La langue française

Trompe

Définitions du mot « trompe »

Trésor de la Langue Française informatisé

TROMPE, subst. fém.

A. −
1. Instrument à vent à embouchure, constitué par un tube conique plus ou moins long, souvent recourbé ou enroulé et terminé en pavillon, dont la sonorité est puissante et grave. Trompe de cuivre, d'ivoire, de laiton; sonner de la trompe; souffler dans une trompe; beuglement, mugissement de la trompe. Ils dansent (...) aux sons de vingt-trois trompes de terre ou de bois d'inégales longueurs (trente centimètres à un mètre cinquante) dont chacune ne peut donner qu'une note (Gide, Voy. Congo, 1927, p. 729).
En partic.
Vx. Synon. de trompette.Le crieur [public] tient une trompe d'une main et un parchemin déployé de l'autre (Hugo, Cromwell, 1827, p. 97).Proclamer, publier à son de trompe. Faire une proclamation publique après avoir sonné de la trompette. Le samedi 2 avril [1757], l'arrêt principal [de Damiens] fut lu et publié à son de trompe dans soixante-et-dix places et carrefours de Paris, par le crieur ordinaire du roi (Balzac, Œuvres div., t. 1, 1830, p. 566).
Au fig., vieilli. À son de trompe. À voix forte, à grand fracas, à grand renfort de publicité. Non, dit-elle, je trouve beaucoup trop d'affectation dans la bienfaisance faite à son de trompe (Balzac, Muse départ., 1844, p. 113).
Trompe de chasse ou, absol., trompe. Synon. de cor de chasse (v. cor1).Trompe d'argent, de cuivre. Une nuée de piqueurs en livrée, (...) les grandes trompes passées autour du corps, sonnant dans les clairières des hallalis prolongés (Flaub., Champs et grèves, 1848, p. 181).On joue la fanfare appropriée sur les trompes de chasse (on ne dit jamais cor de chasse). Tous les chiens, alors, « empaument » la voie, c'est-à-dire partent sur la piste (Vialar, Rendez-vous, 1952, p. 246).V. armement ex. 4.
2. Instrument à vent très simple utilisé pour donner un signal. Trompe de corne; trompe de berger. Le beuglement lointain des trompes de coquillages (Loti, Mariage, 1882, p. 68).À chaque tintement électrique qui lui annonçait un train, sonner de la trompe (Zola, Bête hum., 1890, p. 243).
En partic.
Autrefois, avertisseur de cycle, d'auto constitué par une poire de caoutchouc munie d'une anche et d'un pavillon métallique. Coup de trompe. Le chauffeur cornait, non sans impatience. Au son de la trompe, les visages se tournaient vers l'auto (Romains, Hommes bonne vol., 1932, p. 169).
MAR. Trompe de brume. ,,Instrument d'une grande sonorité employé à bord pour donner des signaux d'avertissement pendant les brumes`` (Soé-Dup. 1906). Synon. corne* de brume.
B. − P. anal. (de forme)
1. Partie buccale ou nasale très allongée en forme de tube.
a) Trompe (de l'éléphant). Prolongement nasal servant à la fois d'organe de préhension très développé et de pompe pour aspirer et rejeter l'eau. Synon. proboscide (v. ce mot A).Un éléphant coriace et plissé dressa sa trompe bicentenaire, comme s'il allait barrir, et simplement bâilla (Druon, Gdes fam., t. 1, 1948, p. 188).V. éléphant ex. 1.
b) Partie allongée prolongeant la tête ou le nez de certains animaux. Trompe du tapir. La petite trompe mobile [de la taupe poursuivie] frémit de fièvre et de peur (Pergaud, De Goupil, 1910, p. 84).V. amphibie ex. 9, aromal ex. 3.
c) Chez les insectes, les mollusques, certains vers, partie buccale formée de pièces allongées, rétractile ou non, permettant l'aspiration. Trompe du moustique. Pécuchet, tenant la bestiole [un papillon] avec délicatesse, leur faisait observer (...) sa trompe osseuse qui aspire le nectar des fleurs (Flaub., Bouvard, t. 2, 1880, p. 164).
2. ANATOMIE
Trompe d'Eustache. Conduit osseux et cartilagineux, partant de l'intérieur de la cavité du tympan, qui aboutit au rhino-pharynx et permet le passage de l'air extérieur. Son inflammation [du nez], s'étendant à la partie postérieure des fosses nasales, a vite fait de gagner la trompe d'Eustache et l'oreille moyenne (Macaigne, Précis hyg., 1911, p. 190).
Trompe utérine, trompe de Fallope. Chez les mammifères, conduit reliant l'ovaire à l'utérus et permettant le passage de l'ovule produit par l'ovaire jusque dans la cavité utérine. Infection, inflammation, obturation des trompes; pavillon de la trompe. Les trompes de l'utérus, dites de Fallope, sont, dans la femme, deux conduits tortueux, dont le diamètre égale à peine celui d'une petite plume à écrire, et qui s'étendent de chaque côté de l'utérus jusqu'aux ovaires (Cuvier, Anat. comp., t. 5, 1805, p. 137).L'oocyte passe alors dans la trompe de l'oviducte, où a lieu la fécondation et le début de la segmentation (Caullery, Embryol., 1942, p. 98).Ligature* des trompes.
3. Arg., pop. Nez, généralement proéminent. Avise-toi pas de l'ver la trompe en l'air pendant l'moment que dure la chose [les rafales de plomb] (Barbusse, Feu, 1916, p. 229).
C. − Spécialement
1. ARCHIT. Voûte ou saillie constituée par des pierres disposées en encorbellement et destinée à soutenir une construction en saillie par rapport aux murs de soutien. Problème (...) que rencontre l'architecte s'il veut inscrire une coupole dans le carré de ses murs de base; par des pendentifs ou par des trompes d'angle, il cherche alors le passage et le raccord d'une forme à l'autre (Huyghe, Dialog. avec visible, 1955, p. 214).V. pendentif ex.
2. PHYS. Trompe à eau, à mercure. ,,Appareil dans lequel un courant de liquide (eau, mercure) ou de vapeur (de mercure) permet de faire un vide partiel`` (Duval 1959). Synon. pompe2.L'aspiration du liquide ancien se fait (...) à l'aide d'un fin trocart métallique ou en verre fixé à l'extrémité d'un tuyau de caoutchouc relié à une trompe à eau (J. Verne, Vie cellul., 1937, p. 37).Des découvertes apparemment mineures, comme (...) celle de la trompe à eau (qui grâce à l'eau courante permet la généralisation de la distillation sous vide et de l'essorage) (Hist. gén. sc., t. 3, vol. 1, 1961, p. 339).V. dessus1ex. 5.
Prononc. et Orth.: [tʀ ɔ ̃:p]. Homon. de formes conjuguées de tromper. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1176 « toupie » (Chrétien de Troyes, Cligès, éd. A. Micha, 3706); 2. a) 1remoit. du xiiies. mus. (Guillaume de Palerne, éd. H. Michelant, 2931); 1467 trompes de chace (Jean de Roye, Chronique, éd. B. de Mandrot, t. 1, p. 176); b) 1656 à son de trompe « en attirant bruyamment l'attention par ses propos » (Pascal, Provinciales, II ds Œuvres compl., éd. L. Lafuma, 1963, p. 378b); c) 1893 « appareil avertisseur monté sur une automobile, une bicyclette » (Courteline, Boubouroche, p. 49); d) 1904 trompe de brume (Nouv. Lar. ill.); 3. a) 1538 « long prolongement du nez de l'éléphant » (Est. d'apr. FEW t. 17, p. 376a); 1684 « chez des insectes, des mollusques, partie buccale en forme de tube » (Furetière, Essais d'un dict. univ.); b) 1684 anat. (ibid.); 4. 1568 archit. (Ph. Delorme, Architecture, p. 88); 5. 1904 trompe à eau, à mercure « appareil comportant un système tubulaire destiné à faire le vide » (Nouv. Lar. ill.). De l'a. b. frq. *trumba « trompette », cf. l'a. h. all. trumba, trumpa, le m. h. all. trumbe, le m. néerl. tromme, prob. d'orig. onomat. Le sens 1 est prob. dû à la compar. du bruit d'une toupie avec celui des trompes. Fréq. abs. littér.: 568. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 887, b) 817; xxes.: a) 671, b) 812.
DÉR.
Trompillon, subst. masc.a) Archit. α) Petite trompe. Voici, là, à l'encoignure, cette belle maison à tourelle en trompillon, bâtie pour votre illustre compatriote, Philibert Delorme (Borel, Champavert, 1833, p. 130). β) Voussoir qui forme le pôle inférieur des trompes coniques et des voûtes en coquille. La trompe est en général une voûte à intrados en fraction de cône dont le sommet est matérialisé par un trompillon (Nér.Hist. Art1985, s.v. trompe).b) Menuis. ,,Partie circulaire au milieu d'une imposte cintrée, dans laquelle viennent s'assembler les montants ou les petits bois`` (Barb.-Cad. 1971). [tʀ ɔ ̃pijɔ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1835. 1resattest. a) 1676 archit. (Félibien, p. 763), b) 1872 menuis. (Littré); de trompe, suff. -illon (-ille*, -on1*).
BBG.Ball (R. V.). Nouv. dat. pour le vocab. de l'automob. Fr. mod. 1975, t. 43, p. 57. − Bowles (E. A.). Unterscheidung der Instrumente Buisine, Cor, Trompe und Trompette. Archiv für Musikwissenschaft. 1961, t. 18, p. 52, 60, 66, 71. − Brücker (F.). Die Blasinstrumente in der altfrz. Lit. Giessen, 1926, pp. 18-22. − Quem. DDL t. 2, 14.

Wiktionnaire

Nom commun

trompe féminin

  1. (Musique) Instrument à vent de forme évasée.
    • Dix ou vingt mille cornes, klaxons et trompes proclament éperdument la mobilisation du plaisir;... — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : le Problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
    • Il avait beau klaxonner abondamment, cela ne faisait apparaître aux portes que des ménagères avec des casseroles. La trompe de notre voiture avait le même son que celle du laitier. — (Jean L’Hôte, La Communale, Seuil, 1957, réédition J’ai Lu, page 28)
  2. (Vieilli) Trompette.
    • Le bon Piqueur doit sçauoir bien parler en cris, & langages plaisans aux chiens, crier, hucher, & houpper ses compagnons, forhuer en mots longs, & sonner de la trompe. — (René François, Essay des merveilles de nature et des plus nobles artifices, 1632, page 18)
    • Publier à son de trompe : Publier quelque chose au son de la trompette, l’annoncer à grand fracas, le raconter à beaucoup de gens, afin que cela se divulgue.
  3. (Zoologie) Prolongement nasal chez les proboscidiens (éléphant, tapir).
    • La trompe de l’éléphant sert à pomper et rejeter l’eau mais a aussi une fonction préhensile.
  4. (Zoologie) Bouche de certains insectes, avec laquelle ils sucent et tirent leur nourriture.
    • La trompe des papillons est un outil de haute précision.
  5. (Anatomie) Se dit de certains conduits recourbés et évasés.
    • trompe d’Eustache: canal de communication entre la bouche et le tympan de l’oreille.
    • trompe de Fallope: chacun des deux conduits qui relient la matrice aux ovaires.
  6. (Architecture) Portion de voûte tronquée formant support d'un ouvrage (voûte, coupole, tourelle, etc.) en surplomb, permettant de changer de plan d'un niveau à l'autre.
    • Trompe en angle, en niche, en tour ronde etc.
  7. (Architecture) Arc diagonal à chaque coin des angles d'un construction carrée, mis de manière à faire quatre pans coupés et à passer d'un plan carré à un plan octogonal.
  8. (Physique) Appareil servant à faire le vide.
    • Trompe à eau. Trompe à mercure.
  9. (Héraldique) Voir trompe de chasse.

Forme de verbe

trompe \tʁɔ̃p\

  1. Première personne du singulier de l’indicatif présent du verbe tromper.
  2. Troisième personne du singulier de l’indicatif présent du verbe tromper.
    • Il trompe sa femme, et se conduit comme un porc avec les jeunes vendeuses, c’est tout juste s’il ne les met pas sur le trottoir, comme on dit à Paris. — (François Hoff, Les Mystères de Strasbourg : Une enquête de Floréal Krattz, Barr, Le verger éditeur, 2017, volume 1)
    • Laffitte cherche à rassurer son interlocuteur en prétendant que, depuis 1789, le prince s’est « débourbonisé » (en quoi il se trompe lourdement) et que, par mesure de précaution, il faudra le « garrotter ». — (Étienne Taillemite, La Fayette, 2014)
  3. Première personne du singulier du subjonctif présent du verbe tromper.
  4. Troisième personne du singulier du subjonctif présent du verbe tromper.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif du verbe tromper.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

TROMPE. n. f.
Instrument à vent, ordinairement de cuivre et recourbé, dont on se sert à la chasse pour sonner. Emboucher la trompe. Sonner de la trompe. Une trompe de chasse. Il se dit pour Trompette, dans cette phrase : Publier à son de trompe, Publier quelque chose au son de la trompette. Fig. et fam., Publier une chose à son de trompe, L'annoncer à grand fracas, la raconter à beaucoup de gens, afin qu'elle se divulgue.

TROMPE désigne aussi le Prolongement du nez chez l'éléphant, qui s'allonge et se recourbe pour divers usages. L'éléphant se sert de sa trompe comme d'une main. Il se dit, par analogie, du Prolongement du nez du tapir. Il se dit également de la Bouche de certains insectes, avec laquelle ils sucent et tirent ce qui est propre pour leur nourriture. En termes d'Anatomie, il se dit de Certains conduits recourbés et évasés. Trompe d'Eustache, Canal de communication entre la bouche et le tympan de l'oreille. Trompe de Fallope, Chacun des deux conduits qui partent du fond de la matrice et aboutissent aux ovaires. En termes d'Architecture, il désigne une Portion de voûte en saillie, servant à passer du plan carré au plan octogonal, à porter une voûte, une tourelle, etc. Trompe en angle. Trompe en niche. Trompe en tour ronde. En termes de Physique, il se dit d'un Appareil servant à faire le vide. Trompe à eau.

Littré (1872-1877)

TROMPE (tron-p') s. f.
  • 1 Terme vieilli. Trompette. À ce poëte des rois [Ronsard] la cour tresse un laurier royal ; le succès double son effort, sa joue enfle, il souffle sa trompe… et la France n'a plus rien à envier à l'ampoule espagnole, Michelet, Guerres de religion, p. 133.

    L'emploi en est resté dans la locution suivante : Publier à son de trompe, annoncer quelque chose au public, après l'avoir averti par le son d'une trompette. Gerson ajoute que la condamnation de l'erreur de Jean XXII fut publiée à son de trompe, en présence du roi, Dumarsais, Lib. Égl. gall. II, 8.

    Fig Publier une chose à son de trompe, l'annoncer à beaucoup de personnes, la divulguer. Je ferais publier à son de trompe…, Pascal, Prov. II. Il vaut mieux faire du bien en cachette qu'à son de trompe, Lesage, Est. Gonz. 6.

  • 2 Particulièrement. Instrument à vent composé d'un tuyau de cuivre ou d'argent tourné en cercle et dont on se sert à la chasse, dit aussi cor de chasse. Sonner de la trompe. Le bruit des chiens et des trompes qui sonnent, Tristan, M. de Chrispe, I, 3.

    Fig. Le vent de la mer Souffle dans sa trompe, Hugo, Voix, 24.

  • 3Petit instrument de fer qui a une languette au milieu et dont on tire du son en le mettant entre les dents, et en touchant la languette avec le bout du doigt ; on l'appelle plus ordinairement guimbarde.
  • 4Nez prolongé de l'éléphant, qui se recourbe à volonté, par comparaison de forme avec une trompette. L'éléphant se sert de sa trompe comme d'une main. De tous les instruments dont la nature a si libéralement muni ses productions chéries, la trompe est peut-être le plus complet et le plus admirable ; c'est non-seulement un instrument organique, mais un double sens, Buffon, Quadrup. t. IV, p. 260.

    Prolongement du nez du tapir.

  • 5Suçoir charnu, rétractile et protractile de certains insectes diptères. L'abbé Roffredi… a laissé Swammerdam et Réaumur loin derrière lui dans son mémoire sur la trompe du cousin, inséré dans le recueil de la Société de Turin, Bonnet, Lett. div. Œuv. t. XII, p. 186, dans POUGENS.
  • 6Espèce de tuyau armé de petites dents, que possèdent quelques mollusques.
  • 7Espèce de coquille de mer en spirale.
  • 8En architecture, portion de voûte en saillie, qui supporte une encoignure, une tourelle. On vient d'étayer rue Radziwil cette fameuse trompe ou console en pierre, qui tient suspendu, au-dessus du trottoir oriental de la susdite rue, l'angle nord-ouest de la galerie dorée de la Banque de France, l'Universel, 26 sept. 1869.

    Trompe de voûte, pierre ronde faisant partie des voussoirs d'une niche.

    Terme de menuiserie. Partie saillante en angle dont le dessous est échancré en creux.

  • 9 Terme d'anatomie. Trompe d'Eustache, canal en partie osseux, en partie fibro-cartilagineux et membraneux, dont une des extrémités se prolonge jusque dans la cavité du tympan, et dont l'autre, plus évasée, s'ouvre à la partie latérale et supérieure du pharynx.

    Trompe de Fallope, nom donné à deux conduits longs de 10 à 13 centimètres, qui naissent chacun de l'un des angles supérieurs de la matrice, et se portent à l'ovaire correspondant.

  • 10Machines soufflantes employées dans quelques forges ; elles se composent d'un canal vertical par lequel l'air est entraîné et conduit en un réservoir, par une chute d'eau.
  • 11Chez les artificiers, espèce de pot à feu.

HISTORIQUE

XIIIe s. Et les trompes commencent à sonner trop merveilleusement, Villehardouin, LXX. Fesours de trompes, Liv. des mét. 360. À l'esmouvoir l'ost le roy, n'ot grant noise de trompes et de cors sarrazinois, Joinville, 226.

XVe s. Il n'est que le croc et la trompe, Pour vivre à l'ayse et dans la pompe, Rec. de farces, p. 129.

XVIe s. Il passa ces villes en chasseur, sa trompe en escharpe, Carloix, III, 9. La trompe du gantelet [les lames répondant au carpe et au métacarpe] fait à tornant avec le canon de l'avant-bras qui est à la main, Paré, XVII, 12. Les elephans ont le nez très long et creux comme une grande trompe, Paré, Monstr. app. 3. Il y a plus de trompeurs que de trompes, Cotgrave Nous pouvons dire que les elephants ont quelque participation de religion, d'autant qu'après plusieurs ablutions et purifications on les void haulsant, leur trompe, comme des bras, Montaigne, II, 179.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

TROMPE, s. f. (Conchyl.) ce mot désigne la partie inférieure du buccin ; coquille que les Hollandois appellent trompette. (D. J.)

Trompes de Fallope, en Anatomie, sont deux canaux qui partent du fond de la matrice, l’un d’un côté, l’autre de l’autre, & qui aboutissent aux ovaires : elles ont beaucoup de part dans les opérations de la conception. Voyez Conception.

On les appelle tubæ, c’est-à-dire, trompes à cause de leur forme ; parce qu’à leur commencement ou à leur extrémité qui est dans la matrice, elles sont si étroites, qu’on auroit peine à y introduire une aiguille à tricotter ; mais à mesure qu’elles s’avancent vers les ovaires, elles deviennent plus grosses, & sont enfin assez larges pour y mettre le doigt ; d’où elles se contractent encore, & aux extrémités qui sont proches des ovaires, elles s’étendent comme un feuillage qui est garni tout autour d’une frange faite d’un nombre infini de petites fibres qui ressemblent assez au pavillon d’une trompette.

Les trompes de Fallope ont quatre ou cinq pouces de long : elles sont composées d’une double membrane qui vient des membranes internes & externes de l’uterus. Leur extrémité vers l’ovaire, dans le tems de la conception, tems auquel toute la trompe se dilate, s’attache à l’ovaire & l’embrasse, quoique dans un autre tems elle paroisse en être un peu distante & ne toucher que superficiellement avec sa frange le côté inférieur de l’ovaire.

L’usage de ces trompes est de transporter la semence, ou plutôt les œufs de la femme & des autres animaux, des testicules ou ovaires dans l’uterus ou la matrice. Voyez Ovaire & Matrice.

Elles sont composées pour la plus grande partie de fibres charnues dont les unes sont longitudinales & les autres circulaires, & d’un tissu de veines & d’arteres qui forment une espece de corps réticulaire ou creux, qui est semblable au clitoris. Cette structure les rend capables de dilatation & de contraction, suivant la quantité & l’obstacle que le sang y apporte ; & par conséquent, suivant la maniere dont elles se redressent & embrassent l’ovaire pendant le coït ; ce qu’elles ne peuvent pas faire dans leur état naturel. Voyez Génération.

Elles tirent leur dénomination de Fallope de Modène, qui mourut en 1562, & qu’on regarde comme celui qui les a découverts le premier : cependant nous trouvons que Rufus d’Ephèse en a fait une description exacte, long-tems avant Fallope.

Les œufs ou embryons sont quelquefois arrêtés dans les trompes de Fallope, sans pouvoir descendre dans la matrice. Voyez Fœtus.

On en a souvent trouvé des exemples dans les dissections : mais le plus remarquable est celui qu’a rapporté Abraham Cyprianus, célebre médecin d’Amsterdam, dans une lettre adressée à monsieur Thomas Millington, dans laquelle il fait une description de la maniere dont il tira un fœtus de vingt & un mois, hors de la trompe de Fallope, d’une femme qui a vécu & a eu plusieurs enfans depuis cette opération. Voyez Planch. anat. (Myol.) fig. 9. c. c. & fig. 11. e. e.

Il est fait mention, Mem. de l’Acad. royale des Sc. année 1702. de deux observations sur un fœtus humain trouvé dans une des trompes de la matrice, année 1712, d’une autre, sur un fœtus renfermé dans un sac formé par la membrane externe de la trompe droite.

Trompe d’Eustache, est le canal de communication entre la bouche & le tympan de l’oreille. Vasalva lui donne ce nom de sa figure, & c’est Eustache qui l’a découvert. Voyez Oreille & Bouche.

Trompe, (Hist. nat. des Insectes.) en latin lingua, promuscis, partie de la bouche des insectes ; cette partie s’appelle autrement le syphon ou la langue des insectes. Aristote la nomme trompe, par allusion à celle des élephans, & c’est sous cet ancien nom, que nous en parlerons ici fort briévement.

Quelques insectes, comme les grillons sylvestres, la portent entre leurs tenailles. Il y en a qui peuvent la retrécir & l’étendre selon leur volonté.

Les papillons la portent fort adroitement entre les deux tiges ou lames barbues, qui servent à la cacher & à la garantir ; & d’autres la couchent sous leur ventre, qui pour cet effet a une petite canelure, où elle est en sureté. Les punaises des arbres sont dans ce cas ; elles ont une fente dans laquelle elles couchent leur trompe.

Cette trompe des insectes n’est pas toujours d’une égale longueur ; les uns l’ont fort courte, & dans les autres elle est plus longue que tout le corps : telle est encore la trompe des papillons, qui est un chef d’œuvre en son genre. Quand elle est étendue, sa longueur excede celle de l’animal même, & il la roule & le déroule cependant avec une vîtesse incroyable.

Quand on regarde la trompe de quelque insecte au-travers d’une loupe, l’on découvre qu’elle est finement travaillée, & d’une maniere proportionnée à leur genre de vie ; toutes les parties en sont disposées avec tant d’art, qu’il n’y a rien de trop, ni de trop peu.

Dans plusieurs insectes elle est renfermée dans une espece de fourreau, dont le bout pointu leur sert à percer les choses qui contiennent leur nourriture. Quand ils l’ont fait, ils ouvrent ce fourreau, & appliquent la trompe dans l’ouverture afin de tirer le suc qui y est. Elle leur sert donc, comme on le voit, de syphon pour attirer les liqueurs dont ils font leur aliment ; & outre cela elle leur sert à piquer & à blesser comme on pourroit le faire avec une lancette.

Quoique cette trompe soit si petite, qu’on ne sauroit l’appercevoir sans le secours d’une loupe ; elle est néanmoins si forte, qu’elle peut sans peine percer le cuir le plus dur & le plus épais. La trompe du moucheron, par exemple, a cet avantage.

La trompe des cousins, des mouches & de divers autres insectes, leur sert seulement pour sucer le sang des animaux, & les autres liqueurs dont ils se nourrissent : ce qu’ils font de cette maniere : leur trompe étant un tuyau disposé de telle sorte qu’il se plisse pour s’accourcir, & qu’il étend ses plis pour s’alonger, il arrive que quand l’insecte veut tirer le sang d’un animal, il alonge sa trompe & cherche dans la peau un pore ouvert pour l’y introduire, & l’y fourrer assez avant pour trouver le sang qui monte dans la cavité de la trompe, par le moyen de la dilatation qui arrive au corps de l’insecte. (D. J.)

Trompe, (Archit.) espece de voûte en saillie qui semble se soutenir en l’air. Elle est ainsi nommée, ou parce que sa figure est semblable à une trompe, ou conque marine, ou parce qu’elle trompe ceux qui la regardent, & qui ne connoissent point l’artifice de son appareil.

Trompe dans l’angle ; trompe qui est dans le coin d’un angle rentrant ; il y en a une dans la rue de la Savaterie à Paris, que Philibert de Lorme avoit faite pour un banquier. Voyez son architecture, liv. IV. chap. xj.

Trompe de Montpellier ; espece de trompe dans l’angle qui est en tour ronde & différente des autres trompes en ce qu’elle a de montée deux fois la largeur de son ceintre. On en voit dans Montpellier, où cette trompe a été inventée ; une autre au quartier du palais qui est barlongue : elle est plus estimée que l’autre. Elle a environ 7 piés de large sur 11 de long.

Trompe en niche ; trompe concave en maniere de coquille, & qui n’est pas réglée par son profil, comme la trompe qui porte le bout de la galerie de l’hôtel de la Vrilliere, rue neuve des Bons-Enfans à Paris. On la nomme aussi trompe sphérique.

Trompe en tour ronde ; trompe dont le plan sur une ligne droite rachete une tour ronde par le devant, & qui est faite en maniere d’éventail ; telles sont les trompes de l’extrémité de la galerie de l’hôtel de la Feuillade, à la place des Victoires à Paris.

Trompe ondée ; trompe dont le plan est ceintré en onde par sa fermeture. Telle est la trompe du château d’Anet, qui a été démontée de l’endroit où Philibert de Lorme l’avoit bâtie, pour servir de cabinet au roi Henri II. & remontée en une autre place avec beaucoup de soin par Girard Vyet, architecte du duc de Vendôme.

Trompe réglée ; trompe qui est droite par son profil ; il y en a une derriere l’hôtel de Duras, près la place Royale à Paris.

Trompe sur le coin ; c’est une trompe qui porte l’encoigneure d’un bâtiment pour faire un pan coupé au rez-de-chaussée. Il y a une de ces trompes au village de Saint-Cloud ; mais la plus belle qui ait été construite, est celle qui est au bout du pont de pierre sur la Saône à Lyon, ouvrage de M. Desargues, qui est un monument de sa capacité dans l’art de la coupe des pierres. Daviler. (D. J.)

Trompe, (Pyrothech.) une trompe est une assemblage de plusieurs pots-à-feu, les uns au-dessus des autres, & qui partent successivement ; de maniere que le premier en jettant sa garniture, donne feu à la composition lente du porte-feu du second, & ainsi des autres. On en fait à autant de reprises que la longueur du fourreau en peut contenir, mais communément à cinq ou six.

Les trompes sont peu en usage dans les feux de terre ; on n’en fait guere que pour les tirer à la main, & s’amuser à diriger leur garniture où l’on veut ; mais on les emploie beaucoup dans les feux sur l’eau, soit pour faire vomir du feu à un monstre marin, soit pour en former ce qu’on appelle des barrils de trompes dans les auteurs de Pyrotechnie, car il n’est pas possible d’entrer ici dans ces petits détails. (D. J.)

Trompe, (terme de Mercier.) on dit à Paris guimbarde ; sorte d’instrument composé seulement de deux petites lames de laiton ou d’acier, réunies avec une languette au milieu qui fait ressort, & qu’on touche lestement avec les doigts, tandis qu’on la tient entre les dents ; elle rend un frémissement ou bourdonnement sourd musical par le mouvement de la langue & l’ouverture de la bouche. (D. J.)

Trompe, cors de chasse, petit & grand.

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Étymologie de « trompe »

Du vieux-francique *trumba (« trompette »).
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Provenç. tromba, trompa ; ital. tromba. D'après Diez, qui pense que l'anc. haut-allem. trumpâ, trompe, est d'origine romane, tromba représente le latin tuba, trompette, avec le renforcement d'une r, comme dans tronare, pour tonare ; il remarque en confirmation que l'ital. tromba a aussi, comme le latin tuba, le sens de conduit, tube. Mais les intermédiaires manquent.

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Phonétique du mot « trompe »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
trompe trɔ̃p

Citations contenant le mot « trompe »

  • En voulant, on se trompe souvent. Mais, en ne voulant pas, on se trompe toujours. De Romain Rolland / L’Ame enchantée
  • On n’est jamais trompé, on se trompe soi-même. De Johann Wolfgang von Goethe
  • Quand on croit deviner on se trompe souvent. De Proverbe français
  • Un livre est un ami qui ne trompe jamais. De Pixerécourt
  • Pourtant, Kasparov ne croit pas à l’erreur de la machine. Il pense qu’il n’a pas vu quelque chose, que la machine ne peut pas se tromper. Pas si grossièrement. Il ne saisit pas cette opportunité qui lui est donnée. Il se dit peut-être qu’il a loupé quelque chose. Au 45e coup, il abandonne la partie. The Conversation, Pourquoi l’intelligence artificielle se trompe tout le temps
  • Celui qui interroge se trompe Celui qui répond se trompe. De Bouddha
  • Qui croit beaucoup, beaucoup se trompe. De Proverbe oriental
  • Sauf erreur, je ne me trompe jamais. De Alexandre Vialatte
  • Si je me trompe, j'existe. De Saint Augustin
  • Celui qui rit toujours trompe souvent. De Proverbe français
  • En mariage, trompe qui peut. De Proverbe français
  • Qui pense peu, se trompe beaucoup. De Léonard de Vinci / Carnets
  • Quand l'érudit se trompe, il se trompe avec éridution. De Proverbe français
  • Quand l'érudit se trompe, il se trompe avec érudition. De Proverbe médiéval
  • Trompe-moi sur le prix, ne me trompe pas sur la marchandise. De Proverbe indien
  • Qui me trompe une fois, honte à lui ; qui me trompe deux fois, honte à moi. De Proverbe anglais

Images d'illustration du mot « trompe »

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Traductions du mot « trompe »

Langue Traduction
Anglais deceived
Espagnol engañado
Italien proboscide
Allemand betrogen
Chinois 受骗
Arabe خدع
Portugais enganado
Russe обманутый
Japonais だまされた
Basque engainatu
Corse ingannatu
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Synonymes de « trompe »

Source : synonymes de trompe sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « trompe »

Trompe

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