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Tombé

Définitions de « tombé »

Trésor de la Langue Française informatisé

TOMBÉ, -ÉE, part. passé, adj. et subst. masc.

I. − Part. passé de tomber1*.
II. − Adjectif
A. − Qui est passé d'un niveau supérieur à un niveau inférieur et se retrouve plus bas ou à terre.
1. À terre, à la suite d'une chute.
a) [En parlant d'inanimés] Arbre tombé; broderie tombée. Elle sortit (...) laissant (...) Bonnemort broyer lentement ses pommes de terre, tandis que Lénore et Henri se battaient pour manger les pelures tombées (Zola, Germinal, 1885, p. 1217).Léo a saisi un des oreillers tombés par terre pendant qu'Yvonne se débat (Cocteau, Parents, 1938, III, 9, p. 298).
En partic. [En parlant de végétaux (chute due à la saison)] Ramasser les fruits tombés. Le vent d'est mouillait la crête des mottes, activait la moisissure des feuilles tombées, et couvrait (...) les herbes (...) molles depuis l'automne d'un vernis résistant comme celui que les marées soufflent sur les falaises (R. Bazin, Blé, 1907, p. 1).Les pétales tombés des cerisiers de mai Sont les ongles de celle que j'ai tant aimée (Apoll., Alcools, 1913, p. 112).
b) [En parlant de pers.] Mort (lors d'une bataille). Au fond [Gros, Bataille d'Eylau], (...) s'étend la vaste plaine blanche (...) que rayent les lignes lointaines des troupes tombées sur place (Gautier, Guide Louvre, 1872, p. 11).
2. Pendant. S'avançant vers la tragédienne, en un profond salut, il lui dit, la tête penchée de côté, les deux bras tombés le long de son corps, et de sa voix la plus caressante (E. de Goncourt, Faustin, 1882, p. 183).
Arg. Main tombée. V. main 1reSection I C 1.
B. − [Le plus souvent avec une connotation nég.] Qui a changé d'aspect ou d'état; qui a perdu quelque chose (force, pouvoir, crédit, succès, etc.).
1. [En parlant d'inanimés]
a) [En parlant de la lumière du jour; dans des loc. parlant toutes du moment où la lumière disparaît] Qui a décliné. Jour tombé; obscurité tombée. J'allais me promener, nuit tombée, jusqu'au pont de Grenelle, là où l'ombre monte du fleuve jusqu'au tablier du métro, avec ses lampadaires en chapelets, tendu en plein noir, avec sa ferraille énorme (Céline, Voyage, 1932, p. 99).
b) Moins fort; diminué, calmé. Feu tombé; fièvre, voix tombée. Bien que sur ce plateau désert le silence fût absolu, la brise tombée, Mllede Clergerie croyait entendre peiner et craquer sous l'écorce les membres noués mais puissants de l'arbre (Bernanos, Joie, 1929, p. 686).
Réduit (à une certaine atmosphère). Il faisait nuit noire, les mineurs exténués mangeaient enfin leur soupe, dans le coron tombé à un morne silence (Zola, Germinal, 1885, p. 1301).
Réduit à (une certaine quantité). Le cours forcé des billets de banque, la rente tombée à soixante francs (Flaub., Éduc. sent., t. 2, 1869, p. 120).Il avait englouti (...) une bonne moitié de la fortune mobilière; le reste, dédaignant le taux des sages placements de M. Thibault, il l'avait converti en valeurs russes, aujourd'hui tombées à zéro (Martin du G., Thib., Épil., 1940, p. 818).
c) Qui a été supprimé, qui n'existe plus. Sa vertu stérile, ses espérances tombées (...), elle (...) faisait servir tout à réchauffer sa tristesse (Flaub., MmeBovary, t. 1, 1857, p. 142).Entre vieilles gens du Midi, cette foire de Beaucaire aujourd'hui tombée, n'existant que de nom, est restée comme un lien de fraternité maçonnique (A. Daudet, Roumestan, 1881, p. 276).
d) [En parlant d'une pièce de théâtre] Qui a subi un échec. Martainville applaudissait courageusement, et l'hypocrite Florine, Nathan, Merlin l'imitaient. Une fois la pièce tombée, il y eut foule dans la loge de Coralie, mais cette foule aggrava le mal par les consolations qu'on lui donnait (Balzac, Illus. perdues, 1839, p. 513).
2. [En parlant de pers.]
a) Qui se retrouve dans une situation difficile. Petit-fils d'un héros de la grande armée, le jeune homme était né, au Chêne-Populeux, d'un père détourné de la gloire, tombé à un maigre emploi de percepteur (Zola, Débâcle, 1892, p. 6).La maladie était venue. Depuis quatorze mois, elle la gardait [sa petite Rose] ainsi sur les bras, de plus en plus douloureuse et réduite, tombée à rien (Zola, Lourdes, 1894, p. 6).
b) Qui a perdu son pouvoir, son autorité, son crédit, le plus souvent politique. Ministre, monarque, prince tombé; majesté tombée. Cette liberté qui grandit les peuples debout et qui relève les peuples tombés, c'est-à-dire la liberté politique (Hugo, Actes et par., 1, 1875, p. 5).Que les chroniqueurs à bout d'esprit vivent sur moi comme certains insectes sur un fruit; que les roquets d'un grand homme tombé m'aboient rageusement aux jambes, parce que j'ai prédit la chute; cela, en somme, n'a pas d'importance (Zola, Corresp., t. 2, 1882, p. 578).
Femme tombée (vieilli). Femme qui a perdu sa vertu, son honneur, sa réputation. L'Angleterre est implacable contre la femme tombée; ce n'est pas elle qui eût relevé Madeleine (Amiel, Journal, 1866, p. 327).Voyant madame Lorilleux lui examiner les mains, elle les ouvrit toutes grandes, les montra, disant de sa voix molle, sans se fâcher, en femme tombée qui accepte tout: Je n'ai rien pris, vous pouvez regarder (Zola, Assommoir, 1877, p. 756).
c) [En parlant d'un aut. de théâtre] Qui n'a plus de succès. Vu Charles Edmond. Ce n'est plus un homme, c'est un auteur tombé, un aplatissement, une démolition. Il a la voix du Christ à la troisième heure du Vendredi-Saint: on ne le joue plus! (Goncourt, Journal, 1860, p. 818).
C. − Arrivé à un endroit par hasard. C'était en 1850 que Leroi, un jeune professeur venu de Paris, tombé au lycée de Montauban, avec des idées ardentes, républicain passionné, avait épousé Agathe Dagnan (Zola, Paris, t. 1, 1897, p. 147).
D. − Spécialement
1. DANSE. Pas tombé. Pas exécuté en s'élevant sur la pointe d'un pied, en pliant ensuite les genoux et en restant sur les genoux pliés. La tension extrême de tout l'être convulsé [d'une danseuse] progresse jusqu'au féroce et joyeux déchaînement final: déhanchements violents (...) chutes feintes et pas « tombés », furieux « roulements » de talons (Levinson, Visages danse, 1933, p. 186).
2. HORLOG., vx. [En parlant d'une montre] Qui, ayant filé toute sa chaîne, a cessé de fonctionner. (Ds Ac. Compl. 1842, Lar. 19e).
3. TECHNOL. [Chaudronnerie] Bord tombé. ,,Extrémité de tôle retournée d'équerre qui permet un assemblage par rivure ou soudure`` (Peyroux Techn. Métiers 1985). [Chauss.] Région. (Romans). Cordon tombé pour bord-fourreau. ,,Procédé d'assemblage du dessus de la tige avec la doublure consistant à les piquer l'une sur l'autre au bord et fleur contre fleur, puis à retourner la tige et à la coller avec la doublure de façon à ramener la piqûre vers l'intérieur et à la rendre invisible de l'extérieur, ce rempli formé vers l'extérieur pouvant à son tour être fixé ou non par une piqûre de tour`` (Rama 1973, s.v. bord). [Mégiss.] Peau tombée. Une fois déchaulée, une peau est flasque et blanchâtre: on dit qu'elle est «tombée», alors que précédemment, elle était gonflée, jusqu'à atteindre une certaine raideur, et vaguement translucide (J. Gobilliard, Tannage et corroyage des cuirs et peaux, 1955, p. 96).
4. SPORTS (rugby). Coup de pied tombé. Coup de pied donné en pleine foulée en laissant choir le ballon perpendiculairement (d'apr. Petiot 1982). Synon. drop2.
III. − Subst. masc.
A. − [À propos de la lumière] Au tombé. Au déclin. Synon. à la tombée, au tomber (v. tomber2).Belle heure, ce tantôt au tombé du jour, vers les quatre heures; juste le soir, mais juste un peu, et on se voit (Giono, Gd troupeau, 1931, p. 63).
B. − [À propos d'un tissu] Tenue harmonieuse. Finesse, souplesse, (...) beau tombé (...) sont les qualités irremplaçables qu'il s'agisse du satin, du crêpe de Chine, du crêpe georgette ou du voile (Carrefour, 2 janv. 1952, p. 4, col. 3).
C. − Spécialement
1. HIST. ECCL. Chrétien qui, effrayé par les tortures, consentait à offrir de l'encens aux idoles. Les tombés n'étaient reçus dans le sein de l'Église qu'après une amende publique et de longues épreuves (Ac. Compl.1842).
2. SPORTS. [Lutte gréco-romaine] Action de maintenir son adversaire à terre sur les deux épaules, le temps que l'arbitre compte jusqu'à deux en touchant deux fois le tapis. On appelle « tombé » le coup final qui conduit l'adversaire sur les deux épaules (Vie au Grand Air, 24 nov. 1905ds Petiot 1982).[Rugby] Synon. de coup de pied tombé (supra II D 4).
Prononc.: [tɔ ̃be]. Étymol. et Hist. A. Part. passé adj. 1. a) 1657-62 « déchu » (Pascal, Pensées, éd. L. Lafuma, no400: l'homme [...] tombé de son vrai lieu); b) 1775 auteur tombé « qui a échoué, qui a été oublié » (Beaumarchais, Barbier de Séville, I, 2); c) 1810 « qui a péché » (Chateaubr., Martyrs, t. 3, p. 147: Ève encore non tombée); 2. 1824 à la nuit tombée (Barante, Hist. ducs Bourg., t. 1, p. 290); 3. 1832 fruits tombés (Raymond); 4. 1889 rugby coup tombé (G. de Saint-Clair, Jeux et exercices en plein air, p. 53 ds Bäcker 1975, p. 204); 1892 coup de pied tombé (Les Sports athlétiques, no101, 5 mars, p. 15b, ibid., p. 205). B. Part. passé subst. 1. déb. xiiies. tumbes « chute » (Sept Sages, éd. A. Keller, 2247 ds T.-L., s.v. tombe: li tumbes en fu mervilleus [Gdf. cite cet ex., prob. avec raison, s.v. tombé]); 2. 1690 chorégr. pas tombé (Fur., s.v. pas); 1765 p. ell. tombé (Encyclop.); 3. 1905 lutte (Vie au grand air, loc. cit.). Part. passé adj. et subst. de tomber*.
STAT. Tombé (part. passé), tombée (subst. fém.). Fréq. abs. littér.: 6 205. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 8 003, b) 9 049; xxes.: a) 10 989, b) 7 564.

Wiktionnaire

Adjectif - français

tombé \tɔ̃.be\

  1. (Vieilli) Déchu, qui n’a plus beaucoup de succès.
    • Un auteur tombé. — Un auteur dramatique dont la pièce a été sifflée.
    • Comme l’Italie, c’est un pays tombé, qui reste en arrière des autres, et ne remonte au niveau des autres que par le contact d’une administration ou d’une civilisation étrangère. — (Hippolyte Taine, Carnets de voyage : Notes sur la province, 1863-1865, Hachette, 1897)
  2. (Militaire) Tué.

Nom commun - français

tombé \tɔ̃.be\ masculin

  1. Qualité d’un vêtement bien coupé, qui a une tenue harmonieuse.
    • Les cheveux tirés, les épaules voûtées, le tombé informe de la robe indiquent, malgré le grand sourire, une lassitude et une indifférence au souci de plaire. — (Annie Ernaux, Les années, Gallimard, 2008, collection Folio, pages 146-147.)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

TOMBER. v. intr.
Perdre son équilibre, être renversé, abattu. Tomber lourdement. Tomber à la renverse. Tomber de son haut, de toute sa hauteur. Tomber sur les genoux. Tomber à terre, par terre. Tomber dans l'eau. Tomber tout à plat, tout de son long. Tomber d'une fenêtre, par la fenêtre. Tomber de cheval. Tomber dans un fossé. Il tomba percé de coups. Il a failli tomber. Il a voulu courir et il est tombé. Elle releva son enfant qui était tombé. Tomber raide mort, tomber mort, Mourir tout d'un coup en tombant. Tomber aux pieds, aux genoux de quelqu'un, S'y jeter. Il signifie, au figuré, S'abaisser devant lui aux plus humbles supplications. Fig., Tomber de son haut, Être extrêmement surpris de quelque chose. Quand je vois cela, je tombe de mon haut. On dit de même : Les bras m'en tombent, m'en sont tombés, Ma surprise fut si grande que je demeurai comme paralysé. Fig. et fam., Cet homme est tombé les quatre fers en l'air, Il est tombé à la renverse. Fig., Tomber du ciel, Survenir à l'improviste. Cet homme est tombé du ciel pour nous venir en aide. Ce secours nous est tombé du ciel. Fig. et fam., Tomber des nues. Voyez NUE.

TOMBER se dit aussi des Choses et signifie Être entraîné de haut en bas par son poids. Il a laissé tomber sa montre. La chaise tomba par terre. Ce vase est tombé et s'est cassé. Le fil qui les tenait s'étant cassé, les perles tombèrent à terre. Le brouillard tombe. Le tonnerre est tombé. La pluie, la neige, la grêle tombe. Impersonnellement, Il tombe de la pluie, de la neige, de la grêle. Cet édifice tombe en ruines, Il est dans un tel état de vétusté, de délabrement qu'il en tombe de temps en temps quelque partie.

TOMBER se dit aussi d'une Chose qui étant suspendue, retenue d'un côté tend vers le bas de l'autre côté. Sa robe tombe bien. Ses cheveux tombaient sur ses épaules. Fig., Laisser tomber sur quelqu'un un regard de pitié, de dédain, etc., Le regarder avec pitié, avec dédain, etc.

TOMBER signifie aussi Se détacher. Toutes ses dents sont tombées. Ses cheveux tombent. Ce fruit est tombé. Les feuilles commencent à tomber. Fig., Mes illusions sont tombées une à une. Faire tomber la tête de quelqu'un, Le décapiter. Sa tête tomba sur l'échafaud. Fig., Faire tomber les armes des mains, Fléchir quelqu'un, l'apaiser. Les soumissions de ses ennemis lui firent tomber les armes des mains. Fig., Faire tomber la plume des mains, Décourager quelqu'un, le dégoûter d'écrire, faire qu'il s'interrompe tandis qu'il écrit. Cette funeste nouvelle m'a fait tomber la plume des mains.

TOMBER s'emploie aussi figurément et signifie Se jeter, se précipiter, fondre sur quelqu'un, sur quelque chose, le charger, l'attaquer vigoureusement. Il tomba sur lui avec fureur et le frappa. Ils sont tombés l'un sur l'autre avec impétuosité, à bras raccourcis. Les ennemis, qui étaient en embuscade, tombèrent sur la patrouille. Six vaisseaux de guerre tombèrent tout à coup sur une flotte de navires marchands. Fig. et fam., Tomber sur quelqu'un, Dire de quelqu'un des choses dures et désobligeantes, soit en sa présence, soit en son absence. Fig., Tomber sur un passage, sur un vers, sur un mot, etc., Le rencontrer par hasard dans un livre. En ouvrant le livre, je suis tombé sur le passage que je cherchais. Fig., Tomber bien, Arriver au bon moment, rencontrer heureusement. Vous tombez bien : j'ai justement quelque chose à vous dire. Fig. et fam., Tomber sur les bras de quelqu'un, Se trouver inopinément à sa charge.

TOMBER signifie encore Se trouver fortuitement, subitement dans une situation désavantageuse, dans une position fâcheuse. Tomber entre les mains des ennemis, au pouvoir de l'ennemi. Tomber dans une embuscade, dans un piège. Ces navires marchands tombèrent dans une flotte de vaisseaux ennemis. Il tomba au milieu de gens qui lui étaient inconnus. Fig., Tomber sous la main de quelqu'un, Se trouver sous sa dépendance, à portée de sa colère, de son ressentiment. S'il tombe jamais sous ma main, il se repentira de m'avoir offensé. Fig., Tomber de Charybde en Scylla, En voulant éviter un mal, tomber dans un autre. Cela n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd, Ce propos a été compris par celui qui l'a entendu et qui en fera son profit. Cela m'est tombé sous les yeux, Je l'ai vu par hasard.

TOMBER se dit aussi des Choses qui se trouvent fortuitement, sans qu'on les cherche. Si, en rangeant votre bibliothèque, ce volume vous tombe sous la main, je vous prie de le mettre à part. Il se dit encore en parlant d'un État physique ou moral, le plus souvent fâcheux, où l'on se trouve plus ou moins brusquement. Tomber en défaillance. Tomber en démence. Tomber en syncope. Tomber en pâmoison. Tomber en langueur. Tomber en enfance. Tomber en léthargie. Tomber dans l'erreur. Tomber dans la contradiction. Tomber dans le ridicule. Tomber amoureux, Devenir amoureux. Tomber malade, Devenir malade. Tomber du haut mal, Avoir une crise d'épilepsie. Tomber de faiblesse, tomber d'inanition, Être dans une extrême faiblesse, être près de se trouver mal, faute de nourriture. Tomber de sommeil, Avoir un besoin extrême de dormir. Tomber dans la misère, dans le malheur, Devenir pauvre, malheureux. Tomber dans le mépris, Devenir un objet de mépris. Tomber en disgrâce, N'être plus dans les bonnes grâces de quelqu'un, n'avoir plus de part à sa bienveillance, à sa faveur. Faire tomber quelqu'un en confusion, Lui faire éprouver, lui causer une grande confusion. Fam., Tomber dans la dévotion, Devenir dévot. Dans le langage religieux, Tomber dans l'aveuglement, dans l'endurcissement, Devenir insensible aux vérités de la religion. Tomber dans le péché, Commettre une faute, céder au péché. On dit aussi absolument, en termes de l'Écriture : Tomber, Pécher. Le juste tombe sept fois le jour.

TOMBER signifie aussi Dégénérer, descendre, se laisser aller à quelque chose de blâmable. Cet auteur prétend au sublime et tombe souvent dans le galimatias. Tomber dans l'affectation, dans le précieux. Ce peintre tombe quelquefois dans le maniérisme. Il se dit aussi des Choses qui passent de l'état où elles étaient dans un état défavorable. Tomber en désuétude. Cela est tombé dans l'oubli. Tomber à rien, Se réduire à très peu de chose. Toute sa fortune est tombée à rien. Cette maison est tombée en quenouille, Il n'en reste que des filles. Cette couronne, cette souveraineté tombe en quenouille, Les filles en peuvent hériter au défaut des mâles. Tomber en putréfaction, en pourriture, Se pourrir. Tomber en poussière, Se réduire en poussière.

TOMBER signifie également Déchoir de réputation, de crédit, perdre de sa vogue. Ce livre a eu d'abord quelque succès, mais il est tombé. Cet homme n'a pas été longtemps en crédit, il est bientôt tombé. Ces fabriques, ces manufactures sont tombées. Cette mode commence à tomber. Ces études sont tombées, On les néglige beaucoup aujourd'hui. Son goût pour les tableaux, pour la musique est bien tombé, Il s'est bien affaibli.

TOMBER signifie également Succomber, périr, s'anéantir. Il est tombé sur le champ de bataille. Ilion tomba sous les efforts des Grecs. On vit ces empires tomber les uns après les autres. Avec lui tomba la puissance de son favori. Le ministère est tombé, Il a été mis en minorité, il est obligé de quitter le pouvoir.

TOMBER signifie encore, surtout en parlant d'Ouvrages dramatiques, Ne pas réussir. Cette pièce est tombée à la première représentation; elle est tombée à plat. Il signifie pareillement Cesser, discontinuer. Le vent est tombé. Ce grand courage a tombé tout à coup. Laissez tomber tous ces bruits, tous ces mauvais propos. Cette calomnie tombera d'elle-même. La fièvre est tombée. Le jour tombe, La nuit approche. Il faut laisser tomber cela, Il faut, pour empêcher qu'on n'y fasse attention, paraître n'y pas faire attention soi-même. Laisser tomber la conversation, Ne pas l'entretenir, ne pas l'alimenter. Sa voix tombe, Sa voix faiblit. Il ne faut pas laisser tomber sa voix à la fin des phrases.

TOMBER signifie également Se porter sur, atteindre, frapper. Les coups tombaient sur lui. Le soupçon tomba sur lui. Il cherchait à faire tomber les soupçons sur cette personne. Un grand malheur est tombé sur elle. Sa colère tomba sur ceux qui l'entouraient. Faire tomber la conversation sur quelque sujet, L'y amener. On dit de même : L'entretien tomba sur un tel.

TOMBER signifie encore Échoir. Cette terre est tombée en partage au cadet. Cela est tombé dans son lot. Cela est tombé en de bonnes mains, en bonnes mains. Cet ouvrage est tombé dans le domaine public, Il a cessé d'être une propriété privée. Ce document, cet écrit est tombé entre mes mains, le hasard l'a fait tomber entre mes mains, C'est à une circonstance fortuite que je dois la possession, la connaissance de ce document, de cet écrit. Il m'est tombé entre les mains une pièce fort curieuse. Les biens de cette maison sont tombés dans telle autre par un mariage, Ils y sont passés. Le sort tomba sur lui, Ce fut lui que le sort désigna.

TOMBER sert encore, dans certaines locutions, à marquer Jonction, coïncidence, rapport, tant au sens physique qu'au sens moral. Ce chemin tombe dans tel autre, cette rivière tombe dans telle autre, Ce chemin aboutit à tel autre, cette rivière se décharge dans telle autre. La rue Saint-Benoît tombe dans la rue Jacob. Cette fête tombe un jeudi, Elle a lieu un jeudi. Faire tomber les pages les unes sur les autres en imprimant, Faire que les pages imprimées sur l'un des côtés d'une feuille répondent exactement à celles qui sont imprimées sur l'autre côté. Tomber d'accord avec quelqu'un, Convenir avec lui. On dit aussi simplement : Tomber d'accord, Avouer, convenir que. Je tombe d'accord que cela est ainsi. Je ne conteste point ce que vous dites, j'en tombe d'accord. Cela tombe sous le sens se dit d'une Chose claire, évidente. Le participe passé

TOMBÉ s'emploie adjectivement. Un auteur tombé, Un auteur dramatique dont la pièce a été sifflée.

Littré (1872-1877)

TOMBÉ (ton-bé, bée) part. passé de tomber
  • 1Qui a été entraîné de haut en bas. Un fruit tombé. Un sceptre si tôt tombé d'une royale main, Bossuet, Mar.-Thér. On lui a souvent [à Louis XIV] ouï parler des temps de son enfance avec amertume, jusque-là qu'il racontait qu'on le trouva un soir tombé dans le bassin du jardin du Palais-Royal à Paris, où la cour demeurait alors, Saint-Simon, 406, 74. On dit que [à la représentation de Tancrède] Satan était dans l'amphithéâtre sous la figure de Fréron, et qu'une larme d'une dame étant tombée sur le nez du malheureux…, Voltaire, Lett. d'Argental, sept. 1760.

    Fig. Un jour, qui n'est pas loin, elle verra tombée La troupe qui l'assaut et la veut mettre bas, Malherbe, I, 4. Et la fille d'Achab dans le piége tombée, Racine, Athal. v, 6.

  • 2Tombé des nues, survenant à l'improviste. De quelle façon tu recevrais un gueux qui, tout à coup tombé des nues, viendrait te saluer au milieu d'une rue, Lesage, Guzm d'Alf. III, 1.
  • 3Déchu. L'homme ne sait à quel rang se mettre ; il est visiblement égaré, et tombé de son vrai lieu, sans le pouvoir retrouver, Pascal, Pens. VIII, 12, éd. HAVET. Elle [Mme de Vins, après la disgrâce de Pompone] est plus tombée qu'une autre, ne peut plus souffrir tous ces pays [la cour] où elle n'est plus, Sévigné, 25 mai 1680. Il est permis de dire que la nature tombée a des forces pour faire le bien jusqu'à le pouvoir commencer…, ce qui rétablit en honneur le semi-pélagianisme, Bossuet, 6e avert. III, 94. Les grands hommes, qui ne peuvent former et mûrir une nation naissante, ne sauraient rajeunir une nation vieillie et tombée, Raynal, Hist. phil. XI, 4. L'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux, Lamartine, Médit. I, 2.
  • 4Que l'âge a affaissé. Je suis furieusement tombé, et il n'y a plus de société pour moi, Voltaire, Lett. d'Argence, 3 sept. 1770.
  • 5Qui a péché. Pourrions-nous nous plaindre, nous trop justement punis, tandis que vous, ève encore non tombée, vous souffrez les persécutions des hommes ? Chateaubriand, Mart. XX.

    S'est dit, substantivement, des chrétiens qui, effrayés par les tortures, consentaient à offrir de l'encens aux idoles.

  • 6Un auteur tombé, auteur dont la pièce n'a pas réussi. Figaro : Mais les efforts de la cabale… - Almaviva : Ah ! la cabale, monsieur l'auteur tombé ! Beaumarchais, Barb. de Sév. I, 2.

    Il se dit, dans le même sens, d'une pièce de théâtre. Voilà donc Athalie encore tombée ! le malheur poursuit tout ce que je protège et que j'aime, Maintenon, Lett. au duc de Noailles, t. v, p. 1, dans POUGENS. Ce fut vingt-quatre ans après la chute des Nuées que Socrate fut jugé et condamné ; croira-t-on qu'après un terme si long, une pièce tombée ait pu avoir quelque influence sur l'esprit du peuple et des juges ? Lévesque, Instit. Mém. litt. et beaux-arts, t. I, p. 355.

  • 7Humilié. Voilà mon glorieux bien tombé ! sa hauteur Avait, ma foi, besoin d'un pareil précepteur, Destouches, Glor. II, 15.
  • 8Se disait d'une montre, quand elle avait filé toute sa chaîne.
  • 9Pas tombé, ou, substantivement, un tombé, pas que l'on exécute en s'élevant d'abord sur la pointe des pieds et pliant après le pas.
Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Encyclopédie, 1re édition (1751)

TOMBÉ, s. m. (Danse.) pas de danse. On l’exécute en s’élevant d’abord sur la pointe du pié & en pliant après le pas. Veut-on faire, par exemple, un pas tombé du pié droit : il faut avoir le corps posé sur le pié gauché, & les jambes écartées à la deuxieme position, s’élever sur le pié gauche pour faire suivre la jambe droite jusqu’à la cinquieme position, où on la posera entierement à terre. Là en pliant le genou on fera lever le pié gauche. Et le genou droit s’etendant, obligera à se laisser tomber sur le pié gauche à la deuxieme position, ce qui est un demi-jetté, qui se fait en sautant à demi.

On prévient ce pas par un autre qui lui fait changer de nom. Il peut être devancé, par exemple, par un coupé ou un tems grave, & même très-souvent par un pas assemblé, ce qui lui fait porter le nom de gaillarde. Voyez Gaillarde.

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Étymologie de « tombé »

→ voir tomber
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Phonétique du mot « tombé »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
tombé tɔ̃be
tombée tɔ̃be

Citations contenant le mot « tombé »

  • L'issue aurait pu être dramatique : un enfant âgé de 12 ans est tombé dans un étang gelé, raconte le journal 20 Minutes.  , Faits divers. Soissons : un enfant tombe dans un étang gelé, heureusement la police passait par là...
  • Un projet de réforme d'un texte de loi crucial aux USA sur la responsabilité des grandes plateformes du web est tombé à l'eau. Donald Trump avait pourtant réclamé la suppression d'une disposition qu'il jugeait défavorable aux conservateurs. Numerama, La réforme voulue par Trump contre les géants du web tombe à l'eau
  • La victime est un employé d'une entreprise basée à Saint-Georges-d'Aurac. Il se trouvait à l'étage sur un échafaudage de 2 mètres de haut, afin de souffler la charpente de la grange. En activant le compresseur, il a chuté et est tombé dans un trou présent dans le plancher. Il s'est retrouvé bloqué et inconscient dans la mangeoire des animaux. , Saint-Germain-Laprade : il tombe et est retrouvé inconscient dans la mangeoire des animaux - La Commère 43

Traductions du mot « tombé »

Langue Traduction
Anglais grave
Espagnol tumba
Italien tomba
Allemand grab
Chinois 坟墓
Arabe القبر
Portugais grave
Russe могила
Japonais
Basque hilobia
Corse tomba
Source : Google Translate API

Antonymes de « tombé »

Tombé

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