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Détester

Définitions du mot « détester »

Trésor de la Langue Française informatisé

DÉTESTER, verbe trans.

A.− Vieilli. Maudire.
Absol. Proférer des malédictions.
P. ext. [P. réf. à un code moral, religieux, etc.] Accuser, réprouver, mépriser. Je déteste ces horreurs, j'abhorre et je méprise les hommes qui ont pu se les permettre, s'écria Lucien (Stendhal, L. Leuwen,t. 2, 1836, p. 362).Jahvé déteste et maudit les méchants; il bénit les justes et les humbles (Dict. théol. cath.,t. 4, 1repart., 1920, p. 976).
B.− Avoir en horreur; éprouver une aversion, une répulsion, une antipathie déclarée pour quelqu'un ou pour quelque chose. Détester les gens bavards; détester qqn du fond du cœur :
Les incroyants me détestent, parce que je bafoue leurs sophismes, et les croyants m'abhorrent, parce que je conspue leur lâcheté. Bloy, Journal,1894, p. 136.
SYNT. Détester la bigoterie, la brutalité, la guerre; détester faire des visites; détester + inf.; détester de + inf.; détester que...
Emploi pronom. réciproque. Anton. s'accorder.Il y en avait deux de visages chagrins, qui se détestaient au point de ne jamais s'adresser la parole (Zola, E. Rougon,1876, p. 278).
P. hyberb. [En parlant de ce qu'on ne peut supporter, de ce qu'on n'aime pas] Détester le canard, le cigare, le whisky. Je déteste la cuisine à l'huile et j'exècre d'autant plus le lait que je le digère mal (Huysmans, En route, t. 1, 1895, p. 232).
À la forme négative. Ne pas détester. Aimer. Elle était douce comme un mouton, bonne comme du pain (...) Elle ne détestait personne, elle excusait tout le monde (Zola, Assommoir,1877, p. 502).
Rem. On rencontre ds la docum. le subst. masc. détestateur. Un écrivain détesté et détestateur de ce monde abominable (Bloy, Journal, 1899, p. 360).
Prononc. et Orth. : [detεste], (je) déteste [detεst]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1461 « maudire » (François Villon, Œuvres, éd. J. Rychner et A. Henry, Testament, 781). Empr. au lat. class.detestari « détourner en prenant les dieux à témoin; exécrer ». Fréq. abs. littér. : 2 116. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 1 947, b) 2 786; xxes. : a) 2 501, b) 4 339. Bbg. Quem. Fichier.

Wiktionnaire

Verbe

détester \de.tɛs.te\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. (Vieilli) Maudire.
  2. (Par extension) Avoir en aversion ; réprouver.
    • Oh ! Dieu merci, non ; cela m’est bien égal. Je hais profondément la huguenoterie, mais je ne déteste pas les huguenots, et puis c’est la mode. — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, volume I, chapitre VII)
    • Sa femme était morte, ses enfants le détestaient, une rebeue lui parlait comme à un chien, pour le Syndicat il était un traître, pour le gouvernement le dernier des cons, il ne serait pas ministre et sans doute plus député pour longtemps, qu'est-ce qui lui restait ? — (Gérard Mordillat, Ces femmes-là, éditions Albin Michel, 2019)
  3. (Par affaiblissement) (Familier) Ne pas supporter ; ne pas aimer ; ne pas apprécier.
    • Au début, je le détestais avec sa fixette sur la mariologie, sa morale moyenâgeuse et ses prises de position rétrogrades sur la contraception. Et puis je suis tombée amoureuse de lui. — (Roland Brunnier, Rome Sweet Rome, page 50, Société des Ecrivains, 2008)
    • (Par litote)[…], et nous avons été ensemble boire une petite goutte au débit d’à côté ; le pauvre vieux ne déteste pas ça, quoi qu'il n'en ait jamais abusé. — (Émile Thirion, La Politique au village, p. 133, Fischbacher, 1896)
    • Pyrrhon aimait que l’orateur Démosthène injuriât si bien Philippe; il n’eût pas détesté que Philippe injuriât aussi bien l’orateur Démosthène. — (Patrick Carré, Yavana, page 44, Phébus, 1991)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

DÉTESTER. v. tr.
Avoir en aversion. Détester ses péchés. Détester son crime. Détester les désordres de sa vie passée. On ne peut trop détester cette action. La méchanceté de cet homme fait qu'on le déteste. Il se fait détester de tout le monde. Il abhorre ses fautes, il se déteste lui-même. Il se dit, par exagération et familièrement, en parlant de Ce qu'on ne peut endurer, supporter. Je déteste l'hiver. Il déteste ces faiseurs de compliments.

Littré (1872-1877)

DÉTESTER (dé-tè-sté)
  • 1 V. n. Jurer, pester. Pour venir au chartier embourbé dans ces lieux, Le voilà qui déteste et jure de son mieux, La Fontaine, Fabl. VI, 18.
  • 2 V. a. Condamner par paroles de réprobation. Tous accusent leurs chefs, tous détestent leur choix, Corneille, Hor. III, 2. Il déteste sa vie et ce complot maudit, Corneille, Cinna, IV, 1. Quand, dis-je, par un sort à mes désirs propice, Il reviendrait m'offrir sa vie en sacrifice, Détester à mes pieds l'action d'aujourd'hui, Molière, Dépit am. II, 4. Maudissez Jacob, hâtez-vous de détester Israël, Sacy, Bible, Nombres, XXIII, 7. Quelquefois elle déplore son aveuglement, d'autres fois elle le déteste, Bourdaloue, Carême, II, Aveuglement spirit. 346. Il pleura son crime, il le détesta, Bourdaloue, ib. I, Cendres, 69. Vous vous laissez aller à ces impiétés, êtes-vous les premières à les détester ? Bourdaloue, Avent, Resp. hum. 372. J'ai conçu la grièveté de mon péché et je l'ai détesté, Bourdaloue, ib. Pénit. 199. S'ils persistent dans leur infamie, détestez-la hautement, Massillon, Disc. synodaux, Observ. des stat. et ord. du dioc. Santeuil reçut les sacrements, et édifia autant qu'il fut regretté d'une compagnie peu portée à l'édification, mais qui détesta une si cruelle expérience [le tabac dans le verre], Saint-Simon, 50, 85.
  • 3Avoir en horreur. Je respecte autant l'un que je déteste l'autre, Corneille, Rodog. III, 4. Détestant ses rigueurs, rabaissant ses attraits, Je défiais ses yeux de me troubler jamais, Racine, Andr. I, 1. Objet infortuné des vengeances célestes, Je m'abhorre encor plus que tu ne me détestes, Racine, Phèd. II, 5. Rappelons-nous ce moment de la découverte, cette première entrevue des deux mondes, pour détester le nôtre, Raynal, Hist. phil. VI, 5.
  • 4Ne pouvoir endurer, supporter. Je déteste l'hiver. Je déteste les faiseurs de compliments.
  • 5Se détester, v. réfl. Avoir horreur de ses fautes. Se condamnant et se détestant pour avoir prêté les mains à une si coupable action.

    Avoir une haine violente l'un pour l'autre. Ces deux hommes se détestent.

HISTORIQUE

XVe s. Somme, plus ne diray qu'ung mot ; Car commencer vueil à tester ; Devant mon cler Fremin qui m'ot [m'entend], S'il ne dort, je vueil protester, Que n'entends homme detester En ceste presente ordonnance, Villon, Grand testam.

XVIe s. Detester toute voye de tromperie, Montaigne, I, 24. À quoy Theano s'opposa, disant qu'elle estoit religieuse pour prier et benir, non pas pour detester et mauldire, Amyot, Alc. 41. Fabricius, detestant la meschanceté de ce medecin, escrivit une lettre à Pyrrhus, Amyot, Pyrrh. 44. Celui-ci, detestant contre ses compagnons, s'offrit à remonter le bastion, D'Aubigné, Hist. II, 363.

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Étymologie de « détester »

Du latin detestari.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Lat. detestari, de la préposition de, et testari, attester (voy. TESTER). Le premier sens de detestari est repousser avec serment une assertion ou une accusation ; et de là vient l'idée d'horreur pour les personnes ou pour les choses.

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Phonétique du mot « détester »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
détester detɛste

Évolution historique de l’usage du mot « détester »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « détester »

  • Les hommes qui ont pris la résolution de détester leurs semblables ignorent qu'il faut commencer par se détester soi-même. Isidore Ducasse, dit le comte de Lautréamont, Poésies, II
  • Pour justement détester la musique moderne, il faut la connaître. Ainsi, on pourra la détester plus intelligemment. Ou bien, sait-on jamais, l'apprécier. De Leonard Bernstein
  • Le propre des imbéciles est de détester tout ce qu'ils ignorent. De Anonyme
  • Il faut avoir diablement aimé les femmes pour les détester. De Paul Léautaud
  • Ce but était d'ailleurs l'un des points qui nous faisait particulièrement détester Homelander. Mensonge, manipulation, perversité...le super-héros est loin de l'image que le public a de lui. Sous ses airs sympathiques et fédérateurs, se cache en réalité l'un des plus redoutables super-vilains. Des caractéristiques et une dualité qui font d'ailleurs de lui un antagoniste particulièrement intéressant pour The Boys, à mesure que la série nous dévoile ces deux facettes. Bien que l'équipe de Billy Butcher ne possède aucun pouvoir, Homelander est aussi la preuve que super ne rime pas forcément avec héros. Son opposition et désormais son lien avec le chef des Boys est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles on adore le détester alors que devrait se dessiner une intrigue intéressante entre lui, Billy et Becca. melty, The Boys saison 2 : Pourquoi on adore détester Homelander ? | melty
  • «Les parents doivent entendre qu’il est normal de ne pas tout aimer. Vous pouvez aimer et adorer votre précieux enfant plus que tout et détester encore une partie du voyage. JAPANFM, Le «vrai» rôle parental de la mère contre les flics – JAPANFM

Images d'illustration du mot « détester »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « détester »

Langue Traduction
Anglais to hate
Espagnol odiar
Italien odiare
Allemand hassen
Chinois 讨厌
Arabe للكراهية
Portugais odiar
Russe ненавидеть
Japonais 嫌いに
Basque gorroto
Corse à odià
Source : Google Translate API

Synonymes de « détester »

Source : synonymes de détester sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « détester »

Détester

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