Ronger : définition de ronger


Ronger : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

RONGER, verbe

I. − Empl. trans.
A. − Entamer, user avec les dents.
1. [Le suj. désigne un animal de l'ordre des rongeurs] Grignoter avec les incisives, en vue de se nourrir. Écureuil qui ronge une pomme de pin; lapin qui ronge une carotte. Le navire est à flot, les vents sont bons, le pilote est au gouvernail; est-ce le tems de penser aux souris qui rongent la cargaison? (Jouy, Hermite, t. 5, 1814, p. 198).Un cobaye, dans une cage, rongeait un brin de paille (Duhamel, Combat ombres, 1939, p. 210).
P. anal. [Le suj. désigne certains insectes, des animaux munis de pièces buccales broyeuses] Attaquer, détruire une matière en l'absorbant. Vers qui rongent le bois; chenilles qui rongent les feuilles; mites qui rongent un lainage. Dans les ruches (...) les prétendantes protégées (...) se développent, (...) et se mettent à ronger les couvercles de leurs cellules (Maeterl., Vie abeilles, 1901, p. 183).On crut d'abord que l'insecte rongeait, dévorait les racines (...). L'insecte opérait autrement. (...) il piquait la racine, provoquant des nodosités profondes sur le tégument (...) qui (...) interceptaient l'afflux de la sève (Pesquidoux, Livre raison, 1925, p. 74).
P. exagér. Rongé de vermine. Je suis sale. Les poux me rongent (Lautréam., Chants Maldoror, 1869, p. 264).
2. P. anal. [Le suj. désigne un animal ou un être humain]
a) Prélever avec les dents des bribes d'aliments adhérant à un élément non comestible. Ronger un noyau de pêche. Les enfants (...) se jetèrent dans une espèce de fruitier où le commandant (...) les vit bientôt occupés à ronger des pruneaux secs (Balzac, Méd. camp., 1833, p. 10).Il s'arrêtait dans la rue à regarder un chien ronger un os (Mounier, Traité caract., 1946, p. 494).
Au fig.
Donner un os à ronger à qqn (v. os A 1).
Vx. Ronger sa litière. En être réduit à manger une mauvaise nourriture, comme les animaux affamés qui mangent la paille de leur litière. (Dict. xixeet xxes.).
b) Entamer avec les dents une chose généralement non comestible, d'une certaine dureté. Souris qui rongent le plancher. Paganel (...) était prisonnier (...). Heureusement, pendant une nuit, il parvint à ronger ses cordes et à s'échapper (Verne, Enf. cap. Grant, t. 3, 1868, p. 158).Le mulet avait été oublié dans un coin de l'abri depuis deux jours; il y rongeait pour se nourrir le bois des poutres (Ramuz, Gde peur mont., 1926, p. 183).
c) Mordiller, serrer un corps dur entre ses dents et, au fig. (dans certaines expr.), refouler en soi son impatience, sa colère, son dépit. Dix heures bientôt... Je suis dans un état... Nous nous demandions ce qui t'était arrivé: un accident, une mauvaise rencontre. Je me rongeais les mains (Arland, Ordre, 1929, p. 245):
« Enfin, − reprit Benoît avec impatience, − vous m'avez hêlé, que voulez-vous de moi? (...) − N'y a que le commandant qui puisse te répondre; en attendant, sois calme et ronge ton câble, ça t'empêchera de grincer des gencives... Sue, Atar-Gull, 1831, p. 9.
En partic. [Le suj. désigne un cheval et, au fig., une pers.] Ronger son frein, son mors (v. frein A 1 a).
[Le suj. désigne une pers.] Ronger ses ongles, se ronger les ongles. V. ongle A 1.Ronger ses poings, se ronger les poings (de colère, de dépit). Le jeune homme se rongeait les poings de ne pouvoir suivre sa maîtresse à Paris (Zola, M. Férat, 1868, p. 122).Je reçois un nouvel appel, par coureur, de l'Herbebois, cette fois-ci... Ça me fend le cœur, mon général. Je me ronge les poings (Romains, Hommes bonne vol., 1938, p. 40).
d) Région. (Canada), loc. verb. fig. pop. Ronger les balustres. Montrer une piété excessive. Philias n'avait jamais été un homme d'église et la messe du dimanche lui suffisait. Il n'avait rien contre ceux qui l'étaient, mais pour sa part, il disait qu'il aimait mieux ne pas ronger les balustres (A. Thério, Ceux du Chemin-Taché, 1963, p. 134 ds Richesses Québec 1982, p. 2034).
B. − [Le suj. désigne une chose] Altérer peu à peu.
1. Désagréger quelque chose, en altérer la substance. Synon. attaquer.Acide qui ronge les métaux; rouille qui ronge le fer; mer qui ronge les falaises; vent, sable qui ronge les roches; bûche rongée par le feu. Le grillage de la resserre était tout poussiéreux (...) l'urine des lapins rongeait les panneaux du bas (Zola, Ventre Paris, 1873, p. 792).La façade, si vieille, si grise, et que rongent de grandes plaques d'humidité (Bosco, Mas Théot., 1945, p. 106).
TECHNOL. [Dans l'impression des tissus] Détruire à certains endroits, à l'aide de substances chimiques, la matière colorante ou le mordant. On plisse méthodiquement le tissu de façon à en faire un paquet où les parties qui ne doivent pas être rongées sont serrées à tel point que le rongeant n'y a pas accès quand le paquet est plongé dans le bain de rongeage (A. Lambrette, Les Apprêts text., Paris, Les Ed. text. et techn., s.d., p. 73).
2. P. anal. [Le compl. d'obj. dir. désigne un organisme vivant] Détruire petit à petit. Gangrène qui ronge un membre; tumeur qui ronge les tissus; ulcère qui ronge l'estomac; être rongé par la fièvre, la maladie. Ce n'est rien d'abord [la lèpre] (...) de toutes petites taches rouges dans la paume de la main (...) et puis des plaques, et en dessous je ne sais quoi qui ronge les articulations des bras, des genoux, des doigts (Mille, Barnavaux, 1908, p. 34).Les vignes s'étaient mises lentement à mourir: le phylloxéra rongeait le pied (Pesquidoux, Livre raison, 1932, p. 95).
3. Recouvrir ou diminuer la surface de quelque chose. Synon. éroder, user.Tuiles rongées de lichen; cerne qui ronge les joues. La mer Caspienne en bas rongeait la grève (Hugo, Fin Satan, 1885, p. 799).Les vibrations même de la lumière, ces vapeurs acharnées à ronger les contours, Seurat, (...) leur confère une espèce d'éternité (Lhote, Peint. d'abord, 1942, p. 153).
C. − Au fig. [Le suj. désigne une pers. ou une chose]
1. Faire disparaître, anéantir par une lente dégradation. Despotisme qui ronge une nation; corvées qui rongent le temps. Oh! Tâtonner ainsi, dans la nuit de l'imagination, le corps de quelque chose à créer, l'âme d'un livre, et ne rien trouver. Ronger ces heures à tourner autour (Goncourt, Journal, 1862, p. 1101).Mais cette connaissance plus récemment acquise ronge mes vieilles évidences sans les dissiper entièrement (Sartre, Mots, 1964, p. 201).
2. Miner par une action progressive et sournoise. Passion qui ronge le cœur, la vie; regrets qui rongent qqn; être rongé d'envie, d'impatience, de jalousie. Je suis de ceux (...) qui rêvent (...), hargneux et pestiférés, sans savoir ce qu'ils veulent (...). Magnier me ronge, l'histoire me tanne (Flaub., Corresp., 1839, p. 41).Le gendre a corrompu le beau-père, c'est bien connu en ville: on les a rencontrés ensemble, avec des filles... Quelle honte! C'était un des chagrins qui rongeaient maman (Mauriac, Nœud vip., 1932, p. 255).
Empl. pronom. réfl. Se ronger l'esprit. Repoussée, désespérée, la pauvre fille dépérissait (...) au fond personne ne voyait son secret, elle se rongeait intérieurement (Renan, Souv. enf., 1883, p. 37).Le goût des belles choses se perdait... C'était un courant pas remontable... Lutter même devenait imbécile, c'était se ronger pour des prunes (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 333).
[Avec un compl. prép. introd. par de et précisant la cause] Se tourmenter. Se ronger d'ennui, d'impatience, d'inquiétude. Je lui chuchote: « Bonjour, chère petite demoiselle mignonne, qu'est-ce qu'il y a donc, mon Dieu? Je me ronge de ne pas pouvoir vous parler » (Colette, Cl. école, 1900, p. 54).Christophe se rongea d'attente pendant le reste de la semaine (Rolland, J.-Chr., Matin, 1904, p. 156).
Expr. Se ronger la rate, les moelles, les sangs. Se faire beaucoup de soucis. Synon. se ronger le(s) foie(s) (v. foie A).Quand il va voir qu'il y aura ce soir quinze gaillards de bon appétit chez lui, il va se ronger la rate de colère. Il est avare comme Harpagon (Soulié, Mém. diable, t. 2, 1837, p. 49).Ne reste pas comme ça dans ton coin, à te ronger les sangs. Fais un effort, viens avec moi (Beauvoir, Mandarins, 1954, p. 295).
II. - Empl. intrans., VÉN. Ruminer. Le cerf ronge (Baudr.Chasses1834).
REM.
Ronge, subst. masc.,vén. Faire le ronge, son ronge. Ruminer. Le cerf fait le ronge (Ac.).
Prononc. et Orth.: [ʀ ɔ ̃ ʒe], (il) ronge [ʀ ɔ ̃:ʒ]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. Déchiqueter avec les dents. Mordiller. A. 1. a) 1176-81 rungier les os [en parlant de lions] (Chrétien de Troyes, Chevalier à la charrette, éd. M. Roques, 3065); mil. xiiies. rongier l'os [en parlant d'un chien] (Huon le Roi, ABC, 246 ds T.-L.); 1314 part. passé adj. (Chirurgie de H. de Mondeville, éd. A. Bos, § 1928: le treuve aspre [l'os] aussi comme se il fust rungié); b) xiiies. rongier « manger (en parlant d'une personne) » (Outils de l'hôtel, éd. G. Raynaud, 27); c) empl. par image α) 1197 en parlant de Rome, de sa curie avide (Hélinant, Vers de la mort, XIII, 6 ds T.-L.: la grant Romme ... les os ronge et le cuir poile); β) 1609 être contraint de ronger sa litière « (dans un repas) être dans la condition d'un animal affamé, condamné à ronger sa litière » (M. Régnier, Satires, éd. G. Raibaud, XI, 276); 2. a) déb. xiiies. rungier « (en parlant d'animaux) attaquer une substance » (Guernes de Pont-Ste-Maxence, St Thomas, éd. E. Walberg, 1459, var. B, p. 203: par tel serement quida Deu enginnier; Mais dedenz cel an porent sa char li ver rungier); ca 1230 rungier [les racines d'un arbre, pour les détruire] (Guillaume le Clerc, Trois mots, éd. R. Reinsch, 242); ca 1330 [d'un ver] ronger les flures des arbrez (Nicole Bozon, Contes moralisés, 96 ds T.-L.); b) 1680 p. anal. en parlant d'une substance corrosive (Rich.: la salure de la mer ronge les pierres); 3. ca 1223 « entamer avec les dents un élément dur et non comestible » ici, empl. par image (Gautier de Coinci, Miracles, éd. V. Fr. Koenig, 1 Mir 11, 216, t. 2, p. 13: [allus. aux mécréants, aux hérétiques] Mais n'entendent l'Escriture ... De la nois vont runjant l'escorce Mais ne sevent qu'il a dedens); 4. ca 1280 « mordiller, serrer entre ses dents » ici, fig. ronger son frein (Gerard d'Amiens, Escanor, 20666 ds T.-L., s.v. frein). B. Entamer, ruiner, détruire peu à peu 1. a) ca 1220 en parlant d'un inanimé abstr. (Gui de Cambrai, Barlaam et Josaphat, 667 ds T.-L.: Li tans, qui runge ceste vie); ca 1223 (Gautier de Coinci, op. cit., 1 Mir 10, 1942, t. 1, p. 167: le cuer li runge envie); 1765-70 part. prés. adj. soucis rongeans (J.-J. Rousseau, Confessions, II ds Œuvres, éd. B. Gagnebin et M. Raymond, t. 1, p. 59); b) 1571 en parlant d'une maladie toux ronge-poulmon (La Porte, Epithetes, 265b d'apr. H. Vaganay ds Z. rom. Philol. t. 29, p. 188); 1770 part. prés. adj. ulcères rongeans (Nicolas, Man. jeune chirurgien, 315, Hérissant ds Quem. DDL t. 21); 2. ca 1470 fig. en parlant d'une personne « affaiblir (quelqu'un) » rongier (Georges Chastellain, Chron., éd. Kervyn de Lettenhove, t. 5, p. 12); 3. id. rongier son cœur « éprouver du chagrin » (Id., op. cit., t. 4, p. 344); av. 1560 part. passé adj. (Du Bellay, Sonnet ds Œuvres poétiques, éd. H. Chamard, t. 2, 2, p. 257: Triste et rongé du soing qui plus me nuict); 1588 réfl. se ronger de soing et de vigilance; se ronger interieurement (Montaigne, Essais, éd. P. Villey et V. L. Saulnier, II, VIII, p. 393 et II, XXXI, p. 718). II. Ruminer 1. a) Ca 1200 intrans. rungier (Job, 348, 2 ds T.-L.: chamoz ki ... ne rungent mïe); 1remoit. xiiies. id. judéo-fr. ronyer (Vocab. hébraïco-fr., éd. A. Neubauer ds Rom. Studien t. 1, 1871-75, p. 169, 168: ronye: ruminat); xiiies. agn. rounger [en parlant du mouton] (Traité d'économie rurale, XXII, éd. L. Lacour ds Bibl. Éc. Chartes, t. 17, 1856, p. 372); 1794 en parlant d'un cerf (Encyclop. méthod. Dict. chasses, p. 401), demeuré en usage dans cet empl.; b) ca 1256 trans. rungier (Régime du corps de Aldebrandin de Sienne, 183, 3 ds T.-L.); ca 1330 id. rongier (Nicole Bozon, Contes moralisés, 15, ibid.); 2. ca 1200 fig. rungier son maltalent « ruminer sa colère » (Naissance du chevalier au cygne, éd. H. A. Todd, 2174). L'a. fr. rungier « ruminer » est issu du lat. rūmigare « ruminer » (iies., Apulée). Le croisement avec le verbe lat. vulg. *rōdicare « ronger » a donné naissance au verbe rongier « ronger » et a entraîné l'apparition de formes rongier à côté de l'a. fr. rungier « ruminer »; de leur côté, sous l'infl. de rungier « ruminer », sont apparues auprès de rongier « ronger », des formes rungier; de telle manière que I et II sont chacun relevés sous les formes rungier et ronger. De *rōdicare « ronger » (dér. de rodere « ronger [en parlant d'animaux]; miner, user [en parlant d'éléments destructeurs]; [fig.] déchirer (quelqu'un), médire; marmonner entre ses dents ») est issu l'a. fr. rugier « ronger » (1remoit. du xives. St Sébastien ds Gdf. Compl.; v. aussi FEW t. 10, p. 445a, note 1). L'infl. réciproque de rūmigare et de *rōdicare s'explique par leur proximité de sens. Fréq. abs. littér.: 1 672. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 2 067, b) 2 968; xxes.: a) 2 720, b) 2 118.
DÉR.
Rongeage, subst. masc.,technol. Technique d'impression sur tissus qui consiste à détruire à l'aide de rongeants, soit la teinture fixée sur la fibre, soit le mordant préalablement déposé sur celle-ci (v. rongeant III). Aux processus chimiques de teinture s'en ajoute un autre, spécifique de l'impression, dénommé rongeage: à partir d'un tissu préalablement teint, on détruit par un rongeant chimique la couleur initiale selon un motif gravé, avec en variante la possibilité de la remplacer simultanément par une autre incorporée au rongeant (Encyclop. Sc. Techn.t. 101973).Bain de rongeage. V. ronger I B 1 technol. ex. de A. Lambrette.[ʀ ɔ ̃ ʒa:ʒ]. 1reattest. 1949 terme de teinturier (Nouv. Lar. univ. t. 2, p. 685c); de ronger (en parlant d'un produit corrosif), suff. -age*.

Ronger : définition du Wiktionnaire

Verbe

ronger \ʁɔ̃.ʒe\ transitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. Entamer, déchiqueter avec les dents à fréquentes reprises.
    • Un chien qui ronge un os.
    • Les vers rongent le bois.
    • Ronger ses ongles.
  2. (Par analogie) Miner, corroder ou consumer peu à peu, en parlant de certaines choses.
    • Les grands floes épais mis en liberté sont usés par la friction, rongés par les mouvements de la mer et par le dégel, ils constituent fréquemment des masses aux formes bizarres et élégantes d'une glace bleue-verdâtre très dure. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
    • Son pied gauche, dont l'orteil rongeait la chaussette dix fois raccommodée, déchiquetant les mailles et creusant sa trouée, le faisait souffrir cruellement. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 9)
    • La rouille ronge le fer.
    • Le temps ronge et détruit tout.
    • Cet homme a un ulcère qui le ronge.
  3. (Figuré) Inquiéter, qui tourmenter, en parlant de certaines choses.
    • Les soucis rongent l’esprit.
    • Les remords rongent la conscience.
    • Le chagrin ronge cet homme.
    • L’envie le ronge.
    • J’abîmais mon corps, à mesure que la situation rongeait mon moral et mon courage. — (Emma, « Dans le secteur associatif, les bons sentiments sont la porte ouverte à tous les abus », Le Monde. Mis en ligne le 10 novembre 2019)
    • Dans leur coquette maison de la campagne rennaise, ils sont rongés par « la honte » d’avoir tout perdu. Ils parlent du courage qu’il leur a fallu pour parler à leurs deux filles. — (Yann Bouchez, Anne Michel, L’incroyable arnaque aux diamants, Le Monde. Mis en ligne le 28 février 2018)
  4. (Figuré) (Familier) Dilapider, consumer le bien d’autrui.
    • Il a une foule de complaisants, de collatéraux qui le rongent.
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Ronger : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

RONGER. v. tr.
Entamer, déchiqueter avec les dents à fréquentes reprises. Un chien qui ronge un os. Les rats rongent la paille dans les greniers. Les souris ont rongé ce morceau de pain. Les vers rongent le bois. Ronger ses ongles. Ce cheval ronge son frein, Il mâche son frein. Fig. et fam., Ronger son frein, Retenir, refouler en soi son impatience, son dépit, sa colère, en s'efforçant de n'en rien laisser éclater au-dehors. En écoutant cet insolent discours, je rongeais mon frein. Fig. et fam., Se ronger les poings, Enrager. Fig. et fam., Donner un os à ronger à quelqu'un, Lui donner quelque occupation, quelque emploi qui l'aide à vivre; ou Lui faire quelque légère grâce, pour se délivrer de ses importunités. Il faut lui donner quelque os à ronger. Il signifie aussi Susciter quelque affaire à quelqu'un pour l'embarrasser, pour l'occuper d'un côté, afin qu'il n'ait pas le temps de songer à autre chose et qu'il ne puisse pas nuire. Ils l'ont engagé adroitement dans cette poursuite; c'est un os qu'ils lui ont donné à ronger.

RONGER se dit, par analogie, de Certaines choses qui minent, corrodent ou consument peu à peu. La mer ronge insensiblement ses bords. La rouille ronge le fer. Le temps ronge et détruit tout. Cet homme a un ulcère qui le ronge. Il se dit aussi figurément des Choses qui inquiètent, qui tourmentent. Les soucis rongent l'esprit. Les remords rongent la conscience. Le chagrin ronge cet homme. L'envie le ronge. Il a un souci qui le ronge, des inquiétudes qui le rongent. Il se dit encore, figurément et familièrement, de Ceux qui consument le bien d'autrui. Il a une foule de complaisants, de collatéraux qui le rongent.

Ronger : définition du Littré (1872-1877)

RONGER (ron-jé. Le g prend un e devant a et o : rongeant, rongeons) v. a.
  • 1Couper avec les dents ou avec le bec à plusieurs reprises. Un chien qui ronge un os. Les vers rongent le bois. Un furieux oiseau de proie Sans cesse lui ronge le foie, Scarron, Virg. VI. N'étant pas de ces rats qui les livres rongeants, Se font savants jusques aux dents, La Fontaine, Fabl. VIII, 9. Cette guenon avait rongé une petite partie de sa queue, Buffon, Quadrup. t. XII, p. 92.

    Ronger ses ongles, se dit du geste que l'on fait, pendant que l'on médite, que l'on réfléchit. Attendez un peu que j'y songe, Pendant que mes ongles je ronge, Scarron, Poés. div. Œuv. t. VII, p. 23, dans POUGENS.

    Fig. Se ronger les poings de quelque chose, en concevoir une vive irritation, un vif regret. Sa femme s'en ronge les poings de fureur, Diderot, Lett. à Mlle Voland, 1er oct. 1769.

    Par exagération. Ronger sa litière, en être réduit à manger ce qui ne vaut guère mieux qu'une litière. …j'étais résolu, faisant autant que trois, De boire et de manger comme aux veilles des Rois ; Mais, à si beau dessein défaillant la matière, Je fus enfin contraint de ronger ma litière, Régnier, Sat. X.

    Fig. Donner un os à ronger à quelqu'un, lui donner quelque emploi qui l'aide à vivre, ou lui faire quelque légère grâce pour se délivrer de ses importunités.

    Par allusion à cette locution. Je crains bien que notre mariage ne se rompe… et, si l'on veut donner à ronger l'espérance d'un duc qui ne viendra point, Mlle d'Alerac a bien l'air d'en être la victime, Sévigné, 1er oct. 1684.

    On lui a donné un os à ronger, on lui a suscité quelque affaire qui l'occupe fort et qui l'empêche de nuire à autrui.

    Ce cheval ronge son frein, il le mord, il le mâche.

    Fig. Ronger son frein, dissimuler son dépit. Jeanne, rongeant son frein, de mine s'apaisa, Régnier, Sat. X. Elle ronge son frein, Trouve le jour obscur, quoiqu'il soit fort serein, Boursault, Fabl. d'Ésope, II, 3. Je ronge mon frein et mon âme bien tristement loin de mon cher ange, Voltaire, Lett. d'Argental, 7 mars 1777.

  • 2 Par extension, consumer, corroder, entamer. L'eau-forte ronge les métaux. Un ulcère lui a rongé le nez. La goutte le ronge. Les restes de l'ancien pays que l'océan a rongé et couvert peu à peu, Buffon, Hist. nat. Pr. th. terr. Œuv. t. II, p. 117. La salive est connue depuis longtemps comme rongeant ou oxydant assez promptement le fer et le cuivre, Fourcroy, Conn. chim. t. IX, p. 365.

    Absolument. L'Arve, à force de ronger, s'est creusé un lit qui côtoie les jardins, Saussure, Voy. Alpes, t. I, p. 16, dans POUGENS.

  • 3 Fig. Consumer le bien d'autrui Cet avoué ronge ceux qui ont affaire à lui. Si je connaissais sa maîtresse, j'irais lui conseiller de le piller, de le manger, de le ronger, de l'abîmer, Lesage, Turcaret, IV, 12.
  • 4 Fig. Exercer sur l'âme une action comparée à un rongement. Cet animal [le lièvre] est triste, et la crainte le ronge, La Fontaine, Fabl. II, 14. Un songe, me devrais-je inquiéter d'un songe ? Entretient dans mon cœur un chagrin qui le ronge, Racine, Ath. II, 5. Les noirs soucis qui rongeaient son cœur, Fénelon, Tél. VII. Là, Télémaque aperçut des visages pâles, hideux et consternés ; c'est une tristesse noire qui ronge ces criminels, Fénelon, ib. XVIII. Un horrible soupçon me tourmente et me ronge, Delavigne, Vêpr. sicil. IV, 1.

    Se ronger le cœur, se laisser aller à des inquiétudes, à des chagrins qui tourmentent. Je me ronge le cœur, je n'ai point de repos, Régnier, Élég. II. Je ne crois pas qu'il puisse être content d'une personne qui ne lui donne pas tous les jours sujet de songer creux et de se ronger le cœur, Fontenelle, Lett. gal. II, 15.

  • 5 V. n. Détruire les couleurs.
  • 6 Terme de vénerie. On dit que le cerf ronge quand il rumine.
  • 7Se ronger, v. réfl. Exercer sur soi un rongement. Et de quelque souci qu'en veillant je me ronge, Malherbe, V, 21. Son orgueil [d'une âme mélancolique] fait son supplice ; elle se ronge, dans la solitude, du dépit secret d'être méprisée et oubliée, Voltaire, Dict. phil. Homme.

    Être rongé. Sentir son âme, usée en impuissant effort, Se ronger lentement sous la rouille du sort, Lamartine, Méd. II, 15.

HISTORIQUE

XIIe s. Mais par tel serement quida Deu enginnier [il crut tromper Dieu] ; Mais dedenz cel an porent sa char li ver rungier, Th. le mart. 32.

XIIIe s. Sovent li menbre [souvient] des jelines, [poules], Dont il selt rungier les eschines, Ren. 15193. [Je] Puis chascun jur runger les os, Dunt je me fas e cras e gros, Marie de France, Fable 34. Li tans ki runge ceste vie, Gui de Cambrai, Barl. et Jos. p. 18. Et quant il i a grant quantité de forage devant eux [les bœufs], il mangent lour [leur] saülée, et puis seient et ronngent, Bibl. des chartes, 4e série, t. II, p. 368.

XIVe s. Si comme aucuns qui rugent as dens leur ungles, Oresme, Eth. 203. Et passe l'espreuve [la sonde] duc à l'os [jusqu'à l'os], et le treuve aspre aussi comme se il fust rungié, H. de Mondeville, f° 90.

XVe s. Puisqu'il me faut ainsi ronger mon frain, Deschamps, Poésies mss. f° 179.

XVIe s. Triste et rongé du soing qui plus me nuict, Du Bellay, J. IV, 86, verso.

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Ronger : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

RONGER, v. act. (Gramm.) c’est détruire ou rogner avec les dents. On dit que le chien ronge un os ; que les rats rongent le pain ; que la mer ronge ses bords ; que le verd-de-gris ronge les métaux ; que la rouille ronge le fer ; que la pierre à cautere ronge les chairs ; que l’ennui le ronge ; qu’il ronge son frein. D’où l’on voit qu’il se prend au simple & au figuré.

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Étymologie de « ronger »

Étymologie de ronger - Littré

Berry, roûger ; poitev. rouger ; picard, rogner. Ronger veut dire ruminer, et, étant composé comme songer de somniari, représente rumniare, altération de ruminare, ou la forme latine peu usitée rumigare (voy. RUMINER). De ruminer à ronger, le passage est facile ; car le bœuf ronge ce qu'il rumine.

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Étymologie de ronger - Wiktionnaire

De l’ancien français rungier, issu du latin rumigare (« ruminer »), le \o\ de la nasale provenant pour sa part de rodere ; les deux verbes étant sémantiquement proches.
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Phonétique du mot « ronger »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
ronger rɔ̃ʒe play_arrow

Conjugaison du verbe « ronger »

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Citations contenant le mot « ronger »

  • POLITIQUE - Encore quelques heures à attendre pour savoir si Gabriel Attal va avoir un autre “os à ronger” ou non. Et pour cause, d’après une photo du Premier ministre publiée par un journaliste de l’émission Quotidien sur TMC, les tractations autour des futurs secrétaires d’État étaient encore en cours ce mercredi 22 juillet au matin, lors du Conseil des ministres. Le HuffPost, Avant la suite du remaniement, une photo indiscrète de Castex a fait plisser bien des yeux | Le HuffPost
  • Il faut remonter au 22 juillet pour comprendre la farce. Ce jour-là, Jean Castex avait été photographié, sortant du Palais de l'Élysée. Le Premier ministre s'était alors fait littéralement piéger par les paparazzis. Dans ses bras, toujours une pile de dossier, et au-dessus des documents, une feuille sur laquelle il était possible de lire : "Finalement, on a trouvé un os à ronger supplémentaire pour le jeune Gabriel ?" Cette question avait été adressée au chef du gouvernement, en catimini lors du Conseil des ministres : elle visait entre autres  le "jeune" Gabriel Attal, aujourd'hui porte-parole du gouvernement.  ladepeche.fr, "Vous ne m'aurez pas une deuxième fois" : la farce de Jean Caxtex à destination des photographes - ladepeche.fr
  • C'est l'une des rares certitudes de la période : pendant le confinement, le monde entier s'est mis aux fourneaux. Le déconfinement, et ses contrastes dans la célérité du redémarrage, pays par pays, garderont longtemps les investisseurs dans la cuisine des comptes trimestriels. Des os à ronger, eux n'en manquent pas, contrairement aux allées du pouvoir. Pour le fond de sauce du passé, SEB leur a présenté la recette qu'ils retrouveront presque partout car reflétant la désynchronisation des continents en fonction de la vague virale et de la vigueur des réponses gouvernementales : un trou profond en Asie en début d'année, suivi d'un énergique rebond au deuxième trimestre qui promet de se prolonger, une Europe tombée dans l'ornière au premier trimestre et qui repart assez poussivement hormis sa partie orientale plus allante, et des Amériques divisées entre un Nord en croissance malgré la persistance du Covid-19 et un Sud en perdition dans l'ouragan épidémique. Ce qui n'exclut pas les divines surprises comme les gains de parts de marché et de budgets aux Etats-Unis par Publicis, et une consommation outre-Atlantique et sur le Vieux continent plus solide qu'escompté pour Pernod Ricard. Le plat de résistance demeure l'omelette du second semestre qui, à moins de disposer de débouchés aux petits oignons comme STMicroelectronics ou Dassault Systèmes, dépendra des nouveaux oeufs cassés par la crise sanitaire. « On ne sait pas à quoi ressemblera la rentrée dans aucune géographie », résume le patron de SEB Thierry de La Tour d'Artaise. La machine à pains risque de fonctionner en Bourse… Les Echos, Résultats trimestriels : Des os à ronger | Les Echos
  • [Jeu estival] «Finalement,on a trouvé un os à ronger supplémentaire pour le jeune Gabriel [Attal]?» « Non... »Oups, Jean Castex montre aux photographes un petit mot écrit pendant le conseil des ministres d’aujourd’hui. Saurez-vous lire la réponse et reconnaître l’écriture?🕵🏻‍♂️ pic.twitter.com/dGzjlYWRf2 Les Inrockuptibles, “Un os à ronger pour le jeune Gabriel” : Jean Castex laisse apparaître une note privée liée au remaniement
  • En tous cas, évoquer ce rattachement, récent, pour affirmer que la vie associative n'est même pas un "os à ronger", donne une forte pertinence au communiqué du Collectif des Associations Citoyennes "Vie associative: derrière le flou, un choix politique affirmé" , La vie associative n'est même pas considérée comme un "os à ronger pour le jeune Gabriel" ? | ESS, Emploi, Formation, Insertion et bien d'autres choses. | Michel Abhervé | Les blogs d'Alternatives Économiques
  • Quand on mange de la viande, la moindre des choses est de laisser les os à ronger. Il se trouve toujours des bonnes volontés pour jouer au chien. De Lao She / Un Fils tombé du ciel
  • Le renard peut se ronger une patte quand il est pris au piège. De Gao Xingjian / La Montagne de l'âme
  • En politique, il faut toujours laisser un os à ronger aux frondeurs. De Joseph Joubert / Pensées, maximes et essais

Traductions du mot « ronger »

Langue Traduction
Corse scappà
Basque gnaw
Japonais かじる
Russe грызть
Portugais roer
Arabe يزعج
Chinois
Allemand nagen
Italien rosicchiare
Espagnol roer
Anglais gnaw
Source : Google Translate API

Synonymes de « ronger »

Source : synonymes de ronger sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « ronger »



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