La langue française

Raisonnement

Sommaire

  • Définitions du mot raisonnement
  • Étymologie de « raisonnement »
  • Phonétique de « raisonnement »
  • Citations contenant le mot « raisonnement »
  • Traductions du mot « raisonnement »
  • Synonymes de « raisonnement »
  • Antonymes de « raisonnement »

Définitions du mot raisonnement

Trésor de la Langue Française informatisé

RAISONNEMENT, subst. masc.

I. − Au sing. Faculté de raisonner; exercice de cette faculté; manière de l'exercer.
A. −
1. Faculté d'analyser le réel, de percevoir les relations entre les êtres, les rapports entre les objets, présents ou non, de comprendre les faits; exercice de cette faculté, activité de la raison discursive. Employer le raisonnement; faire appel, recourir au raisonnement; (un esprit) accessible, sourd au raisonnement; fournir matière à raisonnement. Des hommes robustes, courageux, fiers de leur indépendance, capables de raisonnement et de calcul (Chateaubr., Génie, t. 2, 1803, p. 456).Il la prit par la douceur, par le raisonnement, par les sentiments (Maupass., Contes et nouv., t. 2, Boule de suif, 1880, p. 147).Nous n'identifierions pas les objets si nous ne faisions pas intervenir le raisonnement (Proust, Guermantes 2, 1921, p. 419).
[S'oppose à instinct, intuition, affectivité, émotion] Est-ce qu'on tue par raisonnement! On ne tue que sous l'impulsion du sang et des nerfs (Zola, Bête hum., 1890, p. 258).Vous (...), élevé par l'instruction et le raisonnement au-dessus du mouvement instinctif de la croyance (Martin du G., J. Barois, 1913, p. 259).V. intuition ex. 3.
[S'oppose à expérience, action, évidence, fait] Le raisonnement ne console point, ne calme point, ne ramène point; ce sont des faits qui touchent et qui persuadent (Le Moniteur, t. 2, 1789, p. 459).Cette écharpe [du Saint Michel de Raphaël] a trois bouts, singularité piquante qui échappe d'abord à l'œil et dont le raisonnement seul se rend compte (Gautier, Guide Louvre, 1872, p. 31).Il est de l'essence du raisonnement de nous enfermer dans le cercle du donné. Mais l'action brise le cercle (Bergson, Évol. créatr., 1907, p. 193).
P. iron. [Pour exprimer la stérilité de l'excès dans l'analyse ou dans la discussion] Le cerveau brûlé par le raisonnement a soif de simplicité, comme le désert a soif d'eau pure (Renan, Souv. enf., 1883, p. viii).
[P. allus. littér. à Molière, Les Femmes savantes, ii, 7: Raisonner est l'emploi de toute ma maison, Et le raisonnement en bannit la raison] Peuple français (...) N'écoute pas les raisonneurs: on ne raisonne que trop en France, et le raisonnement en bannit la raison (J. de Maistre, Consid. sur Fr., 1796, p. 111).
2. Capacité de connaître, de juger, de convaincre; aptitude à comprendre, envisagée du point de vue de son développement plus ou moins grand selon les personnes; qualité d'une personne, disposition d'un esprit qui juge avec discernement, avec sagesse. Synon. intelligence, jugement, esprit critique (v. esprit 2eSection I D 1).La réflexion et le raisonnement sont visiblement lésés ou détruits dans la plupart des accès de manie (Pinel, Alién. ment., 1801, p. 24).Mignet a l'intelligence plus étendue que Thiers. Il a aussi plus de force de raisonnement (Delécluze, Journal, 1826, p. 308).Parmi les jeunes gens que sa renommée attirait chez lui, aucun ne l'avait étonné davantage par la précocité vraiment extraordinaire de l'érudition et du raisonnement (Bourget, Disciple, 1889, p. 28).
Loc. Avoir du raisonnement. Savoir raisonner, raisonner juste. Cet homme est sans excuse: il a de l'esprit, de la finesse, du raisonnement; il n'y a de bas en lui que ses passions (Stendhal, Chartreuse, 1839, p. 268).C'est elle qui me disait à trois ans, quand je lui parlais du bon Dieu qui est dans le ciel: « C'est donc comme les oiseaux; est-ce qu'il a un bec? » Elle avait déjà du raisonnement (Taine, Notes Paris, 1867, p. 82).
B. − Notamment en log. et dans le lang. sc.Opération qui consiste à lier deux propositions pour en former une troisième (ou conclusion), au moyen de règles logiques. Lorsqu'on oppose les sciences d'observation aux sciences fondées sur le calcul et le raisonnement (Cournot, Fond. connaiss., 1851, p. 545).Ce cliché [radioscopique] fournit un simple élément d'appréciation qui se joindra à beaucoup d'autres sur lesquels s'appliquera le raisonnement du médecin et d'où il tirera son diagnostic (Proust, Guermantes 1, 1920, p. 242).V. éléatique ex. de Ozanam, inférence ex. de Lal. 1968 et de Lévi-Strauss, intelligence ex. 14:
1. ... ceux qui (...) ne sont point venus au marxisme par raisonnement, par théorie, mais par un douloureux besoin de justice et par cette chaleur de cœur qui rappelle souvent, à s'y méprendre, ce que le chrétien appelle: la charité; par amour. Gide, Journal, Feuillets, 1937, p. 1291.
SYNT. Conduire, mener un raisonnement; acquérir, établir, reconstituer qqc. par le raisonnement; qqc. s'appuie sur le raisonnement; mécanisme, règles, voies du raisonnement; artifice, faute, schéma, subtilité de raisonnement.
Raisonnement par + subst., raisonnement + adj.
[Indiquant le type du raisonnement, la nature de sa démarche] Raisonnement par l'absurde*, par analogie*, par récurrence*; raisonnement déductif ou syllogistique (v. déductif ex.); raisonnement par induction (v. induction A 1 a et inductif A 1); raisonnement hypothético-déductif (rem. s.v. hypothétique, ex. de Piaget); raisonnement à priori (v. à priori B) ou a postériori (v. à postériori A). [Chez Cl. Bernard] Raisonnement expérimental. Processus de vérification des hypothèses par l'expérience. On a ainsi les éléments d'un raisonnement expérimental, parce qu'à côté des cas traités par la saignée, on a fait apparaître d'autres cas non saignés qui constituent une véritable contre-épreuve ou expérience contradictoire (Cl. Bernard, Princ. méd. exp., 1878, p. 227).
[Indiquant le domaine d'application du raisonnement] Raisonnement historique, juridique. [La mécanique] projette sur les données de fait la lumière crue du raisonnement mathématique et tire de l'analyse de quoi perfectionner les concepts abstraits (Hist. gén. sc., t. 3, vol. 2, 1964, p. 186).
PSYCHOL. [Les opérations de la pensée logique sont envisagées sous un angle descriptif] Raisonnement enfantin ou primitif; raisonnement de l'adolescent; raisonnement affectif, passionnel. Le raisonnement intellectuel n'a qu'un but: connaître la vérité objective (...). Le raisonnement émotionnel est une adaptation aux croyances, aux désirs et aversions. Sa position est subjective (Th. Ribot, La Logique des sentiments, 1908, p. 59).La modalité de la pensée enfantine, le réalisme intellectuel et l'incapacité au raisonnement formel (J. Piaget, Le Jugement et le raisonnement chez l'enfant, 4eéd., 1956, p. 193).
II. − Avec un indéf. ou au plur. Produit de cette faculté; résultat de l'action de raisonner.
A. − Ensemble des arguments issus d'une réflexion, mis en œuvre dans une discussion, et qui ont pour but de convaincre quelqu'un ou de démontrer, de prouver quelque chose. Synon. argument(s), preuve(s), raison(s).On ne comprenait guère son désespoir, qu'on voulait calmer par des raisonnements (Murger, Scènes vie boh., 1851, p. 220).Il dut reprendre tout son raisonnement, pour se prouver son droit au meurtre, le droit des forts que gênent les faibles (Zola, Bête hum., 1890, p. 204).L'assentiment peut valablement survivre aux raisonnements qui l'ont provoqué (Lacroix, Marxisme, existent., personn., 1949, p. 100):
2. Le défilé avait passé. Connaissant l'incroyance de Marie-Jeanne, Patrick l'avait vue avec stupeur esquisser, à l'approche du cercueil, le signe de la croix, par un de ces gestes où se décèle l'automatisme ancestral, déclenché par une émotion plus forte que tous les raisonnements. Bourget, Actes suivent, 1926, p. 133.
SYNT. a) α) Ébaucher, bâtir, étayer, démolir un raisonnement; faire, se faire, monter, tenir (tout) un raisonnement; orienter, poursuivre, reprendre, retourner, suivre un raisonnement; mener à bien, aller au bout d'un/de son raisonnement; perdre le fil d'un raisonnement. β) Combattre, soutenir un raisonnement; se rendre, souscrire à un raisonnement; entrer dans le raisonnement de qqn; n'écouter aucun raisonnement. b) Un raisonnement se tient, tient debout, s'enlise, s'écroule; un raisonnement ne mène à rien, échoue. c) Raisonnement imparable, impeccable, implacable, inattaquable, irréfutable; raisonnement captieux, fallacieux, scabreux, spécieux; raisonnement astucieux, audacieux, ingénieux, simpliste, hasardeux, dangereux; raisonnement bancal, boiteux, fragile, tortueux; raisonnement bâtard, bizarre, idiot, puéril, stupide, superficiel. d) Au plur. α) Dévider des raisonnements; nourrir ses raisonnements de qqc.; se livrer à des raisonnements interminables; user de tous les raisonnements (pour arriver à ses fins); épuiser tous les raisonnements (pour se rassurer); répondre à des raisonnements. β) Accumulation de raisonnements; chaîne, cours, dédale, trame des raisonnements; raisonnements contradictoires, décousus, futiles, impuissants, inutiles, pompeux; de vieux raisonnements rebattus; de beaux raisonnements stériles.
Loc. et expr.
Au sing. [Dans des propos rapportés au style dir., sert à exprimer le doute que l'on a sur la valeur de l'argumentation d'un interlocuteur] Ce n'est pas un raisonnement (Rob.).
Au plur.
(Faire) des raisonnements à perte d'haleine ou à perte de vue. ,,Faire des raisonnements vagues qui ne concluent à rien`` (Ac.).
[Dans des propos rapportés au style dir., sert à exprimer l'irritation provoquée par les répliques, les objections répétées de l'interlocuteur] Point tant (ou pas tant) de raisonnements! (Ac.). Épargnez-nous vos raisonnements (Rob.).
B. − Notamment en log. et dans le lang. sc. Suite logique de propositions aboutissant à une conclusion. Mettre en forme, construire un raisonnement; portée d'un raisonnement; raisonnement vrai, défectueux, concluant, absurde. Maxwell, dans son raisonnement sur les aimants, a calculé seulement le travail des forces magnétiques proprement dites (H. Poincaré, Électr. et opt., 1901, p. 398).[D'après Aristote] il est possible de réduire tout raisonnement correct à l'application systématique d'un petit nombre de règles immuables (Bourbaki, Hist. math., 1960, p. 13).V. conclusion ex. 8:
3. ... un raisonnement est toujours une série de jugemens qui s'enchaînent de manière que l'attribut du premier devient le sujet du second, et ainsi de suite ... Destutt de Tr., Idéol. 3, 1805, p. 346.
Au plur. [S'oppose à sensations, émotions] Synon. de spéculations.Ses yeux exprimaient cette exaltation naïve devant la beauté de la nature, privilège des cœurs restés simples qui ne se retrouve pas quand on s'est desséché l'âme à force de raisonnements, de théories abstraites et de lectures (Bourget, Disciple, 1889, p. 126).
REM. 1.
Raisonnage, subst. masc.,au plur., péj., rare, synon. (supra II A).Elle est la vraie raison de tous ces vains raisonnages (Suarès, Voy. Condottière, t. 3, 1932, p. 267).
2.
Raisonnaillerie, subst. fém.,au plur., péj., rare, synon. (supra II A).Enfantillages, folles raisonnailleries (Arnoux, Solde, 1958, p. 264).
Prononc. et Orth.: [ʀ εzɔnmɑ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1380 « faculté ou action de raisonner » (Roques t. 2, 10250, p. 347); 1672 péj. « manie de raisonner » (Molière, Femmes savantes, II, 7, vers 598); b) 1636 « suites de propositions enchaînées » (Monet); en partic. 1851 raisonnement déductif (Cournot, Fond. connaiss., p. 262); 1878 raisonnement expérimental (Cl. Bernard, Princ. méd. exp., p. 210); 1907 raisonnement par analogie (Bergson, Évol. créatr., p. 256); 2. a) 1636 « argument, série de preuves produites pour établir la vérité de quelque chose ou convaincre quelqu'un » (Monet); 1782 des raisonnements à perte d'haleine (Laclos, Les Liaisons dangereuses, 2epart., LI ds Œuvres compl., éd. L. Versini, p. 105); b) 1667 « argument, objection, excuse qu'on soulève pour ne pas obéir » (Racine, Andromaque, IV, 3, vers 1233). Dér. de raisonner1*; suff. -ment1*. Fréq. abs. littér.: 2 849. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 5 875, b) 3 008; xxes.: a) 3 781, b) 3 216.

Wiktionnaire

Nom commun

raisonnement \ʁɛ.zɔn.mɑ̃\ masculin

  1. Faculté ou action de raisonner.
    • Il serait impossible de comprendre les succès des démagogues, depuis les temps d’Athènes jusqu’à la New York contem­poraine, si on ne tenait compte de la force extraordinaire que possède l’idée de vengeance pour oblitérer tout raisonnement. — (Georges Sorel, Réflexions sur la violence, chap. V, La Grève générale politique, 1908, p. 230)
  2. Syllogisme, de toute suite d’arguments qui s’enchaînent.
    • C’était en vain que j’avais essayé contre un athée les subtilités de l’école ; il avait même tiré de la faiblesse de ces raisonnements une objection assez forte. — (Denis Diderot, Pensées philosophiques, texte établi par J. Assézat, Garnier, 1875-77)
    • Ce n’est pas le raisonnement de Perrette qui manque de bon sens, c’est sa danse avec un pot au lait sur la tête […] — (Franc-Nohain [Maurice Étienne Legrand], Guide du bon sens, Éditions des Portiques, 1932)
    • Si Gobineau a été l’objet du dégoût, de la crainte, de l’ostracisme de nos « rationalistes », c’est qu’il s’est élevé à la fois contre leurs faux raisonnements et contre leur absurde principe de la primauté de la raison […] — (Louis Thomas, Arthur de Gobineau, inventeur du racisme (1816-1882), Mercure de France, Paris, 1941, p. 33)
    • Comment saurions-nous où aller acheter des éclairs au café, si nous n'étions pas capables du raisonnement : « Les éclairs au café sont des gâteaux, les gâteaux sont vendus chez les pâtissiers, donc les éclairs au café sont vendus chez les pâtissiers »? — (Gilles Dowek, La Logique, Flammarion, collection « Dominos », 1995, p. 10)
  3. Argumentation pour convaincre.
    • Le grand historien ne pouvait l’ignorer, ceux qui possèdent la force n’ont pas coutume de se rendre au raisonnement. — (Louise Michel, La Commune, P.-V. Stock, Paris, 1898, p. 10)
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Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

RAISONNEMENT. n. m.
Faculté ou Action de raisonner. C'est un homme qui a le raisonnement juste, solide. Il y a dans cet ouvrage une grande force de raisonnement. Il se dit aussi d'un Syllogisme, de toute suite d'arguments qui s'enchaînent. Raisonnement juste, clair. Raisonnement faux, obscur, captieux. Tous ces raisonnements sont superflus À quoi tendent tous ces raisonnements? Convaincre quelqu'un par la force de ses raisonnements. Je vous prie de suivre mon raisonnement. Fam., Faire des raisonnements à perte de vue, Faire des raisonnements vagues et qui ne concluent rien. Pas tant de raisonnements, pas de raisonnement : Façons de parler dont on se sert pour faire entendre que l'on veut être obéi sans réplique.

Littré (1872-1877)

RAISONNEMENT (rè-zo-ne-man) s. m.
  • 1La faculté ou l'action de raisonner. C'est un homme d'un raisonnement profond, juste, solide. Raisonner est l'emploi de toute ma maison, Et le raisonnement en bannit la raison, Molière, Femm. sav. II, 7. Ceux qui sont accoutumés à juger par le sentiment ne comprennent rien aux choses de raisonnement, Pascal, Pens. VII, 33, éd. HAVET. C'est en vain que le raisonnement, qui n'y a point de part [à la connaissance des premiers principes], essaye de les combattre, Pascal, ib. VIII, 6. La foi est un don de Dieu ; ne croyez pas que nous disions que c'est un don de raisonnement, Pascal, ib. XXV, 40.

    Terme de philosophie. Se dit, en général, d'une opération de l'esprit par laquelle, un jugement ou plusieurs jugements étant donnés, on en fait sortir un autre jugement.

  • 2Enchaînement de divers arguments. C'est un raisonnement bien mauvais que le vôtre, Corneille, Hor. III, 4. Pour moi, je ne vois goutte en ce raisonnement, Corneille, Nicom. III, 4. L'animal chargé d'ans, vieux cerf, et de dix cors, En suppose un plus jeune, et l'oblige par force à présenter aux chiens une nouvelle amorce ; Que de raisonnements pour conserver ses jours ! La Fontaine, Fabl. X, 1. J'attends que ton raisonnement soit fini, Molière, D. Juan, III, 1. Je sais que vous parlez, monsieur, le mieux du monde ; En beaux raisonnements vous abondez toujours, Molière, Mis. V, 1. Je ne viens point, madame, opposer a vos plaintes De faux raisonnements, ou d'injustes contraintes, Th. Corneille, Ariane, V, 6. Écoutez à ce propos le profond raisonnement non d'un philosophe qui dispute dans une école ; je veux confondre le monde par ceux que le monde révère le plus, Bossuet, Duch. d'Orl. En vain vous étalez une scène savante ; Vos froids raisonnements ne feront qu'attiédir Un spectateur toujours paresseux d'applaudir, Boileau, Art p. III. Il se mit à faire quelques raisonnements sur l'état de ses affaires, Hamilton, Gramm. 9. Un syllogisme n'est pas un raisonnement, ce n'est qu'une certaine forme qu'on fait prendre à un raisonnement qu'on a déjà fait, Condillac, Gramm. Motif des étud. Œuv. t. V, p. CXXXIX, dans POUGENS.

    Familièrement. Des raisonnements à perte de vue, des raisonnements vagues, et qui ne concluent rien.

  • 3Paroles, discours. L'ingrat est-il touché de mes empressements ? L'amour même entre-t-il dans ses raisonnements ? Racine, Baj. II, 1.

    Observation, excuse plus ou moins motivée. Tant de raisonnements offensent ma colère, Racine, Andr. IV, 3.

    Familièrement. Point tant de raisonnements, façon d'exprimer qu'on veut être obéi sans réplique.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

RAISONNEMENT, s. m. (Logique & Métaphysique.) le raisonnement n’est qu’un enchaînement de jugemens qui dépendent les uns des autres. L’accord ou la discordance de deux idées ne se rend pas toujours sensible par la considération de ces deux seules idées. Il faut en aller chercher une troisieme, ou même davantage, si cela est nécessaire, pour les comparer avec ces idées intermédiaires conjointement ou séparément ; & l’acte par lequel nous jugeons, cette comparaison faite, que l’une ou l’autre de ces deux idées, ou toutes les deux s’accordent ou ne s’accordent pas avec la troisieme, s’appelle raisonnement.

Le pere Mallebranche prouve d’une maniere assez plausible, que toute la différence qui se trouve entre la simple perception, le jugement & le raisonnement, consiste en ce que, par la simple perception, l’entendement perçoit une chose sans rapport à une autre : que, dans le jugement, il perçoit le rapport qui est entre deux choses ou un plus grand nombre : & qu’enfin, dans le raisonnement, il perçoit les rapports perçus par le jugement ; de sorte que toutes les opérations de l’ame se ramenent à des perceptions.

Il y a différentes sortes de raisonnemens ; mais le plus parfait & le plus usité dans les écoles, c’est le syllogisme, qui se définit, un tissu de trois propositions, fait de maniere, que si les deux premieres sont vraies, il est impossible que la troisieme ne le soit pas. La conséquence ou conclusion est la proposition principale du syllogisme, & à laquelle les deux autres doivent se rapporter ; car on ne fait un syllogisme que pour obliger quelqu’un d’avouer une troisieme proposition qu’il n’avouoit pas auparavant. Supposé la vérité des deux prémisses du syllogisme, il faut que la conséquence soit nécessairement vraie, parce qu’elle est enfermée équivalemment dans les prémisses. Pour rendre ceci intelligible, il faut se souvenir qu’une proposition est vraie, lorsque l’idée du sujet contient l’idée de l’attribut. Comme donc il ne s’agit dans un syllogisme, que de faire sentir que la troisieme proposition, dite la conséquence, est vraie, il ne s’agit aussi que de faire appercevoir comment dans cette conséquence, l’idée du sujet contient l’idée de l’attribut. Or que fait-on pour montrer que la conséquence contient l’idée de l’attribut ? On prend une troisieme idée appellée moyen terme (parce qu’en effet elle est mitoyenne entre le sujet & l’attribut) : de maniere qu’elle est contenue dans le sujet, & qu’elle contient l’attribut ; car si une premiere chose en contient une seconde, dans laquelle seconde une troisieme soit contenue, la premiere nécessairement contiendra la troisieme. Si une liqueur contient du chocolat dans lequel est contenu du cacao, il est clair que cette liqueur contient aussi du cacao. Voyez Syllogisme.

Ce que les Logiciens ont dit du raisonnement dans bien des volumes, paroît entierement superflu & de nul usage ; car, comme le remarque l’auteur de l’art de penser, la plûpart de nos erreurs viennent bien plus de ce que nous raisonnons sur des principes faux, que non pas de ce que nous ne raisonnons pas suivant nos principes. Raisonner, dans le sens précis & philosophique, n’est autre chose que de donner son aveu ou son assentiment à la convenance que l’esprit apperçoit entre des idées qui sont actuellement présentes à l’esprit ; or comme nos idées sont pour nous autant de perceptions intimes, & que toutes nos perceptions intimes nous sont évidentes, il nous est impossible de ne pas appercevoir évidemment, si de ces deux idées que nous avons actuellement dans l’esprit, l’une est la même que l’autre ; ou si elle n’est pas la même. Or appercevoir qu’une idée est ou n’est pas une autre idée, c’est raisonner juste : donc il est impossible à tout homme de ne pas bien raisonner.

Quand donc nous trouvons qu’un homme raisonne mal, & qu’il tire une mauvaise conséquence, ce n’est pas que cette conséquence ne soit juste par rapport à l’idée ou au principe d’où il la tire, mais c’est qu’il n’a pas actuellement dans l’esprit l’idée que nous lui supposons. Mais, dira-t-on, il arrive souvent qu’un autre convient avec moi d’une même pensée ou idée, & cependant il en tire une conséquence toute différente de celle que je tire : c’est donc que lui ou moi nous raisonnons mal, & que sa conséquence ou la mienne ne sont pas justes : à quoi je réponds que la pensée ou idée dont vous convenez avec lui, n’est pas au juste la même pensée ou idée que la vôtre ; vous en convenez seulement dans l’expression, & non pas dans la réalité. Rien n’est plus ordinaire que d’user de la même expression qu’un autre, sous laquelle je n’ai pas la même idée que lui. Vous ajoutez qu’un même homme employant le même mot, & se rappellant la même pensée, en tire une conclusion différente de celle qu’il avoit tirée auparavant, & qu’il avoue lui-même qu’il avoit mal raisonné : je réponds de nouveau qu’il a tort de s’en prendre à son raisonnement : mais croyant se rappeller la même pensée, à cause que c’est peut-être le même mot, la pensée d’où il tire aujourd’hui une conclusion différente de celle d’hier : que cette pensée, dis-je, est différente de celle d’hier, & cela par quelque altération d’idées partiales imperceptibles ; car si c’étoit la même pensée, comment n’y trouveroit-il plus la même convenance avec la conclusion d’hier, une pensée & sa conclusion étant une même idée par rapport à la convenance qu’y trouve notre esprit ?

A prendre la chose de ce biais, un art des plus inutiles seroit l’art de raisonner, puisqu’on ne peut jamais manquer à bien raisonner, suivant les idées qu’on a dans l’esprit actuellement. Tout le secret de penser juste consistera donc à se mettre actuellement dans l’esprit avec exactitude, la premiere idée qu’il faut avoir des choses dont on doit juger ; mais c’est ce qui n’est point du ressort de la Logique, laquelle n’a pour but essentiel que de trouver la convenance ou disconvenance de deux idées qui doivent être présentes actuellement à l’esprit.

La justesse de cette premiere idée peut manquer par divers endroits : 1°. du côté de l’organe de nos sens, qui n’est pas disposé de la même maniere dans tous les hommes : 2°. du côté de notre caractere d’esprit, qui étant quelquefois tourné autrement que celui des autres hommes, peut nous donner des idées particulieres avec lesquelles nous tirons des conséquences impertinentes, par des raisonnemens légitimes : 3°. la justesse des idées manque encore faute d’usage du monde, faute de réflexion, faute d’être assez en garde contre les sources de nos erreurs : 4°. faute de mémoire, parce que nous croyons nous bien souvenir d’une chose que nous avons bien sue, mais qui ne se rappelle pas assez dans notre esprit : 5°. par le défaut du langage humain, qui étant souvent équivoque, & signifiant selon diverses occasions, des idées diverses, nous fait prendre très-fréquemment l’une pour l’autre.

Quoi qu’il en soit, l’erreur d’une premiere idée, d’où nous tirons une conséquence toujours conforme à cette premiere idée, ne regarde point la nature de la vérité interne & logique, ou du raisonnement pris dans la précision philosophique. Elle regarde ou la Métahpysique qui nous instruit des premieres vérités & des premieres idées des choses : ou la Morale, qui modere les passions dont l’agitation trouble dans notre esprit les vraies idées des objets : ou l’usage du monde, qui fournit les justes idées du commerce de la société civile, par rapport aux tems & aux pays divers : ou l’usage des choses saintes, & surtout de la loi de Dieu, qui seul nous fournit les idées les plus essentielles à la conduite de l’homme : mais encore une fois, l’erreur ne regarde nullement le raisonnement, entant que raisonnement, c’est-à-dire, entant que la perception de la convenance ou disconvenance d’une idée qui est actuellement dans notre esprit, avec une autre idée qui y est actuellement aussi, & dont la convenance ou disconvenance s’apperçoit toujours infailliblement & nécessairement. Logique du pere Buffier.

Je ne puis mieux terminer ce que j’ai à dire du raisonnement, qu’en rendant raison d’une expérience. On demande comment on peut dans la conversation développer, souvent sans hésiter, des raisonnemens fort étendus. Toutes les parties en sont-elles présentes dans le même instant ? Et, si elles ne le sont pas, comme il est vraissemblable, puisque l’esprit est trop borné pour saisir tout-à-la fois un grand nombre d’idées, par quel hazard se conduit-il avec ordre ? Voici comme l’explique l’auteur de l’essai sur l’origine des connoissances humaines.

Au moment qu’un homme se propose de faire un raisonnement, l’attention qu’il donne à la proposition qu’il veut prouver, lui fait appercevoir successivement les propositions principales, qui sont le résultat des différentes parties du raisonnement qu’il va faire. Si elles sont fortement liées, il les parcourt si rapidement, qu’il peut s’imaginer les voir toutes ensemble. Ces propositions saisies, il considere celle qui doit être exposée la premiere. Par ce moyen, les idées propres à la mettre dans son jour se réveillent en lui selon l’ordre de la liaison qui est entr’elles ; de-là il passe à la seconde, pour répéter la même opération, & ainsi de suite jusqu’à la conclusion de son raisonnement. Son esprit n’en embrasse donc pas en même tems toutes les parties ; mais par la liaison qui est entr’elles, il les parcourt avec assez de rapidité, pour devancer toujours la parole, à-peu-près comme l’œil de quelqu’un qui lit haut, devance la prononciation. Peut-être demandera-t-on comment on peut appercevoir les résultats d’un raisonnement, sans en avoir saisi les différentes parties dans tout leur détail. Je réponds que cela n’arrive que quand nous parlons sur des matieres qui nous sont familieres, ou qui ne sont pas loin de l’être, par le rapport qu’elles ont à celles que nous connoissons davantage. Voilà le seul cas, où le phénomène proposé peut être remarqué. Dans tout autre l’on parle en hésitant : ce qui provient de ce que les idées étant liées trop foiblement, se réveillent avec lenteur : ou l’on parle sans suite, & c’est un effet de l’ignorance.

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Étymologie de « raisonnement »

Raisonner ; provenç. razonamen, rezonamen ; anc. cat. rahonament ; espagn. razonamiento ; ital. ragionamento.

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(Date à préciser) → voir raisonner et -ment
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Phonétique du mot « raisonnement »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
raisonnement rɛzɔnmɑ̃

Citations contenant le mot « raisonnement »

  • Un fait mal observé est plus pernicieux qu’un mauvais raisonnement. De Paul Valéry
  • Tout raisonnement sur l’amour le détruit. De Léon Tolstoï
  • Agis au plus tôt pour éviter le mirage de raisonnements qui n'éclairent que les idées. Huang Zongxi, Traduction D. Tsan
  • Le raisonnement est aussi naturel à l'homme que le vol aux oiseaux. De Quintilien / De institutione oratoria
  • Raisonner est l'emploi de toute ma maison, Et le raisonnement en bannit la raison. Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, Les Femmes savantes, II, 7, Chrysale
  • On ne prend pas une femme par le raisonnement. On ne la prend pas par la prière. On la prend. De Ninon de Lenclos
  • L'ignorance est la mère de tous les crimes. Un crime est, avant tout, un manque de raisonnement. De Honoré de Balzac / La cousine Bette
  • Les injures ont un grand avantage sur les raisonnements : celui d'être admises sans preuves par une multitude de lecteurs. Alessandro Manzoni, Œuvres inédites et rares, II, 482
  • Les prudents sont les plus irresponsables. Leur seul raisonnement : ne pas mettre le doigt dans l'engrenage. De Evhen Sverstiouk / La cathédrale en échafaudage
  • Le corps conditionnne le raisonnement. De Hélène Grimaud / Variations sauvages
  • La raison se perd par le raisonnement. De Antonio Porchia / Voix
  • Le raisonnement par analogie est un merveilleux outil de travail. De François Michelin
  • Qui ne peut attaquer le raisonnement attaque le raisonneur. De Paul Valéry
  • La logique des passions renverse l'ordre traditionnel du raisonnement et place la conclusion avant les prémisses. De Albert Camus / L'homme révolté
  • Selon le co-président des verts, c'est "parfois difficile de suivre le raisonnement du PS" concernant la formation fédérale. L'Echo, Jean-Marc Nollet: "Parfois difficile de suivre le raisonnement du PS" | L'Echo
  • Tout notre raisonnement se réduit à céder au sentiment. De Blaise Pascal / Pensées
  • Toujours la même erreur de raisonnement : considérer qu'on a raison quand on n'est de l'avis de personne. De Alfred Capus
  • On ne devrait jamais confondre sentiment et raisonnement. De Agatha Christie / La mystérieuse affaire de Styles
  • D'idées vraies en idées vraies et de clartés en clartés, le raisonnement peut n'arriver qu'à l'erreur. Antoine Rivaroli, dit le Comte de Rivarol, Discours sur l'homme intellectuel et moral
  • Un crime est, avant tout, un manque de raisonnement. Honoré de Balzac, La Cousine Bette
  • La certitude et le mystère sont pour le sentiment ; la clarté et l'incertitude pour le raisonnement. De Antoine de Rivarol
  • Entre ces deux extrêmes, différentes formes de raisonnement sont identifiables que l’on peut regrouper en trois ensembles, comme sur le dessin ci-dessus. Dans celui de gauche, on trouve les mathématiques, qui se nourrissent de nombres, et la pensée logique, qui ne manipule que des concepts. La logique est la discipline qui étudie les conditions du raisonnement valide, ou, plus familièrement, les conditions de l’utilisation correcte du mot "donc".   L'Echo, Penser | L'Echo
  • Causée "par un ensemble de maladies et de traumatismes" qui touchent le cerveau, la démence "affecte la mémoire, le raisonnement, l'orientation, la compréhension, le calcul, la capacité d'apprentissage, le langage et le jugement", rappelle l'OMS sur son site internet. TV5MONDE, Quatre cas de démence sur dix pourraient être évités ou retardés
  • On goûte une formule, on voit le cheminement d’un raisonnement que l’on va ensuite entendre, on va toucher du doigt un concept, en sentir l’importance… la possession de nos cinq sens renvoie sans cesse à une intelligence du monde, qui sera déniée à ceux qui n’en disposent pas. Tout un vocabulaire imagé convoque la perception physique pour signifier notre compréhension des choses, même si l’exemple d’Hélène Keller montre que les capacités intellectuelles ne découlent pas forcément de nos sens, même si le travail de précurseur de l’Abbé de l’Épée au XVIIIème siècle a ouvert la voie. On ne peut oublier les exactions commises, le triangle bleu des camps de concentration, l’accès aux études rendu quasi impossible… Zibeline, Des langues pour s'entendre | Zibeline

Traductions du mot « raisonnement »

Langue Traduction
Anglais reasoning
Espagnol razonamiento
Italien ragionamento
Allemand argumentation
Chinois 推理
Arabe منطق
Portugais raciocínio
Russe рассуждения
Japonais 推理
Basque arrazoibide
Corse ragiunamentu
Source : Google Translate API

Synonymes de « raisonnement »

Source : synonymes de raisonnement sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « raisonnement »

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