Jeu : définition de jeu


Jeu : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

JEU, subst. masc.

I. − Activité divertissante, soumise ou non à des règles, pratiquée par les enfants de manière désintéressée et par les adultes à des fins parfois lucratives :
1. Le jeu est partout. Il semble impossible d'imaginer qu'on puisse un jour découvrir un groupe humain dans l'existence duquel l'activité de jeu serait totalement absente. Les jeux sont des constantes de culture dont les formes peuvent varier d'une aire culturelle à une autre. Mais, par-delà cette diversité infinie, l'universalité du jeu le désigne comme un élément fondamental de la condition humaine. Le jeu est un invariant humain. Jeux et sports,1967, p. 1157.
A. − Activité désintéressée, destinée à faire passer agréablement le temps à celui qui s'y livre.
1. Activité ludique essentielle chez l'enfant, spontanée, libre et gratuite. Les jeux naïfs et innocents de l'enfance valent mieux que les études pénibles et jalouses des hommes (Bern. de St-P., Harm. nat.,1814, p. 127).Dans nos jeux il n'était pas question d'autre chose que de faire du mouvement et du bruit (Sand, Hist. vie, t. 2, 1855, p. 447).Les jeux des enfants sont de graves occupations. Il n'y a que les grandes personnes qui jouent (Barbusse, Feu,1916, p. 98):
2. J'aimais les jeux abhorrés des mères et que les surveillants interdisent tôt ou tard, pour le désordre qui s'y mêle, les jeux sans règle ni frein, les jeux violents, forcenés, pleins d'horreur. France, Pt Pierre,1918, p. 251.
SYNT. Jeu brutal, bruyant; jeu enfantin, puéril; camarade, meneur de jeu; salle de jeux; jouer à un (des) jeu(x), inventer des jeux; jeu d'imagination, d'initiation, de manipulation; les jeux et les ris (poét.).
En partic.
Jeu de bascule. Jeu de balançoire. Au fig. V. bascule A 1.
Jeux de main(s). Jeux où l'on échange de légers coups. Au fig. Démonstration affective ou sensuelle se traduisant par des gestes libertins. C'était un charme continuel à la (...) toucher, des plaisanteries, des taquineries, les jeux de main d'un homme qui voudrait reprendre une femme (Zola, Pot-Bouille,1882, p. 260).Loc. proverbiale. Jeux de mains, jeux de vilain. Les affrontements brutaux ne sont pas de mise entre gens de bonne compagnie et finissent généralement mal.
P. anal. Jeux amoureux, jeux de l'amour. Ébats, divertissements propres aux amoureux. Les jeux d'amour tenaient fort peu de place dans les préoccupations du ménage Haudouin (Aymé, Jument,1933, p. 25).
En mauvaise part. Divertissement que l'on se procure aux dépens de quelqu'un d'autre. Un de ses jeux favoris était de plonger les jeunes chats dans l'eau bouillante (Gobineau, Nouv. asiat.,1876, p. 21).
Au fig. (Jouer) un jeu abominable, cruel, féroce, terrible. Si vous m'aimez, cessez un jeu cruel. Vous me tueriez (Balzac, Langeais,1834, p. 335).
Loc. fig. Ce sont là jeux de princes [P. allus. à la fable de La Fontaine Le Jardinier et son Seigneur] Ce sont des divertissements réservés aux puissants, souvent au détriment des plus faibles. Le bonhomme disait du temps de La Fontaine : Ce sont là jeux de princes, et on le laissait dire (Courier, Pamphlets pol., Au réd. Courrier français, 1823, p. 198).
2. Activité ludique organisée à des fins pédagogiques ou thérapeutiques. Jeu dirigé, symbolique; thérapie par le jeu. Quels sont donc la nature et le but de ces jeux éducatifs? Ils constituent évidemment une introduction au travail scolaire (Jeux et sports,1967, p. 143).
En partic., ÉCON. Jeu d'entreprise. Nés officiellement en 1944, les jeux d'entreprises furent au début, des jeux d'entraînement des dirigeants de société à l'échelon le plus élevé, pour leur formation à la gestion économique et à l'administration générale (Mucch.Sc. soc.1969).
3. Activité ludique organisée autour d'une partie comportant généralement des règles, des gagnants et des perdants. Est-ce que tu sais jouer à la main chaude, toi? Albine savait jouer à tous les jeux (Zola, Faute Abbé Mouret,1875, p. 1355).On demandait les cartes pour un jeu de piquet. On s'essayait aux fléchettes, aux boules, au javelot (Van der Meersch, Empreinte dieu,1936, p. 112):
3. Vous connaissez le jeu du furet. Tout le monde fait cercle, les mains sont fermées sur la corde, on ne voit rien, mais les mains sont complices, le furet court, glisse au long de la corde, repasse, tourne inlassablement. Gracq, Syrtes,1951, p. 102.
SYNT. Jeux de plein air (jeu(x) d'adresse, de groupe, d'équipe; jeu(x) de balle(s), de billes, de cache-cache, de colin-maillard, de marelle, de piste); jeux d'intérieur (jeu de patience, de société, de cartes; jeu de dames, de dés, d'échecs, de l'oie); jeux sportifs; la règle du jeu; gagner, perdre au jeu; respecter le jeu; sortir du jeu.
SPORTS
Jeu à XIII. Sport dérivé du rugby, chaque équipe se composant de treize joueurs. La fédération française de jeu à XIII (Lar. encyclop.).
TENNIS. Chacune des divisions de la partie. Le joueur qui le premier gagne six jeux gagne le set, à condition qu'il ait alors deux tours d'avance sur son adversaire (Définitions adoptées par l'Assemblée générale de la Fédération internationale de Lawn-Tennis le 12 juillet 1950 ds H. Cochet, Le Tennis, P.U.F., Paris, 1978, p. 87).
MATH. Théorie des jeux. ,,Théorie mathématique qui cherche à définir un comportement rationnel des joueurs, par l'analyse de leurs décisions`` (Cotta 1972).
Expr. et loc. fig.
C'est la règle du jeu. Ce sont les conventions établies par le jeu. Il trouverait normal d'être châtié. C'est la règle du jeu (Camus, Sisyphe,1942, p. 103).
Fam. Ce n'est pas « de jeu ». Ce n'est pas dans les règles établies par la coutume, les habitudes de la vie. C'est pas de jeu parce qu'un type couche avec vous de vouloir le garder pour toujours et tout à fait (Claudel, Échange,1954, II, p. 769).
Entrer en jeu. Participer, intervenir. L'estomac, dit-on, n'entre pas en jeu sur son ordre [du cerveau] (Durkheim, Divis. trav.,1893, p. 205).
D'entrée de jeu (v. entrée I B 3).
Jouer le jeu. Accepter la partie dans les règles établies par les conditions préalables. Je me demandais ce qui allait se produire entre nous. Mais déjà je me ressaisissais, je jouais le jeu (Jouve, Scène capit.,1935, p. 220).
Mener le jeu. Prendre l'avantage, le dessus dans une situation précise. Celui qui parle fort ou celui qui parle bien, mène le jeu (Valéry, Mauv. pens.,1942, p. 214).
(Se) piquer au jeu. Poursuivre une entreprise avec opiniâtreté malgré les difficultés rencontrées. C'est mon impatience de m'en aller qui la pique au jeu et lui fait trouver du plaisir à prolonger une causerie sans but (Constant, Journaux,1804, p. 142).
Tirer son épingle du jeu. V. épingle B 1 b.
4. Distraction, délassement faisant plus spécialement appel aux facultés de mémoire et d'érudition. Jeux intellectuels, jeu(x) de salon, de société; jeu(x) d'esprit. « Le hasard de la rime, qui fait dans un salon le jeu des bouts-rimés, devient chez un Hugo la chance miraculeuse qui se renouvelle à chaque distique » (Thibaudet, Réflex. litt.,1936, p. 232).
En partic.
LITT. (Moy. Âge).
[xiiies., en France du nord] Composition dramatique (qui peut être en même temps sérieuse et comique). Jeu de Robin et de Marion, Jeu de la Feuillée. L'emploi assez indéterminé du mot « jeu » correspond au flottement des genres dramatiques à l'époque considérée, puisqu'il s'applique aussi bien à la pièce de Jean Bodel, le Jeu de Saint-Nicolas qu'au théâtre purement laïque d'Adam de la Halle (J. Frappier, Le Théâtre profane en France au Moyen-Âge, xiiieet xivesiècles, Paris, Centre de docum. universitaire, s.d., p. 12).
Jeu-parti. Pièce lyrique normalement formée de six couplets suivis de deux envois, dans laquelle deux partenaires débattent d'un sujet le plus souvent relatif à l'amour, en développant chacun une thèse opposée. Dans les genres de moindre étendue (...) vous remarqueriez les chansons, lais, complaintes (...) les jeux-partis, les proverbes, dicts et sentences (Sainte-Beuve, Prem. lundis, t. 3, 1869, p. 380).
Au fig., vx. Voir beau jeu. Être témoin d'un beau spectacle. P. antiphrase. Je voudrois bien que quelqu'un s'avisât de parler mal de vous devant moi!... Nous verrions beau jeu, vraiment (Guilbert de Pixer., Victor,1798, I, 4, p. 11).
Vieilli. Les jeux de la scène. La représentation d'une pièce de théâtre.
5. P. anal.
a) [En parlant d'une activité assimilée à un jeu pour sa facilité, son côté plaisant ou superficiel]
α) [Chose facile à réaliser] Supposé qu'on profite d'un instant de sommeil pour lui imposer de nouvelles chaînes, ce sera un jeu pour elle de les briser (Renan, Avenir sc.,1890, p. 30).La brume? Mais c'est presque un jeu d'enfant de la traverser lorsqu'il n'y a rien devant que... que des morutiers (Peisson, Parti Liverpool,1932, p. 128).Écrire ne pouvait être pour lui ce petit jeu, cette distraction, ce bavardage (Guéhenno, Jean-Jacques,1952, p. 26).
β) [Plaisanterie] Par jeu, par manière de jeu. Par plaisanterie. Brandissant un rasoir ouvert, le petit comte feignait par jeu de se le passer sur la gorge (Bourges, Crépusc. dieux,1884, p. 57).Deux ou trois gamins du bourg, par manière de jeu, s'approchèrent à pas de loup (Alain-Fournier, Meaulnes,1913, p. 51).
Se faire un jeu de. Accomplir une tâche avec aisance; traiter un sujet sérieux avec légèreté. La religion, dont elle s'était fait un jeu toute sa vie, lui devint un amusement nécessaire (Sand, Valentine,1832, p. 246).
b) [Avec déterminant]
Jeu de mots. Procédé linguistique se fondant sur la ressemblance phonique des mots indépendamment de leur graphie et visant à amuser l'auditoire par l'équivoque qu'il engendre. L'esprit sourit aux jeux de mots; la raison même ne les désapprouve pas, quand ils renferment un sens également juste sous leur double acception (Jouy, Hermite, t. 5, 1814, p. 225):
4. On prétend que M. D'Aguesseau lui dira : « Monsieur, je suis ici à cause de mon grand-père. − Et moi, répondra M. Beauzée, à cause de ma grand'maire. » L'orthographe est un peu blessée, mais ce genre de jeu de mots est tellement à la mode aujourd'hui, que je n'ai pu me refuser à en citer un exemple. Staël, Lettres jeun.,1788, p. 227.
Jeu d'écriture. Opération comptable sans mouvement de fonds et dans laquelle la même somme est portée au crédit et au débit d'un compte. Sabatani et (...) autres hommes de paille, lesquels payaient seulement par des jeux d'écriture (Zola, Argent,1891, p. 410).
6. P. métaph. ou au fig.
a) [En emploi abs.] L'amour, même borné à cela, est un jeu infiniment plus subtil que le polo (Anouilh, Répét.,1950, III, p. 69).
P. méton. Source d'amusement. Cet homme pur comme le jour, (...) c'est lui qui allait être mon jeu et mon aventure constante (Giraudoux, Sodome,1943, I, 1, p. 34).
b) [Suivi d'un compl. déterminatif] Fonctionnement capricieux aux résultats aléatoires. Jeu de l'imagination, de la fortune, de la plume. Dans le jeu mystérieux de l'intelligence et du hasard, comme dans toutes les parties, il faut examiner un peu les chances du joueur (Valéry, Variété IV,1938, p. 100).
Les jeux de la nature. Anomalies, curiosités que la nature a produites comme pour s'amuser. Desmahis la regardait, surpris et amusé du jeu bizarre de la nature qui avait construit cette fille en largeur (France, Dieux ont soif,1912, p. 132).
B. − Activité intéressée, fondée sur l'adresse ou le hasard, réservée aux adultes qui engagent une certaine somme dans l'espoir de réaliser des gains plus ou moins importants.
1. Au sing. Le jeu.
a) Ensemble des jeux où l'on risque de l'argent. Avoir la passion (la fureur, le démon) du jeu, pour le jeu; s'adonner au jeu; gagner, perdre, se ruiner au jeu; dettes de jeu. Elle vécut noyée de dettes, et ruinée par la passion du jeu (Bourges, Crépusc. dieux,1884, p. 40).
b) P. méton. Somme d'argent engagée dans une partie. Synon. enjeu.Il joue gros jeu, loue des loges aux spectacles, donne à dîner (Soulié, Mém. diable, t. 2, 1837, p. 62).
Loc. Le(s) jeu(x) est (sont) fait(s). La mise est faite, il n'est plus temps de modifier la partie :
5. Le banquier oublia de dire ces phrases (...) : − Faites le jeu! − Le jeu est fait! − Rien ne va plus. Le tailleur étala les cartes, et sembla souhaiter bonne chance au dernier venu, indifférent qu'il était à la perte ou au gain fait par les entrepreneurs de ces sombres plaisirs. Balzac, Peau chagr.,1831, p. 10.
Au fig. Il n'y a plus rien à faire. Dans le fond, il sait aussi bien que moi que les jeux sont faits! Que tout est perdu (Martin du G., Thib., Été 14, 1936, p. 511).
Le jeu n'en vaut pas la chandelle. V. chandelle B 4.
(Y aller) bon jeu, bon argent. Jouer franchement; agir avec courage et hardiesse. Ils risquent quelque chose, ceux-là. Ils jouent leur peau, leur liberté! Ils y vont bon jeu, bon argent (Goncourt, Mauperin,1864, p. 203).
P. ell. [Appliqué à une pers.] Cet homme-là, de l'acier trempé, du diamant, un marin bon jeu bon argent (Hugo, Travaill. mer,1866, p. 422).
Être en jeu (au fig.). Être engagé dans une affaire qui peut comporter des risques. Mon bonheur, ma tranquillité sont en jeu (Stendhal, Rouge et Noir,1830, p. 459).Vos jugements se modifient dans un sens ou dans l'autre, quand vos intérêts sont en jeu (Ménard, Rêv. païen,1876, p. 215):
6. Il m'a trop fait comprendre que je lui avais été lourd, et qu'est-ce que je serais devenu sans lui! Et jusqu'à me rappeler comme j'avais peur quand je me suis réfugié à Rimini; peur? ma tête était en jeu, il était naturel que j'eusse peur, il me semble. Montherl., Malatesta,1946, IV, 4, p. 516.
Mettre en jeu (au fig.). Engager une chose importante dans une affaire généralement sérieuse. Mettre sa vie, son honneur, sa responsabilité en jeu. Il voulait que sa fille fût comtesse; et, pour y parvenir, sans mettre en jeu le bonheur de son enfant, il ne connaissait pas d'autre jeune homme que celui-là (Flaub., Éduc. sent.,1869, p. 53).
2. Au plur. ou suivi d'un déterminatif
a) Jeux de hasard. Ensemble des jeux fondés non pas sur l'adresse du joueur mais uniquement sur la chance.
Maison de jeu(x). Établissement réglementé (casino, cercle) dans lequel on joue à certains jeux de hasard (baccara, poker, tarot, roulette) et soumis à un contrôle sévère (brigade, police des jeux). Depuis qu'on a détruit les maisons de jeu on joue partout (Dumas Fils, Dame Camélias,1848, p. 173).
b) Jeux proposés par l'État, fondés sur le pur hasard et où le gain est généralement proportionnel à la mise (loterie nationale, loto).
c) Jeux proposés, après sélection, à des candidats dont l'intelligence, la perspicacité ou la chance peuvent leur permettre de remporter des lots en espèces ou en nature. Jeux radiophoniques, télévisés; jeux-concours (v. concours II C). Parmi les principales émissions de jeux, il y a lieu de citer (...) Télé-Pok, Gros lot, l'Homme du xxesiècle (Bailly-Roche, 1967).
d) Littér. Jeux floraux. Concours de poésie institué au xivesiècle à Toulouse et distribuant ses prix le trois mai de chaque année. Les instances seules de quelques amis avaient pu me décider à envoyer à l'académie des jeux floraux l'ode de Moïse (Hugo, Corresp.,1820, p. 307).
3. P. anal. Jeu de bourse. Spéculation sur le cours des valeurs en bourse. Synon. agiotage.La spéculation, le jeu à la Bourse, eh bien! j'en ai une terreur folle (Zola, Argent,1891, p. 120).
C. − P. méton. Matériel ludique.
1. Ensemble des pièces nécessaires pour jouer. Delion, demeurant (...) à Paris, et tenant un magasin de jeux au détail (D'Allemagne, Récr. et passe-temps,1904, p. 162).Esdras avait été chercher le jeu de cartes; des cartes au dos rouge pâle, usées aux coins (Hémon, M. Chapdelaine,1916, p. 85):
7. ... il y avait des jeux de dames, faits avec des mouchoirs où l'on avait noirci des carreaux noirs et des rondelles de draps de deux couleurs; des jeux de jonchets, avec des brindilles de balais; des jeux de jaquet avec des dés en savon; des jeux de dominos avec je ne sais quoi. Goncourt, Journal,1872, p. 867.
SYNT. Jeu de billard, de boule(s), de croquet, d'échecs, de dés, de l'oie, d'osselets, de patience, de quilles, de tric-trac; jeux électriques, électroniques.
Jeu(-)vidéo. Jeu où les mouvements de pièces mobiles sont commandés électroniquement et visualisés sur un écran vidéo. En janvier de cette année s'est tenu à Las Vegas, la patrie du jeu, le plus grand Salon électronique du monde dans lequel les jeux vidéo occupaient à côté du vidéodisque une place de choix (Sciences et Avenir,1981, nospéc. 35, p. 28).
P. méton. Espace délimité aménagé pour la pratique de certains jeux. Jeu de boule(s) (synon. boulodrome). Les délégués du peuple (...) s'assemblent dans un jeu de paume (Marat, Pamphlets, Dénonc. Necker, 1790, p. 81).Les maisons encadrent une petite place de terre battue, aire commune, et jeu de boules (Giono, Colline,1929, p. 13).
Loc. (Être reçu) comme un chien dans un jeu de quilles. V. chien II B 2 b.
Être hors jeu. Dépasser les limites imposées par le jeu (généralement un sport; cf. le subst. hors-jeu). Au fig. Je disais à mon ami que de savants hommes courent bien plus de risques que les autres, puisqu'ils font des paris et que nous restons hors jeu (Valéry, Variété [I], 1924, p. 184).
2. [Au jeu de cartes] Au sing. Série de cartes que reçoit chaque joueur au début de la partie et qui contribue (conjointement à son habileté stratégique) à le faire perdre ou gagner. Avoir du jeu; ne pas avoir de jeu, avoir des atouts dans son jeu; abattre son jeu, voir dans le jeu de l'adversaire. Mais le chef de bureau, sans entendre, annonçait son jeu. − Une quinte majeure en trèfle (Zola, E. Rougon,1876, p. 144):
8. C'est ce coup-ci que la partie se gagne ou se perd. escartefigue : C'est pour ça que je me demande si Panisse coupe à cœur. césar : Si tu avais surveillé le jeu, tu le saurais. panisse, outré. : Eh bien, dis donc, ne vous gênez plus! Montre-lui ton jeu puisque tu y es! césar : Je ne lui montre pas mon jeu. Je ne lui ai donné aucun renseignement. Pagnol, Marius,1931, III, 1ertabl., 1, p. 155.
Loc. fig.
Avoir beau jeu, avoir un beau jeu en mains, avoir des atouts dans son jeu. Engager une affaire avec des avantages de départ. Comme les Danton, les Robespierre, les Marat dormaient en paix, les soldats allaient avoir beau jeu (Erckm.-Chatr., Hist. paysan, t. 2, 1870).Il y a chez J.-E. Blanche quelque chose de content, de facile de léger (...). Blanche a par trop d'atouts dans son jeu (Gide, Journal,1916, p. 565).
Cacher son jeu. V. cacher I A 1.
Découvrir, montrer, laisser voir son jeu. Avouer franchement les mobiles de ses actes. Solliciter n'a plus de sens. On doit abattre grossièrement ses cartes, montrer son jeu (Bernanos, Joie,1929, p. 628).
(Jouer) jeu sur table; jouer, y aller franc jeu. (Jouer) franchement, sans détour. Voyons. Jeu sur table, mylord. Je vous ai dit vos affaires, je vais vous dire les miennes (Hugo, M. Tudor,1833, Journée 1, 6, p. 52).Je veux bien jouer avec toi; mais franc jeu (Gide, Faux-monn.,1925, p. 1048).
Lire, voir clair dans le jeu (de qqn). Deviner ses intentions. Oh! Je vois clair dans leur jeu. Ils veulent me pousser à bout, me forcer à un éclat, me faire fuir... (Farrère, Homme qui assass.,1907, p. 287).
(Il y a qqc.) sous jeu (vieilli). Il y a quelque chose qui se trame, que l'on veut dissimuler. Je vois bien qu'il y a sous jeu quelque chose qu'on me cache (Sand, Mllede la Quintinie,1863, p. 57).
En partic., CARTOMANCIE
Jeu de cartes nécessaire à la consultation (tarots). Elle prit son grand jeu, le mêla convulsivement, et le fit couper par MmeCibot (Balzac, Cous. Pons,1847, p. 127).
Faire, jouer le grand jeu. Prédire l'avenir selon la disposition des cartes du tarot :
9. Deux jeunes filles de Baltimore vont consulter une voyante à Washington. La bonne dame leur fait le « grand jeu », mais ne prédit l'avenir qu'à l'une d'elles et non à l'autre. Green, Journal,1942, p. 197.
Au fig. Déploiement, mise en action de tous les moyens pour parvenir à ses fins. Alors, c'est le grand jeu; il dit qu'il a trois enfants, qu'il est homme de devoir, et ne veut pas descendre au-dessous de sa tâche (Vercel, Cap. Conan,1934, p. 149).
3. P. anal. [Dans le tour un jeu de] Assortiment, série complète d'objets destinés à un usage identique ou complémentaire. Un jeu d'avirons, de brosses, de clés. Tout le jeu de voiles, tendu sous les brises de l'ouest, vint en aide à l'infatigable vapeur emmagasinée dans la chaudière (Verne, Enf. cap. Grant, t. 2, 1868, p. 16).Un jeu de chaussettes de soie était disposé en éventail (Huysmans, À rebours,1884, p. 167).
Plus rarement. [Suivi d'un compl. désignant un animé] Une série, un jeu de personnages et de situations (Larbaud, Jaune,1927, p. 261).Tout un jeu de canards dressés pour la chasse, une dizaine en tout (Guèvremont, Survenant,1945, p. 81).
Spécialement
DOCUM. Jeu de fiches. « Ensemble de fiches rédigées pour la description et l'analyse d'un ouvrage et destinées à être intercalées dans les différents catalogues » (Rolland-Coul. 1969). Le jeu de cartes doit progresser en même temps que le jeu de fiches et refléter à chaque instant l'état de la documentation (Griaule, Méth. éthnogr.,1957, p. 79).
IMPR. Jeu d'épreuves. Série d'épreuves destinées à la correction et à la mise en page d'un ouvrage. Il aurait besoin de recevoir un jeu d'épreuves de l'Amiel (Du Bos, Journal,1926, p. 138).
INFORMAT. Jeu de caractères. « Ensemble convenu et fini de caractères reconnus par les circuits d'un ordinateur ou d'une unité d'entrée-sortie » (Informat. 1972). Jeu de cartes. Ensemble ordonné ou non de cartes perforées correspondant à un programme ou à un groupe de données. Un jeu de cartes d'objet perforées ou traitées de quelque autre manière permettant la recherche suffit (Jolley, Trait. inform.,1968, p. 146).
MUS. Jeu d'orgue. Série de tuyaux de même timbre actionnés par chacune des touches du clavier ou du pédalier. Jeu simple, composé; grand jeu; plein jeu. Dans l'espèce de tuyaux d'orgues nommée jeux d'anche, l'air n'entre dans le tube qu'en déplaçant une lame élastique de métal (Cuvier, Anat. comp., t. 4, 1805, p. 451).Il actionne les pédales, il tire les jeux, il prend mesure de l'instrument avec son corps (Merleau-Ponty, Phénoménol. perception,1945, p. 170).
P. anal., SPECTACLE. Loge du chef éclairagiste où se trouvent aujourd'hui toutes les commandes électriques du théâtre et où étaient initialement installés les tuyaux de plomb servant à la distribution du gaz qui donnaient l'impression d'une façade d'orgue. Cet endroit où stationne le chef de l'éclairage se nomme : le jeu d'orgue (Moynet, Machinerie théâtr.,1893, p. 245).
II. − Manière de jouer ou de se conduire.
A. − Manière de jouer d'un instrument, de pratiquer un sport ou de manier une arme.
1. Art de jouer d'un instrument de musique. Jeu lié, naturel, nuancé, souple. M. Boldini, dont le jeu est plus nerveux, le virtuosisme plus expressif (Huysmans, Art. mod.,1883, p. 202):
10. Il avait de petites mains courtes et rouges avec lesquelles, presque sans agiter les doigts, il semblait pétrir le piano. Son jeu ne rappelait rien que j'eusse jamais entendu ou que je dusse jamais entendre... Gide, Si le grain,1924, p. 459.
2. Technique propre à un sport; art de manier une arme. Jeu de jambes. C'est une belle épée. Son jeu est net. Il a de l'attaque, pas de feintes perdues, du poignet (Hugo, Misér., t. 1, 1862, p. 797).Le jeu de tête. C'est le complément du jeu de pied. On utilise le front pour contrôler, mais surtout pour frapper une balle aérienne (J. Mercier, Football,1966, p. 54).
B. − THÉÂTRE, CIN.
1. Jeu des acteurs. Manière de jouer propre à chaque artiste. C'est (...) comme le jeu des acteurs, qui ne paraît vrai sur la scène qu'à la condition de dépasser ou d'atténuer beaucoup la réalité (Sand, Hist. vie,t. 2, 1855, p. 264).
Être vieux jeu. Jouer à l'ancienne mode. Au fig. Avoir des habitudes de vie ou de pensée surannées. Oh! Moi, je suis un journaliste vieux jeu, appartenant aux théories antiques... (Goncourt, Journal,1889, p. 925).
2. Jeu de scène. Indication scénique placée par l'auteur à un moment donné de la pièce pour préciser un geste à faire, une attitude, un ton à prendre par exemple. Je me rappelle comme mes doigts tremblaient en arrivant à cet endroit de la partition souligné par un jeu de scène : « Lohengrin embrasse tendrement Elsa... » (Gracq, Beau tén.,1945, p. 124).
3. P. anal. Jeux de physionomie. Expressions diverses de la physionomie pour traduire les états d'âme successifs. Une singulière vivacité de tournure et (...) un jeu mobile de physionomie (Sainte-Beuve, Tabl. poés.,1828, p. 109).Le frère répéta son jeu de paupière, en l'accentuant (Zola, Faute Abbé Mouret,1875, p. 1494).
C. − Au fig. Manège, tactique visant à servir ses propres intérêts. (Jouer) un jeu serré, subtil. Elle gardait une réserve inexplicable; et il voyait là un jeu de coquette (Zola, Pot-Bouille,1882, p. 68).Changeant de jeu, elle s'approcha de lui, risqua quelques caresses (Arland, Ordre,1929, p. 405):
11. Pourquoi ne voulez-vous pas me voir autre part que dans ce salon au moment des répétitions? Quel jeu jouez-vous si c'est vrai que je ne vous ennuie pas? lucile : Aucun jeu, je vous l'assure Quand j'aimerai un homme, à la minute où je le saurai, je ferai tout pour lui faire plaisir, comme vous dites, et je serai tout de suite à lui sans jeu. Anouilh, Répét.,1950, II, p. 39.
Expr. et loc.
a) Entrer dans le jeu de (qqn). Adopter la même ligne de conduite. Elle veut que je lui force la main et moi je répugne à entrer dans son jeu (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 60).
b) Faire, jouer le jeu de (qqn). Aboutir, par ses actes, à favoriser les intérêts de (qqn). En déclarant la guerre, c'est le jeu de l'Angleterre que vous jouez (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 720).
c) Jouer un double jeu. Tenir deux rôles, avoir deux attitudes opposées dans la même affaire. Si tu veux paraître jouer un double jeu et tenir double rôle, joue le tien (Valéry, Mauv. pens.,1942, p. 181).
d) Se (laisser) prendre au jeu de (qqn). Se laisser séduire par ses manières d'agir. On se prend à son jeu, c'est le charme!... (Rostand, Cyrano,1898, IV, 4, p. 167).
e) Se prêter au jeu de (qqn), à un jeu. [Dans une situation donnée] Accepter de jouer un rôle, un personnage. Il s'était prêté quelque temps à ce jeu, qu'elle avait l'art de rendre encore plus pénible qu'agréable et glorieux (Sainte-Beuve, Port-Royal, t. 4, 1859, p. 449).
III. − Aisance dans le fonctionnement d'une chose ou de plusieurs choses entre elles.
A. − Facilité de mouvement d'une pièce, d'un organe dans (ou sur) une autre.
1. Emplois techn.
a) ANAT., PHYSIOL. Il faut rétablir la santé et le jeu de tous les organes (Sieyès, Tiers état?1789, p. 93).Elles [les vertèbres cervicales] forment de simples anneaux, entre lesquels il y a beaucoup de jeu (Cuvier, Anat. comp., t. 1, 1805, p. 161).
b) MÉCAN. Il est bien permis d'étudier la disposition, le jeu, les engrenages d'un mécanisme (Ruyer, Esq. philos. struct.,1930, p. 58).
Jeu des pistons. Espace parcouru par le piston en action. Vois les machines, le jeu des pistons dans les cylindres; ce sont des Juliette en fonte, des Roméo d'acier (Huysmans, Là-bas, t. 2, 1891, p. 56).
2. Locutions.
a) Avoir du jeu. Se mouvoir avec aisance dans un espace défini. [Dans un cont. métaph.] L'esprit de l'homme est un outil peu efficace, qui a du jeu, et qui s'échauffe volontiers à forcer le vide (Arnoux, Chiffre,1926, p. 207).
b) Donner du jeu à. Faciliter le bon fonctionnement d'une pièce en lui donnant plus d'espace pour se mouvoir. P. métaph. Le style est inégal et trop méthodique. On aperçoit trop les écrous qui serrent les planches de la carène. Il faudra donner du jeu (Flaub., Corresp.,1853, p. 131).
3. P. ext. Marche, fonctionnement régulier d'un mécanisme quelconque. Grâce à l'obliquité de l'axe terrestre (...) se produit le jeu des saisons (Lapparent, Abr. géol.,1886, p. 14).
Mettre en jeu. Mettre en action, faire intervenir. Des moulins à eau mis en jeu par une petite rivière (Nerval, Voy. Orient, t. 1, 1851, p. 94).
B. − Trop grande facilité de mouvement, défaut de serrage entre deux pièces :
12. Il y a un jeu [it. ds le texte] anormal dans la direction. Le volant tourne trop à gauche ou à droite, avant d'attaquer les roues, la direction est imprécise et la voiture, sur la route, se déplace en « lacets ». Il s'agit, vraisemblablement, de jeu dans les leviers. Chapelain, Techn. automob.,1956, p. 358.
C. − P. métaph. et au fig. Fonctionnement normal d'un organisme, d'un système. Présentons d'abord ce jeu ou ce mécanisme politique dans la supposition la plus avantageuse (Sieyès, Tiers état?1789, p. 86).
En partic.
1. Action combinée de divers éléments. Le jeu des partis, le jeu de l'offre et de la demande. Vous êtes tous envoyés à la mort par le jeu d'alliances secrètes, anciennes, arbitraires (Martin du G., Thib., Été 14, 1936, p. 697).
2. Fonctionnement normal des facultés mentales. Le jeu de l'intelligence, de la mémoire. Il ne me resterait qu'à me ménager une retraite au fond de ma conscience (...) d'où je puisse observer ce qui se passe dans le jeu des facultés organiques ou intellectuelles (Maine de Biran, Journal,1817, p. 97).
D. − [Appliqué à une chose, gén. un phénomène optique] Assemblage de plusieurs éléments dont la combinaison produit un effet spécial.
1. Jeux de lumière, jeux d'ombre et de lumière. J'admirais les jeux d'ombre et de lumière dans l'eau transparente (Benoit, Atlant.,1919, p. 231).
P. anal. Jeu compliqué des tons chauds et froids (Lhote, Peint. d'abord,1942, p. 137).
2. Dispositif permettant la combinaison harmonieuse de jets d'eau ou de sources lumineuses.
a) Jeux d'eau. Des jeux d'eau sont préparés dans les allées (Gide, Nourr. terr.,1897, p. 178).
b) Jeux de lumière. Tout ce que la scène comporte de décor, d'accessoires et de jeux de lumière (Léautaud, Théâtre M. Boissard,1926, P. 58).
IV. Au plur.
A. − ANTIQ. GR.
1. Jeux (publics). Concours sportifs et parfois artistiques (musique, danse), liés à des fêtes religieuses et organisés par certaines cités à date fixe. Les jeux héracléens, aux bords de l'Isménus, Finissent, et font place aux banquets de Vénus (Leconte de Lisle, Poèmes ant.,1852, p. 174).Confrontation pacifique entre les cités, les jeux, qui avaient toujours permis aux « meilleurs » d'émerger de leur propre communauté, tendent de surcroît à servir les aspirations des cités elles-mêmes à la primauté (E. Will, Le Monde grec et l'orient, Paris, P.U.F., t. 1, 1972, p. 570).
Jeux isthmiques, néméens, pythiques. Jeux publics se célébrant dans l'isthme de Corinthe, à Némée en Argolide, à Delphes (anciennement Pytho). V. isthmique.
Jeux olympiques. Compétitions sportives se déroulant à Olympie tous les quatre ans. Il [Xerxès] apprenoit qu'une partie de la Grèce étoit assise tranquillement aux jeux olympiques, tandis qu'il ravageoit leur contrée (Chateaubr., Essai Révol., t. 2, 1797, p. 25).
P. anal., mod. Compétitions sportives internationales réunissant tous les quatre ans les meilleurs sportifs mondiaux dans un pays différent :
13. Il y avait de petites grenouilles, qui par la forme de leurs corps faisaient penser à des athlètes français sélectionnés pour les jeux olympiques. Montherl., Démon bien,1937, p. 1240.
Jeux (olympiques) d'hiver. Le film tourné aux jeux olympiques d'hiver (J.-R. Bloch, Dest. du S.,1931, p. 124).Lors des premiers Jeux d'hiver, le 25 janvier 1924, Chamonix ne reçut que 294 concurrents (L'Express,5 févr. 1968, p. 52).
2. Jeux funèbres. Concours du même genre organisés, à l'époque homérique, à l'occasion des funérailles d'un roi ou d'une personnalité. V. funèbre ex. de Chateaubr., Martyrs, t. 1, 1810, p. 172.
P. anal. :
14. Les jeux funèbres commencèrent le long d'une vallée verte qui se prolonge à travers les bocages. Ces jeux s'ouvrirent par la lutte des jeunes filles; la course des guerriers suivit la lutte, et le combat de l'arc, la course. Chateaubr., Natchez,1826, p 469.
Rem. Jeux est un terme impropre pour rendre le gr. α ̓ γ ω ̃ ν ε ς : concours serait plus exact.
B. − ANTIQ. ROMAINE. Spectacles et réjouissances, originellement à caractère religieux, organisés périodiquement par l'état (jeux publics) ou donnés par des particuliers (jeux privés) et fondés sur des compétitions sportives, des combats, des représentations théâtrales :
15. Les jeux finissent par perdre leur caractère religieux (...). L'engouement qu'ils suscitent dans la foule explique à la fois leurs connexions politiques, qui ont été déjà signalées, l'allongement de la durée de chacun d'eux et leur multiplication. Les jeux romains s'étendent sur quinze jours au temps de César. A. Aymard, J. Auboyer, Rome et son empire, Paris, P.U.F., 1962, p. 187.
P. anal. L'impératrice désirant (...) étaler (...) toute la magnificence de sa cour, ordonna des jeux publics, dans lesquels elle devoit distribuer des prix de l'adresse et de la valeur (Genlis, Chev. Cygne, t. 1, 1795, p. 10).
Jeux du cirque. Jeux organisés dans l'enceinte du cirque où se déroulaient courses de chars, chasses, combats de gladiateurs et compétitions sportives. Ce même empereur, en attendant les jeux du cirque, nourrissoit les lions de chair humaine (Chateaubr., Génie, t. 2, 1803, p. 582).
Jeux du théâtre, jeux scéniques. Représentations théâtrales. Ces jeux scéniques, spectacles de turpitudes, n'ont pas été établis à Rome par les vices des hommes (Artaud, Théâtre et son double,1938, p. 32).
Jeux de l'amphithéâtre. Jeux organisés dans l'enceinte de l'amphithéâtre où se déroulaient des combats de gladiateurs, des chasses et des naumachies. Voir Pell. 1972.
Prononc. et Orth. : [ʒø]. Au plur. des jeux. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. 1. Ca 1100 giu « amusement » (Roland, éd. J. Bédier, 977); 2. ca 1160 ce n'est pas jous « c'est loin d'être une chose sans gravité, sans conséquence » (Enéas, éd. J.-J. Salverda de Grave, 6881); 3. a) 1558 « ce qui relève ou semble relever de la fantaisie pure, du caprice » (Du Bellay, Regrets LXXXII, 5, éd. E. Droz, p. 86 : le jeu de la Fortune); b) 1666 jeu de mots (Molière, Misanthrope, I, 2); 4. 1690 jeu de main, jeu de vilain (Fur.); 5. 1891 comptab. jeu d'écritures (supra I A 5d). II. « Organisation de cette activité sous un système de règles définissant un succès et un échec, un gain et une perte » (Lal.); 1. a) ca 1160 gius antiq. « compétitions sportives » (Enéas, 2159); b) début xvies. jeux olympiques antiq. (J. Lemaire de Belges, Couronne margaritique ds Œuvres, éd. J. Stecher, t. 4, p. 59); 1894 (P. de Coubertin, Le rétablissement des jeux olympiques ds R. de Paris, 15 juin ds FEW t. 7, pp. 351-352); 2. a) ca 1160 fig. faire un jeu parti à qqn « proposer une alternative à quelqu'un » (Enéas, 7754 : ge li ferai un geu parti); b) ca 1200 p. ext. litt. gius partis (Jean Renart, Escoufle, éd. F. Sweetser, 2028); c) fin xiiies. [date du ms.] jus, jeus litt. « représentation théâtrale » (Titre, prologue 113 et colophon du Jeu de Saint Nicolas de Jean Bodel, éd. A. Henry, pp. 56, 60, 176 et note p. 180); 3. a) 1200 gieu « somme risquée au jeu » (op. cit., 291); 1585 jouer le gros jeu fig. (Noël du Fail, Contes et discours d'Eutrapel, éd. J. Assézat, t. 1, p. 252); b) 2emoitié du xvies. le jeu absol. « les jeux d'argent » (G. Meurier, Trésor des sentences ds Le Roux de Lincy, Proverbes, t. 2, p. 85); 4. ca 1200 « règles, conventions » (Garin le Lorrain, éd. J. E. Vallerie, 8961 : Qui en gieu entre, bien doit gieu consentir); 5. a) ca 1223 fig. faire le jeu de qqn « donner son appui à quelqu'un » (G. de Coinci, Mir., éd. V. F. Koenig, t. 1, p. 12, 203 [I Pr. 1] : Se nos n'avons qui no giu face); b) fin xiiies. [var. ms.] fig. « entreprise comportant des risques » (Thèbes, éd. L. Constans, 6232 : En tristor est tornes li gius); 6. 1636 jeu « chacune des divisions de la partie (au jeu de paume) » (Monet). III. Ce qui sert à jouer 1. ca 1200 « instruments de jeu » (Jean Renart, Escoufle, éd. F. Sweetser, 8993 : jus d'eskés et de tables); 2. 1385 « lieu de jeu » (B. et H. Prost, Inventaires mobiliers des ducs de Bourgogne, t. 2, p. 183, § 1203 : un pavement de grez [...] pour faire un geu de paume); 3. 1451 « assemblage de cartes » (G. Arnaud D'Agnel, Comptes du Roi René, t. 1, p. 181 : ung jeu de quartes); 4. a) 1515 mus. « rangée de tuyaux d'un orgue » (L. Merlet, Doc. sur les travaux exécutés à N.D. de Chartres, p. 358 : unes orgues à cinq jeuz); b) av. 1683 mar. jeu de voiles (Corresp. de Colbert, III, 2, p. 312 ds Littré). IV. Manière dont on joue 1. ca 1200 jeu fig. « manœuvre, manière d'agir » (Chevalier au Cygne, éd. J. A. Nelson, 1749 var.); 2. 1511 c'est le vieux jeu « ce n'est plus à la mode » (Gringore, Jeu du prince des sots ds Œuvres complètes, éd. Ch. d'Héricault et A. de Montaiglon, t. 1, p. 227 : La Bonne Foy, c'est le vieil jeu); 1877 vieux jeu « passé de mode » (Meilhac, Halévy, Cigale, p. 17 : il n'est pas vieux jeu); 3. 1680 théâtre « manière de jouer un rôle » (Rich.); 4. a) 1690 mus. « façon de jouer d'un instrument » (Fur.); b) 1690 escrime « façon de manier une arme » (ibid.); 5. a) 1690 sc. nat. jeux de la Nature (ibid.); b) 1704 jeux d'eau (Trév.); c) 1771 « effet artistique produit par des assemblages de couleurs ou des mouvements de lumière » (Buffon, Hist. nat., Oiseaux, t. 2, p. 372). V. 1. a) 1677 « mouvement aisé, régulier d'un objet, d'un organe, d'un mécanisme » (Bossuet, Connaissance de Dieu et de soi-même, II, 2 ds Littré : jeu [des muscles dans le corps humain]); b) 1762 p. ext. « action, mouvement » (Rousseau, Emile, 1. 4, éd. Ch. Wirtz, p. 534 : le jeu de toutes les passions humaines); 2. 1689 « espace ménagé pour la course d'un organe, d'un mécanisme » (Mmede Sévigné, Corresp., 6 avr., éd. R. Duchêne, t. 3, p. 570). Du lat. jocus « plaisanterie, badinage », qui a supplanté ludus en héritant de ses sens : « jeu, amusement, divertissement; en partic. jeux publics de caractère officiel ou religieux » (cf. Ern.-Meillet, Bl.-W.). Fréq. abs. littér. : 10 649. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 10 480, b) 11 939; xxes. : a) 14 263, b) 21 373. Bbg. Becker (K.). Sportanglizismen im modernen Französisch... Meisenheim, 1970, p. 76, 300, 305, 330, 331. - Cohen 1946, p. 9. - Gohin 1903, p. 355. - Hug. Lang. 1933, p. 87-88. - Lew. 1968, p. 112. - Quem. DDL t. 4, 6, 10, 16, 17, 18, 19, 20. - Rommel 1954, p. 91, 93, 101, 102. - Wexler 1955, p. 90.

Jeu : définition du Wiktionnaire

Nom commun

jeu \ʒø\ masculin

  1. Divertissement, activité avec des règles, pouvant être exercé seul, ou en groupe, pour s’amuser.
    • Ils avaient joué à des jeux divers : aux billes d’abord, mais comme Camus et Lebrac avaient perdu beaucoup […], on ne put continuer. — (Louis Pergaud, Un sauvetage, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Plusieurs jeunes gens s’amusaient d’un jeu de balles analogue à la paume avec d’énormes raquettes recouvertes de cuir de bœuf, […]. — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil; tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
    • (Par analogie)On dit que ces professionnelles ont des charmes secrets, […]; qu’un homme vicieux trouve en elles des partenaires expertes, aux impudeurs extraordinaires, aux habiles jeux de la débauche et de la lubricité. — (Jean Rogissart, Hurtebise aux griottes, L’Amitié par le livre, Blainville-sur-Mer, 1954)
    • Les jeux érotiques commencent évidemment dès l'enfance, se poursuivent de plus belle entre adolescents ou jeunes adultes (ainsi le maraîchinage en Vendée) et tout cela tracasse beaucoup les confesseurs. En revanche, les participants s'y livrent « sans rougir ». — (Jean-Paul Desaive, Délits sexuels et archives judiciaires (1690-1750) , Communications, 1987, vol.46, n°46, page 128)
    • Sport ludique et convivial, le Padel est un jeu à l’aspect familier car il emprunte sa technicité et son règlement à nombre de jeux que nous connaissons bien : le tennis dont il a hérité du filet, de la balle, et du décompte des points, […]. — (Petit Futé; Vendée, 2009-2010, p.49)
  2. (Spécialement) Activité où l’on mise de l’argent dans l’espoir d’en gagner plus.
    • Ces loustics prennent l’argent, vont le boire ou le dissiper au jeu et, comme renseignements, ceinture. — (Francis Carco, Messieurs les vrais de vrai, Les Éditions de France, Paris, 1927)
    • Introduit en France vers 1725, ce jeu devint rapidement populaire et il donna lieu à de tels excès que la police s'efforça, à maintes reprises, de l'interdire. — (Frans Gerver, Le guide Marabout de Tous les Jeux de Cartes, Verviers : Gérard & C°, 1966, page 47)
  3. (Par extension) Fait de s’amuser, de jouer.
    • Le jeu fait partie de l’univers de l’enfant.
    • Le trop-plein d’énergie du chat a besoin d’être canalisé par le jeu.
  4. (Arts) Interprétation d’un rôle par un acteur au théâtre ou au cinéma.
    • Le jeu de cet acteur est très nuancé.
  5. (Musique) Interprétation d’un morceau par un musicien.
    • Le thème étant le même pour tous les musiciens, le jeu du pianiste est rehaussé, et semble ressortir.
  6. Façon de jouer, de mener une partie, d’exécuter quelque chose.
    • Il a un jeu très agressif, mais pas insensé.
    • Sans se laisser perturber, il a imposé son jeu de fond de court.
  7. (Par extension) Manière dont se déroule un phénomène, dont s’exécute un mécanisme.
    • Singulier jeu de lumière, qui établissait une lutte entre la lueur de ma bougie et les rayons de la lune, qui passaient par ma fenêtre sans rideaux. — (Alexandre Dumas, Les Mille et Un Fantômes)
    • J’entends des bruits dans le couloir, un cliquetis de clef et le jeu de la serrure.
  8. (Figuré) Suite d’actions, d’événements.
    • La réaction de Corbulon les fit réfléchir : risquer une guerre avec Rome pour satisfaire les Chauques était un jeu dangereux. — (Pierre Renucci, Claude, Perrin, Paris, 2012, page 190)
  9. Un ensemble de choses qui vont ensemble, de même type.
    • Il avait dans son sac un jeu de clefs.
  10. (Mécanique) Espace entre deux pièces provoquant un mouvement non désiré entre elles, une amplitude de mouvement trop grande, un serrage ou tension trop lâche.
    • Il y a du jeu car cette vis n’est pas bien serrée.
  11. (Mécanique) Espace entre deux pièces donnant une liberté de mouvement acceptable ou nécessaire dans un mécanisme ou un montage, sans que le mouvement en question fasse partie des fonctions du mécanisme.
    • Il faut qu’il y ait un peu de jeu entre le pignon d’attaque et la couronne du différentiel.
  12. (Sport) (Tennis) Division d’une partie sportive, et en particulier d’une manche (tennis, pelote basque).
    • Elle mène par quatre jeux à deux.
  13. (Figuré) Quelque chose de particulièrement facile. Ellipse de « jeu d’enfant ».
    • La première pierre céda enfin, et ce fut un jeu, ensuite, d’agrandir l’ouverture.
  14. Concours, loterie pour des événements promotionnels.
    • Nous vous invitons à participer à notre grand jeu pour peut-être gagner l’un des dix téléphones portables.
  15. Matériel servant à jouer, constitutif de l’activité ludique en question.
    • Sors ton jeu de dames et un jeu de cartes, s’il te plaît.
    • Amateur d’échecs, je cherche à acheter un jeu en marbre.
  16. Ensemble des cartes dont chacun des joueurs doit se servir, les points qu’on amène aux dés; ou, en général, la Situation dans laquelle on se trouve par rapport à son adversaire.
    • Il a vu ton jeu.
    • Je n’ai pas de jeu.
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Jeu : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

JEU. n. m.
Divertissement, récréation, tout ce qui se fait par esprit de gaieté et par pur amusement. Les jeux de l'enfance. Leurs jeux sont quelquefois troublés par des rixes. Jeu sans malice. Jeux de société. Jouer à de petits jeux, à des jeux innocents. Le jeu des barres. Le jeu de colin-maillard. On ne veut pas lui faire de mal, ce n'est qu'un jeu. Jeux d'esprit, Certains petits jeux qui demandent quelque facilité, quelque agrément d'esprit. Il désigne aussi, figurément, Certaines productions de l'esprit qui n'ont aucune solidité, comme les anagrammes, les énigmes, les bouts-rimés, etc. Il se dit encore d'un Simple exercice d'esprit, d'une suite d'idées hasardées ou de raisonnements qui ne sont fondés sur rien de sérieux. Cette dispute n'est qu'un jeu d'esprit. Jeux de main, Jeux où l'on se frappe légèrement les uns les autres. La main chaude est un jeu de main. On appelle aussi Jeux de main l'Action de lutter, de se porter des coups réciproques en plaisantant. Les jeux de main finissent souvent par des querelles. Prov., Jeux de main, jeux de vilain, ou, au singulier, Jeu de main, jeu de vilain, Les jeux de main ne conviennent qu'à des gens mal élevés et finissent ordinairement mal. On disait aussi Ce sont jeux de prince qui ne plaisent qu'à ceux qui les font. Fig. et fam., Le jeu lui plaît, se dit en parlant d'un Personne qui veut recommencer à faire une chose qui lui plaît. Fig. et fam., Ce n'est pas un jeu d'enfant, ce n'est pas jeu d'enfant, se dit d'une Affaire grave et sérieuse ou d'un engagement dont on ne peut se dédire. Prendre quelque chose en jeu, Le prendre en plaisanterie. Cela passe le jeu, Cela passe la raillerie. Fam., Ce n'est qu'un jeu, se dit d'une Chose qu'on fait facilement. Les plus grandes fatigues, les plus grandes difficultés ne sont qu'un jeu pour lui. Se faire un jeu de quelque chose, Y mettre son plaisir. Il se fait un jeu de mes tourments. Il se faisait un jeu de l'affliger. Il signifie aussi Se jouer de quelque chose, en disposer arbitrairement, selon son caprice. Le vainqueur se fit un jeu des lois et des coutumes des vaincus. Jeu de mots se dit d'une Certaine allusion fondée sur la ressemblance des mots. Ce jeu de mots est assez plaisant. Fig., Jeu de la nature se dit de l'Action de la nature qui produit une chose bizarre, extraordinaire; ou de la Chose même qui est ainsi produite. La nature, dans ses jeux, est infiniment variée. Cette coquille est un jeu de la nature. Fig., C'est un jeu du hasard, se dit de Ce qui n'est qu'un effet du hasard. Fig., Le jeu, les jeux de la fortune, Les vicissitudes de la fortune.

JEUX, au pluriel, se dit quelquefois, en poésie, de Certaines divinités allégoriques qui sont censées présider à la gaieté, à la joie. Les Jeux, les Ris et les Grâces. Les Jeux et les Plaisirs. Les Jeux et les Amours. Etc.

JEU se prend particulièrement pour un Exercice de récréation qui a de certaines règles. Jeu de paume, Jeu de billard, etc. Il s'emploie aussi dans les cas où l'on hasarde de l'argent dans l'espoir de gagner la partie. Il y a des jeux de hasard, comme le nain jaune, le trente et quarante; le poker; des jeux de calcul ou de combinaison, comme les dames, les échecs, les dominos; des jeux mêlés de combinaisons et de hasard, comme le tric-trac, le piquet, le whist, le bridge, la manille; des jeux de renvi comme le brelan, le poker. Les règles du jeu La passion du jeu. Être adonné au jeu. Être heureux, malheureux au jeu. Le jeu l'a ruiné. Se mettre au jeu. Tromper au jeu. C'est de l'argent du jeu. La perte, le gain du jeu. Le hasard du jeu. Par extension, Jeu de bourse, se dit de Toute espèce d'agiotage sur les fonds publics. Académies de jeux, Lieux où l'on donne à jouer à toutes sortes de jeux. Maison de jeu, Établissement public où l'on joue de l'argent. Les banquiers d'une maison de jeu. Il y a grand jeu dans cette maison, Il s'y rassemble beaucoup de joueurs. Tenir un jeu, Donner à jouer chez soi ou en public. On tient un jeu dans cette maison. Tenir le jeu de quelqu'un, Jouer à la place de quelqu'un. Jouer le jeu de quelqu'un, Jouer le jeu qui lui plaît, et, figurément, Entrer dans ses vues, dans ses intérêts. Il joue votre jeu sans le savoir. Mettre au jeu, Donner, déposer son enjeu. Tout le monde a mis au jeu. L'argent qui est sur le jeu, sur jeu, La somme des enjeux, ce que les joueurs ont mis au jeu. Il y avait cent francs sur le jeu, sur jeu. Tenir jeu, Continuer à jouer avec une personne qui perd. Couper jeu, Se retirer avec gain et ne pas vouloir tenir jeu. Aux jeux de renvi, Ouvrir le jeu, Faire la première vade. Fermer le jeu, Tenir la dernière vade et ne point faire de renvi. Entrer en jeu se dit, à certains jeux de Cartes, de Celui qui, ayant levé une main, est en état de jouer comme il lui plaît. Cela signifie aussi, figurément et familièrement, Entrer dans une affaire, dans une discussion, avoir son tour, soit pour agir, soit pour parler, etc. D'entrée de jeu, Dès le commencement du jeu. Il se mit à jouer, et d'entrée de jeu il perdit la moitié de son argent. Cela se dit aussi, figurément et familièrement, pour Dès le début. D'entrée de jeu il fit voir son extravagance. On dit aussi Pour entrée de jeu. Se piquer au jeu, S'opiniâtrer à jouer, malgré la perte. Il se pique aisément au jeu. On dit aussi, figurément et familièrement, Se piquer, être piqué au jeu, en parlant d'une Personne qui veut venir à bout de quelque chose, malgré les obstacles qu'elle y trouve. Jouer bon jeu, bon argent, Jouer sérieusement et avec l'intention de payer sur-le-champ. On dit dans un sens analogue Jouer de franc jeu. Fig. et fam., Bon jeu, bon argent. Y aller bon jeu, bon argent. Voyez ARGENT. Prov. et fig., Le jeu ne vaut pas ou n'en vaut pas la chandelle. Voyez CHANDELLE. Fig., Mettre quelqu'un en jeu, Le citer sans sa participation, le mêler à son insu dans une affaire. Il m'a mis en jeu mal à propos. On dit aussi Mettre une chose en jeu, La faire agir, l'employer. Il mit en jeu toutes les ressources de son imagination.

JEU se prend aussi pour les Règles du jeu, la manière dont il convient de jouer, ou dont une personne joue. Jouer le jeu. Ce n'est pas mon jeu que de jouer ainsi. Ce joueur a un jeu perfide. Cela n'est pas du jeu, de jeu, Cela n'est pas conforme aux règles du jeu. Il signifie aussi, figurément et familièrement, Cela est contraire à ce qui était convenu. Fig., C'est son jeu, se dit en parlant de Celui qui fait précisément ce qui convient le plus à ses intérêts, ce qu'il doit faire pour réussir. C'est son jeu de tirer l'affaire en longueur. On dit de même C'est un homme qui sait bien son jeu.

JEU désigne encore l'Assemblage des cartes dont chacun des joueurs doit se servir, les Points qu'on amène aux dés; ou, en général, la Situation dans laquelle on se trouve par rapport à son adversaire, à quelque jeu que ce soit. Avoir une carte de trop dans son jeu. Il lui est venu beau jeu, bien du jeu. J'ai ruiné mon jeu en écartant. J'ai gagné à jeu découvert. Voilà mon jeu sur la table. Je n'ai point de jeu. Mon jeu est meilleur, vaut mieux que le vôtre. Avoir jeu sûr. Il ne joue jamais qu'à jeu sûr. Il ménage, il conduit bien son jeu. Donner beau jeu, Donner des cartes qui font un jeu favorable. Fig. et fam., Donner beau jeu, faire beau jeu à quelqu'un. Lui présenter une occasion favorable de faire ce qu'il souhaite. On dit dans un sens analogue Avoir beau jeu. Perdre à beau jeu, Perdre, quoiqu'on ait un beau jeu; et, figurément et familièrement, Échouer dans une tentative dont le succès paraissait assuré. Fig. et fam., Faire bonne mine à mauvais jeu, Dissimuler adroitement et cacher le mécontentement qu'on éprouve, ou le mauvais état où l'on est. Dans le même sens on dit simplement Bonne mine et mauvais jeu, en parlant d'une Personne qui, sous une apparence de joie, cache du chagrin et de l'inquiétude. Fig. et fam., Jouer bien son jeu, Se comporter adroitement en quelque affaire, savoir bien dissimuler pour arriver à ses fins. Fig. et fam., Cacher son jeu, Dissimuler son habileté en feignant de ne pas savoir bien jouer. Dans une acception plus figurée, Cacher, couvrir son jeu, Cacher ses desseins, ses vues, etc., ou les moyens qu'on met en œuvre pour réussir. On dit dans le même sens Le jeu de cet homme est fort caché, fort couvert. Il se dit aussi de la Façon d'escrimer, de faire des armes. Je sais son jeu. J'ai étudié son jeu. Il a un jeu serré, un jeu brillant. Fig., Savoir le jeu de quelqu'un, Connaître sa manière d'agir. Aux jeux de Cartes, Avoir le jeu serré, Ne jouer qu'à beau jeu et ne point se hasarder. Figurément, il signifie Agir avec beaucoup de prudence, de réserve, de manière à ne pas donner prise sur soi. Aux Échecs, Avoir le jeu serré, se dit d'un Joueur qui n'étend pas assez son jeu.

JEU se dit encore de Ce qui sert à jouer à certains jeux. Un jeu d'échecs. Un jeu de quilles. Un jeu d'oie. Un jeu de cartes. Un jeu complet. Un jeu entier, Un jeu qui contient cinquante-deux cartes. Un jeu de piquet, Un jeu qui ne contient que trente-deux cartes, depuis l'as jusqu'au sept. Il manque une carte à ce jeu, une pièce à ce jeu d'échecs.

JEU signifie également Ce que l'on met au jeu. Jouer gros jeu, petit jeu. Il joue un jeu à se ruiner. Faire le jeu. Jeu fait. J'y vais du jeu, Je suis du jeu, et, par abréviation, J'en suis, Expressions qu'on emploie au Jeu du brelan et aux autres jeux de renvi pour avertir que l'on joue une somme pareille à celle qui est sur le jeu. Fig. et fam., Jouer gros jeu, jouer un jeu à se perdre, S'engager dans une affaire où l'on hasarde beaucoup pour sa réputation, pour sa fortune, pour sa vie. Jouer un jeu d'enfer. Voyez ENFER. Prov. et fig., Tirer son épingle du jeu, Se dégager adroitement d'une mauvaise affaire. Il s'était mis dans ce parti, dans une fâcheuse intrigue, mais il a tiré son épingle du jeu. Il signifie particulièrement Retirer à temps les avances qu'on avait faites dans une affaire qui devient mauvaise.

JEU se dit encore, au jeu de Paume ou au jeu de Tennis, de Chacune des divisions de la partie. Une partie de quatre jeux, de six jeux. Jouer en six jeux. Gagner le premier jeu. Avoir trois jeux à deux, trois jeux à point. Ils sont à deux de jeu. Fig. et fam., Être à deux de jeu se dit de Deux personnes qui ont, l'une à l'égard de l'autre, un avantage ou un désavantage égal. On le dit aussi de Deux personnes qui se sont rendu réciproquement de mauvais offices. On le dit encore de Deux personnes qui ont également été maltraitées dans quelque affaire.

JEU se dit, par extension, d'un Lieu où l'on joue à certains jeux. Un jeu de paume. Un jeu de longue paume, ou un jeu de mail. Un jeu de boule.

JEU se dit, par extension, d'un Assortiment complet de certaines choses. En termes de Marine, Un jeu de voiles. Un jeu d'avirons. En termes de Typographie, Un jeu d'épreuves, Une série d'épreuves du même ouvrage. En termes de Bonneterie, Un jeu d'aiguilles à tricoter. Etc.

JEUX, au pluriel, se dit des Spectacles publics des anciens, comme les courses, les luttes, les combats de gladiateurs, etc.; tels étaient, chez les Grecs, Les jeux Olympiques, les jeux Pythiques; et, chez les Romains, Les jeux du cirque, les jeux scéniques, etc. Les jeux en l'honneur de Jupiter, d'Hercule. Jeux floraux. Voyez FLORAL.

JEU se dit également de la Manière de jouer d'un instrument de musique. Avoir le jeu brillant, le jeu large, hardi. Un jeu pur, délicat. Fig. et fam., Vieux jeu se dit de Manières anciennes. Nouveau jeu se dit de Manières nouvelles, de la nouvelle mode. Jeu d'orgues se dit de l'Instrument qu'on appelle aussi plus habituellement Orgues. Le jeu de voix humaine, le jeu de flûtes, le jeu de trompettes, le jeu de clairon, se dit des Registres qui servent, dans les orgues, à imiter le son de la voix humaine, celui des flûtes douces, celui des trompettes, etc. On dit aussi Le plein jeu, en parlant de Ce qui sert, dans le même instrument, à produire des sons plus forts.

JEU se dit en outre de la Manière dont un comédien remplit ses rôles. Ce comédien, cette comédienne ont le jeu brillant, touchant, pathétique. Jeu de théâtre se dit de Certains effets de scène qu'on produit surtout par les gestes et par les expressions du visage. On dit plutôt maintenant Jeu de scène, qui s'emploie aussi spécialement pour désigner Certains mouvements réglés d'avance par la mise en scène. Poétiquement, Les jeux de la scène, Les représentations théâtrales.

JEU se dit, en termes d'Arts, de l'Aisance, de la facilité du mouvement que certains ouvrages doivent avoir. Le balancier de cette horloge n'a pas assez de jeu. Il faut donner, laisser plus de jeu à ce ressort. En termes d'Habillement, Donner du jeu à une emmanchure.

JEU se dit encore de l'Action d'un ressort : Le jeu d'un ressort; et aussi de l'Action régulière et combinée des diverses parties d'une machine : Le jeu d'une machine. Le jeu des différentes parties d'une machine. Étudier le jeu des organes du corps humain. Fig., Le jeu des passions humaines. Jeu du piston, Espace que parcourt à chaque coup le piston dans son corps de pompe. Jeu d'eau se dit de la Diversité des formes que l'on fait prendre aux jets d'eau en variant celle des ajutages.

Jeu : définition du Littré (1872-1877)

JEU (jeu) s. m.

Résumé

  • 1° Action de se livrer à un divertissement, à une récréation.
  • 2° Action de se jouer.
  • 3° Jeu de mots.
  • 4° Les Jeux, divinités.
  • 5° Amusement soumis à des règles, où il s'agit de se divertir sans qu'il y ait aucun enjeu.
  • 6° Amusement soumis à des règles et auquel on hasarde ordinairement de l'argent.
  • 7° Académie des jeux ou jeux publics.
  • 8° Les règles d'après lesquelles il faut jouer.
  • 9° Assemblage des cartes qui, données à chacun des joueurs, lui servent à jouer le coup.
  • 10° Ce qui sert à jouer à certains jeux ; jeu de cartes.
  • 11° Jeu de contre-marques.
  • 12° Ce que l'on met au jeu.
  • 13° Jeu de bourse.
  • 14° Nom des divisions de la partie au jeu de paume.
  • 15° Lieu où l'on joue à certains jeux.
  • 16° Courses, luttes, etc. chez les anciens.
  • 17° Les jeux de prix.
  • 18° Jeux Floraux.
  • 19° Les jeux de la scène.
  • 20° Le maniement des hautes armes.
  • 21° La façon de faire des armes.
  • 22° Manière de jouer d'un instrument de musique.
  • 23° Manière dont un comédien remplit ses rôles.
  • 24° Différentes expressions que prend la physionomie.
  • 25° Le jeu de la lumière.
  • 26° Aisance de mouvement.
  • 27° Action d'un ressort.
  • 28° Jeu d'eau ; jeu de voiles.
  • 29° Jeu d'orgue, espèce de soubassement.
  • 30° Jeu de fief.
  • 1Action de se livrer à un divertissement, à une récréation (ce qui est le sens propre du latin jocus, d'où vient jeu). Ce qu'ils en font n'est que par jeu, Molière, Sicil. 14. Ce que je dis, ma fille, n'est point jeu, Molière, Tart. II, 2. Il n'est guère de jeu que trop loin on ne mène, Molière, Amph. II, 2. Sous un visage riant, sous cet air de jeunesse qui semblait ne promettre que des jeux, elle cachait un sens et un sérieux…, Bossuet, Duch. d'Orl. La géométrie spéculative a ses jeux, ses inutilités, comme les autres sciences, Chateaubriand, Génie, III, II, 1.

    Fig. Tu railles, mais bientôt nous verrons d'autres jeux ; Je sais trop comme on venge une flamme outragée, Corneille, Mél. V, 3. La fourbe n'est le jeu que des petites âmes, Corneille, Nic. IV, 2.

    C'est un rude jeu, c'est un jeu qui va à fâcher ou à blesser quelqu'un.

    Ce sont jeux de prince qui ne plaisent qu'à ceux qui les font, ou, absolument, ce sont jeux de prince, c'est-à-dire ce sont des jeux ou, en général, des actes qui causent peine et dommage à autrui. Le bon homme disait : ce sont là jeux de prince, La Fontaine, Fabl. IV, 4. Il [Frédéric II] mit l'Europe en feu ; ce sont là jeux de prince ; On épargne un moulin, on vole une province, Andrieux, le Meunier sans souci.

    Fig. et familièrement. C'est un jeu à se rompre le cou, les jambes, etc. se dit d'une action qui expose à se tuer, à se rompre les jambes, etc.

    Fig. et familièrement. Le jeu lui plaît, se dit en parlant d'une personne qui veut recommencer à faire une chose qui lui plaît.

    En un sens opposé. J'évite l'apparence autant comme le crime ; Je fais un compliment qui semble illégitime ; Et le jeu m'en déplaît quand on fait à tous coups Causer un médisant et rêver un jaloux, Corneille, la Place roy. I, 4.

    Prendre quelque chose en jeu, le prendre en plaisanterie.

    Cela passe le jeu, cela est plus fort que le jeu ou que jeu, cela passe la raillerie, cela blesse ou offense. Je crains que le pendard, dans ses vœux téméraires, Un peu plus fort que jeu n'ait poussé les affaires, Molière, Éc. des femmes, II, 6.

    Ce n'est qu'un jeu, se dit d'une chose qu'on fait facilement. Moitié de ce fardeau ne vous sera que jeu, La Fontaine, Fabl. VI, 16. Des plus fermes états la chute épouvantable, Quand il veut, n'est qu'un jeu de sa main redoutable, Racine, Esth. III, 4.

    Se faire un jeu de quelque chose, y mettre son plaisir. Le coadjuteur vous contera les prospérités de son voyage, mais il ne se vantera pas d'avoir pensé être étouffé chez M. de Louvois par vingt femmes qui se firent un jeu, et qui croyaient chacune être en droit de l'embrasser, Sévigné, 188. La cour est toute réjouie du mariage de M. le prince de Conti et de Mlle de Blois ; ils s'aiment comme dans les romans : le roi s'est fait un grand jeu de leur inclination, Sévigné, 394. Elle [Mme de Vins] me mande qu'elle fait un jeu merveilleux avec M. de Grignan et avec vous de sa jalousie, Sévigné, 24 juill. 1680.

    Faire du jeu, amuser. Cela nous fait du jeu, Sévigné, 7 sept. 1689. Ç'a été un grand jeu pour Son Éminence [Retz], qu'un esprit neuf comme celui de notre ami [Corbinelli], Sévigné, 30 juin 1677.

    En mauvaise part, se faire un jeu, s'amuser à, faire un jouet de. Vous faites un jeu de dire du mal de votre âme, Sévigné, 199. Vous faites-vous un jeu des pleurs d'une mortelle ? Voltaire, Olymp. II, 3. Et c'est un jeu pour toi de trahir l'amitié, Voltaire, ib. IV, 2. Un conquérant, dans sa fortune altière, Se fit un jeu des sceptres et des lois, Béranger, Dieu d. b. gens.

    Terme de fauconnerie. Donner jeu aux autours, leur laisser plumer la proie.

    Terme de marine. Jeu parti, mot à mot jeu partagé, locution qui n'est plus usitée ; il consiste en ce que, lorsque des armateurs associés veulent dissoudre la société, ils devront faire entre eux une licitation en vertu de laquelle celui qui offrira de désintéresser le plus les autres gardera le navire.

  • 2Action de se jouer. Il entretint les dieux, non point sur la fortune, Sur ses jeux, sur la pompe et la grandeur des rois, La Fontaine, Phil. et Baucis. Ce sont des jeux de la Providence qui nous fait connaître en toutes choses la fausseté de nos jugements, Sévigné, 437. Roi cruel ! ce sont là les jeux où tu te plais, Racine, Esth. III, 1.

    Jeu de la nature, action de la nature qui produit une chose bizarre, extraordinaire. La nature dans ses jeux est infiniment variée.

    La chose même produite par la nature qui semble se jouer. Cette coquille est un jeu de la nature.

    Terme de minéralogie. Jeux de Van Helmont, variété cloisonnée de marne.

    Un jeu du hasard, un effet du hasard. Jeux cruels du hasard, en qui me montrez-vous Une si fausse image et des rapports si doux ? Voltaire, Mérope, II, 2. La naissance, la fortune ! laissons-là les jeux du hasard, Beaumarchais, Barb. de Sév. IV, 6.

    Jeu de la fortune, ce qui semble un pur caprice de la fortune. L'on ne saurait s'empêcher de voir dans certaines familles ce qu'on appelle les caprices du hasard ou les jeux de la fortune, La Bruyère, VI. Ce n'est pas un des moindres exemples des jeux de la fortune, que les ruines de Carthage aient vu mourir un roi chrétien qui venait combattre des musulmans dans un pays où Didon avait apporté les dieux des Syriens, Voltaire, Mœurs, 58. Hélas ! est-il possible ? étonnants jeux du sort ! Elle était en ces lieux quand je pleurais sa mort, Briffaut, Ninus II, IV, 4.

    Fig. et poétiquement. Les jeux sanglants de Mars, la guerre, les combats. Il a lui-même triomphé dans les jeux sanglants du dieu de la guerre, Chateaubriand, Martyrs, I.

  • 3Jeu de mots, nom générique de toutes les phrases où l'on abuse de la ressemblance du son des mots. Un jeu de mot plaisant, heureux, sans sel. Insipides plaisants, bouffons infortunés, D'un jeu de mots grossier partisans surannés, Boileau, Art p. II. Les jeux de mots, la pire espèce du faux bel esprit, Voltaire, Dict. phil. Esprit. Il y a quelques jeux de mots dans Corneille, mais ils sont rares ; le plus remarquable est celui d'Hypsipile qui, dans la quatrième scène du troisième acte, dit à Médée sa rivale en faisant allusion à sa magie : Je n'ai que des attraits et vous avez des charmes, Voltaire, Comm. Corn. Rem. Toison d'or, Préf. commentat.
  • 4 S. m. plur. Les Jeux, nom, en poésie, de certaines divinités allégoriques qui sont censées présider à la gaieté, à la joie (on met un J majuscule.) Toute la bande des Amours Revient au colombier ; les Jeux, les Ris, la danse Ont aussi leur tour à la fin, La Fontaine, Fabl. VI, 21. Le chagrin vient ensuite ; elle sent chaque jour Déloger quelques Ris, quelques Jeux, puis l'Amour, La Fontaine, ib. VII, 5.
  • 5 Par substitution du sens de divertissement à celui d'un jeu spécial, c'est-à-dire substitution du sens de ludus à celui de jocus. Amusement soumis à des règles, où il s'agit de se divertir sans qu'il y ait aucun enjeu. Le jeu des barres. Le jeu de colin-maillard. Les jeux qui naissent de la force et de l'adresse, sont toujours les premiers connus d'un peuple naissant, Duclos, Mém. jeux scéniques, Œuvr. t. I, p. 334, dans POUGENS.

    N'être pas du jeu, ne pas faire partie de la société qui joue a tel ou tel jeu. Non, c'est moi, cousin ; je ne suis pas du jeu ; mais il n'importe, Dancourt, Colin-maillard, sc. 24.

    Petits jeux, ou jeux de société, jeux où l'on propose des questions à résoudre et des pénitences à faire. Puis nous jouerons ensemble à mille petits jeux, Th. Corneille, Berger extrav. I, 5.

    Jeux innocents, jeux où il n'y a ni argent à exposer, ni danger moral d'aucune espèce. On peut aussi récompenser les enfants par des jeux innocents et mêlés de quelque industrie, Fénelon, Éduc. filles, 5.

    Jeu d'enfant, jeu qui amuse les enfants. Les immortels rient des affaires les plus sérieuses qui agitent les faibles humains, et elles leur paraissent des jeux d'enfant, Fénelon, Tél. IX.

    Fig. Jeu d'enfant, chose très facile.

    Ce n'est pas un jeu d'enfant, ce n'est pas jeu d'enfant, c'est une affaire grave et sérieuse, c'est un engagement dont on ne peut se dédire.

    Jeux de main, jeux où l'on se donne de petits coups, sans dessein de se faire du mal. La main chaude est un jeu de main.

    Jeu de main, se dit aussi de l'action de lutter, de se porter des coups réciproques en plaisantant.

    PROVERBE

    Jeux de main, jeux de vilain, ou, au singulier, jeu de main, jeu de vilain, c'est-à-dire les jeux de main ne conviennent qu'à des gens mal élevés, et aussi ils finissent souvent par des querelles.

    Jeux d'esprit, certains petits jeux qui demandent quelque facilité, quelque agrément d'esprit. Le roi d'Espagne a quelque goût pour les jeux d'esprit, Maintenon, Lett. au duc de Noailles, 19 déc. 1700. J'aime les jeux galants où l'esprit se déploie, Regnard, Joueur, I, 7. Fig. Jeux d'esprit, certaines productions d'esprit qui n'ont aucune solidité, comme les anagrammes, les énigmes, les bouts rimés, etc.

    Jeu d'esprit, se dit aussi d'un simple exercice de l'esprit, et, par suite, de conceptions, d'idées, d'hypothèses sans consistance. S'il croit que cette dispute soit un jeu d'esprit, Bossuet, Rem. rép. quiétisme, art. I, 2. Le stoïcisme est un jeu d'esprit, et une idée semblable à la république de Platon, La Bruyère, XI. On commence en Allemagne même à regarder les monades, l'harmonie préétablie, et la théodicée de l'ingénieux et profond Leibnitz comme des jeux d'esprit, oubliés en naissant dans tout le reste de l'Europe, Voltaire, Singul. nat. Préambule.

    Terme d'ancienne poésie française. Jeu parti, pièce de poésie en dialogue par questions et par réponses, sur des sujets relatifs à l'amour et à la galanterie.

  • 6Amusement soumis à des règles, et auquel on hasarde ordinairement de l'argent. Aimer le jeu. Perdre au jeu. Vivre du jeu. Ne jouez pas avec lui, il trompe au jeu. La perte, le gain du jeu. Ceux qui regardent ne doivent point parler sur le jeu. L'autre, pour se purger de sa magnificence, Dit qu'elle gagne au jeu l'argent qu'elle dépense ; Et le mari benêt, sans songer à quel jeu, Sur les gains qu'elle fait rend des grâces à Dieu, Molière, Éc. des f. I, 1. Si Dangeau est de ce jeu, il gagnera toutes les poules, c'est un aigle, Sévigné, 437. Les dettes du jeu sont privilégiées ; et, comme si ses lois étaient les plus saintes et les plus inviolables de toutes, on se pique d'honneur d'y être fidèle, Bossuet, Sermons, justice, I. Parler à un mondain, à une mondaine de modérer leur jeu, ou même de se l'interdire absolument…, Bourdaloue, Pensées, t. I, p. 340. …Ce marquis sage et prude, Et qui, sans cesse au jeu, dont il fait son étude, …Voit sa vie ou sa mort sortir de son cornet, Boileau, Sat. IV. Eh ! que serait-ce donc si le démon du jeu, Versant dans son esprit sa ruineuse rage…, Boileau, ib. X. Mille gens se ruinent au jeu, et vous disent froidement qu'ils ne sauraient se passer de jouer, La Bruyère, VI. Le chevalier de Grammont, à qui il [Mazarin] trouvait beaucoup d'esprit et auquel il voyait beaucoup d'argent, fut bientôt de son goût et de son jeu, Hamilton, Gramm. 5. Cette jeune duchesse Vous attend à vingt pas pour vous mener au jeu, Regnard, Joueur, II, 6. Elle [Angélique] est après le jeu ce qu'il aime le mieux, Regnard, ib. I, 2. C'est monsieur, par exemple, un joli jeu que l'oie, Regnard, ib. I, 7. Je suis, pour vous servir, gentilhomme auvergnac, Docteur dans tous les jeux, et maître de trictrac, Regnard, ib. I, 10. Oui, je vous le promets, Que la fureur du jeu sortira de mon âme, Regnard, ib. II, 11. Quand feu M. de Leibnitz a dit que les hommes n'ont jamais marqué plus d'esprit que dans les différents jeux qu'ils ont inventés, il en pénétrait toute l'algèbre, cette infinité de rapports de nombres qui y règnent…, Fontenelle, Dangeau. On a dit que le jeu et l'amour rendent toutes les conditions égales : je suis persuadé qu'on y eût joint l'esprit, si le proverbe eût été fait depuis que l'esprit est devenu une passion, Duclos, Consid. mœurs, ch. X. Le jeu est une passion avide dont l'habitude est ruineuse, Buffon, Homme, arith. morale. Le jeu, par sa nature même, est un contrat vicieux jusque dans son principe, un contrat nuisible à chaque contractant en particulier, et contraire au lien de toute société, Buffon, ib.

    Fig. Daru lui [à Napoléon] répondit que la guerre était un jeu qu'il [Napoléon] jouait bien, où il gagnait toujours, et qu'on pouvait conclure qu'il la faisait avec plaisir, Ségur, Hist. de Nap. V, 2.

    Jeux de hasard, comme le trente et quarante, le biribi, etc. jeux dans lesquels le hasard seul décide. Tous ces jeux de hasard n'attirent rien de bon, Regnard, Joueur, I, 7. Le luxe dans les habits et les jeux de hasard plus dangereux que le luxe furent sévèrement défendus, Voltaire, Russie, II, 11. Il [Jos. Sauveur] est un des premiers qui aient calculé les avantages et les désavantages des jeux de hasard, Voltaire, Louis XIV, Écrivains.

    Fig. Il ne faut pas permettre à l'homme de se mépriser tout entier, de peur que, croyant avec les impies que notre vie n'est qu'un jeu où règne le hasard…, Bossuet, Duch. d'Orl.

    Jeux de calcul et de combinaison, comme les dames, les échecs, jeux dans lesquels tout dépend de l'habileté du joueur.

    Jeux mêlés de combinaisons et de hasard, comme le trictrac, le piquet. Parbleu, je te saurai, Maudit jeu de trictrac, ou bien je ne pourrai, Regnard, Joueur, I, 4.

    Le jeu du commerce, espèce de jeu de cartes où le banquier vend des cartes.

    Jeux de commerce, jeux de cartes où il y a un banquier.

    Jeux d'adresse, le jeu de paume, le jeu de billard.

    Jeu de renvi, jeu où l'on met quelque chose par-dessus l'enjeu. Le brelan est un jeu de renvi.

    Le jeu lui en dit, le jeu ne lui en dit pas, c'est-à-dire il aime, il n'aime pas à jouer.

    Jouer le jeu de quelqu'un, jouer le jeu qu'il lui plaît ; et fig. s'associer à lui, entrer dans ses vues, dans ses intérêts. Pour les Vénitiens, ils joueront votre jeu, mais quand vous aurez gagné la partie, Voltaire, Lett. Catherine II, 18 mai 1770.

    Jouer le jeu de quelqu'un, signifie aussi favoriser les intérêts de quelqu'un sans le vouloir.

    Tenir le jeu de quelqu'un, jouer pour quelqu'un.

    Mettre au jeu, donner, déposer son enjeu. J'y jouerais bien en cachette [à la roulette], Mais il faudrait mettre au jeu, Béranger, Homme rangé.

    On dit dans un sens analogue : coucher en jeu. Si vous en doutez [de la justesse des raisonnements de Jurieu], il est prêt à coucher en jeu quelque chose qui vaille la peine, Bossuet, 6e avert. 19.

    Fig. Mettre au jeu, risquer des choses qui intéressent beaucoup. Il y a des marques d'aversion qui font bien mourir ; je suis trop habile sur ce chapitre ; mais il faut avouer aussi que je ne l'ai pas appris sans mettre beaucoup au jeu, Sévigné, 347. Menil, qui ne mettait pas au jeu tant que moi, cherchait sans relâche les moyens de renouer la partie, Staal, Mém. t. II, p. 200.

    L'argent qui est sur le jeu, sur jeu, la somme des enjeux, ce que les joueurs ont mis au jeu. Il y avait cent francs sur le jeu, sur jeu.

    Fig. Ils m'ont fait souvenir d'abord de mes chers romans ; mais il faudrait un peu d'amour sur le jeu, Sévigné, 511.

    Tenir jeu, continuer à jouer avec une personne qui perd.

    Couper jeu, se retirer avec gain, et ne vouloir pas tenir jeu.

    Aux jeux de renvi, ouvrir le jeu, faire la première vade. Fermer le jeu, tenir la dernière vade, et ne point faire de renvi.

    À certains jeux de cartes, on entre au jeu quand, ayant fait une main, on est en état de jouer comme il plaît.

    Fig. Entrer en jeu, entrer dans une affaire, dans une discussion, avoir son tour, soit pour agir, soit pour parler, etc.

    Entrer en jeu, se dit aussi de choses dont on fait intervenir l'emploi, et rentrer en jeu se dit de choses dont on use de nouveau. À ce discours, fouets de rentrer en jeu, La Fontaine, Lun.

    D'entrée de jeu, dès le commencement du jeu. Il se mit à jouer, et d'entrée en jeu il perdit dix napoléons.

    Fig. D'entrée de jeu, tout d'abord, pour commencer. [M. de Harlay nommé premier président] a défendu à son secrétaire de prendre quoi que ce soit au monde, et, pour l'y disposer plus agréablement, il lui a donné d'entrée de jeu deux mille écus comptant, Sévigné, 9 oct. 1689.

    Se piquer au jeu, s'opiniâtrer à jouer malgré la perte.

    Fig. Se piquer, être piqué au jeu, prétendre venir à bout de quelque chose, malgré les obstacles.

    Jouer bon jeu, bon argent, jouer avec l'intention de payer sur-le-champ.

    Fig. et familièrement. Bon jeu, bon argent, c'est-à-dire tout de bon, sérieusement. Je meurs de peur que ce ne soit un présage et qu'il ne soit bientôt appelé de ce doux nom, bon jeu, bon argent, Sévigné, 311. M. le comte de Revel est ici avec deux jolies dames de Rennes, dont l'une est l'une de ses maîtresses ; cette femme entend raillerie ; il ne me paraît pas qu'elle veuille jouer bon jeu, bon argent, avec un héros qui passe, Sévigné, 7 sept. 1689.

    De franc jeu, voy. FRANC 3.

    Fig. et par plaisanterie. À quel jeu l'a-t-on perdu ? c'est-à-dire pourquoi cet homme ne va-t-il plus dans une maison, dans une compagnie où il avait coutume d'aller.

    Fig. Mettre quelqu'un en jeu, le citer ou le mêler dans une affaire sans sa participation, à son insu. Dans ces conversations où l'on met si volontiers en jeu le prochain, Bourdaloue, Exhort. faux tém. contre Jés. Chr. t. II, p. 11.

    Parler de. Qu'un mariage était nul pour lui [le frère de Charles II] sans le consentement du roi, quand même le parti se fût trouvé d'ailleurs sortable ; mais que c'était une moquerie de mettre en jeu la fille d'un petit avocat [Mlle Hyde, qu'il avait épousée secrètement], Hamilton, Gramm. 8.

    Compromettre. Ah ! monsieur, est-ce vous de qui l'audace insigne Met en jeu mon honneur, et fait ce conte indigne ? Molière, Dép. am. III, 8. La Brinvilliers mettait bien du monde en jeu, Sévigné, 290.

    Faire intervenir. C'est profaner le pouvoir que vous avez sur moi l'un et l'autre, que de vous mettre en jeu, quand il est question de protéger une pareille probité, Sévigné, 4 août 1679.

    Citer ou faire intervenir, pour blâmer. L'un, défenseur zélé des bigots mis en jeu, Pour prix de ses bons mots [de Molière] le condamnait au feu, Boileau, Épitre VII.

    Mettre en jeu, se dit aussi de choses qu'on fait agir, qu'on emploie. Ce qui leur fit mettre en jeu cette feinte, La Fontaine, Gag.

    Petit jeu ou bas jeu, se dit au trictrac quand les dés amènent beset, deux et as, trois et deux, etc.

    Jeu simple, s'emploie au jeu de l'ambigu, en parlant d'une position dans laquelle on n'a plus qu'une seule chance pour gagner, comme le point ou la prime, ou la séquence. Jeu double, se dit par opposition à jeu simple.

  • 7Académie des jeux, ou jeux publics, lieux où l'on donne à jouer toutes sortes de jeux.

    Maison de jeu, maison publique, avouée ou clandestine, essentiellement montée pour donner à jouer les jeux de hasard. Les banquiers d'une maison de jeu. La ferme des jeux, la ferme des maisons de jeu.

    Il y a grand jeu dans cette maison, il s'y rassemble beaucoup de joueurs. Mais ce grand jeu chez vous comment l'autoriser ? Boileau, Sat. X.

    Tenir un jeu, donner à jouer chez soi ou en public. Les gens qui tiennent des jeux dans une foire. La dévote princesse de Carignan obtint de faire tenir un jeu dans son hôtel de Soissons ; aussitôt le duc de Tresmes reprit le sien, en gardant sa pension, Duclos, Mém. rég. Œuvres, t. V, p. 384.

  • 8Le jeu, les règles d'après lesquelles il faut jouer, la manière dont il convient de jouer, ou dont une personne joue. Jouer le jeu. C'est le jeu de jeter vos cœurs.

    Fig. et familièrement. C'est son jeu, il fait précisément ce qu'il doit faire pour réussir. Ne parler point d'amour ! pour moi, je me défie Des fantasques raisons de la philosophie ; Ce n'est pas là mon jeu…, Corneille, la Veuve, I, 1.

    On dit de même : C'est un homme qui sait bien son jeu.

    Le droit du jeu, ce qu'il convient de faire en jouant. Vous me demandez si je deviens dévote ; ma bonne, hélas ! non, dont je suis très fâchée ; mais il me semble que je me détache un peu de ce qui s'appelle le monde… mais ce que j'épargne sur le public, il me semble que je vous le redonne ; ainsi je n'avance guère dans ce pays de détachement, et vous savez que le droit du jeu serait de commencer par effacer un peu Sichée [sa fille, Mme de Grignan], vous savez la fable [Énéide, IV], Sévigné, 8 juin 1676.

  • 9Assemblages des cartes qui, données à chacun des joueurs, leur servent à jouer le coup. Regarder son jeu. Avoir une carte de trop dans son jeu. Il lui est venu beau jeu. Parbleu, tu jugeras toi-même si j'ai tort, Et si c'est sans raison que ce coup me transporte ; Car voici nos deux jeux, qu'exprès sur moi je porte, Molière, Fâcheux, II, 2.

    Je n'ai point de jeu, c'est-à-dire je n'ai pas des cartes favorables.

    Donner beau jeu, donner des cartes qui font un jeu favorable.

    Fig. Donner beau jeu, faire beau jeu à quelqu'un, lui présenter une occasion favorable de réussir en quelque chose. C'était un beau jeu pour ces discours à part si fréquents chez les anciens et chez les modernes de toutes les langues, Corneille, Examen de la Veuve. Je conviens qu'on vous donne beau jeu, Hamilton, Gramm. 11. La lettre de Philippe valait un bon manifeste et donnait aux pensionnaires qu'il avait dans Athènes beau jeu pour le justifier, Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. VI, p. 96, dans POUGENS.

    On dit dans un sens analogue : avoir beau jeu. Mon frère en son amour n'aura pas trop beau jeu, Regnard, Joueur, I, 9. La philosophie n'a pas beau jeu, mais les belles-lettres ne sont pas dans un état plus florissant, Voltaire, Lett. d'Argental, 26 sept. 1770.

    Perdre à beau jeu, perdre quoiqu'on ait un beau jeu ; et fig. échouer dans une tentative dont le succès paraissait assuré.

    Fig. Voir beau jeu, être témoin de quelque événement considérable, de quelque esclandre, de quelque algarade. Mon cousin Jupiter, dit-il, verra dans peu Un assez beau combat, de son trône suprême : Toute sa cour verra beau jeu, La Fontaine, Fabl. XII, 21. Nous allons voir beau jeu si la corde ne rompt, Molière, l'Ét. III, 10.

    Fig. Faire voir beau jeu à quelqu'un, le maltraiter, lui nuire par vengeance, par un mouvement de colère ; ou l'emporter sur lui dans une discussion.

    Voir beau jeu, subir quelque atteinte, quelque punition. Toutes verront beau jeu, La Fontaine, Lun. Pompignan se fera peut-être prier ; mais laissez-moi faire, il payera, ou il verra beau jeu, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 12 janvier 1773.

    Voir beau jeu, en parlant de choses, être prises, pillées, mangées. Tire-moi ces marrons ; si Dieu m'avait fait naître Propre à tirer marrons du feu, Certes marrons verraient beau jeu, La Fontaine, Fables, IX, 15.

    Fig. Faire bonne mine à mauvais jeu, cacher le mécontentement qu'on éprouve, ou le mauvais état où l'on est. Que sert à mauvais jeu de montrer bon visage ? Th. Corneille, l'Amour à la mode, I, 3.

    Bonne mine et mauvais jeu, se dit en parlant d'une personne qui, sous une apparence de joie, cache du chagrin ou du désappointement.

    Fig. Jouer à jeu sûr, être certain du succès des moyens qu'on emploie dans une affaire. Je pouvais à jeu sûr faire paraître ma bonne intention en tout, Retz, II, 73. Battre un homme à jeu sûr n'est pas d'une belle âme, Molière, Amph. I, 2.

    Fig. Jouer bien son jeu, conduire adroitement, habilement une affaire. Je sais bien mon métier, et ma simplicité Joue aussi bien son jeu que ton avidité, Corneille, Ment. IV, 7.

    Jouer un nouveau jeu, recourir à de nouveaux artifices. Tu me vas voir, Cliton, jouer un nouveau jeu, Corneille, ib. V, 6.

    Cacher son jeu, prendre soin que l'adversaire ne voie pas les cartes que l'on porte.

    Fig. Cacher, couvrir son jeu, dissimuler son habileté soit en feignant de ne pas savoir bien jouer, soit, plus généralement, en cachant les moyens que l'on emploie pour réussir à quelque chose. D'un bon mot du vieux temps je couvre tout mon jeu, Régnier, Épît. II. Pour mieux couvrir notre jeu, feignez, comme on vous a dit, d'être la plus contente du monde des résolutions de votre père, Molière, Pourc. I, 4. Savez-vous qu'il [un flatteur] ne fait que couvrir son jeu, et que, par cette immense profusion de louanges qu'il vous donne à pleines mains, il achète la liberté de décrier votre conduite, ou même de vous trahir sans être suspect ? Bossuet, 3e sermon, Passion, 2. Tout homme a de l'orgueil, tout homme est sensible, le plus habile est celui qui sait le mieux cacher son jeu, Voltaire, Dict. phil. Quisquis, Langleviel.

    On dit dans le même sens : Le jeu de cet homme est fort caché, fort couvert.

    Fig. Le dessous du jeu, ce qu'on ne sait pas du jeu, ce qu'il y a de caché dans une affaire. Mais encore n'y a-t-il point moyen de voir le dessous du jeu ? Pascal, Pens. X, I, éd. HAVET.

    Aux jeux de cartes, avoir le jeu serré, ne jouer qu'avec un bon jeu, et ne point se hasarder.

    Fig. Avoir le jeu serré, agir avec prudence, avec réserve, de manière à ne rien compromettre.

    Aux échecs, avoir le jeu serré, n'étendre pas assez son jeu.

    Au trictrac, le jeu de ce joueur est serré, est pressé, se dit quand, les cases les plus éloignées étant faites, il court risque, s'il amène des cinq ou des six, de ne pouvoir les jouer utilement.

    Aux dés, le jeu, les points qu'on amène.

    En général, le jeu, la situation dans laquelle on se trouve par rapport à son adversaire, à quelque jeu que ce soit. C'est un mat qui a été donné, lorsqu'on croyait avoir le plus beau jeu du monde, et rassembler toutes ses pièces ensemble, Sévigné, 8 déc. 1679.

  • 10Ce qui sert à jouer à certains jeux. Un jeu d'échecs. Un jeu de dames.

    Jeu de cartes, le nombre de cartes que doit avoir un paquet de cartes. Jeu entier, ou jeu de reversi, ou jeu de whist, assemblage de 52 cartes, 13 de chaque couleur. Jeu de piquet, jeu de cartes qui ne contient point les deux, trois, quatre, cinq et six et n'a par conséquent que trente-deux cartes.

    Faux jeu, jeu de cartes où il y a des cartes de trop ou de moins.

  • 11Par assimilation avec un jeu de cartes. Jeu de contre-marques, nom donné aux différentes contre-marques nécessaires pour le service d'une soirée de théâtre.
  • 12Ce que l'on met au jeu. Jouer un jeu d'enfer. Il joue un jeu à se ruiner. Une tenue d'états, ou les chambres assemblées pour une affaire très capitale, n'offrent point aux yeux rien de si grave et de si sérieux qu'une table de gens qui jouent un grand jeu, La Bruyère, VI. Un jeu effroyable, continuel, sans retenue, sans bornes… est-ce une chose qui soit permise, ou dont on ne puisse se passer ? La Bruyère, VI. Il n'y a rien qui mette plus subitement un homme à la mode et qui le soulève davantage que le grand jeu, La Bruyère, XIII. Si j'étais riche, je jouerais un très petit jeu, Rousseau, Ém. IV.

    Tirer le jeu, décider par le sort quel sera le montant de l'enjeu.

    Faire le jeu, déposer les enjeux. Le jeu est-il fait ?

    J'y vais du jeu, j'y suis du jeu, et, par abréviation, j'en suis, se dit aux jeux de renvi, pour avertir que l'on joue une somme pareille à celle qui est sur le jeu.

    Jouer beau jeu, jouer le jeu que les autres veulent. Joue-t-il gros jeu ? Il joue beau jeu, Hamilton, Gramm. 3.

    Jouer gros jeu, hasarder, au jeu, de fortes sommes. Et d'ailleurs il n'est pas si facile qu'on pense D'être fort honnête homme et de jouer gros jeu, Deshoulières, Réflex. div. XI. Le calcul conduit M. Bernoulli à conclure que le gros jeu ne sera jamais l'occupation d'un homme raisonnable, Condorcet, Bernoulli.

    Fig. Jouer gros jeu, jouer un jeu à se perdre, s'engager dans une affaire où l'on court de grands risques de toute nature. Grâce au ciel, ma maîtresse a tiré son enjeu ; Vous épouser, monsieur, c'était jouer gros jeu, Regnard, Joueur, v, 11. Que je garderais le reste pour moi ; étant bien juste que celui qui avait le plus travaillé dans cette affaire et joué le plus gros jeu, eût la plus grosse part, Lesage, Guzm. d'Alfar. v, 3.

    Fig. Tirer son épingle du jeu, voy. ÉPINGLE.

  • 13 Par extension. Jeu de bourse, nom générique de toute espèce d'agiotage sur les fonds publics et les autres valeurs cotées à la Bourse.
  • 14Au jeu de paume, chacune des divisions de la partie. Une partie de quatre jeux, de six jeux. Jouer en six jeux. Gagner le premier jeu. Avoir trois jeux à deux, trois jeux à point, se dit quand l'un des joueurs a trois jeux, tandis que l'autre n'en a que deux, ou n'en a point.

    Ils sont à deux de jeu, ils ont chacun deux jeux.

    Fig. Deux hommes sont à deux de jeu, quand l'un a pris sa revanche de l'autre, quand ils n'ont point d'avantage l'un sur l'autre ; et aussi quand ils se sont rendu réciproquement de mauvais services, ou qu'ils ont été également maltraités dans une affaire.

    Terme du jeu de balle. Division de la partie qui consiste en quatre quinze. Avoir un jeu, avoir quinze ; avoir deux jeux, avoir trente ; avoir trois jeux, avoir quarante-cinq. Un jeu, un lieu où l'on joue à certains jeux. Un jeu de boule. Un jeu d'arquebuse.

    La partie de l'emplacement où l'on joue à la paume, qui s'étend depuis le dernier jalon jusqu'à la grille.

    Jeu de dedans, galerie qui règne sous presque toute la longueur du toit, du côté opposé à celui du service.

    Jeu de carre, jeu de paume, où il n'y a point de dedans, et où l'on a pratiqué un carré d'un pied et demi au bas du mur de largeur du fond du jeu.

    Nom donné à un pilier, à un autre arbre ou à toute autre marque de ce genre qui détermine l'espace dans lequel les chasses peuvent avoir lieu.

  • 16 S. m. pl. Chez les anciens, les jeux, nom générique des courses, des luttes, des combats de gladiateurs, etc. Chez les Grecs, les jeux olympiques, les jeux pythiques, les jeux néméens ; chez les Romains, les jeux séculaires, les jeux du cirque, etc. Des jeux en l'honneur de Jupiter, d'Hercule. Et je n'ai proposé les fêtes et les jeux que je fais célébrer ici, qu'afin d'y pouvoir attirer tout ce que la Grèce a d'illustre, Molière, Princ. d'Él. II, 4. Ils [les Juifs] célébrèrent des jeux comme les gentils, Bossuet, Hist. II, 5. Quoi de plus cruel que leurs jeux [des Romains], qui faisaient parmi eux une partie du culte divin ; jeux sanglants et dignes de bêtes farouches, où ils soûlaient leurs faux dieux de spectacles barbares et de sang humain ! Bossuet, Sermons, Vertu de la croix, 1. On a préparé des jeux publics, où tous les prétendants combattront, Fénelon, Tél. V. Les combats qui faisaient la meilleure partie de l'appareil et de la solennité des jeux publics, sont le pugilat, la lutte, le pancrace, le disque, la course, Rollin, Hist. anc Œuv. t. V, p. 60, dans POUGENS. On ne donnait pour toute récompense qu'une simple couronne, d'olivier sauvage aux jeux olympiques, de laurier aux jeux pythiques, d'ache vert aux jeux néméens et d'ache sec aux jeux isthmiques, Rollin, ib. p. 55.
  • 17Chez les anciens ou chez les modernes, les jeux de prix, jeux ou exercices qui, exigeant certaines qualités corporelles, ont un prix pour récompense du vainqueur. La lutte, la course, le tir à l'arbalète ou au fusil, etc. sont des jeux de prix.

    Jeu des cannes, jeu emprunté par les Espagnols aux Maures et qui est une sorte de tournois où l'on se lance des cannes que l'on pare avec des boucliers.

  • 18Jeux Floraux, voy. FLORAL.

    Jeu sous l'ormel, nom donné dans le XIVe siècle à des sociétés littéraires analogues aux puys (voy. ce mot).

  • 19 Poétiquement. Les jeux de la scène, les représentations théâtrales.

    Les jeux de Thalie, la comédie. Les jeux de Melpomène, la tragédie. Les jeux de Terpsichore, la danse. Je quitte Melpomène et les jeux du théâtre, Ces combats, ces lauriers, dont je fus idolâtre ; De ces triomphes vains mon cœur n'est plus touché, Voltaire, Épît. 44.

  • 20Jeu, le maniement des hautes armes (sens qui vieillit). Le jeu de la hallebarde, de la pique, de l'espadon.
  • 21La façon de faire des armes. Un jeu habile. J'ai la botte trompeuse, et le jeu très brouillé, Regnard, le Joueur, III, 11.

    Jeu dur, action d'un tireur qui emploie la force et ne répond aux coups que par des mouvements imprévus.

    Jeu de la pointe de l'épée, action de l'élever au-dessus de celle de l'ennemi.

    Jeu simple, celui qui se fait avec vitesse sur une ligne.

    Jeu composé, jeu qui comprend toutes les inventions possibles pour tromper l'adversaire.

    Savoir le jeu de quelqu'un, connaître les coups dont il se sert le plus habituellement ; et fig. connaître sa manière d'agir.

  • 22Manière de jouer d'un instrument de musique. Avoir le jeu beau, le jeu brillant, le jeu large, hardi.

    Plein jeu, se dit des sons plus forts que l'on tire d'un instrument.

    Demi-jeu, terme qui répond à l'italien mezzo forte, et qui se dit de l'action de ne pas donner au jeu des instruments toute l'intensité de son dont ils sont susceptibles.

    Demi-jeu, la moitié d'un jeu d'orgues, et aussi manière de jouer de l'orgue qui tient le milieu entre le fort et le doux.

    Jeu céleste, qualité de son un peu étouffé, mais très doux et très agréable, que l'on obtenait par une des pédales du piano (aujourd'hui on ne met plus cette pédale). L'orgue a aussi un jeu céleste.

    Fig. et familièrement. C'est le vieux jeu, ce sont de vieilles habitudes.

    C'est le vieux jeu, on n'en rit plus, se dit quand quelqu'un fait un vieux conte qu'on a ouï plusieurs fois

    Jeu d'orgue, se dit de l'instrument qu'on appelle aussi simplement orgues. Le jeu de voix humaine, le jeu de flûtes, le jeu de trompettes, le jeu de clairon, registres qui servent, dans les orgues, à imiter le son de la voix humaine, celui des flûtes douces, celui des trompettes, etc.

    Le plein jeu, ce qui sert, dans l'orgue, à produire des sons plus forts.

    Jeu de viole, se disait autrefois de quatre ou cinq violes de différentes grandeurs pour jouer les différentes parties de la musique.

  • 23Manière dont un comédien remplit ses rôles. Ce comédien a le jeu pathétique. Un jeu noble.

    Jeu de théâtre, nom donné à certains effets de scène où l'on emploie surtout les gestes et les expressions du visage. On ne se pique plus de déclamer des vers comme on faisait du temps de Baron ; on veut du jeu de théâtre ; on met la pantomime à la place de l'éloquence, Voltaire, Lett. Lacombe, 14 juillet 1766. Gardons-nous surtout de chercher dans un grand appareil et dans un vain jeu de théâtre un supplément à l'intérêt et à l'éloquence, Voltaire, Scythes, Préf. L'appareil, la pompe, la position des acteurs, le jeu muet sont nécessaires ; mais c'est quand il en résulte quelque beauté, Voltaire, Lett. Lekain, 16 déc. 1760.

    Fig. Un zèle désavoué par une conduite reprochable est un jeu de théâtre qui n'a de sérieux que l'abus du ministère, Massillon, Confér. Zèle c. l. scand.

    Fig. C'est un jeu joué, se dit d'une feinte concertée entre deux ou plusieurs personnes. On dit que M. de Saint-Vallier a épousé Mlle de Rouvroi ; c'était un jeu joué que sa disgrâce, Sévigné, Lett. 10 juillet 1675.

  • 24Il se dit des différentes expressions que prend la physionomie. Quel jeu de physionomie ! qu'il a de feu dans le regard ! Favart, Soliman II, I, 10. Tout cela donne beaucoup de variété, de jeu et de caractère à la physionomie de cet oiseau, Buffon, Ois. t. v, p. 166.
  • 25Le jeu de la lumière, les différents reflets que présente un corps éclairé. Le jeu des nuances fugitives qui se succèdent ou se mêlent, s'éclipsent ou se font valoir mutuellement, et surtout expriment l'action, le mouvement et la vie, Buffon, ib. t. VII, p. 132. Vernet, admirable dans l'art de peindre l'eau, l'air, la lumière et le jeu de ces éléments, Marmontel, Mém. VI.
  • 26Aisance de mouvement, facilité à se mouvoir, en parlant des ouvrages d'art. Le balancier de cette horloge n'a pas assez de jeu. Il faut donner du jeu à cette porte.

    Par extension. Je voudrais que vous eussiez été saignée… cela vous eût débouché les veines, cela eût donné du jeu et de l'espace à votre sang, Sévigné, c avril 1689.

    Terme de peinture. Il y a du jeu dans cette composition, le mouvement y est, les aspects y sont variés, les objets n'y sont point entassés, et laissent entre eux l'espace nécessaire.

    Terme de mécanique. Jeu de piston, espace que parcourt. À chaque coup, le piston dans son corps de pompe.

    Terme de marine. Espace vide. Les haubans ont du jeu. Jeu de la barre, espace qu'elle peut parcourir lorsqu'on fait obliquer le gouvernail d'un bord à l'autre.

    Terme de menuiserie. Bois qu'on ôte dans les feuillures d'une porte, d'une croisée, avec le rabot, pour en rendre la fermeture plus facile.

    Terme de charpenterie. Nom d'une longue pièce de bois, où pose et tourne l'arbre d'un moulin à vent, du côté de la tête.

  • 27Action d'un ressort. Le jeu de la gâchette d'un fusil.

    Action régulière et combinée des diverses parties d'une machine. On ne peut assez admirer cette prodigieuse quantité de muscles qui se voient dans le corps humain, ni un jeu si aisé et si commode, non plus que le tissu de la peau qui les enveloppe, si fort et si délicat tout ensemble, Bossuet, Conn. II, 2.

    Fig. Condition qui fait tout le jeu de la machine politique, Rousseau, Ém. V. Le jeu de l'intrigue et de la méchanceté se soutient, se renouvelle, Rousseau, Confess. IX. Il est trop vrai que la température de telle ou telle région peut être un obstacle au jeu et à la marche du gouvernement populaire, Chateaubriand, Amér. Républ. espagn.

    En jeu, en action. Il y a plus de forces en jeu, plus d'intensité dans les mouvements, plus de quantité dans l'effet, Bonnet, Ess. analyt. âme, ch. 18.

  • 28Par assimilation avec ce qui sert à jouer (sens du n° 10). Terme d'architecture hydraulique. Jeu d'eau, diversité de formes des jets d'eau dont on varie les ajutages.

    Jeu d'eau, jets qui, par le mouvement de l'eau, font jouer des instruments, des machines.

    Terme de marine. Jeu de voiles, l'appareil complet de toutes les voiles d'un vaisseau. Pour le rechange, ils [les Hollandais] mettent toujours trois jeux de voiles sur leurs vaisseaux et huit ancres, Corresp de Colbert, III, 2, p. 312.

    Un jeu d'avirons, le nombre d'avirons nécessaire pour un canot.

    Terme de pêche. Ligne de fond à 5 ou 6 hameçons, ordinairement employée pour prendre le barbeau pendant le jour.

  • 29Jeu d'orgue, espèce de soubassement sous le manteau d'une cheminée.
  • 30 Terme de féodalité. Jeu de fief, aliénation d'un fief, sous la réserve de la foi, et avec l'imposition d'un devoir domanial et seigneurial.

PROVERBES

À beau jeu, beau retour, se dit quand on rend la pareille à qui nous a fait quelque injure.

À tout venant beau jeu, se dit pour exprimer qu'on est en état de tenir tête à tous ceux qui se présenteront.

Les fautes sont faites pour le jeu, c'est-à-dire qu'en toutes choses il y a des règles qu'il faut observer.

Dieu vaut jeu, se dit lorsque le mal qu'une personne voulait faire aux autres retombe sur elle-même, et signifie proprement que la justice divine n'a pas moins de force que le mauvais jeu des méchants.

Le jeu ne vaut pas la chandelle. voy. CHANDELLE. Amusez-vous de la vie, il faut jouer avec elle ; et, quoique le jeu ne vaille pas la chandelle, il n'y a pourtant pas d'autre parti à prendre, Voltaire, Lett. Mme d'Argental, 1er août 1757.

HISTORIQUE

XIe s. Greignor [plus grand] fais [il] porte par giu quant il s'enveise [s'amuse], Ch. de Rol. LXXVI.

XIIe s. Lors [ils] sauront come Charles nous a le geu parti, Sax. XXIV. Niés Vivien [mon neveu Vivien], ce n'est pas jeus petis, Que tant i a Sarrazins et Persis, Contre un des noz [nôtres] en ont soixante et diz, li Covenans Vivien, V. 386. Je si souvent me tourmente Que je n'ai ne jeu ne ris, Dame de Faiele, dans Couci.

XIIIe s. Cest gieu parti en envoions Au comte d'Anjou… Et de juger droit le prions, Le Comte de Bret. Romanc. p. 162. Mais si me puist aidier sains Pox [Paul], Li jeus s'en va en autre guise ; Venus en estes à joïse [jugement] ; Vous le comparrez [payerez] hui mout chier, Ren. 5182. Qui du songe la fin orra, Je vous di bien qu'il i porra Des jeus d'amors assés aprendre, la Rose, 2079.

XIVe s. Il fut ordonné que par maniere d'ebattement seroit donné un joyel ou present au jeu de barres, ainsi qu'il est accoustumé à faire au jeu de prix, Du Cange, escrinium. Berruier et François et Breton bien corseu, Bien quatre cens ou plus ont commencié le geu [la bataille], Guesclin. V. 19953. Le dittateur voua et promist à fere les grans jeuz quant la cité de Veie seroit conquise, Bercheure, f° 104.

XVe s. Jamès je ne fuisse lassés à juer aux jus des enfans, Froissart, Poés. Espinet. amour. Faisons leur voie, et vous verrez tantost beau jeu, Froissart, II, II, 175. Et que les princes doivent bien congnoistre quelles gens les meuvent [les traictez], et par especial celluy qui n'a le plus apparent du jeu, Commines, I, 13. Ha ! mon amy ce n'est pas jeu, Dist le penancier seurement, Il vous fault bien penser à Dieu Et le supplier humblement, Œuvres de VILL. 1re repue. La darraine parole me demourra, soit tort, soit droit ; mais il n'est jeu que à joueurs, et n'y a que faire, Les 15 joyes de mariage, p. 24. L'autre dit qu'il n'en peut challoir, et que ce n'est que la regle du jeu, et qu'il [le mari trompé] n'est que une beste, ib. p. 76. Quand le chevalier veit ce, il s appensa que ce n'estoit pas jeu d'enfant, et que legierement pourroit recevoir blasme, s'il ne se defendoit, Perceforest, t. II, f° 128. De tant estoit ie jeu mal parti envers eulx, qu'il leur convenoit recevoir plus de coups qu'ilz ne povoient rendre, ib. t. I, f° 34. À quel jeu vous avons-nous perdu ? Petit J. de Saintré, p. 20, dans POUGENS.

XVIe s. Voilà les armes prises par toute la France à jeu descouvert, D'Aubigné, Hist. II, 123. Par maniere de jeu [en plaisantant], Montaigne, I, 101. J'aurois trop beau jeu, si je voulois considerer l'homme…, Montaigne, II, 228. Le jeu ne vault pas la chandelle, Montaigne, III, 47. Un instrument de musique à plusieurs jeux et plusieurs registres, Amyot, Anton. 32. Les jeux des musiciens, Amyot, Péricl. 29. En trois villages peut avoir un toreau qui ne peut estre empesché d'aller à jeu [de saillir des vaches], Coust. géner. t. II, p. 780. Voyant que ce lui estoit jeu forcé, Pasquier, Rech. livre VI, p. 534, dans LACURNE. Comme on dit en proverbe : Jeux de prince, c'est à dire jeux qui plaisent à ceux qui les font, H. Estienne, Apol. pour Hérod, p. 278, dans LACURNE. À vrai dire perd on le jeu, Cotgrave Après la feste et le jeu les pois au feu, Cotgrave Le jeu, la femme, le vin friand Font l'homme pauvre tout en riant, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 85.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

JEU. Ajoutez :
31 Terme de turf. Un cheval fait le jeu, quand, dès le départ, il prend la tête du train, forçant ainsi ses concurrents à développer, dès le début, leur maximum de vitesse.

Quand deux chevaux d'une même écurie sont engagés dans une course, l'un d'eux est réservé à faire le jeu de son camarade, c'est-à-dire à fatiguer les concurrents jusqu'au moment où son camarade d'écurie peut prendre place et terminer victorieusement la course.

REMARQUE

Dans le proverbe : le jeu ne vaut pas la chandelle, on pèche contre le dicton en mettant enjeu. Rivarol quitta cette partie de la politique militante dont l'enjeu ne valait plus la chandelle, De Lescure, Journ. offic. 16 mai 1875, p. 3479, 2e col.

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Jeu : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

JEU, s. m. (Droit natarel & Morale.) espece de convention fort en usage, dans laquelle l’habileté, le hasard pur, ou le hasard mêlé d’habileté, selon la diversité des jeux, décide de la perte ou du gain, stipulés par cette convention, entre deux ou plusieurs personnes.

On peut dire que dans les jeux, qui passent pour être de pur esprit, d’adresse, ou d’habileté, le hasard même y entre, en ce qu’on ne connoît pas toûjours les forces de celui contre lequel on joue, qu’il survient quelquefois des cas imprévûs, & qu’enfin l’esprit ou le corps ne se trouvent pas toûjours également bien disposes, & ne font pas toûjours leurs fonctions avec a même vigueur.

Quoi qu’il en soit, l’amour du jeu est le fruit de l’amour du plaisir, qui se varie à l’infini. De toute antiquité, les hommes ont cherché à s’amuser, à se délasser, à se récréer, par toutes sortes de jeux, suivant leur génie & leurs tempéramens. Long-tems avant les Lydiens, avant le siege de Troye & durant ce siege, les Grecs, pour en tromper la longueur, & pour adoucir leurs fatigues, s’occupoient à différens jeux, qui du camp passerent dans les villes, à l’ombre du loisir & du repos.

Les Lacédémoniens furent les seuls qui bannirent entiérement le jeu de leur république. On raconte que Chilon, un de leurs citoyens, ayant été envoyé pour conclure un traité d’alliance avec les Corinthiens, il fut tellement indigné de trouver les magistrats, les femmes, les vieux & les jeunes capitaines tous occupés au jeu, qu’il s’en retourna promptement, en leur disant que ce seroit ternir la gloire de Lacédémone, qui venoit de fonder Byzance, que de s’allier avec un peuple de joueurs.

Il ne faut pas s’étonner de voir les Corinthiens passionnés d’un plaisir qui communément regne dans les états, à proportion de l’oisiveté, du luxe & des richesses. Ce fut pour arrêter, en quelque maniere, la même fureur, que les lois romaines ne permirent de jouer que jusqu’à une certaine somme ; mais ces lois n’eurent point d’exécution, puisque parmi les excès que Juvenal reproche aux Romains, celui de mettre tout son bien au hasard du jeu est marqué précisément dans sa premiere satyre, vers 88.

. . . . . . . . . . . Alea quando
Hos animos ? Neque enim loculis comitantibus
Ad casum tabuloe, posita sed luditur arca.

« La phrénésie des jeux de hasard a-t-elle jamais été plus grande ? Car ne vous figurez pas qu’on se contente de risquer, dans ces académies de jeux, ce qu’on a par occasion d’argent sur soi ; on y fait porter exprès des cassettes pleines d’or, pour les jouer en un coup de dé ».

Ce qui paroît plus singulier, c’est que les Germains mêmes goûterent si fortement les jeux de hasard, qu’après avoir joué tout leur bien, dit Tacite, ils finissoient par se jouer eux-mêmes, & risquoient de perdre, novissimo jactu, pour me servir de son expression, leur personne & leur liberté. Si nous regardons aujourd’hui les dettes du jeu comme les plus sacrées de toutes, c’est peut-être un héritage qui nous vient de l’ancienne exactitude des Germains à remplir ces sortes d’engagemens.

Tant de personnes de tout pays ont mis & mettent sans cesse une partie considérable de leur bien à la merci des cartes & des dés, sans en ignorer les mauvaises suites, qu’on ne peut s’empêcher de rechercher les causes d’un attrait si puissant.

Un joueur habile, dit l’abbé du Bos, pourroit faire tous les jours un gain certain, en ne risquant son argent qu’aux jeux où le succès dépend encore plus de l’habilité des tenans que du hasard des cartes & des dés ; cependant il préfere souvent les jeux où le gain dépend entierement du caprice des dés & des cartes, & dans lesquels son talent ne lui donne point de supériorité sur les joueurs. La raison principale d’une prédilection tellement opposée à ses intérêts, procéde de l’avarice, ou de l’espoir d’augmenter promptement sa fortune.

Outre cette raison, les jeux qui laissent une grande part dans l’événement à l’habileté du joueur, exigent une contention d’esprit trop suivie, & ne tiennent pas l’ame dans une émotion continuelle, ainsi que le font le passe-dix, le lansquenet, la bassette, & les autres jeux où les événemens dépendent entierement du hasard. A ces derniers jeux, tous les coups sont décisifs, & chaque événement fait perdre ou gagner quelque chose ; ils tiennent donc l’ame dans une espece d’agitation, de mouvement, d’extase, & ils l’y tiennent encore sans qu’il soit besoin, qu’elle contribue à son plaisir par une attention sérieuse, dont notre paresse naturelle est ravie de se dispenser.

M. de Montesquieu confirme tout cela par quelques courtes réflexions sur cette matiere. « Le jeu nous plait en général, dit-il, parce qu’il attache notre avarice, c’est-à-dire, l’espérance d’avoir plus. Il flatte notre vanité, par l’idée de la préférence que la fortune nous donne, & de l’attention que les autres ont sur notre bonheur. Il satisfait notre curiosité, en nous procurant un spectacle. Enfin, il nous donne les différens plaisirs de la surprise. Les jeux de hasard nous intéressent particulierement, parce qu’ils nous présentent sans cesse des événemens nouveaux, prompts & inattendus. Les jeux de société nous plaisent encore, parce qu’ils sont une suite d’événemens imprévûs qui ont pour cause l’adresse jointe au hasard ».

Aussi le jeu n’est-il regardé dans la société que comme un amusement, & je lui laisse cette appellation favorable, de peur qu’une autre plus exacte ne fît rougir trop de monde. S’il y a même tant de gens sages qui jouent volontiers, c’est qu’ils ne voyent point quels sont les égaremens cachés du jeu, ses violences & ses dissipations. Ce n’est pas que je prétende que les jeux mixtes, ni même les jeux de hasard ayent rien d’injuste, à en juger par le seul droit naturel ; car outre que l’on s’engage au jeu de plein gré, chaque joueur expose son argent à un péril égal ; chacun aussi, comme nous le supposons, joue son propre bien, dont il peut par conséquent disposer. Les jeux, & autres contrats où il entre du hasard, sont légitimes dès que ce qu’on risque de perdre de part & d’autre, est égal ; & dès que le danger de perdre, & l’espérance de gagner, ont de part & d’autre une juste proportion avec la chose que l’on joue.

Cependant, cet amusement se tient rarement dans les bornes que son nom promet ; sans parler du tems précieux qu’il nous fait perdre, & qu’on pourroit mieux employer, il se change en habitude puérile, s’il ne tourne pas en passion funeste par l’amorce du gain. On connoit à ce sujet les vers si délicats & si pleins de vérité de M. de Deshoulieres :

Le desir de gagner, qui nuit & jour occupe,
Est un dangereux aiguillon :
Souvent quoique l’esprit, quoique le cœur soit bon,
On commence par être dupe,
On finit par être fripon.

C’est envain qu’on sait que les personnes ruinées par le jeu, passent en nombre les gens robustes que les médecins ont rendu infirmes ; on se flate qu’on sera du petit nombre de ceux que ses bienfaits ont favorisé depuis l’origine du monde.

Mais comme le souverain doit porter son attention à empêcher la ruine des citoyens dans toutes sortes de contrats, c’est à lui qu’il appartient de régler celui-ci, & de voir jusqu’où l’intérêt de l’état & des particuliers exige qu’il défende le jeu, ou souffre qu’il le permette en général. Les lois des gouvernemens sages ne sauroient trop sévir contre les académies de Philocubes (pour me servir du terme d’Aristénete) & celles de tous les jeux de hasard disproportionnés.

M. Barbeyrac a publié un traité des jeux, à Amsterdam en 1709. in-12. où cette matiere, envisagée selon les principes de Morale & de Droit naturel, est traitée à fond avec autant de lumieres que de jugement : j’y renvoie les lecteurs curieux. (D. J.)

Le jeu occupe & flate l’esprit par un usage facile de ses facultés ; il amuse par l’espérance du gain. Pour l’aimer avec passion, il faut être avare ou accablé d’ennui ; il n’y a que peu d’hommes qui ayent une aversion sincere pour le jeu. La bonne compagnie prétend que sa conversation, sans le secours du jeu, empêche de sentir le poids du desœuvrement : on ne joue pas assez.

Jeu de la nature. (Anat. Physiol.) On entend par jeu de la nature dans le corps humain, une conformation de quelques-unes, ou de plusieurs de ses parties solides, différentes de celle qui est appellée naturelle, parce qu’elle se présente ordinairement.

Si l’on ouvroit plus de cadavres, dit M. de Fontenelle, les singularités des jeux de la nature deviendroient plus communes, les différentes structures mieux connues, & par conséquent les hypothèses plus rares. Peut-être encore qu’avec le tems, on pourroit, par toutes les conformations particulieres, tirer des éclaircissemens sur la conformation générale.

Je n’examinerai point si toutes ces conséquences sont également justes ; c’est assez de remarquer qu’on peut rassembler un nombre très-considérable d’observations qui constatent les jeux de la nature à plusieurs égards, & qui sont en même tems fort singuliers. J’avois moi-même formé sur ce sujet un grand recueil, que je regrette, & qui a péri dans un naufrage. Je desire que quelqu’un plus heureux travaille un plan de cette espece, en réunissant avec choix les faits épars sur cette matiere, & sur-tout en accompagnant son ouvrage de réflexions physiologiques, dans le goût de celles que M. Hunaud nous a données sur les jeux du crâne. Ce travail ainsi digéré, répandroit, je pense, des lumieres intéressantes sur l’économie animale. Au pis aller, un tel répertoire contiendroit quantité de faits curieux ; le lecteur en jugera par un petit nombre d’exemples, qui m’ont paru dignes de lui être communiqués, & dont j’ai conservé le souvenir.

Premier exemple. Jeux variés de la nature dans un même sujet. Non seulement l’on a découvert par l’Anatomie des jeux de la nature dans diverses personnes, sur quelques parties du corps humain en particulier ; mais il se rencontre quelquefois dans un même sujet plusieurs conformations différentes du cours ordinaire. Morgagni en a vû de pareilles dans trois ou quatre cadavres qu’il disséquoit en 1740.

Savoir, 1°. six vertebres lombaires dans un sujet qui avoit vingt-six côtes, dont la premiere soûtenoit les petites côtes surnuméraires, & la derniere étoit continuée à la premiere de l’os sacrum. 2°. Il a trouvé dans un autre sujet la veine iliaque droite revenant à son origine, après avoir fait quelque chemin au-dessous du tronc de la veine-cave, & formant une espece d’île. 3°. Dans une femme de 39 ans, il a vû quatre valvules, au lieu de trois, à l’orifice de l’artere pulmonaire. Comme les autres variétés qu’il trouva dans les mêmes sujets, portoient sur des ramifications de vaisseaux, sur des vertebres doubles, sur des os, &c. nous n’en parlerons pas.

Second exemple de semblables jeux. M. Poupart, faisant la dissection d’une fille âgée de sept ans, trouva qu’elle n’avoit du côté gauche, ni artere, ni veine émulgente, ni rein, ni uretere, ni artere ni veine spermatiques ; il ne vit même nulle apparence qu’aucune de ces parties eût jamais existé, & se fût flétrie ou détruite par quelque indisposition. Le rein & l’uretere du côté droit étoient seulement plus gros qu’ils ne sont naturellement, parce que chacun d’eux étoit seul à faire une fonction qui auroit dû être partagée. Hist. de l’acad. ann. 1700, p. 35.

Troisieme exemple. Jeux de la nature tant intérieurement qu’extérieurement. Voici un troisieme exemple de jeux de la nature, tant en-dedans qu’en-dehors, dans une petite fille qui vêcut peu de jours, & qui fut disséquée soigneusement par Saviard & Duverney.

Les mains de cette fille étoient extérieurement semblables aux mitaines que l’on met pendant l’hiver aux petits enfans, fort unies au-dehors ; elles avoient en-dedans plusieurs replis à l’ordinaire ; il n’y avoit point de doigts à leurs extrémités, mais elles étoient terminées par un gros bourlet ; les piés étoient comme les mains sans orteils, & terminés de la même maniere.

L’on remarquoit à l’extrémité de chaque os du métacarpe & du métatarse un petit allongement qui sembloit être disposé à former la phalange d’un doigt ou d’un orteil.

Quant aux vaisseaux ombilicaux, il n’y avoit qu’une seule artere, au lieu de deux, qui sont pour l’ordinaire des branches de l’iliaque ou de l’hypogastrique ; & cette artere étoit formée du tronc de l’artere, qui auroit dû produire l’iliaque gauche.

Les capsules rénales étoient trois fois plus grosses qu’elles ne le sont naturellement, & leurs vaisseaux étoient à l’ordinaire.

Il n’y avoit dans la région lombaire, tant au côté droit qu’au côté gauche, ni rein, ni vaisseaux émulgens, ni ureteres ; mais en poursuivant la dissection jusqu’à une tumeur qui s’élevoit sur l’os sacrum, à l’endroit où il commence sa courbure pour former le bassin de l’hypograste, & ayant ouvert la membrane qui enveloppoit cette éminence, on apperçut les deux reins. Ils étoient distans l’un de l’autre de deux lignes ou environ, & cependant liés ensemble par le moyen d’un petit uretere, qui sortant du rein droit, alloit se décharger dans un canal commun qui recevoit pareillement un autre petit uretere sortant du canal gauche ; ce canal commun se portoit dans une poche commune.

Le souffle introduit dans cette poche donna lieu d’observer deux petites matrices, qui avoient chacune une veine & une artere spermatiques, lesquelles se distribuoient de leur côté à un petit testicule attaché au ligament large.

Ces deux petites matrices avoient chacune leurs ligamens larges & ronds, leurs trompes, leurs franges ou pavillons, leurs vaisseaux déférens, & leur vagin fort court ; cependant le droit un peu plus long que le gauche, tomboit un peu plus bas dans la poche commune ; & le petit vagin gauche étoit percé pour recevoir le canal commun de l’uretere, qui déchargeoit la sérosité séparée par les reins dans cette poche, laquelle n’étoit, à vrai dire, que la fin du boyau droit un peu dilaté.

Il est probable, par la description de ces organes, que si cet enfant eût vêcu jusqu’à l’âge des adultes, il eût été incapable de génération, par le mélange qu’il y auroit eu de la semence avec les excrémens, tant stercoraux qu’urinaires, outre que l’urine & les matieres stercorales seroient sorties involontairement. Saviard, observ. 94.

Quatrieme exemple de jeux de la nature dans la transposition des visceres d’un enfant. J’ai lû les observations de deux ou trois exemples bien singuliers en ce genre. Je commencerai par citer le fait communiqué en 1742 à l’académie royale des Sciences, par M. Sué, parce que ce fait exclut tout sujet de doute. L’enfant, dont il s’agit, est dans le cabinet du Roi, n°. 350. M. Daubenton en a donné la description & la figure dans l’histoire de ce cabinet, tab. iij. p. 204. Planche VIII.

La poitrine & le bas-ventre de cet enfant, ainsi que les visceres qui y étoient renfermés, paroissent à découvert ; on voit clairement leur transposition. Voici comme ils sont situés.

La pointe du cœur est tournée à droite, & la base est inclinée à gauche. Les troncs des gros vaisseaux sont transposés d’un côté à l’autre ; ainsi la courbure de l’aorte est dirigée du côté droit, l’œsophage est placé du côté droit, la bifurcation de la trachée-artere se trouve au côté gauche de l’aorte, & le poumon a trois lobes de ce même côté.

Le foie est à l’endroit où devroit être la rate, qui est placée du côté droit ; l’orifice supérieur de l’estomac est à droite, & le pylore à gauche. La direction du canal intestinal étoit en sens contraire, à celui de l’état ordinaire. Le pancréas est placé sous la rate, & son conduit est dirigé du côté gauche, pour entrer dans le duodenum avec le canal cholidoque. Il n’avoit que le rein gauche, & il étoit plus gros qu’il ne devoit être. Les capsules atrabilaires étoient à leur place.

Les vaisseaux étoient transposés comme les visceres, & le canal thorachique s’ouvroit dans la soûclaviere du côté droit. La veine ombilicale étoit dirigée du côté gauche, pour arriver dans la scissure du foie.

L’enfant est mort cinq jours après sa naissance ; mais faut-il en attribuer la cause au dérangement de ses parties, qui étoient d’ailleurs très-bien conformées ? C’est ce dont il est permis de douter, d’autant mieux que nous avons l’exemple d’un soldat qui a vêcu 70 ans, quoiqu’il eût un déplacement général de toutes les parties contenues dans la poitrine & dans le bas-ventre. On n’a connu cette singularité de déplacement de parties que par l’ouverture de son cadavre.

Cinquieme exemple de pareils jeux dans un vieillard. Le soldat dont il s’agit, étant mort âgé de 70 ans, le 23 Octobre 1688, à l’hôtel des Invalides, M. Morand fit l’ouverture de son cadavre en présence de MM. du Parc, Saviard, & autres chirurgiens.

Après avoir levé les tégumens communs, & découvert la duplicature du péritoine, on y trouva le veine ombilicale couchée au long de la ligne blanche, laquelle, aulieu de se détourner ensuite du côté droit pour entrer dans la scissure du foie, se trouvoit effectivement placée, ainsi que la rate, au côté droit, contre l’ordre naturel.

Le grand lobe du foie occupoit entierement l’hypochondre gauche, & la scissure regardoit le derriere du cartilage xiphoïde. Son petit lobe occupoit une partie de la région épigastrique, & déclinoit vers l’hypocondre droit.

On remarqua dans la poitrine, que l’œsophage y entroit par le côté droit, & passoit au-devant de l’uretere ; puis descendant & se glissant du même côté droit, y perçoit le diaphragme, & après l’avoir traversé, se glissoit entre le foie & la rate pour entrer dans le bas-ventre.

Le fond de l’estomac, suivant la même route, étoit situé du côté droit, entre le foie & la rate ; le pylore & l’intestin duodenum se trouvoient au dessous du foie ; & ce boyau passant par-dessous la veine & l’artere mésentérique supérieure, puis faisant sa courbure, se glissoit du côté droit vers la partie lombaire, & formoit le jejunum.

Tous les intestins grêles avoient aussi changé de situation ; le cœcum & le commencement du colon étoient placés dans l’île gauche, & le contour de ce dernier boyau passoit à l’ordinaire, mais de gauche à droite, sous l’extrémité du foie, du ventricule & de la rate, & descendoit ensuite dans la région iliaque droite, pour produire le rectum.

La même transposition s’étoit faite aux reins & aux parties génitales : car le rein droit se trouvant au côté gauche, & le gauche étant au côté droit, l’on voyoit la veine spermatique droite sortir de l’émulgente, & la veine spermatique gauche sortir du tronc de la cave contre l’ordre naturel.

De plus, le rein du côté droit étoit plus élevé que celui du côté gauche, & deux ureteres sortoient du rein droit, l’un du bassinet à l’ordinaire, & l’autre de sa partie inférieure.

Les capsules atrabilaires avoient aussi passé d’un côté à l’autre, ce qu’on reconnut par les veines, la capsule gauche recevant la sienne du tronc de la cave, & la droite de l’émulgente.

Le cœur lui-même prenoit part à ce changement ; sa base étoit située au milieu de la poitrine, mais sa pointe inclinoit du côté droit contre son ordinaire, qui est de se porter du côté gauche. De cette façon, le ventricule droit du cœur regardoit le côté gauche de la poitrine, & la veine-cave qui en sortoit du même côté, produisoit deux troncs à l’ordinaire ; l’inférieur perçoit le diaphragme au côté gauche du corps des vertebres, & l’artere du poumon sortoit de ce même ventricule, se glissant du côté droit, & là se partageoit en deux branches à l’ordinaire.

Le tronc de l’aorte sortant du ventricule gauche, & se trouvant placé au côté droit de la poitrine, se courboit du même côté contre la coûtume ; après quoi, perçant le diaphragme au côté droit, & descendant jusqu’à l’os sacrum, il occupoit toûjours le côté droit du corps des vertebres.

La veine du poûmon sortant du même ventricule, se courboit aussi un peu du côté droit.

Enfin, la veine azygos se trouvoit au côté droit du corps des vertebres, ensorte que la distribution des vaisseaux souffroit un changement conforme à celui qui étoit arrivé aux visceres. Voyez l’observat. 112 de Saviard, ou l’hist. de l’acad. royale des Sciences de 1686 à 1699. tom. II p. 44.

6°. Autres exemples confirmatifs. Ce fait tout étrange, tout surprenant qu’il paroisse, n’est cependant pas unique ; on avoit déja vû à Paris en 1650 un pareil exemple dans le meurtrier qui avoit tué un gentilhomme, au lieu de M. le duc de Beaufort, & dont le corps, après avoir été roué, fut disséqué par M. Bertrand, chirurgien, qui en a publié l’histoire avec des remarques, dans un traité particulier. Cette même histoire est détaillée plus au long dans les observat. médic. de M. Cattier, docteur en Médecine. Bonet l’a inséré dans son sepulchretum, liv. IV. sect. 1. obs. 7. 5. 3. Il en est aussi fait mention dans les mémoires de Joly, qui à cette occasion rapporte qu’on avoit observé la même chose dans un chanoine de Nantes.

Un savant plein d’érudition, ce doit être M. Falconet, m’a encore indiqué le journal de dom Pierre de Saint-Romuald, imprimé à Paris en 1661, où il est dit qu’on trouva une pareille transposition de visceres en 1657, dans le cadavre du sieur Audran, commissaire des gardes françoises.

On peut joindre à tout ceci l’observation d’Hoffman, imprimée à Leipsick en 1671, in-4°. sous le titre de Cardianastrophe, seu cordis universi, memorabilis observatio, &c.

Septieme exemple de jeux de la nature sur la situation de visceres dans la poitrine. Les Transactions philosophiques de l’année 1702, n°. 275, & les acta eruditorum, même année 1702, p. 524. font le détail du cas suivant, qui est fort extraordinaire.

Charles Holt, en disséquant un enfant de deux mois, en présence de trois témoins experts en Anatomie, ne découvrit ni d’intestins hormis le rectum, ni de mésentere dans la cavité du bas ventre ; mais ayant détaché le sternum, il les trouva dans la cavité de la poitrine, couchés sur le cœur & les poumons. Pour comble de surprise, l’omentum & le médiastin manquoient. Le pylore étoit retiré vers le fond du ventricule près des vertebres du dos : le gros boyau s’étendoit obliquement depuis l’anus vers un trou particulier du diaphragme, & étoit caché dessous avec une partie du duodenum. Il paroît que ce trou du diaphragme étoit absolument naturel, & avoit servi au passage des intestins dans la poitrine, car tout étoit entier sans aucun déchirement. On ne trouva pas la moindre communication des intestins avec aucune autre partie du corps ; cependant l’enfant avoit vêcu, prenoit tous les jours des alimens, & alloit à la selle.

Ce petit nombre de faits singuliers, tirés de bonnes sources, ne suffit que trop pour conclure qu’aujourd’hui comme du tems de Pline, nous pouvons répéter avec lui, ignotum est quo modo & per quæ vivimus.

Huitieme exemple de jeux de la nature sur le manque des parties de la génération. Ces parties, qui depuis tant de siecles renouvellent continuellement la face de l’univers par un méchanisme inexplicable, sont non-seulement exposées à des vices bisarres d’origine & de conformation ; mais quelquefois même elles manquent absolument dans des enfans qui viennent au monde. Ainsi Saviard a été le témoin oculaire d’un enfant né à l’Hôtel-Dieu de Paris, manquant des parties de la génération qui appartiennent à l’un ou à l’autre sexe, & n’ayant d’autre ouverture à l’extérieur que celle du rectum.

Ainsi le docteur Barton témoigne avoir vû dans le comté d’Yorck un enfant qui ressembloit entierement à celui de Saviard. Cet enfant n’avoit aucune partie extérieure de la génération, ni mâle, ni femelle, ni aucun vestige de ces organes. Les autres parties du corps étoient conformes à l’état naturel & ordinaire, excepté que vers le milieu de l’espace qui est entre le nombril & l’os pubis, se trouvoit une substance spongieuse, nue, sans prominence, tendre, fort sensible, percée de pores innombrables, desquels pores l’urine sortoit sans cesse. L’enfant a vêcu cinq ans, & est mort de la petite vérole. Mém. d’Edinb. ann. 1740. tom. V. p. 428.

Exemples de jeux de la nature qui peuvent être utiles dans la pratique. Il est possible quelquefois de trouver dans les jeux de la nature des variations, dont la connoissance peut avoir quelque utilité, c’est-à-dire peut servir dans l’explication des fonctions de l’économie animale ou des maladies, & peut faire éviter quelque erreur dans la pratique. Je compte au nombre de ces variations les os triangulaires, qu’on trouve quelquefois dans les sutures du crane, & plus fréquemment dans la suture lambdoïde, que dans aucune autre ; parce que, faute de connoître ces jeux, quelqu’un pourroit se tromper à l’égard de ceux qui ont de pareils os, & prendre une légere plaie pour une fracture considérable.

Observation générale. Enfin, personne n’ignore les jeux de la nature qui s’étendent sur les proportions des parties du corps d’un même individu, car non seulement les mêmes parties du corps n’ont point les mêmes dimensions proportionelles dans deux personnes différentes ; mais dans la même personne une partie n’est point exactement semblable à la partie correspondante. Par exemple, souvent le bras ou la jambe du côté droit n’a pas les mêmes dimensions que le bras ou la jambe du côté gauche. Ces variétés sont faciles à comprendre ; elles tirent leur origine de celle de l’accroissement des os, de leurs ligamens, de leur nutrition, des vaisseaux qui se distribuent à ces parties, des muscles qui les couvrent, &c. C’est à l’art du dessein qu’on doit les idées de la proportion ; le sentiment & le goût ont fait ce que la méchanique ne pouvoit faire, & comme dit encore M. de Buffon, on a mieux connu la nature par la représentation que par la nature même. (D. J.)

Jeux de la Nature, lusus naturæ. (Hist. nat. Lithologie.) Les Naturalistes nomment ainsi les pierres qui ont pris par divers accidens fortuits une forme étrangere au regne minéral, & qui ressemblent ou à des végétaux, ou à des animaux, ou à quelques-unes de leurs parties, ou à des produits de l’art, &c. sans qu’on puisse indiquer la cause qui a pû leur donner la figure qu’on y remarque. Ces pierres ainsi conformées ne different point dans leur essence des pierres ordinaires ; ce sont ou des cailloux, ou des agates, ou des pierres à chaux, ou du grès, &c. toute la différence, s’il y en a, vient de la curiosité & de l’imagination vive de ceux qui forment des cabinets d’histoire naturelle, & qui attachent souvent de la valeur à ces pierres, en raison de la bizarrerie de leurs figures. Wallerius à raison de dire que dans ces sortes de pierres la nature n’a fait qu’ébaucher des ressemblances grossieres, que l’imagination des propriétaires supplée à ce qui leur manque, & qu’on pourroit plûtôt les nommer lusus lithophilorum que lusus naturæ.

On doit placer parmi les jeux de la nature les pierres ou marbres de Florence sur lesquelles on voit des ruines, les priapolites, les dendrites, les agates herborisées, les agates & les jaspes, & les marbres sur lesquels on remarque différens objets, dont la ressemblance n’est formée que par l’arrangement fortuit des veines, des taches, & des couleurs de ces sortes de pierres.

Bruckmann, grand compilateur d’histoire naturelle, rapporte une dissertation, intitulée de Papatu à naturâ detestato ; l’auteur de cette ridicule dissertation est un nommé Gleichmann. Il y est question d’une pierre, sur laquelle on voyoit, ou du moins on croyoit voir, une religieuse ayant une mitre sur sa tête, vêtue des ornemens pontificaux, & portant un enfant dans ses bras. Il dit que la papesse Jeanne se présenta aussitôt à son imagination, & il ne douta pas que la nature en formant cette pierre n’eût voulu marquer combien elle avoit d’horreur pour le papisme. Voyez Bruckmann, Epistolæ itinerariæ, centuriâ I. epistol. lvj. On conserve deux agates dans le cabinet d’Upsal, sur l’une desquelles on dit qu’on voit le jugement dernier, & sur l’autre le passage de la mer Rouge par les enfans d’Israël. Voyez Wallerius, Minéralogie, tome I.

Il y a des gens qui connoissant le goût de quelques collecteurs d’histoire naturelle pour le merveilleux, savent le mettre à profit, & leur font payer cherement, comme jeux de la nature, des pierres chargées d’accidens, qu’ils ont eu le secret d’y former par art, ou du-moins dans lesquelles ils ont aidé la nature, en perfectionnant des ressemblances qu’elle n’avoit fait que tracer grossierement, avec de la dissolution d’or, avec celle d’argent, &c. On peut tracer des desseins assez durables sur les agates ; il est aussi fort aisé d’en former sur le marbre, &c. Voyez la Minéralogie de Wallerius, tome I. page 172 de la traduction françoise, & tome II. page 128.

On ne doit point confondre avec les jeux de la nature les pierres qui doivent leurs figures à des causes connues, telles que sont celles qui ont été moulées dans des coquilles, celles qui ont pris les empreintes des corps marins qui se trouvent dans le sein de la terre, celles dans lesquelles on voit des empreintes de végétaux & de poissons, les bois pétrifiés, les crabes pétrifiés, &c. ce n’est point le hasard qui a produit les figures qu’on y remarque. Voyez Fossiles.

Il ne faut point non plus appeller jeux de la nature les corps que la nature produit toûjours sous une forme constante & déterminée, tels que les crystallisations, les marcassites, &c. & encore moins ceux qui sont des produits de l’art des hommes. Voyez Figurées Pierres. (—)

Jeu de mots, (Gramm.) espece d’équivoque, dont la finesse fait le prix, & dont l’usage doit être fort modéré. On peut la définir, une pointe d’esprit fondée sur l’emploi de deux mots qui s’accordent pour le son, mais qui different à l’égard du sens. Voyez Pointe.

Les jeux de mots, quand ils sont spirituels, se placent à merveille dans les cris de guerre, les devises & les symboles. Ils peuvent encore avoir lieu, lorsqu’ils sont délicats, dans la conversation, les lettres, les épigrammes, les madrigaux, les impromptus, & autres petites pieces de ce genre. Voltaire pouvoit dire à M. Destouches,

Auteur solide, ingénieux,
Qui du théatre êtes le maître,
Vous qui fîtes le Glorieux,
Il ne tiendroit qu’à vous de l’être.

Ces sortes de jeux de mots ne sont point interdits, lorsqu’on les donne pour un badinage qui exprime un sentiment, ou pour une idée passagere ; car si cette idée paroissoit le fruit d’une réflexion sérieuse, si on la débitoit d’un ton dogmatique, on la regarderoit avec raison comme une petitesse frivole.

Mais on ne permet jamais les jeux de mots dans le sublime, dans les ouvrages graves & sérieux, dans les oraisons funebres, & dans les discours oratoires. C’est par exemple un jeu de mots bien misérable que ces paroles de Jules Mascaron, évêque de Tulles, & puis d’Agen, dans l’oraison funebre d’Henriette d’Angleterre. « Le grand, l’invincible, le magnanime Louis, à qui l’antiquité eut donné mille cœurs, elle qui les multiplioit dans les héros, selon le nombre de leurs grandes qualités, se trouve sans cœur à ce spectacle ».

Il est certain que ce mauvais goût a paru & s’est éclipsé à plusieurs reprises dans les divers pays. Il n’y a même nul doute qu’il ne revienne dans une nation, toutes les fois que l’amour de la frivolité, de la plaisanterie, & du ridicule, succédera à l’amour du bon, du solide & du vrai. Si cette réflexion est juste, craignons le retour prochain de ce mauvais goût parmi nous. Cependant je n’appréhende pas si-tôt le retour des jeux de mots grossiers ; nous sommes encore assez délicats pour les renvoyer, je ne dirai point aux gens de robe, comme on le prétend à la cour, mais aux spectacles des farceurs, ou aux artisans qui sont les plaisans de leur voisinage. (D. J.)

Jeu, lusus. (Bell. lett.) Voyez Jouer & Jeux.

Jeu de théatre, (en poësie.) Voyez Drame, Tragédie, Comédie, &c.

Jeux (Salle de). Voyez Théatre, Amphithéatre, &c.

Jeux, s. m. pl. (Antiq. greq. & rom.) sortes de spectacles publics qu’ont eû la plûpart des peuples pour se délasser, ou pour honorer leurs dieux ; mais puisque parmi tant de nations nous ne connoissons gueres que les jeux des Grecs & des Romains, nous nous retrancherons à en parler uniquement dans cet article.

La religion consacra chez eux ces sortes de spectacles ; on n’en connoissoit point qui ne fût dédié à quelque dieu en particulier, ou même à plusieurs ensemble ; il y avoit un arrêt du sénat romain qui le portoit expressément. On commençoit toûjours à les solemniser par des sacrifices, & autres cérémonies religieuses : en un mot, leur institution avoit pour motif apparent la religion, ou quelque pieux devoir.

Les jeux publics des Grecs se divisoient en deux especes différentes ; les uns étoient compris sous le nom de gymniques, & les autres sous le nom de scéniques. Les jeux gymniques comprenoient tous les exercices du corps, la course à pié, à cheval, en char, la lutte, le saut, le javelot, le disque, le pugilat, en un mot le pentathle ; & le lieu où l’on s’exerçoit, & où l’on faisoit ces jeux, se nommoit Gymnase, Palestre, Stade, &c. selon la qualité des jeux. Voyez Gymniques, Gymnase, Palestre, Stade, &c.

A l’égard des jeux scéniques on les représentoit sur un théatre, ou sur la scene, qui est prise pour le théatre entier. Voyez Scene.

Les jeux de Musique & de Poësie n’avoient point de lieux particuliers pour leurs représentations.

Dans tous ces jeux il y avoit des juges pour décider de la victoire, mais avec cette différence que dans les combats tranquilles, où il ne s’agissoit que des ouvrages d’esprit, du chant, de la musique, les juges étoient assis lorsqu’ils distribuoient les prix ; & dans les combats violens & dangereux, les juges prononçoient debout : nous ignorons la raison de cette différence. Pour ce qui regarde l’ordre, les lois, les statuts de ces derniers combats, on en trouvera le détail au mot Gymniques.

Toutes ces choses présupposées connues, nous nous contenterons de remarquer, que parmi tant de jeux, les Olympiques, les Pythiens, les Néméens & les Isthmiens, ne sortiront jamais de la mémoire des hommes, tant que les écrits de l’antiquité subsisteront dans le monde.

Dans les quatre jeux solemnels qu’on vient de nommer ; dans ces jeux qu’on faisoit avec tant d’éclat, & qui attiroient de tous les endroits de la terre une si prodigieuse multitude de spectateurs & de combattans ; dans ces jeux, dis-je, à qui seuls nous devons les odes immortelles de Pindare, on ne donnoit pour toute récompense qu’une simple couronne d’herbe ; elle étoit d’olivier sauvage aux jeux Olympiques, de laurier aux jeux Pythiques, d’ache verd aux jeux Néméens, & d’ache sec aux jeux Isthmiques. La Grece voulut apprendre à ses enfans que l’honneur devoit être l’unique but de leurs actions.

Aussi lisons-nous dans Hérodote que durant la guerre de Perse, Tigrane entendant parler de ce qui constituoit le prix des jeux si fameux de la Grece, il se tourna vers Mardonius, & s’écria, frappé d’étonnement : « Ciel, avec quels hommes nous avez-vous mis aux mains ! insensibles à l’intérêt, ils ne combattent que pour la gloire ». Voyez donc Jeux Olympiques, Pythiens, Néméens, Isthmiens.

Il y avoit quantité d’autres jeux passagers, qu’on célébroit dans la Grece ; tels sont dans Homere ceux qui furent faits aux funérailles de Patrocle ; & dans Virgile, ceux qu’Enée fit donner pour le jour de l’anniversaire de son pere Anchise. Mais ce n’étoient là que des jeux privés, des jeux où l’on prodiguoit pour prix des cuirasses, des boucliers, des casques, des épées, des vases, des coupes d’or, des esclaves. On n’y distribuoit point de couronnes d’ache, d’olivier, de laurier ; elles étoient réservées pour de plus grands triomphes.

Les jeux Romains ne sont pas moins fameux que ceux des Grecs, & ils furent portés à un point incroyable de grandeur & de magnificence. On les distingua par le lieu où ils étoient célébrés, ou par la qualité du dieu à qui on les avoit dédiés. Les premiers étoient compris sous le nom de jeux circenses & de jeux scéniques, parce que les uns étoient célébrés dans le cirque, & les autres sur la scene. A l’égard des jeux consacrés aux dieux, on les divisoit en jeux sacrés, en jeux votifs, parce qu’ils se faisoient pour demander quelque grace aux dieux ; en jeux funebres & en jeux divertissans, comme étoient par exemple les jeux compitaux. Voyez Circenses, Funebres, Sacrés, Votifs.

Les rois réglerent les jeux Romains pendant le tems de la royauté ; mais après qu’ils eurent été chassés de Rome, dès que la république eut pris une forme reguliere, les consuls & les préteurs présiderent aux jeux Circenses, Apollinaires & Séculaires. Les édiles plébéïens eurent la direction des jeux Plébéiens ; le préteur, ou les édiles curules, celle des jeux dédiés à Cérès, à Apollon, à Jupiter, à Cybele, & aux autres grands dieux, sous le titre de jeux Mégalésiens. Voyez Apollinaires, Jeux céréaux, Capitolins, Mégalésiens

Dans ce nombre de spectacles publics, il y en avoit que l’on appelloit spécialement jeux Romains, & que l’on divisoit en grands, magni, & très-grands, maximi.

Le sénat & le peuple ayant été réunis l’an 387, par l’adresse & l’habileté de Camille, la joie fut si vive dans tous les ordres, que pour marquer aux dieux leur reconnoissance de la tranquillité, dont ils esperoient jouir, le sénat ordonna que l’on fît de grands jeux à l’honneur des dieux, & qu’on les solemnisât pendant quatre jours, au lieu qu’auparavant les jeux publics n’avoient eû lieu que pendant trois jours, & ce fut par ce changement qu’on appella ludi maximi les jeux qu’on nommoit auparavant ludi magni.

On célébroit chez les Romains des jeux, non-seulement à l’honneur des divinités qui habitoient le ciel, mais même à l’honneur de celles qui régnoient dans les enfers ; & les jeux institués pour honorer les dieux infernaux étoient de trois sortes, connus sous le nom de Taurilia, Compitalia, & Terentini ludi. Voyez Tauriliens, jeux, Compitales & Térentins.

Les jeux scéniques comprenoient toutes les représentations qui se faisoient sur la scene. Elles consistoient en tragédies, comédies, satyres, qu’on représentoit sur le théatre en l’honneur de Bacchus, de Vénus, & d’Apollon. Pour rendre ces divertissemens plus agréables, on les préludoit par des danseurs de corde, des voltigeurs, & autres spectacles pareils ; ensuite on introduisit sur la scene les mimes & les pantomimes, dont les Romains s’enchanterent dans les tems où la corruption chassa les mœurs & la vertu. Voyez Scéniques, jeux, Schoenobate, Mime & Pantomime.

Les jeux scèniques n’avoient point de tems marqués, non plus que ceux que les consuls & les empereurs donnoient au peuple pour gagner sa bienveillance, & qu’on célébroit dans un amphithéatre environné de loges & de balcons ; là se donnoient des combats d’hommes ou d’animaux. Ces jeux étoient appellés agonales, & quand on couroit dans le cirque, équestres ou curules. Les premiers étoient consacrés à Mars & à Diane ; les autres à Ncptune & au soleil. Voyez Agonales, Equestres, Cirque, &c.

Les jeux séculaires en particulier, ne se célébroient que de cent ans en cent ans. Voyez Séculaires, jeux.

On peut ajouter ici les jeux Actiaques, Augustaux & Palatins, qu’on célébroit à l’honneur d’Auguste ; les Néroniens à l’honneur de Néron, ainsi que les jeux à l’honneur de Commode, d’Adrien, d’Antinoüs, & tant d’autres imaginés sur les mêmes modeles. Voyez Jeux Actiaques, Augustaux, Néroniens, Palatins

Enfin, lorsque les Romains devinrent maîtres du monde, ils accorderent des jeux à la plûpart des villes qui en demanderent ; on en trouve les noms dans les marbres d’Arondel, & dans une inscription ancienne érigée à Mégare, dont parle M. Spon dans son voyage de Grece.

Comme les édiles au sortir de charge donnoient toûjours des jeux publics au peuple Romain, ce fut entre Luculle, Scaurus, Lentulus, Hortensius, C. Antonius & Muroena, à qui porteroit le plus loin la magnificence ; l’un avoit fait couvrir le ciel des théatres, de voiles azurés ; l’autre avoit couvert l’amphithéatre de tuiles de cuivre surdorées, &c. Mais César les surpassa tous dans les jeux funebres qu’il fit célébrer à la mémoire de son pere ; non content de donner les vases, & toute la fourniture du théatre en argent, il fit paver l’arène entiere de lames d’argent ; de sorte, dit Pline, « qu’on vit pour la premiere fois les bêtes marcher & combattre sur ce métal ». Cet excès de dépense de César, étoit proportionné à son excès d’ambition ; les édiles, qui l’avoient précédé, n’aspiroient qu’au consulat, & César aspiroit à l’empire.

C’en est assez sur les jeux de la Grece & de Rome, considérés d’une vue générale ; mais comme ils sont une branche très-étendue de la littérature, le lecteur trouvera dans cet ouvrage les détails qui concernent chacun de ces jeux, sous leurs noms respectifs : voici la liste des principaux, dont il importe de consulter les articles.

Actiaques, Apollinaires, Augustaux, Capitolins, Céréaux, Circenses, Jeux de Castor et de Pollux, Compitales, Consuales, Floraux, Funebres, Gymniques, Isthmiens, Jeux de la Liberté, Luculliens, Martiaux, Mégalésiens, Néméens, Néroniens, Olympiques, Palatins, Panhelléniens, Panathénées, Plébéiens, Pyrrhiques, Pythiens, Romains, Sacrés, Scéniques, Séculaires, Tauriliens, Térentins, Troyens, Voties, & quelques autres, dont les noms échappent à ma mémoire. (D. J.)

Jeux Augustaux, Augustales ludi ; (Antiq. Rom.) les jeux Augustaux ou les Augustales, étoient des jeux Romains, qui furent établis en l’honneur d’Auguste, l’an 735 de la fondation de Rome, lorsque ce prince revint de Grece. On les célébra le quatrieme avant les ides d’Octobre, c’est-à-dire le 12 de ce mois ; & le sénat par un decret solemnel, émané sous le consulat d’Ælius Tuberon, & de P. Fabius, ordonna qu’ils fussent encore représentés le même jour au bout de huit ans. (D. J.)

Jeux Carniens, (Antiq. greq.) fête célébrée à Sparte en l’honneur d’Apollon. Elle y fut instituée dans la xxxvj olympiade, & telle en fut l’occasion suivant Pausanias, liv. III. ch. xij.

Un Arcanien nommé Carnus, devin fameux, inspiré par Apollon même, ayant été tué par Hippotes, Apollon frappa de peste tout le camp des Doriens ; alors ils bannirent le meurtrier, & appaiserent les manes du devin par des expiations, qui furent prescrites sous le nom de fêtes Carniennes ; d’autres, continue Pausanias, donnent à ces fêtes une origine differente. Ils disent que les Grecs, pour construire ce cheval de bois si fatal aux Troyens, ayant coupé sur le mont Ida beaucoup de cornoüilliers (κρανείας), dans un bois consacré à Apollon, irriterent ce dieu contre eux, & que pour le fléchir ils établirent un culte en son honneur, & lui donnerent le surnom de Carnien, en lui appliquant celui de l’arbre qui faisoit le sujet de leur disgrace.

Cette fête Carnienne avoit quelque chose de militaire : on dressoit neuf loges, en maniere de tentes que l’on appelloit ombrages, σκιάδος ; sous chacun de ces ombrages soupoient ensemble neuf Lacédémoniens, trois de chacune des trois tribus, conformément à la proclamation du crieur public. La fête duroit neuf jours ; on y célébroit des jeux, & l’on y proposoit un prix aux joueurs de cythare. Terpandre fut le premier qui le remporta, & Timothée y reçut un affront pour avoir multiplié les cordes de l’ancienne lyre, & avoir par conséquent introduit dans la musique le genre chromatique : les Lacédémoniens suspendirent sa lyre à la voûte d’un édifice, qu’on voyoit encore du tems de Pausanias. Mem. des Inscript. tom. XIV. (D. J.)

Jeux de Castor et de Pollux, (Antiq. rom.) jeux qu’on célébroit à Rome en l’honneur de ces deux héros, qui étoient comptés au nombre des grands dieux de la Grece : voici quelle fut l’occasion de ces jeux.

A. Posthumius, dictateur, voyant les affaires des Romains dans un état déplorable, s’engagea par un vœu solemnel, au cas que la victoire les rétablît, de faire représenter des jeux magnifiques en l’honneur de Castor & de Pollux. Le succès de cette guerre ayant été favorable, le sénat, pour remplir le vœu de Posthumius, ordonna qu’on célébreroit chaque année, pendant huit jours, les jeux que leur dictateur avoit voués.

Ces jeux étoient précédés du spectacle des gladiateurs, & les magistrats accompagnés de ceux de leurs enfans qui approchoient de l’âge de puberté, & suivis d’une nombreuse cavalcade, portoient les statues ou les images des dieux en procession, depuis le capitole jusques dans la place du grand cirque. Voyez les autres détails dans Hospinien, de festis Græcorum, & dans le Dict. de Pitiscus. (D. J.)

Jeux Curules, (Antiq. Rom.) les jeux curules ou équestres consistoient en des courses de chars ou à cheval, qui se faisoient dans le cirque dédié à Neptune ou au soleil. (D. J.)

Jeux Eléuthériens, voyez Jeux de la Liberté.

Jeux des enfans de Rome, (Hist. Rom.) tous les enfans ont des jeux qui ne sont pas indifférens pour faire connoître l’esprit des nations. Les jeux de nos enfans sont ceux de la toupie, de cligne-musette, de colin-maillard, &c. Les enfans de Rome représentoient dans leurs jeux des tournois sacrés, des commandemens d’armées, des triomphes, des empereurs, & autres grands objets. Nous lisons dans Suétone que Neron dit à ses gens de jetter dans la mer son beau-fils Rufinus Crispinus, fils de Poppée, & encore enfant, quia ferebatur ducatus & imperia ludere.

Un de leurs principaux jeux étoit de représenter un jugement dans toutes les formes, ce qu’ils appelloient judicia ludere. Il y avoit des juges, des accusateurs, des défendeurs, & des licteurs pour mettre en prison celui qui seroit condamné. Plutarque, dans la vie de Caton d’Utique, nous raconte qu’un de ces enfans, après le jugement, fut livré à un garçon plus grand que lui, qui le mena dans une petite chambre, où il l’enferma. L’enfant eut peur, & appella à sa défense Caton, qui étoit du jeu ; alors Caton se fit jour à-travers ses camarades, délivra son client, & l’emmena chez lui, où tous les autres enfans le suivirent.

Ce Caton, depuis si grand homme, tenoit déja dans Rome le premier rang parmi les enfans de son âge. Quand Sylla donna le tournoi sacré des enfans à cheval, il nomma Sextus, neveu du grand Pompée, pour un capitaine des deux bandes ; mais tous les enfans se mirent à crier qu’ils ne courroient point. Sylla leur demanda quel camarade ils vouloient donc avoir à leur tête ; alors tous répondirent à la fois Caton, & Sextus lui céda volontairement cet honneur, comme au plus digne. (D. J.)

Jeux de la Liberté, (Antiq. greq.) on appelloit ainsi les jeux qui se célébroient à Platée, en mémoire de la victoire remportée par les Grecs à la bataille de ce nom, dans la lxxv. olympiade, l’an de Rome 275.

Aristide établit qu’on tiendroit tous les ans dans cette ville de la Béotie une assemblée générale de la Grece, & que l’on y feroit un sacrifice à Jupiter, pour lui rendre d’éternelles actions de graces. En même tems il ordonna que de cinq ans en cinq ans on y célébreroit les jeux de la liberté, où l’on couroit tout armé autour de l’autel de Jupiter, & il y avoit de grands prix proposés pour cette course.

On célébroit encore du tems de Plutarque, & ces jeux, & la cérémonie de l’anniversaire des vaillans hommes qui périrent à la bataille de Platée. Comme dans le lieu même où les Grecs défirent Mardonius, on avoit élevé un autel à Jupiter éléuthérien, c’est-à-dire libérateur, les jeux de la liberté s’appellerent aussi eleutheria, jeux ou fêtes éléuthériennes. Voyez Eleuthere. (D. J.)

Jeu de Fief, (Jurisprud.) est une aliénation des parties du corps matériel du fief, sans division de la foi dûe pour la totalité du fief. Voyez ce qui en est dit au mot Fief. (A)

Jeux de hasard. Voyez l’article Jouer.

Jeu, (Marine.) on dit le jeu du gouvernail ; c’est son mouvement.

Jeu de voiles. Voyez Jet de voiles.

Jeu-parti ; on dit faire jeu-parti quand de deux ou plusieurs personnes qui ont part à un vaisseau, il y en a une qui veut rompre la société, & qui demande en jugement que le tout demeure à celui qui fera la condition des autres meilleures, ou bien que l’on fasse estimer les parts.

Jeu, (terme d’Horlogerie.) si l’on suppose une cheville plus petite que le trou dans lequel on la fait entrer, elle pourra se mouvoir dans ce trou de-çà & delà ; c’est l’espace qu’elle parcourt, en se mouvant ainsi, que les Horlogers appellent le jeu. Ainsi ils disent qu’un pivot a du jeu dans son trou, lorsqu’il peut s’y mouvoir de cette façon ; & qu’au contraire il n’a point de jeu, lorsqu’il ne le peut pas, & qu’il ne peut s’y mouvoir qu’en tournant. C’est encore de même qu’ils disent qu’une roue a trop de jeu dans sa cage, lorsque la distance entre ses deux parties n’est pas assez grande, & qu’elle differe trop de celle qui est entre les deux platines. Il faut que les roues ayent un certain jeu dans leur cage, & leur pivot dans leurs trous, pour qu’elles puissent se mouvoir avec liberté ; sans cela elles sont génées, défaut essentiel, dont il résulte beaucoup de frottemens, & par conséquent beaucoup d’usure. Voyez Roue, Tige, Portée, &c.

Jeu, en fait d’escrime ; on entend par jeu, la position des épées de deux escrimeurs qui font assaut.

L’assaut comprend deux jeux, qui sont le sensible & l’insensible. Quelquefois on exécute ces deux jeux dans un même assaut, en passant de l’un à l’autre, & quelquefois on n’en exécute qu’un ; c’est pourquoi je les traiterai séparement. Voyez Jeu sensible & insensible.

Jeu insensible, est un assaut qui se fait sans le sentiment de l’épée. Voyez Assaut, & Sentiment d’Epée.

Cet assaut s’exécute toujours sous les armes à votre égard, parce que de quelque façon que l’ennemi se mette en garde, d’abord qu’il ne souffre pas que les épées se touchent, vous tenez la garde haute.

On suppose dans ce jeu que les escrimeurs étant en garde, leurs épées ne se touchent point, mais qu’elles se rencontrent dans les parades, & dans les attaques.

De ce qu’on doit pratiquer dans l’assaut du jeu insensible. Article I. Dans ce jeu, 1°. comme on ne sent pas l’épée de l’ennemi, on se met toujours hors de mesure pour éviter d’être surpris. 2°. On tient une garde haute, le bras plus étendu que dans la garde basse, la pointe de l’épée vis-à-vis l’estomac de l’ennemi, afin de le tenir éloigné, & qu’il ne puisse faire aucune attaque sans détourner cette pointe. 3°. On regarde sa main droite, afin de s’appercevoir des mouvemens qu’il fait pour frapper votre épée avec la sienne.

Article II. Les attaques qui se font dans ce jeu, sont des feintes & doubles feintes. On les peut faire parce qu’on est hors de mesure ; d’où il suit que l’ennemi ne peut pas vous prendre sur ce tems. Si ces feintes ébranlent l’ennemi, & qu’il aille à l’épée, voyez Aller a l’Epée, on les entreprend ainsi.

Exemple. Lorsque vous faites le premier tems de la feinte, ou feinte droite, voyez Feinte, si l’ennemi va à votre épée, vous profitez de son mouvement pour entrer en mesure en dégageant, & incontinent vous recommencez la feinte. Remarquez que dans cette attaque vous dégagez quatre fois par la feinte, & trois fois par la feinte droite, que le premier dégagement est volontaire, & les autres forcés (Voyez deuxieme Dégagement forcé), & qu’au dernier vous détachez l’estocade.

Article III. L’ennemi qui vous attaque, est obligé, par votre position, de détourner votre épée. Voyez Engagement. S’il la force, voyez premier Dégagement forcé. Et s’il la veut frapper, dégagez par le deuxieme dégagement forcé.

Article IV. On regarde le pié gauche de l’ennemi, & dès qu’on s’apperçoit qu’il l’avance pour entrer en mesure, on l’attaque sur ce mouvement par une estocade. Ce procédé l’oblige de parer, & on profite de ce défaut. Voyez Défaut.

Article V. Quand vous attaquez l’ennemi par une feinte, s’il ne va pas à l’épée, Voyez Aller a l’Épée, vous entrez en mesure sans dégager, en vous tenant prêt à parer. Si l’ennemi ne vous porte pas l’estocade sur le tems que vous entrez en mesure, incontinent que vous y êtes arrivé, & de la position où vous êtes, vous détachez l’estocade droite ; car il est à présumer que l’ennemi s’attend que vous allez faire une feinte. S’il n’alloit à l’épée que lorsque vous entrez en mesure, alors y étant arrivé, vous lui feriez une feinte. Voyez Feinte.

Article VI. Dans ce jeu, on entreprend ni botte de passe, ni de volte, ni desarmement, excepté le desarmement en faisant tomber l’épée de l’ennemi en la frappant, quand il porte une estocade de seconde.

Article VII. Toutes les fois que l’ennemi vous parera une estocade, & que vous lui en parerez une, il faut suivre ce qui est dit aux articles 1, 2, 3 du jeu sensible. Voyez Jeu sensible.

Article VIII. Si en attaquant l’ennemi il se défend par la parade du cercle, vous ferez sous les armes ce qui se pratique sur les armes au 10 article du jeu sensible. Voyez 10 article du jeu sensible.

Jeu sensible, est un assaut qui se fait par le sentiment de l’épée. Voyez Sentiment d’Épée, & Assaut.

Cet assaut s’exécute sur les armes, ou sous les armes, si les escrimeurs tiennent une garde basse ou ordinaire, & sous les armes s’ils en tiennent une haute. Voyez Garde ordinaire ou Garde haute.

Si l’ennemi tient une garde haute, il faut absolument la tenir de même ; mais s’il en tient une basse, vous pouvez tenir la même, ou bien la garder haute.

On suppose dans ce jeu que l’ennemi laisse sentir son épée.

Avertissement. Pour entendre ce que je dirai sur ce jeu, j’avertis 1°. qu’il sera toujours supposé qu’on y tiendra la garde qu’il convient. 2°. Tout ce qui se fait dans la garde haute, se peut faire dans la garde ordinaire, à moins que je ne fasse des remarques particulieres. 3°. Quand je ferai tirer de pié ferme, il sera supposé qu’on est en mesure, & qu’il ne faut pas remuer le pié gauche 4°. Quand je parlerai d’estocade droite, il sera entendu qu’elle se portera sans dégager. 5°. Quand j’indiquerai un mouvement quelconque, de tirer quarte, ou parer quarte, ou tierce, &c. ils se feront comme il est expliqué en son lieu.

De ce qui doit se pratiquer dans l’assaut du jeu sensible sur les armes, ou sous les armes. Article I. On fait d’abord attention si l’on est en mesure ou hors de mesure. Voyez Mesure. Si l’on est en mesure, on regarde le pié droit de l’ennemi, par le mouvement duquel on connoît s’il faut parer, & l’on sent son épée, parce que ce sentiment nous en assure la position, & nous avertit s’il dégage, ou s’il porte l’estocade droite, ou s’il fait toutes autres attaques. Voyez Sentiment d’Épée. Supposons maintenant que les épées soient engagées dans les armes.

La premiere attaque que l’on fait à l’ennemi, est d’opposer en quarte. Voyez Opposition. Ce mouvement vous couvre tout le dedans des armes, & détermine l’ennemi ou à dégager, ou à porter l’estocade en dégageant, ou à demeurer en place. 1°. S’il dégage, détachez incontinent l’estocade de tierce-droite. 2°. S’il porte l’estocade en dégageant, son pié droit vous avertit de parer, & vous tâchez de riposter. Voyez Riposte. Et 3°. s’il demeure en place, vous détachez l’estocade de quarte-droite, ou vous faites un coulement d’épée. Voyez Coulement d’Épée de pié ferme.

Article II. Si dans l’instant qu’on pare l’estocade, on ne saisit pas le tems de la riposte, voyez Riposte ; on donne le tems à l’ennemi de se remettre en garde, pour le prendre dans le défaut de ce mouvement. Remarquez qu’après avoir poussé une botte, il faut absolument que l’ennemi se remette, ou qu’il le feigne, ce qu’il ne peut faire, & porter l’estocade ; donc, si on l’attaque sur ce tems, on le mettra dans la nécessité de parer, & on le prendra dans le défaut de sa parade. Voyez Défaut.

Exemple. Pendant que l’ennemi feint de se remettre, sans quitter son épée, & en la sentant toujours également, on lui porte une estocade droite, qu’on n’allonge qu’à demi, c’est-à-dire, qu’on ne porte le pié droit qu’à moitié chemin de ce qu’il pourroit faire. Sur ce mouvement on doit s’attendre que l’ennemi parera, s’il pare, vous dégagez finement, & vous lui détachez l’estocade de tierce, tandis qu’il croit parer la quarte, & s’il ne paroit pas votre demi-estocade droite, vous l’acheveriez, car il ne seroit plus à tems de la parer.

Article III. Si l’ennemi pare l’estocade que vous lui portez, il faut remarquer qu’il peut faire, en vous remettant, ce que vous lui avez fait ; mais aussi qu’il peut tomber dans le défaut que voici, qui est de se remettre avec vous, c’est-a-dire, de quitter l’opposition, parce qu’il croit que vous vous remettrez en garde.

Exemple. Après que l’ennemi a paré votre estocade, vous feignez de vous remettre en garde, & si vous vous appercevez, par le sentiment de l’épée, qu’il cesse d’opposer, alors, au lieu d’achever de vous remettre, vous profitez de ce defaut, en lui repoussant la même estocade. Voyez Botte de reprise. Si au contraire l’ennemi résistoit toujours également à votre épée ; alors, comme il aura le côté opposé à découvert, il est certain qu’il se portera nécessairement à parer de ce côté-là ; c’est pourquoi en finissant de vous remettre, vous feindrez une estocade en dégageant, voyez Feinte ; & dans l’instant qu’il se portera à la parade, vous dégagerez. Voyez second dégagement serré. Il portera la botte dans le défaut, c’est-à-dire qu’il recevra le coup d’un côté, tandis qu’il pare de l’autre. Si l’ennemi n’alloit pas à la parade de cette feinte, vous rompriez la mesure : si l’ennemi profite du tems que vous vous remettez en garde pour vous attaquer, faites retraite.

Article IV. Vous pourrez aussi attaquer l’ennemi par un battement d’épée, voyez Battement d’Épée ; & s’il pare votre estocade, observez, en vous remettant, ce qui est contenu en l’article III. Si l’ennemi vous porte une botte, observez ce qui est contenu à l’article I. & II. & si l’ennemi ne pare pas, & qu’il n’ait pas reçu l’estocade, c’est signe qu’il a rompu la mesure, c’est pourquoi portez-lui une estocade de passe. Voyez Estocade de passe. Si l’ennemi pare l’estocade de passe, vous remettrez promtement votre pié gauche où il étoit, & vous reculerez un peu le droit. Vous devez vous attendre que l’ennemi va venir sur vous ; mais remarquez qu’il n’est pas alors en mesure : (car vous êtes aussi éloigné de lui, qu’avant de porter l’estocade de passe ;) c’est pourquoi il ne faut pas s’amuser à parer, mais remarquer son pié gauche, & aussi-tôt qu’il le remue, détacher l’estocade droite, s’il ne force pas votre épée, & si vous sentez qu’il la force, vous détacherez l’estocade en dégageant. Voyez premier dégagement forcé.

Article V. Si l’on est hors de mesure, il faut observer le pié gauche de l’ennemi, & sentir son épée. Voyez Sentiment d’Épée.

Les attaques qu’on doit faire hors de mesure, sont des coulemens d’épées ; & toutes les fois que l’ennemi pare votre estocade, & que vous parez la sienne, il faut suivre les maximes des articles I. II. III.

Article VI. Quelque mouvement que l’ennemi puisse faire hors de mesure, vous n’y devez point répondre, à moins que vous ne preniez le tems pour l’attaquer. Observez continuellement son pié gauche, parce qu’il ne peut vous offenser qu’en l’avançant ; mais aussi-ôt qu’il l’avance, détachez-lui l’estocade droite, s’il ne force pas votre épée, & s’il la force, portez l’estocade en dégageant. Voyez Premier dégagement forcé.

Il faut aussi faire attention que l’ennemi pourroit avoir la finesse de forcer votre épée, pour vous faire détacher l’estocade, afin de vous la riposter ; voyez Riposte : il n’y a que la pratique qui puisse vous faire connoître cette ruse. Cette remarque se rapporte au précepte 21 ; voyez Escrime, précepte 21, qui dit qu’il ne faut jamais tirer dans un jour que l’ennemi vous donne.

Article VII. Tout ce qui est enseigné aux articles 1, 2, 3, 4, 5, 6, peut s’exécuter en tierce, en quarte, en quarte basse, & en seconde ; il n’y a qu’à déterminer une de ses positions, & suivre ce qui y est enseigné.

Article VIII. Vous devez connoître par les attaques que vous faites à l’ennemi, qu’il peut vous en faire autant ; d’où il est clair que s’il vous fait les mêmes attaques, il vous avertit de son dessein, dont vous tâcherez de profiter.

Exemple. Si l’ennemi vous attaque par un coulement d’épée, ou battement d’épée, &c. vous feindrez d’en être ébranlé, pour lui faire détacher l’estocade, afin de lui riposter, ou de le desarmer ; voyez Riposte & Désarmement ; ou pour volter, voyez Estocade de volte. Nota que le desarmement de tierce & de quarte ne s’exécute pas en quarte basse, ni en seconde ; & l’estocade de volte ne se pratique que dans le jeu sensible.

Article IX. Quelque variées que puissent être les attaques d’un escrimeur, elles se rapportent toujours à la feinte ou double feinte, à l’appel, ou coulement d’épée, au battement d’épée, ou à forcer l’épée.

Article X. Si l’ennemi se défend par la parade du cercle, voyez Parade du contre, du contre-dégagement, vous le poursuivrez dans le défaut de cette parade.

Exemple. Quand l’ennemi pare au contre du contre, il faut 1°. tenir la pointe de votre épée près de la garde, & du talon de la sienne ; 2°. dégager finement cette pointe autour de sa lame, en suivant son même mouvement ; 3°. pendant ce dégagement vous avancerez à chaque révolution la pointe de votre épée, jusqu’à ce qu’elle soit si près de son corps qu’il ne puisse plus parer, & alors vous enfoncerez l’estocade.

Nota que l’ennemi ne rencontrera pas votre épée ; à moins qu’il ne rétrograde son mouvement, (maxime que doivent observer tous ceux qui font cette mauvaise parade) ; & que s’il rétrograde, alors il rencontrera nécessairement votre épée : en pareil cas, vous lui détacherez aussi-tôt l’estocade du même côté que les épées se seront touchées ; c’est-à-dire, que s’il rencontre votre épée dans les armes, vous lui porterez une estocade de quarte ; & si c’est hors les armes, vous lui porterez une estocade de tierce.

Remarquez que je vous fais pousser l’estocade du même côté où les épées se touchent, pour prendre le défaut du mouvement de l’ennemi ; car (voyez Défaut & Assaut) quand il a porté son bras du côté de votre épée, pour la détourner de la ligne, il a découvert le côté opposé, & il lui est naturel de venir le couvrir craignant d’y être frappé. Remarquez encore qu’au lieu de venir parer le côté qu’il découvre par son mouvement de rétrograder, il pourroit détacher l’estocade au même instant, & du même côté que les épées se touchent ; c’est pourquoi j’ai eu raison de vous faire détacher cette estocade, puisqu’en la portant avec opposition, ainsi que je l’ai enseigné, voyez Opposition, vous vous garentissez en même tems de celle de l’ennemi.

Jeux, (Orgue.) noms que l’on donne aux tuyaux d’orgue qui sont rangés sur le même registre. Tous les tuyaux du même jeu rendent des sons qui ne different que par les différences de l’aigu au grave ; au lieu que les tuyaux d’un autre jeu rendent des sons qui different encore d’une autre maniere, de même que plusieurs nuances de bleu, par exemple, different des nuances de rouge qui participeroient également du clair & de l’obscur, qui dans cette comparaison répondent à l’aigu & au grave.

Les jeux, outre les noms qui les distinguent les uns des autres, prennent encore une dénomination de la longueur en piés de leur plus grand tuyau qui est le c sol ut, le plus grave des basses. Celui qui répond à la premiere touche du clavier du côté de la main gauche de l’organiste, lorsque le clavier n’est point à ravalement. Ainsi on dit que le prestant sonne le quatre-pié, parce que son plus grand tuyau (le c sol ut) a quatre piés de long. La doublette sonne le deux-pié, parce que son plus grand tuyau, le même c sol ut au clavier, n’a que deux piés ; de même des autres jeux, comme on peut voir dans la table du rapport des jeux, dans nos Planches d’orgue, & à leurs articles particuliers.

Cette table du rapport des jeux représente par les espaces ou colonnes verticales les octaves réelles, c’est-à-dire celles qui sont au-dessus & au-dessous du son fixe marqué un pié. Nous prenons pour son fixe le son que rend un tuyau d’un pié ; ce son est moyen entre les extrèmes de l’orgue, & est l’octave du son fixe de M. Sauveur ; le pié harmonique est au pié de roi comme 17 à 18 ; ainsi il n’a que 11 pouces 4 lignes. On a marqué par les longueurs qui rendent les sons, & par les signes + ou −, les octaves de ces sons, savoir les octaves aiguës ou au-dessus du son fixe par +1, +2, +3, +4, les octaves graves, ou au-dessous du même son fixe par −1, −2, −3, −4, & par les longueurs un pié, qui est le ton ; pié, qui est l’octave au-dessus ; pié, la double octave, & pié, qui est la triple octave aiguë.

On trouve les octaves graves en doublant successivement la longueur du tuyau de ton ; pour la premiere 2 piés, pour la seconde 4 piés, pour la troisieme 8 piés, pour la quatrieme 16 piés, & pour la cinquieme 32 piés ; dans laquelle les tuyaux ne descendent au plus que jusqu’à la quinte. Voyez la table du rapport des jeux qui sont ceux qui suivent.

Montre de 16 piés toute d’étain, dont le plus grand tuyau le c sol ut des basses, a 16 piés de long. Voyez Montre de 16 piés, & la figure Planche d’orgue.

Bourdon de 16 piés. Les basses, c’est-à-dire deux octaves, & quelquefois trois sont en bois, & les dessus ont seulement une octave en plomb bouchés aussi-bien que les basses & à oreilles pour les accorder. Voyez l’article Bourdon de seize piés, & la fig. Planche d’orgue.

Bombarde d’étain ou de bois, est un jeu d’anche. Voyez Trompette. Elle sonne le 16 piés. Voyez Bombarde, & la figure Planche d’orgue.

Bourdon de 4 piés bouché sonnant le 8 piés ; les basses de ce jeu sont de bois, les tailles de plomb bouchées à rase & à oreilles ; & les dessus à cheminées & à oreilles. Voyez Bourdon de quatre piés bouché, & la fig. Planche d’orgue.

Huit piès ouverts, ou huit piés en résonance, sonne l’unisson de quatre piés bouché : ce jeu est d’étain & ouvert par le haut. Voyez Huit pié ouvert, & la figure Planche d’orgue.

Prestant. Le prestant sonne le quatre piés : ce jeu est d’étain ; c’est le premier jeu de l’orgue, sur lequel on fait la partition, & sur lequel on accorde tous les autres. Il doit ce privilége à ce qu’il tient le milieu quant au grave ou à l’aigu entre tous les jeux qui composent l’orgue. Voyez Prestant & la figure Planche d’orgue.

Flûte sonne l’unisson du prestant, mais est de plus grosse taille ; les basses sont bouchées à rase, les tailles à cheminées, & les dessus ouverts. Voyez Flûte, Jeu d’orgue, & la figure Planche d’orgue.

Gros nazard, sonne la quinte au-dessus du huit piés, & la quarte au-dessous du prestant ; ce jeu est fait en pointe ou en fuseau par le haut, comme la figure le fait voir ; & quelquefois il est comme les autres, les basses bouchées à rase, les tailles à cheminées & les dessus ouverts. Voyez Gros nazard, & la figure Planche d’orgue.

Double tierce, sonne la tierce au-dessus du prestant ou 4 pié : ce jeu est de plomb & fait en pointe par le haut ; on l’accorde par les oreilles. Voyez Double tierce, & la fig. Pl. d’orgue.

Nazard. Ce jeu qui est de plomb & fait en pointe, sonne la quinte au-dessus du prestant ou 4 pié, & la tierce mineure au-dessus de la double tierce, l’octave au-dessus du gros nazard. On accorde le jeu lorsqu’il est fait en pointe par les oreilles ; quelquefois sur-tout dans les petits cabinets d’orgue les basses sont bouchées à rase, les tailles à cheminées, & les dessus ouverts. Voyez la fig. Pl. d’orgue, & l’article Nazard.

Quarte de nazard, sonne l’octave au-dessus du prestant, & par conséquent le deux piés, le jeu qui est de plomb a les basses à cheminées & les dessus ouverts. Voyez la figure. Il y a des orgues où ce jeu a les dessus & la moitié des tailles en pointes par le haut. Voyez l’article 4. de nazard.

Doublette. La doublette sonne l’octave au-dessus du prestant, & l’unisson de la quarte de nazard ; elle doit porter 2 piés de long : ce jeu est d’étain. Voyez Doublette, & la figure Pl. d’orgue.

Tierce. La tierce est de plomb, & forme la tierce au-dessus de la doublette ou 2 piés, & l’octave au-dessus de la double-tierce. Voyez Tierce, jeu d’orgue, & la figure Pl. d’orgue.

Larigot. Le larigot sonne l’octave au-dessus du nazard, & la quinte au-dessus de la doublette ou du 2 piés : ce jeu est de plomb, & tout ouvert. Voyez Larigot, & la figure Pl. d’orgue.

Grand cornet, composé de cinq tuyaux sur chaque touche, est composé d’un dessus de bourdon A, c’est-à-dire, des deux octaves supérieures ; ce qui comprend les tailles & les dessus proprement dits, d’un dessus de flûte B, d’un dessus de nazard C, d’un dessus de quarte de nazard D, & d’un dessus de tierce E. Voyez Grand-Cornet, & la figure Pl. d’orgue : ce jeu n’a que deux octaves.

Cornet de récit, est composé de même que le grand cornet de cinq tuyaux sur chaque touche, mais qui sont de plus menue taille. Voyez Cornet de Récit, & la figure ; ce jeu n’a que deux octaves.

Cornet d’écho, composé de même que le grand cornet de cinq tuyaux sur chaque touche, mais qui sont de plus menue taille que ceux du cornet de récit. Ce jeu est renfermé dans le pié de l’orgue, afin qu’on l’entende moins, & qu’il forme ainsi un écho. Voyez Cornet d’écho, & la figure Pl. d’orgue.

Flûte allemande, la flûte allemande sonne l’unisson des dessus du huit piés, c’est-à-dire le deux piés ; ce jeu qui est de plomb & de grosse taille, n’a que les deux octaves des tailles & des dessus comme les cornets d’écho de récit, grand cornet, & trompette de récit. Voyez Flûte allemande de l’orgue.

Fourniture, partie du plein jeu, est composée de 4, 5, 6, ou 7 tuyaux sur chaque touche ; elle occupe toute l’étendue du clavier. Voyez Fourniture, & la figure Pl. d’orgue.

Cimballe, partie du plein jeu ; elle a aussi plusieurs tuyaux sur chaque touche, & elle occupe toute l’étendue du clavier. Voyez Cimballe, & la figure Planche d’orgue.

Trompette, jeu d’anche, sonne l’unisson du huit piés ; ce jeu est d’étain & en entonnoir par le haut. Voyez Trompette, & la figure Pl. d’orgue.

Voix humaine de l’orgue, sonne l’unisson du huit piés & de la trompette & du cromorne. Ce jeu est d’étain, & le corps qui n’a pour les plus grands tuyaux que 7 à 8 pouces, est à moitié fermé par une lamme de même matiere, que l’on soude sur l’ouverture du tuyau : ce jeu est un jeu d’anche. Voyez Voix humaine, & la figure Pl. d’orgue.

Cromorne, jeu d’anche, sonne l’unisson du 8 piés ; les corps de ce jeu sont cylindryques, c’est-à-dire, ne sont pas plus larges en-haut qu’en-bas. Voyez Cromorne, & la figure Pl. d’orgue.

Clairon, jeu d’anches de l’orgue, sonne l’octave au-dessus de la trompette & l’unisson du prestant, & par conséquent le 4 pié ; ce jeu est d’étain, & est plus ouvert que la trompette. Voyez Clairon, & la figure Pl. d’orgue.

Voix angélique, sonne l’unisson du prestant ou le 4 pié, & l’octave de la voix humaine à laquelle elle est semblable : ce jeu est d’étain, & est à anches. Voyez Voix angélique, & la figure Pl. d’orgue.

Trompette de récit, sonne l’unisson de la trompette, & par conséquent le 8 pié : ce jeu qui est d’étain n’a que les deux octaves des dessus & des tailles. Voyez Trompette de récit, & la figure qu’il faut imaginer plus petite.

Tous ces jeux de l’orgue sont accordés entre eux, comme il est dit au mot Accord, & à leurs articles particuliers. Dans les orgues complets il y a encore les jeux suivans, qu’on appelle pédales, parce que c’est avec le pié qu’on abbaisse les touches du clavier de pédale qui les fait parler ; ces jeux sont,

La pédale de 4 ou de 4 piés, sonne l’unisson du prestant. Lorsqu’il y a ravalement, le ravalement descend à l’unisson du 8 piés ; les basses de ce jeu se font en bois, & les dessus en plomb tous ouverts. Voyez l’article Pédale de 4, & la figure Planche d’orgue.

Pédale de clairon, jeu d’anche ; ce jeu qui est d’étain, sonne l’unisson de la pédale de 4, & l’octave de la pédale de trompette. Voyez Pédalle de clairon.

Pédale de 8, autrement nommée pédale de flûte, sonne l’unisson du 8 pié ; les basses de ce jeu sont en bois, & on ne les bouche pas par le haut avec un tampon ; les dessus sont de plomb. Voyez Pédalle de 8 ou de Flûte.

Pédale de trompette, jeu d’anche, sonne l’unisson du 8 piés, & par conséquent l’unisson de la trompette, dont elle ne differe qu’en ce qu’elle est de plus grosse taille : ce jeu est d’étain. Voyez Pédale de trompette.

Pédale de bombarde, jeu d’anche, ne se met que dans des orgues bien complets ; elle sonne l’unisson de la bombarde, & par conséquent du 16 piés. Ce jeu est d’étain ou de bois ; s’il y a ravalement au clavier de pédale, le ravalement de la bombarde entre dans le 32 piés. Voyez Pédalle de bombarde, & la figure Pl. d’orgue.

Tous ces jeux sont rangés sur les sommiers ou pieces gravées, en telle sorte que l’organiste laisse aller le vent à tel jeu qu’il lui plaît, en ouvrant le registre qui passe sous les piés des tuyaux, & à tel tuyau de ce jeu qu’il lui plaît, en ouvrant la soûpape qui ferme la gravûre sur laquelle le tuyau répond. Voyez Sommier de grand Orgue, & l’article Orgue.

On laisse partir ordinairement plusieurs jeux à-la-fois, ce qui forme des jeux composés ; le principal des jeux composés s’appelle plein jeu, qui est la montre & le bourdon de 16 piés, le bourdon de 8 piés ouvert, le prestant, la doublette, la fourniture, la cimballe & la tierce.

Les autres jeux composés sont à la discrétion des Organistes qui les composent chacun à leur gré, en prenant dans le nombre presque infini de combinaisons qu’on en peut faire celles qui leur plaisent le plus, ce dont ils s’apperçoivent en tâtant le clavier. Cependant on peut dire que de toutes les combinaisons possibles de ces différens jeux pris 2 à 2, 3 à 3, 4 à 4, &c. quelqu’unes doivent être exclues : telles, par exemple, que celles dont les sons correspondans à une même touche, forment une dissonance comme les tierces & la quarte de nazard. Voyez la table générale du rapport & de l’étendue des jeux de l’orgue.

Jeu, terme de Fauconnerie. On dit donner le jeu aux autours, c’est leur laisser plumer la proie.

Jeu, terme de tripot ; c’est une division d’une partie de paume : les parties sont ordinairement de huit jeux ; chaque jeu contient quatre coups gagnés ou quinze ; le premier se nomme quinze ; le second trente ; le troisieme quarante-cinq ; & le quatrieme jeu. Quand les joueurs ont chacun un quinze, on dit qu’ils sont quinzains ; quand ils ont chacun trente, on dit qu’ils sont trentains ; quand ils ont chacun quarante-cinq, cela s’appelle être en deux ; & pour lors il faut encore deux coups gagnés de suite pour avoir le jeu : le premier se nomme avantage, & le second jeu.

Lorsque les deux joueurs ont chacun sept jeux, ils sont ce qu’on appelle à deux de jeu ; alors la partie est remise en deux jeux gagnés de suite, dont le premier se nomme avantage de jeu.

Cette acception du mot jeu, est commune à presque tous les jeux qui se jouent par parties. La partie est composée de plusieurs jeux, & celui qui le premier a gagné ce nombre de jeux a gagné la partie.

Jeu (l’île d’,) Géog. petite île de l’Océan, sur les côtes de Poitou, à environ 13 lieues de la contrée qu’on nomme l’Arbauge ; c’est à tort que quelques-uns appellent cette île l’île de l’Oie, d’autres l’île des Œufs, d’autres l’île-Dieu, d’autres enfin, l’île de Dieu ; il faut dire l’île-Dieu, suivant M. de Valois, dans sa not. Gall. p. 390. (D. J.)

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Étymologie de « jeu »

Étymologie de jeu - Littré

Provenç. joc, juec, juoc ; catal. jog ; espag. juego ; portug. jogo ; ital. giuoco, du latin jocus. De même que jam est pour diam, Joris pour Diovis, jocus est pour diocus ; sanscr. div, jouer.

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Étymologie de jeu - Wiktionnaire

Du latin jocus (« plaisanterie, badinage, le Jeu personnifié »)
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Phonétique du mot « jeu »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
jeu ʒø play_arrow

Citations contenant le mot « jeu »

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  • Le sondage est le jeu de mots des chiffres. De Albert Brie / Le mot du silencieux
  • Le jeu de l’acteur est une forme de confusion. De Tallulah Bankhead
  • On ne joue pas en assistant à un jeu. De Proverbe baoulé
  • L'ironie est surtout un jeu d'esprit. L'humour serait plutôt un jeu du coeur, un jeu de sensibilité. De Jules Renard / Journal 1893 - 1898
  • L’art est un jeu d’enfant. De Max Ernst
  • Le mariage, un petit jeu de satiété. De Henri Duvernois
  • Celui qui boit perd au jeu. De Sagesse chinois
  • Dette de jeu, dette d’honneur. De Proverbe québécois
  • La science est un jeu dont la règle du jeu consiste à trouver quelle est la règle du jeu. De François Cavanna / Le saviez-vous ?
  • Jeu des nuages - jeu de la nature, essentiellement poétique. De Novalis / Fragments
  • Jeu de main, jeu de vilain. De Proverbe français
  • C'est le vrai droit du jeu de tromper le trompeur. Charles Perrault, Fables, le Chien, le Coq et le Renard
  • Les jeux des enfants ne sont pas des jeux, et les faut juger en eux comme leurs plus sérieuses actions. Michel Eyquem de Montaigne, Essais, I, 23
  • Le bonhomme disait : Ce sont là jeux de prince. Jean de La Fontaine, Fables, le Jardinier et son Seigneur
  • Créer n'est pas un jeu quelque peu frivole. Le créateur s'est engagé dans une aventure effrayante qui est d'assumer soi-même jusqu'au bout les périls risqués par ses créatures. Jean Genet, Journal du voleur, Gallimard
  • Le jeu n'a pas d'autre sens que lui-même. Roger Caillois, Les Jeux et les hommes, Gallimard
  • Ce que l'art est tout d'abord, et ce qu'il demeure avant tout, est un jeu. Georges Bataille, Lascaux ou la naissance de l'art, Skira
  • Ce sont là jeux de prince : On respecte un moulin ; on vole une province. François Andrieux, Le Meunier sans souci

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Traductions du mot « jeu »

Langue Traduction
Corse ghjocu
Basque game
Japonais ゲーム
Russe игра
Portugais jogos
Arabe لعبه
Chinois 游戏
Allemand spiel
Italien gioco
Espagnol juego
Anglais game
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Synonymes de « jeu »

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