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Rêver

[rɛve]
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Définitions de « rêver »

Rêver - Verbe

  • Expérimenter des visions ou des pensées durant le sommeil.

    Et, allongé sur un lit d’ordures humides, un cochon tout rose, assoupi, grognait en rêvant. — Octave Mirbeau — La Bonne
  • (Désuet) Manifester une altération de l'esprit par des discours ou comportements incohérents.

    Dans sa fièvre, Monsieur le maire ne cessa de répéter des phrases dénuées de sens, semblant rêver plus qu'il ne s'exprimait.
    (Citation fictive)
  • (Par extension) Tenir des propos ou adopter une attitude qui s'écarte de la rationalité.

    Autour de la table de réunion, Julien émettait des idées si fantaisistes qu'on aurait dit qu'il rêvait éveillé, oubliant totalement le pragmatisme que réclame notre travail.
    (Citation fictive)
  • [Fusionnée] Se laisser absorber par son imagination sans but précis; concevoir mentalement sans contrainte.

    Lorsqu’un seul homme rêve, ce n’est qu’un rêve, mais si beaucoup d’hommes rêvent ensemble, c’est le début d’une nouvelle réalité.
  • Se livrer à l'imagination, aux souvenirs ou aux projets, s'évader de la réalité.

    Pauvre soldat, rêve, rêve, car demain peut-être, la mort impitoyable te prendra… Rêve à ces beaux jours passés pendant que l’on s'entretue…Rêve, c’est tout ce qui te reste, à toi qui as tout perdu, famille, bonheur…Pauvre soldat, toi qu’on appelle héros et qui souffre…Rêve Petit Soldat…
    — Correspondance d’Eugène Defat, 25 décembre 1917
  • Convoiter avec ardeur; avoir un désir profond.

    "Avec ça je m’exhibe dans les boîtes de nuit et les grands restaurants la plus superbe poule qui se puisse rêver ma dactylo Suzanne une enfant de dix-huit ans fraîche brune émoustillante en diable avec des yeux spirituels dans une frimousse d’ingénue.
    — Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette"
  • (Transitif) Se plonger dans un désir ou aspiration spécifique.

    "Loin du danger il ne rêve qu’exploits héroïques entreprises surhumaines et gigantesques mais quand vient le péril son imagination trop vive lui représente la douleur des blessures le visage camard de la mort et le cœur lui manque.
    — Théophile Gautier, Le capitaine Fracasse"
  • (Pronominal) S'imaginer occuper une position ou réaliser un exploit.

    "Une faiblesse cependant : son ambition démesurée qui tourne à la mégalomanie. Il se rêve à la Chambre au gouvernement.
    — Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette"

Expressions liées

  • Cela fait bien rêver (cela laisse perplexe, songeur.)
  • Il ne rêve qu'à ça
    Lui aussi il joue au football. Il ne rêve qu'à ça. C'est mon petit-fils, il a quatorze ans
    — Montherl., Olymp.
  • J'avais peur de rêver
  • Je rêve!
  • La lune rêve
  • On peut rêver (cela laisse perplexe, songeur.)
  • Rêver aux anges
  • Rêver creux
  • Rêver de châteaux en espagne, d'îles lointaines
  • Rêver de partir, de voyager
  • Rêver mariage
  • Rêver sa vie
    Il vaut mieux rêver sa vie que la vivre, encore que la vivre, ce soit encore la rêver.
    — Marcel Proust, Les plaisirs et les jours
  • Rêver toute la nuit, tout haut
  • Rêver à la moutarde (avoir l'air de penser à quelque chose et ne penser à rien.)
  • Rêver éveillé
    L'oisiveté me suffit, et, pourvu que je ne fasse rien, j'aime encore mieux rêver éveillé qu'en songe.
    — Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions

Étymologie de « rêver »

Du français du XIIe siècle resver (« errer »), de re- et *esver (« errer »), apparenté à desver (« divaguer »). Ce mot provient du gallo-romain *esvo (« vagabond »), issu du latin populaire *exvagus, composé de ex et de vagus (« errant »). Il avait le sens de « délirer, radoter » et a supplanté songer dans le sens de « faire des rêves en dormant ».

Usage du mot « rêver »

Évolution historique de l’usage du mot « rêver » depuis 1800

Fréquence d'apparition du mot « rêver » dans le journal Le Monde depuis 1945

Source : Gallicagram. Créé par Benjamin Azoulay et Benoît de Courson, Gallicagram représente graphiquement l’évolution au cours du temps de la fréquence d’apparition d’un ou plusieurs syntagmes dans les corpus numérisés de Gallica et de beaucoup d’autres bibliothèques.

Synonymes de « rêver »

Citations contenant le mot « rêver »

  • Au lieu de rêver ta vie, vis ton rêve !
    Anonyme — Petit livre du bonheur
  • Ma seule liberté est de rêver, alors je rêve de liberté.
    Benoît Granger
  • Le rêve est le phénomène que nous n'observons que pendant son absence. Le verbe rêver n'a presque pas de présent. Je rêve, tu rêves.
    Paul Valéry — Tel quel
  • La véritable intimité est celle qui permet de rêver ensemble avec des rêves différents.
    Jacques Salomé
  • La vie est un rêve, mais rêver n'est pas vivre.
    Constantÿn Huygens — Hofwijck
  • Il faut bien sûr imaginer Paul, tout en force, le regard baissé déjouant pour l’instant la description, le menton saillant, la mâchoire prognathe, sa stature excédant la mienne, l’impossibilité dans laquelle il est toujours de faire oublier son corps en dépit des mouvements qui lui traversent l’âme, fréquemment d’ailleurs car Paul est un sensible, un sentimental, même, doublant chez lui le musculaire toujours trahi quelle que soit l’ampleur de la chemise, la coupe du pantalon, la délicatesse de certains gestes, passons sur certains gestes, le visage suscitant chez l’observateur un irrépressible besoin de poncifs, nez épais, lèvres fortes, sourire enfantin, gourmand, la manière dont ses mains battent l’air quand il s’échauffe, le verbe non point tant facile que haut, expéditif et désaccordé souvent, mais sincère, toujours, mieux vaut en rire, maintenant, et d’ailleurs il se tait, il ne répond pas, je dois répéter ma question, il lève enfin les yeux, de beaux yeux, surtout un beau garçon, non pas un beau regard, donc, c’est du reste dommage, avec un beau regard j’aurais compris que Sandra, je n’aurais sans doute rien eu à dire, je n’ai d’ailleurs rien dit, à quoi bon, que dire à une femme qui vous quitte pour un homme dont les yeux sont seulement beaux, on se prend à rêver au contraire d’un amant au charme secret, plus proche de celui qu’on croyait exercer, ou qu’on n’exerce plus, qu’importe, un homme qui puisse prétendre à quelque vraie relève, dont on puisse tirer sinon profit du moins fierté, mais non, c’est cet homme-là que Sandra avait choisi, contre tout attente, ou en réponse à son attente, comment savoir, un homme dont le poids s’aggravait maintenant de celui de son mensonge, peut-être plus pervers au fond que ce qu’on avait pensé, duplique derrière le muscle, noyant des trésors de rouerie dans l’eau bleutée de son regard.
    Christian Oster — Paul au téléphone – Éditions de Minuit 1996
  • Je connus donc pour la première fois le plaisir, étrange pour un enfant, mais vivement senti par moi, de me trouver seule, et, loin d’en être contrariée ou effrayée, j’avais comme du regret en voyant revenir la voiture de ma mère. Il faut que j’aie été bien impressionnée par mes propres contemplations, car je me les rappelle avec une grande netteté, tandis que j’ai oublié mille circonstances extérieures probablement beaucoup plus intéressantes.Dans celles que j’ai rapportées, les souvenirs de ma mère ont entretenu ma mémoire ; mais dans ce que je vais dire je ne puis être aidée de personne.Aussitôt que je me voyais seule dans ce grand appartement que je pouvais parcourir librement, je me mettais devant la psyché et j’y essayais des poses de théâtre ; puis je prenais mon lapin blanc et je voulais le contraindre à en faire autant ; ou bien je faisais le simulacre de l’offrir en sacrifice aux dieux, sur un tabouret qui me servait d’autel. Je ne sais pas où j’avais vu, soit sur la scène, soit dans une gravure quelque chose de semblable. Je me drapais dans ma mantille pour faire la prêtresse, et je suivais tous mes mouvemens. On pense bien que je n’avais pas le moindre sentiment de coquetterie : mon plaisir venait de ce que, voyant ma personne et celle du lapin dans la glace, j’arrivais, avec l’émotion du jeu, à me persuader que je jouais une scène à quatre, soit deux petites filles et deux lapins. Alors le lapin et moi nous adressions, en pantomime, des saluts, des menaces, des prières, aux personnages de la psyché. Nous dansions le bolero avec eux, car, après les danses du théâtre, les danses espagnoles m’avaient charmée, et j’en singeais les poses et les grâces avec la facilité qu’ont les enfans à imiter ce qu’ils voient faire. Alors j’oubliais complétement que cette figure dansant dans la glace fût la mienne, et j’étais étonnée qu’elle s’arrêtât quand je m’arrêtais.Quand j’avais assez dansé et mimé ces ballets de ma composition, j’allais rêver sur la terrasse.
    George Sand — Histoire de ma vie
  • Ah! sous une feinte allégresseNe nous cache pas ta douleur!Tu plais autant par ta tristesseQue part ton sourire enchanteurÀ travers la vapeur légèreL’Aurore ainsi charme les yeux;Et, belle en sa pâle lumière,La nuit, Phoebé charme les cieux.Qui te voit, muette et pensive,Seule rêver le long du jour,Te prend pour la vierge naïveQui soupire un premier amour ;Oubliant l’auguste couronneQui ceint tes superbes cheveux,À ses transports il s’abandonne,Et sent d’amour les premiers feux !
    Gérard de Nerval — Romance

Traductions du mot « rêver »

Langue Traduction
Anglais dream
Espagnol sueño
Italien sognare
Allemand traum
Chinois 梦想
Arabe حلم
Portugais sonhe
Russe мечта
Japonais
Basque ametsa
Corse sognu
Source : Google Translate API


Sources et ressources complémentaires

Source : Google Books Ngram Viewer, application linguistique permettant d’observer l’évolution au fil du temps du nombre d'occurrences d’un ou de plusieurs mots dans les textes publiés.