La langue française

Trempe

Sommaire

  • Définitions du mot trempe
  • Étymologie de « trempe »
  • Phonétique de « trempe »
  • Citations contenant le mot « trempe »
  • Traductions du mot « trempe »
  • Synonymes de « trempe »
  • Antonymes de « trempe »

Définitions du mot trempe

Trésor de la Langue Française informatisé

TREMPE, subst. fém.

I. − Action de tremper dans un liquide; résultat de cette action.
A. − TECHNOLOGIE
1. MÉTALL. Traitement thermique qui consiste à plonger dans un bain froid un métal, un alliage porté à haute température pour conserver à température ambiante une modification de la structure moléculaire obtenue à chaud et augmenter ainsi la dureté des aciers ou la malléabilité du bronze, des alliages d'or. Trempe de l'acier, du bronze, de la fonte; bain, température de trempe; donner la trempe. Les opérations de trempe et de recuit ont une grande influence sur ces modifications de structure, ce qui explique les propriétés physiques spéciales qu'elles confèrent à l'alliage (Hist. gén. sc., t. 3, vol. 2, 1964, p. 472).
2. Qualité de dureté, d'élasticité qu'un métal, que l'acier acquiert par cette opération. Métal, scie d'une bonne trempe. Nab et Pencroff, habilement dirigés, firent des fers de hache, lesquels, chauffés au rouge, et plongés brusquement dans l'eau froide, acquirent une trempe excellente (Verne, Île myst., 1874, p. 141).
3. P. anal.
a) INDUSTR. DU VERRE. ,,Action de refroidir brusquement le verre, ce qui augmente dans de grandes proportions la résistance au choc et à la flexion`` (Peyroux Techn. Métiers 1985).
b) PÉTROCHIM. Brusque refroidissement d'un produit pétrolier au cours du raffinage pour arrêter une réaction chimique. (Dict. xxes.).
B. − Au fig. [À propos d'une pers., d'une qualité, d'un aspect]
1. Qualité physique ou morale, manière d'être, nature. Je devais traverser bien des années d'hésitations, d'erreurs, de luttes (...); à force de volonté, refondre et durcir ma trempe physique, aussi bien que morale (Loti, Rom. enf., 1890, p. 310).Attendez-vous que cela nous intimide? Notre lucidité est d'une autre trempe! (Vercors, Sil. mer, 1942, p. 74).
P. anal. Dans l'angoisse de cent nuits de la trempe de celle-ci (Laforgue, Moral. légend., 1887, p. 174).
Loc. De bonne trempe, de mauvaise trempe, de même trempe. Cet homme était d'une trempe naturellement si bonne, si honnête et si bienveillante, qu'il ne s'était peut-être jamais trouvé à portée (...) de reconnaître le besoin d'aucun auxiliaire qui le portât au bien, et encore moins qui l'empêchât de faire le mal (Toepffer, Nouv. genev., 1839, p. 191).Ismaïl pacha qui succédait à son père n'était pas de la même trempe que lui. Il suffit pour s'en convaincre de comparer les portraits des deux hommes (Morand, Route Indes, 1936, p. 80).
2. Énergie, fermeté de caractère permettant d'affronter les épreuves, les dangers. Trempe de l'âme. C'est là que la trempe héroïque de son caractère montra toute l'énergie, toute la constance de résolution de cette âme (Lamart., Voy. Orient, t. 1, 1835, p. 217).La trempe chez Chateaubriand est plus forte et moins pure [que chez Bernardin de Saint-Pierre] (Sainte-Beuve, Caus. lundi, t. 6, 1852, p. 441).
Loc. De sa trempe, de cette trempe, de la trempe de (qqn). Femme, gars, héros de cette trempe; âme, caractère de sa trempe. Pourquoi donc est-ce toujours parmi ses ennemis (...) qu'on rencontre des âmes de cette trempe? (Dumas père, Fille du régent, 1846, III, 6, p. 224).[Magendie] a eu le mérite de choisir comme élève, comme préparateur, puis comme successeur au Collège de France, un savant de la qualité et de la trempe de Claude Bernard (Bariéty, Coury, Hist. méd., 1963, p. 660).
C. − Spécialement
1. BRASSERIE
Synon. de trempage.La trempe s'effectue en versant l'orge dans des cuves, de conceptions variables, qui contiennent de l'eau périodiquement renouvelée avec injection d'air (Industr. fr. brass., 1955, p. 4).
,,Méthode de brassage qui consiste à élever à la température de saccharification (70 oC) puis d'ébullition (100 oC) une partie de l'empâtage total`` (Clém. Alim. 1978).
2. FABRICATION DES BOUGIES. ,,Premier jet de cire donné aux mèches`` (Peyroux Techn. Métiers 1985).
3. IMPR. ,,Action d'humecter le papier pour imprimer`` (Peyroux Techn. Métiers 1985).
4. MÉGISS. Immersion des peaux dans l'eau. La trempe a enlevé à la peau toutes les matières solubles ou susceptibles d'être entraînées par rinçage ou brossage (Bérard, Gobilliard, Cuirs et peaux, 1947, p. 38).
II. − Pop., fam. Volée de coups, raclée. Une sacrée trempe; donner, foutre une trempe. Le souvenir des écoliers qui se flanquaient des trempes (Fargue, Piéton Paris, 1939, p. 157).
Prononc. et Orth.: [tʀ ɑ ̃:p]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. Ca 1460 « fermeté d'âme, contenance » (Georges Chastellain, Chron., éd. Kervyn de Lettenhove, t. I, p. 43); 2. 1580 bonne trampe (Montaigne, Essais, I, 14, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 56); av. 1615 être de même trempe « de même sorte, espèce » (E. Pasquier, Recherches, 831); 1675 un ami de cette trempe (Mmede Sévigné, Corresp., 25 déc., éd. R. Duchêne, t. 2, p. 198). B. 1. 1567 « action de tremper le fer, l'acier » (Amyot, Lysand., 32 ds Littré); 2. 1676 peint. « détrempe » (Félibien, p. 402); 3. 1751 brass. (Encyclop. t. 2, p. 403, s.v. brasserie); 4. 1803 pelleterie, impr. (Boiste); 5. 1878 trempe du verre (Wurtz, Dict. chim., t. 3, p. 659); 1975 « brusque refroidissement d'un produit pétrolier » (Lar. encyclop. Suppl.). C. 1852 « correction, raclée » (Humbert, Nouv. gloss. genev., p. 220). Déverbal de tremper*, l'a. et m. fr. utilisaient surtout la forme tempre « action de tremper le fer, l'acier », « qualité du fer, de l'acier », « état d'esprit, humeur » (v. T.-L., Gdf. et FEW t. 13, p. 169), déverbal de temprer (v. tremper). Fréq. abs. littér.: 190. Bbg. Quem. DDL t. 5, 38.

Wiktionnaire

Nom commun

trempe \tʁɑ̃p\ féminin

  1. (Arts) Action, manière de tremper le fer, l’acier, le bronze, le verre, etc. Refroidissement rapide obtenu en plongeant un objet chaud dans un liquide froid, afin de donner des propriétés particulières à la matière.
    • La trempe du fer.
    • Donner la trempe.
    • De l’hôpital, nous nous rendîmes à la manufacture d’armes. C’est un vaste bâtiment symétrique et de bon goût, fondé par Charles III, dont le nom se retrouve sur tous les monuments d’utilité publique ; la manufacture est bâtie tout près du Tage, dont les eaux servent à la trempe des épées et font mouvoir les roues des machines. — (Théophile Gautier, Voyage en Espagne, 1840, édition Charpentier, 1859)
  2. (Métallurgie) Qualité que le fer, l’acier, etc., contracte quand on le trempe.
    • Cette épée est d’une bonne trempe.
    • La trempe de ce coutelas est très bonne.
    • La trempe de cet acier est excellente.
    • Le dépit ne se traduisait chez lui que par une sorte d’irritabilité plus aiguë, et ne faisait pour ainsi dire qu’ajouter un ressort de trempe plus sèche à son audace. — (Eugène Fromentin, Dominique, L. Hachette et Cie, 1863, réédition Gründ, page 86)
  3. (Figuré) Constitution du corps de l’homme et qualité de son âme, de son caractère.
    • Une révolution de palais où toutes les voix tentées par une libéralisation contrôlée seraient remplacées par des purs et durs de la trempe d’un Mohammed Mesbah-Yazdy, le mentor religieux ultra-radical d’Ahmadinejad, qui s’est juré de « théocratiser » à l’extrême la révolution islamique ? — (Jean Portante, Coup d’État à l’iranienne, dans Le Jeudi, en ligne, 25 juin 2009)
    • Bientôt, demain peut-être, je vais avoir besoin de cœurs intrépides. Les hommes de la trempe de celui-ci sont rares... — (Michel Zévaco, Le Capitan, 1906, Arthème Fayard, coll. « Le Livre populaire » no 31, 1907)
    • Les âmes d’une certaine trempe.
    • Peu d’hommes ont un caractère de cette trempe.
  4. (Imprimerie) Action de tremper, d’humecter le papier sur lequel on veut imprimer. Dans ce sens on dit aussi trempage.
    • La trempe varie suivant les diverses qualités du papier.
  5. (Argot) Coups de poing, bastonnade, dérouillée.
    • — Oh ! ça va bien, prononça-t-il sans douceur… Si j’te filais une trempe ? — (Francis Carco, Jésus-la-Caille, Troisième partie, ch. I, Le Mercure de France, Paris, 1914)
    • – Ah ! dis donc, Henri, la trempe qu’il t’administra ce jour-là ! — (Jean L’Hôte, La Communale, Seuil, 1957, réédition J’ai Lu, page 48)
    • Il s’est pris une de ces trempes !

Adjectif

trempe \tʁɑ̃p\ masculin et féminin identiques

  1. (Québec) (Suisse) (Sud de la France) Trempé.
    • Viens te sécher, t’es tout trempe !

Forme de verbe

trempe \tʁɑ̃p\

  1. Première personne du singulier du présent de l’indicatif de tremper.
  2. Troisième personne du singulier du présent de l’indicatif de tremper.
  3. Première personne du singulier du présent du subjonctif de tremper.
  4. Troisième personne du singulier du présent du subjonctif de tremper.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif de tremper.
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

TREMPE. n. f.
T. d'Arts. Action, manière de tremper le fer, l'acier, le bronze, le verre, etc. La trempe du fer. Donner la trempe. Il désigne aussi la Qualité que le fer, l'acier, etc., contracte quand on le trempe. Cette épée est d'une bonne trempe. La trempe de ce coutelas est très bonne. La trempe de cet acier est excellente. Il se dit figurément de la Constitution du corps de l'homme et de la Qualité de son âme, de son caractère. Rien ne peut altérer sa santé, c'est un tempérament d'une bonne trempe. La trempe de son âme. Les âmes d'une certaine trempe. Peu d'hommes ont un caractère de cette trempe. En termes d'Imprimerie, il désigne l'Action de tremper, d'humecter le papier sur lequel on veut imprimer. La trempe varie suivant les diverses qualités du papier. Dans ce sens on dit aussi Trempage.

Littré (1872-1877)

TREMPE (tran-p') s. f.
  • 1Action de tremper dans un liquide, d'humecter.

    Terme d'imprimerie. Action d'humecter le papier pour imprimer.

    Dans les brasseries, eau propre à faire fermenter le grain.

    Mise en trempe, mise de la matière de l'amidon dans une eau sure ou aigrie.

  • 2Premier jet de cire qu'on donne aux mèches des bougies de table.
  • 3Opération qui consiste à refroidir brusquement l'acier en le plongeant dans l'eau froide ou dans tout autre liquide, après l'avoir porté à une température élevée, et qui a pour effet de lui donner une grande dureté. Donner la trempe. La trempe saisit l'acier dans un moment où ses principes, quoique les mêmes, sont moins mêlés, Brisson, Traité de phys. t. I, p. 36. La trempe consiste uniquement dans le passage subit de l'incandescence au refroidissement le plus prompt, Mongez, Instit. Mém. litt. et beaux-arts, t. V, p. 553. Les écrivains anciens ne font aucune mention de la trempe du cuivre, ID. ib. p. 208. Plus le refroidissement est prompt et fort, plus l'acier acquiert de dureté ; aussi la trempe dans le mercure froid est-elle celle qui donne le plus de dureté à l'acier, A Brongniart, Traité de min. t. II, p. 391.

    Trempe à la volée, nom donné à la trempe ordinaire pour la distinguer d'une autre opération dite abusivement trempe en paquet, et qui consiste à cémenter d'abord, puis à tremper de petites pièces de fer, dont la surface seule a besoin d'être aciérée.

  • 4Qualité qu'a acquise le fer par la trempe. La trempe de ce rasoir est excellente. Les armes ne furent plus d'une assez bonne trempe, Voltaire, Louis XIV, 18.

    Fig. Toute la métamorphose d'Ovide est manifestement d'invention ; on peut en tirer des sujets de tragédie, mais non pas inventer sur ce modèle, si ce n'est des épisodes de même trempe, Corneille, 2e disc. Elle [notre amitié] ne saurait périr… elle est d'une bonne trempe, et le fond en tient à nos os, Sévigné, à Bussy, 23 janv. 1671.

  • 5 Fig. Constitution physique, caractère moral de l'homme. Ah ! si votre grande âme à peine s'en répond, La mienne qui n'est pas d'une trempe si belle…, Corneille, Tite et Bérén. II, 2. C'est un esprit que je redoute, et qui n'est pas de trempe à se laisser mener comme celui de sa mère, Molière, Am. magn. IV, 4. Il n'y a point, en vérité, un autre ami de cette trempe [il s'agit d'Hacqueville], Sévigné, 25 déc. 1675. Une bonne tête, ou un ferme génie qui se trouve né avec cette prudence que les autres hommes cherchent vainement à acquérir, qui a fortifié la trempe de son esprit par une grande expérience, La Bruyère, XI. Un homme de la trempe de M. Leibnitz, qui est dans l'étude de l'histoire, en sait tirer de certaines réflexions générales élevées au-dessus de l'histoire même, Fontenelle, Leibnitz. Son cher Birton et un autre débauché de la même trempe, Voltaire, Jenni, 6. Ce n'est pas notre condition, c'est la trempe de notre âme, qui nous rend heureux, Voltaire, Dict. phil. Heureux. La trempe de son âme, qui le portait à vouloir au delà même de ce qu'il pouvait, Raynal, Hist. phil. IV, 22.

HISTORIQUE

XVIe s. Maintenir l'ame et la raison en bonne trempe, Montaigne, I, 303. Leur acier n'est pas de meilleure trempe que celuy de quoy nous nous armons, Montaigne, I, 355. Les criminels qui rencontrent les juges en quelque bonne trempe, doulce et debonnaire, Montaigne, II, 321. Prescrivants tel ou tel delay, selon la trempe de leur cholere, Montaigne, III, 182. Le fer devenoit si aigre et si esclattant par le moyen de celle trempe, que l'on n'en pouvoit rien faire, Amyot, Lysand. 32. Henri troisieme avoit beaucoup aidé à les mettre en cette trempe [opinion], embrassant fort courtoisement tous ceux qui se pensoient les plus haïs de luy, D'Aubigné, Hist. III, 362. Il l'envoya devant à Chasteaubriand pour faire tout de loing la premiere trempe [impression] de la peur, Carloix, I, 32. Ils avoient le cœur et la cuyrasse de bonne trempe, et à l'espreuve de…, Carloix, V, 18.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

TREMPE, s. f. terme d’Artificier, c’est une composition de poix fondue, de colophone & d’huile de lin, où l’on mêle de la poudre écrasée, jusqu’à ce qu’elle prenne une consistance. On y trempe les balles à feu, jusqu’à ce qu’elles aient acquis leur vrai calibre.

Trempe, (Cirier.) premier jet de cire que l’on donne aux meches des bougies de table, avant d’en mettre la tête dans les forêts. (D. J.)

Trempe de l’acier, (Chimie, Métallurgie & Arts.) faire de l’acier, c’est charger le fer d’autant de phlogistique, ou de parties inflammables qu’il en peut contenir. Pour produire cet effet, on joint au fer que l’on veut convertir en acier, toutes sortes de matieres grasses, qui contiennent une grande quantité du principe inflammable qu’elles communiquent au fer ; & par-là elles lui donnent une dureté beaucoup plus grande qu’il n’avoit auparavant. C’est sur ce principe que l’on emploie des substances du regne animal, telles que des os, de la corne, des pattes d’oiseaux, du cuir, des poils, &c. On se sert aussi de charbons de bois, & l’on donne la préférence à ceux du bois de hêtre ; on emploie aussi de la cendre, de la suie, &c. En un mot, toutes les substances qui peuvent fournir au fer de la matiere inflammable, sont propres à convertir ce métal en acier.

On a vu dans l’article Acier, plusieurs manieres de convertir le fer en acier ; on ne répétera point ici ce qui a été dit dans cet article ; mais on croit nécessaire d’ajouter ici des observations utiles & raisonnées sur ce travail. Elles sont tirées, pour la plupart, d’un mémoire très curieux de M. de Justi, que ce savant chimiste a inséré dans le premier volume de ses œuvres publiées en allemand, en 1760.

Pour faire de bon acier, il est d’abord important d’avoir un fer de la meilleure qualité, c’est-à-dire qui soit ductile & malléable ; c’est celui de Styrie qui passe pour le meilleur de l’Europe. La bonne qualité du fer vient de la nature des mines d’où on le tire, lorsque ces mines sont ou sulfureuses, ou arsénicales, on aura bien de la peine à en tirer un fer propre à faire de bon acier, il sera toujours plus ou moins aigre & cassant. Voyez l’article Fer.

1°. Lorsque l’on veut convertir le fer en acier il faut, comme on a dit, le combiner avec des matieres qui lui fournissent du phlogistique, & qui par-là le rendent plus dur & plus compacte. La preuve de cette vérité, c’est que les barres de fer lorsqu’elles ont été converties en acier, sont beaucoup plus pesantes qu’elles n’étoient dans l’état de fer. D’ailleurs le feu, qui détruit le fer très-promptement, agit beaucoup moins sur l’acier.

2°. Lorsque le fer a été chargé de phlogistique, c’est-à-dire a été converti en acier, il perd les parties inflammables dont il avoit été pénétré si on le fait rougir, si on le fait entrer en fusion, ou si on le laisse refroidir peu-à-peu. C’est sur ce principe qu’est fondée l’opération qu’on appelle trempe de l’acier, qui consiste à plonger l’acier au sortir du feu, dans de l’eau froide, ou dans une liqueur composée de la maniere que nous décrirons dans la suite de cet article. En plongeant ainsi les barres d’acier, le froid les saisit subitement à l’extérieur, & empêche les parties du phlogistique qui s’y étoient insinuées d’en sortir & de se dissiper.

On voit par-là qu’il faut ici distinguer deux opérations ; l’une par laquelle on fait entrer des parties inflammables dans le fer, ce qui produit l’acier ; l’autre par laquelle on fait que les parties qui se sont introduites dans l’acier sont forcées d’y rester, c’est ce qu’on appelle la trempe. Ceci suffit pour faire sentir l’erreur de quelques ouvriers qui croient faire de l’acier en trempant simplement du fer dans l’eau après l’avoir rougi ; il est vrai que par-là ils durcissent la surface du fer, mais cette trempe seule ne peut point en faire de l’acier.

Il y a deux manieres de faire l’acier. La premiere, est un travail en grand, dans lequel on fait fondre du fer avec toutes sortes de matieres inflammables ; on coule ensuite ce fer ; on le forge à plusieurs reprises, & on en fait l’extinction dans l’eau pour le tremper.

La seconde maniere, est celle de la cémentation. Cette derniere est beaucoup meilleure que la premiere, parce qu’on peut empêcher plus sûrement que le fer converti en acier, ne perde les parties inflammables dont on l’a rempli. Voici comment elle se pratique. On prend de la corne, des os, des pattes d’oiseaux, ou telle autre partie des animaux, on les fait calciner à feu doux dans un vaisseau fermé, pour les réduire en une espece de charbon, on pulvérise ces matieres ainsi brûlées, & l’on en prend deux parties ; on les mêle avec une partie de charbon en poudre, & une demi-partie de suie, on incorpore bien exactement ce mélange, que l’on conserve pour l’usage que l’on va dire.

On aura des tuyaux de tôle, en forme de cylindres, qui seront de cinq ou six pouces de diametre, & qui auront environ trois pouces de longueur de plus que les barres de fer que l’on voudra y mettre, ces tuyaux seront fermés par un fond qui sera pareillement de tôle par un côté, & de l’autre on les fermera avec un couvercle semblable à celui d’une boîte. On mettra dans le fond de cette boîte du mélange qui vient d’être décrit, de l’épaisseur d’un pouce & demi, que l’on pressera avec un bâton. Ensuite on y placera, suivant la longueur de la boîte, trois ou quatre barres de fer bien doux. Il ne faut point que ces barres soient trop épaisses, sans quoi la matiere inflammable ne pourroit les pénétrer jusque dans leur intérieur. Il est à-propos qu’il y ait au moins un pouce d’intervalle entre chacune des barres entre elles, & entre les parois intérieurs de la boîte. Pour cet effet, on n’aura qu’à y faire entrer une espece de grille de fil de fer, qui aura trois ou quatre divisions dans lesquelles on fourrera les barres, qui par-là seront tenues écartées les unes des autres & des parois de la boîte. On remplira les intervalles vuides que les barres laisseront entre elles avec le mélange en poudre que l’on pressera doucement, & on recouvrira le tout d’environ un pouce & demi du mélange, afin d’en remplir la boîte jusqu’au bord en le pressant, après quoi on fermera la boîte avec son couvercle. Pour que l’action du feu n’endommage point la boîte, on la couvrira extérieurement d’un enduit de terre grasse, humectée avec du sang de bœuf, ce qui la fera tenir plus fortement ; on laissera cet enduit se sécher à l’air.

Quand on aura ainsi préparé une ou plusieurs boîtes, on les arrangera dans un fourneau de reverbere ; on les laissera exposées pendant huit à neuf heures à un feu de charbons qui ne doit que les faire rougir obscurément : il est important d’entretenir toujours un feu égal. Les ouvriers en prenant leurs mesures, pourront aussi faire ce travail dans leurs forges en formant une enceinte de pierres qui résistent au feu, ou de briques autour des boîtes.

Au bout de ce tems, on retirera les barres encore rouges des boîtes, & on les éteindra dans de l’eau froide : plus elles seront rouges, plus la trempe les durcira. Pour cet effet, il sera bon de rendre le feu très-violent vers la fin de la cémentation. En suivant ce procédé, on aura de l’acier incomparablement meilleur que celui qui a été fait en grand.

Mais avant que d’en faire des ouvrages, il sera à propos de faire passer cet acier par une nouvelle opération. Elle consiste à souder ensemble quelques-unes de ces barres d’acier, en les faisant bien rougir, à les forger pendant long-tems pour ne faire qu’une même masse. Ce travail est recommandé par M. Lauræus, dans les Mémoires de l’académie des Sciences de Stockholm, où il dit qu’il est dans l’usage de prendre quatre barres d’acier de même longueur, de les souder ensemble par l’action du feu, sans y joindre du fer pour cela ; de les faire forger pour n’en faire qu’une seule barre d’un pouce d’épaisseur, après quoi il les fait rougir parfaitement ; il les prend avec des tenailles par les deux bouts, afin de les tordre autant qu’il est possible, après quoi on les frappe de nouveau à coups de marteaux, afin de les rendre aussi minces qu’elles étoient d’abord ; alors on les plie de nouveau en quatre. On les soude encore de nouveau, on les forge & on les tord de la même maniere ; on réitere la même chose une troisieme fois, alors l’opération est finie, & l’on a de l’acier qui peut servir à faire toutes sortes d’instrumens tranchans & autres. M. Lauræus dit qu’il faut tordre ces barres, parce que les fils ou les veines de l’acier ne sont point toutes dans la même direction, ce qui est cause que lorsqu’on vient à le tremper, les lames se tordent & se contournent de maniere qu’il est très-difficile, ou même impossible de les redresser ; au-lieu qu’en tordant les barres d’acier leurs fils ou leurs veines s’entrelacent, ce qui fait que les barres ne se contournent point à la trempe, ou du-moins peuvent être redressées. Voyez les Mémoires de l’académie Royale de Stockholm, année 1752. M. de Justi approuve beaucoup cette méthode, & il conjecture que ce peut être de cette maniere que l’on travaille l’acier de Damas, en joignant ensemble deux aciers de qualité différente, ou du fer & de l’acier. C’étoit aussi le sentiment de l’illustre M. Stahl, vu qu’en joignant ensemble de bon fer avec de l’acier, & en forgeant avec soin la masse qui résulte, on obtient un mélange de veines de différentes couleurs, semblables à celles de l’acier de Damas, qui est si renommé pour sa bonté.

Il n’est point douteux qu’en travaillant ainsi l’acier, & en le faisant passer à plusieurs reprises par le feu, il ne perde une portion du phlogistique dont il s’étoit chargé dans la cémentation ; il en perd encore bien davantage lorsqu’on en fait différens outils, comme des lames, des ciseaux, &c. & sur-tout quand on fait des ouvrages minces & délicats, parce qu’alors on est obligé de faire passer les pieces un grand nombre de fois par le feu. Pour prévenir cet inconvénient, il sera bon lorsqu’on fera rougir ces pieces, de les couvrir d’un enduit fait avec du charbon en poudre & du sang de bœuf ; cet enduit rendra du phlogistique à l’acier, & empêchera celui qu’il contient de se dissiper.

Lorsque l’acier a été ainsi préparé, & que l’on en a fait divers outils, il faut finir par le tremper. Toute eau n’est pas bonne pour cet usage, les eaux sulfureuses & vitrioliques pourroient nuire à la bonté de l’acier, suivant M. de Justi, qui conseille de faire la trempe dans de l’eau dans laquelle on aura fait dissoudre une livre de soude ou de potasse sur un seau d’eau. Cette seconde trempe ne doit point être confondue avec la premiere dont on a parlé, qui consiste à jetter dans de l’eau froide les barres toutes rouges, au sortir de la boîte dans laquelle elles ont été mises en cémentation. La trempe dont il s’agit ici, se fait dans des liqueurs composées, dans lesquelles on plonge les pieces d’acier après qu’elles ont été travaillées : chaque ouvrier a communément pour cela une liqueur particuliere, dont quelquefois il fait mystere à tout le monde. On a trouvé que l’urine étoit très-propre à servir à cette seconde trempe ; on la coupe ordinairement avec de l’eau, dont on met une partie contre deux parties d’urine ; & quelquefois on met sur trois pintes d’urine une demi once de nitre, & autant de sel marin décrépité. Les pieces trempées dans cette liqueur deviennent d’une dureté prodigieuse. Quelques-uns y ajoutent encore une demi-once de sel ammoniac.

Mais suivant M. de Justi, voici la meilleure maniere de tremper l’acier ; on prendra une partie de corne, de cuir ou de pattes d’oiseaux, brûlés dans un vaisseau fermé, de la maniere qui a été indiquée ci-dessus pour la cémentation, on y joindra une demi-partie de suie, & une demi-partie de sel marin décrépité ; on triturera ce mélange afin de le réduire en une poudre fine, puis on l’humectera avec du sang de bœuf, au point de lui donner la consistance d’une bouillie liquide. On commencera par chauffer les pieces que l’on voudra tremper ; on les couvrira de ce mélange liquide, que l’on fera sécher sur un réchaux, après quoi on mettra les pieces d’acier ainsi préparées dans la forge, de maniere qu’elles soient toutes entourées de charbons, où on ne les laissera devenir que d’un rouge foncé ; après que les pieces auront ainsi rougi pendant une demi-heure, on fera aller le soufflet afin d’augmenter la force du feu ; & quand les pieces auront bien rougi on les trempera dans la liqueur susdite. On assure que cette maniere de tremper est propre à faire des limes excellentes.

M. Lauræus dit que l’on peut avec succès tremper les outils d’acier délicats dans du jus d’ail : voici la maniere dont cela se fait. On coupe de l’ail en petits morceaux ; on verse de l’eau-de-vie par-dessus ; on les laisse en digestion pendant vingt-quatre heures dans un lieu chaud ; au bout de ce tems on presse le tout au-travers d’un linge, & on conserve cette liqueur dans une bouteille bien bouchée, afin de s’en servir au besoin pour tremper les outils les plus délicats.

Si l’on veut que les ouvrages d’acier conservent de la flexibilité, & se plient sans se casser, il sera bon de les tremper encore outre cela, dans de l’huile ou dans de la graisse. Cette méthode se pratique encore avec succès pour les aiguilles.

Quelques gens sont dans l’usage de tremper les ressorts de montres & de pendules, & d’autres ouvrages d’acier, dans du plomb fondu ; mais M. de Justi remarque avec raison, que suivant les principes de la chimie, il est difficile de deviner le fruit que l’on peut retirer de cette méthode. (—)

Trempe, (mettre en) en terme de Rafineur ; c’est l’action de laisser tremper les formes qui ont déja servi pendant douze heures au-moins dans le bac à formes, avant de les laver & de les emplir de nouveau. Voyez Formes & Emplir.

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Étymologie de « trempe »

(Date à préciser) Déverbal de tremper.
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Voy. TREMPER ; wallon, treinp.

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Phonétique du mot « trempe »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
trempe trɑ̃p

Citations contenant le mot « trempe »

  • Je ne trempe pas ma plume dans un encrier mais dans la vie. De Blaise Cendrars
  • Quand tu lances la flèche de la vérité, trempe la pointe dans du miel. De Proverbe arabe
  • Le monde est un chaudron, l’homme est la cuillère qu’on y trempe. De Proverbe russe
  • Ce n’est pas notre condition, c’est la trempe de notre âme qui nous rend heureux. De Voltaire / Dictionnaire philosophique
  • C'est dans le feu que le fer se trempe et devient acier. C'est dans la douleur que l'homme trouve la révélation de sa force. De Henri Conscience / Les Drames flamands
  • Bien peu d'hommes ont la trempe qu'exige un grand destin et peu de femmes sauraient vivre à l'âge adulte le grand amour romantique de leurs rêves de jeunesse. De Georges Dor / Je vous salue, Marcel-Marie
  • Churchill était magnifique. De Gaulle aussi. Il n'y a hélas plus personne de cette trempe. Si ça continue, peut-être qu'un Churchill se lèvera? De Claude Lanzmann / Le Point, 15 janvier 2015
  • L’imagination est la faculté qui donne du relief, de l’éclat, du mordant à la pensée : par elle, l’expression se concentre, se colore, et se trempe ; en individualisant ce qu’elle touche, elle le vivifie et le consacre. De Henri-Frédéric Amiel / Journal intime
  • Si tu vois la barbe de ton voisin brûler, tu peux mettre la tienne à tremper. De Proverbe agenais
  • Mais il doit tremper dans votre tasse : Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! De Edmond Rostand / Cyrano de Bergerac
  • Il ne faut écrire qu'au moment où chaque fois que tu trempes ta plume dans l'encre un morceau de ta chair reste dans l'encrier. De Léon Tolstoï
  • Quand on veut écrire sur les femmes, il faut tremper sa plume dans l'arc-en-ciel et secouer sur sa ligne la poussière des ailes du papillon. De Denis Diderot
  • S'il est périlleux de tremper dans une affaire suspecte, il l'est encore davantage de s'y trouver complice d'un grand : il s'en tire, et vous laisse payer doublement, pour lui et pour vous. De Jean de La Bruyère / Caractères
  • Claire Williams a été, dans le podcast F1 Nation, interrogée sur le niveau de son jeune fer de lance. Est-il de la trempe d’anciens grands pilotes Williams, comme Nigel Mansell, Nico Rosberg et Damon Hill ? Aucun doute selon elle ! Nextgen-Auto.com, Formule 1 | Pour Claire Williams, Russell est de la trempe de Mansell ou de Rosberg

Traductions du mot « trempe »

Langue Traduction
Anglais quenching
Espagnol temple
Italien tempra
Allemand abschrecken
Chinois 淬火
Arabe التبريد
Portugais extinção
Russe гашение
Japonais 焼入れ
Basque quenching
Corse quenching
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Synonymes de « trempe »

Source : synonymes de trempe sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « trempe »

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