Tailler : définition de tailler


Tailler : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

TAILLER, verb. trans.

I. − Couper, trancher.
A. − [Le compl. désigne un inanimé concr.] Tailler des tartines, des mouillettes de pain; tailler le foin. Le lieutenant tailla dans le gigot de l'intendance une tranche épaisse et la coupa en larges morceaux (Vercel, Cap. Conan, 1934, p. 40).Il taillait ce chêne en lanières avec prestesse, y engageant le fer, et le manœuvrant d'un mouvement continu de son poignet cerclé de cuir (Van der Meersch, Empreinte dieu, 1936, p. 32).
Vieilli. Tailler (le pain de) la soupe*.
APIC. Tailler les ruches. ,,Prélever une partie du miel dans les ruches à l'aide de couteaux recourbés`` (Fén. 1970).
Empl. pronom. réfl. indir. Tout en causant, elle se taillait de larges tranches de pain (Queneau, Pierrot, 1942, p. 93).
Empl. intrans. Honoré taillait dans la miche de pain rassis (Aymé, Jument, 1933, p. 43).Les outils de métal coupent ou taillent mieux que les couteaux ou les herminettes de pierre (Lowie, Anthropol. cult., trad. par E. Métraux, 1936, p. 18).
1. Locutions
a) Pop., fam. Tailler la/une/des bavette(s). V. bavette.
b) Vieilli. Tailler les morceaux (à qqn). ,,Lui couper le pain, la viande en morceaux, de manière à ce qu'il n'ait plus qu'à manger`` (DG). Au fig. Tailler les morceaux (à qqn). ,,Limiter ce qu'il doit manger ou dépenser; lui prescrire ce qu'il doit faire`` (Ac. 1878). On nous a taillé nos morceaux bien courts (Ac.1878).
c) Tailler des croupières (à qqn). V. croupière.
d) Empl. pronom. réfl. indir., au fig. Se tailler la part du lion. S'attribuer la plus grosse part d'un partage, au détriment des autres. Un jour même, il avait forcé Lydie à voler sa mère, il s'était fait apporter par elle deux douzaines de sucres d'orge (...). Le pis était qu'il se taillait la part du lion. Bébert, également, devait lui remettre le butin (Zola, Germinal, 1885, p. 1365).
2. P. anal., MAR. [Le suj. désigne un navire] Tailler la lame et, en empl. intrans., tailler de l'avant, tailler de la route. Fendre l'eau à grande vitesse. J'étais fort désireux de voir un grand voilier tailler de la route dans une forte houle (A. Gerbault, O.Z.Y.U. Dernier journalds Gruss1978).
P. anal., pop. [Le suj. désigne une pers.] Tailler la route. Prendre la route, partir pour aller au loin. Ceux qui avaient tâté d'une liberté même provisoire, même tôt interrompue, en conservaient la nostalgie. Ceux-là ne rêvaient plus que de « tailler la route » (Ambrière, Gdes vac., 1946, p. 220).
Empl. abs. [Souvent à la forme impér.] Taille! Va-t-en! Sauve-toi! Allez, taille... dit Tounsi, maintenant y en a marre (R. Curel, Brancula, 1969, pp. 136-137 ds Cellard-Rey 1980).
Empl. pronom. Quitter un lieu rapidement, s'enfuir. Synon. pop. décamper, se barrer, se casser, se tirer.Se tailler à toute vitesse. Je me suis taillé par la fenêtre de la cuisine (Simonin, Touchez pas au grisbi, 1953, p. 61).
B. − [Le compl. désigne une pers.]
1. Vx. [Dans un cont. guerrier] Trancher, frapper avec une arme coupante, massacrer. Ces bruits furieux débouchèrent sur la place comme un ouragan: France! France! Taillez les manants! (Hugo, N.-D. Paris, 1832, p. 519).
Loc. Tailler en pièces (l'ennemi, une troupe). Déchiqueter, massacrer. Le duc René II tailla en pièces l'armée du terrible duc de Bourgogne (Barrès, Cahiers, t. 3, 1902, p. 41).
Empl. intrans. Frapper de taille (p. oppos. à pointer). Les soldats entourés d'agression taillaient dans le tumulte (Hamp, Champagne, 1909, p. 167).Le dragon taillait, pointait, sa latte volait partout (Pourrat, Gaspard, 1925, p. 274).
2. CHIRURGIE
a) Vx. Pratiquer l'opération de la taille. Il fut attaqué de la pierre; il fallut le tailler, et l'opération faite en apparence avec succès lui laissa cependant pour le reste de sa vie une très-grande incommodité (Sainte-Beuve, Portr. littér., t. 1, 1829, p. 7).
b) Empl. intrans. Couper, inciser. Le matin, il va voir à l'Hôtel-Dieu tailler et amputer (Flaub., Corresp., 1846, p. 415).Les chirurgiens regardaient les plaies et ils taillaient à même la chair pour retrancher tout ce qui était douteux (Duhamel, Passion J. Pasquier, 1945, p. 153).
Loc. Tailler dans le vif. Tailler dans la chair vivante; au fig., s'attaquer à l'essentiel à l'aide de moyens énergiques et rapides. Il arrivera encore, que des crises violentes forceront les dictatures, qu'elles soient populaires ou monarchiques, à tailler dans le vif et à exiger de la part des classes riches des sacrifices considérables (Sand, Hist. vie, t. 4, 1855, p. 168).
3. Empl. pronom. réfl. [Le suj. désigne un cheval] ,,Se faire des entailles ouvertes au membre voisin, par l'un des pieds`` (St-Riquier-Delp. 1975).
II. − Couper, enlever certaines parties (d'un objet, d'une matière) avec un instrument tranchant, afin de lui donner une forme déterminée.
A. −
1. [Le compl. désigne un objet] Tailler un crayon, un pieu; tailler qqc. en angle, en biseau, en dents de scie, en pointe. Scapin taillait de son couteau une baguette qu'il dépouillait d'écorce et qui devait servir de broche (Gautier, Fracasse, 1863, p. 159).Lors de la coupe [des cannes à sucre], on a eu soin de tailler en sifflet l'extrémité de la tige, facilitant ainsi l'introduction dans les cylindres de broyage (Rouberty, Sucr., 1922, p. 77).
Vx. Tailler sa plume. Couper le tube d'une plume d'oie en forme de bec afin de pouvoir l'utiliser pour l'écriture. Julien avait taillé une vingtaine de plumes (Stendhal, Rouge et Noir, 1830, p. 373).
Vieilli. Synon. de couper.Tailler sa moustache, sa barbe (en carré, en collier); tailler ses cheveux (court, en brosse); tailler ses ongles (à ras, en pointe). Ses favoris poivre et sel qu'il avait soigneusement taillés en triangles (G. Leroux, Parfum, 1908, p. 63).Le coiffeur venait de tailler ses cheveux comme un buisson autour d'une plaque funéraire (Jouhandeau, M. Godeau, 1926, p. 162).
Empl. pronom. réfl. indir. Les musulmans assemblés devant leurs mosquées, se lavaient les mains, les pieds, se taillaient les ongles, se peignaient la barbe (Volney, Ruines, 1797, p. 81).
Constr. factitive. Il négligeait de se faire tailler les cheveux (A. France, Vie littér., 1892, p. 252).Tristan, qui vient de se faire tailler la barbe, a les oreilles pleines de poils coupés (Renard, Journal, 1902, p. 766).
Tailler la pierre, les pierres. Donner à la pierre, aux pierres après sciage une forme qui les rendra utilisables, par la suite, dans la construction. [Ce peuple] coupait et taillait parfaitement les pierres; elles étaient placées et jointes suivant toutes les règles de l'art (Voy. La Pérouse, t. 2, 1797, p. 91):
... quand il s'agit de donner des calepins propres à permettre de tailler la pierre loin du chantier, il faut simplifier les coupes (...), éviter (...) les évidements (...). Les Grecs taillaient leurs pierres à la carrière, épannelées très-près et n'exigeant plus qu'un ragrément. Viollet-Le-Duc, Archit., 1872, p. 107.
2. Tailler qqc. dans une matière. Découper, confectionner. Une courroie de transmission de machine valait une petite fortune parce qu'on y taillait des semelles (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p. 197).Fabienne, qui est tout juste bonne à tailler des torchons dans les vieux draps (Montherl., Port-Royal, 1954, p. 990).
a) En partic.
Façonner, sculpter. Toutes les races, mêmes les plus primitives, possèdent la faculté d'orner des pots, de tailler des figurines dans le bois (Faure, Hist. art, 1912, p. 227).Un artiste ébauche une maquette avant de tailler dans le marbre la statue (Bordeaux, Fort de Vaux, 1916, p. 181).
Loc. Tailler qqn en marbre. Lui faire sa statue, son buste. Je crois que le cher favori est jaloux des statues qui ornent les tombeaux de Quélus et de Maugiron? Eh bien (...) nous le ferons tailler en marbre à son tour (Dumas père, Henri III, 1829, i, 7, p. 140).
Tailler une route, un chemin. Ouvrir une voie à travers la roche, etc. Il fallut tailler un chemin dans le roc vif, en employant le fer et le feu (Michelet, Hist. romaine, t. 2, 1831, p. 12).N'as-tu point entendu de cette route que les paysans taillaient tout au travers de la forêt? (Claudel, Annonce, 1948, iii, 2, p. 196).
Empl. pronom. [Le suj. désigne une masse d'eau] Se créer un passage (par phénomène d'érosion). Se tailler une voie. Il a été facile aux eaux de se tailler de larges passages à travers les sables et les argiles (Vidal de La Bl., Tabl. géogr. Fr., 1908, p. 103).
b) [Le suj. désigne un écrivain, un rédacteur de revue] Effectuer des coupures, supprimer des passages dans un article, un ouvrage, pour le réduire à l'essentiel ou pour le censurer. Deslauriers touchait à son vieux rêve: une rédaction en chef, c'est-à-dire au bonheur inexprimable de diriger les autres, de tailler en plein dans leurs articles, d'en commander, d'en refuser (Flaub., Éduc. sent., t. 1, 1869, p. 227).Mon livre presque achevé, j'ai été pris d'une sorte de folie de coupures. Vingt-trois pages ont sauté d'un coup (...). Et le lendemain, je me suis remis à tailler dans ce gros roman dont chaque phrase m'a donné tant de mal (Green, Journal, 1931, p. 75).
B. − [Le compl. désigne une matière] Façonner, sculpter. Tailler la pierre. Comme cet homme [Michel-Ange] taillait le marbre! (Delécluze, Journal, 1825, p. 232).Mais le nègre, ne taillant que le bois et l'ivoire, peut-il œuvrer pareillement une matière dure telle que la pierre? (Arts et litt., 1935, p. 22-1).
Tailler une pierre précieuse (diamant, rubis, etc.). Une fort belle parure prendrait place à côté de la précédente: composée de saphirs taillés en tablettes et entourés de brillants (Mallarmé, Dern. mode, 1874, p. 713).On le taille [le spinelle] en table, en brillant ou en cabochon avec le même bon résultat (Metta, Pierres préc., 1960, p. 84).
Empl. pronom. à sens passif. Au milieu de ces tanières s'élève un haut bâtiment de bonne mine, à larges fenêtres, où j'entends ronfler le bruit d'une machine à vapeur. C'est l'établissement où se taillent les diamants (Du Camp, Hollande, 1859, p. 122).Quand elle n'est pas présentée en cabochon, l'émeraude se taille très simplement en table et en terrasse, en carré ou rectangle aux coins abattus (Metta, Pierres préc., 1960, p. 81).
C. − Spécialement
1. ALPIN. Tailler des marches, des escaliers. Creuser et façonner des marches, des escaliers dans la glace à l'aide d'un piolet ou d'une hachette. [Tartarin] ne prit pas au sérieux les difficultés de la route, si l'on peut appeler route la terrible arête de glace sur laquelle ils avançaient (...) tellement glissante que le piolet de Christian devait y tailler des marches (A. Daudet, Tartarin Alpes, 1885, p. 189).
2. ARBORIC. Couper une partie des rameaux ou des branches d'un végétal (arbuste, arbre fruitier ou d'ornement) afin d'améliorer sa végétation, sa fructification ou son aspect. Synon. ébrancher, élaguer, émonder.Tailler un rosier, un hortensia, un lilas, un cerisier, un buis, un if; tailler une haie; tailler les vieux sarments de la vigne; tailler un conifère en cône, en boule, en pyramide; tailler des arbres en voûte; tailler court, long. Les habitants taillent partout le tilleul en arcade [dans le Loiret] (Michelet, Journal, 1835, p. 216).Au printemps, on taille les arbres fruitiers et la vigne (Debatisse, Révol. silenc., 1963, p. 23).
Absol. Il faut avoir soin, lorsqu'on taille, de placer le crochet [du sécateur] au-dessus du bois à tailler (Brunet, Matér. vitic., 1909, p. 132).
3. COUT. Découper dans une étoffe les différentes parties d'un vêtement dans le but de les assembler et de les coudre. Synon. couper.Tailler un manteau; tailler un habit sur mesure; porter un vêtement bien, mal taillé. Elle revit soudain sa mère occupée à lui tailler la robe, un soir d'hiver, l'étoffe étalée sur la table de la salle (Roy, Bonheur occas., 1945, p. 166).Cette merveilleuse étoffe indienne, qu'en as-tu fait? (...) On pourrait tailler une blouse extraordinaire là dedans! (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 504).
Absol. [Maman], si vive, réfléchissait longuement avant de tailler à même l'étoffe (Duhamel, Notaire Havre, 1933, p. 61).Si elles [les nobles dames] ne tissent pas (la besogne passe pour inférieure), elles taillent, elles cousent, elles ornent (Faral, Vie temps st Louis, 1942, p. 140).
Tailler en plein drap*, en pleine étoffe*. Empl. pronom. réfl. indir. On se taillait des vêtements dans les couvertures (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p. 334).Elle se taillerait une robe de matin (Guèvremont, Survenant, 1945, p. 156).
P. métaph. V. étoffe C 1 ex. de Thibaudet.
Loc. fig.
Tailler de la besogne (à qqn). Prévoir, procurer du travail à quelqu'un. Tout le livre retomba sur elle; quand il [son père] lui avait taillé sa besogne (...) il partait se promener (Goncourt, G. Lacerteux, 1864, p. 21).Empl. adj. Je crois que Sa Grâce a pour le moment de la besogne toute taillée qui l'empêchera d'entrer dans vos vues politiques (Dumas père, C. Howard, 1834, i, tabl. 1, 2, p. 211).
Être taillé sur le même patron. Ressembler à quelqu'un. Dieu merci! tous les gentilshommes n'étaient pas taillés sur le même patron que Gaspard (Sandeau, Sacs, 1851, p. 31).Séverac, Pascal, Carvajan sont taillés sur ce patron. C'est l'idéal du héros bourgeois, c'est-à-dire l'ancien héros romantique pourvu de diplômes (Lemaitre, Contemp., 1885, p. 345).
Après avoir taillé, il faut coudre. Il faut aller jusqu'au bout de ce que l'on a entrepris. (Dict. xixeet xxes.).
4. MÉCAN. Tailler des engrenages. Réaliser à l'aide d'une machine la denture d'une roue d'engrenage, d'un outil. Ceux qui construisent beaucoup d'engrenages ont intérêt à les tailler avec des machines spéciales (Gorgeu, Machines-outils, 1928, p. 25).
D. − Au fig.
1. Vieilli. Tailler et rogner. Disposer de tout selon sa propre fantaisie. Notre digne patron (...) est sur nos épaules, taillant, rognant à tort et à travers, nous imposant ses lubies, ses aberrations, ses caprices (Sand, Corresp., t. 1, 1831, p. 167).
2. Empl. pronom.
a) Se tailler un empire, un royaume, un marché, une fortune, une place. Se créer, se procurer quelque chose au prix d'efforts obstinés. En dix ans, il s'était taillé une jolie fortune (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p. 151).Un serment, qu'était-ce, pourvu qu'à ce prix, comme vassal théorique du basileus, il pût se tailler quelque vaste principauté en Asie (...)? (Grousset, Croisades, 1939, p. 21).
b) Se tailler un succès. Se faire brillamment remarquer, obtenir du succès grâce à des qualités d'endurance et d'obstination. Il était étonnamment endurant, ce petit bonhomme pâle et têtu, habitué au dur travail de la mine. Il se tailla un succès, gagna de l'argent, fut admiré des femmes (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p. 169).
III. − Vieilli. Partager, répartir.
A. − MONNAIE. ,,Diviser un marc d'or ou d'argent en une certaine quantité de pièces de monnaie, suivant ce qui est ordonné par les règlements`` (Ac. 1835, 1878).
B. − HIST. Tailler l'impôt. ,,Le répartir`` (DG). P. méton. Tailler le peuple. Le soumettre à la taille (v. ce mot II B). Tailler (à corvée et) à merci (v. ce mot I B). La noblesse et le clergé taillaient à corvée et à merci les serfs de la province (Champfl., Bourgeois Molinch., 1855, p. 203).Jean de Meung se montre sévère à ces seigneurs qui (...) taillent à merci la pauvre gent (Faral, Vie temps st Louis, 1942, p. 248).
C. − JEUX(cartes). Diviser un jeu de cartes en parties égales. [Comme le croupier] ne peut tenir tout ce paquet de jeux à la main, il le taille ensuite avec de petits cartons en parties à peu près égales, prenant successivement, ensuite, dans le cours du jeu, les paquets partiels séparés par ces petits cartons (Les Joueuses, 1868ds Rigaud, Dict. arg. mod., 1881, p. 358).
[Le suj. désigne le joueur nommé banquier] Tailler une banque. ,,Distribuer les cartes et jouer seul contre tous les autres joueurs`` (Ac. 1935). Les deux joueurs s'assirent face à face, et l'Espagnol disposa devant lui, de l'or et des billets, pour vingt mille francs environ. (...) la plupart des assistants se pressaient autour de la table, curieux de voir l'Espagnol tailler une banque (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p. 292).Empl. abs. Lenoir qui taillait au Passage-Club regarda avec reproche le croupier. Par deux fois, celui-ci avait oublié de ratisser les cartes, il avait fallu lui faire signe (Aragon, Beaux quart., 1936, p. 438).
Tailler un baccarat, un lansquenet, un pharaon, etc. ,,Tenir la main et distribuer les cartes, jusqu'à ce que la main passe`` (DG). Après son dîner, votre seigneur et maître A son club est allé tailler le baccarat (Murger, Nuits hiver, 1861, p. 121).On faisait le whist et on taillait un lansquenet dans un autre salon (Kock, Ficheclaque, 1867, p. 94).Dans le grand salon jaune (...), Jeanne Vaubernier (...) avait taillé le pharaon de la main gauche (Arène, J. des Figues, 1870, p. 48).Empl. intrans. Le directeur des théâtres à Naples était un (...) garçon de café qui, à force de jouer, et surtout de tailler au pharaon, et de donner à jouer, s'est fait une fortune de plusieurs millions (Stendhal, Rossini, t. 1, 1823, p. 197).
Prononc. et Orth.: [tɑje], [ta-], (il) taille [tɑ:j], [taj]. Lar. Lang. fr. [taje]. Martinet-Walter 1973 [-tɑ-, -ta-] (8, 9). Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) α) 2emoit. du xes. talier « couper en plusieurs morceaux » (S. Léger, éd. J. Linskill, 157); ca 1100 absol. « trancher » (Roland, éd. J. Bédier, 1339: Durendal, ki ben trenchet et taillet); β) fin xiiies. [ms.] « battre, défaire des hommes, des adversaires » (Continuations de Perceval [ms. Montpellier, Bibl. de l'Ec. de Méd., H 249], éd. W. Roach, t. 2, 18075); 1579 tailler (qqn) en pièces (Larivey, Laquais, II, 2 ds Anc. théâtre fr., éd. Viollet le Duc, t. 5, p. 39); b) α) ca 1165 absol. « faire une incision, une entaille dans les chairs » (Benoît de Ste-Maure, Troie, 14609 ds T.-L.); β) 1562 arboric. (Du Pinet, Hist. du Monde de C. Pline Second, Lyon, C. Senneton, t. 1, p. 474: tailler les arbres); c) 1928 intrans. « s'en aller, partir » (Lacassagne, Arg. « milieu », p. 192); 1945 pronom. « id. » (Sartre, Sursis, p. 178); d) 1946 tailler la route (Ambrière, Gdes vac., p. 220); 2. a) ca 1140 « couper, travailler une matière, un objet avec un instrument tranchant de manière à lui donner une forme déterminée » (Voyage de Charlemagne, 381 ds T.-L.); b) 1283 tailler les vignes (Philippe de Beaumanoir, Coutumes de Beauvaisis, éd. Am. Salmon,1558); 3. a) α) ca 1160 absol. « couper dans une étoffe ce qu'il faut pour confectionner un vêtement » (Enéas, éd. J.-J. Salverda de Grave2, 7086); β) 1165-70 chauces ... bien tailliees (Chrétien de Troyes , Erec et Enide, éd. M. Roques, 100); b) 1881 se tailler un succès (Zola, Doc. littér., Moral. ds litt., p. 289); 4. 1200 « soumettre à la taille » (Jean Bodel, Jeu de S. Nicolas, A. Henry, 844); 5. 1690 intrans. terme de jeu (Fur.). D'un lat. tardif taliare (vies., v. FEW t. 13/1, p. 53a), prob. dér. du lat. class. talea « bouture, scion »; cf. les dér. intertaliare « tailler les arbres » (ives., ibid., t. 13/1, p. 54b, note 57) et taliatura « taille des arbres » (FEW, loc. cit.). Fréq. abs. littér.: 708. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 722, b) 1 278; xxes.: a) 1 074, b) 1 063.
DÉR. 1.
Taillage, subst. masc.a) Carr. Ensemble des opérations de façonnage de la pierre à partir du bloc brut. (Dict. xixeet xxes.). b) Céram. Ensemble des opérations qui ont pour but de préparer les terres dans la fabrication des briques, en les brisant ou en les découpant en tous sens soit à la pelle, soit à la machine (tailleuse) (d'apr. Chabat 1881). c) Mécan. Opération d'usinage ayant pour but d'enlever de la matière à l'aide d'un outil coupant. Pratiquement, pour que l'outil [d'une machine à tailler les engrenages coniques] ne s'use pas pendant le taillage d'une dent, il faut qu'il ait peu de matière à enlever (Gorgeu, Machines-outils, 1928, p. 129). [tɑja:ʒ], [ta-]. 1resattest. a) ca 1170 « action de percevoir la taille » (Rois, éd. E. R. Curtius, p. 206), b) α) 1255 « action de tailler, coupe » (doc. Arch. Tournai ds Gdf.: tallage), β) 1881 céram. (Chabat), γ) 1902 alpin. (R. alpine, no11, nov., p. 371 ds Quem. DDL t. 27); de tailler, suff. -age*.
2.
Taillerie, subst. fém.a) Joaill. Atelier où s'effectue la taille des pierres précieuses ou pierres fines. La célèbre taillerie Assher et Co à Amsterdam le divisa [le Cullinan, le plus gros diamant trouvé jusqu'à présent] en neuf gros brillants et quatre-vingt-quinze petits (Metta, Pierres préc., 1960, p. 67).P. méton. Art de tailler les pierres précieuses ou pierres fines. (Dict. xixeet xxes.). b) Carr. Usine où l'on débite et façonne la pierre à partir du bloc brut. Dans la masse de pierre, cependant, se trouvent parfois des cassures naturelles. Les pierres extraites dans ces conditions n'ont pas les dimensions requises pour les grands morceaux. Elles sont alors distribuées par les grues dans une taillerie annexe où des tronçonneuses à chaîne les découpent en morceaux spéciaux (Lambertie, Industr. pierre et marbre, 1962, p. 73). [tɑjʀi], [taj-]. 1resattest. a) α) 1293 « métier de tailleur d'habits » (Ordonnance ds Étienne Boileau, Métiers, éd. G.-B. Depping, 414), β) 1304 « boutique de tailleur » (doc. ds Gdf.), b) 1867 taillerie de diamants (Moniteur universel, 26 mai, p. 631, 1recol. ds Littré); de tailler, suff. -erie*.
3.
Tailleuse, subst. fém.a) Arboric. Tailleuse de haie. ,,Appareil portable, à main, fonctionnant dans toutes les positions et destiné à tailler les haies dont les tiges ou les branches mesurent jusqu'à 4 cm d'épaisseur`` (Lar. agric. 1981). b) Céram. Machine munie d'un plateau garni de lames ou de couteaux d'acier, auquel on imprime un mouvement de rotation permettant de briser et de découper les terres dans la fabrication des briques (d'apr. Chabat 1881). c) Mécan. Machine-outil utilisée pour tailler les engrenages. (Dict. xxes.). [tɑjø:z], [ta-]. Littré, Lar. Lang. fr. [ta-]. 1reattest. 1881 techn. (Chabat, s.v. taillage); fém. de tailleur*.
BBG. − Archit. 1972, p. 45. − Quem. DDL t. 27 (et s.v. taillage). − Sculpt. 1978, p. 579.

Tailler : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

TAILLER, verb. trans.

I. − Couper, trancher.
A. − [Le compl. désigne un inanimé concr.] Tailler des tartines, des mouillettes de pain; tailler le foin. Le lieutenant tailla dans le gigot de l'intendance une tranche épaisse et la coupa en larges morceaux (Vercel, Cap. Conan, 1934, p. 40).Il taillait ce chêne en lanières avec prestesse, y engageant le fer, et le manœuvrant d'un mouvement continu de son poignet cerclé de cuir (Van der Meersch, Empreinte dieu, 1936, p. 32).
Vieilli. Tailler (le pain de) la soupe*.
APIC. Tailler les ruches. ,,Prélever une partie du miel dans les ruches à l'aide de couteaux recourbés`` (Fén. 1970).
Empl. pronom. réfl. indir. Tout en causant, elle se taillait de larges tranches de pain (Queneau, Pierrot, 1942, p. 93).
Empl. intrans. Honoré taillait dans la miche de pain rassis (Aymé, Jument, 1933, p. 43).Les outils de métal coupent ou taillent mieux que les couteaux ou les herminettes de pierre (Lowie, Anthropol. cult., trad. par E. Métraux, 1936, p. 18).
1. Locutions
a) Pop., fam. Tailler la/une/des bavette(s). V. bavette.
b) Vieilli. Tailler les morceaux (à qqn). ,,Lui couper le pain, la viande en morceaux, de manière à ce qu'il n'ait plus qu'à manger`` (DG). Au fig. Tailler les morceaux (à qqn). ,,Limiter ce qu'il doit manger ou dépenser; lui prescrire ce qu'il doit faire`` (Ac. 1878). On nous a taillé nos morceaux bien courts (Ac.1878).
c) Tailler des croupières (à qqn). V. croupière.
d) Empl. pronom. réfl. indir., au fig. Se tailler la part du lion. S'attribuer la plus grosse part d'un partage, au détriment des autres. Un jour même, il avait forcé Lydie à voler sa mère, il s'était fait apporter par elle deux douzaines de sucres d'orge (...). Le pis était qu'il se taillait la part du lion. Bébert, également, devait lui remettre le butin (Zola, Germinal, 1885, p. 1365).
2. P. anal., MAR. [Le suj. désigne un navire] Tailler la lame et, en empl. intrans., tailler de l'avant, tailler de la route. Fendre l'eau à grande vitesse. J'étais fort désireux de voir un grand voilier tailler de la route dans une forte houle (A. Gerbault, O.Z.Y.U. Dernier journalds Gruss1978).
P. anal., pop. [Le suj. désigne une pers.] Tailler la route. Prendre la route, partir pour aller au loin. Ceux qui avaient tâté d'une liberté même provisoire, même tôt interrompue, en conservaient la nostalgie. Ceux-là ne rêvaient plus que de « tailler la route » (Ambrière, Gdes vac., 1946, p. 220).
Empl. abs. [Souvent à la forme impér.] Taille! Va-t-en! Sauve-toi! Allez, taille... dit Tounsi, maintenant y en a marre (R. Curel, Brancula, 1969, pp. 136-137 ds Cellard-Rey 1980).
Empl. pronom. Quitter un lieu rapidement, s'enfuir. Synon. pop. décamper, se barrer, se casser, se tirer.Se tailler à toute vitesse. Je me suis taillé par la fenêtre de la cuisine (Simonin, Touchez pas au grisbi, 1953, p. 61).
B. − [Le compl. désigne une pers.]
1. Vx. [Dans un cont. guerrier] Trancher, frapper avec une arme coupante, massacrer. Ces bruits furieux débouchèrent sur la place comme un ouragan: France! France! Taillez les manants! (Hugo, N.-D. Paris, 1832, p. 519).
Loc. Tailler en pièces (l'ennemi, une troupe). Déchiqueter, massacrer. Le duc René II tailla en pièces l'armée du terrible duc de Bourgogne (Barrès, Cahiers, t. 3, 1902, p. 41).
Empl. intrans. Frapper de taille (p. oppos. à pointer). Les soldats entourés d'agression taillaient dans le tumulte (Hamp, Champagne, 1909, p. 167).Le dragon taillait, pointait, sa latte volait partout (Pourrat, Gaspard, 1925, p. 274).
2. CHIRURGIE
a) Vx. Pratiquer l'opération de la taille. Il fut attaqué de la pierre; il fallut le tailler, et l'opération faite en apparence avec succès lui laissa cependant pour le reste de sa vie une très-grande incommodité (Sainte-Beuve, Portr. littér., t. 1, 1829, p. 7).
b) Empl. intrans. Couper, inciser. Le matin, il va voir à l'Hôtel-Dieu tailler et amputer (Flaub., Corresp., 1846, p. 415).Les chirurgiens regardaient les plaies et ils taillaient à même la chair pour retrancher tout ce qui était douteux (Duhamel, Passion J. Pasquier, 1945, p. 153).
Loc. Tailler dans le vif. Tailler dans la chair vivante; au fig., s'attaquer à l'essentiel à l'aide de moyens énergiques et rapides. Il arrivera encore, que des crises violentes forceront les dictatures, qu'elles soient populaires ou monarchiques, à tailler dans le vif et à exiger de la part des classes riches des sacrifices considérables (Sand, Hist. vie, t. 4, 1855, p. 168).
3. Empl. pronom. réfl. [Le suj. désigne un cheval] ,,Se faire des entailles ouvertes au membre voisin, par l'un des pieds`` (St-Riquier-Delp. 1975).
II. − Couper, enlever certaines parties (d'un objet, d'une matière) avec un instrument tranchant, afin de lui donner une forme déterminée.
A. −
1. [Le compl. désigne un objet] Tailler un crayon, un pieu; tailler qqc. en angle, en biseau, en dents de scie, en pointe. Scapin taillait de son couteau une baguette qu'il dépouillait d'écorce et qui devait servir de broche (Gautier, Fracasse, 1863, p. 159).Lors de la coupe [des cannes à sucre], on a eu soin de tailler en sifflet l'extrémité de la tige, facilitant ainsi l'introduction dans les cylindres de broyage (Rouberty, Sucr., 1922, p. 77).
Vx. Tailler sa plume. Couper le tube d'une plume d'oie en forme de bec afin de pouvoir l'utiliser pour l'écriture. Julien avait taillé une vingtaine de plumes (Stendhal, Rouge et Noir, 1830, p. 373).
Vieilli. Synon. de couper.Tailler sa moustache, sa barbe (en carré, en collier); tailler ses cheveux (court, en brosse); tailler ses ongles (à ras, en pointe). Ses favoris poivre et sel qu'il avait soigneusement taillés en triangles (G. Leroux, Parfum, 1908, p. 63).Le coiffeur venait de tailler ses cheveux comme un buisson autour d'une plaque funéraire (Jouhandeau, M. Godeau, 1926, p. 162).
Empl. pronom. réfl. indir. Les musulmans assemblés devant leurs mosquées, se lavaient les mains, les pieds, se taillaient les ongles, se peignaient la barbe (Volney, Ruines, 1797, p. 81).
Constr. factitive. Il négligeait de se faire tailler les cheveux (A. France, Vie littér., 1892, p. 252).Tristan, qui vient de se faire tailler la barbe, a les oreilles pleines de poils coupés (Renard, Journal, 1902, p. 766).
Tailler la pierre, les pierres. Donner à la pierre, aux pierres après sciage une forme qui les rendra utilisables, par la suite, dans la construction. [Ce peuple] coupait et taillait parfaitement les pierres; elles étaient placées et jointes suivant toutes les règles de l'art (Voy. La Pérouse, t. 2, 1797, p. 91):
... quand il s'agit de donner des calepins propres à permettre de tailler la pierre loin du chantier, il faut simplifier les coupes (...), éviter (...) les évidements (...). Les Grecs taillaient leurs pierres à la carrière, épannelées très-près et n'exigeant plus qu'un ragrément. Viollet-Le-Duc, Archit., 1872, p. 107.
2. Tailler qqc. dans une matière. Découper, confectionner. Une courroie de transmission de machine valait une petite fortune parce qu'on y taillait des semelles (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p. 197).Fabienne, qui est tout juste bonne à tailler des torchons dans les vieux draps (Montherl., Port-Royal, 1954, p. 990).
a) En partic.
Façonner, sculpter. Toutes les races, mêmes les plus primitives, possèdent la faculté d'orner des pots, de tailler des figurines dans le bois (Faure, Hist. art, 1912, p. 227).Un artiste ébauche une maquette avant de tailler dans le marbre la statue (Bordeaux, Fort de Vaux, 1916, p. 181).
Loc. Tailler qqn en marbre. Lui faire sa statue, son buste. Je crois que le cher favori est jaloux des statues qui ornent les tombeaux de Quélus et de Maugiron? Eh bien (...) nous le ferons tailler en marbre à son tour (Dumas père, Henri III, 1829, i, 7, p. 140).
Tailler une route, un chemin. Ouvrir une voie à travers la roche, etc. Il fallut tailler un chemin dans le roc vif, en employant le fer et le feu (Michelet, Hist. romaine, t. 2, 1831, p. 12).N'as-tu point entendu de cette route que les paysans taillaient tout au travers de la forêt? (Claudel, Annonce, 1948, iii, 2, p. 196).
Empl. pronom. [Le suj. désigne une masse d'eau] Se créer un passage (par phénomène d'érosion). Se tailler une voie. Il a été facile aux eaux de se tailler de larges passages à travers les sables et les argiles (Vidal de La Bl., Tabl. géogr. Fr., 1908, p. 103).
b) [Le suj. désigne un écrivain, un rédacteur de revue] Effectuer des coupures, supprimer des passages dans un article, un ouvrage, pour le réduire à l'essentiel ou pour le censurer. Deslauriers touchait à son vieux rêve: une rédaction en chef, c'est-à-dire au bonheur inexprimable de diriger les autres, de tailler en plein dans leurs articles, d'en commander, d'en refuser (Flaub., Éduc. sent., t. 1, 1869, p. 227).Mon livre presque achevé, j'ai été pris d'une sorte de folie de coupures. Vingt-trois pages ont sauté d'un coup (...). Et le lendemain, je me suis remis à tailler dans ce gros roman dont chaque phrase m'a donné tant de mal (Green, Journal, 1931, p. 75).
B. − [Le compl. désigne une matière] Façonner, sculpter. Tailler la pierre. Comme cet homme [Michel-Ange] taillait le marbre! (Delécluze, Journal, 1825, p. 232).Mais le nègre, ne taillant que le bois et l'ivoire, peut-il œuvrer pareillement une matière dure telle que la pierre? (Arts et litt., 1935, p. 22-1).
Tailler une pierre précieuse (diamant, rubis, etc.). Une fort belle parure prendrait place à côté de la précédente: composée de saphirs taillés en tablettes et entourés de brillants (Mallarmé, Dern. mode, 1874, p. 713).On le taille [le spinelle] en table, en brillant ou en cabochon avec le même bon résultat (Metta, Pierres préc., 1960, p. 84).
Empl. pronom. à sens passif. Au milieu de ces tanières s'élève un haut bâtiment de bonne mine, à larges fenêtres, où j'entends ronfler le bruit d'une machine à vapeur. C'est l'établissement où se taillent les diamants (Du Camp, Hollande, 1859, p. 122).Quand elle n'est pas présentée en cabochon, l'émeraude se taille très simplement en table et en terrasse, en carré ou rectangle aux coins abattus (Metta, Pierres préc., 1960, p. 81).
C. − Spécialement
1. ALPIN. Tailler des marches, des escaliers. Creuser et façonner des marches, des escaliers dans la glace à l'aide d'un piolet ou d'une hachette. [Tartarin] ne prit pas au sérieux les difficultés de la route, si l'on peut appeler route la terrible arête de glace sur laquelle ils avançaient (...) tellement glissante que le piolet de Christian devait y tailler des marches (A. Daudet, Tartarin Alpes, 1885, p. 189).
2. ARBORIC. Couper une partie des rameaux ou des branches d'un végétal (arbuste, arbre fruitier ou d'ornement) afin d'améliorer sa végétation, sa fructification ou son aspect. Synon. ébrancher, élaguer, émonder.Tailler un rosier, un hortensia, un lilas, un cerisier, un buis, un if; tailler une haie; tailler les vieux sarments de la vigne; tailler un conifère en cône, en boule, en pyramide; tailler des arbres en voûte; tailler court, long. Les habitants taillent partout le tilleul en arcade [dans le Loiret] (Michelet, Journal, 1835, p. 216).Au printemps, on taille les arbres fruitiers et la vigne (Debatisse, Révol. silenc., 1963, p. 23).
Absol. Il faut avoir soin, lorsqu'on taille, de placer le crochet [du sécateur] au-dessus du bois à tailler (Brunet, Matér. vitic., 1909, p. 132).
3. COUT. Découper dans une étoffe les différentes parties d'un vêtement dans le but de les assembler et de les coudre. Synon. couper.Tailler un manteau; tailler un habit sur mesure; porter un vêtement bien, mal taillé. Elle revit soudain sa mère occupée à lui tailler la robe, un soir d'hiver, l'étoffe étalée sur la table de la salle (Roy, Bonheur occas., 1945, p. 166).Cette merveilleuse étoffe indienne, qu'en as-tu fait? (...) On pourrait tailler une blouse extraordinaire là dedans! (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 504).
Absol. [Maman], si vive, réfléchissait longuement avant de tailler à même l'étoffe (Duhamel, Notaire Havre, 1933, p. 61).Si elles [les nobles dames] ne tissent pas (la besogne passe pour inférieure), elles taillent, elles cousent, elles ornent (Faral, Vie temps st Louis, 1942, p. 140).
Tailler en plein drap*, en pleine étoffe*. Empl. pronom. réfl. indir. On se taillait des vêtements dans les couvertures (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p. 334).Elle se taillerait une robe de matin (Guèvremont, Survenant, 1945, p. 156).
P. métaph. V. étoffe C 1 ex. de Thibaudet.
Loc. fig.
Tailler de la besogne (à qqn). Prévoir, procurer du travail à quelqu'un. Tout le livre retomba sur elle; quand il [son père] lui avait taillé sa besogne (...) il partait se promener (Goncourt, G. Lacerteux, 1864, p. 21).Empl. adj. Je crois que Sa Grâce a pour le moment de la besogne toute taillée qui l'empêchera d'entrer dans vos vues politiques (Dumas père, C. Howard, 1834, i, tabl. 1, 2, p. 211).
Être taillé sur le même patron. Ressembler à quelqu'un. Dieu merci! tous les gentilshommes n'étaient pas taillés sur le même patron que Gaspard (Sandeau, Sacs, 1851, p. 31).Séverac, Pascal, Carvajan sont taillés sur ce patron. C'est l'idéal du héros bourgeois, c'est-à-dire l'ancien héros romantique pourvu de diplômes (Lemaitre, Contemp., 1885, p. 345).
Après avoir taillé, il faut coudre. Il faut aller jusqu'au bout de ce que l'on a entrepris. (Dict. xixeet xxes.).
4. MÉCAN. Tailler des engrenages. Réaliser à l'aide d'une machine la denture d'une roue d'engrenage, d'un outil. Ceux qui construisent beaucoup d'engrenages ont intérêt à les tailler avec des machines spéciales (Gorgeu, Machines-outils, 1928, p. 25).
D. − Au fig.
1. Vieilli. Tailler et rogner. Disposer de tout selon sa propre fantaisie. Notre digne patron (...) est sur nos épaules, taillant, rognant à tort et à travers, nous imposant ses lubies, ses aberrations, ses caprices (Sand, Corresp., t. 1, 1831, p. 167).
2. Empl. pronom.
a) Se tailler un empire, un royaume, un marché, une fortune, une place. Se créer, se procurer quelque chose au prix d'efforts obstinés. En dix ans, il s'était taillé une jolie fortune (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p. 151).Un serment, qu'était-ce, pourvu qu'à ce prix, comme vassal théorique du basileus, il pût se tailler quelque vaste principauté en Asie (...)? (Grousset, Croisades, 1939, p. 21).
b) Se tailler un succès. Se faire brillamment remarquer, obtenir du succès grâce à des qualités d'endurance et d'obstination. Il était étonnamment endurant, ce petit bonhomme pâle et têtu, habitué au dur travail de la mine. Il se tailla un succès, gagna de l'argent, fut admiré des femmes (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p. 169).
III. − Vieilli. Partager, répartir.
A. − MONNAIE. ,,Diviser un marc d'or ou d'argent en une certaine quantité de pièces de monnaie, suivant ce qui est ordonné par les règlements`` (Ac. 1835, 1878).
B. − HIST. Tailler l'impôt. ,,Le répartir`` (DG). P. méton. Tailler le peuple. Le soumettre à la taille (v. ce mot II B). Tailler (à corvée et) à merci (v. ce mot I B). La noblesse et le clergé taillaient à corvée et à merci les serfs de la province (Champfl., Bourgeois Molinch., 1855, p. 203).Jean de Meung se montre sévère à ces seigneurs qui (...) taillent à merci la pauvre gent (Faral, Vie temps st Louis, 1942, p. 248).
C. − JEUX(cartes). Diviser un jeu de cartes en parties égales. [Comme le croupier] ne peut tenir tout ce paquet de jeux à la main, il le taille ensuite avec de petits cartons en parties à peu près égales, prenant successivement, ensuite, dans le cours du jeu, les paquets partiels séparés par ces petits cartons (Les Joueuses, 1868ds Rigaud, Dict. arg. mod., 1881, p. 358).
[Le suj. désigne le joueur nommé banquier] Tailler une banque. ,,Distribuer les cartes et jouer seul contre tous les autres joueurs`` (Ac. 1935). Les deux joueurs s'assirent face à face, et l'Espagnol disposa devant lui, de l'or et des billets, pour vingt mille francs environ. (...) la plupart des assistants se pressaient autour de la table, curieux de voir l'Espagnol tailler une banque (Bourges, Crépusc. dieux, 1884, p. 292).Empl. abs. Lenoir qui taillait au Passage-Club regarda avec reproche le croupier. Par deux fois, celui-ci avait oublié de ratisser les cartes, il avait fallu lui faire signe (Aragon, Beaux quart., 1936, p. 438).
Tailler un baccarat, un lansquenet, un pharaon, etc. ,,Tenir la main et distribuer les cartes, jusqu'à ce que la main passe`` (DG). Après son dîner, votre seigneur et maître A son club est allé tailler le baccarat (Murger, Nuits hiver, 1861, p. 121).On faisait le whist et on taillait un lansquenet dans un autre salon (Kock, Ficheclaque, 1867, p. 94).Dans le grand salon jaune (...), Jeanne Vaubernier (...) avait taillé le pharaon de la main gauche (Arène, J. des Figues, 1870, p. 48).Empl. intrans. Le directeur des théâtres à Naples était un (...) garçon de café qui, à force de jouer, et surtout de tailler au pharaon, et de donner à jouer, s'est fait une fortune de plusieurs millions (Stendhal, Rossini, t. 1, 1823, p. 197).
Prononc. et Orth.: [tɑje], [ta-], (il) taille [tɑ:j], [taj]. Lar. Lang. fr. [taje]. Martinet-Walter 1973 [-tɑ-, -ta-] (8, 9). Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) α) 2emoit. du xes. talier « couper en plusieurs morceaux » (S. Léger, éd. J. Linskill, 157); ca 1100 absol. « trancher » (Roland, éd. J. Bédier, 1339: Durendal, ki ben trenchet et taillet); β) fin xiiies. [ms.] « battre, défaire des hommes, des adversaires » (Continuations de Perceval [ms. Montpellier, Bibl. de l'Ec. de Méd., H 249], éd. W. Roach, t. 2, 18075); 1579 tailler (qqn) en pièces (Larivey, Laquais, II, 2 ds Anc. théâtre fr., éd. Viollet le Duc, t. 5, p. 39); b) α) ca 1165 absol. « faire une incision, une entaille dans les chairs » (Benoît de Ste-Maure, Troie, 14609 ds T.-L.); β) 1562 arboric. (Du Pinet, Hist. du Monde de C. Pline Second, Lyon, C. Senneton, t. 1, p. 474: tailler les arbres); c) 1928 intrans. « s'en aller, partir » (Lacassagne, Arg. « milieu », p. 192); 1945 pronom. « id. » (Sartre, Sursis, p. 178); d) 1946 tailler la route (Ambrière, Gdes vac., p. 220); 2. a) ca 1140 « couper, travailler une matière, un objet avec un instrument tranchant de manière à lui donner une forme déterminée » (Voyage de Charlemagne, 381 ds T.-L.); b) 1283 tailler les vignes (Philippe de Beaumanoir, Coutumes de Beauvaisis, éd. Am. Salmon,1558); 3. a) α) ca 1160 absol. « couper dans une étoffe ce qu'il faut pour confectionner un vêtement » (Enéas, éd. J.-J. Salverda de Grave2, 7086); β) 1165-70 chauces ... bien tailliees (Chrétien de Troyes , Erec et Enide, éd. M. Roques, 100); b) 1881 se tailler un succès (Zola, Doc. littér., Moral. ds litt., p. 289); 4. 1200 « soumettre à la taille » (Jean Bodel, Jeu de S. Nicolas, A. Henry, 844); 5. 1690 intrans. terme de jeu (Fur.). D'un lat. tardif taliare (vies., v. FEW t. 13/1, p. 53a), prob. dér. du lat. class. talea « bouture, scion »; cf. les dér. intertaliare « tailler les arbres » (ives., ibid., t. 13/1, p. 54b, note 57) et taliatura « taille des arbres » (FEW, loc. cit.). Fréq. abs. littér.: 708. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 722, b) 1 278; xxes.: a) 1 074, b) 1 063.
DÉR. 1.
Taillage, subst. masc.a) Carr. Ensemble des opérations de façonnage de la pierre à partir du bloc brut. (Dict. xixeet xxes.). b) Céram. Ensemble des opérations qui ont pour but de préparer les terres dans la fabrication des briques, en les brisant ou en les découpant en tous sens soit à la pelle, soit à la machine (tailleuse) (d'apr. Chabat 1881). c) Mécan. Opération d'usinage ayant pour but d'enlever de la matière à l'aide d'un outil coupant. Pratiquement, pour que l'outil [d'une machine à tailler les engrenages coniques] ne s'use pas pendant le taillage d'une dent, il faut qu'il ait peu de matière à enlever (Gorgeu, Machines-outils, 1928, p. 129). [tɑja:ʒ], [ta-]. 1resattest. a) ca 1170 « action de percevoir la taille » (Rois, éd. E. R. Curtius, p. 206), b) α) 1255 « action de tailler, coupe » (doc. Arch. Tournai ds Gdf.: tallage), β) 1881 céram. (Chabat), γ) 1902 alpin. (R. alpine, no11, nov., p. 371 ds Quem. DDL t. 27); de tailler, suff. -age*.
2.
Taillerie, subst. fém.a) Joaill. Atelier où s'effectue la taille des pierres précieuses ou pierres fines. La célèbre taillerie Assher et Co à Amsterdam le divisa [le Cullinan, le plus gros diamant trouvé jusqu'à présent] en neuf gros brillants et quatre-vingt-quinze petits (Metta, Pierres préc., 1960, p. 67).P. méton. Art de tailler les pierres précieuses ou pierres fines. (Dict. xixeet xxes.). b) Carr. Usine où l'on débite et façonne la pierre à partir du bloc brut. Dans la masse de pierre, cependant, se trouvent parfois des cassures naturelles. Les pierres extraites dans ces conditions n'ont pas les dimensions requises pour les grands morceaux. Elles sont alors distribuées par les grues dans une taillerie annexe où des tronçonneuses à chaîne les découpent en morceaux spéciaux (Lambertie, Industr. pierre et marbre, 1962, p. 73). [tɑjʀi], [taj-]. 1resattest. a) α) 1293 « métier de tailleur d'habits » (Ordonnance ds Étienne Boileau, Métiers, éd. G.-B. Depping, 414), β) 1304 « boutique de tailleur » (doc. ds Gdf.), b) 1867 taillerie de diamants (Moniteur universel, 26 mai, p. 631, 1recol. ds Littré); de tailler, suff. -erie*.
3.
Tailleuse, subst. fém.a) Arboric. Tailleuse de haie. ,,Appareil portable, à main, fonctionnant dans toutes les positions et destiné à tailler les haies dont les tiges ou les branches mesurent jusqu'à 4 cm d'épaisseur`` (Lar. agric. 1981). b) Céram. Machine munie d'un plateau garni de lames ou de couteaux d'acier, auquel on imprime un mouvement de rotation permettant de briser et de découper les terres dans la fabrication des briques (d'apr. Chabat 1881). c) Mécan. Machine-outil utilisée pour tailler les engrenages. (Dict. xxes.). [tɑjø:z], [ta-]. Littré, Lar. Lang. fr. [ta-]. 1reattest. 1881 techn. (Chabat, s.v. taillage); fém. de tailleur*.
BBG. − Archit. 1972, p. 45. − Quem. DDL t. 27 (et s.v. taillage). − Sculpt. 1978, p. 579.

Tailler : définition du Wiktionnaire

Verbe

tailler \tɑ.je\ ou \ta.je\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se tailler)

  1. Couper, retrancher d’une matière, en ôter avec le marteau, le ciseau, ou tout autre instrument, ce qu’il y a de superflu, pour lui donner une certaine forme, pour la rendre propre à tel ou tel usage.
    • Grégoire ! cria La Hurière, du papier blanc pour écrire une lettre, des ciseaux pour en tailler l’enveloppe ! — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, volume I, chapitre VII)
    • Le maquignon de bas étage […] travaille les oreilles, souffle les salières, burine les dents, place une queue postiche, taille les sabots, mastique les seimes, donne un coup de pinceau, refait une jeunesse, farde, corrige, embellit ; […]. — (Gabriel Maury, Des ruses employées dans le commerce des solipèdes, Jules Pailhès, 1877)
    • Ce fut un grand Vaisseau taillé dans l’or massif : / Ses mâts touchaient l’azur, sur des mers inconnues ; / La Cyprine d’amour, cheveux épars, chairs nues, / S’étalait à sa proue, au soleil excessif. — (Émile Nelligan, Le vaisseau d'or (poème), 1903.)
    • Tailler une pierre pour la faire servir à un bâtiment.
    • Tailler un bloc de marbre pour en faire une colonne, une statue.
    • Tailler des arbres pour les rendre plus beaux.
    • Tailler des arbres fruitiers dans le temps convenable pour leur faire porter plus de fruits.
    • Tailler la vigne dans sa saison.
    • Tailler une pierre précieuse. Tailler un diamant.
  2. Couper dans une étoffe ce qu’il faut pour confectionner une pièce d’habillement.
    • À la suite de mon élection je reçus nombre de lettres de tailleurs, des grands comme Lanvin et des moins grands, me proposant de tailler à mes mesures l’habit vert qui convenait à mon nouvel état. — (Anatole Abragam, De la physique avant toute chose, Éditions Odile Jacob, 1987 & 2000)
    • Tailler une robe, un manteau, des chemises, un vêtement en plein drap, etc.
    • (Absolument) Cette ouvrière taille bien.
  3. (Vieilli) (Médecine) Faire l’opération de la taille.
    • Il a dû se faire tailler.
  4. (Cartes à jouer) Distribuer les cartes et jouer seul contre tous les autres joueurs.
    • Tailler une banque. → voir banquier.
      • (Absolument) Qui veut tailler ?
      • (Absolument) Il a promis de tailler après souper.
  5. (Vieilli) Répartir l’impôt. (Par extension) Imposer.
    • Tailler l’impôt.
    • Tailler le peuple.
  6. (Pronominal) (Argot) Déguerpir, s’enfuir.
  7. (Figuré) Réduire ; supprimer.
    • Pourtant, depuis son élection, Donald Trump n’a cessé de tailler dans les budgets des agences de santé, tout en détricotant l’Obamacare, le système d’assurance mis en place par son prédécesseur. — (Stéphane Lauer et Sylvie Kauffmann, Face au coronavirus, une Amérique aux pieds d’argile, Le Monde. Mis en ligne le 13 mai 2020)
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Tailler : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

TAILLER. v. tr.
Couper, retrancher d'une matière, en ôter avec le marteau, le ciseau, ou quelque autre instrument, ce qu'il y a de superflu, pour lui donner une certaine forme, pour la rendre propre à tel ou tel usage. Tailler une pierre pour la faire servir à un bâtiment. Tailler un bloc de marbre pour en faire une colonne, une statue. Tailler des arbres pour les rendre plus beaux. Tailler des arbres fruitiers dans le temps convenable pour leur faire porter plus de fruits. Tailler la vigne dans sa saison. Tailler une pierre précieuse. Tailler un diamant. Fig., Tailler en pièces une armée, La défaire entièrement. Fig. et fam., Tailler et rogner, Disposer des choses à sa fantaisie. Il est le maître dans cette maison, il taille et rogne à son gré, comme il veut.

TAILLER signifie encore Couper dans une étoffe ce qu'il faut pour confectionner une pièce d'habillement. Tailler une robe, un manteau. Tailler des chemises. Tailler un vêtement en plein drap, etc. Absolument, Cette ouvrière taille bien. Fig. et fam., Tailler une bavette, Bavarder. Fig. et fam., Tailler des croupières à une troupe de gens de guerre, La mettre en fuite, la poursuivre. Tailler des croupières à quelqu'un, Lui susciter des affaires, des embarras, des difficultés de toute sorte. Tailler de l'ouvrage, de la besogne à quelqu'un, Lui couper l'étoffe de manière qu'il n'ait plus qu'à coudre. Cette expression s'emploie aussi figurément et signifie Lui donner beaucoup de choses à faire ou Lui susciter bien des embarras. C'est un chicaneur, il m'a taillé bien de la besogne. Fig. et fam., Il peut tailler en plein drap, il a de quoi tailler en plein drap, Il a amplement et abondamment tout ce qui peut servir à l'exécution de son dessein. Il a taillé en plein drap, Il a été en pouvoir de faire tout ce qu'il a voulu.

TAILLER se disait autrefois en termes de Chirurgie et signifiait Faire l'opération de la taille. Il a dû se faire tailler. Il s'emploie aussi en termes de jeux de Cartes, pour indiquer la fonction du joueur nommé banquier, qui distribue les cartes et joue seul contre tous les autres joueurs. Tailler une banque. Absolument, Qui veut tailler? Il a promis de tailler après souper. Le participe passé

TAILLÉ s'emploie adjectivement. Cet homme est bien taillé, Il est bien fait, il a le corps bien proportionné. Il est taillé en Hercule, Il a une forte carrure. Cote mal taillée, Arrêté de compte en gros, arrangement approximatif, où chacun rabat de ses prétentions. Vous avez l'un et l'autre des prétentions qu'on ne peut accorder, il faut faire de tout cela une cote mal taillée. Fam., C'est de la besogne toute taillée se dit en parlant d'un Ouvrage quelconque, dont les matériaux sont si bien préparés qu'il n'y a plus qu'à en faire usage.

TAILLÉ, en termes de Blason, se dit d'un Écu lorsqu'il est partagé en deux parties par une ligne oblique tirée de l'angle senestre du chef au côté dextre de la pointe. Il porte taillé d'argent et de gueules.

Tailler : définition du Littré (1872-1877)

TAILLER (tâ-llé, ll mouillées, et non tâ-yé) v. a.
  • 1Retrancher aux arbres certaines branches pour leur donner une certaine forme ou pour les mettre à fruit (sens étymologique). Tailler un arbre.

    Absolument. On taille avec la serpette ou le sécateur. Une autre question partage les vignerons : faut-il tailler long ou court ? les uns se règlent sur la nature du plant ou du terrain ; d'autres, sur la moelle des sarments, Barthélemy, Anach. ch. 59.

    Tailler à mort, tailler les arbres en leur laissant très peu de branches à fruit et à bois.

    Dans la Haute-Garonne, tailler la vigne à mort, la tailler à quatre yeux.

  • 2Retrancher d'une matière, avec un instrument tranchant ou autre, ce qu'il y a de superflu, pour lui donner une forme, la rendre propre à un usage. Tailler une pierre. Tailler une grotte dans le roc. On employait autrefois les diamants bruts tels qu'ils sortaient de terre ; ce n'est que dans le XVe siècle qu'on a trouvé en Europe l'art de les tailler, Buffon, Min. t. VII, p. 384. Voir broyer tes couleurs et tailler tes crayons, Marmontel, Épît. à Voltaire. S'enfermer pour tailler des plumes, Beaumarchais, Mar. de Figaro, III, 5.

    Fig. Il faut tailler ces pierres spirituelles pour les faire entrer dans l'édifice sacré de l'Église, Massillon, Or. fun. Villeroy. Voyez seulement les endroits où Racine a taillé en diamants brillants les caillous bruts de Corneille, Voltaire, Comm. Corn. Rem. Perth. I, 1.

    Fig. Donner une certaine longueur à quelque chose. Taille-t-on vos avis à une certaine mesure ? Pascal, Prov. II.

  • 3Sculpter. Pour vous éterniser sous ces arcs glorieux Qu'une savante main taille aux victorieux, Tristan, M. de Chrispe, I, 3. Si le seul Lysippe Fut digne de mouler l'héritier de Philippe, Si nul autre sculpteur ne le tailla que lui, La Fontaine, Lett. XI. Dinocrate… avait dit que, de toutes les montagnes qu'il connaissait, le mont Athos dans la Thrace était le plus propre à être taillé en forme humaine, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VI, p. 579, dans POUGENS. Phidias sur le tien [le Jupiter d'Homère] tailla son Jupiter, Tel que tu peins ce dieu sur le trône de l'air, Bien loin des autres dieux qui devant lui s'abaissent, Delille, Imag. V. César t'eût confié sa cendre, Et c'est toi qu'eût pris Alexandre Pour lui tailler le mont Athos, Hugo, Feuilles d'automne, à David, statuaire.

    Sculpter pour soi. L'art se tailla des dieux d'or, d'argent et de cuivre, Boileau, Sat. XI.

  • 4Couper en plusieurs morceaux, en plusieurs pièces, soit avec le couteau, soit avec des ciseaux. Tailler des chemises, un manteau. Tailler du pain par morceaux. Les travaux de son sexe, comme tailler et coudre une robe, Rousseau, Ém. v.

    Fig. Se tailler, tailler à soi. Le beau Raoul, d'ordinaire, se taillait dans la conversation une part royale, Ch. de Bernard, la Peau du lion, VI. Ô géant [Charles-Quint] !… On vend ton sceptre au poids ! un tas de nains difformes Se taillent des pourpoints dans ton manteau de roi, Hugo, Ruy-Blas, III, 2.

    Fig. Tailler la robe selon le corps, mesurer ses entreprises à ses forces, sa dépense à ses ressources. Aussi selon le corps on doit tailler la robe, Régnier, Sat. VI.

    Absolument. Cet ouvrier taille bien.

    Fig. Tailler et rogner, disposer des choses à sa fantaisie. Que chacun taille, rogne et glose sur mes vers, Régnier, Sat. XI. Coupez taillez en maître ; Vous pouvez tout, Th. Corneille, D. Cés. d'Av. I, 5. Coupez, taillez, rognez en pleine liberté, Destouches, Diss. IV, 4.

    Tailler la soupe, couper le pain en tranches minces pour les tremper avec le bouillon.

    Fig. et familièrement. Tailler des bavettes, se dit de ceux et surtout de celles qui s'amusent à causer, à babiller.

    Fig. Tailler une matière, parler d'une chose à tort et à travers. Voilà fort plaisamment tailler cette matière, Et donner à ta langue une libre carrière, Corneille, la Place roy. I, 1.

    Tailler de l'ouvrage, de la besogne, couper une étoffe de manière qu'il n'y ait plus qu'à coudre.

    Fig. Tailler de la besogne à quelqu'un, lui donner beaucoup de chose à faire, et aussi lui susciter beaucoup d'embarras. Il était indubitable que la furieuse révolte qui en même temps s'était faite en Espagne leur avait taillé de la besogne [aux Romains], Malherbe, Le XXXIIIe livre de Tite Live, ch. 19. On me taillait une besogne à laquelle je m'attendais peu, Retz, III, 72. J'attends les feuilles de Prault [un libraire] ; je lui taillerai de la besogne, Voltaire, Lett. d'Argental, déc. 1760. J'ai mis cela dans la tête de madame pour lui tailler de la besogne, Th. Leclercq, Prov. t. IV, p. 340, dans POUGENS.

    On dit de même : tailler de l'ouvrage.

    Tailler les morceaux, couper le pain, la viande par morceaux, de manière qu'il n'y ait plus qu'à manger.

    Fig. Tailler les morceaux à quelqu'un, lui prescrire ce qu'il doit faire, lui limiter ce qu'il doit dépenser. Mais dites-moi s'il n'est pas charmant de lui avoir taillé ses morceaux de la journée, de façon qu'il passe à rôder, à jurer après sa dame, le temps qu'il destinait à se complaire avec la nôtre ! Beaumarchais, Mar. de Figaro, II, 2.

    Tailler un habit en plein drap, couper un habit dans une pièce de drap entière.

    Fig. Il taille en plein drap, se dit d'un homme qui a toute liberté de s'étendre, de faire, de dépenser, etc. J'étais l'autre jour en un lieu où l'on taillait en plein drap : on ouvrait des prisons, on faisait revenir des exilés, on remettait plusieurs choses à leur place, Sévigné, à Bussy, 27 févr. 1679. On a beau faire, il faut prendre femme à Paris ; L'on y taille en plein drap, Regnard, le Bal, 8.

    Il a taillé en plein drap, il a été en pouvoir de faire tout ce qu'il a voulu.

  • 5 Fig. Tailler en pièces une armée, la défaire entièrement. Il commença à tailler en pièces ses ennemis, et à devenir célèbre par ses grandes actions, Sacy, Bible, Machab. I, IX, 66. Quelques régiments d'infanterie, particulièrement celui des gardes du prince d'Orange, se firent tailler en pièces, sans que pas un soldat quittât sa place et son rang, Pellisson, Lett. hist. t. III, p. 231. Deux régiments de ces paysans armés [milices suédoises] taillèrent en pièces le régiment des gardes du roi de Danemark, dont il ne resta que dix hommes, Voltaire, Charles XII, 5.

    Tailler des croupières à l'ennemi, le poursuivre vivement et de près, alors qu'il est en fuite. Les ennemis, pensant nous tailler des croupières, Firent trois pelotons de leurs gens à cheval, Molière, Amph. I, 1.

    Fig. Tailler des croupières à quelqu'un, lui susciter des embarras.

  • 6Tailler les mouches, tailler les ruches, enlever une partie des provisions que les abeilles y ont placées.
  • 7Tailler à mort, extraire totalement la résine des pins et des sapins.
  • 8 Terme de marine. Tailler un bâtiment, l'évider par devant, pour lui donner une marche supérieure.

    Absolument. Tailler de l'avant, avoir de la vitesse.

  • 9 Terme de chirurgie. Faire l'opération de la taille. Il fit mourir cet enfant par le moyen des médecins, sous prétexte de le faire tailler de la pierre qu'il n'avait pas, et se rendit maître d'une partie du royaume, Bossuet, Hist. I, 10. J'appris la mort de l'abbé de Machault, qui s'était fait tailler deux jours après la première douleur qu'il eût jamais ressentie de la pierre, Dangeau, I, 58, 4 oct. 1684. Je voyais que c'était un homme charitable qui me taillerait gratis dans l'occasion, Voltaire, Oreilles, 1.
  • 10 Terme de vétérinaire. Tailler un cheval, le châtrer.
  • 11 Terme de monnaie. Diviser un marc d'or ou d'argent en une certaine quantité de pièces égales de monnaie.
  • 12Mettre à la taille, imposer. Un bruit sourd continue que le Mazarin a la pierre dans la vessie ; ainsi la taille sera nécessaire à celui qui a si bien taillé le peuple, Patin, Lett. t. II, p. 136.
  • 13 V. n. Couper en taillant. L'épée gauloise n'avait pas de pointe, et par conséquent on ne pouvait s'en servir que pour tailler, Mongez, Instit. Mém. litt. et beaux-arts, t. v, p. 527.
  • 14Fig. Terme de jeu. Être banquier, tenir les cartes et jouer seul contre tous les autres joueurs, par exemple, au pharaon, au vingt-et-un, etc. ; ainsi dit de ce que le banquier fait la taille, c'est-à-dire distribue les cartes qu'il a dans la main jusqu'à ce qu'il les ait toutes retournées. On dit que cet abbé, que je ne connais point du tout… est un homme de fort peu de capacité, qui passa sa vie à tailler à la bassette, Bossuet, Lett. quiét. 250. On chassa de Paris plusieurs hommes et femmes qui taillaient au pharaon, Saint-Simon, 319, 17. C'est un si honnête homme, qui taille si honorablement, Dancourt, Dér. du pharaon, sc. 22. Paris a toujours été à peu près ce qu'il est, le centre du luxe et de la misère ; c'est un grand jeu de pharaon, où ceux qui taillent remboursent l'argent des pontes, Voltaire, Lett. Mme de Florian, 1er mars 1769.
  • 15Se tailler, v. réfl. Être taillé. Cette pierre se taille facilement. Les arbres se taillent au printemps, C'est ainsi que doit être l'âme chrétienne, ni oisive, ni empressée, mais tranquille aux pieds de Jésus… oh ! qu'elle s'est utilement taillée [par allusion à la taille de la vigne], qu'elle a fait une salutaire blessure à son trop d'activité ! Bossuet, Méd. sur l'Év. 2e partie, 4e jour.

    Se tailler en pièces, se dit d'une troupe qui tourne ses armes contre elle-même. À peine eut-elle [l'armée des Israélites] commencé ce divin chant que les ennemis, qui étaient en embuscade, se tournèrent l'un contre l'autre, et se taillèrent eux-mêmes en pièces, Bossuet, Polit. IX, IV, 1.

HISTORIQUE

XIe s. [Il] Tint Durandal, ki ben trenchet et taillet, Ch. de Rol. CIII.

XIIe s. Si bel lor a li cuens [le comte] la parole taillie, N'a baron en la court qui de rien l'en desdie, Sax. XXXII.

XIIIe s. Mere, de quoi me chastoiez ? Est-ce de coudre ou de taillier ? Ou de filer ou de broissier ? Romancero, p. 54. Et si taillierent entre els une pais telle que…, H. de Valenciennes, XXXII. Del lard il tailla un morsel, Lai del desiré. Et quant la messe fu dite, si fist li rois aporter pain et vin, et fist tailler des soupes et en mangea une, Chr. de Rains, 147. Et à son diner, le siervi li rois Henri d'Engleterre à genous, et tailla devant lui, ib. p. 10. Et le virent biel enfant et bien tailliet, et bien sembloit gentius hom, ib. 84. Et si dois ta robe bailler à tel qui sache bien tailler, Et face bien seans les pointes Et les manches joignans et cointes [jolies], la Rose, 2156. Comment Virginius plaida Devant Apius, qui jugea Que sa fille, à tout bien taillée, Fust tost à Claudius baillée, ib. 5612. Et por ce que noz avons veu aucuns gentix homes qui disoient qu'il ne devoient pas estre taillié avec les homes de poesté…, Beaumanoir, XLIX, 5. Il sunt tex viles où les bestes poent aler es vingnes du tans qu'eles sunt vendengies dusqu'à tant qu'on les taille au printans, Beaumanoir, LII, 3. Et maintes foiz vi que il leur tailloit leur pain et leur donnoit à boivre, Joinville, 293.

XIVe s. Le cuir est matiere de celui qui le taille, Oresme, Éth. 25. Bien taillé à courir, Oresme, ib. 27.

XVe s. Le roi Charles de Navarre n'estoit mie digne ne taillé de tenir heritage au royaume de France, Froissart, II, II, 19. Les choses se taillerent autrement si comme je vous dirai, Froissart, II, II, 225. Et se taillerent [cotisèrent], chacun selon son aisement, de gens d'armes à pié et à cheval, d'archers, d'arbalestiers…, Froissart, I, p. 214, dans LACURNE. Gobert, le souverain escripvain, qui composa l'art d'escripre et de taillier plumes, Guillebert de Metz, Descript. de Paris. p. 84. Espée à haut tailler [sorte de sabre], Du Cange, taillada. Et moult reputoient ses belles manieres sages et gracieuses et toutes telles que noble enfant taillé à venir à grand bien doit avoir, Bouciq. I, 3. Selon qu'il leur sembloit, ce vent n'estoit mie taillé de cesser d'un grand temps, ib. II, 18. La bonté du prince, lequel tailloit peu ses subjectz, Commines, I, 2.

XVIe s. L'art de peindre et tailler [sculpter] sont dons de Dieu, Calvin, Instit. 62. Il se fit chastrer (qu'on dit plus honnestement tailler), Despériers, Contes, CXIII. Ceux qui ont esté taillés et circoncis par commandement de la loy en leur enfance, Paré, XV, 32. Les veines des bras qu'il s'estoit faictes tailler à son medecin pour mourir, Montaigne, II, 91. L'homme taille les parts aux animaux ses confreres et leur distribue…, Montaigne, II, 156. Ces belles regles que nous avons taillées et prescrites à nature, Montaigne, II, 263. Je ne sceus jamais tailler plume, Montaigne, III, 44. Un gentilhomme feut taillé par l'ordonnance des medecins, auquel on ne trouva de pierre, Montaigne, III, 318. Les coulomnes furent taillées en la quarriere du marbre Pentelique, Amyot, Publ. 29. Il leur remonstra que les arbres taillez et couppés revenoient en peu de temps, Amyot, Péric. 62. Il fut taillé en pieces bien quinze mille hommes, Amyot, Fab. 6. Il s'en alla avec les despouilles de celle province, laquelle il avoit pillée et taillée à son aise l'espace de quatre ans durant, Amyot, Sylla, 51. …Le nombre effrené des financiers, qui font leur propre des tailles du peuple, s'accommodent du plus net et plus clair denier, et du reste taillent et cousent à leur volonté, Sat. Ménippée, Disc. de d'Aubray.

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Tailler : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

TAILLER, v. act. (Gram.) c’est couper, séparer, diviser, donner la forme & la grandeur convenables avec un instrument tranchant convenable. On taille la pierre, les arbres, la vigne, un habit, un homme attaqué de la pierre, une armée en pieces, &c. Voyez les articles suivans.

Tailler, (Charp.) c’est couper, retrancher. La taille du bois se fait en long avec des coins, de travers avec la scie, & en d’autres sens avec la coignée, la serpe & le ciseau. Dict. de Charpent. (D. J.)

Tailler la frisquette, (terme d’Imprimerie.) c’est découper le morceau de parchemin qui couvre la frisquette, pour que la forme ne porte que sur les endroits qui doivent être imprimés dans les feuilles qu’on tire. Savary. (D. J.)

Tailler en acier, en terme de Fourbisseur, c’est l’art d’orner une garde d’acier de toutes sortes de figures qu’il plait à l’ouvrier d’y graver ; cet art tient beaucoup de la sculpture & de la gravure : de l’une, en ce qu’il consiste à découvrir dans une piece d’acier les figures qu’on y a imaginées ; de l’autre, en ce que dans ses opérations il se sert des burins, comme elles. Pour l’exercer avec succès, non-seulement il faut posséder le dessein, & avoir du goût, mais encore une attention & une adresse particuliere pour finir des morceaux d’histoire entiers dans un si petit espace.

Tailler, l’art de, les pierres précieuses est très ancien ; mais cet art comme bien d’autres, étoit fort imparfait dans ses commencemens. Les François y ont réussi le mieux, & les Lapidaires de Paris, qui depuis 1290 se sont formés en corps, ont porté cet art à son plus haut point de perfection, sur-tout pour la taille des brillans.

Ils se servent de différentes machines pour tailler les pierres précieuses, suivant la qualité de celles qui doivent passer par leurs mains. Le diamant le plus dur se taille & se forme sur une roue d’un acier fort doux, tournée par une espece de moulin avec de la poussiere de diamant, trempée dans l’huile d’olive ; ce qui sert à polir le diamant aussi-bien qu’à le tailler. Voyez Diamant.

Les rubis, saphirs & topazes d’Orient, se forment & se taillent sur une roue de cuivre avec de l’huile d’olive & de la poussiere de diamant, & on les polit sur une autre roue de cuivre, avec du tripoli & de l’eau. Voyez Rubi.

Les émeraudes, hyacinthes, améthistes, les grenats, agates & autres pierres moins dures, se taillent sur une roue de plomb, avec de l’émeril & de l’eau, & on les polit sur une roue d’étain avec du tripoli. Voyez Emeraude, &c.

La turquoise de l’ancienne & de la nouvelle roche, le lapis lazuli, le girasol & l’opale se taillent & se polissent sur une roue de bois avec du tripoli. Voyez Turquoise, &c.

Tailler, v. act. terme de Monnoie ; c’est faire d’un marc d’or, d’argent ou de cuivre, la juste quantité des especes qui sont ordonnées dans les réglemens sur le fait des monnoies. Il y a dans chaque monnoie, des ouvriers & ouvrieres ; ces dernieres s’appellent plus ordinairement tailleresses, qui taillent & coupent les flaons ou flans, c’est-à-dire les morceaux d’or, d’argent ou de cuivre, destinés à être frappés & qui les liment & les ajustent au juste poids des especes. (D. J.)

Tailler carreau, terme d’ancien monnoyage ; c’étoit emporter des lames de métal, des morceaux quarrés, pour ensuite les arrondir & en former des flancs.

Tailler un habit, terme de Tailleur ; qui signifie couper dans l’étoffe les morceaux nécessaires pour en composer un habit, & leur donner la largeur & la longueur requise, pour pouvoir servir à l’usage de la personne qui le fait faire.

Pour tailler un habit, l’ouvrier étale sur sa table ou établi l’étoffe destinée pour le faire, & comme toutes les pieces ou morceaux d’un habit, ainsi que de la doublure, doivent être doubles, afin d’être employées, l’une du côté droit, & l’autre du côté gauche ; il met ordinairement l’étoffe en double pour tailler les deux morceaux à la fois. Alors il applique sur cette étoffe un patron ou modele de la piece qu’il veut couper ; & avec de gros ciseaux faits exprès pour les gens de cette profession, il coupe l’étoffe tout-au-tour du patron, en observant cependant de donner aux pieces qu’il coupe l’ampleur nécessaire pour en former de tous les morceaux cousus & joints ensemble, un tout de la longueur & de la largeur qu’on lui a prescrite.

Tailler le pain, le vin, (Commerce.) ou les autres denrées ou marchandises, qu’on vend ou qu’on prend à crédit ; c’est faire des entailles sur un double morceau de bois, dont l’un est pour le vendeur, & l’autre pour l’acheteur, afin de se souvenir des choses qu’on livre ou qu’on reçoit, ce qui sert comme d’une espece de journal ; on appelle ce morceau de bois taille. Voyez Taille. Dict. de Commerce.

Tailler, v. n. (Jeux de cartes.) c’est tenir les cartes & les paris mis sur ces cartes. Voyez l’article Taille.

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Étymologie de « tailler »

Étymologie de tailler - Littré

Wallon, tey ; namur. tèï ; provenç. talar, talhar, taillar ; catal. tallar ; espagn. tajar, talar, tallar ; portug. talhar ; ital. tagliare ; du latin talea, branche coupée, qui, dans la langue rustique, avait donné intertaleare ou intertaliare, tailler les arbres, et taliatura, taille des arbres.

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Étymologie de tailler - Wiktionnaire

(Xe siècle) En ancien français talier, du latin médiéval taliare (sens identique), probablement dérivé du latin classique talea (« bouture, scion ») sachant qu’on a taliatura (« taille des arbres »).
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Phonétique du mot « tailler »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
tailler taje play_arrow

Conjugaison du verbe « tailler »

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Citations contenant le mot « tailler »

  • Ce n'est pas le moment de tailler les arbres alors qu'ils donnent en plus de l'ombre... ladepeche.fr, Toulouse : la "coupe au carré" des arbres des allées Frédéric-Mistral dérange - ladepeche.fr
  • Selon l'espèce, il peut grimper à l'assaut d'une pergola... ou se laisser tailler en bordure.  Franceinfo, Jardin. Les chèvrefeuilles, des plantes sans souci
  • Comme de coutume la population était invitée à tailler les pommiers et les poiriers. Journal L'Union abonné, Séance de taille en vert au verger d’Essômes-sur-Marne
  • L'idée, à travers ces opérations DEFI (Développement de l'Emploi par des Formations Inclusives) est de lancer des formations impliquant les entreprises sur des secteurs en manque de main d'oeuvre : la logistique, le transport, les métiers du bois, et la vigne, (entre autres exemples).  Les vignerons ont de plus en plus de mal à trouver du monde pour tailler les vignes, à tel point que l'on voit de plus en plus de travailleurs détachés : " Malheureusement, le problème, il est là, explique Benoit Girard, l'un des dix viticulteurs à avoir accueilli un stagiaire. On voit de plus en plus de bulgares qui viennent travailler dans les vignes, du tout début de la taille jusqu'au début de l'été. Et ça, c'est parce qu'on a du mal trouver des gens pour le faire ici. Et cette formation, elle est intéressante parce que la taille de la vigne, c'est la base. Quand on sait tailler, on peut frapper à n'importe quelle porte pour trouver du boulot. Les stagiaires ressortent aussi avec le certiphyto. Ca aussi, c'est important parce qu'ils ont l'autorisation de manipuler des produits de traitement."  France Bleu, Sancerre : des chômeurs formés à tailler les vignes
  • Mais, en l'espèce, par une appréciation souveraine des éléments de preuve qui lui étaient soumis, la cour d'appel a considéré que l'employeur, tout en reprochant au salarié de porter sa barbe comme une provocation politique et religieuse, ne précisait ni la justification objective de cette appréciation, ni quelle façon de tailler la barbe aurait été admissible au regard des impératifs de sécurité avancés. En conséquence, il n'a pas démontré les risques de sécurité spécifiques liés au port de la barbe dans le cadre de l’exécution de la mission du salarié au Yémen de nature à constituer une justification à une atteinte proportionnée aux libertés du salarié. Aussi, la Cour de cassation approuve-t-elle l'appréciation des juges du fond qui ont décidé la nullité du licenciement pour motif en partie discriminatoire.  , L'employeur peut-il imposer à un salarié de tailler sa barbe provocante ? - Éditions Francis Lefebvre
  • Si l’homme n’a pas le pouvoir de modeler le monde à sa convenance, il a du moins celui de tailler des verres qui lui permettent de le faire apparaître à peu près comme il veut. De Georg Christoph Lichtenberg
  • Que la science que nous acquérons par la lecture ne soit pour nous que le ciseau du sculpteur ; qu'elle nous aide à tailler le bloc de pensées et de sentiments qui fait le fond de nous-mêmes. De Octave Pirmez / Heures de philosophie
  • Je crois qu’il est dans ma destinée de tailler mon chemin dans le roc ; car je ne pourrais suivre celui pratiqué par les autres. De Eugène Viollet-le-Duc / son journal du 2 janvier 1832
  • Donnez-moi une banane et je me charge d'y tailler un homme qui le vaudra cent fois. De Kurt Vonnegut Jr / Berceau du chat
  • Il en est de la pointe de l'esprit comme d'un crayon, il faut recommencer à le tailler sans cesse. De Charles-Augustin Sainte-Beuve
  • Le couteau a beau être tranchant, il ne peut tailler son manche. De Mahmud de Kachgar / Pensées
  • Il faut tailler son manteau selon son drap. De Proverbe français
  • On ne fait pas de processions pour tailler les vignes. De Proverbe français
  • C'est bien taillé, mon fils ; maintenant il faut recoudre. Catherine de Médicis,

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Traductions du mot « tailler »

Langue Traduction
Corse prune
Basque garbiketa
Japonais プルーン
Russe чернослив
Portugais ameixa seca
Arabe برقوق مجفف
Chinois 修剪
Allemand pflaume
Italien fesso
Espagnol ciruela pasa
Anglais prune
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Synonymes de « tailler »

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