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Mystère

Définitions de « mystère »

Trésor de la Langue Française informatisé

MYSTÈRE, subst. masc.

I.
A. − ANTIQ. RELIG., au plur. Enseignements secrets expliqués aux seuls initiés; p. ext. rites liés au culte de certaines divinités. Mystères d'Isis et d'Osiris, de Déméter, de Dionysos, de Samothrace; mystères orphiques, pythagoriciens; révéler les mystères aux initiés. Virgile (...) était initié aux mystères, dans lesquels se conservait, depuis tant de siècles, le sens du polythéisme et de l'ancienne théologie. Il s'était fait de coeur disciple de l'école de Pythagore et de Platon (P. Leroux, Humanité,1840, p.303).Julien était un fervent de Mithra, dont il célébrait les mystères dans son palais de Constantinople (Montherl.,Bestiaires,1926, p.513).Dans la multitude des Mystères qui se proposaient à la conscience religieuse des Anciens, les Mystères d'Éleusis prirent de bonne heure un rang privilégié (V. Magnien, Les Mystères d'Éleusis, Paris, Payot, 1929, p.20):
1. Dans leur aspect religieux, les schèmes archétypiques d'initiation, connus sous le nom de «mystères» depuis des temps reculés, figurent dans la trame de tous les rites religieux exigeant des cérémonies particulières au moment de la naissance, du mariage et de la mort. C.-G. Jung, L'Homme et ses symboles, Paris, R. Laffont, 1964, p.131.
Grands Mystères, petits Mystères. [Souvent avec une majuscule] Cérémonies religieuses qui initiaient les mystes et rendaient un culte à la divinité. Le 8 des calendes d'avril ou le 25 de mars (...) on (...) célébrait les grands Mysteres qui rappelaient le triomphe que le soleil, à cette époque, remportait tous les ans sur les longues nuits d'hiver (Dupuis,Orig. cultes,1796, p.334).Les Athéniens célèbrent (...) les petits Mystères lorsque le Soleil est dans le Bélier, et les grands Mystères quand il est dans les Pinces [le Cancer] (V. Magnien, Les Mystères d'Éleusis, Paris, Payot, 1929p.132).
Religions à mystères. Religions d'origine grecque ou orientale qui s'enracinent, selon les historiens modernes, dans les vieux cultes de la fécondité (d'apr. Encyclop. univ., t.11, 1971, p.519). Aussi bien, la règle fondamentale des anciennes religions à mystères, qui ont fleuri dans le monde méditerranéen, était-elle le silence: les initiés l'ont bien gardé (Encyclop. univ.,t.11,1971,p.519).
B. − RELIG. CHRÉT. Dogme révélé comme objet de foi, et qui ne peut être expliqué par la raison. Les mysteres de la religion chrétienne ont pour objet la lumiere, comme ceux des Perses ou de Mithra (Dupuis,Orig. cultes,1796p.410).On dégrade les mystères de la foi en en faisant un objet d'affirmation ou de négation, alors qu'ils doivent être un objet de contemplation (S. Weil, Pesanteur,1943, p.131).
Mystère de l'Incarnation, de la Rédemption, de la Trinité, mystère pascal.
Mystère d'iniquité. [P. réf. à la Bible, 2 Thess. 2. 7] ,,Action de Satan dans le monde, qui s'oppose au dessein de Dieu et culminera dans la manifestation de l'Antéchrist`` (Foi t.1 1968). Quel est ce mystère d'iniquité? Je veux le connaître; quelqu'un est au fond de cette tour (La Martelière,Robert,1793, v, 4, p.61).
THÉOL. CATH.
Mystère de l'Eucharistie*. Mystères du rosaire*.
[Par confusion entre ministerium «office» et le sens étymol. de mystère]
Les mystères sacrés. Les cérémonies du culte. Les saints, les sacrés mystères. Le sacrifice de la messe. Monseigneur Charlot y est venu lui-même célébrer les saints mystères (A. France,Anneau améth.,1899, p.47).
THÉÂTRE. Au Moyen Âge, genre dramatique qui mettait en scène des sujets religieux tels que la Nativité, la Passion, la Résurrection, des scènes tirées des deux Testaments ou de la vie des Saints (v. miracle, diablerie). Composer, jouer un mystère. On avait dressé, tout le long de la rue de la Calandre, un grand échafaud où l'on représentait le mystère de la Passion (Barante,Hist. ducs Bourg., t.4, 1821-24, p.323).Les Miracles et les Mystères se donnaient en plein jour dans les églises, dans les cours des palais de justice, aux carrefours des villes, dans les cimetières (Chateaubr.,Litt. angl., t.1, 1836, p.81):
2. ... il ne nous reste (...) rien de la musique des mystères, ces curieuses manifestations d'un art théâtral naïf, qui tirait ses sujets des livres saints, Bible ou Évangile, et dont les représentations avaient lieu en plein air, dans un décor naturel... Lavignac,Mus. et musiciens,1895, p.458.
II. − P. anal.
A. − Ce qui ne peut être expliqué par l'esprit humain dans la nature, ou dans les destinées humaines; ce qui est inconnaissable. Ces mystères qui n'ont probablement leur explication que dans d'autres mondes et dont le pressentiment est ce qui nous émeut le plus dans la vie et dans l'art (Proust,Temps retr.,1922, p.1032).En conclusion, le progrès scientifique laisse intact le mystère de la liaison. Cela revient à dire (...) que nous ne comprenons jamais le tout de rien, puisque les liaisons sont partout (Ruyer,La Conscience et le corps, Paris, Alcan, 1937, p.35).Qu'est-ce qu'un mystère, sinon un secret qui ne peut pas être résolu? Qu'est-ce qu'un mystère, sinon le problème en tout problème? (Jankél.,Le Mal, Paris, Arthaud, 1948, p.47):
3. Le mystère s'impose comme une chose inéluctable en même temps qu'insondable et dont on comprend qu'on ne la comprend pas et pourquoi. Vous en avez un exemple perpétuellement à la portée de votre intelligence: vous-même. Vous ne pouvez nier que vous êtes, ni en douter, ni regarder en face celui qui se tient derrière votre face. Lanza del Vasto,La Trinité spirituelle, Paris, Denoël, 1971, p.12.
SYNT. Mystère de l'âme, de l'art, de l'au-delà, de la destinée, de la mort, de l'univers; mystère impénétrable, inaccessible, incompréhensible, ineffable, inexplicable; grand, profond mystère.
Mystère féminin. Mystère propre à la personnalité de la femme (v. intuition* féminine). Je ne le crois pas très sensible au «mystère féminin!», pour parler comme vos romans (Arland,Ordre,1929, p.243).
Expressions
C'est un mystère! Mystère! [En guise de réponse à une question] Il n'y a pas d'explication. Pourquoi était-il là? Mystère (Maupass.,Contes et nouv., t.1, Dimanches bourg. Paris, 1880, p.333).
Le mystère des mystères. Ce qui est tout à fait incompréhensible. Toute consolation dans le malheur éloigne de l'amour et de la vérité. C'est là le mystère des mystères (S. Weil, Pesanteur,1943, p.112).
Mystère et boule de gomme* (fam.).
PHILOS. [Chez G. Marcel] Mystère et problème. Je me trouve en présence d'un mystère, c'est-à-dire, d'une réalité dont les racines plongent au delà de ce qui est à proprement parler problématique (G. Marcel, Position et approches concrètes du mystère ontologique, Louvain/Paris, éd. Nauwelaerts, 1967, p.61).
B. − Ce qui est difficile à comprendre, à expliquer, mais qui n'est pas absolument impénétrable. Mystère du cerveau, de la mémoire. Ce qui demeurait toujours un mystère pour lui, (...) c'était ce vol des trente mille francs et ce portefeuille retrouvé dans la poche du paletot (Ponson du Terr.,Rocambole, t.1, 1859, p.518).Paracelse (...) connaissait les mystères maintenant oubliés du sang, les effets médicaux encore inconnus de la lumière (Huysmans,Là-bas, t.2, 1891, p.230).Le mystère de l'uranium faisait d'ailleurs à cette époque des victimes inattendues. Quelques centaines de kilos d'uranium métal avaient disparu à la fin de la guerre des laboratoires allemands (Goldschmidt,Avent. atom.,1962, p.80):
4. ... rien n'était venu m'apprendre comment l'assassin avait pu sortir de la chambre jaune; et, tant que ce mystère qui me paraissait inexplicable ne me serait pas expliqué, j'estimais, moi, qu'il était du devoir de tous de ne soupçonner personne. G. Leroux, Myst. ch. jaune,1907, p.25.
SYNT. Mystère d'une affaire, d'un crime, d'une intrigue; le mystère d'une écriture hiéroglyphique, des sources du Nil; mystère archéologique, politique; dédale, tissu de mystères; horrible, prodigieux, sombre, ténébreux, troublant mystère; débrouiller, découvrir, démêler, éclaircir, pénétrer, percer, résoudre un mystère.
Bureau des mystères (arg.). ,,Service des recherches dans l'intérêt des familles`` (Sandry, Carrère, Dict. arg. mod., 1953, p.172).
Clef du mystère. Éclaircissement du mystère. − Le hasard nous donnera peut-être la clef de ce mystère! − Le hasard! Spilett! Je ne crois guère au hasard (Verne,Île myst.,1874, p.389).
Maître, prince du mystère. Celui qui détient la solution de l'énigme, policière ou autre. Ainsi s'exprime, par la bouche de ses personnages, le maître de l'horrible, le prince du mystère (Baudel.,Paradis artif.,1860, p.373).
Mystère sur mystère. Difficultés qui s'ajoutent les unes aux autres pour comprendre quelque chose. On apprit bientôt que Manon-La-Blonde était amoureuse folle d'un jeune homme qu'on ne voyait guère, car il passait pour être sourd à toutes les preuves d'amour de la blonde Manon. Mystère sur mystère (Balzac,Splend. et mis.,1847, p.559).
Voilà tout le mystère. P. iron. Voilà toute l'explication et qui en fait est assez simple. Cet élancement des eaux venait des moulins qu'ils construisent sur les courants aboutissant au Gave: quand la bonde en est fermée, les eaux s'élèvent en jaillissant; voilà tout le mystère (Dusaulx,Voy. Barège, t.2, 1796, p.8).
C. − Ensemble de précautions prises pour cacher quelque chose sur quoi on veut que le secret soit gardé. Cacher, deviner, pressentir, révéler un mystère; s'envelopper, s'entourer de mystère; vivre dans le mystère. Je sortirai par le jardin. Ce mystère était un piment qu'elle ajoutait à son escapade; simple raffinement de jouissance, car elle serait sortie à minuit par la grande porte, que son mari n'aurait pas seulement mis la tête à la fenêtre (Zola,Curée,1872, p.442).Tout le mystère immédiat de ses rentrées tardives, de ses cachotteries, de ses mensonges (Montherl.,Bestiaires,1926, p.502):
5. Avec cela, une force de volonté, de caractère, une puissance de mystère, à laquelle rien ne peut être comparé; un secret, tous ses secrets renforcés, cachés, sans une échappade à nos yeux (...) un mystère continué jusqu'à la mort et qu'elle devait croire enterré avec elle, tant elle l'avait bien enfoui en elle! Goncourt,Journal,1862, p.1121.
Mystère du confessionnal. Secret qui s'y adjoint. Secrets infâmes chuchotés dans le mystère des confessionnaux (Maupass.,Contes et nouv., t.2, Champ d'oliv., 1890, p.96).
Mystère de polichinelle. Synon. usuel secret* de polichinelle.Faux secret, que tout le monde connaît. Quel est donc ce mystère de polichinelle que recouvre le masque de l'escamoteur? (Jankél.,Je-ne-sais-quoi,1957, p.15).
Avec mystère. En secret. Au point du jour, on me fit descendre avec mon fils dans un bateau; nous fûmes débarqués avec mystère (Las Cases,Mémor. Ste-Hélène, t.2, 1823, p.530).Avec un air de mystère. Avec l'air de cacher quelque chose. Vers la fin du repas, Jacques Thiriet, qui était sorti avec un air de mystère, rapporta triomphalement de la cave une bouteille de vin vieux (Moselly,Terres lorr.,1907, p.184).
En grand mystère. En grand secret. Recevoir qqn en grand mystère. Bohémond (...) vint les prévenir en grand mystère d'un prétendu complot ourdi contre eux parmi les Francs (Grousset,Croisades,1939, p.33).
Faire mystère de qqc. Cacher quelque chose avec soin. Faire mystère de son âge. À la table de l'hôtel où il était descendu, il ne fit point mystère de ses projets et de son dévouement (Stendhal,Chartreuse,1839, p.30).P. iron. Faire des mystères (de tout), (en) faire (tout) un mystère (de qqc.). Refuser de parler clairement de quelque chose, qui n'est pas réellement mystérieux.
Ce n'est un mystère pour personne que... Tout le monde le sait. Ce n'est un mystère pour personne au collège que je m'intéresse à vous (Montherl., Ville dont prince,1951, i, 1, p.854).
Il est tout cousu de petits mystères, il est tout mystère (de la tête aux pieds) (Ac. 1835, 1878). Il cache tout avec soin. Si les soupçons ne planaient que sur deux ou trois de ses intimes, nous saurions quel est son cavalier servant; mais c'est une femme tout mystère (Balzac,MmeFirmiani,1832, p.360).
D. − ART CULIN. Dessert glacé enrobé de meringue, d'amandes et de noisettes pilées. (Ds Rob. Suppl. 1970, Lexis 1975). Mystère au café, au chocolat, à la vanille; recette du mystère flambé au grand Marnier.
E. − P. anal. (avec I A)
1. Au plur. Connaissances qui ne sont pas expliquées aux profanes. Les mystères de l'occultisme, de la politique, du spiritisme, de la vie parisienne, de la vie privée. Tant de finasseries ne nous plaisaient qu'à demi; mais, respectueux des mystères de la diplomatie, nous finissions par convenir que certaine dissimulation était peut-être légitime (Ambrière,Gdes vac.,1946, p.133).
Mystères de qqc. Voilà bien la femme Qu'il vous faut, elle vous initiera très-gracieusement aux mystères de l'élégance (Balzac,Secrets Cadignan,1939, p.322).Une danseuse à qui elle croyait du génie (...) devait l'initier aux mystères de la chorégraphie russe (Proust,Sodome,1922, p.687).Initier qqn aux mystères de la vie. Informer quelqu'un de ce qu'est la génération, la naissance. Peut-être (...) se servit-il de Godeschal pour initier le pauvre enfant aux mystères de la vie (Balzac,Début vie,1842, p.439).
2. Caractère indéfinissable, ineffable d'une personne. Mystère de l'âme, du coeur, d'une personne. Le mystère est en moi comme couve une flamme Dans un tas de sarments (Moréas,Stances,1901, p.144):
6. On est quelquefois intrigué et, oui, presque irrité par le mystère des êtres que l'on côtoie ainsi dans la vie sans jamais pouvoir les connaître. Green,Journal,1939, p.213.
3. Ce qui donne l'impression du mystérieux, c'est-à-dire ce qui, par son aspect inattendu, menaçant, étrange, irréel ou fantastique exerce un attrait, une répulsion ou un charme.
a) [À propos d'un élément de l'espace ou du temps] Mystère du crépuscule, de la forêt, de la nuit, du soir. Le mystère d'une vallée parfaite et profonde que tapissait le clair de lune (Proust,Temps retr.,1922, p.693):
7. Ces souterrains étaient la clef d'un monde de ténèbres, de terreurs, de mystères, un immense abîme creusé sous nos pieds, fermé de portes de fer, et dont l'exploration était aussi périlleuse que la descente aux enfers d'Énée ou du Dante. Sand,Hist. vie, t.3, 1855, p.105.
L'heure du mystère. Le crépuscule. Et peut-être le soir, à l'heure du mystère, Quelque jeune beauté me donnera des pleurs (Baour-Lormian,Ossian,1827, p.217).
b) [À propos d'une métamorphose de la réalité par le songe, la création artistique] Mystère du clair-obscur, du rêve; mystère poétique. Quel frisson dans toute la chair! Le mystère est là entre deux vers, sans qu'on l'ait vu venir (Rivière,Corresp. [avec Alain-Fournier], 1906, p.344).Qui n'a pas tenu sous ses doigts le mystère des six dièses de la Ballade en fa dièse (...), celui-là ne peut comprendre Gabriel Fauré (Jankél.,Je-ne-sais-quoi,1957, p.88):
8. Et comme l'art recompose exactement la vie, autour des vérités qu'on a atteintes en soi-même flottera toujours une atmosphère de poésie, la douceur d'un mystère qui n'est que le vestige de la pénombre que nous avons dû traverser, l'indication, marquée exactement comme par un altimètre, de la profondeur d'une oeuvre. Proust,Temps retr.,1922, p.898.
REM. 1.
Mystériarque, subst. masc.Mystagogue qui préside aux cérémonies des mystères. Il se nomme «l'initié d'Hermès, le mystériarque des antiques croyances» (Bloy,Journal,1903, p.198).
2.
Mystérique, adj.Relatif au(x) mystère(s). a) Antiq. L'exégèse retrouve dans le Nouveau Testament, non seulement l'écho direct de la vieille bible (...) mais encore l'influence des cultes mystériques, des croyances orphiques, des conceptions gnostiques, voire de la morale stoïcienne ou de la sagesse populaire (Philos., Relig., 1957, pp.38-11).b) Auj. Dom Odon Casel (...) a défendu toute sa vie la conception «mystérique» du culte chrétien. En réaction contre le rationalisme théologique, dom Casel s'est fait l'apôtre du «retour au mystère» (...) comme une réalité vécue au sein de la communauté ecclésiale et de sa liturgie (Encyclop. univ.t.111971, p.520).
Prononc. et Orth.: [mistε:ʀ]. Ac. 1694 et 1718: -stere; dep. 1740: -stère. Étymol. et Hist. A. 1. 1174-84 «caractère profond (de quelque chose), vertu inhérente (à quelque chose)» (Gautier d'Arras, Ille et Galeron, 1537 ds T.-L.); 2. ca 1240 «secret (dans le domaine de la religion chrétienne)» (Guillaume Le Clerc, Joies N.D., 210, ibid.); 3. 1452 «ce qu'il y a d'inexplicable pour la raison humaine» (Arnoul Greban, Mist. de la passion, éd. O. Jodogne, 2109); 4. 1643 «chose obscure, secrète, réservée à des initiés» (Rotrou, Bélisaire, IV, 4); 5. 1656-57 «soin que l'on prend pour dissimuler quelque chose» (Pascal, Provinciales, éd. Brunschvicg, I, IV, p.131). B. 1. xiiies. le saint mystère «sacrifice de la messe» (Du Chevalier qui ooit la messe ds Fabliaux et Contes, éd. Barbazan, t.1, 82); 1694 les saints mystères (Ac.); 2. xves. «rite secret du polythéisme antique» (Chron. et hist. saint et prof., Ars. 3515, fo25 vods Gdf. Compl.); 3. a) xiiies. «service, office» (Bible, ms. B.N. fr. 398 ds S. Berger, Recherches sur les bibles prov. et catalanes ds Romania t.19, p.517); b) av. 1453 «cérémonie, en particulier ici, festin d'apparat» (Monstrelet, Chron., éd. L. Douët d'Arcq, t.2, p.72); 4. 1402 «représentation dramatique d'inspiration religieuse» (Lettre de Charles VI aux confrères de la passion ds Petit de Julleville, Les Mystères, t.1, 192); 5. 1551 faire mystère de «attribuer de l'importance à» (Aneau, Quintil, p.171 ds Hug.); 1672 «forme, difficulté que l'on apporte à quelque chose» (Molière, Femmes savantes, II, 9). C. 1. 1965 aviat. (Quillet); 2. 1970 art culin. (Rob. Suppl.). Empr. au lat. mysterium «mystères, cérémonies secrètes en l'honneur d'une divinité et accessibles seulement à des initiés», «mystère, chose tenue secrète», les sens B 3 et 4 viennent du sens de «service, office, cérémonie» pris en lat. médiév. par mysterium (v. Blaise Lat. chrét.), par confusion avec ministerium (v. ministère). Fréq. abs. littér.: 6482. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 209, b) 7938; xxes.: a) 10757, b) 8985. Bbg. Europäische Schlüsselwörter. Bonn-München, 1964, t.2, p.78. _ Wolff (E.). Die Terminologie des Mittelalterlichen Dramas in Bedeutungsgeschichtlicher Sicht. Anglia. 1960, no78, pp.14-18.

Wiktionnaire

Nom commun - français

mystère \mi.stɛʁ\ masculin

  1. Ce qu’une religion a de plus caché, ce qui n’est connu que des initiés.
    • Alliette est l’homme le plus heureux de la terre ; il ne parle que tarots, cartes, sortilèges, sciences égyptiennes de Thot, mystères isiaques. — (Alexandre Dumas, Les Mille et Un Fantômes)
  2. (En particulier) (Bible, Christianisme) Vérité de foi contenue dans la révélation et qui, sans contredire la raison, la dépasse.
    • On peut considérer que la raison, incapable d’établir la possibilité intrinsèque des mystères révélés, telles que la Trinité, l’Incarnation, l’Eucharistie, la création ex nihilo, peut néanmoins établir qu’ils ne sont pas contradictoires […] Les mystères, étant supra-rationnels, ne sauraient être démontrés ; mais, comme ils ne sont pas pour cela anti-rationnels, les arguments qui tendent à établir qu’ils sont absurdes n’ont aucune valeur probante […] — (Louis Rougier, Histoire d’une faillite philosophique : la Scolastique, 1925, éd. 1966)
    • Il est certain qu’ésotéristes et amateurs de mystère préféreront toujours continuer à considérer la question comme insoluble de façon technique. Car le mystère est une forme indéniable de plaisir, et qui s'autoexcite indéfiniment. — (Eric Guerrier, Pyramides: ou le principe de l'escalier, Editions L'Harmattan, 2012, page 13)
  3. (Par extension) (Figuré) Ce qu’il y a de caché, de secret, d'inconnaissable dans les phénomènes de la nature ; ce qui est inexplicable par la raison humaine.
    • Le mystère des perturbations de l’orbite de Mercure n'a finalement été élucidé qu'avec la théorie de la relativité générale proposée par Albert Einstein au début du XXème siècle. — (Barry Williams (traduit par Claude Lafleur), L’Astrologie confrontée aux progrès de l’astronomie, dans Le Québec sceptique, n°24, décembre 1992, p. 41)
    • La grande forêt des Ardennes est une des plus chargée de mystères. […]. l'hiver, lorsque la neige a cessé de tomber depuis quelques jours, lorsque l'armée des sapins noirs immobiles se détache sur le sol blanc, le voyageur solitaire doit se défendre contre un sentiment de crainte, presque d'angoisse. — (Georges Blond, L'Agonie de l'Allemagne 1944-1945, Fayard, 1952, p.130)
    • L’aporie est une espèce d’énigme, mais considérée d’un point de vue logique plutôt que magique ou spirituel. C’est un problème qu’on renonce à résoudre, au moins provisoirement, ou un mystère qu’on refuse d’adorer. — (André Comte-Sponville, Dictionnaire philosophique, Presses universitaires de France, 2001)
  4. (Figuré) Ce qu’il y a de caché, de secret dans les affaires humaines.
    • Jusqu’à cette nuit, aucune lumière accusatrice ne s’était échappée de ces deux âmes ; mais entre elles et Dieu certainement il s’élevait quelque sinistre mystère. — (Honoré de Balzac, La Femme de trente ans, Paris, 1832)
    • C’est comme cela. Moi aussi j’ai mes mystères, tout maire que je suis ; mais venez, je vais vous montrer autre chose. — (Alexandre Dumas, Les Mille et Un Fantômes)
    • Ce coin perdu de Jan-Mayen n’est pas à l’abri des cancans, des mystères, des intrigues et même des complications diplomatiques. — (Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland, 1928)
  5. Les soins, les précautions que l’on prend pour n’être pas entendu, pour n’être pas observé.
    • Je donnai même à ce mutisme un air d’imbécillité pour laisser Mauricette expliquer elle-même son mystère. — (Pierre Louÿs, Trois Filles de leur mère/Chapitre 1, 1926)
    • Il m’a entretenu, avec beaucoup de mystère, de tous ses chagrins. - Ils sont sortis tous deux en grand mystère.
    • (Ironique) Pourquoi faire tant de mystère pour nous dire ce que tout le monde sait ? - Faut-il faire tant de mystère pour si peu de chose ?
  6. (Religion) Composante du rosaire.
  7. (Histoire) Nom que l’on donnait, au Moyen Âge, à certaines pièces de théâtre, d’inspiration religieuse, dont le sujet était tiré des Écritures ou de la vie des saints.
    • Ce jour-là, il devait y avoir feu de joie à la Grève, plantation de mai à la chapelle de Braque et mystère au Palais de Justice. — (Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, 1831)
    • Pour la poésie dramatique en langue vulgaire, sa partie religieuse, le mystère et le miracle, se rattachait aux mystères latins antérieurs, qui eux-mêmes étaient une partie du culte, et tenaient à cet ensemble de représentations théâtrales que l’église avait empruntées originairement au paganisme. — (Jean-Jacques Ampère, La Littérature française au moyen-âge, Revue des Deux Mondes, 1839, tome 19)
    • Tour à tour commencent à défiler les pages, les rois, les anges, les saintes, qui paraissent jouer un de nos vieux mystères avec, comme décor, la cathédrale. — (Germaine Acremant, Ces dames aux chapeaux verts, Plon, 1922, collection Le Livre de Poche, page 238.)
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MYSTÈRE. n. m.
Ce qu'une religion a de plus caché, ce qui n'est connu que des initiés. Toutes les religions ont leurs mystères. Les mystères d'Éleusis, de Mithra, d'Isis et d'Osiris. Être initié aux mystères. Les anciens punissaient sévèrement ceux qui avaient violé, révélé les mystères. Il signifie plus particulièrement, dans la religion chrétienne, Vérité de foi contenue dans la révélation et qui, sans contredire la raison, la dépasse. Le mystère de la Trinité, de l'Incarnation. Le mystère du corps et du sang de JÉSUS-CHRIST. Les principaux mystères de la foi. Par extension, Les saints mystères, Le sacrifice de la messe. Célébrer les saints mystères. Participer aux saints mystères.

MYSTÈRE se dit, figurément et par extension, de Ce qu'il y a de caché, de secret dans les phénomènes de la nature et dans les sentiments de l'homme. Étudier, approfondir, pénétrer, révéler les mystères de la nature, les mystères du cœur humain. Il désigne figurément Ce qu'il y a de caché, de secret dans les affaires humaines. Le plus profond mystère enveloppe toute cette aventure. Il y a un mystère, du mystère là-dessous. Il se dit aussi de Certains soins, de certaines précautions que l'on prend pour n'être point entendu, pour n'être point observé. Il m'a entretenu, avec beaucoup de mystère, de tous ses chagrins. Ils sont sortis tous deux en grand mystère. Ironiquement, Pourquoi faire tant de mystère pour nous dire ce que tout le monde sait? Faut-il faire tant de mystère pour si peu de chose? Voilà bien des mystères, bien du mystère. Il n'y a pas grand mystère à cela. Faire mystère, un mystère d'une chose, La tenir secrète, la cacher avec soin. Il nous a fait mystère de sa naissance, de sa profession, de sa méthode. Il fait mystère des moindres choses. Il n'en fait pas mystère. On dit dans le même sens Mettre du mystère à quelque chose. Il est tout mystère se dit d'un Homme qui a coutume de faire le mystérieux.

MYSTÈRE est aussi le Nom que l'on donnait, au moyen âge, à certaines pièces de théâtre, d'inspiration religieuse, dont le sujet était tiré de l'Écriture ou de la vie des saints. Le mystère de la Passion. Le mystère du siège d'Orléans. La représentation d'un mystère. Le théâtre des mystères.

Littré (1872-1877)

MYSTÈRE (mi-stè-r') s. m.
  • 1 Terme d'antiquité. Culte secret dans le polythéisme, auquel on n'était admis qu'après des initiations successives. Plutarque dit qu'il n'y avait personne à Delphes ni dans ce pays qui ne fût initié aux mystères, Fontenelle, Oracles, I, 13. Sous Erechthée, l'on marque l'arrivée de Cérès en Attique après l'enlèvement de sa fille et l'établissement des mystères à Éleusis, Rollin, Hist. ancienne, Œuvr. t. II, p. 497, dans POUGENS.

    Petits mystères, mystères qui se célébraient à Agra, près d'Athènes, au mois d'anthestérion, et qui étaient de moindre importance que les grands mystères, qui se célébraient à Éleusis au mois de boédromion.

    Par extension, ce que la religion païenne avait de plus caché. À l'envi l'un et l'autre étalait sa manie, Des mystères sacrés hautement se moquait, Corneille, Poly. III, 2. Ou même s'empressant aux autels de Baal, Se fait initier à ses honteux mystères, Racine, Athal. I, 1. On menace le temple, et les divins mystères Sont bientôt profanés par des mains téméraires, Voltaire, Olymp. II, 5.

  • 2Dans la religion chrétienne, tout ce qui est proposé pour être l'objet de la foi des fidèles, et qui paraît contredire la raison humaine ou être au-dessus de cette raison. Le mystère de l'incarnation. On les tient [les chrétiens] pour sorciers dont l'enfer est le maître, Et, sur cette croyance, on punit du trépas Des mystères secrets que nous n'entendons pas, Corneille, Poly. IV, 6. Le mot de Galilée, que la foule des Juifs prononça comme par hasard, en accusant Jésus-Christ devant Pilate, donna sujet à Pilate d'envoyer Jésus-Christ à Hérode ; en quoi fut accompli le mystère qu'il devait être jugé par les Juifs et les gentils, le hasard en apparence fut la cause de l'accomplissement du mystère, Pascal, Pens. XXIV, 29, éd. HAVET. Le mystère le plus éloigné de notre connaissance, qui est celui de la transmission du péché, Pascal, ib. VIII, 1. Tant qu'on ne voudra point fonder sur une promesse certaine une autorité infaillible qui arrête la pente des esprits… la religion où il y aura le moins de mystères sera nécessairement la plus suivie, Bossuet, 6e avertissement, III, 32. Je n'ai jamais douté des mystères de notre religion, Bossuet, Louis de Bourbon. C'était [la messe] de tous les mystères celui qui lui paraissait le plus incroyable, Bossuet, Anne de Gonz. Alors il se souvint des irrévérences dont hélas ! on déshonore ce divin mystère [la messe], Bossuet, Louis de Bourbon. Les absurdités où ils [les libertins] tombent en niant la religion deviennent plus insoutenables que ses vérités dont la hauteur les étonne ; et, pour ne vouloir pas croire des mystères incompréhensibles, ils suivent, l'une après l'autre, d'incompréhensibles erreurs, Bossuet, Anne de Gonz. Ceux qui se disent que ce mystère [l'eucharistie] surpasse en sa hauteur toute la mesure du sens humain, veulent néanmoins nous assujettir à résoudre les difficultés que le sens humain nous propose, Bossuet, Euchar. I, 4. Un sang impur offert à Baal, voilà le mystère de l'impiété ; le sang d'un Dieu qui nous purifie, voilà le mystère de l'amour divin, Bourdaloue, Myst. Circoncision de J. C. t. I, p. 61. De la foi d'un chrétien les mystères terribles, Boileau, Art p. III. Tout est mystère dans la conduite du Sauveur, Massillon, Carême, Samar.

    Les saints mystères, les sacrés mystères, le sacrifice de la messe. Lorsqu'ils [les fidèles] participent aux saints mystères, Bossuet, Euchar. IV, 1. Pour assister aux sacrés mystères, Fléchier, Dauph. Vous approchez des mystères saints, mais c'est sans ferveur, Massillon, Carême, Salut.

  • 3Quelque chose qui est caché avec un certain caractère religieux. Le respect que l'on porte à l'antiquité est aujourd'hui à tel point dans les matières où il doit avoir moins de force, que l'on se fait des oracles de toutes ses pensées et des mystères même de ses absurdités, Pascal, Frag. d'un traité du vide. Nos magistrats ont bien connu ce mystère [l'effet que la pompe fait sur la foule], Pascal, Pens. III, 3. Je ne comprends pas ce grand mystère que vous faites de la providence de Dieu : je ne trouve rien au monde de si aisé à comprendre dès qu'on veut bien le regarder comme le créateur de toutes choses et le maître absolu de ses créatures et de son univers ; il fait agir nos volontés selon les fins qu'il a réglées…, Sévigné, t. X, p. 543, édit. RÉGNIER. C'est l'ordinaire de mêler du mystère dans l'origine des villes et des États pour les rendre plus célèbres, Fléchier, Hist. de Théodose, II, 37.
  • 4En général, secret. Les mystères de la politique. Mystère d'État. Les mystères de cour sont souvent si cachés, Que les plus clairvoyants y sont bien empêchés, Corneille, Nicom. III, 4. Mais d'un sujet au roi, c'est crime qu'un mystère, Corneille, Suréna, IV, 3. Quel mystère est caché dessous cette menace ? Rotrou, Bélis. IV, 10. Tout cela se conduit avec mystère, Pascal, Prov. XVII. Incapable de mystère, Pascal, Pens. XIX, 8. Saint Hilaire explique plus amplement ce mystère d'iniquité [le langage trompeur des Ariens], Bossuet, 2e instruc. pastor. § 111. Ce n'est pas en ces lieux Qu'il faut développer ce mystère à vos yeux, Racine, Brit. III, 6. Ce dessein [l'empoisonnement de Britannicus] s'est conduit avec plus de mystère, Racine, Brit. V, 5. Seigneur, de ce départ quel est donc le mystère ? Racine, Bérén. I, 4. De ses feux innocents j'ai trahi le mystère, Racine, Mithrid. IV, 4. Qui sait même, qui sait si le roi votre père Veut que de son absence on sache le mystère ? Racine, Phèdre, I, 1. Vous seule avez percé ce mystère odieux, Racine, ib. V, 1. Il sait les bruits communs, les historiettes de la ville ; il ne fait rien, il dit ou il écoute ce que les autres font ; il est nouvelliste, il sait même le secret des familles ; il entre dans de plus hauts mystères : il vous dit pourquoi celui-ci est exilé, et pourquoi on rappelle cet autre, La Bruyère, II. Le grand événement qui vous remplit d'effroi, Palmire, est un mystère entre le ciel et moi, Voltaire, Fanat. V. 2. Quel est ce vieillard téméraire Qu'on dérobe à ma vue avec tant de mystère ? Voltaire, Mérope, IV, 1. Les bruyants états de Cythère S'y tenaient sur la fin du jour : De tous les frères de l'amour, Il n'y manquait que le mystère, Desmahis, Poés. p. 116, dans POUGENS. Descends-tu pour me révéler Des mondes le divin mystère ? Lamartine, Médit. le Soir.

    Faire mystère, un mystère d'une chose, la tenir secrète, la cacher avec soin. Mais par quelle raison lui faire un mystère de votre amour ? Molière, l'Avare, II, 1. Nous ne prétendons point en faire de mystère, Molière, Psyché, I, 2. Le roi m'ordonne de vous dire de ne point faire de mystère de cette lettre s'il y a quelque utilité à parler, Maintenon, Lett. au card. de Noailles, 13 mai 1697.

    Dans le même sens, mettre du mystère à quelque chose. J'exige que la chose soit secrète [la lecture d'une tragédie de Voltaire], et que vos amis aient au moins le plaisir d'y mettre du mystère, si le mystère est un plaisir, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 23 oct. 1772. Le premier pas vers le vice est de mettre du mystère à quelque chose, Rousseau, Hél. IV, 6.

    Familièrement. Il est tout cousu de petits mystères, il est tout mystère de la tête aux pieds, il cache les choses simples, innocentes, visibles, avec autant de soin qu'il ferait les choses compliquées, coupables, mystérieuses. C'est de la tête aux pieds un homme tout mystère, Molière, Mis. II, 5.

  • 5Difficulté que l'on fait touchant quelque chose, importance que l'on y attache (assez souvent en mauvaise part). Du nom de philosophe elle fait grand mystère, Mais elle n'en est pas pour cela moins colère, Molière, Femm. sav. II, 9. Sachons ce qu'il a fait ; et, sans plus de mystère, Concluons son hymen, et finissons l'affaire, Regnard, le Joueur, I, 11. Pour être heureux faut-il tant de mystères ? Favart, Ninette, II, 19. Si vous me promettiez de garder le secret, je vous découvrirais tout le mystère, Lesage, Gil Blas, IV, 5. Électeurs, j'ai, sans nul mystère, Fait de bons dîners l'an passé, Béranger, Ventru.

    Voilà tout le mystère, il n'y a pas plus de difficulté que cela. Voilà tout le mystère de ces difficultés et de ces choix, Bossuet, Nouv. myst. 6. Ma diligence vient de ce que je me corrige, voilà tout le mystère, Marivaux, Marianne, 11e part.

    Ne pas entendre mystère à une chose, n'y pas entendre finesse, n'y voir rien que d'innocent. Et n'entendait aux façons du pasteur Mystère aucun…, La Fontaine, Jum.

  • 6Certaines précautions que l'on prend pour n'être pas observé, entendu. Ils sont sortis tous deux en grand mystère. Ils parlent jargon et mystère sur certaines femmes, La Bruyère, VII.
  • 7 Fig. Opérations secrètes de la nature, du cœur, des arts, des lettres. Les mystères du cœur humain. Les mystères de la nature. Tous les arts ont leurs mystères. Tout est mystère dans l'amour, Ses flèches, son carquois, son bandeau, son enfance, La Fontaine, Fabl. XII, 14. Nous n'avons rien à faire ici qu'à tâcher de nous rendre avantageux le développement futur des mystères de notre existence, Marivaux, dans DESFONTAINES. Juvénal admet ces prêtres efféminés dans les mystères de la toilette, Hist. des Vestales, dans DESFONTAINES. Je crois que, si j'eusse dévoilé tous les mystères de la nature, je me serais senti dans une situation moins délicieuse, Rousseau, 3e lettre à M. de Malesherbes.
  • 8Nom, au moyen âge, de certaines pièces de théâtre où l'on représentait quelqu'un des mystères de la religion. Le mystère de la passion de Notre-Seigneur. Les mystères en langue vulgaire ont commencé dès le XIIe siècle. On joua des mystères à l'entrée de Charles VI à Paris, l'an 1380, Voltaire, Mél. litt. Chang. arrivés à l'art trag.

HISTORIQUE

XIIIe s. Un jour en la chambre son pere Fist une estoile et ung mistere [ouvrage] De soie et d'or moult subtilment, Du Cange, misterium.

XIVe s. Veut que les accusez respondent par leurs bouches, sans conseil ne mystere d'aucune personne, Bouteiller, Somme rural, tit. 34, notes, p. 242, dans LACURNE.

XVe s. [Au festin des ambassadeurs de Bohême] il y eut des entremets de morisques, monmeries, et un autre mystere d'enfants sauvages saillant d'une roche fort bien feinte et representée, J. Chartier, Hist. de Charles VII, p. 296, dans LACURNE. Tous ceulx qui pour lors estoient au franc palais avoient esté comme ravis pour les hauts mysteres qu'ilz avoient veus, Perceforest, t. X, f° 2. Le dit Jazon se mit en defense fort bien et en bonne maniere, et faisoient le serpent et l'homme si bon devoir que ce sembloit aigre bataille, sans mystere, Math. de Coucy, Hist. de Charles VII, p. 671, dans LACURNE. De là s'en alla au disner, et estoit environ l'heure de douze heures, et quand le dit mystere [cérémonie] fut commencé, il estoit entre cinq et six heures du matin, Monstrelet, ch. 62, t. I, p. 97, dans LACURNE. Devant la Trinité estoit la passion, c'est à sçavoir comment nostre Seigneur fut prins, battu, mis en croix, et Judas qui s'estoit pendu, et ne parloient riens ceux qui ce faisoient, mais le monstrerent par jeu de mystere, et furent les manieres bonnes et bien jouées, et vivement compassionnées et moult piteuses, Monstrelet, t. II, p. 147. Au carrefour de la grande eglise y avoit un cerf volant bien vivement portrait, le quel portoit à son col une couronne, et s'agenouilla devant le roy par mystere, quand il passa par là pour aller à l'eglise, Berry, Chron. de 1402 à 1461, p. 447, dans LACURNE. Les dames de Romme firent coupper leurs blons cheveulx… et consentirent leur plus chier et naturel ornement estre converti en rude mystere [emploi, engin], Chartier, Quadril. invectif.

XVIe s. Y a il quelque si grand mystere en la coiffure d'une femme, que ce soit un grand crime de sortir en la rue nue teste ? Calvin, Instit. 969. Tout mystere d'amour merite estre caché, Desportes, Élégies, II, 1. La saisie cessera, et jouyra des choses acquises comme il faisoit par avant, sans autre mystere de justice, Coustum. génér. t. II, p. 552. Nous mena dans le trou du fossé pour en estre à couvert, et n'y fusmes pas plus tost que la mine joua son violent mystere contre les nostres, Brantôme, Capit franç. t. IV, p. 83, dans LACURNE.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

MYSTÈRE.
5Ajoutez :

Faire mystère de, dans le XVIIIe siècle, considérer comme mystérieux, difficile à comprendre, délicat à expliquer. Aristote, qui a fait un mystère de ce poëte [Homère], et qui l'a pris pour prototype de son art, Chapelain, dans Bibl. des ch. t. XXXI, p. 234. Du nom de philosophe elle fait grand mystère, Mais elle n'en est pas pour cela moins colère, Molière, Femmes sav. II, 9.

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Étymologie de « mystère »

(XIIe siècle) Du latin mysterium (« mystère »), lui-même du grec ancien μυστήριον, mustêrion, de μύστης, mústês (« initié »), de μυέω, muéô (« initier »), de μύω, múô (« fermer »). (XIIe siècle) mistere.
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Lat. mysterium, de μυστήριον, de μύστης, initié, μύειν, initier, de μυέω, serrer, fermer. Au sens de représentation scénique pieuse, Max Müller prétend que mystère n'a rien à faire avec μυστήριον, et qu'il représente ministerium, office ou service religieux ; mais ministerium a donné mestier, et non mystère. Cependant, qu'il y ait eu tendance à confondre ministerium et mysterium, cela est incontestable par l'historique.

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Phonétique du mot « mystère »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
mystère miztɛr

Citations contenant le mot « mystère »

  • Quand les mystères sont très malins, ils se cachent dans la lumière. Jean Giono, Ennemonde, Gallimard
  • La vie est un mystère, et non pas un délire. Alphonse de Prât de Lamartine, Nouvelles Méditations, À M. de Musset
  • Il est bien vrai que les gens gagnent à être connus. Ils y gagnent en mystère. Jean Paulhan, Entretien sur des faits divers, Gallimard
  • Ne dépouillez pas la femme de son mystère. De Friedrich Nietzsche
  • Gardez le mystère, il vous gardera. De Salomon / Ode
  • Il faut être très poli avec les puissances mystérieuses. Romain Rolland, Correspondance, Lettre à Cosette Padoux, 1908 , Albin Michel
  • Pourquoi compliquer de mystère ce qui n'est que la vie ? Jules Roy, La Bataille dans la rizière, Gallimard
  • Les eaux dérobées sont douces et savoureux le pain du mystère. , Ancien Testament, Livre des Proverbes IX, 17
  • La plus belle chose que nous puissions éprouver, c'est le mystère des choses. Albert Einstein, Comment je vois le monde Mein Weltbild
  • Toutes les choses ont leur mystère, et la poésie, c'est le mystère de toutes les choses. Federico García Lorca, Al habla con F. García Lorca, 1936
  • Tout mystère vrai exclut de lui-même les profanes. Quiconque le comprend est de lui-même, et à bon droit, initié. Friedrich, baron von Hardenberg, dit Novalis, Foi et amour Glauben und Liebe
  • Le mystère divin et le mystère humain ne sont qu'un mystère ; en Dieu se garde la mystique de l'homme et dans l'homme le secret de Dieu. De Nicolas Berdiaev / Le Sens de l'acte créateur
  • L'homme porte le mystère de la vie qui porte le mystère du monde. De Edgar Morin
  • Toute mort est un mystère parce que toute vie est un mystère. De Jean d'Ormesson / Voyez comme on danse
  • Mon âme a son secret, ma vie a son mystère. Félix Arvers, Mes heures perdues
  • Laissons ses secrets à l'amour Et ses mystères à la femme ! Joseph Autran, Les Poèmes de la mer, Michel Lévy
  • La banalité est faite d'un mystère qui n'a pas jugé utile de se dénoncer. Maurice Blanchot, Faux Pas, Gallimard
  • De la foi des chrétiens les mystères terribles D'ornements égayés ne sont pas susceptibles. Nicolas Boileau dit Boileau-Despréaux, L'Art poétique
  • L'homme est prêt à croire à tout, pourvu qu'on le lui dise avec mystère. Qui veut être cru, doit parler bas. Malcolm de Chazal, Sens plastique, Gallimard
  • Tout problème profane un mystère ; à son tour, le problème est profané par sa solution. Émile Michel Cioran, Syllogismes de l'amertume, Gallimard
  • Puisque ces mystères me dépassent, feignons d'en être l'organisateur. Jean Cocteau, Les Mariés de la tour Eiffel, Gallimard
  • Le mystère est une position trop favorable pour qu'un esprit bien élevé s'y maintienne. Jean Cocteau, Le Rappel à l'ordre, Stock
  • La mort, mystère inexplicable, dont une expérience journalière paraît n'avoir pas encore convaincu les hommes […]. Benjamin Constant de Rebecque, Adolphe
  • Chaque fois que l'aube paraît, le mystère est là tout entier. René Daumal, Poésie noire et poésie blanche, Gallimard
  • Seul Dieu peut nous introduire dans le mystère de Dieu. De Jean Daniélou / La trinité et le mystère de l'existence
  • Le seul mystère, c'est qu'il y ait des gens pour penser au mystère. De Fernando Pessoa / Le Gardeur de troupeaux et autres poèmes
  • Je plains ceux pour qui il n'y a pas de mystère : ils n'ont de mystère pour personne ; et aussi peu de vie, à proportion. De André Suarès / Trois hommes
  • Au mystère de la question "Qui est à l'origine de l'univers", les religions répondent par un mystère plus insoutenable encore : Dieu... De Romano Celli / Petites Miettes de Dieu
  • Demain est un mystère, pour tout le monde, et ce mystère doit provoquer le rire et l’envie, pas la peur ou le refus. De Marc Levy / Et si c’était vrai...
  • Le peu de clarté qu'il y a dans le mystère qui nous entoure vient de nous-mêmes : c'est une fausse clarté. Jamais le mystère ne nous a montré de la sienne propre. De Jules Renard / Journal 1893 - 1898
  • La mort fut le premier mystère ; elle mit l'homme sur la voie des autres mystères. Elle éleva sa pensée du visible à l'invisible, du passager à l'éternel, de l'humain au divin. De Denis Fustel de Coulanges / La cité antique
  • La vie est mystère Perce-le.
  • Vous voulez jouer ? Chaque semaine, devinez l’artisan, le producteur, le commerçant, l’entrepreneur ou le lieu de culture ou de loisirs… du département qui se cache derrière la photo mystère publiée dans votre hebdomadaire Le Bonhomme Picard ou l’Observateur de Beauvais.  , Jeu-Concours « Les Mystères de l’Oise », semaine 5 : Un savoir-faire ancestral… | Le Bonhomme Picard
  • Le mystère perdure ce mercredi matin à Lunel, après des coups de feu tirés mardi à 22h, au coeur de la cité de la Roquette. Sur une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, on entend les détonations et des habitants qui crient, courant dans tous les sens pour se mettre à l’abri. , Vidéo. Mystère à Lunel : des coups de feu nocturnes tirés au coeur d'une cité | Métropolitain

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Traductions du mot « mystère »

Langue Traduction
Anglais mystery
Espagnol misterio
Italien mistero
Allemand geheimnis
Chinois 神秘
Arabe لغز
Portugais mistério
Russe тайна
Japonais 神秘
Basque misterio
Corse misteru
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Synonymes de « mystère »

Source : synonymes de mystère sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « mystère »

Mystère

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