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Galanterie

Définitions du mot « galanterie »

Trésor de la Langue Française informatisé

GALANTERIE, subst. fém.

Qualité d'une personne ou d'une chose galante.
A. − [Gén. sans réf. partic. à l'amour]
1. [À propos d'une pers.]
a) Vieilli. Art de plaire en société, par une allure élégante, une politesse raffinée, des procédés obligeants, etc. Il y fut comblé de bons traitements, et ne tarit pas sur les efforts et la galanterie d'Alexandre pour se rendre agréable à son nouvel allié (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 799).Il m'a vendu des pommes et du foin avec beaucoup de galanterie, et je veux lui rendre sa politesse (Musset, Il faut qu'une porte,1845, p. 237) :
1. ... il portait un fusil moins par nécessité que par galanterie [it. ds le texte], par mode, de même qu'un dandy ne sort qu'avec une canne élégante. Bien qu'un fusil soit une arme moins noble et moins poétique qu'un stylet, miss Lydia trouvait que, pour un homme, cela était plus galant qu'une canne... Mérimée, Colomba,1840, p. 25.
En partic. Disposition à se montrer courtois envers les femmes, à les traiter avec déférence, à les entourer d'hommages respectueux, d'aimables prévenances. Montrer de la galanterie. Mon oncle, (...) fidèle à un ancien usage de galanterie, prit la main de cette jeune dame, et, s'étant incliné, il la porta à ses lèvres (Toepffer, Nouv. genev.,1839, p. 214).Saurons-nous un jour si l'acte de faire asseoir les dames est une simple convention de la « galanterie », ou si réellement elles ne tiennent pas sur leurs jambes? (Montherl., Olymp.,1924, p. 312).
Avoir la galanterie de + inf.Jacques en parlait [des femmes] légèrement, en homme qui ne les estimait guère, mais qui avait la galanterie de les traiter avec douceur et de ne point dire sur elles sa pensée toute crue (Zola, M. Férat,1868, p. 60).
b) P. méton., gén. au plur. Procédé, présent, propos qui dénote une certaine élégance, obligeance, etc., et où se marque l'intention d'être agréable. Sa maison était un centre de délicatesse, de galanteries, d'élégance et de lettres (Lamart., Nouv. Confid.,1851, p. 76).Il aura dîné en ville où il aura dit des galanteries, conté des histoires, été le plus aimable de la compagnie (Flaub., Corresp.,1852, p. 385).Les branches [du sapin] étaient chargées de jouets, (...) de bijoux, et de toutes les galanteries que l'on donne, en cette occasion [de Noël] (Bourges, Crépusc. dieux,1884, p. 83).
2. Rare, vx. Ce qui se distingue par sa délicatesse, sa mignardise. Le cabinet [de Mlledes Touches] entièrement moderne oppose aux galanteries du siècle de Louis XV un charmant mobilier d'acajou (Balzac, Béatrix,1839-45, p. 87).La guitare est aujourd'hui vaincue par le piano, ainsi que la harpe; ce sont là des galanteries et des grâces d'un autre temps (Nerval, Bohême gal.,1853, p. 199).
B. − [Avec une réf. explicite à l'amour] Emplois usuels
1. [Sans réf. spéc. aux relations charnelles; à propos d'un homme vis-à-vis d'une (des) femme(s)]
a) En gén. Tendance à rechercher la compagnie des femmes et à leur plaire par un empressement flatteur, des amabilités piquantes. Galanterie française :
2. En montant sur le trône, à vingt-un ans, François Iers'occupa d'attirer le beau sexe à sa cour, et de l'y retenir par les charmes d'une galanterie chevaleresque, que la nation entière s'empressa d'imiter. Les intrigues amoureuses, les tournois, les carrousels marquèrent chaque jour d'un règne où brillèrent, au premier rang, les belles duchesses... Jouy, Hermite, t. 3, 1813, p. 9.
b) Disposition à courtiser une femme en vue de la conquérir, comportement traduisant une tendre inclination. Henriette devint rouge (...) la galanterie du vieillard, qui prenait une voix et des regards tendres, lui déplut (Duranty, Malh. H. Gérard,1860, p. 149).Que ce chaste amour presque farouche fût absolument sans galanterie, non. « Faire des compliments » à celle qu'on aime est la première façon de faire des caresses (Hugo, Misér., t. 2, 1862, p. 218).
En partic., domaine de l'amour courtois ou précieux. Langage de la galanterie. L'époque des croisades ramène la galanterie aux formes héroïques et religieuses, en y joignant une teinte sentimentale qu'elle n'avait point encore connue. C'est dans la Palestine qu'un amant doit aller conquérir le cœur de sa dame (Jouy, Hermite, t. 3, 1813p. 4).V. aussi alambiqué ex. 1.
c) P. méton., gén. au plur. Procédé, présent, propos très aimable, qui manifeste l'intention de plaire aux femmes ou de charmer, séduire une femme. Dire des galanteries. La jeune fille (...) écoute (...) les galanteries que lui chuchote à l'oreille le conseiller Silver Tongue (langue d'argent), un légiste galantin (Gautier, Guide Louvre,1872, p. 332).L'amour qu'il nous faut est fait de gâteries, de gentillesses, de galanteries. C'est la nourriture de notre cœur, ça. C'est indispensable à notre vie (Maupass., Contes et nouv., t. 1, Joseph, 1885, p. 1008) :
3. Ne refusez pas ce que j'ai de meilleur, ma façon de faire la cour à une femme, de lui prodiguer les tendresses fugitives, les menus soins, les petits cadeaux, les galanteries, les bagatelles nécessaires, et de lui parler une langue inconnue d'elle. Renard, Pain mén.,1899, p. 78.
2. [Avec des relations charnelles hors mariage; à propos d'un homme ou d'une femme] Goût, recherche des aventures amoureuses, des plaisirs physiques. Elle quitta son mari pour vivre avec le roi, et, sans quitter le roi, elle vivait avec d'autres. Aimable friponnerie, fine galanterie, coquetterie du beau monde! Il y a des gens, mes filles, qui appellent cela débauche (Courier, Pamphlets pol., Procès, 1821, p. 130).On le disait de plus trop porté sur la galanterie, au point (...) d'avoir séduit plusieurs femmes mariées (Grousset, Croisades,1939, p. 174) :
4. En France, on sait faire la fête. La fête française est élégante, spirituelle, lumineuse; (...) elle déguise l'obscénité en libertinage; elle pimente la galanterie d'épigrammes et de madrigaux. J'ai vu des nuits de Paris et de Nice où il se prodiguait plus de grâce et plus de verve, entre quatre viveurs et quatre courtisanes, que tout le reste de l'Europe n'en dépense dans une année. Farrère, Homme qui assass.,1907, p. 223.
P. méton.
Aventure amoureuse. Le duc d'Orléans, toujours indiscret dans ses galanteries, s'était vanté un jour à table d'avoir un cabinet orné du portrait de toutes les dames qui lui avaient accordé leurs faveurs (Barante, Hist. ducs Bourg., t. 3, 1821-24, p. 5).
Vx. Maladie vénérienne. Donner, attraper une galanterie (Ac. 1798-1835). La maladie de cette vieille reine (...) c'était une suite de galanteries si mal guéries qu'elle ne pouvait tomber sans se casser un os (Stendhal, Souv. égotisme,1832, p. 121).V. aussi abstenir ex. 9.
Au sing., péj. [À propos de femmes uniquement] Prostitution pratiquée dans des milieux généralement élégants; p. méton., monde des courtisanes et des prostituées. Les hideurs de ce combat du mâle et de la femelle, dans ce que la politesse désigne du nom élégant de galanterie, et qu'il appelle, lui, avec vérité, du nom cruel de prostitution (Bourget, Nouv. Essais psychol.,1885, p. 31).Il n'y a pas de galanterie à Naples (...). Sans les étrangers, les Napolitaines ignoreraient certainement que l'amour peut se porter au marché (Larbaud, Barnabooth,1913, p. 206).Et où grouille dès le déclin de l'après-midi et tard dans la nuit, la galanterie du trottoir (Arnoux, Rêv. policier amat.,1945, p. 293).
3. [À propos d'un mode d'expr. littér. ou artistique] Caractère d'une œuvre qui traite avec grâce de sujets amoureux. Tout consommé qu'était Mellin dans la galanterie du sonnet et du madrigal, l'obscénité de l'épigramme ne l'a pas rebuté (Sainte-Beuve, Tabl. poés. fr.,1828, p. 38).[Boucher] Son élégance, sa mignardise, sa galanterie romanesque, sa coquetterie, sa facilité, sa variété, son éclat, ses carnations fardées, sa débauche (Nolhac, Boucher,1907, p. 168).
P. méton. Œuvre d'inspiration amoureuse :
5. N'est-ce pas, madame, que voici un madrigal vraiment méritoire, et aussi emphatique que vous-même? En vérité, j'ai eu tant de plaisir à broder cette prétentieuse galanterie, que je ne vous demanderai rien en échange. Baudel., Poèmes en prose,1867, p. 81.
Prononc. et Orth. : [galɑ ̃tʀi]. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1537 « mauvais tour » (Messire Baltazar de Castillon, Le Courtisan, traduction de J. Colin, Livre second, p. XXXI, ro); 2. 1611 « distinction, élégance dans l'esprit et les manières » (Cotgr.) 3. a) ca 1630 « petit cadeau particulier à une dame » (Peiresc, Lettres aux frères Dupuy, I, 484 ds Brunot t. 4, p. 270); b) av. 1648 « propos flatteur, écrit galant (adressé à une femme) » (V. Voiture, Lettres, 25 ds Littré); c) 1667 « empressement à plaire à une femme » (Molière, Sicilien, XI ds Œeuvres, éd. H. de Bouillane de Lacoste, 224); 4. 1665 « intrigue amoureuse » (La Rochefoucauld, Réflexions, 73, ibid., éd. M. D. L. Gilbert, I, 62). Dér. de galant*; suff. -erie*. D'apr. H. Estienne (Deux Dialogues, éd. P. Ristelhuber, I, 238), il s'agirait d'un italianisme (cf. galanteria attesté vers 1523-35 ds Batt.). Fréq. abs. littér. : 590. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 340, b) 1 071; xxes. : a) 932, b) 229. Bbg. Flutre (L. F.). Termes commerciaux des 17es. et 18es. R. Ling. rom. 1961, t. 25, p. 280. - Spitzer (L.). Über einige Wörter der Liebessprache. Leipzig, 1918, p. 18. - Tracc. 1907, p. 145.

Wiktionnaire

Nom commun

galanterie \ɡa.lɑ̃t.ʁi\ féminin

  1. (Vieilli) Qualité de celui qui est galant ; agrément, politesse dans l’esprit et dans les manières.
    • Allons, messire templier, les lois de la galanterie sont libéralement interprétées en Palestine, et, en cette occasion, je ne veux rien confier à votre conscience. — (Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820)
    • Sans doute les gamins qu’il évangélisait n’usaient pas toujours entre eux et avec leurs camarades des villages voisins d’une politesse et d’une mansuétude qui rappelaient la vieille galanterie française et la charité chrétienne, […] — (Louis Pergaud, Le Sermon difficile, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
  2. (Plus courant) Ensemble des égards, des soins, des empressements pour les femmes qu’inspire l’envie de leur plaire.
    • Les militaires de ce tyran impérial sont tous de vilains ignorants. Ils prennent la brutalité pour de la galanterie, ils ne connaissent pas plus les femmes qu'ils ne savent aimer ; […]. — (Honoré de Balzac, La Femme de trente ans, Paris, 1832)
    • Partout enfin on reconnaîtra ce respect de la vierge et de l'amante, sous la forme à la fois pompeuse et discrète, ardente et chaste, qui est restée celle de nos mœurs françaises et que nous appelons d'un mot inconnu des anciens : la galanterie. — (Pierre Louÿs, La femme dans la poésie arabe, dans Archipel, 1932)
  3. Propos flatteurs qu’un homme tient à une femme, procédé qu’on emploie pour lui plaire, cadeau ingénieusement choisi, attention délicate.
    • Dire des galanteries.
    • Cette galanterie a paru lui plaire.
    • La Guirlande de Julie est une galanterie demeurée célèbre.
  4. (Vieilli) Commerce amoureux extraconjugal.
    • Cette femme a une galanterie avec un tel.
    • On peut trouver des femmes qui n’ont jamais eu de galanterie ; mais il est rare d’en trouver qui n’en aient jamais eu qu’une […] — (La Rochefoucauld, Réflexions Morales)
    • Ce lieu sue la bêtise, pue la canaillerie et la galanterie de bazar. Mâles et femelles s’y valent. — (Guy de Maupassant , La femme de Paul, dans La maison Tellier, 1891, collection Le Livre de Poche, page 225.)

Nom commun

galanterie \Prononciation ?\ féminin

  1. Mercerie.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

GALANTERIE. n. f.
Qualité de celui qui est galant; agrément, politesse dans l'esprit et dans les manières. Cet homme a l'art de mettre de la galanterie dans tout ce qu'il dit dans tout ce qu'il fait. Dans ce sens, il vieillit. Il se dit plus ordinairement des Égards, des soins, des empressements pour les femmes qu'inspire l'envie de leur plaire. Il fait profession de galanterie. On remarque sa galanterie auprès des femmes. La galanterie française. Il se dit également des Propos flatteurs qu'on tient à une femme, des Procédés qu'on emploie pour lui plaire, d'un cadeau ingénieusement choisi, d'une attention délicate. Dire des galanteries. Cette galanterie a paru lui plaire. La Guirlande de Julie est une galanterie demeurée célèbre. Il se dit aussi d'un Commerce amoureux et illicite. Cette femme a une galanterie avec un tel. Elle a déjà eu plusieurs galanteries. Commerce de galanterie. Ironiq., La galanterie est un peu forte, se dit d'une Action peu honnête ou d'un mauvais procédé, mais que l'on peut pardonner.

Littré (1872-1877)

GALANTERIE (ga-lan-te-rie) s. f.
  • 1Agrément, politesse dans les manières. Cet homme a de la galanterie dans l'esprit. Il met de la galanterie dans tout ce qu'il fait. On peut dire avec vérité qu'il n'y a jamais eu une dame qui ait si bien entendu la galanterie, ni si mal entendu les galants, Voiture, Lett. 42. Je croyais qu'on me dût préférer Honorie Avec moins de douceur et de galanterie, Corneille, Attila, III, 2.

    Ce sens commence à vieillir.

    Il s'est dit aussi des choses de bon goût, d'un goût galant. Que ce bout de ruban a de galanterie ! Je le veux dérober, Corneille, Suite du Ment. II, 6.

  • 2Soins, empressements auprès des femmes qu'inspire le désir de leur plaire. Madame, puisque c'est à bon dessein que je vous recherche, je crois qu'il n'y a point de galanterie que je ne puisse faire, et qu'après avoir fait des vers pour vous, je puis bien vous envoyer des bouquets, Voiture, Lett. 73. Tout cela sent la nation ; et toujours messieurs les Français ont un fond de galanterie qui se répand partout, Molière, Sicil. 12. …Mon maître est fidèle, et son âme est pétrie De la plus fine fleur de la galanterie, Regnard, le Distr. II, 1.
  • 3Propos flatteurs qu'on tient à une femme. De fades galanteries. Voilà ce que c'est de ne point répondre aux galanteries que je vous écris, de m'envoyer des lettres où vous ne me parlez que de vos amies et ne me dites quasi rien de vous, Voiture, Lett. 25. Ne vous étonnez pas de m'ouïr dire des galanteries si ouvertement, Voiture, ib. 40. La dame sourit, car les galanteries d'un borgne sont toujours des galanteries, et les galanteries font toujours sourire, Voltaire, Crocheteur borgne.
  • 4Commerce amoureux. On peut trouver des femmes qui n'ont jamais eu de galanterie ; mais il est rare d'en trouver qui n'en aient eu qu'une, La Rochefoucauld, Réflex. 73. Il l'a convaincue d'une bonne galanterie avec M. de Béthune, Sévigné, 14. Le roi n'a point de galanterie, et vraisemblablement n'en aura plus, Maintenon, Lett. à M. de Villette, 14 août. Enfin, bornant le cours de tes galanteries, Alcippe, il est donc vrai, dans peu tu te maries ? Boileau, Sat. x. La galanterie est un faible du cœur, ou peut-être un vice de complexion, La Bruyère, III. Il y a peu de galanteries secrètes ; bien des femmes ne sont pas mieux désignées par le nom de leurs maris que par celui de leurs amants, La Bruyère, ib. Tout hors d'haleine enfin il entre aux Tuileries, Cherchant partout matière à ses galanteries, Regnard, Sat. contre les maris. Dans ces troubles, Théodora, mère de Marozie et d'une autre Théodora, toutes trois célèbres par leurs galanteries, avait à Rome la principale autorité, Voltaire, Mœurs, 35. Un peuple [les Romains] dont le sénat se piqua quelquefois d'humanité, et dont ce même sénat immola aux dieux deux Grecs et deux Gauloises pour expier la galanterie d'une de ses vestales, Voltaire, Aux aut. gaz. littér.
  • 5Il se dit des petits présents qu'on se fait dans la société. Il m'a fait une jolie galanterie. Moi qui donnerais tout ce que j'ai au monde et que vous eussiez fait pour moi une galanterie comme celle-là [don d'un bracelet], Voiture, Lett. 23.

    Fig. N'a-t-il pas ceux qui se font les plus grandes amitiés du monde, et qui, le dos tourné, font galanterie de se déchirer l'un l'autre ? Molière, Impr. 3.

  • 6Pièce galante en vers ou en prose. Pour commencer par la manière indigne dont vos auteurs parlent des choses saintes, soit dans leurs railleries, soit dans leurs galanteries, soit dans leurs discours sérieux…, Pascal, Prov. 11.
  • 7Action suspecte, même blâmable et qu'on déguise, par euphémisme, sous le nom de galanterie. La galanterie est un peu forte. J'ai sans doute reçu du ciel un génie assez beau pour toutes les fabriques de ces gentillesses d'esprit, de ces galanteries ingénieuses à qui le vulgaire ignorant donne le nom de fourberies, Molière, Scapin, I, 2. Je sais me démêler prudemment de toutes les galanteries qui sentent tant soit peu l'échelle, Molière, Avar. II, 1.
  • 8Maladie secrète. Donner, attraper une galanterie. Il en est de même de la galanterie, qui signifie tantôt coquetterie dans l'esprit, paroles flatteuses, tantôt présent de petits bijoux, tantôt intrigue avec une femme ou plusieurs ; et même depuis peu il a signifié ironiquement faveurs de Vénus, Voltaire, Dict. phil. Galant.

HISTORIQUE

XVIe s. Les autres rois, quand on leur rapportoit ces galanteries [plaisanteries], ne s'en faisoient que rire, hors mis Lysimachus seul qui s'en courrouceoit, Amyot, Démétr. 31. …La plus part de ses galanteries [actes de vaillance] pour donner moien à ceux de la ville d'emmener le reste de leurs vendanges, D'Aubigné, Hist. II, 36. En un de ces moulins un soldat seul enfermé composa à la vie pour lui et toute sa trouppe, et fut sauvé par sa galantise [bravoure], D'Aubigné, ib.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

GALANTERIE. Ajoutez : - REM. Galanterie s'est dit pour objet de toilette, modes, etc. Un présent de galanterie de senteurs qui devait être offert à la comtesse de Castlemaine, Lett. etc. de Colbert, VI, 276. On y fait [à Berlin] beaucoup d'ouvrages d'acier, des glaces de miroir, plusieurs sortes de galanteries, P. Giraudeau, la Banque rendue facile, p. 391. Elle [la ville de Paris] a cependant plusieurs manufactures et fabriques : telles sont… celle des chapeaux de castor et autres, la galanterie ou les modes, la bijouterie…, ID. ib. p. 391.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

GALANTERIE, s. f. (Morale.) on peut considérer ce mot sous deux acceptions générales ; 1°. c’est dans les hommes une attention marquée à dire aux femmes, d’une maniere fine & délicate, des choses qui leur plaisent, & qui leur donnent bonne opinion d’elles & de nous. Cet art qui pourroit les rendre meilleures & les consoler, ne sert que trop souvent à les corrompre.

On dit que tous les hommes de la cour sont polis ; en supposant que cela soit vrai, il ne l’est pas que tous soient galans.

L’usage du monde peut donner la politesse commune : mais la nature donne seule ce caractere séduisant & dangereux, qui rend un homme galant, ou qui le dispose à le devenir.

On a prétendu que la galanterie étoit le leger, le délicat, le perpétuel mensonge de l’amour. Mais peut-être l’amour ne dure-t-il que par les secours que la galanterie lui prete : seroit-ce parce qu’elle n’a plus lieu entre les époux, que l’amour cesse ?

L’amour malheureux exclud la galanterie ; les idées qu’elle inspire demandent de la liberté d’esprit ; & c’est le bonheur qui la donne.

Les hommes véritablement galans sont devenus rares ; ils semblent avoir été remplacés par une espece d’hommes avantageux, qui ne mettant que de l’affectation dans ce qu’ils font, parce qu’ils n’ont point de graces, & que du jargon dans ce qu’ils disent, parce qu’ils n’ont point d’esprit, ont substitué l’ennui de la fadeur aux charmes de la galanterie.

Chez les Sauvages, qui n’ont point de gouvernement reglé, & qui vivent presque sans être vêtus, l’amour n’est qu’un besoin. Dans un état où tout est esclave, il n’y a point de galanterie, parce que les hommes y sont sans liberté & les femmes sans empire. Chez un peuple libre, on trouvera de grandes vertus, mais une politesse rude & grossiere : un courtisan de la cour d’Auguste seroit un homme bien singulier pour une de nos cours modernes. Dans un gouvernement où un seul est chargé des affaires de tous, le citoyen oisif placé dans une situation qu’il ne sauroit changer, pensera du-moins à la rendre supportable ; & de cette nécessité commune naîtra une société plus étendue : les femmes y auront plus de liberté ; les hommes se feront une habitude de leur plaire ; & l’on verra se former peu-à-peu un art qui sera l’art de la galanterie : alors la galanterie repandra une teinte générale sur les mœurs de la nation & sur ses productions en tout genre ; elles y perdront de la grandeur & de la force, mais elles y gagneront de la douceur, & je ne sais quel agrément original que les autres peuples tâcheront d’imiter, & qui leur donnera un air gauche & ridicule.

Il y a des hommes dont les mœurs ont tenu toûjours plus à des systèmes particuliers qu’à la conduite générale ; ce sont les philosophes : on leur a reproché de n’être pas galans ; & il faut avoüer qu’il étoit difficile que la galanterie s’alliât chez eux avec l’idée sévere qu’ils ont de la vérité.

Cependant le philosophe a quelquefois cet avantage sur l’homme du monde, que s’il lui échappe un mot qui soit vraiment galant, le contraste du mot avec le caractere de la personne, le fait sortir & le rend d’autant plus flatteur.

2°. La galanterie considérée comme un vice du cœur, n’est que le libertinage auquel on a donné un nom honnête. En général, les peuples ne manquent guere de masquer les vices communs par des dénominations honnêtes. Les mots galant & galanterie ont d’autres acceptions. Voyez l’article précédent.

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Étymologie de « galanterie »

Galant.

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 Dérivé de galant avec le suffixe -erie.
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Du français galanterie, via l’allemand Galanterie dans le sens de « attention portée aux femmes », puis « petit cadeau attentionné » et, par métonymie, au sens actuel.
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Phonétique du mot « galanterie »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
galanterie galɑ̃tri

Évolution historique de l’usage du mot « galanterie »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « galanterie »

  • La conscience n'a pas plus à faire avec la galanterie qu'avec la politique. Richard Brinsley Butler Sheridan, La Duègne The Duenna
  • Il y a décidément beaucoup de rire dans la galanterie. De Alice Ferney / La Conversation amoureuse
  • La galanterie c'est l'art de mettre une femme en valeur. De Anonyme
  • Le temps a fait succéder dans la galanterie le piquant du scandale au piquant du mystère. De Chamfort / Maximes et pensées
  • On ne compte d'ordinaire la première galanterie des femmes que lorsqu'elles en ont une seconde. De François de La Rochefoucauld / Maximes
  • On peut trouver des femmes qui n'ont jamais eu de galanterie, mais il est rare d'en trouver qui n'en aient jamais eu qu'une. De François de La Rochefoucauld
  • Une âme fière et honnête, qui a connu les passions fortes, les fuit, les craint, dédaigne la galanterie ; comme l’âme qui a senti l’amitié, dédaigne les liaisons communes et les petits intérêts. De Chamfort / Maximes et pensées
  • Ne craignez point de prendre des partis trop rudes et trop difficiles, quelqu'affreux qu'ils vous paraissent d'abord : ils seront plus doux dans les suites que les malheurs d'une galanterie. De Madame de La Fayette / La Princesse de Clèves
  • Mais est-ce que la galanterie est vraiment quelque chose qui séduit les femmes ou bien ceci est-il une vieille croyance ? Masculin.com, La galanterie est-elle toujours un atout pour séduire ?
  • La libération de la parole féminine qui a accompagné le mouvement #MeToo ou les récents remous liés à la dernière cérémonie des Césars invitent à réfléchir sur l’histoire de la galanterie en France, et son influence sur la parole portée par des femmes. Inventée dans les salons du XVIIe siècle, la galanterie, dans sa forme actuelle, est-elle l’alliée ou l’ennemie de la libération des femmes ? The Conversation, La galanterie « à la française » est-elle une forme déguisée de sexisme ?
  • A l'heure de #Meetoo, mentionner l'art de la galanterie à la française est un exercice périlleux. LExpress.fr, La galanterie, séduction à la française - L'Express
  • Revisitez l'histoire de la galanterie, faux nez de la domination masculine, depuis Louis XIV qui en fît un art de vivre à la française jusqu'à #balancetonporc et la liberté d'importuner, en passant par les féministes du XXe siècle. France Culture, La galanterie depuis le XVIIe siècle, cadeau empoisonné ou vraie humiliation ?

Traductions du mot « galanterie »

Langue Traduction
Anglais gallantry
Espagnol galantería
Italien galanteria
Allemand galanterie
Chinois 英勇
Arabe الشجاعة
Portugais bravura
Russe галантность
Japonais 勇敢な
Basque gallantry
Corse gallanteria
Source : Google Translate API

Synonymes de « galanterie »

Source : synonymes de galanterie sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « galanterie »

Galanterie

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