La langue française

Prix

Sommaire

  • Définitions du mot prix
  • Étymologie de « prix »
  • Phonétique de « prix »
  • Citations contenant le mot « prix »
  • Images d'illustration du mot « prix »
  • Traductions du mot « prix »
  • Synonymes de « prix »

Définitions du mot prix

Trésor de la Langue Française informatisé

PRIX, subst. masc.

I. − [Prix désigne une valeur monétaire]
A. −
1. Somme d'argent contre laquelle s'échange un bien ou un service. Prix au kilo, au litre; prix de gros, de détail; prix abordable, attractif, conseillé, excessif, exorbitant, fabuleux, indicatif, modique, moyen, prohibitif, sacrifié; prix marqué; prix écrasés, réduits, serrés; prix d'avant-saison, de lancement, de soldes; à bas prix, à moitié prix. Une belle et grande excursion à prix réduits, de Paris dans le centre de la France et aux Pyrénées (Mallarmé, Dern. mode,1874, p.741).La revue peut atteindre sans grand inconvénient un prix assez élevé, au lieu que le journal doit se vendre le moins cher possible (Civilis. écr.,1939, p.50-4).
2. Somme d'argent convenue entre celui qui propose et celui qui acquiert un bien ou un service. Prix à débattre, du loyer, du fermage; dire, faire son prix. −Je viens vous offrir une petite chronique d'actualité, −un peu leste, naturellement... −Cela va sans dire. Venons au fait. Votre prix serait de combien la ligne? (Villiers de L'I.-A., Contes cruels,1883, p.47).Les maîtres répétiteurs qui se proposent demandent des prix exorbitants; ou, quand leurs prix sont acceptables, c'est eux-mêmes qui ne le sont pas (Gide, Faux-monn.,1925, p.1124).
3. Locutions
a) [Prix corresp. à un chiffre fixé]
Prix clefs en main (en partic., dans le domaine des automobiles). Prix qui comprend le prix toutes taxes comprises (les frais de transport, les frais de mise en vente, les plaques d'immatriculation) (d'apr. Consommateurs actualité, 24 janv.. 1986). La Renault 30 TS n'est pas conçue pour les autres, mais pour eux. Pour vous, peut-être, si vous souhaitez ressentir −un peu en égoïste −le plaisir discret du six cylindres. Prix clés en main 39.800 F. au 5-1-76 (L'Express,9 févr. 1976, p.14).
Prix fixe. Prix invariable, fixé par le producteur ou le vendeur. P. méton. Magasin, restaurant où l'on pratique des prix fixes. Un restaurateur est celui (...) dont les mets se détaillent en portions à prix fixe, sur la demande des consommateurs (Brillat-Sav., Physiol. goût,1825, p.282).Il avait lié connaissance avec une petite gosse qu'il avait invitée dans un prix fixe à cent sous (Aragon, Beaux quart.,1936, p.278).
Prix initial, mise à prix. Premier prix proposé dans une vente publique aux enchères. La mise à prix était de 50.000 francs; elle fut couverte par M. le Vicomte de Montmorency, qui seul osa mettre une surenchère de cent francs (Chateaubr., Mém.,t.3, 1848, p.24):
1. On ne comprenait rien à ses paroles, sinon le chiffre final de la mise à prix. Son métier étant de crier, il criait, consciencieux, tant qu'il pouvait et faisait, tout au long de l'enchère, du bruit avec sa langue. Inlassablement, il répétait, jusqu'à offre plus forte, le prix atteint... Hamp, Marée,1908, p.23.
Prix de journée. Somme forfaitaire due pour chaque journée dans un établissement de soins ou de prévention. Aux termes de la réglementation actuelle, il convient de fixer un prix de journée spécial pour chacune des sections suivantes: médecine, chirurgie, convalescence, hospice (Organ. hospit. Fr.,1957, p.25).
Prix imposé. Prix comprenant une marge bénéficiaire imposée. L'été, ce qui marchait bien, c'étaient les chapeaux de pêche, en paille non bordée; ça ne rapportait guère, bien qu'il n'y eût pas de prix imposé (Aragon, Beaux quart.,1936, p.13).
Prix libre. Prix fixé par le producteur ou le vendeur. Chaque kolkhozien peut vendre librement le surplus non consommé de la production de son jardin ou de son petit élevage: il existe ainsi plus de 8000 marchés kolkhoziens aux prix libres (Lesourd, Gérard, Hist. écon.,1966, p.452).
Prix marchand. Prix pratiqué entre marchands. Entre eux, antiquaires et brocanteurs s'accordent des réductions. C'est ce que l'on appelle «le prix marchand» (Jean-Charles, La Foire aux antiquités,Paris, Presses de la Cité, 1985, p.95).
Prix plafond*. Prix plancher. V. plancher1II B 1 ex. de Perroux.
Prix de réserve. Somme minimale désignée par le vendeur au commissaire-priseur, pour la vente d'un objet aux enchères publiques. Lorsqu'il s'agit d'une pièce importante, le vendeur a intérêt à fixer un prix de réserve. Normalement c'est à ce prix que devraient débuter les enchères. En réalité, elles commencent la plupart du temps en dessous (Jean-Charles, La Foire aux antiquités,Paris, Presses de la Cité, 1985p.152).
Mettre à prix, mise* à prix. Vendre, vente (généralement aux enchères) pour une somme d'argent. (Dict. xxes.).
Mettre à prix la tête de qqn. Faire rechercher quelqu'un en promettant une somme d'argent à celui qui le livrera mort ou vif. Sur l'autre battant était affichée une large pancarte: c'était mon signalement et ma tête mise à prix (Janin, Âne mort,1829, p.101).
b) [Prix est une valeur monétaire non précisée]
Prix d'ami*.
Prix fou. Prix très élevé, très coûteux. Hors de prix. Synon. de inabordable.Je viens enfin de recevoir ta boîte de compas! Tu es archi-fou (...). Je suis ta danseuse, ton écurie, ta collection, je te reviens à des prix fous! (Valéry, Corresp.[avec Gide], 1895, p.252):
2. Oui, j'ai cru remarquer, tu m'as insinué, (...) Que ton regard, disais-je, allait de préférence Aux hommes de carrée et de ronde apparence, Plutôt qu'aux freluquets à l'air godiche ou sec, N'ayant pour eux que gros cigares, chers, au bec, Et qu'insipides fleurs, hors de prix, en façade Au revers de leur bel habit terne et maussade Verlaine, OEuvres compl.,t.3, Élégies, 1893, p.51.
À prix d'argent (vieilli). Avec de l'argent. [Le roi] n'oublia pas de faire soigneusement rechercher les saintes reliques que les gens d'armes avaient profanées et dispersées. On en racheta même quelques unes à prix d'argent (Barante, Hist. ducs Bourg.,t.4, 1821-24, p.4).
À prix d'or. Pour une grosse somme d'argent. La plupart de ses petits tableaux [de Teniers], qu'on se dispute à prix d'or, ne lui coûtaient qu'une après-dînée (Gautier, Guide Louvre,1872, p.136).
(Au) prix fort. (Au) prix sans rabais. Le prix fort sous-entend qu'un rabais est d'usage (Lar. comm.1930).
(À) un bon prix. (À) un prix avantageux (pour celui qui achète ou celui qui vend). Ceux qui connaissent les incantations efficaces dans les difficultés de l'existence les vendent à un bon prix (Lowie, Anthropol. cult.,trad. par E. Métraux, 1936, p.308).Bien des gens (...) eussent pourtant consenti à les payer [des véhicules] un bon prix (P. Rousseau, Hist. transp.,1961, p.474).
(À) un vil prix. (À) un prix très bas. La concurrence outrée, qui réduit les salaires au plus vil prix (Fourier, Nouv. monde industr.,1830, p.8).Il vendit (à vil prix) un assez beau presse-papier en argent, qu'il avait, et avec la somme leur fit envoyer des cigarettes (Montherl., Célibataires,1934, p.765).
Être dans les prix de qqn. Être financièrement abordable. Bocardon: Qu'est-ce que ça coûte le rouleau? Colombot: Trois francs soixante-quinze. Bocardon: C'est dans mes prix (Labiche, Célimare,1863, ii, 6, p.59).
De prix. Qui vaut cher. [Les vieux bahuts] contenaient les dentelles, les corps de jupe, les hauts cols, les robes de prix (...) toutes les inventions de la coquetterie du seizième siècle (Balzac, Enf. maudit,1831, p.336).Avoir un instrument de prix n'est certainement pas à la portée de tout le monde (Lallement, Dyn. instrum. archet,1925, p.14).
B. − ÉCONOMIE
1. Expression monétaire de la valeur d'un bien ou d'un service (à un moment donné). Calcul, théorie des prix; baisse, contrôle, décélération, dérapage, évolution, fixation, fluctuation, hausse, libération, réajustement, stabilisation des prix; casser les prix; éléments constitutifs du prix. Quand les démocrates les plus ardents proposèrent à la Convention de fixer par la loi le prix des denrées, la Convention fut d'abord prise de scrupule (Jaurès, Ét. soc.,1901, p.229).Le billet de banque; il a pour prix conventionnel celui que fixe notre consentement mutuel, mais il permet les échanges rapides et incontestés (Huyghe, Dialog. avec visible,1955, p.29):
3. La grande firme vend des produits intermédiaires aux autres firmes à un prix unitaire plus bas. La conséquence est, toutes autres choses égales, une possibilité ouverte aux autres firmes d'abaisser leurs propres prix, c'est-à-dire, d'échelons en échelons verticaux, de satisfaire leurs clients à plus bas prix. Perroux, Écon. XXes.,1964, p.201.
2. Loc. Prix courant*, coûtant*, net*; prix toutes taxes comprises (v. taxe); blocage*, indice* des prix.
Prix d'appel. Prix bas établi sur un produit connu pour attirer la clientèle. Les fabricants d'électroménager, ou même d'articles de sport (...) se heurtent à un développement anarchique des «prix d'appel» dans les grandes surfaces non spécialisées. Le mécanisme est simple: la grande surface «casse» les prix de quelques produits de forte notoriété pour attirer le client et réaliser des profits dans d'autres secteurs (L'Express,8 août 1977, p.50, col. 1).
Prix d'équilibre. Prix établi par la loi de l'offre et de la demande. On ne se demande plus si (...) le prix d'équilibre qui règle tout, ne s'établit pas moyennant la destruction et la détérioration d'êtres humains (Univers écon. et soc.,1960, p.4-4).
Prix fait. Prix convenu. Les maçons, charpentiers, serruriers, et autres ouvriers qui font directement des marchés à prix fait, sont astreints aux règles prescrites dans la présente section (Code civil,1804, art. 1799, p.326).
Prix garanti. Prix minimum d'achat au producteur fixé par loi. L'office du blé −organisme sous contrôle de l'État, qui assure aux agriculteurs un prix garanti dans le cadre d'un contingentement (Debatisse, Révol. silenc.,1963, p.96).
Prix de revient. Coût total d'un bien ou d'un service. Pour abaisser le prix de revient, il faudrait logiquement produire davantage: autrement, la baisse se porte sur les salaires (Zola, Germinal,1885, p.1311).La détermination des prix de revient consiste à distribuer, par imputation ou répartition, les frais (...) entre les comptes ouverts au moment du lancement des commandes (Villemer, Organ. industr.,1947, p.219).
Prix d'achat. Prix auquel on achète une marchandise afin de pouvoir la revendre transformée ou non. Les prix d'achat des produits ou des matières premières figurent dans les factures (Pethoud, Organ. industr. et comm.,1931, p.157).
Prix de vente. Prix de revient augmenté de la marge bénéficiaire. Le prix de vente se marque comme je viens de le dire, mais le prix coûtant doit rester un mystère pour le client (Avenel, Calicots,1866, p.44).
Juste prix. Prix équitable. L'étude du dedans donnera lieu de considérer de plus près l'échange et la circulation des produits, la consommation au juste prix (A. France, Bergeret,1901, p.286).V. prisée ex. du Code civil.
Vérité des prix. Connaissance publique des prix réels. Le dialogue est un mot à la mode, en Occident aussi; et les sages économistes, ici et là, préconisent la concertation avec les syndicats, la «politique des revenus» et la «vérité des prix» (Le Nouvel Observateur,2 août 1976, p.33, col. 2).
SYNT. Prix du blé, du bois, du pain; moindre, nouveau prix; hausse, baisse des prix; prix à l'exportation, à la production; prix de la main-d'oeuvre, du travail; en matière de prix; tenir compte des prix; calcul du prix.
II. − Au fig. [Prix désigne une valeur monétaire ou une valeur d'un autre ordre]
A. −
1. Ce qu'il faut payer ou faire pour acquérir, obtenir quelque chose. Le prix de la gloire, du succès; au prix d'efforts. Oui, la gloire t'attend; mais arrête, et contemple À quel prix on pénètre en ses parvis sacrés (Lamart., Médit.,1820, p.147).Il semblerait même que l'on doive encourager, dans le domaine amoral des moyens, une certaine fantaisie, une marche capricieuse (...). Non seulement le charme de la vie est à ce prix, mais il existe des nonchalances, des paresses et des fantaisies fécondes (David, Cybern.,1965, p.41).
2. Locutions
Au prix de. En comparaison de. Les misères dont ils se choquent sont bien peu de chose au prix des erreurs où ils sont eux-mêmes tombés (Chateaubr., Mél. pol.,t.1, 1828, p.123).Il comprenait aujourd'hui que les plus flamboyantes imaginations ne sont rien au prix de la réalité toute nue (Richepin, MmeAndré,1879, p.309).Au moyen de. Synon. moyennant.N'est-ce pas forcer le langage des formes que l'obliger à exprimer un caractère, fut-ce au prix d'une incorrection? [à propos des formes créées par Rodin] (Hourticq, Hist. art,Fr., 1914, p.450).
À aucun prix. Pour aucune somme d'argent. Au fig. En aucune manière. Synon. pour rien au monde.L'âme d'un séminariste devrait n'être impatiente que du manque de jouissance et d'argent. Lui, bien différent, ne peut supporter le mépris à aucun prix (Stendhal, Rouge et Noir,1830, p.442).Ne montant à aucun prix à l'étage, même pas pour un million (Cendrars, Bourlinguer,1948, p.84).
À tout prix. Quel que soit le prix. Au fig. Coûte que coûte, à toute force. Cuvier avait la réputation d'aimer les petites filles et de s'en procurer à tout prix (Delacroix, Journal,1853, p.131).Un instinct aussi sûr que celui de la conscience m'avertissait qu'il fallait empêcher ce mariage à tout prix (Gide, Symph. pastor.,1919, p.903).
À n'importe quel prix. Quelle que soit la somme à payer. Non, non, accepter de penser que la faute était là, c'eût été accepter la pire de toutes les injustices, celle qui l'eût rejetée à jamais au néant. Et, révoltée, il lui arrivait de dire: «À n'importe quel prix, à n'importe quel prix!» (Daniel-Rops, Mort,1934, p.176).
Sans prix. Sans aucune valeur d'échange; au fig., très précieux. Synon. inappréciable, inestimable.Le chef-d'oeuvre le plus extraordinaire [le Chevalier de Malte], une peinture fraîche comme si c'était peint d'hier. Ça n'avait pas été touché. C'est sublime et sans prix (Balzac, Lettres Étr.,t.3, 1846, p.324).Quant à Caliban, c'est une brute, et sa stupidité fait sa force (...). Dans l'opposition, il est sans prix (A. France, Vie littér.,1890, p.297).Pendant plus de mille ans, en tout cas, les maîtrises avaient rendu à la musique un service sans prix (Enseign. mus., 1, 1950, p.4).
Payer, (y) mettre le prix. Payer cher. Au fig. Faire des efforts, des sacrifices nécessaires; se donner les moyens. Cette innombrable clientèle de spoliés qui ne peuvent mettre le prix à rien (Proudhon, Syst. contrad. écon.,t.1, 1846, p.156).Ils veulent que je sois médecin. Ils n'ont qu'à y mettre le prix (Aragon, Beaux quart.,1936, p.314):
4. Ils [des hommes] ont dit qu'il fallait continuer et que les forces du bien pouvaient toujours triompher des forces du mal à condition de payer le prix. Ils ont payé le prix. Et ce prix sans doute a été lourd, il a eu tout le poids du sang, l'affreuse pesanteur des prisons. Camus, Actuelles I,1944, p.23.
B. − Valeur affective, morale; importance que l'on accorde à quelque chose ou à quelqu'un. Le prix de la vie; donner du prix à qqc. Il paraît mettre un grand prix à votre approbation (Sénac de Meilhan, Émigré,1797, p.1607).[Il] se fatigue à guetter tous les points d'où pourra surgir l'attaque. Il s'exagère, par éducation, le prix de la logique (Vercel, Cap. Conan,1934, p.113):
5. Il entre dans la composition de ta substance mentale plus de 99 % d'images et d'impressions sans valeur. Et ajoute que les vues étranges, les pensées neuves et singulières tirent tout leur prix de ce vulgaire fond qui les fait remarquer. Valéry, Mauv. pens.,1942, p.7.
Attacher du prix à. Accorder de l'importance, de la valeur à. On voyait rôder plusieurs des officiers nouvellement venus, qui cherchaient à apercevoir l'empereur; ils y attachaient un prix infini (Las Cases, Mémor. Ste-Hélène,t.1, 1823, p.395).Bien que la tasse n'eût rien d'extraordinaire, Alphonsine y attachait un grand prix (Guèvremont, Survenant,1945, p.32).
Proverbe. Chacun vaut son prix. Il ne faut pas élever le mérite d'une personne au point de rabaisser celui des autres. Ah! Secouons enfin cette torpeur infâme Et soyons, non plus des pingouins, des colibris! Prouvons que nous valons encore notre prix (Verlaine, Poèmes div.,1896, p.173).
III. − P. méton. [Prix désigne une récompense]
A. − Vieilli. Ce par quoi l'on récompense un mérite. Ce traitement serait le prix de leur intelligence et de leur assiduité, comme le dividende sera le prix de leur confiance et de leurs fonds (Le Moniteur,t.2, 1789, p.366):
6. Hier, pour délivrer Durandal prisonnière, Je t'ai prêté Joyeuse. −Aujourd'hui, je fais mieux: Il faut à ton courage un prix plus glorieux; Je veux que Durandal désormais t'appartienne, Car la main de Roland la mettrait dans la tienne! La noble épée a soif du sang de l'étranger... Bornier, Fille Rol.,1875, IV, 3, p.105.
P. antiphr. De ta rébellion la mort serait le prix (Delille, Paradis perdu,t.2, 1804, p.373).Qui voudrait entrer ou rester dans les rangs d'une armée où un lâche abandon deviendrait le prix des services rendus? (Chateaubr., Corresp.,t.2, 1820, p.81).
B. −
1. Récompense décernée au terme d'une sélection, d'une compétition ou d'un concours au plus méritant, à celui qui se distingue parmi les concurrents. Prix de beauté; prix d'encouragement, d'excellence, d'honneur; concours doté de prix; attribuer, avoir, emporter, gagner, remporter le/un prix. Le prix de vertu de dix mille francs, fondé par feu M. de Montyon, est décerné à Atar-Gull Bernard-Augustin (Sue, Atar-Gull,1831, p.38).Race porcine, prix ex aequo: à MM. Lehérissé et Cullembourg; soixante francs! (Flaub., MmeBovary,t.1, 1857, p.171).Vingt-cinq francs, c'était le droit d'entrée pour faire partie des épreuves... dotées d'un prix de douze mille balles, première récompense décernée par le «grand jury des plus hautes sommités mondiales» (Céline, Mort à crédit,1936, p.471).
a) Domaine sc. et artist.Prix Fémina, Goncourt, Nobel, Renaudot; prix de l'Académie Française; prix du conservatoire; prix de la critique, du cinéma, de la chanson. Monsieur Grindot avait remporté le grand prix d'architecture, il revenait de Rome après un séjour de trois ans aux frais de l'État (Balzac, C. Birotteau,1837, p.97).[La société pour l'administration du droit de reproduction mécanique] a décerné le grand prix du disque français qui a couronné seulement une oeuvre classique et une oeuvre de «variétés» (Disque Fr.,1963, p.21).Supprimé par Malraux en 1971, le prix de Rome fut transformé en bourse de travail accordée à des peintres, des sculpteurs, des architectes, des musiciens, des historiens de l'art, des photographes, des cinéastes, des écrivains... (Le Nouvel Observateur,5 juill. 1985, p.60, col. 3).
b) Domaine scol.Ce qui récompense les meilleurs élèves, soit au sein d'un établissement (pour les résultats, la conduite), soit au terme d'un concours national dans une discipline. Distribution* des prix. Cinq premiers prix remportés dans les cinq classes du lycée. «Deux prix d'honneur au concours général avec tous les lycées et collèges de France» (Maupass., Contes et nouv.,t.1, Quest. du lat., 1886, p.566).Et le gamin de répondre du ton d'un élève d'une école laïque, déjà lauréat d'un prix de mémoire et de récitation et qui bataille pour le prix d'histoire (Verlaine, Souv. et fantais.,1896, p.265).
2. P. méton.
a) SPORTS. Compétition à l'issue de laquelle sont remis des prix. Nana, la pouliche, cette Nana qui s'était laissé battre honteusement dans le prix de Diane (Zola, Nana,1880, p.1380).C'est un prix important qui va être couru (Gyp, Souv. pte fille,1928, p.169).
Grand prix. [Nom d'importantes courses hippiques ou automobiles] Grand prix de Paris; ouvrir le Grand prix. Le pilote de la McLaren no2, chiffre détesté, a appris la méthode Lauda. «Pour être le numéro un, il faut marquer plus de points que les autres, pas forcément gagner plus de Grands Prix.» En 1984, il [Alain Prost] avait gagné sept courses et Lauda cinq (Le Nouvel Observateur,11 oct. 1985, p.62, col. 3).
b) Objet de la récompense. En partic. Livre de prix ou prix. Livre offert comme prix à un élève méritant. L'exemplaire porte une reliure de veau fauve (...). −Mon prix d'honneur! (...) Je l'ai obtenu en 1819 (A. France, Vie littér.,1888, p.321):
7. ... son enfance se réveillait, avec tout son goût amer, avec toute sa tristesse et tout son sérieux, à la seule vue de ses livres de prix des années précédentes. Oui, toute sa vie, il aurait des prix; toute sa vie, il sentirait la chaleur de ce cercle d'or posé sur lui. Larbaud, F. Marquez,1911, p.55.
c) Lauréat d'une épreuve. Ce soir sont venus de Paris dîner à Saint-Gratien Ferrari, le prix de Rome de sculpture, et le jeune ménage (Goncourt, Journal,1887, p.699).L'instrumentiste alors n'est plus prix du conservatoire, mais ingénieur du son (Schaeffer, Rech. mus. concr.,1952, p.17).
d) L'oeuvre distinguée. Nous avons été tous trois et Rouget, que nous avons pris chez lui, voir d'abord les prix exposés (Delacroix, Journal,1822, p.14).
REM.
-prix, élém. de compos. entrant dans la constr. de qq. subst. dans lesquels il exprime la valeur monétaire,l'ensemble pouvant fonctionner en appos. à un autre subst. a)
Mini prix, subst. masc.Super soldes et mini prix à la Boutique écossaise (Elle,12 janv. 1981, p.19).
b)
Performance-prix, subst. fém.Pour tout votre équipement, vous êtes attentif au rapport performances-prix (Le Nouvel Observateur,17 mai 1976, p.120, col. 1).
c)
Qualité-prix, subst. fém.Rapport qualité-prix. Sans doute le meilleur système de location pour l'équation qualité-prix (Le Nouvel Observateur,3 mai 1976, p.55, col. 2).
Prononc. et Orth.: [pʀi]. Homon. pris, prit de prendre. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. Ca 1050 «somme à payer pour le passage sur un bateau» (Alexis, éd. Chr. Storey, 78); 2. 1160-74 «valeur commerciale d'une chose» (Wace, Rou, éd. A. J. Holden, II, 4210); 3. a) ca 1200 metre en pris «estimer, priser» (S. de Freine, Roman de Philosophie, éd. J. E. Matzke, 426, p.16); 1377 mettre a pris «vendre avantageusement» (Gace de La Buigne, éd. . Blomqvist, 9030); 1538 mettre a prix «fixer la valeur d'un objet dans une vente» (Est.); 1606 à haut ou à bas prix (Nicot); 1671 mettre la tête de qqn à prix (Pomey); b) 1579 à juste pris (H. Estienne, Précellence, éd. E. Huguet, 211); 1690 prix constant, prix fixe (Fur.); 1789 un prix fixe «magasin» (Tout ce qui me passe par la tête, I, p.26 ds Quem. DDL t.21); 1831 les prix fixes (dans un restaurant) (E. Roch, Le Palais-Royal, in Paris ou le livre des cent-et-un, I, p.24, ibid.); 1838 prix de revient (Stendhal, Mém. touriste, t.2, p.190); 1958 blocage des prix (Romeuf); 4. 1538 «somme qui résulte de l'entente entre acheteur et vendeur» et «valeur en argent indéterminée» (Est.); 5. ca 1135 de pris «de valeur» (Couronnement Louis, éd. Lepage, 1697 (A-B), 1438 (C)); 1579 à bon prix «à bon marché» (Larivey, Jaloux, éd. Viollet le Duc, VI, 48); 1671 ne pas avoir de prix (Pomey); 1829 à prix d'or (A. Dumas père, Henri III, I, p.125); 1865 (payer) un prix fou (Vallès, Réfract., p.129); 6. ca 1500 au prix de «en comparaison de» (Philippe de Commynes, Mémoires, éd. J. Calmette, III, 176); 1588 au prix de sa vie (Montaigne, Essais, éd. P. Villey et V. L. Saulnier, 511); 1642 prix pour prix (Oudin Fr.-Ital.); 1669 à prix de «moyennant» (Molière, Tartuffe, I, 6); 1683 vendre à tout prix «à quelque prix que ce soit» (Boileau, Lutrin, V ds Littré); 1807 à tout prix «malgré tout» (Mmede Staël, Corinne, XVII, 7, ibid.); 1860 mettre le prix (Delacroix, Journal, p.288); 1863 c'est dans mes prix (Labiche, Célimare, II, 6, p.59); 1886 c'est le même prix (Courteline, Gaîtés esc., p.206); 7. ca 1140 «valeur, importance que l'on reconnaît à quelqu'un» (Gaimar, Hist. des Anglais, éd. Bell, 1686). B. 1. 1176-81 «récompense donnée à celui qui réussit le mieux dans une compétition» (Chrétien de Troyes, Chevalier Lion, 1698 ds T.-L.); 1486 pris de balade «prix de poésie décerné par les sociétés littéraires» (Houdoy, Comptes de Cambrai, 204 ds Gay t.2); 1875 Prix de Rome «récompense accordée à certains artistes» et «l'artiste lauréat» (Lar. 19e); 2. 1467 «salaire, récompense» (Ordonnances des rois de France, XVI, 615 ds Bartzsch); 3. 1643 «châtiment» (Corneille, Pompée, V, 3); 4. 1690 «récompense aux élèves les plus méritants» (Fur.); 5. 1867 «épreuve à la suite de laquelle la récompense est décernée» (Le Sport, 2 juin ds Petiot 1982). Du lat. pretium «valeur d'une chose», «argent», «récompense, salaire». Fréq. abs. littér.: 9905. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 18084, b) 10756; xxes.: a) 12524, b) 13396. Bbg. Gohin 1903, p.338. _Öhmann (E.). Die Bedeutungsentwicklung von dt. Preis, frz. prix. Z. für Mundartforschung. 1958, t.26, pp.72-75. _Quem. DDL t.6, 20, 21, 28, 30.

Wiktionnaire

Nom commun

prix \pʁi\ masculin, singulier et pluriel identiques

  1. Estimation d’une chose, ce qu’elle se vend, ce qu’on l’achète, ce qu’on la paie.
    • Le sucre était connu des anciens qui ne l’employaient qu’en très-petite quantité et comme médicament ; il y a 200 ans à peine, il se vendait seulement chez les pharmaciens, à un prix très-élevé. — (Edmond Nivoit, Notions élémentaires sur l’industrie dans le département des Ardennes, E. Jolly, Charleville, 1869, page 119)
    • Nul n’oserait contester que, depuis 1918, les spéculations sur les denrées alimentaires ont été générales et sans frein. Le public se doute bien un peu qu’on l’affame et que les hauts prix maintenus malgré toutes les tentatives sont factices. Mais qui accuser ? — (Albert Noret, Les Féodaux du Blé, E. Figuière, 1930, page 110)
    • […], depuis la Seconde Guerre mondiale, les nations d’Europe occidentale ont laissé dépérir leur industrie charbonnière, tant il était facile de se procurer, en abondance et à bas prix, le pétrole du Proche et du Moyen-Orient. — (Panayiotis Jerasimof Vatikiotis, L’Islam et l’État, 1987, traduction d’Odette Guitard, 1992, p.178)
    • Il existe aujourd’hui des masques de soudeur automatiques pour un prix d’environ 100 € qui s’opacifient instantanément lorsque l’arc électrique se produit ; […]. — (Henri Charlent & Patrick Agostini, Traité des installations sanitaires, Dunod, 2009, page 91)
  2. Valeur financière donnée à un objet exprimée en unité monétaire d’un pays.
    • […], des marchands d’un champagne dont la médiocrité n’était dépassée que par son prix qui ne cessait de monter, ne se préoccupaient plus, à Montmartre comme à Montparnasse, que d’adapter les soi-disants plaisirs de Paris à des images étrangères et le plus souvent chromolithographiques. — (Jean Valmy-Baysse, La curieuse aventure des boulevards extérieurs, Éditions Albin-Michel, 1950, p.237)
    • Pour tous les ouvriers et toutes les ouvrières du textile la condition empirait avec la hausse des prix, […]. — (Henri Manceau, Des luttes ardennaises, 1969)
  3. Ce qu’il faut payer en contrepartie d’un bien ou d’un service.
    • On vient en foule me réclamer le prix du louage, mais je n’ai un peu d’argent qu’à Nouakchott. Les propriétaires devront donc attendre. — (Louis Frèrejean, Mauritanie, 1903-1911: mémoires de randonnées et de guerre au pays des Beidanes, présenté et annoté par Geneviève Désiré-Vuillemin, Éditions Karthala, 1995, page 149)
  4. (Figuré) Coût, dépense, pour obtenir quelque avantage.
    • Les Américains s’étaient rendu compte du prix que leur coûteraient leurs tergiversations,et ils voulurent frapper un grand coup, de toutes leurs forces, […]. — (H. G. Wells, La Guerre dans les airs, 1908, traduction d’Henry-D. Davray et B. Kozakiewicz, Mercure de France, Paris, 1910, page 245 de l’éd. de 1921)
    • Il a acheté la victoire au prix de son sang.
  5. (Figuré) Mérite d’une personne, excellence d’une chose.
    • Je connais tout le prix de votre affection.
  6. (Figuré) Récompense.
    • On doit faire de bonnes actions sans en attendre aucun prix.
    1. (Spécialement) Récompense accordée au vainqueur d’une compétition ou d’un concours.
      • Les compliments de ce maire quand Pasteur obtint, à la fin de la rhétorique, plus de prix qu’il ne pouvait en porter; les nouveaux conseils de Romanet réveillèrent l’ambition normalienne. — (René Vallery-Radot, La vie de Pasteur, Hachette, 1900, Flammarion, 1941, p. 18)
    2. Joint à la désignation de la récompense, se dit aussi du gagnant ou de l’ouvrage qui a remporté cette récompense.
      • Ce peintre est un prix de Rome.
    3. Compétition ou concours où est offerte cette récompense.
      • Nos pères étaient donc plus sages que nous lorsqu’ils repoussaient l’idée des courses. En 1820 il se présentait seulement sur nos hippodromes 120 concurrents se disputant 60 prix. — (Jean Déhès, Essai sur l’amélioration des races chevalines de la France, École impériale vétérinaire de Toulouse, Thèse de médecine vétérinaire, 1868)
      • Chaque dernier jeudi d'octobre, l’Académie française ouvre le bal des prix littéraires d'automne en décernant son Grand Prix du roman. Une semaine après, viennent le Goncourt et le Renaudot. Puis le Fémina et l’Interallié. — (Daniel Garcia, Coupole et dépendances: Enquête sur l'Académie française, Éditions du Moment, 2014, chap. 7)
  7. Châtiment, expiation.
    • Il a reçu le prix de ses forfaits.
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Littré (1872-1877)

PRIX (prî ; l'x se lie : un pri-z excessif) s. m.
  • 1Estimation, valeur d'une chose ; ce qu'on la vend, ce qu'on l'achète. Le prix c'est la valeur exprimée en numéraire. Ne les vantez point tant, et dites-nous le prix, Corneille, Galerie du Pal. I, 6. Cléante : Le prix ? - Le libraire : Chacun le sait ; Autant de quarts d'écus, c'est un marché tout fait, Corneille, ib. IV, 14. Mettez un prix à la pauvre captive, Je le payerai…, La Fontaine, Cal. Les huit ou les dix mille hommes sont au souverain comme une monnaie dont il achète une place ou une victoire : s'il fait qu'il lui en coûte moins, s'il épargne les hommes, il ressemble à celui qui marchande, et qui connaît mieux qu'un autre le prix de l'argent, La Bruyère, X. Le prix n'est que la valeur estimée d'une chose par rapport à la valeur estimée d'une autre, Condillac, Comm. gouv. I, 2. Le prix suppose la valeur ; c'est pourquoi on est si fort porté à confondre ces deux mots, Condillac, ib.

    À prix d'argent, pour une certaine somme. Ce n'est qu'à prix d'argent qu'on dort en cette ville [Paris], Boileau, Sat. VI. Les rois et les hauts barons avaient affranchi plusieurs de leurs bourgeois à prix d'argent, dès le temps des premières croisades, pour subvenir aux frais de ces voyages insensés, Voltaire, Hist. parl. II. Le père de Bouchardon chercha à son fils, à prix d'argent, les plus parfaits modèles qu'il put trouver, Diderot, Observ. sur la sculpt. Œuv. t. XV, p. 313, dans POUGENS.

    À prix d'or, très cher.

    Acheter à bon prix, acheter à bon marché.

    Terme de commerce. Vendre à non-prix, vendre moins que la chose ne coûte, vendre à perte. Elle [la veuve de J. Chartier] sera bientôt obligée d'en faire meilleur marché [de la bibliothèque de son mari], ou autrement les créanciers feront tout vendre à non-prix, Patin, Lett. t. II, p. 171.

    Relever les prix, faire hausser les prix qui avaient baissé.

    Juste prix, prix modéré, prix convenable.

    Bas prix, vil prix, prix au-dessous de la valeur. C'est une situation admirable… mais il ne faut pas le vendre [un domaine] à vil prix, comme on vend aujourd'hui toutes les terres, Sévigné, 303.

    Fig. En l'abondance de toutes choses que son empire [du sultan] produit, rien n'est jamais à si bas prix que la vie des hommes, Guez de Balzac, liv. II, lett. 5.

    À haut prix, à grand prix. très cher, pour une grosse somme d'argent. J'aurais pu te montrer nos duchesses fameuses Tantôt d'un histrion amantes scandaleuses, Fières de ses soupirs obtenus à grand prix, Gilbert, Le 18e s.

    Fig. Vous mettez à trop haut prix… les petits services que je vous ai rendus, Sévigné, 30 mars 1689.

    Une chose hors de prix, une chose excessivement chère. Les vaches ne se vendent pas, les filles étaient chères à l'assemblée de Véretz, les garçons hors de prix, Courier, Gaz. du village, n° 4.

    Une chose qui n'a point de prix, qui est sans prix, une chose de très grande valeur et dont le prix n'est point réglé. Ils présentent alors à nos regards surpris Des chefs-d'œuvre d'orgueil sans mesure et sans prix, Voltaire, Scythes, I, 1.

    Fig. Ces poëmes sans prix Rendront de leurs beautés votre oreille idolâtre, Rotrou, St-Gen. I, 7. C'est cela [des tendresses] qui n'a point de prix, et que je sens fort tendrement, Sévigné, 494.

    Fig. Cet homme est sans prix, il est d'un rare mérite.

    En un sens opposé. Les effets publics sont sans prix, personne ne demande à en acheter.

    De prix, qui vaut beaucoup. Corps piqué d'or, garnitures de prix, La Fontaine, Court. Il ne brisera pas un meuble de prix, Rousseau, Ém. I.

    Mettre un prix à quelque chose, en donner un certain prix. Mets un prix à la paix, mets un prix à Palmire, Voltaire, Fanat. I, 4.

    Mettre la tête d'un homme à prix, promettre une certaine somme à qui le tuera. Il [Sylla] inventa les proscriptions, et mit à prix la tête de ceux qui n'étaient pas de son parti, Montesquieu, Rom. 11.

    Mettre à prix, vendre pour un certain prix. Judas aima l'argent avant de mettre à prix son maître, Massillon, Carême, Tiéd. 2.

    Par extension, mettre à prix, accorder quelque chose moyennant une certaine concession. On y ajoutera peut-être encore de mettre à prix le retour du parlement à Rennes, Sévigné, 227.

    Fig. Si vous étiez un bien qui se pût mettre à prix, ma seule fidélité pourrait vous acquérir, Scarron, Rom. com. II, 14.

    Être à prix, être l'objet d'un trafic. La louange est à prix, le hasard la débite, Régnier, Sat. X.

    Cela vaut toujours son prix, se dit d'une chose qui conserve sa valeur, dont le prix ne baisse pas.

  • 2Prix fixe, prix fixé d'avance par le marchand et duquel il n'y a rien à rabattre. Vendre à prix fixe.

    Prix-fixe (avec un trait d'union), maison de commerce où l'on vend les marchandises à un prix déterminé et écrit sur les objets à vendre Les prix-fixes se sont fort multipliés à Paris.

    On dit aussi : magasin, boutique à prix fixe.

    Prix fait, le prix commun ou le prix convenu d'une chose.

    Marché à prix fait, ou, simplement, prix fait, marché à forfait. Un édifice construit à prix fait.

    En termes de banque. Les prix des changes sont certains et incertains ; dans toutes les négociations de lettres de change tirées sur des places étrangères, il y a toujours une place qui donne le prix certain ou incertain, et une qui…, P. Giraudeau, la Banque rendue facile, p. 5.

    Prix courant, le prix qui a cours sur le marché à un moment donné.

    Prix courant, feuille publique qui donne les prix courants. On en peut voir le détail dans le prix courant qu'on imprime à Amsterdam, P. Giraudeau, la Banque rendue facile, p. 387.

  • 3 Fig. Valeur morale d'une personne ou d'une chose. Il met à même prix les sages et les sots, Régnier, Sat. V. Le temps de chaque chose ordonne et fait le prix, Corneille, Pomp. I, 3. Notre humeur met le prix à tout ce qui nous vient de la fortune, La Rochefoucauld, Réflex. 47. Enfin, qu'on doit tenir notre art en quelque prix, La Fontaine, Fabl. I, 14. Que l'homme s'estime son prix, Pascal, Pens. I, 8, éd. HAVET. Je trouve que le prix de la plupart des choses dépend de l'état où nous sommes, quand nous les recevons, Sévigné, 13 oct. 1673. La reine [d'Espagne] la veut voir incognito [Mme de Villars] ; elle se fait prier, pour se donner un nouveau prix, Sévigné, 5 janv. 1680. Que ce tombeau nous convainque de notre néant, pourvu que cet autel, où l'on offre tous les jours une victime d'un si grand prix, nous apprenne en même temps notre dignité, Bossuet, Duch. d'Orl. Une noble pudeur à tout ce que vous faites Donne un prix que n'ont point ni la pourpre ni l'or, Racine, Esth. III, 4. Le rang qui lui donne du prix devant les hommes, Massillon, Carême, Prosp. Il y a une grande différence entre le prix que l'opinion donne aux choses, et celui qu'elles ont réellement, Rousseau, Hél. v, 2. Je connais mieux que vous le prix de la vie, Scribe, Hist. et prov. Le prix de la vie.

    Relever le prix, donner une plus grande valeur morale. Sa modestie relève le prix de ses autres vertus.

    Chacun vaut son prix, c'est-à-dire il ne faut pas déprécier celui-ci pour exalter celui-là, et aussi il n'est personne qui n'ait quelque bonne qualité. Encore que chacun vaille ici-bas son prix, Régnier, Sat. XI. J'ai vu ici… Mme de Montjeu, que je trouve fort aimable ; Mme de Toulongeon vaut son prix aussi, Sévigné, à Bussy, 13 avril 1689.

    Valoir son prix, en parlant de choses, n'être pas sans importance, sans intérêt. Pensez-vous que cette nouvelle ne valût pas son prix dans la gazette de Hollande ? Sévigné, 352.

    On dit de même : avoir son prix. Pourtant un tel spectacle a bien son prix, Rousseau, Dédic.

  • 4 Fig. Ce qu'il en coûte pour obtenir quelque avantage. Et veulent acheter crédit et dignités à prix de faux clins d'yeux et d'élans affectés, Molière, Tart. I, 6. Ils ont résolu de l'en retrancher [Arnauld, de l'Église], à quelque prix que soit, Pascal, Prov. III. Dieu met la vie éternelle à ce prix, Bossuet, Hist. II, 6. Et dit-on à quel prix Roxane lui pardonne ? Racine, Bajaz. III, 2. Je voulais votre fille et ne pars qu'à ce prix, Racine, Iph. IV, 6. Si j'avais mis ta vie à cet indigne prix, Parle, aurais-tu quitté le dieu de ton pays ? Voltaire, Alz. v, 5. Nous avons mis peut-être cette qualité [la délicatesse] à plus haut prix qu'aucun autre peuple de la terre, Vauvenargues, Délicatesse.
  • 5 Fig. Mérite d'une personne. Tous ceux qui lui étaient bons [à Mme de Lafayette] avec M. de la Rochefoucauld, perdent leur prix auprès d'elle [lui mort], Sévigné, 419. On croirait à vous voir, dans vos libres caprices, Décider du mérite et du prix des auteurs…, Boileau, Sat. IX.

    L'excellence d'une chose. Certain Mogol vit en songe un vizir Aux champs Élysiens possesseur d'un plaisir Aussi pur qu'infini tant en prix qu'en durée, La Fontaine, Fabl. XI, 4. À propos de comédie, voilà Bajazet ; si je pouvais vous envoyer la Champmeslé, vous trouveriez la pièce bonne ; mais sans elle elle perd la moitié de son prix, Sévigné, 125. Dieu aime qu'on sente tout le prix des grâces qu'il nous fait, Massillon, Avent, Conc.

  • 6 Fig. Récompense. Et lui seul a des prix dignes de ma victoire, Rotrou, Bélis. IV, 6. Cruelle, est-ce là donc ce que vos injustices Ont réservé de prix à de si longs services ? Corneille, Illus. com. II, 3. Cette dignité sacrée [le souverain sacerdoce chez les Juifs] fut le prix de la flatterie, Bossuet, Hist. II, 5. Ô dieux !… Si vous donnez les prix comme vous punissez, Racine, Théb. III, 3. Le prix est sans doute inouï … Mais plus la récompense est grande et glorieuse…, Racine, Esth. II, 6. Je vais au roi des rois demander aujourd'hui Le prix de tous les maux que j'ai soufferts pour lui, Voltaire, Zaïre, II, 3.

    Le prix de, suivi d'un infinitif. C'est ce qu'il n'est plus temps de vous dissimuler, Seigneur, et c'est le prix de m'avoir fait parler, Corneille, Sur. II, 2.

    Pour prix de, en récompense de. Pour prix d'avoir si bien secondé vos souhaits, Racine, Mithr. I, 2. Catherine fut reconnue czarine, pour prix d'avoir sauvé son époux et son armée, Voltaire, Russie, II, 3. Salaire Ceux qui tuent sans en recevoir aucun prix, Pascal, Prov. VI.

  • 7Quelquefois, par antiphrase, punition, expiation. Où Photin a reçu le prix de son audace, Corneille, Pomp. v, 3. Sous les Assyriens, leur triste servitude [des Hébreux] Devint le juste prix de leur ingratitude, Racine, Esth. III, 4. Me préserve le ciel de soupçonner jamais Que d'un prix si cruel vous payez mes bienfaits ! Racine, Mithr. III, 3.

    La mort fut le prix de sa sincérité, c'est-à-dire il fut mis à mort pour avoir été sincère.

  • 8Récompense promise à celui qui réussira le mieux dans quelque exercice de corps ou d'esprit. Du plus habile chantre un bouc était le prix, Boileau, Art p. III. Le fils d'Ulysse, qui était venu pour remporter le prix, Fénelon, Tél. V. Je viens ici pour tâcher de gagner le prix, Dancourt, Prix de l'arquebuse, sc. 7. Les marches d'Alexandre sont si rapides que vous croyez voir l'empire de l'univers plutôt le prix de la course, comme dans les jeux de la Grèce, que le prix de la victoire, Montesquieu, Esp. X, 14. Après avoir remporté vingt-huit fois le prix de l'art, d'autres disent seulement treize fois, Eschyle, vaincu par Sophocle…, Lévesque, Instit. Mém. litt. et beaux-arts, t. I, p. 316.

    Partager le prix, donner le prix à deux concurrents dont le mérite a été jugé égal et qui se partagent la récompense proposée.

    Partager le prix, se dit aussi de deux concurrents qui obtiennent le prix et entre lesquels on le partage.

    Il a manqué le prix de peu de voix, il s'en est fallu peu de voix qu'il ne l'ait obtenu.

    Fig. Remporter le prix, surpasser les autres en quelque chose. C'est par là que Molière, illustrant ses écrits, Peut-être de son art eût remporté le prix, Si…, Boileau, Art p. III.

    Dans le même sens. Il vous donne le prix de la beauté, le prix de l'esprit, le prix de la vertu, Maintenon, Lett. à Mme de Pommereuil, 10 juillet 1655.

    Il se dit au sens d'honneur dans les luttes où un prix est disputé. Et si de t'agréer je n'emporte le prix, J'aurai du moins l'honneur de l'avoir entrepris, La Fontaine, Dédic. des fables au Dauphin. [Dans les tournois] l'on crie : L'amour des dames, la mort des héros, louange et prix aux chevaliers, Chateaubriand, Génie, IV, V, 4.

    Prix décennaux, prix fondés par le premier empire, et décernés aux plus belles œuvres littéraires, aux plus belles découvertes scientifiques faites dans l'intervalle de dix ans. Je ne croyais pas qu'il put être au monde un poëte plus en sûreté que moi contre les prix décennaux… faire appartenir mon Hamlet aux prix décennaux, ce serait vouloir que le passé devînt le présent, pour me ramener malgré moi sous les récompenses d'aujourd'hui, Ducis, Corresp. 27 nov. 1810.

  • 9 Particulièrement. Dans les écoles, colléges et lycées, récompense en livres aux élèves qui ont fait les meilleures compositions. Le premier prix. Le second prix. Prix des nouveaux. Prix des vétérans. Afin que cette distribution de prix fasse tout son effet, elle doit se faire avec une grande équité, sans que jamais la faveur y ait aucune part, Rollin, Traité des Ét. VI, 2e part. I, 2. L'usage d'encourager la jeunesse au travail par des distributions solennelles de prix paraît avoir été ignoré dans ce temps [l'antiquité] ; du moins aucun monument n'en rappelle l'existence, Naudet, Instit. Acad. inscr. t. IX, p. 440.
  • 10Encouragements offerts aux propriétaires ou possesseurs d'animaux qui dans un concours ou une épreuve ont atteint un but déterminé. On accorde une prime au bœuf le plus gras, au mouton à laine superfine, etc. mais on donne un prix au cheval qui est arrivé le premier et dans un temps fixé, dans une course.
  • 11 Terme d'eaux et forêts. Prix de la feuille, indemnité que l'adjudicataire en retard d'exploiter est tenu de payer à l'État ou aux communes.
  • 12À tout prix, loc. adv. à un prix quelconque. Le perron antique Où sans cesse, étalant bons et mauvais écrits, Barbin vend aux passants des auteurs à tout prix, Boileau, Lutr. v.

    Fig. Où des beautés du jour la nation galante… Promenant ses appas par la vogue enchéris, Vient en corps afficher des crimes à tout prix, Gilbert, Mon apologie.

    Vendre à tout prix, vendre une chose à quelque prix que ce soit.

    Fig. À tout prix, malgré tout. Il ne faut pas vouloir ainsi son propre bonheur à tout prix, Staël, Corinne, XVII, 7.

  • 13Prix pour prix, loc. adv. Toute compensation faite. Compare prix pour prix Les étrennes d'un juge et celles d'un marquis, Racine, Plaid. I, 4.

    Fig. En parlant des personnes. Ces deux hommes-là se valent, prix pour prix.

  • 14Au prix de, loc. prépos. En comparaison de. Anciennes cités, si mal compassées au prix de ces places régulières qu'un ingénieur trace à sa fantaisie dans une plaine, Descartes, Méth. II, 1. Ce peu d'années au prix de l'éternité ne sera considéré que comme une goutte d'eau de la mer, ou un grain de sable, Sacy, Bible, Ecclésiastiq. XVIII, 8. La mort aux rats, les souricières N'étaient que jeux au prix de lui [un chat], La Fontaine, Fabl. III, 18. Que l'homme, revenu à soi, considère ce qu'il est au prix de ce qui est, Pascal, Pens. I, 1, édit. HAVET. Le bois le plus funeste et le moins fréquenté Est au prix de Paris un lieu de sûreté, Boileau, Sat. VI. Il [le roi] marche vers Tholus, et tes flots [les flots du Rhin] en courroux Au prix de sa fureur sont tranquilles et doux, Boileau, Ép. IV. Qui n'accepterait avec joie Le génie au prix du malheur ? Hugo, Odes, IV, 6.

    Absolument. Alcyone n'était au prix que médiocrement affligée, Guez de Balzac, liv. VII, lett. 6. Il n'était ambre, il n'était fleur Qui ne fût ail au prix, La Fontaine, Fabl. VII, 7. Et quant aux merveilles Dont votre divin chant [de l'âne] vient frapper les oreilles, Philomèle est, au prix, novice dans cet art, La Fontaine, ib. XI, 5.

HISTORIQUE

XIIe s. [Ils] Ne prisent vos menaces le pris d'une chastaine [châtaigne], Sax. XX. Evesques et baruns e chevaliers de pris, Th. le mart. 55. Chevaus de pris, Ronc. p. 7.

XIIIe s. Et là doit-on faire chevalerie, Où on conquiert paradis et honor Et pris et los et l'amor de s'amie, Quesnes, Romancero, p. 93. Que Alleman estoient chevalier de haut pris, Berte, v. Il secoru son seigneur, si qu'il en ot moult grant pris [honneur], Villehardouin, LXXII. Li venderes prent blés, aveines ou vins, à plus quier [cher] pris qu'il ne valent, Beaumanoir, XLIV, 20. Li pris des deniers de vente si est tex [tel] que ne croist ne n'apetice, Beaumanoir, XXVII, 17.

XVe s. Il les acheta et en eut bon prix [bon marché], Louis XI, Nouv. XCIX. Ha, gentil cheval, qui ton prix d'or vaulx, or as trouvé ton maistre, Perceforest, t. II, f° 46.

XVIe s. Et voyez combien, au prix [en comparaison], il [César] va se serrant où il parle…, Montaigne, I. 57. [Une troupe] achetant une honteuse fuyte au mesme prix qu'elle eust eu d'une glorieuse victoire, Montaigne, I, 63. Je me recognois, au prix de ces gents là, si foible et si chestif…, Montaigne, I, 155. Revenir de la paulme ou du bal avecques le prix de cet exercice, Montaigne, I, 178. Acquerir une chose au prix de sa vie, Montaigne, II, 243. Les nouvelles ne sont pas comme les marchandises, on les donne pour le prix qu'elles coustent, Despériers, Contes, I. Le prix de l'homicide qui tuoit un des proscripts estoit deux talents, Amyot, Sylla, 66. Au pris qu'ilz approchoient, les Parthes s'en fuyoient, Amyot, Crassus, 46. Ils vouloient donner bataille, à quelque prix que ce fust, D'Aubigné, Hist. I, 277. En baillant à coupper et lier les bleds à tasche ou à prix fait ; c'est à dire, sçavoir que donner en blot pour ce faire, De Serres, 59. Quand nous lisons dans nos vieux titres et enseignemens quelques maisons et heritages, tant en la ville qu'es champs, vendus à non prix, tant s'en faut que ce soit un argument de la felicité de ce temps là, qu'au contraire c'est une demonstration très certaine du malheur qui estoit lors en regne, par la longue suite des troubles ; la richesse d'un pays cause l'abondance du peuple, qui fait que toutes choses y sont cheres ; le peu de peuple au contre fait le non prix, Pasquier, Lett. t. I, p. 656.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

PRIX.
8Ajoutez, à la fin :

Premier second grand prix, deuxième second grand prix, se disent, dans le langage de l'Académie des beaux-arts, de degrés subordonnés de récompenses. L'Académie n'a pas jugé qu'il y eût lieu de donner, à la suite de ce concours, un premier grand prix ; elle a décerné un premier second grand prix à M. Boisson… et un deuxième second grand prix à M. Deblois, Journ. offic. 25 oct. 1874, p. 7194, 2e col.

REMARQUE

Prix fait s'est dit figurément : Le roi saint Louis visitait comme par un prix fait les hôpitaux et servait les malades de ses propres mains, Saint François de Sales, Introd. à la vie dévote, III, 1. C'est-à-dire saint Louis visitait les hôpitaux comme s'il y eût été astreint par un marché.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

PRIX, s. m. (Droit nat. & civil.) quantité morale ou mesure commune, à la faveur de laquelle on peut comparer ensemble, & réduire à une juste égalité, non-seulement les choses extérieures, mais encore les actions qui entrent en commerce, & que l’on ne veut pas faire gratuitement pour autrui.

On peut diviser le prix en prix propre ou intrinseque, & prix virtuel ou éminent. Le premier, c’est celui que l’on conçoit dans les choses mêmes, ou dans les actions qui entrent en commerce, selon qu’elles sont plus ou moins capables de servir à nos besoins, ou à nos commodités, & à nos plaisirs. L’autre est celui qui est attaché à la monnoie, & à tout ce qui en tient lieu, en tant qu’elle renferme virtuellement la valeur de toutes ces sortes de choses ou d’actions, & qu’elle sert de regle commune pour comparer & ajuster ensemble la variété infinie de degrés d’estimation dont elles sont susceptibles.

Le fondement intérieur du prix propre ou intrinseque, c’est l’aptitude qu’ont les choses ou les actions à servir médiatement ou immédiatement aux besoins, aux commodités ou aux plaisirs de la vie. Ajoutez à cette idée de Puffendorf que les choses susceptibles de prix, doivent être non-seulement de quelqu’usage, véritablement ou idéalement ; mais encore être de telle nature, qu’elles ne suffisent pas aux besoins de tout le monde. Plus une chose est utile ou rare en ce sens-là, & plus son prix propre ou intrinseque hausse ou baisse. L’eau, qui est une chose si utile, n’est point mise à prix, excepté en certains lieux, & en certaines circonstances particulieres où elle se trouve rare.

Il n’y a rien qui ne puisse être mis à prix ; car il suffit que ceux qui traitent ensemble estiment tant ou tant une chose, pour qu’elle soit susceptible d’évaluation. Mais il y a des choses qui sont d’une telle nature, qu’il seroit fort inutile de les mettre à prix, comme la haute région de l’air, le vaste Océan, &c. qui ne sont point susceptibles de propriété.

Il y a d’autres choses qui ne doivent pas être mises à prix, parce qu’il y a quelque loi divine & humaine qui le défend ; si donc on met à prix ces sortes de choses défendues, c’est un prix deshonnête, quoiqu’en lui-même, aussi réel que celui qu’on attache aux choses les plus légitimes & les plus innocentes. Il faut cependant bien remarquer que ce n’est point mettre à prix, par exemple, la justice ou les choses saintes, lorsque les juges & les ministres publics de la religion reçoivent quelque salaire, pour la peine qu’ils prennent & le tems qu’ils donnent aux fonctions de leurs emplois. Mais un juge vend la justice, lorsqu’il se laisse corrompre par des présens, & un ministre public de la religion vend les choses sacrées, lorsqu’il ne veut exercer les fonctions particulieres de sa charge qu’en faveur de ceux qui ont de quoi lui faire des présens. Les collateurs des bénéfices, & des emplois ecclésiastiques, trafiquent aussi des choses saintes, lorsqu’ils conferent ces bénéfices & ces emplois, non au plus digne, mais par faveur, ou pour de l’argent.

Il y a diverses raisons qui augmentent ou diminuent le prix d’une seule & même chose, & qui font préférer une chose à l’autre, quoique celle-ci paroisse d’un égal, ou même d’un plus grand usage dans la vie. Car bien-loin que le besoin qu’on a d’une chose, ou l’excellence des usages qu’on en tire décide toujours de son prix ; on voit au contraire, que les choses dont la vie humaine ne sauroit absolument se passer sont celles qui se vendent à meilleur marché, parce que tout le monde les cultive ou les fabrique. On peut dire en général que toutes les circonstances qui augmentent le prix des choses, n’ont cette vertu qu’à cause qu’elles font d’une maniere ou d’autre que ce qui étoit plus commun le devient moins ; & quant aux choses qui sont d’un usage ordinaire ou continuel, c’est le besoin ou la nécessité jointes à la rareté qui en augmente le plus le prix.

Quelquefois une personne par quelque raison particuliere estime beaucoup plus certaine chose que ne fait toute autre personne, c’est ce que l’on appelle prix d’inclination, lequel ne décide rien pour la valeur réelle de la chose.

Quand il s’agit de déterminer le prix de telle ou telle chose en particulier, on se regle encore sur d’autres considérations outre celles des circonstances dont nous avons parlé ; & c’est alors les lois qui fixent le prix des choses.

Dans l’indépendance de l’état de nature, les conventions particulieres décident du prix de chaque chose, parce qu’il n’y a point de maître commun qui puisse établir les loix de commerce. Il est donc libre à chacun dans l’état de nature de vendre ou d’acheter sur le pié qu’il lui plaît, à moins cependant qu’il ne s’agisse de choses absolument nécessaires à la vie, dont on a abondance, & dont quelqu’autre qui en a grand besoin ne peut se pourvoir ailleurs ; car alors il y auroit de l’inhumanité à se prévaloir de son indigence, pour exiger de lui un prix excessif d’une chose essentielle à ses besoins.

Mais dans une société civile le prix des choses se regle de deux manieres, ou par l’ordonnance du magistrat & par les lois, ou par l’estimation commune des particuliers, accompagné du consentement des contractans. La premiere sorte de prix est appellée par quelques-uns prix légitime, parce que le vendeur ne sauroit légitimement exiger rien au delà ; l’autre sorte de prix se nomme prix courant. On mesure le prix de toutes les choses, par ce qu’on nomme monnoie, à la faveur de laquelle on se pourvoit de tout ce qui est à vendre ; & l’on fait commodément toutes sortes de commerces & de contrats. La monnoie s’appelle prix éminent ou virtuel, parce qu’elle renferme virtuellement la valeur de chaque chose. Voyez Monnoie. (D. J.)

Prix de musique & de poésie, (Antiq. grecq.) les Grecs établirent des prix de musique & de poésie dans leurs quatre grands jeux publics ; les jeux olympiques, les pythiques, les isthmiques, & les néméens.

Cléomene le Rhapsode, selon Athenée, chanta aux jeux olympiques le poëme d’Empédocle intitulé les expiations, & le chanta de mémoire. Néron y disputa le prix de musique & de poésie, & fut déclaré vainqueur, comme le témoignent Philostrate & Suétone, lequel s’en explique en ces termes : Olympia quoque præter consuetudinem musicum agona commisit. Cet historien observe, comme l’on voit, que ce fut contre la coutume ; mais le passage d’Athenée fait foi que ce n’est pas la seule occasion où l’on y ait dérogé : outre que, suivant la remarque de Pausanias, il y avoit près d’Olympie un gymnase appellé Lalichmion, ouvert à tous ceux qui vouloient s’exercer à l’envi dans les combats d’esprit ou littéraires de toute espece, & d’où apparemment ceux de la poésie musicale n’étoient point exclus. Il y a même beaucoup d’apparence que le præter consuetudinem de Suétone (contre la coutume, par extraordinaire), ne tombe que sur la saison, ou sur le tems, où ces jeux furent célebrés exprès pour Néron. Selon Elien, Xénoclès & Euripide disputerent le prix de la poésie dramatique dans ces mêmes jeux, dès la 81. olympiade. Dans la 96, il y eut à Olympie un prix proposé pour les joueurs de trompette, & ce fut Timée l’Eléen qui le gagna.

Autant que les combats de musique semblent avoir été rares aux yeux olympiques, autant étoient-ils ordinaires aux pythiques, dont ils faisoient la premiere & la plus considérable partie. On prétend même que ceux-ci, dans leur origine, n’avoient été institués que pour y chanter les louanges d’Apollon, & y distribuer des prix aux poëtes musiciens qui se signalerent en ce genre. Le premier qu’on y couronna fut Chrysosthémis de Crete, après lequel reçurent le même honneur successivement Philammon & Thamyris, dont j’ai parlé plus haut ; Etheuther par le charme seul de sa voix, car il ne chantoit que la poésie d’autrui ; puis Céphalès, grand joueur de cithare ; Echembrote & Sacadas, excellens joueurs de flûte. On dit qu’Hésiode y manqua le prix, faute d’avoir su accompagner de la lyre les poésies qu’il y chanta.

Il paroît par un passage de Plutarque, & par un autre de l’empereur Julien, que les combats de musique & de poésie trouvoient aussi leur place dans les jeux isthmiques. A l’égard des néméens, le passage d’Hygin allégué sur ce point par Pierre du Faur, ne prouve que pour les jeux d’Argos ; & quoi qu’en dise celui-ci, le mythologiste ne les a point confondus avec ceux de Nemée, dont il fait un article à part, où il n’est question ni de poésie, ni de musique. Mais nous apprenons par un passage de Pausanias, que l’une & l’autre y étoient admises. C’est au chap. l. du VIII. liv. où il dit que « Philopémen assistant aux jeux néméens, où des joueurs de cithare disputoient le prix de musique ; Pylade de Mégalopolis, un des plus habiles en cet art, & qui avoit déja remporté le prix aux jeux pythiques, se mit à chanter un cantique de Thimothée de Milet, intitulé les Perses, & qui commençoit par ce vers :

Héros qui rends aux Grecs l’aimable liberté.


» Aussitôt tout le monde jetta les yeux sur Philopémen, & tous s’écrierent, que rien ne convenoit mieux à ce grand homme ».

On proposoit des prix de poésie & de musique non seulement pour les grands jeux de la Grece, mais encore pour ceux qu’on célebroit dans plusieurs villes de ce même pays : dans celle d’Argos, à Sycione, à Thèbes, à Lacédémone, dans les jeux carniens, à Athenes, pendant la fête des pressoirs, λήναια, & celle des Panathenées ; à Epidaure dans les jeux établis pour la fête d’Esculape ; à Ithome dans la Messenie, pour la fête de Jupiter ; à Délos, dans les jeux célebres dès le tems d’Homere, & que les Athéniens y rétablirent, selon Thucydide, après avoir purifié cette île, dans la sixieme année de la guerre du Péloponnese ; à Samos, dans les jeux qu’on y donnoit en l’honneur de Junon, & du Lacédémonien Lysandre ; à Dion en Macédoine, dans ceux qu’y institua le roi Archelaüs, pour Jupiter & pour les muses, à Patras ; à Naples, &c. Mém. des inscrt. t. X. in-4.

On ne se rappelle point l’histoire & le caractere des Grecs, sans se peindre avec admiration ces jeux célébres où paroissoient en tous les genres les productions de l’esprit & des talens, qui concouroient ensemble par une noble émulation aux plaisirs du plus spirituel de tous les peuples. Non-seulement l’adresse & la force du corps cherchoient à y acquérir un honneur immortel ; mais les historiens, les sophistes, les orateurs & les poëtes lisoient leurs ouvrages dans ces augustes assemblées, & en recevoient le prix. A leur exemple on vit des peintres y exposer leurs tableaux, & des sculpteurs offrir aux regards du public des chefs-d’œuvres de l’art, faits pour orner les temples des dieux. (D. J.)

Prix des marchandises, (Commerce.) le prix, l’estimation des marchandises, dépend ordinairement de leur abondance & de la rareté de l’argent, quelquefois de la nouveauté & de la mode qui y mettent la presse, plus souvent de la nécessité & du besoin qu’on en a ; mais par rapport à elles-mêmes, leur prix véritable & intrinseque doit s’estimer sur ce qu’elles coutent au marchand, & sur ce qu’il est juste qu’il y gagne, eu égard aux différentes dépenses où il est engagé par le négoce qu’il en fait. (D. J.)

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Étymologie de « prix »

Bourguig. prey ; provenç. pretz ; esp. prez, precio ; portug. preço ; ital. prezzo, du latin pretium, que Curtius rapproche de πρίαμαι, acheter, πιπράσϰω, vendre.

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(Siècle à préciser) Du latin pretium.
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Phonétique du mot « prix »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
prix pri

Citations contenant le mot « prix »

  • La rareté du fait donne du prix à la chose. De Jean de La Fontaine
  • Toute humanité veut vivre, mais elle ne veut pas payer le prix et ce prix est le prix de la mort. De Antonin Artaud / Lettres de Rodez
  • Toutes marchandises vantées perdent leur prix. De Proverbe québécois
  • Tous les rêves ont un prix. De Marc Levy / Et si c’était vrai...
  • La médisance est le prix de l'hospitalité. De Aminado
  • Avec l'euro prix crescendo. De Catherine Maussion / Libération - 11 Juillet 2001
  • Le seul prix qui intéresse vraiment un écrivain, c'est le prix du livre. De Guy Bedos
  • Mon prix n'est pas dans ma couronne. Anne d'Autriche,
  • La principale cause qui enchérit toutes choses en quelque lieu que ce soit est l'abondance de ce qui donne estimation et prix aux choses. Jean Bodin, Réponse au paradoxe de monsieur de Malestroit
  • À qui donner le prix ? Au cœur, si l'on m'en croit. Jean de La Fontaine, Fables, le Corbeau, la Gazelle, la Tortue et le Rat
  • Un écrivain qui reçoit un prix littéraire est déshonoré. Paul Léautaud, Entretiens avec Robert Mallet, Gallimard
  • Qu'est-ce qu'un cynique ? C'est un homme qui connaît le prix de tout et la valeur de rien. Oscar Fingal O'Flahertie Wills Wilde, L'Éventail de Lady Windermere Lady Windermere's Fan
  • Le prix s’oublie, la qualité reste. De Proverbe français
  • La rareté fait le prix des choses. De Pétrone
  • La responsabilité est le prix de la liberté. De Cyrille Guimard
  • La responsabilité est le prix à payer du succès. De Winston Churchill
  • Le prix de la liberté, c'est la solitude. De Hervé Godec
  • Comme chaque année, l'association de défense des consommateurs Familles Rurales a publié son observatoire des prix des fruits et légumes frais. Entre juin 2019 et juin 2020, les prix ont parfois explosé, jusqu'à 17% de plus pour les fruits. Une hausse qui s'explique notamment par l'épidémie. France Inter, "C'est du jamais vu" : le prix des fruits et légumes a bondi ces derniers mois
  • Sur la base du tarif réglementé, la facture chez Engie atteint 1 111 euros annuels, soit la 15ème offre la plus chère, sur les 18 référencées par le comparateur du médiateur de l’énergie. Deux sont équivalentes, trois sont au-dessus et treize au-dessous du prix réglementé. MoneyVox Actu, Prix du gaz : comment échapper à la hausse du 1er août
  • Alors que les prix progressent partout en Île-de-France malgré la baisse des ventes, les prix à Paris devraient stagner durant les prochaines semaines, expliquent les notaires du Grand Paris. Mieux Vivre Votre Argent, Immobilier à Paris: le prix du mètre carré va-t-il stagner?
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  • Pour réaliser ses tests de dépréciation d’actifs, Total (Paris:FP) (LSE:TTA) (NYSE:TOT) a établi en 2019 un scénario de prix du Brent qui vise à horizon 2050 un prix de 50 $/b en ligne avec le scénario « well below 2°C » de l’AIE. Ce scénario est décrit dans le document d’enregistrement universel (note 3 du Chapitre 8). , Révision de prix court terme et Ambition Climat : Total annonce des dépréciations exceptionnelles de 8 milliards de dollars dont 7 milliards sur les oil sands au Canada | Zone bourse
  • À trois semaines de l’ouverture, Téléfoot, qui commencera à émettre dès le 17 août, a officialisé hier le prix de son abonnement : 29,90 euros par mois, sans engagement, ou 25,90 euros avec un engagement d’un an. Un prix qui a immédiatement suscité l’indignation de certains fans de foot sur les réseaux sociaux… MoneyVox Actu, Ligue 1 de football : le prix de l'abonnement à Téléfoot est-il exagéré ?
  • Komiya vient donc de dévoiler les prix (officieux) de chacun des modèles d'iPhone 12 du modèle le plus simple au modèle iPhone 12 Max le plus cher de la gamme. Il semble y en avoir pour toutes les bourses (pour ce type de produit bien entendu).  Gameblog, iPhone 12 : Les prix auraient fuité, le modèle de base en dessous des 800 dollars

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Traductions du mot « prix »

Langue Traduction
Anglais price
Espagnol premio
Italien prezzo
Allemand preis
Chinois 价钱
Arabe السعر
Portugais preço
Russe цена
Japonais 価格
Basque prezioa
Corse prezzu
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Synonymes de « prix »

Source : synonymes de prix sur lebonsynonyme.fr
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