Hiérarchie : définition de hiérarchie


Hiérarchie : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

HIÉRARCHIE, subst. fém.

Organisation fondée sur un ordre de priorité entre les éléments d'un ensemble ou sur des rapports de subordination entre les membres d'un groupe.
A. − RELIG. CHRÉT.
1. Ordre et subordination des neuf chœurs des anges, selon la Bible et la liturgie. Synon. ordre.La hiérarchie céleste; les trois hiérarchies d'anges. Les divines hiérarchies (...) tant de séraphins, de trônes, d'ardeurs, de dominations, d'anges et d'archanges (Chateaubr., Génie, t. 1, 1803, p. 31).Cet ange [de la Vierge aux rochers], à coup sûr, occupe un haut grade dans la hiérarchie du ciel; ce doit être un trône, une domination, une principauté tout au moins (Gautier, Guide Louvre,1872, p. 65) :
1. ... trois hiérarchies, dont chacune se subdivise en trois ordres. À chaque hiérarchie est attribuée la contemplation spéciale de l'une des trois personnes de la sainte Trinité (...). À ces attributions contemplatives correspond un ministère actif. Ozanam, Philos. Dante,1838, p. 191.
SYNT. La première hiérarchie d'anges (séraphins, chérubins, trônes); la seconde hiérarchie (dominations, puissances, principautés); la troisième hiérarchie (vertus, archanges, anges).
2. Ordre et subordination des différents degrés de l'état ecclésiastique. Hiérarchies de l'Église catholique; hiérarchie ecclésiastique; hiérarchie d'ordre (évêques, prêtres, ministres, diacres, etc.); hiérarchie de juridiction (pape, évêques, curés); hiérarchie de droit divin. C'est un point de doctrine catholique, que la hiérarchie, en remontant des ordres inférieurs, par les évêques, jusqu'au souverain pontife, est d'institution divine, et par conséquent immuable (Lamennaisds L'Avenir,1831, p. 346).C'est donc avec crainte et tremblement que tu dois monter jusqu'à ce haut degré de la hiérarchie sainte [la prêtrise] (Billy, Introïbo,1939, p. 142).
Emploi abs. La hiérarchie (p. ell. de hiérarchie ecclésiastique). Membres de la hiérarchie. Ce prêtre, digne d'être élevé aux plus hauts degrés de la hiérarchie (A. France, Orme,1897, p. 84) :
2. Le Christ est avec nous. Il ne cesse pas d'être présent à son Église, comme docteur par le pape et la hiérarchie, comme médecin par le sacrement de pénitence, comme nourriture par l'Eucharistie. Rivière, Corresp. [avec Alain-Fournier], 1907, p. 197.
B. − Usuel. Organisation sociale établissant des rapports de subordination et des degrés gradués de pouvoirs, de situation et de responsabilités. Synon. ordre, subordination, échelle, filière.Hiérarchie politique; degrés, échelons de la hiérarchie. La base de la société chinoise est la famille. Une hiérarchie rigoureuse en relie les membres, unis par le culte commun des ancêtres (Vidal de La Bl., Princ. géogr. hum.,1921, p. 204).Au sommet de cette hiérarchie domestique se tenait mon père. Et puis venaient son régisseur, présent partout, et dans chaque centre un maître-valet (Pesquidoux, Livre raison,1925, p. 166) :
3. ... son service de renseignements (...) était en effet remarquable, bien qu'il eût l'étrange défaut d'être composé d'agents trop haut placés dans la hiérarchie sociale car, si l'on voulait avoir quelques détails sur la vie d'un caporal, Tante Cora ne pouvait les demander qu'au Ministre de la Guerre ou, sur un médecin de quartier de Limoges, qu'à un chirurgien des hôpitaux de Paris. Maurois, Climats,1928, p. 40.
SYNT. La hiérarchie d'un parti, d'une société; hiérarchie de groupes, de classes, de milieux, de personnes; hiérarchie d'emplois, de fonctions; hiérarchie professionnelle; du haut en bas de la hiérarchie; établir une hiérarchie; être inférieur, supérieur à qqn dans une hiérarchie; occuper tel rang dans une hiérarchie; s'élever dans la hiérarchie; passer par tous les degrés de la hiérarchie.
Hiérarchie militaire (subdivisée en grades selon le rang et le commandement). Instances supérieures, membres de la hiérarchie militaire. La hiérarchie militaire anglaise ne permettant de citer dans un rapport aucun héros au-dessous du grade d'officier (Hugo, Misér., t. 1, 1862, p. 419).L'homme le plus haut placé dans la hiérarchie militaire, le ministre qui a la garde des secrets de l'armée (Clemenceau, Vers réparation,1899, p. 71).
Emploi abs. La hiérarchie. Avoir le sens, le sentiment, le respect de la hiérarchie; gravir les échelons les plus élevés de la hiérarchie. Le commandant, en dépit de la hiérarchie, mit le jeune Napoléon à la tête du polygone, de préférence à d'autres d'un rang supérieur (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène,1823, p. 86).D'un bout à l'autre de la hiérarchie, écrit-il [de Lattre], particulièrement chez les officiers, l'impression générale est que la nation les ignore et les abandonne (De Gaulle, Mém. guerre,1959, p. 140) :
4. Ce que je voulais dire de l'organisation militaire, c'est qu'elle a dû avoir sa raison d'être aux temps héroïques de l'Empire (...). Mais maintenant qu'en haut il n'y a plus que des bureaux et des députés, la hiérarchie devient risible. Cette immense pyramide de gens qui observent minutieusement leurs distances, c'est pour supporter un monsieur, qui écrit dans un fauteuil vert et qui ne voit pas plus loin que ceux qui sont en bas. Rivière, Corresp. [avec Alain-Fournier], 1906, p. 151.
Hiérarchie administrative (subdivisée en échelons selon le rang et la fonction); hiérarchie universitaire. Avoir telle place dans la hiérarchie; s'élever dans la hiérarchie; le respect de la hiérarchie. Où classer dans la hiérarchie administrative la fonction de secrétaire général qui a des attributions si nombreuses et si diverses? (Baradat, Organ. préfect.,1907, p. 181).« Ces Messieurs » représentaient la partie des hiérarchies administratives françaises qui constituait au-dessus de Monsieur Boudet une sorte de cylindre fait de rondelles successives et superposées (Malègue, Augustin, t. 2, 1933, p. 319).
C. − Au fig. Classification, de gradation croissante ou décroissante selon une échelle de valeur, de grandeur ou d'importance. Synon. classement, classification, éventail, gamme, échelle, série, succession.Ceux qui ont su établir entre leurs passions une hiérarchie intelligente, et qui ont préféré la gloire politique aux affaires les plus fructueuses (Mauriac, Nœud vip.,1932, p. 93).Traversant le bourdonnement des mouches et les crissements des cigales, plus hauts qu'eux sur la hiérarchie des bruits, des meuglements de bestiaux (Malègue, Augustin, t. 1, 1933, p. 219) :
5. On sait la hiérarchie admise par la science dans l'évolution du langage : au degré le plus bas le langage actif, au-dessus le langage émotif, au sommet le langage intellectuel. Benda, Fr. byz.,1945, p. 54.
SYNT. Hiérarchie des salaires, des revenus, des catégories, des genres, des espèces, des sciences, des normes; hiérarchie de valeurs, de devoirs; hiérarchie savante, établie, déterminée, fonctionnelle, intellectuelle, morale, organique, positive, spirituelle, théorique, traditionnelle, verticale.
Prononc. et Orth. : [jeʀaʀ ʃi] init. asp. Att. ds Ac. dep. 1694. Ac. 1694 : ,,Quelques'uns prononcent comme s'ils écrivaient gérarchie``. Étymol. et Hist. 1. a) Début xives. gerarchie théol. « ordre et subordination des différents chœurs des anges » (Vie de Saint Denis, Ms Londres Brit. Mus. add. 15606, fo133c ds Gdf. Compl.); 1521 ierarchiez celestes (G. Briçonnet, Corresp. G. Briçonnet - M. d'Angoulême, éd. C. Martineau et M. Veissière, p. 118); 1545 Hiérarchie céleste (Calvin, Instit. de la relig. chrét., IV, 6, 10, éd. J. D. Benoit, t. 4, p. 115); b) ca 1389 gerarchie « ordre et subordination des divers degrés de l'état ecclésiastique » (Ph. de Mézières, Songe du vieil pelerin, éd. G.W. Coopland, chap. 83); 1545 Hiérarchie (Calvin, op. cit., IV, 4, 4, t. 4, p. 76); 2. ca 1389 gerarchie p. ext. « ordre et subordination des rangs, des pouvoirs, etc., dans une société » (Ph. de Mézières, loc. cit.); 3. 1784 hiérarchie « organisation d'un ensemble selon la valeur de ses éléments » (Rivarol, Universalité de la langue fr., p. 33 ds Rob.). Empr. au lat. médiév. eccl.hierarchia (ixes., 1006, s. réf. ds Latham; 1161-62 ds Mittellat. W. II, 28, 59, s.v. caelestis), lui-même du gr. eccl. ι ̔ ε ρ α ρ χ ι ́ α, aux sens 1 a et b (fin ves.-début vies., Pseudo-Denys, π ε ρ ι ̀ τ η ̃ ς ο υ ̓ ρ α ν ι ́ α ς ι ̔ ε ρ α ρ χ ι ́ α ς et π ε ρ ι ̀ τ η ̃ ς ε ̓ κ κ λ η σ ι α σ τ ι κ η ̃ ς ι ̔ ε ρ α ρ χ ι ́ α ς [textes trad. en lat. au mil. du ixes. par Jean Scot Erigène], v. Théol. cath. I, 1192, s.v. ange, IV, 429-430, s.v. Denys l'Aréopagite; Encyclop. brit. VII, 465, s.v. Dionysius the Areopagite). Cf. aussi gr. de basse époque ι ̔ ε ρ α ρ χ ι ́ α « dignité de hiérarque, dans les provinces grecques de l'Empire romain » (Liddell-Scott Suppl.), dér. de ι ̔ ε ρ α ́ ρ χ η ς « (hiérarque*); suff. -ι ́ α (-ie*). Fréq. abs. littér. : 755. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 672, b) 817; xxes. : a) 1 088, b) 1 544. Bbg. Dub. Pol. 1962, p. 315. - Richard (W.) 1959, pp. 90-91. - Vardar (B.). Struct. fondamentale du vocab soc. et pol. en France, de 1815 à 1830. Istambul, 1973, p. 245.

hiérarchie. « Organisation sociale dans laquelle chacun se trouve placé dans une série ascendante de pouvoirs ou de situations » (fréq. abs. littér. : 755)

Hiérarchie : définition du Wiktionnaire

Nom commun

hiérarchie (h aspiré)\je.ʁaʁ.ʃi\ féminin

  1. (Religion catholique) (Vieilli) Ordre et subordination des différents chœurs des anges.
    • Afin d’en finir avec cette orfèvrerie symbolique, disons encore que la série des pierres servit à commémorer chacune des hiérarchies des Anges. — (Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Plon-Nourrit, 1915)
    • Les catholiques ne se sont jamais découragés au milieu des épreuves les plus dures, parce qu'ils se représentaient l'histoire de l'Église comme étant une suite de batailles engagées entre Satan et la hiérarchie soutenue par le Christ. — (Georges Sorel, Lettre à Daniel Halévy, 15 juillet 1907, dans Réflexions sur la violence, 1908)
    • Dès le principe donc, c'est la négation du cosmos avicennien. Les conséquences vont de soi : la multiplication des êtres célestes et de leurs hiérarchies n'a plus de raison d'être « nécessaire ». — (Henry Corbin, Avicenne et le récit visionnaire, Éditions Verdier, 1999, p.136)
  2. (Religion) Ordre des degrés de l’état ecclésiastique.
    • Le pape est le sommet de la hiérarchie de l’église catholique romaine.
  3. Organisation qui précise les relations ascendantes de pouvoir.
    • Au milieu du siècle dernier, on traitait de songe-creux et de lunatiques ceux qui prétendaient aplanir les hiérarchies traditionnelles et renverser même la personne du Roi. — (Pierre Louÿs, Liberté pour l'amour et pour le mariage, 1900, dans Archipel, 1932)
    • Les Bureaux arabes ont sous leur direction une hiérarchie administrative d'agents locaux à leur solde : 8 khalifas ,8 bachagas, 34 aghas et 656 caïds. — (Pierre Darmon, Un siècle de passions algériennes: Histoire de l’Algérie coloniale (1830-1940), Fayard, 2009, chap.9)
    1. Ordonnancement d’un ensemble grâce à une relation d’ordre dans laquelle chaque élément est supérieur au suivant.
      • La hiérarchie des valeurs ou des sentiments.
      • Le général est le sommet de la hiérarchie des grades militaires.
      • Même quand la besogne agricole est extrêmement lucrative, beaucoup de Français, lâchant la proie pour l'ombre, ont tendance à la fuir, croyant ainsi monter dans la hiérarchie sociale. — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
    2. Ensemble des personnes dotées d’une autorité au sein d’une société.
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Hiérarchie : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

HIÉRARCHIE. (H est aspirée.) n. f.
Ordre et subordination des différents chœurs des anges. La hiérarchie céleste. La hiérarchie des anges. Les anges de la première hiérarchie, de la seconde, de la troisième hiérarchie. Il se dit également de l'Ordre et de la subordination des divers degrés de l'état ecclésiastique. La hiérarchie de l'Église. La hiérarchie ecclésiastique. Cette opinion tend à la destruction de la hiérarchie de l'Église. Il se dit, par extension, en parlant de Toutes sortes de pouvoirs, d'autorités, de rangs subordonnés les uns aux autres. La hiérarchie politique. La hiérarchie des pouvoirs. La hiérarchie militaire. Le plus haut degré de la hiérarchie sociale. Par extension, la hiérarchie des devoirs.

Hiérarchie : définition du Littré (1872-1877)

HIÉRARCHIE (i-é-rar-chie ; bien que l'i ne soit pas aspiré, on n'élide pas l'a de l'article : la hiérarchie ; on ne lie pas les consonnes : les troî hiérarchies, et non les troî-z hiérarchies. Chifflet et Bouhours remarquent qu'on prononce de leur temps jérarchie ; c'était l'ancienne prononciation ; voy. l'historique) s. f.
  • 1L'ordre des divers degrés de l'état ecclésiastique. La hiérarchie de l'Église. La hiérarchie ecclésiastique.
  • 2 Particulièrement. L'ordre et la subordination des différents chœurs des anges. Il y a trois hiérarchies d'anges : la première contient les séraphins, les chérubins et les trônes ; la seconde est composée des dominations, des puissances et des principautés ; la troisième, des vertus, des archanges et des anges. Après cela, Ô Marie, quand j'aurais l'esprit d'un ange et de la plus sublime hiérarchie, mes conceptions seraient trop ravalées, pour comprendre l'union très parfaite du Père éternel avec vous, Bossuet, 2e serm. Compass. de la sainte Vierge, 1. Il [Dieu] a créé, dans le ciel, des esprits dégagés de toute matière, qui vivent et se nourrissent d'une pure contemplation ; c'est ce que nous appelons les anges, que Dieu a divisés en leurs ordres et hiérarchies ; et c'est de cette race que sont les démons, Bossuet, 1er serm. Démons, 2.
  • 3 Par extension, subordination de pouvoirs, d'autorités, de rangs. La hiérarchie sociale.
  • 4 Fig. Subordination de certaines choses les unes aux autres. Deux expressions qui conviennent à la même chose ne conviennent pas au même ordre de choses ; et c'est à travers cette hiérarchie des styles que le bon goût sait marcher, Rivarol, Dict. univ. de la langue franç. p. 25.

HISTORIQUE

XVe s. Les escuyers en une chambre premiere, les chevaliers après en une autre chambre seconde et les grans chambelans les plus prochains qui entroient en sa chambre : c'estoient les trois gerarcies, Chastelain, Chron. de Bourg. III, 144.

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Hiérarchie : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

* HIÉRARCHIE, s. f. (Hist. ecclésiast.) il se dit de la subordination qui est entre les divers chœurs d’anges qui servent le Très-haut dans les cieux. Saint Denis en distingue neuf, qu’il divise en trois hiérarchies. Voyez Anges.

Ce mot vient d’ἱερὸς, sacré, & de ἀρχὴ, principauté.

Il désigne aussi les différens ordres de fideles, qui composent la société chrétienne, depuis le pape qui en est le chef jusqu’au simple laïque. Voyez Pape.

Il ne paroît pas qu’on ait eu dans tous les tems la même idée du mot hiérarchie ecclésiastique, ni que cette hiérarchie ait été composée de la même maniere. Le nombre des ordres a varié selon les besoins de l’Église, & suivi les vicissitudes de la discipline.

On a permis aux théologiens de disputer sur ce point tant qu’il leur a plû, & il est incroyable en combien des sentimens ils se sont partagés.

Quelques-uns ont prétendu qu’il y avoit bien de la différence entre être dans la hiérarchie & être sous la hiérarchie. Être dans la hiérarchie, selon eux, c’est par la consécration publique & hiérarchique de l’Église être constitué pour exercer ou recevoir des actes sacrés ; or tous ces actes ne sont pas joints à l’autorité & à la supériorité. Être sous la hiérarchie, c’est recevoir immédiatement de la hiérarchie des actes hiérarchiques. Il y a dans ces deux définitions quelque chose de louche qu’on en auroit écarté, si l’on avoit comparé la société ecclésiastique à la société civile.

Dans la société civile, il y a différens ordres de citoyens qui s’élevent les uns au-dessus des autres, & l’administration générale & particuliere des choses est distribuée par portion à différens hommes ou classes d’hommes, depuis le souverain qui commande à tous jusqu’au simple sujet qui obéit.

Dans la société ecclésiastique, l’administration des choses relatives à cet état est partagée de la même maniere. Ceux qui commandent & qui enseignent sont dans l’hiérarchie : ceux qui écoutent & qui obéissent sont sous l’hiérarchie.

Ceux qui sont sous la hiérarchie, quelque dignité qu’ils occupent dans la société civile, sont tous égaux. Le monarque est dans l’église un simple fidele, comme le dernier de ses sujets.

Ceux qui sont dans l’hiérarchie & qui la composent, sont au contraire tous inégaux, selon l’ancienneté, l’institution, l’importance & la puissance attachée au degré qu’ils occupent. Ainsi l’Église, le pape, les cardinaux, les archevêques, les évêques, les curés, les prêtres, les diacres, les soudiacres semblent en ce sens former cette échelle qui peut donner lieu à deux questions, l’une de droit & l’autre de fait. Voyez Église, Pontife, Cardinaux, &c.

Je ne pense pas qu’on puisse disputer sur la question de fait. Les ordres de dignités dont je viens de faire l’énumération, & quelques autres qui ont aussi leurs noms dans l’Église, soit que leurs fonctions subsistent encore ou ne subsistent plus, & qu’il faut intercaler dans l’échelle, composent certainement le gouvernement ecclésiastique.

Quant à la question de droit, c’est autre chose. Il semble qu’il y a le droit qui vient de l’institution premiere faite par Jesus-Christ, & le droit qui vient de l’institution postérieure faite soit par l’Église même, soit par le chef de l’Église, ou quelque autre puissance que ce soit. En ce cas, il y aura certainement parmi les hiérarques ecclésiastiques des ordres qui seront de droit divin, & des ordres qui ne seront pas de droit divin.

Tous les ordres qui n’ont pas été dès le commencement, ne seront pas de droit divin.

Parmi ces ordres qui n’ont pas été dès le commencement, plusieurs ne sont plus : ils ont passé. Parmi ceux qui sont, il y en a qui peuvent passer, parce qu’ils sont moins dispositionis dominicæ veritate, quam autoritate.

Le P. Cellot Jésuite avance que l’hiérarchie n’admet que l’évêque, & que les prêtres ni les diacres ne sont point hiérarques ; mais Bellarmin, Gerson, Petrus Aurelius, saint Jérome, & d’autres peres de l’église ont eu sur ce point des sentimens très-différens.

Ne pourroit-on pas croire que ceux qui ont droit d’assister dans un concile & d’y donner leur voix, sont nécessairement dans la hiérarchie, ou du nombre de ceux qui ont part au gouvernement ecclésiastique, soit qu’ils soient de droit divin ou non ?

Ne faudroit-il pas avoir égard aussi aux ordres qui conférés impriment un caractere ineffaçable, & ne permettent plus à celui qui l’a reçu de passer dans un autre état ?

Quoi qu’il en soit, sans prétendre décider les questions qui appartiennent à une hiérarchie aussi sainte & aussi respectable que celle de l’Eglise de Jesus-Christ, nous allons exposer simplement quelques idées propres à les éclaircir.

Jesus-Christ a institué l’apostolat. Des auteurs prétendent que l’Eglise a ensuite distribué l’apostolat en plusieurs degrés qu’ils regardent en conséquence comme d’institution divine ; ont-ils raison ? ont-ils tort ? Voyez Apôtres.

D’autres ne sont d’accord ni sur ce que Jesus-Christ a institué, ni sur ce que ses successeurs ont institué d’après lui. Ils veulent que la céremonie qui place le simple fidele dans l’ordre hiérarchique soit un sacrement, & comptent autant de sacremens que de degrés hiérarchiques.

Il y en a qui soutiennent que la consécration des évêques n’est point un sacrement ; parce que, disent-ils, l’évêque a reçu dans la prêtrise toute la puissance de l’ordre. Cependant entre les pouvoirs spirituels d’un évêque & d’un prêtre, quelle différence ! Voyez Evêques.

Frappés de cette différence, & considérant surtout que l’épiscopat confere le pouvoir d’administrer le sacrement de l’ordre & d’élever à la prêtrise ; pouvoir que le prêtre n’a pas, même radical, comme celui de confesser & d’absoudre sans permission en cas de nécessité ; la plûpart soutiennent que l’épiscopat est d’un autre ordre que la prêtrise, voy. Prêtre, & que le sacre épiscopal est un sacrement. Voyez Evêque.

Aucuns n’ont fait cet honneur à la tonsure ni à la papauté, quoique la tonsure tire le chrétien du commun des fideles pour le placer dans l’état ecclésiastique, & qu’elle méritât bien autant d’être un sacrement que la céremonie des quatre moindres qui confere au tonsuré le pouvoir de fermer la porte des temples, d’y accompagner le prêtre & de porter les chandeliers ; pouvoir qui n’appartient pas tant à l’ordonné, qu’un suisse, un bedeau, ou un enfant de chœur ne puisse le remplacer sans ordre ni sacrement. Voyez Tonsure & Tonsuré.

Mais la papauté à laquelle on attribue tant de prérogatives, & qui en a beaucoup, a-t-elle moins besoin d’une grace solemnelle que la fonction de présenter les burettes & de chanter l’épître ou l’évangile ? Jesus-Christ s’est-il plus expliqué en faveur du soudiaconat que du pontificat ? A-t-il dit à quelqu’un de ses disciples : Chantez dans le temple, essuyez les calices, comme il a dit à Pierre : Paissez mes ouailles ? Voyez Diacre & Soudiacre.

Mais si l’Eglise a pu partager l’apostolat en plusieurs degrés, & étendre ou restreindre le sacrement de l’ordination ; ne l’a-t-elle pas encore de changer cette division, & de se faire une autre hiérarchie ? Qu’est-ce qui lui a donné le pouvoir d’établir, & lui a ôté celui de changer ?

Mais son usage a-t-il été invariable ? Qu’est-ce que les cardinaux d’aujourd’hui ? Que sont devenus les chorévêques d’autrefois qui avoient, selon le concile de Nicée, le pouvoir de conférer les moindres, & qui, laissant le séjour des villes, formoient dans les campagnes comme un ordre ou échelon mitoyen entre la prêtrise & l’épiscopat. Voyez Chorévêque.

Cet ordre a été supprimé de la hiérarchie par le pape Damase ; mais pesez bien la raison que ce pape en apporte. « Il faut, dit-il, extirper tout ce qu’on ne sait pas avoir été institué par Jesus-Christ, tout ce que la raison n’engage pas à maintenir ; & l’on ne voit que deux ordres établis par Jesus-Christ, l’un des douze apôtres, & l’autre des soixante & dix disciples ». Non amplius quam duos ordines inter discipulos Domini esse cognovimus ; id est, duodecim apostolorum & septuaginta discipulorum : undè iste tertius processerit funditàs ignoramus, & quod ratione caret extirpari necesse est. Sect. 6. c. 8. Chorespis.

Mais si l’on suivoit ce principe du pape Damase, quel renversement n’introduiroit-il pas dans la hiérarchie ecclésiastique ? On n’y laisseroit rien de ce qui n’est pas de l’institution de Jesus-Christ, ou de la nécessité d’un bon gouvernement ; or Jesus-Christ a-t-il donné la pourpre ou le chapeau à quelqu’un de ses disciples ?

Dire que lorsqu’on ne sait précisément quand une chose a commencé d’être établie ou d’être crue, elle l’a été dès la premiere origine ; c’est un raisonnement tout-à-fait faux, & on ne peut pas plus dangereux.

On objectera peut-être à la division du pape Damase de la hiérarchie en deux ordres, que les apôtres ont institué des diacres ; mais il est évident que cette dignité ne fut créée que pour vaquer à des fonctions purement temporelles. Les diacres faisoient distribution des aumônes & des biens que les fideles avoient alors en commun, tandis que les diaconnesses de leur côté veilloient à la décoration & à la propreté des lieux d’assemblée : quel rapport ces fonctions ont-elles avec la hiérarchie ?

Dans l’examen de ce sujet, il ne faut pas confondre le gouvernement spirituel, l’établissement, la propagation & la consécration du christianisme avec le service temporel. Ce n’est pas à ceux qui songent à accroître les revenus de l’église, à les gérer, & à les partager, que Jesus-Christ a dit : Ecce ego mitto vos sicut misit me Pater.

Il n’y a que les premiers qui soient les vrais membres de Jesus-Christ. Il en est l’instituteur. Il n’y a rien à changer à leur hiérarchie. Il n’y a point d’autorité dans l’Eglise qui ait ce droit ; ni Pierre, ni Paul, ni Apollon ne l’ont pas, nec addes nec minues.

Ce qui part de cette source, doit durer sans altération jusqu’à la fin des siecles. Les autres sont d’institution ecclésiastique créés pour l’administration temporelle & le service de la société des chrétiens, selon la convenance des lieux, des tems & des affaires. On les appellera, selon eux, ministres de l’Eglise.

L’origine de leurs pouvoirs & de leurs fonctions ne remonte pas jusqu’à Jesus-Christ immédiatement ; l’autorité qui les a créés peut les abolir : elle l’a fait quelquefois, & elle l’a dû faire.

Les apôtres ne préposerent des diacres & des administrateurs qu’à l’occasion du mécontentement & des plaintes des Grecs contre les Hébreux ; trop chargés des occupations temporelles, ils ne pouvoient plus vaquer aux spirituelles. Le service d’économe commençoit à nuire à l’état d’apôtre : non æquum est nos derelinquere verbum Dei & ministrare mensis.

Quoi qu’il en soit de toutes ces idées, je les soumets à l’examen de ceux qui par leur devoir doivent être plus versés dans la connoissance de l’histoire de l’Eglise & de son hiérarchie.

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Étymologie de « hiérarchie »

Étymologie de hiérarchie - Littré

Provenç. ierarchia, gerarchia ; espagn. gerarquia ; portug. jerarquia ; ital. gerarchia ; du lat. hierarchia, qui vient du grec ἱεραρχία, de ἱερὸς, saint (voy. HIÉRATIQUE), et ἄρχειν, commander (voy. ARCHONTE).

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Étymologie de hiérarchie - Wiktionnaire

Du latin hierarchia, issu du grec ancien ίεραρχία, iérarkia (« dignité du hiérarque ») dérivé de ἱεράρχης, iérarkês (« hiérarque »).
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Phonétique du mot « hiérarchie »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
hiérarchie ierarʃi play_arrow

Citations contenant le mot « hiérarchie »

  • En route pour un urbanisme plus moderne et moins complexe. Du moins pour les Scot et la hiérarchie des normes. L’article 46 de [...] lemoniteur.fr, Urbanisme : cap vers des Scot plus modernes et une hiérarchie des normes simplifiée
  • Nous sommes en 2020 et la hiérarchie chie. A tous les niveaux. Et le pire, c’est que ce titre a été écrit et produit en 1993 et que la ressortie de cet album de BT93 pourrait être l’un des disques de l’année. Soul Kitchen, [EXCLU] Vidéo : BT93 - La Hiérarchie Chie - Son du jour | Soul Kitchen
  • Damien*, un agent dont nous protégeons l’anonymat car il risque des poursuites administratives et pénales en nous parlant, est le premier membre de cette unité dans la tourmente à avoir accepté de prendre la parole. Il reconnaît un système de dérapages réguliers au sein de cette unité depuis plusieurs années. Le tout, selon lui, sous les yeux complaisants de la hiérarchie qui aurait justifié ces écarts par une nécessité de politique du chiffre.  LCI, EXCLU TF1/LCI - "Toute la hiérarchie cautionnait" : le témoignage d’un agent de la CSI 93, l'unité de police au cœur du scandale | LCI
  • Il y a une énorme béance entre la hiérarchie du prestige social, de la reconnaissance, de la rémunération d'une part et de l'utilité sociale d'autre part. Des chercheuses britanniques montrent qu'il faut distinguer entre la création de valeur pour la société et la création de valeur pour l'actionnaire. Dans cette chaîne de valeur, de nombreux métiers très rémunérateurs semblent quasi inutiles aujourd'hui pour la survie de la société. On pense au métier de publicitaire, de consultant, notamment en management public, qui ont conduit à démanteler notre service public, on pense aux conseillers politiques, aux traders… A toutes ces fonctions qui font bien fonctionner la société capitaliste, qui ramènent beaucoup de profits, de dividendes mais qui, lorsqu'on revient à la réalité de l'économie, aux besoins sociaux fondamentaux, ne sont d'aucune utilité et sont même parfois toxiques. Capital.fr, “Il est urgent de réétudier la hiérarchie sociale des métiers” - Capital.fr
  • La paix intérieure supprime le principe même de l'existence, qui est d'établir des hiérarchies, des désirs, des dégoûts. De Alain Bosquet / L'enfant que tu étais
  • Les révolutionnaires pensent abolir les classes : ils rétablissent une hiérarchie encore plus dure. De Eugène Ionesco / Notes et contre-notes
  • Un voyage s'inscrit simultanément dans l'espace, dans le temps, et dans la hiérarchie sociale. De Claude Lévi-Strauss / Tristes Tropiques
  • C'est la hiérarchie et la légalité qui rend les hommes méchants. De Roger Lemelin / Pierre le magnifique
  • La justice, l'équité, la hiérarchie, voilà qui donne du poids à l'homme. De Andrée Maillet / Profil de l'original
  • Les couleurs sont à la vie ce qu'est le vêtement à la hiérarchie sociale. De André Langevin / Evadé de la nuit
  • Pour gravir un échelon dans la hiérarchie, il faut souvent passer par l'escalier de service. De Yvan Audouard
  • Principe de Peter : dans une hiérarchie, tout employé a tendance à s’élever au niveau de son incompétence. De Laurence Peter / Le Principe de Peter
  • Dans la hiérarchie artistique, les oiseaux sont les plus grands musiciens qui existent sur notre planète. De Olivier Messiaen
  • Dans le monde des valeurs, l’amitié est souvent un danger ; elle falsifie leur hiérarchie. De Petre Tutea
  • Les ovaires dans une hiérarchie, c’est comme l’oxygène : ça se raréfie avec l’altitude. De Anonyme
  • La seule hiérarchie qui compte, c'est celle du coeur. De Georges Allain
  • La hiérarchie des langues correspond rigoureusement à la hiérarchie des races. De Joseph Arthur de Gobineau / Essai sur l'inégalité des races humaines
  • La décadence des hiérarchies signifie la décadence des États. Benito Mussolini, Article dans la revue Gerarchia 25 juin 1922

Traductions du mot « hiérarchie »

Langue Traduction
Corse gerarchia
Basque hierarkia
Japonais 階層
Russe иерархия
Portugais hierarquia
Arabe التسلسل الهرمي
Chinois 等级制
Allemand hierarchie
Italien gerarchia
Espagnol jerarquía
Anglais hierarchy
Source : Google Translate API

Synonymes de « hiérarchie »

Source : synonymes de hiérarchie sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « hiérarchie »



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