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Cœur

Sommaire

  • Définitions du mot cœur
  • Étymologie de « cœur »
  • Phonétique de « cœur »
  • Citations contenant le mot « cœur »
  • Traductions du mot « cœur »
  • Antonymes de « cœur »

Définitions du mot « cœur »

Wiktionnaire

Nom commun

cœur \kœʁ\ masculin

  1. (Anatomie) Organe musculaire, creux et pulsatile assurant la circulation sanguine dans le corps humain ou animal.
    • Après irrigation de l’organisme, le sang revient au cœur par les veines, puis il est envoyé aux poumons. Le compartiment droit du cœur est de taille inférieure à celle du compartiment gauche parce que le travail qu’il fournit pour envoyer le sang dans les poumons est moins important que pour l’envoyer dans tout l’organisme. À chaque battement de cœur, les muscles se détendent, ce qui permet le retour du sang dans le cœur. Puis les muscles se contractent de nouveau pour envoyer le sang dans toutes les parties du corps et le circuit reprend. — (Bill Forse, Christian Meyer, et al., Que faire sans vétérinaire ?, Cirad / CTA / Kathala, 2002, page 41)
    • Le crapaud a la vie très dure. Il survit plusieurs heures à la décapitation, plusieurs jours à l’avulsion du cœur, quarante jours à l’ablation des poumons, plusieurs semaines à l’amputation du museau en arrière des yeux. — (Jean Rostand, La Vie des crapauds, 1933)
    • Son grand succès était la célèbre « Chanson du Cœur » qui m’émouvait au plus haut point. Il y est question d’un fils acoquiné avec une gourgandine qui lui demande « le cœur de sa mère pour son chien » ; ayant tué sa mère et rapportant son cœur saignant, le fils tombe ; on entend alors le cœur lui dire : « T’es-tu fait mal, mon enfant ? ». — (Michel Leiris, L’âge d’homme, 1939, collection Folio, page 92)
    • La respiration demeure calme, le cœur est encore bon, mais le sang lui dégouline du crâne sur le nez, dans les yeux, poisse la chemise. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
  2. (En particulier) Organe considéré comme susceptible de mouvements causés par les passions.
    • Le cœur en émoi, secouée de pressentiments inquiets, Zaheira se vêtit et gagna le village voisin sur un âne. — (Out-el-Kouloub, Zaheira, dans « Trois contes de l’Amour et de la Mort », 1940)
    • Son cœur ne se serrait pas, n’était pas plus ou moins flétri ; non, sa nature fraîche et fleurie se pétrifiait par la lente action d’une douleur intolérable parce qu’elle était sans but. — (Honoré de Balzac, La Femme de trente ans, Paris, 1832)
    • Rien n'est plus malaisé que l’exploitation méthodique d’un évènement du cœur, rien ne s’amortit plus vite que les ondes d’un coup de foudre. — (Paul Nizan, La Conspiration, 1938, page 44)
    • Me Demange achève sa plaidoirie, dont la péroraison très sobre, très courte, mais puissante par la chaleur de l'accent et de l’élévation de la pensée, touche visiblement le cœur des juges : […]. — (Maurice Paléologue, Journal de l'Affaire Dreyfus 1894-1899 : L'affaire Dreyfus et le Quai d'Orsay, Paris : Librairie Plon, 1955, page 260)
  3. (Par extension) Être aimant et aimé.
    • Depuis longtemps il cherchait en vain un cœur capable de l’aimer pour lui-même, et s’affligeait de ne pouvoir le trouver. — (Marie-Jeanne Riccoboni, Histoire d’Ernestine, 1762, édition Œuvres complètes de Mme Riccoboni, tome I, Foucault, 1818)
  4. (Par métonymie) Partie de la poitrine où les battements du cœur se font sentir.
    • Il le pressa, il le serra tendrement contre son cœur. - Mettre la main sur son cœur.
  5. (Par extension) (Familier) Estomac.
    • Mal de cœur. - Il a mal au cœur. - Il a le cœur barbouillé. - Cela lui fait mal au cœur. - Il est sujet à des maux de cœur. - Cela lui fait soulever le cœur.
  6. (Figuré) Organe considéré comme le siège de la sensibilité morale, des sentiments et des passions.
    • Bois-Guilbert, répondit la juive, tu ne connais pas le cœur des femmes […] — (Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820)
    • C'est à l'idéologie, […] qui, […] , veut sur ses bases fonder la législation des peuples, au lieu d'approprier les lois à la connaissance du cœur humain et aux leçons de l'histoire, qu'il faut attribuer tous les malheurs qu'a éprouvés notre belle France. — (Procès du général Malet, dans Causes célèbres du XIXe siècle: rédigées par une société d'avocats et de publicistes, Paris : H. Langlois fils & Cie, 1827 & Paris : P. Pourrat frères et Bazouge-Pigoreau, 1834, vol. 2, page 70)
    • J’ai la passion de la philosophie et de la science qui vont cherchant l’inconnu du cœur de l’homme et le pourquoi des lois de la vie. — (Octave Mirbeau, Contes cruels : La Chanson de Carmen (1882))
    1. (En particulier) Quant à la tendresse, l’amour et l’affection.
      • C’est qu’à son insu, par la force des sympathies cachées qui existent entre tous les êtres dans la grande famille humaine, son cœur avait rencontré le cœur qu’il cherchait. — (Gustave Aimard, Les Trappeurs de l’Arkansas, 1858)
      • Julie avait deviné que madame de Sérizy était la femme qui lui avait enlevé le cœur de son mari. — (Honoré de Balzac, La Femme de trente ans, Paris, 1832)
      • J’ai pitié du pauvre cœur qui a si peu longtemps ce qu’il a ; j’ai pitié des hommes qui ont un cœur pour ne plus aimer. — (Henri Barbusse, L’Enfer, Éditions Albin Michel, Paris, 1908)
    2. (En particulier) Quant aux qualités morales liées à la compassion, vertu, générosité.
      • C'est la pauvreté d'esprit qui purifie le cœur des ordures dont les richesses l’ont souillé. — (Instruction chrétienne sur les huit Béatitudes par demandes et réponses, Paris : chez Witte & chez Henry, 1732, page 286)
      • Admirons deux fois l’homme chez qui le cœur et le caractère égalent en perfection le talent. — (Honoré de Balzac, Modeste Mignon, 1844)
      • À la vue de traitements aussi atroces que l’on fait éprouver aux chevaux de course, le cœur de tout homme sensé se révolte. — (Jean Déhès, Essai sur l’amélioration des races chevalines de la France, École impériale vétérinaire de Toulouse, Thèse de médecine vétérinaire, 1868)
      • […] le respect de la personne humaine, la fidélité sexuelle et le dévouement pour les faibles constituent les éléments de moralité dont sont fiers tous les hommes d’un cœur élevé — c’est même très souvent à cela que l’on réduit la morale. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, chap. VII, La Morale des producteurs, 1908, page 340)
  7. (Par extension) (Vieilli) Courage ; fermeté d’âme ; constance.
    • Rodrigue, as-tu du cœur ? — (Corneille, Le Cid)
    • Loin du danger, il ne rêve qu’exploits héroïques, entreprises surhumaines et gigantesques ; mais, quand vient le péril, son imagination trop vive lui représente la douleur des blessures, le visage camard de la mort, et le cœur lui manque […] — (Théophile Gautier, Le Capitaine Fracasse, vol. 1, Charpentier, 1871, page 270)
    • Les Spartiates étaient petits en nombre, grands de cœur, ambitieux et violents ; de fausses lois n’en aurait tiré que de pâles coquins ; Lycurgue en fit d’héroïques brigands. — (Louis Thomas, Arthur de Gobineau, inventeur du racisme (1816-1882), Paris : Mercure de France, 1941, page 99)
  8. (Par extension) Personnage qui possède ces qualités de courage, de vaillance, etc.
    • Ne crains pas, Wilfrid, dit-il, de t’adresser à Richard Plantagenet, puisque tu le vois dans la compagnie de tant de vrais et vaillants cœurs anglais […] — (Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820)
  9. (Figuré) Centre de l’affectivité par opposition à la raison, à l’esprit.
    • Essayez de vous rappeler la dernière fois que vous avez regardé avec le cœur. N'étiez-vous pas plus ouvert, plus disponible à l'émerveillement? L'expérience vous a sans doute rendu plus compréhensif et compatissant. — (Christine Michaud et Thomas De Koninck, Le Petit Prince est toujours vivant, Gallimard/Édito, 2020, p. 186)
    • Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. — (Blaise Pascal, Pensées, Section IV Des moyens de croire, n˚ 277)
    • Pendant plusieurs mois je regrette d’avoir accepté ce poste – une décision caractérisée par la raison, plus que par le cœur. — (Margaux, 28 ans, « Conseillère d’orientation, j’ai réalisé que je m’étais trompée de voie », Le Monde. Mis en ligne le 16 décembre 2019)
  10. Pensée intime, dispositions de l’âme.
    • Nul homme n’aurait eu l’œil assez perspicace pour sonder la profondeur de ces deux cœurs féminins : l’un jeune et généreux, l’autre sensible et fier […] — (Honoré de Balzac, La Femme de trente ans, Paris, 1832)
    • Le langage du cœur. - Son cœur a parlé. - Son cœur démentait sa bouche.
    • Quand il vous offre ses services, on sent que cela sort du cœur, vient du cœur, part du cœur.
  11. (Familier) Sujet des affections de quelqu’un.
    • Ça va comme tu veux, mon cœur ?
    • — Ah ! vous êtes bon, m’écriai-je.
      — C’est toi qui es bon, un bon garçon, un brave petit cœur. Vois-tu, il y a des moments dans la vie où l’on est disposé à reconnaître ces choses-là et à se laisser attendrir.
      — (Hector Malot, Sans famille, 1878)
  12. Ce qui rappelle la forme de l’organe.
    • Une croix d’or surmontée d’un cœur. - Une feuille en cœur, des pétales en cœur, etc.
  13. (Régionalisme) Bigarreau.
    • C’était des cœurs à chair épaisse, trop sucrée, du prime-fruit, de la friandise pour enfants […] Cette année, les arbres en ruisselaient, piaillant de merles et de pies. — (Jean Rogissart, Hurtebise aux griottes, L’Amitié par le livre, Blainville-sur-Mer, 1954, p. 10)
  14. (Cartes à jouer) Une des quatre enseignes d’un jeu de cartes français ou germanique, ainsi nommée parce que les cartes de cette couleur sont marquées de cœurs rouges stylisés ().
    • Si, à la seconde levée, A avait joué son 7 de cœur au lieu de son roi d’atout, cette manière inattendue de jouer aurait dû mettre votre défiance en éveil, […]. — (« Les jeux de cartes », dans la Grande encyclopédie méthodique, universelle, illustrée des jeux et des divertissements de l'esprit et du corps, Librairie illustrée, 1888, page 545)
    • Cette fois, le gentilhomme n’avait pas tourné un roi, mais le sept de trèfle. J’avais deux cœurs et trois atouts : le roi et l’as de cœur, l’as, le dix, et le neuf de trèfle. — (Gaston Leroux, L’Homme qui a vu le diable, 1908)
  15. (Par analogie) Milieu de quelque chose, particulièrement d’un état ou d’une ville, centre, parfois symbolique, d’un objet, d’un endroit.
    • Ce jeune gentilhomme, […] jetant un regard assez dédaigneux sur les nombreuses hôtelleries qui étalaient à sa droite et à sa gauche leurs pittoresques enseignes, laissa pénétrer son cheval tout fumant jusqu’au cœur de la ville […] — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, C. Lévy, 1886)
    • Aux aventureux, l'Islande offre aussi l’attrait de l’inconnu. Le cœur de l’île, inhabité et inhabitable, est encore une terre incognito. — (Jules Leclercq, La Terre de glace, Féroë, Islande, les geysers, le mont Hékla, Paris : E. Plon & Cie, 1883, page 3)
    • La commune de La Chapelle-Heulin se situe au cœur du vignoble nantais, au sud-est du département de la Loire-Atlantique. — (‎Petit Futé Loire-Atlantique 2015, page 180)
    • Cette pomme, cette poire est gâtée dans le cœur. - Le cœur de cet ananas est gâté. - Le cœur d’une laitue. - Les cœurs de céleri sont tendres.
  16. (Par extension) (France) Zone centrale d’un parc naturel, bénéficiant d’une protection renforcée.
    • Au sein du Parc national des Calanques, le maintien de la chasse est autorisé même en cœur de parc. Seule une partie du cœur a été désignée en tant que zone de tranquillité de la faune sauvage (environ 51 % de la surface du cœur du parc, soit 42 km²). — (Jean-Noël Cardoux et Alain Péréa, Restaurer l’équilibre agro-sylvo-cynégétique pour une pleine maîtrise des populations de grand gibier et de leurs dégâts à l’échelle nationale, mars 2019 → lire en ligne)
  17. Porte en cœur (17)
    (Par extension) (Héraldique) Centre de l’écu. Voir en cœur.
    • Abîme ou Cœur. Nom du centre de l’écu (I, 2, A). — (Johannes Baptist Rietstap, Armorial général : précédé d’un Dictionnaire des termes du blason, tome 1 (A–K), G. B. van Goor Zonen, Gouda, 1884)
    • Courtenay-ArrablayOrléanais (Ét. vers 1540). D’or à trois tourt. de gu., brisé d’un croiss. d’azur en cœur. — (Johannes Baptist Rietstap, Armorial général : précédé d’un Dictionnaire des termes du blason, tome 2 (L–Z), G. B. van Goor Zonen, Gouda, 1887)
    • Gironné de gueules et d’argent de douze pièces, à la porte de fort d’or brochant en cœur, qui est de la commune d’Eix de la Meuse → voir illustration « porte en cœur »
  18. Armoiries avec 3 cœurs (18)
    (Héraldique) Meuble représentant un cœur stylisé (cardioïde) dans les armoiries. À rapprocher de cœur vendéen.
    • D’azur à une étoile d’argent accompagnée de trois cœurs d’or, qui est de la commune de Condat-sur-Gavaneix de Corrèze → voir illustration « armoiries avec 3 cœurs »
  19. (Foresterie, Menuiserie) Partie centrale du corps ligneux des arbres.
    • Le même jour, j’ai fait deux autres cylindres, l’un de cœur et l’autre d’aubier de chêne […] — (Œuvres complètes de Buffon, mises en ordre par Lacépède, t. 4, 1818, page 270)
    • Du cœur de chêne, de poirier, de cormier, etc. - Une table faite de cœur de noyer.
  20. (Technologie des réacteurs nucléaires) Partie d’un réacteur nucléaire à fission dans laquelle est placé le combustible nucléaire et qui est agencée de manière à permettre une réaction de fission en chaîne.
  21. (Technologie des réacteurs nucléaires) Quantité de combustible nucléaire située dans cette partie du réacteur.
  22. (Électronique) Cœur de processeur.
    • Processeur multi-cœur : processeur contenant plusieurs cœurs qui fonctionnent en parallèle.
  23. Le cœur d’un aiguillage. (23)
    (Chemin de fer) Partie d’un aiguillage où se croisent deux rails.
  24. (Par extension) (Horlogerie) Dispositif en forme de cœur, inventé en 1862 par le Suisse Adolphe Nicole et permettant aux chronographes de remettre rapidement l’aiguille à zéro d’une seule pression.
    • J'ai indiqué que, dans le chronographe, le cœur était l'organe capital. C'est, en effet, lui qui est chargé de ramener à zéro les aiguilles et de reconduire d'un bond la rattrapante sous sa compagne. — (Le Cosmos; revue des sciences et de leurs applications, du 3 octobre 1912, page 386)
  25. Jeu de cartes dans lequel les cartes se jouent par couleur. La dame de pique permet de briser le cœur, et cette couleur peut alors être jouée.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

CŒUR. n. m.
T. d'Anatomie. Viscère musculaire qui est le principal organe de la circulation du sang et qui est situé dans la poitrine. Sa forme est à peu près celle d'un cône renversé, légèrement aplati de deux côtés, arrondi vers la pointe et ovoïde au sommet. Le mouvement du cœur. Le battement, les battements du cœur. Les pulsations du cœur. La contraction, la dilatation du cœur. Avoir des palpitations de cœur. Les maladies du cœur. Une maladie de cœur. Il fut blessé, frappé au cœur. Son cœur ne battait plus que faiblement. Son cœur avait cessé de battre. Le cœur d'un animal. Un cœur de bœuf. Tant que le cœur me battra, Tant que je vivrai. Il se dit, dans un sens particulier, du Cœur considéré comme susceptible de mouvements causés par les passions. Le cœur lui bat, lui bat violemment. Son cœur palpite. Son cœur tressaillait d'aise, de joie. La joie dilate le cœur, le chagrin le resserre. Épanouissement de cœur. Serrement de cœur. Il désigne quelquefois par extension la Partie de la poitrine où les battements du cœur se font sentir. Il le pressa, il le serra tendrement contre son cœur. Mettre la main sur son cœur. Il se dit souvent au figuré du Cœur regardé comme l'organe de la sensibilité morale, le siège des sentiments et des passions. Avoir le cœur navré, oppressé, serré de douleur, de tristesse. Son cœur était enflammé de colère. Avoir la rage, le désespoir dans le cœur. Avoir gros cœur. Le cœur plein d'amertume, d'indignation. Il a le cœur gros. Cela le touche au cœur. Amollir, attendrir, toucher le cœur de quelqu'un. Le cœur lui saigne. Cela me fait saigner le cœur, me fait crever le cœur. Cela me perce, me déchire, me fait fendre le cœur, me fend le cœur. Le calme rentra dans mon cœur. Mon cœur s'ouvrit à l'espérance. Il gardait cela dans son cœur. Cela est gravé dans mon cœur. Les plaisirs du cœur. Les peines du cœur. Les plaies du cœur. Avoir un poids sur le cœur. Cela va au cœur, Cela touche, émeut. Ses paroles m'allaient au cœur. Fam., De gaieté de cœur. Voyez GAIETÉ. Se ronger le cœur, et, par abréviation, S'affliger, se chagriner, se tourmenter. Avoir quelque chose sur le cœur, En avoir du ressentiment. Cela lui pèse sur le cœur, Cela lui cause du chagrin, du ressentiment. Décharger son cœur, Découvrir, déclarer avec franchise les sujets de douleur, d'inquiétude, de plainte ou de ressentiment que l'on a. Ma patience est à bout, il faut que je décharge mon cœur. Prov., Je veux en avoir le cœur net, Je veux savoir ce qu'il en est, je veux me délivrer de mes doutes sur ce fait. Je lui demanderai la cause de son refroidissement, pour en avoir le cœur net. Il désigne plus particulièrement cette Faculté de l'âme qui nous rend capables d'affection, d'amitié, d'amour, de zèle, etc. Régner sur les cœurs. Se concilier tous les cœurs. Il sut gagner tous les cœurs. Il a le cœur des peuples, des soldats. Tous les cœurs volent au-devant de lui. Élever son cœur à Dieu, lui offrir son cœur. Attaché de cœur à la cause des anciens rois. J'ai fait cela de cœur et d'âme, du meilleur de mon cœur. Acceptez cela; c'est de bon cœur que je vous l'offre. Il a mis là tout son cœur. Il s'y est mis de tout cœur. Je l'aime de tout mon cœur. Le cœur d'un ami, d'un père, d'un époux, d'une mère, etc. Un cœur de père. Nos cœurs ne tardèrent pas à s'entendre. Un ami qui nous parle du cœur. Obtenir, posséder le cœur d'une personne. Donner son cœur. Disposer de son cœur. Donner son cœur et sa main. Faire don de son cœur. La paix du cœur. Un cœur fidèle. Un cœur embrasé d'amour, brûlant d'amour. Un cœur prompt à s'enflammer. Avoir le cœur tendre. Il sut trouver le chemin de mon cœur. L'union des cœurs. Fig. et fam., Son cœur commence à parler, son cœur a parlé, se dit d'une Jeune personne qui éprouve les premiers sentiments de tendresse, de préférence pour quelqu'un. Prov., Loin des yeux, loin du cœur, Ordinairement l'absence détruit ou refroidit les affections. L'ami de cœur. Ils sont amis de cœur. L'ami, l'amie du cœur, Celui, celle que l'on aime le plus tendrement. Fam., Affaire de cœur, Commerce de galanterie. Fig., Ces deux personnes ne sont qu'un cœur et qu'une âme, Elles s'entraiment beaucoup. Mon cœur, mon petit cœur, mon cher cœur, Expressions de tendresse dont on se sert en parlant à une personne que l'on aime; ou, par badinage, en parlant à une personne avec qui l'on vit familièrement. Avoir à cœur de... Avoir un vif désir, une ferme intention de... J'ai à cœur de vous prouver ma reconnaissance. J'ai à cœur d'accomplir ma tâche jusqu'au bout. Prendre une chose à cœur, S'en affecter, y être vivement sensible. Vous prenez cela trop à cœur. On dit de même Cette affaire lui tient au cœur, Il s'y intéresse fort, ou Il y est très sensible. Fam., Avoir cœur, Avoir le cœur au métier, Travailler avec zèle, avec ardeur; affectionner ce qu'on fait, ce qu'on doit faire. On dit de même Avoir cœur ou avoir le cœur à l'ouvrage. De bon cœur, de grand cœur, de tout son cœur, Volontiers, avec plaisir. À contre-cœur, Avec répugnance, malgré soi. Fam., Si le cœur vous en dit, Si vous êtes d'humeur à faire cela. Le cœur vous en dit-il? Fig. et fam., Prendre son cœur à deux mains, Faire un grand effort sur soi-même. Il se dit aussi en parlant des Inclinations de l'âme. C'est un bon cœur. C'est un mauvais cœur. Avoir bon cœur. Avoir mauvais cœur. Il a le cœur droit. Il a le cœur franc. Il a le cœur bien placé. Cœur généreux. Cœur dissimulé. Il a le cœur gâté, corrompu. Cœur excellent. Cœur dur. Cœur compatissant. Cœur sensible. La pureté du cœur. Vous connaissez la droiture de son cœur. Être doux et humble de cœur. Il le promit dans toute la sincérité de son cœur. L'impulsion du cœur. Régler les mouvements de son cœur. Fig. et fam., C'est un cœur d'or, C'est un excellent cœur. Prov., Mauvaise tête et bon cœur, Les gens étourdis et inconsidérés ont parfois de bonnes intentions, un bon cœur. Fig., Être tout cœur, Être très généreux, plein d'affection, de dévouement. On dit dans le même sens Il est plein de cœur. Il a un grand cœur, et même par ellipse C'est un grand cœur, C'est un homme capable des sentiments les plus élevés. Fig., N'avoir point de cœur, Être dépourvu de toute sensibilité, n'avoir aucune noblesse, aucune générosité dans les sentiments. On dit aussi dans le même sens C'est un sans-cœur. Cet homme a le cœur endurci, c'est un cœur endurci, Il est tellement opiniâtre qu'on ne peut le fléchir; et, en termes de Dévotion, Il est extrêmement obstiné dans le mal, dans le péché. Fig., Avoir le cœur ou un cœur de roche, un cœur de marbre, un cœur de pierre, un cœur d'airain, etc., Avoir un cœur dur, insensible. Avoir un cœur de tigre, Être d'une extrême cruauté. Il se dit aussi par opposition à l'Esprit, dans les divers sens figurés qui précèdent. Ce sermon plaît à l'esprit et ne touche point le cœur. Former l'esprit et le cœur des enfants. Son esprit égara son cœur. Il se dit aussi, soit absolument, soit avec un adjectif, en parlant du Courage, de la fermeté d'âme, de la constance. Il a du cœur. Il n'a point de cœur. Perdre cœur. Reprendre cœur. C'est un homme de peu de cœur, sans cœur. Ils se comportèrent en gens de cœur. Cela lui a élevé, haussé le cœur; lui a abattu, abaissé le cœur; lui a rendu le cœur. Le cœur lui manque. Le cœur lui revient. Fig., Un cœur de lion, Un grand courage, et familièrement, Un cœur de poule, Une extrême poltronnerie. Fig. et fam., Mettre, remettre le cœur au ventre à quelqu'un, Lui donner, lui redonner du courage. Il était consterné, mais ce succès lui remit le cœur au ventre. Fig. et fam., Faire contre mauvaise fortune, contre fortune bon cœur. Voyez BON. Il désigne encore la Pensée intime, les dispositions secrètes de l'âme. Dieu sonde les cœurs. Dieu connaît les cœurs, voit le fond des cœurs. Vous lisez dans mon cœur. Il pénètre dans les replis les plus cachés du cœur. Au fond du cœur. Descendre dans son cœur, au fond de son cœur. Connaître tous les secrets du cœur humain. Le langage du cœur. Son cœur a parlé. Son cœur démentait sa bouche. Quand il vous offre ses services, on sent que cela sort du cœur, vient du cœur, part du cœur. Se parler cœur à cœur, Se parler avec la plus grande franchise, sans aucune réserve. Fig., Avoir le cœur sur les lèvres, Être franc et sincère. Avoir le cœur sur la main, Être très cordial, très accueillant, très généreux. Ouvrir son cœur à quelqu'un, Lui confier ses plus secrets sentiments. Ouvrez-moi votre cœur. Puisque vous prenez tant d'intérêt à ce qui me touche, il faut que je vous ouvre mon cœur. Parler à cœur ouvert, Parler avec une entière franchise, sans aucun déguisement. Parler d'abondance de cœur, Parler avec épanchement, avec une pleine confiance. Il se prend abusivement pour l'Estomac. Mal de cœur. Il a mal au cœur. Il a le cœur barbouillé. Cela lui fait mal au cœur. Il est sujet à des maux de cœur. Cela lui fait soulever le cœur. Fig. et fam., Cela lui fait mal au cœur, il en a mal au cœur, Il ne voit cela qu'avec déplaisir, il en est choqué. Cela me fait grand mal au cœur. Pensez-vous qu'il n'ait pas bien mal au cœur de voir... Fig. et fam., Si le cœur vous en dit, Si vous en avez envie. Faire une chose de bon cœur, à contre-cœur, La faire avec plaisir ou malgré soi. Prov., S'en donner à cœur joie, En jouir pleinement et abondamment, s'en rassasier. Il se dit aussi de Certains bijoux, ornements, etc., qui ont à peu près la forme d'un cœur. Une croix d'or surmontée d'un cœur. On dit dans un sens analogue, en termes de Botanique, Une feuille en cœur, des pétales en cœur, etc. Fam., Faire la bouche en cœur, Donner à sa bouche une forme mignarde, affectée. Il signifie figurément Faire l'aimable avec excès. Il se dit particulièrement d'Une des quatre couleurs du jeu de cartes, dont les points sont figurés par des cœurs. Roi de cœur. Dix de cœur. Il a trois cœurs dans son jeu. Il désigne encore, par analogie, le Milieu de quelque chose, particulièrement d'un État ou d'une ville. Le cœur de la ville. Le cœur du royaume. Il est logé au cœur de la ville. L'ennemi était au cœur du royaume. Au cœur de l'hiver, au cœur de l'été, Au plus fort de l'été, au plus fort de l'hiver, par le plus grand chaud, par le plus grand froid. On dit de même figurément Être au cœur du sujet, au cœur d'une question. Il désigne également la Partie centrale du tronc d'un arbre. Du cœur de chêne. Du cœur de poirier. Une table faite de cœur de noyer. Cœur de cormier. Il se dit aussi du Milieu d'un fruit, particulièrement d'une pomme et d'une poire. Cette pomme, cette poire est gâtée dans le cœur. Le cœur de cet ananas est gâté. On dit dans un sens analogue Le cœur d'une laitue.

PAR CŒUR, loc. adv. De mémoire. Apprendre une chose par cœur. Savoir des vers, un discours, etc., par cœur. Réciter par cœur. Fig. et fam., Savoir un homme par cœur, Connaître parfaitement son caractère, ses habitudes. Fig. et fam., Dîner par cœur, Se passer de dîner. S'il ne vient à l'heure, il dînera par cœur.

Littré (1872-1877)

CŒUR (keur) s. m.

Résumé

  • 1° Organe qui meut le sang.
  • 2° la poitrine.
  • 3° l'ensemble des facultés affectives et des sentiments moraux.
  • 4° mémoire des sentiments.
  • 5° sens moral, conscience.
  • 6° tempérament moral.
  • 7° la pensée intime, les dispositions secrètes.
  • 8° l'affection, la tendresse, l'amour.
  • 9° la personne elle-même qui éprouve ces divers sentiments.
  • 10° ardeur, vif intérêt.
  • 11° courage, fermeté.
  • 12° générosité.
  • 13° le principal agent, le principal intérêt.
  • 14° l'estomac.
  • 15° la partie centrale de quelque chose.
  • 16° ce qui a forme de cœur.
  • 17° terme de manége.
  • 18° terme de blason.
  • 19° terme d'astronomie.
  • 20° terme d'horticulture.
  • 21° terme de métier.
  • 22° terme de boucherie.
  • 1 Terme d'anatomie. Organe conoïde, creux et musculaire qui, renfermé dans la poitrine, est le principal agent de la circulation du sang. Les battements du cœur. Grande reine, je satisfais à vos plus tendres désirs, quand je célèbre ce monarque ; et ce cœur, qui n'a jamais vécu que pour lui, se réveille, tout poudre qu'il est, et devient sensible, même sous ce drap mortuaire, au nom d'un époux si cher, Bossuet, Reine d'Anglet. Il ne se forma plus de nouveau sang au cœur ; Chaque membre en souffrit ; les forces se perdirent, La Fontaine, Fabl. III, 2. Tout abattu qu'il fût, il demeura vainqueur ; Son sang fut en cent lieux le prix de sa victoire ; Et Mars ne lui laissa rien d'entier que le cœur, Épitaphe du mar. de Rantzau, dans RICHELET.

    Tant que le cœur me battra, me battra au ventre, dans le ventre, c'est-à-dire tant que je vivrai.

    Fig. Le cœur me bat, je suis très inquiet.

    Faire la bouche en cœur, donner aux lèvres la forme d'un cœur, les resserrer d'une façon mignarde ; et fig. S'efforcer de paraître gracieux.

    Fig. Il voudrait lui manger le cœur, lui arracher le cœur, il le hait mortellement.

    Se ronger le cœur, se consumer d'un chagrin secret. Y a-t-il rien de plus sot que de vouloir porter continuellement un fardeau qu'on veut toujours jeter par terre ; d'avoir son être en horreur et de tenir à son être ; enfin de caresser le serpent qui nous dévore, jusqu'à ce qu'il nous ait mangé le cœur ? Voltaire, Candide, 11.

    Le cœur me saigne, je suis pénétré d'une vive douleur. Le cœur saigne en lisant le récit de ces cruautés.

    Avoir le cœur gros, éprouver le besoin de pleurer, de soupirer, de sangloter, ressentir un chagrin profond. Le cœur gros de soupirs.

    Je veux en avoir le cœur net, je veux savoir ce qui en est.

    Sacré-Cœur, dévotion au cœur de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui s'est développée au commencement du XVIIIe siècle

    Congrégation de religieuses consacrées à l'adoration du cœur de Jésus-Christ et qui se dévouent aussi à l'éducation des jeunes filles.

  • 2 Par extension, la poitrine. Il le pressa tendrement contre son cœur. Jamais sans défiance avez-vous pu d'un frère Presser le sein sur votre cœur ? Gilbert, Ode à Salm. Riant et m'asseyant sur lui, près de son cœur, Chénier, 70.
  • 3L'ensemble des facultés affectives et des sentiments moraux, par opposition à esprit, qui est l'ensemble des facultés intellectuelles ; cet emploi du mot cœur provient d'une opinion ancienne et erronée qui plaçait le siége des passions dans le cœur, parce que cet organe en ressentait immédiatement des effets manifestes. Attendrir, toucher le cœur de quelqu'un. Avoir le cœur navré, oppressé. L'homme croit souvent se conduire lorsqu'il est conduit ; et, pendant que par son esprit il tend à un but, son cœur l'entraîne insensiblement à un autre, La Rochefoucauld, Max. 43. L'esprit est toujours la dupe du cœur, La Rochefoucauld, ib. 102. Chacun dit du bien de son cœur, et personne n'en ose dire de son esprit, La Rochefoucauld, ib. 98. Je sais que tous les lieux sont égaux pour les esprits bien faits ; mais il n'en est pas de même quand les esprits bien faits ont des cœurs sensibles, Voltaire, Lett. Chauvelin, 25 août 1763. Le cœur, dès qu'il est touché, ne tarit point, Bourdaloue, Pensées, t. II, p. 90. Ils habitaient un bourg plein de gens dont le cœur Joignait aux duretés un sentiment moqueur, La Fontaine, Phil. et Bauc. J'en ai le joie au cœur Par le chagrin qu'aura ce lâche déserteur, Molière, Femmes sav. V, 5. Et le plus sûr moyen de gagner leur faveur [des grands], C'est de flatter toujours le faible de leur cœur, Molière, D. Garc. II, 1. Il dit en soupirant que la nuit de sa vue Ne l'empêche pas tant que la nuit de son cœur, Malherbe, I, 4. Avec des vers bien faits, bien compassés, on ne tient rien si le cœur n'est ému, Voltaire, Lett. d'Argental, 16 déc. 1760. Les cœurs sont-ils donc faits à Paris autrement que chez moi ? Voltaire, Lett. d'Argental, 17 sept. 1760. Le bel art de la déclamation, c'est-à-dire l'art de se rendre maître des cœurs, Voltaire, Lett. Albergati, 14 fév. 1763. Il faut que le cœur seul parle dans l'élégie, Boileau, Art poét. II. Dieu connaît le caractère de nos cœurs et jusqu'où va notre faiblesse, Massillon, Avent, Afflict. Et déjà le chagrin pesait moins sur mon cœur, Saint-Lambert, Saisons, hiver. Pourquoi de mes loisirs accuser la langueur ? Pourquoi vers des lauriers aiguillonner mon cœur ? Chénier, Élég. VIII. Et les arts, dans un cœur de leur amour rempli, Versent de tous les maux l'indifférent oubli, Chénier, ib. XVI.

    Parler, aller au cœur, toucher vivement, intéresser. Cette grâce qui m'allait droit au cœur, Sévigné, 79.

    Le cœur me le disait bien, j'en avais le pressentiment.

    De cœur, par la disposition intérieure. Les dévots de cœur, Molière, Tart. I, 6. Mortifié dans l'abondance, pauvre de cœur au milieu des biens périssables, Massillon, Avent, Afflict. La loi qui nous oblige à croire de cœur, Massillon, Car. Culte. Qui la cherche de cœur [la vérité] un jour peut la connaître, Voltaire, Henr. I.

    De cœur, avec un sentiment sincère. Attaché de cœur à la famille de ses rois.

    Ami de cœur, ami dévoué, sincère.

    De gaieté de cœur, de propos délibéré, et sans sujet.

  • 4Le cœur considéré comme mémoire des sentiments. Vos bienfaits sont gravés dans mon cœur. Il faut ne rien garder sur votre cœur, Sévigné, 509.

    Avoir quelque chose sur le cœur, garder, entretenir un ressentiment. J'aurai toujours ce coup-là sur le cœur, Molière, Fâch. II, 2. J'ai ce soufflet fort sur le cœur, Molière, Sicil. 13. J'ai cette insulte sur le cœur, Molière, Fourb. II, 27. J'ai quelque chose sur le cœur contre vous, Sévigné, 296. Nous avons ces réponses sur le cœur, Sévigné, 234. Elle emporta tout cela sur son cœur avec la rage pêle-mêle, Sévigné, 35. Il avait encore sur le cœur la perfidie du Suisse, Hamilton, Gramm. 3. N'osant lui parler de ce qu'il avait sur le cœur, Hamilton, ib. 7. Il fut bien aise de dire une partie de ce qu'il avait sur le cœur, Hamilton, ib. 5. Une femme à qui l'on joue ce tour dit volontiers à son adverse partie ce qu'elle a sur le cœur, Voltaire, Lett. d'Argental, 23 déc. 1762.

    Décharger son cœur, dire sans réticence ce qui préoccupe.

    Par cœur, de mémoire. Locution qui vient d'une extension de la mémoire du cœur à la mémoire de l'esprit. Le peuple apprit par cœur ce divin cantique, Bossuet, Hist. II, 3. Qui ont lu et appris par cœur le même livre, Pascal, Persuad.

    Fig. Savoir un homme par cœur, connaître parfaitement son caractère et sa vie. Votre homme arrive ; je l'ai étudié une bonne grosse demi-heure, et je le sais déjà par cœur, Molière, Pourc. I, 4.

    Familièrement. Dîner par cœur, se passer involontairement de dîner. Cette locution paraît s'être dite d'abord de celui qui, au lieu de dîner, parlait, racontait, récitait, et de la sorte se passait de manger.

  • 5Sens moral, conscience. Et renverser soudain la paix de votre cœur, Comme un enfant renverse un verre, Hugo, Voix intér. IX. Pour juge il a son cœur, pour amis ses égaux, Saint-Lambert, Saisons, automne. Je n'ai point sur mon cœur de m'être divertie, Sévigné, 21. Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur, Racine, Phèd. IV, 2.

    Sans cœur, sans sentiment moral. Et moi, reine sans cœur, fille sans amitié, Racine, Athal. II, 7. [Elle] Dit que j'étais sans foi, sans cœur, sans conscience, Corneille, Médée, I, 1.

    Par extension. Tant de marbres réputés beaux sont sans âme, sans cœur, et vous laissent aride, Vitet, Marbres d'Éleusis. Revue des Deux-Mondes, t. XXVI, p. 221.

    Familièrement. Un sans cœur, un homme dépourvu de sentiment moral et d'énergie. C'est un grand sans cœur.

  • 6Tempérament moral. Avoir bon cœur. Avoir un mauvais cœur. Cœur égoïste. Il a le cœur gâté, corrompu. Plus on vieillit, dit-on, plus on a le cœur dur, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 20 nov. 1765. C'est l'affaire dont vous avez parlé à Mme la duchesse de la Rochefoucauld, qui occupe actuellement ma vieille tête et mon jeune cœur, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 31 déc. 1774. Je reconnais cela, madame, avec ce cœur que vous savez que j'ai, Voiture, Lett. 16. Ce cœur qui est si fort au-dessus des sceptres et des couronnes, et ces grâces qui vous font régner sur toutes les volontés, Voiture, ib. 7. Cœur perfide, Racine, Andr. II, 5. Et mon cœur aussi fier que tu l'as vu soumis, Racine, ib. Cœur d'acier, Corneille, Hor. III, 2. Son cœur né fier et qui jusqu'à ce temps Avait été nourri d'un doux encens, Gresset, Ver-vert, III.

    Cœur de vipère, caractère plein de méchanceté et de perfidie. Dans toutes les fureurs des siècles de tes pères, Les monstres les plus noirs firent-ils jamais rien, Que l'inhumanité de ces cœurs de vipères Ne renouvelle au tien ? Malherbe, II, 12.

    Cœur d'airain, caractère impitoyable. Avec un cœur d'airain exerçant sa puissance, J'ai fait taire les lois et gémir l'innocence, Racine, Esth. III, 1. Et la religion, mère autrefois sensible, S'arme d'un cœur d'airain contre ses fils ingrats, Gilbert, Jugem. dernier. On dit dans un sens analogue, cœur de marbre, de pierre, de diamant, cœur de tigre.

    Avoir, porter un cœur d'homme, être sensible, avoir des sentiments humains.

    C'est un cœur d'or, c'est un excellent cœur.

    Il a le cœur haut et la fortune basse, se dit d'un homme qui est glorieux et pauvre. Prendre son cœur par autrui, se mettre en la place d'un autre.

    Le bon cœur, l'ensemble des sentiments qui constituent la bienveillance pour autrui. Le bon cœur est chez vous compagnon du bon sens, La Fontaine, Fabl. XII, 23. Une certaine sensibilité qui est la marque d'un bon cœur, Massillon, Car. Parole.

    Mauvaise tête et bon cœur, personne vive et emportée, mais dont, au fond, les sentiments sont pleins de bienveillance.

    Un bon cœur, un mauvais cœur, une personne qui a un bon, un mauvais cœur.

    De bon cœur, loc. adv. Volontiers, sincèrement. Jamais de si bon cœur je ne brûlai pour elle, Malherbe, V, 24. Je vous pardonnerai de bon cœur tout ce crime, Tristan, M. de Chrispe, III, 4. Je baise de bon cœur les verges que tu tiens, Tristan, ib. V, 9. Elle est fort affligée et pleure de bon cœur, Sévigné, 214. Je suis au monde unique en mon espèce. - Pauvre immortel ! je vous plains de bon cœur, Millevoye, le Phénix.

    De grand cœur, très volontiers. Voulez-vous m'écouter ? - Sans doute et de grand cœur, Molière, Éc. des maris, II, 3.

    Être tout cœur, être vif à obliger. Il est tout cœur pour ses amis, il est pour eux plein d'attachement et de désir de les servir.

    De tout son cœur, avec une pleine affection. Je salue madame votre sœur de tout mon cœur, Bossuet, Lett. abb. 47. Ils condamnent cette hérésie de tout leur cœur, Pascal, Prov. 18.

    De tout cœur, avec la meilleure volonté du monde.

    Absolument, cœur dans le sens de bon cœur, de cœur bien doué. C'est le cœur qui fait tout ; que la terre et que l'onde Apprêtent un repas pour les maîtres du monde, Ils lui préféreront les seuls présents du cœur, La Fontaine, Phil. et Bauc. Parlerai-je d'Iris ? chacun la prône et l'aime : C'est un cœur, mais un cœur… c'est l'humanité même, Gilbert, XVIIIe siècle. L'art des transports de l'âme est un faible interprète ; L'art ne fait que des vers, le cœur seul est poëte, Chénier, Élég. XX. Si, pauvre et généreux, son cœur vient de souffrir Aux cris d'un indigent qu'il n'a pu secourir, Chénier, ib.

  • 7La pensée intime, les dispositions secrètes. Montrant que dans le cœur ce voyage le fâche, Malherbe, I, 4. On s'est plus appliqué aux vices de l'esprit, aux replis du cœur et à tout l'intérieur de l'homme, La Bruyère, Disc. sur Théophr. Il ne faut pas juger des hommes sur une seule et première vue : il y a un intérieur et un cœur qu'il faut approfondir, La Bruyère, XII. Il dissimule les mauvais offices, sourit à ses ennemis, contraint son humeur, déguise ses passions, dément son cœur, parle, agit contre ses sentiments, La Bruyère, VIII. Connaître un bon visage, et juger si le cœur, Contraire à ce qu'on voit, ne serait pas moqueur, Régnier, Sat. III. Vous avez vu plus tôt que moi un sentiment qui était caché dans mon cœur, Voiture, Lett. 16. Ces enfants bien heureux… Ayant Dieu dans le cœur, ne le purent louer, Malherbe, I, 4. La constance des sages n'est que l'art de renfermer leur agitation dans leur cœur, La Rochefoucauld, Max. 20. La sincérité est une ouverture de cœur, La Rochefoucauld, ib. 62. Je veux qu'on soit sincère et qu'en homme d'honneur On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur, Molière, Mis. I, 1. Il est bon quelquefois de sentir des traverses Et d'en éprouver la rigueur, Elles rappellent l'homme au milieu de son cœur, Et peignent à ses yeux ses misères diverses, Corneille, Imit. I, 12. C'est dans cette simplicité champêtre que se trouve la vérité et l'effusion du cœur, Voltaire, Lett. Schouvalof, 19 déc. 1762. C'est du cœur que je vous demande cette grâce, Sévigné, 395. Crois-tu… Qu'Andromaque en son cœur n'en sera pas jalouse ? Racine, Andr. II, 5. Il n'est que trop instruit de mon cœur et du vôtre, Racine, Brit. III, 7. Télémaque ouvrit son cœur à son ami, Fénelon, Tél. XXII. En m'éveillant je reconnus l'embarras de Néoptolème ; il soupirait comme un homme qui ne sait dissimuler et qui agit contre son cœur, Fénelon, Tél. X. Et nous ouvrant son cœur nous ouvrit ses trésors, Corneille, Pomp. I, 3. Dans l'entretien où, m'ayant ouvert votre cœur, j'y vis tant de résolution, de force et de générosité, Voiture, Lett. 34.

    Selon le cœur de Dieu, pieux, aimé de Dieu. David que Dieu trouva selon son cœur, Bossuet, Hist. II, 3. Un roi selon le cœur de Dieu, Fléchier, Dauph.

    Dans le langage général, selon le cœur de, agréable à. La première chose que le roi fait avec ce nouveau pape qui est entièrement selon son cœur et au delà de nos espérances, c'est de lui rendre le Comtat, Sévigné, 592.

    Dans le langage de l'Écriture, les cœurs des rois sont dans la main de Dieu. Mais, comme dit le Sage, autant que le ciel s'élève, et que la terre s'incline au-dessous de lui, autant le cœur des rois est impénétrable, Bossuet, le Tellier.

    À cœur ouvert, avec franchise, sincérité, effusion. Parler à cœur ouvert. Souffrez qu'à cœur ouvert, monsieur, je vous embrasse, Molière, Mis. I, 2.

    Avoir le cœur sur les lèvres, avoir le cœur sur la main, ne pas déguiser sa pensée, ses sentiments.

    Parler d'abondance de cœur, parler du cœur, parler avec épanchement. Pour chercher un ami qui me parle du cœur, Racine, Bérén. I, 4. Nous parlâmes du cœur, comme deux vieux amis, Au foyer l'un de l'autre à la campagne admis, Lamartine, Harm. III, 6.

    Se parler cœur à cœur, se parler avec franchise.

  • 8L'affection, la tendresse, l'amour. Se concilier tous les cœurs. Régner sur les cœurs. L'extrême joie qu'on m'a donnée en me mandant que j'étais tout entier dans le cœur de cet homme que vous savez qui est si fort selon le mien, Voiture, Lett. 42. Hyménée et l'Amour, par des désirs constants, Avaient uni leurs cœurs dès leur plus doux printemps, La Fontaine, Phil. et Bauc. Sans mentir, mademoiselle, ce ne vous est pas peu de gloire d'avoir pu allumer le cœur d'un homme aussi froid que je suis, Voiture, Lett. 42. Ah ! si mon cœur osait encor se renflammer ! La Fontaine, Fabl. IX, 2. Je veux encore un coup montrer un cœur de père, Corneille, le Ment. V, 3. Ayons un cœur dont nous soyons les maîtres, Molière, le Fest. III, 6. Sévère lui avait gagné le cœur des soldats, Bossuet, Hist. I, 10. J'ai fort dans le cœur M. et Mme Scomberg, Bossuet, Lett. 45. Toutes les choses où j'ai mis mon cœur, Pascal, Prière. Le petit cardinal a son oncle dans le cœur, Sévigné, 219. Je ne vous demande que votre cœur, Fénelon, Tél. IV. Un roi fait ce qu'il veut des cœurs : tous les protestants sont prêts à mourir pour son service, Voltaire, Lett. Damilaville, 16 avril 1765. Emporter après lui tous les cœurs des soldats, Racine, Baj. I, 1. Pour m'arracher du cœur de ses soldats, Racine, ib. Sans me faire payer son salut [le salut de mon fils] de mon cœur, Racine, Andr. I, 4. J'attends avec la paix son cœur de votre main, Racine, ib. II, 4. Si vous faites ce petit voyage que vous avez projeté dans nos cantons, vous verrez tous les cœurs voler au-devant de vous, Voltaire, Lett. Thiroux, mars 1763. Puis-je espérer encore Que vous accepterez un cœur qui vous adore ? Racine, Andr. I, 4. Elle aura quelque trait qui, de mes sens vainqueur, Me passant par les yeux, me blessera le cœur, Régnier, Sat. VII. Il ira, le cœur plein d'une image divine, Chercher si quelques lieux ont une Clémentine, Chénier, Élég. XI.

    Ces deux personnes ne font qu'un cœur et une âme, elles sont liées par la plus étroite affection. Les deux princesses ne furent plus qu'un même cœur, Bossuet, Anne de Gonz.

    Son cœur commence à parler, son cœur a parlé, se dit d'une jeune personne qui éprouve les premiers sentiments de l'amour.

    Affaire de cœur, commerce de galanterie.

  • 9La personne elle-même qui éprouve ces divers sentiments. Je me tiens très heureux d'avoir une si grande place dans le meilleur cœur de France, Voiture, Lett. 42. Deux démons à leur gré partagent notre vie ; Je ne vois point de cœur qui ne leur sacrifie, La Fontaine, Fabl. X, 10. Il peut trouver du moins, dans le cours de sa vie, Un cœur sans injustice, un ami sans envie, Saint-Lambert, Saisons, automne. Des cœurs séparés à regret Trouvent de se rejoindre aisément le secret, Corneille, Othon, II, 4. Un cœur né pour servir sait mal comme on commande, Corneille, Pomp. IV, 2. Que ne fait point un cœur Pour plaire à ce qu'il aime et gagner son vainqueur ? Racine, Bérén. II, 2. Cœur accablé de déplaisirs, Racine, Andr. II, 1. Cœur épris de courroux, Racine, ib. I, 1. D'un cœur qui t'aime, Mon Dieu, qui peut troubler la paix ? Racine, Athal. III, 8. J'aime mieux renoncer à tout cet embarras, Et ne veux point d'un cœur qui ne se donne pas, Molière, F. sav. V, 4. Avez-vous un secret important, versez-le hardiment dans ce noble cœur, Bossuet, Duch. d'Orl.

    Familièrement. Bien que d'un cabinet sortît un petit cœur, Avec son chaperon, sa mine de poupée, Régnier, Sat. X. De s'entendre appeler petit cœur ou mon bon, Boileau, Sat. X. Elle a eu l'effronterie de me dire que je ne suis point malade ; vous savez, mon cœur, ce qui en est, Molière, Mal. im. I, 6. Mon pauvre petit cœur, tu le peux si tu veux, Molière, Éc. des f. V, 5.

    Un joli cœur, un jeune homme qui prend un soin particulier de sa toilette.

    Faire le joli cœur, se donner des grâces.

  • 10Ardeur, vif intérêt. Il a le cœur à l'étude. Amour enfin qui prit à cœur l'affaire, La Fontaine, Coc. Il s'agit d'une affaire que j'ai fort à cœur, Bossuet, Lett. 109. Il prend trop de cœur à ce qu'il entreprend, Pascal, Prov. III. Qui croyez-vous qui prenne les choses à cœur? Pascal, ib. Il n'eut plus de cœur que pour lui, Fléchier, M. de Mont. Il avait mis son cœur à ce mariage, Rousseau, Hél. I, 40. Des haines qui, en refusant le cœur au devoir, ont assez d'empire sur elles, pour donner les apparences au monde, Massillon, Car. Pardon. J'avais peur Que mon père ne prît l'affaire trop à cœur, Racine, Plaid. II, 6. Vous prenez la chose fort à cœur, Molière, les Préc. 1. Il avait le cœur trop au métier, Racine, Plaid. I, 1.

    Avoir à cœur quelque chose, y prendre un vif intérêt. Ils n'ont rien tant à cœur que de voir la concorde régner, Massillon, Or. fun. Louis XI. Tenir au cœur, être l'objet d'un attachement, d'un désir, d'un intérêt. Le reste ne lui tenait plus au cœur, Sévigné, 216. Cela est au premier rang de ce qui me tient le plus au cœur, Sévigné, 202. On aime fort ce détail pour les choses qui tiennent au cœur, Sévigné, 5. Les choses qui nous tiennent sensiblement au cœur, Sévigné, 570. Une beauté me tient au cœur, Molière, Fest. I, 2. La Sicile ravie leur tenait au cœur, Bossuet, Hist. I, 8. Diantre ! l'amour vous tient au cœur de bon matin, Racine, Plaid. I, 5.

    Tenir au cœur, être l'objet d'une inquiétude, d'un tourment. Le Rhône me tient fort au cœur, Sévigné, 23. Votre frère me tient fort au cœur, Sévigné, ib. Ce maître d'armes vous tient bien au cœur, Molière, le Bourg. III, 3.

  • 11Courage, fermeté. Homme de cœur, homme plein de courage. La rigueur de ses lois, après tant de licence, Redonnera le cœur à la faible innocence, Malherbe, II, 1. … Vous vous troublez beaucoup ; Mon cœur n'est point du tout ébranlé de ce coup, Molière, F. sav. V, 4. À la fin je pris cœur, résolu d'endurer…, Régnier, Sat. X. Non, non, j'ai trop de cœur pour lâchement me rendre, Régnier, Élég. I. Si tu connaissais tes péchés, tu perdrais cœur, Pascal, Myst. 2. Rodrigue, as-tu du cœur? Corneille, Cid, I, 9. Nous vous laissons ici pour leur rendre du cœur, Corneille, Hor. II, 7. Et ne vous flattez pas ni sur votre grand cœur Ni sur l'éclat d'un nom cent et cent fois vainqueur, Corneille, Nicom. I, 1. … Tant de fois vaincus ils ont perdu le cœur De se plus hasarder contre un si grand vainqueur, Corneille, Cid, II, 7. Ces favorables mots vous ont rendu le cœur, Corneille, Tois. d'or, IV, 5. Un orgueil noble et juste et digne d'une reine, Qui soutient avec cœur et magnanimité L'honneur de sa naissance et de sa dignité, Corneille, Pomp. III, 1. Sans qu'on l'ose accuser d'avoir manqué de cœur, Corneille, Cid, V, 1. [Il] m'a fait voir trop de cœur, Corneille, le Ment. III, 2. En vain en l'attaquant [il] fait paraître un grand cœur, Corneille, Hor. IV, 4. S'il avait moins de cœur, Corneille, Cid, II, 7. S'il la sauve, peut-être on trouvera dans Rome Plus de cœur que de crime en l'ardeur d'un jeune homme, Corneille, Théodore, V, 7. Antigone Gonatas reprit cœur, pendant que Pyrrhus, inquiet et ambitieux, faisait la guerre aux Lacédémoniens et aux Argiens, Bossuet, Hist. univ. I, 8. Ils ne voulaient pas qu'on s'y prît d'une manière à lui faire perdre cœur, Bossuet, Var. 10. Le parti a repris cœur et fait les derniers efforts, Bossuet, Lett. quiét. 341. Ce discours ébranla le cœur De notre imprudent voyageur ; Mais le désir de voir et l'humeur inquiète…, La Fontaine, Fabl. IX, 2. Battre un homme à coup sûr n'est pas d'une belle âme ; Et le cœur est digne de blâme Contre les gens qui n'en ont pas, Molière, Amph. I, 2. Si l'heureux Amurat, secondant leur grand cœur, Aux champs de Babylone est déclaré vainqueur, Racine, Baj. I, 1. Surtout j'admire en vous ce cœur infatigable, Racine, Mithr. III, 1. Il faut du cœur et de l'action, Fléchier, Serm. I, 169. Un dessein si hardi jeta les patriciens et le peuple dans une consternation générale ; tous manquent de cœur et de résolution, Vertot, Révol. rom. liv. II, p. 201.

    Familièrement. Prendre son cœur à deux mains, faire tous ses efforts, ou prendre son grand courage.

    Familièrement. Avoir le cœur de, pousser la dureté, l'indifférence jusqu'à. Vous n'aurez pas ce cœur-là, Molière, Mal. im. I, 5. Comment avez-vous le cœur de mêler avec leurs fruits des ossements ? Rousseau, Ém. II.

    Un cœur de lion, un homme d'un extrême courage.

    Un cœur de poule, un poltron. Ah ! poltron ! dont j'enrage, Lâche ! vrai cœur de poule, Molière, Sganar. sc. 21.

    Mettre, remettre le cœur au ventre à quelqu'un, lui rendre le courage. Cette locution vient du langage du moyen âge, où le cœur est joint souvent à ventre, pris en un sens très général de tronc du corps ; locution qui provient elle-même de ce qu'on se sent plus de force et de courage après avoir bien mangé.

    Faire contre mauvaise fortune, ou, absolument, contre fortune bon cœur, ne pas se laisser abattre et aussi ne pas laisser paraître sur son visage le désappointement, la peine qu'on éprouve.

  • 12Générosité. Être plein de cœur.

    Grand cœur, magnanimité. Seigneur, vous devez tout au grand cœur d'Exupère, Corneille, Héracl. V, 4. Henriette d'un si grand cœur est contrainte de demander du secours ; Anne d'un si grand cœur ne peut en donner assez, Bossuet, Reine d'Anglet.

    Un grand cœur, une personne magnanime. Mais de cette faiblesse un grand cœur est honteux ; Il ose espérer tout dans un succès douteux, Corneille, Hor. I, 1. N'attendez point de moi de regrets ni de larmes : Un grand cœur à ses maux applique d'autres charmes, Corneille, Pomp. V, 1. La grâce est aux grands cœurs honteuse à recevoir ; La menace n'a rien qui les puisse émouvoir, Corneille, Suréna, IV, 4. Un grand cœur cède un trône et le cède avec gloire ; Cet effort de vertu couronne sa mémoire, Corneille, Rodog. II, 5. Au travers des périls un grand cœur se fait jour, Racine, Andr. III, 1. Jamais dans un grand cœur vit-on plus de faiblesse ? Racine, Bérén. III, 2.

    Homme de cœur, homme qui a de la générosité, de la sensibilité.

    N'avoir point de cœur, être dépourvu de toute sensibilité, de toute noblesse d'âme.

  • 13Le principal agent, le principal intérêt. Le parti du duc et de mon frère Dont l'un est votre cœur, si l'autre est votre bras, Rotrou, Vencesl. I, 1. Quand à ton père usé je rendis la vigueur, J'avais encor tes vœux, j'étais encor ton cœur, Corneille, Médée, III, 3. Le prince de Conti fut le cœur et le confident de M. de Luxembourg dans ses dernières années, Saint-Simon, 220, 212.
  • 14 Par extension, l'estomac : dénomination qui vient de ce que, dans l'ancienne anatomie grecque, on donnait le nom de cœur à l'orifice cardiaque ou supérieur de l'estomac, et le nom de douleur de cœur aux douleurs de l'estomac. Des soulèvements de cœur. J'ai encore mon dîner sur le cœur.

    Avoir le cœur noyé, noyé d'eau, être incommodé pour avoir bu trop d'eau.

    Fig. Cela lui pèse sur le cœur, c'est quelque chose qui lui cause du chagrin, de la rancune.

    Ce vin va au cœur, il fait plaisir.

    Avoir mal au cœur, être pris de nausées. Sur mer j'ai mal au cœur. Celles qui ont dîné ont mal au cœur, Sévigné, 185.

    Mal de cœur, envie de vomir. À moitié chemin, j'eus un grand mal de cœur, Sévigné, 58.

    Fig. Cela fait mal au cœur, fait soulever le cœur se dit d'une chose qui excite le dégoût, l'aversion, le chagrin. Une douceur fade qui fait mal au cœur, Molière, Impr. 3. Avec un style si bourgeois et si ridicule, que cela fait mal au cœur, Vauvenargues, Du goût. Les violons de la cour font mal au cœur au prix de ceux-là, Sévigné, 73. Il est d'une faiblesse à faire mal au cœur, Sévigné, 44. Les louanges me font mal au cœur, Sévigné, 235. Tout ce qui ressemble à une séparation fait bien mal au cœur, Sévigné, 462. Ce qui vient de sa part lui fait soulever le cœur, Bossuet, Resp. 1. De ce raccommodement vint un fils qui réduisit la jeune princesse de Bade à l'état ordinaire pour les biens, dont sa belle-mère eut grand mal au cœur, Saint-Simon, 168, 259.

    Si le cœur vous en dit, si vous avez envie d'en manger ; et fig. Si vous êtes disposé à cela.

    Avoir le cœur bon, avoir l'appétit bon, se dit d'un malade qui conserve de l'appétit.

    Cet homme a bon cœur, il ne rend rien, se dit d'un homme dont l'estomac ne rejette pas ce qu'il mange ; et, figurément, de celui qui ne rend pas ce qu'on lui prête.

    Avoir le cœur sur le bord des lèvres, et, simplement, sur les lèvres, être prêt à vomir.

    Avoir le cœur mort, se sentir très faible.

    Populairement. N'être pas malade de cœur, conserver un bon appétit.

    S'en donner au cœur joie, à cœur joie, jouir pleinement, se rassasier d'une chose.

    À cœur jeun, sans avoir mangé de la journée. Locution qui vieillit.

  • 15 Par analogie, la partie centrale de quelque chose. Il est logé au cœur de la ville. Le cœur d'un fruit, d'un chou. Je veux qu'elle me voie au cœur de ses États Soutenir ma fureur d'un million de bras, Corneille, Nicom. V, 7. Dans le cœur de son empire, Bossuet, Hist. I, 8. Il y avait au cœur de la Judée des hommes choisis, Pascal, Juifs, 20. Plus les chênes croissent vite, plus ils forment de cœur, et meilleurs ils sont pour le service, Buffon, Exp. sur les végét. 2e mém. Les vieilles souches [de vigne] sont pourries jusqu'au cœur, et le fruit n'en vaut guère, Courier, I, 272. Je relève sous l'eau les tiges abattues, Je secoue au soleil les cœurs de mes laitues, Lamartine, Joc. IX, 281.

    Fig. Au cœur de l'été, de l'hiver, pendant les plus grandes chaleurs, les plus grands froids. Évitez le cœur de l'hiver pour revenir, Sévigné, 355. On était au cœur d'un hiver extrêmement rude, Hamilton, Gramm. 8. Les Suédois faisaient la guerre au cœur de l'hiver comme dans l'été, Voltaire, Charles XII, 2. Éveillés à minuit au cœur de l'hiver, Rousseau, Ém. II.

    Cœur de cheminée, le milieu de la cheminée, où est ordinairement une plaque. Il est noir comme le cœur de la cheminée.

    À cœur de journée, sans relâche. Locution qui paraît venir de ce que le cœur de la journée est pris pour le fort du travail. Murce avait un jeune valet qu'il appelait marcassin et qui se moquait de lui à cœur de journée, Saint-Simon, 164, 168.

  • 16Ce qui a la forme d'un cœur. Une croix d'or surmontée d'un cœur.

    Le cœur, une des couleurs du jeu de cartes. Le cœur est atout. J'ai tous les cœurs.

    Nom vulgaire d'un grand nombre de coquilles bivalves.

  • 17 Terme de manége et de fauconnerie. Être en cœur, se dit d'un cheval, d'un oiseau qui se montrent pleins d'ardeur. Un cheval de deux cœurs, est celui qui répond mal aux aides et qui ne manie pas volontiers.
  • 18 Terme de blason. Le milieu de l'écu, dit aussi abîme.
  • 19 Terme d'astronomie. Cœur du Lion, étoile de première grandeur qui fait partie de la constellation du Lion, dite aussi Régulus.

    Cœur de Charles, petite constellation entre la Grande Ourse et le Lion.

    Cœur de l'Hydre, étoile de la constellation de l'Hydre. Cœur du Scorpion ou Antarès.

  • 20 Terme d'horticulture. Cœur de pigeon, espèce de prune et espèce de pomme.

    Cœur de bœuf, espèce de prune.

    Cœur de Saint-Thomas, nom vulgaire d'un fruit d'Amérique ou mieux d'une graine, dite aussi châtaigne de mer (entade gigalobion).

    Nom d'une espèce de bigarreau.

  • 21Pièce d'horlogerie qui dégage la détente de la sonnerie.

    Milieu d'une verge de plomb dans un vitrage.

  • 22 Terme de boucherie. Maniement pair ou double chez le bœuf et la vache, placé au-dessous et à quelque distance du paleron, en arrière et vers le milieu de la masse musculaire olécrânienne, et répondant à peu près à la place qu'occupe le cœur dans l'intérieur du thorax.

PROVERBES

Il dit cela de bouche, mais le cœur n'y touche, c'est-à-dire il parle contre sa pensée.

De l'abondance du cœur la bouche parle, c'est-à-dire on parle volontiers de ce qu'on désire, de ce qui captive.

Loin des yeux, loin du cœur, c'est-à-dire l'absence refroidit.

REMARQUE

Le langage populaire dit quelquefois : joli comme un cœur. Cela ne signifie rien et ne peut rien signifier ; c'est une confusion avec joli cœur.

Avoir à cœur et tenir au cœur, sont deux locutions toutes faites et dans lesquelles rien ne peut être interverti. Avoir au cœur et tenir à cœur seraient des fautes contre l'usage, du moins aujourd'hui ; car, au XVIIe siècle, on trouve tenir à cœur dans de bons écrivains. Les nouvelles de la guerre me tiennent fort à cœur, Sévigné, 752. J'ai un extrême chagrin que vous fassiez tant de cas de toutes ces niaiseries [romans et comédies] qui ne doivent tout au plus servir qu'à délasser quelquefois l'esprit, mais qui ne devraient point vous tenir autant à cœur qu'elles font, Racine, Lettr. à son fils, X.

SYNONYME

CŒUR, COURAGE, disposition qui fait mépriser le danger. Courage est dérivé de cœur; par conséquent, la nuance entre ces deux mots ne peut être que dans cette dérivation même. En effet, le courage, à proprement parler, est le produit du cœur. On a du cœur ou on en manque ; on signale son courage, on combat avec courage ; l'homme de cœur se distingue par des traits de courage.

HISTORIQUE

XIe s. Se [il] son queur li purportast e soun conseil li donast, Lois de Guill. 12. Charles respont : trop avez tendre coer, Ch. de Rol. XXIII. Mal seit du coer qui au piz [poitrine] se couarde, ib. LXXXV. Franc ont feru de coer et de vigur, ib. LX. Si esclargiez vos talenz [satisfaites vos désirs] et vos coers, ib. CCLXV.

XIIe s. Dit à son oncle son cuer et sa pensée, Ronc. p. 19. Li emperere ot mout le cuer iré, ib. p. 35. L'aigue [eau] du cuer lui est es els [yeux] montée, ib. p. 48. [à] Vos compaignons [ils] feront les cuers partir, ib. p. 60. Mout [il] ot le cuer dolent et irascu, ib. Du sanc qu'il laisse lui va li cuer faillant, ib. p. 100. [Il] Fit sa priere de cuer, fort en pleurant, ib. p. 152. Plus [j'] en auroie le cuer du ventre clair [satisfait], ib. p. 158. Par vasselage [courage] [il] a son cor [sa fermeté] recouvré, ib. p. 169. Li cuers lui part, l'ame s'en est alée, ib. p. 176. Ah ! Dex ! dist Charles, comme ai le cuer grevé ! ib. p. 183. Tant s'est amors affermée En mon cuer, à long sejor, Couci, I. Que cele où j'ai mon cuer et mon penser, ib. VI. Ele a mon cuer, que jà [je] n'en quier oster, ib. X. Je ne me sai tenir ne conforter De vous, beaus cuers, servir entierement, ib. Si que souvent [je] chant là où de cuer [je] plor [pleure], ib. XVI. Onques vers lui [elle] [je] n'oi [n'eus] faus cuer ne volage, ib. XI. Car traï m'a et mort à escient Mes jolis cuers, que je doi tant haïr, ib. X. Se nuls morist [mourut] pour avoir cuer dolent, ib. XXII. Se li cors va servir nostre seigneur, Li cuers remaint du tout en sa baillie [de ma dame], Quesnes, Romancero, p. 93. L'aigue lui cort [court, coule] du cuer parmi les oilz à rais, Sax. X. Tel cinq cent chevalier Qui n'ont cuer ne courage de Saisnes guerroier, ib. XVI. [Le roi] Qui assez vous salue de bon cuer, sans feintise, ib. XXIII. De grant outrage faire nuls hom ne monteplie, Ainz se monte et essauce qui son cuer humelie, ib. XXXII. Il n'en venront à chief [viendront à bout], mes cuers le senefie [l'annonce], ib. À la nef sunt venu, e entrerent en mer ; Rogiers del Punt l'Evesque n'i pout sun quer celer : Thomas, Thomas, fait-il, mal m'i faites passer, Th. le mart. 133.

XIIIe s. Dist li rois : Dame, puet bien estre verté ; J'en ai le cuer al ventre si serré Que ne me puis aidier ne conforter, Chanson du vilain Hervi. Il ne creoient mie les Grieus à qui il avoient pais fete, que de cuer leur deussent aidier, Villehardouin, CLXI. Et sachiés que li cuers des gens ne fu mie en pais, quar une partie de l'ost se travelloit à ce que il se volsissent bien departir, Villehardouin, LIV. Il estoit de moult grant cuer, Villehardouin, XL. Einsi dura la guerre grant piece, jusques au cuer d'iver, Villehardouin, XLV. Forment lui doult li cuers, mout fut en grand esmoi, Berte, VII. … De grant joie fu ses cuers esmeüs, ib. XXIV. … Se [vous] saviez orendroit à quel meschief je sui, li cuers vous partiroit, ib. XXVIII. Mais li cuers lui failloit, ib. XXX. Mais il avoit le cuer si plein de loyauté, ib. XLV. Si que l'eaue du cuer sur sa face en descent, ib. XLVII. Chascuns eut cuer certain, piteus et fin et sain, ib. XLIX. Ne cuida pas mes peres li rois au cuer hardit…, ib. LIII. Ainçois [elle] se lairroit traire le cuer sous la poitrine, ib. LVI. Ahi ! mere, faitele, com auriez cuer marri Se vous saviez…, ib. LIX. Il l'amoient [Berte] de cuer come bien enseignée, ib. LX. En la serve [il] avoit mis cuer et cor et desir, ib. LXIII. Sachiez que mout [il] les hait de cuer entierement, ib. XCV. Lasse ! pourquoi ne creve mes cuers sous ma chemise ? ib. C. D'amor et de desir tout li cuers lui esprent, ib. CX. Renart, fet-il, par le cuer bé [corbleu], Tu m'as hui honi et gabé, Ren. 4641. Moult ai iré le cuer au ventre, la Rose, 3752. Mes pren bon cuer, et si t'avance De recevoir en pacience Tout quanque Fortune te donne, ib. 6875. Mès, par mon chief, or i parra [paraîtra], Se tu de bon cuer serviras, ib. 2049. Que chascuns si bien i entende… Que tout par cuer le retengniés, ib. 20113. La reson pourquoy, que il en donroit cuer à ses ennemis, Joinville, 214. Et quant sa gent virent que le roy metoit deffense en li, il pristrent cuer, et laisserent le passage du flum, Joinville, 227.

XIVe s. … Tu sembles l'oisel de proie, Qui vuet le cuer tant seulement ; Se le cuer has tant seulement, Aras le corps et la chevance, Machaut, p. 111. Se il est juste, il n'est autre chose quelconque que il ait principalement à cuer, Oresme, Eth. 155. Enfans qui ont recordé par cueur aucunes choses, Oresme, ib. 198. Je ne puis pas savoir lor sens ne lor folie ; Car ce qui est au cuer, homme ne le dit mie, Guesclin. 10940. Et li bons coerz fait l'oevre, non mie le lonc jour, Baud. de Seb. IV, 184. Le dain est une belle beste et bien plaisant, quant elle est en cueur de saison, Modus, f° XXVIII.

XVe s. Il en ot grand joie en son cœur, Froissart, II, III, 19. Le comte d'Asquesuffort, qui estoit pour ce temps tout le cœur et le conseil du roi, Froissart, II, II, 237. Les chemins que il fait, je les sais tous par cœur, car en sa compagnie et sans lui je les ai esté trop de fois, Froissart, II, III, 17. Louis Rambaud avoit une trop belle femme à amie et l'aimoit de tout son cœur parfaitement, Froissart, II, III, 17. Quand le noble roi Charles de France eut ouï sa sœur ainsi lamenter, et qui de cœur et en plorant lui montroit sa besogne, Froissart, I, I, 8. Et y laissa mort son neveu que moult aimoit ; dont il estoit en cœur et fut depuis ce moult destroit et courroucé, mais amender ne le put, Froissart, I, I, 181. Le comte de Hainaut avoit si pris en cœur cette guerre, Froissart, I, I, 128. Gens qui ont encore au cœur la felonnie et le mautalent sur les François, Froissart, II, II, 207. Et je feray volontiers et de bon cœur ce que vous me commandez…, Froissart, I, I, 47. Il alla voir la fierte [la châsse] saint Thomas à cœur jeun et y fit offrande belle et riche, Froissart, III, IV, 15. Les seigneurs regarderent que il estoit le mois de decembre le droit cœur d'hiver, Froissart, II, II, 203. Se ne montrez… Que vous ayez mon fait à cueur, Orléans, Rondel de Frédet. Par cueur retiens ce que j'en ay apris, Car plus ne sçay lire ou livre de joye, Orléans, Rondel. Le dessus dit comte de Waleran et ceux qui s'estoient sauvés de sa compagnie eurent au cœur très grand tristesse, non pas sans cause, Monstrelet, liv. I, chap. 24. Certes, de bouche et non de cueur plusieurs gens parlent, Monstrelet, liv. I, chap. 9. Comme qui bien avoit le cuer à la besoigne, Chastelain, Chron. des ducs de Bourg. III, ch. 28. Lié [joyeux] sui, quant il est en ce point ; Car je le hay de tout mon cuer, la Pass. de N. S. J. C. Et quelque semblant qu'ilz luy montrassent, si le haioient-il en cueur comme il fu de puis apparent, Fenin, 1413. Le mareschal, qui le cœur n'avoit à aultre chose fors à toujours grever les Sarrazins, Bouciq. I, ch. 23. Et pour ce, nous qui desirons de tout nostre cœur l'honneur de son noble estat avons advisé une haute emprise, ib. III, ch. 15. Si fist Chasteaumorant au cœur vaillant e fier, ib. II, ch. 20. Hée, mon ami, revenez si vous voulez ; vous savez que nous femmes avons les cuers tendres, Jeh. de Saintré, ch. 26. Pour son sallaire d'avoir esté offrir à l'eglise de Sainct-Esperit-lezRue deux cœurs d'or, De Laborde, Émaux, p. 217. Laquelle tenoit entre ses deux mains ung coer, qui se ouvry à l'eure que le roy entra en ladite porte, et dedans ledit coer y avoit une fleur de lis signiffiant la loyaulté de la Cité, De Laborde, ib. p. 217. Il leur sembla honte et peril et que ce seroit donner cueur à ceulx de Paris, Commines, I, 9. Le roy n'avoit point fort la matiere à cueur, Commines, IV, 11. On croyait qu'Ascaigne faisoit ceste feinte, et qu'au cœur estoit content du Pape, Commines, VII, 13. Et si [Charles VIII] avoit son cœur, tousjours, de faire et accomplir le retour en Italie, Commines, VIII, 18. Cœur pensif ne sait où il va, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 275. Dieu nous veuille garder et defendre de toute malaventure ! le cœur ne me gist pas bien de cette vision, Louis XI, Nouv. LXXII.

XVIe s. Ils recoloyent par cueur quelques plaisans vers de Virgile, Rabelais, Garg. I, 24. Il se saisit du baston de la croix, qui estoit de cueur de cormier, Rabelais, ib. I, 27. Dieu vous doint ce que vostre noble cueur desire, Rabelais, Pant. II, 16. Je boy à luy de bien bon cueur, et à vous aussy, messieurs les recordz, Rabelais, ib. IV, 15. Le dyable se represente on lieu, accompaigné d'ung escadron de petitz dyableteaulx de cueur, Rabelais, ib. IV, 46. Je croy qu'il s'addoucira, Ou sera Plus dur que le cœur d'un arbre, Du Bellay, J. IV, 29, recto. Au cœur de l'hiver, Marguerite de Navarre, Nouv. XXXVIII. Le peuple n'eut pas le cœur de prendre seulement les balotes en main, Montaigne, I, 3. Faulte de cœur [courage], Montaigne, I, 26. Non en leur action seulement, mais surtout en leur cœur, Montaigne, I, 108. Faire mal au cœur [donner des nausées], Montaigne, I, 110. Sçavoir par cœur n'est pas sçavoir, Montaigne, I, 163. Ayant extreme peur de faillir une chose qu'il avoit tant à cœur, Montaigne, I, 196. Il leur remeit par ce moyen le cœur au ventre, Montaigne, I, 353. Aulcun homme de cœur ne daigne s'advantager de…, Montaigne, II, 66. Nous prenons trop à cœur ces substitutions, Montaigne, II, 86. Il a disné par cœur pour l'affection qu'il avoit de medire des femmes, Yver, p. 555. Montrer qu'ilz n'avoient point le cueur failly, Amyot, Péric. 62. Sans s'arrester aux larmes des passagers qui se tourmentent d'effroy et tirent du cueur, Amyot, ib. 63. Au cueur d'esté, Amyot, ib. 66. La perte de celuy là seul luy attendrit le cueur, Amyot, ib. 69. Avoir le cueur [courage] bon, Amyot, P. Aem. 43. Il n'y eut si dur cueur en toute la ville de Rome, à qui ce grant accident ne feist pitié, Amyot, ib. 57. Quant à moy, je n'aurois jamais le cueur de vendre le bœuf qui auroit longuement labouré ma terre, Amyot, Caton, 41. Homme de bas et petit cueur, Amyot, Crassus, 133. Du filz autant m'est la personne chere, Comme j'av eu à contre-cœur le pere, Amyot, Pomp. 1. Homme du tout fait à la devotion et selon le cueur de Pompeius, Amyot, Caton d'Ut. 45. Elle ne pardonnoit jamais, depuis qu'elle avoit pris une chose à cueur, Amyot, Artax. 24. Monsieur, j'ai sur le cœur tant de sang versé des nostres, D'Aubigné, Hist. I, 132. Venons au cœur de la France et des affaires, D'Aubigné, ib. I, 139. Le vaivode fait attaquer la ville avec la chaleur de cœur que la victoire passée donnoit à ses gens, D'Aubigné, ib. II, 198. Quand on vous decouvriroit implacable, tenant votre cœur [rancune] et inexorable, Carloix, I, 38. Ils avoient promis la garder ou y mourir ; mais le cœur leur devint foye, et se rendirent leurs vies sauves, Du Bellay, M. 80. Ceste gresse est trouvée principalement au mesentere, et base du cœur, Paré, I, 6. Le ventricule a deux orifices, à sçavoir un superieur nommé l'estomach et vulgairement cœur ; et l'autre inferieur nommé pylorus, Paré, I, 14. La figure du cœur est pyramidale, à sçavoir large en sa base et estroite sur sa pointe, Paré, II, 11. Et où il failloit, coups de baston ne luy manquoient pas, luy diminuant sa portion, le faisant souvent jeusner par cœur, Paré, Animaux, 18. Cœurs ou cerises heaumées, De Serres. Baise moy donc, mon cœur [m'amie], car j'aime mieux Ton seul baiser, que si quelque deesse…, Ronsard, 109. J'aime de tout mon cœur, je veux aussi qu'on m'aime, Ronsard, 254. Ils sont toujours après pour lui [à la jeunesse] faire apprendre par cueur (ainsi parlent-ils) ce que les livres disent…, Charron, Sagesse, I, 14. Il a eu le cœur de ce faire, Pasquier, Recherches, liv. VIII, p. 675, dans LACURNE. Estant allé à Bergame, il trouva son maistre qu'il salua joyeusement ; et le maistre luy rendit le salut en disant : que dit le cœur [comment va la santé] ? Nuits de Straparole, t. I, p. 258, dans LACURNE. Sans davantage nous tuer le cœur et le corps, ib. t. II, p. 386. Prenez vostre cœur à autruy, Oudin Cœur content, et manteau sur l'espaule, Cotgrave Le cœur fait l'œuvre, et non pas les grands jours, Cotgrave Le cœur ne veut douloir ce que l'œil ne peut voir, Cotgrave À cœur dolent, l'œil pleure, Cotgrave À povre cœur petit souhait, Cotgrave Belle chere, et cœur arriere [semblant d'amitié, sans que le cœur y soit], Cotgrave Qui n'a cœur [mémoire] ait jambes, Cotgrave Le cœur me dit qu'il faut que je meure, l'Amant ressuscité, p. 533, dans LACURNE. Au tresor gist le cœur, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 233. Bruler ne peut cueur Qui par venin meurt, Leroux de Lincy, ib. p. 254. Cœur blessé ne se peut ayder, Leroux de Lincy, ib. p. 275. Cœur de verre, cœur loyal et ouvert, Leroux de Lincy, ib. Quand bien vient, cœur fault, Leroux de Lincy, ib. p. 377. Item plus, est necessaire de sçavoir tout de cueur la multiplication d'une chascune des dix figures par soy mesme et aussi par une chascune des aultres, De Laroche, Arismetique, f° 8, verso.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

CŒUR. Ajoutez :
23Une personne objet de tendresse. Je craignais encore Mme de Caylus, sa nièce [de Mme de Maintenon], son goût et son cœur, qui la connaissait parfaitement, Saint-Simon, t. VIII, p. 225, édit. Chéruel.
24 Terme de turf. On dit qu'un cheval manque de cœur, quand il ne fait pas son possible pour triompher.
25Cœur vert, espèce d'arbre. Le mora (mora excelsa) et le cœur vert (hectandra Rodeii) de la Guyane anglaise, Rev. Britann. fév. 1876, p. 283.
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Étymologie de « cœur »

(1048) Du moyen français coeur, de l’ancien français cuer, coer, quer, quor, du latin cor, génitif cordis (« cœur, estomac »), de l’indo-européen commun *ḱḗr (« entrailles »). Apparenté à l’anglais heart ou l’allemand Herz, au grec ancien καρδία, kardía (« cœur »)[1], qui a donné de nombreux dérivés en « cardio- ».
Étymologiquement parlant, on fait donc référence à une très ancienne origine du mot quand on dit que l’on a « mal au cœur » et que l’on désigne par là un ventre récalcitrant ou un estomac écœuré.
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Bourguig. coeu ; picard (environs d'Amiens), tcheur ; provenç. cor ; ital. cuore ; du latin cor, cordis ; allem. Herz ; angl. heart ; goth. hairtô ; gaél. chridhe ; sanscrit, hrid. Cœur a pris le sens de mémoire, parce qu'il s'est étendu à l'âme tout entière ; et l'on voit nettement comment il l'a pris, dans cette phrase provençale : En vostre cor devetz saber que tuit li adjectiu… [en votre cœur devez savoir que tous les adjectifs…], Gramm. provençales, publiées par GUESSARD, p. 78. Dans l'ancien français, au nominatif singulier li cuers, au régime le cuer ; au nominatif pluriel li cuer, au régime les cuers. Du reste, cuer se prononçait cœur.

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Phonétique du mot « cœur »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
cœur

Citations contenant le mot « cœur »

  • La mémoire est dans le cœur ; car, quand elle ne nous vient point de cet endroit, nous n'en avons pas plus que des lièvres. Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, Correspondance, à Mme de Grignan, 9 septembre 1671
  • La vie est pleine de choses qui blessent le cœur. Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, Correspondance, au comte de Grignan, 28 novembre 1670
  • C'est à voix basse qu'on enchante Sous la cendre d'hiver Ce cœur, pareil au feu couvert Qui se consume et chante. Paul-Jean Toulet, Les Contrerimes, Émile-Paul
  • Mon cœur fut-il si près d'un cœur qui va faiblir ? Paul Valéry, La Jeune Parque, Gallimard
  • Les vilaines pensées viennent du cœur. Paul Valéry, Mélange, Gallimard
  • Les grandes pensées viennent du cœur. Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues, Réflexions et Maximes
  • Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches Et puis voici mon cœur, qui ne bat que pour vous. Paul Verlaine, Romances sans paroles, Green , Messein
  • Il avait autour du cœur une cuirasse de chêne et un triple airain Horace en latin Quintus Horatius Flaccus, Odes, I, III, 9-10
  • La blessure vit au fond du cœur. Virgile en latin Publius Vergilius Maro, L'Énéide, IV, 67
  • Vous les hommes, jusques à quand ces cœurs fermés, ce goût du rien, cette course au mensonge ? , Ancien Testament, Psaumes IV, 3
  • Soldats, visez au cœur ! Michel Ney duc d'Elchingen, prince de la Moskova,
  • Nous l'acceptons le cœur léger. Émile Ollivier,
  • Fermez vos cœurs avec plus de soin que vos portes. Johann Wolfgang von Goethe, Götz von Berlichingen
  • Et ne voyais-tu pas, dans mes emportements, Que mon cœur démentait ma bouche à tous moments ? Jean Racine, Andromaque, V, 3, Hermione
  • Oui, Prince, je languis, je brûle pour Thésée. Je l'aime, non point tel que l'ont vu les enfers […] Mais fidèle, mais fier, et même un peu farouche, Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi, Tel qu'on dépeint nos Dieux, ou tel que je vous voi. Jean Racine, Phèdre, II, 5, Phèdre
  • Que de routes prend et que de raisons se donne le cœur pour en arriver à ce qu'il veut ! Alexandre Dumas dit Dumas fils, Préface de la Dame aux camélias
  • Les poètes célibataires sont une peste publique ; ils troublent, sans le savoir et le vouloir, tous les cœurs féminins sans emploi. Henri Frédéric Amiel, Journal intime, 12 juillet 1866
  • Si les cœurs étaient clairs, le monde serait clair. Jacques Audiberti, Le Mal court, Gallimard
  • En France, les peines d'argent durent plus longtemps que les peines de cœur et se transmettent de génération en génération. Marcel Aymé, Silhouette du scandale, Le Sagittaire
  • Dans ces grandes crises, le cœur se brise ou se bronze. Honoré de Balzac, La Maison du Chat-qui-pelote
  • Le cœur est humain dans la mesure où il se révolte. Georges Bataille, L'Orestie, Éditions des Quatre-Vents
  • Non, mon cœur n'est pas un feu couvert. Rémi Belleau, Petites Inventions et Autres Poésies
  • Hélas ! qu'aux cœurs heureux les vertus sont faciles ! Pierre Laurent Buirette, dit Dormont de Belloy, Gabrielle de Vergy
  • L'égalité est l'idéal de l'esprit de l'homme, et l'inégalité, le penchant de son cœur. Élémir Bourges, Les Oiseaux s'envolent et les fleurs tombent, Mercure de France
  • Il faut que nous ayons un cœur bien dompté, devant que pouvoir profiter en l'école de Dieu. Jean Calvin de son vrai nom Cauvin , Traité des scandales
  • En vivant et en voyant les hommes, il faut que le cœur se brise ou se bronze. Sébastien Roch Nicolas, dit Nicolas de Chamfort, Caractères et anecdotes
  • La pire de toutes les mésalliances est celle du cœur. Sébastien Roch Nicolas, dit Nicolas de Chamfort, Maximes et pensées
  • Rompre avec les choses réelles, ce n'est rien ; mais avec les souvenirs ! le cœur se brise à la séparation des songes, tant il y a peu de réalité dans l'homme. François René, vicomte de Chateaubriand, Vie de Rancé
  • L'art ne fait que des vers : le cœur seul est poète. André de Chénier, Élégies
  • Le corps s'en va, le cœur séjourne. Chrétien de Troyes, Le Chevalier à la Charrette
  • Qui a le cœur, qu'il ait aussi le corps. Chrétien de Troyes, Cligès
  • Le cœur a des pensées que ne dit pas la bouche. Chrétien de Troyes, Érec et Énide
  • Le cœur qui d'abord résiste - comme un vase qu'on enfonce dans l'eau et qui se remplit tout à coup. Paul Claudel, Journal, Gallimard
  • Il était victime des pénombres où les sens rencontrent le cœur. Jean Cocteau, Le Grand Écart, Stock
  • Rodrigue, as-tu du cœur ? Pierre Corneille, Le Cid, I, 5, Don Diègue
  • La connaissance du cœur humain, c'est l'érudition des flâneurs. François de Curel, L'Amour brode, Stock
  • Les trésors d'un cœur pur ne souffrent pas partage. Robert Desnos, Fortunes, Gallimard
  • […] Un cœur n'est juste que s'il bat au rythme des autres cœurs. Eugène Grindel, dit Paul Eluard, Poèmes retrouvés, Ce que l'Amérique doit entendre , Gallimard
  • Le prix du cœur artificiel Carmat -qui pourrait bénéficier à 2.000 patients par an en Europe- est estimé à environ 150.000 euros. On ne sait pas encore quel montant sera pris en charge par la Sécurité sociale en France. RTL.fr, Carmat : comment fonctionne le cœur artificiel Aeson et à quoi sert-il ?
  • L'amour, c'est l'espace et le temps rendus sensibles au cœur. Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, la Prisonnière , Gallimard
  • Je fais bien de ne pas rendre l'accès de mon cœur facile ; quand on y est une fois entré, on n'en sort pas sans le déchirer ; c'est une plaie qui ne cautérise jamais bien. Denis Diderot, Lettres, à Mme d'Épinay
  • C'est le cœur qui sent Dieu, et non la raison. Voilà ce que c'est que la foi : Dieu sensible au cœur, non à la raison. Blaise Pascal, Pensées, 278 Pensées
  • Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point ; on le sait en mille choses. Blaise Pascal, Pensées, 277 Pensées
  • Que le cœur de l'homme est creux et plein d'ordure ! Blaise Pascal, Pensées, 143 Pensées
  • Il n'y a qu'un soleil : ne divise pas ton cœur. Henri Petit, Ordonne ton amour
  • Chacun de nous a dans le cœur une chambre royale ; je l'ai murée, mais elle n'est pas détruite. Gustave Flaubert, Correspondance, à Amélie Bosquet, 1859
  • Quand on ne peut plus remplir le cœur d'une femme, il faut encombrer sa vie. Robert Pellevé de La Motte-Ango, marquis de FlersFrantz Wiener, dit Francis de Croisset, Les Nouveaux Messieurs, L'Illustration
  • Le cœur est la source de toutes les erreurs dont nous avons besoin. Bernard Le Bovier de Fontenelle, Dialogues des morts
  • Le cœur se trompe comme l'esprit […]. Anatole François Thibault, dit Anatole France, Le Petit Pierre, Calmann-Lévy
  • Les maladies du cœur, aussi bien que celles du corps, viennent à cheval et en poste, mais elles s'en revont à pied et au petit pas. saint François de Sales, Introduction à la vie dévote
  • La richesse de l'homme est dans son cœur. C'est dans son cœur qu'il est le roi du monde. Vivre n'exige pas la possession de tant de choses. Jean Giono, Les Vraies Richesses, Grasset
  • Un cœur attendri n'oublie jamais ce qui l'a fait apercevoir des transports qu'il ne connaissait pas, et dont il était capable. Gabriel Joseph de Lavergne, comte de Guilleragues, Lettres de la religieuse portugaise
  • Apprendre par cœur ; ce mot me plaît. Il n'y a guère en effet que le cœur qui retienne bien, et qui retienne vite. Marie Jean Hérault de Séchelles, Réflexions sur la déclamation
  • Croient-ils donc qu'on ait des truffes dans le cœur ? Max Jacob, Le Cornet à dés, Gallimard
  • Le cœur a ses prisons que l'intelligence n'ouvre pas. Marcel Jouhandeau, De la grandeur, Grasset
  • À qui donner le prix ? Au cœur, si l'on m'en croit. Jean de La Fontaine, Fables, le Corbeau, la Gazelle, la Tortue et le Rat
  • Ah ! ce soir, j'ai le cœur mal, le cœur à la Lune. Jules Laforgue, L'Imitation de Notre-Dame la Lune, États
  • Mon cœur, lassé de tout, même de l'espérance N'ira plus de ses vœux importuner le sort. Alphonse de Prât de Lamartine, Premières Méditations poétiques, le Vallon
  • Au moment où la foi sort du cœur, la crédulité entre dans l'esprit. Félicité de La Mennais, Mélanges religieux et philosophiques
  • Chacun dit du bien de son cœur, et personne n'en ose dire de son esprit. François, duc de La Rochefoucauld, Maximes
  • L'esprit est toujours la dupe du cœur. François, duc de La Rochefoucauld, Maximes
  • Tous ceux qui connaissent leur esprit ne connaissent pas leur cœur. François, duc de La Rochefoucauld, Maximes
  • Dans la vie courante, dans ses relations avec ses pareils, l'homme doit se servir de sa raison, mais il commettra moins d'erreurs s'il écoute son cœur. Pierre Lecomte du Noüy, L'Homme et sa destinée, La Colombe
  • Tous ces désirs de grandeur partent du vide d'un cœur inquiet. Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon, Lettres, 1676
  • Je crains les cœurs flâneurs : ils confondent le temps de voir avec le temps d'aimer. Robert Mallet, Apostilles, Gallimard
  • Ne blâmez point doncques* notre jeunesse Car noble cœur ne cherche que soulas**. Clément Marot, Ballade des enfants sans souci
  • Sais-tu pas bien qu'en cœur de noble dame Loger ne peut ingratitude infâme ? Clément Marot, Élégie, I
  • - Il me semble que vous les placez autrement qu'ils ne sont ; que le cœur est du côté gauche et le foie du côté droit.- Oui, cela était autrefois ainsi, mais nous avons changé tout cela. Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, Le Médecin malgré lui, II, 4
  • Je suis distrait, je n'ai de mémoire que dans le cœur. Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, Mes pensées
  • Ah ! frappe-toi le cœur, c'est là qu'est le génie. Alfred de Musset, Premières Poésies, À mon ami Ed. Boucher
  • Le cœur humain de qui ? le cœur humain de quoi ? Celui de mon voisin a sa manière d'être ; Mais, morbleu ! comme lui, j'ai mon cœur humain, moi ! Alfred de Musset, Premières Poésies, Namouna
  • Si le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas, c'est que celle-ci est moins raisonnable que notre cœur. Raymond Radiguet, Le Diable au corps, Grasset
  • L'amour tue l'intelligence. Le cerveau fait sablier avec le cœur. L'un ne se remplit que pour vider l'autre. Jules Renard, Journal, 23 mars 1901 , Gallimard
  • L'esprit dans les grandes affaires n'est rien sans le cœur. Jean-François Paul de Gondi, cardinal de Retz, Mémoires
  • Le cœur ne mène pas si vite à l'absurde que la raison à l'odieux. Jean Rostand, Julien ou Une conscience, Fasquelle
  • On dirait que mon cœur et mon esprit n'appartiennent pas au même individu. Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions
  • Les sensations ne sont rien que ce que le cœur les fait être. Jean-Jacques Rousseau, Julie ou la Nouvelle Héloïse
  • Je ne sais ce que c'est que le cœur, […] je n'appelle ainsi que les faiblesses de l'esprit. Donatien Alphonse François, comte de Sade, dit le marquis de Sade, La Philosophie dans le boudoir
  • - Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux. Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, Gallimard
  • Le cœur est une fine horlogerie dont le caprice nous mène infiniment loin, à condition qu'on sache lui témoigner la même délicatesse. Marie-René Alexis Saint-Leger Leger, dit, en diplomatie, Alexis Leger, et, en littérature Saint-John Perse, Correspondance, à André Gide, 1er février 1948 , Gallimard
  • Le cœur n'a pas de rides. Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, Correspondance, à Mme de Grignan, 29 décembre 1688
  • Autant, à pareille époque de l’année, la formulation des vœux a bien souvent quelque chose de protocolaire pour ne pas dire "d’obligatoire", autant les étrennes venues du cœur sont susceptibles de "remuer les tripes" de ceux qui les reçoivent comme le reconnaissait d’ailleurs très volontiers Eric Escribano, hier après-midi, à l’issue de la toute première victoire à domicile des Blagnacais. ladepeche.fr, Nationale. Blagnac : les étrennes du cœur - ladepeche.fr
  • Attendons simplement les résultats des enquêtes et recherches c'est très facile devant son clavier informatique de jouer les inspecteurs . Faisons confiance aux enquêteurs et à la justice. Une pensée aux familles et aux enfants en espérant du fonds du cœur qui reverront leur mère. ladepeche.fr, Disparition de Delphine Jubillar : au cœur de l'énigme à Cagnac-les-Mines - ladepeche.fr
  • La solidarité est une tradition ancrée depuis toujours dans le cœur des chasseurs qui font don d’une partie de leur gibier au voisinage et, plus communément désormais à des œuvres humanitaires. midilibre.fr, Aveyron : le gibier des chasseurs rejoint les Restos du cœur - midilibre.fr
  • La grande scène du Pôle culturel du Théatre de Gascogne, à Mont-de-Marsan, a résonné, la semaine dernière, des pas, des voix et de la musique des artistes de la Compagnie des 5 roues. Avec son chœur de femmes, ses danseurs et ses musiciens, "Électre des bas-fonds" a tout simplement fait battre le cœur d’une coquille désertée de force par le public. SudOuest.fr, Vidéo. Mont-de-Marsan : Simon Abkarian, un cœur qui bat pour le théâtre
  • Cependant, « les 0-3 ans n’ont rien demandé à personne », a précisé le maire Olivier Grosjean, qui a souhaité maintenir ce geste envers les plus petits, en puisant dans le budget du CCAS. C’est ainsi une somme de 425 € qui a été convertie en produits divers (couches, lait de toilette, lingettes…) et remis vendredi matin aux représentants aux Restos du cœur, Jean-Louis Bessard et Guy Berthier, par l’édile dracysien, accompagné des adjoints Dominique Petitjean et Martial Beugnet. Une remise qui se faisait traditionnellement dans le cadre de la cérémonie des vœux du maire, non organisée cette année. , Dracy-le-Fort. Un 11e don aux Restos Bébés du cœur pour l’action sociale

Traductions du mot « cœur »

Langue Traduction
Anglais heart
Espagnol corazón
Italien cuore
Allemand herz
Chinois
Arabe قلب
Portugais coração
Russe сердце
Japonais ハート
Basque bihotza
Corse core
Source : Google Translate API

Antonymes de « cœur »

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