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Jeu

Variantes Singulier Pluriel
Masculin jeu jeux

Définitions de « jeu »

Trésor de la Langue Française informatisé

JEU, subst. masc.

I. − Activité divertissante, soumise ou non à des règles, pratiquée par les enfants de manière désintéressée et par les adultes à des fins parfois lucratives :
1. Le jeu est partout. Il semble impossible d'imaginer qu'on puisse un jour découvrir un groupe humain dans l'existence duquel l'activité de jeu serait totalement absente. Les jeux sont des constantes de culture dont les formes peuvent varier d'une aire culturelle à une autre. Mais, par-delà cette diversité infinie, l'universalité du jeu le désigne comme un élément fondamental de la condition humaine. Le jeu est un invariant humain. Jeux et sports,1967, p. 1157.
A. − Activité désintéressée, destinée à faire passer agréablement le temps à celui qui s'y livre.
1. Activité ludique essentielle chez l'enfant, spontanée, libre et gratuite. Les jeux naïfs et innocents de l'enfance valent mieux que les études pénibles et jalouses des hommes (Bern. de St-P., Harm. nat.,1814, p. 127).Dans nos jeux il n'était pas question d'autre chose que de faire du mouvement et du bruit (Sand, Hist. vie, t. 2, 1855, p. 447).Les jeux des enfants sont de graves occupations. Il n'y a que les grandes personnes qui jouent (Barbusse, Feu,1916, p. 98):
2. J'aimais les jeux abhorrés des mères et que les surveillants interdisent tôt ou tard, pour le désordre qui s'y mêle, les jeux sans règle ni frein, les jeux violents, forcenés, pleins d'horreur. France, Pt Pierre,1918, p. 251.
SYNT. Jeu brutal, bruyant; jeu enfantin, puéril; camarade, meneur de jeu; salle de jeux; jouer à un (des) jeu(x), inventer des jeux; jeu d'imagination, d'initiation, de manipulation; les jeux et les ris (poét.).
En partic.
Jeu de bascule. Jeu de balançoire. Au fig. V. bascule A 1.
Jeux de main(s). Jeux où l'on échange de légers coups. Au fig. Démonstration affective ou sensuelle se traduisant par des gestes libertins. C'était un charme continuel à la (...) toucher, des plaisanteries, des taquineries, les jeux de main d'un homme qui voudrait reprendre une femme (Zola, Pot-Bouille,1882, p. 260).Loc. proverbiale. Jeux de mains, jeux de vilain. Les affrontements brutaux ne sont pas de mise entre gens de bonne compagnie et finissent généralement mal.
P. anal. Jeux amoureux, jeux de l'amour. Ébats, divertissements propres aux amoureux. Les jeux d'amour tenaient fort peu de place dans les préoccupations du ménage Haudouin (Aymé, Jument,1933, p. 25).
En mauvaise part. Divertissement que l'on se procure aux dépens de quelqu'un d'autre. Un de ses jeux favoris était de plonger les jeunes chats dans l'eau bouillante (Gobineau, Nouv. asiat.,1876, p. 21).
Au fig. (Jouer) un jeu abominable, cruel, féroce, terrible. Si vous m'aimez, cessez un jeu cruel. Vous me tueriez (Balzac, Langeais,1834, p. 335).
Loc. fig. Ce sont là jeux de princes [P. allus. à la fable de La Fontaine Le Jardinier et son Seigneur] Ce sont des divertissements réservés aux puissants, souvent au détriment des plus faibles. Le bonhomme disait du temps de La Fontaine : Ce sont là jeux de princes, et on le laissait dire (Courier, Pamphlets pol., Au réd. Courrier français, 1823, p. 198).
2. Activité ludique organisée à des fins pédagogiques ou thérapeutiques. Jeu dirigé, symbolique; thérapie par le jeu. Quels sont donc la nature et le but de ces jeux éducatifs? Ils constituent évidemment une introduction au travail scolaire (Jeux et sports,1967, p. 143).
En partic., ÉCON. Jeu d'entreprise. Nés officiellement en 1944, les jeux d'entreprises furent au début, des jeux d'entraînement des dirigeants de société à l'échelon le plus élevé, pour leur formation à la gestion économique et à l'administration générale (Mucch.Sc. soc.1969).
3. Activité ludique organisée autour d'une partie comportant généralement des règles, des gagnants et des perdants. Est-ce que tu sais jouer à la main chaude, toi? Albine savait jouer à tous les jeux (Zola, Faute Abbé Mouret,1875, p. 1355).On demandait les cartes pour un jeu de piquet. On s'essayait aux fléchettes, aux boules, au javelot (Van der Meersch, Empreinte dieu,1936, p. 112):
3. Vous connaissez le jeu du furet. Tout le monde fait cercle, les mains sont fermées sur la corde, on ne voit rien, mais les mains sont complices, le furet court, glisse au long de la corde, repasse, tourne inlassablement. Gracq, Syrtes,1951, p. 102.
SYNT. Jeux de plein air (jeu(x) d'adresse, de groupe, d'équipe; jeu(x) de balle(s), de billes, de cache-cache, de colin-maillard, de marelle, de piste); jeux d'intérieur (jeu de patience, de société, de cartes; jeu de dames, de dés, d'échecs, de l'oie); jeux sportifs; la règle du jeu; gagner, perdre au jeu; respecter le jeu; sortir du jeu.
SPORTS
Jeu à XIII. Sport dérivé du rugby, chaque équipe se composant de treize joueurs. La fédération française de jeu à XIII (Lar. encyclop.).
TENNIS. Chacune des divisions de la partie. Le joueur qui le premier gagne six jeux gagne le set, à condition qu'il ait alors deux tours d'avance sur son adversaire (Définitions adoptées par l'Assemblée générale de la Fédération internationale de Lawn-Tennis le 12 juillet 1950 ds H. Cochet, Le Tennis, P.U.F., Paris, 1978, p. 87).
MATH. Théorie des jeux. ,,Théorie mathématique qui cherche à définir un comportement rationnel des joueurs, par l'analyse de leurs décisions`` (Cotta 1972).
Expr. et loc. fig.
C'est la règle du jeu. Ce sont les conventions établies par le jeu. Il trouverait normal d'être châtié. C'est la règle du jeu (Camus, Sisyphe,1942, p. 103).
Fam. Ce n'est pas « de jeu ». Ce n'est pas dans les règles établies par la coutume, les habitudes de la vie. C'est pas de jeu parce qu'un type couche avec vous de vouloir le garder pour toujours et tout à fait (Claudel, Échange,1954, II, p. 769).
Entrer en jeu. Participer, intervenir. L'estomac, dit-on, n'entre pas en jeu sur son ordre [du cerveau] (Durkheim, Divis. trav.,1893, p. 205).
D'entrée de jeu (v. entrée I B 3).
Jouer le jeu. Accepter la partie dans les règles établies par les conditions préalables. Je me demandais ce qui allait se produire entre nous. Mais déjà je me ressaisissais, je jouais le jeu (Jouve, Scène capit.,1935, p. 220).
Mener le jeu. Prendre l'avantage, le dessus dans une situation précise. Celui qui parle fort ou celui qui parle bien, mène le jeu (Valéry, Mauv. pens.,1942, p. 214).
(Se) piquer au jeu. Poursuivre une entreprise avec opiniâtreté malgré les difficultés rencontrées. C'est mon impatience de m'en aller qui la pique au jeu et lui fait trouver du plaisir à prolonger une causerie sans but (Constant, Journaux,1804, p. 142).
Tirer son épingle du jeu. V. épingle B 1 b.
4. Distraction, délassement faisant plus spécialement appel aux facultés de mémoire et d'érudition. Jeux intellectuels, jeu(x) de salon, de société; jeu(x) d'esprit. « Le hasard de la rime, qui fait dans un salon le jeu des bouts-rimés, devient chez un Hugo la chance miraculeuse qui se renouvelle à chaque distique » (Thibaudet, Réflex. litt.,1936, p. 232).
En partic.
LITT. (Moy. Âge).
[xiiies., en France du nord] Composition dramatique (qui peut être en même temps sérieuse et comique). Jeu de Robin et de Marion, Jeu de la Feuillée. L'emploi assez indéterminé du mot « jeu » correspond au flottement des genres dramatiques à l'époque considérée, puisqu'il s'applique aussi bien à la pièce de Jean Bodel, le Jeu de Saint-Nicolas qu'au théâtre purement laïque d'Adam de la Halle (J. Frappier, Le Théâtre profane en France au Moyen-Âge, xiiieet xivesiècles, Paris, Centre de docum. universitaire, s.d., p. 12).
Jeu-parti. Pièce lyrique normalement formée de six couplets suivis de deux envois, dans laquelle deux partenaires débattent d'un sujet le plus souvent relatif à l'amour, en développant chacun une thèse opposée. Dans les genres de moindre étendue (...) vous remarqueriez les chansons, lais, complaintes (...) les jeux-partis, les proverbes, dicts et sentences (Sainte-Beuve, Prem. lundis, t. 3, 1869, p. 380).
Au fig., vx. Voir beau jeu. Être témoin d'un beau spectacle. P. antiphrase. Je voudrois bien que quelqu'un s'avisât de parler mal de vous devant moi!... Nous verrions beau jeu, vraiment (Guilbert de Pixer., Victor,1798, I, 4, p. 11).
Vieilli. Les jeux de la scène. La représentation d'une pièce de théâtre.
5. P. anal.
a) [En parlant d'une activité assimilée à un jeu pour sa facilité, son côté plaisant ou superficiel]
α) [Chose facile à réaliser] Supposé qu'on profite d'un instant de sommeil pour lui imposer de nouvelles chaînes, ce sera un jeu pour elle de les briser (Renan, Avenir sc.,1890, p. 30).La brume? Mais c'est presque un jeu d'enfant de la traverser lorsqu'il n'y a rien devant que... que des morutiers (Peisson, Parti Liverpool,1932, p. 128).Écrire ne pouvait être pour lui ce petit jeu, cette distraction, ce bavardage (Guéhenno, Jean-Jacques,1952, p. 26).
β) [Plaisanterie] Par jeu, par manière de jeu. Par plaisanterie. Brandissant un rasoir ouvert, le petit comte feignait par jeu de se le passer sur la gorge (Bourges, Crépusc. dieux,1884, p. 57).Deux ou trois gamins du bourg, par manière de jeu, s'approchèrent à pas de loup (Alain-Fournier, Meaulnes,1913, p. 51).
Se faire un jeu de. Accomplir une tâche avec aisance; traiter un sujet sérieux avec légèreté. La religion, dont elle s'était fait un jeu toute sa vie, lui devint un amusement nécessaire (Sand, Valentine,1832, p. 246).
b) [Avec déterminant]
Jeu de mots. Procédé linguistique se fondant sur la ressemblance phonique des mots indépendamment de leur graphie et visant à amuser l'auditoire par l'équivoque qu'il engendre. L'esprit sourit aux jeux de mots; la raison même ne les désapprouve pas, quand ils renferment un sens également juste sous leur double acception (Jouy, Hermite, t. 5, 1814, p. 225):
4. On prétend que M. D'Aguesseau lui dira : « Monsieur, je suis ici à cause de mon grand-père. − Et moi, répondra M. Beauzée, à cause de ma grand'maire. » L'orthographe est un peu blessée, mais ce genre de jeu de mots est tellement à la mode aujourd'hui, que je n'ai pu me refuser à en citer un exemple. Staël, Lettres jeun.,1788, p. 227.
Jeu d'écriture. Opération comptable sans mouvement de fonds et dans laquelle la même somme est portée au crédit et au débit d'un compte. Sabatani et (...) autres hommes de paille, lesquels payaient seulement par des jeux d'écriture (Zola, Argent,1891, p. 410).
6. P. métaph. ou au fig.
a) [En emploi abs.] L'amour, même borné à cela, est un jeu infiniment plus subtil que le polo (Anouilh, Répét.,1950, III, p. 69).
P. méton. Source d'amusement. Cet homme pur comme le jour, (...) c'est lui qui allait être mon jeu et mon aventure constante (Giraudoux, Sodome,1943, I, 1, p. 34).
b) [Suivi d'un compl. déterminatif] Fonctionnement capricieux aux résultats aléatoires. Jeu de l'imagination, de la fortune, de la plume. Dans le jeu mystérieux de l'intelligence et du hasard, comme dans toutes les parties, il faut examiner un peu les chances du joueur (Valéry, Variété IV,1938, p. 100).
Les jeux de la nature. Anomalies, curiosités que la nature a produites comme pour s'amuser. Desmahis la regardait, surpris et amusé du jeu bizarre de la nature qui avait construit cette fille en largeur (France, Dieux ont soif,1912, p. 132).
B. − Activité intéressée, fondée sur l'adresse ou le hasard, réservée aux adultes qui engagent une certaine somme dans l'espoir de réaliser des gains plus ou moins importants.
1. Au sing. Le jeu.
a) Ensemble des jeux où l'on risque de l'argent. Avoir la passion (la fureur, le démon) du jeu, pour le jeu; s'adonner au jeu; gagner, perdre, se ruiner au jeu; dettes de jeu. Elle vécut noyée de dettes, et ruinée par la passion du jeu (Bourges, Crépusc. dieux,1884, p. 40).
b) P. méton. Somme d'argent engagée dans une partie. Synon. enjeu.Il joue gros jeu, loue des loges aux spectacles, donne à dîner (Soulié, Mém. diable, t. 2, 1837, p. 62).
Loc. Le(s) jeu(x) est (sont) fait(s). La mise est faite, il n'est plus temps de modifier la partie :
5. Le banquier oublia de dire ces phrases (...) : − Faites le jeu! − Le jeu est fait! − Rien ne va plus. Le tailleur étala les cartes, et sembla souhaiter bonne chance au dernier venu, indifférent qu'il était à la perte ou au gain fait par les entrepreneurs de ces sombres plaisirs. Balzac, Peau chagr.,1831, p. 10.
Au fig. Il n'y a plus rien à faire. Dans le fond, il sait aussi bien que moi que les jeux sont faits! Que tout est perdu (Martin du G., Thib., Été 14, 1936, p. 511).
Le jeu n'en vaut pas la chandelle. V. chandelle B 4.
(Y aller) bon jeu, bon argent. Jouer franchement; agir avec courage et hardiesse. Ils risquent quelque chose, ceux-là. Ils jouent leur peau, leur liberté! Ils y vont bon jeu, bon argent (Goncourt, Mauperin,1864, p. 203).
P. ell. [Appliqué à une pers.] Cet homme-là, de l'acier trempé, du diamant, un marin bon jeu bon argent (Hugo, Travaill. mer,1866, p. 422).
Être en jeu (au fig.). Être engagé dans une affaire qui peut comporter des risques. Mon bonheur, ma tranquillité sont en jeu (Stendhal, Rouge et Noir,1830, p. 459).Vos jugements se modifient dans un sens ou dans l'autre, quand vos intérêts sont en jeu (Ménard, Rêv. païen,1876, p. 215):
6. Il m'a trop fait comprendre que je lui avais été lourd, et qu'est-ce que je serais devenu sans lui! Et jusqu'à me rappeler comme j'avais peur quand je me suis réfugié à Rimini; peur? ma tête était en jeu, il était naturel que j'eusse peur, il me semble. Montherl., Malatesta,1946, IV, 4, p. 516.
Mettre en jeu (au fig.). Engager une chose importante dans une affaire généralement sérieuse. Mettre sa vie, son honneur, sa responsabilité en jeu. Il voulait que sa fille fût comtesse; et, pour y parvenir, sans mettre en jeu le bonheur de son enfant, il ne connaissait pas d'autre jeune homme que celui-là (Flaub., Éduc. sent.,1869, p. 53).
2. Au plur. ou suivi d'un déterminatif
a) Jeux de hasard. Ensemble des jeux fondés non pas sur l'adresse du joueur mais uniquement sur la chance.
Maison de jeu(x). Établissement réglementé (casino, cercle) dans lequel on joue à certains jeux de hasard (baccara, poker, tarot, roulette) et soumis à un contrôle sévère (brigade, police des jeux). Depuis qu'on a détruit les maisons de jeu on joue partout (Dumas Fils, Dame Camélias,1848, p. 173).
b) Jeux proposés par l'État, fondés sur le pur hasard et où le gain est généralement proportionnel à la mise (loterie nationale, loto).
c) Jeux proposés, après sélection, à des candidats dont l'intelligence, la perspicacité ou la chance peuvent leur permettre de remporter des lots en espèces ou en nature. Jeux radiophoniques, télévisés; jeux-concours (v. concours II C). Parmi les principales émissions de jeux, il y a lieu de citer (...) Télé-Pok, Gros lot, l'Homme du xxesiècle (Bailly-Roche, 1967).
d) Littér. Jeux floraux. Concours de poésie institué au xivesiècle à Toulouse et distribuant ses prix le trois mai de chaque année. Les instances seules de quelques amis avaient pu me décider à envoyer à l'académie des jeux floraux l'ode de Moïse (Hugo, Corresp.,1820, p. 307).
3. P. anal. Jeu de bourse. Spéculation sur le cours des valeurs en bourse. Synon. agiotage.La spéculation, le jeu à la Bourse, eh bien! j'en ai une terreur folle (Zola, Argent,1891, p. 120).
C. − P. méton. Matériel ludique.
1. Ensemble des pièces nécessaires pour jouer. Delion, demeurant (...) à Paris, et tenant un magasin de jeux au détail (D'Allemagne, Récr. et passe-temps,1904, p. 162).Esdras avait été chercher le jeu de cartes; des cartes au dos rouge pâle, usées aux coins (Hémon, M. Chapdelaine,1916, p. 85):
7. ... il y avait des jeux de dames, faits avec des mouchoirs où l'on avait noirci des carreaux noirs et des rondelles de draps de deux couleurs; des jeux de jonchets, avec des brindilles de balais; des jeux de jaquet avec des dés en savon; des jeux de dominos avec je ne sais quoi. Goncourt, Journal,1872, p. 867.
SYNT. Jeu de billard, de boule(s), de croquet, d'échecs, de dés, de l'oie, d'osselets, de patience, de quilles, de tric-trac; jeux électriques, électroniques.
Jeu(-)vidéo. Jeu où les mouvements de pièces mobiles sont commandés électroniquement et visualisés sur un écran vidéo. En janvier de cette année s'est tenu à Las Vegas, la patrie du jeu, le plus grand Salon électronique du monde dans lequel les jeux vidéo occupaient à côté du vidéodisque une place de choix (Sciences et Avenir,1981, nospéc. 35, p. 28).
P. méton. Espace délimité aménagé pour la pratique de certains jeux. Jeu de boule(s) (synon. boulodrome). Les délégués du peuple (...) s'assemblent dans un jeu de paume (Marat, Pamphlets, Dénonc. Necker, 1790, p. 81).Les maisons encadrent une petite place de terre battue, aire commune, et jeu de boules (Giono, Colline,1929, p. 13).
Loc. (Être reçu) comme un chien dans un jeu de quilles. V. chien II B 2 b.
Être hors jeu. Dépasser les limites imposées par le jeu (généralement un sport; cf. le subst. hors-jeu). Au fig. Je disais à mon ami que de savants hommes courent bien plus de risques que les autres, puisqu'ils font des paris et que nous restons hors jeu (Valéry, Variété [I], 1924, p. 184).
2. [Au jeu de cartes] Au sing. Série de cartes que reçoit chaque joueur au début de la partie et qui contribue (conjointement à son habileté stratégique) à le faire perdre ou gagner. Avoir du jeu; ne pas avoir de jeu, avoir des atouts dans son jeu; abattre son jeu, voir dans le jeu de l'adversaire. Mais le chef de bureau, sans entendre, annonçait son jeu. − Une quinte majeure en trèfle (Zola, E. Rougon,1876, p. 144):
8. C'est ce coup-ci que la partie se gagne ou se perd. escartefigue : C'est pour ça que je me demande si Panisse coupe à cœur. césar : Si tu avais surveillé le jeu, tu le saurais. panisse, outré. : Eh bien, dis donc, ne vous gênez plus! Montre-lui ton jeu puisque tu y es! césar : Je ne lui montre pas mon jeu. Je ne lui ai donné aucun renseignement. Pagnol, Marius,1931, III, 1ertabl., 1, p. 155.
Loc. fig.
Avoir beau jeu, avoir un beau jeu en mains, avoir des atouts dans son jeu. Engager une affaire avec des avantages de départ. Comme les Danton, les Robespierre, les Marat dormaient en paix, les soldats allaient avoir beau jeu (Erckm.-Chatr., Hist. paysan, t. 2, 1870).Il y a chez J.-E. Blanche quelque chose de content, de facile de léger (...). Blanche a par trop d'atouts dans son jeu (Gide, Journal,1916, p. 565).
Cacher son jeu. V. cacher I A 1.
Découvrir, montrer, laisser voir son jeu. Avouer franchement les mobiles de ses actes. Solliciter n'a plus de sens. On doit abattre grossièrement ses cartes, montrer son jeu (Bernanos, Joie,1929, p. 628).
(Jouer) jeu sur table; jouer, y aller franc jeu. (Jouer) franchement, sans détour. Voyons. Jeu sur table, mylord. Je vous ai dit vos affaires, je vais vous dire les miennes (Hugo, M. Tudor,1833, Journée 1, 6, p. 52).Je veux bien jouer avec toi; mais franc jeu (Gide, Faux-monn.,1925, p. 1048).
Lire, voir clair dans le jeu (de qqn). Deviner ses intentions. Oh! Je vois clair dans leur jeu. Ils veulent me pousser à bout, me forcer à un éclat, me faire fuir... (Farrère, Homme qui assass.,1907, p. 287).
(Il y a qqc.) sous jeu (vieilli). Il y a quelque chose qui se trame, que l'on veut dissimuler. Je vois bien qu'il y a sous jeu quelque chose qu'on me cache (Sand, Mllede la Quintinie,1863, p. 57).
En partic., CARTOMANCIE
Jeu de cartes nécessaire à la consultation (tarots). Elle prit son grand jeu, le mêla convulsivement, et le fit couper par MmeCibot (Balzac, Cous. Pons,1847, p. 127).
Faire, jouer le grand jeu. Prédire l'avenir selon la disposition des cartes du tarot :
9. Deux jeunes filles de Baltimore vont consulter une voyante à Washington. La bonne dame leur fait le « grand jeu », mais ne prédit l'avenir qu'à l'une d'elles et non à l'autre. Green, Journal,1942, p. 197.
Au fig. Déploiement, mise en action de tous les moyens pour parvenir à ses fins. Alors, c'est le grand jeu; il dit qu'il a trois enfants, qu'il est homme de devoir, et ne veut pas descendre au-dessous de sa tâche (Vercel, Cap. Conan,1934, p. 149).
3. P. anal. [Dans le tour un jeu de] Assortiment, série complète d'objets destinés à un usage identique ou complémentaire. Un jeu d'avirons, de brosses, de clés. Tout le jeu de voiles, tendu sous les brises de l'ouest, vint en aide à l'infatigable vapeur emmagasinée dans la chaudière (Verne, Enf. cap. Grant, t. 2, 1868, p. 16).Un jeu de chaussettes de soie était disposé en éventail (Huysmans, À rebours,1884, p. 167).
Plus rarement. [Suivi d'un compl. désignant un animé] Une série, un jeu de personnages et de situations (Larbaud, Jaune,1927, p. 261).Tout un jeu de canards dressés pour la chasse, une dizaine en tout (Guèvremont, Survenant,1945, p. 81).
Spécialement
DOCUM. Jeu de fiches. « Ensemble de fiches rédigées pour la description et l'analyse d'un ouvrage et destinées à être intercalées dans les différents catalogues » (Rolland-Coul. 1969). Le jeu de cartes doit progresser en même temps que le jeu de fiches et refléter à chaque instant l'état de la documentation (Griaule, Méth. éthnogr.,1957, p. 79).
IMPR. Jeu d'épreuves. Série d'épreuves destinées à la correction et à la mise en page d'un ouvrage. Il aurait besoin de recevoir un jeu d'épreuves de l'Amiel (Du Bos, Journal,1926, p. 138).
INFORMAT. Jeu de caractères. « Ensemble convenu et fini de caractères reconnus par les circuits d'un ordinateur ou d'une unité d'entrée-sortie » (Informat. 1972). Jeu de cartes. Ensemble ordonné ou non de cartes perforées correspondant à un programme ou à un groupe de données. Un jeu de cartes d'objet perforées ou traitées de quelque autre manière permettant la recherche suffit (Jolley, Trait. inform.,1968, p. 146).
MUS. Jeu d'orgue. Série de tuyaux de même timbre actionnés par chacune des touches du clavier ou du pédalier. Jeu simple, composé; grand jeu; plein jeu. Dans l'espèce de tuyaux d'orgues nommée jeux d'anche, l'air n'entre dans le tube qu'en déplaçant une lame élastique de métal (Cuvier, Anat. comp., t. 4, 1805, p. 451).Il actionne les pédales, il tire les jeux, il prend mesure de l'instrument avec son corps (Merleau-Ponty, Phénoménol. perception,1945, p. 170).
P. anal., SPECTACLE. Loge du chef éclairagiste où se trouvent aujourd'hui toutes les commandes électriques du théâtre et où étaient initialement installés les tuyaux de plomb servant à la distribution du gaz qui donnaient l'impression d'une façade d'orgue. Cet endroit où stationne le chef de l'éclairage se nomme : le jeu d'orgue (Moynet, Machinerie théâtr.,1893, p. 245).
II. − Manière de jouer ou de se conduire.
A. − Manière de jouer d'un instrument, de pratiquer un sport ou de manier une arme.
1. Art de jouer d'un instrument de musique. Jeu lié, naturel, nuancé, souple. M. Boldini, dont le jeu est plus nerveux, le virtuosisme plus expressif (Huysmans, Art. mod.,1883, p. 202):
10. Il avait de petites mains courtes et rouges avec lesquelles, presque sans agiter les doigts, il semblait pétrir le piano. Son jeu ne rappelait rien que j'eusse jamais entendu ou que je dusse jamais entendre... Gide, Si le grain,1924, p. 459.
2. Technique propre à un sport; art de manier une arme. Jeu de jambes. C'est une belle épée. Son jeu est net. Il a de l'attaque, pas de feintes perdues, du poignet (Hugo, Misér., t. 1, 1862, p. 797).Le jeu de tête. C'est le complément du jeu de pied. On utilise le front pour contrôler, mais surtout pour frapper une balle aérienne (J. Mercier, Football,1966, p. 54).
B. − THÉÂTRE, CIN.
1. Jeu des acteurs. Manière de jouer propre à chaque artiste. C'est (...) comme le jeu des acteurs, qui ne paraît vrai sur la scène qu'à la condition de dépasser ou d'atténuer beaucoup la réalité (Sand, Hist. vie,t. 2, 1855, p. 264).
Être vieux jeu. Jouer à l'ancienne mode. Au fig. Avoir des habitudes de vie ou de pensée surannées. Oh! Moi, je suis un journaliste vieux jeu, appartenant aux théories antiques... (Goncourt, Journal,1889, p. 925).
2. Jeu de scène. Indication scénique placée par l'auteur à un moment donné de la pièce pour préciser un geste à faire, une attitude, un ton à prendre par exemple. Je me rappelle comme mes doigts tremblaient en arrivant à cet endroit de la partition souligné par un jeu de scène : « Lohengrin embrasse tendrement Elsa... » (Gracq, Beau tén.,1945, p. 124).
3. P. anal. Jeux de physionomie. Expressions diverses de la physionomie pour traduire les états d'âme successifs. Une singulière vivacité de tournure et (...) un jeu mobile de physionomie (Sainte-Beuve, Tabl. poés.,1828, p. 109).Le frère répéta son jeu de paupière, en l'accentuant (Zola, Faute Abbé Mouret,1875, p. 1494).
C. − Au fig. Manège, tactique visant à servir ses propres intérêts. (Jouer) un jeu serré, subtil. Elle gardait une réserve inexplicable; et il voyait là un jeu de coquette (Zola, Pot-Bouille,1882, p. 68).Changeant de jeu, elle s'approcha de lui, risqua quelques caresses (Arland, Ordre,1929, p. 405):
11. Pourquoi ne voulez-vous pas me voir autre part que dans ce salon au moment des répétitions? Quel jeu jouez-vous si c'est vrai que je ne vous ennuie pas? lucile : Aucun jeu, je vous l'assure Quand j'aimerai un homme, à la minute où je le saurai, je ferai tout pour lui faire plaisir, comme vous dites, et je serai tout de suite à lui sans jeu. Anouilh, Répét.,1950, II, p. 39.
Expr. et loc.
a) Entrer dans le jeu de (qqn). Adopter la même ligne de conduite. Elle veut que je lui force la main et moi je répugne à entrer dans son jeu (Beauvoir, Mandarins,1954, p. 60).
b) Faire, jouer le jeu de (qqn). Aboutir, par ses actes, à favoriser les intérêts de (qqn). En déclarant la guerre, c'est le jeu de l'Angleterre que vous jouez (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 720).
c) Jouer un double jeu. Tenir deux rôles, avoir deux attitudes opposées dans la même affaire. Si tu veux paraître jouer un double jeu et tenir double rôle, joue le tien (Valéry, Mauv. pens.,1942, p. 181).
d) Se (laisser) prendre au jeu de (qqn). Se laisser séduire par ses manières d'agir. On se prend à son jeu, c'est le charme!... (Rostand, Cyrano,1898, IV, 4, p. 167).
e) Se prêter au jeu de (qqn), à un jeu. [Dans une situation donnée] Accepter de jouer un rôle, un personnage. Il s'était prêté quelque temps à ce jeu, qu'elle avait l'art de rendre encore plus pénible qu'agréable et glorieux (Sainte-Beuve, Port-Royal, t. 4, 1859, p. 449).
III. − Aisance dans le fonctionnement d'une chose ou de plusieurs choses entre elles.
A. − Facilité de mouvement d'une pièce, d'un organe dans (ou sur) une autre.
1. Emplois techn.
a) ANAT., PHYSIOL. Il faut rétablir la santé et le jeu de tous les organes (Sieyès, Tiers état?1789, p. 93).Elles [les vertèbres cervicales] forment de simples anneaux, entre lesquels il y a beaucoup de jeu (Cuvier, Anat. comp., t. 1, 1805, p. 161).
b) MÉCAN. Il est bien permis d'étudier la disposition, le jeu, les engrenages d'un mécanisme (Ruyer, Esq. philos. struct.,1930, p. 58).
Jeu des pistons. Espace parcouru par le piston en action. Vois les machines, le jeu des pistons dans les cylindres; ce sont des Juliette en fonte, des Roméo d'acier (Huysmans, Là-bas, t. 2, 1891, p. 56).
2. Locutions.
a) Avoir du jeu. Se mouvoir avec aisance dans un espace défini. [Dans un cont. métaph.] L'esprit de l'homme est un outil peu efficace, qui a du jeu, et qui s'échauffe volontiers à forcer le vide (Arnoux, Chiffre,1926, p. 207).
b) Donner du jeu à. Faciliter le bon fonctionnement d'une pièce en lui donnant plus d'espace pour se mouvoir. P. métaph. Le style est inégal et trop méthodique. On aperçoit trop les écrous qui serrent les planches de la carène. Il faudra donner du jeu (Flaub., Corresp.,1853, p. 131).
3. P. ext. Marche, fonctionnement régulier d'un mécanisme quelconque. Grâce à l'obliquité de l'axe terrestre (...) se produit le jeu des saisons (Lapparent, Abr. géol.,1886, p. 14).
Mettre en jeu. Mettre en action, faire intervenir. Des moulins à eau mis en jeu par une petite rivière (Nerval, Voy. Orient, t. 1, 1851, p. 94).
B. − Trop grande facilité de mouvement, défaut de serrage entre deux pièces :
12. Il y a un jeu [it. ds le texte] anormal dans la direction. Le volant tourne trop à gauche ou à droite, avant d'attaquer les roues, la direction est imprécise et la voiture, sur la route, se déplace en « lacets ». Il s'agit, vraisemblablement, de jeu dans les leviers. Chapelain, Techn. automob.,1956, p. 358.
C. − P. métaph. et au fig. Fonctionnement normal d'un organisme, d'un système. Présentons d'abord ce jeu ou ce mécanisme politique dans la supposition la plus avantageuse (Sieyès, Tiers état?1789, p. 86).
En partic.
1. Action combinée de divers éléments. Le jeu des partis, le jeu de l'offre et de la demande. Vous êtes tous envoyés à la mort par le jeu d'alliances secrètes, anciennes, arbitraires (Martin du G., Thib., Été 14, 1936, p. 697).
2. Fonctionnement normal des facultés mentales. Le jeu de l'intelligence, de la mémoire. Il ne me resterait qu'à me ménager une retraite au fond de ma conscience (...) d'où je puisse observer ce qui se passe dans le jeu des facultés organiques ou intellectuelles (Maine de Biran, Journal,1817, p. 97).
D. − [Appliqué à une chose, gén. un phénomène optique] Assemblage de plusieurs éléments dont la combinaison produit un effet spécial.
1. Jeux de lumière, jeux d'ombre et de lumière. J'admirais les jeux d'ombre et de lumière dans l'eau transparente (Benoit, Atlant.,1919, p. 231).
P. anal. Jeu compliqué des tons chauds et froids (Lhote, Peint. d'abord,1942, p. 137).
2. Dispositif permettant la combinaison harmonieuse de jets d'eau ou de sources lumineuses.
a) Jeux d'eau. Des jeux d'eau sont préparés dans les allées (Gide, Nourr. terr.,1897, p. 178).
b) Jeux de lumière. Tout ce que la scène comporte de décor, d'accessoires et de jeux de lumière (Léautaud, Théâtre M. Boissard,1926, P. 58).
IV. Au plur.
A. − ANTIQ. GR.
1. Jeux (publics). Concours sportifs et parfois artistiques (musique, danse), liés à des fêtes religieuses et organisés par certaines cités à date fixe. Les jeux héracléens, aux bords de l'Isménus, Finissent, et font place aux banquets de Vénus (Leconte de Lisle, Poèmes ant.,1852, p. 174).Confrontation pacifique entre les cités, les jeux, qui avaient toujours permis aux « meilleurs » d'émerger de leur propre communauté, tendent de surcroît à servir les aspirations des cités elles-mêmes à la primauté (E. Will, Le Monde grec et l'orient, Paris, P.U.F., t. 1, 1972, p. 570).
Jeux isthmiques, néméens, pythiques. Jeux publics se célébrant dans l'isthme de Corinthe, à Némée en Argolide, à Delphes (anciennement Pytho). V. isthmique.
Jeux olympiques. Compétitions sportives se déroulant à Olympie tous les quatre ans. Il [Xerxès] apprenoit qu'une partie de la Grèce étoit assise tranquillement aux jeux olympiques, tandis qu'il ravageoit leur contrée (Chateaubr., Essai Révol., t. 2, 1797, p. 25).
P. anal., mod. Compétitions sportives internationales réunissant tous les quatre ans les meilleurs sportifs mondiaux dans un pays différent :
13. Il y avait de petites grenouilles, qui par la forme de leurs corps faisaient penser à des athlètes français sélectionnés pour les jeux olympiques. Montherl., Démon bien,1937, p. 1240.
Jeux (olympiques) d'hiver. Le film tourné aux jeux olympiques d'hiver (J.-R. Bloch, Dest. du S.,1931, p. 124).Lors des premiers Jeux d'hiver, le 25 janvier 1924, Chamonix ne reçut que 294 concurrents (L'Express,5 févr. 1968, p. 52).
2. Jeux funèbres. Concours du même genre organisés, à l'époque homérique, à l'occasion des funérailles d'un roi ou d'une personnalité. V. funèbre ex. de Chateaubr., Martyrs, t. 1, 1810, p. 172.
P. anal. :
14. Les jeux funèbres commencèrent le long d'une vallée verte qui se prolonge à travers les bocages. Ces jeux s'ouvrirent par la lutte des jeunes filles; la course des guerriers suivit la lutte, et le combat de l'arc, la course. Chateaubr., Natchez,1826, p 469.
Rem. Jeux est un terme impropre pour rendre le gr. α ̓ γ ω ̃ ν ε ς : concours serait plus exact.
B. − ANTIQ. ROMAINE. Spectacles et réjouissances, originellement à caractère religieux, organisés périodiquement par l'état (jeux publics) ou donnés par des particuliers (jeux privés) et fondés sur des compétitions sportives, des combats, des représentations théâtrales :
15. Les jeux finissent par perdre leur caractère religieux (...). L'engouement qu'ils suscitent dans la foule explique à la fois leurs connexions politiques, qui ont été déjà signalées, l'allongement de la durée de chacun d'eux et leur multiplication. Les jeux romains s'étendent sur quinze jours au temps de César. A. Aymard, J. Auboyer, Rome et son empire, Paris, P.U.F., 1962, p. 187.
P. anal. L'impératrice désirant (...) étaler (...) toute la magnificence de sa cour, ordonna des jeux publics, dans lesquels elle devoit distribuer des prix de l'adresse et de la valeur (Genlis, Chev. Cygne, t. 1, 1795, p. 10).
Jeux du cirque. Jeux organisés dans l'enceinte du cirque où se déroulaient courses de chars, chasses, combats de gladiateurs et compétitions sportives. Ce même empereur, en attendant les jeux du cirque, nourrissoit les lions de chair humaine (Chateaubr., Génie, t. 2, 1803, p. 582).
Jeux du théâtre, jeux scéniques. Représentations théâtrales. Ces jeux scéniques, spectacles de turpitudes, n'ont pas été établis à Rome par les vices des hommes (Artaud, Théâtre et son double,1938, p. 32).
Jeux de l'amphithéâtre. Jeux organisés dans l'enceinte de l'amphithéâtre où se déroulaient des combats de gladiateurs, des chasses et des naumachies. Voir Pell. 1972.
Prononc. et Orth. : [ʒø]. Au plur. des jeux. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. 1. Ca 1100 giu « amusement » (Roland, éd. J. Bédier, 977); 2. ca 1160 ce n'est pas jous « c'est loin d'être une chose sans gravité, sans conséquence » (Enéas, éd. J.-J. Salverda de Grave, 6881); 3. a) 1558 « ce qui relève ou semble relever de la fantaisie pure, du caprice » (Du Bellay, Regrets LXXXII, 5, éd. E. Droz, p. 86 : le jeu de la Fortune); b) 1666 jeu de mots (Molière, Misanthrope, I, 2); 4. 1690 jeu de main, jeu de vilain (Fur.); 5. 1891 comptab. jeu d'écritures (supra I A 5d). II. « Organisation de cette activité sous un système de règles définissant un succès et un échec, un gain et une perte » (Lal.); 1. a) ca 1160 gius antiq. « compétitions sportives » (Enéas, 2159); b) début xvies. jeux olympiques antiq. (J. Lemaire de Belges, Couronne margaritique ds Œuvres, éd. J. Stecher, t. 4, p. 59); 1894 (P. de Coubertin, Le rétablissement des jeux olympiques ds R. de Paris, 15 juin ds FEW t. 7, pp. 351-352); 2. a) ca 1160 fig. faire un jeu parti à qqn « proposer une alternative à quelqu'un » (Enéas, 7754 : ge li ferai un geu parti); b) ca 1200 p. ext. litt. gius partis (Jean Renart, Escoufle, éd. F. Sweetser, 2028); c) fin xiiies. [date du ms.] jus, jeus litt. « représentation théâtrale » (Titre, prologue 113 et colophon du Jeu de Saint Nicolas de Jean Bodel, éd. A. Henry, pp. 56, 60, 176 et note p. 180); 3. a) 1200 gieu « somme risquée au jeu » (op. cit., 291); 1585 jouer le gros jeu fig. (Noël du Fail, Contes et discours d'Eutrapel, éd. J. Assézat, t. 1, p. 252); b) 2emoitié du xvies. le jeu absol. « les jeux d'argent » (G. Meurier, Trésor des sentences ds Le Roux de Lincy, Proverbes, t. 2, p. 85); 4. ca 1200 « règles, conventions » (Garin le Lorrain, éd. J. E. Vallerie, 8961 : Qui en gieu entre, bien doit gieu consentir); 5. a) ca 1223 fig. faire le jeu de qqn « donner son appui à quelqu'un » (G. de Coinci, Mir., éd. V. F. Koenig, t. 1, p. 12, 203 [I Pr. 1] : Se nos n'avons qui no giu face); b) fin xiiies. [var. ms.] fig. « entreprise comportant des risques » (Thèbes, éd. L. Constans, 6232 : En tristor est tornes li gius); 6. 1636 jeu « chacune des divisions de la partie (au jeu de paume) » (Monet). III. Ce qui sert à jouer 1. ca 1200 « instruments de jeu » (Jean Renart, Escoufle, éd. F. Sweetser, 8993 : jus d'eskés et de tables); 2. 1385 « lieu de jeu » (B. et H. Prost, Inventaires mobiliers des ducs de Bourgogne, t. 2, p. 183, § 1203 : un pavement de grez [...] pour faire un geu de paume); 3. 1451 « assemblage de cartes » (G. Arnaud D'Agnel, Comptes du Roi René, t. 1, p. 181 : ung jeu de quartes); 4. a) 1515 mus. « rangée de tuyaux d'un orgue » (L. Merlet, Doc. sur les travaux exécutés à N.D. de Chartres, p. 358 : unes orgues à cinq jeuz); b) av. 1683 mar. jeu de voiles (Corresp. de Colbert, III, 2, p. 312 ds Littré). IV. Manière dont on joue 1. ca 1200 jeu fig. « manœuvre, manière d'agir » (Chevalier au Cygne, éd. J. A. Nelson, 1749 var.); 2. 1511 c'est le vieux jeu « ce n'est plus à la mode » (Gringore, Jeu du prince des sots ds Œuvres complètes, éd. Ch. d'Héricault et A. de Montaiglon, t. 1, p. 227 : La Bonne Foy, c'est le vieil jeu); 1877 vieux jeu « passé de mode » (Meilhac, Halévy, Cigale, p. 17 : il n'est pas vieux jeu); 3. 1680 théâtre « manière de jouer un rôle » (Rich.); 4. a) 1690 mus. « façon de jouer d'un instrument » (Fur.); b) 1690 escrime « façon de manier une arme » (ibid.); 5. a) 1690 sc. nat. jeux de la Nature (ibid.); b) 1704 jeux d'eau (Trév.); c) 1771 « effet artistique produit par des assemblages de couleurs ou des mouvements de lumière » (Buffon, Hist. nat., Oiseaux, t. 2, p. 372). V. 1. a) 1677 « mouvement aisé, régulier d'un objet, d'un organe, d'un mécanisme » (Bossuet, Connaissance de Dieu et de soi-même, II, 2 ds Littré : jeu [des muscles dans le corps humain]); b) 1762 p. ext. « action, mouvement » (Rousseau, Emile, 1. 4, éd. Ch. Wirtz, p. 534 : le jeu de toutes les passions humaines); 2. 1689 « espace ménagé pour la course d'un organe, d'un mécanisme » (Mmede Sévigné, Corresp., 6 avr., éd. R. Duchêne, t. 3, p. 570). Du lat. jocus « plaisanterie, badinage », qui a supplanté ludus en héritant de ses sens : « jeu, amusement, divertissement; en partic. jeux publics de caractère officiel ou religieux » (cf. Ern.-Meillet, Bl.-W.). Fréq. abs. littér. : 10 649. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 10 480, b) 11 939; xxes. : a) 14 263, b) 21 373. Bbg. Becker (K.). Sportanglizismen im modernen Französisch... Meisenheim, 1970, p. 76, 300, 305, 330, 331. - Cohen 1946, p. 9. - Gohin 1903, p. 355. - Hug. Lang. 1933, p. 87-88. - Lew. 1968, p. 112. - Quem. DDL t. 4, 6, 10, 16, 17, 18, 19, 20. - Rommel 1954, p. 91, 93, 101, 102. - Wexler 1955, p. 90.

Wiktionnaire

Nom commun - français

jeu \ʒø\ masculin

  1. Divertissement, activité avec des règles, pouvant être exercé seul, ou en groupe, pour s’amuser.
    • Ils avaient joué à des jeux divers : aux billes d’abord, mais comme Camus et Lebrac avaient perdu beaucoup […], on ne put continuer. — (Louis Pergaud, Un sauvetage, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Plusieurs jeunes gens s’amusaient d’un jeu de balles analogue à la paume avec d’énormes raquettes recouvertes de cuir de bœuf, […]. — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil; tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
    • Les jeux érotiques commencent évidemment dès l'enfance, se poursuivent de plus belle entre adolescents ou jeunes adultes (ainsi le maraîchinage en Vendée) et tout cela tracasse beaucoup les confesseurs. En revanche, les participants s'y livrent « sans rougir ». — (Jean-Paul Desaive, Délits sexuels et archives judiciaires (1690-1750) , Communications, 1987, vol.46, n°46, page 128)
    • Sport ludique et convivial, le Padel est un jeu à l’aspect familier car il emprunte sa technicité et son règlement à nombre de jeux que nous connaissons bien : le tennis dont il a hérité du filet, de la balle, et du décompte des points, […]. — (Petit Futé; Vendée, 2009-2010, p.49)
  2. (Spécialement) Activité où l’on mise de l’argent dans l’espoir d’en gagner plus.
    • Ces loustics prennent l’argent, vont le boire ou le dissiper au jeu et, comme renseignements, ceinture. — (Francis Carco, Messieurs les vrais de vrai, Les Éditions de France, Paris, 1927)
    • Introduit en France vers 1725, ce jeu devint rapidement populaire et il donna lieu à de tels excès que la police s'efforça, à maintes reprises, de l'interdire. — (Frans Gerver, Le guide Marabout de Tous les Jeux de Cartes, Verviers : Gérard & C°, 1966, page 47)
  3. (Par extension) Fait de s’amuser, de jouer.
    • On dit que ces professionnelles ont des charmes secrets, […]; qu’un homme vicieux trouve en elles des partenaires expertes, aux impudeurs extraordinaires, aux habiles jeux de la débauche et de la lubricité. — (Jean Rogissart, Hurtebise aux griottes, L’Amitié par le livre, Blainville-sur-Mer, 1954)
    • Le jeu fait partie de l’univers de l’enfant.
    • Le trop-plein d’énergie du chat a besoin d’être canalisé par le jeu.
  4. (Art) Interprétation d’un rôle par un acteur au théâtre ou au cinéma.
    • Le jeu de cet acteur est très nuancé.
  5. (Musique) Interprétation d’un morceau par un musicien.
    • Le thème étant le même pour tous les musiciens, le jeu du pianiste est rehaussé, et semble ressortir.
  6. Façon de jouer, de mener une partie, d’exécuter quelque chose.
    • Il a un jeu très agressif, mais pas insensé.
    • Sans se laisser perturber, il a imposé son jeu de fond de court.
  7. (Par extension) Manière dont se déroule un phénomène, dont s’exécute un mécanisme.
    • Singulier jeu de lumière, qui établissait une lutte entre la lueur de ma bougie et les rayons de la lune, qui passaient par ma fenêtre sans rideaux. — (Alexandre Dumas, Les Mille et Un Fantômes)
    • J’entends des bruits dans le couloir, un cliquetis de clef et le jeu de la serrure.
  8. (Figuré) Suite d’actions, d’événements.
    • La réaction de Corbulon les fit réfléchir : risquer une guerre avec Rome pour satisfaire les Chauques était un jeu dangereux. — (Pierre Renucci, Claude, Perrin, Paris, 2012, page 190)
  9. Ensemble de choses qui vont ensemble, de même type.
    • Il avait dans son sac un jeu de clefs.
  10. (Mécanique) Espace entre deux pièces provoquant un mouvement non désiré entre elles, une amplitude de mouvement trop grande, un serrage ou tension trop lâche.
    • Il y a du jeu car cette vis n’est pas bien serrée.
  11. (Mécanique) Espace entre deux pièces donnant une liberté de mouvement acceptable ou nécessaire dans un mécanisme ou un montage, sans que le mouvement en question fasse partie des fonctions du mécanisme.
    • Il faut qu’il y ait un peu de jeu entre le pignon d’attaque et la couronne du différentiel.
  12. (Sport) Division d’une partie sportive, et en particulier d’une manche (tennis, pelote basque).
    • Elle mène par quatre jeux à deux.
  13. (Figuré) Quelque chose de particulièrement facile. Ellipse de « jeu d’enfant ».
    • La première pierre céda enfin, et ce fut un jeu, ensuite, d’agrandir l’ouverture.
  14. Concours, loterie pour des événements promotionnels.
    • Nous vous invitons à participer à notre grand jeu pour peut-être gagner l’un des dix téléphones portables.
  15. Matériel servant à jouer, constitutif de l’activité ludique en question.
    • Sors ton jeu de dames et un jeu de cartes, s’il te plaît.
    • Amateur d’échecs, je cherche à acheter un jeu en marbre.
  16. (Cartes à jouer) Ensemble des cartes dont chacun des joueurs doit se servir, les points qu’on amène aux dés ; ou, en général, situation dans laquelle on se trouve par rapport à son adversaire.
    • Il a vu ton jeu.
    • Je n’ai pas de jeu.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

JEU. n. m.
Divertissement, récréation, tout ce qui se fait par esprit de gaieté et par pur amusement. Les jeux de l'enfance. Leurs jeux sont quelquefois troublés par des rixes. Jeu sans malice. Jeux de société. Jouer à de petits jeux, à des jeux innocents. Le jeu des barres. Le jeu de colin-maillard. On ne veut pas lui faire de mal, ce n'est qu'un jeu. Jeux d'esprit, Certains petits jeux qui demandent quelque facilité, quelque agrément d'esprit. Il désigne aussi, figurément, Certaines productions de l'esprit qui n'ont aucune solidité, comme les anagrammes, les énigmes, les bouts-rimés, etc. Il se dit encore d'un Simple exercice d'esprit, d'une suite d'idées hasardées ou de raisonnements qui ne sont fondés sur rien de sérieux. Cette dispute n'est qu'un jeu d'esprit. Jeux de main, Jeux où l'on se frappe légèrement les uns les autres. La main chaude est un jeu de main. On appelle aussi Jeux de main l'Action de lutter, de se porter des coups réciproques en plaisantant. Les jeux de main finissent souvent par des querelles. Prov., Jeux de main, jeux de vilain, ou, au singulier, Jeu de main, jeu de vilain, Les jeux de main ne conviennent qu'à des gens mal élevés et finissent ordinairement mal. On disait aussi Ce sont jeux de prince qui ne plaisent qu'à ceux qui les font. Fig. et fam., Le jeu lui plaît, se dit en parlant d'un Personne qui veut recommencer à faire une chose qui lui plaît. Fig. et fam., Ce n'est pas un jeu d'enfant, ce n'est pas jeu d'enfant, se dit d'une Affaire grave et sérieuse ou d'un engagement dont on ne peut se dédire. Prendre quelque chose en jeu, Le prendre en plaisanterie. Cela passe le jeu, Cela passe la raillerie. Fam., Ce n'est qu'un jeu, se dit d'une Chose qu'on fait facilement. Les plus grandes fatigues, les plus grandes difficultés ne sont qu'un jeu pour lui. Se faire un jeu de quelque chose, Y mettre son plaisir. Il se fait un jeu de mes tourments. Il se faisait un jeu de l'affliger. Il signifie aussi Se jouer de quelque chose, en disposer arbitrairement, selon son caprice. Le vainqueur se fit un jeu des lois et des coutumes des vaincus. Jeu de mots se dit d'une Certaine allusion fondée sur la ressemblance des mots. Ce jeu de mots est assez plaisant. Fig., Jeu de la nature se dit de l'Action de la nature qui produit une chose bizarre, extraordinaire; ou de la Chose même qui est ainsi produite. La nature, dans ses jeux, est infiniment variée. Cette coquille est un jeu de la nature. Fig., C'est un jeu du hasard, se dit de Ce qui n'est qu'un effet du hasard. Fig., Le jeu, les jeux de la fortune, Les vicissitudes de la fortune.

JEUX, au pluriel, se dit quelquefois, en poésie, de Certaines divinités allégoriques qui sont censées présider à la gaieté, à la joie. Les Jeux, les Ris et les Grâces. Les Jeux et les Plaisirs. Les Jeux et les Amours. Etc.

JEU se prend particulièrement pour un Exercice de récréation qui a de certaines règles. Jeu de paume, Jeu de billard, etc. Il s'emploie aussi dans les cas où l'on hasarde de l'argent dans l'espoir de gagner la partie. Il y a des jeux de hasard, comme le nain jaune, le trente et quarante; le poker; des jeux de calcul ou de combinaison, comme les dames, les échecs, les dominos; des jeux mêlés de combinaisons et de hasard, comme le tric-trac, le piquet, le whist, le bridge, la manille; des jeux de renvi comme le brelan, le poker. Les règles du jeu La passion du jeu. Être adonné au jeu. Être heureux, malheureux au jeu. Le jeu l'a ruiné. Se mettre au jeu. Tromper au jeu. C'est de l'argent du jeu. La perte, le gain du jeu. Le hasard du jeu. Par extension, Jeu de bourse, se dit de Toute espèce d'agiotage sur les fonds publics. Académies de jeux, Lieux où l'on donne à jouer à toutes sortes de jeux. Maison de jeu, Établissement public où l'on joue de l'argent. Les banquiers d'une maison de jeu. Il y a grand jeu dans cette maison, Il s'y rassemble beaucoup de joueurs. Tenir un jeu, Donner à jouer chez soi ou en public. On tient un jeu dans cette maison. Tenir le jeu de quelqu'un, Jouer à la place de quelqu'un. Jouer le jeu de quelqu'un, Jouer le jeu qui lui plaît, et, figurément, Entrer dans ses vues, dans ses intérêts. Il joue votre jeu sans le savoir. Mettre au jeu, Donner, déposer son enjeu. Tout le monde a mis au jeu. L'argent qui est sur le jeu, sur jeu, La somme des enjeux, ce que les joueurs ont mis au jeu. Il y avait cent francs sur le jeu, sur jeu. Tenir jeu, Continuer à jouer avec une personne qui perd. Couper jeu, Se retirer avec gain et ne pas vouloir tenir jeu. Aux jeux de renvi, Ouvrir le jeu, Faire la première vade. Fermer le jeu, Tenir la dernière vade et ne point faire de renvi. Entrer en jeu se dit, à certains jeux de Cartes, de Celui qui, ayant levé une main, est en état de jouer comme il lui plaît. Cela signifie aussi, figurément et familièrement, Entrer dans une affaire, dans une discussion, avoir son tour, soit pour agir, soit pour parler, etc. D'entrée de jeu, Dès le commencement du jeu. Il se mit à jouer, et d'entrée de jeu il perdit la moitié de son argent. Cela se dit aussi, figurément et familièrement, pour Dès le début. D'entrée de jeu il fit voir son extravagance. On dit aussi Pour entrée de jeu. Se piquer au jeu, S'opiniâtrer à jouer, malgré la perte. Il se pique aisément au jeu. On dit aussi, figurément et familièrement, Se piquer, être piqué au jeu, en parlant d'une Personne qui veut venir à bout de quelque chose, malgré les obstacles qu'elle y trouve. Jouer bon jeu, bon argent, Jouer sérieusement et avec l'intention de payer sur-le-champ. On dit dans un sens analogue Jouer de franc jeu. Fig. et fam., Bon jeu, bon argent. Y aller bon jeu, bon argent. Voyez ARGENT. Prov. et fig., Le jeu ne vaut pas ou n'en vaut pas la chandelle. Voyez CHANDELLE. Fig., Mettre quelqu'un en jeu, Le citer sans sa participation, le mêler à son insu dans une affaire. Il m'a mis en jeu mal à propos. On dit aussi Mettre une chose en jeu, La faire agir, l'employer. Il mit en jeu toutes les ressources de son imagination.

JEU se prend aussi pour les Règles du jeu, la manière dont il convient de jouer, ou dont une personne joue. Jouer le jeu. Ce n'est pas mon jeu que de jouer ainsi. Ce joueur a un jeu perfide. Cela n'est pas du jeu, de jeu, Cela n'est pas conforme aux règles du jeu. Il signifie aussi, figurément et familièrement, Cela est contraire à ce qui était convenu. Fig., C'est son jeu, se dit en parlant de Celui qui fait précisément ce qui convient le plus à ses intérêts, ce qu'il doit faire pour réussir. C'est son jeu de tirer l'affaire en longueur. On dit de même C'est un homme qui sait bien son jeu.

JEU désigne encore l'Assemblage des cartes dont chacun des joueurs doit se servir, les Points qu'on amène aux dés; ou, en général, la Situation dans laquelle on se trouve par rapport à son adversaire, à quelque jeu que ce soit. Avoir une carte de trop dans son jeu. Il lui est venu beau jeu, bien du jeu. J'ai ruiné mon jeu en écartant. J'ai gagné à jeu découvert. Voilà mon jeu sur la table. Je n'ai point de jeu. Mon jeu est meilleur, vaut mieux que le vôtre. Avoir jeu sûr. Il ne joue jamais qu'à jeu sûr. Il ménage, il conduit bien son jeu. Donner beau jeu, Donner des cartes qui font un jeu favorable. Fig. et fam., Donner beau jeu, faire beau jeu à quelqu'un. Lui présenter une occasion favorable de faire ce qu'il souhaite. On dit dans un sens analogue Avoir beau jeu. Perdre à beau jeu, Perdre, quoiqu'on ait un beau jeu; et, figurément et familièrement, Échouer dans une tentative dont le succès paraissait assuré. Fig. et fam., Faire bonne mine à mauvais jeu, Dissimuler adroitement et cacher le mécontentement qu'on éprouve, ou le mauvais état où l'on est. Dans le même sens on dit simplement Bonne mine et mauvais jeu, en parlant d'une Personne qui, sous une apparence de joie, cache du chagrin et de l'inquiétude. Fig. et fam., Jouer bien son jeu, Se comporter adroitement en quelque affaire, savoir bien dissimuler pour arriver à ses fins. Fig. et fam., Cacher son jeu, Dissimuler son habileté en feignant de ne pas savoir bien jouer. Dans une acception plus figurée, Cacher, couvrir son jeu, Cacher ses desseins, ses vues, etc., ou les moyens qu'on met en œuvre pour réussir. On dit dans le même sens Le jeu de cet homme est fort caché, fort couvert. Il se dit aussi de la Façon d'escrimer, de faire des armes. Je sais son jeu. J'ai étudié son jeu. Il a un jeu serré, un jeu brillant. Fig., Savoir le jeu de quelqu'un, Connaître sa manière d'agir. Aux jeux de Cartes, Avoir le jeu serré, Ne jouer qu'à beau jeu et ne point se hasarder. Figurément, il signifie Agir avec beaucoup de prudence, de réserve, de manière à ne pas donner prise sur soi. Aux Échecs, Avoir le jeu serré, se dit d'un Joueur qui n'étend pas assez son jeu.

JEU se dit encore de Ce qui sert à jouer à certains jeux. Un jeu d'échecs. Un jeu de quilles. Un jeu d'oie. Un jeu de cartes. Un jeu complet. Un jeu entier, Un jeu qui contient cinquante-deux cartes. Un jeu de piquet, Un jeu qui ne contient que trente-deux cartes, depuis l'as jusqu'au sept. Il manque une carte à ce jeu, une pièce à ce jeu d'échecs.

JEU signifie également Ce que l'on met au jeu. Jouer gros jeu, petit jeu. Il joue un jeu à se ruiner. Faire le jeu. Jeu fait. J'y vais du jeu, Je suis du jeu, et, par abréviation, J'en suis, Expressions qu'on emploie au Jeu du brelan et aux autres jeux de renvi pour avertir que l'on joue une somme pareille à celle qui est sur le jeu. Fig. et fam., Jouer gros jeu, jouer un jeu à se perdre, S'engager dans une affaire où l'on hasarde beaucoup pour sa réputation, pour sa fortune, pour sa vie. Jouer un jeu d'enfer. Voyez ENFER. Prov. et fig., Tirer son épingle du jeu, Se dégager adroitement d'une mauvaise affaire. Il s'était mis dans ce parti, dans une fâcheuse intrigue, mais il a tiré son épingle du jeu. Il signifie particulièrement Retirer à temps les avances qu'on avait faites dans une affaire qui devient mauvaise.

JEU se dit encore, au jeu de Paume ou au jeu de Tennis, de Chacune des divisions de la partie. Une partie de quatre jeux, de six jeux. Jouer en six jeux. Gagner le premier jeu. Avoir trois jeux à deux, trois jeux à point. Ils sont à deux de jeu. Fig. et fam., Être à deux de jeu se dit de Deux personnes qui ont, l'une à l'égard de l'autre, un avantage ou un désavantage égal. On le dit aussi de Deux personnes qui se sont rendu réciproquement de mauvais offices. On le dit encore de Deux personnes qui ont également été maltraitées dans quelque affaire.

JEU se dit, par extension, d'un Lieu où l'on joue à certains jeux. Un jeu de paume. Un jeu de longue paume, ou un jeu de mail. Un jeu de boule.

JEU se dit, par extension, d'un Assortiment complet de certaines choses. En termes de Marine, Un jeu de voiles. Un jeu d'avirons. En termes de Typographie, Un jeu d'épreuves, Une série d'épreuves du même ouvrage. En termes de Bonneterie, Un jeu d'aiguilles à tricoter. Etc.

JEUX, au pluriel, se dit des Spectacles publics des anciens, comme les courses, les luttes, les combats de gladiateurs, etc.; tels étaient, chez les Grecs, Les jeux Olympiques, les jeux Pythiques; et, chez les Romains, Les jeux du cirque, les jeux scéniques, etc. Les jeux en l'honneur de Jupiter, d'Hercule. Jeux floraux. Voyez FLORAL.

JEU se dit également de la Manière de jouer d'un instrument de musique. Avoir le jeu brillant, le jeu large, hardi. Un jeu pur, délicat. Fig. et fam., Vieux jeu se dit de Manières anciennes. Nouveau jeu se dit de Manières nouvelles, de la nouvelle mode. Jeu d'orgues se dit de l'Instrument qu'on appelle aussi plus habituellement Orgues. Le jeu de voix humaine, le jeu de flûtes, le jeu de trompettes, le jeu de clairon, se dit des Registres qui servent, dans les orgues, à imiter le son de la voix humaine, celui des flûtes douces, celui des trompettes, etc. On dit aussi Le plein jeu, en parlant de Ce qui sert, dans le même instrument, à produire des sons plus forts.

JEU se dit en outre de la Manière dont un comédien remplit ses rôles. Ce comédien, cette comédienne ont le jeu brillant, touchant, pathétique. Jeu de théâtre se dit de Certains effets de scène qu'on produit surtout par les gestes et par les expressions du visage. On dit plutôt maintenant Jeu de scène, qui s'emploie aussi spécialement pour désigner Certains mouvements réglés d'avance par la mise en scène. Poétiquement, Les jeux de la scène, Les représentations théâtrales.

JEU se dit, en termes d'Arts, de l'Aisance, de la facilité du mouvement que certains ouvrages doivent avoir. Le balancier de cette horloge n'a pas assez de jeu. Il faut donner, laisser plus de jeu à ce ressort. En termes d'Habillement, Donner du jeu à une emmanchure.

JEU se dit encore de l'Action d'un ressort : Le jeu d'un ressort; et aussi de l'Action régulière et combinée des diverses parties d'une machine : Le jeu d'une machine. Le jeu des différentes parties d'une machine. Étudier le jeu des organes du corps humain. Fig., Le jeu des passions humaines. Jeu du piston, Espace que parcourt à chaque coup le piston dans son corps de pompe. Jeu d'eau se dit de la Diversité des formes que l'on fait prendre aux jets d'eau en variant celle des ajutages.

Littré (1872-1877)

JEU (jeu) s. m.

Résumé

  • 1° Action de se livrer à un divertissement, à une récréation.
  • 2° Action de se jouer.
  • 3° Jeu de mots.
  • 4° Les Jeux, divinités.
  • 5° Amusement soumis à des règles, où il s'agit de se divertir sans qu'il y ait aucun enjeu.
  • 6° Amusement soumis à des règles et auquel on hasarde ordinairement de l'argent.
  • 7° Académie des jeux ou jeux publics.
  • 8° Les règles d'après lesquelles il faut jouer.
  • 9° Assemblage des cartes qui, données à chacun des joueurs, lui servent à jouer le coup.
  • 10° Ce qui sert à jouer à certains jeux ; jeu de cartes.
  • 11° Jeu de contre-marques.
  • 12° Ce que l'on met au jeu.
  • 13° Jeu de bourse.
  • 14° Nom des divisions de la partie au jeu de paume.
  • 15° Lieu où l'on joue à certains jeux.
  • 16° Courses, luttes, etc. chez les anciens.
  • 17° Les jeux de prix.
  • 18° Jeux Floraux.
  • 19° Les jeux de la scène.
  • 20° Le maniement des hautes armes.
  • 21° La façon de faire des armes.
  • 22° Manière de jouer d'un instrument de musique.
  • 23° Manière dont un comédien remplit ses rôles.
  • 24° Différentes expressions que prend la physionomie.
  • 25° Le jeu de la lumière.
  • 26° Aisance de mouvement.
  • 27° Action d'un ressort.
  • 28° Jeu d'eau ; jeu de voiles.
  • 29° Jeu d'orgue, espèce de soubassement.
  • 30° Jeu de fief.
  • 1Action de se livrer à un divertissement, à une récréation (ce qui est le sens propre du latin jocus, d'où vient jeu). Ce qu'ils en font n'est que par jeu, Molière, Sicil. 14. Ce que je dis, ma fille, n'est point jeu, Molière, Tart. II, 2. Il n'est guère de jeu que trop loin on ne mène, Molière, Amph. II, 2. Sous un visage riant, sous cet air de jeunesse qui semblait ne promettre que des jeux, elle cachait un sens et un sérieux…, Bossuet, Duch. d'Orl. La géométrie spéculative a ses jeux, ses inutilités, comme les autres sciences, Chateaubriand, Génie, III, II, 1.

    Fig. Tu railles, mais bientôt nous verrons d'autres jeux ; Je sais trop comme on venge une flamme outragée, Corneille, Mél. V, 3. La fourbe n'est le jeu que des petites âmes, Corneille, Nic. IV, 2.

    C'est un rude jeu, c'est un jeu qui va à fâcher ou à blesser quelqu'un.

    Ce sont jeux de prince qui ne plaisent qu'à ceux qui les font, ou, absolument, ce sont jeux de prince, c'est-à-dire ce sont des jeux ou, en général, des actes qui causent peine et dommage à autrui. Le bon homme disait : ce sont là jeux de prince, La Fontaine, Fabl. IV, 4. Il [Frédéric II] mit l'Europe en feu ; ce sont là jeux de prince ; On épargne un moulin, on vole une province, Andrieux, le Meunier sans souci.

    Fig. et familièrement. C'est un jeu à se rompre le cou, les jambes, etc. se dit d'une action qui expose à se tuer, à se rompre les jambes, etc.

    Fig. et familièrement. Le jeu lui plaît, se dit en parlant d'une personne qui veut recommencer à faire une chose qui lui plaît.

    En un sens opposé. J'évite l'apparence autant comme le crime ; Je fais un compliment qui semble illégitime ; Et le jeu m'en déplaît quand on fait à tous coups Causer un médisant et rêver un jaloux, Corneille, la Place roy. I, 4.

    Prendre quelque chose en jeu, le prendre en plaisanterie.

    Cela passe le jeu, cela est plus fort que le jeu ou que jeu, cela passe la raillerie, cela blesse ou offense. Je crains que le pendard, dans ses vœux téméraires, Un peu plus fort que jeu n'ait poussé les affaires, Molière, Éc. des femmes, II, 6.

    Ce n'est qu'un jeu, se dit d'une chose qu'on fait facilement. Moitié de ce fardeau ne vous sera que jeu, La Fontaine, Fabl. VI, 16. Des plus fermes états la chute épouvantable, Quand il veut, n'est qu'un jeu de sa main redoutable, Racine, Esth. III, 4.

    Se faire un jeu de quelque chose, y mettre son plaisir. Le coadjuteur vous contera les prospérités de son voyage, mais il ne se vantera pas d'avoir pensé être étouffé chez M. de Louvois par vingt femmes qui se firent un jeu, et qui croyaient chacune être en droit de l'embrasser, Sévigné, 188. La cour est toute réjouie du mariage de M. le prince de Conti et de Mlle de Blois ; ils s'aiment comme dans les romans : le roi s'est fait un grand jeu de leur inclination, Sévigné, 394. Elle [Mme de Vins] me mande qu'elle fait un jeu merveilleux avec M. de Grignan et avec vous de sa jalousie, Sévigné, 24 juill. 1680.

    Faire du jeu, amuser. Cela nous fait du jeu, Sévigné, 7 sept. 1689. Ç'a été un grand jeu pour Son Éminence [Retz], qu'un esprit neuf comme celui de notre ami [Corbinelli], Sévigné, 30 juin 1677.

    En mauvaise part, se faire un jeu, s'amuser à, faire un jouet de. Vous faites un jeu de dire du mal de votre âme, Sévigné, 199. Vous faites-vous un jeu des pleurs d'une mortelle ? Voltaire, Olymp. II, 3. Et c'est un jeu pour toi de trahir l'amitié, Voltaire, ib. IV, 2. Un conquérant, dans sa fortune altière, Se fit un jeu des sceptres et des lois, Béranger, Dieu d. b. gens.

    Terme de fauconnerie. Donner jeu aux autours, leur laisser plumer la proie.

    Terme de marine. Jeu parti, mot à mot jeu partagé, locution qui n'est plus usitée ; il consiste en ce que, lorsque des armateurs associés veulent dissoudre la société, ils devront faire entre eux une licitation en vertu de laquelle celui qui offrira de désintéresser le plus les autres gardera le navire.

  • 2Action de se jouer. Il entretint les dieux, non point sur la fortune, Sur ses jeux, sur la pompe et la grandeur des rois, La Fontaine, Phil. et Baucis. Ce sont des jeux de la Providence qui nous fait connaître en toutes choses la fausseté de nos jugements, Sévigné, 437. Roi cruel ! ce sont là les jeux où tu te plais, Racine, Esth. III, 1.

    Jeu de la nature, action de la nature qui produit une chose bizarre, extraordinaire. La nature dans ses jeux est infiniment variée.

    La chose même produite par la nature qui semble se jouer. Cette coquille est un jeu de la nature.

    Terme de minéralogie. Jeux de Van Helmont, variété cloisonnée de marne.

    Un jeu du hasard, un effet du hasard. Jeux cruels du hasard, en qui me montrez-vous Une si fausse image et des rapports si doux ? Voltaire, Mérope, II, 2. La naissance, la fortune ! laissons-là les jeux du hasard, Beaumarchais, Barb. de Sév. IV, 6.

    Jeu de la fortune, ce qui semble un pur caprice de la fortune. L'on ne saurait s'empêcher de voir dans certaines familles ce qu'on appelle les caprices du hasard ou les jeux de la fortune, La Bruyère, VI. Ce n'est pas un des moindres exemples des jeux de la fortune, que les ruines de Carthage aient vu mourir un roi chrétien qui venait combattre des musulmans dans un pays où Didon avait apporté les dieux des Syriens, Voltaire, Mœurs, 58. Hélas ! est-il possible ? étonnants jeux du sort ! Elle était en ces lieux quand je pleurais sa mort, Briffaut, Ninus II, IV, 4.

    Fig. et poétiquement. Les jeux sanglants de Mars, la guerre, les combats. Il a lui-même triomphé dans les jeux sanglants du dieu de la guerre, Chateaubriand, Martyrs, I.

  • 3Jeu de mots, nom générique de toutes les phrases où l'on abuse de la ressemblance du son des mots. Un jeu de mot plaisant, heureux, sans sel. Insipides plaisants, bouffons infortunés, D'un jeu de mots grossier partisans surannés, Boileau, Art p. II. Les jeux de mots, la pire espèce du faux bel esprit, Voltaire, Dict. phil. Esprit. Il y a quelques jeux de mots dans Corneille, mais ils sont rares ; le plus remarquable est celui d'Hypsipile qui, dans la quatrième scène du troisième acte, dit à Médée sa rivale en faisant allusion à sa magie : Je n'ai que des attraits et vous avez des charmes, Voltaire, Comm. Corn. Rem. Toison d'or, Préf. commentat.
  • 4 S. m. plur. Les Jeux, nom, en poésie, de certaines divinités allégoriques qui sont censées présider à la gaieté, à la joie (on met un J majuscule.) Toute la bande des Amours Revient au colombier ; les Jeux, les Ris, la danse Ont aussi leur tour à la fin, La Fontaine, Fabl. VI, 21. Le chagrin vient ensuite ; elle sent chaque jour Déloger quelques Ris, quelques Jeux, puis l'Amour, La Fontaine, ib. VII, 5.
  • 5 Par substitution du sens de divertissement à celui d'un jeu spécial, c'est-à-dire substitution du sens de ludus à celui de jocus. Amusement soumis à des règles, où il s'agit de se divertir sans qu'il y ait aucun enjeu. Le jeu des barres. Le jeu de colin-maillard. Les jeux qui naissent de la force et de l'adresse, sont toujours les premiers connus d'un peuple naissant, Duclos, Mém. jeux scéniques, Œuvr. t. I, p. 334, dans POUGENS.

    N'être pas du jeu, ne pas faire partie de la société qui joue a tel ou tel jeu. Non, c'est moi, cousin ; je ne suis pas du jeu ; mais il n'importe, Dancourt, Colin-maillard, sc. 24.

    Petits jeux, ou jeux de société, jeux où l'on propose des questions à résoudre et des pénitences à faire. Puis nous jouerons ensemble à mille petits jeux, Th. Corneille, Berger extrav. I, 5.

    Jeux innocents, jeux où il n'y a ni argent à exposer, ni danger moral d'aucune espèce. On peut aussi récompenser les enfants par des jeux innocents et mêlés de quelque industrie, Fénelon, Éduc. filles, 5.

    Jeu d'enfant, jeu qui amuse les enfants. Les immortels rient des affaires les plus sérieuses qui agitent les faibles humains, et elles leur paraissent des jeux d'enfant, Fénelon, Tél. IX.

    Fig. Jeu d'enfant, chose très facile.

    Ce n'est pas un jeu d'enfant, ce n'est pas jeu d'enfant, c'est une affaire grave et sérieuse, c'est un engagement dont on ne peut se dédire.

    Jeux de main, jeux où l'on se donne de petits coups, sans dessein de se faire du mal. La main chaude est un jeu de main.

    Jeu de main, se dit aussi de l'action de lutter, de se porter des coups réciproques en plaisantant.

    PROVERBE

    Jeux de main, jeux de vilain, ou, au singulier, jeu de main, jeu de vilain, c'est-à-dire les jeux de main ne conviennent qu'à des gens mal élevés, et aussi ils finissent souvent par des querelles.

    Jeux d'esprit, certains petits jeux qui demandent quelque facilité, quelque agrément d'esprit. Le roi d'Espagne a quelque goût pour les jeux d'esprit, Maintenon, Lett. au duc de Noailles, 19 déc. 1700. J'aime les jeux galants où l'esprit se déploie, Regnard, Joueur, I, 7. Fig. Jeux d'esprit, certaines productions d'esprit qui n'ont aucune solidité, comme les anagrammes, les énigmes, les bouts rimés, etc.

    Jeu d'esprit, se dit aussi d'un simple exercice de l'esprit, et, par suite, de conceptions, d'idées, d'hypothèses sans consistance. S'il croit que cette dispute soit un jeu d'esprit, Bossuet, Rem. rép. quiétisme, art. I, 2. Le stoïcisme est un jeu d'esprit, et une idée semblable à la république de Platon, La Bruyère, XI. On commence en Allemagne même à regarder les monades, l'harmonie préétablie, et la théodicée de l'ingénieux et profond Leibnitz comme des jeux d'esprit, oubliés en naissant dans tout le reste de l'Europe, Voltaire, Singul. nat. Préambule.

    Terme d'ancienne poésie française. Jeu parti, pièce de poésie en dialogue par questions et par réponses, sur des sujets relatifs à l'amour et à la galanterie.

  • 6Amusement soumis à des règles, et auquel on hasarde ordinairement de l'argent. Aimer le jeu. Perdre au jeu. Vivre du jeu. Ne jouez pas avec lui, il trompe au jeu. La perte, le gain du jeu. Ceux qui regardent ne doivent point parler sur le jeu. L'autre, pour se purger de sa magnificence, Dit qu'elle gagne au jeu l'argent qu'elle dépense ; Et le mari benêt, sans songer à quel jeu, Sur les gains qu'elle fait rend des grâces à Dieu, Molière, Éc. des f. I, 1. Si Dangeau est de ce jeu, il gagnera toutes les poules, c'est un aigle, Sévigné, 437. Les dettes du jeu sont privilégiées ; et, comme si ses lois étaient les plus saintes et les plus inviolables de toutes, on se pique d'honneur d'y être fidèle, Bossuet, Sermons, justice, I. Parler à un mondain, à une mondaine de modérer leur jeu, ou même de se l'interdire absolument…, Bourdaloue, Pensées, t. I, p. 340. …Ce marquis sage et prude, Et qui, sans cesse au jeu, dont il fait son étude, …Voit sa vie ou sa mort sortir de son cornet, Boileau, Sat. IV. Eh ! que serait-ce donc si le démon du jeu, Versant dans son esprit sa ruineuse rage…, Boileau, ib. X. Mille gens se ruinent au jeu, et vous disent froidement qu'ils ne sauraient se passer de jouer, La Bruyère, VI. Le chevalier de Grammont, à qui il [Mazarin] trouvait beaucoup d'esprit et auquel il voyait beaucoup d'argent, fut bientôt de son goût et de son jeu, Hamilton, Gramm. 5. Cette jeune duchesse Vous attend à vingt pas pour vous mener au jeu, Regnard, Joueur, II, 6. Elle [Angélique] est après le jeu ce qu'il aime le mieux, Regnard, ib. I, 2. C'est monsieur, par exemple, un joli jeu que l'oie, Regnard, ib. I, 7. Je suis, pour vous servir, gentilhomme auvergnac, Docteur dans tous les jeux, et maître de trictrac, Regnard, ib. I, 10. Oui, je vous le promets, Que la fureur du jeu sortira de mon âme, Regnard, ib. II, 11. Quand feu M. de Leibnitz a dit que les hommes n'ont jamais marqué plus d'esprit que dans les différents jeux qu'ils ont inventés, il en pénétrait toute l'algèbre, cette infinité de rapports de nombres qui y règnent…, Fontenelle, Dangeau. On a dit que le jeu et l'amour rendent toutes les conditions égales : je suis persuadé qu'on y eût joint l'esprit, si le proverbe eût été fait depuis que l'esprit est devenu une passion, Duclos, Consid. mœurs, ch. X. Le jeu est une passion avide dont l'habitude est ruineuse, Buffon, Homme, arith. morale. Le jeu, par sa nature même, est un contrat vicieux jusque dans son principe, un contrat nuisible à chaque contractant en particulier, et contraire au lien de toute société, Buffon, ib.

    Fig. Daru lui [à Napoléon] répondit que la guerre était un jeu qu'il [Napoléon] jouait bien, où il gagnait toujours, et qu'on pouvait conclure qu'il la faisait avec plaisir, Ségur, Hist. de Nap. V, 2.

    Jeux de hasard, comme le trente et quarante, le biribi, etc. jeux dans lesquels le hasard seul décide. Tous ces jeux de hasard n'attirent rien de bon, Regnard, Joueur, I, 7. Le luxe dans les habits et les jeux de hasard plus dangereux que le luxe furent sévèrement défendus, Voltaire, Russie, II, 11. Il [Jos. Sauveur] est un des premiers qui aient calculé les avantages et les désavantages des jeux de hasard, Voltaire, Louis XIV, Écrivains.

    Fig. Il ne faut pas permettre à l'homme de se mépriser tout entier, de peur que, croyant avec les impies que notre vie n'est qu'un jeu où règne le hasard…, Bossuet, Duch. d'Orl.

    Jeux de calcul et de combinaison, comme les dames, les échecs, jeux dans lesquels tout dépend de l'habileté du joueur.

    Jeux mêlés de combinaisons et de hasard, comme le trictrac, le piquet. Parbleu, je te saurai, Maudit jeu de trictrac, ou bien je ne pourrai, Regnard, Joueur, I, 4.

    Le jeu du commerce, espèce de jeu de cartes où le banquier vend des cartes.

    Jeux de commerce, jeux de cartes où il y a un banquier.

    Jeux d'adresse, le jeu de paume, le jeu de billard.

    Jeu de renvi, jeu où l'on met quelque chose par-dessus l'enjeu. Le brelan est un jeu de renvi.

    Le jeu lui en dit, le jeu ne lui en dit pas, c'est-à-dire il aime, il n'aime pas à jouer.

    Jouer le jeu de quelqu'un, jouer le jeu qu'il lui plaît ; et fig. s'associer à lui, entrer dans ses vues, dans ses intérêts. Pour les Vénitiens, ils joueront votre jeu, mais quand vous aurez gagné la partie, Voltaire, Lett. Catherine II, 18 mai 1770.

    Jouer le jeu de quelqu'un, signifie aussi favoriser les intérêts de quelqu'un sans le vouloir.

    Tenir le jeu de quelqu'un, jouer pour quelqu'un.

    Mettre au jeu, donner, déposer son enjeu. J'y jouerais bien en cachette [à la roulette], Mais il faudrait mettre au jeu, Béranger, Homme rangé.

    On dit dans un sens analogue : coucher en jeu. Si vous en doutez [de la justesse des raisonnements de Jurieu], il est prêt à coucher en jeu quelque chose qui vaille la peine, Bossuet, 6e avert. 19.

    Fig. Mettre au jeu, risquer des choses qui intéressent beaucoup. Il y a des marques d'aversion qui font bien mourir ; je suis trop habile sur ce chapitre ; mais il faut avouer aussi que je ne l'ai pas appris sans mettre beaucoup au jeu, Sévigné, 347. Menil, qui ne mettait pas au jeu tant que moi, cherchait sans relâche les moyens de renouer la partie, Staal, Mém. t. II, p. 200.

    L'argent qui est sur le jeu, sur jeu, la somme des enjeux, ce que les joueurs ont mis au jeu. Il y avait cent francs sur le jeu, sur jeu.

    Fig. Ils m'ont fait souvenir d'abord de mes chers romans ; mais il faudrait un peu d'amour sur le jeu, Sévigné, 511.

    Tenir jeu, continuer à jouer avec une personne qui perd.

    Couper jeu, se retirer avec gain, et ne vouloir pas tenir jeu.

    Aux jeux de renvi, ouvrir le jeu, faire la première vade. Fermer le jeu, tenir la dernière vade, et ne point faire de renvi.

    À certains jeux de cartes, on entre au jeu quand, ayant fait une main, on est en état de jouer comme il plaît.

    Fig. Entrer en jeu, entrer dans une affaire, dans une discussion, avoir son tour, soit pour agir, soit pour parler, etc.

    Entrer en jeu, se dit aussi de choses dont on fait intervenir l'emploi, et rentrer en jeu se dit de choses dont on use de nouveau. À ce discours, fouets de rentrer en jeu, La Fontaine, Lun.

    D'entrée de jeu, dès le commencement du jeu. Il se mit à jouer, et d'entrée en jeu il perdit dix napoléons.

    Fig. D'entrée de jeu, tout d'abord, pour commencer. [M. de Harlay nommé premier président] a défendu à son secrétaire de prendre quoi que ce soit au monde, et, pour l'y disposer plus agréablement, il lui a donné d'entrée de jeu deux mille écus comptant, Sévigné, 9 oct. 1689.

    Se piquer au jeu, s'opiniâtrer à jouer malgré la perte.

    Fig. Se piquer, être piqué au jeu, prétendre venir à bout de quelque chose, malgré les obstacles.

    Jouer bon jeu, bon argent, jouer avec l'intention de payer sur-le-champ.

    Fig. et familièrement. Bon jeu, bon argent, c'est-à-dire tout de bon, sérieusement. Je meurs de peur que ce ne soit un présage et qu'il ne soit bientôt appelé de ce doux nom, bon jeu, bon argent, Sévigné, 311. M. le comte de Revel est ici avec deux jolies dames de Rennes, dont l'une est l'une de ses maîtresses ; cette femme entend raillerie ; il ne me paraît pas qu'elle veuille jouer bon jeu, bon argent, avec un héros qui passe, Sévigné, 7 sept. 1689.

    De franc jeu, voy. FRANC 3.

    Fig. et par plaisanterie. À quel jeu l'a-t-on perdu ? c'est-à-dire pourquoi cet homme ne va-t-il plus dans une maison, dans une compagnie où il avait coutume d'aller.

    Fig. Mettre quelqu'un en jeu, le citer ou le mêler dans une affaire sans sa participation, à son insu. Dans ces conversations où l'on met si volontiers en jeu le prochain, Bourdaloue, Exhort. faux tém. contre Jés. Chr. t. II, p. 11.

    Parler de. Qu'un mariage était nul pour lui [le frère de Charles II] sans le consentement du roi, quand même le parti se fût trouvé d'ailleurs sortable ; mais que c'était une moquerie de mettre en jeu la fille d'un petit avocat [Mlle Hyde, qu'il avait épousée secrètement], Hamilton, Gramm. 8.

    Compromettre. Ah ! monsieur, est-ce vous de qui l'audace insigne Met en jeu mon honneur, et fait ce conte indigne ? Molière, Dép. am. III, 8. La Brinvilliers mettait bien du monde en jeu, Sévigné, 290.

    Faire intervenir. C'est profaner le pouvoir que vous avez sur moi l'un et l'autre, que de vous mettre en jeu, quand il est question de protéger une pareille probité, Sévigné, 4 août 1679.

    Citer ou faire intervenir, pour blâmer. L'un, défenseur zélé des bigots mis en jeu, Pour prix de ses bons mots [de Molière] le condamnait au feu, Boileau, Épitre VII.

    Mettre en jeu, se dit aussi de choses qu'on fait agir, qu'on emploie. Ce qui leur fit mettre en jeu cette feinte, La Fontaine, Gag.

    Petit jeu ou bas jeu, se dit au trictrac quand les dés amènent beset, deux et as, trois et deux, etc.

    Jeu simple, s'emploie au jeu de l'ambigu, en parlant d'une position dans laquelle on n'a plus qu'une seule chance pour gagner, comme le point ou la prime, ou la séquence. Jeu double, se dit par opposition à jeu simple.

  • 7Académie des jeux, ou jeux publics, lieux où l'on donne à jouer toutes sortes de jeux.

    Maison de jeu, maison publique, avouée ou clandestine, essentiellement montée pour donner à jouer les jeux de hasard. Les banquiers d'une maison de jeu. La ferme des jeux, la ferme des maisons de jeu.

    Il y a grand jeu dans cette maison, il s'y rassemble beaucoup de joueurs. Mais ce grand jeu chez vous comment l'autoriser ? Boileau, Sat. X.

    Tenir un jeu, donner à jouer chez soi ou en public. Les gens qui tiennent des jeux dans une foire. La dévote princesse de Carignan obtint de faire tenir un jeu dans son hôtel de Soissons ; aussitôt le duc de Tresmes reprit le sien, en gardant sa pension, Duclos, Mém. rég. Œuvres, t. V, p. 384.

  • 8Le jeu, les règles d'après lesquelles il faut jouer, la manière dont il convient de jouer, ou dont une personne joue. Jouer le jeu. C'est le jeu de jeter vos cœurs.

    Fig. et familièrement. C'est son jeu, il fait précisément ce qu'il doit faire pour réussir. Ne parler point d'amour ! pour moi, je me défie Des fantasques raisons de la philosophie ; Ce n'est pas là mon jeu…, Corneille, la Veuve, I, 1.

    On dit de même : C'est un homme qui sait bien son jeu.

    Le droit du jeu, ce qu'il convient de faire en jouant. Vous me demandez si je deviens dévote ; ma bonne, hélas ! non, dont je suis très fâchée ; mais il me semble que je me détache un peu de ce qui s'appelle le monde… mais ce que j'épargne sur le public, il me semble que je vous le redonne ; ainsi je n'avance guère dans ce pays de détachement, et vous savez que le droit du jeu serait de commencer par effacer un peu Sichée [sa fille, Mme de Grignan], vous savez la fable [Énéide, IV], Sévigné, 8 juin 1676.

  • 9Assemblages des cartes qui, données à chacun des joueurs, leur servent à jouer le coup. Regarder son jeu. Avoir une carte de trop dans son jeu. Il lui est venu beau jeu. Parbleu, tu jugeras toi-même si j'ai tort, Et si c'est sans raison que ce coup me transporte ; Car voici nos deux jeux, qu'exprès sur moi je porte, Molière, Fâcheux, II, 2.

    Je n'ai point de jeu, c'est-à-dire je n'ai pas des cartes favorables.

    Donner beau jeu, donner des cartes qui font un jeu favorable.

    Fig. Donner beau jeu, faire beau jeu à quelqu'un, lui présenter une occasion favorable de réussir en quelque chose. C'était un beau jeu pour ces discours à part si fréquents chez les anciens et chez les modernes de toutes les langues, Corneille, Examen de la Veuve. Je conviens qu'on vous donne beau jeu, Hamilton, Gramm. 11. La lettre de Philippe valait un bon manifeste et donnait aux pensionnaires qu'il avait dans Athènes beau jeu pour le justifier, Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. VI, p. 96, dans POUGENS.

    On dit dans un sens analogue : avoir beau jeu. Mon frère en son amour n'aura pas trop beau jeu, Regnard, Joueur, I, 9. La philosophie n'a pas beau jeu, mais les belles-lettres ne sont pas dans un état plus florissant, Voltaire, Lett. d'Argental, 26 sept. 1770.

    Perdre à beau jeu, perdre quoiqu'on ait un beau jeu ; et fig. échouer dans une tentative dont le succès paraissait assuré.

    Fig. Voir beau jeu, être témoin de quelque événement considérable, de quelque esclandre, de quelque algarade. Mon cousin Jupiter, dit-il, verra dans peu Un assez beau combat, de son trône suprême : Toute sa cour verra beau jeu, La Fontaine, Fabl. XII, 21. Nous allons voir beau jeu si la corde ne rompt, Molière, l'Ét. III, 10.

    Fig. Faire voir beau jeu à quelqu'un, le maltraiter, lui nuire par vengeance, par un mouvement de colère ; ou l'emporter sur lui dans une discussion.

    Voir beau jeu, subir quelque atteinte, quelque punition. Toutes verront beau jeu, La Fontaine, Lun. Pompignan se fera peut-être prier ; mais laissez-moi faire, il payera, ou il verra beau jeu, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 12 janvier 1773.

    Voir beau jeu, en parlant de choses, être prises, pillées, mangées. Tire-moi ces marrons ; si Dieu m'avait fait naître Propre à tirer marrons du feu, Certes marrons verraient beau jeu, La Fontaine, Fables, IX, 15.

    Fig. Faire bonne mine à mauvais jeu, cacher le mécontentement qu'on éprouve, ou le mauvais état où l'on est. Que sert à mauvais jeu de montrer bon visage ? Th. Corneille, l'Amour à la mode, I, 3.

    Bonne mine et mauvais jeu, se dit en parlant d'une personne qui, sous une apparence de joie, cache du chagrin ou du désappointement.

    Fig. Jouer à jeu sûr, être certain du succès des moyens qu'on emploie dans une affaire. Je pouvais à jeu sûr faire paraître ma bonne intention en tout, Retz, II, 73. Battre un homme à jeu sûr n'est pas d'une belle âme, Molière, Amph. I, 2.

    Fig. Jouer bien son jeu, conduire adroitement, habilement une affaire. Je sais bien mon métier, et ma simplicité Joue aussi bien son jeu que ton avidité, Corneille, Ment. IV, 7.

    Jouer un nouveau jeu, recourir à de nouveaux artifices. Tu me vas voir, Cliton, jouer un nouveau jeu, Corneille, ib. V, 6.

    Cacher son jeu, prendre soin que l'adversaire ne voie pas les cartes que l'on porte.

    Fig. Cacher, couvrir son jeu, dissimuler son habileté soit en feignant de ne pas savoir bien jouer, soit, plus généralement, en cachant les moyens que l'on emploie pour réussir à quelque chose. D'un bon mot du vieux temps je couvre tout mon jeu, Régnier, Épît. II. Pour mieux couvrir notre jeu, feignez, comme on vous a dit, d'être la plus contente du monde des résolutions de votre père, Molière, Pourc. I, 4. Savez-vous qu'il [un flatteur] ne fait que couvrir son jeu, et que, par cette immense profusion de louanges qu'il vous donne à pleines mains, il achète la liberté de décrier votre conduite, ou même de vous trahir sans être suspect ? Bossuet, 3e sermon, Passion, 2. Tout homme a de l'orgueil, tout homme est sensible, le plus habile est celui qui sait le mieux cacher son jeu, Voltaire, Dict. phil. Quisquis, Langleviel.

    On dit dans le même sens : Le jeu de cet homme est fort caché, fort couvert.

    Fig. Le dessous du jeu, ce qu'on ne sait pas du jeu, ce qu'il y a de caché dans une affaire. Mais encore n'y a-t-il point moyen de voir le dessous du jeu ? Pascal, Pens. X, I, éd. HAVET.

    Aux jeux de cartes, avoir le jeu serré, ne jouer qu'avec un bon jeu, et ne point se hasarder.

    Fig. Avoir le jeu serré, agir avec prudence, avec réserve, de manière à ne rien compromettre.

    Aux échecs, avoir le jeu serré, n'étendre pas assez son jeu.

    Au trictrac, le jeu de ce joueur est serré, est pressé, se dit quand, les cases les plus éloignées étant faites, il court risque, s'il amène des cinq ou des six, de ne pouvoir les jouer utilement.

    Aux dés, le jeu, les points qu'on amène.

    En général, le jeu, la situation dans laquelle on se trouve par rapport à son adversaire, à quelque jeu que ce soit. C'est un mat qui a été donné, lorsqu'on croyait avoir le plus beau jeu du monde, et rassembler toutes ses pièces ensemble, Sévigné, 8 déc. 1679.

  • 10Ce qui sert à jouer à certains jeux. Un jeu d'échecs. Un jeu de dames.

    Jeu de cartes, le nombre de cartes que doit avoir un paquet de cartes. Jeu entier, ou jeu de reversi, ou jeu de whist, assemblage de 52 cartes, 13 de chaque couleur. Jeu de piquet, jeu de cartes qui ne contient point les deux, trois, quatre, cinq et six et n'a par conséquent que trente-deux cartes.

    Faux jeu, jeu de cartes où il y a des cartes de trop ou de moins.

  • 11Par assimilation avec un jeu de cartes. Jeu de contre-marques, nom donné aux différentes contre-marques nécessaires pour le service d'une soirée de théâtre.
  • 12Ce que l'on met au jeu. Jouer un jeu d'enfer. Il joue un jeu à se ruiner. Une tenue d'états, ou les chambres assemblées pour une affaire très capitale, n'offrent point aux yeux rien de si grave et de si sérieux qu'une table de gens qui jouent un grand jeu, La Bruyère, VI. Un jeu effroyable, continuel, sans retenue, sans bornes… est-ce une chose qui soit permise, ou dont on ne puisse se passer ? La Bruyère, VI. Il n'y a rien qui mette plus subitement un homme à la mode et qui le soulève davantage que le grand jeu, La Bruyère, XIII. Si j'étais riche, je jouerais un très petit jeu, Rousseau, Ém. IV.

    Tirer le jeu, décider par le sort quel sera le montant de l'enjeu.

    Faire le jeu, déposer les enjeux. Le jeu est-il fait ?

    J'y vais du jeu, j'y suis du jeu, et, par abréviation, j'en suis, se dit aux jeux de renvi, pour avertir que l'on joue une somme pareille à celle qui est sur le jeu.

    Jouer beau jeu, jouer le jeu que les autres veulent. Joue-t-il gros jeu ? Il joue beau jeu, Hamilton, Gramm. 3.

    Jouer gros jeu, hasarder, au jeu, de fortes sommes. Et d'ailleurs il n'est pas si facile qu'on pense D'être fort honnête homme et de jouer gros jeu, Deshoulières, Réflex. div. XI. Le calcul conduit M. Bernoulli à conclure que le gros jeu ne sera jamais l'occupation d'un homme raisonnable, Condorcet, Bernoulli.

    Fig. Jouer gros jeu, jouer un jeu à se perdre, s'engager dans une affaire où l'on court de grands risques de toute nature. Grâce au ciel, ma maîtresse a tiré son enjeu ; Vous épouser, monsieur, c'était jouer gros jeu, Regnard, Joueur, v, 11. Que je garderais le reste pour moi ; étant bien juste que celui qui avait le plus travaillé dans cette affaire et joué le plus gros jeu, eût la plus grosse part, Lesage, Guzm. d'Alfar. v, 3.

    Fig. Tirer son épingle du jeu, voy. ÉPINGLE.

  • 13 Par extension. Jeu de bourse, nom générique de toute espèce d'agiotage sur les fonds publics et les autres valeurs cotées à la Bourse.
  • 14Au jeu de paume, chacune des divisions de la partie. Une partie de quatre jeux, de six jeux. Jouer en six jeux. Gagner le premier jeu. Avoir trois jeux à deux, trois jeux à point, se dit quand l'un des joueurs a trois jeux, tandis que l'autre n'en a que deux, ou n'en a point.

    Ils sont à deux de jeu, ils ont chacun deux jeux.

    Fig. Deux hommes sont à deux de jeu, quand l'un a pris sa revanche de l'autre, quand ils n'ont point d'avantage l'un sur l'autre ; et aussi quand ils se sont rendu réciproquement de mauvais services, ou qu'ils ont été également maltraités dans une affaire.

    Terme du jeu de balle. Division de la partie qui consiste en quatre quinze. Avoir un jeu, avoir quinze ; avoir deux jeux, avoir trente ; avoir trois jeux, avoir quarante-cinq. Un jeu, un lieu où l'on joue à certains jeux. Un jeu de boule. Un jeu d'arquebuse.

    La partie de l'emplacement où l'on joue à la paume, qui s'étend depuis le dernier jalon jusqu'à la grille.

    Jeu de dedans, galerie qui règne sous presque toute la longueur du toit, du côté opposé à celui du service.

    Jeu de carre, jeu de paume, où il n'y a point de dedans, et où l'on a pratiqué un carré d'un pied et demi au bas du mur de largeur du fond du jeu.

    Nom donné à un pilier, à un autre arbre ou à toute autre marque de ce genre qui détermine l'espace dans lequel les chasses peuvent avoir lieu.

  • 16 S. m. pl. Chez les anciens, les jeux, nom générique des courses, des luttes, des combats de gladiateurs, etc. Chez les Grecs, les jeux olympiques, les jeux pythiques, les jeux néméens ; chez les Romains, les jeux séculaires, les jeux du cirque, etc. Des jeux en l'honneur de Jupiter, d'Hercule. Et je n'ai proposé les fêtes et les jeux que je fais célébrer ici, qu'afin d'y pouvoir attirer tout ce que la Grèce a d'illustre, Molière, Princ. d'Él. II, 4. Ils [les Juifs] célébrèrent des jeux comme les gentils, Bossuet, Hist. II, 5. Quoi de plus cruel que leurs jeux [des Romains], qui faisaient parmi eux une partie du culte divin ; jeux sanglants et dignes de bêtes farouches, où ils soûlaient leurs faux dieux de spectacles barbares et de sang humain ! Bossuet, Sermons, Vertu de la croix, 1. On a préparé des jeux publics, où tous les prétendants combattront, Fénelon, Tél. V. Les combats qui faisaient la meilleure partie de l'appareil et de la solennité des jeux publics, sont le pugilat, la lutte, le pancrace, le disque, la course, Rollin, Hist. anc Œuv. t. V, p. 60, dans POUGENS. On ne donnait pour toute récompense qu'une simple couronne, d'olivier sauvage aux jeux olympiques, de laurier aux jeux pythiques, d'ache vert aux jeux néméens et d'ache sec aux jeux isthmiques, Rollin, ib. p. 55.
  • 17Chez les anciens ou chez les modernes, les jeux de prix, jeux ou exercices qui, exigeant certaines qualités corporelles, ont un prix pour récompense du vainqueur. La lutte, la course, le tir à l'arbalète ou au fusil, etc. sont des jeux de prix.

    Jeu des cannes, jeu emprunté par les Espagnols aux Maures et qui est une sorte de tournois où l'on se lance des cannes que l'on pare avec des boucliers.

  • 18Jeux Floraux, voy. FLORAL.

    Jeu sous l'ormel, nom donné dans le XIVe siècle à des sociétés littéraires analogues aux puys (voy. ce mot).

  • 19 Poétiquement. Les jeux de la scène, les représentations théâtrales.

    Les jeux de Thalie, la comédie. Les jeux de Melpomène, la tragédie. Les jeux de Terpsichore, la danse. Je quitte Melpomène et les jeux du théâtre, Ces combats, ces lauriers, dont je fus idolâtre ; De ces triomphes vains mon cœur n'est plus touché, Voltaire, Épît. 44.

  • 20Jeu, le maniement des hautes armes (sens qui vieillit). Le jeu de la hallebarde, de la pique, de l'espadon.
  • 21La façon de faire des armes. Un jeu habile. J'ai la botte trompeuse, et le jeu très brouillé, Regnard, le Joueur, III, 11.

    Jeu dur, action d'un tireur qui emploie la force et ne répond aux coups que par des mouvements imprévus.

    Jeu de la pointe de l'épée, action de l'élever au-dessus de celle de l'ennemi.

    Jeu simple, celui qui se fait avec vitesse sur une ligne.

    Jeu composé, jeu qui comprend toutes les inventions possibles pour tromper l'adversaire.

    Savoir le jeu de quelqu'un, connaître les coups dont il se sert le plus habituellement ; et fig. connaître sa manière d'agir.

  • 22Manière de jouer d'un instrument de musique. Avoir le jeu beau, le jeu brillant, le jeu large, hardi.

    Plein jeu, se dit des sons plus forts que l'on tire d'un instrument.

    Demi-jeu, terme qui répond à l'italien mezzo forte, et qui se dit de l'action de ne pas donner au jeu des instruments toute l'intensité de son dont ils sont susceptibles.

    Demi-jeu, la moitié d'un jeu d'orgues, et aussi manière de jouer de l'orgue qui tient le milieu entre le fort et le doux.

    Jeu céleste, qualité de son un peu étouffé, mais très doux et très agréable, que l'on obtenait par une des pédales du piano (aujourd'hui on ne met plus cette pédale). L'orgue a aussi un jeu céleste.

    Fig. et familièrement. C'est le vieux jeu, ce sont de vieilles habitudes.

    C'est le vieux jeu, on n'en rit plus, se dit quand quelqu'un fait un vieux conte qu'on a ouï plusieurs fois

    Jeu d'orgue, se dit de l'instrument qu'on appelle aussi simplement orgues. Le jeu de voix humaine, le jeu de flûtes, le jeu de trompettes, le jeu de clairon, registres qui servent, dans les orgues, à imiter le son de la voix humaine, celui des flûtes douces, celui des trompettes, etc.

    Le plein jeu, ce qui sert, dans l'orgue, à produire des sons plus forts.

    Jeu de viole, se disait autrefois de quatre ou cinq violes de différentes grandeurs pour jouer les différentes parties de la musique.

  • 23Manière dont un comédien remplit ses rôles. Ce comédien a le jeu pathétique. Un jeu noble.

    Jeu de théâtre, nom donné à certains effets de scène où l'on emploie surtout les gestes et les expressions du visage. On ne se pique plus de déclamer des vers comme on faisait du temps de Baron ; on veut du jeu de théâtre ; on met la pantomime à la place de l'éloquence, Voltaire, Lett. Lacombe, 14 juillet 1766. Gardons-nous surtout de chercher dans un grand appareil et dans un vain jeu de théâtre un supplément à l'intérêt et à l'éloquence, Voltaire, Scythes, Préf. L'appareil, la pompe, la position des acteurs, le jeu muet sont nécessaires ; mais c'est quand il en résulte quelque beauté, Voltaire, Lett. Lekain, 16 déc. 1760.

    Fig. Un zèle désavoué par une conduite reprochable est un jeu de théâtre qui n'a de sérieux que l'abus du ministère, Massillon, Confér. Zèle c. l. scand.

    Fig. C'est un jeu joué, se dit d'une feinte concertée entre deux ou plusieurs personnes. On dit que M. de Saint-Vallier a épousé Mlle de Rouvroi ; c'était un jeu joué que sa disgrâce, Sévigné, Lett. 10 juillet 1675.

  • 24Il se dit des différentes expressions que prend la physionomie. Quel jeu de physionomie ! qu'il a de feu dans le regard ! Favart, Soliman II, I, 10. Tout cela donne beaucoup de variété, de jeu et de caractère à la physionomie de cet oiseau, Buffon, Ois. t. v, p. 166.
  • 25Le jeu de la lumière, les différents reflets que présente un corps éclairé. Le jeu des nuances fugitives qui se succèdent ou se mêlent, s'éclipsent ou se font valoir mutuellement, et surtout expriment l'action, le mouvement et la vie, Buffon, ib. t. VII, p. 132. Vernet, admirable dans l'art de peindre l'eau, l'air, la lumière et le jeu de ces éléments, Marmontel, Mém. VI.
  • 26Aisance de mouvement, facilité à se mouvoir, en parlant des ouvrages d'art. Le balancier de cette horloge n'a pas assez de jeu. Il faut donner du jeu à cette porte.

    Par extension. Je voudrais que vous eussiez été saignée… cela vous eût débouché les veines, cela eût donné du jeu et de l'espace à votre sang, Sévigné, c avril 1689.

    Terme de peinture. Il y a du jeu dans cette composition, le mouvement y est, les aspects y sont variés, les objets n'y sont point entassés, et laissent entre eux l'espace nécessaire.

    Terme de mécanique. Jeu de piston, espace que parcourt. À chaque coup, le piston dans son corps de pompe.

    Terme de marine. Espace vide. Les haubans ont du jeu. Jeu de la barre, espace qu'elle peut parcourir lorsqu'on fait obliquer le gouvernail d'un bord à l'autre.

    Terme de menuiserie. Bois qu'on ôte dans les feuillures d'une porte, d'une croisée, avec le rabot, pour en rendre la fermeture plus facile.

    Terme de charpenterie. Nom d'une longue pièce de bois, où pose et tourne l'arbre d'un moulin à vent, du côté de la tête.

  • 27Action d'un ressort. Le jeu de la gâchette d'un fusil.

    Action régulière et combinée des diverses parties d'une machine. On ne peut assez admirer cette prodigieuse quantité de muscles qui se voient dans le corps humain, ni un jeu si aisé et si commode, non plus que le tissu de la peau qui les enveloppe, si fort et si délicat tout ensemble, Bossuet, Conn. II, 2.

    Fig. Condition qui fait tout le jeu de la machine politique, Rousseau, Ém. V. Le jeu de l'intrigue et de la méchanceté se soutient, se renouvelle, Rousseau, Confess. IX. Il est trop vrai que la température de telle ou telle région peut être un obstacle au jeu et à la marche du gouvernement populaire, Chateaubriand, Amér. Républ. espagn.

    En jeu, en action. Il y a plus de forces en jeu, plus d'intensité dans les mouvements, plus de quantité dans l'effet, Bonnet, Ess. analyt. âme, ch. 18.

  • 28Par assimilation avec ce qui sert à jouer (sens du n° 10). Terme d'architecture hydraulique. Jeu d'eau, diversité de formes des jets d'eau dont on varie les ajutages.

    Jeu d'eau, jets qui, par le mouvement de l'eau, font jouer des instruments, des machines.

    Terme de marine. Jeu de voiles, l'appareil complet de toutes les voiles d'un vaisseau. Pour le rechange, ils [les Hollandais] mettent toujours trois jeux de voiles sur leurs vaisseaux et huit ancres, Corresp de Colbert, III, 2, p. 312.

    Un jeu d'avirons, le nombre d'avirons nécessaire pour un canot.

    Terme de pêche. Ligne de fond à 5 ou 6 hameçons, ordinairement employée pour prendre le barbeau pendant le jour.

  • 29Jeu d'orgue, espèce de soubassement sous le manteau d'une cheminée.
  • 30 Terme de féodalité. Jeu de fief, aliénation d'un fief, sous la réserve de la foi, et avec l'imposition d'un devoir domanial et seigneurial.

PROVERBES

À beau jeu, beau retour, se dit quand on rend la pareille à qui nous a fait quelque injure.

À tout venant beau jeu, se dit pour exprimer qu'on est en état de tenir tête à tous ceux qui se présenteront.

Les fautes sont faites pour le jeu, c'est-à-dire qu'en toutes choses il y a des règles qu'il faut observer.

Dieu vaut jeu, se dit lorsque le mal qu'une personne voulait faire aux autres retombe sur elle-même, et signifie proprement que la justice divine n'a pas moins de force que le mauvais jeu des méchants.

Le jeu ne vaut pas la chandelle. voy. CHANDELLE. Amusez-vous de la vie, il faut jouer avec elle ; et, quoique le jeu ne vaille pas la chandelle, il n'y a pourtant pas d'autre parti à prendre, Voltaire, Lett. Mme d'Argental, 1er août 1757.

HISTORIQUE

XIe s. Greignor [plus grand] fais [il] porte par giu quant il s'enveise [s'amuse], Ch. de Rol. LXXVI.

XIIe s. Lors [ils] sauront come Charles nous a le geu parti, Sax. XXIV. Niés Vivien [mon neveu Vivien], ce n'est pas jeus petis, Que tant i a Sarrazins et Persis, Contre un des noz [nôtres] en ont soixante et diz, li Covenans Vivien, V. 386. Je si souvent me tourmente Que je n'ai ne jeu ne ris, Dame de Faiele, dans Couci.

XIIIe s. Cest gieu parti en envoions Au comte d'Anjou… Et de juger droit le prions, Le Comte de Bret. Romanc. p. 162. Mais si me puist aidier sains Pox [Paul], Li jeus s'en va en autre guise ; Venus en estes à joïse [jugement] ; Vous le comparrez [payerez] hui mout chier, Ren. 5182. Qui du songe la fin orra, Je vous di bien qu'il i porra Des jeus d'amors assés aprendre, la Rose, 2079.

XIVe s. Il fut ordonné que par maniere d'ebattement seroit donné un joyel ou present au jeu de barres, ainsi qu'il est accoustumé à faire au jeu de prix, Du Cange, escrinium. Berruier et François et Breton bien corseu, Bien quatre cens ou plus ont commencié le geu [la bataille], Guesclin. V. 19953. Le dittateur voua et promist à fere les grans jeuz quant la cité de Veie seroit conquise, Bercheure, f° 104.

XVe s. Jamès je ne fuisse lassés à juer aux jus des enfans, Froissart, Poés. Espinet. amour. Faisons leur voie, et vous verrez tantost beau jeu, Froissart, II, II, 175. Et que les princes doivent bien congnoistre quelles gens les meuvent [les traictez], et par especial celluy qui n'a le plus apparent du jeu, Commines, I, 13. Ha ! mon amy ce n'est pas jeu, Dist le penancier seurement, Il vous fault bien penser à Dieu Et le supplier humblement, Œuvres de VILL. 1re repue. La darraine parole me demourra, soit tort, soit droit ; mais il n'est jeu que à joueurs, et n'y a que faire, Les 15 joyes de mariage, p. 24. L'autre dit qu'il n'en peut challoir, et que ce n'est que la regle du jeu, et qu'il [le mari trompé] n'est que une beste, ib. p. 76. Quand le chevalier veit ce, il s appensa que ce n'estoit pas jeu d'enfant, et que legierement pourroit recevoir blasme, s'il ne se defendoit, Perceforest, t. II, f° 128. De tant estoit ie jeu mal parti envers eulx, qu'il leur convenoit recevoir plus de coups qu'ilz ne povoient rendre, ib. t. I, f° 34. À quel jeu vous avons-nous perdu ? Petit J. de Saintré, p. 20, dans POUGENS.

XVIe s. Voilà les armes prises par toute la France à jeu descouvert, D'Aubigné, Hist. II, 123. Par maniere de jeu [en plaisantant], Montaigne, I, 101. J'aurois trop beau jeu, si je voulois considerer l'homme…, Montaigne, II, 228. Le jeu ne vault pas la chandelle, Montaigne, III, 47. Un instrument de musique à plusieurs jeux et plusieurs registres, Amyot, Anton. 32. Les jeux des musiciens, Amyot, Péricl. 29. En trois villages peut avoir un toreau qui ne peut estre empesché d'aller à jeu [de saillir des vaches], Coust. géner. t. II, p. 780. Voyant que ce lui estoit jeu forcé, Pasquier, Rech. livre VI, p. 534, dans LACURNE. Comme on dit en proverbe : Jeux de prince, c'est à dire jeux qui plaisent à ceux qui les font, H. Estienne, Apol. pour Hérod, p. 278, dans LACURNE. À vrai dire perd on le jeu, Cotgrave Après la feste et le jeu les pois au feu, Cotgrave Le jeu, la femme, le vin friand Font l'homme pauvre tout en riant, Leroux de Lincy, Prov. t. II, p. 85.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

JEU. Ajoutez :
31 Terme de turf. Un cheval fait le jeu, quand, dès le départ, il prend la tête du train, forçant ainsi ses concurrents à développer, dès le début, leur maximum de vitesse.

Quand deux chevaux d'une même écurie sont engagés dans une course, l'un d'eux est réservé à faire le jeu de son camarade, c'est-à-dire à fatiguer les concurrents jusqu'au moment où son camarade d'écurie peut prendre place et terminer victorieusement la course.

REMARQUE

Dans le proverbe : le jeu ne vaut pas la chandelle, on pèche contre le dicton en mettant enjeu. Rivarol quitta cette partie de la politique militante dont l'enjeu ne valait plus la chandelle, De Lescure, Journ. offic. 16 mai 1875, p. 3479, 2e col.

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Étymologie de « jeu »

Provenç. joc, juec, juoc ; catal. jog ; espag. juego ; portug. jogo ; ital. giuoco, du latin jocus. De même que jam est pour diam, Joris pour Diovis, jocus est pour diocus ; sanscr. div, jouer.

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Du latin jocus (« plaisanterie, badinage, le Jeu personnifié »)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « jeu »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
jeu ʒø

Fréquence d'apparition du mot « jeu » dans le journal Le Monde

Source : Gallicagram. Créé par Benjamin Azoulay et Benoît de Courson, Gallicagram représente graphiquement l’évolution au cours du temps de la fréquence d’apparition d’un ou plusieurs syntagmes dans les corpus numérisés de Gallica et de beaucoup d’autres bibliothèques.

Évolution historique de l’usage du mot « jeu »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « jeu »

  • On ne joue pas en assistant à un jeu.
    Proverbe baoulé
  • Ce sont là jeux de prince : On respecte un moulin ; on vole une province.
    François Andrieux — Le Meunier sans souci
  • Jeu des nuages - jeu de la nature, essentiellement poétique.
    Novalis — Fragments
  • Tricher au jeu sans gagner est d'un sot.
    Voltaire — Eloge de l'hypocrisie
  • Le bonhomme disait : Ce sont là jeux de prince.
    Jean de La Fontaine — Fables, le Jardinier et son Seigneur
  • C'est le vrai droit du jeu de tromper le trompeur.
    Charles Perrault — Fables, le Chien, le Coq et le Renard
  • Le sondage est le jeu de mots des chiffres.
    Albert Brie — Le mot du silencieux
  • Jeu de main, jeu de vilain.
    Proverbe français
  • Le mariage, un petit jeu de satiété.
    Henri Duvernois
  • La science est un jeu dont la règle du jeu consiste à trouver quelle est la règle du jeu.
    François Cavanna — Le saviez-vous ?
Voir toutes les citations du mot « jeu » →

Traductions du mot « jeu »

Langue Traduction
Anglais game
Espagnol juego
Italien gioco
Allemand spiel
Chinois 游戏
Arabe لعبه
Portugais jogos
Russe игра
Japonais ゲーム
Basque game
Corse ghjocu
Source : Google Translate API

Synonymes de « jeu »

Source : synonymes de jeu sur lebonsynonyme.fr

Combien de points fait le mot jeu au Scrabble ?

Nombre de points du mot jeu au scrabble : 10 points

Jeu

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