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Êtres

Définitions du mot « êtres »

Trésor de la Langue Française informatisé

ÊTRE2, subst. masc.

I.− PHILOS. et lang. abstr., seulement au sing. [Inf. substantivé]
A.− Emploi abs : L'existence en général. Étudier l'être :
1. Aristote définissait la philosophie première comme science de l'être en tant qu'être. Mais depuis, le développement de la connaissance a montré qu'on ne peut précisément constituer une science de l'être qu'en renonçant à le saisir en tant qu'être, et en le déterminant comme objet. F. Alquié, La Nostalgie de l'être,Paris, P.U.F., 1950, p. 119.
P. méton. Ce qui existe, conçu sous la forme la plus abstraite. L'être (p. oppos. au non-être, au néant); l'être et le devenir; le sentiment de l'être; accéder à l'être :
2. Qu'est-ce que l'existence, sinon le mode le plus général et le plus essentiel de l'être, ce par quoi il se distingue de ce qui n'est pas (...) notre intelligence ne conçoit pas le néant et ne peut lui donner aucune place dans l'idée qu'elle se fait de la formation des choses. Pour concevoir le néant, il faudrait en quelque sorte faire le vide dans notre esprit et supprimer jusqu'aux éléments les plus simples et les plus nécessaires de la pensée, puisque toute pensée, toute idée est la pensée ou l'idée de quelque chose, c'est-à-dire d'un être... A. Franck, Dict. des Sc. Philos.,Paris, Hachette, 1885, [1843], pp. 492-493.
3. Quand je vois un objet, j'éprouve toujours qu'il y a encore de l'être au-delà de ce que je vois actuellement, non seulement de l'être visible, mais encore de l'être tangible ou saisissable par l'ouïe, − et non seulement de l'être sensible, mais encore une profondeur de l'objet qu'aucun prélèvement sensoriel n'épuisera. Merleau-Ponty, Phénoménol. perception,1945, p. 250.
B.− L'existence de qqn ou de qqc. en situation. Le sentiment, la plénitude de l'être; durer, persévérer dans l'être; avoir, posséder l'être; l'être au monde, dans le monde :
4. ... pour le Pour-soi, être c'est choisir sa manière d'être sur fond d'une contingence absolue de son être-là. Sartre, Être et Néant,1943, p. 460.
Lang. littér. et par emphase. Recevoir l'être de qqn; les auteurs de mon être (cf. existence, jour(s), naissance, vie) :
5. Ah! périsse à jamais le jour qui m'a vu naître! Ah! périsse à jamais la nuit qui m'a conçu! Et le sein qui m'a donné l'être, Et les genoux qui m'ont reçu! Lamart., Médit.,1820, p. 257.
Rem. Les dict. enregistrent le sens vx : « souche, origine (d'une race, d'un peuple, d'une famille) ».
C.− Ce qui distingue quelqu'un ou quelque chose fondamentalement (cf. essence1). (Ce qui fait) l'être de qqc. ou de qqn; son être est de; l'être profond, le fond de l'être (p. oppos. au paraître) :
6. Si elle [la révolte] veut une révolution, elle la veut en faveur de la vie, non contre elle. C'est pourquoi elle s'appuie d'abord sur les réalités les plus concrètes, la profession, le village, où transparaissent l'être, le cœur vivant des choses et des hommes. Camus, Homme rév.,1951, p. 368.
P. anal., vieilli. Manière d'être, en partic. dans la société (cf. état; condition, rang) :
7. Ainsi parlent ces gens nés autrement que nous, c'est-à-dire bien nés, qui se rangent à part, avec quelque raison; classe privilégiée, supérieure, distinguée. Voilà leur langage familier. Veulent-ils s'exprimer noblement? Ce ne sont qu'altesses, majestés, excellences, éminences. Ils croient que le style noble est celui du blason. Malheur des courtisans, ne point connaître le peuple, qui est la source de tout bon sens. Ils ne voient en leur vie que des grands et des laquais; leur être se compose de manières et de bassesses. Courier, Pamphlets pol.,Procès, 1821, p. 97.
II.− P. méton., au sing. et au plur. Celui, celle, ce qui existe.
A.− [P. oppos. à réalité objective; concept d'origine philosophique] Être de raison. Objet de pensée sans référence dans la réalité objective. Anton. objet réel.[Le] mot imaginaire, [est] employé maintenant en Géométrie pure, où il exprime un être de raison sans existence (...) auquel on applique les mêmes raisonnements qu'à un objet réel et palpable (Chasles, Aperçu hist. orig. et développ. méth. géom.,1837, p. 207):
8. Le gène est dès aujourd'hui directement repérable. Il se laisse deviner, il transparaît sous sa vêture chromatique, peut-être même déjà l'œil l'a-t-il aperçu. Et nul doute que demain il ne cesse d'être un « être de raison » pour devenir un objet sensible. Guénot, Rostand, Introd. génét.,1936, p. 22.
P. ext. et souvent péj. Ce qui n'a qu'une existence purement imaginaire :
9. On peut trouver que la philosophie de M. Bergson est répugnante, que celles de Boutroux, de Leibniz l'étaient, avec bien des raisons limitées à ces objets, mais on ne peut pas dire qu'elles sont répugnantes parce qu'elles constituent des déviations passagères, des maladies accidentelles de la philosophie éternelle, qui n'existe pas. On ne trahit point un être de raison. Nizan, Chiens garde,1932, p. 18.
B.− [P. oppos. à chose] Être animé et par assimilation être inanimé; être vivant.
1. Gén. Les êtres et les objets; l'être humain; la chaîne, l'échelle, la série des êtres. L'homme, comme tous les êtres, se manifeste à la vie par une naissance, fruit d'une génération (P. Leroux, Humanité,t. 1, 1840, p. 270).Montrer l'influence que le « fluide » peut exercer, généralement au sortir des mains, sur des végétaux ou des êtres inanimés (Amadou, Parapsychol.,1954, p. 66):
10. Oh! mystère! Quel mystère? L'œil... Tout l'univers est en lui, puisqu'il le voit, puisqu'il le reflète. Il contient l'univers, les choses et les êtres, les forêts et les océans, les hommes et les bêtes, les couchers de soleil, les étoiles, les arts, tout, tout, il voit, cueille et emporte tout; et il y a plus encore en lui, il y a l'âme, il y a l'homme qui pense, l'homme qui aime, l'homme qui rit, l'homme qui souffre! Maupass., Contes et nouv.,t. 2, Cas div., 1886, p. 1068.
11. ... par la nature, j'entends l'élan qui nous pousse à conquérir tout notre espace vital, élan qui nous est commun avec l'ensemble des êtres vivants, et qui les pousse à se développer en s'appropriant ce qui les entoure, au moyen de la nutrition, elle-même multipliée par la reproduction de l'espèce. Lalande, Raison et normes,1948, p. 93.
SYNT. L'évolution, l'apparition, l'ensemble, la géographie des êtres vivants; êtres organisés, végétaux, animaux; être actuel, fossile; être microscopique; les êtres inférieurs, intelligents; un être nuisible (animé ou inanimé); un être sexué; un être fantastique, mythique, surnaturel; un être (im)matériel.
Lang. littér. Un être de. Qui participe de. Un être de mort, de néant; un être de clarté, de feu, de lumière, d'ombre, de ténèbres :
12. Je vous prie, Mademoiselle Antoinette, comme si j'étais un frère aîné, de rester dans ce pays [la Vaucreuse] où votre nom est respecté, où, personnellement, vous êtes populaire; de ne pas le maudire parce qu'il est plus malade que bien d'autres pays de France, mais de faire pour lui ce que nos parents n'ont pas su faire : d'y vivre. Rien qu'en l'habitant, vous y ferez beaucoup de bien, vous serez une vraie grande dame, un être de grâce et de miséricorde... R. Bazin, Blé,1907, p. 218.
Dieu. L'être éternel, incréé, infini, parfait, suprême; le premier être; l'Être des êtres; l'Être souverain. Tu prendras quelque idée des perfections de ce grand être qui est au-delà du temps, et dans qui tous ces divins attributs sont éternels comme lui, parce qu'ils n'existent et n'agissent que dans sa sainte et sublime unité (Saint-Martin, Homme désir,1790, p. 51):
13. Le cogito cartésien met en lumière l'essentiel : en face de la contingence du monde et de toutes les imperfections du « je », l'esprit ne peut faire qu'il n'aperçoive, avec une éblouissante certitude, la réalité de l'existence divine, de l'être absolu, suffisant, nécessaire. Philos., Relig., 1957, p. 3610.
[Avec ou sans maj.] L'être suprême; la fête de l'Être suprême :
14. Article premier. − Le peuple français reconnaît l'existence de l'être suprême et l'immortalité de l'âme. Article 2 − Il reconnaît que le culte digne de l'être suprême est la pratique des devoirs de l'homme. Article 3 − Il met au premier rang de ces devoirs de détester la mauvaise foi et la tyrannie, de punir les tyrans et les traîtres, de secourir les malheureux, de respecter les faibles, de défendre les opprimés, de faire aux autres tout le bien qu'on peut, et de n'être injuste envers personne. Doc. hist. contemp.,1794, p. 74.
2. Cour. Personne, individu; au plur. gens. Un être connu, familier; les êtres chers; les affinités entre deux êtres; ne former (plus) qu'un seul être; aimer qqn plus qu'aucun être au monde; nul être au monde n'est plus heureux que moi; je me sens (devenir) un autre être; les êtres qui nous entourent. Nous aimons mieux apprendre de nos semblables ce que nous sommes que de l'étudier en nous-mêmes. Je vais tous les jours demandant à ce qui m'entoure, si je suis un être bon, aimable, bien ordonné, digne de louange ou de blâme (Maine de Biran, Journal,1816, p. 236).Les deux contraires qui déchirent l'amour humain : aimer l'être aimé tel qu'il est et vouloir le recréer (S. Weil, Pesanteur,1943, p. 70):
15. Le joyeux Marius était bien l'amoureux qui devait plaire à cette ingénue [Georgette]. Intrépide danseur et bon vivant, ayant la mine fleurie et la barbe touffue, l'œil hardi et la langue dorée, il apparaissait à Georgette comme un être singulièrement séduisant et irrésistible. Les filles bien élevées ont toujours eu du goût pour les mauvais sujets, et mademoiselle Grandfief trouvait l'amour du poëte, savoureux comme un fruit défendu. Theuriet, Mariage Gérard,1875, p. 191.
16. ... j'ai cru en vous. Même aujourd'hui, même à cet instant, je chercherais en vain dans votre visage une marque, un signe, la flétrissure imperceptible du passé! Pour vous, il n'y a pas de passé, ô merveille! Lorsqu'on a scruté tant de lippes qui ont de loin l'air d'être vivantes, qui ne sont pourtant que des grimaces figées, depuis des siècles peut-être, par quelque mal héréditaire, quelle surprise de découvrir tout à coup un être, le plus humble des êtres, du moins en accord profond avec lui-même, libre, intact! Vous étiez cet être. Bernanos, Joie,1929, p. 669.
[Pour exprimer une intention affectueuse] (Cher) petit être. Petit enfant. Un pauvre petit être. Enfant chétif, malade. Un bambin (...) qu'on lance en l'air, qu'on reçoit sur un pied, sur une main, un aérien petit être qui semble voler (Colette, La Vagabonde,1910, p. 83).Nicolas posa la main sur les cheveux de Gilles et soupira : « Ah! petit être! » (Mauriac, Galigaï,1952, p. 65).
Regarder, considérer qqn comme un être supérieur (cf. essence supérieure). Michaud, à l'exemple de son général, regarda sa jeune femme comme un être supérieur auquel il fallait obéir militairement, sans arrière-pensée (Balzac, Paysans,1844, p. 186).
Péj. Individu; type (pop.). Quel être! Quel être insupportable! C'est un être abject, répugnant. Quel drôle d'être ça fait! Quelle tête d'oiseau! Sait-on ce qu'elle [Mmede Marelle] veut et ce qu'elle aime? (Maupass., Bel-Ami,1885, p. 171).
[Suivi d'un subst. en apposition] Un être profondément femme. Seulement, que voulez-vous? Est-ce que je puis, moi, l'homme double, lié à tout ceci par une moitié de moi-même, est-ce que je puis peupler cette vie d'un être enfant, dont les loisirs m'épouvantent? (Aragon, Beaux quart.,1936, p. 270).
SYNT. a) Être adorable, affectueux, bienveillant, borné, candide, charmant, chétif, comblé, délicat, disgracié, distingué, estimable, exquis, farouche, fragile, froid, incomparable, influençable, intelligent, juste, malingre, médiocre, merveilleux, passionné, primesautier, privilégié, pur, secret, simple, sociable, tendre, vibrant, volontaire; un être bizarre, énigmatique, étrange, (bien) singulier. b) Un pauvre être. c) Un être à part; un être d'élite, d'exception, d'initiative; un être (tout) de douceur, de gentillesse, de raison; un être de basse extraction; un être sans défense. d) Un être fait de chair et de sang.
3. [Aspect de la personnalité individuelle ou collective]
a) [Par croisement avec le sens I C] Personnalité profonde cachée sous les apparences; sensibilité intime de la personne. Exprimer son être véritable; vouloir qqc. de tout son être; être remué, touché jusqu'au fond de l'être. Elle [MmeBovary] se laissait aller au bercement des mélodies et se sentait elle-même vibrer de tout son être comme si les archets des violons se fussent promenés sur ses nerfs (Flaub., MmeBovary,t. 2, 1857, p. 66).Le mot d'un poète, parce qu'il touche juste, ébranle les couches profondes de notre être (Bachelard, Poét. espace,1957, p. 31):
17. Ce qui tourmente une âme au déclin de la vie, Ce n'est plus ou l'orgueil, ou la crainte, ou l'envie; C'est un désir ardent et plein d'anxiété De se juger soi-même en toute vérité; Aucun homme, aucun roi jusqu'au fond de son être Ne descend tant qu'il vit... Mourir, c'est se connaître! Bornier, Fille Rol.,1875, p. 67.
18. Il n'est pas exclu que la psychologie elle-même trouve dans l'astrologie un précieux auxiliaire et une source de développements encore insoupçonnés. Si cela se produisait, un progrès important aurait été accompli sur la voie d'une meilleure connaissance de l'homme, de son être intime et de ce qu'on est convenu d'appeler sa destinée. Divin.1964, p. 174.
SYNT. et EXPR. Frémir, tressaillir de tout son être; croire à qqc. de tout son être; se retirer dans le secret de son être; un élan, une révolte de tout l'être.
b) Dimension, modalité d'être de l'être humain et de la personne. L'être conscient, sensible; l'être social (de chacun). La vie de Poë, ses mœurs, ses manières, son être physique (...) nous apparaissent comme quelque chose de ténébreux et de brillant à la fois (Baudel., Hist. extr.,1856, p. xxi).Former l'homme, c'est former l'être physique et moral et pas seulement le « roseau pensant » (L. Cros, Explosion scol.,1961, p. 131):
19. Les civilisations germaniques laissent une plus large survivance à l'être instinctif, à toutes les magies et à toutes les mythologies dont il nourrit ses rêves; ... Mounier, Traité caract.,1946, p. 107.
c) P. anal. [Pour désigner les traits caractéristiques communs à une collectivité] Cf. entité, personne morale; état, nation, humanité.Être collectif, universel. L'Allemagne est un être récent en tant que nation (Valéry, Conq. méth.,1897, p. 52):
20. ... le département n'est pas seulement une circonscription administrative; il est un être moral personnifiant les intérêts collectifs des habitants. En cette qualité, il peut contracter, acquérir, posséder, aliéner, comparaître en justice. Mais pour ce faire, il lui faut un représentant actif qui est le préfet. Baradat, Organ. préfect.,1907, p. 97.
Identité. L'être économique d'un pays. La politique étrangère moderne met plus ou moins en jeu toutes les ressources d'une nation et s'efforce d'atteindre dans tout leur être national les pays auxquels elle s'adresse (Chazelle, Diplom.,1962, p. 35).
Prononc. et Orth. : [ε:tʀ ̥]. Homon. aîtres (ou êtres), hêtre. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. Ca 1120-50 « état, situation, apparence » (Grand mal fit Adam, 1, 94 ds T.-L.); 2. mil. xiiies. « entité douée de vie, individualité vivante » (Huon Le Roi, Ave Maria, 116, ibid.); 3. 1269-78 au sing. seulement « existence, vie » (J. de Meun, Rose, éd. F. Lecoy, 6302). Emploi subst. de être1*.
STAT. − Être1 et 2. Fréq. abs. littér. : 1 756 732. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 2 479 553, b) 2 391 305; xxes. : a) 2 462 625, b) 2 593 105. Êtres. Fréq. abs. littér. : 8 350. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 11 950, b) 10 407; xxes. : a) 9 944, b) 13 758.
BBG. − Champigny (R.). Le Mot être ds L'Être et le néant. R. de Métaphys. et Mor. Paris, 1956, t. 61, pp. 155-165. − Gohin 1903, p. 324. − Gougenheim (G.). Aspects du sémantisme du subst. être. R. Ling. rom. 1970, t. 34, pp. 186-193. − Quem. DDL t. 2.

Wiktionnaire

Nom commun

êtres \ɛtʁ\ masculin pluriel

  1. Répartition des diverses parties d’une maison, c’est-à-dire l’escalier, les corridors, les pièces, etc.
    S’emploie surtout dans ces phrases :
    • Il sait tous les êtres de cette maison.
    • Il connaît les êtres.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

ÊTRE. (Je suis, tu es, il est; nous sommes, vous êtes, ils sont. J'étais. Je fus. Je serai. Sois. Soyons. Soyez. Que je sois; que nous soyons. Que je fusse. Étant. Ayant été.) v. intr.
Exister. Je pense, donc je suis. Dieu, dans l'Écriture sainte, s'appelle Celui qui est. Tous les hommes qui ont été, qui sont, ou qui seront. Vous n'étiez pas encore au monde, ou simplement Vous n'étiez pas encore lorsque cet événement arriva. Qui sait si nous serons demain? Il n'est plus, Il est mort. Prov., On ne peut pas être et avoir été, On ne peut pas être toujours jeune. Ainsi soit-il, Formule d'affirmation, d'adhésion, de vœu par laquelle on termine plusieurs prières religieuses. On le dit quelquefois, dans le langage ordinaire, par manière de souhait. Soit, troisième personne du singulier du présent du subjonctif, s'emploie souvent pour marquer Adhésion, consentement. Eh bien, soit. Voyez SOIT, conjonction, à son ordre alphabétique. Il est s'emploie souvent, dans le style soutenu ou poétique, pour Il y a. Il est des hommes que la résistance anime, il en est d'autres qu'elle décourage. Il est, près de ces lieux, une retraite ignorée. Il est midi, une heure, deux heures, etc. L'heure présente est midi, une heure, etc. Quelle heure est-il? À l'heure qu'il est. On dit de même Il est l'heure de partir. Il est temps de finir. Il est tard. Etc. On dit aussi Il est jour, il est nuit, Il fait jour, il fait nuit. Avec les prépositions À, Dans, En, Sur,

ÊTRE signifie Se trouver dans telle ou telle situation. Il sera à Paris dans quelques jours. Être au lit, à table. Être à genoux. Être à l'abri. Être dans le commerce. Nous sommes dans la belle saison. Être dans la misère. Il est actuellement en France. Nous étions en hiver, en été. Être en bonne santé. Quand il est sur ce sujet, il est intarissable. Dans la langue familière, il signifie Aller, se rendre. Avez-vous été à Paris la semaine dernière? Il signifie aussi Résider, se trouver. J'étais à Londres pendant que vous étiez à Paris. Il signifie également Tirer son origine de. D'où est-il? De Bretagne, de Paris, de Hollande. Sur d'autres emplois du verbe

ÊTRE avec les prépositions À, Dans, De, En, Sur, etc., voyez ces prépositions à leur ordre alphabétique. Fam., Je suis, je serai à vous dans un moment, Je vais me mettre à votre disposition, je vais m'occuper de vous dans un moment. Je suis tout à vous, entièrement à vous, Je suis prêt à vous servir. Cette phrase s'emploie comme formule de politesse à la fin d'une lettre familière. Il n'est point à lui, il n'est plus à lui se dit de Quelqu'un qui est agité d'une violente passion. Fam., Il faut être l'un ou l'autre, tout l'un ou tout l'autre, Il faut avoir une conduite, une manière de penser décidée. Y être, Être chez soi, recevoir. Madame y est-elle? J'y suis pour un tel. Je n'y suis pour personne. Ne pas y être, Se méprendre sur la véritable interprétation d'une parole, d'une action. Il se dit aussi à une Personne qui ne saisit pas, qui ne touche pas le point d'une affaire, ou qui ne s'y prend pas bien pour faire quelque chose. On dit dans le sens contraire : Vous y êtes, j'y suis, etc. En êtes-vous là? Croyez-vous cela? Êtes-vous donc dans cette résolution, dans cette erreur? Il signifie aussi Êtes-vous dans un tel embarras, dans une telle détresse? Où en sommes-nous? se dit quelquefois par indignation, par forme de plainte, quand on voit quelque grand désordre. Il ne sait où il en est, se dit de Quelqu'un qui est troublé, embarrassé, qui ne sait ce qu'il fait, qui ne sait par où sortir d'affaire.

ÊTRE s'emploie aussi pour relier au sujet une qualité, une manière d'être qu'on lui attribue et qui est exprimée par un adjectif ou par un nom faisant fonction d'adjectif ou par un adverbe. Dieu est éternel. Les hommes sont mortels. Cette proposition est vraie, est fausse. Mon fils est malade. Il est le père de cet enfant. Être avocat, médecin, professeur. Il sera mon héritier. Cela est bien. Son médecin dit qu'il est mieux. Être couché, debout, assis. Impersonnellement, Il en est ainsi. Il est bon de savoir à quoi s'en tenir. Il m'est impossible de mieux faire. Fam., Voilà ce que c'est, Voilà en quoi consiste la chose, voilà ce qu'on se propose, ce dont il s'agit. Il signifie aussi La chose est arrivée par votre faute. Voilà ce que c'est que de désobéir. Sur CE, employé avec le verbe

ÊTRE, voyez l'article CE, pronom démonstratif. Être bien avec quelqu'un, Être bien vu de quelqu'un, être dans ses bonnes grâces; et, dans le cas contraire, Être mal avec quelqu'un.

ÊTRE s'emploie aussi comme auxiliaire pour former les verbes passifs. Je suis aimé. Il a été aimé. Quand il sera aimé. Que je fusse aimé. Il sert également à former les temps composés de quelques verbes intransitifs et ceux de tous les verbes pronominaux. Il est passé. Il est venu. Il est tombé. Il est descendu. Il s'est dégagé. Il s'en est allé. Elle s'est blessée. Ils se sont embrassés. Elle s'est fait une robe. Ils se sont rendu mutuellement des services. Impersonnellement, Il s'est bâti de superbes immeubles dans ce quartier. Il s'était commis un grand crime en ce lieu-là. Il s'est tenu une assemblée. Avec certains verbes intransitifs, il s'emploie aux temps passés, concuremment avec Avoir, mais avec une acception différente. J'ai monté trop rapidement. Je suis monté chez nous.

Littré (1872-1877)

ÊTRES (ê-tr') s. m. plur.
  • Les diverses parties d'une maison ; la distribution différente des pièces dont elle se compose. Je sais les êtres, je vous conduirai. Savoir les êtres de la chapelle, La Bruyère, XIII. Tu sais parfaitement les êtres de la maison, Rousseau, Hél. I, 53.

HISTORIQUE

XIIe s. Li reis estut [stetit] as estres en cel palais auchur [élevé, mot à mot altius], Th. le mart. 117. Seoir en voist [qu'elle aille s'asseoir] en mil cel estre Lès cele ente qui est flourie, Lai d'Ignaur. On le doit nommer quand il tonne ; Jà puis ne carra [choira, tombera] cos [coup] en l'estre, ib.

XIIIe s. En mi la chambre aveit deus liz Bien aturnez et bien garniz ; Li neims [le nain] apele Desiré, Si li ad tut l'estre mustré, Lai del Desiré. Atant est cil entré en l'estre, Lai de l'Ombre. Renart, qui savoit tous les estres, Regarde par unes fenestres Se eles estoient fermées, Ren. 4343. Lors s'en vient droit à la fenestre Come cil qui savoit bien l'estre, Du Cange, astrum. Tant fui [je fus] à destre et à senestre, Que j'oi [j'eus] tout l'afere et tout l'estre Du vergier cerchié et veü, la Rose, 1425. Qu'el n'entrecloe ains les fenestres, Que si soit umbragiés li estres, Que s'ele a ne vice ne tache Sor sa char, que jà cil nel sache, la Rose, 14488. As estres de la tour estes vous [voilà] Garsion, Ch. d'Ant. III, 870. [Des voleurs entrés dans une maison pauvre] Lors s'assirent, regardent l'estre, Les angles et les repostailles [les lieux où l'on serre], Fabliaux mss de St-Germ. f° 52, dans LACURNE.

XVe s. Et quant revenus fui en l'estre, Par dessous le rosier m'assis, Froissart, Espinette amour. Le suppliant trouva, en ung vieil aistre où il y avoit ung four, du seigle, Du Cange, astrum. Le astre demurra au puné [la maison demeurera au puîné], Du Cange, ib. On auroit une lieue alée, Avant qu'on soit hors de cel estre, Deschamps, Poésies mss. f° 512, dans LACURNE.

XVIe s. Que mille corps restent ci pour hostaiges, Dont remplis sont nos monumens et estre, Marot, J. V, 16. Regarde donc Paris, ton royal estre, D'œil de pitié ; tu es son dieu terrestre, Marot, J. ib. 209. Estant entré la nuict dedans cette maison grande, dont il ne sçavoit pas les estres, Amyot, Cic. 36.

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Étymologie de « êtres »

Origine inconnue. L'orthographe est ordinairement estre, rarement aistre. Quant au sens, il varie : ce mot veut dire chambre, emplacement dans un lieu ouvert, jardin ou autre ; on entre en l'estre, on parcourt l'estre d'un verger ; une tour a des estres ; Paris est dit l'estre du roi ; on dit savoir les estres ou l'estre d'un lieu. Trois conjectures se présentent : ou bien c'est le substantif être employé pour signifier manière d'être, et de là des sens consécutifs qui sont bien forcés ; ou bien c'est le latin atrium, appartement, mais l's est constante dans notre mot, et atrium avait donné aitre (voy. ATRIUM) ; ou bien enfin c'est l'ancien haut allemand astrih, allemand moderne Estrich, plancher carrelé ; mais ce mot allemand paraît venir du roman : bas-lat. astricus, milanais astrich, comasque astrac, sicil. astracu, altérés, dit Diez, de l'italien lastrico, pavé, que Diez croit tiré du bas-latin plastrum, plâtre (voy. ce mot). Dans cette hypothèse, il faudrait admettre que le français estre ou aistre, si ancien, provient de l'altération d'un mot italien, dans lequel plusieurs dialectes italiques et même le bas-latin astricus, qui appartient à une très ancienne période de la basse latinité, auraient pris l'l de lastrico pour l'article ; cela n'est pas probable. Aucune de ces trois hypothèses ne peut donc être reçue. Il reste un radical astr qui est dans plusieurs langues romanes, et dans le bas-latin astrum, qui signifie foyer, maison, qui se retrouve dans âtre (voy. ce mot), et au delà duquel on ne peut jusqu'à présent remonter.

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Phonétique du mot « êtres »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
êtres ɛtr

Évolution historique de l’usage du mot « êtres »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « êtres »

  • La procureure a requis ce jeudi 3 ans et 2 ans de prison ferme à l'encontre des gérants d'un prestataire viticole de Champagne accusé de "traite d'êtres humains" durant les vendanges 2018. Deux autres prestataires sont jugés à Reims pour travail dissimulé et conditions d'hébergement indignes. France Bleu, Procès pour traite d'êtres humains en Champagne : jusqu'à 3 ans de prison ferme requis
  • Ce n’est pas tout d’être aimé, il faut être apprécié, et on ne peut l’être que par ce qui nous ressemble. De là vient que l’amour n’existe pas, ou du moins ne dure pas, entre des êtres dont l’un est trop inférieur à l’autre. De Chamfort / Maximes et pensées
  • Notre ouvrage s’ouvre sur une citation d’Edgar Morin qui évoque la nécessité de prendre conscience de son identité commune avec tous les autres êtres humains. Nous sommes une espèce qui apprend en communauté, en groupe, ce sont les fondements de l’école. , Bien-être : Juliette François et Isabelle Grossetête : Etre bien pour apprendre
  • Mais il n’a pas été suivi par le tribunal qui, tout en reconnaissant le trafic d’êtres humains, ne lui inflige que 18 mois de prison. sudinfo.be, Trafic d’êtres humains: une peine clémente pour le passeur
  • En effet, malgré les effets d’annonces et le fait que la diminution par deux des personnes ne bénéficiant pas d’un accès à une eau potable (qui se chiffre à près de 2 milliards d’êtres humains), figure dans les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OM) de l’ONU, la situation est loin d’être pleinement satisfaisante, et ne cesse de s’aggraver dans nombre d’Etats de la planète et va ainsi devenir un risque majeur de sécurité nationale lorsque ce n’est pas déjà le cas. Le HuffPost, Après le coronavirus, la prochaine crise mondiale pourrait être la guerre de l'eau | Le HuffPost
  • Au troisième jour du procès à Reims de 6 personnes et 3 entreprises champenoises, les avocats des prestataires ont dénoncé les raisons économiques des dérives de la sous traitance des vendanges. Un sous traitant était jugé pour traite d'êtres humains. Le tribunal rendra sa décision le 11 septembre. France Bleu, Procès pour traite d'êtres humains en Champagne : la décision sera rendue le 11 septembre

Traductions du mot « êtres »

Langue Traduction
Anglais beings
Espagnol seres
Italien esseri
Allemand wesen
Chinois 众生
Arabe الكائنات
Portugais seres
Russe существа
Japonais 存在
Basque izaki
Corse esseri
Source : Google Translate API

Synonymes de « êtres »

Source : synonymes de êtres sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « êtres »

Êtres

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