Perdu : définition de perdu


Perdu : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

PERDU, -UE, part. passé et adj.

I.− Part. passé de perdre*.
II.− Adjectif
A.− [En parlant d'un être vivant]
1. Atteint dans sa vie, dans sa santé de manière irrémédiable. Synon. incurable.Un homme, un malade perdu; p. méton., une tête perdue. Certes, un homme froid et compassé comme monsieur Roblot a dû être bien excité pour arriver à une telle exaspération. Duval : Il avait la tête perdue (Balzac, Éc. mén.,1839, i, 12, p. 390).Et que ce soit ta femme qui te le dise, assez pour que tu accoures, tout droit, sans rien voir, fou perdu (Genevoix, Raboliot,1925, p. 348).
Empl. subst. Personne qui n'a plus sa raison, qui agit sans retenue. Crier comme un perdu. Je l'ai laissé se multipliant, ramassant les balles que madame de Ligny rate à chaque coup, courant comme un perdu, ruisselant et ravi (Gyp, Pas jalouse,1893, p. 161).Au bout de la traverse qu'il suivait, le vent cornait comme un perdu (Giono, Bonheur fou,1957, p. 168).
2. Atteint dans sa moralité, dans son honorabilité. Homme perdu. Allez, vous avez raison, Panisse, ne me prenez pas! Je suis une fille perdue, perdue... et je n'ai même plus le droit de me tuer (Pagnol, Fanny,1932, ii, 6, p. 132).
En partic. Femme perdue. Prostituée :
1. Ou, si votre lâche haine me poursuit encore là, si ce monde me refuse son estime et son respect, eh bien, je me laisserai aller au courant, je deviendrai une femme perdue et méprisable, telle que vous avez voulu me faire; je remplirai la ville de mon déshonneur et de mon infamie... Karr, Sous tilleuls,1832, p. 304.
Empl. subst. :
2. Marchenoir percevait distinctement les soupirs, les susurrements (...) les goulées de la Luxure. Encore, si cette perdue [Véronique] n'avait été qu'une de ces lamentables victimes (...) tombées (...) du ventre de la misère dans la gueule d'argent du libertinage! Bloy, Désesp.,1886, p. 102.
Littér. Perdu de.Perdu de dettes; perdu d'honneur, de réputation :
3. Il faut faire la plus sérieuse attention au choix des personnes que l'on enverra traiter avec lui. Si ce sont des gens sans mœurs, perdus de débauche et pleins de cupidité comme autrefois, nous aurons la même infidélité dans les rapports... Baudry des Loz., Voy. Louisiane,1802, p. 190.
3. Qui n'est plus en mesure de préciser sa situation, sa position; égaré. Enfant perdu. Voici une photographie (...). Qu'y trouvez-vous assez noire, assez petite, assez chien perdu, avec ces mains croisées et cet air battu? (Colette, Vagab.,1910, p. 271).
P. anal. Brebis perdue. Chrétien qui s'est éloigné des voies du salut :
4. Je suis devenu un homme simple, très simple, je ne calcule plus. Après un certain nombre d'expériences inutiles − qui de nous n'a cherché la brebis perdue, rapporté l'agneau sur ses épaules?... Je n'irai plus au-devant de rien. Bernanos, M. Ouine,1943, p. 1368.
ART MILIT. Sentinelle perdue. J'aidais les camarades, j'espionnais, je me battais, je me mettais en sentinelle perdue ou à l'arrière-garde; mais je n'ai jamais versé le sang d'un homme qu'à mon corps défendant! (Balzac, Curé vill.,1839, p. 181).
4. Absorbé. Il allait, perdu dans ses pensées, il allait devant lui, regardant les monuments de la place Louis XV (Balzac, Splend. et mis.,1844, p. 195).
B.− [En parlant d'une chose]
1. Qui n'existe plus ou risque de ne plus exister. Une acception perdue. Émus, attristés, navrés, nous t'aimons, nous te bénissons, car tu nous ramènes au charme aimable des illusions perdues, tu reposes à demi le voile consolateur sur nos yeux fatigués d'une imprudente lumière (Senancour, Rêveries,1799, p. 51).
2. Qui est devenu invisible ou qui n'est plus que partiellement visible :
5. Si elle [la femme comme il faut] a quelque splendeur dans le profil, il vous paraîtra qu'elle donne de l'ironie ou de la grâce à ce qu'elle dit au voisin, en se posant de manière à produire ce magique effet de profil perdu, tant affectionné par les grands peintres, qui attire la lumière sur la joue, dessine le nez par une ligne nette, illumine le rose des narines, coupe le front à vive arête, laisse au regard sa paillette de fer, mais dirigée dans l'espace, et pique d'un trait de lumière la blanche rondeur du menton. Balzac, Œuvres div.,t. 3, 1839, p. 196.
COUT. Reprise perdue. Reprise que l'on n'aperçoit pas, qui se confond avec le tissu. Tissu merveilleux (...) qui ne s'use jamais [le corps humain] (...) qui a la propriété (...) de se raccommoder tout seul (...) comme une étoffe qui se ferait à elle-même des coutures et des reprises perdues (Pommier, Athéisme,1857, p. 196).
GRAV. Taille perdue. Taille devenue insensible (d'apr. Jossier 1881).
Tête perdue (à). (Cheville, clou, pointe...) dont la pointe disparaît dans l'épaisseur du bois (d'apr. Jossier 1881).
PEINT. Contours perdus. Contours qui se confondent avec le fond (d'apr. Jossier 1881).
3. Dont on n'a plus la possession ou la jouissance. Bonheur perdu; amours perdues; à la recherche du temps perdu; à fonds* perdu. [La Grèce] s'avançait à travers les îles, pas à pas, regagnant avec prudence un peu du terrain perdu (Faure, Hist. art,1909, p. 79):
6. Des hauteurs où son destin l'a placé, il contemple encore avec mélancolie le paradis perdu de la vie bourgeoise, sa petite ville obscure, et le salon familial de reps vert où son néant s'est enflé. Bernanos, Soleil Satan,1926, p. 60.
Paradis perdu. V. paradis A 1.
4. Dont on n'est plus en mesure de préciser la localisation.
a) Égaré ou qui s'égare. Documents perdus; regards perdus :
7. Les travaux de Fermat sont tous de premier ordre. Son Introduction aux lieux plans, exactement contemporaine de la géométrie de Descartes, non seulement restaure par conjectures l'ouvrage perdu d'Apollonius sur les lieux plans, mais encore constitue un traité concis de géométrie analytique, plus complet à certains égards que celui de Descartes. Gds cour. pensée math.,1948, p. 92.
Empl. subst. Mais chez ces malheureuses [détenues] que leur sexe semblait quitter, le spectacle douloureux, c'était : le vague et le perdu des regards (E. de Goncourt, Elisa,1877, p. 255).
b) Isolé. Coin, pays perdu; maison perdue. Il ne se complaît plus à rêver d'elle comme d'un isolement ingénieux dans une île perdue, il est le nageur qui partage les eaux du monde de son sillon volontaire (Mounier, Traité caract.,1946, p. 73):
8. La France est sillonnée actuellement par à peu près 700 000 kilomètres de routes et de chemins d'importance bien diverse, depuis la grand'route nationale qui relie une ville comme Paris aux villes voisines, jusqu'au chemin vicinal qui relie deux villages perdus de Bretagne ou d'Auvergne. Chardon, Trav. publ.,1904, p. 109.
5. Qui échappe à tout contrôle. Balles, bûches perdues; à corps* perdu (se jeter). Il s'était lancé à cœur perdu dans une liaison avec la terrible comtesse (Bourget, Physiol. amour mod.,1890, p. 74):
9. Lorsqu'on emploie des blocs artificiels à la façon de gros enrochements en les immergeant sans ordre, à pierres perdues sur le talus du soubassement, on admet qu'une seule épaisseur de blocs n'offrirait pas une défense suffisante. Bourde, Trav. publ.,1929, p. 245.
6. Qui n'est plus utilisable; qui n'a pas été mis à profit. Chaleur, cire*, pain*, peine, place perdu(e); heure, occasion perdue; temps perdu. [Les premiers potiers] pratiquaient ce que l'on fait (...) dans le moulage à creux perdu (Al. Brongniart, Arts céram.,t. 1, 1844, p. 127):
10. ... nous avons fait notre temps de jeunesse, d'insouciance et de paradoxe. Tout cela est très-beau, on en ferait un joli roman; mais cette comédie des folies amoureuses, ce gaspillage des jours perdus avec la prodigalité des gens qui croient avoir l'éternité à dépenser, tout cela doit avoir un dénoûment. Murger, Scènes vie boh.,1851, p. 286.
COMM. Qui n'est ni repris ni remboursé. Emballage, verre perdu.
À ses heures perdues, à ses moments perdus, à temps perdu. Dans les moments de loisir. À ses heures perdues, elle soignait les bêtes blessées qu'elle pouvait recueillir (Peyré, Matterhorn,1939, p. 91).
Salle des pas perdus. V. pas2I A 2 a.
Loc. et proverbes Un bienfait* n'est jamais perdu.
Ce n'est pas perdu pour tout le monde (fam.). Ce qui a été perdu a été récupéré et utilisé par quelqu'un.
7. Qui se solde ou s'est soldé par un échec. Bataille, course perdue; procès perdu. Toute ma vie est derrière moi. Je la vois tout entière, je vois sa forme et les lents mouvements qui m'ont mené jusqu'ici. Il y a peu de choses à en dire : c'est une partie perdue, voilà tout (Sartre, Nausée,1938, p. 197).
Cause perdue. Cause dont l'échec est inévitable. Sachant qu'il n'est pas de causes victorieuses, j'ai du goût pour les causes perdues : elles demandent une âme entière, égale à sa défaite comme à ses victoires passagères (Camus, Sisyphe,1942, p. 118).
Prononc. : [pε ʀdy]. Étymol. et Hist. A. 1. a) Ca 980 « (d'une personne) qui est menacé dans sa vie physique ou morale » (Jonas, éd. G. de Poerck, verso 18, p. 44, ligne 82; v. aussi perdre); b) 1538 « gravement atteint dans sa situation, sa prospérité » (Est.); 1559 perdude « dans une situation désespérée du fait de » (Amyot, Timol., 4 ds Littré); c) 1538 « gravement atteint dans son honorabilité » (Est.); en partic. 1606 une femme perdue (Nicot); 2. a) ca 1260 « (d'un inanimé) mal employé ou employé sans profit; inutile » ce seroit painne perdue (Menestrel de Reims, éd. N. de Wailly, § 84, p. 45); 1645 bontés perdues (Corneille, Théodore, IV, 3); 1671 moments perdus « moments de loisirs d'une personne ordinairement fort occupée » (Mmede Sévigné, Lettres, 3 mars, éd. M. Monmerqué, t. II, p. 90); b) av. 1654 « voué de façon certaine à la ruine, à l'échec » il n'y a rien de perdu jusqu'ici « il est encore possible de rétablir la situation » (Balz., liv. III, lett., 4 ds Littré); 1673 tout est perdu (Racine, Mithridate, IV, 7); c) 1688 mettre son bien à fonds perdu « le mettre en viager » (Mmede Sévigné, Corresp., éd. R. Duchêne, III, p. 402); 1794 placer une somme d'argent à fonds perdu (Chamfort, Caract. et anecd., p. 129); d) 1823 « qui est à jamais gâté, détérioré » livres [...] égarés, gaspillés, gâtés et perdus (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, p. 514). B. 1. Ca 1260 « (d'un bien matériel ou moral) dont on est privé définitivement » (Menestrel de Reims, § 341, p. 177); 2. 4equart xives. « situé à l'écart, peu fréquenté » par chemins perdus (Froissart, Chron., éd. L. Murot, XII, 26); 3. 1559 « qui échappe à toute direction, à tout contrôle » [construction, ouvrage] à pierre perdue (Amyot, Cimon, 24 ds Littré); 1616 [éd.] tirer à coups perdus (Aub., Hist., II, 41, ibid.); 4. 1660 « (lutte, compétition) où on a le dessous » bataille perdue (Corneille, Toison d'Or, I, 1); 5. av. 1782 « qui a été égaré, qu'on ne peut retrouver » livre [...] perdu (D'Alembert, Eloges, Sacy ds Littré). C. 1. 1352 « qui s'est égaré de sa route » en partic. « damné » (Un prevost que Notre Dame delivra, Serventois, 48 ds Mir. N.-D., éd. G. Paris et U. Robert, t. II, p. 277); 1683 brebis perdue « chrétien qui s'est écarté du droit chemin » (Bossuet, Oraison funèbre de Marie Thérèse d'Autriche, éd. J. Truchet, p. 219); 2. a) 1676 peint. contours [...] perdus ou noyez (Félibien, p. 686); b) 1691 archit. pierres perdües (D'Aviler, Cours d'archit., Paris, N. Langlois, 2epart., p. 749); c) 1723 plus gén. « (d'une personne) qui se fond dans un ensemble au point de ne plus être perceptible » perdu dans la foule obscure (J. B. Rouss., Odes, IV, 7 ds Littré); 3. a) av. 1755 « absorbé dans ses pensées au point de n'être sensible à rien d'autre » perdues dans la douleur (Montesq., Lys., ibid.); b) 1744 « désemparé, désorienté, dont l'esprit est troublé, égaré » (Duclos, Acajou et Zirphile, p. 73). Part. passé adj. et subst. de perdre*. Fréq. abs. littér. : 16 357. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 92 754, b) 23 363; xxes. : a) 24 405, b) 22 952. Bbg. Quem. DDL t. 20, 21, 22.

Perdu : définition du Wiktionnaire

Adjectif

perdu \pɛʁ.dy\

  1. Dont on n’a plus la possession, la jouissance.
    • Va te renseigner aux bureaux des objets perdus.
    • Tout est perdu.
  2. Égaré, introuvable.
    • Je suis perdu dans la ville.
    • Un coin perdu du pays.
    • Perdu dans ses pensées.
    • Pays perdu, Pays écarté.
    • Je suis perdue, où aller
      sans amis et sans famille ?
      Je ne suis qu’une petite fille
      J’crois qu’aujourd’hui je vais pleurer.

      J’étais seule, j’avais peur
      perdue au milieu des bois
      Il est temps de sécher mes pleurs
      Serre-moi bien fort dans tes bras.
      — (Bérengère n’a peur de rien, 1996)
    • Elle tenait par la main Pépé, et Jean la suivait, tous les trois brisés du voyage, effarés et perdus au milieu du vaste Paris, (...).— (Émile Zola, Au Bonheur des Dames, 1883 - Éditions Gallimard, 1980, p. 29 ISBN 2070409309)
  3. (Familier) Qui est sans espoir de guérir, d’être sauvé.
    • Recule vite, cherche le dur, le sec, ou tu es perdu. Tu croiras t’échapper en avançant […]. Tu t’enfonce davantage […]. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • Ce malade est perdu.
  4. (d’une personne) Qui est ruiné en affaires, sans ressources.
    • Après son licenciement, c’est un homme perdu.
  5. Qui a été mal utilisé ou rendu inutilisable.
    • Balle perdue : balle qui atteint une personne, une chose qui n’était pas visée.
    • Moulage à cire perdue : moulage dans lequel la maquette en cire est détruite par l’opération.
    • Puits perdu : puits dont le fond est de sable et où les eaux se perdent.
    • Placer de l’argent à fonds perdus : placer son argent en viager.
    • Temps perdu.
    • Il y a la méditation perdue qui est rêverie, et la méditation féconde qui est incubation. Le vrai penseur couve. — (Victor Hugo, Actes et paroles — Avant l’exil, chapitre Le Droit et la Loi, 1875, p. 30)
  6. Débauché, prostituée.
    • Fille perdue.
  7. Où on eut ou aura le dessous, où on a été ou sera vaincu.
    • La bataille fut perdue.
    • C’est une cause perdue.
    • Ce malade est perdu, sa mort est certaine.
  8. Qu’on établit dans l’eau en y jetant de gros quartiers de pierre sans ciment.
    • Les fondations de cette digue, de ce môle ont été faites à pierres perdues.
  9. Jeté dans de petites rivières non navigables, en parlant du bois, pour le rassembler à leur embouchure dans de plus grandes rivières et en former des trains.
    • Faire flotter du bois à bois perdu, à bûche perdue.
  10. (Peinture) Qui ne tranche pas sur le fond.
    • Contours perdus.
  11. (Couture) Fait de manière invisible et à se confondre avec le tissu de l’étoffe.
    • Reprise perdue.
  12. (Militaire) Posté dans un lieu extrêmement avancé, chargé d’une mission dangereuse.
    • Sentinelle perdue.
    • Enfants perdus : se disait de ceux que l’on chargeait des expéditions, des missions les plus périlleuses.
    • Il combattit à la tête des enfants perdus.
    1. (Par extension) Se dit de ceux que l’on pousse à faire les premières et les plus périlleuses démarches dans une affaire de parti, ou qui s’y aventurent d’eux-mêmes.
      C’est l’enfant perdu du parti.
      Il s’est avancé dans cette affaire en enfant perdu.
  13. (Figuré) Qui montre dans sa conduite, dans ses discours une sorte d’égarement d’esprit.
    • C’est une tête perdue.

Nom commun

perdu \pɛʁ.dy\ masculin (pour une femme on dit : perdue)

  1. Fou furieux, dément.
    • Courir comme un perdu, crier comme un perdu, Courir, crier de toute sa force.

Forme de verbe

perdu \pɛʁ.dy\

  1. Participe passé masculin singulier du verbe perdre.
    • On peut observer dans la position no 2 ( « le monsieur d’âge moyen ayant perdu la tête » ) l’équivalent d’un mini-effondrement psychotique dont émerge (position no 3), « le petit garçon diabolique » pervers), avec une solution fondée sur les clivages et sur le reversal (renversement des rôles) : un Umberto « fort et méchant » (le « petit garçon » est en réalité masque infantile déresponsabilisant) domine et sadicise les femmes rendues impuissantes, mais aussi son self affectif et dépendant, clivé et projeté sur elles. — (Stefano Bolognini, Vrais et faux loups. L’alternance du refoulement et du clivage dans les tableaux cliniques complexes, in Revue française de psychanalyse 2003/4, volume 67, pages 1285 à 1304)
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Perdu : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PERDRE. (Je perds, tu perds, il perd; nous perdons, vous perdez, ils perdent. Je perdais. Je perdis. Je perdrai. Je perdrais. Perds. Que je perde. Que je perdisse. Perdant. Perdu.) v. tr.
Être privé de quelque chose qu'on avait, qu'on possédait. Perdre son bien. C'est un homme qui n'a rien à perdre. Ce prince perdit ses États, perdit la couronne. Lorsque les chrétiens perdirent Constantinople. Les ennemis perdirent leurs meilleures troupes dans cette bataille. Perdre sa bourse. Perdre son argent au jeu. Tout est perdu, Il n'y a plus de ressource, plus d'espérance. Vous ne perdrez rien pour attendre, Votre paiement, pour être retardé, n'en est pas moins assuré. Il se dit, par extension, pour exprimer que Le retard apporté à quelque chose n'est pas un préjudice et peut même être un avantage. On tarde à vous donner une place, mais vous ne perdrez rien pour avoir attendu. Il se dit aussi, ironiquement et par manière de menace, pour signifier Je vous châtierai, vous serez puni tôt ou tard. Allez, vous ne perdrez rien pour attendre. Fig., C'est du bien perdu se dit de Tout ce qui s'offre d'agréable ou d'utile à une personne qui ne sait pas ou qui ne peut pas en profiter. Lire de beaux vers devant des gens qui n'ont ni goût ni oreille, c'est du bien perdu.

PERDRE signifie aussi Être privé d'un avantage, d'un profit. Perdre la grâce de Dieu. Il perdit les bonnes grâces du prince. Perdre l'estime, la bienveillance, la faveur, la confiance de quelqu'un. Perdre sa réputation, son crédit, son honneur. Perdre de son crédit, de sa réputation. Perdre son emploi. Prov., Ce qui est différé n'est pas perdu, Il ne faut pas désespérer d'une chose qui peut n'être que remise.

PERDRE signifie encore Être privé, par la mort ou autrement, d'une personne qu'on aimait, qu'on a sujet de regretter. Ce père a perdu depuis peu un de ses enfants. Il a perdu son père et sa mère. Il a quitté Paris, et nous avons perdu ainsi un bon ami. Il signifie en outre Être privé de quelque partie de soi, subir la perte ou la diminution sensible de quelque faculté, de quelque avantage physique ou moral que l'on possédait. Perdre un bras, une jambe. Perdre la santé. Perdre la vue. Perdre connaissance. Perdre la raison, l'esprit, le jugement. Perdre la mémoire. Perdre le repos, le sommeil, l'appétit. Perdre sa gaieté. Perdre courage. Perdre l'usage de ses sens. Perdre la vie, Mourir. Perdre la parole, l'usage de la parole, Ne plus pouvoir parler. Le malade a perdu la parole depuis vingt-quatre heures. Il signifie aussi Devenir muet de surprise, de crainte, etc. Perdre haleine, l'haleine, perdre la respiration, En venir à respirer difficilement par suite d'un effort, d'une émotion, etc. Courir à perdre haleine. Fig., Perdre la tête, Devenir fou. Il signifie aussi Ne savoir plus où l'on en est. J'ai tant d'embarras, tant de chagrins, que j'en perds la tête. On dit, dans un sens analogue : Ma tête se perd, je m'égare. Avoir la tête perdue. Fig. et fam., Il en perd le boire et le manger se dit d'un Homme tellement appliqué à quelque travail qu'il semble négliger toute autre chose. On le dit en général d'une Personne fortement et uniquement occupée de quelque objet.

PERDRE signifie aussi Cesser d'avoir, n'avoir plus. Les arbres ont perdu leurs feuilles. Cette pierre a perdu de sa dureté. La cuisson fait perdre à ces fruits leur âpreté. Cette étoffe a perdu sa couleur, a perdu son lustre, a perdu de son lustre. Cette action perd son prix, perd beaucoup de son prix. Perdre l'aplomb, l'équilibre. J'ai perdu l'envie d'aller là. J'en ai perdu l'espérance. Perdre l'usage, l'habitude. Perdre le souvenir d'une chose. J'ai perdu la bonne opinion que j'avais de lui. Perdre l'estime, l'amitié qu'on avait pour quelqu'un. Il y a de quoi perdre contenance. Il signifie encore Cesser de suivre ou d'occuper, laisser échapper ou laisser prendre. Perdre son chemin. Il s'arrêta pendant que le cortège marchait, et il perdit son rang. Perdre la file. Les chiens ont perdu la piste, la trace, la voie, les voies de la bête. Perdre du terrain, Se laisser distancer. Il s'emploie aussi figurément et signifie Reculer dans une affaire, au lieu d'avancer. Perdre un objet de vue, Cesser de le voir. Ne perdez pas cet enfant de vue. Le vaisseau s'éloigna et nous le perdîmes de vue. Fig., Perdre de vue une affaire, Cesser de la suivre, de s'en occuper. Perdre quelqu'un de vue, Être longtemps sans en entendre parler. Perdre le fil d'un discours, Ne pouvoir plus suivre le discours qu'on avait commencé, ne pouvoir plus se ressouvenir de ce qu'on avait à dire. Je ne sais plus où j'en étais, vous m'avez fait perdre le fil de mon discours. On le dit aussi en parlant du Discours d'un autre. Cet orateur a un débit si précipité que l'on perd souvent le fil de son discours. Perdre pied, Ne plus trouver le fond de l'eau avec les pieds. Il s'emploie aussi figurément et signifie Ne savoir plus où l'on en est, se décontenancer. Perdre terre se dit d'un Bâtiment qui s'éloigne assez de la terre pour la perdre de vue. En termes de Marine, sur la Méditerranée : Perdre la tramontane; sur les autres mers : Perdre le nord, Ne plus voir l'étoile polaire, à cause des nuages qui couvrent le ciel; ne plus pouvoir s'aider de la boussole, à cause de l'agitation du vaisseau. Fig. et fam., Perdre la tramontane, perdre le nord, Être troublé, ne plus savoir où l'on en est, ne plus savoir ce qu'on fait ni ce qu'on dit. Fig. et fam., Perdre la carte, Se troubler, se brouiller, se confondre dans ses idées.

PERDRE signifie également Ne pas entendre, ne pas voir. Il a l'oreille dure et perd une partie de ce qui se dit dans la conversation. J'étais mal placé et j'ai perdu une part du jeu des acteurs. Je l'observais bien et je n'ai pas perdu un seul de ses mouvements. Il se dit encore pour Égarer. J'ai perdu mon chapeau, mes gants. Nous nous perdîmes dans le bois. Perdre quelqu'un, Le laisser s'égarer ou L'égarer, le détourner de sa route. Ce guide nous a perdus. Fig., Je m'y perds, on s'y perd, l'esprit s'y perd se dit en parlant d'une Chose si embrouillée qu'on en vient à n'y plus rien comprendre. Fig., Se perdre en conjectures, Faire mille conjectures entre lesquelles on ne sait que choisir.

PERDRE signifie aussi Faire un mauvais emploi, un emploi inutile de quelque chose, manquer à en profiter. Perdre le temps. Perdre son temps. Perdre sa peine, ses soins, ses pas. Perdre sa jeunesse. Perdre l'occasion. J'ai perdu ma journée. Il m'a fait perdre toute la matinée. C'est du temps perdu, c'est peine perdue se dit en parlant des Choses pour lesquelles on emploie inutilement du temps, de la peine, soit parce qu'elles ne le méritent pas, soit parce qu'elles ne doivent pas réussir. Heures perdues, moments perdus, Heures, moments de loisir d'une personne qui est ordinairement très occupée. On ne l'emploie guère que dans les locutions : À mes heures perdues, à ses moments perdus. J'irai vous voir à vos heures perdues. Il fait de la musique à ses moments perdus. Prov., Un bienfait n'est jamais perdu, Une bonne action trouve tôt ou tard sa récompense. Prov. et fig., À laver la tête d'un âne, d'un More, on perd sa lessive, On perd les peines qu'on prend pour instruire une personne stupide, indocile, obstinée, ou pour lui faire entendre raison. Fig., Perdre son latin, Employer, sans succès, son savoir et sa peine. Il a voulu le persuader, il y a perdu son latin.

PERDRE signifie encore Être vaincu en quelque chose par un autre, avoir du désavantage contre quelqu'un ou quelque chose. Perdre une gageure, un pari, un dédit. Perdre la partie. Qui quitte la partie la perd. Perdre partie, revanche et le tout. Il a perdu son procès. Perdre son avantage, sa supériorité. Il joue à tout perdre se dit de Celui qui expose, tout d'un coup, au hasard tout ce qu'il a, ou les plus grands intérêts dont il soit chargé.

PERDRE s'emploie quelquefois absolument et signifie Ne pas obtenir le gain, le profit, l'avantage qu'on désirait ou qu'on espérait. Vous n'avez pas perdu au change. Il faut savoir perdre pour gagner. J'ai perdu avec un beau jeu. Je ne perds ni ne gagne rien à ce changement. Jouer à qui perd gagne, Jouer à un jeu où l'on convient que celui qui perdra selon les lois ordinaires gagnera la partie. Il se dit, figurément et familièrement, Lorsqu'un désavantage apparent procure un avantage réel. Perdre sur une marchandise, La vendre moins cher qu'on ne l'a achetée.

PERDRE signifie aussi Diminuer de valeur, de qualité. Son papier perd tant pour cent. Ce genre de valeurs a beaucoup perdu ces temps derniers. Ce vin perd à être gardé longtemps. Cet homme, cet ouvrage a beaucoup perdu, On en fait beaucoup moins de cas qu'auparavant. Ne rien perdre, ne pas perdre à une chose, N'en pas être diminué de valeur, n'en pas éprouver de désavantage. Cet ouvrage n'a rien perdu à être traduit. Cet homme ne perd pas à être connu.

PERDRE signifie au figuré Ruiner, déshonorer, discréditer; causer du préjudice à la fortune de quelqu'un, à sa réputation, à sa santé, etc. C'est un homme qui vous perdra. Il a perdu tous ceux qui se sont opposés à ses desseins. Son inexactitude l'a perdu dans l'esprit de ses chefs. Cette parole imprudente le perdit. La fréquentation de cette maison l'a perdu. Ses débauches le perdront. Vous vous perdrez d'honneur, de réputation. Il se perd par ses folles dépenses. Être perdu de dettes. Être perdu de goutte, de rhumatismes. C'est un homme perdu se dit d'un Homme dont les affaires, la fortune sont ruinées.

PERDRE signifie aussi Gâter l'esprit, le jugement; Corrompre les mœurs, débaucher. Il a perdu par ses maximes une infinité de jeunes gens. Vous le perdez par vos flatteries. Il s'est perdu par ses fréquentations. Cette jeune fille risque de se perdre. Femme perdue, Femme de mauvaise vie.

PERDRE signifie encore Gâter, endommager quelque chose. La nielle a perdu les blés. La rivière a débordé et a perdu toutes les récoltes. Un moment, une indiscrétion peut tout perdre, Il suffit d'un moment, d'une indiscrétion pour compromettre le sort de l'entreprise, pour la faire manquer.

SE PERDRE signifie Faire naufrage. Ce bâtiment s'est perdu sur une côte, contre un rocher. Ces bateaux se sont perdus corps et biens. Il signifie aussi Disparaître. Il se perdit dans la foule, et je ne pus le retrouver. Un ballon qui se perd dans les nues. Fig. et fam., Se perdre dans les nues, dans les nuages, S'élever trop haut, exprimer des idées vagues, chimériques. Fig., Se perdre dans des digressions, Se livrer à des digressions qui font oublier le sujet principal. Le parfum de cette liqueur, de cette essence s'est perdu, Il s'est dissipé, il s'est évaporé. Ces couleurs, ces nuances se perdent l'une dans l'autre, Elles passent insensiblement de l'une à l'autre, elles se fondent l'une dans l'autre. Cette rivière se perd dans la terre, sous terre à tel endroit, Elle s'enfonce en terre, elle disparaît à tel endroit. Cette rivière se perd, va se perdre dans telle autre, dans un lac, Elle se jette, elle tombe dans telle autre, dans un lac. On dit à peu près de même Ce fleuve, cette rivière se perd dans les sables. Le chemin se perd en tel endroit, Il cesse d'être frayé en tel endroit. Cet usage se perd de jour en jour, De jour en jour on cesse de le suivre, on y renonce. On dit dans le même sens Ce mot s'est perdu, cette acception du mot s'est perdue.

SE PERDRE signifie, dans le langage religieux, Se damner. Beaucoup de pécheurs se perdent par orgueil.

ÊTRE PERDU se dit de Quelqu'un qu'on n'a plus d'espoir de guérir. Ce malade est perdu. Le participe passé s'emploie adjectivement dans un certain nombre d'expressions : Pays perdu, Pays écarté. Balle perdue, Balle qui atteint une personne, une chose qui n'était pas visée. Puits perdu, Puits dont le fond est de sable et où les eaux se perdent. Fig., en termes de Maçonnerie, Ouvrages à pierres perdues, à pierre perdue, Construction qu'on établit dans l'eau en y jetant de gros quartiers de pierre. Les fondations de cette digue, de ce môle ont été faites à pierres perdues. Moulage à cire perdue, Moulage dans lequel la maquette en cire est détruite par l'opération. Faire flotter du bois à bois perdu, à bûche perdue, Le jeter dans de petites rivières non navigables pour le rassembler à leur embouchure dans de plus grandes rivières et en former des trains. Fig., À corps perdu, Avec impétuosité, sans songer à se ménager. Se jeter à corps perdu sur quelqu'un. Se jeter à corps perdu dans la mêlée. Il se jette à corps perdu dans les entreprises les plus hasardeuses. Placer de l'argent à fonds perdus, Placer son argent en viager. Pain perdu. Voyez PAIN. Fig., Salle des pas perdus, Grande salle de libre accès, qui sert de vestibule à un édifice public et de promenoir d'attente. Reprise perdue, Reprise faite de manière qu'on ne l'aperçoive pas et qu'elle se confonde avec le tissu de l'étoffe. En termes de Peinture, Contours perdus, Contours qui ne tranchent pas sur le fond. En termes de Guerre, Sentinelle perdue, Sentinelle postée dans un lieu extrêmement avancé. Enfants perdus se disait de Ceux que l'on chargeait des expéditions, des missions les plus périlleuses. Commander les enfants perdus. Il combattit à la tête des enfants perdus. Il se dit, par extension, de Ceux que l'on pousse à faire les premières et les plus périlleuses démarches dans une affaire de parti, ou qui s'y aventurent d'eux-mêmes. C'est l'enfant perdu du parti. Il s'est avancé dans cette affaire en enfant perdu. Fig., C'est une tête perdue se dit d'une Personne qui montre dans sa conduite, dans ses discours une sorte d'égarement d'esprit. Prov. et fam., Pour un de perdu, deux de retrouvés se dit en parlant des Choses dont on veut faire entendre que la perte est facile à réparer. Substantivement, Courir comme un perdu, crier comme un perdu, Courir, crier de toute sa force.

Perdu : définition du Littré (1872-1877)

PERDU (pèr-du, due) part. passé de perdre
  • 1Dont on a été privé. Ma foi ! sans moi, l'argent était perdu pour lui, Molière, l'Ét. I, 8. Vous n'avez qu'à faire afficher, madame : Amant perdu, trente pistoles à gagner, Dancourt, la Gazette, sc. 20. Il n'y faut plus penser, l'espérance est perdue, Voltaire, Orphel. v, 5.

    Espèce perdue, espèce qui a cessé d'exister. Le mastodonte est une espèce perdue.

    On dit dans le même sens : un peuple perdu. Vous n'êtes pas content de m'avoir appris des vérités longtemps cachées, vous voulez encore que je croie à votre ancien peuple perdu, Voltaire, Lett. Bailly, 9 fév. 1776.

    Fonds perdu, voy. FONDS, n° 6.

  • 2Qu'on ne peut plus retrouver. Quand on voit dans l'Évangile la brebis perdue préférée par le bon pasteur à tout le reste du troupeau, Bossuet, Mar.-Thér. Qui ne sait que Madeleine la pénitente a été sa fidèle et sa bien-aimée [de Jésus]… qu'il laisse tout le troupeau dans le désert pour courir après sa brebis perdue, Bossuet, Sermons, Rechutes, 1. Cicéron avait fait un ouvrage sur ce sujet [la gloire] ; quoique son livre soit perdu, il existait encore du temps de Pétrarque, qui en possédait un exemplaire…, D'Alembert, Éloges, Saci.
  • 3 Terme de guerre. Sentinelle perdue, sentinelle postée dans un lieu très avancé.

    Enfants perdus, voy. ENFANT, n° 9.

  • 4Perdu se dit de ce qui n'est pas dirigé avec précision, de ce qui est fait avec un certain hasard.

    Coup perdu, coup tiré au hasard. Le gouverneur, dès les premiers jours du siége, avait été blessé à la gorge d'un coup perdu, Pellisson, Lett. hist. t. III, p. 183, dans POUGENS. Tirer à coups perdus, tirer au hasard, ou tirer hors de portée.

    Faire flotter du bois à bois perdu, à bûche perdue, le jeter dans de petites rivières non navigables pour le rassembler à leurs embouchures.

    Ouvrage à pierres perdues, à pierre perdue, construction qu'on établit dans l'eau en y jetant de gros quartiers de pierre. Rade que M. de la Bretonnière proposait de fermer par une digue en pierres perdues, Girard, Instit. Mém. scienc. t. VII, p. 405.

    À corps perdu, avec impétuosité, sans se ménager. Il [l'amour] nous sollicitera de nous jeter à corps perdu sur cet aimable mort [Jésus], et de nous envelopper avec lui dans son drap mortuaire, Bossuet, 1er sermon, Pâques, 1.

    Fig. Et de là [il] s'est jeté à corps perdu dans le raisonnement du ministère, Molière, Comtesse, 1.

  • 5Perdu se dit encore de ce qui est destiné à disparaître, à ne pas être vu.

    Ballon perdu, aérostat qui n'est pas retenu par une corde.

    Puits perdu, puits dont le fonds est de sable et où l'eau se perd.

    Reprise perdue, reprise faite de manière à se confondre avec le tissu de l'étoffe.

    Pain perdu, voy. PAIN.

    Moulage à cire perdue, moulage dans lequel la maquette en cire est détruite par l'opération même du moulage.

    Terme de maçonnerie. Pierre perdue, celle qui est jetée à bain de mortier dans la maçonnerie de blocage.

    Terme de marine. Cheville à tête perdue, celle qui est assez enfoncée pour que sa tête soit en dedans d'un bordage.

    Terme de peinture. Contours perdus, ceux qui ne tranchent pas sur le fond.

    Terme de gravure. Taille perdue, taille affaiblie, devenue moins sensible.

  • 6Qui est écarté, placé loin des voies de communication, désert. Charles avançait dans ces pays perdus [l'Ukraine], incertain de sa route, Voltaire, Charles XII, IV. Que diantre va-t-on faire dans un pays perdu comme ça ? Genlis, Théât. d'éduc. la Lingère, I, 2. Nous établir dans un quartier perdu, entre les Invalides et la rue de Babylone, Picard, Deux Philibert, I, 3. Ils… rentraient dans Paris, sans risquer un écu Pour voir les naturels de ce pays perdu [l'Odéon], Delavigne, Disc. d'ouverture du second théâtre français. Comme elle court [Lazzara] !… Par les chemins perdus, par les chemins frayés, Hugo, Orient. 21.

    Fig. Il me semble que je suis dans un pays perdu de ne plus traiter tous ces chapitres, Sévigné, 547. Il faisait quelquefois prendre à son esprit un essor si haut, qu'en le voulant suivre je me trouvais insensiblement en pays perdu, Boursault, Lett. nouv. t. III, p. 36.

  • 7Dont on fait un mauvais emploi. Après trente-trois ans sur le trône perdus, Commençant à régner, il a cessé de vivre [Louis XIII], Corneille, Sonnet sur Louis XII. Les plus beaux jours de la vie Sont perdus sans les amours, Quinault, Cadmus, Prol.

    C'est temps perdu, c'est peine perdue, se dit des choses pour lesquelles on emploie inutilement du temps ou de la peine.

    Salle des pas perdus, voy. PAS 1, n° 20.

  • 8Qui demeure sans emploi, inutile. Et j'ai pitié de voir tant de bonté perdue, Corneille, Théod. IV, 3. Il n'y avait rien de perdu dans sa conversation, Hamilton, Gramm. 9. Tant d'esprit et d'agréments [de la comtesse de Königsmark] étaient perdus auprès d'un homme tel que le roi de Suède, Voltaire, Charles XII, 2.

    Perdu pour, dont on ne tire pas profit. On savait partout qu'il [Philippe de Macédoine] avait soumis les villes de la Chalcidique, plutôt à force de présents que par la valeur de ses troupes, et cet exemple est perdu pour les Olynthiens, Barthélemy, Anach. ch. 61.

    Perdu pour, se dit aussi des personnes. La voilà devenue une des plus grandes dames du royaume ; mais aussi la voilà perdue pour moi, Marivaux, Marianne, 9e part. Olympie aujourd'hui, Seigneur, sera perdue et pour vous et pour lui, Voltaire, Olymp. v, 1.

    Moments perdus, heures perdues, moments, heures de loisir d'une personne ordinairement fort occupée. Que fait votre paresse pendant tout ce tracas… Elle vous attend dans quelque moment perdu pour vous faire au moins souvenir d'elle, Sévigné, 3 mars 1671. Je prie très humblement Votre Majesté de vouloir bien à ses heures perdues, ou plutôt dans ses instants de délassement (car elle n'a point d'heures à perdre)…, D'Alembert, Lett. au roi de Prusse, 12 déc. 1766.

    C'est du bien perdu, se dit de tout ce qui survient d'agréable ou d'utile pour une personne qui ne sait pas ou qui ne peut pas en profiter.

  • 9Où on a eu le désavantage. Je sais que sa brigade, à peine descendue, Rétablit à nos yeux la bataille perdue, Corneille, Toison d'or, I, 1.
  • 10Qui est atteint sans ressource dans sa vie, dans sa fortune. Un tas d'hommes perdus de dettes et de crimes, Corneille, Cinna, v, 1. Un homme extrêmement perdu de conscience, Pascal, Prov. X. Quand il sut [Lauzun] qu'on le menait à Pignerol, il soupira, et dit : Je suis perdu, Sévigné, 106. Il n'y a guère eu de prince si perdu de débauche, Rollin, Histoire ancienne, Œuvr. t. IX, p. 343, dans POUGENS. Ce serait un homme perdu dans l'estime publique, Marivaux, Marianne, 6e part. Dumarsais [pour avoir défendu le livre des Oracles] était perdu sans le président de Maisons, et Fontenelle [pour l'avoir écrit] sans M. d'Argenson, Voltaire, Mélanges littéraires, honnêtetés littér. Préambule. Des hommes perdus d'envie, de noirceur et de débauche, Marmontel, Œuvr. t. VI, p. 151.

    Perdu auprès de, perdu dans l'esprit de, qui a perdu la bonne opinion qu'on lui accordait. Le bruit que j'étais amoureux lui donna de si grandes inquiétudes et de si grands chagrins, que je me crus cent fois perdu auprès d'elle, La Fayette, Princ. Clèv. Œuvr. t. II, p. 135, dans POUGENS. Milord Peterboroug fut perdu dans l'esprit de la reine Anne et dans celui de l'archiduc, pour leur avoir donné Barcelone, Voltaire, Jenni, 4.

    Être perdu d'honneur, de réputation, avoir perdu l'honneur, la réputation.

    Perdu de goutte, de rhumatisme, dont la constitution est ruinée par la goutte, par le rhumatisme. Quoique depuis longtemps elle [la 1re femme de Philippe V] fût perdue d'écrouelles, Duclos, Œuvr. t. VI, p. 109.

    Un homme perdu, un homme dont la vie ne laisse plus d'espérance. Il a une attaque d'apoplexie ; c'est un homme perdu.

    Un homme perdu, un homme sans ressources. Il [Voltaire] nous a dit plusieurs fois que son père l'avait cru perdu, parce qu'il voyait bonne compagnie et qu'il faisait des vers, Voltaire, Mél. litt. Comm. œuv. aut. Henr. Que fait votre fils ? ce qu'il fait ? il est perdu ; il dessine, il fait des vers, Diderot, Salon de 1767, Œuv. t. XIV, p. 12, dans POUGENS.

    Par exagération. Être perdu, encourir blâme, reproche. Silvestre : Voilà votre père qui vient. - Octave : ô ciel, je suis perdu ! Molière, Fourb. I, 4. Le coadjuteur est perdu d'avoir encore ce crime [avoir fait passer Mme de Grignan sous le pont d'Avignon] avec tant d'autres, Sévigné, 27 mars 1671. Un mari qui oserait y consentir [à ce que sa femme nourrît] serait un homme perdu, Rousseau, Ém. I.

    Un homme perdu, un homme sans moralité. Oui, mon cher fils, parlez, traitez-moi de perfide, D'infâme, de perdu, de voleur, d'homicide, Molière, Tart. III, 6. C** n'aime que ses plaisirs, et n'est estimé que d'une jeunesse perdue, Maintenon, Lett. à Ninon de l'Enclos, 8 mars 1666.

    Une femme perdue, une femme sans mœurs. De quelque manière qu'il pallie ses maximes, celles que j'ai à vous dire ne vont en effet qu'à favoriser les juges corrompus, les usuriers, les banqueroutiers, les larrons, les femmes perdues…, Pascal, Prov. VIII. Il ne lui fallait que des filles perdues, et je ne crois pas qu'il fût fait pour avoir de bonnes fortunes, Rousseau, Confess. III.

    C'est une tête perdue, c'est une personne égarée par la folie ou la passion.

  • 11Il se dit des choses auxquelles il n'y a plus de remède. Pourvu que les ruines de votre tête se puissent réparer, il n'y a rien de perdu jusqu'ici, Guez de Balzac, liv. III, lett. 4. Quoi ! ce n'est que cela ? je croyais tout perdu de crier de la sorte, Molière, Sgan. 3. Il comptait tout : c'était seize gouttes de vin dans treize cuillerées d'eau ; s'il y en eût eu quatorze, tout eût été perdu, Sévigné, 312. Seigneur, tout est perdu ; les rebelles, Pharnace, Les Romains sont en foule autour de cette place, Racine, Mithrid. IV, 7.
  • 12Qui a disparu, qui ne peut plus être aperçus retrouvé. Ou perdu dans la foule obscure, Rousseau J.-B. Odes, IV, 7. Tandis que moi, morbleu ! perdu dans la foule obscure, il m'a fallu déployer…, Beaumarchais, Mar. Fig. v, 3. Il [le navire] était déjà disparu, qu'il croyait le voir encore : et, quand il fut perdu dans la vapeur de l'horizon, il s'assit dans ce lieu sauvage, Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie.
  • 13Absorbé, plongé. Eudice, Statire étaient perdues dans la douleur, Montesquieu, Lys. Perdu dans cet abîme de pensées désolantes, il [Napoléon] tombe dans une si grande contention d'esprit qu'aucun de ceux qui l'approchent n'en peut tirer une parole, Ségur, Hist. de Napol. IX, 3.
  • 14 Substantivement. Comme un perdu, comme un homme dont la tête est perdue. Objet qui les fit rire tous, Comme des perdus ou des fous, Scarron, Virg. V. Pour la Mousse il court comme un perdu, Sévigné, 104. Éraste est amoureux de toi. - Comme un perdu, Dancourt, Colin-maillard, SC. 17. À peine était-il jour que mon maître est venu M'arracher de mon lit, criant comme un perdu, Boissy, Impatient, I, 2.

PROVERBES

Ce qui est différé n'est pas perdu.

Un bienfait n'est jamais perdu, un bienfait a tôt ou tard sa récompense.

Si vous n'avez point d'autre sifflet, votre chien est perdu, c'est-à-dire si vous n'avez point d'autre ressource, la chose est désespérée.

Pour un perdu deux retrouvés, ou deux recouvrés, se dit quand on veut faire entendre que la perte qu on a faite est facile à réparer.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

PERDU. Ajoutez :
15Regard perdu, regard qui, ne voyant pas, ne se fixe sur rien. C'est l'habitude ordinaire du corps qui dénonce leur cécité : le regard, sans expression, toujours perdu, comme disent les peintres, est d'une indicible tristesse ; leur œil est insensible à la douleur comme à la lumière [il s'agit des amaurotiques], Maxime du Camp, Rev. des Deux-Mondes, 15 avril 1873, p. 810.
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Perdu : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

PERDU, voyez l’article Perdre. On dit en Peinture que les contours des objets représentés dans un tableau sont perdus, lorsqu’ils ne se détachent pas de leur fond.

Perdu, Bois, (Comm. de bois.) faire flotter du bois à bois perdu, veut dire le jetter dans de petites civieres qui ne peuvent porter ni train, ni bateau, pour le rassembler à leurs embouchures dans de plus grandes, & en former des trains, ou en charger des bateaux.

Lorsqu’il y a plusieurs marchands qui jettent leurs bois à bois perdu dans le même tems & dans le même ruisseau, ils ont coutume de marquer chacun le leur à la tête de chaque buche, avec un marteau de fer gravé des premieres lettres de leur nom, ou de quelqu’autre figure à leur volonté, afin de les démêler quand on les tire à bord. Ils ont aussi à communs frais, des personnes qui parcourent les rives de ces petites rivieres des deux côtés, & qui avec de longues perches armées d’un croc de fer, remettent à flot les bois qui donnent à la rive & qui s’y arrêtent. (D. J.)

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Étymologie de « perdu »

Étymologie de perdu - Wiktionnaire

(Date à préciser) Participe passé de perdre.
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Phonétique du mot « perdu »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
perdu pɛrdy play_arrow

Citations contenant le mot « perdu »

  • Les deux cousins ont perdu la vie lors d’un accident de la route à Drocourt le 22 juillet Le Phare Dunkerquois, Incendie d’un bateau à Dunkerque : Brandon, 17 ans, a perdu sa maison
  • Le conducteur du poids-lourd impliqué dans l'accident qui a coûté la vie à quatre enfants mardi après-midi est en garde à vue. Selon franceinfo, il a expliqué avoir perdu le contrôle de son camion en ramassant quelque chose au sol, dans sa cabine. France Bleu, Accident de Laon : le conducteur du poids-lourd a perdu le contrôle en ramassant quelque chose dans sa cabine
  • Seul ce que j’ai perdu m’appartient à jamais. De Rachel
  • Il faut être perdu, il faut avoir perdu le monde, pour se trouver soi-même. De Henry David Thoreau
  • Le temps n’est jamais perdu quand on est perdu tout le temps. De Catherine Zandonella
  • L'argent perdu peut être remplacé, mais le temps perdu ne reviendra jamais. De Anonyme
  • La terre est le probable paradis perdu. De Federico Garcia Lorca / Mer
  • Le sommeil est un amour perdu. De Roberto Juarroz / Poesia vertical
  • Un bienfait n'est jamais perdu. De Jean II Le Bon
  • Crédit perdu est comme miroir en miettes. De Proverbe anglais
  • Compte qui peut le temps perdu. De Louis Aragon
  • Un de gagné, un de perdu. De Koan zen
  • Tout souvenir perdu est un appauvrissement. De Anonyme
  • On a plus perdu, quand on a perdu sa passion que quand on s'est perdu dans sa passion. De Sören Kierkegaard
  • Si on a perdu de l’argent, on n’a rien perdu ; si on a perdu les amis, on a perdu la moitié de ce que l’on a et si on a perdu l’espoir, on a tout perdu. De Proverbe albanais
  • Un méfait est rarement perdu. De Gilbert Cesbron
  • Bien perdu, bien connu. De Proverbe français

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