La langue française

Jaloux

Sommaire

  • Définitions du mot jaloux
  • Étymologie de « jaloux »
  • Phonétique de « jaloux »
  • Citations contenant le mot « jaloux »
  • Traductions du mot « jaloux »
  • Synonymes de « jaloux »
  • Antonymes de « jaloux »

Définitions du mot jaloux

Trésor de la Langue Française informatisé

JALOUX, -OUSE, adj.

A. − [Correspond à jalousie1A]
1. [En parlant d'une pers.] Jaloux de + inf. ou subst. (le subst. désigne un inanimé abstr.).Qui, d'une manière vive et inquiète, est très attaché à. Jaloux de sa liberté, du succès. Elle [la France] se trouverait, par sa taille et par sa structure, très heureusement établie à égale distance des empires géants et de la poussière des petites nations jalouses de leur indépendance (Maurras, Kiel et Tanger,1914, p. 206).− Excusez-moi d'être franc, papa. Mais vous vous montrez bien jaloux d'une autorité que vous n'exercez guère (H. Bazin, Vipère,1948, p. 216):
1. Outougamiz, il faut partir : la patrie te réclame (...). Cependant si tu te sentois foible, dis-le moi : nous chercherons un autre guerrier jaloux de faire vivre son nom dans la bouche des hommes. Chateaubr., Natchez,1826, p. 412.
2. [En parlant d'un inanimé abstr.] Très attentif. Soin jaloux. Cette vieille dévouée (...) qui s'était faite domestique de son neveu et ne voulait personne pour l'aider dans ce service, où elle mettait une adoration jalouse (Goncourt, Journal,1883, p. 290).Il arrosait les verres : trois gouttes pour l'un, trois gouttes pour l'autre, avec une parcimonie jalouse et calculée de vieil artiste méticuleux (Courteline, Train 8 h 47,1888, 1repart., 4, p. 45).
B. − [Correspond à jalousie1B]
1. [En parlant d'une pers.]
a) Jaloux de qqn.Qui souffre de jalousie; qui est victime du sentiment douloureux et irritant que fait éprouver la crainte ou la certitude de l'attachement de l'être aimé à une autre personne. Jaloux d'une femme. C'est quand elle ne soupçonnait pas encore que j'étais jaloux d'elle, que j'aurais dû lui demander ce que je voulais savoir (Proust, Prisonn.,1922, p. 58):
2. M. Van Hop était loyal, affectueux même, mais il était jaloux. Il était horriblement jaloux de sa femme, non point jaloux à la façon de l'homme qui se croit trahi, mais comme l'est celui qui redoute de l'être jamais. Ponson du Terr., Rocambole, t. 2, 1859, p. 89.
Qui prend ombrage de tout attachement d'une personne aimée à un nouvel objet. En emploi subst. Ce frère et cette sœur sont des jaloux sublimes (...) Pascal ne veut pas que Jacqueline appartienne au monde. Jacqueline ne veut pas que son frère appartienne au monde (Barrès, Maîtres,1923, p. 115).
b) En emploi abs. Qui est très exclusif dans ses relations amoureuses ou dans ses amitiés. Amant, homme, mari jaloux; femme jalouse. Il paraît que le jour de la mort de mon père, ma mère s'est écriée : Et moi qui était jalouse! à présent, je ne le serai donc plus (Sand, Hist. vie, t. 2, 1855, p. 236).Le jour de ton mariage ne sera pas un jour gai pour tes deux vieux compagnons. Bien que je sois naturellement peu jaloux, le coco qui deviendra ton époux (...) me déplaira tout d'abord (Flaub., Corresp.,1863, p. 123):
3. Comme jaloux, je souffre quatre fois : parce que je suis jaloux, parce que je me reproche de l'être, parce que je crains que ma jalousie ne blesse l'autre, parce que je me laisse assujettir à une banalité : je souffre d'être exclu, d'être agressif, d'être fou et d'être commun. R. Barthes, Fragments d'un discours amoureux, Paris, éd. du Seuil, 1977, p. 173.
Jaloux comme un tigre*.
[P. réf. à la Bible, Exode 34, 14] Dieu jaloux. Dieu qui veut être aimé et servi sans partage. Le dieu des esprits, le dieu de l'éternelle vérité, n'est-il pas un dieu jaloux? Son culte et le soin de sa gloire ne tiennent-ils pas le premier rang parmi toutes les œuvres que les créatures peuvent opérer? (Saint-Martin, Homme désir,1790, p. 99).
c) En emploi subst. Gabrielle : Mon petit, le doute, voilà la vraie torture des jaloux! Le Guenn sent obscurément qu'il y a eu, dans ton existence, de l'amour (Bernstein, Secret,1913, I, 7, 1913, p. 11):
4. Un des malheurs du jaloux est qu'il se rend haïssable, et qu'il le sait, et que ses résolutions n'y changent rien. Alain, Propos,1929, p. 832.
2. [En parlant d'un sentiment, d'une attitude] Qui témoigne de la jalousie. Amour jaloux; fureur, haine, rage jalouse. Elle m'aima d'une passion terrible, incessante, jalouse, féroce. « Tu m'as voulu », disait-elle. Que pouvais-je répondre? (Maupass., Contes et nouv., t. 1, Pétition, 1882, p. 771).L'attitude jalouse et agressive de l'enfant mâle qui veut ravir à son père la tendresse de sa mère pour la posséder exclusivement (Divin.1964, p. 173):
5. N'aspirons-nous qu'au doux avantage de plaire au beau sexe, autre enfer! Les soins, les rivalités, les soupçons jaloux, les duels, le meurtre, le poison, fondent sur les malheureux amans comme sur des candidats politiques. Lemercier, Pinto,1800, I, 8, p. 28.
C. − [Correspond à jalousie1C]
1. [En parlant d'une pers.]
a) Jaloux (de qqc.)Qui ressent de la jalousie, désire ce que d'autres possèdent ou pourraient posséder; qui a peur de devoir partager avec autrui un avantage. Jaloux de l'amitié, de la fortune, des lauriers (de qqn). Comme le petit Pierre a beaucoup d'esprit (...) pour son âge, on craint de rendre les autres mères un peu moins jalouses, si on le leur présente un peu plus âgé qu'il n'est (France, Livre ami,1885, p. 245).Tu ne vois pas que le monde il est jaloux du bonheur que je te donne. Tu connaîtras plus tard le bonheur que tu avais (Camus, Étranger,1942, p. 1145):
6. Je dus la quitter [l'école] au bout d'un mois : les élèves, − tous − me persécutaient et auraient fini par me tuer. On a pensé qu'ils étaient jaloux de mes habits de bourgeois, de mes bonnes manières, de la richesse de mon père... Larbaud, F. Marquez,1911, p. 167.
[P. méton.] Cœur jaloux, âme jalouse (Ac.).
b) Jaloux (de qqn).Qui désire pour soi, le bonheur ou la réussite (de quelqu'un). Quand j'avais dix-neuf ou vingt ans, à l'Université, j'étais absurdement jaloux de Gœthe. Cela me rendait furieux de penser que je n'étais pas l'auteur de ses poésies (Green, Journal,1954, p. 255):
7. Quand on a un mort on y tient Et quand on n'en a pas on en voudrait bien un (...) Les gens sont jaloux Ils nous prendraient notre mort Notre mort à nous Ils pleureraient à notre place Prévert, Paroles,1946, p. 65.
c) Emploi subst. Il [Bernardin de Saint-Pierre] en voulait un peu à la gloire bruyante de Chateaubriand (...) comme tous ces vieux et illustres jaloux le ressentent à l'égard de leurs jeunes héritiers (Sainte-Beuve, Chateaubr., t. 1, 1860, p. 205).
2. Au fig., littér. [En parlant d'un inanimé] Qui fait obstacle à un désir. Il essaya d'examiner la voyageuse et fut singulièrement désappointé, car un voile jaloux lui en cachait les traits (Balzac, Chouans,1829, p. 79):
8. Le Brun, qui nous attends aux rives de la Seine, Quand un destin jaloux loin de toi nous enchaîne, Toi, Brazais, comme moi sur ces bords appelé. Chénier, Épîtres,1794, p. 179.
D. − Région. (Méditerranée). [En parlant d'un petit bâtiment, d'une barque] Qui est sujet au roulis :
9. panisse : (...) J'ai peut-être oublié de vous dire qu'il est un peu jaloux. m. brun : César est jaloux? panisse : Non, le bateau est jaloux. Ça veut dire qu'il penche facilement sur le côté, vous comprenez? Pagnol, Fanny,1932, II, 3, p. 116.
Prononc. et Orth. : [ʒalu], fém. [-u:z]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. Ca 1160 gelos de « qui convoite ardemment quelque chose » (Éneas, éd. J.-J. Salverda de Grave, 5374); 2. id. jalos « qui est farouchement attaché à la conservation d'un bien, d'un avantage » (ibid., 7096); 3. a) ca 1170 gelus « qui est exclusif dans son attachement pour quelqu'un ou quelque chose, qui n'admet aucun partage » ici, dans le domaine amoureux (Marie de France, Lais, éd. J. Rychner, Guigemar, 213); id. subst. id. (Id., ibid., Yonec, 71); b) xiiies. Dieu fort et jaloux (Bible fr., ms BN 15392, fo38 vods Trénel, p. 256); 4. 2emoitié xiiies. « envieux » (La Contenance des femmes ds Nouveau Rec. Fabliaux, éd. A. Jubinal, t. 2, p. 172 : On se prent a sa chamberiere, Dont aucune foiz est jalouse). Mot d'hist. complexe. Du b. lat. zēlōsus « plein d'amour et de prévenance » attesté au veou vies. (v. FEW t. 14, p. 660a), dér. du lat. zēlus « jalousie, zèle » surtout attesté en lat. chrét. (v. Blaise Lat. chrét.), du gr. ζ η ̃ λ ο ς « empressement, ardeur, rivalité, envie ». Pour justifier la finale, au lieu de la forme en -eux attendue, on a invoqué dep. E. Boehmer (ds Romanische Studien t. 3, pp. 581-599) et H. Suchier (Alt-franz. Gramm., p. 14) un empr. à l'a. prov. gelos « jaloux » attesté ds le vocab. amoureux dep. 1135-45 (gilos ds Cercamon d'apr. E. Köhler in Mél. J. Frappier, 1970, p. 547); le mot serait passé en fr. (comme amour*) par l'intermédiaire de la lyrique d'oïl influencée par celle d'oc. Wartburg (FEW t. 14, pp. 659b-660a) a poussé plus loin encore cette hyp. en expliquant que zēlōsus vient directement du gr. ζ η ̃ λ ο ς, plus riche de sens, et qui serait passé dans le lat. de la Narbonnaise. Cependant la diversité et l'ancienneté des sens du mot en a. fr., où il n'est pas limité au vocab. amoureux contrairement à l'a. prov., rendent douteuse l'hyp. d'un empr. à cette langue. D'autres solutions ont été proposées : − hypothèses dialectales : le mot viendrait (comme amour*) de la Champagne orientale, centre courtois de première importance (Fouché, p. 307); pour G. Hilty (ds Mél. A. Kuhn, 1963, pp. 237-254), il serait issu du croisement entre le norm. jeloux (dep. ca 1280, Clef d'amours ds T.-L.) et la forme du Centre et du Nord-est jaleux (qui n'est attestée qu'au xvies. ds Hug.); − hypothèse morphol. : jaloux a été refait d'apr. jalousie1(Meyer-Lübke, Gramm. des lang. rom., t. 1, p. 121) mais ce dernier est plus rare et plus tardif; − hypothèse sav. : Chr. Schmitt (ds Neuphilol. Mitt. t. 75, pp. 295-304) a soutenu que le mot, comme époux* et amour*, appartient au vocab. relig. (cf. supra sens 3 b) et que l'infl. du lat. eccl. a entravé l'évolution phonét. normale; le a de la syll. initiale est gén. attribué à l'infl. de la liquide suivante (cf. Bourc. 94) et il ne paraît ni utile ni vraisemblable d'invoquer un type *zalosus, répondant à la forme dorienne ζ α ̃ λ ο ς qui correspond à l'ionien-attique ζ η ̃ λ ο ς (Chr. Schmitt, loc. cit.). Fréq. abs. littér. : 3 428. Fréq. rel. littér. : xixes. : a) 5 581, b) 5 882; xxes. : a) 4 763, b) 3 794. Bbg. Guerlin de Guer (Ch.). Fr. mod. 1939, t. 7, pp. 272-275. - Spitzer (L.). Romania. 1938, t. 64, pp. 256-261.

Wiktionnaire

Adjectif

jaloux \ʒa.lu\

  1. Qui a de la jalousie à propos de quelqu’un ou de quelque chose.
    • La mort jalouse semblait vouloir que rien ne survécût de la jeune fille, pas même son image. — (Alexandre Dumas, Les Mille et Un Fantômes)
    • Le neveu du cheikh Gaafar, qui, tout jeune homme avait lorgné avec une admiration jalouse l’épouse de son oncle, s’enhardit jusqu’à demander sa main. — (Out-el-Kouloub, Zaheira, dans « Trois contes de l’Amour et de la Mort », 1940)
  2. (En particulier) En parlant de la jalousie que cause l’amour.
    • Si Titus est jaloux, Titus est amoureux. — (Jean Racine, Bérénice, II, 5, 1670)
    • Jalouse !… Je suis jalouse de tout ce qui t’approche. Pour que tes robes ne t’aient pas seule, je les mets quand tu les as portées. — (Pierre Louÿs, Aphrodite, Mercure de France, Paris, 1896)
    • Il fallait me dire : « Tu vois, tous ces hommes ont à toi… », me laisser rêver que le monde entier m’appartenait, mais tu as refermé tes bras jaloux sur tout mon avenir, et je n’ai pas voulu, je n’ai pas pu. — (Armand Salacrou, Une Femme libre, acte III, 1934)
  3. Qui tient beaucoup, qui est fort attaché à quelque chose.
    • L’esprit républicain, jaloux à l’excès de sa liberté, prend ombrage de tout ce qui peut lui donner des entraves et se révolte contre la seule idée d’un maître. — (Frédéric II de Prusse et Voltaire, L’Anti-Machiavel, 1739 (édition de 1947))
    • Il est jaloux du bâton de commandement qu’il tient dans sa main tremblante, et il sait bien que votre poing vigoureux est là pour l’étreindre. — (Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820)
  4. Qui a à cœur, qui est très désireux de.
    • Je suis jaloux d’acquérir, de conserver votre estime. Je suis jaloux de vous prouver le désir que j’ai de vous servir.
  5. (Marine) (Vieilli) Qualifie un vaisseau qui roule énormément.
    • La mauvaise galère qui roulait bord sur bord était jalouse, ne portait pas bien la voile et ne sentait pas la mer, tandis que la galère bien équilibrée était en estive, fine de voiles et s’abrivait à plaisir (elle conservait sa vitesse initiale — Zysberg — ), quand elle avait perdu son erre, elle était morte. — (Pierre Sizaire, Traité du parler des gens de mer, Éditions Patrimoines & Médias, 1996, p. 103)

Nom commun

jaloux \ʒa.lu\ masculin (pour une femme on dit : jalouse) singulier et pluriel identiques

  1. (Par substantivation de l’adjectif) Celui qui est jaloux.
    • Votre sort fait bien des jaloux.

Adjectif

jaloux \Prononciation ?\

  1. Jaloux.
Wiktionnaire - licence Creative Commons attribution partage à l’identique 3.0

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition (1932-1935)

JALOUX, OUSE. adj.
Qui a de la jalousie à propos de quelqu'un ou de quelque chose. Être jaloux de son concurrent. Il est jaloux de votre gloire, de votre puissance. Cet enfant est jaloux des caresses que l'on fait aux autres. Cœurs jaloux. Âme jalouse. Regarder d'un œil jaloux, avec des yeux jaloux la prospérité d'autrui. Substantivement, Votre sort fait bien des jaloux. Il se dit particulièrement en parlant de la Jalousie que cause l'amour. Cet homme est jaloux de sa femme. Elle est jalouse de son mari. Il est jaloux de tous ceux qui parlent à sa maîtresse. Un amant, un mari jaloux. Une femme jalouse. Il est jaloux de son ombre, etc. Substantivement, C'est un jaloux, une jalouse. Un vieux jaloux. Il signifie encore Qui tient beaucoup, qui est fort attaché à quelque chose. Être jaloux de sa réputation, jaloux de son honneur, de ses droits, de ses prérogatives, de son autorité. Un peuple jaloux de sa liberté. Dans l'Écriture sainte, Dieu s'appelle Le Dieu jaloux, Pour faire entendre aux hommes qu'il doit être seul adoré. Il signifie également Qui a à cœur, qui est très désireux de. Je suis jaloux d'acquérir, de conserver votre estime. Je suis jaloux de vous prouver le désir que j'ai de vous servir. Il est jaloux de lui plaire.

Littré (1872-1877)

JALOUX (ja-loû, loû-z') adj.
  • 1Qui est zélé pour, qui tient beaucoup à, qui est fort attaché à quelque chose (sens étymologique et le premier de tous, le mot venant du latin zelosus). N'attendons pas leur ordre et montrons-nous jaloux De l'honneur qu'ils auraient à disposer de nous, Corneille, Nicom. V, 9. Vous n'avez qu'à choisir, car chacun est jaloux De l'honneur d'être votre époux, La Fontaine, Fabl. IX, 7. Combien les Romains furent jaloux de la liberté, Bossuet, Hist. III, 6. Toujours vive pour ce grand prince [Louis XIV], toujours jalouse de sa gloire, Bossuet, Mar.-Thér. Soit que son cœur, jaloux d'une austère fierté, Enviât à nos yeux sa naissante beauté…, Racine, Brit. II, 2. Comment pouvez-vous croire Que je sois moins que vous jalouse de ma gloire ? Racine, Baj. II, 3. Et mon père est jaloux de son autorité, Racine, Iphig. III, 7. Dona Béatrix, fort jalouse du pouvoir de ses charmes, conçut un dépit mortel de n'avoir pas eu la préférence, Lesage, Diable boit. ch. 9, dans POUGENS. Je ne suis pas jaloux d'un si triste avantage, Lachaussée, Mélanide, I, 4.

    Jaloux contre, zélé contre. Vous trouverez des âmes recueillies, simples, mortes à elles-mêmes, qui sont jalouses contre leur amour-propre, pour donner tout à l'amour de Dieu, Fénelon, t. II, p. 187.

    Qui a à cœur, qui est très désireux de. Je suis jaloux d'acquérir votre estime. Du droit de commander je ne suis point jaloux, Corneille, Sertor. III, 2. Mon esprit peu jaloux de vivre en la mémoire, Voltaire, M. de Cés. III, 2. Qu'il [le flatteur] serve donc les grands, les flatte, les ménage… De ses honteux trésors je ne suis point jaloux, Une pauvreté libre est un trésor si doux ! Chénier, Élégies, XVI. Jaloux de donner à ma belle Le duplicata de mes traits, Je demande quel est l'Apelle Le plus connu par ses portraits, Désaugiers, l'Atelier du peintre.

  • 2Qui est peiné de ne pas obtenir ou posséder ce qu'un autre obtient ou possède. Les dieux devinrent jaloux des bergers, Fénelon, Tél. II. Ne soyez point jaloux du succès des autres, Fénelon, ib. XI. Nos ennemis, si jaloux autrefois de nos prospérités, peuvent à peine se persuader nos malheurs et nos pertes, Massillon, Carême, Mot. de conv. Condé était jaloux en héros, et Louvois en ministre, Voltaire, Louis XIV, 9.

    Jaloux sur une chose, qui la dispute par jalousie. De tels princes ne savent que se défier de tout le monde également ; ils sont jaloux sur les moindres choses, Fénelon, Tél. XXIV.

    Il se dit des choses, dans le même sens. Certain fat qu'à sa mine discrète Et son maintien jaloux j'ai reconnu poëte, Boileau, Sat. III. Mais pouvaient-ils tromper tant de jaloux regards ? Racine, Bajaz. I, 1. Rome vous voit, Madame, avec des yeux jaloux, Racine, Bérén. I, 5.

    Il s'emploie dans ce sens comme substantif. L'éclat de son grand nom lui fait peu de jaloux, Corneille, Hor. II, 3. Tout mort qu'il paraissait, il fit mille jaloux, Corneille, Poly. I, 4. C'est un bien qui me doit faire mille jaloux, Molière, le Dép. III, 9. Nous faisions des jaloux, Molière, Femmes sav. II, 2. Ce garçon-là fera bien des jaloux, Sévigné, 102. Les jaloux de la France n'auront pas éternellement à lui reprocher les libertés de l'Église toujours employées contre elle-même, Bossuet, le Tellier. Les jaloux du crédit et des grandes richesses de Clausus tournèrent à mal les intelligences qu'il avait prises avec Rome, Le P. Catrou, dans DESFONTAINES. Tous les jaloux de la France y donnant les mains et le souhaitant, D'Argenson, Mém. t. II, p. 390, 1860.

  • 3 Particulièrement. Tourmenté par la crainte de l'infidélité, jaloux par amour. Pour juste aux yeux de tous qu'en puisse être la cause, Une femme jalouse à cent mépris s'expose, Corneille, Sophon. II, 1. Un amour si tranquille excite mon courroux ; C'est aimer froidement que n'être point jaloux, Molière, Fâcheux, II, 4. Si Titus est jaloux, Titus est amoureux, Racine, Bérén. II, 5. Moi jaloux ! qu'à ce point ma fierté s'avilisse ! Voltaire, Zaïre, I, 5. Libertin par ennui, jaloux par vanité, Beaumarchais, Mar. de Fig. I, 4.

    Il se dit aussi des sentiments. …C'est ton humeur mutine, Et trop jalouse et déplaisante à Dieu, Qui te retient pour mille ans en ce lieu [purgatoire], La Fontaine, Féronde. Je ne viens point ici, par de jalouses larmes, Vous envier un cœur qui se rend à vos charmes, Racine, Andr. III, 4. De mille soins jaloux jusqu'alors agitée, Racine, Bajaz. II, 5. Tu sais combien de fois ses jalouses tendresses Ont pris soin d'assurer la mort de ses maîtresses, Racine, Mith. I, 1. De ce soupçon jaloux écoutez-vous l'erreur ? Voltaire, Zaïre, I, 5. De mes transports jaloux l'injurieuse offense, Voltaire, ib. IV, 3. Conçois-tu bien l'excès de mes fureurs jalouses ? Voltaire, Fanat. II, 4.

    Substantivement. Un jaloux. Une jalouse. Ma jalouse en fureur n'est pas femme à souffrir…, Corneille, Médée, II, 5. Où fuyez-vous ? - Où vous ne serez point, trop odieux jaloux, Molière, D. Garc. II, 6. …Tu ne seras pas de ces jaloux affreux, Habiles à se rendre inquiets, malheureux, Qui, tandis qu'une épouse à leurs yeux se désole, Pensent toujours qu'une autre en secret la console, Boileau, Sat. X. Elle y vint enfin avec son jaloux, qui visita d'abord, selon sa coutume, tous les appartements, les caves et les greniers, Lesage, Diabl. boit. ch. 9, dans POUGENS. Quoi ! vous joignez encore à cet ardent courroux La fureur des soupçons, ce tourment des jaloux ? Voltaire, Alz. IV, 1. Il est de faux jaloux, j'en trouve chaque jour ; Et l'amour-propre fait peut-être Autant de tyrans que l'amour, Imbert, Jaloux sans amour, I, 4.

  • 4Dans l'Écriture sainte, le Dieu jaloux, c'est-à-dire le Dieu qui veut être adoré seul. Je suis le Seigneur votre Dieu, un Dieu jaloux, qui punis l'iniquité des pères sur les enfants jusqu'à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent, Sacy, Bible, Deutér. V, 9. Comme il [Dieu] est beaucoup plus jaloux de nos affections que de nos respects, il est visible qu'il n'y a point de crime qui lui soit plus injurieux ni plus détestable que d'aimer souverainement les créatures, quoiqu'elles le représentent, Pascal, Lett. 1er avril 1648. C'est du cœur qu'il [Dieu] est jaloux, et, pour ne le point irriter, on ne doit non plus partager son culte que son amour, Bossuet, 2e instr. past. § 130. Ce Dieu jaloux, ce Dieu victorieux, Frémissez, peuples de la terre, Ce Dieu jaloux, ce Dieu victorieux Est le seul qui commande aux cieux, Racine, Esth. I, 5. Croyons-nous que Dieu, qui s'appelle un Dieu jaloux, soit moins sensible et moins délicat que l'homme ? Massillon, Carême, Vérit. culte.
  • 5 Fig. et poétiquement. Qui fait obstacle, qui envie. Un voile jaloux dérobait ses charmes à tous les yeux. Mais depuis le moment que cette frénésie De ses noires vapeurs troubla ma fantaisie, Et qu'un démon jaloux de mon contentement M'inspira le dessein d'écrire poliment, Boileau, Sat. II. J'accuserai les vents et cette mer jalouse, Qui retient, qui peut-être a ravi Lapeyrouse, Chénier, Fragm. d'un poëme sur l'Amérique. Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse, Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur, S'en volent loin de nous de la même vitesse Que les jours de malheur ? Lamartine, Méd. I, 13.
  • 6 Terme militaire. Qui est en jalousie, exposé aux attaques. Place jalouse, place exposée, et dont on peut facilement s'emparer.

    Par extension, périlleux. Lauzun se divertit à s'arrêter dans les endroits les plus jaloux, dès qu'il s'aperçut de la conduite de ces messieurs avec lui, Saint-Simon, 149, 174.

  • 7 Terme de marine, sur la Méditerranée. Qui souffre des vagues de la mer, qui roule beaucoup en parlant d'un petit bâtiment, d'une barque, etc. dont l'agitation est comparée à celle d'un jaloux. Cette barque est jalouse. Il n'y a point de bâtiments plus jaloux.

    Il se dit également des berlines et autres voitures semblables, quand elles sont sujettes à pencher d'un côté ou de l'autre.

PROVERBES

Il ne dort non plus qu'un jaloux, c'est-à-dire il ne saurait dormir.

Il en est jaloux comme un gueux de sa besace.

Sans les jaloux on vivrait, c'est-à-dire que, quelque chose que l'on fasse, on trouve toujours des compétiteurs et des antagonistes.

HISTORIQUE

XIIIe s. Dont [donc] ne morurent vostre ancestre ? Signor, oïl, si ferés vous ; Par coi estes dont si jalous De cest siecle qu'est si malvais ? Gui de Cambrai, Barl. et Jos. p. 248. Pleüst à Diu que chacune de nous Tenist la piau de son mari jalous, cité dans COUSSEMAKER, l'Art harmonique, p. 215. Jalous n'a pais ne soir ne matinée, Biblioth. des chartes, 4e série, t. V, p. 24. Atant es-vous sa maistre [duègne] de tost aler jalouse, Isnelement courant toute une voie herbouse…, Audefroi le Bastard, Romanc. p. 44. Or [elle] se prend à sa chamberiere, Dont aucune fois est jalouse, Contenance des femmes. Trop se sont cruelment vengié Li jalous ; mais ne mangerons, En tel guise nous vengerons, Lai d'Ignaurès.

XVe s. L'on dit, grant temps a, que celluy n'ayme guere par amours qui de femme n'est jaloux, Perceforest, t. VI, f° 105.

XVIe s. Que pouvois-je moins faire que d'estre jaloux [soigneux] de leur réputation ? Montaigne, I, 138. Et lui feroit, la jaleuse ! Une farce scandaleuse…, Ronsard, dans JAUBERT, Glossaire. Les jaloux desespoirs, le mespris, la rigueur N'effaceront jamais vos beautés de mon cœur, Desportes, Élégies, II, 5, Pyromance.

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Encyclopédie, 1re édition (1751)

JALOUX, adjectif (Grammaire.) celui qui a le vice de la jalousie. Voyez Jalousie.

JALOUX, adj. (Marine.) se dit d’un vaisseau qui roule & se tourmente trop, de sorte qu’il est en danger de se renverser, s’il n’est pas assez lesté, ou si l’arrimage n’est pas bien fait. Ce terme n’est guere en usage que dans la Méditerrannée, où l’on dit bâtiment jaloux, galere jalouse.

Vaisseau jaloux, se dit aussi d’un vaisseau qui a le côté foible. (Z)

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Étymologie de « jaloux »

Bourguig. jaullou, jailou ; Berry, jaleux ; provenç. gelos, gilos ; espagn. zeloso ; portug. cioso ; ital. geloso ; du lat. zelosus (QUICHERAT, Addenda), qui vient de zelus, zèle.

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(XIIIe siècle) Du latin populaire zelosus (latin classique : zelus), signifiant « plein de zèle », lui-même dérivé du grec ancien ζῆλος, zêlos. Nous est parvenu via l’ancien provençal gilos. (1160) jalos, gelos.
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Phonétique du mot « jaloux »

Mot Phonétique (Alphabet Phonétique International) Prononciation
jaloux ʒalu

Citations contenant le mot « jaloux »

  • Oh ! Les jaloux, ils sont parfois d'une logique désespérante. De Pamphile Lemay / Picounoc le maudit
  • Belles manières. Cette tenue que des jaloux confondent avec le snobisme. De Jules Gobeil / Le publicain
  • Tu n'empêcheras jamais les gens qui aiment d'être jaloux. De Georges Courteline / Bourbouroche
  • Jean-Louis Borloo jaloux de Jean Castex ? Ce message remarqué Gala.fr, Jean-Louis Borloo jaloux de Jean Castex ? Ce message remarqué - Gala
  • Les hommes croient qu'ils sont jaloux de certaines femmes parce qu'ils en sont amoureux ; ce n'est pas vrai ; ils en sont amoureux parce qu'ils en sont jaloux, ce qui est bien différent. Alexandre Dumas dit Dumas fils, Une visite de noces
  • Si Titus est jaloux, Titus est amoureux. De Jean Racine / Bérénice
  • La mémoire est la tourmenteuse des jaloux. De Victor Hugo / Notre-Dame de Paris
  • Les hommes jaloux agacent les femmes, mais les hommes qui ne sont pas jaloux les exaspèrent. De Alfred Capus
  • Un jaloux trouve toujours plus qu’il ne cherche. De Madeleine de Scudéry / De la jalousie
  • On est jaloux en admiration comme en amour. De Jules Renard / Journal 1893 - 1898
  • Les amants jaloux méritent l'infidélité. De Christine de Suède / Maximes et pensées
  • Non seulement on est jaloux dès qu'on aime, mais on est jaloux avant d'aimer. De Madeleine Chapsal / La Jalousie
  • Les femmes détestent un jaloux qui n'est point aimé ; mais elles seraient fâchées qu'un homme qu'elles aiment ne fût pas jaloux. De Ninon de Lenclos / Correspondance
  • Les Français sont jaloux de leurs maîtresses, et jamais de leurs femmes. De Giacomo Casanova / Mémoires
  • La femme nous pardonne rarement d'être jaloux ; jamais de ne l'être pas. De Paul-Jean Toulet / Les Trois Impostures
  • Empêcher le bonheur des autres est la dernière consolation qui reste aux jaloux. De Calderon
  • C’est un véritable drame qui s’est produit dans la famille Novais, la faute au chien de la famille visiblement trop jaloux. sudinfo.be, Un chien jaloux ne supporte pas les jumelles nouveau-nées: il les attaque et les tue, «il se sentait exclu, il n’avait pas toute l’attention»
  • De quoi rendre encore plus jaloux le cousin, qui a envisagé quelques années faire carrière sur la ferme familiale, les Rousseau ont délaissé depuis longtemps la production laitière pour se concentrer sur l’élevage bovin. En 1986, Paul-Henri et Thérèse ont fait leurs adieux à cette hypothèque que représentent les quotas prohibitifs, aux traites à 6 h le matin et 6 h le soir, aux équipements toujours plus sophistiqués et coûteux, à la gestion assidue de troupeau et aux exigences élevées en manière d’hygiène. La Tribune, Jaloux des Rousseau | Dossiers majeurs | La Tribune - Sherbrooke
  • Pertuis : jaloux, il avait crevé l'oeil d'un ami de son... LaProvence.com, Faits divers - Justice | Pertuis : jaloux, il avait crevé l'oeil d'un ami de son ex-copine | La Provence
  • Dans son témoignage, Amber Heard décrit également Johnny Depp comme un compagnon jaloux, "persuadé que tous les acteurs masculins essayaient de coucher ou avaient une aventure avec moi. Des gens lui en avaient parlé et il savait tout", explique-t-elle, citant tous ses partenaires à l’écran, "Eddie Redmayne, James Franco, Jim Sturgess, Kevin Costner, Liam Hemsworth, Billy Bob Thornton et Channing Tatum." LCI, "J’avais peur qu’il me tue " : Amber Heard charge Johnny Depp lors de son procès contre "The Sun" | LCI

Traductions du mot « jaloux »

Langue Traduction
Anglais jealous
Espagnol celoso
Italien geloso
Allemand eifersüchtig
Chinois
Arabe غيور
Portugais com ciumes
Russe ревнивый
Japonais 嫉妬
Basque jeloskor
Corse celoso
Source : Google Translate API

Synonymes de « jaloux »

Source : synonymes de jaloux sur lebonsynonyme.fr

Antonymes de « jaloux »

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