Mignon : définition de mignon, mignonne


Mignon, mignonne : définition du Trésor de la Langue Française informatisé

MIGNON, -ONNE, adj. et subst.

I. − Adjectif
A. − [L'accent est mis sur la petite taille] Qui charme par sa délicatesse, sa petitesse. Poignet, visage mignon; souliers mignons; bouche mignonne; mains mignonnes. Son pied mignon pressa le mien: tout est organe du sentiment, quand on aime, et celui-là n'est pas le moins expressif (Restif de La Bret.,M.Nicolas,1796, p.56).C'était une petite femme (...) mignonne et si délicate, que vous eussiez eu peur de lui briser les os en la touchant (Balzac,Message,1832, p.212):
1. Il était mignon, propret, douillet; on l'a appelé petite fille, on lui a donné des taloches et il a été forcé de jouer aux barres; à ce régime, il est devenu un peu plus résistant et plus homme. Taine,Notes Paris,1867, p.257.
En partic.
Pop. Argent mignon. ,,Épargne, économie, abondance d'argent comptant que l'on dépense en frivolités, que l'on emploie à satisfaire ses moindres désirs`` (Hautel t.2 1808). Il est bien plus aisé d'être honnête homme quand on a de l'argent mignon, que lorsque l'on est obligé de gratter les pavés (Raban, Marco Saint-Hilaire,Mém. forçat,t.2, 1828-29, p.84).
Canard mignon. Race de canard à plumage blanc. Le canard mignon a le volume et la conformation du canard sauvage à col vert (Lar. 20e).
Au fig. Péché mignon. Faute légère fréquemment commise. La curiosité était le défaut de Margot, le péché mignon de toutes ses soeurs agaces, qu'elle voyait, comme elle, accourir au premier signal étranger à leur vie (Pergaud,De Goupil,1910, p.178).
Rem. On dit aussi défaut mignon: S'il avait un défaut mignon, c'était d'être un tantinet gourmand (Verne, Île myst., 1874, p.328).
B. − [L'accent est mis sur le côté gentil et tendre] Qui charme par sa gentillesse, sa complaisance. Soyez mignons! Vous savez bien qu'il n'est pas toujours mignon, votre frère! (Sand,F. le Champi,1848, p.169).
C'est mignon de/il est mignon de. Il consentit même à ne pas dîner dans la salle à manger parce qu'il était plus mignon de s'installer comme autrefois dans la chambre (Huysmans,En mén.,1881, p.242).
Spécialement
BEAUX-ARTS. Bleu mignon. Nuance de bleu. (Dict. xixeet xxes.).
GASTR. Filet mignon. (v. filet2)
Emploi subst. masc. Ce qu'il y a de mignon dans une chose. Nous allons vous donner quelques scènes d'une comédie de ma composition (...) en vers (...). C'est du joli, du mignon (...) la pièce se nomme le Marquis séducteur (Kock,Zizine,1836, p.127).
II. − Substantif
A. − Celui, celle qui est mignon, mignonne. Les mioches branlants trouvaient un refuge dans la promenade de leurs jupes. Pourtant, quelques-uns furent bousculés. On m'amena une mignonne en pleurs qui avait été renversée et salie (Frapié,Maternelle,1904, p.27).C'est aux «pères angoissés de France» qu'il a lancé son grand appel, (...) aux mères qui rêvaient pour leurs chers mignons d'une saine et large existence absolument en plein air! (Céline,Mort à crédit,1936, p.591).
[Comme appellatif d'affection ou dans des emplois à valeur hypocoristique] «Georget, qu'est-ce que tu as, mon chat, mon mignon, mon poulet?» Caressé par sa mère, il se tut (Maupass.,Contes et nouv.,t.2, M. Parent, 1886, p.600).Il vient, ne me trouve pas, cause avec la bonne, qu'il appelle «ma mignonne», se chauffe au fourneau de la cuisine, et revient le lendemain (Renard,Journal,1905, p.1001):
2. «Si on ne parfumait pas la vie avec de l'amour, le plus d'amour possible, mignonne, comme on met du sucre dans les drogues pour les enfants, personne ne voudrait la prendre telle qu'elle est.» Berthe, effarée, ouvrait ses grands yeux. Elle murmura: «Oh! grand'mère, grand'mère, on ne peut aimer qu'une fois.» Maupass.,Contes et nouv.,t.1, Jadis, 1883, p.599.
En partic.
Pop. Amant, maîtresse. Marc venait de nous quitter pour aller retrouver sa mignonne (Simonin,Touchez pas au grisbi,1953, p.161).
HIST. Favori efféminé de Henri III. Le roi Henri III vint poser la première pierre le 31 mai 1578, le soir du jour où il avait fait enterrer en grande pompe ses mignons Quélus et Maugiron (P. Rousseau,Hist. transp.,1961, p.160):
3. Et ces groupes de gandins efféminés (...) dont on admirait à Compiègne (...) les chemises de batiste brodées (...). Joli monde vraiment (...)! (...) ces mignons du temps d'Agrippa, s'appelant entre eux: «Mon coeur... Ma chère belle...» A. Daudet,Nabab,1877, p.241.
P. ext. Jeune homosexuel. Synon. giton.
B. − Subst. fém.
1. BOT. Variété de poires, de pêches et de prunes. (Dict. xixeet xxes.).
2. TYPOGR., vieilli. ,,Ancien nom du caractère de corps 7`` (Comte-Pern. 1974).
C. − HIST. DE LA MODE., subst. masc. plur. ,,Sorte de souliers d'enfants`` (Littré Suppl. 1877). On raconte qu'Alfred de Musset, tout enfant, eut un jour de petits souliers rouges fort jolis, qu'on appelle, je crois, des mignons (Sainte-Beuve,Caus. lundi,t.15, 1860, p.62).
REM.
Mignonner, verbe trans.Traiter d'une manière mignonne, avec délicatesse; choyer. Synon. mignoter.M. Ramastre s'affriolait (...) de cette Pipegalette (...) la mignonnait en catimini (Arnoux,Solde,1958, p.110).
Prononc. et Orth.: [miɳ ɔ ̃], fém. [-ɔn]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Fin xiies. péj. prob. déjà «homme qui se prête à la lubricité d'un autre» (Béroul, Tristan, éd. E. Muret, 3635 et 3644), attest. isolée; 2. a) 1remoitié xves. subst. «amant» (R. Le Sénéchal, Rondeau ds Rondeaux et autres poésies du XVes., éd. G. Raynaud, p.111, 128, 2); 1555 mignon de couchette (Jacques Tahureau, 1erDialogue du Démocritic, éd. F. Conscience, p.20); b) 1446 «favori (à propos des jeunes gens de l'entourage de Charles VII)» (Pièce justificative ds Jean du Bueil, Jouvencel, éd. L. Lecestre, t.2, p.326); spéc. 1594 appliqué aux favoris efféminés d'Henri III (Satyre Ménippée, éd. Ch. Read, p.198); 1616 (D'Aubigné, Hist. univ., t.2, p.375); c) ca 1480 fam. ma mignonne (Myst. du V. Testament, éd. J. de Rothschild, 28006); 1690 adj. (Molière, Amour médecin, I, 2); 3. 1478-80 adj. «gracieux, joli, agréable» (Guillaume Coquillart, Enqueste, éd. M. J. Freeman, p.74, 329); 1478-80 subst. «jeune personne gracieuse, galant» (Id., Plaidoié, p.6, 39); 1718 péché mignon (Ac., s.v. péché); 4. p.ext. a) 1561 typogr. (P. Chaix, Recherches sur l'imprimerie à Genève de 1550 à 1564, 236 ds Wolf Buchdruck, p.103: letres dictes mignongne); b) 1690 pesche mignonne (Fur., s.v. pesche); c) 1831 souliers mignons (Balzac, Peau chagr., p.249); 1860 subst. (Sainte-Beuve, loc. cit.); d) 1833 bouch. filet mignon (Gdes heures cuis. fr., loc. cit.). Dér. d'un rad. miñ-, exprimant originellement la gentillesse, la grâce; suff. -on1*; dès le xve-xvies. a supplanté mignot* dont seuls les dér. (amignoter*, mignoter*), ont quelque vitalité. Fréq. abs. littér.: 787. Fréq. rel. littér.: xixes.: a) 632, b) 1833; xxes.: a) 1738, b) 778.
DÉR. 1.
Mignonnement, adv.De manière mignonne. Il y a toujours un échafaudage de petits rouleaux, de crêpés, de torsades ou de nattes; tandis que les bandeaux relevés sont légèrement frisottés: sans montrer d'autre désordre que les cheveux mignonnement ébouriffés (Mallarmé,Dern. mode,1874, p.747).Le prince de Piémont, un petit bébé endormi que la duchesse de Caserte, déguisée pour la circonstance en bonne grosse nounou classique (...) portait dans ses bras, entourée d'autres servantes bien mignonnement accoutrées des costumes de toutes les autres provinces (Cendrars,Bourlinguer,1948, p.120). [miɳ ɔnmɑ ̃]. Att. ds Ac. dep. 1694. 1reattest. ca 1480 «d'une manière délicate, agréablement» (Monologue du puys ds Guillaume Coquillart, Œuvres, éd. M. J. Freeman, 61); de mignon, suff. -ment2*; a supplanté le plus anc. mignotement (1228, Jean Renart, Guillaume de Dole, éd. F. Lecoy, 314) − 1690, Fur., répertorié comme ,,lang.`` dep.Ac. Compl. 1842 − Lar. 20e.
2.
Mignonnerie, subst. fém.Grâce mignonne, naturelle ou affectée. Quand nous arrivâmes à l'endroit où se tenait la marquise, elle vola sur le bord du chemin avec cette dextérité de cavalier qui lui est particulière, et dont Henriette s'émerveilla comme d'un prodige. Par mignonnerie, Arabelle ne disait que la dernière syllabe de mon nom, prononcée à l'anglaise, espèce d'appel qui sur ses lèvres avait un charme digne d'une fée (Balzac,Lys,1836, p.265).[miɳ ɔn(ə)ʀi]. 1reattest. av. 1765 (Caylus, Œuvres badines, XI, Chats, 8); de mignon, suff. -erie*; attesté une fois au xvies.: 1530 «afféterie» (Palsgr., p.257b, s.v. practynesse), puis au début du xviies. «état de mignon» (Sully, Mém., t.1, p.65, éd. 1638), sens répertorié par Guérin 1892.
3.
Mignonnesse, subst. fém.Caractère de ce qui est mignon. Je ne connais pas de bustes pareils. Oui, des bustes supérieurs à ceux de Houdon (...), des bustes où aucun sculpteur n'a mis comme lui, dans le marbre, le bronze, la terre cuite, la vie grasse de la chair. Et ces bustes de femmes, où dans la puissance et la force de l'exécution, − ce qui n'arrive jamais chez les sculpteurs qui font joli, − il y a la délicatesse de construction, la finesse des arêtes, la mignonnesse des traits et, pour ainsi dire, la spiritualité matérielle de la créature féminine (Goncourt,Journal,1894, p.577).[miɳ ɔnεs]. 1reattest. 1787 (Restif de La Bretonne ds l'Année littéraire, I, 315 d'apr. Brunot t.6, p.1145, note 1); de mignon, suff. -esse1*.
BBG.Delb. Matér. 1880, p.204 (s.v. mignonnerie). _ Duch. Beauté 1960, pp.168-171; p.189. _ Mack. t.2 1939, p.124. _ Sain. Sources t.1 1972 [1925], p.52, 55, 344, 411; t.2 1972 [1925], p.284; t.3 1972 [1930], p.111, 399. _ Vitu (A.). Le Jargon du 15es. Genève, 1977, pp.417-420.

Mignon, mignonne : définition du Wiktionnaire

Adjectif

mignon \mi.ɲɔ̃\

  1. Qui, dans son apparence menue, offre de la grâce et de la gentillesse.
    • Sans être ce qu’on appelle un beau garçon, j’étais bien pris dans ma petite taille, j’avais un joli pied, une jambe fine, l’air dégagé, la physionomie animée, la bouche mignonne, les sourcils et les cheveux noirs, les yeux petits et même enfoncés, mais qui lançaient avec force le feu dont mon sang était embrasé. — (Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, 1782-1789, Livre II)
    • Les deux sauvages, qui lisaient comme autrefois lisaient les adolescents de quatorze et de dix-sept ans, c’est-à-dire avec excès, avec égarement, le jour, la nuit, au sommet des arbres, dans les fenils, avaient frappé d’interdit le mot « mignonne », qu’ils prononçaient « minionne » avec une affreuse grimace tordue, suivie d’une imitation de nausée. Recensé dans chaque livre nouveau, chaque « mignonne », voué à l’exécration, créditait de deux sous une cagnotte. — (Colette, Sido, 1930, Fayard, page 100.)
    • Il aurait parié qu’elle ne saisirait même pas l’allusion si on lui pinçait ses mignonnes petites fesses. — (Terry McLaughlin, Un visiteur à Carnelian Cove, éd. Harlequin Prélud, 2009, chap.6)
    • Elle a cinq ans et c’est une mignonne petite fille avec ses cheveux blonds et ses yeux bleus. — (Delphine Thurel, Le Cirque, Éditions Publibook, 2013, p.9)
  2. (Par extension) Séduisant, qui est de nature à plaire, sexuellement attirant.
    • Cette femme est très mignonne.
  3. (Cuisine) Tendre.
    • Un filet mignon.

Nom commun

mignon \mi.ɲɔ̃\ masculin (pour une femme on dit : mignonne)

  1. Personne qu’on affectionne ; enfant.
    • Si j’étais un rossignol, je volerais vers toi, ma mignonne, et, du milieu des verts tilleuls, je t’enverrais, la nuit, mes chansons. — (Heinrich Heine, Intermezzo lyrique, traduction de Gérard de Nerval, 1822-1823, n°54)
    • Pauline, ma vieille camarade de l'école maternelle, s'étonnait, devenue grand-mère, des façons de ses petits-enfants. «Ils sont drôles, ces mignons, disait-elle. Il leur faut leur scouteur rien que pour aller faire pipi.» — (Maurice Genevoix, en préface à Beau-François, Plon, 1965, dans Contes et récits, Tallandier, 1987, p.157)
    • Je ne te mentirai jamais, mon mignon, souffla-t-elle. Tu es mon chéri. Mon seul chéri. — (David Gemmell, La Légende de Marche-Mort, traduit de l'anglais par Alain Névant, Milady, 2012, chap.3)
  2. (Histoire) (Sexualité) (Au masculin) Favori ; amant.
    • Son petit-fils Guy d’Arces, plus connu sous le nom de Livarot , tua Schomberg dans ce fameux duel de trois contre trois, qui eut lieu le 27 avril 1578 , entre les mignons d’Henri III et les affidés de la maison de Lorraine. — (Pierre Louis E. Alfred Jacquier de Terrebasse, Histoire de Pierre Terrail, seigneur de Bayart, suivie de recherches généalogiqurs, Paris : Ladvocat, 1828, p.497)
    • En fait, il y eut deux générations de mignons, si on ose dire, car elles ne s’engendrèrent pas l’une l’autre et se succédèrent dans un laps de temps assez court. La première date des années 1576-78, avec Caylus, Saint-Luc, […]. — (Jean-Luc Hennig, Espadons, mignons & autres monstres: Vocabulaire de l’homosexualité masculine sous l’ancien régime, Cherche Midi, 2015)
  3. Race de canard.
    • Les canards volés sont des mandarins, des mignons et des carolins. — (site verviers.lameuse.be, 23 janvier 2019)
    • Des mignons ont été normalisés pour la première fois en Grande-Bretagne en tant qu'une des quatre races des canards dans le niveau de l'excellence dans la volaille d'exposition. — (site canard-mignon.e-monsite.com)
    • Bonjour, personnellement je ne connais pas bien le caractère des mignons — (site forumcanard.exprimetoi.net)

Nom commun

mignonne \mi.ɲɔn\

  1. Femme mignonne.
    • Mignonne, allons voir si la rose
      Qui ce matin avoit desclose
      Sa robe de pourpre au Soleil,
      A point perdu ceste vesprée
      Les plis de sa robe pourprée,
      Et son teint au vostre pareil.
      — (Pierre de Ronsard, Ode à Cassandre, 1550)

Forme d’adjectif

mignonne \mi.ɲɔn\

  1. Féminin singulier de mignon.

Forme de verbe

mignonne \mi.ɲɔn\

  1. Première personne du singulier du présent de l’indicatif de mignonner.
  2. Troisième personne du singulier du présent de l’indicatif de mignonner.
  3. Première personne du singulier du présent du subjonctif de mignonner.
  4. Troisième personne du singulier du présent du subjonctif de mignonner.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif de mignonner.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Mignon, mignonne : définition du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

MIGNON, ONNE. adj.
Qui, dans son apparence menue, offre de la grâce et de la gentillesse. Visage mignon. Bouche mignonne. Pied mignon. De mignons petits souliers. Fam., Argent mignon, Argent qu'on a mis en réserve et qu'on peut, sans se gêner, employer en dépenses superflues. Fam., Péché mignon, Péché léger auquel on s'abandonne volontiers. La médisance est son péché mignon.

MIGNON s'emploie aussi comme nom et c'est alors un terme d'affection dont on se sert en parlant à un enfant. Mon mignon. Mon petit mignon. Ma mignonne.

MIGNON, nom masculin, signifie encore, familièrement, Favori. Il se prend en mauvaise part. Les mignons d'Henri III.

Mignon, mignonne : définition du Littré (1872-1877)

MIGNON (mi-gnon, gno-n') adj.
  • 1Qui plaît par la délicatesse et la gentillesse. Visage mignon. Bouche mignonne. Une beauté mignonne. Des souliers mignons. Si mignonne et si belle… Que la beauté plus grande est laide auprès de vous, Régnier, Sat. XII. Est-il un homme qui, à la vue de cette mignonne créature [l'oiseau-mouche], balancée sur ses petites ailes bourdonnantes…, Cap, Audubon, p. 18.

    Se dit des ouvrages d'esprit où il y a de la finesse. Sonnet mignon.

    Ironiquement. Certes pour un amant la fleurette est mignonne, Molière, Misanthr. II, 1.

    Bleu mignon, sorte de bleu. …Doivent être guédées comme un bleu mignon, qui est la moitié de nuance d'un bleu céleste, Instruction générale pour la teinture, 18 mars 1671, art. 185.

    Familièrement. Argent mignon, somme d'argent comptant dont on peut disposer à son gré, pour ses fantaisies. Il n'eût pas convenu, pendant qu'elle était aux expédients, qu'elle eût su que j'avais de l'argent mignon, Rousseau, Conf. V.

    Péché mignon, péché qu'on se plaît à commettre, et dont on ne veut pas se corriger.

  • 2 S. m. et f. Mignon, mignonne, le bien-aimé, la bien-aimée. Anselme, mon mignon, crie-t-elle à toute heure, Quand est-ce que l'hymen unira nos deux cœurs ? Molière, l'Ét. I, 6.

    Mignon, mignonne, se dit en adressant la parole à des enfants, à de jeunes femmes. La fortune passa, l'éveilla doucement, Lui disant : mon mignon, je vous sauve la vie, La Fontaine, Fabl. V, II. Au contraire, mignonne, C'est me faire mieux voir ton amour et ta foi, Molière, Éc. des m. II, 5. Qui, mignonne, je songe à remplir ton attente, Molière, ib. II, 14. Voilà, ma belle mignonne, ma fille qui vient vous saluer, Molière, l'Avare, III, 9. Jamais elle [Mme de Maintenon] n'appela la duchesse de Bourgogne que mignonne, et celle-ci ne la nommait que ma tante, Duclos, Règne de Louis XIV, Œuv. t. V, p. 184.

    Avec une nuance de dédain. Mais, ma mignonne, dites-moi, Vous campez-vous jamais sur la tête d'un roi [la mouche à la fourmi] ? La Fontaine, Fabl. IV, 3.

    Vous êtes un joli mignon, un plaisant mignon, se dit ironiquement à quelqu'un qui a dit ou fait une sottise. Je vous trouve un plaisant mignon de ne m'avoir pas écrit depuis deux mois, Sévigné, à Bussy, 15 mars 1648. Vous êtes une gentille mignonne, de vouloir que je me gouverne par l'autorité de votre père, Destouches, Fausse Agn. I, 3.

  • 3 S. f. Mignonne, maîtresse. Tout vous rit ; votre femme est souple comme un gant ; Et vous pourriez avoir vingt mignonnes en ville, Qu'on n'en sonnerait pas deux mots en tout un an, La Fontaine, Coupe. Quelques heures après, le commandeur et sa mignonne se mirent en chemin avec la duègne, Lesage, Guzm. d'Alfar. I, 3. Un essaim de grivois Buvant à leurs mignonnes, Béranger, Grande orgie.

    Mignonne se dit aussi quelquefois pour jeune fille simplement. Figurez-vous la plus jolie petite mignonne, douce, tendre, accorte et fraîche, agaçant l'appétit, pied furtif, taille adroite, élancée, Beaumarchais, Barb. de Sév. II, 2.

  • 4Mignon de couchette, amant favorisé. Il s'en est donc allé, le mignon de couchette ? Scarron, Jodelet ou le maître val. III, 8. Le voilà, le beau fils, le mignon de couchette, Molière, Sgan. 6.
  • 5Favori. Cet enfant est le mignon de sa mère. Du siècle les mignons, fils de la poule blanche, Régnier, Sat. III. Je ne me dois regarder que comme un de ces indignes mignons de la fortune, que son caprice n'élève au plus haut de sa roue sans aucun mérite, que pour mettre plus en vue les taches de la fange dont elle les a tirés, Corneille, Disc. de récept. à l'Acad. Buckingham, mignon de Jacques, et qui troubla les premières années du règne de Charles 1er, a fait plus de bruit dans l'histoire passée qu'il n'en fera dans l'histoire à venir, Chateaubriand, Stuarts, Charles 1er.

    Fig. La précoce hyacinthe est le tendre mignon Que sur ces prés fleuris caressait Apollon, Voltaire, Poëmes, Apol. de la fable.

  • 6Dans un mauvais sens. Un mignon, un Ganymède, un Giton. Passer sa vie avec ses infâmes mignons, découper, coller des images, et se jeter en même temps dans les curiosités de la magie, Fénelon, Dial. des morts mod. dial. 13 (Henri III, la Duch. de Montpensier). C'étaient eux qu'on appelait les mignons de Henri III ; Livarot, Villequier, Duguast et Maugiron eurent part aussi et à sa faveur et à ses débauches, Voltaire, Henr. II, notes. Antinoüs, le mignon d'Adrien, à qui cet empereur fit rendre les honneurs divins, Bailly, Astron. moderne, t. I, p. 199.

SYNONYME

MIGNON, MIGNARD. Le mot est le même, la désinence seule est différente. Aussi le mignard n'est-il que le mignon avec le sens légèrement péjoratif qu'a la finale ard ; c'est le mignon, plus un peu d'afféterie ou d'excès.

HISTORIQUE

XIIIe s. Deus damoiselles moult mignotes, la Rose, 764. Fame est plus cointe et plus mignote En sorquanie [souquenille] que en cote, ib. 1225. Et sur un destrier delés lui [elle] Avoit cascune son ami Cointe et mignot et bien seant, Lai du trot.

XVe s. Pariset requit le suppliant qu'il lui voulsist prester deux escus d'or, en lui disant qu'il avoit de l'argent mignon, Du Cange, mignonetus. Aussi y estoit le conte de Lodesme son mignon en grant triumphe, Commines, II, 8.

XVIe s. Ma mignonne, Je vous donne Le bon jour, Marot, II, 114. N'ayez pas peur, dames gentes, mignonnes, Marot, II, 233. Ne plus ne moins que les oiseleurs avec leurs oiseaux mignons [apprivoisés]…, Amyot, Sylla, 58. Ces beaux danseurs icy mignons [les cavaliers pompéiens à Pharsale] n'attendront jamais, de peur que vous ne leur gastiez leurs beaux visages, Amyot, Pomp. 98. Socrates, son premier mignon [de la vraie vertu], Montaigne, I, 177. Pourquoy ne dira un oyson ainsi : toutes les pieces de l'univers me regardent… je suis le mignon de nature ? Montaigne, II, 274. Je ne leur respondray autre chose, sinon qu'encores que nostre nation ne soit la plus mignonne du pape, si est-ce que…, Lanoue, 358. Ces mignons [les favoris d'Henri III] (car c'est le terme du siècle) avoient des familiaritez avec leur maistre, que je ne puis ni ne veux exprimer, D'Aubigné, Hist. II, 375. Ganimede mignon de couchette de ce grand dieu haut tonnant, Dialogues de Tahureau, p. 125, dans LACURNE. Aussi n'a faict Belleau aucune difficulté d'en user, quand, parlant d'un enfançon (car il use de ce diminutif), il dit : Tant que sa levre mignotte à petits soupirs suçotte, H. Estienne, Préc. du lang. franç. éd. FEUGÈRE, p. 102. Donc, si vous m'en croyez, mignonne, Tandis que vostre age fleuronne En sa plus verte nouveauté, Ronsard, à Cassandre.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

MIGNON. Ajoutez :
7 Substantivement. Ce qu'il y a de mignon dans une chose. En sens-tu [d'une expression] tout le brillant, toute la délicatesse, tout le mignon ? Lesage, Gil Blas, VIII, 13.
Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Mignon, mignonne : définition du Encyclopédie, 1re édition (1751)

MIGNON, s. m. (Gramm. franç.) Ce mot s’emploie seulement dans les conversations familieres, pour exprimer, comme les Italiens, par leur mignone, une personne aimée ; chérie, favorisée plus que les autres. Rhédi prétend que les François ont porté ce mot mignon en Toscane, qu’ils l’ont pris de l’allemand minuen, aimer ; & que c’est de la même source que sont nés les mots mignard, mignarder, menin. Sous le regne d’Henri III. le terme mignon devint fort commun, & désignoit en particulier les favoris de ce prince.

Quélus & saint Mégrin, Joyeuse & d’Epernon,
Jeunes voluptueux qui régnoient sous son nom.

On lit dans les mémoires pour servir à l’histoire de France, imprimés a Cologne en 1719, que « ce fut en 1516 que le nom mignons commença à trotter par la bouche du peuple, à qui ils étoient fort odieux, tant pour leurs façons de faire badines & hautaines, que pour leurs accoutremens efféminés, & les dons immenses qu’ils recevoient du roi. Ces beaux mignons portoient des cheveux longuets, frisés & refrisés, remontant par-dessus leurs petits bonnets de velours, comme chez les femmes, & leurs fraises de chemises de toile d’atour, empesées & longues d’un demi-pié, de façon qu’à voir leurs têtes dessus leurs fraises, il sembloit que ce fût le chef de saint Jean dans un plat ». (D. J.)

Wikisource - licence Creative Commons attribution partage dans les mêmes conditions 3.0

Étymologie de « mignon »

Étymologie de mignon - Littré

Bourg. mignô ; ital. mignone, mignon, mignolo, petit doigt. On a dans le bas-breton miñonez, amie, miñoni, amitié, dans l'irl. mian, mion, amour ; dans l'allemand Minne, amour, ancien haut allem. minni ou minnia. Le celtique et l'allemand paraissent de même racine et avoir produit le français mignot, mignon, mignard, dont le sens primitif semble être gracieux, donnant de l'amour. La dérivation par minimus n'est pas acceptable, vu les formes.

Version électronique créée par François Gannaz - http://www.littre.org - licence Creative Commons Attribution

Étymologie de mignon - Wiktionnaire

D’origine germanique, ancien haut allemand minnia (« amour »)[1].
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Phonétique du mot « mignon »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
mignon miɲɔ̃ play_arrow

Citations contenant le mot « mignon »

  • Ce n'est pas une question d'appréciation personnelle. Empiriquement, tu es mignonne. De Rob Reiner / Quand Harry rencontre Sally (1989)
  • Nous n'avons pour le moment droit qu'à un teaser de cette aventure qui s'annonce mignonne et touchante. Nous y suivrons Alba, une jeune fille qui va vivre un été pas comme les autres dans l'île méditerranéenne où habitent ses grands-parents. Avec son ami Ines, elles vont croiser la route d'un animal en détresse qu'elles ne vont pouvoir s'empêcher d'aider. GAMERGEN.COM, Alba: a Wildlife Adventure, une mignonne aventure en Méditerranée par les créateurs de Monument Valley - GAMERGEN.COM
  • Mini minon mignon, écran de fumée ou poudre aux yeux ? Le musée de l’Areuse à Boudry ouvre ses portes à la poussière pour sa nouvelle exposition temporaire. , Mini minon mignon au musée de l’Areuse - RTN votre radio régionale
  • On dirait vraiment une petite peluche qu’on a envie de protéger et serrer très fort dans nos bras. Goma en français signifie « Sésame », ce qui est tout aussi mignon. Sa maîtresse tient son compte Instagram, où elle compte plus de 115 000 abonnées, sur lequel elle post de belles photographies et vidéos de Goma au Japon. Son pelage très blanc et ses grandes oreilles sont vraiment à croquer et ont rendu Goma célèbre aux yeux du public français. Admirez là !  Demotivateur, Ce petit chien aux oreilles de Mickey est vraiment trop mignon !
  • Son visage était des plus mignons ; mais c'était toujours le même visage ; on eût dit qu'elle le tirait le matin d'un étui pour l'y remettre en se couchant, sans s'en être servi durant la journée. De Antoine Hamilton / Mémoires de la vie du comte de Gramont
  • Ce n'est pas une question d'appréciation personnelle. Empiriquement, tu es mignonne. De Rob Reiner / Quand Harry rencontre Sally (1989)
  • On est assez mièvre pour s’écrier devant les nouveau-nés : Ah qu’il est mignon ! Il ne sont jamais beaux, il n’y a que la naissance en elle-même qui soit belle. De Fatou Diome / Le Ventre de l’Atlantique
  • Les ados, petits c'est mignon… Mais, passés douze ans, faudrait les congeler ! De Guy Bedos / Les Ados, j'adore

Images d'illustration du mot « mignon »

⚠️ Ces images proviennent de Unsplash et n'illustrent pas toujours parfaitement le mot en question.

Traductions du mot « mignon »

Langue Traduction
Corse graziosu
Basque cute
Japonais 可愛い
Russe милый
Portugais fofa
Arabe جذاب
Chinois 可爱
Allemand niedlich
Italien carino
Espagnol lindo
Anglais cute
Source : Google Translate API

Synonymes de « mignon »

Source : synonymes de mignon sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « mignon »



mots du mois

Mots similaires