La langue française

Possession

Sommaire

Définitions du mot possession

Trésor de la Langue Française informatisé

POSSESSION, subst. fém.

I. − Fait de posséder.
A. − Fait de posséder quelque chose.
1. Fait d'avoir à soi, de disposer en maître de (quelque chose) et pouvoir en tirer profit et jouissance. Synon. détention.J'adorai ce meuble. J'ouvrais à chaque instant ses portes, ses tiroirs; je le maniais avec ravissement, goûtant toutes les joies intimes de la possession (Maupass.,Contes et nouv., t.2, Chevel., 1884, p.938).J'ai doté ma fille aînée, doté mon fils aîné, j'ai constitué mon apport personnel en terre, estimant que rien ne stabilise comme la possession d'un bien au soleil (Pesquidoux,Livre raison, 1925, p.135).La possession d'un cheval témoignait d'une promotion sociale, comme celle d'une automobile aujourd'hui (P. Rousseau,Hist. transp., 1961, p.164).
Loc. verb.
Être en possession de + subst. Synon. posséder, détenir.Il était en possession d'une petite fortune (Drieu La Roch.,Rêv. bourg., 1937, p.34).
Avoir (quelque chose) en sa possession. Synon. détenir.Il essaya alors de se souvenir de ce qui s'était passé tandis qu'il avait eu en sa possession les clefs de la caisse, et chercha à sonder cet horrible mystère (Ponson du Terr.,Rocambole, t.1, 1859, p.273).
Prendre possession de + subst. Devenir le possesseur, le propriétaire de. Mon père était mort, et m'avait laissé cette petite maison avec les terres qui l'entourent; j'en pris possession (Dumas père, Jones, 1838, ii, 3, p.150).
Entrer, rentrer en possession de + subst. Devenir le possesseur, le propriétaire de. Synon. recouvrer.Il avait exprimé, en cinq lignes, son refus catégorique et à peine motivé d'entrer en possession de sa part d'héritage (Martin du G., Thib., Été 14, 1936, p.116).Il implorait qu'un jour ou l'autre, seulement, et quand Thomas l'en jugerait digne, il rentrât en possession de son or (Queffélec,Recteur, 1944, p.40).
Mettre (quelqu'un) en possession de + subst. Rendre possesseur, propriétaire de. La mort de son père l'avait mise en possession d'une fortune considérable (Stendhal,Abbesse Castro, 1839, p.215).
[Avec un sens passif] . Être en la possession de (quelqu'un). Être possédé, détenu par (quelqu'un). Ce manuscrit est, aujourd'hui, en la possession de Cécile (Duhamel,Terre promise, 1934, p.99).
a) DR. CIVIL
α) Fait de se comporter vis à vis d'un bien comme si on en était propriétaire. La possession est la détention ou la jouissance d'une chose ou d'un droit que nous tenons ou que nous exerçons par nous-mêmes, ou par un autre qui la tient ou qui l'exerce en notre nom (Code civil, 1804, art. 2228, p.408).
En fait de meubles, possession vaut titre. ,,Présomption de propriété, établie en faveur du possesseur, laquelle n'admet aucune preuve contraire, si ce possesseur a acquis la chose de bonne foi d'un non-propriétaire, pourvu que celui-ci ne se la soit pas procurée par suite d'une perte ou d'un vol`` (Réau-Rond. 1951). Quatre-vingt-mille francs comptant, et vous me laisserez les diamants, ajouta-t-il (...). En fait de meubles, la possession vaut titre (Balzac,Gobseck, 1830, p.414).
Envoi en possession. ,,Acte judiciaire par lequel les ayants droit sont mis en possession de ce qui leur est dévolu`` (Ac. 1935).
β) Possession d'état. ,,Apparence d'un état donné (dans le droit de la famille)`` (Jur. 1971). Il ne lui manque que l'investiture et la possession d'état; mais voilà, il ne les aura jamais, et il le sent (Arnoux,Crimes innoc., 1952, p.148).
Possession d'état (d'enfant légitime). Fait, pour un enfant, d'être élevé et traité par des gens mariés comme leur enfant légitime, de porter le nom du mari et de passer aux yeux du public pour l'enfant des époux (d'apr. Lemeunier 1969):
1. ... la légitimité des enfans ne peut être contestée sous le seul prétexte du défaut de représentation de l'acte de célébration, toutes les fois que cette légitimité est prouvée par une possession d'état qui n'est point contredite par l'acte de naissance. Code civil, 1804, art. 197, p.38.
b) [Le compl. du nom désigne un pouvoir, un droit] Fait de posséder, de jouir de. Synon. jouissance.Si les libres enfants de l'Amérique n'obtenaient pas de leurs magistrats protection et justice, ils rentreraient dans la possession de leurs droits naturels (Taine,Notes Paris, 1867, p.102):
2. ... il y a un autre devoir qui est imposé à une opinion qui est devenue gouvernement; ce devoir est celui-ci: c'est de ne pas abuser des moyens que la possession du pouvoir met entre ses mains... Thiers, 1864ds Doc. hist. contemp., p.28.
Loc. verb.
Être en possession de + subst. Posséder, détenir. Souvenez-vous de ne laisser jamais personne plus d'un an, en possession de la charge d'avoyer (Michelet,Chemins Europe, 1874, p.400).Tout citoyen de l'un ou l'autre sexe, majeur, en possession de ses droits civils et politiques peut donc être élu (Vedel,Dr. constit., 1949, p.427).
Prendre possession de + subst. Devenir le possesseur de, être investi de. Le nouveau roi prenait possession de sa charge (Fustel de Coul.,Cité antique, 1864, p.222).
Entrer, rentrer en possession de + subst. Devenir le possesseur de, être investi de:
3. Que les évêques le sachent cependant, nulle loi n'empêche qu'ils ne s'assemblent selon les ordonnances des canons; il suffit qu'ils le veuillent pour rentrer en possession de ce droit... Lamennais,Religion, 1826, p.13.
Mettre qqn en possession de + subst. Rendre possesseur de, investir de. On s'acheminait ainsi vers un état de choses où le peuple serait remis en possession de ses droits (De Gaulle,Mém. guerre, 1959, p.106).
Être en possession de + inf. Être en droit, en état de. À Brest, quatre ou cinq familles sont en possession, par la faveur des ministres, d'occuper des places de municipalité et de judicature (Le Moniteur, t.2, 1789, p.222).Le théâtre de Carinthie avait alors pour directeur Bernardone Curtz, célèbre Arlequin, en possession de charmer le public par ses calembours (Stendhal,Haydn, Mozart et Métastase, 1817, p.39).
2. P. méton., le plus souvent au plur.
a) La chose possédée. Synon. avoir, biens, terres.Je vis apposer les scellés chez moi; j'appris qu'ils avoient été mis sur mon hôtel à Paris et sur les autres possessions de mon époux (Fiévée,Dot Suzette, 1798, p.79).Dans une société organisée, et par conséquent solidaire, il se peut que les uns possèdent, travaillent et consomment, tandis que les autres n'auraient ni possession, ni travail, ni pain (Proudhon,Syst. contrad. écon., t.2, 1846, p.54):
4. L'unique héritière de Niéser était une fille dont l'innocence et la beauté auraient pu (...) paraître une dot suffisante, sans la perspective attrayante des possessions de son père. Nerval,Nouv. et fantais., 1855, p.3.
b) En partic. [Le plus souvent suivi d'un adj. indiquant le pays d'appartenance] Dépendance coloniale d'un état. Le grand-père de mon amie lui remit un atlas scolaire dans lequel l'Angleterre et toutes les possessions britanniques dans le monde avaient été effacées (Cendrars,Bourlinguer, 1948, p.379).La France combattante étendait son autorité à tout l'ensemble des possessions françaises dans l'Océan Indien (De Gaulle,Mém. guerre, 1956, p.54).
3. En partic. [Dans un cont. milit.] Fait de posséder, de disposer d'un territoire reconnu pour ses qualités stratégiques. La possession incontestée du front Damvillers (...) était nécessaire pour permettre la sécurité de nos débarquements (Joffre,Mém., t.1, 1931, p.177):
5. La capitale du Wurtemberg sera, en effet, pour nos troupes la porte ouverte vers le Danube, la Bavière, l'Autriche. Sa possession nous assurera, en outre, un gage important pour soutenir nos desseins quant à la zone d'occupation française. De Gaulle,Mém. guerre, 1959, p.168.
Loc. verb. Prendre possession de (+ subst. désignant une position stratégique). S'emparer de, occuper. Les Anglais prenaient possession de la ville. On voyait un peu partout des troupes d'Allemands qui s'étaient cachés et qui se rendaient au passage des soldats (Van der Meersch,Invas. 14, 1935, p.412).
P. ext. [Le compl. désigne un lieu] [Le suj. désigne une pers.] S'installer dans, sur. Les bouquinistes ne tardèrent pas à reprendre possession des quais (A. France,P. Nozière, 1899, p.84).J'avais imaginé que rentrant chez lui ce jour-là, le garçon y trouvait la jeune femme reprenant possession de son ancienne chambre (Green,Journal, 1949, p.276).
[Le suj. désigne un animal, un végétal ou un élément naturel] Envahir. Ainsi tout torrent laissé à lui-même arrive-t-il (...) à une sorte d'équilibre, qui permet à la végétation de prendre possession de ses rives (Lapparent,Abr. géol., 1886, p.24).Dès octobre, les pluies et les brouillards prennent possession de la contrée (Vidal de La Bl.,Tabl. géogr. Fr., 1908, p.280).Mites, mouches, souris, poussière, ont pris possession des couloirs (Martin du G.,Vieille Fr., 1933, p.1047).
Au fig. Envahir. À mesure qu'ils s'éloignaient de la fanfare et des détonations, le silence reprenait possession de la ville (Camus,Exil et Roy., 1957, p.1679).
Loc. nom. Prise de possession. Fait de s'emparer, d'occuper (une position stratégique). Ce projet a pour point de départ la prise de possession de Djibouti par les Forces Françaises Libres (De Gaulle,Mém. guerre, 1954, p.339).
4. GRAMM. Mode de relation exprimé par différents procédés: complément de nom, adjectifs et pronoms possessifs, pronom en, article en relation ou non avec le, lui, se (d'apr. J. Pinchon, Morphosyntaxe du fr., Paris, Hachette, 1986, p.105):
6. Un complément du nom indique la possession [it. ds le texte] quand il peut être le sujet d'une phrase sous-jacente avec le verbe avoir; celui-ci a pour objet le nom qui devient complément dans la phrase réalisée. Dans «le chapeau de Pierre, Pierre indique la possession [it. ds le texte]». Ling.1972.
B. − Fait de posséder quelqu'un.
1. [La pers. possédée est assimilée à un bien matériel] Fait d'avoir à soi, de disposer en maître de (quelqu'un) et pouvoir en tirer profit et jouissance. Ma mère était à moi, personne ne m'en contestait la tranquille possession (...) on m'épargna ce dur apprentissage, la jalousie (Sartre,Mots, 1964, p.17).
Loc. verb.
Avoir (qqn) en sa possession. Avoir quelqu'un avec soi, profiter et jouir de la compagnie de. Je serais aussi bien contente de voir cette enfant, de la tenir sur mes genoux, de la caresser, de l'embrasser, de l'avoir en ma possession pour quelques jours (E. de Guérin,Journal, 1835, p.64).
[Avec un sens passif] Être en la possession de (qqn). Appartenir à (quelqu'un); être sous sa domination. Seulement, qu'il ne me parle plus de lui devoir mes moyens d'existence. Cela, c'est fini, je ne veux plus retomber en sa possession, je veux m'appartenir (Sand,M. Sylvestre, 1866, p.4).
En partic. [La pers. possédée est une maîtresse, un amant] Je passais dans le cabinet d'études, en L, et je volais un volume. Je ne saurais exprimer la passion avec laquelle je lisais ces livres (...). Je devins fou absolument, la possession d'une maîtresse réelle, alors l'objet de tous mes voeux, ne m'eût pas plongé dans un tel torrent de volupté (Stendhal,H. Brulard, t.1, 1836, p.197).
Loc. verb.
Être en possession de (qqn). Posséder, avoir pour soi. Plus tard après déjà des aventures, me voici employé boulevard Voltaire, 137, et en possession d'une jeune femme (Jacob,Cornet dés, Petit hist., 1943, p.10).
Prendre possession de (qqn). Se l'approprier. La famille était là qui s'extrayait du fourgon-limousine Borniol, la veuve de mon ami venue reprendre possession de son mari, plus encombrante et déplaçant plus d'air que jamais (Cendrars,Bourlinguer, 1948, p.52).
[Avec un sens passif] Être en la possession de (qqn). Être sous la coupe de (quelqu'un), lui appartenir. Elle aimait s'éveiller la première, surprendre son amant endormi, examiner, tout à loisir, le front sans rides, et la bouche assoupie (...) c'est à ces moments-là seulement qu'elle le sentait en sa possession (Martin du G.,Thib., Été 14, 1936, p.584).
2. [En parlant d'un homme] Possession d'une femme. Fait d'avoir avec elle des rapports charnels. Elle était de celles dont on ne supporte pas l'idée de rester l'ami et dont la possession devient un désir furieux (Feuillet,Veuve, 1884, p.168).Il se promit, dans son héroïque frivolité, de terminer dignement sa vie heureuse par la possession de cette jeune femme qu'il appréciait (...). Il déploya pour la prendre les roueries les plus savantes (A. France,Lys rouge, 1894, p.27).
[Sans compl. du nom] Satisfaction des désirs sexuels. L'ange désirait cette femme autant que jamais, mais son désir avait perdu par la possession le venin de la curiosité (A. France,Révolte anges, 1914, p.360).Le sentiment de l'amour, que la possession exténue, la perte et la privation le développent. Posséder, c'est n'y plus penser; mais perdre, c'est posséder indéfiniment en esprit (Valéry,Variété[I], 1924, p.84).
3. [Le compl. du nom désigne Dieu] Fait de posséder, de pouvoir jouir de la présence divine en soi. Il n'y a qu'une seule de ces joies qui ne trompe pas, c'est la vue ou la possession de Dieu au dedans de nous-mêmes (Maine de Biran,Journal, 1820, p.269).
C. − Au fig.
1. [Le compl. du nom désigne une notion abstr.] Fait de posséder, de pouvoir jouir de. Synon. jouissance.C'est alors à la dernière seconde que la possession du bonheur nous est enlevée, ou plutôt c'est cette possession même que par une ruse diabolique la nature charge de détruire le bonheur (Proust,J. filles en fleurs, 1918, p.624).Il y a des lois immuables qui gouvernent la possession de la gloire, comme la rencontre de l'amour, comme l'acquisition du bien-être (Barrès,Cahiers, t.13, 1921, p.101).
Loc. verb.
Être en possession de. Posséder, jouir de. Au milieu des accidents et des catastrophes de la vie commune, on est en possession de certaines joies intimes et pures qui sont bien l'idéal de celui qui les savoure (Sand,Hist. vie, t.4, 1855, p.268).
Prendre possession de. Pouvoir jouir, tirer profit de. Les poilus placés tout d'un coup dans l'enchantement d'une ville (...) jouissent de mieux en mieux du beau décor net et invraisemblablement propre. Ils reprennent possession de la vie calme et paisible, de l'idée du confort et même du bonheur pour qui les maisons, en somme, ont été faites (Barbusse,Feu, 1916, p.324).
Mettre (qqn) en possession de. Pouvoir le faire jouir de. Otto, tout en considérant cette roue d'or immobile, se livrait à une rêverie si vive et si impatiente, qu'elle semblait le mettre par avance, en possession du bonheur auquel il songeait (Bourges,Crépusc. dieux, 1884, p.221).
2. [Le compl. du nom désigne un sentiment qu'une pers. peut ressentir à l'égard d'une autre pers.] Fait de posséder, de pouvoir bénéficier de. Possession de l'amour, de l'estime de qqn:
7. ... telle est la comtesse; tout conspire chez elle à interdire tout espoir à votre amour (...) pouvez-vous vous dissimuler que votre espoir ne se borne pas à vous présager la seule possession de son coeur. Sénac de Meilhan,Émigré, 1797, p.1804.
Loc. verb. Être en possession de. Posséder, jouir de. J'apprécie (...) autant que je le dois (...) toute la distance qui me sépare des écrivains en possession de l'admiration publique (Stendhal,Racine et Shakspeare, t.1, 1825, p.78).Quand mademoiselle Marie voulut bien paraître dans le salon de famille (...) elle y trouva M. de Réas déjà acclimaté, et en possession manifeste des bonnes grâces de madame Fitz-Gerald (Feuillet,Mariage monde, 1875, p.40).
3. [Le compl. du nom désigne une qualité mor.] Fait de posséder, d'être pourvu de. M. Gagnon avait une sorte d'aversion pour son fils, Romain Gagnon, mon oncle, jeune homme brillant et parfaitement aimable. C'est la possession de cette qualité qui brouillait, ce me semble, le père et le fils (Stendhal,H. Brulard, t.1, 1836, p.80).
Loc. verb. Être en possession de. Être pourvu de, détenir. Les consolations et les maximes de la philosophie stoïcienne peuvent être bonnes pour les forts, pour ceux qui sont en possession des grandes qualités de l'âme et du caractère (Maine de Biran,Journal, 1819, p.242).Si je n'étais pas en possession de la vertu, du moins j'étais et je suis encore, j'espère, dans le chemin qui y mène (Sand,Hist. vie, t.4, 1855, p.481).
4. [Le compl. du nom désigne une matière que l'on a dû apprendre] Fait de posséder, d'avoir une bonne connaissance de. Synon. maîtrise.Possession d'une science, d'une langue. Bien que la rédaction d'un catalogue de manuscrits exige du bibliothécaire la possession de plusieurs sciences, elle n'en demeure pas moins un art (Civilis. écr., 1939, p.52-7).Il n'était plus question pour une petite Française d'aller apprendre l'allemand en Allemagne, et (...) pourtant la possession de cette langue gardait un intérêt, tant de scolarité que de culture (Romains,Hommes bonne vol., 1939, p.52).
II. − Fait d'être possédé.
A. − THÉOL. CATH. État d'une personne qui se sent habitée et dirigée par un être surnaturel et maléfique. Synon. envoûtement.Je subis le phénomène que les thaumaturges appelaient la possession. Deux esprits se sont emparés de moi (Sand,Elle et lui, 1859, p.278).Tous les jours (...) les mêmes profils d'animaux se dégagent lentement des faces entrevues (...). C'est une possession, que veux-tu? (Lorrain,Sens. et souv., 1895, p.168).
Loc. verb. Prendre possession de. S'emparer de. Le diable, qui avait de moi pris possession, est assez fort et assez subtil pour tromper mes sens, égarer mon jugement, mêler le vrai au faux (Bernanos,Soleil Satan, 1926, p.269).
B. − PSYCHOPATHOL. (Délire de) possession. ,,Forme de délire au cours duquel le malade se croit habité par un être surnaturel (démon surtout: démonopathie), qui parle par sa bouche, mobilise sa langue malgré lui, dirige ses mouvements. Cet état est conditionné par un sentiment de dédoublement de la personnalité`` (Porot 1975). Il en est de même des délires de possession corporelle par des animaux (ou zoopathie), dont les plus célèbres sont les lycanthropies ou le sujet se croit transformé en loup garou (Laplantine1974, p.154).
III. − Fait de se posséder.
Possession de soi. Fait d'avoir la maîtrise, le contrôle de soi. Synon. calme, domination.Il parlait posément (...) achevant ses phrases avec (...) calme (...). L'extraordinaire possession de soi dont il faisait preuve achevait de m'exaspérer (Gide,Symph. pastor., 1919, p.902).
Loc. verb.
Reprendre possession de soi. Recouvrer la possibilité d'être soi-même. En dehors des contraintes indispensables de la guerre, chaque Français, chaque Française, a repris possession de soi-même, recouvré la possibilité de penser, de parler (De Gaulle,Mém. guerre, 1959, p.420).
Se sentir, être en (pleine) possession de soi, de ses moyens, de ses facultés. Se sentir, être maître de soi; jouir de toutes ses capacités intellectuelles. Je commence l'année en pleine possession de moi (Gide,Journal, 1928, p.868).Malgré ses quatre-vingts ans sonnés, il était encore d'une merveilleuse activité, en pleine possession de ses facultés (Foch,Mém., t.1, 1929, p.252).
Prononc. et Orth.: [pɔsεsjɔ ̃], [-se-]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) Mil. xiies. possessïun «ce qu'on possède, propriété» (Psautier Cambridge, 2, 8 ds T.-L.); b) 1549 (Est.: L'art de musique est devenue en la possession de peu de gens); 2. a) fin xiiies. «folie» (La Desputoison du uin et de l'iaue ds Jubinal, Nouv. rec., t.1, p.306), attest. isolée; b) 1679 «emprise d'une personne sur les sentiments d'une autre» (Sévigné, Lettres, éd. M. Monmerqué, t.6, p.20); c) 1694 «état d'une personne possédée par le démon» (Ac.); d) 1903 pathol. (Nouv. Lar. ill.). Empr. au lat. possessio «fait d'être en possession, jouissance, propriété; prise de possession» et p.ext., au plan spirituel en lat. chrét., «fait d'être possédé par le démon». Fréq. abs. littér.: 3092. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 4599, b) 3834; xxes.: a) 3830, b) 4866.
DÉR. 1.
Possessionné, -ée, adj.,vx. Qui a des possessions, des terres (dans un pays). Derrière nous tout le cercle des puys avec le long plateau noble de Gergovie que l'on voit superbement. Pays riche, végétation luxuriante de châtaigniers, mûriers, noyers. Les bourgeois de Clermont étaient «possessionnés» ici (Barrès,Cahiers, t.7, 1908, p.46).Hist. ,,Vassaux des anciens empereurs allemands dont la paix de Westphalie (1648) réunit les domaines alsaciens à la France, et qui jouirent dans ce pays de certains droits d'autonomie que la révolution refusa de reconnaître`` (Quillet 1965). Lorsque l'Assemblée Nationale législative ayant sommé les électeurs de Trèves et de Mayence de dissiper chez eux les rassemblements d'émigrés, ces électeurs s'y refusèrent et demandèrent le rétablissement des princes allemands possessionnés en Alsace (Erckm.-Chatr.,Hist. paysan, t.1, 1870, p.448). [pɔsεsjɔne], [-se-]. 1resattest. xves. «qui a des possessions (dans un pays)» (Généalogie de la maison de Waziers Wavrin, ms. Tournai 221 ds Gdf. Compl.), attest. isolée, à nouv. au xviiies. (1776 Voltaire, Lett. Dupont ds Littré), rare; de possession, suff. *, cf. lat. médiév. possessionatus adj. ou subst. (1345 ds Latham).
2.
Possessionnel, -elle, adj.,dr. Qui marque la possession. Acte possessionnel. (Dict. xixeet xxes.). [pɔsεsjɔnεl], [-se-]. 1reattest. 1836 (Ac. Suppl.); de possession, suff. -el*.
BBG.Quem. DDL t.15.

Trésor de la Langue Française informatisé

POSSESSION, subst. fém.

I. − Fait de posséder.
A. − Fait de posséder quelque chose.
1. Fait d'avoir à soi, de disposer en maître de (quelque chose) et pouvoir en tirer profit et jouissance. Synon. détention.J'adorai ce meuble. J'ouvrais à chaque instant ses portes, ses tiroirs; je le maniais avec ravissement, goûtant toutes les joies intimes de la possession (Maupass.,Contes et nouv., t.2, Chevel., 1884, p.938).J'ai doté ma fille aînée, doté mon fils aîné, j'ai constitué mon apport personnel en terre, estimant que rien ne stabilise comme la possession d'un bien au soleil (Pesquidoux,Livre raison, 1925, p.135).La possession d'un cheval témoignait d'une promotion sociale, comme celle d'une automobile aujourd'hui (P. Rousseau,Hist. transp., 1961, p.164).
Loc. verb.
Être en possession de + subst. Synon. posséder, détenir.Il était en possession d'une petite fortune (Drieu La Roch.,Rêv. bourg., 1937, p.34).
Avoir (quelque chose) en sa possession. Synon. détenir.Il essaya alors de se souvenir de ce qui s'était passé tandis qu'il avait eu en sa possession les clefs de la caisse, et chercha à sonder cet horrible mystère (Ponson du Terr.,Rocambole, t.1, 1859, p.273).
Prendre possession de + subst. Devenir le possesseur, le propriétaire de. Mon père était mort, et m'avait laissé cette petite maison avec les terres qui l'entourent; j'en pris possession (Dumas père, Jones, 1838, ii, 3, p.150).
Entrer, rentrer en possession de + subst. Devenir le possesseur, le propriétaire de. Synon. recouvrer.Il avait exprimé, en cinq lignes, son refus catégorique et à peine motivé d'entrer en possession de sa part d'héritage (Martin du G., Thib., Été 14, 1936, p.116).Il implorait qu'un jour ou l'autre, seulement, et quand Thomas l'en jugerait digne, il rentrât en possession de son or (Queffélec,Recteur, 1944, p.40).
Mettre (quelqu'un) en possession de + subst. Rendre possesseur, propriétaire de. La mort de son père l'avait mise en possession d'une fortune considérable (Stendhal,Abbesse Castro, 1839, p.215).
[Avec un sens passif] . Être en la possession de (quelqu'un). Être possédé, détenu par (quelqu'un). Ce manuscrit est, aujourd'hui, en la possession de Cécile (Duhamel,Terre promise, 1934, p.99).
a) DR. CIVIL
α) Fait de se comporter vis à vis d'un bien comme si on en était propriétaire. La possession est la détention ou la jouissance d'une chose ou d'un droit que nous tenons ou que nous exerçons par nous-mêmes, ou par un autre qui la tient ou qui l'exerce en notre nom (Code civil, 1804, art. 2228, p.408).
En fait de meubles, possession vaut titre. ,,Présomption de propriété, établie en faveur du possesseur, laquelle n'admet aucune preuve contraire, si ce possesseur a acquis la chose de bonne foi d'un non-propriétaire, pourvu que celui-ci ne se la soit pas procurée par suite d'une perte ou d'un vol`` (Réau-Rond. 1951). Quatre-vingt-mille francs comptant, et vous me laisserez les diamants, ajouta-t-il (...). En fait de meubles, la possession vaut titre (Balzac,Gobseck, 1830, p.414).
Envoi en possession. ,,Acte judiciaire par lequel les ayants droit sont mis en possession de ce qui leur est dévolu`` (Ac. 1935).
β) Possession d'état. ,,Apparence d'un état donné (dans le droit de la famille)`` (Jur. 1971). Il ne lui manque que l'investiture et la possession d'état; mais voilà, il ne les aura jamais, et il le sent (Arnoux,Crimes innoc., 1952, p.148).
Possession d'état (d'enfant légitime). Fait, pour un enfant, d'être élevé et traité par des gens mariés comme leur enfant légitime, de porter le nom du mari et de passer aux yeux du public pour l'enfant des époux (d'apr. Lemeunier 1969):
1. ... la légitimité des enfans ne peut être contestée sous le seul prétexte du défaut de représentation de l'acte de célébration, toutes les fois que cette légitimité est prouvée par une possession d'état qui n'est point contredite par l'acte de naissance. Code civil, 1804, art. 197, p.38.
b) [Le compl. du nom désigne un pouvoir, un droit] Fait de posséder, de jouir de. Synon. jouissance.Si les libres enfants de l'Amérique n'obtenaient pas de leurs magistrats protection et justice, ils rentreraient dans la possession de leurs droits naturels (Taine,Notes Paris, 1867, p.102):
2. ... il y a un autre devoir qui est imposé à une opinion qui est devenue gouvernement; ce devoir est celui-ci: c'est de ne pas abuser des moyens que la possession du pouvoir met entre ses mains... Thiers, 1864ds Doc. hist. contemp., p.28.
Loc. verb.
Être en possession de + subst. Posséder, détenir. Souvenez-vous de ne laisser jamais personne plus d'un an, en possession de la charge d'avoyer (Michelet,Chemins Europe, 1874, p.400).Tout citoyen de l'un ou l'autre sexe, majeur, en possession de ses droits civils et politiques peut donc être élu (Vedel,Dr. constit., 1949, p.427).
Prendre possession de + subst. Devenir le possesseur de, être investi de. Le nouveau roi prenait possession de sa charge (Fustel de Coul.,Cité antique, 1864, p.222).
Entrer, rentrer en possession de + subst. Devenir le possesseur de, être investi de:
3. Que les évêques le sachent cependant, nulle loi n'empêche qu'ils ne s'assemblent selon les ordonnances des canons; il suffit qu'ils le veuillent pour rentrer en possession de ce droit... Lamennais,Religion, 1826, p.13.
Mettre qqn en possession de + subst. Rendre possesseur de, investir de. On s'acheminait ainsi vers un état de choses où le peuple serait remis en possession de ses droits (De Gaulle,Mém. guerre, 1959, p.106).
Être en possession de + inf. Être en droit, en état de. À Brest, quatre ou cinq familles sont en possession, par la faveur des ministres, d'occuper des places de municipalité et de judicature (Le Moniteur, t.2, 1789, p.222).Le théâtre de Carinthie avait alors pour directeur Bernardone Curtz, célèbre Arlequin, en possession de charmer le public par ses calembours (Stendhal,Haydn, Mozart et Métastase, 1817, p.39).
2. P. méton., le plus souvent au plur.
a) La chose possédée. Synon. avoir, biens, terres.Je vis apposer les scellés chez moi; j'appris qu'ils avoient été mis sur mon hôtel à Paris et sur les autres possessions de mon époux (Fiévée,Dot Suzette, 1798, p.79).Dans une société organisée, et par conséquent solidaire, il se peut que les uns possèdent, travaillent et consomment, tandis que les autres n'auraient ni possession, ni travail, ni pain (Proudhon,Syst. contrad. écon., t.2, 1846, p.54):
4. L'unique héritière de Niéser était une fille dont l'innocence et la beauté auraient pu (...) paraître une dot suffisante, sans la perspective attrayante des possessions de son père. Nerval,Nouv. et fantais., 1855, p.3.
b) En partic. [Le plus souvent suivi d'un adj. indiquant le pays d'appartenance] Dépendance coloniale d'un état. Le grand-père de mon amie lui remit un atlas scolaire dans lequel l'Angleterre et toutes les possessions britanniques dans le monde avaient été effacées (Cendrars,Bourlinguer, 1948, p.379).La France combattante étendait son autorité à tout l'ensemble des possessions françaises dans l'Océan Indien (De Gaulle,Mém. guerre, 1956, p.54).
3. En partic. [Dans un cont. milit.] Fait de posséder, de disposer d'un territoire reconnu pour ses qualités stratégiques. La possession incontestée du front Damvillers (...) était nécessaire pour permettre la sécurité de nos débarquements (Joffre,Mém., t.1, 1931, p.177):
5. La capitale du Wurtemberg sera, en effet, pour nos troupes la porte ouverte vers le Danube, la Bavière, l'Autriche. Sa possession nous assurera, en outre, un gage important pour soutenir nos desseins quant à la zone d'occupation française. De Gaulle,Mém. guerre, 1959, p.168.
Loc. verb. Prendre possession de (+ subst. désignant une position stratégique). S'emparer de, occuper. Les Anglais prenaient possession de la ville. On voyait un peu partout des troupes d'Allemands qui s'étaient cachés et qui se rendaient au passage des soldats (Van der Meersch,Invas. 14, 1935, p.412).
P. ext. [Le compl. désigne un lieu] [Le suj. désigne une pers.] S'installer dans, sur. Les bouquinistes ne tardèrent pas à reprendre possession des quais (A. France,P. Nozière, 1899, p.84).J'avais imaginé que rentrant chez lui ce jour-là, le garçon y trouvait la jeune femme reprenant possession de son ancienne chambre (Green,Journal, 1949, p.276).
[Le suj. désigne un animal, un végétal ou un élément naturel] Envahir. Ainsi tout torrent laissé à lui-même arrive-t-il (...) à une sorte d'équilibre, qui permet à la végétation de prendre possession de ses rives (Lapparent,Abr. géol., 1886, p.24).Dès octobre, les pluies et les brouillards prennent possession de la contrée (Vidal de La Bl.,Tabl. géogr. Fr., 1908, p.280).Mites, mouches, souris, poussière, ont pris possession des couloirs (Martin du G.,Vieille Fr., 1933, p.1047).
Au fig. Envahir. À mesure qu'ils s'éloignaient de la fanfare et des détonations, le silence reprenait possession de la ville (Camus,Exil et Roy., 1957, p.1679).
Loc. nom. Prise de possession. Fait de s'emparer, d'occuper (une position stratégique). Ce projet a pour point de départ la prise de possession de Djibouti par les Forces Françaises Libres (De Gaulle,Mém. guerre, 1954, p.339).
4. GRAMM. Mode de relation exprimé par différents procédés: complément de nom, adjectifs et pronoms possessifs, pronom en, article en relation ou non avec le, lui, se (d'apr. J. Pinchon, Morphosyntaxe du fr., Paris, Hachette, 1986, p.105):
6. Un complément du nom indique la possession [it. ds le texte] quand il peut être le sujet d'une phrase sous-jacente avec le verbe avoir; celui-ci a pour objet le nom qui devient complément dans la phrase réalisée. Dans «le chapeau de Pierre, Pierre indique la possession [it. ds le texte]». Ling.1972.
B. − Fait de posséder quelqu'un.
1. [La pers. possédée est assimilée à un bien matériel] Fait d'avoir à soi, de disposer en maître de (quelqu'un) et pouvoir en tirer profit et jouissance. Ma mère était à moi, personne ne m'en contestait la tranquille possession (...) on m'épargna ce dur apprentissage, la jalousie (Sartre,Mots, 1964, p.17).
Loc. verb.
Avoir (qqn) en sa possession. Avoir quelqu'un avec soi, profiter et jouir de la compagnie de. Je serais aussi bien contente de voir cette enfant, de la tenir sur mes genoux, de la caresser, de l'embrasser, de l'avoir en ma possession pour quelques jours (E. de Guérin,Journal, 1835, p.64).
[Avec un sens passif] Être en la possession de (qqn). Appartenir à (quelqu'un); être sous sa domination. Seulement, qu'il ne me parle plus de lui devoir mes moyens d'existence. Cela, c'est fini, je ne veux plus retomber en sa possession, je veux m'appartenir (Sand,M. Sylvestre, 1866, p.4).
En partic. [La pers. possédée est une maîtresse, un amant] Je passais dans le cabinet d'études, en L, et je volais un volume. Je ne saurais exprimer la passion avec laquelle je lisais ces livres (...). Je devins fou absolument, la possession d'une maîtresse réelle, alors l'objet de tous mes voeux, ne m'eût pas plongé dans un tel torrent de volupté (Stendhal,H. Brulard, t.1, 1836, p.197).
Loc. verb.
Être en possession de (qqn). Posséder, avoir pour soi. Plus tard après déjà des aventures, me voici employé boulevard Voltaire, 137, et en possession d'une jeune femme (Jacob,Cornet dés, Petit hist., 1943, p.10).
Prendre possession de (qqn). Se l'approprier. La famille était là qui s'extrayait du fourgon-limousine Borniol, la veuve de mon ami venue reprendre possession de son mari, plus encombrante et déplaçant plus d'air que jamais (Cendrars,Bourlinguer, 1948, p.52).
[Avec un sens passif] Être en la possession de (qqn). Être sous la coupe de (quelqu'un), lui appartenir. Elle aimait s'éveiller la première, surprendre son amant endormi, examiner, tout à loisir, le front sans rides, et la bouche assoupie (...) c'est à ces moments-là seulement qu'elle le sentait en sa possession (Martin du G.,Thib., Été 14, 1936, p.584).
2. [En parlant d'un homme] Possession d'une femme. Fait d'avoir avec elle des rapports charnels. Elle était de celles dont on ne supporte pas l'idée de rester l'ami et dont la possession devient un désir furieux (Feuillet,Veuve, 1884, p.168).Il se promit, dans son héroïque frivolité, de terminer dignement sa vie heureuse par la possession de cette jeune femme qu'il appréciait (...). Il déploya pour la prendre les roueries les plus savantes (A. France,Lys rouge, 1894, p.27).
[Sans compl. du nom] Satisfaction des désirs sexuels. L'ange désirait cette femme autant que jamais, mais son désir avait perdu par la possession le venin de la curiosité (A. France,Révolte anges, 1914, p.360).Le sentiment de l'amour, que la possession exténue, la perte et la privation le développent. Posséder, c'est n'y plus penser; mais perdre, c'est posséder indéfiniment en esprit (Valéry,Variété[I], 1924, p.84).
3. [Le compl. du nom désigne Dieu] Fait de posséder, de pouvoir jouir de la présence divine en soi. Il n'y a qu'une seule de ces joies qui ne trompe pas, c'est la vue ou la possession de Dieu au dedans de nous-mêmes (Maine de Biran,Journal, 1820, p.269).
C. − Au fig.
1. [Le compl. du nom désigne une notion abstr.] Fait de posséder, de pouvoir jouir de. Synon. jouissance.C'est alors à la dernière seconde que la possession du bonheur nous est enlevée, ou plutôt c'est cette possession même que par une ruse diabolique la nature charge de détruire le bonheur (Proust,J. filles en fleurs, 1918, p.624).Il y a des lois immuables qui gouvernent la possession de la gloire, comme la rencontre de l'amour, comme l'acquisition du bien-être (Barrès,Cahiers, t.13, 1921, p.101).
Loc. verb.
Être en possession de. Posséder, jouir de. Au milieu des accidents et des catastrophes de la vie commune, on est en possession de certaines joies intimes et pures qui sont bien l'idéal de celui qui les savoure (Sand,Hist. vie, t.4, 1855, p.268).
Prendre possession de. Pouvoir jouir, tirer profit de. Les poilus placés tout d'un coup dans l'enchantement d'une ville (...) jouissent de mieux en mieux du beau décor net et invraisemblablement propre. Ils reprennent possession de la vie calme et paisible, de l'idée du confort et même du bonheur pour qui les maisons, en somme, ont été faites (Barbusse,Feu, 1916, p.324).
Mettre (qqn) en possession de. Pouvoir le faire jouir de. Otto, tout en considérant cette roue d'or immobile, se livrait à une rêverie si vive et si impatiente, qu'elle semblait le mettre par avance, en possession du bonheur auquel il songeait (Bourges,Crépusc. dieux, 1884, p.221).
2. [Le compl. du nom désigne un sentiment qu'une pers. peut ressentir à l'égard d'une autre pers.] Fait de posséder, de pouvoir bénéficier de. Possession de l'amour, de l'estime de qqn:
7. ... telle est la comtesse; tout conspire chez elle à interdire tout espoir à votre amour (...) pouvez-vous vous dissimuler que votre espoir ne se borne pas à vous présager la seule possession de son coeur. Sénac de Meilhan,Émigré, 1797, p.1804.
Loc. verb. Être en possession de. Posséder, jouir de. J'apprécie (...) autant que je le dois (...) toute la distance qui me sépare des écrivains en possession de l'admiration publique (Stendhal,Racine et Shakspeare, t.1, 1825, p.78).Quand mademoiselle Marie voulut bien paraître dans le salon de famille (...) elle y trouva M. de Réas déjà acclimaté, et en possession manifeste des bonnes grâces de madame Fitz-Gerald (Feuillet,Mariage monde, 1875, p.40).
3. [Le compl. du nom désigne une qualité mor.] Fait de posséder, d'être pourvu de. M. Gagnon avait une sorte d'aversion pour son fils, Romain Gagnon, mon oncle, jeune homme brillant et parfaitement aimable. C'est la possession de cette qualité qui brouillait, ce me semble, le père et le fils (Stendhal,H. Brulard, t.1, 1836, p.80).
Loc. verb. Être en possession de. Être pourvu de, détenir. Les consolations et les maximes de la philosophie stoïcienne peuvent être bonnes pour les forts, pour ceux qui sont en possession des grandes qualités de l'âme et du caractère (Maine de Biran,Journal, 1819, p.242).Si je n'étais pas en possession de la vertu, du moins j'étais et je suis encore, j'espère, dans le chemin qui y mène (Sand,Hist. vie, t.4, 1855, p.481).
4. [Le compl. du nom désigne une matière que l'on a dû apprendre] Fait de posséder, d'avoir une bonne connaissance de. Synon. maîtrise.Possession d'une science, d'une langue. Bien que la rédaction d'un catalogue de manuscrits exige du bibliothécaire la possession de plusieurs sciences, elle n'en demeure pas moins un art (Civilis. écr., 1939, p.52-7).Il n'était plus question pour une petite Française d'aller apprendre l'allemand en Allemagne, et (...) pourtant la possession de cette langue gardait un intérêt, tant de scolarité que de culture (Romains,Hommes bonne vol., 1939, p.52).
II. − Fait d'être possédé.
A. − THÉOL. CATH. État d'une personne qui se sent habitée et dirigée par un être surnaturel et maléfique. Synon. envoûtement.Je subis le phénomène que les thaumaturges appelaient la possession. Deux esprits se sont emparés de moi (Sand,Elle et lui, 1859, p.278).Tous les jours (...) les mêmes profils d'animaux se dégagent lentement des faces entrevues (...). C'est une possession, que veux-tu? (Lorrain,Sens. et souv., 1895, p.168).
Loc. verb. Prendre possession de. S'emparer de. Le diable, qui avait de moi pris possession, est assez fort et assez subtil pour tromper mes sens, égarer mon jugement, mêler le vrai au faux (Bernanos,Soleil Satan, 1926, p.269).
B. − PSYCHOPATHOL. (Délire de) possession. ,,Forme de délire au cours duquel le malade se croit habité par un être surnaturel (démon surtout: démonopathie), qui parle par sa bouche, mobilise sa langue malgré lui, dirige ses mouvements. Cet état est conditionné par un sentiment de dédoublement de la personnalité`` (Porot 1975). Il en est de même des délires de possession corporelle par des animaux (ou zoopathie), dont les plus célèbres sont les lycanthropies ou le sujet se croit transformé en loup garou (Laplantine1974, p.154).
III. − Fait de se posséder.
Possession de soi. Fait d'avoir la maîtrise, le contrôle de soi. Synon. calme, domination.Il parlait posément (...) achevant ses phrases avec (...) calme (...). L'extraordinaire possession de soi dont il faisait preuve achevait de m'exaspérer (Gide,Symph. pastor., 1919, p.902).
Loc. verb.
Reprendre possession de soi. Recouvrer la possibilité d'être soi-même. En dehors des contraintes indispensables de la guerre, chaque Français, chaque Française, a repris possession de soi-même, recouvré la possibilité de penser, de parler (De Gaulle,Mém. guerre, 1959, p.420).
Se sentir, être en (pleine) possession de soi, de ses moyens, de ses facultés. Se sentir, être maître de soi; jouir de toutes ses capacités intellectuelles. Je commence l'année en pleine possession de moi (Gide,Journal, 1928, p.868).Malgré ses quatre-vingts ans sonnés, il était encore d'une merveilleuse activité, en pleine possession de ses facultés (Foch,Mém., t.1, 1929, p.252).
Prononc. et Orth.: [pɔsεsjɔ ̃], [-se-]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) Mil. xiies. possessïun «ce qu'on possède, propriété» (Psautier Cambridge, 2, 8 ds T.-L.); b) 1549 (Est.: L'art de musique est devenue en la possession de peu de gens); 2. a) fin xiiies. «folie» (La Desputoison du uin et de l'iaue ds Jubinal, Nouv. rec., t.1, p.306), attest. isolée; b) 1679 «emprise d'une personne sur les sentiments d'une autre» (Sévigné, Lettres, éd. M. Monmerqué, t.6, p.20); c) 1694 «état d'une personne possédée par le démon» (Ac.); d) 1903 pathol. (Nouv. Lar. ill.). Empr. au lat. possessio «fait d'être en possession, jouissance, propriété; prise de possession» et p.ext., au plan spirituel en lat. chrét., «fait d'être possédé par le démon». Fréq. abs. littér.: 3092. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 4599, b) 3834; xxes.: a) 3830, b) 4866.
DÉR. 1.
Possessionné, -ée, adj.,vx. Qui a des possessions, des terres (dans un pays). Derrière nous tout le cercle des puys avec le long plateau noble de Gergovie que l'on voit superbement. Pays riche, végétation luxuriante de châtaigniers, mûriers, noyers. Les bourgeois de Clermont étaient «possessionnés» ici (Barrès,Cahiers, t.7, 1908, p.46).Hist. ,,Vassaux des anciens empereurs allemands dont la paix de Westphalie (1648) réunit les domaines alsaciens à la France, et qui jouirent dans ce pays de certains droits d'autonomie que la révolution refusa de reconnaître`` (Quillet 1965). Lorsque l'Assemblée Nationale législative ayant sommé les électeurs de Trèves et de Mayence de dissiper chez eux les rassemblements d'émigrés, ces électeurs s'y refusèrent et demandèrent le rétablissement des princes allemands possessionnés en Alsace (Erckm.-Chatr.,Hist. paysan, t.1, 1870, p.448). [pɔsεsjɔne], [-se-]. 1resattest. xves. «qui a des possessions (dans un pays)» (Généalogie de la maison de Waziers Wavrin, ms. Tournai 221 ds Gdf. Compl.), attest. isolée, à nouv. au xviiies. (1776 Voltaire, Lett. Dupont ds Littré), rare; de possession, suff. *, cf. lat. médiév. possessionatus adj. ou subst. (1345 ds Latham).
2.
Possessionnel, -elle, adj.,dr. Qui marque la possession. Acte possessionnel. (Dict. xixeet xxes.). [pɔsεsjɔnεl], [-se-]. 1reattest. 1836 (Ac. Suppl.); de possession, suff. -el*.
BBG.Quem. DDL t.15.

Wiktionnaire

Nom commun

possession \pɔ.sɛ.sjɔ̃\ ou \pɔ.se.sjɔ̃\ féminin

  1. (Droit) Jouissance, faculté actuelle de disposer ou de jouir d’un bien.
    • La possession et l’exploitation du sol par indivis, rationnelle, juste, féconde, nécessaire même, tant que la société exploitante n’excède pas les limites d’une proche parenté, - père, mère, aïeul et aïeule, enfants, beaux-fils et belles-filles, domestiques, oncles et tantes ; - est aussi solide que la famille même. — (Pierre-Joseph Proudhon, Théorie de la propriété, 1866)
    • Au moment où il se présenta, Alice, qui l’avait vu venir, entrait aussi dans la salle, où son père et ses trois assidus discutaient à grand fracas sur le parti qu’il y avait à prendre pour rentrer en possession du diamant volé. — (Jules Verne, L’Étoile du sud, 1884)
    • Mais quand l’Église, profitant de l’effondrement de la puissance romaine et du désarroi provoqué à travers les Gaules par les invasions barbares, s’installa dans le pays sans que nul n’y prît garde, son premier soin fut de s’assurer de la possession des terres. — (Léon Berman, Histoire des Juifs de France des origines à nos jours, 1937)
  2. (Grammaire) Rapport possessif ou analogue à la possession, exprimé par les adjectifs possessifs comme ma, les pronoms possessifs comme le mien, les adpositions comme de, les verbes comme avoir, etc.
  3. (Au pluriel) Terres possédées par un État ou par un particulier.
    • Probablement dans un temps assez rapproché, la Russie cédera ses possessions américaines au gouvernement des Etats-Unis. — (Jules Verne, Le Pays des fourrures -1873)
  4. (Absolument) (En particulier) Jouissance de certains plaisirs, de certaines choses qu’on a recherchées avec ardeur.
    • La musique […] emplit tout d’une caresse nostalgique. Ici sur un tressautement appliqué de java, là, sur la houle passionnée et la lente possession de danses moins animales. — (Francis Carco, L’Amour vénal, Éditions Albin Michel, Paris, 1927, page 16 & 17)
    • La possession diminue ordinairement le prix des choses qu’on a le plus désirées. La possession n’a fait qu’augmenter son amour.
  5. (Théologie chrétienne) État d’un homme qu’on dit possédé par le démon.
    • La possession diffère de l’obsession en ce que, dans la possession, le démon est censé agir au-dedans, et que, dans l’obsession, il est censé agir au-dehors.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Littré (1872-1877)

POSSESSION (po-sè-sion ; en vers, de quatre syllabes) s. f.
  • 1État, action par laquelle on a la propriété de… Dans sa possession [de l'empire] j'ai trouvé pour tous charmes D'effroyables soucis, d'éternelles alarmes, Corneille, Cinna, II, 1. L'usage seulement fait la possession, La Fontaine, Fabl. IV, 20. Elle [la princesse d'Orange] a donné procuration à son mari pour prendre possession du royaume d'Angleterre, dont elle dit qu'elle est héritière ; et, si son mari est tué… elle la donne à M. de Schomberg pour en prendre la possession pour elle, Sévigné, 8 nov. 1688. Les environs dont ils étaient en possession depuis tant de siècles, Bossuet, Hist. I, 8. Il se maintient dans la possession du royaume, Bossuet, I, 9. Quatre-vingts ans après la prise de Troie, les Héraclides se mirent en possession du Péloponnèse, ayant défait les Pélopides, Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. II, p 502, dans POUGENS. Les musulmans en possession de ce commerce [des Indes], Voltaire, Mœurs, 118.

    Fig. Il n'y a qu'à voir ces messieurs [les médecins] pour ne vouloir jamais les mettre en possession de son corps, Sévigné, 315. Elle [Mme de Coulanges] a pris possession de ma personne, elle me nourrit, elle me mène, Sévigné, 6 mai 1680. Je suis fort affligée de cette colique de Mme de Coulanges… il ne faut point laisser prendre possession de nos pauvres machines à des maux si dangereux et si douloureux, Sévigné, à M. de Coulanges, 19 juin 1695.

    Possession de famille, possession qui vient par hérédité.

    Fig. Que ses pères avaient toujours été fidèles serviteurs des rois leurs maîtres, mais qu'ils n'avaient jamais été leurs flatteurs ; que cette honnête liberté dont il faisait profession était un droit acquis et une possession de famille, Fléchier, Duc de Mont.

    Prendre possession, prise de possession, se dit de l'acte par lequel un État, un souverain s'assure la possession d'un territoire. Le 28 février 1766, M. Ulloa arriva dans la colonie avec quatre-vingts hommes de sa nation ; la prise de possession devait, dans les règles ordinaires, suivre son débarquement, Raynal, Hist. phil. XVI, II.

  • 2 Terme de jurisprudence. Action ou droit de posséder à titre de propriétaire. La possession est la détention ou la jouissance d'une chose ou d'un droit que nous tenons ou que nous exerçons par nous-mêmes ou par un autre qui la tient ou qui l'exerce en notre nom, Code Nap. art. 2228. En fait de meubles la possession vaut titre, ib. art. 2279. La possession utile ne commence que lorsque la violence a cessé, ib. art. 2233.

    Envoi en possession, acte judiciaire par lequel les ayants droit sont mis en possession de biens ou de titres qui leur sont dévolus.

    Possession de fait, action de détenir une chose sans avoir l'intention de se l'approprier : un dépositaire, un commodataire, un fermier, ont une possession de fait.

    Possession d'état, notoriété qui résulte d'une suite non interrompue d'actes faits par la même personne en une même qualité. La possession d'état s'établit par une réunion suffisante de faits qui indiquent le rapport de filiation et de parenté entre un individu et la famille à laquelle il prétend appartenir, Code Nap. art. 321.

  • 3Il se dit, par extension, des charges, des dignités dont on est revêtu, des biens moraux ou autres qu'on possède. Elle [l'histoire] ne dit point ce que devin : Rodogune après la mort de Démétrius, qui vraisemblablement l'amenait en Syrie prendre possession de sa couronne, Corneille, Rodog. examen. Nous disions avec joie que le ciel l'avait arrachée, comme par miracle, des mains des ennemis du roi son père, pour la donner à la France ; don précieux, inestimable présent, si seulement la possession en avait été plus durable, Bossuet, Duch. d'Orl. Ces anciennes et illustres familles qui sont dans une si longue possession [héréditaire] des premiers honneurs, Fénelon, Tél. XI.

    Être en possession de l'estime publique, la posséder pleinement.

    Être en possession du théâtre, n'avoir point de rival dans la composition des pièces dramatiques. Il [Sophocle] était âgé de 28 ans ; il concourait avec Eschyle, qui était en possession du théâtre, Barthélemy, Anach. ch. 69.

    Prendre possession, entrer en charge. Je suis ravie, Monseigneur, de ce que vous prendrez possession jeudi ; je joindrai mes prières aux vôtres, pour que Dieu donne sa bénédiction à tout ce que vous allez faire, Maintenon, Lett. au cardin. de Noailles, 8 nov. 1695.

  • 4 Fig. Être en possession de, avec un nom de personne pour sujet, avoir le droit, la coutume de. Il établit une nouvelle troupe de comédiens à Paris, malgré le mérite de celle qui était en possession de s'y voir l'unique, Corneille, Mél. examen. Le comte de Grammont, qui est en possession de dire toutes choses sans qu'on ose s'en fâcher, Sévigné, à Bussy, 6 août 1675. Je parle de ceux qui… par oubli de la religion, se sont mis dans la possession malheureuse de ne plus prier, Bourdaloue, Serm. pour le 5e dim. après Pâques, 1. La journée de Lens, encore plus triomphante, acheva de mettre ce prince dans la juste et incontestable possession où il se vit alors d'être le héros de son siècle, Bourdaloue, Oraison funèbre de Condé. Les troupes de France étaient partout en possession d'avoir de l'avantage, Hamilton, Gramm. v. Il y a plus de mille ans que les femmes sont en possession de se brûler [en Orient], Voltaire, Zadig, 11. Il y a environ quarante-cinq ans que monseigneur est en possession de se moquer de son humble serviteur, Voltaire, Lett. Richelieu, 28 nov. 1767.

    Être en possession de, avec un nom de chose pour sujet, produire habituellement tel ou tel effet. Ne cherchez point dans cette tragédie les agréments qui sont en possession de faire réussir au théâtre les poëmes de cette nature, Corneille, Sert. examen. Les oiseaux ont toujours été en possession de fournir aux peuples policés, comme aux peuples sauvages, une partie de leur parure, Buffon, Ois. t. II, p. 277.

  • 5 En termes de grammaire, la qualité des adjectifs ou pronoms possessifs. Le sujet à qui convient la possession, si par accident ce n'est pas une personne, est cependant regardé toujours comme une personne, D'Olivet, Ess. gramm. III, 2.
  • 6 Fig. Empire qu'on a sur les affections de quelqu'un. Quelle possession vous avez prise de mon cœur ! Sévigné, 27 sept. 1679. L'esprit de Jésus-Christ a pris possession de leur cœur, Massillon, Myst. Pentecôte.
  • 7Il se dit de la jouissance de la vue de Dieu. Dieu, dit saint Augustin, ne nous a point promis d'autre héritage que la possession de lui-même, Bourdaloue, Concep. de la Vierge, Mystères, t. II, p. 35.
  • 8La chose même qu'on possède. Venez voir vous-mêmes cette terre délicieuse que le Seigneur vous propose et qui doit être votre possession éternelle, Massillon, Carême, Samaritaine.

    Au plur. Terres possédées par un État, par un particulier. Les Anglais avaient attaqué les possessions de la France en Amérique et en Asie, Voltaire, Louis XV, 26. Philotas avait, dans l'île de Samos, des possessions qui exigeaient sa présence, Barthélemy, Anach. chap. 72.

  • 9Jouissance de certaines choses qu'on a recherchées avec ardeur. La possession diminue ordinairement le prix des choses qu'on a le plus désirées.
  • 10Il se dit d'une femme que l'on obtient en mariage. Et [l'honneur] te fait renoncer, malgré ta passion, à l'espoir le plus doux de ma possession, Corneille, Cid, v, 1.

    Jouissance des faveurs d'une femme. Le roi était alors dans la première ardeur de la possession de la Vallière, La Fayette, Hist. Henr. d'Anglet. Œuv. t. III, p. 112, dans POUGENS. La possession de beaucoup de femmes ne prévient pas toujours les désirs pour celle d'un autre, Montesquieu, Esp. XVI, 6. Le moment de la possession est une crise de l'amour, Rousseau, Hél. I, 9.

    Une possession s'est dit quelquefois d'une pièce de vers pour célébrer la possession d'une femme.

  • 11 Terme de liturgie. État d'une personne qui est actuellement sous le pouvoir du diable, et dans le corps de laquelle il habite réellement. Toutes les maladies lui sont des possessions ; et, où il ne faut que des médecins, elle emploie les exorcistes, Guez de Balzac, le Prince, chap. 7.

HISTORIQUE

XIIe s. Persones e prelaz… Qui tenissent del rei terre e possessiun, Th. le mart. 61.

XIIIe s. Et leur possessions livra Dieux à feu ; par feu deserta leur porprises toutes, Psautier, f° 95.

XIVe s. Dire que une chose soit très bonne quant à la possession ou quant à l'usage, Oresme, Eth. 18.

XVe s. Le duc de Bretaigne et le duc nouveau de Normandie, lesquelz allerent à Rouen prendre leur possession, Commines, I, 14.

XVIe s. Avant la possession prinse [d'une femme], Montaigne, I, 97. Possession centenaire et immémoriale vaut titre, Loysel, 727. Le viager [l'usufruit] conserve la possession du proprietaire, Loysel, 742. Qu'ilz entreroient incontinent en possession et exercice de leurs offices, Amyot, Caton d'Ut. 55. Les peintres sont en possession immemoriale d'une liberté de faire tout à plaisir selon leur fantaisie, Yver, p. 606.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Encyclopédie, 1re édition (1751)

POSSESSION, s. f. (Jurisprud.) est la détention & la jouissance d’une chose, soit qu’il s’agisse d’une chose mobiliaire que l’on peut tenir en sa main, soit qu’il s’agisse d’un héritage ou autre immeuble, ou droit réel reputé immeuble, dont la possession s’acquiert & se conserve par des actes tendans à user de la jouissance, ou à en disposer comme propriétaire.

On distingue plusieurs sortes de possessions, savoir la possession de fait, & celle de droit ; la possession naturelle & la possession civile, & autres, ainsi qu’on l’expliquera dans les subdivisions suivantes.

La possession est de fait & de droit ; mais pour connoître quand elle est acquise, on a plutôt égard à la volonté qu’au seul fait.

On peut acquérir la possession par autrui ; savoir par un fermier ou locataire, par un dépositaire, un fondé de procuration, un tuteur.

La possession du défunt se continue en la personne de l’héritier ; elle est regardée comme la même & non comme une possession nouvelle.

Celui qui a la possession d’une chose, quoiqu’il n’en soit pas le véritable propriétaire, a beaucoup d’avantage sur ceux qui ne la possedent pas ; c’est pourquoi l’on dit en droit, in pari causâ, melior est possidentis.

Lorsqu’il est troublé dans sa possession, après an & jour, il peut intenter complainte, & par ce moyen se faire maintenir en sa possession, même contre le véritable propriétaire, auquel il ne reste plus que la ressource du pétitoire, & de demander la restitution des fruits. Voyez Complainte & Possessoire.

Le possesseur n’est pas obligé de montrer son titre, il lui suffit de dire qu’il possede parce qu’il possede ; & en cas de dénégation, on peut ordonner la preuve par témoins.

Quand la chose est sujette à prescription, & que le propriétaire en a laissé jouir paisiblement le possesseur assez long-tems pour acquérir la prescription, le possesseur devient lui-même légitime propriétaire.

Le tems nécessaire pour donner cet effet à la possession, est différent selon les objets dont il s’agit, & aussi selon les pays, ainsi qu’il sera expliqué au mot Prescription.

Celui qui a été dépossédé par force & par violence, peut intenter dans l’an & jour l’action de réintégrande, pour être rétabli dans sa possession ; & cette action est si favorable que quand ce seroit le propriétaire qui auroit commis la violence, & qu’il justifieroit sur le champ de sa propriété, on ne l’écouteroit point jusqu’à ce qu’il ait retabli celui qu’il a dépouillé : c’est la maxime des Canonistes, spoliatus ante omnia restituendus est. Voyez Réintégrande.

La possession se perd par négligence & par le défaut d’exercice, ou par un jugement d’éviction qui envoie un autre en possession de la chose. Voyez au digeste le livre XLII. le tit. 4 de acquirenda vel amittendâ possessione, & livre XLII. les tit. 4. & 5. au code, livre VII. tit. 32. de acquirendâ & retin. possessione ; les lois civiles, & Argout, tit, de la possession.

Possession actuelle, est celle que l’on a réellement & dans le moment présent.

Possession d’an et jour, est celle qui a duré pendant une année entiere & encore un jour au-delà. Pour pouvoir s’aider de cette possession, il faut qu’elle ait duré pendant l’an & jour qui ont précédé le trouble.

Possession annale, c’est ainsi qu’en matiere canonique & bénéficiale on appelle la possession du bénéficier qui jouit paisiblement depuis un an de son bénéfice.

Cette possession se compte du jour de la prise de possession du bénéfice, & doit être paisible & non interrompue par aucun exploit.

Elle donne droit au pourvu de demeurer en possession du bénéfice, jusqu’à ce que le pétitoire soit jugé.

Telle est la teneur de la regle de chancellerie romaine, appellée regle de annali possessore.

Cette regle étoit suivie en France du tems de Rebuffe & de Dumolin, mais présentement elle n’y est plus suivie ; & il n’y a point de provisions par dévolu dans lesquelles on ne déroge à cette regle, & quand la dérogation ne s’y trouveroit pas nommément exprimée, elle y seroit toujours sous-entendue. Voyez ci-après Possession triennale.

Possession artificielle ou feinte, est une fiction de droit qui nous fait réputer possesseur d’une chose qu’un autre possede sous notre nom, comme dans le cas de la relocation, du constitut ou précaire Voyez Constitut, Précaire, Relocation.

Possession de bonne foi, est celle où le possesseur est convaincu qu’il possede légitimement. Voyez Prescription.

Possession centenaire, est celle qui dure depuis cent ans ; cette possession est aussi appellée possession ancienne & immémoriale : elle vaut titre.

Possession civile, est celle qui est plus de droit que de fait, comme quand on dit suivant la regle, le mort saisit le vif, qu’un héritier est en possession de tous les biens du défunt des le moment de son décès. Cela est vrai selon les principes ; mais cette possession est purement civile, & n’est qu’une fiction de droit, parce que cet héritier ne possede naturellement & réellement les choses que quand il les a appréhendées, & qu’il les a mises de fait en sa main & jouissance.

On appelle aussi possession civile, celle d’un bénéficier qui a pris possession de droit. Il acquiert par ce moyen la qualité & les actions de possesseur, quoiqu’il ne jouisse pas & réellement, & même qu’il y ait un autre pourvu qui jouisse du même bénéfice.

Quelquefois au contraire le terme de possession civile est opposé à la possession naturelle ; on entend alors par possession civile la détention d’une chose avec affection de la tenir comme en ayant la propriété, quoiqu’on ne l’ait pas encore véritablement. Telle est la possession d’un possesseur de bonne foi, lequel ayant acheté un fonds de celui qu’il en croyoit le véritable propriétaire, quoiqu’il ne le fût pas. Il en est le possesseur & non pas le propriétaire, quoique la cause de sa possession soit translative de propriété ; la raison est que celui de qui il a acheté n’a pu transférer en sa personne plus de droit qu’il n’en avoit lui-même. Cette possession civile sert néanmoins au possesseur à faire les fruits siens tant que sa possession n’est pas interrompue par le propriétaire : elle lui sert aussi à acquérir la propriété de la chose par le moyen de la prescription.

Quoique cette possession ne puisse être acquise par la seule intention de posséder sans une possession réelle & actuelle ; elle peut néanmoins se conserver par l’intention seule. Ainsi un homme qui sort de sa maison à dessein d’y revenir, en conserve la possession civile jusqu’à ce qu’un autre s’en soit emparé : en quoi notre usage differe du droit romain, suivant lequel le premier possesseur conservoit sa possession civile tant qu’il ignoroit qu’un autre se fût emparé de la chose. Voyez Possession naturelle.

Possession clandestine, est celle qui a été acquise secrétement & non publiquement : cette possession ne sert point pour la prescription.

Possession continue, est celle qui a toujours été suivie & non interrompue.

Possession corporelle, est lorsque l’on possede réellement & véritablement la chose, & non pas lorsqu’on a une simple possession de droit, qui est magis animi quam facti.

Possession de droit, est celle qui est fondée sur une saisine légale, & qui est plutôt de volonté présumée que de fait, comme la possession d’un héritier présomptif ; ou bien comme celle d’un pourvu qui prend une possession fictive d’un bénéfice dont un autre est en possession réelle : cette possession est la même chose que la possession civile. (A)

Possession de fait, n’est qu’une détention de la chose sans intention ni habileté, pour en acquérir la propriété. Telle est la possession du dépositaire, du commodataire, du fermier, & autres qui possedent pour & au nom d’autrui. Voyez Possession precaire.

Possession de fait & de droit, animi & facti, est celle où la détention de la chose est accompagnée de l’intention de la posseder propriétairement, telle que la possession d’un acheteur légitime.

Possession fictive, est celle qui n’est pas réelle, mais que l’on suppose comme si elle existoit réellement ; telle est la possession civile ou de droit simplement.

Possession furtive, est celle qui a été usurpée par de mauvaises voies, & qui n’est ni publique ni légitime, comme quand on a enlevé les grains la nuit.

Possession immémoriale, est celle qui passe la mémoire des personnes vivantes, & dont on ne voit point le commencement. La possession centenaire est une possession de cent ans, une possession immémoriale ; mais il n’est pas nécessaire de prouver cent ans de possession, pour pouvoir qualifier sa possession d’immémoriale : il suffit qu’elle soit au-dessus de trente ans.

Possession manuelle est celle que l’on a d’une chose que l’on tient en ses mains, comme un meuble ou effet mobilier. Il n’y a point de possession manuelle pour les immeubles, ces sortes de biens ne pouvant être tenus dans la main.

Possession de mauvaise foi, est celle où le possesseur a connoissance que la chose ne lui appartient pas.

Possession momentanée, est celle qui n’a point été suivie, & en vertu de laquelle on n’a pu acquérir ni la possession ni la propriété.

Possession naturelle, est la détention de quelque chose qui appartient à autrui : cette possession est de deux sortes ; l’une qui est juste, comme quand un créancier possede la chose qui lui a été donnée en gage par son débiteur ; l’autre qui est injuste, est celle d’un voleur & d’un possesseur de mauvaise foi, qui joint à la détention de la chose, l’envie de la retenir, quoiqu’il n’ait pas droit de le faire. Voyez Possession civile.

Possession paisible, est celle qui n’a point été interrompue de fait ni de droit. Voyez Interruption & Prescription.

Possession precaire est celle que l’on tient d’autrui & pour autrui, & dont l’objet n’est point de transférer la propriété au possesseur : telle est la possession d’un fermier ou locataire, d’un dépositaire ou sequestre.

Possession publique est celle qui a été acquise au vu & au sçu de tous ceux qui étoient naturellement à portée d’être témoins de cette possession.

Possession (quasi) est celle que le détenteur n’acquiert pas pour lui, mais pour un autre ; de maniere qu’il n’est pas censé être personnellement en possession : telles sont toutes les possessions précaires des fermiers, dépositaires, sequestres, & autres semblables.

Possession réelle est la même chose que possession corporelle : elle est différente de la possession naturelle & de fait seulement, en ce que la possession réelle peut être tout à la fois de fait & de droit.

Possession triennale, en matiere bénéficiale, est celle d’un bénéficier qui a possédé paisiblement & avec un titre coloré, pendant trois années consécutives & non interrompues.

Cette possession opere en sa faveur une prescription qui le rend possesseur paisible tant au possessoire qu’au pétitoire.

L’exception résultante de la possession triennale, a lieu pour les bénéfices consistoriaux, de même que pour les autres.

Si celui qui a la possession triennale est troublé par quelqu’un prétendant droit au bénéfice, obtient en chancellerie des lettres ou commission appellées de pacificis possessoribus, par lesquelles le roi ordonne aux juges de maintenir l’exposant, s’il leur appest qu’il soit en possession plus que triennale ;

Au moyen de ces lettres, il excipe de sa possession & de la regle de triennale possession, ou de pacificis possessoribus, qui est du pape Paul III.

Ceux qui sont intrus ne peuvent, quoiqu’ils ayent possédé paisiblement pendant trois années, se servir de la regle de pacificis, parce que le tems ne diminue pas l’énormité du crime.

Il en est de même de celui qui est coupable de simonie.

On tient néanmoins qu’il en est autrement de celui qui est entré dans un bénéfice avec irrégularité, parce que ce cas n’est pas excepté de la regle de pacificis.

La possession triennale d’un bénéfice pour lequel on est en procès, s’acquiert lorsque le collitigant a discontinué sa procédure pendant trois ans ; mais elle ne court point dans le cas de l’appel comme d’abus, parce que l’abus ne se couvre pas.

Pour interrompre la possession triennale, il faut qu’il y ait eu assignation donnée au possesseur ; qu’en conséquence les parties se soient communiqué leurs titres & capacités, & que les délais établis par les ordonnances, avant que d’entrer dans la véritable contestation, soient expirés.

L’interruption civile ne suspend la possession triennale qu’à l’égard de celui qui a fait le trouble, & non à l’égard d’un tiers ; mais l’interruption naturelle & la dépossession servent à tous les contendans.

La possession triennale n’est pas interrompue par la résignation, lorsque le résignant rentre dans son bénéfice par la voie du regrès, parce que sa possession est toujours fondée sur le même titre. Voyez la pragmatique, § de pacificis possess. & la glose ; le concordat de pacifiq. possess. §. staiuimus, d’Héricourt, chap. de la prise de possession. Bouchel, somme de ref. verbo patronage. Pérard & Castel.

Possession vicieuse est celle qui est infectée de quelque défaut, comme de mauvaise foi, ou qui est furtive ou fondée sur quelque titre vicieux. (A)

Possession du démon, (Théolog.) état d’une personne dont le démon s’est emparé, dans le corps de laquelle il est entré, & qu’il tourmente.

On met cette différence entre l’obsession & la possession du démon, que dans la premiere le démon agit au-dehors, & que dans l’autre il agit au-dedans. Voyez Obsession.

Les exemples de possession sont communs sur-tout dans le nouveau Testament. Jesus-Christ & ses apôtres ont guéri une infinité de possédés, & les histoires ecclésiastiques en fournissent encore un grand nombre ; mais comme on fait par plusieurs expériences, que souvent on a abusé de la crédulité des simples par des obsessions & des possessions feintes & supposées ; quelques prétendus esprits forts se sont imaginés que toutes ces obsessions ou possessions étoient des maladies de l’esprit, & des effets d’une imagination fortement frappée ; que quelquefois des personnes se croyoient de bonne-foi possédées ; que d’autres feignoient de l’être, pour parvenir à certaines fins ; qu’en un mot il n’y avoit ni possessions ni obsessions véritables ; & voici les raisons sur lesquelles ils se fondent.

Le démon, dit-on, ne peut naturellement agir sur nos corps. Il est d’une nature toute spirituelle, & ne peut par sa seule volonté, remuer nos membres, ni agir sur nos humeurs & nos organes, sans une permission expresse de Dieu. S’il avoit naturellement ce pouvoir, tout le monde seroit plein de possédés & d’obsédés : il exerceroit à tout moment sa haine contre les hommes, & feroit éclater sa puissance & son empire avec tout l’éclat dont son orgueil pourroit s’aviser. Combien ne verroit-on pas tous les jours d’hommes possédés, agités, tourmentés, précipités, étouffés, étranglés, brûlés, noyés, &c. si l’on accordoit au démon le pouvoir dont nous parlons ? Si l’on dit que Dieu modere ce pouvoir, qu’il reprime le démon, & ne lui permet pas d’exercer sa malice contre des pécheurs & des mechans, ne voyons-nous pas au contraire que ce malin esprit obsede ou possede des personnes très-innocentes ? On fait ce qu’il fit souffrir à Job : on voit des enfans possédés & d’autres personnes dont la vie paroît avoir été sans crime & sans desordre.

Pour quoi, ajoutent-ils, ne voit-on des possédés qu’en certains tems & dans certains pays ? Qu’il y a des nations entieres où on ne connoît point de possédés ? D’où vient que l’on n’en voit que dans les pays dont les peuples sont superstitieux, & que ces accidens n’arrivent qu’à des personnes d’un esprit peu solide, & d’un tempérament melancolique ? Qu’on examine tous ceux ou celles qui se disent ou qui se sont dits possédés ou possédées, il est certain qu’il ne s’en trouvera aucun qui n’ait quelques-unes des qualités ou des foiblesses dont on vient de parler.

Si l’on suppose, continuent-ils, que le démon arrête ou suspend les opérations de l’ame d’un possédé pour se mettre lui-même eu la place de l’ame, ou même que plusieurs démons agitent & possedent un même homme, la difficulté sera encore plus grande. Comment concevoir cette ame qui n’agit plus dans le corps qu’elle anime, & qui se livre, pour ainsi dire, au pouvoir du démon ? Comment tant de mauvais esprits peuvent-ils s’accorder à gouverner un seul homme ? Si tout cela se peut faire sans miracle, que deviendra la preuve des miracles pour les incrédules ? Ne diront-ils pas que tout ce qu’on appelle miracles, sont des opérations du démon ? Et s’il faut un miracle pour qu’un homme soit possédé du démon, voilà Dieu auteur, ou au moins coopérateur du démon dans les obsessions & dans les possessions des hommes.

Enfin, disent-ils, on a tant d’exemples de choses toutes naturelles, qui toutefois paroissent surnaturelles, qu’on a lieu de croire que ce qu’on appelle possessions du démon n’est pas d’autre sorte. Tant de gens s’imaginent être changés en loups, en bœufs, être de verre ou de beurre, être devenus rois ou princes ; personne dans ces cas ne recourt au démon ni au miracle : on dit tout simplement que c’est un dérangement dans le cerveau, une maladie de l’esprit ou de l’imagination, causée par une chaleur de visceres, par un excès de bile noire ; personne n’a recours aux exorcismes ni aux prêtres : on va aux médecins, aux remedes, aux bains ; on cherche des expédiens pour guérir l’imagination du malade, ou pour lui donner une autre tournure. N’en seroit-il pas de même des possédés ? Ne réussiroit-on pas à les guérir par des remedes naturels, en les purgeant, les raffraîchissant, les trompant artificieusement, & leur faisant croire que le démon s’est enfui & les a quittés ? On a sur cela des expériences fort singulieres ; mais quand on les rapporteroit, les partisans des possessions diroient toujours que ces gens-la n’étoient pas possédés ; qu’ils ne nient pas qu’il n’y ait dans cette matiere bien de l’illusion, mais qu’ils soutiennent que parmi ce grand nombre d’énergumenes, on ne peut nier qu’il n’y en ait eu de vraiment possédés. Les autres soutiennent qu’il n’y en a aucun, & qu’on peut expliquer naturellement tout ce qui arrive aux possédés, sans recourir au démon. C’est-là tout le nœud de la difficulté.

Les défenseurs de la réalité des possessions du démon, remarquent que si tout cela n’étoit qu’illusion, J. C. les apôtres & l’Eglise seroient dans l’erreur, & nous y engageroient volontairement en parlant, en agissant, en priant, comme s’il y avoit de vrais possédés. Le Sauveur parle & commande aux démons qui agitoient les énergumenes : ces démons répondent, obéissent, & donnent des marques de leur présence, en tourmentant ces malheureux qu’ils étoient obligés de quitter ; ils leur causent de violentes convulsions, les jettent par terre, les laissent comme morts ; se retirent dans des pourceaux, & précipitent ces animaux dans la mer. Peut-on nommer cela illusion ? Les prieres & les exorcismes de l’Eglise ne sont-ils pas un jeu & une momerie, si les possédés ne sont que des malades imaginaires ? Jesus-Christ dans S. Luc, c. vij. v. 20 & 21. donne pour preuve de sa mission, que les démons seront chassés : & dans S. Marc, chap. xvij. v. 17. il promet à ses apôtres le même pouvoir. Tout cela n’est-il que chimere ?

On convient qu’il y a plusieurs marques équivoques d’une vraie possession, mais il y en a aussi de certaines. Une personne peut contrefaire la possédée, & imiter les paroles, les actions & les mouvemens d’un énergumene ; les contorsions, les cris, les hurlemens, les convulsions, certains efforts qui paroissent venir du surnaturel, peuvent être l’effet d’une imagination échauffée, ou d’un sang mélancolique, ou de l’artifice : mais que tout-d’un-coup une personne entende des langues qu’elle n’a jamais apprises ; qu’elle parle de matieres relevées qu’elle n’a jamais étudiées ; qu’elle découvre des choses cachées & inconnues ; qu’elle agisse & qu’elle parle d’une maniere fort éloignée de son inclination naturelle ; qu’elle s’éleve en l’air sans aucun secours sensible ; que tout cela lui arrive sans qu’on puisse dire qu’elle s’y porte par intérêt, par passion, ni par aucun motif naturel, si toutes ces circonstances, ou la plûpart d’entr’elles, se rencontrent dans une possession, pourra-t-on dire qu’elle ne soit pas véritable ?

Or, il y a plusieurs possessions où plusieurs de ces circonstances se sont rencontrées. Il y en a donc de véritables, sur-tout celles que l’Evangile nous donne pour telles. Dieu permit que du tems de Jesus-Christ, il y en eût un grand nombre dans Israël, pour lui fournir plus d’occasions de signaler sa puissance, & pour nous fournir plus de preuves de sa mission & de sa divinité.

Quoiqu’on avoue que les vraies possessions du demon sont très-rares, & qu’elles sont difficiles à reconnoître, toutefois on ne convient pas qu’elles soient miraculeuses. Elles n’arrivent pas sans la permission de Dieu, mais elles ne sont ni contraires, ni même supérieures aux lois naturelles. Personne ne recourt au miracle pour dire qu’un bon ange nous inspire de bonnes pensées, ou qu’il nous fait éviter un danger ; on suppose de même qu’un demon peut nous induire au mal, exciter dans nos corps des impressions déréglées, causer des tempêtes, &c. L’Ecriture attribue aux mauvais anges la mort des premiers nés de l’Egypte, & la défaite de l’armée de Sennacherib ; elle attribue aux bons anges la pluie de feu qui consuma Sodome & Gomorrhe. Ces événemens sont miraculeux en certaines circonstances, mais non pas en toutes. Dieu ne fait que laisser agir les démons, ils exercent en cela un pouvoir qui leur est naturel, & qui est ordinairement arrêté & suspendu par la puissance de Dieu. On décide trop hardiment sur la nature de cet esprit que l’on connoît si peu.

Voilà les raisons de part & d’autre, telles que les propose dom Calmet dans son dictionnaire de la Bible, & qu’on peut voir traitées avec plus d’étendue dans une dissertation particuliere qu’il a donnée sur les possessions & obsessions des démons.

Dans ces derniers tems, à l’occasion des prétendus miracles & des convulsions qui arrivoient à St. Médard, on a beaucoup traité de la réalité des possessions. Dom la Taste, alors bénédictin, & dans la suite evêque de Bethléem, dans ses lettres théologiques aux écrivains défenseurs des convulsions, a prouvé la réalité des possessions par les endroits de l’Evangile qu’indique le pere Calmet dans ce qu’on vient de lire. Il y ajoute des preuves tirées de la tradition.

« Nous appuyons, dit-il, ce sentiment d’une maxime non moins conforme à la raison & au bon sens, qu’elle est importante à la religion, c’est qu’une doctrine crue de tous les Chrétiens, dans toutes les nations, & dans tous les tems, ne sauroit être une erreur, mais qu’elle coule infailliblement d’une tradition divine ; c’est la judicieuse remarque de Tertulien, lib. de præscrip. cap. jx. ecquid verisimile est, ut tot ac tantæ in unam fidem erraverint ? cæterum quod apud multos unum invenitur non est erratum, sed traditum. Or en jettant les yeux sur toutes les nations qui professent le Christianisme, Catholiques ou même schismatiques, l’on trouve la croyance de ces démons puissans & malins, même uniformité si l’on remonte de notre siecle jusqu’à celui des Apôtres.

Cette doctrine, ajoute-t-il, est encore appuyée de beaucoup de faits non équivoques, faits de plusieurs sortes ; mais je me borne à réfléchir sur une seule, sur ce qu’opéroient les demons dans les énergumenes. Je dis donc que l’on a vu dans le Christianisme de réelles possessions du démon, accompanées de merveilles très-considérables. Sulpice Sévere, St. Hilaire, St. Jerôme, St. Paulin nous assurent que l’on voyoit de leur tems des personnes extraordinairement tourmentées par les démons sur les tombeaux ou en présence des saints ».

Un de ses adversaires lui avoit répondu « que ces prétendus énergumenes qu’on voyoit aux tombeaux des martyrs, étoient des épileptiques ou des convulsionnaires qu’on ne manquoit pas de traiter de possédés, selon l’ancienne erreur, qui faisoit donner à ces accidens le nom de maux sacrés, qu’ils conservent encore aujourd’hui parmi les bonnes femmes. Les Peres entraînés par les préjugés de l’enfance & par l’ignorance des causes naturelles, ont parlé comme le peuple ».

Je n’examinerai point, replique dom la Taste, si « cette ancienne erreur étoit aussi répandue & parmi les Idolâtres, & parmi les Chrétiens que vous le supposez. Mais n’est-on qu’épileptique ou convulsionnaire lorsqu’on s’éleve en l’air & qu’on y demeure suspendu, la tête en bas, sans que l’on tienne à quoi que ce soit ? Faut-il être une bonne femme pour ne pas confondre ces phénomenes avec ceux de l’épilepsie & avec de simples convulsions ? Or c’est sur ces phénomenes que les Peres ont décidé que ces personnes étoient possédées. Leur décision n’étoit-donc pas un préjugé & une erreur populaire » ?

« Point du tout, répondoient les adversaires de dom la Taste. Ces choses-là sont vraiment surnaturelles au moins dans la maniere dont elles sont opérées ; mais les Peres ont évidemment parlé contre la vérité, lorsqu’en rapportant ces terribles prodiges, ils les ont attribués au démon ; il n’y avoit que le Dieu créateur de toutes choses qui pût les opérer ». Et pour détruire la réalité des faits, ils ajoutent : « ces énergumenes ou convulsionnaires faisoient des sauts & des culbutes comme ceux de St. Médard, & pour en exagérer le merveilleux effrayant, on disoit qu’ils restoient suspendus en l’air. St. Jerôme, St. Hilaire, St. Paulin, Sévere Sulpice & d’autres, l’ont dit de même. Voilà le vrai dénouement de la difficulté ».

« Quelle pénétration ! quels yeux ! quel homme ! s’écrie dom la Taste, du coin de son feu il découvre ce qui se passoit en Europe & en Asie il y a plus de treize siecles, comme s’il y eût été présent, & il est en état de redresser sur de purs faits tous les histoiriens de ce tems-là ».

Ensuite il montre qu’indépendamment du respect que la religion inspire pour eux, c’est une folie que de refuser de les en croire sur ces faits, puisque ce n’est pas pour en avoir entendu parler, mais pour les avoir vus qu’ils les racontent. Voici ce qu’en dit entr’autres St. Paulin :

His potiora etiam, tamen & spectata profabor.
Ante alios illum cui membra vetustior hostis
Obsidet . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . Corpore verso,
Suspendi pedibus spectantem tecta supinis
Quodque magis mirum atque sacrum est, nec in oroe
relapsis
Vestibus
, &c.

Et Sulpice Sévere, dialog. III. cap. vj. Vidi quemdam appropinquante Martino, in aëra raptum manibus extensis in sublime suspendi, ut nequaquam solum pedibus attingeret. D’où il conclut que les possessions sont réelles, & qu’elles ont le demon pour auteur. Et parce que ses adversaires admettent au-moins celles qui sont mentionnées dans l’Evangile, il en tire avantage contre eux, ou pour admettre toutes les autres, ou pour se jetter dans l’incrédulité ; & en effet, les raisons que nous venons de citer de leur part en approchent fort. Lettres théologiques aux écrivains défenseurs des convulsions, lettre VII. n°. xxxi. & suiv.

Mais comme l’autorité des Peres les gênoit, ils ont tenté de s’en débarasser par plusieurs raisons. « Les Peres, dit l’un d’entre eux, n’avoient-ils pas des préjugés sur la nature & sur les opérations des demons ? 1°. Tous les Peres ont presque tous cru pendant plusieurs siecles, & jusqu’aux derniers, que les demons avoient des corps. 2°. S’ils leur ont donné quelque pouvoir sur les corps, c’étoit par leurs propres forces corporelles qu’ils leur faisoient exercer ce pouvoir ». Mais comme aujourd’hui ces deux suppositions sont démontrées fausses, il s’ensuit que les possessions qu’on fondoit sur ces hypothèses n’ont point été réelles.

Dom la Taste répond, « qu’il est vrai que quelques peres ont pensé que les démons ont de vrais corps, ne regardant néanmoins ce sentiment que comme une pure opinion, ainsi que St. Augustin, l’un d’entre eux, s’en est expliqué, lib. XXI. de civitate Dei ; mais que tous, ou presque tous les peres jusqu’aux derniers siecles, ayent eu la même idée, c’est ce qui est certainement faux. N’est-il pas constant que de ceux qui ont attribué des corps aux démons, plusieurs ne donnoient point au nom de corps le sens que nous y donnons, qu’ils opposoient corporel à immense, comme ont fait St. Jean Damascene, lib. II. de fid. orthod. & St. Grégoire le Grand, lib. II. moral. cap. iij. & que quelquefois ils les appelloient corps, comme une substance revêtue d’accidens ? N’est-il pas même certain que le plus grand nombre des Peres ont enseigné que les démons sont de purs esprits, conformément à la doctrine de l’Apôtre, Ephes. cap. vj » ? Ainsi la premiere objection porte à faux.

« La seconde, ajoute-t-il, n’est pas plus solide. On y soutient que si les Peres ont donné quelque pouvoir aux démons sur les corps, c’est parce qu’ils les supposoient revêtus de corps, & que ce n’est que par leurs forces corporelles qu’ils les faisoient agir. Erreur manifeste. Est-ce en les supposant corporels que ceux d’entre les peres qui les croyoient de purs esprits leur attribuoient ce pouvoir sur les corps ? Est-ce par leurs facultés corporelles que les faisoient opérer tant d’autres peres, qui n’osant assurer qu’ils aient un corps, assuroient pourtant qu’ils ont sur les corps un grand pouvoir ? Or il est indubitable que tous ou presque tous les peres sont compris dans ces deux classes. En un mot, beaucoup ont nié que le démon ait un corps, beaucoup en ont douté, & nul n’a nié son pouvoir sur les corps, nul n’en a douté. C’est donc indépendamment de l’idée sur la nature diabolique que les Peres ont reconnu le pouvoir du démon sur les corps, & par conséquent la réalité des possessions ».

Mais, ajoutoient les défenseurs des convulsions, les Peres étoient imbus du platonisme, c’est-là une des sources, & peut-être la principale de leur sentiment sur le pouvoir du démon, & après-tout c’étoit une pure opinion dont il est permis de s’écarter. A cela dom la Taste répond que ni Eusebe, ni St. Justin, ni Lactance, ni St. Augustin, ni Théodoret, ni St. Epiphane, ni les autres n’ont pas été puiser des principes dans une philosophie qu’ils ont rejettée, méprisée, déclarée fausse, &c. Mais il faut avouer que cette réponse générale ne détruit pas l’objection ; car il passe pour constant que si les Peres n’ont pas été servilement attachés aux idées du platonisme, on en trouve du-moins beaucoup de traces, &, s’il est permis de s’exprimer ainsi, d’assez fortes teintes dans leurs écrits ; mais c’étoit sur l’Ecriture qu’ils avoient formé leur langage. Ce qu’il ajoute est beaucoup plus solide, savoir que les Peres ont si peu regardé cette matiere comme une chose d’opinion, qu’ils l’ont crue liée à la foi. C’est ainsi du-moins qu’en parle St. Augustin : Addimus, dit-il, lib. XXI. de civitate Dei, cap. vj. per homines dæmonicarum artium & ipsorum per se ipsos dæmonum multa miracula, quæ si negare voluerimus, iidem ipsi cui credimus sacrarum litterarum adversabimur veritati. Lettres théologiques aux écrivains défenseurs des convulsions, lett. XXI. n°. 108. & suiv.

Josephe, Antiquités, liv. VII. c. xxv. a cru que les possessions du démon étoient causées par l’ame des scélérats, qui craignant de se rendre au lieu de son supplice, s’empare du corps d’un homme, l’agite, le tourmente & fait ce qu’elle peut pour le faire périr. Ce sentiment paroît particulier à Josephe, car le commun des Juifs ne doutoit point que ce ne fussent des démons qui possédassent les énergumenes. L’Ecriture, dans Tobie, cap. vj. v. 19. & cap. viij. v. 2. & 3. nous apprend que le démon Asmodée fut mis en fuite par la fumée d’un foie de poisson. Josephe raconte que Salomon composa des exorcismes pour chasser les mauvais esprits des corps des possédés, & qu’un juif, nommé Eléazar, guérit, en présence de Vespasien, quelques possédés en leur appliquant un anneau dans lequel étoit enchâssée la racine d’une herbe enseignée par Salomon. En même tems qu’on prononçoit le nom de ce prince, & l’exorcisme dont on le disoit auteur, le malade tomboit par terre, & le démon ne le tourmentoit plus. Ils croyoient donc & que les démons agissoient sur les corps, & que les corps faisoient impression sur les démons. On peut consulter sur cette matiere la dissertation du pere Calmet imprimée dans le recueil de ses dissertations, à Paris en 1720.

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Étymologie de « possession »

Du latin possessio. (1100-50) possessiun.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Provenç. possessio ; espagn. posesion ; ital. possessione ; du lat. possessionem, de possessum, supin de possidere, posséder.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Phonétique du mot « possession »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
possession pɔsɛsjɔ̃

Citations contenant le mot « possession »

  • Le désir fleurit, la possession flétrit toutes choses. Marcel Proust, Les Plaisirs et les Jours, Gallimard
  • La possession n'est rien si la jouissance ne s'y joint. Ésope, Fables, 344, l'Avare
  • Toute possession dépossède : on perd le respect. De Jean Rostand / Inquiétude d'un biologiste
  • La possession du pouvoir corrompt inévitablement la raison. De Emmanuel Kant
  • En amour, la possession n'est pas la propriété. De Monseigneur Ghika
  • La forme la plus extrême de la possession : la destruction. De Gaëtan Brulotte / L'Emprise
  • Trop de possession, comme trop de passé, finissent par alourdir. De Michel Chevrier / Un bleu éblouissant
  • Ma femme ! Qui a inventé cette possession ridicule ? De Roger Fournier / Journal d'un jeune marié
  • Minimalisme voyant : Non-possession des biens matériels exhibée comme critère de supériorité morale ou intellectuelle. De Douglas Coupland / Génération X
  • Le plaisir récompense la possession d’un objet, la douleur précède l’expulsion d’un obstacle. De Maurice Pradines
  • Tout sadisme semble la volonté délirante d'une impossible possession. De André Malraux / Le Triangle noir
  • La possession des richesses a des filets invisibles où le coeur se prend insensiblement. De Jacques-Bénigne Bossuet / Sermons
  • La possession est une amitié entre l'homme et les choses. De Jean-Paul Sartre / Le diable et le bon dieu
  • La possession de merveilleux moyens de production n’a pas apporté la liberté, mais le souci et la famine. De Albert Einstein
  • La richesse consiste bien plus dans l'usage qu'on en fait que dans la possession. De Aristote
  • Je te le dis en vérité, Nathanaël, chaque désir m'a plus enrichi que la possession toujours fausse de l'objet même de mon désir. André Gide, Les Nourritures terrestres, Gallimard
  • Au départ, le ministère public avait porté une accusation de possession de stupéfiants en vue de trafic. Mais l’accusé, le 27 novembre 2019, a reconnu sa culpabilité à un chef d’accusation modifié de possession simple de méthamphétamine. La Nouvelle Union et L'Avenir de l'Érable, Peine de prison pour possession de méthamphétamine - La Nouvelle Union et L'Avenir de l'Érable
  • A terme, 18 Rafale y seront postés sous le nom de Golden Arrows (« flèches d’or »), en référence à l’escadron mythique de Mig-21 qui s’illustra en 1999 durant la guerre éclair de Kargil contre le Pakistan, au Cachemire. Les 18 autres seront, quant à eux, basés à Hasimara, tout près du Bhoutan. L’armée de l’air indienne a d’ores et déjà pris possession des cinq prochains Rafale, à Mérignac, et l’ensemble de la commande passée auprès de Dassault Aviation devrait avoir été livré d’ici à la fin de l’année 2021, au lieu du printemps 2022 prévu initialement. Le Monde.fr, L’armée indienne prend possession de ses premiers Rafale
  • Les autorités chinoises ont repris possession du consulat américain à Chengdu. (Photo by Noel Celis / AFP) LExpress.fr, EN IMAGES. La Chine prend possession du consulat des Etats-Unis à Chengdu - L'Express
  • La possession d’état est retenue dans une affaire où un homme a contribué à l’éducation et à l’entretien d’un enfant jusqu’à ses 18 ans et où des témoignages attestent de liens réguliers ; l’enfant étant connu comme son fils depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte. , La possession d’état d’enfant s’établit par un faisceau d’indices  - Éditions Francis Lefebvre
  • Une unité de la douane à l’aéroport de Tunis – Carthage a interpellé une passagère Française, en possession de 2100 comprimés de Subutex, dissimulés dans sa valise, mardi 28 juillet 2020. African Manager, Arrestation d'une française en possession d'une grosse quantité de « Subutex » - African Manager

Images d'illustration du mot « possession »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « possession »

Langue Traduction
Anglais possession
Espagnol posesión
Italien possesso
Allemand besitz
Chinois 拥有
Arabe ملكية
Portugais posse
Russe владение
Japonais 所持
Basque jabetza
Corse pussessu
Source : Google Translate API

Synonymes de « possession »

Source : synonymes de possession sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « possession »

Partager