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Adorer

Définitions du mot « adorer »

Trésor de la Langue Française informatisé

ADORER, verbe trans.

I.− Emploi trans.
A.− RELIG. Rendre un culte à Dieu, à une divinité, à un symbole divin, etc. :
1. Il y élévera une ville de paix et de lumière. Un peuple saint viendra l'habiter. Ses portes s'ouvriront au soleil levant, et ne se fermeront plus pendant toutes les éternités. Les nations y viendront au son des instruments, et en chantant des cantiques, louer et adorer le Seigneur, qui leur aura procuré tous ces bienfaits. L.-C. de Saint-Martin, L'Homme de désir,1790, p. 396.
2. Dans quel canton de l'Inde est votre pagode? − Partout, répondit le paria : ma pagode c'est la nature; j'adore son auteur au lever du soleil, et je le bénis à son coucher. J.-H. Bernardin de Saint-Pierre, La Chaumière indienne,1791, p. 100.
3. « ... si nous la [la nature] considérons avec un cœur simple, nous y verrons Dieu dans sa puissance, son intelligence et sa bonté; et comme nous sommes faibles, ignorants et misérables, en voilà assez pour nous engager à l'adorer, à le prier, et à l'aimer toute notre vie sans disputer. » J.-H. Bernardin de Saint-Pierre, La Chaumière indienne,1791p. 107.
4. Tous les Tartares en général ont le plus grand respect pour le soleil; ils le regardent comme le père de la lune, qui emprunte de lui sa lumière; ils font des libations en l'honneur des élémens, et surtout en l'honneur du feu et de l'eau. Les Votiaks du gouvernement d'Orenbourg adorent la divinité de la terre, qu'ils appellent Mon-Kalzin; le dieu des eaux, qu'ils nomment Vou-Imnar; ils adorent aussi le soleil, comme le siège de leur grande divinité. Ch.-F. Dupuis, Abrégé de l'origine de tous les cultes, préf., 1796, pp. 22-23.
5. Ainsi, la loi d'adorer Dieu, d'honorer son père, de respecter la femme d'autrui, est généralement obligatoire, et ne peut admettre de dispense, et la loi qui prescrit la manière d'adorer Dieu en entendant la messe le dimanche, en solennisant les fêtes, ou même de n'avoir qu'une femme, est conditionnellement obligatoire, suppose certaines circonstances de temps, de lieu et de position, et elle est susceptible de dispense; ... L.-G.-A. de Bonald, Législation primitive,t. 2, 1802, p. 30.
6. Je ne vois pas là de quoi accuser et injurier les Turcs. Cette prétendue intolérance brutale, dont les ignorants les accusent, ne se manifeste que par de la tolérance et du respect pour ce que d'autres hommes vénèrent et adorent. Partout où le Musulman voit l'idée de Dieu dans la pensée de ses frères, il s'incline et il respecte. A. de Lamartine, Voyage en Orient,t. 1, 1835, p. 442.
7. Si, tandis qu'elle court et cueille à la volée, Une croix se rencontre, elle, soudain voilée, Humble, ses yeux riants baissés, et de sa main Faisant une autre croix lentement sur son sein, Se prosterne à genoux, adore les mystères Et prie éperdument les plus hautes prières. M. de Guérin, Poésies,Maurice et François, 1839, p. 69.
8. lui. − Ah! monsieur, d'abord notre mère nous l'a bien dit, et puis après, quand j'ai été grand, j'ai bien connu de bonnes âmes qui m'ont conduit dans les églises où l'on se rassemble pour L'adorer et Le servir en commun, et pour écouter les paroles qu'Il a chargé ses saints de révéler aux hommes en son nom. A. de Lamartine, Le Tailleur de pierre de Saint-Point,1851, p. 425.
9. Ces différentes règles prouvent assez que, dans l'opinion des anciens, il ne s'agissait pas seulement de produire ou de conserver un élément utile et agréable; ces hommes voyaient autre chose dans le feu qui brûlait sur leurs autels. Ce feu était quelque chose de divin; on l'adorait, on lui rendait un véritable culte. N.-D. Fustel de Coulanges, La Cité antique,1864, p. 22.
10. Le Grand prêtre. − T'es-tu fait des images taillées ou des représentations des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont ici-bas sur la terre ou dans les eaux plus bas que la terre? (Saül hausse les épaules avec impatience). Ne t'es-tu pas prosterné devant elles et ne les as-tu point adorées? Car je suis l'Éternel, ton Dieu, un Dieu fort et jaloux. A. Gide, Saül,1903, III, 5, p. 325.
1. Emploi abs. Adorer la divinité :
11. Pour moi, je vois Dieu partout, je sens mon âme par la conscience : qu'ai-je besoin d'autres preuves pour être bon père, bon ami, excellent citoyen, en un mot, honnête homme? Nos têtes s'inclinèrent, et nous adorâmes. J. Dusaulx, Voyage à Barège et dans les Hautes-Pyrénées, t. 1, 1796, p. 201.
12. À peine a-t-il prononcé ces mots, qu'une force surnaturelle me contraint de tomber à genoux, et m'incline la tête au pied du lit d'Atala. Le prêtre ouvre un lieu secret, où étoit renfermée une urne d'or, couverte d'un voile de soie : il se prosterne et adore profondément. F.-R. de Chateaubriand, Génie du Christianisme,t. 2, 1803, p. 256.
13. Il étend au loin ses racines; Comme un troupeau sur les collines, Sa famille couvre Ségor; Puis dans un riche mausolée Il est couché dans la vallée, Et l'on diroit qu'il vit encor. C'est le secret de Dieu, je me tais et j'adore! A. de Lamartine, Méditations poétiques,La Poésie sacrée, 1820, p. 260.
14. L'homme le plus bas aime mieux être juste qu'injuste, tous nous adorons, nous prions bien des fois par jour sans le savoir. Et l'on est étonné lorsqu'un hasard nous révèle soudain l'importance de cette part divine. M. Maeterlinck, Le Trésor des humbles,1896, p. 246.
2. Loc. Adorer la Croix. (En partic. le jour du Vendredi saint) ,,Non en elle-même, ni comme instrument majeur du supplice du fils de Dieu, mais en ce qu'elle est couverte du sang divin, qu'elle représente Jésus-Christ étendu sur elle et rapporte réellement au Rédempteur l'adoration extérieurement rendue à la Croix.`` (Besch. 1845).
Au fig. Adorer le veau d'or. ,,Faire la cour à un homme de peu de mérite, à cause de ses richesses.`` (Littré). L'histoire du veau d'or fabriqué et adoré par Israël pendant que Moïse était sur le mont Sinaï, est racontée au chapitre xxxii du livre de l'Exode.
Rem. Adorer est en assoc. synon. avec rendre un culte (ex. 9), vénérer (ex. 6), est rapproché d'honorer, respecter (ex. 5). Le cont. étant relig. adorer se rencontre avec louer (ex. 1), bénir (ex. 2), prier (ex. 14), servir (ex. 8). On adore Dieu (ex. 5), le Seigneur (ex. 1), on adore aussi le soleil, la divinité de la terre (ex. 4), ou ce qui se rattache à Dieu ou aux divinités : les mystères (ex. 7), le feu (ex. 9). On adore les idoles (Alain, Propos, 1923, p. 565).
B.− P. ext. Manifester un attachement et une vénération admirative et passionnée pour un grand homme :
15. ... vous, qui avez lâchement sacrifié un peuple entier qui vous adorait à des hommes superbes qui vous méprisent; vous, qui pouviez jouir de la gloire immortelle de sauver la France, et qui avez préféré d'en être le fléau; quels fruits attendez-vous de vos manœuvres criminelles? Marat, Les Pamphlets,Nouvelle dénonciation contre Necker, 1790, p. 194.
16. Quiconque étoit introduit devant l'Empereur se prosternoit et adoroit. F.-R. de Chateaubriand, Études historiques,1831, p. 199.
17. L'aîné, soldat de 1792, blessé grièvement à l'attaque des lignes de Wissembourg, adorait l'Empereur Napoléon et tout ce qui tenait à la Grande Armée. H. de Balzac, La Cousine Bette,1847, p. 22.
18. Elle les [les lettres] lisait tout haut à ma mère, qui haussait les épaules, et à Deschartres, qui les prenait pour paroles d'évangile, car l'Empereur était sa bête noire et il le tenait fort sérieusement pour un cuistre. Ma mère était comme le peuple, elle admirait et adorait l'Empereur à cette époque. Moi, j'étais comme ma mère et comme le peuple. G. Sand, Histoire de ma vie,t. 2, 1855, p. 349.
19. C'est un des nôtres ayant inventé parallèlement à ceux de notre âge, tous nos enthousiasmes de ce moment même et nos préférences. Il connaît la littérature française mieux qu'aucun d'ici, et adore et vénère Wagner. S. Mallarmé, Correspondance,1872, p. 29.
C.− Aimer d'une affection ou d'un amour passionnés.
1. [Le compl. désigne une pers.]
a) En gén. Notamment pour les affections familiales :
20. Laissez-moi seule, vous dis-je; votre présence m'afflige, votre tendresse m'offense, et vos offres me font horreur. J'aimais votre frère, lorsqu'il était l'espoir de sa famille; je l'adore depuis qu'il en est banni. J.-H.-F. La Martelière, Robert, chef de brigands,I, 1, 1793, p. 1.
21. − « Je ne puis rester avec toi qu'un instant, papa; mon empressement à venir te voir a paru surprendre; je ferai ma visite courte, afin que l'on croie qu'elle n'est que de politesse. − Charmante enfant! Tu as autant d'esprit et de délicatesse, que de beauté! Je t'adore... je te chéris, » dis-je aussitôt, en me reprenant; « je t'aime en tendre père!... » N.-E. Restif de La Bretonne, Monsieur Nicolas,1796, p. 28.
22. ... « ce garnement l'a rendu fou! » Il m'adorait, c'était manifeste. M'aimait-il? Dans une passion si publique, j'ai peine à distinguer la sincérité de l'artifice : je ne crois pas qu'il ait témoigné beaucoup d'affection à ses autres petits-fils;... J.-P. Sartre, Les Mots,1964, p. 15.
b) En partic., dans le lang. de l'amour. [L'obj. de l'adoration est le plus souvent une femme] :
23. ... il s'agite à pas tumultueux; En projets enchanteurs il égare ses vœux. Il ira, le cœur plein d'une image divine, Chercher si quelques lieux ont une Clémentine, Et dans quelque désert, loin des regards jaloux, La servir, l'adorer et vivre à ses genoux. A. Chénier, Élégies,Souhaits de vie indépendante, 1794, p. 152.
24. J'étais à vos pieds pour implorer mon pardon, et je m'y prosterne de nouveau pour adorer la clémence de mon adorable sœur. Ah! permettez-moi de vous donner ce nom si doux à mon cœur, ce nom qui me rappellera sans cesse le seul genre d'affection que je puis espérer de vous. G. Sénac de Meilhan, L'Émigré,1797, p. 1738.
25. « Es-tu ici pour y entrer avec moi? » En entendant ces paroles si tendres, mais auxquelles la constante pensée de Dieu mêle tant d'innocence, Malek Adhel, enivré d'une félicité inconnue, s'abandonne sans contrainte aux vives et profondes émotions qui l'agitent; à genoux devant Mathilde, il la contemple et l'adore, il ne voit qu'elle, il a oublié toute autre pensée : c'est un de ces momens d'extase où on devine le ciel... MmeCottin, Mathilde,t. 5, 1805, p. 273.
26. Sois bien convaincue, ma bien-aimée Adèle, qu'il n'y a en ce moment rien contre toi dans mon cœur. Je te plains d'être souffrante, je t'admire, je t'adore et te respecte comme toujours. V. Hugo, Lettres à la fiancée,1822, p. 134.
27. J'épousai votre mère, que j'appréciais, que j'estimais, mais que je n'adorais pas. L'amour est venu plus tard, vous le savez; non cet amour qui tient du délire des sens, ou de l'imagination, mais cet amour véritable, cimenté par le temps, par notre bonheur mutuel, par toutes les vertus, que je découvrais en elle. E. Scribe, A.-F. Varner, Le Mariage de raison,1826, I, 10, p. 393.
28. Toute la gamme de ma passion ne sera pas scrupuleusement notée, comme elle l'était : je me contenterai d'écrire ici les phrases qui sont toute son harmonie : « je t'aime. Je t'adore. Je t'idolâtre. » S. Mallarmé, Correspondance,1862, p. 37.
29. Je me suis donné du mal, vous savez... ils sont très rares, Dickie; toutes mes petites économies y ont passé. Alors je l'embrassai. J'éprouvais devant elle des sentiments si complexes que je les comprenais mal moi-même. Je la détestais et je l'adorais. Je la croyais innocente et coupable. La scène violente que j'avais préparée tournait en conversation amicale, confidentielle. A. Maurois, Climats,1928, p. 115.
30. Le mot « bien-aimée » lui ayant paru affaibli, il le remplaça. En une ivresse verbale, une frénésie de prosternement, il lui dit, séparant les syllabes, qu'il l'a-do-rait, au sens plein, au sens théologique, au sens d'anéantissement servile, d'absorption passionnelle souveraine, de désir de rien autre au monde, qu'il croyait toute la religion qu'elle eût voulu qu'il crût, − et qu'est-ce que ça lui faisait? Attentive, mal visible, juste assez présente pour entendre, elle semblait accepter qu'il lui parlât ainsi. J. Malègue, Augustin ou le Maître est là,t. 2, 1933, p. 412.
Rem. 1. Adorer entre dans le domaine de l'affectivité et particulièrement dans le vocab. amoureux. Il est en assoc. synon. avec chérir (ex. 21), en concurrence avec apprécier, estimer (ex. 27), admirer, respecter (ex. 26); il renchérit sur aimer (ex. 20, 21). 2. Le verbe ainsi employé garde le souvenir de ses origines religieuses d'où la gradation des termes aimer, adorer, idolâtrer dans l'ex. 28. Dans l'ex. 30, tout en étant employé dans un cont. affectif, le verbe a son sens théologique plein. Ainsi que dans son emploi relig., adorer s'accompagne parfois d'attitudes respectueuses : se prosterner, être aux pieds de (ex. 24), vivre aux genoux de (ex. 23). Adorer est encore associé à contempler (ex. 25). 3. Syntagmes fréq. : adorer une femme (É. Zola, Germinal, 1885, p. 1431); - son père (A. Maurois, Ariel ou la Vie de Shelley, 1923, p. 162); - sa mère (R. Martin du Gard, Les Thibault, Épilogue, 1940, p. 799).
2. [Le compl. désigne un animal ou une chose concr. ou abstr.] Chérir beaucoup, avoir un goût très vif pour un être, pour une chose.
a) [Le compl. désigne un obj. ou un lieu fam.] :
31. − Le fait est que si mon inconnue est aussi aimable qu'elle est belle, je vous déclare que je me fixe à Rome pour six semaines au moins. J'adore Rome, et d'ailleurs j'ai toujours eu un goût marqué pour l'archéologie. − Allons, encore une rencontre ou deux comme celle-là et je ne désespère pas de vous voir membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. A. Dumas Père, Le Comte de Monte-Cristo,t. 1, 1846, p. 525.
32. − Il y a en moi un homme féroce. Il aime la chasse au renard. Il en a entendu un qui, pour attirer les poules, imitait la voix du coq. Je déteste le travail, mais j'adore mon cabinet de travail. J. Renard, Journal,1903, p. 868.
b) [Le compl. désigne un animal] :
33. Quant à Mademoiselle Clémence, la repasseuse, elle se conduisait comme elle l'entendait, mais on ne pouvait pas dire, elle adorait les animaux, elle possédait un cœur d'or. É. Zola, L'Assommoir,1877, p. 427.
c) [Le compl. désigne une qualité ou une valeur] :
34. Exempt de presque tous les préjugés qui affligent la société, je n'en ai qu'un, mais bien puissant, qui dirige ma conduite et sera toujours le mobile de mes actions; c'est que j'adore la vertu et que j'abhorre le crime. R.-Ch. Guilbert, Victor,1798, II, 3, p. 28.
35. Il aimait le luxe comme les fleurs aiment le soleil, la fortune l'attirait surtout par son côté lumineux et charmant. Il comprenait, il adorait les arts. C'était un cœur honnête, un esprit généreux. S'il s'était consumé dans l'inaction, c'est qu'il avait dû subir les exigences de son nom, moins impérieuses encore que la volonté de sa mère. J. Sandeau, Sacs et parchemins,1851, p. 38.
36. − Hier soir, disait Madame Hugon, Georges m'a menée au théâtre. Oui, aux Variétés, où je n'avais certainement plus mis les pieds depuis dix ans. Cet enfant adore la musique... moi, ça ne m'a guère amusée, mais il était si heureux! ... On fait des pièces singulières, aujourd'hui. D'ailleurs la musique me passionne peu, je l'avoue. É. Zola, Nana,1880, p. 1157.
37. Je déteste le diable, j'adore Dieu. Puis ici, où je suis plongeuse et où j'ai l'après-midi du jeudi libre. J'adore la liberté, je déteste l'esclavage. J. Giraudoux, La Folle de Chaillot,1944, I, p. 94.
Rem. 1. Adorer, dans ce cas, c'est avoir un goût marqué pour (ex. 31), les arts (ex. 31, 35), la musique (ex. 36), des notions abstr. (ex. 34), les animaux (ex. 33). Adorer est à rapprocher de passionner (ex. 36) et s'oppose à abhorrer (ex. 34), détester (ex. 32). 2. Dans cet emploi, le sens de adorer se dégrade facilement, notamment dans la lang. parlée, où il aboutit à n'être qu'un synon. à peine superl. de aimer. D'où p. ex. l'expr. j'adore ça, fam. et iron. :
38. Puis elle s'assura qu'ils étaient seuls, et, plongeant son regard dans les yeux d'Antoine, elle chuchota : − « sermonne-moi, j'adore ça... Je t'écouterai, tu verras... Je me corrigerai... Je deviendrai comme tu veux... » R. Martin du Gard, Les Thibault,L'Été 1914, 1936, p. 223.
II.− Emploi pronom.
A.− Emploi réfl. Être en adoration de soi, s'idolâtrer, être atteint de narcissisme :
39. Cet homme n'est occupé que de lui; il s'adore véritablement. Littré.
B.− Emploi réciproque. S'aimer follement l'un l'autre :
40. Ces deux amants s'adorent. Besch.1845.
41. Tu as fait une sottise, mon brave : on n'épouse jamais sa maîtresse. Tu ignores la vie; un jour tu comprendras ta faute, tu te souviendras de mes paroles. Ces sortes de mariages sont exquis, mais ils tournent toujours mal : on s'adore pendant quelques années et l'on se déteste le restant de ses jours. É. Zola, Madeleine Férat,1868, p. 142.
Rem. gén. Comme le montrent les cont., le sens de adorer oscille entre deux extrêmes. D'une part le sens relig. très fort et exclusif en raison de l'objet adoré qui est le Dieu jaloux de la Bible et de là aussi l'emploi dans le langage de la passion amoureuse; d'autre part, en raison de la médiocrité de l'objet ou de la familiarité du ton, un emploi affaibli où il n'est plus question que de goût préférentiel. Entre les deux, les cas où l'objet désigne une valeur. Cf. une situation semblable pour le verbe aimer et d'autres verbes affectifs appréciatifs.
Prononc. − 1. Forme phon. : [adɔ ʀe], j'adore [ʒadɔ:ʀ]. Enq. : /ado2 ʀ/. Conjug. parler. 2. Dér. et composés : adorable, adorablement, adorant, adorateur (-trice), adoratif, adoration.
Étymol. ET HIST. − 1. « rendre un culte » a) fin xes., à Dieu (Passion, 416, éd. Koschwitz ds Gdf. Compl. : Si l'adorent com redemptor); id. ca 1100 (Chanson de Roland, 2619, éd. Bédier : E, s'il nel fait, il guerpirat ses deus E tuz ses ydeles que il soelt adorer); b) fin xiies., à des obj. sacrés (Raoul de Cambrai, 1571, éd. Meyer et Longnon, Paris 1882 ds T.-L. : Li grans devenres de la solempnité Qe pecheor ont la crois aouré), d'où, fin du xiies., Le jur de la croiz äuree (Ambroise, L'Estoire de la Guerre sainte, 1214, éd. G. Paris, Paris 1897 ds T.-L.), li vendredis aorez (Chrétien de Troyes, Perceval, 6266, éd. Roach, 1959), etc., désignant le Vendredi Saint jusqu'au xives.; c) ca 1165, à une créature humaine (B. de Sainte Maure, Troie, 20610, éd. Constans, Paris 1904-1912 ds T.-L. : Toz li pueples comuns l'aore [Troïlus fils de Priam]), d'où fin xiie« aimer passionnément » (Chansons du Chastelain de Coucy, 69, éd. Fr. Michel, Paris 1830 ds T.-L. : Ainz l'aim et serf et aor par usage). Empr. au lat. adorare (dér. de orare « prier ») « adresser des prières d'adoration, rendre un culte (aux dieux) » dep. Virgile (Georg., 1, 343, ds TLL s.v., 819, 12 : cuncta tibi Cererem pubes agrestis adoret); cf. en lat. médiév., 742-842, Concilia aevi Karolini, 44B, 53 ds Mittellat. W. s.v., 242, 12 : sancti angeli et sancti viri non sunt colendi neque adorandi). L'obj. du culte pouvait être un obj. sacré (Ovide, Trist., 2, 291 ds TLL, 820, 43 : adoranti Junonis templa); cf. lat. médiév. 742-842, Concilia aevi Karolini, 14, p. 87, 24 ds Mittellat. W., 242, 22 : crucem pro crucifixo in ea Christo adoramus) ou des créatures humaines mises au rang des dieux (iiies., Pomponius Porphyrio, Horat., 4, 4, 41 ds TLL, 821, 23 : quod adorandi sint qui laudem ex bello reportant). La réintrod. du d dans l'a. fr. aorer vers 1200 (adurer ds Chardry, Set dormans, 1664 ds Gdf. Compl.) est due à l'influence du lat. d'église. − Berger, Die Lehnw. in der fr. Spr. ältest. Zeit, Leipzig 1899, p. 47; B. Marti ds Language, 1936, pp. 272-282.
STAT. − Fréq. abs. litt. : 3 806. Fréq. rel. litt. : xixes. : a) 6 383, b) 6 303; xxes. : a) 5 597, b) 3 994.
BBG. − Bailly (R.) 1969. − Bar 1960. − Barb. Misc. 2. 1925-28, p. 94, − Bél. 1957. − Bénac 1956. − Berger (H.). Die Lehnwörter in der französischen Sprache ältester Zeit. Leipzig, 1879, p. 47. − Bonnaire 1835. − Bruant 1901. − Canada 1930. − Caput 1969. − Dup. 1961. − Guizot 1864. − Hanse 1949. − Laf. 1878. − Lav. Diffic. 1846. − Le Roux 1752. − Marcel 1938. − Sardou 1877. − Sommer 1882. − Synon. 1818. − Thomas 1956. − Vinc. 1910.

Wiktionnaire

Verbe

adorer \a.dɔ.ʁe\ transitif et intransitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. (Religion) Honorer une divinité en lui rendant le culte qui lui est dû.
    • Les dogmes des picards & des Vaudois sont les mêmes […]. Ils soutenoient qu’il ne faut point adorer l’eucharistie parce que le corps de Jesus-Christ n’y est point, le Seigneur ayant été élevé au ciel en corps & en ame ; […]. — (Encyclopédie ou Dictionnaire universel raisonné des connoissances, volume 33, page 487, Yverdon, 1774)
    • Les israélites adorèrent le veau d’or. Ce peuple adorait le soleil.
    • Note : S’emploie quelquefois absolument.
    • Les juifs adoraient à Jérusalem et les Samaritains à Samarie.
    • Le peuple d’Israël allait adorer sur les montagnes.
    • Une grâce intérieure les pressait jour et nuit d’adorer le vrai Dieu. — (Adrien Launay, Missions étrangères de Paris, Histoire des missions de Chine : mission du Kouy-Tcheou : Volume 1, 1907)
  2. Rendre des respects extraordinaires en se prosternant.
    • La reine Esther adora le roi Assuérus. Les rois de Perse se faisaient adorer.
  3. (Par hyperbole) Aimer extrêmement.
    • Rainie adorait ces montagnes. Elle avait grandi là, à l'ombre des imposants sapins de Douglas, à un jet de pierre de la côte rocheuse. Elle pensait que la nature se devait d'être grandiose, […]. — (Lisa Gardner, Disparue, traduit de l'américain par Cécile Deniard, Éditions Albin Michel, 2008, chap. 10)
    • Il ne l’aime pas, il l’adore. — Cette mère est folle de son fils, elle l’adore.
    • Ce mari et cette femme s’adorent. — Ces épices sont vraiment délicieuses, vous allez les adorer.

Nom commun

adorer \ə.ˈdɔː.ɹəʳ\

  1. Adorateur.
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)
  2. Adoratrice.
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ADORER. v. tr.
Honorer la Divinité en lui rendant le culte qui lui est dû. Il ne faut adorer que Dieu. Adorer le vrai Dieu en esprit et en vérité. Adorer JÉSUS-CHRIST dans l'Eucharistie. Adorer la Croix se dit, par extension et par relation à JÉSUS-CHRIST, en parlant d'une des Cérémonies du culte catholique. C'était le vendredi saint, à l'heure où les fidèles vont adorer la Croix. Adorer les faux dieux, les idoles, etc., Rendre à de faux dieux, à des idoles, etc., le culte dû à la Divinité. Les Israélites adorèrent le veau d'or. Ce peuple adorait le soleil. Prov. et fig., Adorer le veau d'or, Faire la cour à quelqu'un, à cause de ses richesses, de son crédit, avoir le culte de la richesse. Il s'emploie quelquefois absolument. Les Juifs adoraient à Jérusalem et les Samaritains à Samarie. Le peuple d'Israël allait adorer sur les montagnes.

ADORER signifie aussi Rendre des respects extraordinaires en se prosternant. La reine Esther adora le roi Assuérus. Les rois de Perse se faisaient adorer. Il signifie encore par exagération Aimer extrêmement. Il ne l'aime pas, il l'adore. Cette mère est folle de son fils, elle l'adore. Ce lettré adore l'antiquité. Ce mari et cette femme s'adorent. Quand Adorer est employé à la voix passive, le nom qui exprime l'auteur de l'action est précédé de la préposition Par, s'il s'agit de la cérémonie d'adoration; de la préposition De, si Adorer a le sens d'aimer extrêmement. Les rois de Perse étaient adorés par leurs sujets. Ce père est adoré de ses enfants.

Littré (1872-1877)

ADORER (a-do-ré) v. a.
  • 1Rendre à la divinité le culte qui lui est dû. Dieu veut être adoré de ses créatures. J'adore la bonté de Dieu, je l'admire, j'y mets ma confiance, Bourdaloue, Pensées, t. I, p. 67. Et comme ces rois de l'aurore, Un instinct que mon âme ignore, Me fait adorer un enfant, Lamartine, Médit. X. Assis à ce degré suprême, Il faut s'y défendre soi-même, Comme les dieux sur leurs autels ; Rappeler en tout leur image, Et faire adorer le nuage Qui les sépare des mortels, Lamartine, ib. Ah ! j'aurais dû peut-être… Et courbant sous sa foi ma raison qui l'ignore [Dieu], L'adorer dans la langue où l'univers l'adore, Lamartine, Harold, 39. Il voulut se faire adorer comme un dieu, Bossuet, Hist. III, 4. De l'ombre de Ninus l'oracle est adoré, Voltaire, Sémir. V, 1.
  • 2Adorer la croix, se dit par relation à J. C. en parlant d'une des cérémonies du culte catholique. On dit de même : Adorer les reliques.
  • 3Adorer se dit aussi absolument. De tous les endroits de la terre, les Israélites étaient obligés d'y venir adorer [dans le temple], Massillon, Car. Respect des temples. L'immobilité d'un corps anéanti et la profonde religion d'une âme qui adore, Massillon, ib.
  • 4Se prosterner devant. D'où vient, lui dit Alexandre, que tu ne m'adores pas ? Montesquieu, Lysim.
  • 5 Fig. Je ne vais pas au Louvre adorer la fortune, Boileau, Sat. II. Détestais-tu la tyrannie ? Adorais-tu la liberté ? De l'oppression impunie Ton œil était-il révolté ?…, Lamartine, Harm. IV, 1. Les uns, sacrifiant leur vie à leur mémoire, Adorent un écho qu'ils appellent la gloire, Lamartine, IV, 11.
  • 6 En termes de spiritualité, se soumettre avec adoration. Que j'adore en silence l'ordre de votre providence, Pascal, Prière. Ils adorent les jugements de Dieu, Bossuet, Hist. II, 4. Ne laissez pas d'adorer la main qui nous l'enlève, Fléchier, Aig.
  • 7En général, dans le même sens. Puisqu'ils font des heureux, adorez leur ouvrage, Corneille, Pomp. I, 1. …permettez Que jusques au tombeau j'adore vos bontés, Corneille, Nic. V, 9. Et le peuple, inégal à l'endroit des tyrans, S'il les déteste morts, les adore vivants, Corneille, Cinna, I, 3. Ils adorent la main qui les tient enchaînés, Racine, Brit. IV, 4. Je sais rendre aux sultans de fidèles services ; Mais je laisse au vulgaire adorer leurs caprices, Racine, Baj. I, 1. J'adore avec dépit cet excès de courage, Voltaire, Orphel. IV, 4.
  • 8Aimer avec passion. Il adore Émilie, il est adoré d'elle, Corneille, Cinna, III, 1. Vous que de tout mon cœur j'ai toujours adorée, Corneille, Théod. III, 3. Rome sait vos hauts faits, et déjà vous adore, Corneille, Nic. IV, 4. Cette princesse se fait adorer de toute la cour, Sévigné, 418. Allez, en lui jurant que votre âme l'adore, Ä de nouveaux mépris l'encourager encore, Racine, Andr. II, 5. Déjà de ma faveur on adore le bruit, Racine, Brit. V, 3. Ils ne seraient pas inutiles à l'éducation d'une fille qu'elle adore, Rousseau, Hél. I, 1. Je te jure, à mon tour, de n'adorer que toi, Lamartine, Méd. II, 10.
  • 9Proverbial et figuré, adorer le veau d'or, faire la cour à un homme de peu de mérite, à cause de ses richesses.

    S'ADORER, v. réfl.

  • 10S'adorer l'un l'autre. Ces deux amants s'adorent.
  • 11Être en adoration de soi. Cet homme n'est occupé que de lui ; il s'adore véritablement.

REMARQUE

C'est par abus qu'on emploie adorer pour aimer beaucoup, quand il s'agit d'objets que l'on ne peut supposer sensibles à notre adoration. Delille dit que Voltaire adorait le café. Un autre adore les huîtres. De telles expressions, dites sérieusement, corrompent la langue.

SYNONYME

ADORER, VÉNÉRER, HONORER. Rendre des hommages, un culte ou une espèce de culte. Honorer est un terme général qui n'implique que l'hommage qui est rendu ; vénérer enchérit, il s'y joint une idée de crainte respectueuse qui n'est pas incluse dans honorer ; enfin adorer ajoute à l'honneur, à la crainte respectueuse, l'idée d'un amour profond et sans bornes.

HISTORIQUE

XIe s. [Dieu] Le glorius, que deüsse aürer, Ch. de Rol. 9. N'i ad paien, [qui] nel prit [prie] et nel aort, ib. 66. Touz ses idoles que il seult adorer, ib. 185.

XIIe s. Et de cil Deu qu'aorent li Persant, Roncisv. p. 28. Mais par Mahom, cui je doie aourer, ib. p. 78. Ainz [je] l'aim et serf et aor por usage ; Si [je] ne lui os [ose] mon penser descouvrir, Couci, 19. Dame, dit-il, que très bon jour Vous doint cil que j'aime et aour, Audefroi le Bastard, Romanc. p. 9.

XIIIe s. Qui plus a à soufrir, plus vous doit aourer, Berte, 43. Par toz les sainz que l'en [on] aeure, Et se dame diex me sekeure [secourt]…, Ren. 9799. Car de cent amis aparens, Soient compaignons ou parens, S'uns lor en pooit demorer, Dieu en devroient aorer, la Rose, 4904. Lors je plorai et rendis graces à Dieu, et li dis ainsi : Sire, aouré soies tu de ceste soufraite que tu me faiz, Joinville, 254.

XIVe s. Le commencement et premier article parle de adourer et du lever, le Menagier, I, 1. Et aourez de tout vostre cuer, ib. I, 2.

XVe s. Et l'adoroient toutes gens comme leur dieu, pour tant qu'il avoit donné le conseil dont…, Froissart, II, II, 160.

XVIe s. Ils baiseront la terre où vos piez marcheront, Ils iront après vous, ils vous adoreront, Leurs cueurs seront bruslants aus rais de votre flame, De Brach, Olimpe.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

ADORER, v. a. (Théol.) Ce terme pris selon sa signification littérale & étymologique tirée du Latin, signifie proprement porter à sa bouche, baiser sa main, ou baiser quelque chose : mais dans un sentiment de vénération & de culte : si j’ai vû le soleil dans son état, & la lune dans sa clarté, & si j’ai baisé ma main, ce qui est un très-grand péché, c’est-à-dire, si je les ai adoré en baisant ma main à leur aspect. Et dans les Livres des Rois : Je me reserverai sept mille hommes qui n’ont pas fléchi le genou devant Baal, & toutes les bouches qui n’ont pas baisé leurs mains pour l’adorer. Minutius Felix dit que Cecilius passant devant la statue de Séraphis baisa la main, comme c’est la coûtume du peuple superstitieux. Ceux qui adorent, dit S. Jérôme, ont accoûtumé de baiser la main, & de baisser la tête ; & les Hébreux, suivant la propriété de leur Langue, mettent le baiser pour l’adoration ; d’où vient qu’il est dit : baisez le fils, de peur qu’il ne s’irrite, & que vous ne périssiez de la voie de justice, c’est-à-dire, adorez-le, & soûmettez-vous à son empire. Et Pharaon parlant à Joseph : tout mon peuple baisera la main à votre commandement, il recevra vos ordres comme ceux de Dieu ou du Roi. Dans l’Ecriture le terme d’adorer se prend non-seulement pour l’adoration & le culte qui n’est dû qu’à Dieu seul, mais aussi pour les marques de respect extérieures que l’on rend aux Rois, aux Grands, aux Personnes supérieures. Dans l’une & dans l’autre sorte d’adoration, on s’inclinoit profondément, & souvent on se prosternoit jusqu’en terre pour marquer son respect. Abraham adore prosterné jusqu’en terre les trois Anges qui lui apparoissent sous une forme humaine à Mambré. Loth les adore de même à leur arrivée à Sodome. Il y a beaucoup d’apparence que l’un & l’autre ne les prit d’abord que pour des hommes. Abraham adore le peuple d’Hébron : adoravit populum terræ. Il se prosterna en sa présence pour lui demander qu’il lui fit vendre un sépulcre pour enterrer Sara. Les Israélites ayant appris que Moyse étoit envoyé de Dieu pour les délivrer de la servitude des Egyptiens, se prosternerent & adorerent le Seigneur. Il est inutile d’entasser des exemples de ces manieres de parler : ils se trouvent à chaque pas dans l’Ecriture. Job xxxj. 26. 27. III. Reg. xix. 18. Minut. in octav. Hier. contr. Rufin. L. I. Ps. xj. 12. Genes. xlj. 40. Genes. xviij. 2. xix. 7. Exod. iv. 31. Calmet, Dictionn. de la Bibl. tom. I. lett. A. pag. 63.

* Adorer, honorer, revérer ; ces trois verbes s’emploient également pour le culte de Religion & pour le culte Civil. Dans le culte de Religion, on adore Dieu, on honore les Saints, on revere les Reliques & les images. Dans le culte Civil, on adore une maîtresse, on honore les honnêtes gens, on revere les personnes illustres & celles d’un mérite distingué. En fait de Religion, adorer c’est rendre à l’Être suprème un culte de dépendance & d’obéissance : honorer, c’est rendre aux êtres subalternes, mais spirituels, un culte d’invocation : revérer, c’est rendre un culte extérieur de respect & de soin à des êtres matériels, en mémoire des êtres spirituels auxquels ils ont appartenu.

Dans le style profane, on adore en se dévoüant entierement au service de ce qu’on aime, & en admirant jusqu’à ses défauts : on honore par les attentions, les égards, & les politesses : on revere en donnant des marques d’une haute estime & d’une considération au-dessus du commun.

La maniere d’adorer le vrai Dieu ne doit jamais s’écarter de la raison ; parce que Dieu est l’auteur de la raison, & qu’il a voulu qu’on s’en servît même dans les jugemens de ce qu’il convient de faire ou ne pas faire à son égard. On n’honoroit peut-être pas les Saints, ni on ne révéroit peut-être pas leurs images & leurs reliques dans les premiers siecles de l’Eglise, comme on a fait depuis, par l’aversion qu’on portoit à l’idolatrie, & la circonspection qu’on avoit sur un culte dont le précepte n’étoit pas assez formel.

La beauté ne se fait adorer que quand elle est soûtenue des graces ; ce culte ne peut presque jamais être justifié, parce que le caprice & l’injustice sont très-souvent les compagnes de la beauté.

L’éducation du peuple se borne à le faire vivre en paix & familierement avec ses égaux. Le peuple ne sait ce que c’est que s’honorer réciproquement : ce sentiment est d’un état plus haut. La vertu mérite d’être révérée : mais qui la connoît ? Cependant sa place est partout.

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Étymologie de « adorer »

(Date à préciser) Du latin adorare.
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(Date à préciser) Dérivé de adore avec le suffixe -er.  (étymologie à préciser ou à vérifier)
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Picard, aorer ; provenç. adorar, azorar ; espagn. adorar ; ital. adorare ; de adorare, de ad, à (voy. À), et orare, parler, de os, bouche (voy. ORAISON, ORAL). D'après quelques étymologistes, adorare signifie proprement porter à la bouche, baiser, de là adorer : adorare purpuram principis, se présenter au prince, parce qu'en l'abordant, on baisait le bas de sa robe. D'autres, prenant en considération le sens de orare qui est parler, ne voient dans adorare que parler à, s'adresser à, et, finalement, prier. Cette dernière explication est la plus simple. L'ancien français était aorer, suivant la tendance à supprimer les consonnes et à rapprocher les voyelles. Le picard a gardé cette forme.

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Phonétique du mot « adorer »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
adorer adɔre

Évolution historique de l’usage du mot « adorer »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « adorer »

  • Nul ne peut adorer Dieu ou aimer son prochain s'il a l'estomac creux. Thomas Woodrow Wilson, Discours, 23 mai 1912
  • Pour adorer Dieu, il faut devenir Dieu. De Coomaraswany
  • Je m’entête affreusement à adorer la liberté libre. De Claude Jeancolas / Passion Rimbaud
  • Le monde est plein de midinettes prêtes à adorer les princes quels qu'ils soient. De Jean Anouilh / La répétition
  • Etre juste une heure de temps, vaut mieux qu'adorer Dieu durant soixante années consécutives. De Wahhb Ibn Monabbih
  • C'est encore adorer ses Dieux que de leur jeter des pierres. De Paul-Jean Toulet / Le carnet de monsieur du Paur
  • Le triomphe des femmes est de nous faire adorer leurs défauts et jusqu'à leurs vices. De Th. Jouffroy
  • C'est aussi bête de mépriser l'argent que de l'adorer. De Tristan Bernard / Le poil civil
  • Tout le monde est à la recherche d'un père. Pour l'adorer ou pour le tuer. De Jacques Poulin / Le coeur de la baleine bleue
  • C'est un homme adorable ! Ca ne veut pas dire qu'on peut l'adorer - ça veut même dire le contraire - mais il est adorable ! De Sacha Guitry / Quadrille
  • Quand on a de l'argent il faut se garder de le dire à sa maîtresse : elle se mettrait à vous adorer. De Paul Léautaud
  • C'est pour s'entendre dire qu'on est parfait et se voir adorer qu'on veut être aimé. De Alfred de Vigny / Cinq-Mars
  • Un drame, le divorce ? Allons donc !... Pour bien divorcer, aujourd'hui, c'est facile - il suffit de s'adorer ! De Françoise Chandernagor / La première Épouse
  • Pourquoi Dieu créerait-il des êtres plus beaux que les autres si ce n'est pour nous indiquer de les adorer ? De Honoré de Balzac / Le Lys dans la vallée
  • Il ne faut surtout pas adorer un homme ; surtout pas le lui dire ! Ils deviennent tous intolérables, inutilisables, quand ils l'apprennent. De Bertrand Vac / Saint-Pépin
  • Expose-toi à l’amour brûlant du Christ comme devant un doux soleil. Tu deviens ce que tu contemples. Regarde vers lui, tu seras illuminé. Il est là où tu le laisses entrer. Accueille sa lumière qui émane de sa divinité. Demande à ton ange gardien de t’aider à adorer. Rien ne sert de parler beaucoup, un soupir d’amour suffit, ou un seul mot : « Abba », « Jésus », « Esprit saint ». Rends grâce pour ce Dieu qui t’aime tel que tu es et qui t’appelle à la vie éternelle. Reconnais que tu es digne d’être aimé. Aleteia : un regard chrétien sur l’actualité, la spiritualité et le lifestyle, Douze conseils pour adorer le Saint-Sacrement
  • Tomber amoureuse du diable ce n’est pas commun non ? Pourtant le couple de Chloé et Lucifer nous fait beaucoup rire et on ne peut s'empêcher de les adorer ! C’est un peu je t’aime moi non plus ! Ponctuée de nombreux rebondissements, cette lovestory nous tient en haleine jusqu’au bout ! Biba Magazine, Ces couples de séries qu’on adore ! - Biba Magazine
  • Tunisie-Tribune (Rached Khiari) – Le député indépendant Rached Khiari, qui avait porté les couleurs d’Al Karama, n’aurait jamais dû croiser la route de l’universitaire et ancien ministre de la l’Education Neji Jalloul. Dimanche 21 juin 2020, Jalloul, éminent historien, a donné des leçons magistrales au bouillant député. Les partisans du fondateur de la République tunisienne, Habib Bourguiba, vont adorer, ses détracteurs beaucoup moins… , Les leçons magistrales de Jalloul à Khiari, les « Bourguibistes » vont adorer (Vidéo) | Tunisie Tribune
  • iPhone 12: les fans de l’iPhone 4 vont immédiatement l’adorer MCE TV, iPhone 12: les fans de l'iPhone 4 vont l'adorer !

Traductions du mot « adorer »

Langue Traduction
Anglais love
Espagnol encantar
Italien adorare
Allemand lieben
Portugais adorar
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Synonymes de « adorer »

Source : synonymes de adorer sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « adorer »

Adorer

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