Prétendre : définition de prétendre


Prétendre : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

PRÉTENDRE, verbe trans.

I.
A. − Revendiquer, poursuivre quelque chose comme un dû, comme la rétribution nécessaire d'une certaine activité, position ou qualité. Synon. briguer, exiger, postuler, réclamer; anton. abdiquer, se désister, renoncer, résigner.
1. Vx. Prétendre + subst. ou pron.Cet amour (...) d'un dévouement à tout péril, osant tout mériter et n'osant rien prétendre (Marmontel, Essai sur rom., 1799, p.299).L'Église ne saurait prétendre suzeraineté sur l'Empire: elle n'eut aucune part à son établissement; aucun titre légal ne l'autorise à en revendiquer l'hommage (Ozanam, Philos. Dante, 1838, p.183).
2. Prétendre à + subst. ou pron.Le peuple ne demande que le nécessaire, il ne veut que justice et tranquillité; les riches prétendent à tout, ils veulent tout envahir et tout dominer (Robesp., Discours, Marc d'argent, t.7, 1791, p.166).Ses droits à pension au regard du régime général recommencent à courir à compter de ladite réintégration. Toutefois, dans le cas où il ne pourrait prétendre à pension au titre du régime de retraite auquel il a été affilié pendant sa mise hors cadre, il pourra (...) solliciter la prise en compte dans le régime général (Encyclop. éduc., 1960, p.297).
3. Absol. N'avoir rien à prétendre. Vous êtes un homme de la justice; vous êtes bien pressé de venir mettre les scellés chez nous. On n'a pas besoin de vous; la fille est majeure; et puisque je n'ai rien à prétendre (...) je n'en veux rien détourner (Sand, Jeanne, 1844, p.63).
B. −
1. Vouloir fermement, se proposer de faire telle chose (avec la conviction d'en avoir le droit, le pouvoir). Synon. entendre, tenir à.
a) Vx. Prétendre + subst. ou pron. (de/sur qqn.).Il vient un moment triste dans la vie, c'est lorsqu'on sent qu'on est arrivé à tout ce qu'on pouvait espérer, qu'on a acquis tout ce qu'on pouvait raisonnablement prétendre (Sainte-Beuve, Portr. contemp., t.5, 1846, p.465).Ce que je prétends de vous, c'est de m'aider à démêler quel genre de vie religieuse me peut convenir davantage (Gobineau, Pléiades, 1874, p.178).Je dis à Amour, mon ennemi: Toi qui oses, page Menu, prétendre sur moi quelque avantage (Moréas, Pèlerin pass., 1891, p.75).
b) Vieilli, littér. Prétendre + inf.Un cocher qu'on paie, et qui doit nous mener, non où il veut, ni comme il veut, mais où nous prétendons aller (Courier, Pamphlets pol., Au réd. «Censeur», 1820, p.36).
Prétendre ne pas + inf.Refuser nettement de. Il ne voyageait pas seul et bien plus il prétendait ne pas être invité sans sa compagne (Proust, J. filles en fleurs, 1918, p.475).
c) Vieilli, littér. Prétendre que + prop. au subj.:
. Au Théâtre-Français, elle [une pièce intitulée L'Intérêt général] garderait, je pense, l'aspect d'une comédie «de caractères», ce que je prétends qu'elle soit, ce qu'elle est, réussie ou non; plutôt que d'une satire sociale (ce qu'elle prétendait être d'abord, et qui reste son point faible, car je n'ai pu faire disparaître complètement toutes les traces de cette première intention, désastreuse). Gide, Journal, 1943, p.252.
2. Prétendre à.Aspirer à telle chose (à juste titre). Synon. ambitionner, convoiter, désirer, rêver, souhaiter, soupirer après, viser.
a) Prétendre à + subst. ou pron.Il reste pour moi quelque chose de surnaturel dans les circonstances d'un effacement humain aussi complet. Il serait par trop vain d'y prétendre et je me persuade aisément que cette ambition (...) ne témoigne de rien que de peu honorable (Breton, Nadja, 1928, p.18).Tout désirer, tout deviner, prétendre à tout au fond de soi-même, c'est un grand malheur pour un garçon qui est obligé de vivre médiocrement (Colette, Naiss. jour, 1928, p.54).
En partic., vieilli. Prétendre à (la main de) telle personne. Souhaiter l'épouser. Je touchais cet anneau qui me séparait d'elle à jamais (...). −Quoi! me disais-je, j'aurais pu prétendre aussi à elle! (...) mon nom, mon âge, ma fortune, tout me rapprochait d'elle (Krüdener, Valérie, 1803, p.80).[La demoiselle de compagnie] n'avait pas tardé à reconnaître que tous ces prétendants dont elle était assiégée prétendaient à tout excepté à sa main (Feuillet, Honn. d'artiste, 1890, p.22).
b) Prétendre à + inf.Il est vraiment, dans ce Paris admirable, bien des maisons qui, chacune, peuvent prétendre à être la première, et toutes le sont (Mallarmé, Dern. mode, 1874, p.728).Pour avoir prétendu à tout expliquer, il n'a rien expliqué (Massis, Jugements, 1923, p.127).
Rare, vx. Prétendre de + inf.L'homme peut aspirer à la vertu: il ne peut raisonnablement prétendre de trouver la vérité (Chamfort, Max. et pens., 1794, p.59).
C. − Péj. Avoir des ambitions exagérées, des visées hors de proportion avec ses capacités ou avec les possibilités réelles. Synon. se flatter, se piquer, se targuer, se vanter de.
1.
a) Prétendre + inf.Prétendre connaître, démontrer, expliquer, faire, imposer, juger, posséder, savoir, trouver. Rien de plus périlleux et de moins justifié que de prétendre établir une exacte proportion entre le châtiment et la faute morale (Blondel, Action, 1893, p.270).Les hommes qui ont la triste audace de prétendre conserver l'unité nationale dans la honte de l'armistice sont les mêmes qui, déjà, passent leur temps à calculer quelle police, (...) quel système de menaces, de censure, de délation leur sont nécessaires pour maintenir autour d'eux quelque apparence d'ordre public (De Gaulle, Mém. guerre, 1954, p.675).
Sans prétendre + inf.V. âme ex. 25.
Ne pas prétendre + inf.N'avoir pas la prétention de. Je ne prétends pas être infaillible (Beauvoir, Mandarins, 1954, p.177).
b) Rare. Prétendre que + prop. au subj.Quand une chose me plaira, je ne prétends pas qu'elle te plaise, encore moins qu'elle plaise aux autres. Le ciel nous préserve des législateurs en matière de beauté, de plaisir et d'émotion! (Taine, Voy. Ital., t.1, 1866, p.4).
2. Prétendre à + subst. ou inf.Elle prétendait à une finesse sans bornes, et toujours souriait avec malice; (...) elle voulait, par un sourire malin, faire entendre autre chose que ce que disaient ses paroles (Stendhal, Chartreuse, 1839, p.109).Non qu'elle eût le ridicule de prétendre à le diriger dans l'art: elle (...) connaissait ses limites (Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p.1549).
II. − Affirmer catégoriquement (généralement quelque chose de contestable), soutenir une hypothèse peu crédible avec une assurance exagérée, sans preuve à l'appui. Synon. assurer, avancer, déclarer, garantir.
A. −
1. Prétendre + subst. ou pron.Vous allez prétendre que j'ai accepté en paiement des tissus mités? −Je ne prétends rien. Je dis seulement que le marché a été conclu (Van der Meersch, Invas. 14, 1935, p.317).
2. Prétendre + subst. + attribut.Assurer fermement que telle chose ou personne est pourvue de telle qualité. V. appareillage ex. 3.
Empl. pronom. réfl. Se prétendre + attribut.Se présenter (généralement à tort) comme pourvu de certaine qualité, se faire passer pour. Vous vous prétendez sans talent littéraire, jeune présomptueux! (...) Vous vous vantez! (Villiers de L'I.-A., Contes cruels, 1883, p.48).Rapaces qui se prétendent leurs bienfaiteurs (Maran, Batouala, 1921, p.10).Il prétend qu'il descend en droite ligne de Scipion l'Africain. Ce sont des choses auxquelles il ne croit pas (...). Nombre de hauts personnages, à notre époque, se prétendent issus d'un héros antique (Montherl., Malatesta, 1946, iii, 5, p.502).
B. − Prétendre + inf.Prétendre tenir de. Un interminable monologue, où elle prétendait confusément en avoir assez de tout, et se libérer, (...) enfin des exagérations (Miomandre, Écrit sur eau, 1908, p.263).Descartes prétendait être le maître de ses rêves: la médecine contemporaine nous affirme que ce n'est pas impossible (Mounier, Traité caract., 1946, p.61).
C. −
1. Prétendre que + adv. d'affirm. ou de nég.Je ne suis plus qu'un honnête bourgeois (...) encore, honnête, c'est moi qui le dis, mais il y en a qui prétendent que non (Barrès, Cahiers, t.11, 1917, p.234).
2. Prétendre que + prop. à l'ind. ou au subj. après nég., interr. ou au cond. si le fait est considéré comme éventuel.Oser prétendre que. Ma femme prétendait que vous tomberiez amoureux de la jeune lady et moi j'affirmais que les philosophes sceptiques ne s'enflamment pas si aisément (Tocqueville, Corresp.[avec Gobineau], 1844, p.75).J'ai reçu une lettre de reproches de la jeune Bosquet, qui prétend que je l'oublie. Cela est parfaitement vrai; mais s'il fallait fréquenter tous ses amis, on ne rentrerait pas chez soi (Flaub., Corresp., 1865, p.174).Je ne prétends pas que je fusse coupable: c'était ainsi, voilà tout (Sartre, Mots, 1964, p.54).V. dieu 1reSection III B ex. de Ponchon.
Rem. Le subj. n'est pas nécessairement utilisé après une prop. avec prétendre à la tournure nég. ou interr.: Manente: Prétendez-vous que votre Silvio a posé ses pieds dans le feu? (...) Bartholomeo: Pas un honnête homme ne prétendra que Silvio a eu peur (Salacrou, Terre ronde, 1938, III, 2, p.237).
D. − Rare, empl. abs. On avait beau (...) jurer! prétendre! même exagérer si possible!... Elle hochait quand même incrédule! (Céline, Mort à crédit, 1936, p.492).
Prononc. et Orth.: [pʀetɑ ̃:dʀ ̥]. Ac. 1694, 1718: pre-; dep. 1740: pré-. Étymol. et Hist.I. A. 1. 1320 pretendre de suivi d'un subst. désignant une chose «demander, réclamer (un droit)» (ds Isambert, Rec. gén. des anc. lois fr., t.3, p.252); 2. 1587 pretendre de suivi d'un inf. «avoir l'intention de, espérer pouvoir faire» (Lanoue, [Discours pol. et milit.] 632 ds Littré). B. Pretendre a 1. a) suivi d'un subst. désignant une chose [empl. att. au sens de «réclamer (un droit)» ds N. de Wailly, Elém. de paloégr., Paris, t.1, 1838, p.160: copie de 1665 d'un vidimus en date de juin 1313 par Renaud, évêque de Metz, d'un acte de Renaud, comte de Bar, de mars 1118, Arch. nat. T 201, no70, cf. Gdf. Compl.] α) 1409 «aspirer à, rechercher» pretendre a union (Boucicaut, Mém., III, V ds Nouv. coll. de mém. rel. à l'Hist. de France, éd. Michaud et Poujoulat, t.2, p.295b); 1remoit. xves. [ms. xvies.] pretendre a la bonne foi (St Eustache, éd. H. Petersen, 176, Mém. Sté neo-philol. de Helsingfors, t.7, 1924, p.196); β) 1559 spéc. (Amyot, trad. Plutarque, Hommes illustres, Comp. de Timoléon avec Paul-Emile, II, éd. G. Walter, t.1, p.615: Il [Dion] aspirait et pretendait a ne sais quelle seigneurie et principauté); b) 1668 suivi d'un subst. désignant une pers. pretendre a [une femme] (Molière, Avare, IV, 4); 2. Ca 1470 suivi d'un inf. «chercher à, tenter de» (Georges Chastellain, Chron., éd. Kervyn de Lettenhove, t.4, p.323: ceux qui ont pretendu à moy desfaire). C. Pretendre 1. suivi de l'inf. a) 1459 «chercher à, aspirer à, tenter de» pretendre avoir vain pasturage (Coutumes de Bourgogne, XIII, V ds Nouv. coutumier gén., éd. Bourdot de Richebourg, t.2, p.1180); ca 1590 (Montaigne, Essais, III, IX, éd. P. Villey et V. L. Saulnier, p.949); b) 1531 [éd.] «vouloir fermement» (J. de Vignay, Mir. hist., II, fol. 10b ds Gdf. Compl.); c) 1670 «avoir la prétention de, se flatter de» (Pascal, Pensées, 84 ds OEuvres, éd. J. Chevalier, p.1108: il est arrivé à peu de prétendre connaître toute chose); 2. suivi d'un subst. désignant une pers. 1638, 8 janv. prétendre [une femme] (Voiture, Lettres, LXXXVI ds OEuvres, éd. Paris, J. Clousier, t.1, 1734, p.200: de tant de belles il n'y en a pas une seule que je prétende). D. 1669 prétendre que suivi du subj. je ne prétends pas que «je n'admets pas, je ne veux pas que...» (Molière, Pourceaugnac, I, 4). II. 1. Ca 1380 «affirmer fermement, soutenir, alléguer» (Jean Lefèvre, Vieille, 6 ds T.-L.); fin xves. empl. avec attribut (Commynes, Mém., V, 11, éd. J. Calmette, t.2, p.164: disant que le roi la pretendoit sienne [la ville d'Arras)]; 1759 réfl. empl. avec attribut (Voltaire, Candide, XXII, éd. R. Pomeau, 1979, p.188: jugea que la dame qui se prétendait Cunégonde était une friponne); 2. 1661 prétendre que suivi du subj. (Molière, École des maris, II, 8). Empr. au lat. praetendere prop. «tendre en avant; être situé devant» fig. «alléguer, invoquer, prétexter» à l'époque class.; «réclamer (une dette)» à basse époque (Digeste de Justinien); «affirmer fermement» au Moy. Âge (1310 ds Du Cange). Fréq. abs. littér.: 6710. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 9981, b) 6803; xxes.: a) 8813, b) 11074. Bbg. Berrendonner (A.). Le Fantôme de la vérité. Ling. Sémiol. 1977, no4, pp.130-160.

Prétendre : définition du Wiktionnaire

Verbe

prétendre transitif 3e groupe (voir la conjugaison)

  1. Soutenir, affirmer, être persuadé de.
    • Il affrontait tous les temps, bravait toutes les mers et prétendait que la mer et lui se connaissaient trop, depuis longtemps, « pour se faire des méchancetés ». — (Octave Mirbeau, Les eaux muettes )
    • Au milieu du siècle dernier, on traitait de songe-creux et de lunatiques ceux qui prétendaient aplanir les hiérarchies traditionnelles et renverser même la personne du Roi. — (Pierre Louÿs, Liberté pour l'amour et pour le mariage, 1900, dans Archipel, 1932)
    • Je quitte Dollero tout heureux car, au milieu de ses éloges, il a, prétend-il, trouvé une épigramme, […]. Je l'attriste en soutenant que c'est encore un éloge et pas une épigramme. — (Jean Giraudoux, Retour d'Alsace - Août 1914, 1916)
    • Enfin, on a prétendu qu'en 1888, le patron d'un smack de Grimsby serait grimpé au sommet et aurait pris la hauteur totale du rocher avec une ligne de sonde. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
    • A l'en croire, c'était lui qui dansait, qui levait la jambe, qui se dandinait, tellement il se donnait de mal pour communiquer à ces merveilleuses mais stupides créatures un peu du feu sacré dont il les prétendait dépourvues. — (Francis Carco, L’Homme de minuit, Éditions Albin Michel, Paris, 1938)
    • Tu sais, dit Tacherot, qu'elle toussotte un peu... Oh! rien de grave!... Mais le docteur prétend qu'il faut surveiller ses bronches. — (Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 177)
    • Le vrai fait nouveau, aujourd’hui, n’est peut-être pas que les peuples éprouvent les passions politiques, mais qu’ils prétendent les éprouver. Cette prétention suffit, d’ailleurs, à les rendre agissants et à fournir un merveilleux terrain d’exploitation à leurs meneurs. — (Julien Benda, La trahison des clercs, 1927, éd. 1946)
  2. Vouloir, entendre.
    • On l'avait bien vu voici quelque années à Manise, quand un autre Préfet, déjà soumis à la Fédération des Chasseurs, avait prétendu prohiber le pacage en forêt, aux bestiaux, même partiellement entravés. — (Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958)
    • Si je vous fais ce plaisir, je prétends que vous m’en fassiez un autre.
    • Je prétends bien qu’il me cède.
    • Je prétends faire ce voyage, rien ne m’en empêchera.
  3. Demander, réclamer comme un droit.
    • Je prétends un dixième, une moitié dans cette société.
    • Ce corps prétend le pas sur tel autre.
    • Il prétend marcher avant lui.
  4. (Mécanique) Appliquer une prétension à un élément mécanique.
    • Cela se produit si la courroie a été incorrectement prétendue.

prétendre intransitif

  1. Aspirer à une chose.
    • Il prétend à cette charge, à cette place.
    • Il n’y a rien de si élevé à quoi il ne puisse prétendre.
    • Il prétendait à la main de cette jeune fille.
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Prétendre : définition du Littré (1872-1877)

PRÉTENDRE (pré-tan-dr') v. a.

Il se conjugue comme tendre.

  • 1Réclamer, exiger comme un droit. Comme le plus vaillant, je prétends la troisième [part], La Fontaine, Fabl. I, 6. Je proteste de ne rien prétendre à tous vos biens, pourvu que vous me laissiez celui que j'ai, Molière, l'Av. V, 2. Ils [les maréchaux] prétendent du monseigneur, Sévigné, 2 août 1675. Je n'en prétends pas [de remettre des fermages à des fermiers] un grand mérite, puisque c'est par force, Sévigné, 15 juin 1680. Son frère Florien prétendit l'empire par droit de succession, comme le plus proche héritier, Bossuet, Hist. I, 10. Ces deux peuples étaient en guerre pour des terres que chacun d'eux prétendait, Bossuet, ib. III, 6. Je ne prétends de vous ni pitié ni secours, Briffaut, Ninus II, v, 4.

    Absolument. En ce cas il verra que je sais comme il faut Punir des insolents qui prétendent trop haut, Corneille, la Suiv. I, 8. Tu prétends un peu trop ; mais, quoi que tu prétendes, Rends-toi digne du moins de ce que tu demandes, Corneille, Cinna, IV, 6. J'ai les cheveux noirs, naturellement frisés, et avec cela assez épais et assez longs, pour pouvoir prétendre en belle tête, La Rochefoucauld, Portr.

  • 2Aspirer à. Ceux qui ne seront pas satisfaits de ces raisons [sur la divisibilité de l'espace à l'infini]… ne peuvent rien prétendre aux démonstrations géométriques, Pascal, Esprit géom. I.

    Prétendre la main, aspirer à épouser. Je n'ai point prétendu la main d'un empereur, Corneille, Pulch. I, 5.

    On dit de même : prétendre une personne. De tant d'amours il ne m'en est échu pas un, et de tant de belles il n'y en a pas une seule que je prétende, Voiture, Lett. 86. Ces deux nymphes, Mirtil, à la fois te prétendent, Molière, Mélic. I, 1. Et la preuve après tout que je vous en demande, C'est de ne plus souffrir qu'Alceste vous prétende, Molière, Mis. v, 2. Tous les princes à marier la prétendent [la princesse de Bavière], Sévigné, 267.

  • 3Avoir pour objet, en parlant de choses (peu usité en ce sens). Si de son arrivée [de l'ambassadeur romain] Annibal fut la cause, Lui mort, ce long séjour prétend quelque autre chose, Corneille, Nicom. I, 1.
  • 4Soutenir, affirmer. Valère : Que vient de te donner cette farouche bête ? - Ergaste : Cette lettre, Monsieur, qu'avecque cette boîte On prétend qu'ait reçue Isabelle de vous, Molière, Éc. des mar. II, 8. Gardez-vous de prétendre Que de tant d'ennemis vous puissiez vous défendre, Racine, Mithr. v, 5. Je prétens Qu'Aristote n'a point d'autorité céans, Racine, Plaid. III, 3. Prétendre avec Descartes que les animaux sont de pures machines privées du sentiment dont ils ont les organes, c'est démentir l'expérience et insulter la nature, Voltaire, Louis XIV, Écriv. Pardies. On prétend que le cardinal de Richelieu lui offrit [à Saumaise] une pension de douze mille francs pour revenir en France, à condition qu'il écrirait à la gloire de ce ministre, Voltaire, Louis XIV, Écriv. Saumaise.

    En ce sens, il ne prend guère pour complément direct qu'un nom indéterminé. Je prétends ceci. Ce que je prétends, c'est que… à d'austères devoirs le rang de femme engage, Et vous n'y montez pas, à ce que je prétends, Pour être libertine et prendre du bon temps, Molière, Éc. des femm. III, 2.

    Cependant on dit : prétendre une chose bonne, mauvaise, soutenir qu'elle est bonne, mauvaise. J'écrivis à l'ami Damilaville que des gens qui revenaient de Barége, prétendaient ces eaux souveraines pour les dérangements que…, Voltaire, Lett. d'Alembert, 15 oct. 1768.

  • 5Prétendre avec le verbe à l'infinitif sans préposition, avoir l'intention de. Une mouche survient, et des chevaux s'approche, Prétend les animer par son bourdonnement, La Fontaine, Fabl. VII, 9. Le compère aussitôt va remettre en sa place L'argent volé, prétendant bien Tout reprendre à la fois, sans qu'il y manquât rien, La Fontaine, ib. x, 5. Je prétends vous traiter comme mon propre fils, Racine, Athal. II, 7.

    Avoir la prétention, se flatter de. Il est arrivé à peu de personnes de prétendre connaître toutes choses : je vais parler de tout, disait Démocrite, Pascal, Pens. I, 1, édit. HAVET. Sur quoi d'ailleurs prétendez-vous être mieux traité que moi ? Voltaire, Babouc.

    On a dit : prétendre de. Après sa mort [de Vaugelas], les cahiers du dictionnaire, avec le reste de ses écrits, furent saisis par ses créanciers, qui prétendaient d'en tirer une somme considérable de quelque imprimeur, Pellisson, Hist. de l'Acad. III. Ne prétendez pas, mes pères, de faire accroire au monde que…, Pascal, Prov. X. J'irai à Bourbilly, où je prétends bien de vous voir, Sévigné, 15 juill. 1673.

    Prétendre que, avec le subjonctif, vouloir, entendre. Et qu'à moins de cela je ne dois point prétendre Qu'on puisse être content…, Molière, Tart. IV, 5. De lui seul il prétend qu'on reçoive la loi, Boileau, Sat. X. Demain, sans différer, je prétends que l'aurore Découvre mes vaisseaux déjà loin du Bosphore, Racine, Mithr. III, 1. Comme elles étaient publiques [les caresses que Mme de Cleveland faisait au duc de Montmouth], elle prétendait qu'elles dussent être sans conséquence, Hamilton, Gramm. X. Il [Malebranche] prétend que les anges aient été les causes occasionnelles des œuvres surprenantes de Dieu dans l'Ancien Testament, Fontenelle, Doutes sur les causes occas. Œuv. t. IX, p. 8, dans POUGENS. Chaque parti prétend que son vœu soit suivi, Lemierre, Barnevelt, I, 5.

    On met aussi quelquefois le conditionnel après prétendre à l'imparfait, et le futur après le présent. Traître, tu prétendais qu'en un lâche silence Phèdre ensevelirait ta brutale insolence, Racine, Phèd. IV, 2. S'il [le sultan] ose quelque jour me demander ma tête, Je ne m'explique point, Osmin, mais je prétends Que du moins il faudra la demander longtemps, Racine, Baj. I, 1.

  • 6 V. n. Aspirer à. Il ne prétend à vous qu'en tout bien et en tout honneur, Molière, Scap. III, 1. Il ne faut point que je prétende à vivre agréablement sans vous, Sévigné, 11 sept. 1675 (l'éd. de 1735 a : prétende de vivre) Interdire à mes vers, dont peut-être il fait cas, L'entrée aux pensions où je ne prétends pas, Boileau, Sat. IX. On ne fut point sévère pour la Fontaine, parce qu'il semblait ne prétendre à rien ; moins il exigeait, plus on lui accordait ; on lui passait ses mauvaises fables en faveur des excellentes, Voltaire, Mél. litt. Lett. de la Visclède. Il joint à l'amabilité à laquelle nos Français prétendent à tort ou à droit, une maturité de raison à laquelle malheureusement ils ne prétendent pas, D'Alembert, Lett. au roi de Pr. 15 sept. 1775. Cette révolution [française] qui, malgré la vieillesse du genre humain, prétendait à recommencer l'histoire du monde, Staël, Corinne, XII, 1.

SYNONYME

PRÉTENDRE LA PREMIÈRE PLACE, PRÉTENDRE à LA PREMIÈRE PLACE. Prétendre la première place, l'exiger comme un droit, comme quelque chose qui nous appartient. Prétendre à la première place, y aspirer, travailler à l'obtenir.

HISTORIQUE

XVe s. Le roi la pretendoit sienne [la ville], Commines, V, 11.

XVIe s. Les matieres ici traictées ne sont tant folastres comme le tiltre au dessus pretendoyt, Rabelais, Garg. I, Prol. On conçoit meilleure esperance de la fin où l'on pretend, quand on void que les principes sont bons, Lanoue, 399. La ville qu'il pretendoit d'assieger, Lanoue, 632. Ils pretendent tirer ce fruict de leur desseing…, Montaigne, I, 283. Nul esprit genereux ne s'arreste de soy ; il pretend tousjours, et va oultre ses forces, Montaigne, IV, 236. Ilz s'en retournerent tout court à grande diligence, ayans failly à prendre ce qu'ilz pretendoient, et à garder ce qu'ilz tenoient, Amyot, Timol. 27. Il aspiroit et pretendoit à ne sçay quelle seigneurie et principaulté, Amyot, Timol. et P. Aem. comp. 2.

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Prétendre : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

PRÉTENDRE, v. act. & n. (Gram.) avoir la prétention, l’espérance, la certitude de faire ou d’obtenir telle ou telle chose.

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Étymologie de « prétendre »

Étymologie de prétendre - Littré

Lat. prætendere, de præ, avant, et tendere, tendre.

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Étymologie de prétendre - Wiktionnaire

(XIVe siècle)[1] Du latin praetendere (« tendre en avant; être situé devant »).
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Phonétique du mot « prétendre »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
prétendre pretɑ̃dr play_arrow

Conjugaison du verbe « prétendre »

→ Voir les tables de conjugaisons du verbe prétendre

Citations contenant le mot « prétendre »

  • “A en juger par ce que nous avons vu ces dernières années, Mathieu peut prétendre à une victoire sur le Tour des Flandres et sur Paris-Roubaix(..;) Be Celt, Adrie van der Poel : "Mathieu peut prétendre à la victoire sur Paris Roubaix et le Tour des Flandres" - Be Celt
  • Ce serait le comble de la folie de prétendre amener tous les hommes à penser d'une manière uniforme. De Voltaire / Traité sur la Tolérance, 1763
  • Il faut avoir bien de la bêtise pour prétendre au génie. De Gaspard Koenig / Octave avait vingt ans
  • Vouloir donner de l’éducation à un homme indigne, c’est prétendre placer des noix sur une coupole. De Proverbe persan
  • Quand tu as refermé la porte de ta chambre et éteint la lumière, veille à ne jamais prétendre que tu es seul ; car Dieu est avec toi. De Epictète
  • La petite part de bonheur à laquelle l’homme peut prétendre n’existe que dans la mesure où il cesse de penser à lui. De Theodor Reik / Of Love and Lust
  • La manière la plus rapide de réussir est de prétendre suivre les règles des autres alors que vous suivez les vôtres. De Michaël Konda
  • Etre père, c’est prétendre que le cadeau qu’on préfère c’est un cendrier en terre cuite. De Bill Cosby
  • Quelle prétention de prétendre que l'informatique est récente : Adam et Eve avaient déjà un Apple ! De Anonyme
  • Pourquoi demander plus et prétendre rester toujours en fête, alors que les fêtes n'ont qu'un temps ? De Christian Chabanis
  • Pourquoi prétendre que je doive choisir ? C'est mon existence qui me choisit, petit à petit. De Pascal Lainé / L'Irrévolution
  • Je conviendrais bien volontiers que les femmes nous sont supérieures, si cela pouvait les dissuader de se prétendre nos égales. De Sacha Guitry
  • Nul ne peut se prétendre médecin s'il ne connaît les bases de l'astrologie. De Hippocrate

Images d'illustration du mot « prétendre »

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Traductions du mot « prétendre »

Langue Traduction
Corse riclamà
Basque erreklamazioa
Japonais 請求
Russe запрос
Portugais afirmação
Arabe يطالب
Chinois 要求
Allemand anspruch
Italien pretendere
Espagnol reclamación
Anglais claim
Source : Google Translate API

Synonymes de « prétendre »

Source : synonymes de prétendre sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « prétendre »


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