Troupe : définition de troupe


Troupe : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

TROUPE, subst. fém.

A. − [À propos d'êtres humains]
1. Ensemble de personnes qui se déplacent dans un même lieu ou agissent de concert. Troupe de chasseurs, de curieux, de pèlerins, de touristes. Professant la chasteté, exclus du mariage sous des peines sévères, les évêques donnaient à leur troupe l'exemple de la dissolution la plus franche [au 16esiècle] (Stendhal, Hist. peint. Ital., t. 1, 1817, p. 163).Perelle a gravé une planche où il nous montre toute une troupe de paysans houspillant un malheureux (D'Allemagne, Récr. et passe-temps, 1904, p. 229).
Loc. En troupe. Les Joyeuse, inquiets de ne pas voir André descendre, montent le chercher en troupe (A. Daudet, Nabab, 1877, p. 199).Les sœurs de Saint-Vincent de Paul, avançant en troupe, semblaient de grands oiseaux bleus aux ailes blanches étendues (Estaunié, Empreinte, 1896, p. 2).Par troupe. Mais il suffit que cette hystérique (...) attaque le gouvernement pour que les curés viennent par troupe l'écouter bouche bée (A. France, Orme, 1897, p. 114).
Expr. fam. [Pour convier au départ, amicalement ou p. antiphr.] En avant/en route, mauvaise troupe! En route, mauvaise troupe! Partez, mes enfants perdus! (Verlaine, Jadis, 1884, p. 199).
2. Spécialement
a) Domaine milit.Groupe d'hommes armés pour le combat; groupe régulier et organisé de soldats. Il était à craindre qu'un corps de troupes européennes ne se joignît à elles, et que le moment de l'agression ne coïncidât avec des troubles intérieurs (Gourgaud, 1815-21ds Rec. textes hist., p. 106).L'avant-garde fortement organisée que nous connaissons n'est pas seulement la troupe de reconnaissance que nous avons vu envoyer d'Oedenburg sur Kormend (Foch, Princ. guerre, 1911, p. 241).
P. méton.
La troupe. L'ensemble des soldats par opposition aux officiers. Cette grande dame qui loge dans l'univers des galons nombreux, des particules et des étoiles, s'abaisserait-elle à la troupe (Arnoux, Solde, 1958, p. 208).Le cumul de ces inconvénients est, on le sait, très nuisible au « moral de la troupe » (Serv. milit. et réforme arm., 1963, p. 57).
La troupe. La force armée. Faire appel à la troupe. (Dict. xxes.).
Homme de troupe. Sous-officier ou soldat qui fait partie d'une armée. Il n'est pas certain que ce caporal-chef, ce sergent, ce sergent-chef ait accumulé (...) des qualités morales et intellectuelles qui l'autorisent à dominer, ainsi que c'est le cas actuellement, l'ensemble des activités des hommes de troupe dont on lui a confié la responsabilité (Serv. milit. et réforme arm., 1963, p. 57).
Enfant de troupe. Fils de militaire élevé aux frais de l'État. Parti enfant de troupe, il était arrivé par sa bravoure, beaucoup plus que par son intelligence, au grade de chef de bataillon (Zola, Cap. Burle, 1883, p. 8).
En appos. Gauloises troupe. ,,Cigarettes de l'armée`` (Rob.). P. ell. (Paquet de) troupe. Fumer des troupes. Les prisonniers, on ne les a pas oubliés à Vichy (...) les envois de linge et de souliers (...)à quoi se sont ajoutés jusqu'ici de luxueux paquets de « troupe » (...)sont, depuis la fin de l'année dernière, régulièrement arrivés dans les camps et les Kommandos (L'Œuvre, 23 sept. 1941).
Au plur. Forces armées, divers corps de soldats composant une armée. Troupes aéroportées, alliées, d'assaut, à cheval, à pied, auxiliaires, coloniales, de choc, de débarquement, d'élite, étrangères, françaises, mercenaires, métropolitaines, d'occupation, régulières, de repli, de réserve, royales; concentration, déploiement, mouvement de troupes; lever, masser, recruter des troupes; le gros des troupes. L'artillerie de la division prend position. Devant ce déploiement, les Prussiens s'arrêtent; ils n'ont pas dépassé Niederbronn; puissance de l'impression causée par l'arrivée de troupes fraîches (Foch, Princ. guerre, 1911, p. 102).
b) SCOUTISME. Regroupement de deux à six patrouilles d'éclaireurs, équivalant à la meute pour les louveteaux et au clan pour les aînés. Une sorte de libre concours permanent entre les troupes détermine celles qui méritent le titre de « Raiders » ou le « Trophée Bénakis » qui leur permet d'accéder à des formes plus exigeantes de vie scoute (H. Van Effenterre, Hist. du scoutisme, Paris, P.U.F., 1961, p. 122).
c) SPECTACLES. Groupe de comédiens, d'artistes attachés à un théâtre ou qui se produisent ensemble. Bonne, mauvaise troupe; directeur de la troupe; monter une troupe; troupe d'acrobates, de ballets russes, de casino, de chanteurs, de cirque, de danseurs, d'opéra, du roi; troupe en tournée; engager dans une troupe; faire partie de la troupe. On allait chanter le chœur (...) Elle, qui accompagnait, s'était en outre réservé la partie de Valentine (...) car elle ne voulait pas introduire de femme parmi ces messieurs, dont elle conduisait la troupe résignée avec des rudesses de chef d'orchestre (Zola, Pot-Bouille, 1882, p. 90).Parmi les représentations de l'Odéon nous ne tenons compte que de celles qui y ont été données par la troupe de la Comédie-Française (Arts et litt., 1935, p. 76-2).
En partic., arg. de théâtre. Troupe d'argent. ,,Troupe de théâtre qui joue à tour de rôle sur deux scènes; par exemple à Montmartre et aux Batignolles`` (Rigaud, Dict. arg. mod., 1881, p. 377).
B. − P. anal. ou au fig.
1. P. anal.
a) [À propos d'animaux]
α) Groupe d'animaux de la même espèce vivant ensemble. Troupe d'éléphants. Mais, pour y parvenir comme instantanément, ainsi que cela arrive en un corps d'armée, en une troupe d'oiseaux, en un troupeau, nous avons trois moyens puissants (Maizière, Nouv. archit. nav., 1853, p. 63).
Loc. En troupe. [Les oiseaux] flottaient en grandes troupes dans le ciel comme un foulard chamarré d'or que le vent emporte (Giono, Que ma joie demeure, 1935, p. 286).
β) Ensemble d'animaux domestiques. Troupe de cochons, de chiens, d'oies. La troupe des mules qu'on attache par des liens de fleurs à son char (Arnoux, Roi, 1956, p. 161).
b) [À propos de choses concr.] Et toi, maison brûlante, Espace, cher Espace Tranquille, où l'arbre fume et perd quelques oiseaux, Où crève infiniment la rumeur de la masse De la mer, de la marche et des troupes des eaux (Valéry, Alb. vers anc., 1900, p. 85).
BOT. Troupe d'arbres. ,,Ensemble de quelques arbres couvrant un are ou moins d'un are`` (Plais. 1969).
2. Au fig. Ensemble de, accumulation. Troupe des connaissances, de malheurs, de pensées, de rêves. Il souffrit autant que les grands hommes quand ils sont (...) chassés par la meute des gens médiocres et par la troupe des Vanités altérées de vengeance (Balzac, P. Grassou, 1840, p. 441).
Loc. En troupe. Les événements ont ceci de commun avec les oies qu'ils vont en troupe (Bloy, Désesp., 1886, p. 209).
Prononc. et Orth.: [tʀup]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 1178 « groupe important d'animaux » (Renart, éd. E. Martin, XIV, 861); 2. ca 1220 « rassemblement, fortuit ou organisé, d'un nombre important d'individus se déplaçant ensemble ou se livrant à la même activité » (Robert de Clari, Constantinople, éd. Ph. Lauer, p. 77); 1538 « groupe important d'individus assemblés, multitude » (Est. s.v. turba); 1553 en troupe (La Bible, s. 1., impr. J. Gerard, Esa 24d d'apr. FEW t. 17, p. 398a); 3. a) 1477 « réunion d'hommes en armes constituant une formation prête au combat » (G. Leseur, Hist. de Gaston IV, comte de Foix, éd. H. Courteault, t. 1, p. 89); 1636 au plur. « soldats, sous-officiers et officiers régulièrement organisés, qui constituent une armée ou une partie d'armée » (Monet); b) 1803 collectiv. la troupe (Boiste); c) 1825 « ceux qui, dans l'armée, ne sont ni officiers, ni sous-officiers » (Le Couturier, Dict. portatif et raisonné des connaissances militaires d'apr. FEW t. 17, p. 398a); 1833 enfant de troupe (Balzac, Méd. camp., p. 5); 1941 « cigarettes de l'armée » (L'Œuvre, 23 sept., cf. supra); d) 1862 « la force militaire ou la force publique qui a été chargée de maintenir ou de rétablir l'ordre » (Hugo, Misér., t. 2, p. 455); 4. 1662 « ensemble de comédiens, d'artistes jouant habituellement ensemble » (Poisson, Le Baron de la Crasse, 4 ds Littré); 5. 1928 scoutisme (J. Droit, Le Loup bavarde, Paris, p. 11). Dér. régr. de troupeau*. Les ex. de trope masc. relevés par le FEW t. 17, p. 397b et 399a sont à lire plutôt tropé, cf. notamment Eustache d'Amiens, Du bouchier d'Abevile, éd. J. Rychner, 101 et 525 [mêmes ex. que Littré et La Curne]. Fréq. abs. littér.: 6 092. Fréq. rel littér.: xixes.: a) 8 601, b) 6 779; xxes.: a) 6 071, b) 11 286. Bbg. Blochw.-Runk. 1971, p. 199 (s.v. troupes de choc). − Storm (J.). Trop, troupe, troupeau. Romania. 1872, t. 1, pp. 490-491.

Troupe : définition du Wiktionnaire

Nom commun

troupe \tʁup\ féminin

  1. (Nom collectif) Réunion d’un certain nombre de personnes qui marchent ou agissent de concert.
    • Lorsque la troupe des pastoureaux entra dans Orléans, le jour de saint Barnabas, l’évêque de cette ville interdit à tous ses clercs d’assister à ses prédications ; car, disait-il, ce sont les souricières du diable. — (Jean-Charles-Léonard Simonde Sismondi, Histoire des Français, T. 5, 1836, page 194)
    • Au cours du procès Zola, les antisémites recrutèrent des troupes de manifestants soldés, qui étaient chargés d’exprimer les indignations patriotiques ; le gouvernement de Méline protégeait ces manœuvres […]. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Chap. VI, La moralité de la violence, 1908, page 275)
  2. (Par ellipse) Troupe de comédiens, réunion d’acteurs associés ou réunis par un directeur, pour jouer la comédie en public.
    • Il avait appartenu, en qualité de porteur, à une troupe d’acrobates de cirque, puis s’était entraîné au tapis, en vue d’un numéro de « flic-flac » avec rattrape sur les épaules. — (Francis Carco, L’Homme de minuit, Éditions Albin Michel, Paris, 1938)
    • De loin en loin, une troupe de zarzuela ou de danseuses espagnoles venait monter sur les tréteaux dans quelque fondouk inoccupé. — (Frédéric Weisgerber, Au seuil du Maroc Moderne, Institut des Hautes Études Marocaines, Rabat : Les éditions de la porte, 1947, page 19)
  3. (Absolument) Corps de soldats.
    • La plupart des troupes européennes sont composées de nationaux et de mercenaires; […]. Que ces troupes sont différentes de ces Romains qui conquirent le monde. — (Frédéric II et Voltaire, L’Anti-Machiavel, 1739 - (édition de 1947))
    • Ce fut en l’année 574 que les troupes du roi d’Austrasie, après plusieurs jours de marche, arrivèrent près d’Arcis-sur-Aube.— (Augustin Thierry, Récits des temps mérovingiens, 2e récit : Suites du meurtre de Galeswinthe — Guerre civile — Mort de Sighebert (568-575), 1833 - éd. Union Générale d’Édition, 1965)
    • Nos troupes piétinantes, hommes, chevaux, canons, poursuivaient lentement leur retraite. — (Paul et Victor Margueritte, Le Désastre, 86e éd., Plon-Nourrit & Cie, page 168)
    • Obsédées par la crainte des « francs-tireurs », les troupes d’invasion ont déjà, le 24 août, incendié Haybes et mis à mort soixante civils du lieu, avec une grande cruauté […] — (Henri Manceau, Des luttes ardennaises, 1969)
  4. (En particulier) Ensemble des sous-officiers et soldats, par opposition aux officiers.
    • […] : c’est ce qui explique le grand prestige qu’acquirent immédiatement sur de jeunes troupes, tant de sous-officiers de l’Ancien Régime que l’acclamation unanime des soldats porta aux premiers rangs, au début de la guerre. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Chap. VII, La morale des producteurs, 1908, page 350)
  5. (Par extension) Personnes qui agissent ensemble.
    • « On a l’impression d’être devenus la bête à abattre », observe cette femme de 58 ans, bosseuse et près de ses troupes, toujours prête à soutenir ceux dont le moral flanche. — (Raphaëlle Rérolle, « Beaucoup de gens, à Paris, sont moins bien logés que mes vaches » : le désarroi du monde agricole face à l’« agribashing », Le Monde. Mis en ligne le 7 novembre 2019)
  6. Animaux groupés ensemble.
    • Les oies sauvages vont en troupe.
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Troupe : définition du Littré (1872-1877)

TROUPE (trou-p') s. f.
  • 1Multitude de gens assemblés. Deux ours sortirent du bois ; et, s'étant jetés sur cette troupe d'enfants, ils en déchirèrent quarante-deux, Sacy, Bible, Rois, IV, II, 24. Siècle vainement subtil… la princesse Palatine t'est donnée comme un signe et un prodige… tu la verras se joindre à ces saintes filles et à toute la troupe des saints, Bossuet, Anne de Gonz. Et ne voyez-vous pas que leur troupe en furie [des poëtes critiqués par Boileau] Va prendre encor ces vers pour une raillerie ? Boileau, Sat. IX. Lui-même le premier, pour honorer la troupe, D'un vin pur et vermeil il fait remplir la coupe, Boileau, Lutr. I. Je cours et je ne vois que des troupes craintives D'esclaves effrayés, de femmes fugitives, Racine, Bajaz. v, 9. Des prophètes menteurs la troupe confondue, Racine, Athal. I, 1. On vient à mon secours ; tremblez, troupe rebelle ! Racine, ib. v, 5. Les Italiens, dit Diodore, achetaient en Sicile des troupes d'esclaves pour labourer leurs champs, et avoir soin de leurs troupeaux, Montesquieu, Esp. XI, 18.

    Fig. Toute la troupe sacrée des vertus qui veillaient autour de lui, Bossuet, le Tellier.

    Troupe se dit des animaux. Troupe de dindons. Troupe d'oies. Comme on voit les frelons, troupe lâche et stérile…, Boileau, Sat. I.

    Aller en troupe, marcher en troupe, aller ensemble, en grand nombre.

    En troupe se dit aussi des animaux. Les oies sauvages vont en troupe.

    Aller par troupes, marcher par troupes, aller, marcher en formant plusieurs bandes ou troupes distinctes.

  • 2Troupe de comédiens, un certain nombre d'acteurs réunis à l'effet de jouer ensemble. J'avais songé une comédie où il y aurait eu un poëte… qui serait venu pour offrir une pièce à une troupe de comédiens nouvellement arrivés de la campagne, Molière, Impromptu, I. Nous représenterons, quand vous nous viendrez voir, L'ouvrage le plus beau que nous puissions avoir ; à vous bien divertir toute la troupe aspire, Boursault, Fabl. d'És. v, 4. Le bruit des remontrances des gens tenant la comédie est parvenu jusqu'à l'enceinte de mes montagnes ; il paraît qu'une troupe est quelquefois plus difficile à conduire que des troupes, Voltaire, Lett. Richelieu, 26 avr. 1765. La troupe de Molière prit le titre de la troupe de Monsieur, qui était son protecteur, Voltaire, Vie de Molière. On dit la troupe fort bonne ; plusieurs amateurs ont fait une souscription assez considérable pour la composer, Voltaire, Lett. d'Argental, 26 sept. 1769. Monsieur, on vous demande, C'est un comédien. - Le baron : Parbleu ! voici la bande. - Le marquis : Dites troupe, Raim. POISSON, Bar. de la Crasse, sc. 4.

    Les comédiens ont protesté contre le mot troupe. De bons acteurs la troupe est-elle bien fournie ? - Crispin : Troupe, madame ! on dit à présent compagnie, Dancourt, Inconnu, Prol. sc. 2. On dit bien une troupe de bandits, une troupe de gueux, une troupe d'auteurs ; mais apprenez qu'on doit dire une compagnie de comédiens, Lesage, Gil Blas, III, 10. Granville : Ton appui Peut m'impatroniser dans la troupe aujourd'hui. - Belrose : Tu te feras chasser avec ignominie ; La troupe ! eh ! d'où viens-tu ? dis donc la compagnie, Delavigne, Coméd. I, 5.

    Troupe de société, réunion de gens du monde, d'amateurs, qui jouent la comédie pour leur plaisir. Vous ne m'étonnez point ; je n'ai pas encore vu de troupe de société qui n'ait eu de deux ou trois de ses acteurs une semblable opinion, Genlis, Théât. d'éduc. Magistrat, I, 2.

  • 3En parlant de gens de guerre, corps de cavalerie ou d'infanterie. Cet officier conduit bien sa troupe. Voilà une belle troupe. Il a fallu qu'ils [les hommes débandés] attendissent l'arrivée de la première troupe encore commandée et en ordre ; c'était la vieille et la jeune garde, Ségur, Hist. de Nap. IX, 14.
  • 4 Au plur. Corps de gens de guerre composant une armée. On nous envoie d'Angleterre trois mille hommes de vieilles troupes, qui ne coûteront rien au roi pour la levée, Pellisson, Lett. hist. t. II, p. 57. Le roi mène peu de troupes et la moitié de sa garde, Sévigné, à Bussy, 5 avr. 1687. L'archiduc, par un mouvement soudain du prince, qui lui oppose des troupes fraîches à la place des troupes fatiguées, est contraint à prendre la fuite, Bossuet, Louis de Bourbon. On croit qu'il expose ses troupes ; il les ménage en abrégeant le temps des périls, Bossuet, ib. Que faire d'Égésippe qui demande un emploi ? le mettra-t-on dans les finances ou dans les troupes ? La Bruyère, II. Un prince qui a un million de sujets ne peut, sans se détruire lui-même, entretenir plus de dix mille hommes de troupes, Montesquieu, Rom. III. Sitôt qu'un État augmente ce qu'il appelle ses troupes, les autres soudain augmentent les leurs, de façon qu'on ne gagne rien par là que la ruine commune, Montesquieu, Esp. XIII, 17. Si vous avez le nombre sans la qualité, vous aurez des troupeaux et non pas des troupes, Journal offic. 11 juin 1872, p. 3903, 2e col.

    Troupes nationales, les troupes levées dans l'État même qu'elles servent, par opposition à troupes étrangères, celles qu'un État tire d'un pays étranger.

    On dit souvent au singulier : la troupe de ligne.

    Populairement au singulier. Voilà de la troupe qui passe. Il y a bien de la troupe dans cette ville.

  • 5Troupe, collectivement, au singulier, l'ensemble des sous-officiers et soldats, par opposition aux officiers. Pourvoir aux logements des officiers et au casernement de la troupe. Enfant de troupe.

    Officiers de troupes, tous les officiers au-dessous du grade de général, parce qu'ils commandent directement la troupe.

    Chevaux de troupe, chevaux propres au service de l'armée.

    PROVERBE

    Les étourneaux sont maigres, parce qu'ils vont en troupes.

REMARQUE

Cette troupe de jeunes gens que j'ai vue ou vus : on met vue si on le fait rapporter à troupe, et vus si on le fait rapporter à jeunes gens. Cela dépend entièrement de la pensée de celui qui parle. Une troupe de soldats qui pillèrent le château, sera mieux qu'une troupe de soldats qui pilla le château, Condillac, Art d'écr. I, 8.

SYNONYME

TROUPE, BANDE. La troupe est un rassemblement, fortuit ou non, de personnes. Le rassemblement constitué par la bande n'est pas fortuit ; il indique association. Une troupe de paysans. Une bande de voleurs.

HISTORIQUE

XIIIe s. Encontre un grand trope d'oeilles [brebis], Fabliaux, t. IV, p. 4.

XVIe s. De troupe à troupe [armée], Montaigne, I, 24. Luy et sa trouppe, Montaigne, I, 25. Je mets en ce mesme rang le mot de troupe ; ainsi le trouvay-je dans les loix d'Allemagne, le titre 73 estre tel : de eo qui in tropo de jumentis…, Pasquier, VIII, p. 658, dans LACURNE. Une troupe de pourceaux, Nouv. coust. génér. t. II, p. 60. … Admirant la belle Calliope, Je devins amoureux de sa neuvaine trope, Ronsard, contre les bûcherons de la forêt de Gastine.

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Troupe : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

TROUPE, BANDE, COMPAGNIE, (synon.) plusieurs personnes jointes pour aller ensemble font la troupe. Plusieurs personnes séparées des autres pour se suivre & ne se point quitter, font la bande. Plusieurs personnes réunies par l’occupation, l’emploi ou l’intérêt, font la compagnie.

On dit une troupe de comédiens, une bande de violons, & la compagnie des Indes.

Il n’est pas honnête de se séparer de sa troupe pour faire bande à part ; & il convient ordinairement de prendre le parti de la compagnie où l’on se trouve engagé. Girard. (D. J.)

Troupes, (Art. milit.) on appelle du nom général de troupes toutes sortes de gens armés & assemblés pour combattre.

Les troupes sont composées principalement de deux sortes de personnes ; savoir de simples combattans & d’officiers.

Les simples combattans sont ceux qui ne sont chargés d’aucune autre chose que d’employer leur personne & leur force dans les fonctions de la guerre.

Les officiers sont ceux qui outre l’obligation de simples combattans, doivent encore être employés à la conduite des troupes, & à y maintenir l’ordre & la regle.

Les troupes sont formées de gens destinés à combattre à pié, & d’autres à combattre à cheval. On ne mêle pas confusément ces deux especes de combattans. On fait combattre ensemble les gens de pié, de même que ceux de cheval ; on les partage en différens corps, appellés bataillons pour les premiers, & escadrons pour les seconds. Il y a des troupes qui combattent à pié & à cheval, suivant l’occasion ; voyez Infanterie, Cavalerie, Dragons, Escadron, Bataillon & Evolution.

Outre les troupes de cavalerie & d’infanterie dont on vient de parler, il y a des troupes légeres composées de l’une & l’autre espece, dont l’objet est d’aller à la découverte, de roder continuellement autour de l’ennemi pour épier ses démarches, le harceler, &c. Ces troupes différent des autres en ce qu’elles ne sont pas, comme celles-ci, destinées à combattre en ligne.

Les troupes d’un état sont nationales ou étrangeres. Il y a plusieurs inconveniens à en avoir un trop grand nombre d’étrangeres ou d’auxiliaires dans les armées ; car outre qu’elles coûtent plus que les nationales, elles sont plus difficiles à conduire, & bien plus difficiles à ramener lorsque l’esprit de sédition & de mutinerie s’y introduit. « Les premiers Romains, dit un auteur célebre, ne mettoient point dans leurs armées un plus grand nombre de troupes auxiliaires que de romaines ; & quoique leurs alliés fussent proprement des sujets, ils ne vouloient point avoir pour sujets des peuples plus belliqueux qu’eux-mêmes. Mais dans les derniers tems non-seulement ils n’observerent pas cette proportion des troupes auxiliaires, mais même ils remplirent de soldats barbares les corps des troupes nationales, ce qui contribua beaucoup à leur décadence. » Voyez sur cette matiere le commentaire sur Polybe de M. le chevalier Folard, tom. II. pag. 379. les réflexions militaires de M. le marquis de Santa-Crux. tom. l. ch. xj. & suiv. &c.

Les troupes que chaque état entretient doivent être proportionnées à sa richesse & au nombre d’habitans qu’il contient, autrement il est difficile de les entretenir long-tems.

Suivant M. le président de Montesquieu, « une expérience continuelle a pu faire connoître en Europe, qu’un prince qui a un million de sujets, ne peut, sans se détruire lui-même, entretenir plus de dix mille hommes.

» On doit, dit M. de Beausobre sur ce même sujet, établir une proportion entre la quantité de troupes à entretenir, & celle des citoyens que l’on a. Quoiqu’un prince puisse en ménager une partie par un supplément de troupes étrangeres, ce supplément casuel ne doit pas le dispenser d’observer cette proportion dans son état : il doit regarder comme un gain de soulager les nationaux d’une partie des occasions qui peuvent en diminuer le nombre, sans cependant laisser perdre le goût des armes, & le point d’honneur de la nation. Les Carthaginois périrent pour avoir outré ce ménagement, & rendu leurs citoyens paresseux. Jusqu’à Auguste les Romains observerent très-exactement la proportion entre les légions des citoyens & celles des alliés. Les empereurs ayant négligé cette proportion, elle fut perdue de vue & s’évanouit avec l’empire.

» Un état, continue le même auteur, qui auroit de grandes villes dont les terres devroient être nécessairement cultivées, où il y auroit beaucoup d’employés, d’artisans, de célibataires, de magistrats, d’ecclésiastiques, de fabriquans, de littérateurs, & qui contiendroit vingt millions d’ames, ne pourroit pas entretenir plus de deux cens mille hommes sous les armes, c’est-à-dire en arracher un plus grand nombre à la culture des terres, aux arts & aux professions nécessaires à l’intérieur de l’état ; encore faudroit-il que cet état n’essuyât pas de longues guerres, & fût fondé sur des lois qui encourageassent la population. Sans ces deux conditions on auroit peine à en entretenir cent mille.

» Il faut considérer les hommes qui composent la milice, comme vivant beaucoup moins que les autres, comme célibataires, & les plus vigoureux d’entr’eux comme incapables de faire la guerre avec l’activité réquise dès qu’ils ont fait vingt campagnes. Otez de ces vingt millions d’ames les femmes, les vieillards, les enfans, les hommes hors d’état de servir par leurs infirmités & leur défaut de force ou de courage ; ceux qui sont mal conformés ; les gens exempts du service par leur aisance, les charges & les emplois ; les ecclésiastiques, les magistrats & gens de lois, & les hommes en état de travailler dont les provinces ont besoin, & vous verrez qu’il ne vous en restera pas davantage pour porter la guerre au-dehors & pour l’entretenir. Plus un état est étendu, moins il est peuplé à proportion d’un petit ; plus il est urbanisé, & moins il contient de soldats.

» Rome ne renfermoit aucun cultivateur. Les esclaves y composoient la classe des domestiques & celle des artisans. Le célibat y étoit regardé avec ignominie ; les citoyens, à l’exception d’un très petit nombre de prêtres & d’augures, n’étoient destinés qu’aux armes, & elles étoient unies aux charges du gouvernement. Sur la fin du regne d’Auguste cette capitale contenoit quatre millions cent trente-sept mille citoyens inscrits dans le dénombrement, & d’âge à être admis aux charges ou dans la milice ; le total du peuple de tout âge & de tout sexe étoit de treize millions cinquante-un mille cent soixante-dix-huit ames. La milice composée de citoyens n’étoit que de cent quatre-vingt-sept mille deux cent cinquante, tant infanterie que cavalerie, en sorte que le nombre des ames étoit à celui des soldats, comme 75 ou 76 est à 1 ; il auroit été au-moins de 150 à 1, si l’ancienne Rome eût eu en citoyens le nombre de domestiques & de célibataires de toute condition qu’on trouve dans les villes modernes ». Tableau militaire des Grecs imprimé à la suite du commentaire sur Enée le tacticien.

Ce n’est pas tant le grand nombre de troupes qui fait la sûreté des états, que des troupes bien disciplinées, & commandées par des chefs consommés dans l’art de la guerre. Les Romains firent toutes leurs conquêtes avec de petites armées, mais bien exercées dans toutes les manœuvres militaires. « Car une armée formée & disciplinée de longue main, dit un grand capitaine, quoique petite, est plus capable de se défendre & même d’acquérir, que ces armées qui ne s’assurent que sur leur grand nombre. Les grandes conquêtes se sont presque toujours faites par les armées médiocres, comme les grands empires se sont toujours perdus avec leurs peuples innombrables ; & cela parce que ceux qui avoient à combattre ces armées si nombreuses, ont voulu leur opposer une exacte discipline & un bon ordre, & les autres ayant négligé toute bonne discipline & ordre, ont voulu récompenser ce défaut par le grand nombre d’hommes, qui leur a causé toute confusion, & n’a servi qu’à les faire perdre plus honteusement ». Traité de la guerre par M. le duc de Rohan.

Que l’exacte discipline puisse suppléer avantageusement au nombre des troupes, c’est ce que les Grecs & ensuite les Romains ont fait voir dans le degré le plus évident. Les premiers avec leurs petites armées surent vaincre celles de Xercès & de Darius infiniment plus nombreuses ; & les autres celles de Mithridate & des autres princes de l’Asie qui avoient armé des peuples entiers contre eux. Les anciens bien persuadés que le nombre de troupes sans une bonne discipline ne fait rien à la guerre, ne négligeoient rien pour mettre les leurs en état de ne rien trouver d’impossible, & quels que fussent leurs soldats, ils savoient en faite de bonnes troupes. Lorsque Scipion eut le commandement de l’armée romaine en Espagne, les troupes étoient mauvaises & découragées, parce qu’elles avoient souvent été battues sous les autres généraux. Ce grand homme s’appliqua d’abord à les remettre sous les lois de la discipline, & il trouva bientôt ensuite le moyen de prendre Numance, qui jusque-là avoit été l’écueil de la valeur romaine. C’est par-là que Belisaire se distingua sous Justinien, & qu’il fut le boulevard de l’empire. Avec un général qui avoit toutes les maximes des premiers Romains, il se forma, dit l’illustre auteur de l’esprit des lois, une armée telle que les anciennes armées romaines. Voyez Discipline militaire & Exercice. (Q)

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Étymologie de « troupe »

Étymologie de troupe - Littré

Bourguig. trôpe ; provenc. trop, troupeau ; espagn. tropa ; ital. truppa ; du bas-lat troppus, dont l'origine est incertaine. Diez pense que c'est une altération du lat. turba, foule, changé, peut-être dans la bouche des Germains, en trupa, d'où troppus, avec changement de genre (voy. trouble 1, pour un pareil changement de genre).

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Étymologie de troupe - Wiktionnaire

Du bas latin troppus (« troupeau »), issu du vieux-francique throp (« entassement »), dont sont issus trop et troupeau.
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Phonétique du mot « troupe »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
troupe trup play_arrow

Citations contenant le mot « troupe »

  • Laure Keller, l’une des cavalières de la troupe Quendor, voit dans ce changement de programme une occasion de se réinventer. « Le scénario du spectacle estival était prêt, mais nous avons rapidement intégré qu’il ne pourrait pas être présenté cette année », explique-t-elle. Rendez-vous est donc donné l’année prochaine aux habitués des lieux pour le découvrir. Mais en attendant, pas question pour les cavaliers de Jungholtz de laisser tomber ces rencontres avec leur public. , Culture - Loisirs | Troupe équestre Quendor : se réinventer avec un spectacle immersif
  • Bientôt, nous retrouverons F.Hélène sur les planches avec toute la troupe pour faire rire, vibrer et applaudir à tout rompre. , Marne. Montmirail : la troupe de théâtre F.Hélène reste encore muette | Le Pays Briard
  • C’est en présence de la présidente du PSC (Karine Clément), du maire de Tauriac, Jean-Luc Tarroux et de Joël Mouysset son prédécesseur, que la troupe Novacella présentait le bilan de l’année écoulée au "Saint Martial". centrepresseaveyron.fr, La troupe Novacella respire la gaîté - centrepresseaveyron.fr
  • Le coordinateur spécial des Nations Unies au Liban, Jan Kubis, a rendu hommage samedi à l'armée libanaise à l'occasion de son 75e anniversaire, soulignant le "rôle vital" que la troupe joue pour "la protection du Liban". L'Orient-Le Jour, Fête de l'armée : Kubis salue la troupe pour ''le rôle vital qu'elle joue dans la protection du pays'' - L'Orient-Le Jour
  • Pour mieux attirer les passants dans l'échoppe de ses parents, la jeune Marquise-Thérèse danse à moitié nue sur le marché de Lyon. Plus que tout autre, un homme la remarque : un certain Molière. Fasciné par sa grâce et sa beauté, il l'engage dans sa troupe. Le début d'un parcours rocambolesque qui conduit la danseuse à Versailles où, présentée à Louis XIV, elle devient la coqueluche de la cour à la faveur de la pièce Andromaque, que Racine écrit pour elle. Adulée, Marquise vit un authentique conte de fées… , Marquise : biopic luxueux sur une comédienne de la troupe de Molière (en Blu-ray et DVD) - ON mag
  • "Cinéstory", ce sont huit artistes qui jouent durant 1 h 40 dans le décor de 25 tableaux, 130 costumes, deux chanteurs, deux danseurs, quatre danseuses, un show écran, des versions musicales inédites. La compagnie revisite les grands classiques du septième art et des comédies musicales : "Grease", "Dirty Dancing", "Sister Act", "The Mask", "Starmania", "Titanic", "Pirates des Caraïbes" C’est un spectacle à la fois dynamique et participatif, avec chant en live, des chorégraphies et de la comédie. "L’accueil de ce show par le public est au-delà de nos attentes, les gens repartent ravis, nos employeurs rajoutent des représentations, l’équipe artistique est soudée comme jamais et animée par la passion de la scène, nous vivons quelque chose de fou cette année", confirme la troupe. ladepeche.fr, Lourdes. Un show créé en période de confinement par "Troupe en Scène" - ladepeche.fr
  • Cet été, la pandémie n'empêchera pas cette troupe française d'émerveiller son public, à bonnes distances sociales. Des concerts plein de magie. POSITIVR, Malgré la pandémie, cette troupe française peut continuer à se produire… sur l’eau
  • L’intégrisme est un refuge pour la misère parce qu’il offre un sursaut d’espérance à ceux qui n’ont rien. Que leur mal disparaisse, et l’intégrisme perdra ses troupes. De Abbé Pierre / Pensées inédites, pour un monde plus juste
  • Les troupes d’opéra avaient l’avantage d’apprendre la patience, en rodant des rôles de difficulté progressive. De José Van Dam / Le Figaro et vous, 27 février 2015
  • Le cinéma, art collectif, demande des chefs qui mènent leurs troupes et les inspirent, comme des généraux au combat. De Francis Ford Coppola / Le Figaro, 29 janvier 2015
  • Les gens faibles sont les troupes légères de l’armée des méchants. Ils font plus de mal que l’armée même. Ils infestent et ils ravagent. De Chamfort / Maximes et pensées
  • Il n'y a de théâtre vivant que si les auteurs y sont attachés. Ce sont les auteurs autant que les troupes qui font les théâtres. De Jean-Louis Barrault
  • Les étourneaux sont maigres parce qu'ils vont en troupes. De Proverbe français
  • Il y a dans l'acteur une part d'enfance non maîtrisée. C'est grâce à elle qu'on peut le capturer, l'apprivoiser, le ranger en troupe, le réduire en dépendance, en esclavage. De Yves Reynaud
  • Les militaires font penser à une troupe de théâtre qui répéterait toujours sans jamais jouer. A défaut de tuer des gens, ils tuent le temps. De Guy Bedos / Revue de presse - 1989
  • Les événements ont ceci de commun avec les oies qu'ils vont en troupe. De Léon Bloy / Le désespéré
  • On fait son public comme on fait sa troupe. De Charles Dullin

Images d'illustration du mot « troupe »

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Traductions du mot « troupe »

Langue Traduction
Corse truppa
Basque tropa
Japonais 部隊
Russe войска
Portugais tropa
Arabe القوات
Chinois 部队
Allemand trupp
Italien truppe
Espagnol tropa
Anglais troop
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Synonymes de « troupe »

Source : synonymes de troupe sur lebonsynonyme.fr

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