Mordre : définition de mordre


Mordre : définition du Wiktionnaire

Verbe

mordre \mɔʁdʁ\ transitif 3e groupe (voir la conjugaison)

  1. Serrer avec les dents de manière à entamer.
    • Catherine et moi nous allions derrière, dans le verger ; nous mordions dans les mêmes pommes et dans les mêmes poires ; nous étions les plus heureux du monde. — (Erckmann-Chatrian, Histoire d’un conscrit de 1813, J. Hetzel, 1864)
    • Il trempait son pain dans sa soupe et il en mordait d’énormes bouchées, […]. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 246 de l’éd. de 1921)
    • Mords-moi... Je veux que tu me mordes... Là, dans le cou, sous les cheveux, comme les chats font aux chattes... — (Pierre Louÿs, Trois filles de leur mère, René Bonnel, Paris, 1926, chapitre I)
    • (Absolument)Si l’animal a le vice de mordre, il est attaché très-court, […]. — (Gabriel Maury, Des ruses employées dans le commerce des solipèdes, Jules Pailhès, 1877)
  2. (Par extension) Piquer avec le bec ou un dard.
    • Le perroquet mord.
    • Cet enfant est tout mordu de puces.
  3. (Par analogie) (Architecture) Enserrer fermement.
    • Des moises doubles J pinçaient ce poteau D, reposaient sur la longrine F, mordaient les trois poteaux G, H, I, celui G étant appuyé sur le parement incliné du merlon, et venaient saisir le poteau postérieur K également incliné. — (Eugène Viollet-le-Duc, La Cité de Carcassonne, 1888)
  4. (Familier) Prendre du goût pour une étude, y faire des progrès.
    • Cet enfant commence à mordre au latin.
    • Du reste, je n’étais pas le seul de mon avis sur la poésie hindoue. J’avais mon voisin de gauche qui n’y mordait pas non plus… — (Alphonse Daudet, Le petit Chose, 1868, réédition Le Livre de Poche, page 181)
    • Tandis que la plupart de mes condisciples, affaiblis par l’humanisme un peu fade de M. Dupanloup, ne pouvaient mordre à la scolastique, je me pris tout d’abord d’un goût singulier pour cette écorce amère ; je m’y passionnai comme un ouistiti sur sa noix. — (Ernest Renan, Souvenirs d’enfance et de jeunesse, 1883, collection Folio, page 128)
  5. (Figuré) Ronger, creuser ou percer.
    • Nous atteignons bientôt la région des nuages, et la température tombe si bas, que le froid nous mord horriblement les mains et les pieds. — (Jules Leclercq, La Terre de glace, Féroë, Islande, les geysers, le mont Hékla, Paris : E. Plon & Cie, 1883, page 82)
    • Le grand air de l’Océan mordait notre visage avec une violence telle que nous avons dû, à plusieurs reprises, étaler sur les joues et le nez de la vaseline, dont nous nous étions munis. — (Dieudonné Costes & Maurice Bellonte, Paris-New-York, 1930)
    • Un fumet âcre, une odeur de fraîchin, comme disent nos matelots lorsqu'ils veulent qualifier cette odeur que les grands poissons de mer laissent après eux, me mordait à la gorge, […]. — (Alexandre Dumas, Les baleiniers: voyages aux terres antipodiques : Journal du Docteur Maynard, tome 1, Paris : chez Calmann-Lévy, s.d. (1861 ?), page 298)
    • L’eau-forte mord sur les métaux.
    • L’eau-forte n’a pas assez mordu sur cette planche.
    • La lime ne mord point dans l’acier bien trempé.
    • L’ancre n’a pu mordre sur ce fond de rocher.
    • Cette vis n’a pas mordu dans le bois : elle n’a pas pénétré dans le bois.
    • Les dents de cette roue ne mordent pas assez sur le pignon : elles n’engrènent pas assez.
  6. (Pêche) Saisir l’appât.
    • Le poisson mord, ne mord pas.
    • C’est l’heure, où les poissons mordent parfois à l’hameçon.
    • Elle sourit en me voyant : elle m’avait reconnu. Peut-être son sourire signifiait-il aussi : « Le poisson mord !… » Mais je m’efforçai de chasser cette pensée. — (Paul Guth, Le mariage du Naïf, 1957, réédition Le Livre de Poche, page 53)
    • Ça mord bien aujourd'hui.
  7. (Gravure) Faire subir l’action de l’eau-forte, après avoir découvert en différents endroits, à l’aide d’une pointe à graver, le vernis dont elle est enduite.
    • Mordre une planche, ou Faire mordre une planche.
  8. (Typographie) Dépasser, déborder.
    • La vignette mord sur les lettres : elle avance sur les lettres.
    • Il faut mordre plus avant dans l’étoffe : il faut faire la couture un peu plus loin du bord de l’étoffe, pour qu’elle ne se défasse pas.
  9. Border, comme en empiétant.
    • Le Sahara de sable jaune mord sur une mer bleue comme un trottoir interminable. — (Antoine de Saint-Exupéry, Courrier Sud, 1929, III, 6.)
  10. (Figuré) Médire, reprendre, critiquer, censurer avec âpreté.
    • Il cherche à mordre sur tout.
    • Il n’y a point à mordre sur sa conduite.
    • Il ne donne point à mordre sur lui.
  11. (Argot) (Vieilli) Regarder.
    • De n’pas danser, on mord les autres, n’est-ce pas ? et j’ai justement vu — quand tu m’interrogeais — une connaissance avec qui j’suis en affaire et qui, en douce, m’a fait signe de rappliquer. — (Francis Carco, Images cachées, Éditions Albin Michel, Paris, 1928)
    • Le Bosphore, eh bien le Bosphore c’est pas de la merde non plus ! Tiens, matez les couleurs : la Corne d’Or, la Mer Noire, la Mosquée Bleue et les minarets, mordez les minarets ! — (Bernard Blier, Le cri du cormoran le soir au-dessus des jonques, Michel Audiard, 1971)
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Mordre : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MORDRE. (Je mords, tu mords, il mord; nous mordons. Je mordais. Je mordis. Je mordrai. Mords. Que je morde. Que je mordisse. Mordant. Mordu.) v. tr.
Serrer avec les dents de manière à entamer. Un chien l'a mordu, l'a mordu au bras. Ce chien mord les passants, leur mord les jambes. Être mordu par un chien enragé. Il s'est mordu la langue. Il l'a mordu jusqu'au sang. Absolument, Ce chien mord cruellement. Mordre dans un morceau de pain. Par extension, il se dit aussi des Oiseaux, de quelques insectes et de la vermine. Le perroquet mord. Cet enfant est tout mordu de puces. Fig. et fam., Mordre le sein de sa nourrice, Se montrer ingrat. Fig. et fam., Se mordre la langue, S'arrêter au moment de dire ce qu'on ne doit ou qu'on ne veut pas exprimer. J'allais en trop dire : je me suis à propos mordu la langue. On dit aussi Se mordre la langue d'avoir parlé, S'en repentir. Fig. et fam., S'en mordre les doigts, s'en mordre les pouces, Se repentir d'une chose qu'on a faite. J'ai eu trop de confiance en lui, je m'en mords les doigts. Prov. et fig., Chien qui aboie ne mord pas. Voyez CHIEN. Fig. et fam., Mordre à la grappe, Saisir avec empressement une proposition, croire aveuglément à une promesse. Fig. et fam., Mordre à l'hameçon, se dit d'une Personne qui se laisse séduire par une proposition qui cachait un piège. Fig., Mordre la terre, Être terrassé. Il a fait mordre la terre à son adversaire. Poétiquement, Mordre la poussière, Être renversé, tué dans un combat.

MORDRE signifie familièrement Prendre du goût pour une étude, y faire des progrès. Cet enfant commence à mordre au latin. Il se dit figurément de Plusieurs choses inanimées qui rongent, qui creusent ou qui percent. L'eau-forte mord sur les métaux. L'eau-forte n'a pas assez mordu sur cette planche. La lime ne mord point dans l'acier bien trempé. Le burin a trop mordu en cet endroit. L'ancre n'a pu mordre sur ce fond de rocher. Cette vis n'a pas mordu dans le bois, Elle n'a pas pénétré dans le bois. Les dents de cette roue ne mordent pas assez sur le pignon, Elles n'engrènent pas assez. En termes de Pêche, il signifie saisir l'appât. Le poisson mord, ne mord pas. En termes de Gravure, Mordre une planche, ou Faire mordre une planche, Lui faire subir l'action de l'eau-forte, après avoir découvert en différents endroits, à l'aide d'une pointe à graver, le vernis dont elle est enduite.

MORDRE, en termes de Typographie, signifie Dépasser, déborder. La vignette mord sur les lettres, Elle avance sur les lettres. En termes de Couture, Il faut mordre plus avant dans l'étoffe, Il faut faire la couture un peu plus loin du bord de l'étoffe, pour qu'elle ne se défasse pas.

MORDRE signifie, au figuré, Médire, reprendre, critiquer, censurer avec âpreté. Il cherche à mordre sur tout. Il n'y a point à mordre sur sa conduite. Il ne donne point à mordre sur lui.

Mordre : définition du Littré (1872-1877)

MORDRE (mor-dr'), je mords, tu mords, il mord, nous mordons, vous mordez, ils mordent ; je mordais ; je mordis ; je mordrai ; je mordrais ; mords, qu'il morde, mordons, mordez, qu'ils mordent ; que je morde, que nous mordions, que vous mordiez ; que je mordisse ; mordant, mordu v. a.
  • 1Entamer avec les dents. Un chien enragé l'a mordu. Il a été mordu d'une vipère. Dans le premier transport de ma douleur, je me jetai sur le glacis et je mordis la terre, Rousseau, Confess. I. Qui leur eût dit que… Les chevaux de Crimée un jour mordraient l'écorce Des vieux arbres du grand Louis ? Hugo, Voix, 2.

    Fig. Rien que la médiocrité n'est bon ; c'est la pluralité qui a établi cela, et qui mord quiconque s'en échappe par quelque bout que ce soit, Pascal, Pens. VI, 14, éd. HAVET. Un pâle pamphlétaire… S'en vient, tout grelottant d'envie et d'impuissance, Sur le front du génie insulter l'espérance, Et mordre le laurier que son souffle a sali, Musset, Nuit de mai.

    Fig. Mordre le sein de sa nourrice, se montrer ingrat. Ne mordez jamais le sein de vos nourrices, Voltaire, Disc. aux Velches.

    Fig. Se mordre la langue, voy. LANGUE.

    Se mordre les lèvres de dépit, de rage, etc. De rage, sans parler, je m'en mordais la lèvre, Régnier, Sat. X. Mordant ses lèvres de dépit, La Fontaine, Nic. Si quelqu'un disait un bon mot, les autres baissaient les yeux et se mordaient les lèvres de douleur de ne l'avoir pas dit, Voltaire, Babouc.

    Fig. Se mordre les lèvres, signifie aussi se montrer étonné, surpris. Il [Télémaque] parle ainsi, et tous ces princes se mordent les lèvres et ne peuvent assez s'étonner de la vigueur avec laquelle il vient de parler, Fénelon, t. XXI, p. 315.

    S'en mordre les doigts, s'en mordre les pouces, se repentir d'une chose qu'on a faite. Car on tient que, deux jours après son mariage, Il s'en mordit les doigts, Th. Corneille, Baron d'Albikrac, II, 9. Je crois que Lambert se mordra les pouces de m'avoir réimprimé ; dix volumes sont durs à la vente ; Dieu le bénisse et ceux qui liront mes sottises ; pour moi je voudrais les oublier, Voltaire, Lett. Thiriot, 10 sept. 1756.

    Se mordre les doigts, ses doigts, ronger ses doigts avec les dents, pendant qu'on est plongé dans la méditation et le travail. Dès que j'y veux rêver [à louer], ma veine est aux abois ; J'ai beau frotter mon front, j'ai beau mordre mes doigts, Boileau, Sat. VII.

    Mordre ses ongles, se ronger les ongles avec les dents ; et fig. se travailler l'esprit pour faire quelque composition en vers ou en prose.

    Fig. et familièrement. Je ne sais quel chien l'a mordu, je ne sais quel caprice le prend. Quelque chien enragé l'a mordu, je m'assure, Molière, Éc. des f. II, 2.

  • 2 Par extension, entamer avec le bec ou les suçoirs, se dit en parlant des oiseaux, des insectes. Le perroquet le mordit. Cet enfant est tout mordu de puces.
  • 3 Absolument. Ce chien est dangereux, il mord. Mordre dans un morceau de pain. Nos dogues mordent par instinct de courage, et lui par instinct de bassesse, Voltaire, Écossaise, II, 4. Il [l'agouti] mord cruellement, Buffon, Quadrup. t. III, p. 88.

    Fig. Il [J. B. Rousseau] a fait une épigramme sanglante contre vous ; elle commence ainsi… Ce malheureux veut toujours mordre et n'a plus de dents, Voltaire, Lett. d'Argens, 18 oct. 1736.

    Mordre jusqu'au sang, serrer entre les dents jusqu'à ce que le sang vienne. Il mord jusqu'au sang, en faisant sembler de baiser la main ; il sera mordu de même, Voltaire, Lett. d'Alembert, 8 déc. 1776.

    Mordre à l'hameçon, se dit du poisson qui saisit l'appât et l'hameçon. S'il était des poissons dont la pêche réussissait lorsque la lumière du jour avait disparu, d'autres aussi ne mordaient jamais à l'hameçon ou n'approchaient jamais des filets dans les ténèbres, Ameilhon, Instit. Mém. litt. et beaux-arts, t. V, p. 382.

    Fig. Mordre à l'hameçon, se laisser séduire par une proposition qui a été faite pour tromper, pour surprendre. Charmé de ce qu'il mordait si bien à l'hameçon, Lesage, Guzm. d'Alf. V, 5.

    Fig. Il mord à la grappe, il trouve agréable ce qu'on lui dit, ce qu'on lui propose. Elle s'aperçut que nous mordions à la grappe, Lesage, Bachel. de Salam. ch. 19.

    Fig. Mordre à quelque chose, y prendre goût, y faire des progrès. Ce jeune homme mord aux mathématiques. Comme elle [Pauline, la nièce de M. de Sévigné] a, ainsi que son oncle, la grossièreté de ne pouvoir mordre aux subtilités de la métaphysique, Ch. Sévigné, dans SÉV. 15 janv. 1690.

    Il n'y saurait mordre, il ne peut comprendre, il ne peut réussir, et aussi il aspire à une chose à laquelle il ne saurait parvenir.

  • 4 Poétiquement. Mordre la poudre, la poussière, la terre, être tué dans un combat. …Dont la main… Met Égée en prison et son orgueil à bas, Et fait mordre la terre à ses meilleurs soldats, Corneille, Méd. IV, 3. J'ai fait mordre la poudre à ces audacieux, Racine, Théb. I, 3.
  • 5Ronger, creuser, percer, en parlant de certaines choses qui exercent ces actions. Les flots du lac, poussés par le vent, mordaient leurs rivages, Chateaubriand, Natch. 2e part. 1re moitié. L'onde incendiaire [l'océan de flamme qui dévore Sodome] Mord l'îlot de pierre Qui fume et décroît, Hugo, Orient. 1.

    Terme de gravure. Mordre une planche, ou faire mordre une planche, lui faire éprouver l'effet de l'eau-forte.

    Terme de teinturier. L'étoffe mord la teinture, prend la couleur.

  • 6 V. n. Exercer une action corrosive, entamer. L'eau-forte mord sur les métaux. L'eau-forte n'a pas assez mordu sur cette planche. La lime ne mord pas dans l'acier trempé. La rouille y mord [sur les fers] avec mille fois plus d'avantage que sur ceux dont la surface est garantie par la trempe, Buffon, Hist. min. Introd. part. exp. Œuv. t. VIII, p. 128. Un chemin de glace où les pieds des chevaux, couverts d'un fer usé et poli, ne pouvaient pas mordre, Ségur, Hist. de Nap. IX, 9.
  • 7 Terme de marine. Se dit de l'ancre dont la patte inférieure s'enfonce dans le sol.

    Le vent mord au nord, il tend à passer vers le nord.

  • 8Faire impression sur. La Parque et ses ciseaux Avec peine y mordaient [sur le sanglier] ; la déesse infernale Reprit à plusieurs fois l'heure au monstre fatale, La Fontaine, Fabl. VIII, 27.

    Absolument. Terme de peinture. Se dit des couleurs qui s'attachent à la toile.

  • 9Empiéter.

    Mordre dans un mur, avancer dans un mur. Cette pièce de bois ne mord pas assez avant dans le mur pour y tenir ferme.

    Terme de couturière et de tailleur. Il faut mordre plus avant dans l'étoffe, il faut faire la couture un peu plus loin du bord de l'étoffe, pour qu'elle ne se défasse pas.

    En termes d'imprimerie, la frisquette mord, les bords de la frisquette empêchent quelques portions de papier de recevoir l'impression.

    Les dents de cette roue ne mordent pas assez sur les ailes du pignon, elles n'engrènent pas assez.

  • 10 Fig. Faire une critique de quelqu'un ou de quelque chose comparée à une morsure. Elle va d'un pas et d'un ordre Où la censure n'a que mordre, Malherbe, III, 3. Ainsi sur chaque auteur il trouve de quoi mordre, Régnier, Sat. X. Leurs louanges mordent, leurs caresses égratignent, Guez de Balzac, De la cour, 6e disc. Esprits du dernier ordre, Qui, n'étant bons à rien, cherchez sur tout à mordre…, La Fontaine, Fabl. V, 16. Que dites-vous de la beauté de cette retraite [du cardinal de Retz] ? le monde, par rage de ne pouvoir mordre sur un si beau dessein, dit qu'il en sortira, Sévigné, 9 oct. 1675. Votre peinture du cardinal Grimaldi est excellente ; cela mord, Sévigné, 15 avr. 1671. Belle conclusion et digne de l'exorde. - On l'entend bien toujours : qui voudra mordre y morde, Racine, Plaid. III, 3. Pour ne pas donner à la médisance le moindre sujet de mordre, on convint que des dames respectables et les plus graves de la cour seraient présentés à cette entrevue, Mme de Caylus, Souvenirs, p. 68, dans POUGENS. L'envie veut mordre, l'intérêt veut gagner, Voltaire, Lett. Albergati, 23 déc. 1760. Dira-t-on qu'en des vers à mordre disposés Ma muse prête aux grands des vices supposés ? Gilbert, XVIIIe siècle. Chacun, vous dénonçant à la haine publique, Se dit : fuyez cet homme, il mord, c'est un critique, Gilbert, Mon apologie.

    Fig. Mordre en riant, faire, tout en plaisantant, quelque reproche incisif.

  • 11Se mordre, v. réfl. Se faire une morsure à soi-même. Il s'est mordu en mâchant.

    Se faire des morsures l'un à l'autre. Ces chiens se sont mordus cruellement.

    Fig. Ils ne se mordront pas, se dit de gens fort éloignés l'un de l'autre.

    Fig. Se déchirer, se faire du mal. Très sots enfants de Dieu… Ne vous mordez donc plus pour d'absurdes chimères, Voltaire, Ép. 96.

PROVERBES

Cela ne mord ni ne rue, se dit d'une chose indifférente.

S'il t'égratigne, mords-le, se dit à quelqu'un pour l'exciter à se battre, à se venger.

C'est un beau mâtin s'il voulait mordre, se dit d'un homme qui paraît avoir tout ce qu'il faut pour faire une chose, sauf la volonté, le courage, etc.

Tous les chiens qui aboient ne mordent pas, se dit, en méprisant, des menaces.

Chien qui aboie ne mord pas, c'est-à-dire ceux qui font le plus de bruit ne sont pas les plus à craindre.

Mordu de chien ou de chat, c'est toujours bête à quatre pattes, c'est-à-dire : que le mal nous arrive par celui-ci ou par celui-là, c'est toujours la même chose.

HISTORIQUE

XIe s. Al destre bras lui morst uns vers [verrat] si mals, Ch. de Rol. LVI. Et porc et chien le mordent et defoulent, ib. CLXXXIII.

XIIIe s. Et povreté fait pis que mort, Car ame et cors tormente et mort, Tant cum l'ung o [avec] l'autre demore, la Rose, 8194. Briement les nommerai sans ordre, Por plustost à ma rime mordre, ib. 10488. Penssons que, quant li homs est ou travail de mort, Ses biens ne ses richesces n'i valent un chat mort, Ne li pueent oster l'angoisse qui le mort, Ne ce dont conscience le reprent et remort, J. de Meung, Test. 315.

XIVe s. Tenailles à ce porpocionées, à ce que il [elles] puissent mordre la chose qui est fichée enz, H. de Mondeville, f° 37, verso. Philotecles qui avoit esté mors d'un serpent appellé vipere, Oresme, Eth. 210.

XVe s. [à la bataille de Montlhéry] du costé du roy fust un homme d'estat, qui s'enfuit jusques à Luzignan, sans repaistre ; et du costé du comte [de Charolois], un autre homme de bien jusques au Quesnoy-le-Comte ; ces deux n'avoient garde de se mordre l'un l'autre, Commines, Mém. I, 4.

XVIe s. Lequel en son epitaphe se complainct estre mort pour estre mords d'une chatte au petit doigt, Rabelais, Pant. IV, 17. À present, quand on void quelcun à la cour avec l'habillement de l'an precedent, on lui dit : nous le conoissons bien ; il ne nous mordra pas, Lanoue, 165. Quand quelqu'un estoit noté d'estre querelleux, on le fuyoit comme un cheval qui mord ou qui rue, Lanoue, 245. Comme ceste avant garde faisoit bonne mine, ceulx de la religion ne l'osoyent aller mordre, Lanoue, 593. M. le mareschal d'Anville estoit alors mordu des calomniateurs qui l'accusoyent d'avoir intelligence avec son cousin l'admiral, Lanoue, 699. Mordre en riant, Calvin, Instit. Ép. 309. Douleur poignante et mordante, Paré, VIII, 10. Piqués ou mordus des bestes venimeuses, Paré, XXIII, 1. Je fus mords d'une vipere au bout du doigt index, Paré, XXIII, 23. Lorsque la partie morse devient purpurée, noire ou verdoyante, Paré, XIII, 30. Si j'oyois faire quelque conte où je ne peusse pas mordre…, Montaigne, I, 200. Socrates avoit seul mordu à certes au precepte de se cognoistre, Montaigne, II, 62. Il faut leur faire baisser la teste et mordre la terre soubs l'auctorité, Montaigne, II, 150. Une volupté cuisante et mordante, Montaigne, II, 215. Il adjouxta à son dire ce traict de risée : Un homme mort ne mord point, Amyot, Pomp. 108. Bien souvent les sages et vrayes remonstrances mordent et irritent ceulx qui sont en malheur, Amyot, Phoc. 2. On ne sçait qui mord ni qui rue, Cotgrave Tel rit qui mord, Cotgrave

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Mordre : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

MORDRE, (Physiol.) Mordre est l’action par laquelle les dents divisent les alimens durs en plusieurs particules.

Pour mordre, il faut 1°. que la mâchoire inférieure s’écarte de la supérieure vers la poitrine sur son condyle ; 2°. il faut que cette mâchoire inférieure soit ensuite fortement pressée contre la mâchoire supérieure, afin que les alimens solides puissent être coupés par les dents incisives.

La premiere action se fait par la contraction des deux muscles digastriques ; la seconde dépend de la contraction, 1°. des muscles crotaphites, 2°. des masseters, 3°. des ptérigoidiens externes, 4°. des ptérigoïdiens internes. Ces quatre muscles agissant ensemble élevent la mâchoire, au lieu que s’ils agissent séparément ils la tirent latéralement & en arriere ; mais si les huit muscles qu’on vient de décrire agissent ensemble, la mâchoire inférieure est pressée avec une force incroyable contre la supérieure. Ainsi toutes les dents des deux mâchoires étant fort comprimées, on voit clairement que ce sont les huit dents incisives qui se présentant les unes aux autres & se frappant réciproquement avec violence, mordent, divisent les alimens, & commencent ainsi la mastication. Voyez donc Mastication.

Mordre, (Marine.) se dit en parlant d’une ancre, lorsqu’elle est attachée par ses extrémités pointues & recourbées au fond de la mer ; ces extrémités s’appellent bras. Voyez Ancre.

Mordre, teinture, terme de Chapelier-Teinturier, qui signifie prendre la couleur plus ou moins vîte.

Il y a des étoffes ou feutres qui mordent facilement la teinture, & d’autres qui la mordent très-malaisément. Voyez Chapeau.

Mordre, terme d’Imprimerie, se dit lorsque la frisquette ayant couvert quelqu’extrémité de la lettre d’une forme, il y a dans l’imprimé un vuide où il ne paroît qu’un simple foulage. Ce défaut vient de ce que l’ouvrier de la presse n’a pas coupé la frisquette en cet endroit ; il peut venir aussi lorsque après avoir collé un morceau de papier fort pour empêcher le barbouillage, ce même morceau de papier coule & empêche l’impression de venir. Voyez Frisquette.

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Mordre : définitions subjectives sur Dicopedia

Dicopedia est un dictionnaire participatif où n'importe qui peut partager sa propre définition des mots de la langue française. L'intérêt de cette initiative est de proposer des définitions subjectives et très diverses, selon l'expérience de chacun. Nous ajouterons dans cette section les définitions de « mordre » les plus populaires.

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Étymologie de « mordre »

Étymologie de mordre - Littré

Provenç. mordre ; espagn. et portug. morder ; ital. mordere ; du latin mordere ( 1er e long). Le français et le provençal ont rendu brève la syllabe de, dit mordere ( 1er e bref), et reculé l'accent ; d'ailleurs le supin morsum et le parfait momordi se rapportent à un mordere ( 1er e bref) plutôt qu'à un mordere ( 1er e long) ; et il est possible que les langues romanes représentent une forme archaïque conservée populairement. Mordere se rattache au radical sanscrit mard, broyer.

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Étymologie de mordre - Wiktionnaire

(Verbe) du latin mordere.
(Adjectif) Déverbal de mordrir.
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Étymologie de mordre - Wiktionnaire

Du latin populaire *mŏrdĕre, en latin classique mŏrdēre « mordre ». De cette racine latine, le français a aussi mordicus.
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Phonétique du mot « mordre »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
mordre mɔrdr play_arrow

Conjugaison du verbe « mordre »

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Citations contenant le mot « mordre »

  • Il était 10 heures, le dernier samedi de juin, quand en bordure de chemin, au coin d’un immeuble, Johan s’affairait à ses jeux de construction, avec son frêre aîné Alex. «J’ai entendu les cris de mes enfants et des aboiements», témoigne la maman dans «Le Journal du Jura». Selon elle, «le chien se serait approché de Johan très vite et par-derrière, pour le mordre ensuite directement dans le bas du dos». , Un chien policier mord un enfant, les parents portent plainte - Le Matin
  • Laissez-vous mordre et doucement enquiquiner par des cépages qui savent faire la fête et vous éblouir le palais, que ce soit par cette tension liée à la pédologie des terroirs ou par leur caractère débordant de personnalité. Voici les grüner veltliner, sauvignon blanc, melon de Bourgogne, albarino et chenin blanc à vous mettre sous la dent. Pour mieux croquer l’été ! Le Devoir, Des blancs croquants pour mordre dans l’été | Le Devoir
  • Quelques heures plus tôt, le garçon de 3 ans s’amusait et jouait en toute insouciance dans l’herbe. Sauf que le moment de quiétude a été perturbé par un « cri aigu », comme l’explique le papa Daniel au Sun. Passionné de serpent, l’homme de 39 ans comprend tout de suite ce qu’il s’est passé : son fils vient de se faire mordre par une vipère qui était camouflée dans le feuillage. « Nous pensons qu’il a peut-être marché dessus par accident et qu’il s’est accroché à sa jambe. C’était instantané puis, il a souffert d’une douleur atroce » raconte-t-il au média anglais. sudinfo.be, Lewis, 3 ans, se fait mordre par une vipère alors qu’il jouait dans le parc lors d’un pique-nique familial: «Il est paralysé et ne peut pas bouger»
  • Quand on suit quelqu’un de bon, on apprend à devenir bon ; quand on suit un tigre, on apprend à mordre. De Proverbe chinois
  • La liberté n'existe que là où l'intelligence et le courage parviennent à mordre sur la fatalité. De Roger Caillois / L'incertitude qui vient du rêve
  • Biologiquement parlant, si vous vous faites mordre, il est plus probable que ce soit par une femelle. De Desmond Morris
  • Il ne faut pas attendre d'avoir de fausses dents pour mordre dans le fruit défendu. De Jacques Deval
  • Un chien, quand il reçoit un caillou, cherche plus à mordre le caillou que celui qui le lance. De Marcus Pacuvius
  • Un vieux chien ne doit plus aboyer, du moment qu’il n’est plus capable de mordre. De Peter Veres / Le patriarche
  • Tout chien a le droit de mordre une fois, mais dans le cas d'un chien qui n'arrête pas de mordre, on adopte un point de vue différent. De Harold Wilson / Discours au parti travailliste
  • Souriez, car vos dents ne sont pas seulement faites pour manger ou pour mordre. De Man Ray / La Photographie qui console
  • On ne s’accuse de la rage que pour faire croire que l’on sait mordre. De Laurent Rochut / Peine perdue
  • On n'a jamais vu une chèvre mordre un chien. De Massa Makan Diabaté / Le boucher de Kouta
  • Défendre le fruit défendu à une femme c'est l'inviter à y mordre. De Rodolphe Girard / Marie Calumet
  • Qui peut lécher peut mordre, et qui peut embrasser peut étouffer. De Alfred de Musset
  • Jette un os au chien méchant pour l'empêcher de te mordre. De Proverbe africain
  • Quand les saucisses commencent à mordre les chiens, on peut s'inquiéter. De Demarquet
  • Avant de mordre, vois si c’est pain ou pierre. De Proverbe serbo-croate

Images d'illustration du mot « mordre »

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Traductions du mot « mordre »

Langue Traduction
Corse morded
Basque kosk
Japonais 一口
Russe укусить
Portugais mordida
Arabe عض
Chinois
Allemand beißen
Italien mordere
Espagnol mordedura
Anglais bite
Source : Google Translate API

Synonymes de « mordre »

Source : synonymes de mordre sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « mordre »


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