La langue française

Cerveau

Sommaire

  • Définitions du mot cerveau
  • Étymologie de « cerveau »
  • Phonétique de « cerveau »
  • Évolution historique de l’usage du mot « cerveau »
  • Citations contenant le mot « cerveau »
  • Traductions du mot « cerveau »
  • Synonymes de « cerveau »
  • Antonymes de « cerveau »

Définitions du mot cerveau

Trésor de la Langue Française informatisé

CERVEAU, subst. masc.

Partie du système nerveux central logé dans la boîte crânienne des vertébrés et, p. ext., centre nerveux des invertébrés correspondant plus ou moins, par sa position et par ses fonctions, au cerveau des vertébrés.
I.− [Le cerveau en tant qu'organe humain]
A.− [Organe physique]
1. ANAT. Ensemble des centres nerveux logés dans la boîte crânienne. Synon. encéphale :
1. Cette maladie, méningo-encéphalite, à proprement parler, n'est pas de l'aliénation. C'est une maladie qui selon le point du cerveau qu'elle attaque rend fou ou non, ou bien provoque du ramollissement cérébral. Barrès, Mes cahiers,t. 2, 1898-1902, p. 41.
2. ... les manifestations de la vie mentale sont solidaires de l'état de l'encéphale. Ces observations ne suffisent pas à démontrer que le cerveau constitue à lui seul l'organe de la conscience. Carrel, L'Homme, cet inconnu,1935, p. 167.
SYNT. Membranes, ventricules du cerveau; cerveau antérieur, intermédiaire, moyen, postérieur; (vx) jambes, valvules du cerveau (cf. Cuvier, Leçons d'anat. comp., t. 2, 1805, p. 130, 137).
Spéc. Portion antérieure et supérieure de l'encéphale composée des deux hémisphères cérébraux et du diencéphale, et siège des fonctions sensitives, motrices, associatives et d'une partie des fonctions végétatives. Circonvolutions, lobes du cerveau :
3. Tandis que les réflexes inconditionnés ont leur siège en deçà du cerveau ou dans le cerveau moyen, le siège des réflexes conditionnés est dans les hémisphères cérébraux. J. Rostand, La Vie et ses problèmes,1939, p. 91.
P. anal. :
4. ... l'hypophyse est le cerveau endocrinien (...) parce qu'elle est la glande maîtresse des endocrines, ... J. Delay, Ét. de psych. méd.,1953, p. 217.
2. PATHOL. Lésion, sclérose, tumeur du cerveau; commotion, transport au cerveau (synon. vieilli congestion cérébrale).
Ramollissement du cerveau. Synon. ramollissement cérébral*; p. ext., diminution des facultés intellectuelles :
5. Non, je ne puis pas croire devant cette ambition dernière de Zola à devenir un librettiste en prose d'opéras, non, vraiment je ne puis croire qu'il n'y ait pas un léger ramollissement du cerveau chez le romancier. E. et J. de Goncourt, Journal,1891, p. 100.
Rhume de cerveau. Inflammation de la muqueuse nasale (appelée ainsi à cause de l'ancienne croyance à une communication entre les fosses nasales et le cerveau). Enfin me voilà sérieusement malade. Mon rhume de cerveau numéro un, celui qui dure et qui m'idiotifie, se déclare (Bloy, Journal,1902, p. 85):
6. Ce qui leur manque, c'est l'imagination. Ils ne sont jamais à l'échelle des fléaux. Et les remèdes qu'ils imaginent sont à peine à la hauteur d'un rhume de cerveau. Camus, La Peste,1947, p. 1319.
Loc. Être enrhumé du cerveau.
Cerveau rabique. Cerveau d'un animal ayant contracté la rage. Cerveau sénile. Cerveau du vieillard.
B.− [Organe de la vie psychique] Le cerveau tout assombri de fatigue (Gide, Journal,1906, p. 214).Le cerveau bourré d'allégories et de symboles (R. Rolland, Jean-Christophe,La Foire sur la place, 1908, p. 790).Son cerveau pétrifié par la peur (R. Martin du Gard, Les Thibault,La Mort du père, 1929, p. 1257):
7. Dans le naufrage de son cerveau, il est resté une case intacte, la case du dessin. E. et J. de Goncourt, Journal,1894, p. 552.
8. ... je veux t'écrire, (...), bien que la fièvre ait un peu vidé mon cerveau et obscurci ma lucidité. J. Rivière, Correspondance[avec Alain-Fournier], 1906, p. 235.
SYNT. a) Cerveau brouillé, creux, débile, détraqué, ébranlé, endormi, engourdi, étroit, fatigué, fêlé, juste, limité, lucide, plat, précoce, ramolli, rationnaliste, rétif, simpliste, stérile, subtil, supérieur. b) Cogitation, création, déliquescence, faculté, fonctionnement, travail, trouble du cerveau. c) [En parlant d'une boisson, d'une odeur] Monter, prendre au cerveau; [En parlant d'une idée, d'une image, d'un souvenir] Hanter, traverser, troubler le cerveau; monter au cerveau; s'emmagasiner, s'enfoncer, s'enraciner, germer dans le cerveau.
Lavage de cerveau. Endoctrinement, le plus souvent accompagné de sévices, et destiné à priver une personne de ses convictions et de son comportement propre pour lui en imposer d'autres. Transformant ainsi en monnaie courante des cités politiques la dégradation de l'homme, la torture, le lavage des cerveaux et leur mise au pas (L'Univers écon. et soc.,1960, p. 6407).
Rem. On rencontre ds la docum. l'expr. Cerveau lavé. Cerveau reposé, frais, neuf. La géographie, c'était l'air pur, la promenade à la campagne, le retour avec une brassée de genêts ou de digitales, les yeux décrassés, les cerveaux lavés et le goût du réel mordant sur l'abstrait (L. Febvre, Combats pour l'hist., 1939-45, p. 394).
1. [Le cerveau, en tant que siège des facultés intellectuelles] La grosse tête de Simon contenait un cerveau bien fait, une bonne machine à penser (Druon, Les Grandes familles,t. 1, 1948, p. 132):
9. ... il n'y a pas de fait psychologique qui n'implique l'entrée en jeu des mécanismes corticaux. Tout paraîtra donc se passer comme si la conscience jaillissait du cerveau, et comme si le détail de l'activité consciente se modelait sur celui de l'activité cérébrale. Bergson, L'Évolution créatrice,1907, p. 263.
10. Si Prinet vit, il renoncera pendant une longue période (...) à l'exercice de son intelligence; il ne lira pas, ne s'exprimera pas; quand une pensée lui viendra, il ne la notera pas; il laissera son cerveau en friche. Montherlant, Le Songe,1922, p. 162.
11. Dans les quelques grammes de gélatine appelés cerveau il n'y a rien (...) qui ressemble, même de loin, à une pensée ou à un souvenir; et pourtant il n'y a pas, sans cerveau, de pensée ou de mémoire possibles. Jankélévitch, Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien,1957, p. 32.
En partic.
a) [Le cerveau considéré comme le siège de la raison] Son père tout cerveau, sa mère toute foi (Zola, Lourdes,1894, p. 290).Jamais ni l'un ni l'autre ne faisait la moindre allusion à sa vie personnelle ou à ses ennuis d'intérieur. Ils s'amusaient à être de purs cerveaux (Miomandre, Écrit sur de l'eau,1908, p. 58).
[P. oppos. au cœur considéré comme le siège des facultés affectives] Il faut que le socialisme descende du cerveau jusqu'au cœur (Renard, Journal,1905, p. 988):
12. ... « Vous, Messieurs les Français, vous aimez avec le cerveau, mais très peu avec le cœur! » E. et J. de Goncourt, Journal,1895, p. 803.
13. Le vrai, c'est que je ne puis prendre mon parti de m'écarter de Em.; ni dissocier mon cerveau de mon cœur... Gide, Journal,1933, p. 1156.
P. méton. (cf. infra I B 3).C'était un cerveau peut-être, mais pas un cœur (P. Vialar, La Chasse aux hommes, La Bête de chasse, 1952, p. 78).
Rem. La docum. est riche en ex. dans lesquels cerveau se trouve associé, mis en parallèle, opposé à cœur.
[P. oppos. à l'âme] Elle [l'âme] passe par le cerveau comme par un laminoir qui la martèle et la travaille au coin de notre plate nature physique (E. Delacroix, Journal,1852, p. 108).[Cet Empereur] se servit de nos âmes et rejeta nos cerveaux (G. d'Esparbès, Les Demi-solde,1899, p. 185).
b) [Le cerveau en tant que siège de l'esprit p. oppos. au corps, à la matière] :
14. L'homme a besoin de dépenser journellement certaines grossiéretés (...) − et surtout l'homme de lettres, l'homme d'idée, le brasseur de nuages, en qui la matière opprimée par le cerveau semble se venger... E. et J. de Goncourt, Journal,1858, p. 478.
P. méton. (cf. infra I B 3).Je travaille trop, je deviens trop cerveau (Balzac, Lettres à l'Étrangère,t. 2, 1850, p. 42).Je ne suis que cerveau, je ne mange pas, je pense! (Colette, Claudine en ménage,1902, p. 269).
2. Rare. [Le cerveau en tant que siège de l'affectivité] La jalousie frappait avec ses mille marteaux sourds dans son cerveau (Champfleury, Les Aventures de Mlle Mariette,1853, p. 214).
3. P. méton. Personne. Rosny n'est déjà plus le puissant cerveau de naguère (Renard, Journal,1893, p. 187).Je suis étonné de voir un esprit fin, un cerveau distingué comme vous, aimer cela (Proust, Le Côté de Guermantes 2,1921, p. 501).Weber est certainement un cerveau poétique, mais ce n'est pas un musicien (I. Stravinsky, Chroniques de ma vie,1931, p. 154).
Synon. de cervelle.Je plains nos jolis cerveaux messins, nos solides cervelles alsaciennes (Barrès, Mes cahiers,t. 3, 1902-03, p. 66).
Péj. Cerveau brûlé. Personne exaltée, extravagante, irréfléchie (cf. brûlé II B 1). Une mauvaise tête qui voudrait se détruire (...) j'en connais, de ces cerveaux brûlés (Mérimée, Théâtre de Clara Gazul,1825, p. 324).
Emploi abs. Un cerveau. Un homme supérieurement intelligent. Augustin, le précepteur de Dominique, est un très-jeune homme (...) c'est un homme de livres, de logique, de science, un cerveau (Sainte-Beuve, Nouveaux lundis,t. 7, 1863-69, p. 137).Vous étiez un cerveau pour toutes les cervelles Des pauvres spectateurs qui ne le savaient pas Qu'il leur faut des enfants ou marcher au trépas (Apollinaire, Les Mamelles de Tirésias,À Yeta Daesslé, 1918, p. 873):
15. ... toute sa politique, vise à la conservation de cette espèce royale, de ce petit nombre de cerveaux dont dépend le sort de l'humanité. Massis, Jugements,1923, p. 114.
II.− P. anal.
A.− TECHNOL., ÉLECTRON.
1. [P. réf. à la position du cerveau]
a) Partie supérieure de la cloche à laquelle est fixé l'anneau qui supporte le battant mobile. Ça, c'est le cerveau d'une très vieille cloche qui rendait des sons comme il n'y en a plus; celle-là, Monsieur, elle sonnait du ciel! (Huysmans, Là-bas,t. 1, 1891, p. 53).
b) Partie supérieure d'une construction. « Le cintre (...) est chargé au cerveau d'environ 50 mètres cubes de moëllons (...)» [mémoire de M. Séjourné sur le pont de Lavour] (E. Degrand, J. Résal, Ponts en maçon.,t. 2, 1888, p. 639).On perce au cerveau de la voûte une galerie (J.-N. Haton de La Goupillière, Cours d'exploitation des mines,1905, p. 718).
Rem. 1. Attesté ds Lar. encyclop. et Quillet 1965. 2. Pour Lar. 20e, cerveau, ,,capacité d'un appartement, comprise entre le plafond et la hauteur d'une personne debout``.
2. [P. réf. aux fonctions du cerveau] Cerveau artificiel, cerveau électronique, cerveau mécanique (cf. calculateur, ordinateur) :
16. ... la fabrication des cerveaux mécaniques, la cybernétique, pose l'angoissante question des robots, capables de surpasser l'homme dans ses mécanismes mentaux. Huyghe, Dialogue avec le visible,1955, p. 392.
B.− Domaine de la vie intellectuelle ou active :
17. Ville auguste, cerveau du monde, orgueil de l'homme, Ruche immortelle des esprits, Phare allumé dans l'ombre où sont Athène et Rome, Astre des nations, Paris! Leconte de Lisle, Poèmes tragiques,Le Sacre de Paris, 1884, p. 78.
18. Cette pièce, en réalité, était le cerveau de la maison et le grand jeune homme (...) qui parlait, lèvres serrées avec cet accent « sophistiqué » des universitaires, était le porte-parole, le haut-parleur, le traducteur mécanique et fidèle, des traditions... P. Vialar, La Mort est un commencement,Le Petit jour, 1947, p. 355.
Emploi abs. :
19. Les uns et les autres ne travaillaient pas eux-mêmes plus que M. Planchet [le grand capitaliste]; ils étaient comme ils disaient, « le cerveau ». Giono, Poids du ciel,1938, p. 290.
Rem. On rencontre ds la docum. le néol. cérébralicide, adj. Fatigant pour l'esprit (cf. J. Desaymard, Chabrier d'après ses lettres, 1934, p. 328).
Prononc. et Orth. : [sε ʀvo]. Ds Ac. 1694-1932. Étymol. et Hist. 1. Ca 1100 anat. cervel (Chanson de Roland, éd. J. Bédier, v. 22 60); 2. a) ca 1175 cervel « organe de la pensée, intelligence, jugement » (Chr. de Troyes, Chevalier charrette, éd. M. Roques, 2581); b) 1630 « la personne dont l'esprit est en question » (Malherbe, Œuvres complètes, éd. Lalanne, Paris, 1862, t. 1, pp. 213-214); c) 1808 « organe central, de direction » (Chênedollé, Journal, p. 33 : la métaphysique est le cerveau de toutes les sciences); d) 1954 cerveau électronique (Ruyer, La Cybernétique, p. 30). Du lat. cerebellum « (petite) cervelle » (iies. av. J.-C., Titinius ds TLL s.v., 858, 52) « siège de la pensée » (Pétrone ds Oxford lat. Dict.), dimin. de cerebrum « cerveau » (cérébral*). Fréq. abs. littér. : 4 151. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 6 358, b) 6 096; xxes. : a) 6 488, b) 5 058. Bbg. Bernelle (A.). Mons, oros, berg, gora, mal, sar, parkălne. Vie Lang. 1962, p. 401. − Dauzat Ling. fr. 1946, p. 50. − Gottsch. Redens. 1930, p. 127, 134. − Goug. Lang. pop. 1929, p. 27. − Sigurs 1963/64, p. 269.

Wiktionnaire

Nom commun

cerveau \sɛʁ.vo\ masculin

  1. (Anatomie) Organe central supervisant le système nerveux des animaux présentant une céphalisation ; encéphale.
    • Or, comme c’était par l’odorat qu’avait été empoisonnée Jeanne de Navarre, c’était le cerveau, seule partie du corps exclue de l’autopsie, qui devait offrir les traces du crime. — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, volume I, chapitre I)
    • J’avais comme une barre à l’estomac, et dans le cerveau quelque chose qui me brûlait. Je fus près de défaillir. — (Octave Mirbeau, La tête coupée,)
    • […] le cerveau est l’organe de l’attention à la vie. — (Henri Bergson, L’Énergie spirituelle, ch. II L’âme et le corps, p. 51, 1919)
    • Nous étions non pas las, mais notre cerveau était engourdi à la suite de la terrible tension d'esprit au milieu de la tempête. Pour ma part, j'avais la tête lourde. — (Dieudonné Costes & Maurice Bellonte, Paris-New-York, 1930)
    • Structurellement, chaque hémisphère du cerveau humain se divise en quatre lobes. Chacune abrite un lobe frontal (devant et en haut), un lobe pariétal (en haut et derrière), un lobe temporal (sur les côtés) et un lobe occipital (derrière). — (Frances E. Jensen, avec la collaboration de ‎Amy Ellis Nutt, Le cerveau adolescent : guide de survie à l'usage des parents, traduit de l'anglais par Isabelle Crouzet, Paris : chez Jean-Claude Lattès, 2016)
  2. (Anatomie) (plus précisément) La partie supérieure de l'encéphale, régissant les fonctions supérieures : diencéphale et télencéphale.
  3. (Par extension) Siège des facultés mentales, de la pensée.
    • Le cerveau, ses produits en tous genres, […], sont un monde à part qui fleurit sous le crâne, dans une indépendance parfaite des sentiments, de ce qu’on nomme les vertus du citoyen, du père de famille, de l’homme privé. — (Honoré de Balzac, Modeste Mignon, 1844)
    • Alors, une idée qui lui parut venir du ciel traversa son cerveau, comme un éclair lumineux. — (Gustave Aimard, Les Trappeurs de l’Arkansas, Éditions Amyot, Paris, 1858)
    • Au lieu de demeurer solidement planté dans les préjugés de son grand-père, Bert eut le cerveau ravagé par de successives irruptions d’idées violentes au sujet de la concurrence allemande, du péril jaune, du péril noir, du fardeau de l’homme blanc : […] — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 118 de l’éd. de 1921)
    • Les propos du gros garçon se mirent à charlestonner dans son cerveau où la lucidité s'insinuait souverainement. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 144)
    • […], mais son talent c'est précisément de mettre les problèmes les plus ardus à la portée des cerveaux les plus frustes. — (Léon Berman, Histoire des Juifs de France des origines à nos jours, 1937)
    • La torpeur qui paralysait son cerveau lui procurait trop de bien-être pour qu'il tentât de la chasser. — (Francis Carco, L’Homme de minuit, Éditions Albin Michel, Paris, 1938)
    • L'idée de déployer tous les fastes de la République et d'afficher une solennité churchillienne pour annoncer une augmentation de 1,6 point de la TVA ne peut venir que de cerveaux hallucinés. — (Jacques Julliard, Impression, soleil couchant, dans Marianne (magazine), n° 772 du 4 février 2012, p.3)
  4. (Par analogie) Centre organisateur qui gère et supervise ou personne qui a mis un plan sur pied.
    • — Vous êtes au courant de l’arnaque ? C'est l’hypercherie ! L’embrouille totale. Tout est truqué. Silbermann, ça vous dit quelque chose ? C'est lui le cerveau de la magouille ! — (Frédéric Lasaygues, Back to la Zone, Paris : Éditions J'ai lu, 1992)
  5. (Figuré) Personne à l’intelligence remarquable ; élite intellectuelle.
    • Pour nombre de PVD l’exportation de main-d’œuvre et de cerveaux est devenue une véritable ressource, la conséquence étant une véritable dépendance vis-à-vis de ce « commerce » : […]. — (Christian Pradeau & Jean-François Malterre, Migrations et territoires, dans Les cahiers d'Outre-Mer n° 234/vol. 59, Presses Universitaires de Bordeaux, 2006)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

CERVEAU. n. m.
Masse de substance nerveuse enfermée dans la capacité osseuse du crâne et qui est un des principaux organes de la vie. Anatomie du cerveau de l'homme, d'un oiseau, d'un poisson. La capacité du cerveau. Cette blessure lui a découvert le cerveau. La substance du cerveau. Les ventricules du cerveau. Les membranes du cerveau. Les circonvolutions du cerveau. Il désigne aussi, figurément, l'Organe de la pensée et, par suite, l'intelligence, le jugement. Son cerveau travaille. Cerveau étroit. Cerveau vide. Cet homme n'a jamais pu rien tirer de son cerveau. Fig. et fam., Avoir le cerveau timbré, fêlé. Voyez TIMBRÉ, FÊLÉ. Fig. et fam., Cerveau brûlé, Personne extravagante, téméraire, qui porte tout à l'excès. Fig. et fam., Il a le cerveau creux. C'est un cerveau creux, C'est un visionnaire.

Littré (1872-1877)

CERVEAU (sèr-vô) s. m.
  • 1Masse de substance nerveuse qui occupe la cavité du crâne chez l'homme et les animaux vertébrés, et est un des principaux organes de la vie. Le cerveau est le centre des sensations et le siége des penchants, de l'intelligence et de la volonté. La substance, les ventricules, les membranes du cerveau. Transport au cerveau. Ce vin porte, monte au cerveau. Il faut que ce matin à force de trop boire Il se soit troublé le cerveau, Molière, Amph. II, 1.

    Rhume de cerveau, inflammation catarrhale de la membrane qui tapisse les fosses nasales, ainsi dit à cause d'une ancienne théorie qui supposait une communication entre les fosses nasales et le cerveau. Être pris du cerveau, avoir le cerveau pris, avoir un rhume de cerveau.

    En anatomie, plus particulièrement, et en distinguant le cerveau du cervelet, masse nerveuse qui s'étend du front aux fosses occipitales supérieures, et s'appuie en devant sur les voûtes orbitaires, en arrière sur les fosses moyennes de la base du crâne, et postérieurement sur la tente du cervelet.

  • 2 Fig. Tête, esprit, raison, intelligence. Cerveau étroit. Pauvre cerveau. Ce critique, changeant d'humeurs et de cerveau, Régnier, Sat. v. Ce malheureux jaloux s'est blessé le cerveau, Corneille, le Ment. I, 3. Un homme à fort petit cerveau, Molière, le Dép. V, 1. Ce galant homme a le cerveau blessé, Molière, l'Étour. I, 4. Parbleu ! dit le meunier, est bien fou du cerveau Qui prétend contenter tout le monde et son père, La Fontaine, Fabl. III, 1. Il [Démocrite] y joint les atomes, Enfants d'un cerveau creux, invisibles fantômes, La Fontaine, ib. VIII, 26. Le courroux lui montant au cerveau, La Fontaine, Rém. On les traite de cerveaux faibles et blessés, Bossuet, Oraison. Un prince dont le cerveau serait si malade, Bossuet, Avert. 5. Paul IV avait le cerveau encore plus blessé que Charles-Quint, Voltaire, Mœurs, 126. Ce Telliamed me paraît un peu blessé du cerveau, Voltaire, Dial. XXIX, 11. Il le crée, il le tire de son cerveau, Rousseau, Ém. IV. Mon voisin, faible de cerveau, Ne boit jamais son vin sans eau, Béranger, Deo grat.

    Se creuser le cerveau, méditer profondément.

    Familièrement, s'alambiquer le cerveau, se fatiguer à des choses abstraites, trop subtiles. Un seigneur comme M. le marquis ne doit pas se dessécher le cerveau dans ces vaines études, Voltaire, Jeannot et Colin.

    Cerveau timbré, fêlé, mal timbré, malade, troublé, c'est-à-dire personne d'un esprit peu sain, dérangé.

    Cerveau brûlé, personne emportée, extravagante. Voilà donc M. le duc d'Orléans livré à un homme de néant qu'il connaissait pleinement pour un cerveau brûlé, étroit et fougueux outre mesure, Saint-Simon, dans le Dict. de DOCHEZ.

    Cerveau creux, un rêveur, un visionnaire.

  • 3Les fondeurs appellent cerveau la partie supérieure ou le timbre de la cloche.
  • 4Cerveau de mer ou de Neptune, sorte de polypier pierreux.

HISTORIQUE

XIe s. De son cervel le temple [la tempe] en est rompant, Ch. de Rol. CXXXII. Du chef [il] lui a le cervel espandut, ib. CCLXXXIII.

XIIe s. Ne li sevrerent pas del chief tut le chapel, Mais al carnail del frunt retint e à la pel, Que tut à descuvert veïssiez le cervel, Th. le mart. 151.

XIIIe s. Tant burent à lor volenté Qu'à Primaut le cervel bolut [devint bouillant], Ren. 3151.

XVIe s. Le cerveau se mettra en resverye, et ne baillera sentiment es nerfz, ne mouvement es muscles, Rabelais, Pant. III, 3. Les cerveaux s'eschaufferent davantage, Lanoue, 606. Le cerveau est double, anterieur et posterieur… le posterieur est nomme cerebelle, à raison de sa petitesse, et l'anterieur à raison de sa grandeur a retenu le nom du tout, à sçavoir de cerveau, lequel est encore double, dextre et senestre, Paré, III, 6. Chacun brasse et cabasse et le cerveau se casse, Leroux de Lincy, Proverbes, t. II, p. 267.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Encyclopédie, 1re édition (1751)

CERVEAU, s. m. (Anatom.) ou ce qu’on appelle vulgairement la cervelle, est le nom qu’on a donné en général à toute la masse molle, en partie grisâtre, en partie blanchâtre, qui est renfermée dans le crane, laquelle est la source de nos sens, & où l’on prétend que l’ame réside d’une maniere particuliere. Voyez Crane & Ame.

Quand on a ouvert le crane, on trouve une masse qui en occupe toute la cavité, & qui est enveloppée de différentes membranes : la premiere qui se présente c’est la dure-mere, qui revêt les os en-dedans, & leur sert de périoste : elle divise le cerveau en différentes parties au moyen de ses différens replis, dont les principaux sont la faux & la tente, &c. Sous cette membrane il s’en trouve une autre qui s’enfonce dans les anfractuosités du cerveau, & qu’on appelle pie-mere. C’est dans les duplicatures qu’elle forme, en s’enfonçant dans les anfractuosités, que sont renfermés les vaisseaux du cerveau. Voyez Membrane, Dure-mere, &c. voyez aussi nos Pl. d’Anatomie.

Ces membranes levées, on voit la substance du cerveau, qui forme une infinité de plis profonds, dont les circonvolutions imitent à peu-près celles des intestins : si on coupe assez profondément quelques-uns de ces plis, on observe qu’ils sont composés d’une substance de deux couleurs différentes, dont la partie externe est de couleur de cendre, & a été en conséquence appellée substance cendrée ou substance corticale ; elle est glanduleuse suivant quelques auteurs ; mais l’analyse de ces parties est si difficile, qu’on ne peut rien avancer là-dessus que de conjectural. La partie interne des différens replis est blanchâtre, & se nomme substance medullaire. Voyez l’article Cendrée.

On divise le cerveau en trois parties principales, savoir, le cerveau strictement pris, le cervelet, & la moelle allongée. Voyez Cervelet & Moelle, voyez aussi nos Planches.

Le mot cerveau pris dans un sens plus particulier, signifie donc cette partie superficiellement grisâtre, qui occupe toute la portion supérieure de la cavité du crane, & dont la figure est une convexité ovalaire assez approchante de la moitié d’un œuf qu’on auroit coupé en deux parties égales par le même diametre, sans les éloigner l’une de l’autre ; la grosse extrémité de la convexité ovalaire est située postérieurement ; la petite antérieurement.

La fissure dans laquelle rampent les arteres, longue, plus profonde que les autres sillons du cerveau, & qui s’appelle fissure de Sylvius, sépare le cerveau en lobes antérieurs & postérieurs ; mais comme le cerveau considéré dans sa partie inférieure, paroît de chaque côté distingué en trois parties, on leur a donné à chacune le nom de lobe. Voyez Lobe.

En éloignant un peu ces deux portions du cerveau l’une de l’autre, on observe la surface d’un corps blanc nommé corps calleux. Voyez Corps Calleux.

Si on enleve adroitement de chaque portion tous les sillons mêlangés de la substance tant cendrée que médullaire, jusqu’à ce qu’on n’observe plus que la médullaire, on formera sur les parties latérales du corps calleux deux convexités médullaires de figure ovalaire, qu’on nomme centre ovale : en coupant ces convexités tout le long du corps calleux, & à quatre ou cinq lignes de distance de ce même corps, on découvre deux cavités, une de chaque côté, nommées ventricules antérieurs, séparées l’une de l’autre par une membrane médullaire qui regne tout le long de la partie moyenne de la face inférieure du corps calleux, & à laquelle on a donné le nom de septum lucidum. Voyez Centre, Ventricule, &c.

Les deux lames médullaires dont le septum lucidum est formé, finissent antérieurement par deux productions qui sont fort près l’une de l’autre, & en arriere par deux autres plus sensibles qui s’écartent vers les côtés, en formant de petites bandelettes sur un corps qui a la figure d’un ver à soie en nymphe, & qui suit la corne inférieure des ventricules ; on les nomme cornes d’ammon, & la partie du ventricule dans laquelle ils se rencontrent, sinus bonbycinus, ou sinus du vers à soie. Voyez Corne & Sinus.

Toute l’étendue du bord inférieur du septum lucidum, porte le nom de voute à trois piliers. Voy Voûte.

La surface inférieure du plancher triangulaire formé par la voûte à trois piliers, est toute remplie de lignes médullaires, transverses & saillantes. Les anciens ont donné le nom de psalloïdes & de lyre à cet espace, à cause de ces fibres. Le plexus choroïde est sous la lyre, & suit les cornes d’ammon.

Cette voûte étant levée avec le plexus choroïde, on trouve quatre éminences dans les ventricules latéraux ; antérieurement on en voit deux en forme de cone ou de larme de Hollande, on les nomme les corps cannelés ; les deux autres éminences sont les couches des nerfs optiques ; ces couches se touchent, mais de façon qu’elles laissent un trou antérieurement & postérieurement ; l’antérieur a été appellé vulva, & le postérieur, l’anus : en écartant les couches des nerfs optiques, l’un & l’autre de ces deux trous disparoissent, & on apperçoit dans le fond le troisieme ventricule. Voyez Corps cannelés, Vulva , &c.

Derriere le troisieme ventricule se trouve un petit corps glanduleux, nommé glande pinéale ; & au-dessous de cette glande les tubercules quadri-jumeaux, dont les supérieurs ont été appellés nates, & les inférieurs testes. Voy. Glande pinéale, Nates , &c.

Dans le troisieme ventricule est l’ouverture de l’infundibulum, ou de l’entonnoir qui va à la glande pituitaire ; postérieurement l’aquéduc de Sylvius, qui aboutit au quatrieme ventricule, dans la partie inférieure duquel est une scissure parallele à l’axe : sous les nates & testes est la grande valvule du cerveau, qui est de substance médullaire. V. Infundibulum, Aquéduc, &c.

Quatre gros troncs d’arteres, les deux carotides internes & les deux vertébrales, se distribuent au cerveau, & font voir dans leur distribution, dans leur direction, & par leurs fréquentes communications, combien la nature a pris de mesures pour que rien ne s’opposât à la séparation d’un fluide, que les fonctions nobles auxquelles il est destiné font regarder comme le plus subtil ; c’est le suc nerveux. Voyez Carotide, & Nerveux Voyez aussi nos Planches d’Anatomie.

Le sang est rapporté du cerveau par des veines qui prennent naissance de plusieurs petites artérioles rouges du cerveau, & se réunissant en de plus gros rameaux enveloppés par la pie-mere, viennent s’ouvrir de différentes façons dans les sinus de la dure-mere, pour passer dans les jugulaires, & dans beaucoup d’autres petites veines qui s’y rendent de même.

Tous les Anatomistes en général conviennent que l’homme a plus de cerveau, proportion gardée, que tous les autres animaux, que le bœuf, le cheval, &c.

L’imagination voulant suppléer à ce qu’on ne pouvoit appercevoir, a enfanté divers systèmes sur la structure du cerveau, sur-tout celui de Malpighi & celui de Ruisch.

Malpighi croyoit que la substance corticale étoit composée de glandes, que la petitesse & la nature muqueuse & transparente du cerveau ont dérobées aux microscopes mêmes de Marthall, qu’il préféroit à tous ceux de Leuwenhoeck ; & c’est par leur secours qu’il voyoit cette substance élevée en petites éminences. Quand on fait cuire un cerveau, sa substance s’éleve en molécules semblables à des glandes : on découvre, par le moyen de l’encre qu’on jette sur la substance corticale, de petites élévations séparées par de petites fentes. Le cerveau pétrifié présente une surface couverte de petits globules ; il sort par les ouvertures qu’on fait au crâne une matiere fongueuse, qui a quelque chose de la glande : les parties externes du cerveau se changent par une hydropisie en de petites spheres ; toutes ces raisons ne prouveroient-elles pas que la substance du cerveau est glanduleuse ?

Ruisch n’a cependant pas été convaincu par ces preuves que la substance corticale soit glanduleuse ; il a cru au contraire que tout le cerveau n’est qu’une continuation des arteres qui se replient diversement, & qui vont ensuite former les nerfs par leurs extrémités.

Ces deux auteurs different donc en ceci : Malpighi admet entre l’extrémité des vaisseaux qui forment la substance corticale, & l’extrémité de ceux qui forment la médullaire, des follicules glanduleux : Ruisch au contraire prétend que les extrémités des vaisseaux de la substance corticale sont continues aux extrémités des vaisseaux de la médullaire : mais ni l’un ni l’autre système n’est appuyé d’assez fortes raisons pour nous faire décider en faveur de l’un plûtôt que de l’autre : nous renvoyons à l’article Dure-mere, la fameuse question sur son mouvement & sur celui du cerveau ; & à l’article Esprit, celle des esprits animaux.

Quoi qu’il en soit, les Philosophes regardent le cerveau comme l’organe de nos pensées. M. Astruc va plus loin : il prétend rendre raison des phénomenes du raisonnement & du jugement, par l’analogie qu’il suppose entre les fibres du cerveau & celles des instrumens de musique. Selon lui, c’est un axiome que chaque idée simple est produite par l’ébranlement d’une fibre déterminée ; & que chaque idée composée est produite par des vibrations isochrones de plusieurs fibres ; que le plus grand ou le moindre degré d’évidence fait le plus grand ou le moindre degré de force de l’ébranlement des fibres.

Mais toutes ces choses sont si peu démontrées, qu’il paroît inutile de s’y arrêter : il n’en est cependant pas moins vrai que ce qu’on peut entrevoir dans les nerfs & dans la structure du cerveau, nous présente par-tout une industrie merveilleuse. Je ne craindrai donc point de déplaire à mon lecteur, en ajoûtant ici l’explication des différens phénomenes qui sont liés au détail que nous allons donner sur les vûes de la nature.

1°. Le cerveau & le cervelet sont les reservoirs où se filtre la matiere qui porte le mouvement par tous nos membres ; & voici des expériences qui prouvent que le sentiment & le mouvement ont leur principe dans la substance médullaire.

1°. La moelle du cerveau comprimée par quelque cause que ce puisse être, par le sang, par la sérosité, par des hydatides, par l’applatissement méchanique des os du crane, par la concussion, par la commotion, &c. on tombe en apoplexie ; 2°. la moelle du cerveau piquée, déchirée, donne des convulsions horribles ; 3°. la moelle du cerveau & celle de l’épine produisent la paralysie des parties qui leur sont inférieures, soit que ces substances soient blessées, coupées ou comprimées ; par conséquent il étoit de nécessité absolue qu’il n’arrivât point de compression dans ces endroits ; c’est pour cela que le cerveau est divisé en deux parties, qui sont soûtenues par la faux, quand nous sommes couchés, & quand la tête reçoit quelque mouvement latéral ; de même les lobes postérieurs sont soûtenus par la fente, afin qu’ils ne tombent point sur le cervelet. Les ventricules servent encore à empêcher les compressions ; le cerveau pressé d’un côté, peut céder du côté de ces cavités qui sont toûjours arrosées d’une liqueur qui se filtre dans le plexus coroïde : la nature, dans cette vûe, a formé une boîte ronde pour enfermer le cerveau ; cette figure fait que le crâne ne peut s’enfoncer que difficilement. Quant à la moelle de l’épine, elle a un rempart dans le canal des vertebres.

2°. Les veines n’accompagnent point les arteres, de peur qu’elles ne soient comprimées par ces arteres lorsqu’elles se gonflent dans les grands mouvemens. Les réservoirs veineux sont d’une structure singuliere, & leur section présente en général une figure curviligne : ils sont formés & creusés entre les deux lames de la dure-mere, qui leur donne une forte gaine ; ils sont outre cela renforcés par différens moyens : c’est ainsi qu’il y a dans leur cavité des fibres transversales qui font l’office de poutres, joignent les parties opposées, & résistent à leur distension. Voyez combien de précautions la nature a prises pour que les veines du cerveau ne se rompissent point toutes les fois que le sang s’arrête, comme en retenant son haleine, en faisant de grands efforts, en toussant, en éternuant, en riant, &c. Les arteres & les veines du cerveau ont des directions différentes, & communiquent toutes les unes avec les autres, les arteres avec les arteres, les veines avec les veines, un nombre infini de fois ; parce que dans le premier cas il eût été dangereux qu’elles ne se formassent un obstacle mutuel en passant par le même trou ; & dans le second, que le sang ne pût trouver d’issue, sa route directe étant embarrassée.

3°. Les nerfs qui sortent du côté gauche, vont ou paroissent aller du côté droit, & ceux qui sortent du côté droit, se distribuent ou paroissent se distribuer au côté gauche ; & ce n’est que par ce moyen qu’on peut expliquer pourquoi le cerveau étant vivement affecté d’un côté, les parties de l’autre côté correspondantes à celles auxquelles les nerfs de cette partie affectée du cerveau se distribuent, se trouvent paralytiques.

4°. Si l’on comprime le cerveau, ou qu’on le coupe jusqu’à sa substance médullaire, l’action volontaire des muscles est interrompue, la mémoire & le sentiment s’éteignent, mais la respiration & le mouvement du cœur subsistent. Quant au cervelet, si l’on fait la même chose, la respiration & le mouvement du cœur cessent : de-là il s’ensuit que les nerfs destinés au mouvement volontaire partent du cerveau, & que les nerfs d’où dépendent les mouvemens spontanés sortent du cervelet : il est donc en sûreté de toutes parts, de même que les arteres vertébrales qui lui fournissent du sang, parce qu’elles montent par les trous des apophyses transverses du cou.

5°. Les maladies de la tête dépendent toutes de la compression & de l’irritation : la douleur de la tête est causée par le sang qui ne peut passer librement, & qui par-là cause un grand battement dans les arteres ; aussi trouve-t-on dans les dissections des cadavres de ceux qui ont été sujets à ces maux, les vaisseaux extrèmement distendus, & remplis d’un sang noirâtre : si le gonflement s’augmente jusqu’à causer une grande compression, l’apoplexie surviendra ; car alors le suc nerveux ne pourra plus être poussé dans les nerfs qui servent au mouvement volontaire ; tandis que cette pression ne s’étendra plus jusqu’au cervelet, la respiration & le mouvement du cœur subsisteront. Pour l’épilepsie, elle ne differe dans sa cause de l’apoplexie, qu’en ce que la pression ne se fait pas de même : supposons qu’une artere forme un anévrisme, cette artere gonflée battra extraordinairement, & par ses battemens fera couler avec force le suc dans les nerfs ; il surviendra donc des convulsions extraordinaires. La même chose peut arriver par des varices ; car ces varices comprimeront les arteres voisines, qui par-là se gonfleront, & battront fortement. On voit de-là que l’apoplexie pourra succéder à l’épilepsie. La paralysie suit souvent les maladies dont nous venons de parler : mais elle peut avoir encore d’autres causes, comme on le peut voir à l’article Paralysie.

6°. Dans ceux qui sont morts de ces maladies, on trouve beaucoup de sérosité extravasée dans le cerveau.

7°. On voit que les nerfs qui sont les canaux du cerveau, se distribuent dans les muscles pour y porter le mouvement ; mais il y a plus de branches à proportion dans les plexus qui suivent les arteres, parce qu’ils ont besoin d’un grand mouvement pour pousser le sang.

8°. Enfin, les nerfs sont les seuls corps sensibles : mais d’où vient que le cerveau dont ils sortent ne l’est point, ou ne l’est que très-peu ? Comme cela dépend des lois de l’union de l’ame avec le corps, on n’en peut donner aucune raison. Voyez Nerf, Anatomie d’Heist. avec des Ess. de Phys. &c.

Quant au siége de l’ame, les auteurs se sont accordés à la placer dans une seule partie du cerveau, de peur qu’un siége à chaque lobe ne supposât une double sensation : ainsi les uns ont mis l’ame, c’est-à-dire, le premier principe de nos sensations & de nos pensées, dans la cloison transparente ; Descartes & ses sectateurs ont voulu qu’elle habitât la glande pinéale ; Lancisi l’a placée dans le corps calleux ; Vieussens a adopté cette opinion ; Possidonius parmi les anciens, Willis chez les modernes, ont distribué les diverses facultés de l’ame en différentes parties du cerveau propres à chacune : mais rien jusqu’ici n’a pû nous découvrir où sont ces prétendus départemens. Le cerveau qui peut être considérablement blessé, sans beaucoup perdre de l’usage des sens, montre bien quelle est l’étendue du sensorium commune.

Certaines observations semblent laisser en doute si le cerveau est une partie absolument nécessaire à la vie. Il y a plusieurs exemples anatomiques d’animaux qui ont survécu à la perte de cette partie. Nous avons l’histoire d’un enfant qui naquit à terme dans la ville de Paris, qui n’avoit ni cerveau ni tête, & au lieu de ces deux parties il avoit une masse de chair de couleur semblable au foie. M. Denys rapporte un autre exemple d’un enfant qui naquit en 1573, qui étoit assez bien formé, à l’exception de la tête qui n’avoit ni cervelle, ni cervelet, ni moelle allongée, ni aucune cavité propre à les contenir : le crane, si on peut l’appeller ainsi, étoit solide, & n’avoit aucune liaison avec les vertebres ; de sorte que la moelle de l’épine n’avoit aucune communication avec la tête. M. Leduc donne un troisieme exemple en 1695, d’un sujet qui fut trouvé sans cerveau, sans cervelet, sans moelle allongée, & même sans moelle de l’épine ; la cavité qui auroit dû les contenir étant extrèmement petite, & remplie d’une substance livide, blanchâtre, & semblable à du sang coagulé : il ajoûte que c’est le troisieme sujet qu’il avoit trouvé de cette façon. M. Duverney croit que cette substance étoit une moelle de l’épine, quoiqu’elle n’en eût point la consistance : en un mot il la regarde comme un cerveau même, semblable à celui qui est dans le crane, plus nécessaire à la vie, & plus sensible que le cerveau & le cervelet ; puisqu’une blessure ou une compression dans la moelle épiniere est toûjours mortelle, & qu’il n’en est pas de même du cerveau, comme il paroît par les observations rapportées par MM. Duverney & Chirac ; le premier desquels ôta le cerveau & le cervelet d’un pigeon, qui malgré cela vécut, chercha sa nourriture, & s’acquitta de toutes ses fonctions. M. Chirac a ôté la cervelle de la tête d’un chien, qui vécut, mais qui mourut dès qu’on lui eut ôté le cervelet : cependant il remarque qu’en soufflant dans les poumons de l’animal, il le fit vivre pendant une heure après la perte de cette derniere partie. Le même observe qu’après avoir séparé la moelle allongée de la moelle épiniere d’un autre chien, & après lui avoir ôté la cervelle & le cervelet, l’animal vécut en lui soufflant dans les poumons. On peut ajoûter à cela divers exemples rapportés par M. Boyle, non-seulement d’animaux qui ont vécu après la séparation de leurs têtes d’avec leurs corps, mais même de la copulation & de l’imprégnation de plusieurs insectes après ces différentes circonstances : d’où il s’ensuivroit que la moelle épiniere seroit suffisante pour la sensation, le mouvement, & la secrétion des esprits animaux, &c.

Le cerveau a différentes proportions dans divers animaux. Il n’est pas grand dans les oiseaux à proportion du corps : cette proportion est beaucoup plus petite dans le bœuf & dans le cheval. Le singe, animal rusé & adroit, a un grand cerveau. Les animaux ruminans en ont moins que l’homme, mais plus que les autres brutes ; comme on le voit en comparant les cerveaux de la chevre, de l’élan, avec ceux du lion & du linx. Il est petit dans les animaux qui se battent ; car ils ont des muscles temporaux fort épais qui étrécissent leur crane, en comprimant sous la forme d’un plan incliné & cave, les côtés que nous avons ronds & saillans en-dehors. On a donc raison de dire qu’un petit cerveau est la marque non de l’imbécillité, mais de la férocité. Ce viscere est beaucoup plus petit dans les poissons que dans les quadrupedes ; le requin qui pese trois cents livres, n’a pas trois onces de cervelle : elle est copieuse dans les especes qui paroissent plus rusées, telle que le veau marin. C’est si peu de chose dans les insectes, qu’on ne peut savoir ce qui fait le cerveau : on ne voit que la moelle de l’épine seule, qui paroît dégénérer uniquement dans les nerfs optiques : dans l’éphémere, l’escarbot, l’abeille, le cerveau n’est au plus qu’une petite particule pas plus grosse qu’un ganglion de la moelle épiniere, comme dans la chenille, dans l’hermite, dans les vers à soie. L’homme le plus prudent des animaux a le plus grand cerveau ; ensuite les animaux que l’homme peut instruire ; & enfin ceux qui ont très-peu d’idées & des actions de la plus grande simplicité, ont le plus petit cerveau. Mais est-on robuste, eu égard à la quantité du cervelet ? cela est vraissemblable : l’expérience nous manque cependant ici ; ce qu’il y a de certain, c’est que l’homme fait pour avoir tant d’idées, n’eût pû les contenir dans un plus petit cerveau. (L)

Cerveau, terme de Fondeur de cloches : Le cerveau d’une cloche est la partie supérieure à laquelle tiennent les anses en-dehors, & l’anneau du battant en-dedans. Cette partie de la cloche a la forme à-peu-près semblable à celle de la partie de la tête des animaux qui renferme la cervelle. C’est la raison pour laquelle on lui a donné le nom de cerveau.

La largeur du cerveau dépend de la longueur du diametre de la cloche. La regle est de lui donner sept bords & demi de diametre, c’est-à-dire la moitié du diametre de l’ouverture inférieure de la cloche. A l’égard de son épaisseur, elle est ordinairement d’un corps ou d’un tiers de l’épaisseur du bord. Mais afin que les anses soient plus solides, on fortifie le cerveau par une augmentation de matiere, qui a aussi un corps d’épaisseur, & qu’on appelle l’onde ou la calotte. Voyez la figure 1. de la Fonderie des cloches, & l’article Fonte des Cloches.

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Étymologie de « cerveau »

Bourguig. çarvéa ; provenç. cervel, servel ; catal. cervell ; ital. cervello ; bas-lat. cervellus ; du latin cerebellum, diminutif de cerebrum. L'ancien français est : au singulier, nominatif li cervels, li cerveax, régime le cervel ; au pluriel, nominatif li cervel, régime les cervels, les cerveax.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Du moyen français cerveau, cervel, de l’ancien français cervel, du latin cerebellum (« petite cervelle »), diminutif de cerebrum (« cerveau »).
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « cerveau »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
cerveau sɛrvo

Évolution historique de l’usage du mot « cerveau »

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.

Citations contenant le mot « cerveau »

  • Le nez ne sent pas le cerveau pourri. De Lelung Chebai Dorje / Autobiographie
  • Le sexe est le cerveau de l'instinct. De André Suarès / Voici l'Homme
  • Un cerveau bien soigné ne se fatigue jamais. De Jules Renard / Journal
  • La pensée des bras vaut bien la force du cerveau. De David Gilbert / Presqu'il
  • Lorsque les mains sont liées, la rage monte au cerveau. De Oskar Panizza / Ecrits de prison
  • Un cerveau vide est la boutique du diable. De Proverbe anglais
  • Notre cerveau est une éponge qui s’imbibe de suggestions. De Francis Picabia / Jésus-Christ rastaquouère
  • La poésie est une maladie du cerveau. De Alfred de Vigny / Stello
  • On ne mordra jamais assez dans son propre cerveau. De Tristan Tzara / Littérature - Mai 1921
  • L'âme humaine placée dans le cerveau de l'huître, y acquerrait-elle jamais des notions de morale et de métaphysique ? Charles Bonnet, Essai analytique sur les facultés de l'âme
  • Il y a des écrivains chez lesquels la pensée semble une moisissure du cerveau. Remy de Gourmont, Des pas sur le sable, Société littéraire de France
  • L'amour tue l'intelligence. Le cerveau fait sablier avec le cœur. L'un ne se remplit que pour vider l'autre. Jules Renard, Journal, 23 mars 1901 , Gallimard
  • Les pensées métamorphosent le cerveau lui-même. De Stanislaw Jerzy Lec / Nouvelles pensées échevelées
  • Déboutonnez votre cerveau aussi souvent que votre braguette. De Anonyme
  • Tout persécute nos idées, à commencer par notre cerveau. De Emil Michel Cioran
  • Un cerveau plein de paresse est l’atelier du diable. De Proverbe italien
  • Un gourmet, c’est un glouton qui à un cerveau. De Phillip H. Haberman
  • Mon cerveau ? C’est mon second organe préféré. De Woody Allen / Sleeper
  • "Avoir la boule au ventre" quand on est stressé : ce n'est pas qu'une expression, le cerveau contrôle bien l'activité de l'estomac. Des chercheurs viennent de découvrir comment. Sciences et Avenir, Comment le cerveau parle à l’estomac - Sciences et Avenir
  • Je ne suis ni expert du cerveau, ni médecin, juste un petit biologiste. Avec cependant une certaine sensibilité pour cet organe mystérieux, j’ai vu beaucoup de maladie du cerveau, neurodégénérative comme Alzheimer et Parkinson, ces maladies qui détruisent l’identité des personnes et les font mourir dans une spirale de détresse et de solitude ; des schizos errants dans la rue, qui voulaient blesser des quidams, seuls contre tous ; des dépressifs dans les services psy, suicidaire depuis 30ans ; des traumatisés ; des bipolaires fatigués. Mais j’ai vu aussi des patients guérir, des baises-mains, des mercis, des larmes au yeux, des toxicos sevrés car ils n’avaient plus peur de qui ils étaient. La psychiatrie c’est tout ça pour moi. Dans une normalité pourtant si floue, les délires des uns sont la réalité des autres. Club de Mediapart, Le cerveau, un astre électrique | Le Club de Mediapart
  • Issue du CNRS, la jeune biotech lyonnaise maîtrise la reproduction, à partir de cellules souches reprogrammées, de réseaux neuronaux de différentes parties du cerveau impliquées dans les maladies neurodégénératives. Netri, qui cherche à lever des fonds d'ici à fin 2020, mène notamment un programme de tests diagnostics avec les Hospices Civils de Lyon. Les Echos, Netri recrée des cerveaux miniatures pour maîtriser les troubles cognitifs | Les Echos
  • La carte cérébrale de la créativité se dessine un peu plus chaque jour grâce à l'imagerie médicale moderne. Fini le temps où la Muse susurrait à l'oreille du poète ses vers les plus doux, le siège de la créativité se trouve désormais dans le cerveau. Science-et-vie.com, La créativité se voit-elle dans le cerveau ? - Science & Vie
  • Manger n’est pas qu’affaire de digestion, d’intestin, d’estomac… C’est aussi, souvent, une question de faim, d’écœurement ou de gourmandise. À la différence d’autres fonctions essentielles comme la respiration – qui se déroule en continu et principalement indépendamment de notre volonté –, s’alimenter est une activité régulière mais ponctuelle, que nous avons l’impression de contrôler consciemment et qui est susceptible de nous procurer du plaisir. Bref, décider qu’il est temps de se mettre à table ou de la quitter, avoir envie de tel ou tel plat, est l’affaire du cerveau. Celui-ci joue un rôle majeur dans la gestion de l’appétit en combinant les informations venues de nos sens, de notre mémoire, du système digestif et de tout l’organisme sur ce qui nous manque, ce qui nous fait envie et sur le contenu nutritif de ce qu’on a ingéré. CNRS Le journal, Comment le cerveau gère notre appétit | CNRS Le journal
  • Le langage des neurones. Les neurones échangent des informations électriques et chimiques via leurs points de contact, les synapses. Mais quelles informations ? Décrypter ce langage est ardu, ne serait-ce que parce que notre cerveau contient la bagatelle de 100 milliards de neurones capables d'établir chacun de 50 000 à 500 000 synapses. Cependant, la biologie moléculaire et l'imagerie cérébrale lèvent un pan du voile. Les premiers atlas des grandes connexions cérébrales viennent de sortir, le rôle de certaines protéines dans la transmission synaptique est démontré et on a découvert le réseau cortical de la syntaxe. , Le cerveau | larecherche.fr

Traductions du mot « cerveau »

Langue Traduction
Anglais brain
Espagnol cerebro
Italien cervello
Allemand gehirn
Portugais cérebro
Source : Google Translate API

Synonymes de « cerveau »

Source : synonymes de cerveau sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « cerveau »

Partager