La langue française

Rentrer

Définitions du mot « rentrer »

Trésor de la Langue Française informatisé

RENTRER, verbe

I. − Empl. intrans. [Avec l'auxil. être aux formes composées]
A. − [Le suj. est un subst. de l'animé]
1. Pénétrer à nouveau dans un lieu d'où on est sorti. Anton. sortir.Rentrer dans sa chambre; rentrer dans les taillis. La procession [est] passée et rentrée dans l'église par une porte latérale (Stendhal,Chartreuse, 1839, p. 159):
1. La scène reste vide quelques secondes et M. de Virelade entre. Il paraît étonné de ne trouver personne, va vers la chambre, appelle Élisabeth, y pénètre un instant, revient, remarque la porte du jardin ouverte, s'avance un instant sur le perron, rentre de nouveau. Mauriac,Mal Aimés, 1945, III, 6, p. 243.
Au fig.
Rentrer dans sa coquille. Se refermer sur soi-même. L'angle d'ouverture au réel se rétrécit considérablement: le sujet (...) restreint ses relations, ses affaires, et devient étranger à tout souci d'expansion, il se plaît aux positions subalternes, se « fait petit », rentre dans sa coquille dès qu'il est sollicité (Mounier,Traité caract., 1946, p. 355).
Rentrer dans le rang. V. rang A 1 b α.
Rentrer sous terre. Disparaître, se soustraire à la vue de quelqu'un par crainte, honte, etc. Pour éviter une querelle, elle serait rentrée sous terre. Un seul regard suffisait; elle faisait tout ce que je voulais (Zola,Conquête Plassans, 1874, p. 992).
Rentrer en soi-même. Se replier, se renfermer. L'austérité du paysage m'a fait rentrer en moi-même beaucoup plus qu'il n'eût fallu pour un banquet (Green,Journal, 1944, p. 125).
2. Revenir là où l'on a son domicile, ses attaches, après une absence. Rentrer à la maison, au bercail, chez soi, dans son pays, auprès des siens. Depuis de nombreuses années, en effet, des ouvriers agricoles portugais se rendent au Brésil pour y travailler quelques mois et rentrent au pays après avoir amassé un petit pécule (M. Benoist, Pettier,Transp. mar., 1961, p. 117).
[Avec un compl. de provenance] Rentrer du bureau, du travail, de l'école, de l'étranger, de tournée. Vous allez au palais, puisque la princesse est rentrée de voyage. Heureux homme! Je n'y vais pas autant que je le voudrais (Gracq,Syrtes, 1951, p. 172).
[Sans compl. de lieu exprimé] Quand rentrez-vous? Les débauchés rentraient, brisés par leurs travaux (Baudel.,Fl. du Mal, 1857, p. 180).
[Suivi d'un inf.] Rentrer dîner, prendre son courrier. Avant de rentrer me coucher, j'avais longtemps erré dans ce triste quartier près du port (Gide,Souv. Cour d'ass., 1913, p. 664).
[Suivi d'un compl. de but introd. par pour] Rentrer pour les repas. On attendait surtout qu'il fût l'heure de rentrer chez soi pour dîner (Martin du G.,Devenir, 1909, p. 122).
[Suivi d'un adj. indiquant un état du suj.] Rentrer fatigué, complètement ivre. Elle est rentrée épuisée à une heure du matin, et la fièvre est revenue (Taine,Notes Paris, 1867, p. 78).Rentrer bredouille. V. bredouille1ex. 1.
[Le suj. désigne une instit., une collectivité] Reprendre ses activités, ses fonctions après une période de congé, une interruption. L'Assemblée, les tribunaux, les lycéens rentrent le... − Les Chambres rentrent quel jour? − On parle du treize (Romains,Hommes bonne vol., 1932, p. 154).
3. Au fig. Retrouver une situation dans laquelle on était antérieurement ou que l'on considère comme étant la norme. Rentrer dans ses droits; rentrer en grâce (v. grâce I B 2 b), rentrer dans les bonnes grâces de qqn. La révolution, rentrée dans les voies de l'ordre, s'arrêtera sur le seuil d'un avenir serein et magnifique d'espérance (Lamennaisds L'Avenir, 1831, p. 310).Ils avaient trop l'habitude d'être méprisés en tant qu'ouvriers, en tant que paysans. Ils craignaient de voir la révolution finir, et de rentrer dans ce mépris dont ils espèrent se délivrer (Malraux,Conquér., 1928, p. 15).
Rentrer dans ses frais. V. frais2A 1.
4. Pop. [Ne présuppose pas le fait d'être sorti; est en concurrence avec entrer]
a) Pénétrer dans. Rentrer dans un restaurant. Mais je m'aperçois que je fais rentrer en scène un septième personnage sur lequel je ne vous ai point fourni de lumières (H. Bazin,Vipère, 1948, p. 42).
b) Au fig. Être admis dans un corps, une institution. Rentrer dans l'administration, dans la police, au couvent. Le lift (...) disait rentrer pour une profession où on entre pour la première fois, « je voudrais bien rentrer dans les postes » (Proust,Sodome, 1922, p. 794).Son ambition, au fond, à lui, c'était de pouvoir un jour rentrer dans les chœurs au théâtre (Céline,Voyage, 1932, p. 138).
c) Loc. fig.
Rentrer dans les détails. Nous ne pouvons rentrer ici dans les détails concernant les mélangeurs d'air, leur commande depuis le tableau de bord (Dupont,Bois carburant, 1941, p. 95).
Rentrer dans le jeu de qqn. En somme, remercie-moi, puisque je rentre dans ton jeu et que je joue avec tes cartes (Camus,Caligula, 1944, i, 8, p. 23).
Rentrer dans la peau d'un personnage. Est-ce pure comédie, effet de la galerie sur l'acteur qui rentre dans la peau de son personnage sous les yeux du public? (Vogüé,Morts, 1899, p. 199).
Empl. impers. Il ne rentrait pas dans mes intentions d'aller avec une armée au secours de nos alliés, comme l'état-major et le gouvernement belges le demandaient instamment (Joffre,Mém., t. 1, 1931, p. 460).
5.
a) BOXE. Attaquer en corps à corps. Il rentra dans sa garde et frappa (L. Hémon,Battling Malone, 1925ds Petiot 1982).
b) Pop. Rentrer dans le chou, le lard (à qqn). Assaillir, frapper. Emporté par mon élan, comme disait un Lapon, je manque de lui rentrer dans le chou (San Antonio,Béru-Béru, 1970, p. 131 ds Cellard-Rey 1980, s.v. chou).
Lui rentrer dedans. Le sergent hoche la tête et sourit avec une insolence à lui rentrer dedans (Vercel,Cap. Conan, 1934, p. 55).On va... devenir fous... Faut leur rentrer dedans (Malraux,Espoir, 1937, p. 481).
Rentre-dedans, subst. masc. V. infra rem. 1.
c) Pénétrer avec son sexe. Elle parle plus alors! Putain de Dieu! J'enfonce! Je rentre dedans comme un souffle! (Céline,Mort à crédit, 1936, p. 326).
6. Pop. Rentrer (dans un obstacle). Percuter un obstacle. Rentrer dans le décor. Un peu plus loin, pour éviter un imprudent, Astolphe fila dans la verdure et rentra dans un arbre (Queneau,Enf. du limon, 1938, p. 65).
Rentrer dedans. Synon. de aller, foncer.Broville ignore et veut ignorer toute finesse; il « rentre dedans » avec un cœur admirable (L'Auto, 9 janv. 1934, p. 3 ds Grubb Sports 1937, p. 62).
B. − [Le suj. est un subst. de l'inanimé]
1. [Le suj. désigne un flux] Pénétrer à nouveau, après une expulsion ou un temps d'arrêt. L'air rentre dans les poumons; l'eau rentre par les fissures. Lorsqu'elle l'aperçut enfin, le sang rentra comme à flots dans son cœur (Bernanos,Soleil Satan, 1926, p. 91).
[Avec un pron. pers. datif] L'eau sale (...) lui trempait les cheveux, lui rentrait dans la gorge, vivement recrachée (H. Bazin,Vipère, 1948, p. 192).
Au fig. [Le suj. désigne un affect] Synon. de envahir.La peur rentre en lui, comme l'eau par une vanne qu'on a ouverte (Montherl.,Bestiaires, 1926, p. 522).Il avait beau se forcer à rester plus que de raison au labo (...), rien n'y faisait. Le printemps rentrait doucement dans ses veines (Aragon,Beaux quart., 1936, p. 278).
[Avec un compl. locatif désignant un cycle] Être de nouveau dans. La matière des êtres ne reste pas immobile, et rentre dans la circulation de la vie. Ce que nous respirons, mangeons et buvons a déjà été respiré, mangé et bu des milliers de fois (Flammarion,Astron. pop., 1880, p. 388).
Empl. abs.
JEUX DE CARTES. Des cartes rentrent. Des cartes sont reçues par un joueur, au cours d'une nouvelle donne. − Une culotte? − Oui, hier soir... Un pot de cinq sacs... J'ouvre avec deux as, la dernière à parler... rentrent trois valets... je fonce. Qu'aurais-tu fait? (Vailland,Drôle de jeu, 1945, p. 31).
L'argent rentre. [En parlant d'une exploitation ou d'une entreprise qui réalise des profits] Nous nous avons eu d'abord une ouvrière, puis deux, puis cinq, puis dix, et comme ça jusqu'à trente. Et l'argent rentrait bien (Pagnol,Fanny, 1932, ii, 6, p. 136).
2. Au fig. Revenir à un état qui constitue la normale, après une période d'interruption. Puis, la cornemuse remise au clou, les vignes désertes, les celliers fermés, la maison rentra dans son calme ordinaire (Fromentin,Dominique, 1863, p. 18).
Rentrer dans l'ordre. Redevenir normal. On met alors le cheval au repos dans un box et au bout d'une demi-heure tout est rentré dans l'ordre (Garcin,Guide vétér., 1944, p. 196).
3. Sens passif. [Corresp. à infra II B]
a) Pénétrer dans, s'enfoncer dans. Cet arc est brisé à sa partie moyenne et composé de deux moitiés qui rentrent l'une dans l'autre (Nélaton,Pathol. chir., t. 1, 1844, p. 9).P. métaph. Et son rire et ses dents, ses yeux, son front, sa voix, Me rentraient dans le cœur comme un coin dans le bois! (Lamart.,Jocelyn, 1836, p. 770).
Au fig., fam. Rentrer dans la tête. Être su, être admis. Ils croient toujours qu'on se suicide pour une raison. Mais on peut très bien se suicider pour deux raisons. Non, ça ne leur rentre pas dans la tête (Camus,Chute, 1956, p. 1512).
Empl. abs. Ainsi, approximativement et peu à peu, le métier « rentrait », comme on dit (Fombeure,Soldat, 1935, p. 20).
b) [Le suj. désigne un membre, une partie du corps] [Il était] sain et entier, ni taie sur un œil, ni faux toupet, ni faux mollets; ses jambes ne rentraient point en dedans, ne sortaient point en dehors (Balzac,Mais. Nucingen, 1838, p. 603).
P. hyperb., fam. Avoir les jambes, les genoux qui rentrent dans le corps. Souffrir de la fatigue d'une longue station debout, d'une marche. Charles se traînait à la rampe, les genoux lui rentraient dans le corps. Il avait passé cinq heures de suite, tout debout devant les tables (Flaub.,MmeBovary, t. 1, 1857, p. 61).La Teuse (...) avait les jambes qui lui rentraient dans le corps, ainsi qu'elle le disait (Zola,Faute Abbé Mouret, 1875, p. 1521).
4. [Rentrer est en concurrence avec entrer] Faire partie de, être contenu, inclus dans une classe, une catégorie. Synon. se ranger, s'inscrire.Rentrer dans les attributions de qqn. Il parle d'une détermination psychologique de Dieu, où rentrent les attributs métaphysiques et les attributs moraux (Théol. cath.t. 4, 11920, p. 1280):
2. Coupeau, pris à partie, se débattait: jamais il n'avait parlé de vingt litres; quant aux œufs à la neige, ils rentraient dans le dessert, tant pis si le gargotier les avait ajoutés de son plein gré; restait le carafon... Zola,Assommoir, 1877, p. 458.
Rentrer en ligne de compte. Être pris en compte. Du jour où la rentabilité rentra en ligne de compte, le viticulteur se trouva menacé par les périodes de surproduction (Levadoux,Vigne, 1961, p. 84).
II. − Empl. trans. [Avec l'auxil. avoir]
A. −
1.
a) Remettre une chose dans l'endroit d'où on l'a sortie, mettre à l'abri. Rentrer les chaises dans la maison; rentrer sa voiture au garage. Les boutiquiers avaient rentré précipitamment, par frayeur, leurs étalages multicolores (Louÿs,Aphrodite, 1896, p. 210).Il tira son mouchoir. Mais le rentra aussitôt (Romains,Hommes bonne vol., 1932, p. 89).
Fam. Synon. de ranger.Commence par rentrer ce revolver (Sartre,Mains sales, 1948, 4etabl., 1, p. 125).
Fam. Rentrer qqn.Ramener quelqu'un. J'étais seule. J'ai fait arrêter l'auto, et je lui ai offert de le rentrer à Tours (Martin du G.,Thib., Été 14, 1936, p. 217).
b) Mettre une chose dans l'endroit qui lui est destiné. [Elle] se mit à rentrer le foin, brassée par brassée, dans la remise (Pourrat,Gaspard, 1931, p. 265).
2. [Le compl. d'obj. désigne une partie du corps]
a) Rentrer la langue, les griffes. Les faire revenir à leur position normale, alors qu'elles étaient sorties. V. griffe1I A 2 ex. de Duhamel.
Au fig. Rentrer ses griffes. Ne pas agresser. Le satiriste rentre ses griffes; néanmoins elles sont là, sous la douce fourrure qui les recouvre (Blanche,Modèles, 1928, p. 162).
b) Rentrer la poitrine, le ventre, les joues, etc. Les incurver vers l'intérieur. Il fausse les épaules, déploie l'affiche, la regarde et rentre les lèvres comme s'il les rongeait (Malraux,Conquér., 1928, p. 124).
c) Rentrer la tête, le cou dans les épaules. Se tasser sur soi-même. Le voilà qui rentre sa tête; j'augurais mieux d'un homme qui porte dans ses yeux l'ardeur d'une bravoure folle (Giono,Angelo, 1958, p. 105).
d) Rentrer ses membres sous/contre le corps. Serrer (les membres) contre le corps; les placer sous le corps. [La chatte] voluptueuse se redresse, gifle l'imprudent et s'accroupit, pattes rentrées sous le ventre (Colette,Mais. Cl., 1922, p. 247).
3. Au fig. [Le compl. désigne un affect] Rentrer ses larmes, sa colère, sa rage, ses sentiments. Quand son fils meurt, il [Michel-Ange] rentre sa douleur, le déshabille, le peint sans une larme (Faure,Hist. art, 1914, p. 410).
B. − Faire rentrer ou, simpl., rentrer en empl. factitif
1. [Le compl. d'obj. désigne un animé] Conduire des animaux là où ils couchent, là où ils sont à l'abri; inviter quelqu'un à rejoindre un abri, un lieu de séjour.
Faire rentrer.Nous croisâmes une jeune fille, qui, tête basse comme un animal qu'on fait rentrer malgré lui dans l'étable (...), marchait devant une personne autoritaire, vraisemblablement son « Anglaise » (Proust,J. filles en fleurs, 1918, p. 828).
Au fig. Des soldats révoltés qu'il faisait rentrer dans le devoir à coups de sabre (Sand,Hist. vie, t. 2, 1855, p. 36).
Rentrer.[Meaulnes] sortit chercher sa jument pour la rentrer à l'écurie (Alain-Fournier,Meaulnes, 1913, p. 65).P. métaph. [Mademoiselle] nous rentre difficilement à l'hôtel, sautillantes et chantonnantes sous la lune (Colette,Cl. école, 1900, p. 216).
2. [Le compl. d'obj. désigne une chose] Introduire dans un logement, faire pénétrer dans un milieu résistant.
Faire rentrer.Faire rentrer la malle dans le coffre, les lacets dans les œillets.
Au fig. Faire rentrer (des propos) dans la gorge de qqn. Faire taire quelqu'un. Et tu ne serais pas assez fière pour lui faire rentrer son mensonge dans la gorge? (Bernanos,Soleil Satan, 1926, p. 72).Faire rentrer (un savoir) dans la tête. Apprendre, faire admettre. Il me faisait lire, il a fait rentrer le latin dans ma tête dure (Camus,Exil et Roy., 1957, p. 1578).
Rentrer.On commence par rentrer l'une dans l'autre les deux pièces du pied (Nosban,Manuel menuisier, t. 2, 1857, p. 48).
SPORTS, arg. Rentrer un but. Frapper ou lancer un ballon et le mettre dans le but. Synon. marquer.Pour vous, le football (...), c'est de rentrer le plus de buts possible (Montherl.,Olymp., 1924, p. 360).
Au fig., fam. Rentrer (ses propos) dans la gorge de qqn. Faire taire quelqu'un. On t'a rentré tes chansons dans la gorge on t'a enlevé ta gaîté (Prévert,Paroles, 1946, p. 245).
III. − Empl. pronom. réfl., peu fréq.
A. − [Le suj. désigne un animé] Se placer à l'intérieur, dans le fond. Mais Gervaise se rentrait davantage dans l'angle de la porte, prise d'une grosse envie de pleurer (Zola,Assommoir, 1877, p. 462).
Pop. Regagner l'endroit où on loge, où on habite. Ils continuèrent à marcher en silence et devant la porte du journal Nadine dit sèchement: « Bon, je vais me rentrer. À demain. − À demain » (Beauvoir,Mandarins, 1954, p. 124).
B. − [Le suj. désigne une partie du corps] Se creuser vers l'intérieur. Ses prunelles se dilatent, s'éteignent; ses joues se gonflent, se rentrent; son nez saute (Vallès,J. Vingtras, Enf., 1879, p. 13).
REM. 1.
Rentre-dedans, subst. masc.a) Boxe. ,,Corps-à-corps`` (Esn. 1966). b) Pop. Faire du rentre-dedans. Faire des avances pressantes. Synon. pop. gringue.Il me fait du rentre-dedans. Avec ça, plaisant, bien élevé, et puis il avait de la conversation (J. Galtier-Boissière,La Bonne vie, 1925, p. 24 ds Cellard-Rey 1980).[Elle raconte] qu'il lui a fait du rentr'dedans, mais qu'elle est trop régulière (Dussort,Preuves exist., 1927, dép. par Esnault, 1938, p. 71).
2.
Rentreur, subst. masc.,tiss. Rentreur de chaînes. ,,Ouvrier passant les fils en lisse et en peignes selon l'armature à tisser`` (Mét. 1955). Le nombre plus considérable de lames ou de pas, peut seul compliquer le travail du rentreur (Araud, Ch. Thomas, Fabric. drap, 1921, p. 240).
Prononc. et Orth.: [ʀ ɑ ̃tʀe], (il) rentre [ʀ ɑ ̃:tʀ ̭]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. A. Intrans. 1. ca 1140 « entrer de nouveau, revenir » l'eve ... rentret en sun canal (Pélerinage Charlemagne, éd. G. Favati, 793); 1661 absol. (Molière, Les Fâcheux, I, V, vers 248); a) expr. 1690 rentrer en danse (Fur.); 1672 rentrer dans le néant (Racine, Bajazet, II, I, 524); 1742 rentrer en lice (Massillon ds Lar. 19e); 1836 rentrer dans sa coquille (Montalembert, Ste Élisabeth, p. 236); b) 1806 rentrant part. prés. adj. « se dit d'une courbe qui revient sur elle-même » (Burckhardt, Instit. Mém. sc., 1ersem., p. 10 ds Littré); 2. a) 1563-64 « reprendre une charge, une fonction » (Ronsard, Nouvelles poésies, livre III, Discours amoureux de Genevre, 44 ds Œuvres, éd. P. Laumonier, t. XII, p. 259); 1822 rentrer en classe après les congés (Michelet, Mémor., p. 216); b) 1832 rentrer en scène (Musset ds R. des Deux Mondes, p. 985); 3. a) 1580 rentrer en soi « faire un retour en soi-même » (Montaigne, Essais, éd. Villey-Saulnier, I, XXIII, p. 115); b) 1689 rentrer dans la poudre « (de Dieu) renverser un orgueilleux » (Racine, Esther, I, 3, éd. R. Picard, p. 823); 1761 faire rentrer qqn en terre « couvrir quelqu'un de confusion » (Rousseau, La Nouvelle Héloïse, éd. H. Coulet, VI, II, p. 639); 1830 faire rentrer qqn sous terre (Stendhal, Rouge et Noir, p. 183); 4. a) 1538 rentrer en grâce (Est.); b) fin xvies. rentré en ses biens (D'Aubigné, Hist. universelle, éd. A. de Ruble, I, p. 196); 1remoit. xviiies. rentrer dans les droits (Volt., Henr., IV ds Littré); 1829 rentrer dans son bénéfice (Cousin, Hist. philos. xviiies., 1, p. 76); 1857 rentrer dans ses déboursés (Flaub., MmeBovary, t. 2, p. 145); 5. a) 1652 angle rentrant (J. de Laon, Pratique et Maximes de la guerre, p. 186); b) 1749 « pénétrer, s'enfoncer dans » l'océan rentre un peu dans les terres (Buff., Hist. nat. Preuv. théor. terre, Œuvr., t. II, p. 135 ds Littré); 6. 1690 synon. usuel de entrer (Fur.); 7. av. 1696 « être compris, inclus dans » (La Bruyère, Les Caractères, De l'homme, 83 ds Œuvres, éd. G. Servois, t. 3, 1, p. 40); 8. a) 1718 jeu de cartes « se dit pour marquer les cartes qui viennent à la place de celles qu'on a écartées » il m'est rentré un mauvais jeu (Ac.); b) 1850 id. « reprendre la main » rentrer à la bouillotte (Balzac, Pts bourg., p. 51); c) 1932 billard faire rentrer une bille (Lar. 20e[1732 « recommencer à jouer » Trév.]); 9. 1762 grav. (Ac.); 10. 1798 « être payé, perçu » cette avance rentrera peu à peu (ibid.); 11. 1803 « s'emboîter, se loger avec précision » (Maine de Biran, Influence habit., p. 78: les termes se toucher, rentrer les uns dans les autres sans se confondre); 12. 1900 arg. « heurter avec violence » rentrer dedans (Nouguier, Notes manuscr. Dict. Delesalle, p. 248); 1901 rentrer dans le bide, dans le bidon, dans le chou (Bruant, p. 211, s.v. éventrer). B. Trans. 1. 1581 rantrer un chemin « le parcourir » (Jaq. Peletier du Mans, Louanges, f o28 v ods Gdf. Compl.), attest. isolée; 2. a) 1672 « cacher, refouler un sentiment ou sa manifestation extérieure » une humeur rentrée (Mmede Sévigné, Corresp., éd. R. Duchêne, t. I, p. 480); 1837 rentrer ses larmes (Soulié, Mém. diable, t. 1, p. 254); b) 1798 méd. darte rentré (Ac.); 3. 1801 « mettre à l'intérieur » rentrer mes bestiaux et mes moutons (Crèvecœur, Voyage, t. 1, p. 199); 4. 1826 « ramener en arrière certaines parties du corps » la lèvre avait été rentrée (Balzac, Physiol. mariage, p. 155); cf. 1835 une bouche un peu rentrée (Id., Contrat mariage, p. 228); 1866 rentrer sa griffe acérée (Verlaine, Poèmes saturn., p. 74); 5. 1857 « faire disparaître une chose dans ou sous une autre » (Flaub., op. cit., t. 1, p. 71: Emma, quelquefois, lui rentrait dans son gilet la bordure rouge de ses tricots); 1933 cout. un rentré part. passé subst. (E. Pichon ds R. Philol. fr. t. 45, p. 75). II. 1611 industr. text. (Cotgr.). I dér. de entrer*; préf. re-*. II altér. de rentraire*, les formes de ce mot s'étant rapprochées de celles de rentrer* (v. FEW t. 4, p. 773a). Fréq. abs. littér.: 12 220. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 13 579, b) 20 918; xxes.: a) 21 303, b) 16 362.
DÉR. 1.
Rentrage, subst. masc.a) Action de rentrer (quelque chose). Les frais de rentrage de la brasserie à l'entrepôt (Industr. fr. brass., 1955, p. 23).b) Tiss. α) Synon. de remettage (dér. s.v. remettre).Le « rentrage » ou « remettage » consiste à passer un à un les fils: 1. dans les maillons des lisses appelées à commander sur le métier à tisser leur évolution de lève et de baisse; 2. dans les dents d'un peigne chargé notamment de maintenir les fils suivant un écartement régulièrement déterminé sur toute la largeur du tissu à fabriquer (Thiébaut,Fabric. tissus, 1961, p. 54). β) ,,Réduction de la longueur d'une tapisserie lors de la descente du métier, due à la contraction des fils de chaîne qui subissaient une forte tension pendant le tissage`` (GDEL). [ʀ ɑ ̃tʀa:ʒ]. 1resattest. a) 1828 industr. text. (Doin, Dict. teint.), b) 1845 « action de rentrer quelque chose » le rentrage du bois (Besch.); a de rentrer étymol. II, b de rentrer étymol. I, suff. -age*.
2.
Rentrure, subst. fém.,grav., impr. a) ,,Endroit où doivent se rencontrer les parties d'un dessin qu'on a besoin de transporter sur le papier ou sur la toile`` (Jossier 1881). b) Action de superposer les planches de couleurs différentes qui permettent de réaliser une polychromie (d'apr. Bég. Estampe 1977). P. méton. Chacune des différentes planches, chacun des différents clichés. Un cliché destiné à être tiré en plusieurs couleurs est reproduit (...) en autant de parties qu'on appelle des rentrures (Carabelli,[Lang. impr.],s.d.).[ʀ ɑ ̃tʀy:ʀ]. 1resattest. a) 1828 « planches gravées servant à porter quelques mordants pour l'impression des toiles » (Doin, op. cit., s.v. rentrage), b) 1842 « endroit où doivent se rentrer les lignes d'un dessin qu'on reporte sur le papier ou sur la toile » (Ac. Compl.); de rentrer étymol. I, suff. -ure*.
BBG.Doppagne (A.). Trois aspects du fr. contemp. Paris, 1966, pp. 90-92. − Quem. DDL t. 30.

Wiktionnaire

Verbe

rentrer \ʁɑ̃.tʁe\ intransitif ou transitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. (Sauf au Canada) Entrer de nouveau, entrer après être sorti, revenir à.
    • La mer est dure et houleuse, le remorquage pénible. A midi, la remorque casse et le motor yacht me quitte fort vite en me saluant, car il désire rentrer avant l'arrivée du grain. — (Alain Gerbault, À la poursuite du soleil; tome 1 : De New-York à Tahiti, 1929)
    • Les truands se dissimulaient dans toutes les encoignures des maisons, et gare au bon bourgeois cousu d'or, qui rentrait trop tard chez lui. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 43)
    • Avant que le train atteignît la station de Ghéok-Tepé, je suis rentré dans le wagon. — (Jules Verne, Claudius Bombarnac, ch. VIII, J. Hetzel et Cie, Paris, 1892)
    • Daumier montre à ses lecteurs ce qui se passe lorsque les louis-philippards se rendent à la revue et veulent rentrer chez eux. Ils sont trempés par l'eau qui tombe à foison. — (Paul Ducatel, Les premières années de caricatures politiques d'Honoré Daumier 1830-1835, éd. J. Grassin, 2000, p. 202)
    • Il faisait un froid de gueux. Dans la ville, sous un ciel plus que sombre les rares passants se pressaient de rentrer au plus tôt chez eux ou à leur travail, pour ceux qui en avaient. — (A. M. Ivankov-Diaz, Moi, Jean Thomas Collot, fils de gueux, Lyon : L'encre et le grattoir, 2017, page 126)
    • Rentrer en soi-même, faire réflexion sur soi-même.
  2. Entrer.
    • Il est rentré dans l’armée.
  3. (Figuré) Recouvrer.
    • Rentrer dans son bien, dans ses droits.
    • Rentrer dans ses débours. recouvrer les sommes que l’on a dépensées.
  4. Pénétrer.
    • Il pleuvait, j'suis rentré dans le hall pour m'abriter.
    • Faire rentrer quelqu’un sous terre, accabler quelqu’un, le confondre.
  5. S’emboîter ou s’enfoncer dans une chose.
    • Il n'y avait aucun risque de collision, car le schnorchel avait été rentré pour cette raison même, et le submersible vivait sur ses réserves d'air. — (Arthur C. Clarke, Le Laboureur de la mer, Brage, 2014)
    • Tous ces vêtements ne rentreront jamais dans ma valise.
    • Le cou lui rentre dans les épaules, Son cou s’enfonce entre ses épaules.
    • Les jambes me rentrent dans le corps, je suis très fatigué.
  6. Enfoncer, percuter.
    • Un camion est rentré dans ma portière.
    • La rue est verglacée. Le voisin est rentré dans un arbre.
  7. (Figuré) Être contenu, renfermé.
    • Le second article de la loi rentre dans le premier.
  8. Reprendre le travail, après les vacations, après les vacances, après une interruption pour congé-maladie ou autre.
    • Les tribunaux, les collèges rentrent à telle époque.
    • Ce comédien rentre ce soir dans le rôle d’Oreste.
    • Et qu'ont-ils à rentrer chaque année les artistes ? — (Léo Ferré, « Word… words… words… »)
  9. Arriver, être touché, être perçu, en parlant des revenus, des sommes à recouvrer,.
    • Ce revenu a peine à rentrer.
    • Il doit lui rentrer des fonds dans quelques jours.
  10. (Familier) Il se dit des humeurs dont on arrête l’épanchement au-dehors.
    • Un charlatan lui a fait rentrer ses dartres.
  11. (Gravure) Repasser la pointe ou le burin dans les tailles déjà faites, pour les approfondir.
  12. (Cartes à jouer) il se dit des cartes que l’on prend au talon à la place de celles qu’on a écartées.
    • Il m’est rentré deux as, deux atouts.
  13. (Transitif) Porter ou reporter dedans, ramener dedans ce qui était dehors.
    • J’ai pas de conseils à te donner, mais si tu ne votes pas pour ma liste, tu peux te fouiller pour que je te prête le carcan pour rentrer tes foins et faire tes charrois. — (Louis Pergaud, Deux Électeurs sérieux, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)
    • Rentrer des marchandises dans le magasin.
    • Rentrer des pots de fleurs, des orangers.
    • Voici le moment de rentrer les foins.
    • C’est l’heure de rentrer les bestiaux.
    • Je vais rentrer les enfants.
  14. (Transitif) (Imprimerie) Renfoncer.
    • Rentrer, faire rentrer une ligne.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

RENTRER. v. intr.
Entrer de nouveau, entrer après être sorti, revenir à. Rentrer dans sa maison, dans sa chambre, dans la ville. Rentrer chez soi. Il ne fut pas plus tôt sorti qu'on le vit rentrer. Il est rentré dans l'armée. Après une courte digression, il rentra dans son sujet. Absolument, C'est l'heure de rentrer. Fig., Rentrer dans son bien, dans ses droits, Les recouvrer. Fig., Rentrer dans ses débours, Recouvrer les sommes que l'on a dépensées. Fig., Rentrer dans son bon sens, Revenir à son bon sens. Fig., Rentrer dans les bonnes grâces de quel qu'un, Obtenir de nouveau les bonnes grâces de quelqu'un. On dit dans un sens analogue : Rentrer en grâce auprès de quelqu'un. Fig., Rentrer en charge, en jonction, Reprendre sa charge, sa fonction. On dit de même : Rentrer dans le service; rentrer en condition; rentrer en commerce de lettres, en correspondance. Fig. et fam., Rentrer en danse, S'engager de nouveau dans une affaire, dans une intrigue dont on était sorti. Fig., Rentrer dans l'ordre, Se remettre, se rétablir dans l'ordre. Il a fait rentrer ces mutins dans l'ordre. Tout est rentré dans l'ordre. On dit de même : Rentrer dans son devoir, dans le devoir, Se remettre, se ranger à son devoir. Les paroles, qu'on lui a adressées ont suffi à le faire rentrer dans le devoir. Fig., Rentrer en soi-même, Faire réflexion sur soi-même. Fig. et fam., Faire rentrer quelqu'un sous terre, Accabler quelqu'un, le confondre.

RENTRER se dit aussi des Choses qui s'emboîtent, qui s'enfoncent les unes dans les autres. Les tubes de cette lunette d'approche rentrent les uns dans les autres. Fig. et par exagération, Le cou lui rentre dans les épaules, Son cou s'enfonce entre ses épaules. Fig., Les jambes me rentrent dans le corps, Je suis très fatigué. Il est familier.

RENTRER signifie, au figuré, Être contenu, renfermé. Le second article de la loi rentre dans le premier. Il se dit absolument des Tribunaux qui reprennent leurs fonctions, des collèges qui recommencent leurs exercices, etc., après les vacations, après les vacances. Les tribunaux, les collèges rentrent à telle époque. Il se dit aussi d'un Acteur qui, après une absence, reparaît sur la scène. Ce comédien rentre ce soir dans le rôle d'Oreste. En parlant des Revenus, des sommes à recouvrer, il signifie Arriver, être touché, être perçu. Ce revenu a peine à rentrer. Il doit lui rentrer des fonds dans quelques jours. Il se dit familièrement des Humeurs dont on arrête l'épanchement au-dehors. Un charlatan lui a fait rentrer ses dartres. En termes de Gravure, il signifie Repasser la pointe ou le burin dans les tailles déjà faites, pour les approfondir. En termes de jeux de Cartes, il se dit des Cartes que l'on prend au talon à la place de celles qu'on a écartées. Il m'est rentré deux as, deux atouts.

RENTRER est aussi verbe transitif et signifie Porter ou reporter dedans, ramener dedans ce qui était dehors. Rentrer des marchandises dans le magasin. Rentrer des pots de fleurs, des orangers. Voici le moment de rentrer les foins. C'est l'heure de rentrer les bestiaux. Je vais rentrer les enfants. En termes d'Imprimerie, Rentrer, faire rentrer une ligne, La renfoncer. Le participe passé

RENTRÉ s'emploie adjectivement. Dartre rentrée. Rougeole rentrée. Par analogie, Une colère rentrée, Une colère que l'on a refoulée en soi-même.

Littré (1872-1877)

RENTRER (ran-tré) v. n.
  • 1Entrer de nouveau, entrer après être sorti. C'est aujourd'hui que le parlement de Rennes est rentré dans son beau palais, et que toute la ville est dans les cris et les feux de joie, Sévigné, 1er févr. 1690. Une femme forte, pleine d'aumônes… tantôt elle rentre auprès du malade, non par faiblesse, mais, dit-elle, pour apprendre à mourir et profiter de cet exemple, Bossuet, le Tellier. Ainsi [par les sévérités des princes catholiques] tombait l'hérésie avec son venin ; et la discorde rentrait dans les enfers, d'où elle était sortie, Bossuet, ib. Je me retire donc, encor pâle d'effroi [d'un incendie] ; Mais le jour est venu quand je rentre chez moi, Boileau, Sat. VI. Son mari… Qui, de chez lui sortant, a tout laissé tranquille, Se trouve assez surpris, rentrant dans la maison, De voir que le portier lui demande son nom, Boileau, ib. X. Et vous, rentrez, ma fille ; et du moins à mes lois Obéissez encor pour la dernière fois, Racine, Iphig. IV, 4. Mon maître en ce moment n'est pas encor rentré, Regnard, Joueur, I, 2. Une femme de seize ans rentre à quatre heures du matin, Mme de Puisieux, Ridic. à la mode, p. 192, dans POUGENS. Au milieu d'un travail avec le roi, chez Mme de Maintenon, il [Louvois] se trouva si mal, qu'il n'eut que le temps de se retirer et de rentrer chez lui, Duclos, Œuv. t. V, p. 170.

    Poétiquement. Faire rentrer dans la poudre, se dit de Dieu qui renverse les orgueilleux. Il parle, et dans la poudre il les fait tous rentrer, Racine, Esth. I, 3.

    Par exagération, faire rentrer quelqu'un dans la poussière, dans la poudre, le terrifier par des menaces.

    Fig. et familièrement. Faire rentrer quelqu'un cent pieds sous terre, le couvrir de confusion, le remplir de terreur.

    On dit de même : faire rentrer en terre. Ton seul regard la ferait rentrer en terre, Rousseau, Hél. VI, 2.

    Fig. Rentrer dans le néant, cesser d'avoir crédit, puissance. Rentre dans le néant dont je t'ai fait sortir, Racine, Baj. II, 1.

    Fig. et familièrement. C'est le ventre de ma mère, je n'y rentre plus, se dit pour exprimer qu'on n'a pas envie de se rengager en quelque chose.

    Rentrer dans l'alignement, se remettre sur l'alignement en reculant.

    Terme de vénerie. Rentrer au fort, se rembucher, en parlant d'une bête.

  • 2Il se dit de choses qui s'emboîtent les unes dans les autres. Les différents tuyaux de cette lunette rentrent les uns dans les autres. Ces sauvages qui se plaisent tant à défigurer la nature en aplatissant, en arrondissant, en allongeant la tête de leurs enfants, auront aussi imaginé de leur faire rentrer le cou dans leurs épaules, Buffon, Hist. nat. hom. Œuv. t. V, p. 200. Le vieillard, une autre masse informe et sèche, qui rentre en elle-même et tend à se réduire à rien, Diderot, Ess. sur la peint. I.

    Fig. et par exagération, les jambes me rentrent dans le corps, je suis excessivement fatigué, à force de marcher, de me tenir debout. Vous n'êtes pas las de tourner autour de cet immense salon ? pour moi, les jambes me rentrent dans le corps, Diderot, Salon de 1767, Œuv. t. XIV, p. 148, dans POUGENS.

  • 3 Fig. Revenir à, revenir dans. Il est rentré dans l'armée. La faute de Cassie et ses terreurs paniques Ont fait rentrer l'État sous des lois tyranniques, Corneille, Cinna, II, 2. Ah ! si jamais je rentre dans la vie…, La Fontaine, Féronde. Nous ne saurions trop regretter tant de belles et bonnes choses qui en revenaient [du comtat d'Avignon, à M. de Grignan], pour rentrer dans la sécheresse et l'aridité des revenus, Sévigné, 25 sept. 1689. Avec quel zèle exhortait-il quelques-uns de ses domestiques à rentrer, comme lui, dans le bercail de Jésus-Christ ! Fléchier, Duc de Mont. Par quel charme, oubliant tant de tourments soufferts, Pouvez-vous consentir à rentrer dans ses fers ? Racine, Andr. I, 1. Le sénat et le peuple rentrèrent dans une liberté qui avait été confiée à des tyrans ridicules, Montesquieu, Espr. XI, 15. Qui d'un mot et d'un coup d'œil faisait rentrer dans l'abaissement du plus profond respect les téméraires qui osaient s'en écarter, Voltaire, Zadig, XVIII. Dans leur origine, les sociétés n'étaient formées que d'un petit nombre de citoyens égaux ; les magistrats et les généraux n'avaient de supériorité que pendant l'exercice de leurs fonctions ; ce temps passé, ils rentraient dans la classe des autres, Condillac, Traité des syst. ch. 15.

    Rentrer dans son sujet, revenir, après une digression, au sujet que l'on traite.

    Rentrer dans les bonnes grâces de quelqu'un, obtenir de nouveau son amitié, sa bienveillance. Étant rentré dans les bonnes grâces du czar, Voltaire, Russie, I, 19.

    Rentrer en grâce, obtenir son pardon. Quand il s'agit de rentrer en grâce avec le maître de qui dépend tout notre bonheur, Bourdaloue, Sévérité de la pénit. 1er avent, p. 222.

    Rentrer dans son crédit, en reprendre possession. Reprends auprès de moi ta place accoutumée, Rentre dans ton crédit et dans ta renommée, Corneille, Cinna, V, 3.

    Rentrer dans ses droits, dans son bien, les recouvrer. Le maréchal d'Albret a gagne un procès de quarante mille livres de rente en fonds de terre : il rentre dans tout le bien de ses grands-pères, Sévigné, 27 mars 1671. L'un, plein d'esprit et de feu, dissipait sans éclat les biens immenses où il était rentré, Hamilton, Gramm. VI. Il fut des citoyens avant qu'il fût des maîtres ; Nous rentrons dans les droits qu'ont perdus nos ancêtres, Voltaire, Henr. IV. Que les bénéficiers rentreront dans leurs bénéfices, les seigneurs dans leurs terres, et que la liberté du commerce serait rétablie, Duclos, Œuvr. t. II, p. 326.

    Rentrer au trône, remonter sur le trône. Il ne choisira point de chemin criminel, Quand il voudra rentrer au trône paternel, Corneille, Œd. IV, 4.

    Rentrer dans son bon sens, revenir à son bon sens.

    Rentrer dans l'ordre, se remettre, se rétablir dans l'ordre. Il a fait rentrer les mutins dans l'ordre. Du sultan Amurat je reconnais l'empire ; Sortez ; que le sérail soit désormais fermé, Et que tout rentre ici dans l'ordre accoutumé, Racine, Bajaz. II, 2.

    Rentrer dans le devoir, dans son devoir, se ranger à son devoir. On oublie aisément les fautes des enfants, lorsqu'ils rentrent dans leur devoir, Molière, l'Av. IV, 5. Pour rentrer au devoir, je change de langage, Molière, Mélic. II, 5. Si je m'égarais, il n'y aurait qu'à me crier rhumatisme, c'est un mot qui me ferait rentrer bien vite dans mon devoir, Sévigné, 285. Ah ! qu'il est malaisé de rentrer dans son devoir quand une fois on en est sorti ! Marmontel, Cont. mor. Heur. div.

  • 4Rentrer en soi-même, faire réflexion sur soi-même, revenir à résipiscence. Rentre en toi-même, Octave, et cesse de te plaindre ; Quoi ! tu veux qu'on t'épargne, et n'as rien épargné ! Corneille, Cinna, IV, 2. Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même, Je suis Gros-Jean comme devant, La Fontaine, Fabl. VII, 10. C'est un style qui éclaire, et qui vous fait rentrer dans vous-même, Sévigné, 592. Quand on vit que… le souffle de Luther était trop faible pour abattre cette papauté tant haïe, au lieu de rentrer en soi-même, on se laissa entraîner à des conseils plus violents, Bossuet, Var. IV, 2. Les fautes font rentrer l'homme en lui-même, Fénelon, Tél. XXII. Il en fut ému, il rentra en lui-même, Lesage, Diabl. boit. V. Chacun a sa chimère ; voilà la mienne [chasser le Turc d'Europe] : après quoi, je rentre en moi-même et suis Gros-Jean comme devant, Voltaire, Lett. au roi de Pr. 4 sept. 1773. L'orateur Démade, quoique chargé de fers, lui dit [après la bataille de Chéronée] : " Philippe, vous jouez le rôle de Thersite, et vous pourriez jouer celui d'Agamemnon. " Ces mots le firent rentrer en lui-même, Barthélemy, Anach. chap. 82. Dans ces instants où le cœur pense, Heureux qui peut rentrer en soi ! Béranger, Rossign.

    On dit en un sens analogue : rentrer en son âme, rentrer en son cœur. Rappelle tous tes sens, rentre bien dans ton âme, Molière, Amph. II, 1. Pour connaître donc si nous avons reçu l'esprit de Dieu, il n'y a qu'à rentrer dans notre cœur, Massillon, Myst. Pentec.

  • 5Retomber dans, en parlant de perplexités, de difficultés. Je rentre dans mes premières incertitudes. Hélas ! je me consume en impuissants efforts, Et rentre au trouble affreux dont à peine je sors, Racine, Iphig. V, 4. Nous rentrons dans la première difficulté, Rousseau, Ém. IV.
  • 6Rentrer dans l'âme, reprendre possession de l'âme, en parlant de sentiments. Ne craignez plus, madame, La générosité déjà rentre en mon âme, Corneille, Nicom. V, 8. Le zèle de vos dieux rentre en votre courage, Corneille, Poly. V, 2. Jamais soupçon, ombrage et jalousie Ne rentreront dans mon maudit esprit, La Fontaine, Fér. La paix ne rentre point dans mon âme abattue, Voltaire, Sémiram. I, 5.
  • 7Être compris, renfermé. Le second article rentre dans le premier. [La jalousie] vice honteux qui par son excès rentre toujours dans la vanité et dans la présomption, La Bruyère, XI.
  • 8Reprendre, recommencer certaines choses, s'y remettre. Rentrer en fonction. Rentrer en correspondance.

    Rentrer en fureur, redevenir furieux.

    Fig. et familièrement. Rentrer en danse, rentrer dans une affaire, dans un embarras dont on était sorti.

    Absolument, en parlant des travaux que reprennent des tribunaux et des colléges, etc. Les tribunaux, les colléges rentrent à telle époque.

    Terme de théâtre. Reprendre son service après une absence, en parlant d'un acteur. Il rentre ce soir par le rôle d'Oreste.

  • 9En parlant de sommes d'argent, être perçu, recouvré, touché. Avant de compter le profit, il faut que les frais rentrent.
  • 10Être répercuté, en parlant d'humeurs, d'éruptions, etc. Prenez garde de laisser rentrer cette humeur.
  • 11S'enfoncer, en parlant d'une superficie qui empiète sur une autre. Du cap des Trois Pointes au cap Palmas, l'océan rentre un peu dans les terres, Buffon, Hist nat. Preuv. théor. terre, Œuv. t. II, p. 135.
  • 12 Terme de jeu. Il se dit des cartes que l'on prend au talon. Il m'est rentré un vilain jeu.

    Rentrer dans une couleur, reprendre la main et rejouer d'une couleur.

    Au trictrac, rentrer en bredouille, se dit quand l'un des joueurs, ayant été débredouillé, fait un grand coup qui lui donne l'avantage de marquer trois et même cinq trous à la fois.

  • 13En musique, faire une rentrée. Les ténors n'ont pas rentré à temps. Les flûtes ont bien rentré.
  • 14 Terme de gravure en taille-douce. Retoucher ou fortifier les hachures.
  • 15 V. a. Porter dedans ce qui était dehors. Rentrer des marchandises dans le magasin. Rentrez ces fauteuils dans l'appartement.

    Terme d'imprimerie. Rentrer ou faire rentrer une ligne, la renfoncer.

REMARQUE

Rentrer, v. n. se conjugue avec l'auxiliaire être quand on veut marquer l'état ; et avec l'auxiliaire avoir, quand on veut marquer l'action : Si j'ai rentré dans Rome avec quelque imprudence, Corneille, Tite et Bérén. V, 4. ; Et j'ai, pour vous trouver, rentré par l'autre porte, Molière, Fâch. I, 8. Voy. ENTRER, à la remarque. Cependant la conjugaison avec l'auxiliaire avoir est peu usitée, et l'usage confond les deux emplois.

HISTORIQUE

XIIe s. L'eve ist [l'eau sort] de la citet, si s'en vait par les plaines, Rentre enz en son canal ; ses rives en sont plaines, Charlemagne, V. 792.

XIIIe s. Puis rentrerent en leur vessiaux, et coururent par mer, Villehardouin, LX. Oïl, par la lance saint Jaque, mauvais traitres, jamais en campaigne ne renterrés, ne vous, ne vostre oir, Chr. de Rains, p. 45.

XVe s. Je notay son habillement, Son maintient, son gouvernement, Qui merveilleusement rentroit [était séant], le Blason des faulces amours, p. 292, dans LACURNE.

XVIe s. R'entrer en soy pour raisonner [des préjugés], Montaigne, I, 116. Cette maladie le fit rentrer en lui-mesme, et apporta un notable changement dans ses mœurs, D'Aubigné, Vie, XX. Le Duc estant r'entré en ses biens, par la paix generalle, D'Aubigné, Hist. I. 68. Et quoy, veux-je rentrer en un nouveau servage ? Ronsard, 788.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

RENTRER, v. n. (Grammaire.) c’est entrer derechef. Il étoit sorti, mais il est rentré pour une affaire qu’il avoit oubliée. Il est rentré dans son couvent. Il est rentré dans son bénéfice. Au figuré on dit, il est rentré en lui-même, dans son devoir.

Rentrer, (Jurisprud.) dans un bien, c’est en recupérer la possession.

Rentrer dans ses droits, c’est y être remis & rétabli, soit en vertu de quelque clause conditionnelle, soit en vertu de lettres du prince & d’un jugement qui les entérine, ou enfin en vertu de quelque accord ou transaction.

La rentrée des tribunaux, est le tems où ils recommencent leurs séances, lorsque les vacations sont finies. (A)

Rentrer au fort, terme de Chasse, se dit d’une bête qui se rembuche.

Rentrer, v. n. terme de billard, lorsque dans le jeu de billard, à la guerre, celui qui entre périt, sort en sautant, ou en tombant dans une belouse, il recommence à jouer, & cela s’appelle rentrer ; mais quand celui auquel il appartenoit de rentrer a laissé passer son rang, il ne rentre que lorsqu’il est revenu. (D. J.)

Rentrer, au revertier, c’est revenir en jeu par le moyen d’un certain nombre de points que l’on amene, & qui donne droit de jouer les dames qui avoient été battues. Pour cela il faut trouver des passages ouverts, & chacun doit rentrer les dames qu’on lui a battues du côté où est la pile & tas de bois. On ne sauroit rentrer sur soi, mais on peut rentrer sur son joueur en le battant, lorsque l’on trouve quelques-unes de ses dames découvertes.

Rentrer, au piquet. Voyez les articles Rentrée, & Piquet, jeu.

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Étymologie de « rentrer »

(Siècle à préciser) De entrer avec le préfixe re-.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Re…, et entrer.

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Phonétique du mot « rentrer »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
rentrer rɑ̃tre

Citations contenant le mot « rentrer »

  • Pour rentrer chez vous, une seule adresse, la vôtre ! De Francis Blanche
  • Il est plus facile de sortir de ses gonds que d'y rentrer. De Marcel Achard
  • On ne saurait aller chercher trop loin le plaisir de rentrer chez soi. De Paul Morand
  • L’espérance, c’est sortir par un beau soleil et rentrer sous la pluie. De Jules Renard
  • L'éducation sert à nous corrompre nous-mêmes afin de mieux rentrer dans le système. De Anonyme
  • Au lieu de rentrer en enfance, il vaut mieux ne pas la quitter. De Hyacinthe Brabant / Le Coeur m'en dit
  • Quand on a une voiture sale, c’est difficile de rentrer par ses propres moyens. De Laurent Ruquier / Le tout bon
  • C'est par la peau qu'on fera rentrer la métaphysique dans les esprits. De Antonin Artaud / Le théâtre et son double
  • Il est plus facile de faire sortir le dentifrice du tube que de l'y faire rentrer. De H. R. Haldeman
  • Boire ou conduire il faut choisir, mais on ne va tout de même pas rentrer à pied. De Jean Carmet
  • Si on commence à rentrer dans le regret, c’est foutu. Les échecs, c’est magnifique De Vincent Lindon / Le Parisien, 20 janvier 2016
  • Seize heures : heure délicieuse où il est trop tard pour aller au bureau et trop tôt pour rentrer chez soi. De Peter Arno
  • Une maison de campagne, c'est aller chercher très près le plaisir de rentrer chez soi le lundi. De José Artur / Parlons de moi, y'a que ça qui m'intéresse
  • L’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo, en liberté conditionnelle à Bruxelles après son acquittement par la CPI, demande aux autorités ivoiriennes de lui établir un passeport pour rentrer en Côte d’Ivoire, a annoncé son avocate dans un communiqué, mardi 28 juillet. Le Monde.fr, Laurent Gbagbo demande aux autorités ivoiriennes un passeport pour rentrer
  • Le jeune homme était en voyage à l’étranger quand il a voulu rentrer chez lui, à Anvers. Mais son retour en Belgique ne lui permettait d’arriver qu’à 23h30 à Anvers, en plein couvre-feu. sudinfo.be, Nouvelles mesures contre le coronavirus à Anvers: le fils de Rosita n’a pas pu rentrer chez lui avec le couvre-feu, «nous devons clarifier ça»
  • Sauf qu’avec la prolongation de la fermeture des frontières calédoniennes, ils n’ont aucun espoir de pouvoir rentrer par un vol commercial avant le mois de novembre. Et « on n’a même pas la garantie de pouvoir rentrer en novembre », soupire Teuiarai. D’où leur appel à l’aide pour la mise en place d’un vol de rapatriement. TNTV Tahiti Nui Télévision, Nouvelle-Calédonie : une centaine de Polynésiens souhaite rentrer au fenua • TNTV Tahiti Nui Télévision
  • Selon le ministre de la Santé, Kailesh Jagutpal, certains étrangers sont en passe d’obtenir des autorisations nécessaires afin de pouvoir rentrer au pays. Ces autorisations sont toutefois accordées à ceux qui viennent uniquement pour des raisons professionnelles. , Certains étrangers autorisés à rentrer au pays – inside news :

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Traductions du mot « rentrer »

Langue Traduction
Anglais come home
Espagnol ven a casa
Italien rientrare
Allemand komm nach hause
Chinois 回家
Arabe تعال الى المنزل
Portugais volte para casa
Russe иди домой
Japonais 家に帰ります
Basque etxeratu
Corse vene in casa
Source : Google Translate API

Synonymes de « rentrer »

Source : synonymes de rentrer sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « rentrer »

Rentrer

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