Triompher : définition de triompher


Triompher : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

TRIOMPHER, verbe

A. − Empl. trans. indir.
1. Triompher de qqn.Avoir l'avantage d'une manière éclatante, remporter un succès total sur quelqu'un. Synon. écraser, surclasser, vaincre.Triompher de ses adversaires, de ses concurrents, de ses rivaux. Vous n'aurez pas de peine à triompher d'un ennemi si peu digne de vous (Genlis, Chev. Cygne, t. 2, 1795, p. 126).Si l'on avait admis les ministres dans l'assemblée, M. Necker, qui plus que personne était capable de s'expliquer avec force et chaleur, aurait, je le crois, triomphé de Mirabeau (Staël, Consid. Révol. fr., t. 1, 1817, p. 207).
Littér. Triompher d'une femme. Vaincre sa résistance. C'est bien mal, monsieur, dit-elle en faisant un brusque effort et en se rejetant à un coin de l'appartement vers la porte qu'elle essaya d'ouvrir. La porte était fermée en dehors.Quelle infamie! s'écria-t-elle; et vous avez cru triompher de moi par des moyens semblables? (Champfl., Bourgeois Molinch., 1855, p. 267).Triompher de Gina, certes, mais comment? J'étais beaucoup moins gonflé qu'en montant à une tribune (Abellio, Pacifiques, 1946, p. 78).
2. Triompher de qqc.
a) Faire reculer ou disparaître. Synon. vaincre.
[Le suj. désigne une pers.] Il avait l'air d'un homme qui accomplit sans illusion un devoir rigoureux, urgent, non dans l'espoir de triompher de l'injustice, mais simplement pour ne pas tourner le dos à son malheur (Bernanos, M. Ouine, 1943, p. 1490).
[Le suj. désigne une chose] À la longue, pourtant, la fatigue triompha de l'inquiétude, et lorsqu'on entra le matin dans notre chambre, nous dormions l'un et l'autre (Mérimée, Dern. nouv., 1869, p. 133).L'odeur de toile chaude et de terre moite qui triomphe de celle du maquillage (Colette, Entrave, 1913, p. 30).
b) Venir à bout de, l'emporter sur. Synon. surmonter.Triompher d'une difficulté, d'une résistance; triompher de toutes les oppositions. Elle éprouvait la jouissance ineffable de triompher d'obstacles immenses (Balzac, Splend. et mis., 1847, p. 592).En quinze jours, il avait triomphé de tout et s'offrait calmement désormais l'immense satisfaction de bafouer l'ordre hitlérien (Ambrière, Gdes vac., 1946, p. 209).
Triompher du temps. ,,Avoir une durée très longue`` (Littré).
c) Se rendre maître de, être plus fort que. Synon. dominer, maîtriser, surmonter.Triompher d'une habitude, d'une tentation; triompher de ses passions. Mais, arrivés près d'ici... devant un groupe de quinze ou vingt promeneurs, monsieur Dufouré triomphe enfin de sa timidité! (Barrière, Capendu, Faux bonsh., 1856, I, 7, p. 22).Ce maître accompli [Talleyrand] en l'art de séduire et de plaire aura certes bien su ce qu'il faisait en triomphant de sa paresse pour écrire (Sainte-Beuve, Nouv. lundis, t. 12, 1869, p. 13).
Triompher du destin. Comme pour exprimer les détours du destin Dont le héros triomphe, un graveur florentin Avait sur son écu sculpté le labyrinthe (Hugo, Légende, t. 2, 1859, p. 513).
Triompher de la maladie. Rieux avait acquiescé, disant simplement que la séparation commençait à être longue et que lui aurait peut-être aidé sa femme à triompher de sa maladie, alors qu'aujourd'hui, elle devait se sentir tout à fait seule (Camus, Peste, 1947, p. 1372).
Triompher de la mort. Elle paraît aussi éternelle que la magnificence du firmament et les chants harmonieux de la nature environnante. Elle triomphe de la mort (Adam, Enf. Aust., 1902, p. 446).
Triompher de soi-même. Se maîtriser, se dominer. Quelle femme plus éclairée que vous, plus habituée à la réserve, plus faite enfin pour triompher d'elle-même et en imposer aux autres! (Sénac de Meilhan, Émigré, 1797, p. 1808).
B. − Empl. intrans.
1. ANTIQ. ROMAINE. Obtenir les honneurs du triomphe. Pompée triompha trois fois (Ac.).Sous l'Empire, seul l'empereur pouvait triompher. Ses généraux recevaient alors les ornements triomphaux (Pell.1972).
2.
a) Remporter une victoire éclatante, un grand succès dans une bataille, une compétition, une confrontation. Synon. gagner, vaincre.Napoléon triomphe de nouveau à Wurtchen et à Bautzen (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène, t. 2, 1823, p. 15).Les Soviétiques triomphent en gymnastique où la meilleure représentante française (...) est la première et la seule à s'inscrire parmi les huit meilleurs gymnastes du monde (Jeux et sports, 1967, p. 1305).
b) [Le suj. désigne une chose]
S'imposer avec éclat, s'établir définitivement. Doctrine, idée, projet, théorie qui triomphe. C'est par la vérité que la raison doit triompher (Lamart., Confid., 1849, p. 110).La république finira par triompher dans toute l'Europe (Erckm.-Chatr., Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 392).
[Dans une tournure factitive] Faire triompher la vérité, son point de vue. Cet avocat a fait triompher le bon droit (Ac.1935).La liberté enfante l'anarchie, l'anarchie conduit au despotisme, et le despotisme ramène à la liberté. Des millions d'êtres ont péri sans avoir pu faire triompher aucun de ces systèmes (Balzac, Peau chagr., 1831, p. 56).
Avoir la suprématie, une influence prépondérante. Cocteau donnait Parade au Châtelet, dont Picasso avait dessiné les costumes et brossait les décors et le rideau des Ballets Russes. Le cubisme triomphait (Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 392).C'est aux environs de 1855, à l'Exposition universelle que triomphe le style Pompadour (Viaux, Meuble Fr., 1962, p. 165).
3.
a) Afficher un air de triomphe; être transporté de joie, de fierté. Synon. exulter, jubiler, rayonner1.Quand on lui parle de ses enfants, elle triomphe (Ac.1935).Qui triomphe d'avance en est bientôt puni (Constant, Wallstein, 1809, II, 2, p. 49).
[Suivi d'un compl. de cause] Il triomphait de n'avoir pas la manie des autres, sans penser qu'il avait aussi la sienne et que c'était elle qui le préservait d'une autre (Proust, Guermantes 1, 1920, p. 305).Elle triomphait gentiment d'avoir su suivre son mari les yeux fermés dans la liberté nocturne de la petite ville (J. Bousquet, Trad. du sil., 1936, p. 98).
En partic. Dire, proclamer avec un air de triomphe. Le soir, au dîner, Paul triomphait: « C'est elle qui t'a lâché, mon cher. Ça c'est drôle, c'est bien drôle » (Maupass., Contes et nouv., t. 1, Sœurs R., 1884, p. 1277).Il se contenta de triompher, d'un air goguenard: ah! ah! le fort des forts était donc par terre? (Zola, Germinal, 1885, p. 1534).
En incise. Alors! triompha Gilbert. Qu'attendez-vous? C'est l'instant ou jamais (Arland, Ordre, 1929, p. 63).
b) [Le suj. désigne une chose] Se manifester avec éclat. La radieuse matinée d'avril triomphait au-dessus du champ de massacre (Zola, Bête hum., 1890, p. 232).À la fin triomphe le God save the King (Prod'Homme, Symph. Beethoven, 1921, p. 311).
4. Réussir brillamment, avoir beaucoup de succès.
a) [Le suj. désigne une pers.] Il triomphait dans les rôles où l'acteur doit paraître la figure blanchie avec de la farine et recevoir ou donner un nombre infini de coups de bâton (Stendhal, Chartreuse, 1839, p. 142).Il me plaît de croire que, si le bouffon entre en scène, c'est parce qu'il y a dans la troupe un acteur aimé du public et qui triomphe dans ce genre (Alain, Propos, 1921, p. 224).
b) [Le suj. désigne une forme d'art, une réalisation artist.] Pièce de théâtre qui triomphe à Paris. Le succès fut colossal. Depuis 1912, Pathé n'a jamais cessé d'exploiter ses versions successives du roman de Victor Hugo [Les Misérables], bientôt imité par l'Amérique, où le film triompha (Sadoul, Cin., 1949, p. 75).
Prononc. et Orth.: [tʀiɔ ̃fe], (il) triomphe [tʀiɔ ̃:f]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. « Remporter un avantage décisif, une victoire dans un affrontement militaire, une compétition quelconque » a) α) ca 1265 intrans. part. prés., cont. milit. (Brunet Latin, Trésor, éd. F. J. Carmody, I, XXVII, 4, p. 39: il [Alexandre] ala triumphant par le monde); ca 1460 id. (Mystère du siège d'Orléans, éd. F. Guessard et E. de Certain, 19667: La Pucelle desmesuree Y est triomphant); 1466 part. prés. subst. masc. « triomphateur » (Jean de Bueil, Le Jouvencel, II, VI, éd. C. Favre et L. Lecestre, t. 1, p. 122); 1559 trans. ind. triompher de (un ennemi) (Amyot, trad. Plutarque, Hommes illustres, Coriolan, LV, éd. G. Walter, t. 1, 1959, p. 511); β) 1538 antiq. « avoir les honneurs du triomphe » (Est., s.v. triumphus); 1680 part. prés. adj. (Rich.); b) déb. xives. trans., en parlant du Christ (Jean Chapuis, Trésor, 708 ds G. de Lorris et J. de Meun, Rose, éd. Méon, t. 3, p. 359: Quant tu triomphas le deable); c) « sortir vainqueur de toutes sortes de difficultés, les surmonter » 1470 [éd. 1537] part. prés. adj., en parlant d'une chose (Livre de la discipline d'amour divin, fol. 139 b: est amour fort, vaillant, triomphant); fin xvies. trans. indir. (A. d'Aubigné, La Création ds Œuvres, éd. E. Réaume et Fr. de Caussade, t. 3, p. 327: le tems Semble bien trionpher de tout ce qu'on peut voir); 2. « exceller, faire merveille dans un domaine » a) ca 1482 part. prés. adj. « excellent dans son genre, éclatant, magnifique » (Mathieu d'Escouchy, Chron., CLIII, éd. G. Du Fresne de Beaucourt, t. 2, p. 44: une chapelle à cinq croix [à la basilique Saint Denis] [...] aussi triomphante que celle de Paris); b) ca 1535 trans. ind. (Nic. de Troyes, 21 ds Hug.: aux escoles [...] où il triumphoit d'apprendre); 1636 intrans. (Monet); 3. ca 1540 trans. indir. « être ravi de joie à propos d'un avantage, en tirer vanité » (Est. Dolet, Deux Dial. de Planton, p. 56 ds Gdf. Compl.); 1550 intrans. (Bible Louvain, 4 Esdras, 1 b d'apr. FEW t. 13, 2, p. 310 a); 1694 avoir un air triomphant (Ac.). Empr. au lat.triumphare intrans. « obtenir les honneurs du triomphe, triompher », trans. « vaincre, triompher de quelqu'un »; fig. « exulter, être transporté ». Fréq. abs. littér.: 2 465. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 4 250, b) 3 134; xxes.: a) 3 618, b) 3 002.

Triompher : définition du Wiktionnaire

Verbe

triompher \tʁi.ɔ̃.fe\ transitif indirect ou intransitif 1er groupe (voir la conjugaison)

  1. (Antiquité romaine) Faire une entrée pompeuse et solennelle dans Rome après quelque insigne victoire.
    • Pompée triompha trois fois.
  2. (Courant) Remporter une victoire éclatante.
    • Chemin faisant l'émeute triomphait sans combattre. On désarmait les troupes qui se laissaient faire, et on protégeait leur retraite. — (Alfred Barbou, Les Trois Républiques françaises, A. Duquesne, 1879)
    • Les travaux imposés à Hercule tendent soit à le faire échouer, auxquels cas il meurt, et il n'est plus un dieu (puisque n'étant pas immortel et invincible) soit à le faire triompher, auxquels cas il est un véritable dieu et rejoint l’Olympe. — (Florent Montaclair, Vers une critique post-formaliste du fantastique, dans Aspects de la critique, colloque des Universités de Birmingham et de Besançon, Presses Universitaires de Franche-Comté, 1998, p.46)
  3. (Figuré) Remporter quelque avantage que ce soit sur quelqu’un.
    • Drumont comptait sans doute sur la victoire du boulangisme pour faire triompher sa doctrine et imposer aux juifs une législation moyenâgeuse ? — (Léon Berman, Histoire des Juifs de France des origines à nos jours, 1937)
    • Triompher de ses adversaires, de ses envieux, de ses rivaux.
    • L’innocence a triomphé.
    • Cet avocat a fait triompher le bon droit.
  4. (Figuré) Vaincre, subjuguer, surmonter.
    • Il pressentait que l'eau triompherait des semelles sans résistance, et, sournoisement, s'infiltrerait jusqu'aux chevilles. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 9)
    • Triompher de ses passions.
    • Sa sagesse a triomphé de tous les dangers.
    • à la longue, la vérité triomphe de l’erreur.
  5. Exceller en traitant quelque sujet.
    • Quand il est sur cette matière, il triomphe.
  6. Se prévaloir, tirer avantage.
    • Ses ennemis triomphèrent de ses aveux.
    • Il y a dans les écrits de ce théologien plusieurs passages dont les ennemis de la religion ont triomphé.
  7. Tirer vanité de quelque chose.
    • Il triomphe de sa perfidie.
    • Il a obtenu ce qu’il prétendait, il en triomphe.
  8. Être ravi de joie, de fierté.
    • Quand on lui parle de ses enfants, elle triomphe.
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Triompher : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

TRIOMPHER. v. intr.
T. d'Antiquité romaine. Faire une entrée pompeuse et solennelle dans Rome après quelque insigne victoire. Pompée triompha trois fois. Il signifie, dans le langage courant, Remporter une victoire éclatante. Ce prince triompha de tous ses ennemis. Il signifie, au figuré, Remporter quelque avantage que ce soit sur quelqu'un. Triompher de ses adversaires, de ses envieux, de ses rivaux. L'innocence a triomphé. Cet avocat a fait triompher le bon droit. Il signifie encore figurément Vaincre, subjuguer, surmonter. Triompher de ses passions. Sa sagesse a triomphé de tous les dangers. À la longue, la vérité triomphe de l'erreur.

TRIOMPHER signifie aussi Exceller en traitant quelque sujet. Quand il est sur cette matière, il triomphe. Il signifie de plus Se prévaloir, tirer avantage. Ses ennemis triomphèrent de ses aveux. Il y a dans es ecrits de ce théologien plusieurs passages dont les ennemis de la religion ont triomphé. Il signifie aussi Tirer vanité de quelque chose. Il triomphe de sa perfidie. Il a obtenu ce qu'il prétendait, il en triomphe. Il signifie en outre Être ravi de joie, de fierté. Quand on lui parle de ses enfants, elle triomphe.

Triompher : définition du Littré (1872-1877)

TRIOMPHER (tri-on-fé) v. n.
  • 1 Terme d'antiquité romaine. Faire une entrée pompeuse et solennelle dans Rome après une éclatante victoire. Le dictateur se démit de sa dignité, après avoir triomphé pour la victoire qu'il avait remportée sur les Volsques, Vertot, Rév. rom. VII, p. 122.

    Scipion triompha de l'Afrique, il obtint les honneurs du triomphe pour avoir soumis l'Afrique.

    Il s'est dit, par extension, de tout triomphe comparé à la pompe triomphale chez les Romains. On ne pouvait lui reprocher [à Sésostris] en toute sa vie que d'avoir triomphé avec trop de faste des rois qu'il avait vaincus, Fénelon, Tél. II.

  • 2Vaincre par les armes, par la force. À vaincre sans péril on triomphe sans gloire, Corneille, Cid, II, 2. Elle assiège et prend d'assaut, en passant, une place considérable qui s'opposait à sa marche, elle triomphe, elle pardonne, Bossuet, Reine d'Anglet. Rome en effet triomphe, et Mithridate est mort, Racine, Mithr. I, 1. Achille va combattre et triomphe en courant, Racine, Iphig. I, 1. Le hasard seul vous a empêché de triompher du lion ; votre valeur n'en est pas moins admirable, Voltaire, Princ. de Babylone, 1.
  • 3L'emporter sur, avoir l'avantage. Monsieur revint chez lui, triomphant dans son imagination, Retz, Mém. t. II, IIV. III, p. 488, dans POUGENS. Trahi de toutes parts, accablé d'injustices, Je vais sortir d'un gouffre où triomphent les vices, Molière, Mis. v, 8. Dans ce même tribunal où il fit si bien triompher autrefois la justice de ma cause, Sévigné, 530. De quel avantage est-il pour nous que cette loi ait triomphé de toutes les puissances du siècle et de l'enfer, si elle ne triomphe pas de nos faiblesses ? Bourdaloue, 6e dimanche après l'Épiphanie, Dominic. t. I, p. 330. Esther a triomphé des filles des Persans, Racine, Esth. III, 9. Il serait bien étrange que la vérité ne triomphât pas, quand c'est vous qui l'annoncez, Voltaire, Lett. d'Argental, 20 déc. 1756. Ne rougissez point, Aline ; je dois dévoiler tout ce qui peut faire triompher votre innocence, Genlis, Théât. d'éduc. Lingère, II, 6.
  • 4 Fig. Surmonter, maîtriser. Je triomphe aujourd'hui du plus juste courroux De qui le souvenir puisse aller jusqu'à vous [postérité], Corneille, Cinna, V, 3. Faites à votre amour un peu de violence ; J'ai triomphé du mien, Corneille, Sertor. IV, 3. Combien de fois, soupirant après ces lumières vives et efficaces qui seules triomphent des erreurs de l'esprit humain, dit-il [M. de Turenne] à Jésus-Christ : Seigneur, faites que je voie, Fléchier, Turenne. Une de tes passions a dévoré les autres, et tu crois avoir triomphé de toi ! Voltaire, Dict. phil. Caractère. En cachant ses sentiments, elle croyait en triompher, Riccoboni, Œuv. t. II, p. 22, dans POUGENS. La raison ne consiste pas à triompher de soi selon les règles, mais comme on le peut, Staël, Corinne, VI, 1.

    Il se dit du triomphe de la grâce. Voulez-vous savoir combien la grâce qui a fait triompher Madame a été puissante…, Bossuet, Duch. d'Orl.

  • 5Dans le langage de la galanterie, triompher d'une femme, vaincre sa résistance. L'amour n'a-t-il encor triomphé que de vous ? Racine, Phèdre, IV, 6. Nous éprouverons bientôt si son aimable chevalier saurait triompher de moi aussi facilement qu'il a triomphé d'elle, Legrand, Temps présent, 2e part. sc. 2.
  • 6Triompher du temps, avoir une durée très longue. Elle [l'Égypte] imagina ses pyramides, qui, par leur figure autant que par leur grandeur, triomphent du temps et des barbares, Bossuet, Hist. III, 3.
  • 7Avoir du succès. Mon fils triomphe aux états [de Bretagne], Sévigné, 379. Elle [Hélène] triompha lorsque Thésée l'eut ravie ; elle triompha lorsqu'elle eut été enlevée par le fils de Priam ; elle triompha enfin lorsque les dieux l'eurent rendue à Ménélas, Montesquieu, Temple de Gnide, 3.
  • 8Se prévaloir. Et, d'autre part aussi, sa charmante moitié Triomphait d'être inconsolable, La Fontaine, Joconde. Les jésuites triompheront ; ce sera leur grâce suffisante en effet, et non pas la vôtre [des dominicains], qui ne l'est que de nom, qui passera pour établie, Pascal, Prov. II. Aubertin triomphe d'un passage de Seyssel, Bossuet, Var. 11. Elle [Agrippine] se hâte trop, Burrhus, de triompher, Racine, Brit. IV, 3. Les évêques espagnols, aidés de quelques prélats arrivés de France, soutiennent leurs prétentions ; c'est à cette occasion qu'ils se plaignent que le Saint-Esprit arrive toujours de Rome dans la malle du courrier, bon mot célèbre dont les protestants ont triomphé, Voltaire, Mœurs, 172.

    Tirer vanité. Bien loin de s'en confondre, on s'en glorifie, on s'en applaudit, on s'en élève, on en triomphe, Bourdaloue, Myst. Pass de Jésus-Chr. t. I, p. 156. Aussitôt [après un trait malin de satire] je triomphe, et ma muse en secret S'estime et s'applaudit du beau coup qu'elle a fait, Boileau, Sat. VII.

  • 9Être ravi de joie, à propos de quelque avantage. Après vous avoir vu triompher des victoires de nos ennemis, je suis bien aise de vous mander que nous avons pris Corbie, Voiture, Lett. 74. Et voilà que le P. Bourgoing étant arrivé en la bienheureuse terre des vivants, il chante et il triomphe avec les saints anges, Bossuet, Bourgoing. La Discorde triomphe, et du combat fatal Par un cri donne en l'air l'effroyable signal, Boileau, Lutr. v. Parmi les déplaisirs où son âme se noie, Il s'élève en la mienne une secrète joie ; Je triomphe, Racine, Andr. I, 1. Les ennemis du sénat et des conjurés triomphaient de la réunion d'Antoine et d'Octave, Vertot, Rév. rom. XIV, p. 312.
  • 10Exceller en traitant quelque sujet. Quand il est sur cette matière, il triomphe. Mais, poursuivit-il, notre père Antoine Sirmond, qui triomphe sur cette matière…, Pascal, Prov. X.

    Exceller en quelque chose préférablement à d'autres. C'est quand il peint des fleurs que ce peintre triomphe

    Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir.

HISTORIQUE

XIIIe s. Ta lumiere se fit veable à ceulx qui vie langoreuse Muerent en vie joieuse, Quant tu triumphas de deable, J. de Meung, Tr. 708.

XVIe s. Et ne doy point differer jusques à voir le jour, ou que mon filz prisonnier soit mené en triumphe par ses citoyens, ou que luy mesme triumphe de son païs, Amyot, Cor. 55.

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Triompher : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

TRIOMPHER, (Langue françoise.) ce verbe se dit élégamment au figuré pour subjuguer, surmonter, vaincre. La philosophie, dit M. de la Rochefoucaut, triomphe aisément des maux passés & des maux à venir, mais les maux présens triomphent d’elle. L’hypocrisie triomphe tous les jours de la vertu. Ce verbe s’emploie encore noblement pour exceller en quelque chose. Quand il est sur cette matiere il triomphe, c’est-à-dire il excelle. Il triomphe sur la générosité, sur la délicatesse des sentimens. Enfin triompher se prend aussi en mauvaise part pour tirer vanité des vices. Tibere à Rome, comme dans l’île de Caprée ; triomphoit de ses déreglemens & de sa persidie. (D. J.)

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Étymologie de « triompher »

Étymologie de triompher - Littré

Lat. triumphare, de triumphus, triomphe ; prov. triomfar ; esp. triunfar ; ital. trionfare.

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Étymologie de triompher - Wiktionnaire

Du latin triumphare (« triompher, vaincre »).
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Phonétique du mot « triompher »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
triompher trijɔ̃fe play_arrow

Conjugaison du verbe « triompher »

→ Voir les tables de conjugaisons du verbe triompher

Citations contenant le mot « triompher »

  • Il a pourtant l’habitude de triompher « at home », le prodigieux Anglais. Cette première marche qu’il a gravie pour la 7e fois lors de son Grand Prix national a longtemps pris des allures de promenade de santé. Que voulez-vous faire quand un pilote d’exception dispose de la meilleure voiture du paddock, sinon attendre que le vent de la réussite choisisse un autre camp. Le Soir Plus, Hamilton complètement déjanté à domicile - Le Soir Plus
  • Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a appelé jeudi "le monde libre" à "triompher" de la "nouvelle tyrannie" incarnée selon lui par la Chine communiste. "La Chine d’aujourd’hui est de plus en plus autoritaire à l’intérieur du pays, et plus agressive dans son hostilité face à la liberté partout ailleurs", a-t-il déclaré en Californie lors d’un discours dont la tonalité rappelait plus que jamais la Guerre froide avec l’Union soviétique. SudOuest.fr, Washington appelle "le monde libre" à "triompher" de la "nouvelle tyrannie" chinoise
  • Nous sommes tous embarqués dans la même galère. Nous sommes futiles et malhonnêtes parce que nous devons triompher de personnes futiles et malhonnêtes. De Kressmann Taylor / Inconnu à cette adresse
  • Aimer, c'est aussi posséder, c'est aussi triompher de la joie de sentir un autre vibrer comme soi... De Georges Pétin / Paroles de Poilus - Lettres et carnets du front
  • On part, un jour, parce que l'on veut croire qu'un regard peut triompher des bornes de la pensée. De Michel Le Bris
  • Il est difficile de faire triompher des opinions qui ne sont pas celles de tout le monde. De Arsène Bessette / Le débutant
  • Convaincre, c’est triompher d’un adversaire, c’est une contrainte exercée par une intelligence sur une autre. De Edmond Goblot / Traité de logique
  • Le sport va chercher la peur pour la dominer, la fatigue pour en triompher, la difficulté pour la vaincre. De Pierre de Coubertin
  • La philosophie nous montre à triompher des disgrâces de la mauvaise fortune. De Chevalier de Méré / Maximes, sentences et réflexions morales et politiques
  • Vaincre sans péril est peut-être la seule chance de triompher sans péril. De Gilbert Cesbron / Journal sans date
  • Dans une révolution, on doit triompher ou mourir. De Ernesto "Che" Guevara / Lettre à Fidel Castro
  • La comédie est écrite pour triompher de la peur de la mort. De Jacques Nichet
  • Il faut regarder le néant En face pour savoir en triompher. De Louis Aragon / Les poètes
  • Pour triompher, le mal n’a besoin que de l’inaction des gens de bien. De Edmund Burke / Attribution
  • Vaincre la colère, c'est triompher de son plus grand ennemi. De Publius Syrus
  • Une armée de fourmis peut triompher d’un serpent venimeux. De Proverbe chinois
  • Se vaincre, en plein triomphe, est triompher deux fois. De Publius Syrus / Sentences
  • On ne triomphe que de ce que l'on s'assimile. André Gide, Journal, Gallimard
  • Faut-il tant de fois vaincre avant que triompher ? Pierre Corneille, Polyeucte, V, 3, Polyeucte

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Traductions du mot « triompher »

Langue Traduction
Corse triunfà
Basque garaipen
Japonais 勝利
Russe триумф
Portugais triunfo
Arabe انتصار
Chinois 胜利
Allemand triumph
Italien trionfo
Espagnol triunfo
Anglais triumph
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Synonymes de « triompher »

Source : synonymes de triompher sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « triompher »



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