Fureur : définition de fureur


Fureur : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

FUREUR, subst. fém.

A.−
1. Vx. Dérèglement passager du comportement, pouvant caractériser certaines folies, et se manifestant par des actes d'extrême violence. Folie furieuse. Selon lui [Arétée], les premiers [délires] sont caractérisés par la mélancolie ou par la fureur; les seconds, par le désordre des sensations et de toutes les opérations mentales (Cabanis, Rapp. phys. et mor.,t. 2, 1808, p. 368).Je finirais par tomber dans un état d'idiotisme ou de fureur (Flaub., Corresp.,1842, p. 123).Cf. conscient ex. 2 :
1. Le médecin me dit : « Il a de terribles accès de fureur, c'est un des déments les plus singuliers que j'aie vus. Il est atteint de folie érotique et macabre. » Maupass., Contes et nouv.,t. 2, Chevel., 1884, p. 935.
P. méton., au plur. Ces actes eux-mêmes. Toutes les nuits, deux hommes veillaient ainsi près de moi pour me tenir de force lorsque j'étais en proie aux fureurs du délire (Sand, Mauprat,1837, p. 168).
En partic., littér. Délire inspiré du poète, du prophète. Fureur lyrique, poétique. Synon. enthousiasme, inspiration.Virgile décrit la fureur de la Sibylle (Barrès, Cahiers,t. 12, 1919-20, p. 313).Ce prophète aux yeux durs qui nuit et jour couvait une fureur sacrée (Saint-Exup., Citad.,1944, p. 804):
2. La fureur sacrée des Sibylles est plus près de nos passions que nous ne voulons le croire. Ces convulsions exprimaient une pensée totale, et assurément vraie; car le monde entier et l'avenir prochain, chacun de nous le porte... Alain, Propos,1922, p. 409.
2. Colère intense, aux effets souvent démesurés. Fureur populaire, sauvage, aveugle; grande, violente fureur; fureur et désespoir; cris, larmes, mouvements de fureur; entrer, mettre en fureur. Et qui vous dit que j'en suis offensé? s'écria-t-il avec fureur en se redressant violemment sur la chaise longue (...) cependant que, tandis que se crispaient les blêmes serpents écumeux de sa face, sa voix devenait tour à tour aiguë et grave comme une tempête assourdissante et déchaînée (Proust, Guermantes 2,1921, p. 558).Cf. abomination ex 4 :
3. ... le duc dans l'un des salons, s'abandonnait à sa frénésie. La fureur l'étouffait, lui étranglait la voix. (...) et, presque en écumant de rage, il éclatait contre son frère, ce perfide, ce lâche, ce fourbe et autres noms à faire baisser les yeux; puis des jurons, des invectives, des clameurs et des coups de talon. Bourges, Crépusc. dieux,1884, p. 21.
a) P. méton., au plur. Accès de violente colère. Les fureurs de la populace. Il faut être à jeun pour chanter la bouteille, et nullement en colère pour peindre les fureurs d'Ajax (Flaub., 1reÉduc. sent.,1845, p. 244).[Nana] tragique dans ses fureurs de femme trompée (Zola, Nana,1880, p. 1361).
b) En partic.
Colère divine. Seigneur, ne me reprenez pas dans votre fureur (Ac.).Synon. littér. courroux.Les oraisons liturgiques protestantes qui venaient d'être récitées avaient offert la mort sous un aspect épouvantable. La face de fureur de Dieu. La vengeance éternelle. La colère divine qui est dans la mort, etc. (Hugo, Corresp.,1865, p. 485).
Rage meurtrière, frénésie sanguinaire accompagnant un engagement armé, une lutte, etc. Le fanatisme dans tous les genres est une fureur meurtrière, et l'homme est si dépravé, que la férocité même finit par lui offrir des jouissances auxquelles il se livre avec transport (Baudry des Loz., Voy. Louisiane,1802, p. 199).Dans la guerre, c'est le désir de nuire, la cruauté de la vengeance, une âme inapaisée et implacable, la fureur des représailles, la passion de la domination (Aragon, Beaux quart.,1936, p. 75).
c) P. anal.
Impétuosité d'un animal irrité. Un lion en fureur. La fureur d'un taureau. Mettre un taureau en fureur (Ac.). [Véronique] bondissant comme un tigre en fureur (Gautier, Albertus,1833, p. 171).
Caractère violent, déchaînement d'un phénomène naturel. Fureur des flots, des vents. Ils tirèrent le canot sur la grève pour le mettre à l'abri de la fureur de la mer (Voy. La Pérouse,1797, p. 26).Sous leurs murailles massives [des métairies], on s'abrite tant bien que mal de la fureur des saisons (Bosco, Mas Théot.,1945, p. 7):
4. L'eau brisée retombait des maçonneries en nappes calmes pour rejoindre la fureur de la Manche et mettait sur la vague hurlante le contraste des sources plaintives. De sa bave salée, le flot insultait la forêt de poutres qui posait devant sa violence la tranquillité des vieux arbres. Hamp.Marée,1908, p. 34.
P. méton., au plur. Manifestations violentes, excessives d'un phénomène naturel. Malgré les fureurs de l'ouragan, le fracas de la tempête, le tonnerre de la tourmente, Harbert dormait profondément (Verne, Île myst.,1874, p. 55).Il [Robinson] évoquait en larges gestes la majesté des forêts inconquises et les fureurs de la tornade équatoriale (Céline, Voyage,1932, p. 497).
B.− P. ext.
1. Passion impérieuse et démesurée (pour quelque chose ou quelqu'un); ardeur extrême. Synon. frénésie, rage.Comme dans le poème de Lucrèce, l'homme y [sur les urnes étrusques où il est représenté] jouit avec une fureur voluptueuse de la vie qui va passer (Michelet, Hist. romaine,t. 1, 1831, p. 48).
En partic. Ardeur amoureuse. Guerroyant plaisir des caresses, Tumulte des regards humains, Fureur des lèvres et des mains (Noailles, Forces étern.,1920, p. 171).La nuit serait interminable sans lui, sans lui contre moi, sans son habileté, sans sa fureur subite et ses longues caresses (Sagan, Bonjour tristesse,1954, p. 131).
P. méton., au plur. Transports amoureux particulièrement passionnés. Ce langage étrange que l'amour délirant invente en ses fureurs (Gautier, Albertus,1833, p. 174).Cette maison infâme toute résonnante des fureurs lascives de sa triste épouse (Aymé, Travelingue,1941, p. 247).
Spéc., vx. Fureur utérine. Nymphomanie. Vivement ému, je l'embrassai moi-même. Alors Nanette parut comme saisie d'une fureur utérine; elle me serra, s'empara de tout mon être, et me fit palper le sien (...). Enfin, il lui prit un tel accès d'érotisme, qu'elle voulut être possédée (Restif de La Bret., M. Nicolas,1796, p. 106).
2. Fureur de[Suivi d'un subst. ou d'un inf. désignant l'obj. de la passion]
a) Besoin passionné de. Fureur d'aimer, de vivre; fureur du jeu, des conquêtes. Synon. manie, rage.La bourgeoisie (...) avec sa fureur de libéralisme, sa rage de destruction, ses flatteries au peuple (Zola, Germinal,1885, p. 1314).Je suis né avec cette fureur d'apprendre que vous appelez libido sciendi. J'ai travaillé comme on dévore (Bernanos, Journal curé camp.,1936, p. 1237):
5. Il courait dans cette allée comme un lièvre, tant la fureur de revoir Süzel le possédait. C'est lui qui se serait étonné, trois mois avant, s'il avait pu se voir en cet état! Erckm.-Chatr., Ami Fritz,1864, p. 184.
b) Au fig. Degré extrême d'un sentiment, point culminant d'une action. Synon. paroxysme.On ne lui connaissait point d'héritier, à qui profiterait donc cette fureur d'avarice? (Zola, Dr Pascal,1893, p. 328).M. Triquet, le sous-chef prenant la nuit, arrivait dans toute la fureur de son activité fraîche (Hamp, Marée,1908, p. 47).La fureur de joie emporte les voix insatiables, au delà du seuil scellé par les accords de l'orchestre (Rolland, Beethoven,t. 2, 1937, p. 357):
6. Cependant, (...) l'alternance grandiose de l'illusion religieuse qui dresse les temples dans une fureur d'amour et de la connaissance critique qui les renverse pour ouvrir, par une enquête minutieuse, d'autres chemins à l'esprit, reste une réalité permanente, et décisive à mon sens. Faure, Espr. formes,1927, p. 19.
3. Locutions
a) Loc. adv. Avec fureur, à la fureur (vx). Avec passion et démesure. Synon. passionnément.Je t'aime à la fureur (Napoléon Ier, Lettres Joséph.,1796, p. 61).La pièce nouvelle était finie, mais j'étais bien aise de savoir ce qu'en pensait le public. La moitié l'avait applaudie avec fureur, l'autre l'avait sifflée à outrance (Jouy, Hermite, t. 2, 1812, p. 176).Cf. amoureux ex. 21.
b) Loc. verb., fam. Faire fureur. Être l'objet d'un engouement excessif. Les statistiques font rage, les dénombrements font fureur (Maurras, Kiel et Tanger,1914, p. xli).La nouvelle comédie musicale, à l'anglaise, style Geisha : la Poupée, Belle de New-York, fait fureur et ne sera détrônée que par l'opérette viennoise (Morand, New-York,1930, p. 168):
7. Les pantins, destinés d'abord à l'amusement des enfants, exerçaient sur les femmes et même sur les hommes jeunes et vieux un attrait extraordinaire; ils faisaient fureur à Paris. Les boutiques des marchands à la mode en regorgeaient... France, Dieux ont soif,1912, p. 183.
Prononc. et Orth. : [fyʀ œ:ʀ]. Ds Ac. 1694-1932. Homon. führer. Étymol. et Hist. 1. 2emoitié xes. « violente colère » (St Léger, éd. J. Linskill, 193 : A grand furor, a gran flaiel); 2. 1542 [éd.] « délire de l'inspiration » (A. Héroet, La Parfaicte amye, éd. F. Gohin, 1311); 3. 1574 [éd.] « folie, égarement de l'esprit » (Amyot, De la tranquillité de l'ame et repos de l'esprit, 8 ds Hug.); en partic. 1596 « folie qui conduit à des actes de violence » (Hulsius); 4. 1640 « (en parlant des éléments naturels) impétuosité, déchaînement » la fureur des eaux (Corneille, Cinna, V, 2). Empr. au lat. class. furor de mêmes sens. Fréq. abs. littér. : 3 385. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 5 860, b) 4 874; xxes. : a) 4 601, b) 4 016.

Fureur : définition du Wiktionnaire

Nom commun

fureur \fy.ʁœʁ\ féminin

  1. Égarement d’esprit qui tient de la rage et de la frénésie.
    • Il est devenu fou, et de temps en temps il lui prend des accès de fureur.
    • Personne n’ose l’approcher lorsque la fureur le prend.
    • Vous avez, dit-il en baissant la voix, des fureurs qui ressemblent à des jalousies ; savez-vous cela, milord ? or, ces jalousies, à propos d’une femme, ne vont point à quiconque n’est ni son amant, ni son époux — (Alexandre Dumas, Le Vicomte de Bragelonne, 1847, Michel Lévy frères, page 250)
  2. Extrême colère.
    • Au moindre geste d’improbation, il nous apostrophait et nous imposait silence avec une fureur qui nous touchait sans nous convaincre ; […]. — (Anatole Claveau, Les snobs, dans Sermons laïques, Paris : Paul Ollendorff, 1898, 3e éd., p.36)
  3. (Religion) (Vieilli) Colère de Dieu.
    • Seigneur, ne me reprenez pas dans votre fureur.
  4. Émotion et agitation violente qui s’empare d’un animal.
    • Un lion en fureur. — La fureur d’un taureau.
    • Mettre un taureau en fureur.
  5. Agitation violente de certaines choses.
    • Ce ne sont que des rochers à pic contre lesquels la mer se brise avec fureur : les vents et les vagues les ont façonnés en pyramides, en tours, en cavernes, en arcades; d'innombrables oiseaux de mer animent le paysage. — (Jules Leclercq, La Terre de glace, Féroë, Islande, les geysers, le mont Hékla, Paris : E. Plon & Cie, 1883, p.28)
    • Comme ce sont les dernières mesures de l’ouverture, l’orchestre est en pleine fureur. Les musiciens, sachant qu’ils vont pouvoir se reposer, donnent tout leur souffle. C’est une grande marée dans un ouragan. — (Germaine Acremant, Ces dames aux chapeaux verts, Plon, 1922, collection Le Livre de Poche, page 178.)
    • La fureur de la tempête, des flots, des vents, des flammes.
  6. (Par hyperbole) (Familier) Habitude importune, nuisible, etc., que quelqu’un a de faire une certaine chose.
    • Il a la fureur de se mêler des affaires des autres.
  7. Transport qui élève l’esprit au-dessus de lui-même et qui fait faire ou dire des choses extraordinaires.
    • Elle livrait un culte magnifique à l’érotisme, dans une sexualité débordante qui constituait pour elle la vraie musique de l'être, la fureur et l’enchantement pour " inouïr " la vie. Géraldine B. aimait les hommes et ceux-ci le lui rendaient à merveille. — (Kä Mana, Guérir l'Afrique du SIDA: problèmes, handicaps, défis et perspectives, Éditions Sherpa, 2004, p. 27)
    • Fureur prophétique. — Fureur bachique. — Fureur poétique. — Une sainte fureur s’empara de lui.
  8. Passion excessive, démesurée pour une personne ou pour une chose.
    • Il aime cette femme à la fureur, avec fureur.
    • Il a la fureur du jeu.
    • C’est un homme extrême en toutes choses, il aime et il hait jusqu’à la fureur.
  9. (Au pluriel) (Par hyperbole) (Familier) Transports frénétiques, emportement, excès auxquels on se livre dans la fureur, dans la colère, etc.
    • Les fureurs de l’amour. — Les fureurs du désespoir.
    • Les fureurs de la guerre civile.
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Fureur : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

FUREUR. n. f.
Égarement d'esprit qui tient de la rage et de la frénésie. Il est devenu fou, et de temps en temps il lui prend des accès de fureur. La fureur est une cause d'interdiction. Personne n'ose l'approcher lorsque la fureur le prend. Il se dit aussi d'une Extrême colère. Être transporté de fureur. La fureur l'emporte. Un mouvement, un transport de fureur. Irriter la fureur de quelqu'un. Il se dit quelquefois de la Colère de Dieu, en termes de l'Écriture sainte. Seigneur, ne me reprenez pas dans votre fureur. Il se dit aussi de l'Émotion et de l'agitation violente qui s'empare d'un animal. Un lion en fureur. La fureur d'un taureau. Mettre un taureau en fureur. Il se dit encore de l'Agitation violente de certaines choses. La fureur de la tempête. La fureur des flots, des vents. La fureur des flammes. Il se dit, par exagération et par dépit, de l'Habitude importune, nuisible, etc., que quelqu'un a de faire une certaine chose. Il a la fureur de se mêler des affaires des autres. Dans ce sens il est familier. Il se dit encore d'un Transport qui élève l'esprit au-dessus de lui-même et qui fait faire ou dire des choses extraordinaires. Fureur prophétique. Fureur bachique. Fureur poétique. Une sainte fureur s'empara de lui. Il désigne aussi une Passion excessive, démesurée pour une personne ou pour une chose. Il aime cette femme à la fureur, avec fureur. Il a la fureur du jeu. La fureur des duels. C'est un homme extrême en toutes choses, il aime et il hait jusqu'à la fureur. Par exagération et fam., Faire fureur, se dit d'une Personne ou d'une chose qui est fort en vogue, qui excite, dans le public, un grand empressement, une vive curiosité. Cette pièce, ce spectacle fait fureur. Au pluriel, il se dit des Transports frénétiques, des emportements, des excès auxquels on se livre dans la fureur, dans la colère, etc. Les fureurs de l'amour. Les fureurs du désespoir. Les fureurs d'Oreste. Les fureurs de la guerre civile.

Fureur : définition du Littré (1872-1877)

FUREUR (fu-reur) s. f.
  • 1Folie frénétique. La fureur est une cause d'interdiction. Il lui prend de temps en temps des accès de fureur. Le majeur qui est dans un état habituel d'imbécillité, de démence ou de fureur, doit être interdit, Code Nap. art. 489.

    Par exagération. Sorte de folie. Au défaut d'un meilleur refuge, iront-ils enfin se plonger dans l'abîme de l'athéisme, et mettront-ils leur repos dans une fureur qui ne trouve presque point de place dans les esprits ? Bossuet, Anne de Gonz. Quelle fureur, dit-il, quelle aveugle caprice, Quand le dîner est prêt, vous appelle à l'office ! Boileau, Lutr. I. Comme tout ce qui a rapport à l'histoire des arts est au moins aussi important que des récits de batailles, monuments de notre fureur, je finirai cette année par un fait qui servit à perfectionner la chirurgie, Duclos, Hist. Louis XI, Œuv. t. III, p. 51, dans POUGENS. N'y a-t-il pas de la fureur à nourrir des paons dont le prix n'est pas moindre que celui des statues ? Buffon, Ois. t. IV, p. 50, dans POUGENS.

    Fureur utérine, voy. NYMPHOMANIE.

    Fureur amoureuse, le rut. Cette fureur amoureuse ne dure que trois semaines ; pendant ce temps-là, ils [les cerfs] ne mangent que très peu, ne dorment ni ne reposent, Buffon, Quadrup. t. II, p. 31.

  • 2Passion excessive, démesurée pour une personne. Il aime, il hait jusqu'à la fureur. Une ombre chérie avec tant de fureur, Corneille, Œdipe, I, 1. Je l'ai livrée entre les mains de ceux qu'elle avait aimés, entre les mains des Assyriens, dont elle avait été passionnée jusqu'à la fureur, Sacy, Bible, Ézéchiel, XXIII, 9. Songez-y bien, il faut désormais que mon cœur, S'il n'aime avec transport, haïsse avec fureur, Racine, Andr. I, 4. Ce cœur né pour haïr qui brûle avec fureur, Voltaire, Fanat. V, 4. Parmi les causes qui contribuèrent à la conquête du nouveau monde, on doit compter cette fureur des femmes américaines pour les Espagnols, Raynal, Hist. phil. VI, 8.

    À la fureur, d'une façon passionnée. Ciel ! que je vous haïrais, si je ne vous aimais à la fureur ! Hamilton, Gramm. 9. Le gouverneur aimait les femmes à la fureur, Voltaire, Cand. 13.

  • 3Passion excessive, démesurée pour une chose. Que n'a-t-on pas dit de sa fermeté [de Louis XIV], à laquelle nous voyons céder jusqu'à la fureur des duels ? Bossuet, Mar.-Thér. Les fausses religions, le libertinage d'esprit, la fureur de disputer des choses divines sans fin, sans règle, sans soumission, Bossuet, reine d'Anglet. Les jeux sont devenus ou des trafics, ou des fraudes, ou des fureurs, Massillon, Car. Él. Eh bien ! son Dorante, que t'a-t-il fait ? car il me semble que ta fureur est que je le haïsse, Marivaux, Préj. vaincu, sc. 8. La fureur de la plupart des Français c'est d'avoir de l'esprit, Montesquieu, Lett. pers. 66. Malgré la fureur du paganisme dont il était possédé, il ne répandit pas une goutte de sang chrétien, Diderot, Opin. des anc. phil. (éclectisme). On n'y eut pas plutôt ouvert des cafés [à Constantinople] qu'ils furent fréquentés avec fureur, Raynal, Hist. phil. III, 12.

    Faire fureur, être fort en vogue. Cette actrice, cette pièce fait fureur. On dit aussi : Tout le monde s'y porte ; c'est une fureur ; et dans un sens analogue : Il est dans la fureur de ses succès.

  • 4 Familièrement. Habitude importune, fatigante, nuisible de faire quelque chose. Il a toujours la fureur de se mêler des affaires des autres. Comme il connaissait la fureur dont sa femme se donnait en spectacle pour sa danse et pour sa parure, Hamilton, Gramm. 7. Qui n'a pu retenir sa misérable fureur de parler, Marivaux, Marianne, 7e part. Cette fureur de charger une histoire de portraits a commencé en France par les romans, Voltaire, Russie, Préf. Hist.
  • 5Colère extrême. Vous eussiez vu leurs yeux s'enflammer de fureur, Corneille, Cinna, I, 3. Tu céderas ou tu tomberas sous ce vainqueur, Alger, riche des dépouilles de la chrétienté… dans ta brutale fureur, tu te tournes contre toi-même, et tu ne sais comment assouvir ta rage impuissante, Bossuet, Marie-Thér. Il tourna sa fureur contre les Juifs, Bossuet, Hist. I, 9. Craignez de négliger Une amante en fureur qui cherche à se venger, Racine, Andr. IV, 6. Ma tranquille fureur n'a plus qu'à se venger, Racine, Baj. IV, 5. L'auriez-vous cru, madame, et qu'un si prompt retour Fît à tant de fureur succéder tant d'amour ? Racine, Bajaz. III, 5. Cette chasse acheva de la mettre en fureur, Fénelon, Tél. VII.

    De fureur, par un mouvement de fureur. …J'étais si transporté, Que, donnant de fureur tout le festin au diable…, Boileau, Sat. III. Gilotin en gémit, et, sortant de fureur…, Boileau, Lutr. I.

    Se dit aussi des animaux. La fureur d'un taureau. Un lion en fureur. Semblable à une bête en fureur, Fénelon, Tél. VIII.

    En termes de l'Écriture sainte, la colère de Dieu. Seigneur, ne me repoussez pas dans votre fureur

  • 6Emportement, violence. L'autre d'un si grand zèle admire la fureur, Corneille, Hor. III, 2. De protestations, d'offres et de serments, Vous chargez la fureur de vos embrassements, Molière, Mis. I, 1. Dans la plus grande fureur des guerres civiles, Bossuet, Reine d'Anglet. Témoins de la fureur de mes derniers adieux, Racine, Andr. II, 2. La fureur des combats que Mentor tâchait d'éteindre, Fénelon, Tél. X. Nous n'aurions pas le temps de nous entretenir, si nous ne prévenions pas la fureur de ses politesses, Marivaux, Paysan parvenu, 2e part. J'avais toutes les raisons de croire que la fureur de ses désordres céderait aux charmes de Primerose et aux étonnantes vertus de mon ami, Voltaire, Jenni, 5. C'est en Angleterre surtout, plus qu'en aucun pays, que s'est signalée la tranquille fureur d'égorger les hommes avec le glaive prétendu de la loi, Voltaire, Dict. phil. Supplices, II.
  • 7Agitation violente de choses inanimées. L'aquilon en fureur. Mais enfin le ciel m'aime, et ses bienfaits nouveaux Ont arraché Maxime à la fureur des eaux, Corneille, Cinna, V, 2. Celui qui met un frein à la fureur des flots Sait aussi des méchants arrêter les complots, Racine, Athal. I, 1. La mer lasse de se mettre en fureur, Fénelon, Tél. VI. La terre tremblante Frémit de terreur ; L'onde turbulente Mugit de fureur, Rousseau J.-B. Cantate, Circé.
  • 8Transport qui ravit l'âme. Il fut saisi d'une fureur divine. La fureur prophétique. La fureur poétique. Fureur martiale. Une sainte fureur s'empara de lui. Je sens au second vers que la muse me dicte, Que contre sa fureur ma raison se dépite, Régnier, Sat. X. [Les esprits faciles qui] N'éprouvèrent jamais en maniant la lyre Ni fureurs ni transports, Rousseau J.-B. Ode au comte du Luc.
  • 9 Au plur. Il se dit des emportements, des transports en tout genre. Les fureurs de Roland. De poétiques fureurs. Vous voyant exposée aux fureurs d'une femme, Corneille, Nicom. I, 1. Ce qu'ont de plus affreux les fureurs de la guerre, Corneille, ib. III, 1. Pour ne point rappeler ici les guerres des Albigeois, les séditions des Vicléfites en Angleterre, et les fureurs des Taborites en Bohême, on n'avait que trop vu à quoi avaient abouti toutes les belles protestations des Luthériens en Allemagne, Bossuet, Var. X, § 25. Venez, à vos fureurs [les fureurs des Euménides] Oreste s'abandonne, Racine, Andr. V, 5. Défendez-moi des fureurs de Pharnace, Racine, Mithr. I, 2. À de moindres fureurs je n'ai pas dû m'attendre, Racine, Iphig. IV, 5. …De l'amour j'ai toutes les fureurs, Racine, Phèdre, I, 3. Il n'eût point eu le nom d'Auguste Sans cet empire heureux et juste Qui fit oublier ses fureurs, Rousseau J.-B. Ode à la fortune. Tu peux faire trembler la terre sous tes pas, Des enfers allumés déchaîner la colère ; Mais tes fureurs ne feront pas Ce que tes attraits n'ont pu faire, Rousseau J.-B. Cantate, Circé. Les princes trouvent toujours des âmes assez viles pour excuser leurs fureurs, Duclos, Hist. de Louis XI, Œuvres, t. II, p. 475, dans POUGENS. Conçois-tu bien l'excès de mes fureurs jalouses ? Voltaire, Fanat. II, 4. Ceux qui sont pénétrés de l'amour des sciences, qui n'en font pas un indigne métier et qui ne les font point servir aux misérables fureurs de l'esprit de parti, Voltaire, Mél. litt. Lett. au P. Tournemine. Cavalier [un des chefs des protestants des Cévennes, lors des dragonnades] est mort officier général et gouverneur de l'île de Jersey, avec une grande réputation de valeur, n'ayant conservé de ses premières fureurs [la violence de son fanatisme religieux] que le courage, Voltaire, Louis XIV, 36. Pourquoi demandez-vous que ma bouche raconte Des princes de mon sang les fureurs et la honte ? Voltaire, Henr. I.

    Familièrement. Des fureurs, des scènes violentes, des emportements sans raison. Ce prince [le régent] lui opposait en vain des raisons ; elle [la duchesse de Berri] y répondait par des fureurs, Duclos, Mém. Rég. Œuv. t. V, p. 396.

SYNONYME

FUREUR, FURIE. Le radical de ces deux mots est le même ; le suffixe seul est différent. Étymologiquement, la fureur est l'état d'un homme furieux ; la Furie est un personnage mythologique chargé des vengeances des dieux. De là résulte que la fureur, bien que violente, peut être cachée dans le fond de l'âme, tandis que la furie éclate au dehors. Par une conséquence naturelle, furie a pu se dire de l'impétuosité d'une attaque, comme dans cette phrase consacrée : la furie française, qui exprime l'impétuosité des assaillants ; tandis que fureur ne serait pas applicable et aurait un autre sens. D'autre part, il y a dans fureur une signification de folie, de transport qui n'est pas dans furie ; ce qui fait qu'on dit fureur prophétique, et non furie prophétique.

HISTORIQUE

XIIe s. Sire, ne me arguer en ta fuirur, e en la tue ire ne castier [châtier] mei, Liber psalm. p. 49. Lores parlerat à els sa ire, et en sa furur les conturberat, ib. p. 2.

XIIIe s. Ele [Judith] ne douta pas les furors des rois, ainz se offri à mort por sauver le pueple, Latini, Trésor, p. 62.

XIVe s. La fureur du pueple qui avoit cessé de coustiver [cultiver] les terres, Bercheure, f° 40, recto.

XVIe s. Ô la fureur d'une bruslante rage, Qui maintenant transporte mon courage, Du Bellay, J. IV, 17, recto.

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Fureur : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

* FUREUR, s. f. (Gramm. & Moral.) il se dit au singulier des passions violentes : c’en est le degré extrème ; il aime à la fureur. Mais il est propre à la colere. Au plurier, l’acception du terme change un peu. Il paroît marquer plutôt les effets de la passion que son degré ; exemple, les fureurs de la jalousie, les fureurs d’Oreste. On dit par métaphore que la mer entre en fureur ; c’est lorsqu’on voit ses eaux s’agiter, se gonfler, & qu’on les entend mugir au loin. Quand on dit la fureur des vents, on les regarde comme des êtres animés & violens. Il y a une fureur particuliere qu’on appelle fureur poétique ; c’est l’enthousiasme, voyez Enthousiasme. Il semble que l’artiste devroit concevoir cette fureur avec d’autant plus de force & de facilité, que son génie est moins contraint par les regles. Cela supposé, l’homme de génie qui converse, deviendroit plus aisément enthousiaste que l’orateur qui écrit, & celui-ci plus aisément encore que le poëte qui compose. Le musicien qui tient un instrument, & qui le fait résonner sous ses doigts, seroit plus voisin de cette espece d’ivresse, que le peintre qui est devant une toile muette. Mais l’enthousiasme n’appartient pas également à tous ces genres, & c’est la raison pour laquelle la chose n’est pas comme on croiroit d’abord qu’elle doit être. Il est plus essentiel au musicien d’être enthousiaste qu’au poëte, au poëte qu’au peintre, au peintre qu’à l’orateur, & à l’orateur qu’à l’homme qui converse. L’homme qui converse ne doit pas être froid, mais il doit être tranquille.

Fureur, (Mythol.) divinité allégorique du genre masculin chez les Romains, parce que furor dans la langue latine est de ce genre. Les Poëtes représentent ce dieu allégorique, la tête teinte de sang, le visage déchiré de mille plaies, & couvert d’un casque tout sanglant ; ce dieu, ajoûtent-ils, est enchaîné pendant la paix, les mains liées derriere le dos, assis sur un amas d’armes, frémissant de rage, & pendant la guerre ravageant tout, après avoir rompu ses chaînes. Voici la description qu’en fait Petrone dans son poëme de la guerre civile entre César & Pompée.

. . . . . . abruptis ceu liber habenis,
Sanguineum latè tollit caput, ora. . . mille
Vulneribus confossa cruenda casside velat
Hæret. . . . lævæ. . . . umbo,
Innumerabilibus telis gravis ; atque flagranti
Stipite dextra minax, terris incendia portat.

(D. J.)

Fureur, (Medecine.) c’est un symptome qui est commun à plusieurs sortes de délires ; il consiste en ce que le malade qui en est affecté, se porte avec violence à différens excès, semblables aux effets d’une sorte colere ; il ne parle, ne répond qu’avec brutalité, en criant, en insultant : & s’il cherche à frapper, à mordre les personnes qui l’environnent ; s’il se maltraite lui-même, s’il déchire, brise, renverse ce qui se trouve sous ses mains ; en un mot, s’il se comporte comme une bête féroce, la fureur prend le nom de rage.

On ne doit donc pas confondre la fureur avec la manie, quoiqu’il n’y ait point de manie sans fureur ; puisque ce symptome a aussi lieu essentiellement dans la phrénésie, assez souvent dans l’hydrophobie, & quelquefois jusqu’à la rage dans chacune de ces maladies ; mais aucune d’entr’elles n’étant aussi durable que la manie, parce qu’elle est la seule qui soit constamment sans fievre ; c’est aussi dans la manie que la fureur qui la distingue de la simple folie, subsiste le plus long-tems.

Ainsi, comme on ne peut pas traiter de la manie sans traiter de la fureur, comme du symptome qui en est le signe caractéristique, en tant qu’il est joint à un délire universel sans fievre ; pour éviter les repétitions, voyez Manie. Voyez aussi Délire, Phrénésie, Rage, Rage canine, & l’article suivant. (d)

Fureur utérine, nymphomania, furor uterinus ; c’est une maladie qui est une espece de délire attribué par cette dénomination aux seules personnes du sexe, qu’un appétit vénérien demésuré porte violemment à se satisfaire, à chercher sans pudeur les moyens de parvenir à ce but ; à tenir les propos les plus obscènes, à faire les choses les plus indécentes pour exciter les hommes qui les approchent à éteindre l’ardeur dont elles sont dévorées ; à ne parler, à n’être occupées que des idées relatives à cet objet ; à n’agir que pour se procurer le soulagement dont le besoin les presse, jusqu’à vouloir forcer ceux qui se refusent aux desirs qu’elles témoignent ; & c’est principalement par le dernier de ces symptomes, que cette sorte de délire peut être regardée comme une sorte de fureur, qui tient du caractere de la manie, puisqu’elle est sans fievre.

Ainsi comme la faim, ce sentiment qui fait sentir le besoin de prendre de la nourriture, & qui porte à le satisfaire, peut, par la privation des moyens trop long-tems continués, dégénérer en fureur jusqu’à la rage ; de même le desir de l’acte vénérien qui est un vrai besoin naturel dans certaines circonstances, eu égard au tempérament ou à d’autres causes propres à faire naître ou augmenter la disposition à ressentir vivement les aiguillons de la chair, peut être porté jusqu’à la manie, jusqu’aux plus grands excès physiques & moraux, qui tendent tous à la joüissance de l’objet, par le moyen duquel peut être assouvie la passion ardente pour le coït.

Si l’observation avoit fourni des exemples d’hommes affectés d’une envie déréglée de cette espece, poussée à une pareille extrémité, on auroit pû appeller la lésion des fonctions animales qui en seroit l’effet, fureur vénérienne ; nom qui auroit convenu à cette sorte de délire considéré dans les deux sexes : mais les hommes n’y sont pas sujets comme les femmes ; soit parce qu’en général les mœurs n’exigent nulle part d’eux la retenue, la contrainte, en quoi consiste la pudeur, cette vertu si recommandée aux femmes dans presque toutes les nations, même dans celles qui sont le moins civilisées ; parce qu’elle est une sorte d’attrait à l’égard des hommes, qui leur fait un plaisir de surmonter les obstacles opposés à leur desir, & qui contribue par conséquent davantage à entretenir le penchant des hommes pour les femmes, à favoriser la propagation de l’espece humaine ; soit aussi parce que les hommes sont constitués relativement aux organes de la génération, de maniere qu’il peut s’y exciter des mouvemens spontanés ; d’où s’ensuivent des effets propres à faire cesser le sentiment de besoin de l’acte vénérien (ressource dont le moyen n’est dans les femmes que bien imparfaitement) ; & que d’ailleurs le libertinage du cœur est assez répandu pour qu’il y ait peu d’hommes qui ne préviennent même ce soulagement naturel par l’abus de soi-même, au défaut de l’usage des femmes, dans le cas où il ne peut pas être recherché, par bienséance, ou par tout autre empêchement. Voyez Génération, Pollution, Mastupration. Ensorte qu’il peut y avoir à la vérité dans les hommes comme dans les femmes, une disposition à l’appétit vénérien, augmentée outre mesure, ainsi qu’ils l’éprouvent dans le priapisme, le satyriasis : mais elle n’est jamais portée jusqu’à dégénérer en fureur ; parce que le besoin est satisfait d’une maniere ou d’autre, avant que ce dernier excès puisse avoir lieu. Voyez Salacité, Priapisme, Satyriasis.

La mélancolie érotique n’a pas pour objet immédiat l’acte vénérien en général, mais le desir d’y procéder avec une personne déterminée que l’on aime éperdument. Voyez Erotique.

Il ne faut pas non plus confondre le prurit du vagin avec la fureur utérine ; celui-là peut être une disposition à celle-ci, mais il n’en est pas toûjours suivi ; il excite, il force à porter les mains aux parties affectées, à les frotter pour se procurer du soulagement, comme il arrive à l’égard de la demangeaison dans toute autre partie du corps, que l’on gratte dans la même vûe, c’est-à-dire pour en enlever les causes irritantes. Mais dans le cas dont il s’agit ici, les attouchemens se font sans témoin, sans indécence (voyez Vagin), en quoi ils different de ceux qu’occasionne la fureur utérine ; ou s’ils sont faits avec affectation & par des moyens contraires à l’honnêteté, c’est l’effet de la corruption des mœurs, non pas un délire.

L’appétit vénérien, œstrum venereum (dont il a été omis de traiter en son lieu, à quoi il va être un peu suppléé ici, parce que le sujet l’exige ; voyez d’ailleurs Génération), ce sentiment qui porte aux actes nécessaires ou relatifs à la propagation de l’espece, peut être excité, en le comparant à celui des alimens (voyez Faim), par l’impression que reçoivent les organes de la génération, transmise au cerveau, avec des modifications propres à affecter l’ame d’idées lascives ; ou par l’influence sur ces mêmes parties de l’ame affectée d’abord de ces idées, indépendamment de toute impression des sens ; par laquelle influence elles sont mises en jeu, & réagissent sur le cerveau ; d’où il s’ensuit que l’ame est de plus en plus fortement occupée de sensations voluptueuses qui ne peuvent cependant pas subsister long-tems sans la fatiguer ; qui la portent en conséquence à faire cesser cette inquiétude attachée à la durée de toute sorte de sentimens trop vifs ; à employer les moyens que l’instinct lui apprend être propres à produire ce dernier effet. Voyez Sens, Plaisir, Douleur, Instinct.

Si l’appétit vénérien est modéré, on peut suspendre les effets des sentimens qu’il inspire, des desseins qu’il suggere pour se procurer le moyen de le satisfaire ; comme on ne se porte pas à manger toutes les fois qu’on en a envie ; comme on se fait violence pendant quelque tems pour supporter la faim, lorsqu’on ne peut pas se procurer des alimens, ou qu’on a des raisons de s’en abstenir, enfin lorsque la faim n’est pas canine. Voyez Faim canine.

Mais ainsi que selon le proverbe ventre affamé n’a point d’oreilles, & qu’on n’écoute plus la raison qui exhorte à ne pas manger ou à prendre patience, dans les cas où on ne peut avoir des alimens à sa disposition, le sentiment du besoin pressant de nourriture l’emportant alors sur toute autre considération, & se changeant souvent en fureur : de même est-il du besoin de satisfaire l’appétit vénérien ; celui-ci comme sensitif, l’emporte sur l’appétit raisonnable : ensorte que, comme dit le poëte,

Fertur equis auriga, nec audit currus habenas.


C’est ce qui a lieu sur-tout dans les femmes qui sont doüées d’un tempérament plus délicat & plus sensible, dont la plûpart des organes sont aussi plus irritables, tout étant égal, que ceux des hommes, surtout ceux des parties génitales.

Ainsi cet excès d’appétit vénérien qui est à cet appétit régle ce que la faim canine, la boulimie, sont au desir ordinaire de manger, forme une vraie maladie, la salacité immodérée, dont le degré extreme dans les femmes, lorsqu’elle va jusqu’à déranger l’imagination, & porte à des actions violentes, est, ainsi qu’il a été dit ci-devant, la fureur utérine.

Les anciens attribuoient la cause de l’appétit vénérien excessif dans les deux sexes, à une vapeur qu’ils imaginoient s’élever en grande abondance de la liqueur séminale trop retenue & corrompue dans les testicules, qu’ils croyoient être portée par la moëlle épiniere dans le cerveau, & y troubler les esprits animaux ; d’où doit, selon eux, s’ensuivre le desordre des idées, le délire relatif à celles qui sont dominantes.

Mais comme il n’est plus question depuis long-tems de vraie semence par rapport aux femmes, ou au-moins d’aucune liqueur vraiment analogue à la liqueur séminale virile, on a cherché ailleurs la cause prochaine commune aux deux sexes du sentiment qui les porte à l’acte vénérien ; il paroît que l’on ne peut en concevoir d’autre que l’érétisme, la tension de toutes les fibres nerveuses des parties génitales, qui les rend plus susceptibles de vibrations, par les contacts physiques ou méchaniques ; ensorte que ces vibrations excitées par quelque moyen que ce soit, transmettent au cerveau des impressions proportionnées, auxquelles il est attaché de représenter à l’ame, ou de lui faire former des idées relatives aux choses vénériennes ; d’où s’ensuit une sorte de réaction du cerveau sur les organes de la génération, vers lesquels il se fait une nouvelle évasion de fluide nerveux, comme il arrive à l’égard de toutes les parties où s’exerce quelque sentiment stimulant, de quelque nature qu’il soit ; desorte que par cette émission l’érétisme se soûtient & augmente, au point que l’ame toûjours plus affectée par la sensation qui en résulte, semble en être uniquement & entierement occupée, & n’être unie qu’aux parties dont elle éprouve de si fortes influences.

Telle est l’idée générale que l’on peut prendre de ce qui produit immédiatement le desir des actes vénériens ; il reste à déterminer les différentes causes occasionnelles qui établissent l’érétisme des parties génitales dont il vient d’être parlé ; l’observation constante a appris qu’elles peuvent consister dans l’effet des douces irritations procurées à ces organes, & à ceux qui y ont rapport ; par les attouchemens, par le coït, ou par l’action stimulante de quelques humeurs acres, dont ils sont abreuvés, humectés, ou par tout autre effet externe ou interne qui peut exciter l’orgasme ; tout cela joint à la sensibilité habituelle de ces mêmes organes.

Ainsi ces causes peuvent avoir leur siége dans les parties génitales mêmes, ou elles consistent dans la disposition des fibres du cerveau relatives à ces parties, indépendamment d’aucune affection immédiate de celles-ci ; dans la tension dominante de ces fibres excitée par tout ce qui peut échauffer l’imagination & la remplir d’idées voluptueuses, lascives ; ainsi que la fréquentation de personnes de sexe différent, jeunes, de belle figure, qui font profession de galanterie ; les propos, les conversations, les lectures, les images obscenes, la passion de l’amour, les caresses de l’objet aimé ; & toutes ces choses établissent, augmentent d’autant plus cette disposition, qu’elles concourent avec un tempérament naturellement chaud, vif, entretenu par la bonne chere & l’oisiveté, dans l’âge où l’inclination aux plaisirs des sens est dans toute sa force.

Toutes ces causes morales & les conséquences qu’elles fournissent, regardent autant l’homme que la femme ; elles produisent des effets, elles font des impressions proportionnées à la sensibilité respective dans les deux sexes ; il ne peut y avoir de la différence entre les différentes causes procatartiques, qui viennent d’être rapportées, que par rapport aux causes physiques ; il faudroit donc à-présent voir de quelle maniere celles-ci sont appliquées à produire les effets dans chacun d’eux ; mais quant à l’homme, ce n’est pas ici le lieu, voyez Priapisme, Satyriasis. A l’égard de la femme dont il s’agit expressément dans cet article, on peut dire encore que la plûpart des causes physiques, les attouchemens, les frottemens, le coït, operent les impressions de la même maniere dans les deux sexes, en tant qu’ils ébranlent les houpes nerveuses des parties génitales, y causent des vibrations plus ou moins fortes, produisent des chatouillemens, des sensations délicieuses plus ou moins vives.

Ainsi ce n’est pas dans ces sortes de causes de l’orgasme vénérien que l’on trouve une autre maniere d’affecter dans les femmes que dans les hommes ; ce ne peut être que dans celles qui sont propres à leur conformation, telles que 1°. la pléthore menstruelle, qui en distendant les vaisseaux de toutes les parties génitales, donne conséquemment aussi plus de tension aux membranes nerveuses du vagin, & les rend d’une plus grande sensibilité aux approches du tems des regles, laquelle subsiste ordinairement pendant quelles sont supprimées ; de maniere que tout étant égal, les femmes sont plus disposées à l’appétit vénérien dans ces différentes circonstances, que dans toutes autres. 2°. La grande abondance de l’humeur salivaire, filtrée dans les glandes du vagin, qui étant portée dans ses vaisseaux excrétoires, les tient dilatés, tendus ; d’où suit le même effet que du gonflement des vaisseaux par le sang menstruel. 3° La qualité acre, irritante de cette humeur, qui étant versée dans la cavité du vagin, excite une sorte de prurit par son action les nerfs, lequel produit dans les membranes de cette cavité une phlogose très propre encore à les rendre susceptibles d’une grande sensibilité.

Toutes les différentes causes auxquelles il peut être attaché de produire un semblable effet, peuvent être rapportées à l’une de ces trois, ou à leur concours, différemment combiné avec le tempérament du sujet & les causes morales ci-devant mentionnées, pour établir la cause de l’appétit vénérien plus ou moins vif, à proportion de l’intensité de la disposition.

Ainsi on peut ranger parmi les choses qui peuvent contribuer à produire cette disposition, les drogues auxquelles on attribue une vertu spécifique pour cet effet, que l’on appelle par cette raison aphrosidiaques, c’est-à-dire propres à exciter aux actes vénériens. Celle qui a la réputation d’avoir le plus éminemment cette qualité, est la préparation des mouches cantharides. Voyez Cantharides. Sennert vante aussi beaucoup l’efficacité du borax à cet égard : elle est si grande, selon lui, qu’une femme ayant bû un verre d’hypocras, dans lequel on avoit dissous de cette drogue, en fut tellement échauffée pour les plaisirs de l’amour, qu’elle tomba dans une vraie fureur utérine. Un mélange de musc mêlé avec des huiles aromatiques, introduit par quelque moyen que ce soit dans la cavité du vagin, peut aussi, selon Etmuller, produire les mêmes effets.

Mais ces prétendus aphrosidiaques n’operent pour la plûpart qu’entant qu’ils sont stimulans en général, comme tous les acres subtils, pénétrans, sans aucune détermination à porter leurs effets plus particulierement sur une partie que sur une autre. L’expérience n’a appris à excepter guere que les cantharides, qui paroissent développer leur action dans les voies des urines plus qu’ailleurs ; d’où par communication elles se font sentir dans les organes de la génération, en y excitant une sorte d’érétisme.

De cette disposition corporelle produite par cette cause, ou par toute autre de celles qui viennent d’être exposées, s’ensuivent des sensations qui ne peuvent que faire naître dans l’ame des idées relatives aux plaisirs de l’amour ; comme un certain gonflement des tuniques de l’estomac, par le sang, par le suc gastrique, & l’écoulement de la salive doüée de certaines qualités, réveille dans l’ame des idées relatives à l’appétit des alimens (Voyez Faim) ; idées qui peuvent être si fortes, s’il n’y est fait diversion par quelqu’autre, que les fibres du cerveau, dont un degré déterminé de tension est la cause physique à laquelle il est attaché de produire ces idées, contractent pour ainsi dire l’habitude de cette disposition, restent tendues, & par conséquent susceptibles d’affecter l’ame de la même maniere, indépendamment de l’impression transmise des organes de la génération ; ensorte que les causes physiques qui donnent lieu à cette impression, peuvent cesser sans que l’état des fibres correspondantes du cerveau change : & il subsiste ainsi une vraie cause de délire, en tant que l’ame est continuellement occupée d’idées relatives à l’appétit vénérien, sans qu’aucune cause externe y donne lieu, & que la personne ainsi affectée juge certainement mal durant la veille de ce qui est connu de tout le monde, puisqu’elle cherche à satisfaire ses desirs sans décence, sans discrétion, par conséquent d’une maniere contraire aux bonnes mœurs & à l’éducation qu’elle a reçûe. Or, comme c’est le propre de toutes les passions de devenir plus violentes à proportion qu’elles trouvent plus de résistance, celle de l’appétit vénérien immodéré dans les femmes n’étant pas ordinairement bien facile à contenter, soit parce qu’elle est quelquefois insatiable, soit parce qu’il n’est pas toûjours possible ou permis d’employer les moyens propres à cet effet, s’irrite par-ces obstacles, & dégenere en fureur, qui parce qu’elle est censée être causée par les influences de la matrice, est appellée utérine.

Cependant non-seulement ce délire violent peut exister sans que cet organe continue à y avoir aucune part, après avoir concouru à en établir la cause, mais encore sans qu’il ait jamais été précédemment affecté d’aucun vice qui y ait rapport, & même d’aucune disposition propre à produire cet effet. Il suffit que les causes morales ayent fortement influé sur le cerveau, pour y établir celle de la fureur utérine ; ainsi que l’idée vive, le desir pressant de différens alimens, ou autres choses singulieres, qui affectent les femmes grosses, suffisent pour leur en donner de fortes envies, qui ressemblent souvent à un vrai délire, sans qu’il y ait aucune autre cause particuliere dans les organes qui puisse faire naître l’idée de cet appétit, de ces fantaisies : c’est alors une véritable espece de mélancolie maniaque. Voyez Envie, Mélancolie, Manie.

Mais la fureur utérine ne s’établit jamais tout de suite, avec tous les symptomes qui la caractérisent. Les personnes qui en sont affectées, ont toûjours commencé à ressentir par degrés les aiguillons de la chair ; quoiqu’elles en soient d’abord fort inquiétées, la pudeur les retient pendant quelque tems ; elles tâchent de ne pas manifester le sentiment honteux qui les occupe fortement ; elles sont alors d’une humeur sombre, taciturne, triste ; & il leur échappe de tems en tems des soupirs, des regards lascifs, sur-tout lorsqu’il se présente à elles des hommes, ou que l’on tient quelque propos qui a rapport aux plaisirs de l’amour ; elles rougissent, leur visage s’allume ; & si on leur touche le pouls dans ce tems-là, on le trouve plus agité, ainsi qu’il arrive dans la passion érotique. Voyez Erotique. Galien assûre qu’il n’a jamais été trompé à employer ce moyen, lorsqu’il a eu à découvrir les maladies causées par les desirs vénériens. Après ces premiers symptomes, lorsque le mal augmente, les personnes affectées paroissent perdre peu-à-peu toute pudeur ; elles deviennent babillardes ; elles ne cachent plus l’inclination qu’elles ont à s’entretenir, à jaser sur les plaisirs de l’amour ; elles s’emportent facilement contre les personnes qui les contrarient, qui tâchent de les contenir ; elles se livrent aussi quelquefois sans sujet à des accès de colere dangereuse ; elles paroissent violemment agitées ; elles font de grands cris mêlés d’éclats de rire, & passent subitement à donner des marques de chagrin, de douleur, à répandre des larmes, jusqu’à paroître desolées, desespérées ; ce qui dure peu, pour passer à un état opposé.

Enfin ces malheureuses en viennent à ne garder plus aucune mesure, à demander, à rechercher ce qui peut les satisfaire, à témoigner leur desir par les propos, les invitations, les gestes, & à se livrer pour cet effet au premier venu, s’il se trouve quelqu’un qui veuille s’y prêter ; elles ne se contentent pas de peu ; elles ne font souvent qu’irriter leur desir par ce qui sembleroit devoir suffire pour les assouvir ; ce qui a lieu surtout dans les cas où la cause n’a pas son siége dans les parties génitales, où elle n’est pas par conséquent de nature à cesser par les effets des actes vénériens, où en un mot elle dépend absolument du dérangement du cerveau, parce qu’il n’est pas susceptible d’être corrigé par le remede ordinaire de l’amour, qui est la joüissance : au contraire ce vice en devient toûjours plus considérable, attendu que l’érétisme des fibres nerveuses & l’orgasme doivent nécessairement augmenter de plus en plus par cet effet, & par conséquent l’idée de desir qui est attachée à cet état doit être de plus en plus forte & violente. C’étoit sans doute par l’effet d’un délire de cette espece porté à cet excès, que Messaline étoit plûtôt fatiguée, lassée, que rassasiée des plaisirs grossiers auxquels elle se prostituoit sans mesure avec la plus infame brutalité. Ce ne peut être aussi vraissemblablement que par cause de maladie, que Sémiramis, cette reine des Assyriens, après s’être rendue digne des plus grands éloges, tomba dans la plus honteuse & la plus excessive dissolution, jusqu’à se livrer à un grand nombre de ses soldats, qu’elle faisoit après cela périr par les moyens les plus cruels. Martial fait mention des énormes débauches d’une Cœlia, qui ne pouvoient être aussi, selon toute apparence, que l’effet d’une fureur utérine, puisqu’elle n’étoit pas une prostituée de profession ; autrement il n’y auroit rien eu de remarquable dans ses excès. Ce poëte en parle ainsi, Ep. lib. VII.

Das Cattis, das Germanis, das Cœlia Dacis,
Nec Cilicum spernis,
&c.

Le peu d’exemples que l’on peut citer de personnes atteintes de cette maladie, prouve qu’elle n’a par conséquent jamais été bien commune ; & elle est devenue toûjours plus rare, à mesure que les mœurs sont devenues plus séveres sur le commerce entre les deux sexes, parce qu’il en résulte moins de causes occasionnelles ; mais elle se présente encore quelquefois. Il est peu d’auteurs qui ayant été grands praticiens, n’ayent eu quelques observations autoptiques à rapporter à ce sujet, avec différentes circonstances : M. de Buffon, sans être medecin (hist. nat. tom. IV. de la puberté), dit avoir eu occasion d’en voir un exemple dans une jeune fille de douze ans, très-brune, d’un teint vif & fort coloré, d’une petite taille, mais déjà formée avec de la gorge & de l’embonpoint : elle faisoit les actions les plus indécentes au seul aspect d’un homme ; rien n’étoit capable de l’en empêcher, ni la présence de sa mere, ni les remontrances, ni les châtimens : elle ne perdoit cependant pas totalement la raison ; & ses accès, qui étoient marqués au point d’en être affreux, cessoient dans le moment qu’elle demeuroit seule avec des femmes. Aristote prétend que c’est à cet âge que l’irritation est la plus grande, & qu’il faut garder le plus soigneusement les filles. Cela peut être vrai pour le climat où il vivoit : mais il paroît que dans les pays froids le tempérament des femmes ne commence à prendre de l’ardeur que beaucoup plûtard.

On observe en général que les jeunes personnes sont plus sujettes à la fureur utérine, que celles d’un âge avancé. Mais les filles brunes de bonne santé, d’une forte complexion, qui sont vierges, sur-tout celles qui sont d’état à ne pouvoir pas cesser de l’être ; les jeunes veuves qui réunissent les trois premieres de ces qualités ; les femmes de même qui ont des maris peu vigoureux, ont plus de disposition à cette maladie que les autres personnes du sexe : on peut cependant assûrer que le tempérament opposé est infiniment plus commun parmi les femmes, dont la plûpart sont naturellement froides, ou tout-au-moins fort tranquilles sur le physique de la passion qui tend à l’union des corps entre les deux sexes.

La fureur utérine est susceptible d’une guérison facile à procurer, si on y apporte remede dès qu’elle commence à se montrer, & sur-tout avant qu’elle ait dégénéré en une manie continuelle : car lorsqu’elle est parvenue à ce degré, il est arrivé quelquefois que le mariage même ne la calme point. Il y a des exemples de femmes qui sont mortes de cette maladie : cependant dans le cas même où elle est dans toute sa force, on est fondé à en attendre la cessation ; il y a même lieu de la regarder comme prochaine, lorsque les accès sont moins longs, que les intervalles deviennent plus considérables, & que l’on peut parler des plaisirs vénériens, sans que la malade paroisse en être aussi affectée, aussi portée à s’occuper de l’objet de son délire qu’auparavant. On doit être prompt à empêcher les progrès de cette maladie naissante, d’autant plus qu’elle peut non seulement avoir les suites les plus fâcheuses pour la personne qui en est affectée, mais encore elle établit un préjugé deshonorant à l’égard de la famille à qui elle appartient ; préjugé toûjours injuste, s’il n’y a point de reproche à faire aux parens concernant l’éducation & les soins qu’ils ont dû prendre de la conduite de la malade, qui d’ailleurs avec toute la vertu possible, peut être tombée dans le cas de paroître en avoir secoué entierement le joug, parce que l’ame ne se commande pas toûjours elle-même, parce que les sens lui ravissent quelquefois tout son empire, & qu’elle est réduite alors à n’être que leur esclave.

Les indications à remplir dans le traitement de la fureur utérine, doivent être tirées de la nature bien connue de la cause prochaine qui produit cette maladie, jointe à celle de ses causes éloignées, de ses causes occasionnelles, & du tempérament de la personne affectée.

Si elle est naturellement vive, sensible, voluptueuse, qu’elle puisse légitimement se satisfaire par l’usage des plaisirs de l’amour, c’est communément le plus sûr remede qui puisse être employé contre la fureur utérine, selon l’observation des plus fameux praticiens, qui pensent que la maxime générale doit être appliquée dans ce cas : quo natura vergit, eò ducendum ; aussi n’en trouve-t-on aucun qui ne propose cet expédient comme le plus simple, lorsqu’il peut être mis en usage. Voyez les observations à ce sujet, de Skenchius, de Bartholin, d’Horstius ; les œuvres de Sennert, de Riviere, d’Etmuller, &c.

En effet il en est de cet appétit, lorsqu’il peche plutôt par excès que par dépravation, comme de celui des alimens, lorsqu’il n’est qu’un desir violent des alimens ; la faim s’appaise en mangeant.

Mais si la fureur utérine ne dépend ni du tempérament seul, ni d’aucun vice dans les parties génitales ; si elle n’est autre chose qu’un vrai délire mélancolique, maniaque, provenant du vice du cerveau, sans aucune influence étrangere à ce viscere, on a vû dans ce cas que les actes vénériens ne procurent aucun soulagement, & qu’ils sont insuffisans, quelque répétés qu’ils puissent être, pour faire cesser la disposition des fibres nerveuses, qui entretiennent ou renouvellent continuellement dans l’ame l’idée d’un besoin qui n’existe réellement point. Il en est dans ce cas comme de la faim, que le manger ne fait pas cesser. Voyez Faim canine. Il faut alors avoir recours aux remedes physiques & moraux, propres à détruire cette disposition.

On peut encore concevoir des cas où la fureur utérine, bien loin d’être calmée par les moyens qui semblent d’abord les plus propres à satisfaire les desirs déréglés en quoi elle consiste, ne fait qu’être irritée par ces mêmes moyens, en tant qu’ils augmentent & soûtiennent l’orgasme dans les parties génitales, dont l’impression ne cesse d’être transmise au cerveau, & d’y rendre l’érétisme toûjours plus violent ; ensorte que dans ces différens cas ils seroient plûtôt utiles à être employés dans la suite comme préservatifs, que comme curatifs.

Mais si la malade, quoique très-bien dans le cas où le coït pourroit lui être salutaire, n’est pas susceptible d’un pareil conseil, comme le mal est pressant, & qu’il ne faut pas lui laisser jetter de profondes racines, il faut recourir aux moyens convenables que l’art propose, pour faire cesser les effets d’un sentiment aussi importun que révoltant par sa nature. Ainsi lorsqu’il y a lieu d’attribuer la maladie à la pléthore, soit qu’elle soit naturelle à l’approche de l’évacuation menstruelle, soit qu’elle provienne de cette évacuation supprimée, on doit employer la saignée à grande dose & à plusieurs reprises, à proportion de l’intensité de cette cause déterminante, & il faut travailler à rétablir les regles selon l’art. Voyez Menstrues.

Si la maladie dépend d’un engorgement des glandes & des vaisseaux salivaires du vagin, avec chaleur, ardeur dans les parties génitales, on peut faire usage avec succès d’injections, d’abord rafraîchissantes, tempérantes ; & après qu’elles auront produit leur effet, on continuera à en employer, mais d’une nature différente. On les rendra legerement acres, apophlegmatisantes. Les bains domestiques, les lavemens émolliens, les tisanes émulsionnées, nitreuses, conviennent pour satisfaire à la premiere de ces deux indications-ci. Les purgatifs minoratifs, les doux hydragogues, les ventouses aux cuisses, les sangsues à l’anus pour procurer un flux hémorrhoïdal, peuvent être placés avec succès pour remplir la seconde. En détournant de proche en proche les humeurs dont sont surchargées les membranes du vagin, on doit observer d’accompagner l’usage de ces différens remedes d’un régime propre à changer la qualité des humeurs, à en corriger l’acrimonie, l’ardeur dominante, à en refréner la partie bilieuse stimulante : ainsi l’abstinence de la viande, sur-tout du gibier ; des alimens épicés, salés ; des liqueurs spiritueuses, du vin même, & un grand retranchement sur la quantité ordinaire de la nourriture (sine baccho & cerere friget venus) ; l’attention de faire éviter l’usage de tout ce qui peut favoriser la mollesse, la sensualité, comme les trop bons lits, les coetes, qui, comme on dit, échauffent les reins ; en un mot de prescrire un genre de vie austere à tous égards.

Si la maladie doit être attribuée principalement à des causes morales, il faut être extrèmement sévere à les faire cesser ; il faut éloigner tout ce qui peut échauffer l’imagination de la malade, lui présenter des idées lascives ; ne la laisser aucunement à portée de voir des hommes ; lui fournir la compagnie de personnes de son sexe, qui ne puissent lui tenir que des propos sages, réservés, qui lui fassent de douces corrections, qui lui rappellent ce qu’elle doit à la religion, à la raison, aux bonnes mœurs, à l’honneur de sa famille : en même tems, on pourra faire usage de tous les remedes propres à combattre la mélancolie, la manie : les anti-hystériques, les anti-spasmodiques, les anodyns, les narcotiques, sont les palliatifs les plus assûrés à employer, en attendant que l’on ait pû détruire entierement la cause par les moyens convenables.

La plûpart des auteurs proposent plusieurs médicamens, comme des spécifiques pour éteindre les ardeurs vénériennes ; tels que le camphre enflammé & plongé dans la boisson ordinaire, ou employé tout autrement, sous quelque forme que ce soit : il est bon à joindre à tous les autres remedes propres à détruire l’excès de l’appétit vénérien. Horstius, epist. ad Bartholinum, assûre n’avoir jamais éprouvé que de très grands effets du camphre, l’ayant souvent mis en usage pour des filles attaquées de la fureur utérine. Voyez Camphre. On trouve aussi le suc de l’agnus castus, des tendrons de saule, de morelle, de petite joubarbe, très-recommandé pour être donné dans les juleps, contre cette maladie : on fait aussi avec succès des décoctions des feuilles de ces plantes, pour les injections, les fomentations, les bains nécessaires. On vante beaucoup aussi les bons effets du nymphéa, des violettes, de leur syrop : on conseille sur-tout très-fort l’usage des préparations de plomb, entr’autres du sel de Saturne ; mais seulement pour les personnes qui ne sont pas & qui ne doivent jamais être dans le cas de faire des enfans ; parce que ce métal pris intérieurement rend, dit-on, les femmes stériles. Riviere, dans l’idée où il étoit qu’il falloit attribuer la fureur utérine à la semence échauffée, faisoit prendre, pour l’évacuer, des bols de térébenthine. Quel cas fera d’un pareil remede le medecin qui ne croit pas à l’existence de cette humeur séminale, & qui ne juge de son effet que par l’idée qu’en donne ce vénérable praticien?

Mais aucun de tous ces médicamens ne convient dans le traitement de la maladie dont il s’agit, qu’entant qu’il peut satisfaire à quelqu’une des différentes indications qui se présentent à remplir, & non point par aucune autre vertu spéciale. Il n’en est aucun qui puisse être employé indistinctement dans tous les cas : c’est au medecin prudent à choisir entr’eux, conformément à l’idée qu’il s’est faite de la nature de la maladie, d’après les conséquences qu’il a judicieusement tirées de la nature de ses causes & de ses symptomes, combinée avec la constitution de la malade. (d)

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Étymologie de « fureur »

Étymologie de fureur - Littré

Prov. et esp. furor ; ital. furore ; du lat. furorem.

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Étymologie de fureur - Wiktionnaire

Du latin furor.
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Phonétique du mot « fureur »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
fureur fyrœr play_arrow

Évolution historique de l’usage du mot « fureur »

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Citations contenant le mot « fureur »

  • Balcon, terrasse, cour, jardinet… Avec la liberté retrouvée, il ne faut pas baisser la garde. Continuer avec le même enthousiasme, la même envie et un peu plus de méthode est impératif. Que cela soit à la campagne si l’on dispose de peu de temps, ou en ville, où la place est comptée, les mini-potagers font fureur. Ce type de potager de poche oblige le jardinier à optimiser au maximum les cultures et les récoltes. La Croix, Confiné ou déconfiné, le potager de poche fait fureur
  • Ouais, surtout faire fureur, ça fait littér-alement mousse-tache.. lindependant.fr, Narbonne : French Sudiste, la marque qui fera fureur sur le littoral cet été - lindependant.fr
  • Donald Trump s’en va-t-en campagne, comme d’autres s’en vont en guerre. Dans le bruit et la fureur. Avec la volonté affichée d’en découdre puisqu’il lui est impossible et même inconcevable de rassembler. , Politique | De bruit et de fureur
  • Une des premières choses de l’homme, c’est sa fureur pour la nouveauté, deux grands mobiles font agir les hommes ; la peur et la nouveauté. De Nicolas Machiavel / Le Prince
  • Traverse tranquillement le bruit et la fureur et n’oublie pas la paix que peut t’apporter le silence. De Helen Fielding / Bridget Jones, l’âge de raison
  • Celui qui met un frein à la fureur des flots Sait aussi des méchants arrêter les complots. De Jean Racine / Athalie
  • Songez-y bien : il faut désormais que mon coeur, S'il n'aime avec transport, haïsse avec fureur. De Jean Racine / Andromaque
  • On apprend plus d'un bon savant en fureur que de vingt tâcherons lucides et laborieux. De Rudyard Kipling / Souvenirs
  • J’ouvre des livres comme une certaine fureur ouvrait la bouche de l’oracle. De Bernard Noël / La Chute des temps, 1993
  • La parole douce rompt la colère, la parole dure excite la fureur. De La Bible / Le livre des proverbes
  • Tous les amoureux ont douze ans, d'où la fureur des adultes. De Philippe Sollers / Passion fixe
  • La fureur ne vient qu'à ceux qui s'y préparent. De Jean-Marie Poupart / Ma tite vache a mal aux pattes
  • Chez la plupart des hommes, le calme est léthargie, l'émotion fureur. De Epicure / Maximes
  • Tu auras beau soigner au mieux un serpent, à sa première fureur tu recevras ta rétribution. De Abu Shakour / Les premiers Poètes persans
  • Gardez de négliger Une amante en fureur qui cherche à se venger. De Jean Racine / Andromaque
  • L'insurrection est l'accès de fureur de la vérité. De Victor Hugo / Les Misérables
  • Dans cet univers plein de bruit et de fureur, c'est le bruit des uns qui provoque la fureur des autres. De Antoine Blondin / Quat'saisons
  • D'une mère en fureur épargne-moi les cris. De Jean Racine / Iphigénie
  • C'est un récit conté par un idiot, plein de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien. William Shakespeare, Macbeth, V, 5, MacbethLe Bruit et la Fureur, titre d'un roman de William Faulkner
  • La jeunesse ne peut commander à soi-même ; Cet âge toujours porte une fureur extrême. Robert Garnier, La Troade

Traductions du mot « fureur »

Langue Traduction
Corse furia
Basque haserrea
Japonais 怒り
Russe неистовство
Portugais fúria
Arabe غضب شديد
Chinois 愤怒
Allemand wut
Italien furia
Espagnol furia
Anglais fury
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Synonymes de « fureur »

Source : synonymes de fureur sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « fureur »



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