La langue française

Parer

Sommaire

Définitions du mot parer

Trésor de la Langue Française informatisé

PARER1, verbe trans.

I. − Orner.
A. − [Le compl. désigne une pers.] Parer qqn (de qqc.)
1. Vêtir quelqu'un; habiller quelqu'un avec soin, élégance; agrémenter l'aspect, la tenue de quelqu'un. Parées d'étoffes sombres et le bandeau de perles au front, les femmes s'accoudent (...) sur les lits de pourpre (Villiers de L'I.-A.,Contes cruels, 1883, p.381).Elle se dit avec raison que mon père était un fort bel homme, qu'il parait ses habits quand ses habits ne le paraient pas (A. France,P. Nozière, 1899, p.71).
Empl. pronom. réfl. Se vêtir; s'habiller avec recherche, élégance; mettre des ornements. Synon. s'apprêter.Les unes se faisaient belles avec un voile de laine, les autres se paraient avec un peignoir (Janin,Âne mort, 1829, p.130):
1. Pline a fait de cette gemme [l'opale] une description enthousiaste; il la place aussitôt après l'émeraude; il indique comment la distinguer de ses imitations, ce qui prouve qu'en dépit de la fâcheuse réputation qu'elle avait de porter malheur à celui qui s'en parait, l'opale jouissait d'une grande vogue en ce temps... Metta,Pierres préc., 1960, p.93.
2. En partic. Parer une femme. Pourvoir une femme d'habits de prix, de parures de bijoux. La gloire est pour un vieil homme ce que sont les diamants pour une vieille femme; ils la parent, et ne peuvent l'embellir (Chateaubr.,Mém., t.1, 1848, p.503):
2. ... l'or est désirable quand il peut servir à parer la femme que l'on aime, −comme les Italiens leur madone, −à étendre de riches tapis sous ses pieds, que blesserait le contact de la terre, à répandre autour d'elle des parfums moins suaves que son haleine. Karr,Sous tilleuls, 1832, p.315.
Loc. fam. Être parée comme une châsse, comme un autel, comme une idole, comme une épousée de village. Être couverte de bijoux, de colifichets, d'ornements de manière excessive et ainsi paraître ridicule. La gitanilla (...) était parée, cette fois, comme une châsse, pomponnée, attifée, tout or et tout rubans. Une robe à paillettes, des souliers bleus à paillettes aussi, des fleurs et des galons partout (Mérimée,Carmen, 1845, p.39).Elle admirait les femmes qu'elle croisait dans la rue. Les unes surgissaient devant elle parées comme des idoles (Dabit,Hôtel Nord, 1929, p.34).
Rare au masc. M. Walstein s'était paré comme une châsse; la crainte de n'être pas aperçu lui donne un grand amour pour ces couleurs éclatantes qui saisissent douloureusement l'oeil. Il y avait dans son costume (...), au moins toutes les couleurs de l'arc-en-ciel (Karr,Sous tilleuls, 1832, p.215).
3. Au fig.
a) Parer qqn.Synon. auréoler.Il leur faut [aux forts] des gloires présentes et des prix qu'ils portent sur eux, qui les touchent, les distinguent et les parent (Joubert,Pensées, t.1, 1824, p.354).Madame Pinson, personnage peu connu des poètes. C'est une petite dame parée de modestie et de simplicité (Alain,Propos, 1921, p.238).
Empl. pronom. réfl. Pour le vêtement nous ferons ce qu'un honnête breton recommandait à sa fille qui lui demandait des chemises: nous nous parerons de notre modestie et de notre innocence (Mmede Chateaubr., Mém. et lettres, 1847, p.214):
3. ... on voit l'empressement avec lequel les barbares, dès leur entrée dans l'empire, embrassent les formes romaines, et se parent des oripeaux romains, des titres de consuls, de patrices, des costumes et des insignes romains. Renan,Avenir sc., 1890, p.390.
b) Parer qqn de qqc.Attribuer une qualité, un sentiment, un titre à quelqu'un, le plus souvent à tort. Ne jamais parer une femme des qualités qu'on lui souhaite, ni des beautés dont elle fait mystère, mais présumer le fade pour s'étonner de l'exquis (Louys,Aphrodite, 1896, p.137):
4. Point n'est besoin d'écrire pour avoir de la poésie dans ses poches. (...) il y a ceux qui connaissent ces secrets grâce auxquels le mariage de la sensibilité et du quartier fabrique du bonheur. C'est pourquoi je pare du noble titre de poète des charrons, des marchands de vélos, des épiciers... Fargue,Piéton Paris, 1939, p.29.
Empl. pronom. réfl. Se parer de.Tout cela n'était pas de l'amour, je le sais bien, et je ne veux ni m'accuser ni me parer d'un sentiment que je n'ai jamais connu; mais c'était une amitié solide (About,Roi mont., 1857, p.188).
Loc. fam. Se parer de la/des plume(s) du paon/d'autrui. S'attribuer des titres, des qualités que l'on ne possède pas et en faire état ostensiblement. Quand on parle de soi, la meilleure muse est la franchise. Je ne saurais me parer de bonne grâce de la plume des paons; toute belle qu'elle est, je crois que chacun doit lui préférer la sienne (Vigny,Serv. et grand. milit., 1835, p.8).En vérité il m'est très difficile de vivre dans une époque étrange où les majorités se parent des plumes des minorités pensantes et agissantes (Cocteau,Poés. crit. I, 1959, p.11).
B. − [Le compl. désigne une chose] Parer qqc. de qqc.; (qqc.) (est) paré de (qqc.); (qqc.) est paré de (qqc.)
1. [Le suj. désigne une pers.] Qqn pare qqc. (de qqc.).Orner quelque chose; ajouter un élément à quelque chose pour l'embellir. Les catholiques fervents (...) en face de certaines images de dévotion (...) ils la parent [l'image], ils l'encensent (Sand,Hist. vie, t.2, 1855, p.181).Les Romains paraient de dalles de marbre ou de pierre leurs constructions de briques (Arts et litt., 1935, p.20-5):
5. ... cette cathédrale: (...) j'aime à la parer, à l'orner, à l'embellir, afin qu'elle plaise au Seigneur, son époux, et à ses enfants, qui sont ceux du Seigneur. Là viennent les âmes... Dupanloup,Journal, 1876, p.119.
[Dans un cont. fig.] L'homme le plus modeste, en vivant dans le monde, doit, s'il est pauvre, avoir un maintien très assuré et une certaine aisance, qui empêchent qu'on ne prenne quelque avantage sur lui. Il faut, dans ce cas, parer sa modestie de sa fierté (Chamfort,Max. et pens., 1794, p.50).
2. [Le suj. désigne une chose] Qqc. pare qqc.
a) Orner, mettre un ornement à ou sur. Parer sa tête. Au lieu d'un autel paré de lumières et de fleurs, j'ai vu se dresser devant moi un autel d'airain (...), sévère, nu (Renan,Avenir sc., 1890, p.492).Le fleuve (...) entre deux coteaux sablonneux, (...) dressait une grande nappe d'eau claire que le soleil parait d'énormes gerbes d'or (Guèvremont,Survenant, 1945, p.211).
Empl. pronom. passif. Les champs se paraient de verdure et de fleurs (Sandeau,Mllede La Seiglière, 1848, p.268).
b) Au fig. C'est le spectacle de la vie, d'une vie toute chargée de soins et de servitudes, toute parée d'amour, de grâces et de ferveur (Duhamel,Suzanne, 1941, p.119).
Empl. pronom. passif. De quels charmes ne se paraient pas pour moi subitement les deux années joyeuses et incohérentes que je venais d'achever (Sagan,Bonjour tristesse, 1954, p.78).
II. − [Le compl. désigne une chose] Parer qqc.Préparer, apprêter pour rendre plus propre à un usage. Pendant que la brique est de champ, on la pare; pour cela on prend chacune d'elles séparément et à l'aide d'un couteau ordinaire, on enlève toutes les bavures qui existent sur leurs bords afin d'obtenir des arêtes vives (Bourde,Trav. publ., 1928, p.129).
A. − Rendre propre à un usage, à la consommation. Elle les rangea [les légumes] méthodiquement sur le carreau, parant la marchandise, disposant les fanes de façon à encadrer les tas d'un filet de verdure (Zola,Ventre Paris, 1873, p.608):
6. Il y avait un champ aride et pierreux, que traversait une rivière, dont, à peine, on voyait l'eau verte et stagnante sous les joncs dont elle était couverte. On a fait arracher les joncs; on a donné du cours aux eaux; on a paré cette rivière en la tenant dans l'état de perfection dont elle était susceptible... Laclos,Éduc. femmes, 1803, p.468.
Parer du cidre, du poiré. ,,Le faire fermenter, pour lui ôter le goût douceâtre qu'il a naturellement`` (Ac. 1835-1935).
B. − Spéc. Préparer en ôtant les parties inutiles, en donnant meilleure apparence.
1. BOUCHERIE
Ôter les peaux, graisses, nerfs superflus. Parer la viande, les viandes. (Dict. xixeet xxes.). Cette viande, préparée par une main inexpérimentée, est mal parée (Macaigne,Précis hyg., 1911, p.218).
P. anal. Le thon est «paré» par enlèvement des arêtes et d'une partie de la peau (Industr. conserves, 1950, p.20).
Parer un agneau. ,,Lever la graisse qui est sur la panse, et l'étendre sur les quartiers de derrière`` (Ac. 1835, 1878).
2. CUISINE
Ôter les parties non comestibles avant de préparer un plat, donner meilleur aspect à un mets, à un plat. Parer des côtelettes; parer des fruits, des légumes. (Dict. xixeet xxes.).
Préparer en vue de la présentation, de la consommation ultérieure. Vous sautez les filets de barbue, de sole et d'anguille, puis vous les parez en petites escalopes (Gdes heures cuis. fr.,Carême,1833, p.130).Parer le dessus de la brioche; retirer la mie de l'intérieur en suivant la forme des cannelures, et emplir cette croustade aux deux tiers (Gdes heures cuis. fr.,A. Escoffier,1935,p.193).
3. HORTIC. Couper l'extrémité des racines et des branches d'une plante que l'on met en terre ou que l'on repique afin de lui permettre de reprendre vigueur plus facilement. (Dict. xixeet xxes.).
4. MARÉCHALERIE. Parer le pied d'un cheval. Enlever avec le boutoir la corne superflue du sabot afin de redonner au pied son aplomb et une longueur normale (d'apr. Tondra Cheval 1979). Pied paré au degré voulu; pied paré d'aplomb.
5. MAR. Mettre en état (quelque chose) afin de pouvoir s'en servir. Parer les canots. Parer un câble, une ancre (Ac. 1935). Heureusement tout avait été paré à bord pour résister à cette tempête (Malot,R. Kalbris, 1869, p.227).Les pompes sont dégelées et parées et toutes les heures on sonde la cale (Charcot,Expéd. antarct. fr., 1906, p.183).
Parer une manoeuvre. S'apprêter à l'effectuer. (Ds Littré, Lar. Lang. fr.).
Pare. Ordre de se disposer à effectuer une manoeuvre. Pare à mouiller (Ac. 1935). Nous devrions être arrivés. Oh oh, mais je vais commander, moi, alors! Pare à virer! (Jarry,Ubu, 1895, v, 4, p.91).
6. PEAUSS. Amincir une peau afin de l'assouplir; ôter les parties trop épaisses des bords. Parer à la main; machine à parer. Couteau à parer; parer une peau, un cuir. (Dict. xixeet xxes.). [Les peaux de daim] sont souvent parées, c'est-à-dire diminuées dans leur épaisseur, ce qui les assouplit et permet un travail plus aisé (J. Coulon,Technol. gén. modiste, 1951, p.55).
7. TECHNOL. Polir, régulariser, apprêter en vue de. (Dict. xixeet xxes.).
8. VERRERIE. Soumettre à la paraison. Verre doublé. −On appelle ainsi un verre différemment coloré sur les deux faces. Pour l'obtenir, on fait une première paraison avec un verre de couleur, puis, au-dessus, on cueille du verre blanc et l'on pare de nouveau (Cl. Duval, Verre, 1966, p.90).
Prononc. et Orth.: [paʀe], (il) pare [pa:ʀ]. Att. ds Ac. dep. 1694). Étymol. et Hist. A. 1. Fin xes. «orner» (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 22: Cum cel asnez fu amenaz, De lor mantelz ben l'anb parad); ca 1050 (Alexis, éd. Chr. Storey, 586: D'or et de gemmes fu li sarqueus parez); 2. ca 1225 «vêtir avec soin, élégance» (Gautier de Coinci, Mir. Vierge, éd. V. F. Koenig, II Mir 13, 679); 3. mil. xives. au fig. se parer de (qqc.) «tirer vanité de (quelque chose)» (Bâtard de Bouillon, éd. R. Fr. Cook, 3781); 1582 id. «s'adjuger (quelque chose) de plus ou moins mérité» (R. Garnier, Bradamante, III, 1, 743 ds Tragédies, éd. W. Foerster, IV, p.33: or' qu'il soit deshonneste De se vouloir parer d'une faulse conqueste). B. Ca 1170 «préparer, apprêter» (Rois, éd. E. R. Curtius, p.122, 19); spéc. 1. ca 1170 «ôter l'écorce (d'une branche, d'un arbre)» (Marie de France, Lais, éd. J. Rychner, Chèvrefeuille, p.152, 53); ca 1215 «peler (un fruit, etc.)» (Aymeri de Narbonne, 4419 ds T.-L.); 1701 bouch. (Fur.); 2. 1250 «apprêter (une étoffe)» (doc. ds de Poerck t.2, 645); 3. 3etiers xiiies. «râcler (du cuir) pour l'amincir» (Merveilles Rigomer, éd. W. Foerster, 15663); 1636 peauss. (Monet); 4. 1552 mar. (Rabelais, Quart Livre, éd. R. Marichal, chap.22, p.117: Pare les couetz. Pare les escoutes. Pare les bolines); 5. 1559 parer les piedz à un cheval (Journal du sire de Gouberville, 8 déc. ds Poppe, p.140). C. 1432-33 être paré de «être muni de» (Jean Régnier, Les Fortunes et adversitez, éd. E. Droz, p.62, 1668). Du lat. parare «préparer, apprêter, arranger» d'où également en roman «orner», etc. Cf. parer2et parer3. Bbg. Duch. Beauté. 1960, pp.88-89, 92-93.

PARER2, verbe

A. − [Le compl. désigne un inanimé] Parer qqc.
1. Éviter quelque chose en le détournant, en y opposant quelque chose. Henri: (...) Dirige le bouclier pour qu'il pare tous les coups qu'on nous portera (Dumas père, Reine Margot, 1845, iii, 7, p.98).V. parade2ex. 1:
1. ... pour éviter d'être atteint par l'adversaire, on essayera d'arrêter ses poings avec les gants ouverts et de «bloquer» ainsi ses coups. La garde, si elle est serrée, permettra également de parer et de dévier, soit avec les avant-bras, soit avec les bras, les coups qui vous étaient destinés. R. Vuillemin, Éduc. phys., 1941, p.168.
Absol. Comme Levraut s'approchait, il lui adressa seulement un coup de pied (...). Le chien para en rompant (Renard, Lanterne sourde, 1893, p.112).
P. anal.
JEU DE PAUME. ,,Arrêter une balle de volée pour l'empêcher d'entrer dans un ouvert`` (Petiot 1982). Parer la balle (Ac. 1935).
TENNIS. Parer la balle, parer de volée. Renvoyer la balle en la frappant avant qu'elle ne touche terre. (Dict. xixeet xxes.).
ESCR. ,,Se garantir d'une attaque en détournant avec son arme le fer adverse`` (Petiot 1982). Parer une botte:
2. ... comme d'ailleurs l'élève de sir Williams perdait insensiblement son calme et sa présence d'esprit depuis que la botte avait été parée, il fut atteint en pleine poitrine et cloué contre un arbre. Ponson du Terr., Rocambole, t.3, 1859, p.530.
Absol. Parer et porter en même temps (Ac. 1798-1935). Parer de la pointe; parer en quarte. (Ds Littré, Guérin 1892, Rob.). Et puis, il m'avait appris le maniement du sabre pour m'amuser: «Parez! Pointez!» (Lorrain, Phocas, 1901, p.302).Il faut, comme à l'escrime, attaquer sans se découvrir, ou parer sans cesser de menacer l'adversaire (Foch, Princ. guerre, 1911, p.96).
2. MAR. Passer au large; éviter (un obstacle) en le doublant. Parer un cap, un écueil. Nous allons courir au sud pour parer toutes les glaces, puis à l'ouest pour longer les côtes d'Islande (H.-Ph. d'Orléans, À travers banquise, 1907, p.298).Le capitaine Jacquinot (...) fut un instant jeté sur le banc du Dauphin, de manière à voir les pâtés de coraux sous sa quille, et à craindre un moment de ne pouvoir parer ce dangereux écueil (Dumont d'Urville, Voy. Pôle Sud, t.4, 1842, p.58).
Parer un abordage. Éviter un abordage. (Ds Littré, Rob., Lexis 1975).
Parer un grain. ,,Se tenir prêt à carguer ou à amener les voiles à l'approche d'un grain`` (Lar. encyclop.).
3. Au fig. Parer un mauvais coup; parer un danger. Il faudra donc parer deux grands dangers: infection purulente par généralisation des abcès et ouverture de ces abcès (Garcin, Guide vétér., 1944, p.222):
3. ... l'habileté de la parole consiste (...) dans le talent d'esquiver, de parer adroitement avec quelques phrases ce qu'on ne veut pas entendre, et de se servir de ces mêmes armes pour tout indiquer, sans qu'on puisse jamais vous prouver que vous ayez rien dit. Staël, Allemagne, t.3, 1810, p.58.
B. − [Le compl. d'obj. dir. désigne une pers.] Parer qqn de/contre qqc.Défendre quelqu'un d'une attaque; garantir quelq'un contre un inconvénient, une incommodité. (Dict. xixeet xxes.). Porter un manteau pour se parer de la pluie (Ac. 1798-1878).
C. − [Ds un cont. abstr.] Parer à qqc.Prévoir ce qui va arriver et s'en protéger, s'en garantir; agir de manière à éviter ce qui peut arriver de fâcheux; éviter les inconvénients de quelque chose. Parer au danger, à un inconvénient. C'est moi, c'est votre notaire qui doit parer à vos besoins de tous les jours (Becque, Corbeaux, 1882, iii, 4, p.172).L'agent chargé du relevé et de l'entretien du compteur doit faire chaque mois, le plein d'eau. Pour parer à l'évaporation, on a d'ailleurs imaginé des artifices (Quéret, Industr. gaz, 1923, p.227).
Parer au plus pressé. S'occuper des choses les plus urgentes. Je suis toujours sur le qui-vive, ne connaissant pas mes appareils, redoutant une surprise, il faut parer au plus pressé, prévoir l'incident qui peut surgir (Peisson, Parti Liverpool, 1932, p.76).Pour le reste, l'on pare au plus pressé, et peu importent, après tout, les moyens (Paulhan, Fleurs Tarbes, 1941, p.129).
Parer à toute éventualité. Se prémunir contre tout aléa. Il se mit à la recherche d'une chambre déserte afin de changer de faux-col. Il en avait deux dans sa poche pour parer à toute éventualité (Miomandre, Écrit sur l'eau, 1908, p.60).On refusera donc toute espèce d'indulgence à des hommes d'État qui se sont exposés à une telle éventualité sans y parer et même sans y penser (Maurras, Kiel et Tanger, 1914, p.230).
Ne savoir parer à tout. Ne pas pouvoir tout prévoir et y remédier à l'avance. Les installations mécaniques ne sauraient parer à tout ni surtout corriger une disposition défectueuse des services (Civilis. écr., 1939, p.50-11).
Prononc. et Orth.: [paʀe], (il) pare [pa:ʀ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Réfl. 1. ca 1470 se parer de «se justifier de» (G. Chastellain, Chron. ds OEuvres, éd. Kervyn de Lettenhove, t.3, 340), seulement ds Chastellain; 2. 1543 «se protéger au moyen de» (N. Herberay des Essars, Amadis [trad. de l'esp.], IV, 33 ds Hug.: il [Amadis] se para de son escu); 3. 1578 «se protéger contre» (R. Belleau, Petites Inventions, A sa maistresse ds OEuvres, éd. Ch. Marty-Laveaux, t.1, p.117). B. Trans. dir. 1. ca 1470 parer (qqn) «(le) justifier» (G. Chastellain, Chron. ds OEuvres, éd. Kervyn de Lettenhove, t.5, p.457), attest. isolée; 2. 1588 parer un coup «l'éviter» ici au fig. (Montaigne, Essais, L. III, chap. 10, éd. P. Villey et V. L. Saulnier, t.2, p.1015); 3. 1604 parer (qqn) de (qqc.) «l'en protéger» (Montchrestien, La Cartaginoise, II, p.126 ds Hug.); 4. 1641 mar. parer la tempête ici au fig. (Corneille, Pompée, I, 1 ds OEuvres, éd. Ch. Marty-Laveaux, t.4, p.31). C. Trans. indir. 1540 parer aux coups (N. Herberay des Essars, Le Premier Livre d'Amadis de Gaule [trad. de l'esp.], éd. H. Vaganay, p.322). D. Intrans. a) 1578 «éviter (une attaque) en se déplaçant rapidement» (R. Belleau, Odes d'Anacréon ds OEuvres, éd. Ch. Marty-Laveaux, t.1, p.16); b) 1690 escr. (Fur.). Empr., malgré la légère différence des dates, à l'ital. parare, att. au sens de «se défendre (contre les coups)» dep. début xvies. (L'Arioste ds Tomm.-Bell.), d'abord «préparer, orner, etc.», de même orig. que parer1* (v. entre autres Bl.-W.1-5, EWFS1-2et Hope, p.213), plutôt qu'à l'a. prov. parar qui ne semble att. dans ce sens qu'une seule fois (Blandin de Cornouailles ds Romania t.2, p.188); Wartburg (FEW t.7, p.638a, note 82) appuie cette dernière hyp. sur le fait que l'infl. de l'ital. sur le fr. n'était pas encore très importante à la fin du xves., mais c'est un argument insuffisant: les rapports entre les deux pays s'intensifient dès le milieu de ce siècle.
STAT.Parer1 et 2. Fréq. abs. littér.: 1071. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 1818, b) 1364; xxes.: a) 1413, b) 1420.

PARER3, verbe

A. − Empl. intrans. [En parlant d'un cheval] Synon. de s'arrêter.Ce cheval pare sur les hanches (Ac.1935).
En empl. subst. masc. Arrêt relevé du cheval. Un beau parer. (Ds Littré, DG).
B. − Empl. trans. Arrêter, retenir un cheval. (Dict.xixeet xxes.).
Prononc. et Orth.: [paʀe], (il) pare [pa:ʀ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1575 parer «arrêter court (un cheval)» (L'Ecuirie du Sr Federic Grison [trad. de l'ital.], fo16 ro); id. se parer «s'arrêter court (d'un cheval)» (ibid., fo15 vo). Empr., d'abord par l'intermédiaire d'un texte ital., à l'esp. parar «arrêter, s'arrêter» (dep. 1330-43, J. Ruiz), sens issu de celui de «placer, se placer» (ces deux sens étant propres aux lang. ibéro-romanes), propr. «préparer, disposer» (parer1*). Voir Cor.-Pasc.

Wiktionnaire

Verbe 1

parer \pa.ʁe\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison) (pronominal : se parer)

  1. Préparer, apprêter certaines choses de manière à leur donner meilleure apparence, à les rendre plus belles, plus commodes, plus propres au service.
    • Ils paraient des chevaux à longue queue avec des houppes bigarrées. — (Pierre Louÿs, Aphrodite, Mercure de France, Paris, 1896)
    • Les brides et les bâts des chameaux étaient tout parés de perles brillantes et de pompons multicolores. — (Out-el-Kouloub, Zariffa, dans « Trois contes de l’Amour et de la Mort », 1940)
    • Hadrien tourna en ridicule le présent de trois cents chlamydes dorées que lui fit le roi Pharasmanès en en parant des condamnés destinés à l'arène. — (Costume et société dans l'Antiquité et le haut Moyen âge, Université Paris X Nanterre-CNRS, textes réunis par François Chausson et Hervé Inglebert, Paris : éd. Picard, 2003, page 75)
    1. (Marine) (1552) Préparer une manœuvre.
      • Parer un câble, une ancre : Préparer un câble, une ancre.
      • Parer à virer, à mouiller : Commandement de disposer tout pour virer, pour mouiller l’ancre.
    2. (Cuisine) (XIIe siècle) Préparer un aliment, le peler, en ôter les parties non comestibles.
      • Parer la viande : En ôter les peaux, la graisse.
      • Côtelette parée.
      • Il a paré sa pomme en enlevant la partie abimée.
  2. Orner ; embellir.
    • […] à la fin du mois, je pouvais apporter à ma femme, une centaine de francs, qu’elle dépensait aussitôt en pommades, en glycérine, en menus objets avec lesquels elle se parait, se maquillait, se pomponnait. — (Octave Mirbeau, Lettres de ma chaumière : La Tête coupée, A. Laurent, 1886)
    • Des oiseaux qui parent encore agréablement les rives du Nil sont les hérons. Dans le nombre, on en distingue des espèces blanches, parmi lesquelles sont le garde-bœuf et l’aigrette. — (Léon de Joannis, Campagne pittoresque du Luxor, Paris : Mme Huzard, 1835, p.153)
    • Au nez et à la barbe des habitants, le vert envahit Paris, concurrence les lumières artificielles dont le pare l'hiver et qui s'en trouvent flétries. — (Christiane Lesparre, Des nuits cousues d'or, Grasset, 1996)
    • Exemple d’utilisation manquant. (Ajouter)
  3. Ôter de la corne du pied d’un cheval pour le ferrer.
  4. Faire fermenter (du cidre, du poiré) pour lui ôter le goût douceâtre qu’il a naturellement.

Verbe 2

parer \pa.ʁe\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. (Équitation) (1575) Retenir (un cheval).

parer intransitif

  1. (Équitation) Prendre appui, en parlant d’un cheval au galop.
    • Cheval qui pare sur les hanches.

Verbe 3

parer \pa.ʁe\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. (XVe siècle) Éviter un coup en l’arrêtant avec une arme.
    • La chlamyde servoit d'arme défensive lorsque l'on étoit surpris sans bouclier. On l’entortilloit alors autour du bras gauche, pour parer les coups de l'ennemi. — (Encyclopédie méthodique, ou, par ordre de matières : Recueil d'Antiquités, rédigé par Mongez, Paris : chez H. Agasse, an XII, p. 25)
  2. (Vieilli) Défendre, protéger quelqu’un.
    • Je suis bien paré contre le froid.
  3. (Marine) (1552) Éviter.
    • Parer un abordage.
    • (Spécialement) Parer un cap : Le doubler.
  4. (Transitif indirect) (1625) Parer à : Se protéger de, faire face à. Remédier ; obvier.
    • Parer à toute éventualité : Prendre toutes les dispositions nécessaires.
  5. Se prémunir.
    • Parer au plus pressé : S’occuper des problèmes les plus urgents.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

PARER. v. tr.
Orner, embellir. Parer une église, un autel, une maison, une chambre. Parer un enfant. Chez les anciens on parait la victime avant de l'immoler. Cette femme aime à se parer. Au printemps, la terre se pare de mille couleurs. Elle est parée comme une épousée, comme une châsse, comme un autel, se dit d'une Femme qui est excessivement parée. Fig., Se parer des plumes du paon, S'approprier ce qui appartient à un autre pour en tirer vanité.

SE PARER signifie aussi Faire parade. Se parer des vertus qu'on n'a pas. Les stoïciens se paraient d'une impassibilité fastueuse. Il se pare d'un vain titre. C'est en vain qu'il se pare de sa noblesse, ses actions la démentent. Il signifie aussi Préparer, apprêter certaines choses de manière à leur donner meilleure apparence, à les rendre plus belles, plus commodes, plus propres au service. Parer sa marchandise. Parer des étoffes en les lustrant, ou en les mettant en presse. Parer un cuir, une peau. Parer la viande, En ôter les peaux, la graisse. Côtelette parée. Parer le pied d'un cheval, Ôter de la corne du pied d'un cheval pour le ferrer. Parer du cidre, du poiré, Le faire fermenter pour lui ôter le goût douceâtre qu'il a naturellement. En termes de Marine, Parer un câble, une ancre, Préparer un câble, une ancre. Pare à virer, à mouiller, Commandement de disposer tout pour virer, pour mouiller l'ancre.

Littré (1872-1877)

PARER (pa-ré) v. a.
  • 1Apprêter certaines choses de manière à leur donner meilleure apparence, à les rendre plus commodes (ce qui est le sens étymologique et propre). Mon fils a des ouvriers ; il a fait parer, comme on dit ici [en Bretagne] ses grandes allées, vraiment elles sont belles, Sévigné, 18 sept. 1689.

    Les fruitières parent leur marchandise en mettant les plus beaux fruits au-dessus du panier.

  • 2 Terme de maréchalerie. Parer le pied du cheval, enlever avec le rogne-pied et le boutoir la corne qui donne au pied un excès de longueur.

    Niveler la surface plantaire du pied pour recevoir l'application du fer.

  • 3 Terme de jardinage. Rogner légèrement les racines, les branches d'un végétal qu'on plante. Après les avoir enlevés de la pépinière [les jeunes plants], on peut parer les racines sans aucun inconvénient, Genlis, Maison rust. t. III, p. 221, dans POUGENS.
  • 4 Terme de marine. Parer quelque chose, mettre en ordre une chose qui sert dans un navire. Parer l'ancre, le câble, les manœuvres.

    Parer la carène, en rendre la surface régulière, en enlever les aspérités.

    Pare à virer, prépare tout pour virer, commandement fait par celui qui préside à la manœuvre, au moment où le navire va virer de bord.

    Pare manœuvre, commandement qui a pour but de faire lover toutes les manœuvres qui ont été déployées dans un virement de bord.

    Pare à mouiller, commandement pour que tout soit disposé à l'effet de laisser tomber l'ancre.

    Pare au grain ! pare ! s'est dit pour commander aux matelots de se tenir prêts pour amener les voiles, à l'approche d'un grain.

  • 5Parer le cidre, le poiré, le faire fermenter, pour lui ôter le goût douceâtre.
  • 6 Terme de boucherie. Parer les viandes, ôter les peaux et les graisses superflues.

    Parer un agneau, lever la graisse qui est sur la peau et l'étendre sur le quartier de derrière.

    En termes de cuisine, parer des côtelettes, en enlever, pour les faire cuire, tout ce qui en est moins bon. Parer des poires, des pommes, les peler.

  • 7 Terme de mégissier. Parer un cuir, une peau, donner une certaine façon au cuir, à la peau.
  • 8 Terme de relieur. Ôter avec le couteau les extrémités et quelquefois le dos d'un morceau de peau dont on veut couvrir un livre.
  • 9 Terme de jeu de paume. Parer la balle de volée, rendre la balle en la frappant avant qu'elle ait touché à terre.
  • 10 Terme de pêche. Tenir la senne au fond de l'eau.
  • 11Orner, embellir (ce qui est aussi une sorte de préparation d'arrangement). Parer une maison, une chambre. Je vois d'ici… votre clocher, que vous avez paré d'une balustrade qui doit faire un très bel effet, Sévigné, 24 juill. 1680. Toute la nature s'épuise pour la parer [une femme vaine], Bossuet, la Vallière. Quelle erreur à une chrétienne, et encore à une chrétienne pénitente, d'orner ce qui n'est digne que de son mépris, de peindre et de parer l'idole du monde ! Bossuet, Anne de Gonz. Tantôt à vous parer vous excitiez nos mains, Racine, Phèdre, I, 3. Relevez, relevez les superbes portiques Du temple où notre Dieu se plaît d'être adoré ; Que de l'or le plus pur son autel soit paré, Racine, Esth. III, 9.

    Fig. Vous avez perdu votre bon et fidèle ami le duc de Saint-Aignan… il avait un air et une manière qui parait la cour, Sévigné, à Bussy, 17 juin 1687. Ses rois [de la Grèce], à vous ouïr, m'ont paré d'un vain titre, Racine, Iphig. IV, 6. Plus d'autres ont paré le vice, Plus je dois parer la vertu, Lamotte, Odes, t. I, p. 418, dans POUGENS. Né sous un ciel sauvage et nourri loin des cours, On ne m'a point appris à parer mes discours, Ducis, Othello, I, 7.

  • 12Éviter, détourner (par une dérivation du sens d'arranger, disposer). Parer une botte. Cent coups étaient portés et parés à l'instant, Voltaire, Henr. x. Je n'eus que le temps de me mettre en défense, et de parer le coup qui m'était porté, Duclos, Œuv. t. VIII, p. 122.

    Absolument. Parer et porter en même temps. Tu me pousses en tierce avant de me pousser en quarte, et tu n'as pas la patience que je pare, Molière, Bourg. gent. III, 3.

    Terme d'escrime. Parer du corps, détourner le corps de la ligne par où le coup doit passer.

    Parer de la pointe, écarter avec la pointe l'arme de l'adversaire de la ligne du corps.

    Parer en quarte, détourner l'épée de son adversaire, sur un coup qu'il porte dedans et sous les armes.

    Fig. Parer un coup, une botte, se défendre d'un mauvais office, d'une demande fâcheuse, importune. Et ce n'est qu'en fuyant qu'on pare de tels coups, Corneille, Hor. II, 7. Et ce sont de ces coups que l'on pare en fuyant, Molière, Tart. V, 6. Je me tiens trop heureux D'avoir paré le coup qui vous perdait tous deux, Racine, Mithr. V, 4. Son épître dédicatoire [de le Franc de Pompignan] est pire que son discours à l'Académie ; ce sont là de ces coups qu'il faut parer, Voltaire, Lett. d'Alembert, 20 oct. 1761.

    Fig. Détourner, empêcher. Vous ne pouvez enfin qu'aux dépens de sa tête Mettre à l'abri la vôtre et parer la tempête, Corneille, Pomp. I, 1. Et songeons à parer ce fâcheux mariage, Molière, Tart. II, 4. J'ai fait sagement de parer la déclaration d'un désir que je ne suis pas résolu de contenter, Molière, Amour méd. I, 5. Et quand, par les plus grandes précautions du monde, vous aurez paré tout cela, Molière, Fourber. II, 8. Il faut arranger ses pièces et ses batteries, avoir un dessein, le suivre, parer celui de son adversaire, La Bruyère, VIII. Ma mère craignait pour moi le sort des jeunes gens qui se trouvent leurs maîtres de bonne heure ; mon père, né en 1606, ne pouvait vivre assez pour me parer ce malheur, Saint-Simon, I, 20. Ce sont des vices qui ont paré le mal que pouvaient faire d'autres vices, Condillac, Étud. hist. II, 2. Pour parer cet inconvénient, on vous propose de partager le sénat, Rousseau, Pologne, 7.

  • 13 Terme de marine. Parer un abordage, l'éviter.

    Parer un cap, le doubler.

    Être paré, avoir échappé à quelque péril. Nous sommes parés.

    Absolument. Ce vaisseau a paré, en parlant d'un écueil, d'un danger qu'il a évité.

  • 14Mettre à couvert de, défendre (avec la préposition de ou la préposition contre). Cela vous parera de la pluie, du soleil. Rien ne m'en a su parer [de la mort], Malherbe, VI, 13. Rien ne m'a pu parer contre ces derniers coups, Racine, Bajaz. II, 5. Le bois que vous plantez parera quelque jour votre maison contre le vent du nord, Dict. de l'Acad.
  • 15 V. n. Se garantir de, remédier à. Avec les armes de la foi, il pare à tous les coups, il résiste à toutes les attaques, Bourdaloue, Pensées, t. I, p. 229. On ne peut pas parer à des événements qui naissent continuellement de la nature des choses, Montesquieu, Espr. x, 13. Je vais… parer à ce coup imprévu, Collin D'Harleville, Vieux célib. V, 3. Éclairé par les fautes où l'on est tombé, il ne se contente pas de parer à quelques inconvénients, Condillac, Hist. anc. Lois, ch. 16.
  • 16 Terme de manége. Parer sur les hanches, se dit du cheval qui se soutient sur le derrière en galopant.

    S. m. Le parer, arrêt relevé du cheval. Un beau parer.

  • 17Atteindre la maturité, en parlant de fruits que l'on a cueillis avant qu'ils fussent tout à fait mûrs et que l'on laisse mûrir dans le fruitier. Ces poires n'ont pas encore paré, ne sont pas encore parées. Faire parer les fruits, les poires, etc.
  • 18 En termes de marine, se parer, v. réfl. Se parer ou être paré à faire quelque chose, s'y préparer.
  • 19Se parer, faire une toilette recherchée. Presque tous ceux qui déclament contre les femmes qui se parent iraient les prier de reprendre leurs ajustements si elles cessaient de s'en servir, Saint-Évremond, dans RICHEMONT. Un jeune homme qui aime à se parer vainement comme une femme, est indigne de la sagesse et de la gloire, Fénelon, Tél. I. Chez les femmes, se parer et se farder n'est pas, je l'avoue, parler contre sa pensée ; c'est plus aussi que le travestissement et la mascarade, où l'on ne se donne point pour ce que l'on paraît être, La Bruyère, III. Par respect pour la terre, en revoyant le port, Tous ils [les marins] se sont parés de leurs habits de fête, P. Lebrun, Voy. de Grèce, I, 4.

    Être orné, embelli. J'espérais que l'éclat dont le trône se pare Toucherait vos désirs plus qu'un objet si rare, Corneille, Rodog. I, 5. Les noms les plus fameux dont se pare l'histoire, Corneille, Perthar. II, 5. Aux feux inanimés dont se parent les cieux, Il rend de profanes hommages, Racine, Esth. II, II, 9.

  • 20Faire parade. Et sans plus te parer d'une vertu forcée, Corneille, Héracl. III, 3. Sachez que j'ai le cœur trop bon pour me parer de quelque chose qui ne soit point à moi, Molière, l'Avare, V, 5. Nous la considérâmes [votre lettre] comme une pièce digne d'être gardée, pour s'en parer dans de pareilles occasions, Sévigné, 16 oct. 1676. Hé bien ! sans me parer d'une innocence vaine, Racine, Mithr. III, 2. Du zèle de ma loi que sert de vous parer ? Racine, Athal. I, 1. Sans se parer à tout propos des lumières de son esprit, Hamilton, Gramm. 7.

    Fig. Se parer des plumes du paon, des plumes d'autrui, tirer vanité de ce qui appartient à autrui. Il est assez de geais à deux pieds comme lui Qui se parent souvent des dépouilles d'autrui Et que l'on nomme plagiaires, La Fontaine, Fabl. IV, 9.

    Se parer de quelqu'un, tirer vanité de la connaissance, de l'appui de quelqu'un. Elle a une nouvelle amie à Vitré dont elle se pare, parce que c'est un bel esprit qui a lu tous les romans, et qui a reçu deux lettres de la princesse de Tarente, Sévigné, 57. On se pare fort de M. Tronson, Bossuet, Lett. quiét. 90.

  • 21Se mettre à couvert de, se défendre contre. Mais certes, c'est en vain qu'on a recours aux charmes Pour éteindre les feux et se parer des armes De ce dieu si petit et si grand en tous lieux, Racan, Bergeries, Polysthène, I, 2. Toutes les mesures qu'il prend pour se parer du malheur qu'il craint…, Molière, Critique, 7. Quoi ! de votre poursuite on ne peut se parer ? Molière, Tart. IV, 5. De ce coup imprévu songeons à nous parer, Racine, Athal. v, 2.

HISTORIQUE

XIe s. D'or e de gemmes fut li sarqueus [cercueil] parez Pur cel saint cors qu'il i deivent porter, St Alexis, CXVIII.

XIIe s. E li maschun Salomun e li maschun Yram les taillerent [les pierres] et parerent, juinstrent [joignirent] e acuplerent de primes à munz, Rois, p. 245. Les chasteaux fist tout enforchier, Fossez parer, murs redreschier, Wace, dans DU CANGE, parare.

XIIIe s. Semence de coins, cumin, amandes parées, Alebrand, f° 7. Et les dames parées contre l'avenement [pour la circonstance], Berte, IX. Venue [elle] est à la serve, qui git au lit paré, ib. X. Nus foulons ne puet ne ne doit parer drap qui ne soit parés bien et loiaument, Liv. des mét. 134. Nus [nul] barillier ne puet [peut] over de nul fust, se il n'est ses [sec], c'est à savoir après ce que li baris ait esté parés un mois avant qu'on mete la ferreure, ib. 103. Et de l'iauve simple bevoient, Sans querre piment ne claré, N'onques ne burent vin paré, la Rose, 8419. [Foi et charité] C'on soloit jadis si chierir Que li preudoume s'en paroient, Baudouin de Condé, t. I, p. 4.

XIVe s. Se vous avez des espices, si soient broyées avec [la moutarde], et après la laissier parer, Ménagier, II, 5. Li rois ne trova pas qui li parast chastaignes ; Les meilleurs y perdit de toutes ses compaignes, Girart de Ross. v. 1671. Par ce que sa felicité est de tielx biens de fortune decorée, parée et aornée, Oresme, Eth. 24. Or fu li rois Henris à Bordeaux la cité ; Au matin se leva, n'a pas son corps paré, Guesclin. 12842. Se la rime i est bele… Car bel sunt li ouvrage, quant on les a parés, Baud. de Seb. XI, 8.

XVe s. Et s'en tenoient les plus nobles chevaliers de Flandre à bien parés, quand ils estoient bourgeois de Gand, Froissart, II, II, 52. La chambre à parer, qui estoit bien tendue de belle tapisserie…, Louis XI, Nouv. LIII.

XVIe s. Ce pendant Loupgarou tiroit de terre sa masse, et l'avoit jà tirée, et la paroyt pour en ferir Pantagruel, Rabelais, Pant. II, 29. On pare [prépare] le pantagruelion soubz l'equinocte autumnal en diverses manieres, Rabelais, ib. III, 50. Pare les escoutes, pare les bolines ; amure babord, Rabelais, ib. IV, 22. Rechercher les lettres pour s'enrichir et parer au dedans, Montaigne, I, 160. Il fault eschever aux coups que nous ne saurions parer, Montaigne, 164. Anieres, ne pouvant faire assieger Pons, obtint seulement de faire parer le canon et l'atelage comme pour y marcher le lendemain, D'Aubigné, Hist. I, 336. Ils se parerent [garantirent] de 22 entreprises qu'il y avoit sur leurs places, D'Aubigné, ib. II, 310. Favas remontra le peril de desplacer à veue d'ennemi et en lui parant le costé, D'Aubigné, ib. III, 50. L'armée liguée paroit [donnait] beau jeu sur la dessente d'un costeau, D'Aubigné, ib. III, 230. Encor falut-il voir cette Chambre dorée, De justice jadis, d'or maintenant parée, D'Aubigné, Tragiques, la Chambre dorée. Parez un herisson, il semblera baron, Cotgrave

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

PARER, v. act. (Gramm.) c’est embellir la chose par des ornemens, ou par une maniere avantageuse de la présenter. On pare une église. On pare sa marchandise. Les femmes en se parant rendent bien aux hommes l’hommage qu’elles en obtiennent. Tout le tems donné à la toilette est perdu pour celle que la nature n’a pas parée. La terre se pare au printems. On dit aussi se parer d’une vertu qu’on n’a pas, ce qui est pis peut-être que de se parer d’un vice qu’on a. Le premier est un hypocrite qui en impose ; le second est un libertin dont la dépravation des mœurs a passé jusqu’au jugement, & qui fait horreur ou pitié. Voyez aux articles suivans quelques autres acceptions du même mot.

Parer un cap, (Marine.) c’est-à-dire, doubler un cap, passer au-delà, & le laisser à côté. Nous fumes trois jours à parer le cap. Voyez Doubler.

Parer quelque chose, c’est la débarrasser & se mettre en état de s’en servir. Pare le cabestan. Pare une barrique de vin pour faire du breuvage.

Parer un cable, c’est mettre un cable en état de s’en servir.

Parer une ancre, c’est mettre une ancre en état de s’en servir, c’est-à-dire, qu’on l’a débarrassée, & qu’elle est prête pour la mouiller. (Z)

Parer, (Manufactur.) Ce mot se dit de quelques préparations que l’on donne à certaines marchandises, pour les rendre plus éclatantes, ou pour les disposer à faire un meilleur service. Les Bonnetiers parent leurs bas, les Marchands & Manufacturiers leurs marchandises, par des eaux qu’ils leur donnent, ou par la maniere de les presser, comme aux tabis, aux taffetas, aux camelots, aux callemandres, &c.

Parer, en terme de Boutonnier, c’est l’action de donner la derniere main à un bouton avec le paroir, pour le rendre plus parfait. Voyez Paroir.

Parer, terme de Corroyeur, Peaussier & Parcheminier, qui signifie gratter & ratisser la superficie des cuirs ou peaux avec la lunette, ou quelqu’autre instrument d’acier tranchant, & en ôter le superflu pour les rendre plus belles, plus unies, & d’une meilleure vente. Voyez Lunette.

Les cuirs & les peaux se parent pour l’ordinaire du côté de la chair ; c’est dans ce sens qu’on dit : un cuir paré. Voyez nos Planches du Corroyeur, qui représentent un ouvrier qui pare un cuir avec la lunette.

Parer, (Escrime.) c’est détourner avec son épée celle de l’ennemi, de maniere que l’estocade qu’il porte ne nous touche point.

Parer, terme de Marchands de liqueurs. Ce mot se dit de quelques liqueurs, particulierement des cidres & des poirés ; c’est leur ôter le goût douçâtre qu’elles ont naturellement, & leur en donner un qui approche davantage de celui du vin. Quelques-uns se servent pour cela de l’eau-de-vie.

Parer, en termes de Maréchal, c’est couper les ongles ou la corne d’un cheval avec un boutoir ou paroir, pour rendre la sole unie & propre à être ferrée. Bien parer. Parer le pié sans rencontrer le vif. Le parer est un arrêt relevé du cheval de manege. Ainsi on dit un beau parer, pour dire un bel arrêt bien relevé, & sur les hanches.

Parer, terme de Relieurs. Les Relieurs de livres appellent parer une couverture de veau ou d’un autre cuir, en enlevant avec un tranchoir, qu’ils nomment couteau à parer, ce qu’il y a de trop épais sur les bords du cuir, afin qu’ils se collent plus facilement sur le carton. On pare la couverture sur un marbre ou pierre de liais, après que la peau a été mouillée, ratissée & coupée. (D. J.)

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Étymologie de « parer »

(verbe 1) (980) Du latin parare (« préparer, disposer, arranger, apprêter »).
(verbe 2) De l'espagnol parar (« arrêter »)
(verbe 3) De l'italien parare (« faire obstacle »)
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Génev. pârer le fromage, en ôter la croûte ; provenc. et espagn. parar ; ital. parare ; du lat. parare, préparer, qui répond à une forme causative du radical sanscrit par, prĭ, achever.

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Phonétique du mot « parer »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
parer pare

Citations contenant le mot « parer »

  • Tant qu'on peut se parer de son propre mérite, on n'emprunte pas celui de ses ancêtres. De Saint Evremond
  • L'automne a beau se parer, comme une vieille coquette, s'orner de feuillages pourpres ou mordorés, il n'est que leurre et trompe-l'oeil. De Harry Bernard / Juana, mon aimée
  • L'amour n'a pas à se parer de grandes déclarations, de gestes et de postures emphatiques, il n'a à s'encombrer de rien, il a juste à être, et à agir là et quand il faut, sans se soucier si on le voit à l'oeuvre. De Sylvie Germain / Petites scènes capitales
  • New York (awp/afp) - Bank of America a fait part jeudi d'un plongeon de son bénéfice net au deuxième trimestre, lesté par les 5,1 milliards de dollars mis de côté pour parer aux potentiels défauts de paiement des clients affectés par la pandémie du Covid-19. , Bank of America lesté par l'argent mis de côté pour parer aux impayés
  • Autre atout de taille : le GNL peut être livré par voie maritime. Ce mode de transport est particulièrement flexible, puisqu'il permet d'une part de desservir de nombreuses destinations - dont celles qui ne sont pas alimentées par les gazoducs -, et d'autre part de pouvoir s'adapter en temps réel aux variations des cours mondiaux. Il permet donc de répondre à la demande à court terme et de parer aux fluctuations saisonnières, sécurisant du même coup l'alimentation des centrales à gaz. Les Echos, Le gaz naturel liquéfié en quatre questions | Les Echos

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Traductions du mot « parer »

Langue Traduction
Anglais parry
Espagnol parar
Italien parare
Allemand parieren
Chinois 招架
Arabe باري
Portugais desviar-se
Russe парировать
Japonais パリー
Basque uztaila
Corse parry
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Synonymes de « parer »

Source : synonymes de parer sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « parer »

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