Investir : définition de investir


Investir : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

INVESTIR1, verbe trans.

A. − Qqn investit qqn
1. HIST. Mettre en possession d'un fief, d'une juridiction par une cérémonie solennelle consistant en la remise d'un symbole (de juridiction, du pouvoir, de la dignité concédée). Autrefois les rois investissaient les évêques en leur donnant la crosse et l'anneau (Ac.1935).
Investir qqn de + subst.
[Le subst. désigne un symbole] . Il est constitué le maître de toute la terre d'Égypte. Pharaon l'investit de l'anneau, d'une robe de lin et d'un collier d'or (Claudel, Poète regarde Croix,1938, p. 77).
[Le subst. désigne une juridiction, un pouvoir] L'empereur l'avait investi de cet électorat, de ce duché (Ac.1935).Il remit son bâton de frère au saint homme Budoc, l'investissant ainsi du gouvernement de l'abbaye (France, Île ping.,1908, p. 22).Don Rodrigue va être solennellement investi de son commandement d'Angleterre (Claudel, Soulier,1929, p. 909).
2. P. ext. Mettre en possession d'un droit, d'un pouvoir, d'une dignité; installer officiellement dans des fonctions. Investir un magistrat, un évêque. Attribuer à une seule assemblée tous les droits sans exception, lui donner qualité pour investir et fournir les ministres (De Gaulle, Mém. guerre,1959, p. 156).
Investir qqn de qqc.Investir qqn d'une autorité, d'une puissance, de la juridiction suprême. Le Roi investit du commandement de Paris le duc de Raguse (Chateaubr., Mém., t. 3, 1848, p. 591).J'ai investi le général Catroux, Délégué général et plénipotentiaire au Levant, des pouvoirs exercés par le Haut-commissaire français dans les États du Levant (De Gaulle, Mém. guerre,1954, p. 572):
Et cette sorte de fonction dont elle était investie pour une fois dans l'année − telles certaines magistratures du monde antique − de personne qui donnera le lendemain la plus considérable garden-party de la saison lui conférait une autorité momentanée. Proust, Sodome,1922, p. 671.
Emploi pronom. réfl. Chercher un prétexte pour (...) se déclarer attaqué, s'investir de la dictature (Gobineau, Corresp. [avec Tocqueville], 1850, p. 141).L'Assemblée [les États-Généraux] s'enhardissait, s'investissait du pouvoir et faisait acte de souveraineté (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 8, 1864, p. 362).
Être investi d'un droit, du droit de. Être habilité à user d'un droit, du droit de. Synon. jouir.Ceux qui sont investis momentanément du droit d'envoyer le coupable à la mort ont une sympathie naturelle avec les habitudes de sa vie (Staël, Consid. Révol. fr., t. 2, 1817, p. 318).Ce corps de noblesse privilégiée (...), investie d'une foule de droits lucratifs et honorifiques (Lamennais, Religion,1825, p. 24).Autour de Rome, se trouvait d'abord une ceinture de villes municipales, investies du droit de suffrage et égales en droits à Rome elle-même (Michelet, Hist. romaine, t. 2, 1831, p. 119).
3. Investir qqn de sa confiance. Lui accorder une confiance totale. Être investi de la confiance publique. Et il s'obstina, (...) invoquant (...) la crise économique, la fuite de l'argent, la confiance dont ses clients l'avaient investi, des raisons de banquier (Druon, Gdes fam., t. 2, 1948, p. 44).À force de se voir investi de tant de confiance, on finirait par s'en sortir accablé, offensé (Arnoux, Solde,1958, p. 132).
DR. CONSTIT. (sous la IVeRépublique). Confier par un vote à un homme politique la mission de constituer un nouveau gouvernement. Synon. conférer l'investiture à.L'Assemblée nationale investit qqn, le Président du Conseil (de sa confiance). À les croire [les dirigeants socialistes], investir un président du Conseil n'engagerait à rien (L'Humanité,19 janv. 1952, p. 1, col. 4).« Investi » par 401 voix contre 101 M. Edgar Faure interroge les socialistes avant de constituer son ministère (Le Monde,19 janv. 1952, p. 1, col. 1-2-3).En conformité de l'article 45, paragraphe 3, de la Constitution, l'Assemblée nationale investit M. X de sa confiance (Lidderdale, Parlement fr.,1954, p. 246).
B. − Au fig. Qqn/qqc. investit qqn/qqc. de qqc.Doter (d'un pouvoir ou d'une qualité). L'abandon auquel j'étais condamné, l'habitude de refouler mes sentiments et de vivre dans mon cœur ne m'ont-ils pas investi du pouvoir de comparer, de méditer? (Balzac, Peau chagr.,1831, p. 94).L'intelligence humaine a pu (...) faire légitimer par la science et investir ainsi d'une autorité incontestée son habitude de tout voir dans l'espace, de tout expliquer par la matière (Bergson, Deux sources,1932, p. 334).L'acte catégorial par lequel la pensée investit le sujet du sens qui s'exprime dans le prédicat (Merleau-Ponty, Phénoménol. perception,1945, p. 150).
Prononc. et Orth. : [ε ̃vεsti:ʀ], (il) investit [ε ̃vεsti]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1241 envestir (de) « mettre en possession (d'un fief, etc.) » (Charte de la Haute-Marne, 8, 6 ds Doc. ling. France, série fr., t. 1, p. 10); 1580 investir « mettre en possession (d'un bien) » (Vente par P. Jeannin à E. Dodun, 13 avril, Étude de MeCanet, notaire à Autun, minutes de Chastel, vol. V, fo415 ds Gdf. Compl.); av. 1615 « charger solennellement d'un pouvoir, d'une dignité » (E. Pasquier, Les Recherches de la France, p. 747 ds IGLF). Empr. au lat.investīre « revêtir, garnir », qui prit en lat. médiév. jur. le sens de « mettre en possession d'un fief, d'une charge, etc. » (dep. fin viiies. ds Nierm.), un élément du costume étant le symbole de la dignité, du pouvoir conférés.

INVESTIR2, verbe trans.

A. − Qqn investit qqc.Entourer de troupes, de façon à couper toute communication avec l'extérieur. Synon. assiéger, cerner, encercler.
1. [L'obj. désigne un objectif milit.] Investir une citadelle, une place forte. Sighebert envoya d'abord une partie de ses troupes investir la place de Tournai et en commencer le siège (Thierry, Récits mérov., t. 2, 1840, p. 51).Les corps d'armée de Larminat et de Monsabert achèvent d'investir Toulon (De Gaulle, Mém. guerre,1959, p. 287):
Cette armée nouvelle avait pour mission de couvrir le flanc droit de la 3earmée contre les forces pouvant déboucher du camp retranché de Metz, en investissant progressivement cette place par l'ouest. Joffre, Mém., t. 1, 1931, p. 276.
2. P. anal. [L'obj. désigne un lieu d'habitation ou de travail] Envahir par la force. Les gardes du commerce investirent mon domicile. Je fus épié, surveillé, saisi à l'improviste, et conduit à la prison de Clichy (Reybaud, J. Paturot,1842, p. 427).
B. − Au fig. Entourer, cerner de toutes parts. Synon. assaillir, envahir.
1. Qqc. investit qqc.L'épidémie investit la ville. Alors éclatait la « zone », le grand camp de la misère qui, de partout, investit la ville illustre et magnifique (Duhamel, Terre promise,1934, p. 37).À trois cents mètres au-dessous d'eux, les buissons brûlaient. Une bande de feu, de quelque cinquante mètres de large, investissait le village (Montherl., Lépreuses,1939, p. 1434).
2. Qqc. investit qqn.Les idées d'épouvante, de solitude, d'isolement absolu, vous investissent de toutes parts et vous font frissonner (Chênedollé, Journal,1820, p. 104).
Investir qqn de.Les déchirures plus profondes de son dos et de ses reins l'investissaient d'une flamme intolérable (Bernanos, Soleil Satan,1926, p. 152).Dans les rues de ma ville, partout assailli, investi de sensations réveillées, je découvre dans quelle masse de poésie, presque à mon insu, j'ai respiré et me suis mû (Mauriac, Écrits intimes, Commenc. d'une vie, 1932, p. 49).
3. Qqn investit qqn.Essayer de gagner, de circonvenir, par toutes sortes de stratagèmes. Il arrive aussi que, plus on est persécuté par l'amour de ces sortes de femmes, plus on les hait. Celle-ci m'obsède, m'investit, m'assiège (Hugo, L. Borgia,1833, I, part. 2, 2, p. 67).
Prononc. et Orth. : [ε ̃vεsti:ʀ], (il) investit [ε ̃vεsti]. Att. ds Ac. 1935. Étymol. et Hist. 1. Début xives. envestir « encercler (pour attaquer) » (Chiprois, éd. G. Raynaud, p. 225); 2. ca 1410 investir « entourer, cerner (dans un but de conquête) » (Chron. de Boucicaut, II, 31 ds Gdf. Compl.). Empr. à l'ital.investire « mettre en possession d'une charge, d'un bien, etc. » (dep. xiies. ds Batt.), aussi « attaquer » (dep. 1304, trad. de Plutarque, ibid.) et « assiéger » (début xvies., Sanudo, ibid.), empr. au lat. investire (investir1*) proprement « entourer étroitement (comme un vêtement) ». Bbg. Hope 1971, p. 42.

INVESTIR3, verbe trans.

A. − ÉCON. Qqn investit qqc. (dans qqc.).Employer, placer (de l'argent, des capitaux) dans un secteur de l'économie ou dans une entreprise, pour en tirer des revenus. Elle se constituait une cagnotte, l'investissait en petits placements personnels, boursicotait à la petite semaine (H. Bazin, Vipère,1948, p. 241).Immenses sommes d'argent (...) que les nations européennes ont investies, dès le début du xixesiècle, dans le machinisme et l'industrie lourde (Cendrars, Bourlinguer,1948, p. 184).Au lieu d'investir dans leurs propres firmes, les entrepreneurs décident d'investir dans une grande firme (industrie) nouvelle (Perroux, Écon. xxes., 1964, p. 215):
Dès 1950, les gouvernements américain et britannique investissent une cinquantaine de millions de livres sterling en Afrique du Sud pour créer une industrie de récupération d'uranium dont la première usine fonctionne dès 1952... Goldschmidt, Avent. atom.,1962, p. 92.
En emploi abs. Incitation à investir; épargner et investir. Enfin, pour amener l'économie nouvelle à investir, c'est-à-dire à prélever sur le présent afin de bâtir l'avenir, le « Haut-Commissariat au Plan d'équipement et de modernisation » sera créé pendant cette même année (De Gaulle, Mém. guerre,1959, p. 96).La capacité d'innover et d'investir d'un petit nombre de grandes firmes est remarquable (Perroux, Écon. xxes., 1964p. 20).
B. − P. anal. Investir qqc. dans qqc.Employer une somme d'argent à l'achat ou à l'aménagement d'un bien meuble ou immeuble. Il se crut prudent d'investir la somme dans une villa qu'il acheta à sa fiancée près de Nüremberg (Ambrière, Gdes vac.,1946, p. 317).
Prononc. et Orth. Cf. investir1. Étymol. et Hist. 1922 « placer (des fonds) » (Lar. univ.). Empr. à l'angl.to invest, attesté dans ce sens dep. 1613 (T. Aldworth ds NED), lui-même empr. à l'ital. investire, attesté comme terme de fin. dep. début xives. (Cavalca ds Batt.; déjà au fig. chez Iacopone Da Todi, ibid.); cf. investir2.

INVESTIR4, verbe

A. −
1. PSYCHANAL. Qqn investit qqc.Conférer une charge d'énergie psychique à (une activité, un objet, une représentation). [L'état de narcissisme primaire absolu] persiste jusqu'au moment où le moi commence à investir libidinalement ses représentations objectales, à transformer en libido objectale la libido narcissique (Freud, Abr. psychanal., trad. par A. Bermann, 1949, p. 10).Beaucoup préfèrent investir leur souffrance, leurs malheurs, leurs ennuis, qui sont les seuls moyens permis par leur névrose de continuer à jouir du sentiment d'exister (A. Bergeds Foulq. 1971, s. v. investissement).
2. Qqn investit dans.Mettre son énergie psychique dans. Il a beaucoup investi dans cet enfant, dans sa vie professionnelle (Rob.) Investir dans son travail (Rob.Suppl.1970, Lexis 1975).
Emploi pronom. réfl. Des expressions comme « Je m'assume » ou « Tu t'investis » et un mot d'argot comme « l'herbe » rempliront de la même nostalgie des millions de septuagénaires (L'Express,30 janv. 1978, p. 41, col. 3).
B. − PSYCHOL. Qqn investit qqc.Donner une signification personnelle à, attacher des valeurs affectives à (quelque chose). La « réalité humaine » surgit en tant qu'elle est investie par l'être (Sartre, Être et Néant,1943, p. 53).
Prononc. : [ε ̃vεsti:ʀ], (il) investit [ε ̃vεsti]. Étymol. et Hist. 1943 psychol. (Sartre, loc. cit.); 1949 psychanal. (Freud, loc. cit.). Calque de l'all. besetzen « occuper (militairement) », employé au fig. par S. Freud.
STAT. − Fréq. abs. littér. Investir1, 2, 3 et 4: 157. Investi1, 2, 3 et 4: 306. Fréq. rel. littér. Investi1, 2, 3 et 4: xixes. : a) 578, b) 277; xxes. : a) 303, b) 476.

Investir : définition du Wiktionnaire

Verbe

investir \ɛ̃.vɛs.tiʁ\ transitif 2e groupe (voir la conjugaison)

  1. Mettre en possession d’un titre ou d’une dignité, avec certaines formalités, avec certaines cérémonies.
    • L’empereur l’avait investi de cet électorat, de ce duché.
    • Autrefois les rois investissaient les évêques en leur donnant la crosse et l’anneau.
  2. (Par extension) Mettre en possession d’un pouvoir, d’une autorité quelconque.
    • Il fut investi de la souveraine puissance.
    • Il l’investit de toute l’autorité nécessaire pour faire exécuter ces mesures.
    • Le droit dont il est investi.
  3. (En particulier) Cerner, entourer avec des troupes une citadelle, une place de guerre, etc.; environner militairement une maison, de manière à empêcher l’entrée et la sortie.
    • Cette religieuse naît, le 26 mai 1605, à Anvers, pendant les guerres qui désolent la Flandre, au moment même où le Prince Maurice de Nassau investit la ville. — (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915)
    • Les gendarmes investirent la maison où il s’était réfugié.
  4. (Par extension) Envahir ou occuper de manière massive, abusive ou fâcheuse un lieu.
    • Ces militants de la première heure ont en effet investi, à la faveur de l'insurrection de février, un admirable palais qadjar qui, dit-on, avait appartenu à la chabanou en personne. — (Gilles Anquetil, La Terre a bougé en Iran, Hachette (collection Notre siècle), 1979, chap. 4)
  5. (Finance) Utiliser des capitaux dans un but de profit.
    • Par la nature de leurs richesses : ces bourgeois fortunés sont des « terriers » comme on dit à Lyon ; il ont investi une grande part de leur avoir dans des fonds. — (Georges Duby & Robert Mandrou, Histoire de la civilisation française, t.1, Armand Colin, 1958; éd. de 1968, p.143)
  6. (Pronominal) Faire des efforts pour s’impliquer dans la réussite d'une activité, d'un projet.
    • Pourtant, rien ne prédestine ce fils d'un haut-magistrat catholique, né en 1922 à Nancy dans l'est de la France, à s'investir dans la politique aux côtés de l'ex-président François Mitterrand. — (France: mort d'André Rousselet, fondateur de Canal+, RFI.fr [1], 30 mai 2016)
    • «Le plaisir de se retrouver ensemble, de s'investir collectivement pour améliorer et préserver sa commune». Autour de l'apéritif bien mérité et des grillades qui ont clôturé cette journée, le discours est le même pour tous les Rouffiacois ayant participé samedi à la deuxième journée citoyenne du village. — (Des citoyens en action, La Dépêche, 30 mai 2016)
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Investir : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

INVESTIR. v. tr.
Mettre en possession, avec de certaines formalités, avec de certaines cérémonies, d'un titre ou d'une dignité. L'empereur l'avait investi de cet électorat, de ce duché. Autrefois les rois investissaient les évêques en leur donnant la crosse et l'anneau. Il signifie, par extension, Mettre en possession d'un pouvoir, d'une autorité quelconque. Il fut investi de la souveraine puissance. Il l'investit de toute l'autorité nécessaire pour faire exécuter ces mesures. Le droit dont il est investi. Il signifie, particulièrement, Cerner, entourer avec des troupes une citadelle, une place de guerre, etc.; environner militairement une maison, de manière à empêcher l'entrée et la sortie. Il investit la ville avec dix mille hommes. On investit l'armée ennemie dans son camp. Les gendarmes investirent la maison où il s'était réfugié. Il signifie aussi, en termes de Finance, Employer. De gros capitaux ont été investis dans cette entreprise.

Investir : définition du Littré (1872-1877)

INVESTIR (in-vè-stir) v. a.
  • 1Revêtir, c'est-à-dire mettre en possession d'un pouvoir, d'une autorité quelconque avec de certaines cérémonies, dont l'une était la remise de quelque pièce de vêtement. Des princes profanes investissent des évêques avec la crosse et l'anneau, Voltaire, Mœurs, 46.
  • 2En général, mettre en possession d'un pouvoir, d'une autorité, d'un droit. À Rome, le dictateur était investi d'une autorité absolue. Toutes ces donations disparaissent devant celles des Indes orientales ou occidentales, dont Alexandre VI investit l'Espagne et le Portugal de sa pleine puissance et autorité divine, Voltaire, Dict. phil. Donations.

    Fig. et par antiphrase. C'est là le juste supplice du pécheur qui se retire de Dieu, que Dieu aussi se retire de lui, et par cette soustraction le prive de tout le bien, et l'investisse irremédiablement et inexorablement de tout le mal, Bossuet, Elévat. sur myst. VI, 16.

  • 3 Fig. Envelopper de troupes, environner de gardes pour fermer les issues, par comparaison avec un vêtement qui enveloppe. On croit que Maestricht est investi ; rien n'est encore assuré, Sévigné, 16 mai 1672. Déjà le sacré mont, où le temple est bâti, D'insolents Tyriens est partout investi, Racine, Athal. IV, 5. Anicet investit la maison [où Agrippine s'était réfugiée], les portes en sont brisées, Diderot, Claude et Nér. I, 79. Ah ! lorsque les Gaulois, dans des temps moins prospères, Sur ce mont glorieux investissaient nos pères, Chénier M. J. Gracques, III, 5.

    Il se dit aussi d'une troupe qui en cerne une autre. On commençait à investir l'aile droite où était Alexandre, Vaugelas, Q. C. V, 11. Et Pompée… se travaille à changer, à l'instant, l'ordre de la bataille, Et, les ailes s'ouvrant autant qu'il est permis, Il tâche d'investir celle des ennemis, Brébeuf, Phars. VII.

  • 4 V. n. Terme de marine. Se dit quelquefois sur la Méditerranée pour aborder. La galère parvint à investir à Naples.
  • 5S'investir, v. réfl. Se donner à soi-même un droit, une autorité. Il s'était investi de l'autorité.

HISTORIQUE

XVe s. Mais vous… qui à ce faire aviez mis toute diligence et cure… me vinstes courir sus et investir, Bouciq. II, 31.

XVIe s. Quand les acheteurs ne se presentent pour estre louez et investus, dedans quarante jours, des choses par eux acquises, Coust. génér. t. II, p. 482. L'esprit qui feut, pour sa peine, investi du corps du soleil, Montaigne, II, 291. D'où vient que, si une femme vous favorise, vous en investissez incontinent la froideur et une auctorité maritale ? Montaigne, III, 376. Nous nous investissons des facultez d'aultruy et laissons chomer les nostres, Montaigne, IV, 219. Estants investis devant et derriere, et par les flancs, ils ne purent eschapper la mort ou la prison, Carloix, V, 5. Il fera sortir de Metz toutes ses forces pour investir et entourer Thionville, Carloix, VII, 6. Le roy l'envoya pour se saisir de la ville d'Avignon, craignant que l'ennemy ne s'en investist, Du Bellay, M. 104.

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Investir : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

INVESTIR, (Art milit.) Investir une place, c’est en occuper toutes les avenues ; c’est le préliminaire d’un siége.

Investir une place, c’est l’entourer de troupes de tous côtés, comme dans le blocus ; de maniere que la ville ne puisse recevoir aucun secours, soit d’hommes ou de provisions : c’est proprement une préparation pour l’assiéger dans les formes.

L’investissement doit être fait de nuit avec de la cavalerie, afin d’empêcher qu’il ne sorte ou n’entre plus rien dans la place qu’on investit. Il faut aussi le plus promptement qu’il se peut, faire arriver l’infanterie, & mettre les troupes hors la portée du canon pendant le jour, pour qu’elles soient moins exposées au feu de la place ; mais les approcher beaucoup plus pendant la nuit.

On ne doit se montrer d’abord devant la place, que par des détachemens, qui poussant de tous côtés jusqu’aux portes de la ville, enlevent tout ce qui se trouve dehors, hommes & bestiaux. Ces détachemens doivent être soutenus par quelques escadrons qu’on fait avancer autant qu’il est nécessaire. Il est même avantageux d’essuyer quelques volées de canon pour avoir lieu d’en remarquer la portée.

Pendant que cette petite expédition se fait, on doit se saisir de toutes les avenues favorables aux secours qui pourroient se jetter dans la place. On forme pendant la nuit une espece d’enceinte autour de la place, en sorte qu’il ne reste aucun espace par où l’ennemi puisse pénétrer. En cet état on tourne le dos à la place, & on dispose de petites gardes devant & derriere pour n’être point surpris. Enfin, on fait tête à l’ennemi de quelque côté qu’il puisse se présenter, tenant toûjours la moitié de la cavalerie à cheval, pendant que l’autre met pied à terre, pour faire un peu reposer les hommes & les chevaux. Le matin on se retire peu-à-peu avec le jour, faisant souvent halte jusqu’à ce que le lever du soleil donne lieu de se retirer au quartier.

On pose des gardes ordinaires, qui font tête à la place, & d’autres plus fortes sur les côtés par où les secours pourroient arriver. Après quoi les escadrons qui ne sont pas de garde, se retirent au camp pour se reposer, sans se deshabiller, ni deseller les chevaux, qu’autant de tems qu’il est nécessaire pour les panser.

Dès le jour même que la place est investie, l’armée se met en mouvement pour arriver devant avec l’artillerie & les autres choses nécessaires au siége. Lorsque l’armée est prête d’arriver, le lieutenant général qui a fait l’investissement, va au-devant pour rendre compte au général de ce qu’il a fait, lequel, sur le rapport de cet officier, regle la derniere disposition pour le campement de l’armée autour de la place.

Le général fait le lendemain de son arrivée le tour de la place pour en finir la circonvallation, & distribuer les quartiers aux troupes & aux officiers généraux. Il regle aussi le quartier général, celui des vivres, le parc d’artillerie, &c. Ce qui étant fait, les ingénieurs tracent la circonvallation, afin que les troupes puissent marquer leur camp & demeure ; ce qui se fait en établissant le front de bandiere parallélement à la circonvallation & à la distance de 60, 80, 100, ou 120 toises au plus. Voyez Circonvallation, Attaque des Places du maréchal de Vauban.

Investir, (Marine.) se dit parmi les matelots de la Méditerranée pour échouer ou toucher sur une côte ou sur un banc de sable. (Q)

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Étymologie de « investir »

Étymologie de investir - Littré

Provenç. envestir ; espagn. investir ; ital. investire ; du lat. investire, de in, en, et vestire, vêtir.

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Étymologie de investir - Wiktionnaire

Du latin investire (« revêtir, garnir » d’où « entourer »), de in- (« dans,sur ») et vestis (« vêtement »).
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Phonétique du mot « investir »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
investir ɛ̃vɛstir play_arrow

Conjugaison du verbe « investir »

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  • Je ne veux pas uniquement quelque chose où investir. Je veux quelque chose à laquelle je puisse croire. De Anita Roddick
  • Écrire est une manière d’investir le temps. De Laurent Marty / Evene.fr - Septembre 2006

Traductions du mot « investir »

Langue Traduction
Corse investe
Basque invest
Japonais 投資する
Russe инвестировать
Portugais investir
Arabe استثمار
Chinois 投资
Allemand investieren
Italien investire
Espagnol invertir
Anglais invest
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Synonymes de « investir »

Source : synonymes de investir sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « investir »



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