et le soleil, le passage est facile, la porte est large, abritée par une capote rabattable: c'est pensé vacances, plus que coup de chien (Le Nouvel Observateur, 20 janv. 1969, p. 27, col. 1).b) Qui peut être appliqué sur autre chose (par pliage). Synon. repliable.Col rabattable. Ayant décroché du mur la table rabattable, la mère taillait pour la soupe la viande salée (Peyré,Matterhorn, 1939, p. 31). [ʀabatabl]. 1reattest. 1892 (Croneau, Constr. nav. guerre, t. 2, p. 151); de rabattre, suff. -able*.
2.
Rabattoir, subst. masc.,technol. a) ,,Outil qu'on emploie pour rabattre les bords d'une pièce d'ouvrage quelconque`` (Ac. Compl. 1842). b) En partic. ,,Outil dont on se sert pour tailler les ardoises`` (Ac. Compl. 1842). [ʀabatwa:ʀ]. 1resattest. a) 1504 rabathvoir « volant qui garnit le haut des rideaux du lit » (Exéc. testam. Marie de Methes, Arch. Tournai ds Gdf.), b) 1803 « outil pour détacher les ardoises du bloc » (Boiste), c) 1832 « outil pour rabattre les bords d'une pièce d'ouvrage » (Raymond); de rabattre, suff. -oir*.
BBG.Gohin 1903, p. 374.

Wiktionnaire

Verbe

rabattre \ʁa.batʁ\ transitif 3e groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se rabattre)

  1. Rabaisser, faire descendre.
    • Madame Fusellier la conduisit dans le salon où elle alluma le feu. Et, comme le bois fumait et ne flambait pas, elle restait penchée, les deux mains sur les cuisses.
      — C’est la pluie, dit-elle, qui rabat la fumée.
      — (Anatole France, Le Lys rouge, 1894, réédition Le Livre de Poche, page 365)
    • Les aéronats roulaient, tanguaient, dérivaient ; des rafales de grêle les rabattaient vers la terre […]. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 246 de l’éd. de 1921)
    • […] il s'enlumina la trogne à la manière d'un clown ou plutôt d'un ivrogne, avant de rabattre sur son front une longue mèche de cheveux. — (Francis Carco, L’Homme de minuit, Éditions Albin Michel, Paris, 1938)
    • Il saisit Héloïse, l'enlève entre ses bras […], et la transporte doucement, parmi les couvertures qu'il rabat sur elle. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
  2. (Figuré) Abaisser, réprimer.
    • Rabattre l’orgueil, la hauteur, le ton, la fierté de quelqu’un.
    • Le froid, la grippe, les difficultés d’un voyage en diligence vinrent rabattre beaucoup de leur enthousiasme. — (Julien Green, Nathaniel Hawthorne, dans Suite anglaise, 1927, Le Livre de Poche, page 123)
  3. Diminuer, retrancher de la valeur d’une chose, du prix qu’on en demande.
    • Il faut rabattre beaucoup du prix que vous demandez.
    • Un marchand qui vend sa marchandise sans en rien rabattre.
    • Il n’en rabattrait pas un sou. (Figuré)
    • Rabattre de l’estime qu’on avait pour quelqu’un.
    • Il y a beaucoup à rabattre de ce qu’il dit.
    • Il faut en rabattre de moitié.
  4. Ramener vivement vers un endroit.
    • Le général rabattit l’ennemi sur ses positions.
    • L’armée ennemie se rabattit sur telle place.
  5. (Chasse) Battre la campagne pour pousser (le gibier) vers des filets ou des panneaux tendus, ou vers la ligne des chasseurs.
    • On fait du bruit pour rabattre le gibier.
  6. Fermer, clore.
    • Peu avant d'arriver à l'angle de l'aile, non loin du perron, ils remarquèrent une croisée sur laquelle étaient rabattus les contrevents tout de guingois et que l'on pouvait ouvrir facilement. — (André Dhôtel, Le Pays où l'on n'arrive jamais, 1955)
    • Penchée au-dessus du guéridon, elle choisit une cigarette dans le coffret dont elle rabattit le couvercle d'un coup sec [...]. — (Angelo Rinaldi, L'éducation de l'oubli, Denoël, 1974, page 281)
  7. (En parlant des plis d’une robe) Aplatir.
  8. (Escrime) Détourner (un coup), le rompre en rabaissant le fer de son ennemi.
  9. (Agriculture) Faire passer le rouleau sur les avoines déjà levées, pour aplanir la terre.
  10. Remplir (les ornières, les sillons) de la terre qui s’est élevée au bord.
  11. Couper (un arbre, une branche) de manière qu’il ne soit plus aussi élevé ou que ce qui reste soit plus vigoureux.
  12. (Pour le juge, à l’audience) Révoquer (le défaut qu’il avait donné contre une des parties, faute par elle d’avoir comparu).
  13. (Intransitif) Quitter un chemin et se détourner tout d’un coup pour passer dans un autre.
    • Quand vous serez en tel lieu, vous rabattrez à main droite. Il faut rabattre par tel endroit.
  14. (Pronominal) (Figuré) Changer tout d’un coup de propos, après avoir parlé de quelque matière.
    • Après avoir parlé quelque temps de choses indifférentes, Il se rabattit sur la politique.
  15. (Pronominal) Se borner, se restreindre.
    • Après avoir exigé telles et telles conditions, il se rabattit à demander simplement que…
  16. (Pronominal) (Sports hippiques) En parlant d'un cheval dans une course hippique, venir à la corde.
    • se rabattre en tête, se rabattre tête et corde
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

RABATTRE. (Il se conjugue comme BATTRE.) v. tr.
Rabaisser, faire descendre. Rabattre ses cheveux sur son front. Le vent rabat la fumée. La fumée se rabat. Un col de chemise qui se rabat sur les épaules. Rabattre les plis d'une robe, Les aplatir. Couture rabattue, Celle sur laquelle on a rabattu le bord de, l'étoffe. Col rabattu, Col qui se replie et se rabat sur lui-même. Des cols droits et des cols rabattus. En termes d'Escrime, Rabattre un coup, Le détourner, le rompre en rabaissant le fer de son ennemi. On lui porta un coup d'épée, et il le rabattit. En termes de Labourage, Rabattre les avoines, Faire passer le rouleau sur les avoines déjà levées, pour aplanir la terre. Rabattre les ornières, les sillons, Les remplir de la terre qui s'est élevée au bord. Rabattre un arbre, Le couper de manière qu'il ne soit plus aussi élevé. On dit de même : Rabattre une branche, La couper afin que la partie conservée produise un rameau plus vigoureux.

RABATTRE s'emploie figurément et signifie Abaisser, réprimer. Rabattre l'orgueil, la hauteur, le ton, la fierté de quelqu'un. Fam., Rabattre le caquet de quelqu'un, à quelqu'un, Le faire taire.

RABATTRE signifie aussi Diminuer, retrancher de la valeur d'une chose, du prix qu'on en demande. Il faut rabattre beaucoup du prix que vous demandez. Un marchand qui vend sa marchandise sans en rien rabattre. Il n'en rabattrait pas un sou. Fig., Rabattre de l'estime qu'on avait pour quelqu'un. Il y a beaucoup à rabattre de ce qu'il dit. Il faut en rabattre de moitié. Il n'en veut rien rabattre se dit d'un Homme qui, dans une affaire, ne veut rien diminuer de ses prétentions. Fig. et fam., J'en rabats beaucoup, se dit en parlant d'une Personne qui a donné lieu de l'estimer moins qu'on ne faisait auparavant. Fig. et fam., Il faut bien en rabattre, Il faut bien revenir sur ce que l'on pensait, sur ce qu'on avait espéré, sur ce que quelqu'un a dit. Tout compté, tout rabattu ou Tout bien compté et rabattu, Tout bien examiné. En termes de Procédure, Rabattre un défaut, se dit lorsque, à l'audience, le juge révoque le défaut qu'il avait donné contre une des parties, faute par elle d'avoir comparu.

RABATTRE signifie encore Ramener vivement vers un endroit. Le général rabattit l'ennemi sur ses positions. L'armée ennemie se rabattit sur telle place. Les perdrix se sont rabattues dans cette pièce de blé. En termes de Chasse, Rabattre le gibier, Battre la campagne pour pousser le gibier vers des filets ou des panneaux tendus, ou vers la ligne des chasseurs. Il s'est fait rabattre le gibier. On lui a rabattu le gibier.

RABATTRE est aussi intransitif, et alors il signifie Quitter un chemin et se détourner tout d'un coup pour passer dans un autre. Quand vous serez en tel lieu, vous rabattrez à main droite. Il faut rabattre par tel endroit.

SE RABATTRE se dit aussi au figuré, de Celui qui, après avoir parlé de quelque matière, change tout d'un coup de propos. Après avoir parlé quelque temps de choses indifférentes, Il se rabattit sur la politique. Il signifie encore Se borner, se restreindre. Après avoir exigé telles et telles conditions, il se rabattit à demander simplement que...

Littré (1872-1877)

RABATTRE (ra-ba-tr') v. a.

Il se conjugue comme battre.

  • 1Mettre plus bas, faire descendre. Le vent rabat la fumée. Rabattre le collet de son habit. Je mis un chapeau dont je rabattis le voile, Genlis, Mères riv. t. III, p. 71 dans POUGENS. On sait que quelques fleurs radiées rabattent pendant la nuit leurs fleurons extérieurs, De Candolle, Instit. Mém. scienc. ph. et math. Sav. étr. t. I, p. 343.
  • 2 Terme d'escrime. Rabattre un coup, le parer en rabaissant le fer de son ennemi.

    Fig. Rabattre les coups, adoucir, apaiser des gens qui se querellent. Ils se disputaient avec violence ; je fis tout ce que je pus pour rabattre les coups.

    Rabattre les coups, se dit aussi des bons offices que l'on rend auprès d'un homme puissant en faveur de quelqu'un contre qui il était prévenu. Le préfet était indisposé contre vous, mais votre ami a rabattu les coups.

    Enfin, rabattre les coups signifie préserver de périls, de mauvaises affaires. Et, s'il s'obstine à suivre un injuste courroux, Nous saurons, ma princesse, en rabattre les coups, Corneille, Médée, II, 4. Le parlement d'Angleterre nous hait fort ; mais le roi rabat les coups, Bussy-Rabutin, Lett. t. III, p. 273, dans POUGENS. Et quel charme assez fort, apaisant leur courroux, A détourné l'orage et rabattu les coups ? Th. Corneille, Galant doub. III, I.

  • 3Aplatir. Rabattre les plis.

    Rabattre une couture, faire un léger rempli à un des côtés de l'étoffe restée au-dessus de la couture, par exemple le côté droit, le plier à plat sur le côté gauche, et l'assujettir par un point d'ourlet de manière que la coupure de l'étoffe ne se voie ni ne se défile.

    Populairement et fig. Rabattre les coutures à quelqu'un, le frapper sur le dos ou sur les épaules, et, en général, sur les parties du corps recouvertes d'un vêtement.

    Terme de labourage. Rabattre les avoines, faire passer un rouleau dessus, lorsqu'elles sont déjà levées.

    Rabattre les ornières, les sillons, y rejeter la terre qui est sur le bord et les remplir

  • 4 Terme de jardinage. Rabattre un arbre, le couper jusqu'à la naissance des branches ; le but de cette opération est de le rajeunir en le forçant à pousser de nouvelles branches. Rabattre une branche, la raccourcir.
  • 5Dégrossir le marbre avec le rabot.

    Couper en biseau la sertissure d'un bouton.

    Abaisser les côtes trop marquées d'une pièce d'orfévrerie.

    Former la tête d'un clou.

    Terme de serrurerie. Synonyme de parer.

    Effacer à petits coups les inégalités que le marteau a laissées sur une pièce de serrurerie.

    Se dit de l'action du maréchal qui frappe sur le fer rouge qu'il forge.

    Rabattre en premier, se dit lorsqu'il y a trois frappeurs à l'enclume. Rabattre en second, se dit lorsqu'il y en a quatre. Rabattre court, frapper le plus promptement possible après le premier frappeur.

    Terme de tonnelier. Rabattre un fût, en resserrer les ais.

  • 6 Terme de manége. Rabattre les courbettes, forcer un cheval qui travaille à courbettes, de poser à terre, en un seul et même temps, les deux pieds à la fois.

    Absolument. Ce cheval rabat bien, il rabat bien ses courbettes.

    Terme de manége. Le cavalier rabat l'impétuosité d'un cheval, lorsqu'il parvient à le subjuguer.

  • 7 Terme de chasse. Rabattre le gibier, battre la campagne pour forcer le gibier à aller à l'endroit où sont les chasseurs.

    Absolument. On ne me vit jamais prodigue de louanges ; Mais ils ont rabattu comme de petits anges, Collin D'Harleville, M. de Crac, sc. 5.

  • 8 Terme de jeu de quilles. Abattre des quilles du lieu où s'est arrêtée la boule qui, lancée du but, a abattu des quilles

    À la longue paume, rabattre, renvoyer la balle à la partie adverse, le plus près de terre qu'il est possible.

  • 9 Terme de palais. Le juge rabat un défaut quand, à l'audience, il révoque le défaut qu'il avait donné contre une des parties, faute par elle d'avoir comparu.
  • 10 Fig. Mettre au-dessous. Quelques philosophes, entre autres Descartes et Malebranche, ont voulu rabattre la puissance animale au-dessous de la végétale, Bernardin de Saint-Pierre, Harmon. liv. v.

    Réprimer, humilier, rabaisser. Je saurai bien rabattre une humeur si hautaine, Corneille, Cid, II, 6. Le pyrrhonisme est le remède à ce mal [les opinions des philosophes], et rabattra cette vanité, Pascal, Pens. XXV, 34, éd. HAVET. Puisque l'arrogance, compagne ordinaire d'une condition si éminente, est si fortement rabattue par ce spectacle [la mutation des empires], Bossuet, Hist. III, 1. Une parabole qui les regarde et qui devrait rabattre leur confiance, Bourdaloue, Pensées, t. II, p. 447. Ce qui rabattrait les idées favorables que nous avons conçues de nos avantages et de nos perfections, Bourdaloue, t. III, p. 208. Il n'est pas mal de rabattre un peu l'orgueil des Anglais, qui se croient souverains du théâtre comme des mers, et qui mettent sans façon Shakespeare au-dessus de Corneille, Voltaire, Lett. Duclos, 20 janv. 1672. Je détestais cet art de rabattre tous les élans, et de désenchanter tous les amours, Staël, Corinne, XII, 1.

    Familièrement. Rabattre le caquet, Voy. RABAISSER. …Savez-vous, monsieur du lansquenet, Que j'ai de quoi rabattre ici votre caquet ? Regnard, Joueur, III, 11.

  • 11Faire quelque réduction sur le prix d'une chose qu'on veut vendre. Il n'en rabattrait pas un sou.

    Faire quelque réduction sur le prix d'une chose qu'on veut acheter ou qu'on paye. Il rabattit tant sur la facture.

    Absolument. Ceux qui voudront acheter tâcheront de rabattre sur tous ces profits ; et ils rabattront avec d'autant plus de facilité, que les marchands, en plus grand nombre, seront plus pressés de vendre, Condillac, Comm. gouv. I, 8.

    Offrir moins que le marchand ne veut vendre. Nous avons affaire de lui ; ne lui rabattez rien, Dancourt, Vend. Surène. SC. 7.

    Absolument. C'est que nous ne sommes pas convenus du prix, vous surfaites, et nous rabattons, Dancourt, Fêtes du cours, SC. 13.

    Diminuer un impôt, une charge. Il nous a rabattu vingt écus de taille, Dancourt, Vendanges, SC. 1.

    Il se dit aussi d'une retenue qu'on fait. S'il se casse quelque chose, je m'en prendrai à vous, et le rabattrai sur vos gages, Molière, l'Avare, III, 1.

    Fig. Un petit baiser seulement, en rabattant sur notre mariage, Molière, G. Dand. II, 1.

    Fig. Rabattre une chose à sa juste valeur, la réduire à ce qu'elle vaut effectivement. Quand on ne reçoit pas sur parole des maximes gigantesques, on rabat à leur juste valeur tous les lieux communs dont on étourdit notre enfance, Mirabeau, Lett. orig. t. II, p. 357.

    Ne rien rabattre, ne rien diminuer, amoindrir. Vous la voulez sentir à longs traits [la douleur d'une mort], sans en rien rabattre, sans aucune distraction, Sévigné, 123. Je suis tout à vous, sans qu'il y ait à ce compliment aucune chose à rabattre, Sévigné, 12 févr. 1672. Toute cette jeunesse a fait le carnaval sans en rien rabattre, Sévigné, merc. des cendres 1680. Il fut sensible à Luther de voir non plus des particuliers, mais des Églises entières se soulever contre lui ; mais il n'en rabattit rien de sa fierté, Bossuet, Var. 2.

    Il n'y a rien à rabattre, il faut prendre la chose telle qu'elle est. Que s'il y avait la moindre chose à faire, il ne penserait pas à quitter, et l'on voit qu'il dit vrai ; il n'y a rien à rabattre, Sévigné, 611.

    N'en vouloir rien rabattre, ne vouloir rien diminuer de ses prétentions. C'est un homme de condition qui m'est prédit pour époux, et je n'en rabattrai rien, Marivaux, Jeux de l'am. et du has. I, 7.

    J'en rabats beaucoup, se dit d'une personne qu'on vient à estimer moins qu'on ne faisait auparavant. Je ne doute point qu'ils ne disent alors comme cet ami de la Brinvilliers à qui on apprenait qu'elle avait empoisonné son père : si cela est, j'en rabats beaucoup, D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 2 janv. 1772.

    On a dit dans le même sens : j'en rabats la moitié, j'en rabats de moitié.

    J'en rabats quinze, j'ai perdu beaucoup de l'estime que j'avais pour lui.

  • 12Diminuer un nombre quelconque. Elle le répéta vingt fois [qu'il y avait eu douze cents volailles servies à une noce], et n'en voulut jamais rabattre un seul poulet, Sévigné, 68. Votre monsieur d'Aix a une abbaye de six mille livres de rente… il vous dira qu'elle en vaut douze ; rabattez la moitié, Sévigné, 20 nov. 1689.

    Retrancher. Basilide met tout d'un coup sur pied une armée de trois cent mille hommes, il n'en rabattrait pas une seule brigade, La Bruyère, X. Pour n'avoir rien voulu rabattre de nos profusions, Massillon, Avent, Jugem. univ. Il sait bien que le Seigneur a son poids et sa mesure, et qu'il n'appartient pas à l'homme d'en rabattre, Massillon, Carême, Impén.

    Fig. De ces sortes de louanges-là on en rabat quelque chose, pour les réduire à une mesure un peu plus raisonnable ; mais à la vérité on n'en rabat guère, et on se fait à soi-même une bonne composition, Fontenelle, Dial. 1, Morts anc. mod. J'ai su par moi-même ce qu'il y avait à rabattre des relations faites par des gens déterminés à l'admiration avant que d'avoir vu, Duclos, Œuv. t. VII, p. 3.

  • 13 Terme de teinturier. Corriger une couleur trop vive. …[Pour les couleurs d'olives] étant passés en couleur de vert, seront rabattus avec suie de cheminée ; et, selon l'œil qu'il leur faut, le teinturier leur donnera le rabat, Règlement sur les manuf. août 1669, Teinturiers en laine, art. 27.

    Terme de tanneur. Mettre les peaux dans un plain-mort, de huit en huit jours pour les ramollir.

  • 14 V. n. Rabattre de, ne pas conserver à un même degré. De moment en moment, son âme plus humaine Abaisse sa colère et rabat de sa haine, Corneille, Médée, III, 2. Les Athéniens, depuis la perte des deux batailles de Délie et d'Amphipolis, avaient beaucoup rabattu de leur fierté, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 589, dans POUGENS. Nous les exhortons… à rabattre de leur austérité, Massillon, Avent, Épiphan. La très fidèle duègne, qui me reprocha malicieusement que j'avais bien rabattu de ma diligence, Lesage, Gil Bl. IV, 2. Si elles savaient avec quelle impudence l'auteur a menti, elles rabattraient de leurs louanges, Voltaire, Lett. d'Argental, 18 sept. 1768. Un vieux prêtre me trouvait déjà tant d'esprit… qu'il prétendait que je serais un jour docteur de Sorbonne ; il aurait depuis bien rabattu de ses espérances, Duclos, Œuv. t. X, p. 18.

    Rabattre de l'estime qu'on avait pour quelqu'un, ne plus l'estimer autant. Oh ! quand on est fripon, je rabats de l'estime, Gresset, Méchant, I, 1.

    Il en faut rabattre, on ne peut plus conserver les mêmes prétentions. Il en fallut rabattre, et dès lors, adieu la tranquillité, Rousseau, Confess. III.

  • 15Se détourner tout d'un coup de son chemin pour en prendre un autre. Vous rabattrez à main droite.

    Fig. En ce cas je pourrais rabattre sur la veuve, La comtesse sa sœur, Regnard, Joueur, I, 6.

  • 16Se rabattre, v. réfl. Être rabattu. Les nuages chargés de pluie se rabattent. Le col de cet habit se rabat sur les épaules.
  • 17Se détourner tout d'un coup d'un chemin pour passer dans un autre. L'armée, après divers mouvements, se rabattit sur la ville. Dans l'hiver elles se rabattent sur les rivières et les fontaines chaudes ; elles y vivent de cresson et de cerfeuil sauvage, Buffon, Ois. t. XVII, p. 384. En me rabattant ensuite sur ma gauche, je me rendis à Bowood, Morellet, Mém. t. I, p. 206 dans POUGENS.

    Fig. Nous laissons courir après les chimères de la philosophie les gens qui ne les connaissent pas, et nous nous rabattons sur ce qu'il y a de réel, Fontenelle, Dial. Platon, Marg.

  • 18 Fig. Changer tout à coup de propos dans la conversation. Il se rabattit sur les nouvelles du jour. Pour me rabattre au sujet dont il s'agit, il suffira de savoir qu'aux entrées, il y a eu souvent des disputes entre les duchesses et les princesses étrangères pour la préséance, Saint-Simon, 64, 62.
  • 19Se borner, se restreindre. On se rabat à un genre de vie plus à portée des sens, Massillon, Prof. rel. 2. Il se rabattit à demander qu'au moins il eût le commandement…, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 204, dans POUGENS. Lorsque les levrauts lui manquent [au renard], il se rabat sur les rats, Buffon, Morc. choisis, p. 243.
  • 20 Terme de chasse. Un limier se rabat lorsqu'il donne quelque connaissance à celui qui le mène (Almanach du chasseur).

REMARQUE

Il ne faut pas confondre rabattre et rebattre. Rebattre, c'est répéter souvent.

HISTORIQUE

XIIIe s. Se il sont au marchié en tele maniere que on rabatist un denier, ou plus ou mains…, Liv. des mét. 18. Se li sergans requiert à son segneur qu'il rabate de ses rechoites [recettes] aucuns paiements ou aucunes depenses, Beaumanoir, XXIX, 6.

XIVe s. Toutes autres choses reffusées et rabattues, Ménagier, 1, 9. Donnons en mandement à nos amez et feaux les gens tenans nostre parlement, qu'il facent rabattre [biffer] de nos registres le ban…, Du Cange, rabattere. Au Liegeois pour aller… quatre sols le jour et ses frais, rabatut ce que on rent à…, Caffiaux, Régence d'Aubert de Bavière, p. 35. Vous contés sans rabatre, si ait m'ame pardon, le Bastart de Bullion, V. 3990, dans Hist. litt. t. XXV, p. 607.

XVe s. Tel compte haut qui après en rabat, Chartier, le Déb. des deux fort. Portoit chascun d'eux une espée rabatue en sa main ; lesquelles espées furent presentées aux juges, pour sçavoir si elles estoyent rabatues et coupées en pointe comme il appartenoit, De la Marche, Mém. liv. II, p. 587.

XVIe s. Vous avez beau vivre, vous n'en rabattrez rien du temps que vous avez à estre mort, Montaigne, I, 87. À Athenes on apprenoit à bien dire, et icy [à Sparte] à bien faire ; là… à rabattre l'imposture des mots captieusement entrelacez, icy… à rabattre d'un grand courage les menaces de la fortune et de la mort, Montaigne, I, 152. Et lors mesme que l'espée est desgainée sur luy, il rabat le coup d'un seul regard de ses yeulx, Amyot, Marius et Pyrrh. 16. Le recouvrement de ces deniers leur fut fort dur, tant pour la briefveté du temps qui leur fut prefix, que pource qu'il ne fut jamais possible d'en rien rabattre, Amyot, Démétr. 33. Une espée rabbattue, au bout de laquelle y avoit un bouton rond et plat, Paré, Mumie, 9. Tout le matin se passe à rabattre une beste ; Puis au diner se fait le rapport de la queste, Am. Jamyn, Poésies, p. 65, dans LACURNE. La principale chose que doit apprendre un chien pour bien se rabattre, c'est de ne laisser passer ny coulées faux-fuyantes ny nulles sentes sans y mettre le nez, Charles IX, Chasse roy. 28.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

RABATTRE, v. act. (Gramm.) c’est abattre pour la seconde fois. Il a fallu rabattre plusieurs fois ce pan de muraille.

Il signifie aussi retrancher, diminuer, déduire. On rabattroit beaucoup de l’estime qu’on porte à certains personnages, si on connoissoit leur conduite particuliere & secrette. Je vous rabattrai de vos gages. On n’en veut rien rabattre, c’est un prix fait. Il m’a donné un à-compte, en rabattant sur ce qu’il me doit. Le vent rabat la fumée dans mon appartement. J’ai rabattu les coups. Dans ces dernieres acceptions, rabattre, c’est déterminer en-bas. Se rabattre se dit encore de la derniere course qu’on fait, & de l’endroit où l’on l’arrête. La perdrix s’est rabattue dans ce taillis. Après avoir fait mes visites, je me rabattrai chez moi. Poussé dans ce retranchement, il s’est rabattu sur cette question, &c.

Rabattre, (Jurisprud.) en terme de palais signifie lever, supprimer : ce terme n’est usité qu’en parlant d’un défaut ou sentence par défaut prise à l’audience, lorsque le défaillant ou son défenseur se présente avant que l’audience soit levée, il peut demander à celui qui préside de rabattre le défaut, & ordinairement on prononce en ces termes le défaut rabattu : mais s’il y avoit de l’affectation de la part du défaillant, & qu’il laissât toujours prendre un défaut, & vînt ensuite à la fin de l’audience seulement pour faire rabattre le défaut, & par ce moyen éluder de plaider contradictoirement ; il dépend de la prudence du juge, dans ce cas, de ne point rabattre le défaut, & en ce cas on ordonne que le défaut tiendra, ou, s’il est encore tems, les parties plaideront.

Quand le défaut n’est pas rabattu, il n’y a plus que la voie d’opposition ; si le défaut n’est pas fatal, ou s’il est fatal, la voie d’appel.

Il est parlé du rabattement des défauts dans quelques anciennes ordonnances, telles que celle de Louis XII. en 1498, & celle de François I. en 1539. Voyez le glossaire de Lauriere aux mots Rabat, Rabattre, Défaut, Opposition, Appel, &c.

Rabattre, (Comm.) ôter, diminuer, déduire, retrancher du prix d’une marchandise. Je vous rabattrai quatre pour cent, si vous payez comptant. Dict. du commerce.

Rabattre, en terme de Boutonnier, c’est l’action de couper en biseau avec une langue de serpent la sertissure d’un bouton ; opération par laquelle on enterre, pour ainsi dire, la calotte dans le moule, pour qu’elle y tienne plus solidement, ce qui se fait sur le tour. Voyez Tour.

Rabattre, v. n. (Coutellerie.) c’est une des façons qu’on donne sur l’enclume à la forge & au marteau à une piece de coutellerie, qui doit être tranchante. Voyez l’article Rasoir.

Rabattre, v. act. terme de Laboureur, c’est rouler, adoucir & applanir la terre lorsqu’elle est mouillée & que les avoines sont levées. (D. J.)

Rabattre, en terme de Manege, se dit d’un cheval qui manie à courbette ; & on dit qu’il les rabat bien, lorsqu’il porte à terre les deux jambes de derriere à la fois, lorsque ses deux jambes touchent terre ensemble, & que le cheval suit tous les tems avec la même justesse. Un cheval qui harpe des deux jarrets & qui a les jambes basses en maniant, rabat bien ses courbettes & avec beaucoup de grace.

Rabattre, en terme d’Orfévre, c’est abaisser & rendre insensibles les côtes trop vives & trop marquées que le traçoir ou le perloir ont faites sur un champ, ce qui se fait avec un planoir. Voyez Planoir.

Rabattre, terme de Serrurerie, il est commun à tous les Forgerons ; c’est la même chose que réparer, ce qui se fait après que les Forgerons ont fini de forger une piece ; alors ils effacent à petits coups toutes les inégalités que les grands coups de marteau ont pu laisser.

Rabattre, terme de Tailleur & de Couturiere, c’est prendre un morceau de l’étoffe, la remplir & la coudre. On dit aussi rabattre une couture lorsqu’on l’affaisse en la pressant, soit du dé, soit du fer à repasser ; c’est dans le même sens qu’on rabat un pli.

Rabattre, terme de Tannerie, qui signifie jetter les cuirs dans un vieux plain, après les avoir tirés de l’eau. Voyez Tanner.

Rabattre, (Teinture.) ce mot se dit pour corriger une couleur trop vive. Par les statuts des Teinturiers, il est porté, article xxij. que les verds-bruns seront allumés & gaudés avec gaude ou sarrette, puis rabattus avec le verdet & le bois d’Inde, & couperose. Les feuilles mortes ne sont rabattues qu’avec la seule couperose ; c’est l’article xxiij. qui étoit aussi inutile que le précédent. Tous les reglemens de M. Colbert sur les Teinturiers ne font pas un grand honneur à ses lumieres.

Rabattre, terme de Tireur d’or, c’est, par le moyen d’un rouet, faire passer sur la rochette le trait qui est autour de la bobine ; rabattre du trait ; trait rabattu. Diction. du comm. (D. J.)

Rabattre, se dit, en terme de Chasse, lorsqu’un limier ou un chien-courant tombe sur les voies d’une bête qui va de tems qu’il s’en rabat, & rencontre & en donne la connoissance à celui qui le mene.

Rabattre, c’est, à la longue Paume, renvoyer de bas, en rasant la terre de plus près possible, à sa partie adverse, la balle qu’il doit servir.

Rabattre, au jeu de quille, c’est jouer un second coup sur les quilles de l’endroit où la boule a été après le premier jet ; ceux qui font choux-blanc, ne rabattent point. Voyez l’article Rabat.

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Étymologie de « rabattre »

Mot composé de ra- et battre.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Re…, et abattre ; wallon, rabatt

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Phonétique du mot « rabattre »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
rabattre rabatr

Citations contenant le mot « rabattre »

  • Les chercheurs ont donc dû se rabattre sur le chromosome 17, produisant moins de mutations aléatoires. De ce fait, la descendance de Cosmo ne sera mâle qu'à 75 % : les 50 % héritant des chromosomes XY et 25 % de ceux dotés de chromosomes XX et possédant le gène SRY. C'est du moins la théorie. Cosmo n'atteindra la maturité sexuelle que dans un an, et c'est seulement à ce moment-là que l'on pourra savoir si la manipulation est un succès. Futura, Ce veau génétiquement modifié transforme les femelles en mâles
  • A noter que, vu l'attente suscitée par la mise en ligne du document, de grosses lenteurs sont vécues par les internautes qui tentent d'accéder ce mercredi au formulaire à remplir en ligne. Alternative : vous pouvez vous rabattre sur le formulaire disponible ici sous forme de PDF (à imprimer, donc, et à emporter avec vous sur le chemin du retour). Bémol : il n'est disponible qu'en anglais. LaLibre.be, Voici le formulaire que vous devez impérativement remplir en ligne 48 h avant votre retour en Belgique - La Libre
  • Après des réunions de déminage, ils sont « comme des fous, nuit et jour au téléphone pour essayer de rabattre » des troupes et garantir les votes, glisse un député. Le Telegramme, Bioéthique : le gouvernement face à des incartades dans la majorité - France - Le Télégramme

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Traductions du mot « rabattre »

Langue Traduction
Anglais cast off
Espagnol desechar
Italien staccato
Allemand ablegen
Chinois 摆脱
Arabe منبوذ
Portugais rejeitar
Russe сбросить
Japonais 脱ぎ捨てる
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Synonymes de « rabattre »

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Antonymes de « rabattre »

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